Archive pour la catégorie 'saints martyr'

BENOÎT XVI – ETIENNE, LE PROTOMARTYR

26 décembre, 2016

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BENOÎT XVI – ETIENNE, LE PROTOMARTYR

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 10 janvier 2007

Chers frères et soeurs,

Après la période des fêtes, nous revenons à nos catéchèses. J’avais médité avec vous sur les figures des douze Apôtres et de saint Paul. Puis nous avons commencé à réfléchir sur les autres figures de l’Eglise naissante et ainsi, nous voulons aujourd’hui nous arrêter sur la figure de saint Etienne, fêté par l’Eglise le lendemain de Noël. Saint Etienne est le plus représentatif d’un groupe de sept compagnons. La tradition voit dans ce groupe la semence du futur ministère des « diacres », même s’il faut souligner que cette dénomination est absente dans le Livre des Actes. L’importance d’Etienne découle dans tous les cas du fait que Luc, dans son livre important, lui consacre deux chapitres entiers.
Le récit de Luc part de la constatation d’une sous-division établie au sein de l’Eglise primitive de Jérusalem: celle-ci était certes entièrement composée de chrétiens d’origine juive, mais certains d’entre eux étaient originaires de la terre d’Israël et étaient appelés « Hébreux », tandis que d’autres de foi juive vétérotestamentaire provenaient de la diaspora de langue grecque et étaient appelés « Hellénistes ». Voici le problème qui se présentait: les plus démunis parmi les hellénistes, en particulier les veuves dépourvues de tout soutien social, couraient le risque d’être négligés dans l’assistance au service quotidien. Pour remédier à cette difficulté, les Apôtres, se réservant la prière et le ministère de la Parole comme devoir central propre, décidèrent de charger « sept hommes de bonne réputation, remplis de l’Esprit et de sagesse » afin d’accomplir le devoir de l’assistance (Ac 6, 2-4), c’est-à-dire du service social caritatif. Dans ce but, comme l’écrit Luc, sur l’invitation des Apôtres, les disciples élirent sept hommes. Nous connaissons également leurs noms. Il s’agit de: « Etienne, homme rempli de foi et de l’Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas prosélyte d’Antioche. On les présenta aux Apôtres et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains » (Ac 6, 5-6).
Le geste de l’imposition des mains peut avoir diverses significations. Dans l’Ancien Testament, ce geste a surtout la signification de transmettre une charge importante, comme le fit Moïse avec Josué (cf. Mb 27, 18-23), désignant ainsi son successeur. Dans ce sillage, l’Eglise d’Antioche utilisera également ce geste pour envoyer Paul et Barnabé en mission aux peuples du monde (cf. Ac 13, 3). C’est à une imposition analogue des mains sur Timothée, pour lui transmettre une fonction officielle, que font référence les deux Epîtres de Paul qui lui sont adressées (cf. 1 Tm 4, 14; 2 Tm 1, 6). Le fait qu’il s’agisse d’une action importante, devant être accomplie avec discernement, se déduit de ce que l’on lit dans la Première Epître à Timothée: « Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit. Ne te fais pas complice des péchés d’autrui » (5, 22). Nous voyons donc que le geste d’imposition des mains se développe dans la lignée d’un signe sacramentel. Dans le cas d’Etienne et de ses compagnons, il s’agit certainement de la transmission officielle, de la part des Apôtres, d’une charge et, dans le même temps, d’une façon d’implorer la grâce de Dieu pour qu’ils l’exercent.
La chose la plus importante à souligner est que, outre les services caritatifs, Etienne accomplit également une tâche d’évangélisation à l’égard de ses compatriotes, de ceux qu’on appelle « hellénistes », Luc insiste en effet sur le fait que celui-ci, « plein de grâce et de puissance » (Ac 6, 8), présente au nom de Jésus une nouvelle interprétation de Moïse et de la Loi même de Dieu, il relit l’Ancien Testament à la lumière de l’annonce de la mort et de la résurrection de Jésus. Cette relecture de l’Ancien Testament, une relecture christologique, provoque les réactions des Juifs qui perçoivent ses paroles comme un blasphème (cf. Ac 6, 11-14). C’est pour cette raison qu’il est condamné à la lapidation. Et saint Luc nous transmet le dernier discours du saint, une synthèse de sa prédication. Comme Jésus avait montré aux disciples d’Emmaüs que tout l’Ancien Testament parle de lui, de sa croix et de sa résurrection, de même saint Etienne, suivant l’enseignement de Jésus, lit tout l’Ancien Testament d’un point de vue christologique. Il démontre que le mystère de la Croix se trouve au centre de l’histoire du salut raconté dans l’Ancien Testament, il montre que réellement Jésus, le crucifié et le ressuscité, est le point d’arrivée de toute cette histoire. Et il démontre donc également que le culte du temple est fini et que Jésus, le ressuscité, est le nouveau et véritable « temple ». C’est précisément ce « non » au temple et à son culte qui provoque la condamnation de saint Etienne, qui, à ce moment-là – nous dit saint Luc -, fixant les yeux vers le ciel vit la gloire de Dieu et Jésus qui se trouvait à sa droite. Et voyant le ciel, Dieu et Jésus, saint Etienne dit: « Voici que je contemple les cieux ouverts: le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 56). Suit alors son martyre, qui, de fait, est modelé sur la passion de Jésus lui-même, dans la mesure où il remet au « Seigneur Jésus » son esprit et qu’il prie pour que les péchés de ses meurtriers ne leur soient pas imputés (cf. Ac 7, 59-60).
