Archive pour la catégorie 'JUDAISME – ÉTUDES'

L’ANNÉE DU SAINT-ESPRIT – LE « ROOT » JUIF SAINT-ESPRIT (Lea Sestrieri)

30 mai, 2017

http://www.vatican.va/jubilee_2000/magazine/documents/ju_mag_01021998_p-24_it.html

Shavuot il dono dalla torah (1giugno 2017) - Copia

Chavouot, le don de la Torah

L’ANNÉE DU SAINT-ESPRIT (Lea Sestrieri)

(Lea Sestieri: L’un des chercheurs les plus respectés et les plus prolifiques de l’Italie dans le dialogue judéo-chrétien moderne, Lea Sestieri vient d’avoir 103 ans le mois dernier et, jusqu’à très récemment, elle était encore très impliquée dans la communauté juive, offrant ses réflexions ancrées dans une vie longue et riche au service de cette amitié inter-religieuse, en Italie et ailleurs.)

LE « ROOT » JUIF SAINT-ESPRIT

L’année de l’Esprit Saint est aussi l’année d’espoir. Le Saint-Père a indiqué, comme l’un des signes d’espoir de notre époque, « l’intérêt accru dans le dialogue avec les autres religions et avec la culture contemporaine » (TMA 45). Pour illustrer ce signe particulier d’espoir, la Commission pour le dialogue interreligieux a préparé un dossier sur l’Esprit Saint comme on le voit dans les différentes traditions religieuses. Le dossier est limité à trois religions: le judaïsme, l’islam et l’hindouisme. Par rapport au judaïsme, à une note du Saint-Esprit dans la tradition biblique est suivie d’une brève réflexion sur le Saint-Esprit, et l’Esprit de sainteté dans les écrits juifs et post-bibliques. La section sulll’Islam présente des passages importants du Coran et quelques extraits d’auteurs spirituels. Les textes qui représentent la tradition hindoue sont tous pris des textes sacrés hindous. Dans ce numéro, nous présentons la première partie du dossier qui se rapporte au judaïsme.
Lea Sestieri

Dans « Notes sur la présentation correcte des Juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Eglise catholique chrétienne » de 1985 sont invités à avoir une connaissance plus appropriée et respectueuse du patrimoine commun aux chrétiens et aux juifs parce que ces connaissances « peut aider mieux comprendre certains aspects de la vie de l’Eglise « (I, 3). Cette connaissance comprend aussi le mystère de l’Esprit Saint, que le Nouveau Testament et surtout la tradition chrétienne professe que la troisième personne de la Sainte Trinité, consubstantiel avec le Père et le Fils et « avec le Père et le Fils adoré et glorifié » (symbole de Nicée- Constantinople).
Bien que dans les Écritures hébraïques le Saint-Esprit est jamais présenté comme une personne mais comme une force divine capable de transformer l’être humain et le monde, le fait demeure que la théologie chrétienne pneumatologique est enracinée dans le judaïsme. Dans la prédication et la catéchèse, il sera donc nécessaire de rappeler cet égard, soulignant les principaux aspects:
1) le nom: « Spirit » traduit le mot hébreu « Ruahee » qui, dans son premier sens, des moyens de respiration, l’air, le vent. Jésus utilise l’image sensorielle du vent pour suggérer à Nicodème la nouveauté transcendante de l’Esprit Saint lui-même (Catéchisme de l’Église catholique 691). L’esprit comme transcendance et comme irruption: travailler dans l’histoire mais autre que l’histoire, irréductible à son logique installe une autre logique, celle de la responsabilité pour l’autre et de l’amour;
2) Commande de puissance: « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était vide et vague et les ténèbres couvraient l’abîme, tandis qu’un vent puissant balayé sur les eaux « (Gn 1,1). Le monde informes installe « l’esprit de Dieu » et sa descente produit le miracle de la création: la transformation du chaos en cosmos, l’ordre dans le désordre;
3) la fonction vivifiante: « le Seigneur Dieu forma la poussière humaine du sol et insuffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7). -Poussière humaine est insufflé sur l’esprit de Dieu et, à la suite de ce souffle, l’être humain se transforme en un être vivant: ne plus être animal, mais partenaire avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité du monde ;
4) la fonction d’un conducteur: « Sur lui reposera l’esprit de l’Éternel, l’esprit de la sagesse, l’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » (Esaïe 11. 2). L’Esprit de Dieu se saisit de certaines personnes (Patriarches, matriarches, les juges, les rois, les prophètes, les sages, etc.) et en leur fournissant des pouvoirs spéciaux, permet aux tâches de conduite et maître interprètes dans le monde, de la volonté de Dieu ;
5) la fonction de guérison: « Je vais vous donner un cœur nouveau en vous un esprit nouveau … Je mettrai mon esprit en vous et vous amener à marcher dans mes statuts, et je vais observer et mettre en pratique mes lois » (Ez 36, 27). Saisie dans l’être humain, l’esprit et reconstruit guérit, gagnant le péché ricostituendolo et partenaire de Dieu dans l’alliance, et le respect de la Torah;
6) la dimension universelle, « je répandrai mon esprit sur toute chair prophétiseront, et vos fils et vos filles. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, je répandrai mon esprit « (Joël 3f 1-2). Il viendra un jour où tous les hommes seront possédés par l’esprit et ce jour marquera le jour messianiques;
7) la fête de la Pentecôte « Quand le jour la Pentecôte étant arrivé … ils [les apôtres] furent tous remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait énoncé » (Actes 2f 1.4). L’effusion de l’Esprit opéré par les coïncide ressuscités avec la fête juive de PL’effusion de l’Esprit par le Seigneur ressuscité coïncide avec la fête juive de la Pentecôte, qui célèbre le don de la Torah et Israël. L’Esprit du Ressuscité n’est pas annulé, mais le renouvellement et l’alliance du Sinaï: la responsabilité devant l’homme produire des fruits de la justice et la sainteté dans le monde.

