Archive pour la catégorie 'biblique, Ancient Testament: Psaume'

JEAN PAUL II – AUDIENCE GÉNÉRALE – Hymne au Dieu créateur (2002)

17 octobre, 2019

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2002/documents/hf_jp-ii_aud_20020130.html

ciottoli e fra re davide mentre comppone un salmo

Le roi David en composant un psaume

JEAN PAUL II – AUDIENCE GÉNÉRALE – Hymne au Dieu créateur (2002)

Mercredi 30 janvier 2002

Lecture: Ps 18, 2-7

1. Le soleil, qui brille progressivement dans le ciel, la splendeur de sa lumière, la chaleur bénéfique de ses rayons, ont conquis l’humanité dès ses origines. Les êtres humains ont manifesté de nombreuses façons leur gratitude pour cette source de vie et de bien-être, avec un enthousiasme qui s’élève souvent jusqu’aux sommets de la véritable poésie. Le splendide Psaume 18, dont la première partie a été proclamée, n’est pas seulement une prière sous forme d’hymne d’une extraordinaire intensité; mais il est également un chant poétique élevé au soleil et à son rayonnement sur la face de la terre. En cela, le Psalmiste rejoint la longue série de poètes de l’antique Proche Orient, qui exaltent l’astre du jour qui brille dans les cieux et qui, dans leurs régions, fait longuement sentir sa chaleur ardente. Il suffit de penser au célèbre hymne d’Aton, composé par le pharaon Akhénaton au XIVème siècle av. J.-C. et consacré au disque solaire considéré comme une divinité.
Mais pour l’homme de la Bible, il y a une différence radicale par rapport à ces hymnes solaires: le soleil n’est pas un dieu, mais une créature au service de l’unique Dieu et créateur. Il suffit de repenser aux paroles de la Genèse: « Dieu dit: « Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit; qu’ils servent de signes, tant pour les fêtes que pour les jours et les années… Dieu fit les deux luminaires majeurs: le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit… et Dieu vit que cela était bon » ( Gn 1, 14.16.18).
2. Avant de parcourir les versets du Psaume choisis par la Liturgie, regardons-le dans son ensemble. Le Psaume 18 est semblable à un dyptique. Dans la première partie (vv. 2-7) – celle qui est à présent devenue notre prière – nous trouvons une hymne au Créateur, dont la grandeur mystérieuse se manifeste dans le soleil et dans la lune. Dans la deuxième partie du Psaume (vv. 8-15), nous rencontrons en revanche une hymne sapientielle à la Torah, c’est-à-dire à la Loi de Dieu.
Les deux parties sont traversées par un fil conducteur commun: Dieu éclaire l’univers par la luminosité du soleil et il illumine l’humanité par la splendeur de sa Parole contenue dans la Révélation biblique. Il s’agit presque d’un double soleil: le premier est une épiphanie cosmique du Créateur, le deuxième est une manifestation historique et gratuite de Dieu Sauveur. Ce n’est pas pour rien que la Torah, la Parole divine, est décrite avec des caractéristiques « solaires »: « Le commandement de Yahvé est limpide, lumière des yeux » (v. 9).
3. Mais tournons-nous à présent vers la première partie du Psaume. Celle-ci s’ouvre par une admirable personnification des cieux, qui apparaissent à l’Auteur saint comme des témoins éloquents de l’oeuvre créatrice de Dieu (vv. 2-5). En effet, ils « racontent », « annoncent », les merveilles de l’oeuvre divine (cf. v. 2). Le jour et la nuit sont eux aussi représentés comme des messagers qui transmettent la grande nouvelle de la création. Il s’agit d’un témoignage silencieux, qui se fait toutefois entendre avec force, comme une voix qui parcourt tout le cosmos.
En utilisant le regard intérieur de l’âme, lorsque l’intuition religieuse n’est pas distraite par la superficialité, l’homme et la femme peuvent découvrir que le monde n’est pas muet, mais parle du Créateur. Comme le dit l’ancien sage, « la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur » (Sg 13, 5). Saint Paul rappelle lui aussi aux Romains que « ce qu’il [Dieu] a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses oeuvres » (Rm 1, 20).
4. L’hymne laisse ensuite la place au soleil. Le globe lumineux est dépeint par le poète inspiré comme un héros guerrier qui sort de la chambre nuptiale où il a passé la nuit, c’est-à-dire qu’il sort du sein des ténèbres et qu’il commence sa course inlassable dans le ciel (vv. 6-7). Il est semblable à un athlète qui ne s’arrête pas et qui ne connaît pas la fatigue, alors que toute notre planète est enveloppée par sa chaleur irrésistible.
Le soleil est donc comparé à un époux, à un héros, à un champion qui, par ordre divin, doit accomplir chaque jour un travail, une conquête et une course dans les espaces intersidéraux. Le Psalmiste indique à présent le soleil flamboyant en plein ciel, alors que toute la terre est enveloppée de sa chaleur, l’air est immobile, aucun lieu de l’horizon ne peut échapper à sa lumière.5. L’image solaire du Psaume est reprise par la liturgie pascale chrétienne pour décrire l’exode triomphant du Christ des ténèbres du sépulcre et son entrée dans la plénitude de la vie nouvelle de la résurrection. La liturgie byzantine chante dans les Matines du Samedi saint: « Comme le soleil se lève après la nuit tout radieux dans sa luminosité retrouvée, Toi aussi, ô Verbe, tu resplendiras d’une nouvelle clarté quand, après la mort, tu quitteras ton lit nuptial ». Une Ode (la première) des Matines de Pâques relie la révélation cosmique avec l’événement pascal du Christ: « Que le Ciel se réjouisse et que la terre exulte aussi avec lui, car l’univers tout entier, visible et invisible, prend part à cette fête: le Christ notre joie éternelle est ressuscité ». Une autre Ode (la troisième) ajoute: « Aujourd’hui l’univers tout entier, ciel, terre et abîme, est comblé de lumière et toute la création chante désormais la résurrection du Christ notre force et notre allégresse ». Une autre (la quatrième), conclut enfin: « Le Christ notre Pâques s’est levé de la tombe comme un soleil de justice en faisant rayonner sur nous tous la splendeur de sa charité ».
La liturgie romaine n’est pas explicite comme la liturgie orientale en comparant le Christ au soleil. Toutefois, elle décrit les répercussions cosmiques de sa résurrection, lorqu’elle ouvre son chant de Laudes au matin de Pâques avec son hymne célèbre: « Aurora lucis rutilat, caelum resultat laudibus, mundus exultans iubilat, gemens infernus ululat » – « L’aurore éblouit de lumière, le ciel exulte de chants, le monde se réjouit en dansant, l’enfer gémit dans les hurlements ».6. L’interprétation chrétienne du Psaume n’efface cependant pas son message de base, qui est une invitation à découvrir la parole divine présente dans la création. Certes, comme on le dira dans la deuxième partie du Psaume, il existe une autre Parole plus élevée, plus précieuse que la lumière elle-même, celle de la Révélation biblique.
Toutefois, pour ceux qui ont des oreilles attentives et dont les yeux ne sont pas voilés, la création constitue comme une première révélation, qui possède un langage éloquent: elle est comme un autre livre sacré dont les lettres sont constituées par la multitude de créatures présentes dans l’univers. Saint Jean Chrysostome affirme: « Le silence des cieux est une voix plus retentissante que celle d’une trompette: cette voix crie à nos yeux et non à nos oreilles la grandeur de celui qui les a faits » (PG 49, 105). Et saint Athanase affirme: « Le firmament, à travers sa magnificence, sa beauté, son ordre, est un prédicateur prestigieux de Celui qui l’a fait, et dont l’éloquence remplit l’univers » (PG 27, 124).

BENOÎT XVI – Notre aide est dans le nom du Seigneur Lecture: Ps 123, 1-6.8

17 juin, 2019

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2005/documents/hf_ben-xvi_aud_20050622.html