Le lieu du martyre de saint Etienne à Jérusalem est traditionnellement situé un peu à l’extérieur de la Porte de Damas, au nord, où s’élève à présent précisément l’église Saint-Etienne, à côté de la célèbre Ecole Biblique des Dominicains. La mort d’Etienne, premier martyr du Christ, fut suivie par une persécution locale contre les disciples de Jésus (cf. Ac 8, 1), la première qui ait eu lieu dans l’histoire de l’Eglise. Celle-ci constitua l’occasion concrète qui poussa le groupe des chrétiens juifs d’origine grecque à fuir de Jérusalem et à se disperser. Chassés de Jérusalem, ils se transformèrent en missionnaires itinérants: « Ceux qui s’étaient dispersés allèrent répandre partout la Bonne Nouvelle de la Parole » (Ac 8, 4). La persécution et la dispersion qui s’ensuit deviennent mission. L’Evangile se diffusa ainsi en Samarie, en Phénicie et en Syrie, jusqu’à la grande ville d’Antioche, où selon Luc il fut annoncé pour la première fois également aux païens (cf. Ac 11, 19-20) et où retentit aussi pour la première fois le nom de « chrétiens » (Ac 11, 26).
Luc note en particulier que les lapidateurs d’Etienne « avaient mis leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul » (Ac 7, 58), le même qui, de persécuteur, deviendra un éminent apôtre de l’Evangile. Cela signifie que le jeune Saul devait avoir entendu la prédication d’Etienne, et qu’il connaissait donc ses contenus principaux. Et saint Paul était probablement parmi ceux qui, suivant et entendant ce discours, « s’exaspéraient contre lui, et grinçaient des dents » (Ac 7, 54). Et nous pouvons alors voir les merveilles de la Providence divine. Saul, adversaire acharné de la vision d’Etienne, après sa rencontre avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas, reprend la lecture christologique de l’Ancien Testament effectuée par le Protomartyre, il l’approfondit et la complète, et devient ainsi l’ »Apôtre des Nations ». La Loi est accomplie, ainsi enseigne-t-il, dans la Croix du Christ. Et la foi en Christ, la communion avec l’amour du Christ est le véritable accomplissement de toute la Loi. Tel est le contenu de la prédication de Paul. Il démontre ainsi que le Dieu d’Abraham devient le Dieu de tous. Et tous les croyants en Jésus Christ, en tant que fils d’Abraham, participent de ses promesses. Dans la mission de saint Paul s’accomplit la vision d’Etienne.
L’histoire d’Etienne nous dit beaucoup de choses. Par exemple, elle nous enseigne qu’il ne faut jamais dissocier l’engagement social de la charité de l’annonce courageuse de la foi. Il était l’un des sept, chargé en particulier de la charité. Mais il n’était pas possible de dissocier la charité et l’annonce. Ainsi, avec la charité, il annonce le Christ crucifié, jusqu’au point d’accepter également le martyre. Telle est la première leçon que nous pouvons apprendre de la figure de saint Etienne: charité et annonce vont toujours de pair. Saint Etienne nous parle surtout du Christ, du Christ crucifié et ressuscité comme centre de l’histoire et de notre vie. Nous pouvons comprendre que la Croix reste toujours centrale dans la vie de l’Eglise et également dans notre vie personnelle. Dans l’histoire de l’Eglise ne manquera jamais la passion, la persécution. Et c’est précisément la persécution qui, selon la célèbre phrase de Tertullien, devient une source de mission pour les nouveaux chrétiens. Je cite ses paroles: « Nous nous multiplions à chaque fois que nous sommes moissonnés par vous: le sang des chrétiens est une semence » (Apologetico 50, 13: Plures efficimur quoties metimur a vobis: semen est sanguis christianorum). Mais dans notre vie aussi la croix, qui ne manquera jamais, devient bénédiction. Et en acceptant la croix, en sachant qu’elle devient et qu’elle est une bénédiction, nous apprenons la joie du chrétien également dans les moments de difficulté. La valeur du témoignage est irremplaçable, car c’est à lui que conduit l’Evangile et c’est de lui que se nourrit l’Eglise. Que saint Etienne nous enseigne à tirer profit de ces leçons, qu’il nous enseigne à aimer la Croix, car elle est le chemin sur lequel le Christ arrive toujours à nouveau parmi nous.