Anglais Bibliographie
1) Catéchisme de l’Eglise catholique, Cité du Vatican 1994
2) Sidic 27/2 (1994): « Le nouveau catéchisme catholique et les Juifs »

Bibliographie française
1) Le Catéchisme catholique de l’Eglise, Mame-Librairie Editrice du Vatican, Paris 1992
2) Sidic 27/2 (1994): Le Nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique et les Juifs

Le Saint-Esprit ou l’Esprit de sainteté dans la pensée juive
- L’expression « Esprit Saint » en tant que tel (nom avec adjectif épithète) ne se trouve pas dans le texte Bible hébraïque où la référence à l’Esprit est toujours accompagné d’un génitif d’appartenance. t si l’Esprit de Dieu (ruah Elohim) dans le cas de la création; Esprit du Seigneur (Yahvé Ruah) dans le cas de la relation de Dieu avec ses créatures. Seulement deux fois par référence à la sainteté (Ruah qodesh) Esprit de sainteté, où Sainteté est synonyme de Dieu (Is. 63,10s., Psaumes 51,13).
Si la création est l’ordre de principe, « la première révélation de Dieu dans le monde, presque à l’annonce, le germe des révélations futures » beaucoup à suggérer newbies dans l’interprétation du Targum des mots: « L’Esprit de Dieu planait » comme « un esprit d’amour de devant le Seigneur « ; dans la vie des créatures que vous versez sur certains les transmet « son intention, la direction de sa volonté », ce qui les investit avec une intensité particulière (les juges, les rois) et fait leurs paroles deviennent des mots de la prophétie et le prophète est reconnu comme ish haruah un homme d’esprit (Osée. 9.7). Mais l’Esprit dans certaines circonstances peut investir tous; les vers de Joel 3,1-2 sont dans ce cas plus indicative (v. annexe). Ezekiel aussi 36, 24 en ce qui concerne l’comme suggéré par l’engagement de l’Esprit de coeur en pierre et le cœur dans la réalisation de la révolution spirituelle, dans le désir de changer par la Techouva (repentir, conversion), qui doit conduire à la réalisation de « » aimeras ton prochain comme toi-même « . Il pourrait être suggéré, par conséquent, que si l’Esprit n’ayant ni corporel, ni matériel est présent dans les créatures pour les enrichir.
- la pensée rabbinique commence par l’Esprit que l’Esprit de prophétie qui cesse en tant que telle avec Aggée, Zacharie et Malachie (Yoma 9b), et si elles ne puis reconnus comme source d’inspiration charismatique et est promis aux chercheurs. La Mishna parle comme quelque chose qui peut être atteint par l’homme à travers diverses étapes spirituelles (v. Annexe). Jamais dans les textes rabbiniques est l’Esprit considéré comme une entité distincte de Dieu, bien qu’il soit parfois utilisé comme synonyme de Dieu et interchangeable avec le Shekinah (majesté de Dieu présent parmi les hommes et la nature, l’immanence).
- la philosophie hébraïque assimile l’Esprit à l’rabbinique Shekinah (Philo), à la gloire de Dieu (Jehudah Halevi); tandis que Maïmonide désigne comme l’inspiration divine Intelligence (émané de Dieu sur les prophètes) et Nahmanide, en ce qui concerne gn. 2,7 points sur, « il est l’esprit du grand nom, dont la bouche vient la connaissance et la compréhension » (Perushe HaTorah 01h33).
- (. Sec XII-XIII) Le Mystique du hassidisme Rhénane renvoie à la gloire « est la grande splendeur appelé Shekinah et donc identique à l’Esprit de sainteté qui viennent de la voix et la parole de Dieu. » Le Zohar (I, 15a) montre qu’il est par l’Esprit que le monde a été créé, car il est l’émanation de ce brillant de lumière et le point primordial, comme cela avait été décrit par le philosophe Saadia (Sec. IX).
- Dans ce dernier siècle Idéalisme l’Esprit redécouvre absolu comme nom pour la I. absolue F. Rosenzweig, se référant à la création souligne « l’esprit du Pacte de la Genèse 1: 2 comme quelque chose qui tend à dépersonnalisation qui est, plus la transcendance. » A. Neher définit un principe absolu de la révélation. Enfin, l’Esprit divin est considéré comme ce qui représente la relation inséparable entre Dieu et l’homme (Herman Cohen).

ANNEXE (Textes)
- Joel 3,1-2 «Et il arrivera que je répandrai mon Esprit sur toute chair prophétiseront, et vos fils et vos filles, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions, et aussi esclaves et servantes dans ces jours-là, je répandrai mon Esprit ».
- Ezekiel 36: 25-27: « Et je répandrai sur vous une eau pure et pure vous deviendrez. Je vais vous nettoyer de toutes vos souillures et de toutes vos idoles, et vous donner un cœur nouveau et mis en vous un esprit nouveau j’ôterai de votre corps le coeur de pierre et de vous donner un cœur de chair, vous recommandez mon Esprit « .
- Mishna, Sota 9.15: « R. Jair bien Pinehas dit: diligence conduit; innocence conduit à la chasteté; chasteté conduit à l’abstinence; abstinence conduit à la pureté; pureté conduit à l’humilité; humilité conduit à la peur du péché; la peur du péché conduit à la piété; la piété conduit à l’esprit saint (Ruah haquodesh) et le Saint-Esprit nous rend dignes de la résurrection des morts, que la résurrection des morts sera réalisée au moyen d’Elie « .
- Talmud, Pesahim 117a: « Le titre d’un psaume pour David nous apprend que David a commencé à réciter le psaume et la Présence Divine a été mis sur lui. Cela prouve que la Présence divine ne se manifeste pas quand nous nous complaisons dans la tristesse ou la frivolité ou des paroles inutiles, mais seulement grâce à la joie quand nous remplissons un commandement comme il est dit dans II Rois 3:15: « Et pendant que le musicien a joué, la main du Seigneur (qui est, l’Esprit prophétique) est tombé sur lui. « 

LA KABBALE – L’UNITÉ, LA QUÊTE DE L’EXTASE, DE LA PERFECTION – PETITS MORCEAUX CHOISIS

4 juillet, 2016

http://mecaniqueuniverselle.net/spiritualite/kabbale.php

LA KABBALE – L’UNITÉ, LA QUÊTE DE L’EXTASE, DE LA PERFECTION – PETITS MORCEAUX CHOISIS

La lampe Sainte dit : « l’éternel ne nous demande que le cœur, elle se charge du reste. » Rabbi Éléazar dit : « le secours de l’éternel n’est pas toujours celui dont l’homme croit avoir besoin. »

Rabbi Siméon dit : « celui qui s’attache à l’erreur descend. Et celui qui s’attache au saint, béni soit-il, monte toujours. »

Rabbi Siméon dit : « la grâce du seigneur ne quitte jamais celui qui porte sur son visage l’empreinte du Visage de l’Homme d’en haut. »

Rabbi Siméon dit : « l’homme qui n’a pas de foi n’a pas non plus l’esprit assez serein pour saisir le sens des mystères. Tout ce qu’il entend tourne dans sa tête comme une outre dans l’eau, et il finit par jeter Dehors tout ce qu’il a dans son esprit. »

Rabbi Siméon dit : « si les hommes connaissaient la loi, il saurait qu’il n’y a pas un mot ni une seule lettre dans l’Ecriture qui ne cache des mystères suprêmes et précieux. »

Rabbi Yossé dit : « il n’y a pas un seul versé dans l’Ecriture sainte, quelque insignifiant qu’il paraisse au premier abord, qui ne renferme plusieurs sentiers conduisant au mystère de la sagesse suprême. »

Rabbi Isaac dit : « le sens de la loi est aussi caché que le monde d’où elle provient. »

Rabbi Éléazar dit : « ce n’est pas pour des narrations que l’écriture porte le nom de Loi de vérité, Loi parfaite, Loi de témoignage, Loi plus précieuse que l’or et les joyaux. Car chaque parole de l’écriture cache un mystère. »

Rabbi Ya’akov Ben Sheshet dit : « tout ce qu’un homme sur le chemin de la foi peut imaginer de neuf dans la Loi sert à augmenter et à glorifier la Loi. » Tiré du : livre des principes cabalistiques A. D. Grad

moiseC’est contre cette catégorie que s’élève rabbi Shimon bar Yochai dans le Zohar (Zohar Kidoushim) indiquant clairement que tout le monde à l’obligation d’étudier le Zohar même l’ignorant. De plus, rav Azoulay écrit: « J’ai découvert que l’interdiction d’étudier ouvertement la Cabale n’était valable que jusqu’en 5250 ». A partir de l’année 5250, il est permis d’étudier la Cabale et le Zohar.