ciottoli e frvitrail de l'arbre de jessew

vitrail, l’arbre de Jesse

BENOÎT XVI – Notre aide est dans le nom du Seigneur Lecture: Ps 123, 1-6.8

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 22 juin 2005

1. Voilà devant nous le Psaume 123, un chant d’action de grâce entonné par la communauté en prière qui élève à Dieu sa louange pour le don de la libération. Le Psalmiste proclame en ouverture cette invitation: « A Israël de le dire! » (v. 1), encourageant ainsi tout le peuple à élever une action de grâce vivante et sincère au Dieu sauveur. Si le Seigneur ne s’était pas rangé du côté des victimes, celles-ci, avec leurs forces limitées, auraient été impuissantes à se libérer et leurs adversaires, semblables à des monstres, les auraient déchirées et anéanties.
Même si l’on a pensé à quelque événement historique particulier, comme la fin de l’exil de Babylone, il est plus probable que le Psaume soit un hymne visant à rendre grâce au Seigneur pour les dangers auxquels on a échappé et à implorer de Lui la libération de tout mal. En ce sens, celui-ci demeure un Psaume toujours actuel.2. Après l’évocation initiale de certains « hommes » qui sautaient sur les fidèles et étaient capables de les « avaler tout vifs » (cf. vv. 2-3), le cantique se divise en deux moments. Dans la première partie dominent les flots en furie, symbole dans la Bible du chaos dévastateur, du mal et de la mort: « Alors les eaux nous submergeaient, le torrent passait sur nous, alors il passait sur notre âme en eaux écumantes » (vv. 4-5). L’orant éprouve à présent la sensation de se trouver sur une plage, miraculeusement sauvé de la furie impétueuse de la mer.
La vie de l’homme est entourée des pièges des méchants qui non seulement attentent à son existence, mais veulent aussi détruire toutes les valeurs humaines. Voyons comment ces dangers existent aussi à présent. Mais – nous pouvons en être sûrs aujourd’hui aussi – le Seigneur se dresse pour protéger le juste et le sauve, comme on le chante dans le Psaume 17: « Il envoie d’en-haut et me prend, il me retire des grandes eaux, il me délivre d’un puissant ennemi, d’adversaires plus forts que moi [...] Yahvé fut pour moi un appui: il m’a dégagé, mis au large, il m’a sauvé car il m’aime » (vv. 17-20). Le Seigneur nous aime vraiment: telle est notre certitude et tel est le motif de notre grande confiance.
3. Dans la seconde partie de notre cantique d’action de grâce, on passe d’une image maritime à une scène de chasse, typique de plusieurs Psaumes de supplique (cf. Ps 123, 6-8). Voici, en effet, l’évocation d’un fauve qui tient sa proie entre ses dents, ou d’un filet de chasseur qui capture un oiseau. Mais la bénédiction exprimée par le Psaume nous fait comprendre que le destin des fidèles, qui était un destin de mort, a été radicalement changé par une intervention salvifique: « Béni Yahvé qui n’a point fait de nous la proie de leurs dents! Notre âme comme un oiseau s’est échappée du filet de l’oiseleur. Le filet s’est rompu et nous avons échappé » (vv. 6-7).
La prière devient ici un souffle de soulagement qui s’élève du plus profond de l’âme: même lorsque toutes les espérances humaines tombent, la puissance libératrice de Dieu peut apparaître. Le Psaume peut donc se conclure par une profession de foi, entrée depuis des siècles dans la liturgie chrétienne comme prémices idéales de chacune de nos prières: « Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram – Notre secours est dans le nom de Yahvé qui a fait le ciel et la terre » (v. 8). En particulier, le Tout-Puissant se range du côté des victimes et des persécutés « qui crient vers lui jour et nuit » et « il leur fera prompte justice » (cf. Lc 18, 7-8).
4. Saint Augustin effectue un commentaire détaillé de ce Psaume. Dans un premier temps, il observe que ce Psaume est chanté de façon adéquate par les « membres du Christ [...] dans leur allégresse ». Puis, en particulier, « les martyrs ont chanté ce cantique, ils sont délivrés et tressaillent avec le Christ qui leur redonnera incorruptibles ces mêmes corps qu’ils ont eu dans la corruption, et dans lesquels ils ont tant souffert: ils seront pour eux des ornements de justice ». Et saint Augustin parle des martyrs de tous les siècles, également de notre siècle.
Mais, dans un deuxième temps, l’Evêque d’Hippone nous dit que nous aussi, et pas seulement les bienheureux au ciel, nous pouvons chanter ce Psaume dans l’espérance. Il déclare: « Soit donc que les martyrs chantent ce cantique dans la réalité de leur bonheur, soit que nous le chantions par l’espérance, et que nous unissions nos transports à leurs couronnes, en soupirant après cette vie que nous n’avons pas et que nous ne pourrons avoir, si nous ne l’avons pas désirée ici-bas, chantons avec eux ».
Saint Augustin revient alors à la première perspective et explique: « Voilà qu’ils [les saints] ont jeté les yeux sur les quelques tribulations qu’ils ont endurées, et du lieu de bonheur et de sûreté où ils sont établis, ils regardent par où ils sont passés, et où ils sont arrivés; et comme il était difficile d’échapper à tant de maux sans la main du libérateur, ils redisent avec joie: « Si le Seigneur n’eût été avec nous ». Tel est le commencement de leur cantique; ils n’ont point dit encore d’où ils sont délivrés, tant est grande leur joie » (Discours sur le Psaume 123, 3: Nuova Biblioteca Agostiniana, XXVIII, Roma 1977, p. 65).

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – Le ‘Grand Hallel’ Psaume 136 (135)

6 juin, 2019

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111019.html

la mia

code lumineux

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – Le ‘Grand Hallel’ Psaume 136 (135)

Place Saint-Pierre

Mercredi 19 octobre 2011

Chers frères et sœurs,

je voudrais méditer aujourd’hui avec vous sur un Psaume qui résume toute l’histoire du salut dont l’Ancien Testament nous apporte le témoignage. Il s’agit d’un grand hymne de louange qui célèbre le Seigneur dans les manifestations multiples et répétées de sa bonté tout au long de l’histoire des hommes : c’est le Psaume 136 — ou 135 selon la tradition gréco-latine.
Prière solennelle d’action de grâce, connu comme le « Grand Hallel », ce Psaume est chanté traditionnellement à la fin du repas pascal juif et a probablement été prié également par Jésus lors de la dernière Pâque célébrée avec les disciples ; c’est à lui en effet que semble faire allusion l’annotation des évangélistes : « Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers » (cf. Mt 26, 30; Mc 14, 26). L’horizon de la louange illumine ainsi le chemin difficile du Golgotha. Tout le Psaume 136 se déroule sous forme de litanie, rythmée par la répétition de l’antienne « car éternel est son amour ». Tout au long de la composition, sont énumérés les nombreux prodiges de Dieu dans l’histoire des hommes et ses interventions constantes en faveur de son peuple ; et à chaque proclamation de l’action salvifique du Seigneur répond l’antienne avec la motivation fondamentale de la louange : l’amour éternel de Dieu, un amour qui, selon le terme hébreu utilisé, implique fertilité, miséricorde, bonté, grâce, tendresse. Tel est le motif unifiant de tout le Psaume, répété toujours sous la même forme, tandis que changent ses manifestations ponctuelles et paradigmatiques : la création, la libération de l’exode, le don de la terre, l’aide providentielle et constante du Seigneur à l’égard de son peuple et de chaque créature.
Après une triple invitation à l’action de grâce au Dieu souverain (vv. 1-3), on célèbre le Seigneur comme Celui qui a fait « des merveilles » (v. 4), dont la première est la création : le ciel, la terre, les étoiles (vv. 5-9). Le monde créé n’est pas un simple scénario dans lequel s’inscrit l’action salvifique de Dieu, mais c’est le début même de cette action merveilleuse. Avec la création, le Seigneur se manifeste dans toute sa bonté et sa beauté, il se compromet avec la vie, révélant une volonté de bien dont jaillit toute autre action de salut. Et dans notre Psaume, faisant écho au premier chapitre de la Genèse, le monde créé est synthétisé dans ses éléments principaux, en insistant en particulier sur les astres, le soleil, la lune, les étoiles, créatures magnifiques qui gouvernent le jour et la nuit. On ne parle pas ici de la création de l’être humain, mais il est toujours présent ; le soleil et la lune sont pour lui — pour l’homme — pour rythmer le temps de l’homme, le mettant en relation avec le Créateur en particulier à travers l’indication des temps liturgiques.
C’est précisément la fête de Pâques qui est évoquée immédiatement après lorsque, passant à la manifestation de Dieu dans l’histoire, commence le grand événement de la libération de l’esclavage de l’Egypte, de l’exode, retracé dans ses éléments les plus significatifs : la libération de l’Egypte avec la plaie des premiers-nés égyptiens, le départ de l’Egypte, le passage de la Mer Rouge, le cheminement dans le désert jusqu’à l’entrée en terre promise (vv. 10-20). Nous nous trouvons au moment originel de l’histoire d’Israël. Dieu est intervenu à travers toute sa puissance pour conduire son peuple à la liberté; à travers Moïse, son envoyé, il s’est imposé au pharaon, se révélant dans toute sa grandeur et, enfin, a écrasé la résistance des Egyptiens par le terrible fléau de la mort des premiers-nés. Ainsi, Israël peut quitter le pays de l’esclavage, avec l’or de ses oppresseurs (cf. Ex 12, 35-36), « sortant la main haute » (Ex 14, 8), sous le signe exultant de la victoire. Au bord de la Mer rouge également, le Seigneur agit avec une puissance miséricordieuse. Devant un peuple d’Israël effrayé à la vue des Egyptiens qui le poursuivent, au point de regretter d’avoir quitté l’Egypte (cf. Ex 14, 10-12), Dieu, comme le dit notre Psaume, « sépara en deux parts la mer des Joncs… fit passer Israël en son milieu… Y culbutant pharaon et son armée » (vv. 13-15). L’image de la Mer rouge « séparée en deux » semble évoquer l’idée de la mer comme un grand monstre qui est coupé en deux morceaux et est rendu ainsi inoffensif. La puissance du Seigneur vainc le danger des forces de la nature et des forces militaires déployées par les hommes: la mer, qui semblait barrer la route au peuple de Dieu, laisse passer Israël au sec, puis se referme sur les Egyptiens, les emportant. « La main forte et le bras étendu » du Seigneur (cf. Dt 5, 15; 7, 19; 26, 8) se montrent ainsi dans toute leur force salvifique: l’oppresseur injuste a été vaincu, englouti par les eaux, tandis que le peuple de Dieu « passe en son milieu » pour poursuivre son chemin vers la liberté.
Notre Psaume fait à présent référence à ce chemin, en rappelant par une phrase très brève le long pèlerinage d’Israël vers la terre promise : « Il mena son peuple au désert, car éternel est son amour ! » (v. 16). Ces quelques mots contiennent une expérience de quarante ans, un temps décisif pour Israël qui, se laissant guider par le Seigneur, apprend à vivre de la foi, dans l’obéissance et dans la docilité à la loi de Dieu. Ce sont des années difficiles, marquées par la dureté de la vie dans le désert, mais aussi des années heureuses, de confiance dans le Seigneur, de confiance filiale; c’est le temps de la « jeunesse » comme le définit le prophète Jérémie en parlant à Israël, au nom du Seigneur, avec des expressions pleines de tendresse et de nostalgie : « Je me rappelle l’affection de ta jeunesse, l’amour de tes fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert, dans une terre qui n’est pas ensemencée » (Jr 2, 2). Le Seigneur, comme le pasteur du Psaume 23 que nous avons contemplé dans une catéchèse, a guidé son peuple pendant quarante ans, l’a éduqué et aimé, le conduisant jusqu’à la terre promise, vainquant également les résistances et l’hostilité de peuples ennemis qui voulaient faire obstacle à son chemin de salut (cf. vv. 17-20).
Dans l’énumération des « grandes merveilles » que notre Psaume énonce, on parvient ainsi au moment du don conclusif, dans l’accomplissement de la promesse divine faite aux pères : « Il donna leur terre en héritage, car éternel est son amour ! En héritage à Israël son serviteur, car éternel est son amour ! » (vv. 21-22). Dans la célébration de l’amour éternel du Seigneur, on fait à présent mémoire du don de la terre, un don que le peuple doit recevoir sans jamais en prendre possession, vivant continuellement dans une attitude de recueillement reconnaissant et plein de gratitude. Israël reçoit le territoire dans lequel habiter comme « héritage », un terme qui désigne de manière générique la possession d’un bien reçu d’un autre, un droit de propriété qui, de manière spécifique, fait référence au patrimoine paternel. Une des prérogatives de Dieu est de « donner » ; et à présent, à la fin du chemin de l’exode, Israël, destinataire du don, comme un fils, entre dans le pays de la promesse accomplie. Le temps du vagabondage, sous les tentes, dans une vie marquée par la précarité, est fini. A présent a commencé le temps heureux de la stabilité, de la joie de construire des maisons, de planter les vignes, de vivre dans la sécurité (cf. Dt 8, 7-13). Mais c’est également le temps de la tentation de l’idolâtrie, de la contamination avec les païens, de l’autosuffisance qui fait oublier l’Origine du don. C’est pourquoi le psalmiste mentionne l’humiliation et les ennemis, une réalité de mort dans laquelle le Seigneur, encore une fois, se révèle comme le Sauveur : « Il se souvint de nous dans notre abaissement, car éternel est son amour ! Il nous sauva de la main des oppresseurs, car éternel est son amour ! » (vv. 23-24).
Dès lors se pose la question: comment pouvons-nous faire de ce Psaume une prière qui soit nôtre, comment pouvons-nous nous approprier, par notre prière, de ce Psaume ? Le cadre du Psaume est important, au début et à la fin : c’est la création. Nous reviendrons sur ce point: la création comme le grand don de Dieu dont nous vivons, dans lequel il se révèle dans sa bonté et sa grandeur. Et donc, avoir à l’esprit la création comme don de Dieu est un point qui nous est commun à tous. Vient ensuite l’histoire du salut. Naturellement, nous pouvons dire: cette libération de l’Egypte, le temps du désert, l’entrée en Terre Sainte puis les autres problèmes, sont très loin de nous, ils n’appartiennent pas à notre histoire. Mais nous devons être attentifs à la structure fondamentale de cette prière. La structure fondamentale est qu’Israël se rappelle de la bonté du Seigneur. Dans cette histoire, il y a beaucoup de vallées obscures, il y a beaucoup de moments marqués par la difficulté et la mort, mais Israël se rappelle que Dieu était bon et qu’il peut survivre dans cette vallée obscure, dans cette vallée de la mort, parce qu’il se souvient. Il garde en mémoire la bonté du Seigneur, de sa puissance ; sa miséricorde vaut pour l’éternité. Et cela est important pour nous aussi : garder en mémoire la bonté du Seigneur. La mémoire devient force de l’espérance. La mémoire nous dit : Dieu existe, Dieu est bon, éternelle est sa miséricorde. Et ainsi, la mémoire ouvre, même dans l’obscurité d’un jour, d’un temps, la route vers l’avenir : elle est lumière et étoile qui nous guide. Nous avons nous aussi une mémoire du bien, de l’amour miséricordieux, éternel de Dieu. L’histoire d’Israël appartient déjà à notre mémoire aussi, la mémoire de la façon dont Dieu s’est montré, a créé son peuple. Puis Dieu s’est fait homme, l’un d’entre nous : il a vécu avec nous, il a souffert avec nous, il est mort pour nous. Il reste avec nous dans le Sacrement et dans la Parole. C’est une histoire, une mémoire de la bonté de Dieu qui nous assure sa bonté: son amour est éternel. Et puis aussi en ces deux mille ans de l’histoire de l’Eglise, il y a toujours, à nouveau, la bonté du Seigneur. Après la période obscure de la persécution nazie et communiste, Dieu nous a libérés, il a montré qu’il est bon, qu’il a de la force, que sa miséricorde vaut pour toujours. Et, comme dans l’histoire commune, collective, est présente cette mémoire de la bonté de Dieu, elle nous aide, elle devient étoile de l’espérance, ainsi, chacun aussi a son histoire personnelle de salut, et nous devons réellement tirer profit de cette histoire, avoir toujours à l’esprit la mémoire des grandes choses qu’il a faites dans ma vie aussi, pour avoir confiance : sa miséricorde est éternelle. Et si aujourd’hui, je suis dans la nuit obscure, demain, Il me libère car sa miséricorde est éternelle.
Revenons au Psaume, parce que, à la fin, il revient à la création. Le Seigneur — c’est ce qui est dit — « à toute chair, il donne le pain, éternel est son amour ! » (n. 25). La prière du Psaume se conclut par une invitation à la louange : « Rendez grâce au Dieu du ciel, éternel est son amour ! ». Le Seigneur est le Père bon et prévoyant, qui donne son héritage à ses fils et offre à tous la nourriture pour vivre. Le Dieu qui a créé les cieux et la terre et les grandes lumières célestes, qui entre dans l’histoire des hommes pour conduire au salut tous ses enfants est le Dieu qui comble l’univers de sa présence de bien en étant attentif à la vie et en donnant du pain. La puissance invisible du Créateur et Seigneur chantée dans le Psaume se révèle dans la petite visibilité du pain qu’il nous donne, avec lequel il nous fait vivre. Et ainsi, ce pain quotidien symbolise et synthétise l’amour de Dieu comme Père, et nous ouvre à l’accomplissement néo-testamentaire, à ce « pain de vie », l’Eucharistie, qui nous accompagne dans notre existence de croyants, en anticipant la joie définitive du banquet messianique au Ciel.
Frères et sœurs, la louange de bénédiction du Psaume 136 nous a fait reparcourir les étapes les plus importantes de l’histoire du salut, jusqu’à parvenir au mystère pascal, où l’action salvifique de Dieu arrive à son sommet. Avec une joie reconnaissante nous célébrons donc le Créateur, Sauveur et Père fidèle, qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3, 16). Dans la plénitude des temps, le Fils de Dieu se fait homme pour donner la vie, pour le salut de chacun de nous, et il se donne comme pain dans le mystère eucharistique pour nous faire entrer dans son alliance qui fait de nous ses fils. C’est à ce point que s’élève la bonté miséricordieuse de Dieu et la sublimité de son « amour pour toujours ».
Je veux donc conclure cette catéchèse en faisant miennes les paroles que saint Jean écrit dans sa Première Lettre et que nous devrions toujours avoir à l’esprit dans notre prière : « Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés fils de Dieu — et nous le sommes » (1 Jn 3, 1). Merci.