SAINT LAURENT DE ROME – DIACRE ET MARTYR À ROME (? 258)

10 août, 2016

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SAINT LAURENT DE ROME – DIACRE ET MARTYR À ROME (? 258)

La « passio » de St Laurent, rédigée au moins un siècle après sa mort, n’est pas crédible. Le récit prétend que Laurent, diacre du pape saint Sixte II, fut mis à mort trois jours après le martyre de ce dernier et qu’il fut brûlé à petit feu sur un gril, ce qu’on ne souhaite à personne. La plupart des auteurs modernes estiment qu’il fut décapité, comme Sixte. Quoiqu’on pense de la valeur des « acta », il n’en reste pas moins que Laurent a toujours été vénéré, en Orient comme en Occident, comme le plus célèbre des nombreux martyrs romains (voir la liste chronologique, autour des années 258-259…). Les écrits des saints Ambroise, Léon le Grand, Augustin et Prudence témoignent de ce culte(*). Son nom est cité dans la première prière eucharistique. Il est représenté comme diacre, tenant un gril ou couché dessus.peinture saint Laurent d’Eze Diacre de l’Église de Rome, auprès du pape saint Sixte II, il a pour fonction d’être le gardien des biens de l’Église. Lorsque l’empereur Valérien prend un édit de persécution interdisant le culte chrétien, même dans les cimetières, il est arrêté en même temps que le pape et les autres diacres. Ils sont immédiatement mis à mort, mais lui est épargné dans l’espoir qu’il va livrer les trésors de l’Église. Voyant le pape marcher à la mort, Laurent pleure. Est-il donc indigne de donner sa vie pour le Christ? Saint Sixte le rassure, il ne tardera pas à le suivre. Sommé de livrer les trésors, il rassemble les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles. « Voilà les trésors de l’Église. » Il est condamné à être brûlé vif sur le gril. Il a encore le sens de l’humour et un courage extraordinaire : « C’est bien grillé de ce côté, tu peux retourner, » dira-t-il au bourreau. Il fut l’un des martyrs les plus célèbres de la chrétienté. Au Moyen Age, avec saint Pierre et saint Paul, il était le patron de la Ville éternelle où 34 églises s’élevaient en son honneur. 84 communes françaises portent son nom. (*) un internaute nous signale: « Le peuple de Dieu dit Saint-Augustin, n’est jamais instruit d’une manière plus profitable que par l’exemple des martyrs. Si l’éloquence entraîne, le martyre persuade. Cette admirable force d’âme fortifiait les autres en leur donnant le modèle de ses souffrances. » Dans notre église – Saint-Pierre à Denguin en Béarn (Pyrénées Atlantiques) – se trouve une copie de son martyre par Rubens en 1622. Il y est invoqué pour guérir les brûlures, les maladies de peau… Dans son désir de partager le sort du pape Sixte II jusque dans son martyre, comme le rapporte saint Léon le Grand, quand il reçut l’ordre de livrer les trésors de l’Église, il montra au tyran les pauvres, nourris et vêtus aux frais de l’Église, et au bout de trois jours, il triompha des flammes et même les instruments de son supplice devinrent les signes de sa victoire. Ses restes furent déposés à Rome, sur la voie Tiburtine, au cimetière de Cyriaque (le Campo Verano).