Depuis 5300, il est souhaitable, nécessaire et préférable que toute personne entreprenne l’étude de la Cabale, les grands et les petits, les personnes savantes et les personnes simples parce que c’est la seule chose qui, dans le futur, induira la délivrance, et rien d’autre.

Nous avons déjà expliqué le sens de cette affirmation du Zohar: si ceux qui étudient la Torah abaissent leur intériorité et l’intériorité de la Torah, c’est à dire la Cabale, et la délaissent comme une chose inutile dans ce monde, ils sont comme des aveugles qui se heurtent à un mur.

71. En agissant ainsi, ils renforcent leur extériorité, autrement dit ce qui est utile au corps. Ils élèvent l’extériorité de la Torah par rapport à son intériorité. Ils font ainsi en sorte que les parties constituant l’extériorité du monde dans son ensemble soient renforcées par rapport à celles de l’intériorité, chacune étant contre la partie lui correspondant parce que l’extériorité d’Israël qui représente les peuples des nations à l’intérieur d’Israël, est renforcée et annule l’intériorité d’Israël, les grands de la Torah.

L’extériorité des peuples des nations, ceux qui causent les destructions, est alors renforcée et annule leur intériorité, c’est à dire les justes des peuples des nations. L’extériorité du monde entier, les peuples des nations, est renforcée et annule les fils d’Israël qui représentent l’intériorité du monde. Tous les destructeurs de cette génération du monde lèvent alors la tête et, d’une manière générale, souhaitent la destruction des fils d’Israël, comme il est dit dans le Talmud (Iavamot, 63): « Tous les désordres surviennent dans le monde uniquement pour Israël » ainsi qu’il est écrit dans le Zohar, ce sont eux (ceux d’Israël qui méprisent l’étude de la Cabale) qui sont la raison de la pauvreté, des crimes, des vols, des exterminations dans le monde entier ». Après nos transgressions, nous sommes devenus les témoins des prophéties du Zohar, d’autant plus que le châtiment concerne les meilleurs d’entre nous, comme il est dit dans le Talmud (B »K, 60) : « Cela (le décompte) commence à partir des justes ». De toute la fleur de la Torah qu’Israël avait en Pologne, en Lituanie, il ne nous est plus resté que quelques uns qui sont chargés de réparer cette terrible défiguration.

C’est uniquement de notre étude de la Cabale que dépend le bien- être de chacun, de tout notre peuple et du monde entier ainsi que de son attitude vis à vis de nous. Si chacun de nous, rescapés du passé, s’engage, de toute son âme et de tout son cœur, à magnifier l’intériorité de la Torah et à lui accorder la place qui lui revient dans son cœur, son étude et ses actes pour la placer au-dessus de ses préoccupations éphémères et insignifiantes, alors chacun sera digne de renforcer son intériorité, autrement dit l’Israël qui est en lui, c’est-à-dire les besoins de son âme, par rapport à son extériorité, les peuples des nations qui sont en lui et qui représentent les besoins du corps.

Cette force agira également sur l’ensemble du peuple d’Israël tant que les peuples des nations qui sont en lui ne prendront conscience et ne reconnaîtront l’importance et la grandeur des grands d’Israël sur eux, n’écouteront et se soumettront, alors l’intériorité des peuples des nations, les justes des peuples des nations, sera renforcée et soumettra son extériorité, les destructeurs du monde. L’intériorité du monde, Israël, surpassera en grandeur et en importance l’extériorité du monde, les peuples des nations.

C’est alors que tous les peuples des nations prendront conscience et accepteront l’importance d’Israël, et la prophétie de Isaïe: 14, se réalisera « Les peuples viendront les (Israël) prendre pour les (Israël) ramener en leur pays, et la maison d’Israël les (les peuples des nations) possédera comme esclaves et comme servantes sur la terre du Seigneur », et encore Isaïe 49 « Ils apporteront tes fils dans ton champ et tes filles sur leurs épaules ».

Ceci se réalisera comme le prévoit le Zohar (Nasso, 2): « Par la force de ce livre, ils sortiront de la servitude grâce à la clémence divine Amen Ainsi soit il. ».

La délivrance spirituelle, et par conséquent, physique, sont interdépendantes, c’est seulement la délivrance de l’esclavage de l’égoïsme qui délivrera Israël de la persécution par les peuples des nations et sera à l’origine d’une existence authentiquement heureuse dans ce monde, sans crainte du temps, des maladies, de la mort, en union éternelle avec la Source de tout ce qui existe, dans les authentiques délices infinis des Mondes spirituels et éternels. kabbalah.info

LES PARADOXES DE LA TERRE PROMISE

7 juin, 2016

http://www.mondedelabible.com/les-paradoxes-de-la-terre-promise/

LES PARADOXES DE LA TERRE PROMISE

Par Hélène Roquejoffre dans Archéologie, vallee du Jourdainpar Katell Berthelot historienne du judaïsme à l’époque hellénistique et romains (CNRS – Aix-Marseille Université)