 

BENOÎT XVI – AUDIENCE – PSALM 123, 1-6.8 – (2005)

22 avril, 2019

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2005/documents/hf_ben-xvi_aud_20050622.html

600px-Maestro_delle_vitae_imperatorum,_iniziale_B_con_re_davide,_da_un_salterio_da_coro,_milano_1430-50_ca

Le roi David, du choeur Psautier, Mlano

BENOÎT XVI – AUDIENCE – PSALM 123, 1-6.8 – (2005)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 22 juin 2005

Notre aide est dans le nom du Seigneur

Lecture: Ps 123, 1-6.8

1. Voilà devant nous le Psaume 123, un chant d’action de grâce entonné par la communauté en prière qui élève à Dieu sa louange pour le don de la libération. Le Psalmiste proclame en ouverture cette invitation: « A Israël de le dire! » (v. 1), encourageant ainsi tout le peuple à élever une action de grâce vivante et sincère au Dieu sauveur. Si le Seigneur ne s’était pas rangé du côté des victimes, celles-ci, avec leurs forces limitées, auraient été impuissantes à se libérer et leurs adversaires, semblables à des monstres, les auraient déchirées et anéanties.
Même si l’on a pensé à quelque événement historique particulier, comme la fin de l’exil de Babylone, il est plus probable que le Psaume soit un hymne visant à rendre grâce au Seigneur pour les dangers auxquels on a échappé et à implorer de Lui la libération de tout mal. En ce sens, celui-ci demeure un Psaume toujours actuel.
2. Après l’évocation initiale de certains « hommes » qui sautaient sur les fidèles et étaient capables de les « avaler tout vifs » (cf. vv. 2-3), le cantique se divise en deux moments. Dans la première partie dominent les flots en furie, symbole dans la Bible du chaos dévastateur, du mal et de la mort: « Alors les eaux nous submergeaient, le torrent passait sur nous, alors il passait sur notre âme en eaux écumantes » (vv. 4-5). L’orant éprouve à présent la sensation de se trouver sur une plage, miraculeusement sauvé de la furie impétueuse de la mer.
La vie de l’homme est entourée des pièges des méchants qui non seulement attentent à son existence, mais veulent aussi détruire toutes les valeurs humaines. Voyons comment ces dangers existent aussi à présent. Mais – nous pouvons en être sûrs aujourd’hui aussi – le Seigneur se dresse pour protéger le juste et le sauve, comme on le chante dans le Psaume 17: « Il envoie d’en-haut et me prend, il me retire des grandes eaux, il me délivre d’un puissant ennemi, d’adversaires plus forts que moi [...] Yahvé fut pour moi un appui: il m’a dégagé, mis au large, il m’a sauvé car il m’aime » (vv. 17-20). Le Seigneur nous aime vraiment: telle est notre certitude et tel est le motif de notre grande confiance.
3. Dans la seconde partie de notre cantique d’action de grâce, on passe d’une image maritime à une scène de chasse, typique de plusieurs Psaumes de supplique (cf. Ps 123, 6-8). Voici, en effet, l’évocation d’un fauve qui tient sa proie entre ses dents, ou d’un filet de chasseur qui capture un oiseau. Mais la bénédiction exprimée par le Psaume nous fait comprendre que le destin des fidèles, qui était un destin de mort, a été radicalement changé par une intervention salvifique: « Béni Yahvé qui n’a point fait de nous la proie de leurs dents! Notre âme comme un oiseau s’est échappée du filet de l’oiseleur. Le filet s’est rompu et nous avons échappé » (vv. 6-7).
La prière devient ici un souffle de soulagement qui s’élève du plus profond de l’âme: même lorsque toutes les espérances humaines tombent, la puissance libératrice de Dieu peut apparaître. Le Psaume peut donc se conclure par une profession de foi, entrée depuis des siècles dans la liturgie chrétienne comme prémices idéales de chacune de nos prières: « Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram – Notre secours est dans le nom de Yahvé qui a fait le ciel et la terre » (v. 8). En particulier, le Tout-Puissant se range du côté des victimes et des persécutés « qui crient vers lui jour et nuit » et « il leur fera prompte justice » (cf. Lc 18, 7-8).
4. Saint Augustin effectue un commentaire détaillé de ce Psaume. Dans un premier temps, il observe que ce Psaume est chanté de façon adéquate par les « membres du Christ [...] dans leur allégresse ». Puis, en particulier, « les martyrs ont chanté ce cantique, ils sont délivrés et tressaillent avec le Christ qui leur redonnera incorruptibles ces mêmes corps qu’ils ont eu dans la corruption, et dans lesquels ils ont tant souffert: ils seront pour eux des ornements de justice ». Et saint Augustin parle des martyrs de tous les siècles, également de notre siècle.
Mais, dans un deuxième temps, l’Evêque d’Hippone nous dit que nous aussi, et pas seulement les bienheureux au ciel, nous pouvons chanter ce Psaume dans l’espérance. Il déclare: « Soit donc que les martyrs chantent ce cantique dans la réalité de leur bonheur, soit que nous le chantions par l’espérance, et que nous unissions nos transports à leurs couronnes, en soupirant après cette vie que nous n’avons pas et que nous ne pourrons avoir, si nous ne l’avons pas désirée ici-bas, chantons avec eux ».
Saint Augustin revient alors à la première perspective et explique: « Voilà qu’ils [les saints] ont jeté les yeux sur les quelques tribulations qu’ils ont endurées, et du lieu de bonheur et de sûreté où ils sont établis, ils regardent par où ils sont passés, et où ils sont arrivés; et comme il était difficile d’échapper à tant de maux sans la main du libérateur, ils redisent avec joie: « Si le Seigneur n’eût été avec nous ». Tel est le commencement de leur cantique; ils n’ont point dit encore d’où ils sont délivrés, tant est grande leur joie » (Discours sur le Psaume 123, 3: Nuova Biblioteca Agostiniana, XXVIII, Roma 1977, p. 65).