« Le feu matériel brûlait le corps du bienheureux Laurent, mais l’amour intérieur du Sauveur dont son cœur était enflammé adoucissait l’ardeur extérieure » Saint Augustin.

JEAN- PAUL II – 11 AVRIL – SAINT STANISLAS, ÉVÊQUE DE CRACOVIE

11 avril, 2016

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JEAN- PAUL II – 11 AVRIL – SAINT STANISLAS, ÉVÊQUE DE CRACOVIE

LETTRE APOSTOLIQUE RUTILANS AGMEN  DU SOUVERAIN PONTIFE JEAN-PAUL II POUR LE IXe CENTENAIRE DE LA MORT DE SAINT STANISLAS

À nos vénérables frères Stefan, Cardinal Wyszynski, Archevêque de Gniezno et Varsovie ; Franciszek Macharski, Archevêque de Cracovie, aux autres évêques et à toute l’Église qui est en Pologne 1. La foule couleur de pourpre de ceux qui ont souffert et sont morts courageusement pour la foi et les vertus chrétiennes a toujours été une source de noble vigueur pour l’Église dès les premiers temps. Saint Augustin dit en effet, à juste titre : « La terre a été comme ensemencée par le sang des martyrs, et c’est cette semence qui a donné la moisson de l’Église. Les morts ont plus confessé le Christ que les vivants. Aujourd’hui ils le confessent, aujourd’hui ils le prêchent. La langue se tait, les faits parlent. » (Serm. 286, 4 ; PL 38, 1298.) Ces mots semblent particulièrement bien s’appliquer à l’Église qui est en Pologne, puisqu’elle-même a grandi à partir du sang des martyrs, au premier rang desquels est saint Stanislas, dont la vie et la mort glorieuse demeurent toujours si éloquentes. En cette année où l’Église qui est dans ce pays célèbre le IXe centenaire du martyre de saint Stanislas, évêque de Cracovie, l’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, ne peut manquer de faire entendre sa voix. Ce jubilé est très important et il se rattache d’une façon très étroite à l’histoire de l’Église et de la nation polonaise, laquelle est étroitement liée à cette Église depuis plus de mille ans. Cette voix, nous le répétons, ne peut pas manquer de se faire entendre, d’autant moins que, par un mystérieux dessein de la Providence, c’est celui qui, il y a encore peu de temps, était évêque de Cracovie et successeur de saint Stanislas qui a été appelé à être, sur la chaire de saint Pierre, le Pasteur suprême de l’Église. Il est donc merveilleux que ce soit à nous qu’il soit donné d’écrire pour le IXe centenaire de la mort de saint Stanislas cette lettre dont la rédaction avait été demandée par nous à notre grand prédécesseur Paul VI et ensuite à son successeur immédiat, Jean-Paul Ier, qui n’a exercé son ministère pontifical que pendant trente-trois jours. Aujourd’hui donc, non seulement nous nous acquittons de ce que nous avions demandé à nos prédécesseurs sur le siège de Pierre en qualité d’archevêque de Cracovie, mais aussi nous répondons à un désir et à un vœu particuliers de notre cœur. Qui aurait pu penser qu’au moment où approchait la célébration du jubilé de saint Stanislas nous quitterions son siège épiscopal de Cracovie pour occuper celui de Rome, par suite du vote des cardinaux réunis en Conclave ? Qui aurait pu penser que nous célébrerions ce jubilé, non pas en tant que « père de famille » dirigeant les célébrations, mais en tant qu’hôte revenant dans le pays de ses pères comme le premier Pape polonais et le premier Pape qui soit venu en Pologne dans l’histoire de l’Église ? 2. Dans le calendrier liturgique de l’Église en Pologne, la fête de saint Stanislas tombe depuis des siècles le 8 mai. Mais, à Cracovie, la solennité extérieure est transférée au dimanche qui suit le 8 mai. Ce jour-là, une procession va de la cathédrale, construite sur la colline du « Wavel », à l’église Saint-Michel de Skalka où, selon la tradition, l’évêque Stanislas de Szczepanow est tombé martyr pendant la célébration eucharistique, par la main de Boleslas le Hardi. Il a été décidé que, cette année, les principales fêtes en l’honneur de saint Stanislas, qui revêtent le caractère de jubilé, seraient reportées du dimanche après le 8 mai à la semaine qui va du dimanche de la Pentecôte au dimanche de la Sainte Trinité. Il y a en effet une grande force dans ce jour de la Pentecôte où l’Église commémore sa naissance au Cénacle de Jérusalem. C’est de là que sont partis les apôtres qui y étaient auparavant réunis en prière avec Marie, la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), remplis de cette vigueur qui avait été mise dans leur cœur comme un don particulier du Saint-Esprit. C’est de là qu’ils sont partis à travers le monde pour obéir à l’ordre du Christ : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28, 19-20.) Les apôtres sont donc partis du Cénacle de la Pentecôte. C’est de là aussi que