La notion de Terre promise occupe une place centrale dans la pensée juive. Dans la Bible, en effet, Dieu destine la «?terre de Canaan?» aux fils de Jacob, dans la lignée d’Abraham. Pourtant, ce don, aux contours peu définis, n’a pas été sans poser de questions à ses destinataires. Comment, face aux rebondissements de son histoire, Israël a-t-il perçu et interprété la promesse divine?? Katell Berthelot, chargée de recherche au CNRS, nous introduit à l’histoire de ce long débat. La «?Terre promise?» n’existe pas. Du moins, l’expression en tant que telle n’apparaît nulle part dans les Écritures, et les appellations ô combien familières de nos jours de «?Terre sainte?» et de «?terre d’Israël?» sont rares (lire l’encadré p. 20). Bien que cette terminologie fasse défaut, la terre donnée par Dieu à Israël, désignée à l’origine comme «?terre de Canaan?», revêt une importance cruciale dans le Pentateuque et dans les livres dits «?historiques?» des Écritures. Avec la Torah, elle constitue l’un des deux piliers de l’alliance entre Dieu et son peuple. Cette terre a un statut distinct, une forme de «?sainteté?», de par le rapport particulier qu’elle entretient avec Dieu, comme le souligne Deutéronome 11,11-12?: «?Le pays dans lequel vous entrez pour en prendre possession est […] un pays dont l’Éternel, ton Dieu, prend soin [litt.?: scrute, sonde], et sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, du commencement à la fin de l’année.?» C’est pourquoi certaines sources rabbiniques établiront par la suite un rapport d’analogie entre la terre choisie et élue par Dieu entre toutes, et le peuple choisi et élu par Dieu entre tous. Ce passage du Deutéronome contient comme le germe de la vision essentialiste et mystique de la terre d’Israël qui se développera par la suite dans certains courants du judaïsme, en particulier au Moyen Âge, par exemple chez Juda Hallévi (Kuzari II,10-24). Cependant le concept de Terre promise ou de terre d’Israël ne se développe pas de façon linéaire dans l’histoire de la pensée juive. Au moment du retour de l’Exil et durant la période du second Temple, les textes témoignent d’une focalisation sur le Temple et sur Jérusalem, et n’évoquent que rarement la terre et la promesse faite à Abraham. À l’inverse, il semble que la perte du Temple et de Jérusalem suite aux révoltes contre Rome de 66-73 et 132-135 ap. J.-C. ait paradoxalement contribué à revaloriser la terre comme élément de la relation entre Dieu et Israël, du moins dans les sources rabbiniques de Palestine. Le judaïsme babylonien, lui, conserve à la terre son importance biblique et son rôle eschatologique, mais ne l’exalte pas à la façon des sources palestiniennes. La Terre promise se dérobe en fait le plus souvent à la possession réelle, ce qui conduit à s’interroger sur la façon dont le don de la terre à Abraham et ses descendants fut compris par les générations successives, depuis la rédaction des livres bibliques jusqu’à leurs lointaines relectures talmudiques. Le don de la terre par Dieu?: à qui?? quand?? comment?? La Bible hébraïque fait très fréquemment référence au don de la terre de Canaan à Abraham et à sa descendance. Pourtant, Abraham lui-même se désigne comme un étranger résident en Canaan (Genèse 23,4), et achète un terrain pour enterrer sa femme au prix d’une somme rondelette versée à Efrôn le Hittite. Le pays est d’ores et déjà donné par Dieu, mais pas encore effectivement possédé, car les Cananéens l’habitent encore. Genèse 15,16 explique que les descendants d’Abraham connaîtront l’exil et reviendront en terre de Canaan (sous-entendu?: pour en prendre vraiment possession) quatre générations plus tard, car «?l’iniquité des Amorites [une des peuplades de Canaan] n’est pas à son comble?». L’expression «?Terre promise?» renvoie donc au fait que le don à Abraham n’est pas immédiatement suivi de sa réalisation. De facto, la terre est davantage promise que donnée. En outre, la terre est donnée mais reste simultanément à conquérir, c’est une terre qu’il faut à la fois recevoir et prendre. Dieu annonce qu’il chassera les Cananéens devant les Israélites, mais selon d’autres textes et le récit du livre de Josué, les enfants d’Israël doivent combattre eux-mêmes pour entrer en possession de l’héritage promis. Cependant, si dans l’histoire de la pensée juive le don de la terre est perçu comme valable pour toutes les générations, le commandement de la conquête guerrière, lui, n’est pas nécessairement compris comme une obligation atemporelle?; certains sionistes religieux, au XXe ?siècle, établiront ainsi une différence nette entre l’obligation d’habiter le pays et celle de le conquérir par les armes, ne reconnaissant comme légitime que la négociation ou l’achat de terres.

Selon quelles frontières ? La question de la réalisation de la promesse et de la possession du pays pose du même coup celle des frontières. Quelles sont les limites géographiques qui permettent de considérer la promesse comme accomplie?? La Bible hébraïque contient plusieurs conceptions des frontières de la Terre promise. D’après la plus répandue, le territoire s’étend «?de Dan [au nord, au pied du mont Hermon] jusqu’à Beersheva [au sud, dans le Néguev]?», tandis que la mer Méditerranée et le Jourdain constituent les frontières occidentale et orientale (1 Samuel 3,20?; Nombres 33,50-51), laissant ainsi la rive orientale du Jourdain à l’extérieur de la Terre promise. Deux autres traditions conçoivent toutefois le territoire de manière plus étendue. La première, d’origine sacerdotale, se limite encore à la bande de terre allant de la Méditerranée au Jourdain, bornée par le torrent d’Égypte au sud?; mais la frontière nord est repoussée jusqu’à un lieu décrit comme «?l’entrée de Hamath?», au nord du Liban actuel (Nombres 34,1-12). Une autre tradition encore, que l’on peut qualifier de maximaliste et d’utopique, envisage un territoire allant du torrent d’Égypte (ou encore du Nil) jusqu’à l’Euphrate, en incluant une bonne partie du Liban et de la Syrie actuels, ainsi que la rive orientale du Jourdain (Genèse 15,18?; Deutéronome 1,7 ou 11,24). Alors qu’à partir de la chute du royaume du Nord au VIIIe?siècle, la terre habitée par les Israélites s’est généralement limitée à la Judée (selon des frontières elles-mêmes soumises à fluctuation), certains textes de la période du second Temple comme l’Apocryphe de la Genèse et le Livre des Jubilés (IIe?siècle av. J.-C.) reproduisent la vision territoriale grandiose qui fait s’étendre le pays de l’Égypte à l’Euphrate. Dans la littérature rabbinique, à l’inverse, la terre d’Israël est plutôt définie en fonction de l’application de certaines lois agricoles, et délimitée selon un tracé inédit, qui établit la limite sud à Ashqelôn et la limite nord à Akko, par exemple. Selon la halakha rabbinique (lire p. 32-37), les frontières d’Eretz Israël incluent en fait les lieux où ceux qui revinrent de Babylone étaient censés s’être installés lors de leur retour à Sion. Fait significatif, la référence en matière de délimitation territoriale ne réside plus alors dans les promesses faites aux patriarches, mais dans la mémoire du retour de l’Exil, soit l’expérience de la perte de la terre et de la restauration.