* * *

PSAUME 131. SEIGNEUR JE N’A PAS LE COEUR FIER

21 mars, 2019

http://www.spiritualite2000.com/2004/02/psaume-131-seigneur-je-nai-pas-le-coeur-fier/

fr

PSAUME 131. SEIGNEUR JE N’A PAS LE COEUR FIER

Par Hervé Tremblay, o.p.

L’image de l’enfant dans les bras de sa mère a toujours frappé l’imagination et suscité des sentiments. Il a été facile de l’appliquer à diverses attitudes ou expériences religieuses. Un tout petit psaume de trois versets seulement le fait audacieusement.

1 Seigneur, je n’ai pas le cœur fier
ni le regard ambitieux ;
je ne poursuis ni grands desseins,
ni merveilles qui me dépassent.
2 Non, mais je tiens mon âme
tranquille et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant,
comme un petit enfant contre sa mère.
3 Attends le Seigneur, Israël,
maintenant et à jamais.

Texte
• Le titre du psaume porte : « Cantique des montées. De David ». Il s’agit ici du douzième psaume des montées (cf. Ps 120-134) qui étaient chantés par les pèlerins se rendant à Jérusalem.
• v.2a Le texte hébreu commence avec « si ne… pas », qui introduit une formule de serment (cf. Ps 89,36 ; 95,11). Il conviendrait donc de traduire à l’aide d’une périphrase : « Qu’il m’arrive malheur si je ne tiens mon âme… ».
• v.2d littéralement : « comme cet enfant sevré, mon âme est en moi ». Certains ont traduit « comme un bébé repu ( !) ».
• Il n’est pas certain que le v.3 faisait partie du poème à l’origine. La plupart des commentateurs le considère comme un ajout liturgique visant à adapter une profession de confiance individuelle à une situation collective.

Genre littéraire
Il s’agirait d’un psaume de confiance. Les Psaumes de supplication constituent la majorité des poésies du Psautier. Mais la confiance, qui est le motif de la supplication, constitue le thème principal de quelques psaumes : Ps 3 ; 4 ; 11 ; 16 ; 23 ; 27 ; 62 ; 121 ; 131. Ces chants sont d’une haute portée spirituelle et sont souvent les plus connus et les plus aimés des croyants. Il n’y a pas vraiment de structure associée au genre littéraire, tout au plus rencontre-t-on une invocation du nom divin et de sa divine puissance suivie de l’expression du sentiment de confiance que ce nom puissant inspire. Le psalmiste chante sa sécurité en Dieu, sa paix et sa joie (cf. Ps 3,7 ; 4,9 ; 23,4-5 ; 27,1.3), son intimité avec le Seigneur (cf. Ps 16,5-11). Le Ps 131 est un des psaumes les plus doux, les plus détendus dans un psautier rempli de lamentations et d’hymnes parfois grandiloquents.

Structure
La structure du psaume repose sur deux tableaux antithétiques qui correspondent aux deux premiers versets. Le premier tableau est négatif et décrit ce que n’est pas la confiance en Dieu (v.1) : pas d’orgueil, pas d’arrogance, pas d’ambition démesurée. Le second est positif et décrit ce qu’est la confiance en Dieu (v.2). Ils convergent tous les deux dans le v.3 qui fait la synthèse du message et exprime la confiance d’Israël en Dieu.

Commentaire
• v.1 Le psaume s’ouvre avec un aveu d’humilité d’une grande simplicité mais aussi d’une grande intensité. Aussi certains commentateurs ont-ils voulu identifier le psalmiste à un grand personnage assagi par les épreuves et les mauvaises expériences de la vie. Le psaume laisserait entendre à mi-mots que les projets et les actes du psalmiste n’ont pas toujours été aussi sages et modérés dans le passé. Sans doute même a-t-il beaucoup lutté soit pour recouvrer sa situation première particulièrement florissante, soit pour acquérir tel avantage important devant améliorer sa condition. Mais l’expérience l’aurait instruit de la vanité de telles recherches.
De toutes façons il sait désormais que la vie ne donne pas ce qu’on attend d’elle ; il reste donc à changer de tactique, avec le Seigneur.
On remarque dans ce premier verset le développement ascendant de la pensée. En premier lieu, à l’intérieur de l’homme, il y a le cœur (v.1a) siège de la réflexion dans la Bible (et non pas des sentiments, comme dans nos cultures !) ; en deuxième lieu, l’attitude extérieure manifestée par les yeux (v.1b) qui expriment la décision prise (cf. Ps 18,28 ; 101,5 ; Pr 6,17 ; 21,4); en troisième lieu, l’image du chemin (v.1c) indique les démarches entreprises. En effet, cette dernière partie du verset serait mieux traduite par : « Je n’ai pas pris un chemin de grandeurs ». L’orgueilleux s’illusionne en voulant accomplir les œuvres de Dieu et réaliser le salut par ses propres forces. Sur l’orgueil humain et l’humilité, la Bible a de beaux passages : Si 3,17-27 ; Is 2,11-17 ; Nb 12,3 et Si 45,4 sur l’humilité et la douceur de Moïse.
• v.2 C’est la partie positive du psaume. L’ambiance de confiance en Dieu est évoquée par les images de paix et de silence qui contrastent avec les attitudes hautaines et tapageuses auxquelles faisait allusion le v.1. Ici, l’âme est comparée à un enfant sevré qui, pour cette raison, repose en paix sur sa mère. L’idée est aussi simple et naturelle que celle d’un enfant qui, après la tétée repose tranquillement, repu, sur le sein de sa mère, avec laquelle il vit une intimité toute spéciale.
Instruit par l’expérience et travaillé par la grâce, le psalmiste en est même venu à renoncer à toute revendication excessive et il s’est établi dans un climat de calme et de silence intérieur (cf. Ps 37,7 ; 62,2), d’attente paisible (Is 30,15). L’image de l’enfant est d’autant plus parlante que celui-ci est dit « sevré ». L’auteur déclare en être venu à sevrer son âme de toutes ses aspirations naturelles, de sorte qu’elle demeure en lui, non plus comme le nourrisson qui réclame de sa mère qu’elle l’allaite – et cela avec toute l’avidité que l’on sait ! – mais comme l’enfant sevré qui n’éprouve plus de faim instinctive et inquiète et qui s’abandonne blotti dans les bras de sa mère, comme un enfant qui ne désire plus rien. Le psalmiste s’est rendu maître de lui-même et, faisant désormais confiance à la providence, s’est remis à elle en tout. Il y a gagné la sérénité et la paix, qui sont le lot des chercheurs de Dieu.
• v.3 Une probable addition en vue de l’emploi liturgique du psaume. Comme c’est le cas pour d’autres psaumes (cf. Ps 130,7-8), où l’on passe du singulier au pluriel, l’exhortation finale du petit Ps 131 s’adresse également à Israël dont la prière est le plus souvent communautaire. À l’exemple des individus, le peuple de l’alliance constitue une création fragile qui doit s’abandonner à son Seigneur, de qui il reçoit vie, énergie, espérance et sécurité. Le message individuel du poème est donc appliqué à tout Israël. Sans chercher la gloire humaine ou le succès, sans s’agiter fébrilement pour réparer ses revers ou satisfaire ses désirs de vengeance et de suprématie politique, le peuple de Dieu doit faire totalement confiance au Seigneur qui est comme une mère qui prend soin de ses fidèles.
Enseignement
Le charme de ce psaume provient du fait qu’il décrit en quelques mots la scène d’une mère qui tient dans ses bras son bébé endormi qu’elle vient d’allaiter. La relation amoureuse qui unit la mère à son enfant illustre à merveille le rapport entre Dieu et le fidèle. La même idée est exprimée dans quelques passages bibliques : Is 49,15 ; 66,11-14 ; Os 11,3-4. Davantage encore, le charme du symbolisme de l’enfant pour la spiritualité et l’importance de l’abandon à Dieu constituent deux motifs constants dans la littérature religieuse. Le croyant, en paix désormais, renonçant à toute recherche de grandeur humaine, s’abandonne au Seigneur avec la simplicité d’un enfant, sans inquiétude ni ambition. La même confiance filiale est demandée à tout le peuple de Dieu (v.3).
Le psalmiste a misé toute sa vie, symbolisée par l’emploi du mot « âme » ou « souffle » (v.2), entre les mains du Seigneur. L’image de l’enfant vise à exprimer plusieurs sentiments : sérénité, repos, acceptation de sa propre dépendance, abandon. Le bébé sevré n’a plus besoin de sa mère uniquement pour satisfaire son besoin primaire et instinctif de nourriture ; retourner sur le sein de sa mère répond au besoin encore plus fondamental de sécurité, d’intimité, d’affection. Transposé, comme c’est le cas ici, dans l’ordre des relations de l’homme avec Dieu, ce langage décrit les bases mêmes de toute spiritualité basée non pas sur la simple satisfaction des besoins ou l’exaucement des prières, mais sur une relation vivante, confiante et amoureuse.
Pour en arriver ainsi à un total abandon, il faut avoir longuement digéré, approfondi et intériorisé ses propres questions, ses crises, ses épreuves et ses remises en question. Ce psaume ne parle pas d’une connaissance spéculative et abstraite de notre petitesse, mais d’acceptation des limites de la vie et de la dépendance de Dieu, de l’abandon filial à la conduite du Seigneur qui est comme une mère…
Citation dans le Nouveau Testament
On pense tout de suite, à cause de l’image de l’enfant, à Mt 18,3-5//Mc 9,36-37//Lc 9,47-48 (devenir comme des enfants pour entrer dans le royaume des cieux) et Mt 19,13-14//Mc 10,13-15//Lc 18,16-17 (le royaume des cieux est à ceux qui sont comme les enfants). Mais on peut aussi considérer l’humilité du publicain (Lc 18,13-14) ou des premiers chrétiens (1 Co 1,26-29). Quant à la confiance en Dieu, voir Mt 6,25-34//Lc 12,22-32 ou encore Jn 14,27 :« Que votre cœur ne se trouble pas ».
Dans la théologie et la spiritualité chrétienne
On ne sera pas surpris d’apprendre que certains Pères de l’Église ont appliqué le psaume à la Vierge Marie, mère de Jésus. Mais on l’a surtout appliqué à l’humilité, à la confiance et au repos du croyant en Dieu. On pense à la célèbre phrase de saint Augustin : « Tu nous as fait pour toi, ô mon Dieu, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ».
Un peu plus tard, la Règle de saint Benoît (5e siècle), dans son long chapitre 7, fait de l’humilité une base de l’institution monastique et cite le Ps 131. Ce psaume illustre à merveille la spiritualité de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Sa doctrine a été qualifiée « d’enfance spirituelle » ou, mieux, de « petite voie ». L’image du repos en Dieu servira encore de base à toute la spiritualité de plusieurs saints, dont saint Bernard, Édith Stein, Élisabeth de la Trinité ou Henri Bergson.
Dans la liturgie
Le Ps 131 est assez peu utilisé. À la liturgie des Heures, on le prie le samedi de la 1re semaine du psautier à l’office des lectures du temps ordinaire ainsi que le mardi de la 3e semaine aux vêpres. À l’Eucharistie, le Ps 131 est le psaume responsorial du 31e dimanche de l’année A où il répond à la première lecture tirée de Malachie 1-2. C’est Mal 2,10 qui semble avoir motivé le choix du psaume : « Et nous, le peuple de Dieu, n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » Durant la semaine, il est utilisé le 31e lundi des années paires, alors qu’il fait office de psaume responsorial à Ph 2,1-4, où saint Paul parle des dispositions qui doivent animer les chrétiens ; également, le 31e mardi des années impaires, alors qu’il répond à Rm 12,5-16a qui décrit la vie des communautés chrétiennes.