sont partis leurs successeurs au cours des âges. C’est de là aussi qu’en son temps est parti saint Stanislas de Szczepanow, en portant lui aussi dans son cœur le don de force pour témoigner de la vérité de l’Évangile jusqu’à l’effusion du sang. Sa génération, dont neuf siècles nous séparent, fut la génération de nos pères qui, comme saint Stanislas, leur évêque sur le siège de Cracovie, sont les os de nos os, le sang de notre sang. Il exerça son ministère pastoral pendant peu de temps, de 1072 à 1079, c’est-à-dire pendant sept ans, mais ses fruits demeurent encore. En lui se réalisent vraiment ces paroles que le Christ avait dites à ses apôtres : « Je vous ai choisis pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jn 15, 16.) 3. Les fêtes en l’honneur de saint Stanislas, qui nous ramènent d’une certaine manière au « Cénacle de la Pentecôte » neuf siècles après sa mort, revêtent une très haute signification. C’est en effet du Cénacle que sont partis tous ceux qui, selon la parole du Christ, ont été dans le monde entier « enseigner toutes les nations, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (cf. Mt 28, 19). C’est en l’an 966 que la Pologne a été baptisée au nom de la Très Sainte Trinité. C’est pourquoi a été célébré, il y a peu de temps, le millénaire de cet événement qui marque le début de l’histoire de l’Église en Pologne et de la Pologne elle-même. Elle est merveilleuse la force du baptême, ce sacrement par lequel nous sommes ensevelis avec le Christ (cf. Col 2, 12) pour participer à sa résurrection, à cette vie que le Fils de Dieu fait homme a voulu être la vie de nos âmes. Cette vie naît au baptême qui, conféré au nom de la Très Sainte Trinité, donne aux enfants des hommes « le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12) dans l’Esprit-Saint. Le millénaire de ce baptême, qui a été célébré en Pologne en l’année 1966, consacrée à la gloire de la Très Sainte Trinité, inclut aussi ce jubilé de saint Stanislas. Les saints qui, par leur vie et leur mort, sont « une éternelle offrande » à la gloire de Dieu (cf. prière eucharistique III) doivent en effet être considérés comme de très riches fruits de ce sacrement par lequel tout homme est particulièrement consacré à Dieu (cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 44). Comme c’est en la fête de la Très Sainte Trinité qu’en cette année du Seigneur 1979 nous célébrerons la mémoire du martyre de saint Stanislas, nous célébrerons aussi la mémoire du baptême, donné au nom de la Très Sainte Trinité, dont il fut le premier fruit de sainteté et un fruit mûr. Dans ce saint de chez elle, toute la nation voit avec reconnaissance un fruit de cette vie nouvelle dont il est devenu participant après le baptême de la Pologne. C’est pourquoi nous inscrivons le IXe centenaire du martyre de saint Stanislas avec une vénération particulière dans le millénaire du baptême reçu par nos ancêtres au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit. Pour donner plus d’importance à cette fête nous avons décidé, à la demande des évêques polonais, de l’élever au degré de mémoire obligatoire dans le calendrier liturgique de l’Église universelle. 4. Le culte rendu à saint Stanislas depuis neuf siècles a de profondes racines en Pologne. Le développement de cette vénération a été grandement favorisé par la canonisation par laquelle le Pape Innocent IV, notre prédécesseur, a inscrit au nombre des saints cet homme illustre le 8 septembre 1253, à Assise, près du tombeau de saint François. Son culte a donc de profondes racines. Celles-ci imprègnent toute l’histoire de l’Église en Pologne, on les voit dans la vie même de la nation, elles sont liées à son sort. Le culte de saint Stanislas est attesté non seulement par les célébrations de chaque année mais aussi par les nombreux diocèses, églises, paroisses de ce pays ou d’ailleurs, qui lui sont consacrés. Là où les fils de la Pologne s’établissaient, ils y apportaient le culte de leur grand patron. Pendant de nombreux siècles, saint Stanislas fut le principal patron de la Pologne, mais notre prédécesseur Jean XXIII a concédé qu’il en serait le patron en même temps que la Très Sainte Vierge Marie, Reine de Pologne, et saint Wojciech Adalbert. C’est ainsi que, cette année, le IXe centenaire du martyre de saint Stanislas sera célébré non seulement à Cracovie, mais aussi à Gniezno et à Jasna Gora. Pendant près de mille ans, à côté de saint Stanislas, évêque de Cracovie, il y avait saint Wojciech Adalbert, dont le corps martyrisé fut enseveli à Gniezno par le roi Boleslas le Grand, dit Chobry. L’un et l’autre saint, Stanislas et Wojciech Adalbert, protègent la patrie