À quelles conditions ? L’historiographie biblique, de Josué à 2 Rois ou 2 Chroniques, peut être interprétée comme une tentative de rendre compte de la perte de la terre et du sanctuaire, expliquée par l’infidélité du peuple et surtout de ses dirigeants vis-à-vis de l’alliance conclue entre Dieu et Israël. Le caractère conditionnel de l’occupation de la Terre promise est donc présupposé à toutes les pages. Lors de la conquête par Josué, déjà, les Cananéens sont chassés et dépossédés à cause de leur «?iniquité?» ou de leurs «?abominations?» (Genèse 15,16?; Lévitique 18), c’est-à-dire du fait d’une culpabilité d’ordre moral-religieux. Israël est explicitement prévenu qu’un sort similaire l’attend s’il ne respecte pas les commandements de l’alliance et se livre à l’idolâtrie et aux crimes qui lui sont traditionnellement associés (meurtres, adultères, vols, parjures…), ou encore oublie la justice sociale et néglige le shabbat. Pour l’exégète israélien Moshe Weinfeld, auteur d’un ouvrage incontournable sur la promesse de la terre et l’héritage du pays de Canaan par les Israélites, ce sont précisément les implications religieuses et éthiques de la présence en Canaan qui constituent la spécificité de la relation d’Israël avec la Terre promise. Selon lui, le caractère conditionnel de l’occupation du pays serait toutefois une idée tardive, postérieure à la chute du royaume du Nord?; les plus anciennes traditions (reflétées par exemple en Genèse 13,15?; 17,8?; Exode 32,13) véhiculeraient l’idée que le pays était donné pour toujours à Israël. Sur ce point son collègue hollandais Ed Noort va même plus loin. Pour lui, l’idée de conditionnalité serait plus récente encore, et ne remonterait qu’aux auteurs deutéronomistes tardifs, post-exiliques. À partir de l’époque du second Temple, en tout cas, la vision deutéronomiste est bien enracinée?: la perte de la terre représente une éventualité très réelle dans les esprits, tout comme son corollaire, la possibilité de la restauration nationale et territoriale.

Un droit de propriété pour Israël? Si le don divin ne garantit pas la jouissance effective de la possession de la terre, établit-il en revanche un droit de propriété inaliénable pour Israël vis-à-vis des autres peuples?? Notons tout d’abord l’insistance paradoxale, dans les Écritures, sur l’origine non-autochtone des Hébreux. La terre de Canaan n’est pas présentée comme la patrie du peuple d’Israël, ni comme celle de son ancêtre Abraham. Ce dernier est en quelque sorte un exilé en Canaan, ou du moins un immigré. De droit du sol, il ne saurait être question. En outre, la liste des territoires des nations en Genèse 10 laisse entendre que les Cananéens sont légitimement établis en Canaan, ce que suggère aussi la désignation même du pays comme «?terre de Canaan?». Sur ce point, certaines sources juives de la période du second Temple proposent une relecture radicale, qui sera reprise par la suite dans la littérature rabbinique. D’après le Livre des Jubilés, lors du partage des terres entre les fils de Noé, le pays de Canaan faisait en réalité partie du lot de Shem, et devait revenir à ses descendants israélites par droit d’héritage. Canaan et ses descendants se l’approprièrent de force et encoururent la malédiction correspondante. L’insistance nouvelle sur un droit de propriété originel (anté-abrahamique?!) transmis par héritage, justifiant une conquête postérieure, s’explique probablement par le contexte hellénistique de la rédaction des Jubilés?; l’argument est en effet récurrent dans les inscriptions et les textes littéraires hellénistiques traitant de conflits territoriaux. Il est également utilisé par l’Asmonéen Simon lors du conflit avec le roi séleucide Antiochos VII à propos de certains territoires de la Judée (1?Maccabées 15,33-34). Cette juridicisation du rapport à la terre se retrouve par la suite dans plusieurs sources rabbiniques. Dans le Sifra, un commentaire du Lévitique du IIIe?siècle ap. J.-C., le peuple d’Israël reproche à Dieu de lui avoir donné une terre qui appartenait déjà à un autre peuple?; sans se démonter, Dieu rétorque qu’elle était dès l’origine la propriété d’Israël comme descendant de Shem, et que les Cananéens ne firent que servir de gardiens des lieux jusqu’à l’arrivée d’Israël… Les paradoxes attachés à la notion de Terre promise sont donc nombreux, qu’il s’agisse de l’incertitude sur la temporalité de la promesse, déjà accomplie ou encore en devenir, de la tension liée à la présence d’autres peuples dans le pays donné en héritage, ou encore du contraste entre l’affirmation du caractère inaliénable du don et la réalité des invasions étrangères et de la perte répétée de souveraineté.

 

JUDAÏSME : ORIGINE & CULTURE

13 janvier, 2016

http://www.onelittleangel.com/sagesse/religion/judaisme.asp

JUDAÏSME : ORIGINE & CULTURE

Dans la culture du Livre, sens étymologique du mot «Bible», le Dieu juif est l’Éternel, tant de l’histoire que de la nature. Ses développements sont d’essentielles et vivantes artères. Modèle du Christianisme et de l’islam, le Judaïsme se distingue par l’absence de clergé hiérarchique. Interprètes des textes, les rabbins ne sont pas des représentants de Dieu, et leur fonction n’est pas sacrée, car pour les juifs la relation avec Dieu est directe.

Religion: croyances et fondements du Judaïsme Le Judaïsme fut la première religion à enseigner le monothéisme, croyance en un seul dieu transcendant, qu’exprime la prière récitée plusieurs fois par jour comme profession de foi, Shema Israël (premiers mots hébreux de la prière): «Écoute Israël! L’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un. Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Les paroles des commandements que je te donne aujourd’hui seront présentes à ton cœur; tu les répéteras à tes fils; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras debout; tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux, tu les inscriras sur les montants de la porte de ta maison et à l’entrée de ta ville.» (Deutéronome VI, 4-9). Yahvé (qui signifie «il est» en hébreu) est le nom de Dieu le plus fréquent dans la Bible. Il s’écrit encore YHWH, forme consonantique imprononçable, car les Hébreux croyaient à l’interdiction de prononcer le nom sacré de Dieu. Ils évitaient aussi ce sacrilège en l’appelant Seigneur (Adonaï). Yahvé est plein de justice et de rigueur pour Israël, peuple élu de ses enfants.

Peuple élu et morale universelle Selon la Tradition, la grâce divine s’étend à tous les peuples, mais Dieu a conclu une alliance particulière avec les Hébreux. Ce fait religieux est tout à fait inédit, car jusqu’alors seule l’alliance entre égaux était concevable, c’est-à-dire entre hommes, et non entre les hommes et Dieu. Aussi la vertu religieuse par excellence pour les juifs est-elle la loyauté envers leur allié. Les Hébreux n’ont cependant pas été élus en fonction d’un privilège particulier; ils doivent apporter la parole divine à l’humanité par leur exemple. L’alliance n’est pas pour autant conclue entre Dieu et des individus isolés, mais avec la collectivité entière. Dieu est généreux et supporte le crime, la rébellion et la faute, mais il est d’autant plus sévère avec Israël, et la responsabilité est, à l’origine, collective.La croyance en la venue d’un Messie (nom signifiant «oint par le Seigneur» et traduit par «christ» en grec) est une source d’espoir pour les juifs: il établira l’ère de la justice et reconnaîtra les droits d’Israël. Mais, selon la croyance en une fin des temps, ce règne de Dieu sera précédé de temps tragiques et douloureux. C’est pourquoi les moments les plus dramatiques de l’histoire du peuple juif ont généralement avivé l’espoir messianique. Mais la foi juive n’a jamais été formulée en un dogme officiel, et ses fidèles ont une latitude considérable en matière de croyance, notamment quant au Messie, à l’attente de temps meilleurs et à l’immortalité.Le Judaïsme met en effet davantage l’accent sur la conduite que sur l’application précise d’un code religieux. Il est donc difficile de séparer le droit et la morale de la religion: toute faute est plus ou moins un péché. On comprend alors que les lois juives recouvrent tous les domaines de la vie. Le Judaïsme est une religion d’ici-bas. Yahvé règne, et non les rois, et Israël est parfois dénommé «royaume de prêtres». L’objectif est la justice et la paix sur Terre.