JEAN PAUL II – PS 149: LA FÊTE DES AMIS DE DIEU

22 août, 2018

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20010523.html

imm fr San-Miniato-Firenze

San Miniato, Firenze

JEAN PAUL II – PS 149: LA FÊTE DES AMIS DE DIEU

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 23 mai 2001

1.  » Les siens jubilent de gloire, ils acclament depuis leur place ». Cet appel du Psaume 149, qui vient d’être proclamé, renvoie à une aube qui va poindre et qui voit les fidèles prêts à entonner leur louange du matin. Cette louange est définie à travers une expression significative, « un chant nouveau » (v. 1), c’est-à-dire un hymne solennel et parfait, adapté aux jours de la fin, lorsque le Seigneur rassemblera les justes dans un monde renouvelé. Tout le Psaume est parcouru par une atmosphère de fête, déjà inaugurée par l’alleluia du début et ensuite rythmée par le chant, la louange, la joie, la danse, le son des tambours et des harpes. La prière que ce Psaume inspire est l’action de grâce d’un coeur comblé de joie religieuse.
2. Les protagonistes du Psaume sont appelés, dans l’original hébreux de l’hymne, par deux termes caractéristiques de la spiritualité de l’Ancien Testament. Ils sont tout d’abord définis trois fois comme des hasidim (vv. 1.5.9.), c’est-à-dire « les pieux, les fidèles », ceux qui répondent avec fidélité et amour (hesed) à l’amour paternel du Seigneur.
La seconde partie du Psaume surprend, car elle est remplie d’images guerrières. Il nous semble étrange que, dans un même verset, le Psaume réunisse « les éloges de Dieu à pleine gorge » et « à pleines mains l’épée à deux tranchants » (v. 6). En réfléchissant, nous pouvons en comprendre le pourquoi: le Psaume fut composé pour des « fidèles » qui se trouvaient engagés dans une lutte de libération; ils combattaient pour libérer leur peuple opprimé et lui rendre la possibilité de servir Dieu. Au cours de l’époque des Maccabées, au IIème siècle avant Jésus-Christ, les combattants pour la liberté et pour la foi, soumis à une dure répression de la part du pouvoir héllenistique, s’appelaient précisément hasidim, « les fidèles » à la Parole de Dieu et aux traditions des Pères.
3. Dans la perspective actuelle de notre prière, cette symbolique guerrière devient une image de notre engagement de croyants qui, après avoir chanté à Dieu la louange du matin, partent sur les routes du monde, affrontant le mal et l’injustice. Malheureusement, les forces qui s’opposent au Royaume de Dieu sont imposantes: le Psalmiste parle de « peuples, nations, rois et notables ». Pourtant il est confiant, car il sait qu’à ses côtés se trouve le Seigneur qui est le vrai Roi de l’histoire (v. 2). Sa victoire sur le mal est donc certaine et ce sera le triomphe de l’amour. Tous les hasidim participent à cette lutte, tous les fidèles et les justes qui, avec la force de l’Esprit, mènent à bien l’oeuvre admirable qui porte le nom de Royaume de Dieu.
4. Saint Augustin, en partant des références du Psaume au « choeur » et aux « tambours et aux harpes », commente: « Qu’est-ce que représente un choeur? [...] Le choeur est un ensemble de chanteurs qui chantent ensemble. Si nous chantons en choeur, nous devons chanter en accord. Lorsque l’on chante en choeur, une seule voix qui chante faux blesse l’auditeur et sème la confusion dans le choeur lui-même » (Enarr. in Ps. 149: CCL 40, 7, 1-4).
Faisant ensuite référence aux instruments utilisés par le Psalmiste, il se demande: « Pourquoi le Psalmiste prend-il en main le tambour et le psaltérion? ». Il répond: « Pour que la voix ne soit pas seule à louer le Seigneur, mais également les oeuvres. Lorsque l’on prend le tambour et la harpe, les mains s’accordent avec la voix. Il en est de même pour toi. Quand tu chantes l’alleluia, tu dois présenter le pain à l’affamé, vêtir celui qui est nu, accueillir le pèlerin. Si tu fais cela, ce n’est pas la voix seule qui chante, mais les mains s’harmonisent à la voix, dans la mesure où les paroles concordent avec les oeuvres » (Ibid., 8, 1-4).
5. Un deuxième terme définit les protagonistes de ce Psaume: ce sont les anawim, c’est-à-dire les « pauvres, les humbles » (v. 4). Cette expression est très fréquente dans le Psautier et indique non seulement les opprimés, les misérables, ceux qui sont persécutés pour la justice, mais également ceux qui, étant fidèles aux engagements moraux de l’Alliance avec Dieu, sont marginalisés par ceux qui choisissent la violence, la richesse et la puissance. Dans cette perspective, on comprend que les « pauvres » ne représentent pas seulement une catégorie sociale, mais un choix spirituel. Tel est le sens de la première et célèbre Béatitude: « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3). Le prophète Sophonie s’adressait déjà ainsi aux anawim: « Cherchez Yahvé, vous tous les humbles de la terre, qui accomplissez ses ordonnances. Cherchez la justice, cherchez l’humilité: peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère de Yahvé » (So 2, 3).
6. Le « jour de la colère de Yahvé » est précisément celui qui est décrit dans la seconde partie du psaume lors-que les « pauvres » se rangent du côté de Dieu pour lutter contre le mal. Seuls, ces derniers n’ont pas la force suffisante, ni les moyens, ni les stratégies nécessaires pour s’opposer à l’irruption du mal. Pourtant, la phrase du Psalmiste n’admet pas d’hésitations: « Car Yahvé se complaît en son peuple, de salut il pare les humbles (anawim) » (v. 4). De façon idéale se dessine ce que l’Apôtre Paul déclare aux Corinthiens: « Ce qui dans le monde est sans naissance et ce qu’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 28).
Avec cette certitude, « les fils de Sion » (v. 2), hasidim et anawim, c’est-à-dire les fidèles et les pauvres, partent pour vivre leur témoignage dans le monde et dans l’histoire. Le chant de Marie dans l’Evangile de Luc – le Magnificat – est l’écho des meilleurs sentiments des « fils de Sion »: louange joyeuse au Dieu Sauveur, action de grâce pour les merveilles accomplies en elle par le Tout Puissant, lutte contre les forces du mal, solidarité avec les pauvres, fidélité au Dieu de l’Alliance (cf. Lc 1, 46-55).

 

BENOÎT XVI – Psaume 33 «Le Seigneur est mon berger, rien ne me manque»

19 juin, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111005.html

imm fr

BENOÎT XVI – Psaume 33 «Le Seigneur est mon berger, rien ne me manque»