avec la Vierge Marie, Reine de Pologne et Mère de l’Église. Les lieux évoquant la vie et la mort de saint Stanislas sont saintement vénérés, en premier lieu la cathédrale de Cracovie, située sur la colline de Wavel, où se trouve son tombeau, ainsi que l’église de Skalka et son pays natal : Szczepanow, qui se trouve maintenant sur le territoire du diocèse de Tarnow. On vénère ses reliques, et en particulier sa tête, qui porte encore les traces manifestes des blessures mortelles qui lui ont été infligées il y a neuf siècles. Tous les ans, les habitants de la ville royale et des pèlerins venant de toute la Pologne se rendent en pèlerinage aux reliques de son chef qui sont portées solennellement à travers les rues de Cracovie. Les siècles derniers, à cette procession participaient les rois de Pologne, successeurs de Boleslas le Hardi qui, ainsi qu’on le rapporte, tua saint Stanislas en 1079 et, réconcilié avec Dieu, mourut en dehors de sa patrie. Cela n’a-t-il pas un sens particulier ? Cela ne montre-t-il pas que, pendant des siècles, saint Stanislas a été source de réconciliation, et qu’en lui les Polonais, qu’ils soient ou non revêtus d’autorité, se réconciliaient avec Dieu ? Ne conduit-il pas à cette particulière union des cœurs par laquelle, en vertu de son martyre, tous deviennent et redeviennent continuellement frères ? Telle est la force de la mort, cette force qui, en vertu du mystère du baptême est au cœur de la résurrection, de la vérité et de l’amour du Christ : « Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. » (Jn 15, 13.) 5. Saint Stanislas, patron des Polonais ! Avec quelle émotion le Pape prononce ces paroles, lui qui, pendant tant d’années de sa vie et de son ministère épiscopal, a été proche de ce saint patron et de toute sa tradition, lui qui s’intéressait si vivement à toutes les études qui ont constamment été faites en ce siècle et au siècle dernier, sur les événements et les circonstances qui, il y a neuf siècles, ont conduit à commettre ce forfait ! Ces études montrent que ce fait historique et cet homme illustre lui-même continuent à être comme la source des réalités, des expériences, des vérités, qui sont toujours présentes et qui ont toujours leur importance pour la vie de l’homme, de la nation, de l’Église. C’est pourquoi, forts de cette « vitalité » particulière de saint Stanislas, patron des Polonais, en ce IXe centenaire du témoignage qu’il a donné par sa vie et sa mort, il nous faut nous unir à Dieu dans la Trinité, par la Mère du Christ et de l’Église. Montrons ce qu’apporte et ce que représente constamment ce grand héritage que l’histoire du salut en Pologne rattache à l’année 1079. C’est un héritage de foi, d’espérance, de charité qui reconnaît pleinement sa place propre à la vie de l’homme et de la société. C’est un héritage de fermeté et de force pour proclamer la vérité qui manifeste la grandeur de l’âme humaine. C’est un héritage de sollicitude pour le salut, pour le bien spirituel et temporel de notre prochain, c’est-à-dire des citoyens de cette nation et de tous ceux que nous devons servir avec une ferme persévérance. C’est aussi un héritage de liberté, manifestée dans le service et le don de soi en esprit d’amour. C’est enfin une admirable tradition d’unité et, comme les faits le montrent, saint Stanislas, avec sa mort, son culte et surtout sa canonisation, a beaucoup fait pour cette unité dans l’histoire de la Pologne. L’Église qui est en Pologne rappelle chaque année cet héritage. Chaque année elle se tourne vers la très haute tradition de saint Stanislas, qui constitue un patrimoine singulier pour l’âme polonaise. Et cette année du Seigneur 1979, l’Église qui est en Pologne veut, dans des circonstances particulières, rappeler cet héritage. Elle souhaite l’approfondir et en tirer des conséquences pour la vie quotidienne. Elle désire y trouver une aide dans sa lutte contre le relâchement, les vices, les péchés qui font particulièrement obstacle au bien de la Pologne et des Polonais. Elle veut avec une nouvelle assurance affermir la foi et l’espérance dans l’avenir de sa mission et de son service pour le salut de tous et de chacun. Nous, Jean-Paul II, qui sommes originaire de la terre polonaise, nous nous associons profondément à ces vœux et à ces ardentes aspirations qui nous sont présentés depuis notre patrie. Et, en ayant devant les yeux la grande importance de ce jubilé, à vous, vénérables frères, aux autres évêques polonais, aux prêtres, aux religieux et aux fidèles, nous donnons avec beaucoup d’affection notre bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 8 mai 1979, première année de notre pontificat.