Les sources du Judaïsme: Le Livre de la Loi La principale source de la foi juive est la Bible hébraïque (l’Ancien Testament des chrétiens), qui se compose de 24 livres. La Torah («Loi»), ou Pentateuque, qui comprend les 5 premiers livres, est considérée comme la première révélation, éternellement valable, de Dieu et de sa Loi à l’humanité. Ce sont la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.Là, en effet, se trouve le Décalogue (les dix commandements, Exode XX, 2-14), base morale de toutes les autres lois juives et de la morale chrétienne. Les commandements ont été dictés à Moïse sur le mont Sinaï. Ils furent gravés sur deux tables et conservés dans l’«arche d’Alliance» (arche signifie «boîte») jusqu’à la destruction du premier Temple de Jérusalem en 70 après J.-C. Aux deux tables correspondent deux séries de commandements. Sur celle de droite, car l’hébreu se lit de droite à gauche, figurent les devoirs de l’homme à l’égard de Dieu: le monothéisme, le rejet des images et des idoles, l’interdiction des faux serments, l’obligation du sabbat et le respect de son père et de sa mère, conçu ici comme un corollaire de l’amour de Dieu. Sur la table de gauche sont inscrits les devoirs de l’homme envers son prochain: le très célèbre interdit «Tu ne tueras pas», puis «Tu ne commettras pas d’adultère», et l’interdiction du vol, du faux témoignage et de la convoitise. Ces commandements constituent la Loi écrite, fondement du Judaïsme.Moïse reçut aussi un commentaire avec cette loi écrite, son complément indispensable: la loi orale. Transmise de génération en génération et sans cesse enrichie de nouvelles interprétations, cette loi vivante constitue l’âme vigilante d’Israël, toujours capable de faire face aux situations et aux questions inédites. Au cours des siècles, ces commentaires reçurent toutefois une certaine forme de cristallisation écrite; ce furent successivement la Mishna, le Talmud, puis les Commentaires et les Codes. Ainsi le Judaïsme n’a-t-il jamais cessé d’évoluer.

LA NATURE EN REVOLTE Par Rav Chaoul David Botschko

19 octobre, 2015

http://letalmud.blogspot.it/2010/09/la-nature-en-revolte.html

LA NATURE EN REVOLTE

Par Rav Chaoul David Botschko

Dans le récit de la Création, et plus précisément dans le passage qui traite de l’apparition de la végétation, nous trouvons un verset qui offre une difficulté particulière, à laquelle se sont attachés bien des commentateurs.

D-ieu ordonna à la terre de : « produire des arbres fruitiers portant des fruits »

Telle est la traduction habituelle de cette expression si particulière: Ets péri ‘ossé péri. Cependant, une traduction plus fidèle à l’hébreu nous donne des arbres-fruits, et non fruitiers. Le Midrach, rapporté par Rashi, relève cette particularité du texte, et indique que l’intention divine était que l’arbre lui-même soit comestible, et que son goût soit semblable à celui des fruits qu’il porte. C’est ce que nous laisse entendre l’expression arbres-fruits. Or nous voyons que la terre ne produit pas l’arbre-fruit attendu, puisque la suite du verset nous dit : « La terre produisit … des arbres portant des fruits » La terre semble ainsi désobéir à D-ieu et refuser que le tronc soit comestible à l’instar des fruits. Rachi, suivant ce même midrach, ajoute que, lorsque D-ieu punira l’homme en raison de sa faute (la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal), Il punira dans le même temps la terre pour sa propre faute, celle de n’avoir pas produit un arbre-fruit . En effet, la terre sera maudite (certes en raison de la faute de l’homme, mais également, suivant ce midrach, pour sa propre faute), et produira des ronces et des orties. Que signifie donc ce midrach ?

PROJET DIVIN Ce que nous enseigne le midrach, c’est la distinction entre le projet divin à long terme et la réalité immédiate. L’ordre de D-ieu, c’est le projet divin, ce que la terre produit est la réalité immédiate. Le tronc n’a pas de goût, n’est pas comestible, mais c’est à travers lui que monte la sève vivifiante. Son aspect est brun, couleur austère, mais c’est lui qui rend possible la magnificence de l’arbre avec la majesté de son feuillage, ses fleurs chatoyantes et surtout ses fruits délicieux. Le monde, à la fin des six jours de la Création, n’est pas encore accompli, achevé : c’est à l’homme de le parfaire. En effet, la Création ne devient une réalité propre, indépendante, que si elle se distingue du Créateur. La création implique donc le retrait de D-ieu et ce retrait rend possible la désobéissance envers D-ieu ou, en d’autres termes, le mal. La désobéissance des arbres exprime ce danger intrinsèque à la création, implicitement contenue en elle. Et l’homme, créature de D-ieu par excellence (cf. Note 3), grâce au libre-arbitre dont il a été doté, a la faculté d’accentuer, (et dans un premier temps accentue effectivement), cet éloignement de D-ieu. Ainsi la faute de l’homme, expression de son libre-arbitre, a pour conséquence le fait que la terre, au lieu de produire des fruits, sécrète des ronces. Mais l’homme a aussi la possibilité et le devoir de rapprocher la création de D-ieu, de tendre vers la réalisation du projet divin consistant en la création d’un arbre-fruit, c’est-à-dire d’un arbre dont le tronc révèle, de manière apparente et non voilée, l’excellence du feuillage et du fruit ; un arbre dont le support est à l’image du fruit, ou, en d’autres termes, un monde dans lequel le bien n’est plus à rechercher sous l’écorce du mal, mais où le mal lui-même est transformé en bien. Ce pari sera réalisé aux temps messianiques.