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 5 octobre 2011

Chers frères et sœurs,

S’adresser au Seigneur dans la prière implique un acte radical de confiance, dans la conscience de s’en remettre à Dieu qui est bon, «Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité» (Ex 34, 6-7; Ps 86, 15; cf. Jl 2, 13; Gn 4, 2; Ps 103, 8; 145, 8; Né 9, 17). C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui réfléchir avec vous sur un Psaume plein de confiance, dans lequel le Psalmiste exprime sa sereine certitude d’être guidé et protégé, mis à l’abri de tout danger, parce que le Seigneur est son pasteur. Il s’agit du Psaume 23 — selon la datation gréco-latine 22 — un texte familier à tous et aimé de tous.
: c’est ainsi que débute cette belle prière, évoquant le contexte nomade de l’élevage des brebis et l’expérience de la connaissance réciproque qui s’établit entre le pasteur et les brebis qui composent son petit troupeau. L’image rappelle une atmosphère de confidence, d’intimité, de tendresse: le pasteur connaît ses brebis une par une, il les appelle par leur nom et elles le suivent parce qu’elles le reconnaissent et qu’elles se fient à lui (cf. Jn 10, 2-4). Il prend soin d’elles, il les garde comme des biens précieux, prêt à les défendre, à en garantir le bien-être, à les faire vivre dans la tranquillité. Rien ne peut leur manquer si le pasteur est avec elles. C’est à cette expérience que fait référence le Psalmiste en appelant Dieu son pasteur, en se laissant guider par Lui vers des pâturages sûrs :
«Sur des prés d’herbe fraîche il me parque. / Vers les eaux du repos il me mène, / il y refait mon âme; il me guide aux sentiers de justice / à cause de son nom» (vv. 2-3).
La vision qui s’ouvre sous nos yeux est celle de prés verts et de sources d’eau limpide, une oasis de paix vers laquelle le pasteur accompagne le troupeau, symboles des lieux de vie vers lesquels le Seigneur conduit le Psalmiste, qui se sent comme les brebis étendues sur l’herbe à côté d’une source, au repos, non en tension ou en état d’alerte, mais confiantes et tranquilles, parce l’endroit est sûr, l’eau est fraîche, et le pasteur veille sur elles. Et n’oublions pas ici que la scène évoquée par le Psaume se passe dans une terre en grande partie désertique, battue par un soleil cuisant, où le pasteur semi-nomade du Moyen-Orient vit avec son troupeau dans les steppes desséchées, qui s’étendent autour des villages. Mais le pasteur sait où trouver l’herbe et l’eau fraîche, essentielles pour la vie, il sait conduire à l’oasis où l’âme «se raffermit» et où il est possible de reprendre des forces et de nouvelles énergies pour se remettre en chemin.
Comme le dit le Psalmiste, Dieu le guide vers les «prés d’herbe fraîche» et les «eaux du repos», où tout est surabondant, tout est donné de façon copieuse. Si le Seigneur est le pasteur, même dans le désert, lieu d’absence et de mort, la certitude d’une présence radicale de vie ne fait pas défaut, au point de pouvoir dire: «rien ne me manque». Le pasteur, en effet, a à cœur le bien de son troupeau, il adapte ses propres rythmes et ses propres exigences à celles de ses brebis, il marche et il vit avec elles, en les guidant sur des sentiers «justes», c’est-à-dire adaptés à elles, attentif à leurs besoins et non aux siens. La sécurité de son troupeau est sa priorité et c’est à elle qu’il obéit quand il le conduit.
Chers frères et sœurs, nous aussi, comme le Psalmiste, si nous marchons derrière le «bon Pasteur», aussi difficiles, tortueux ou longs que puissent apparaître les parcours de notre vie, souvent aussi dans des zones spirituellement désertiques, sans eau et sous le soleil d’un rationalisme cuisant, sous la conduite du bon pasteur, le Christ, nous sommes certains d’aller sur les routes «justes», que le Seigneur nous guide et qu’il est toujours proche de nous et qu’il ne nous manquera rien.
C’est pourquoi le Psalmiste peut déclarer une tranquillité et une sécurité sans incertitudes ni craintes :
«Passerais-je un ravin de ténèbres, / je ne crains aucun mal car tu es près de moi; / ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent» (v. 4).
Qui passe avec le Seigneur dans le ravin de ténèbres de la souffrance, de l’incertitude et de tous les problèmes humains, se sent en sécurité. Tu es avec moi: telle est notre certitude, celle qui nous soutient. L’obscurité de la nuit fait peur, avec ses ombres changeantes, la difficulté à distinguer les dangers, son silence rempli de bruits indéchiffrables. Si le troupeau se déplace à la nuit tombée, quand la visibilité se fait incertaine, il est normal que les brebis soient inquiètes, le risque existe de trébucher ou de s’éloigner et de se perdre, et il y a encore la crainte de possibles agresseurs qui se cachent dans l’obscurité. Pour parler de ce ravin de «ténèbres», le Psalmiste utilise une expression en hébreu qui évoque les ténèbres de la mort, pour lequel la vallée à traverser est un lieu d’angoisse, de terribles menaces, de dangers de mort. Et pourtant, l’orant continue avec certitude, avec assurance, sans peur, parce qu’il sait que le Seigneur est avec lui. Ce «tu es avec moi» est une proclamation de confiance, inébranlable, et elle synthétise l’expérience d’une foi radicale; la proximité de Dieu transforme la réalité, le ravin de ténèbres perd toute dangerosité, se vide de toute menace. Le troupeau à présent peut cheminer tranquille, accompagné par le bruit familier du bâton qui frappe le terrain et signale la présence rassurante du pasteur.
Cette image réconfortante termine la première partie du Psaume et laisse place à une scène différente. Nous sommes encore dans le désert, où le pasteur vit avec son troupeau, mais à présent nous sommes transportés sous sa tente, qui s’ouvre pour donner l’hospitalité:
«Devant moi tu apprêtes une table / face à mes adversaires; / d’une onction tu me parfumes la tête, / ma coupe déborde» (v. 5).
Maintenant, le Seigneur est présenté comme Celui qui accueille l’orant, avec les signes d’une hospitalité généreuse et pleine d’attentions. L’hôte divin prépare la nourriture sur la «table», un terme qui en hébreu indique, dans son sens primitif, la peau de bête qui était étendue par terre et sur laquelle on posait les plats pour le repas commun. Il s’agit d’un geste de partage non seulement de la nourriture, mais également de la vie, dans une offrande de communion et d’amitié qui crée des liens et exprime la solidarité. Et ensuite, il y a le don munificent de l’huile parfumée sur la tête, qui procure un soulagement contre la brûlure du soleil du désert, qui rafraîchit et adoucit la peau et réjouit l’esprit de son parfum. Enfin, le calice débordant ajoute une note de fête, avec son vin exquis, partagé avec une générosité surabondante. Nourriture, huile, vin: ce sont les dons qui font vivre et qui donnent la joie car ils vont au-delà de ce qui est strictement nécessaire et expriment la gratuité et l’abondance de l’amour. Le Psaume 104 proclame, en célébrant la bonté providentielle du Seigneur: «Tu fais croître l’herbe pour le bétail et les plantes à l’usage des humains, pour qu’ils tirent le pain de la terre et le vin qui réjouit le cœur de l’homme, pour que l’huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l’homme» (vv. 14-15). Le Psalmiste est l’objet de nombreuses attentions, c’est pourquoi il se voit comme un voyageur qui trouve refuge sous une tente hospitalière, alors que ses ennemis doivent s’arrêter pour regarder, sans pouvoir intervenir, car celui qu’ils considéraient comme leur proie a été mis en sécurité, il est devenu un hôte sacré, intouchable. Et nous sommes nous-mêmes le Psalmiste, si nous sommes réellement croyants en communion avec le Christ. Quand Dieu ouvre sa tente pour nous accueillir, rien ne peut nous faire de mal.
Ensuite, lorsque le voyageur repart, la protection divine se prolonge et l’accompagne au cours de son voyage :
«Oui, grâce et bonheur me pressent / tous les jours de ma vie; / ma demeure est la maison du Seigneur / en la longueur des jours» (v. 6).
La bonté et la fidélité de Dieu sont l’escorte qui accompagne le Psalmiste qui sort de la tente et se remet en chemin. Mais c’est un chemin qui acquiert un sens nouveau, et devient pèlerinage vers le Temple du Seigneur, le lieu saint où l’orant veut «demeurer» pour toujours et auquel il veut également «retourner». Le verbe hébreu utilisé ici a le sens de «revenir» mais, au moyen d’une petite modification de voyelle, il peut être entendu comme «demeurer» et et c’est ainsi qu’il est rendu par les antiques versions et par la majorité des traductions modernes. Les deux sens peuvent être maintenus: retourner au Temple et y demeurer est le désir de chaque Israélite, et habiter près de Dieu dans sa proximité et sa bonté est le désir et la nostalgie de tout croyant: pouvoir habiter réellement là où est Dieu, près de Dieu. Se placer à la suite du Pasteur conduit à sa maison, tel est le but de tout chemin, oasis recherchée dans le désert, tente où se réfugier en fuyant ses ennemis, lieu de paix où faire l’expérience de la bonté et de l’amour fidèle de Dieu jour après jour, dans la joie sereine d’un temps sans fin.
Les images de ce Psaume, avec leur richesse et leur profondeur, ont accompagné toute l’histoire et l’expérience religieuse du peuple d’Israël et accompagnent les chrétiens. La figure du pasteur, en particulier, évoque le temps originel de l’Exode, le long chemin dans le désert, comme un troupeau guidé par le Pasteur divin (cf. Is 63, 11-14; Ps 77, 20-21; 78, 52-54). Et sur la terre promise, c’était le roi qui avait le devoir de paître le troupeau du Seigneur, comme David, pasteur choisi par Dieu et figure du Messie (cf. 2 S 5, 1-2; 7, 8; Ps 78, 70-72). Puis, après l’exil de Babylone, presque dans un nouvel exode (cf. Is 40, 3-5.9-11; 43, 16-21), Israël revient dans sa patrie comme une brebis égarée et retrouvée, reconduite par Dieu vers de verts pâturages et des lieux de repos (cf. Ez 34, 11-16, 23-31). Mais c’est dans le Seigneur Jésus que toute la force évocatrice de notre Psaume atteint sa plénitude, trouve sa pleine signification: Jésus est le «Bon Pasteur» qui va à la recherche de la brebis égarée, qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles (cf. Mt 18, 12-14; Lc 15, 4-7; Jn 10, 2-4.11-18). Il est le chemin, la juste voie qui nous conduit à la vie (cf. Jn 14, 6), la lumière qui illumine la vallée obscure et vainc chacune de nos peurs (cf. Jn 1, 9; 8, 12; 9, 5; 12, 46). C’est Lui l’hôte généreux qui nous accueille et nous met à l’abri des ennemis en préparant la table de son corps et de son sang (cf. Mt 26, 26-29; Mc 14, 22-25; Lc 22, 19-20) et celle définitive du banquet messianique au Ciel (cf. Lc 14, 15sq; Ap 3, 20; 19, 9). C’est Lui le Pasteur royal, le roi dans la douceur et dans le pardon, intronisé sur le bois glorieux de la croix (cf. Jn 3, 13-15; 12, 32; 17, 4-5).
Chers frères et sœurs, le Psaume 23 nous invite à renouveler notre confiance en Dieu, en nous abandonnant totalement entre ses mains. Demandons donc avec foi que le Seigneur nous accorde, même sur les chemins difficiles de notre temps, de marcher toujours sur ses sentiers comme un troupeau docile et obéissant, qu’il nous accueille dans sa maison, à sa table et qu’il nous conduise vers des «eaux tranquilles» afin que, dans l’accueil du don de son Esprit, nous puissions nous abreuver à ses eaux, sources de l’eau vive «jaillissant en vie éternelle» (Jn 4, 14; cf. 7, 37-39). Merci.

 

LA PUISSANCE DU NOM DIVIN (ÉTUDE DU PSAUME 8)

10 mai, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/734.html

imm fr

LA PUISSANCE DU NOM DIVIN (ÉTUDE DU PSAUME 8)

Commentaire au fil du texte

Commencer
Ce psaume 8 est bref, mais il contient l’univers entier…
Le psaume 8 est court et pourtant il évoque l’univers, l’homme et Dieu. Plus particulièrement, la grandeur du Nom de Dieu. Comment cela ?