IOANNES PAULUS PP II.

SAINTE AGNÈS DE ROME – MARTYRE (? V. 304)

21 janvier, 2016

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SAINTE AGNÈS DE ROME – MARTYRE (? V. 304)

Il est certain qu’il y eut à Rome vers cette date, une fillette de treize ans qui mourut volontairement pour la foi en Jésus-Christ. La nouvelle s’en répandit très vite chez les chrétiens de l’Empire. On s’indigna de la cruauté des bourreaux, on s’apitoya sur la jeune victime, dont le nom se perdit au fur et mesure que la distance était lointaine de Rome. Et comme on ne savait pas exactement son nom, elle est devenue Agnès(*). Sainte Agnès de Rome, mosaïque Elle devint un personnage légendaire, chacun imaginant le comment de sa mort. En Occident, on transmit la tradition qu’elle eut la tête coupée; en Orient, on dit qu’elle aurait été enfermée dans un lupanar où personne n’osa la toucher avant d’être brûlée vive. Quoi qu’il en soit des détails de son martyre, gardons présent à notre mémoire comme un exemple, ce fait historique qu’une jeune romaine de treize ans n’hésita pas à sacrifier la vie terrestre qui s’ouvrait à elle, pour se donner à la vie du Dieu qu’elle adorait. Saint Ambroise, évêque de Milan, dira d’elle qu’elle sût donner au Christ un double témoignage : celui de sa chasteté et celui de sa foi. (de virginitate. II. 5 à 9) Illustration: Mosaïque de la basilique. (*)Agnë, est un adjectif grec, le latin a ajouté le s. En 300 après JC le peuple parlait encore grec à Rome, où vivaient bien des étrangers. Agnê veut dire « pur », « net », « intègre » de corps et d’âme, donc pure, chaste. Saint Ambroise nous a transmis son martyre, 70 ans après, De Virginibus, Livre I, Chapitre 2, et il explique bien ce rapprochement: Agnès, pure de corps et d’âme a pu offrir à Dieu sa promesse de virginité et le sacrifice de sa vie qu’elle a accepté. (d’autres sources indiquent qui donne sa vie comme l’agneau de Dieu, d’où son nom d’Agnès) Catacombes de Sainte-Agnès: la célèbre et très jeune martyre romaine, fut ensevelie dans cette catacombe, sur le versant gauche de la Via Nomentana… Le catacombe di S. Agnese (site en italien) Selon la tradition en la fête de sainte Agnès le Pape a béni ce matin, 21 janvier, les agneaux dont la laine servira à tisser les palliums, que les nouveaux Archevêques métropolitains recevront le 29 juin prochain, en la solennité des apôtres Pierre et Paul. Le pallium est un ornement porté par dessus la chasuble, qui symbolise l’union privilégiée d’un pasteur, à la tête d’une région ecclésiastique, avec le Souverain Pontife. Les agneaux, symbole de sainte Agnès, sont élevés par les trappistes de l’abbaye des Trois Fontaines, et les palliums tissés par les religieuses de Ste Cécile au Transtévère. (VIS) Mémoire de sainte Agnès, vierge et martyre. Au début du IVe siècle, encore jeune fille, elle offrit à Rome le témoignage suprême de la foi et consacra par le martyre la marque de sa chasteté; car elle triompha tout ensemble et de son jeune âge et du tyran, elle acquit l’admiration générale des peuples et emporta une gloire encore plus grande auprès de Dieu. Elle fut mise au tombeau en ce jour sur la voie Nomentane.