L’HISTOIRE En observant l’histoire, on peut trouver notre monde repoussant: que de crimes et d’abjections! Au point que l’on peut parfois s’interroger: est-ce vraiment D-ieu qui l’a créé ? Mais ce risque est justement inhérent au pari de la création. Nous savons que, malgré les apparences, « l’univers est empli de la Gloire de D-ieu » Aussi, lorsqu’on prend un peu de hauteur, on ne voit que la forêt verte; de même, en entrant dans les profondeurs, on trouve la sève; en somme, l’histoire se dirige vers la réalisation du projet initial. L’homme ne peut en effet se couper de l’Esprit Saint qui a été insufflé en lui, et c’est lui qui est porteur du rétablissement du monde. Ainsi la nature, qui dès Berechit est en état de révolte, reviendra à D-ieu. grâce à la conscience et à l’intervention de l’homme. « Qu’est l’homme pour que Tu te souviennes de lui, le fils d’Adam pour que tu le considères ? Et pourtant, en le plaçant presque au niveau des anges, Tu as tout placé en son pouvoir. »

LES SERPENTS DU DÉSIR – II. HISTOIRE DE DEUX ARBRES

3 octobre, 2015

http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1519

LES SERPENTS DU DÉSIR – II. HISTOIRE DE DEUX ARBRES

La nature indécise de l’humanité, en équilibre précaire entre la mortalité et l’immortalité.