Parcourir le psaume
Première remarque qui est utile dans l’étude de bien des textes bibliques : le psaume 8 commence et se termine par une « inclusion ». Procédé littéraire assez courant, l’inclusion est la répétition volontaire d’un mot, d’une expression ou d’une phrase, que l’auteur veut mettre en valeur et qu’il utilise comme un indice de la construction de son texte (pour borner le passage, marquer ses parties ou le relier au contexte). L’inclusion est ici une doxologie, c’est-à-dire une formulation de la Gloire de Dieu :
« SEIGNEUR notre Seigneur,
que ton nom est magnifique par toute la terre ! » (v. 2 et v. 10).
Deuxième remarque : quel est le vocabulaire dominant dans ce psaume ? Il parait simple de remarquer celui-ci :
v. 2 : terre, cieux
v. 4 : cieux, lune, étoiles
v. 7 : œuvres de tes mains
v. 8 : bétail, gros ou petit, bêtes sauvages
v. 9 : oiseau du ciel, poissons, mer.

Tous ces éléments sont ceux de la création, de l’univers. Mais un autre champ sémantique fait contrepoint :
v. 3 : tout petits, nourrissons
v. 5 : l’homme, l’être humain
v. 6 : presque un dieu

C’est l’homme, dans sa fragilité et sa dépendance, qui trouve une place dans la création.
Ces données rapprochées mettent en évidence que, dans ce psaume, c’est le Seigneur de la création, du cosmos, qui est loué ainsi que la puissance qu’il déploie au profit des mortels et qui réside dans son Nom.

Commentaire : Qu’est-ce donc que le « Nom » ?
Identité.
Le « Nom » a une grande importance dans le Premier Testament. Car, dans la Bible, le nom d’un être résume son rôle dans l’univers ; il exprime la totalité de la personne qu’il désigne et enferme en ses lettres la puissance de cet être. C’est pourquoi l’étymologie d’un nom donne en général un sens approprié à la nature et à la mission de celui qui le porte. « Adam », par exemple, vient de la racine « sol » dont il fut tiré (Gn 2,7). Autre exemple, « Noé » signifie « qui réconforte » parce que son père Lamech avait dit : « il nous réconfortera de nos labeurs et de la peine de nos mains » (Gn 5,29). « Isaac » vient de la racine « rire » car Abraham et Sarah avaient ri à l’annonce de la venue d’un fils sur leurs vieux jours (Gn 18,12). « Moïse » signifie « tiré » des eaux (Ex 2,10) parce qu’il avait été sauvé des eaux du Nil. Les lieux aussi reçoivent des noms significatifs. Le puits de « Lahaï-Roï » est le « puits du Vivant qui me voit » (Ex 16,14) ; « Mara », racine de l’amertume, est le lieu du désert où les fils d’Israël ne purent boire car l’eau était « amère » (Ex 15, 22-27) etc…

Le Nom divin.
Mais, en ce qui concerne Dieu, c’est lui-même qui dévoila son « Nom » aux hommes. S’il fut d’abord pour Moïse le Dieu des ancêtres, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Ex 3,6), en Ex 3,14, Dieu se nomme « Je suis qui je serai » et précise « c’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération ». Le Seigneur a livré à Moïse son Nom et son Mystère. Si l’ambiguïté de la formule « Je suis qui je serai » révèle le refus de se laisser enfermer dans les catégories des hommes, dans le même temps, son « être » semble orienté vers l’homme. En effet, en Ex 3,12, Le Seigneur affirme « Je suis avec toi », promettant ainsi que sa présence aux hommes sera constante et efficace. Et derrière ces deux aspects, ce Nom laisse entendre que Dieu est aussi Celui qui fait exister, qui décide de l’être.
Comme le montre le Ps 8, le Nom fera l’objet d’un culte. Nom redoutable, éternel, tout-puissant, saint et terrible, il sera la manière de s’adresser au Dieu transcendant qui, pourtant, est activement présent au sein de l’univers.
Par toute la terre, le Nom de Dieu est la signature de ses œuvres. Ce Nom dit, au cœur du monde, la majesté inatteignable du Créateur, il atteste que le ciel est « son » ciel, piqueté de la terre et des étoiles par son art, il atteste sa puissance qui maintient l’harmonie de l’être et de la vie.
Un Nom pour une alliance.
Toutefois, l’émerveillement né de la puissance du Nom ne s’arrête pas aux contemplations extérieures, il fait aussi naître l’interrogation sur la vie humaine : « Qu’est donc l’homme, pour que tu penses à lui, l’être humain, pour que tu t’en soucies ? » v. 5. Comment le Dieu Créateur peut-il se souvenir de l’homme, fragile, fini, simple mortel, fils d’Adam, poussière qui retournera à la poussière ? Comment le Dieu Créateur peut-il vouloir le visiter, en prendre souci, le rencontrer pour le sauver ? Beaucoup plus encore, comment Le Seigneur Créateur peut-il associer l’homme à sa permanente Gloire créatrice ?
C’est ce que le psaume nous révèle. Si l’homme est créature, elle est juste moins qu’un dieu et le Seigneur la couronne « de gloire et de beauté pour qu’il domine son œuvre ». Il a mis la création sous ses pieds. Or, ces multiples facettes du rôle privilégié de l’homme sont des dons de Dieu. Si vous étudiez le psaume en vous posant la question : « Qui agit ? », vous remarquerez que seul Le Seigneur agit. Lui seul crée, maintient l’être et l’harmonie, Lui seul attribue les rôles. Voilà bien la raison profonde de la louange ! Et si l’être humain est hautement valorisé, sa royauté sur la création ne vient ni de sa nature, ni de ses performances ou mérites, elle est un don gratuit de Dieu. C’est pourquoi ce don implique une responsabilité d’administration qui ne soit ni malhonnête, ni injuste, ni gaspilleuse. C’est pourquoi tous les hommes sont co-responsables du cosmos et co-protecteurs de la vie. C’est en cela aussi que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu, qu’il correspond au dessein créateur. Et sa louange est alors comme celle de « la bouche des enfants, des tout petits ». Se sachant faibles mais confiants, les enfants attendent les bienfaits de plus grand qu’eux. Ils agissent à l’ombre de leur Père et s’appuient sur son Nom.
Jésus et l’homme un peu moindre qu’un dieu…
Avec le Christ, nous pouvons aller plus loin dans l’interprétation du psaume, nous pouvons le comprendre selon une lecture chrétienne.
Jésus a mis en valeur la grandeur des petits : « Qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas » Lc 18,17. Cette posture d’accueil du don dans la simplicité et la confiance fait non seulement vivre le monde, mais encore elle le fait vivre, littéralement, dans l’être de Dieu, elle le fait vivre en « Royaume de Dieu ».
Or, c’est bien ce que le Christ a réalisé en plénitude.
Par son incarnation, par le fait qu’il s’est fait réellement homme, il est venu visiter les hommes pour les sauver comme le dit le v. 5 du psaume.
Mais il est aussi venu pour élever la nature humaine à une dignité inconcevable – et inconcevable à coup sûr pour le psalmiste qui ne bénéficiait pas de la Révélation de Dieu par le Fils de Dieu lui-même, Jésus-Christ – puisque lui, l’homme Jésus, fut ressuscité et élevé à la droite du Père où il partage à tout jamais la Gloire de Dieu. Il fut « couronné de gloire et de beauté » comme dit le v. 6 du psaume.
Nous rendons-nous compte de ce que cela signifie ? Nous rendons-nous compte que c’est l’avenir que Dieu nous promet ? Nous rendons-nous compte que l’expression « fils de Dieu par adoption » – qui est notre nom, à nous, chrétiens – est lestée du poids de cette dignité et de cette gloire ? Jésus-Christ est l’archétype de l’homme que nous pouvons devenir !
La Résurrection de Jésus a déjà réalisé, maintenant, sur notre vieille terre, en plénitude, la royauté de l’homme sur la création puisqu’elle a vraiment mis toute chose aux pieds de Jésus-Christ … la mort comprise !
Hommes, nous sommes investis d’une dignité royale pour faire de la création le Royaume de Dieu ; pour faire vivre la création de la vie même de Dieu, celle qui, par-delà la mort, mène à la vie en Dieu !

Autres psaumes à lire…
Souhaitez-vous voir comment le Nom du Seigneur est le refuge des hommes qui prient les Psaumes ? Reportez-vous aux versets suivants et à leurs contextes : Ps 54,3; 124,8; 52,11; 33,21. Puis relisez le chapitre 17 de l’évangile de Jean en vous arrêtant plus particulièrement sur les versets 17,6.11.12.26.
La révélation que nous sommes des « fils adoptifs » de Dieu n’est pas simple à cerner. Pour méditer cette notion qui porte en elle l’avenir de l’homme, reprenez, dans les lettres pauliniennes, Rm 8,15; Ga 4,4-7; Ep 1,5, que vous pouvez compléter par Rm 8,28-30 et 2 Co 6,16-18.
Enfin, quelle est la prière qui manifeste à l’évidence que nous sommes enfants de Dieu ? Et, à partir de Mt 6,9-13, vous pouvez rechercher tout ce que recouvre le Nom de « Père » au long du Nouveau Testament.