Jusqu’à présent, nous nous sommes focalisés sur le mystérieux « Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal ». Cependant, il n’existait pas qu’un seul arbre particulier dans le jardin, D.ieu avait également créé un deuxième arbre mystérieux au Paradis, l’Arbre de Vie :
D.ieu fit sortir du sol tout arbre agréable à regarder et bon à manger, [y compris] l’Arbre de Vie au milieu du jardin et l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal (Genèse, 2:9).
Tout au long de l’histoire du jardin d’Eden, l’Arbre de Vie reste obstinément au second plan. Il est créé, mais disparaît ensuite presque totalement de la discussion. Quel rôle joue ce deuxième arbre dans l’histoire et comment comprendre sa signification ?
Bien que l’Arbre de Vie soit sorti de notre champ de vision, il ne l’est pas de notre esprit. Vers la fin de l’histoire, après qu’Adam et Eve aient mangé du fruit défendu, nous entendons à nouveau parler de cet étrange Arbre de Vie :
D.ieu dit : « L’homme est à présent devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connaît le bien et le mal. Il faut maintenant l’empêcher d’étendre la main et de cueillir aussi de l’Arbre de Vie, il [peut] en manger et vivre éternellement ! » (3:22).
Nous voyons là la raison pour laquelle D.ieu exile Adam et Eve du jardin d’Eden. Ils en sont bannis pour s’assurer qu’ils ne mangent jamais de l’Arbre de Vie. Toutefois, il y a quelque chose d’étrange dans cette affirmation car en lisant l’histoire, il n’est nulle part fait mention qu’Adam ait reçu l’instruction de ne pas s’approcher de l’Arbre de Vie. Si D.ieu estimait que c’était une si mauvaise idée pour l’humanité de manger de l’Arbre de Vie, pourquoi ne leur a-t-Il pas donné l’ordre de l’éviter comme pour l’autre arbre spécial du jardin, l’Arbre de la Connaissance ?
Et juste pour rendre les choses un peu plus compliquées, soulignons à nouveau l’endroit exact où se trouvait l’Arbre de Vie :
…l’Arbre de Vie au milieu du jardin et l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal (Genèse, 2:9).
Résumons-nous. L’Arbre de Vie était au centre du jardin et il n’a jamais été demandé à Adam et Eve d’éviter de consommer ses fruits. On ne sait donc pas vraiment s’ils savaient seulement que cet arbre était spécial. Alors, que va-t-il probablement finir par arriver ?
Il est clair que ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un ne mange de ses fruits.
C’est là que l’histoire se corse. Apparemment, D.ieu n’est pas dérangé par le fait qu’Adam et Eve puissent manger de l’Arbre de Vie. Il paraît même désireux qu’ils finissent par le faire, mais tout cela, c’était avant qu’ils mangent de l’Arbre de la Connaissance. Après en avoir mangé, la situation se modifie quelque peu : voilà que l’Arbre de Vie devient interdit. Tous les efforts doivent être accomplis pour s’assurer que l’humanité n’en mange jamais.
Pourquoi ? Quelle est la raison qui explique cette curieuse relation entre les arbres ? Pourquoi convient-il de manger de l’Arbre de Vie avant de goûter à l’Arbre de la Connaissance et non après ?
Voilà une question sur laquelle il nous faudra revenir car nous n’avons pas encore fini d’explorer la mystérieuse relation qui relie ces deux arbres. Nous n’en sommes en fait qu’au début.
LES CHERUBINS AVEC LEUR EPEE FLAMBOYANTE
Réfléchissez à ceci un instant :
Les anges qui brandissent une épée de feu et que D.ieu a mis en place pour « garder la voie [qui mène à] l’Arbre de Vie » (Genèse 3:24) sont très particuliers : ce sont des chérubins. (Pour ceux qui apprécient l’art de la Renaissance, c’est le type d’ange que Rubens a toujours aimé peindre, toutefois, je me demande comment il pouvait savoir à quoi ils ressemblaient). Les chérubins sont donc une sorte d’ange relativement rare. Si l’on examine l’ensemble des Cinq Livres de la Bible, nous ne les trouvons mentionnés que deux fois. En dehors du passage qui nous intéresse dans lequel ils gardent l’Arbre de Vie, ils n’y figurent qu’en un seul autre endroit. Deux chérubins en or massif étaient placés au dessus de l’Arche Sainte dans le Tabernacle :
Fais deux chérubins d’or, en les fabriquant à partir des deux extrémités [de l’arche]… Les chérubins étendront leurs ailes vers le haut de sorte que leurs ailes couvrent le couvercle [de l’arche]… (Exode 25:18; 25:20).
A présent, poussez un peu plus loin la réflexion. Quel trésor ces deux chérubins gardaient-ils, sachant qu’ils étaient les deux seuls autres anges de ce type figurant dans tout le Pentateuque ?
Ils gardaient les Dix Commandements qui se trouvaient à l’intérieur de l’arche. Ils gardaient la Torah.
Pour ceux d’entre vous qui ont l’habitude de se rendre à la synagogue le Chabbat, vous devez bien connaître le verset auquel je suis en train de penser. C’est celui que l’on prononce chaque semaine lorsqu’on soulève la Torah au dessus de la bima afin que tout le monde puisse la voir :
Elle est un arbre de vie pour ceux qui s’y accrochent… (Proverbes 3:18).
C’est fascinant ! La seule autre fois où l’on parle de chérubins dans toute la Torah, c’est à nouveau pour garder un « Arbre de Vie « , mais dans ce contexte-là seulement, ils n’ont pas pour charge de nous maintenir à distance de l’Arbre de Vie, mais au contraire de nous diriger vers lui, en nous couvrant, nous et la Torah, de leurs ailes protectrices.
Alors, comment utiliser ces données ? Pourquoi ces mêmes chérubins qui nous empêchent d’approcher l’Arbre de Vie d’origine s’efforcent-ils de nous livrer l’accès au second Arbre de Vie ? Pour quelle raison appelle-t-on d’ailleurs la Torah « un Arbre de Vie » ? Existerait-il une similarité entre eux ?
Le sceptique qui est en vous dira peut-être que tout cela est une coïncidence. Des chérubins par-ci, des chérubins par-là, des chérubins un peu partout, mais, en fait, le lien qui semble relier la Torah à l’Arbre de Vie est bien plus profond et nous emporte bien plus loin…
L’ARBRE DE LA CONNAISSANCE ET L’ARBRE DE VIE SE CONTREDISENT-ILS MUTUELLEMENT ?
Mesurez-vous un peu à cette question : quel type de personnes étaient Adam et Eve avant de manger de l’un ou de l’autre de ces deux arbres ? Etaient-ils mortels ou immortels ?
Voyons ce que chaque arbre a à dire sur la question. Commençons par l’Arbre de la Connaissance.
Nous savons que Adam a été prévenu de ne pas manger de l’Arbre de la Connaissance, parce que « le jour où vous en mangerez, vous en mourrez certainement » (Genèse 2:17). Comme le commentateur classique Na’hmanide le suggère : le verset ne signifie pas que le fruit tue instantanément car, en fait, Adam et Eve ont encore vécu de nombreuses années après avoir consommé le fruit interdit. En réalité, le verset semble avoir la signification suivante : « le jour où vous mangerez du fruit, vous deviendrez mortels » i.e. vous serez immédiatement transformés en créatures vouées à mourir. Telle est, semble-t-il, la signification de la mise en garde de D-ieu.
L’Arbre de la Connaissance paraît donc apporter une réponse à la question que nous avons soulevée précédemment. Cette réponse prouve qu’Adam et Eve étaient immortels à l’origine, n’est-ce pas ?
Et bien, c’est faux. Car voyons à présent ce que l’Arbre de Vie a à nous dire sur le sujet.
La Torah nous enseigne que D-ieu bannit Adam et Eve du Jardin d’Eden « de peur qu’ils mangent de l’Arbre de Vie et qu’ils vivent éternellement ». Le verset semble plutôt clair sur la question : Le fruit de l’Arbre de Vie confère l’immortalité – une fois que vous en avez mangé, vous ne mourrez jamais. Donc, si l’Arbre de Vie vous rend immortel, cela semble vouloir signifier que vous étiez mortel auparavant.
Mais attendez une minute. Je croyais que nous venions juste de dire qu’Adam et Eve ont commencé par être immortels.
Il y a quelque chose d’intrigant dans cette histoire d’arbres. L’Arbre de la Connaissance semble nous dire que l’homme devait, à l’origine, vivre éternellement, mais l’Arbre de Vie paraît, lui, nous affirmer qu’il était dès le départ un être qui allait mourir. A première vue, les deux arbres semblent se contredire mutuellement.
Mais, seulement à première vue. Il existe un moyen de sortir de cette contradiction, une surprenante alternative concernant la nature originelle d’Adam et Eve et qui résout tout le problème. Arrêtez votre lecture un instant pour réfléchir et voir si vous pouvez trouver la solution.
LE JARDIN D’EDEN ET LE PRINCIPE D’INCERTITUDE D’HEISENBERG
Ce que je suggère est que les deux arbres ont raison. L’humanité, avant de manger de l’un ou de l’autre arbre, n’était ni mortelle, ni immortelle. Si l’homme avait mangé de l’Arbre de Vie, il serait devenu immortel et s’il avait mangé de l’Arbre de la Connaissance, il serait devenu un être qui meurt. Avant de consommer de l’un ou de l’autre arbre, il était dans une sorte de  » zone d’ombre », en équilibre précaire entre la mortalité et l’immortalité, sa nature n’étant pas encore déterminée.
Si un tel « état indéterminé » vous paraît bizarre, ne vous en faites pas. Allez simplement à la bibliothèque consulter un livre sur la physique quantique. Selon cette discipline scientifique, le fait qu’une chose soit indéterminée correspond à un aspect plutôt normal de la réalité. A n’importe quel moment, un électron donné peut se trouver ici ou à un autre endroit, ainsi que l’a proclamé Heisenberg, mais au moment présent, il ne se trouve ni ici, ni là-bas. Sa position ne devient « déterminée » que lorsqu’un observateur intervient en le regardant. Alors, si les électrons peuvent rester indéterminés, les personnes peuvent sans doute l’être aussi.
Donc, si nous avons vu juste à ce propos, que le Jardin d’Eden était un emplacement où l’homme était maintenu dans une situation précaire entre la vie et la mort qui dépendait de son choix, il semble que le Jardin d’Eden présage étrangement d’un autre grand moment de l’histoire juive. Il nous rappelle un autre instant, plus tardif, où nous n’étions ni ici, ni là et où le Tout Puissant nous a placés devant un choix similaire entre « la vie » et « la mort » :
Vois ! Aujourd’hui, j’ai placé devant toi [un choix libre] entre la vie et le bien [d’un côté] et la mort et le mal [de l’autre]… Aussi, à présent, choisis la vie ! (Deutéronome 30:15,19).
Lorsque Moïse prononça ces paroles, le peuple se tenait debout dans l’immensité du désert, ne possédant pas encore la « vie » ou la « mort » qui ont été placées devant lui. Encore une fois, on nous demandait de choisir et dans ce cas-là, la « vie » consistait à embrasser la Torah et ses principes tandis que la « mort » signifiait les rejeter.
Etrange. Le choix d’embrasser la Torah ou de la rejeter revêt la même coloration que celui d’embrasser l’Arbre de la Vie. Les chérubins qui gardent un Arbre gardent également l’autre. Ce n’est peut-être bien qu’une simple coïncidence, un choix commode de métaphores, mais cela peut également avoir une signification plus profonde. Laquelle ?
Nous avons encore un long chemin à parcourir, mais, en précisant l’image de ces deux arbres mystérieux du Jardin d’Eden, nous avons atteint une première étape. Dans les semaines à venir, nous nous efforcerons de placer quelques nouvelles pièces du puzzle de la grande saga d’Adam et Eve au Jardin d’Eden, puis, lorsque les pièces seront toutes assemblées sur le sol, nous commencerons, petit à petit, à tenter de discerner l’image qu’elle semble révéler.
Traduction et Adaptation Ra’hel Katz

A PROPOS DE L’AUTEUR
LE RABBIN DAVID FOHRMAN
Le Rabbi Fohrman est un enseignant de la Fondation Hoffberger pour l’Etude de la Torah. Il a enseigné les Thèmes Bibliques en tant que professeur adjoint à l’Université Johns Hopkins et a occupé le poste de rédacteur en chef du Talmud de l’Edition Schottenstein d’ArtScroll.