Catherine Bizot
Service biblique catholique Évangile et Vie

AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II – Ps 150, 1-5

22 février, 2018

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2003/documents/hf_jp-ii_aud_20030226.html

leucharistie_laveissiere

 

L’église Saint Louis à Laveissière, La célébration de l’Eucharistie

http://www.laveissiere.fr/leglise-de-laveissiere_fr.html

AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II – Ps 150, 1-5

Mercredi 26 février 2003

Que chaque être vivant loue le Seigneur!
Lecture: Ps 150, 1-5

1. Pour la deuxième fois retentit dans la Liturgie des Laudes le Psaume 150, que nous venons de proclamer: un hymne de fête, un alléluia rythmé par de la musique. Il est le sceau idéal de tout le Psautier, le livre de la louange, du chant, de la liturgie d’Israël.
Le texte est d’une admirable simplicité et transparence. Nous devons seulement nous laisser attirer par l’appel insistant à louer le Seigneur: « Louez Dieu… louez-le… louez-le! ». Dieu est présenté, en ouverture, sous deux aspects fondamentaux de son mystère. Il est sans aucun doute transcendant, mystérieux, distinct de notre horizon: sa demeure royale est le « sanctuaire » céleste, le « firmament de sa puissance », semblable à une forteresse inaccessible à l’homme. Et pourtant il est proche de nous: il est présent dans le « sanctuaire » de Sion et agit dans l’histoire à travers ses « prodiges » qui révèlent et rendent tangible « toute sa grandeur » (cf. vv. 1-2).
2. Entre le ciel et la terre s’établit donc comme un canal de communication, dans lequel se rencontrent l’action du Seigneur et le chant de louange des fidèles. La liturgie unit les deux sanctuaires, le temple éternel et le ciel infini, Dieu et l’homme, le temps et l’éternité.
Au cours de la prière nous accomplissons une sorte d’ascension vers la lumière divine et, en même temps, nous faisons l’expérience d’une descente de Dieu qui s’adapte à nos limites pour nous écouter et nous parler, pour nous rencontrer et nous sauver. Le Psalmiste nous pousse instantanément à utiliser un accessoire lors de cette rencontre de prière: le recours aux instruments musicaux de l’orchestre du temple de Jérusalem, tels que le cor, la harpe, la cithare, les tambours, les flûtes, les cymbales. Le fait d’avancer en cortège faisait également partie du rituel hyérosolimitain (cf. Ps 117, 27). Le même appel retentit dans le Psaume 46, 8: « Chantez des hymnes avec art! ».
3. Il est donc nécessaire de découvrir et de vivre constamment la beauté de la prière et de la liturgie. Il faut prier Dieu non seulement avec des formules théologiquement exactes, mais également d’une façon belle et digne.
A ce propos, la communauté chrétienne doit faire un examen de conscience afin que revienne toujours plus dans la liturgie la beauté de la musique et du chant. Il faut purifier le culte d’erreurs de style, de formes d’expression médiocres, de musiques et de textes plats, peu adaptés à la grandeur de l’acte que l’on célèbre.
L’appel qui est fait à ce sujet dans la Lettre aux Ephésiens à éviter l’intempérance et les vulgarités pour laisser place à la pureté de l’hymne liturgique est significatif: « Ne vous enivrez pas de vin: on n’y trouve que libertinage; mais cherchez dans l’Esprit votre plénitude. Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre coeur. En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (5, 18-20).
4. Le Psalmiste termine en invitant à la louange « tout vivant » (cf. Ps 150, 5), littéralement « tout souffle », « toute haleine », une expression qui en hébreu signifie « tout être qui respire », en particulier « chaque homme vivant » (cf. Dt 20, 16; Jos 10, 40; 11, 11.14). C’est donc la créature humaine avec sa voix et son coeur qui participe tout d’abord à la louange divine. En même temps qu’elle, sont convoqués de façon idéale tous les êtres vivants, toutes les créatures chez lesquelles se trouve un souffle de vie (cf. Gn 7, 22), afin qu’elles élèvent leur hymne de gratitude au Créateur pour le don de l’existence.
Saint François prendra place dans le sillage de cette invitation universelle avec son suggestif « Cantique de Frère Soleil », dans lequel il invite à louer et à bénir le Seigneur pour toutes les créatures, reflet de sa beauté et de sa bonté (cf. Sources franciscaines, 263).
5. Tous les fidèles doivent participer de façon particulière à ce chant, comme le suggère la Lettre aux Colossiens: « Que la Parole du Christ réside chez vous en abondance: instruisez-vous en toute sagesse par des admonitions réciproques. Chantez à Dieu de tout votre coeur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés » (3, 16).
A ce propos, dans ses Discours sur les Psaumes, saint Augustin voit les saints qui louent Dieu symbolisés dans les instruments musicaux: « Vous, les saints, vous êtes le cor, la psaltérion, la cithare, le tambour, le choeur, les cordes et l’orgue, et les cymbales du jubilé qui émettent de beaux sons, c’est-à-dire qui jouent harmonieusement. Vous êtes toutes ces choses. Que l’on ne pense pas, en écoutant le Psaume, à des choses de peu de valeur, à des choses tran-sitoires, ni à des instruments de théâtre ». En réalité, la voix qui chante Dieu est « tout esprit qui loue le Seigneur ». (Discours sur les Psaumes, IV, Rome 1977, pp. 934-935).
La musique la plus élevée est donc celle qui monte de nos coeurs. Et c’est précisément cette harmonie que Dieu attend d’entendre dans nos liturgies.

 

PRIER LES PSAUMES AVEC LE PAPE JEAN PAUL II – PSAUME 23 (2001)

15 février, 2018

http://croire.la-croix.com/Les-formations-Croire.com/Vie-spirituelle/Prier-les-psaumes-avec-le-Pape-Jean-Paul-II/3e-etape-Prier-avec-Jean-Paul-II/(offset)/0

pens e fr - Copia

La Trinité dans l’Ancien Testament

PRIER LES PSAUMES AVEC LE PAPE JEAN PAUL II – PSAUME 23 (2001)

Audience générale du 21 juin 2001

Dieu entre en communion avec nous

Ce très ancien chant du Peuple de Dieu avait pour arrière-plan le Temple de Jérusalem. Pour pouvoir saisir en toute clarté le fil conducteur qui traverse cette hymne, il est nécessaire de bien garder présents à l’esprit trois conditions fondamentales. La première concerne la vérité de la création : Dieu a créé le monde et il en est le Seigneur. La seconde concerne le jugement auquel il soumet ses créatures : nous devons comparaître devant lui et nous serons interrogés sur ce que nous avons fait. La troisième est le mystère de la venue de Dieu : il vient dans le cosmos et dans l’histoire, et il veut y avoir libre accès, pour établir avec les hommes un rapport de profonde communion. Un commentateur moderne a écrit ceci : « Ce sont là les trois formes élémentaires de l’expérience de Dieu et du rapport avec Dieu ; nous vivons grâce à Dieu, devant Dieu et nous pouvons vivre avec Dieu » (G. Ebeling, Sui Salmi, Brescia 1973, p. 97).
La Création du Monde
À ces trois conditions correspondent les trois parties du psaume 23, que nous allons maintenant tenter d’approfondir, en les considérant comme trois panneaux d’un triptyque poétique et priant. Le premier est une brève acclamation du Créateur, auquel appartiennent la terre et ses habitants (versets 1-2). C’est une sorte de profession de foi dans le Seigneur du cosmos et de l’histoire. La création, selon l’ancienne vision du monde, est conçue comme une oeuvre architectonique : Dieu jette les fondements de la terre sur la mer, symbole des eaux chaotiques et destructrices, signe que les créatures sont limitées, conditionnées par le néant et le mal. La réalité créée est suspendue au dessus de ce gouffre, elle est l’oeuvre créatrice et providente de Dieu qui la conserve dans l’être et la vie.
Le Temple de Jérusalem
Puis, de l’horizon cosmique, la perspective du Psalmiste se restreint au microcosme de Sion, « la montagne du Seigneur ». Voici maintenant le second tableau du psaume (versets 3-6). Nous sommes devant le Temple de Jérusalem. La procession des fidèles adresse aux gardes de la porte sainte une demande d’entrée : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? ». Les prêtres – comme cela est le cas dans d’autres textes bibliques que les spécialistes appellent « liturgies d’entrée » (cf. Ps 14 ; Is 33, 14-16 ; Mi 6, 6-8) – répondent en énumérant les conditions requises pour pouvoir accéder à la communion avec le Seigneur par le culte. Il ne s’agit pas de normes purement rituelles et extérieures que l’on doit observer, mais bien d’engagements moraux et existentiels qu’il faut pratiquer. C’est comme un examen de conscience ou un acte pénitentiel qui précède la célébration liturgique.
Les prêtres avancent trois exigences. Tout d’abord, il faut avoir « les mains innocentes et le coeur pur ». Les « mains » et le « coeur » évoquent l’action et l’intention, c’est-à-dire tout l’être de l’homme qui doit être radicalement orienté vers Dieu et sa loi. La seconde exigence est de « ne pas dire de faux serments », ce qui, dans le langage biblique, ne renvoie pas seulement à la sincérité mais surtout à la lutte contre l’idolâtrie, car les idoles sont de faux dieux, c’est-à-dire un « mensonge ». Ainsi sont réaffirmés le premier commandement du Décalogue, la pureté de la religion et du culte. En effet, voici la troisième condition qui concerne les relations avec le prochain : « Tu ne jureras pas aux dépens de ton prochain ». On le sait, dans une civilisation orale comme l’était celle de l’ancien Israël, la parole ne pouvait être un instrument de tromperie mais, au contraire, elle était le symbole de rapports sociaux inspirés de la justice et de la droiture.
La rencontre avec Dieu
Nous en arrivons ainsi au troisième tableau, qui décrit indirectement l’entrée festive des fidèles dans le Temple pour y rencontrer le Seigneur (versets 7-10). C’est dans un jeu suggestifs d’appels, de questions et de réponses que s’opère la révélation progressive de Dieu, scandée par trois de ses titres solennels : « Roi de gloire… Seigneur, fort et vaillant… le vaillant des combats ». Les portes du Temple de Sion sont personnifiées et invitées à lever leurs tympans pour accueillir le Seigneur qui prend possession de sa maison.
La scène triomphale, décrite par le psaume en ce troisième tableau poétique, a été employée par la liturgie chrétienne d’Orient et d’Occident pour faire mémoire aussi bien de la descente victorieuse du Christ aux enfers, dont parle la première Lettre de Pierre (cf. 3, 19), que de la glorieuse ascension au Ciel du Seigneur ressuscité (cf. Ac 1, 9-10). Ce même psaume est toujours chanté en choeurs alternés au cours de la liturgie byzantine dans la nuit de Pâques, tout comme il est utilisé par la liturgie romaine au terme de la procession des Rameaux, le second dimanche de la Passion. La liturgie solennelle de la Porte sainte durant l’inauguration de l’Année jubilaire nous a permis de revivre avec une profonde émotion intérieure les sentiments mêmes qu’éprouva le Psalmiste en franchissant le seuil de l’ancien Temple de Sion.
Le dernier titre, « Seigneur des armées » [Vaillant des combats] n’a pas – comme il pourrait le sembler à première vue – un caractère martial, même s’il n’exclut pas une allusion aux troupes d’Israël. Au contraire, il est porteur d’une valeur cosmique : le Seigneur qui va venir à la rencontre de l’humanité dans l’espace restreint du sanctuaire de Sion, est le Créateur qui a pour armée toutes les étoiles du ciel, c’est-à-dire toutes les créatures de l’univers qui lui obéissent. On lit dans le Livre du prophète Baruch : « Les étoiles brillent à leur poste, joyeuses ; les appelle-t-il, elles répondent : nous voici ! Elles brillent avec joie pour le Créateur » (Ba 3, 34-35). Le Dieu infini, tout-puissant et éternel s’adapte à la créature humaine, s’approche d’elle pour la rencontrer, l’écouter et entrer en communion avec elle. Et la liturgie est l’expression de cette rencontre dans la foi, le dialogue et l’amour.

12345...8