Martyrologe romain A moi aussi, Dieu veuille m’accorder de ne condamner personne et de ne pas prétendre que je suis seul à être sauvé. Je préfère mourir plutôt que de sentir ma conscience tourmentée pour avoir trahi ma foi en Dieu, en quelque façon que ce soit. Saint Maxime le Confesseur, que les Eglises d’Orient fêtent aujourd’hui

QU’EST-CE QUE LE MASSACRE DES INNOCENTS ? EST-CE UN FAIT HISTORIQUE ?

28 décembre, 2015

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QU’EST-CE QUE LE MASSACRE DES INNOCENTS ? EST-CE UN FAIT HISTORIQUE ?

Vicente Balaguer

Le massacre des innocents tout comme l’épisode de l’étoile des Mages, appartient à l’évangile de l’enfance de saint Matthieu. Les Mages avaient demandé où était le roi des Juifs (Mt 2, 1) et Hérode qui se savait roi des Juifs, invente un stratagème pour apprendre qui peut être celui qu’il considère comme un éventuel usurpateur et demande aux Mages de le tenir au courant dès leur retour. Quand il apprit qu’ils avaient emprunté une autre route, « il fut pris d’une violente fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de deux ans, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages ». (Mt 2, 16). Ce passage évoque d’autres épisodes de l’Ancien Testament: Pharaon avait aussi ordonné que l’on massacre les nouveaux-nés des Hébreux mais Moïse qui allait être le libérateur d’Israël fut sauvé (Ex l, 8-2, 10). Saint Matthieu dit aussi qu’avec le martyre de ces enfants un oracle de Jérémie s’accomplit (Jr 31, 15) : le peuple d’Israël s’enfuit au désert mais le Seigneur le tira de là et dans un nouvel exode, il le conduisit à la terre en lui promettant une nouvelle Alliance (Jr 31, 31). Aussi, le sens de ce passage s’éclaire-t-il : les puissants de la terre auront beau tenir tête aux plans de Dieu pour le salut des hommes, ils n’y pourront rien. C’est dans ce contexte que l’on doit examiner l’historicité du martyre des enfants innocents dont nous ne savons pas plus que ce que dit saint Matthieu. La logique de la nouvelle recherche historique moderne voudrait que « «testis unus testis nullus», un seul témoignage ne soit pas valide. Cependant, il est facile de comprendre que le massacre des enfants à Bethléem, village de peu d’habitants, ne fut pas nombreux et que de ce fait il ne fut pas relevé par les annales. Ce qui est vrai c’est qu’il coïncide avec les brutalités d’Hérode que nous rapporte Flavius Joseph : il fit que l’on noie son beau-frère Aristobule qui était devenu très populaire (Antiquités Juives, 15 & 54-56); Il assassina son beau-père Hircan II (15, & 174-178), et Costobar, son autre beau-frère , ainsi que sa femme Marianne ( (15, & 222-239); à la fin de sa vie il fit assassiner ses enfants Alexandre et Aristobule (16 &130-135), et cinq jours avant sa mort, Antipatros, son autre fils (17 & 145); finalement, il ordonna qu’à sa mort, des notables du royaumes soient exécutés, afin que les gens de Judée, envers et contre tout, pleurent à la mort d’Hérode (17 &173-175).

SAINT MAXIMILIEN-MARIE KOLBE – 14 AOÛT

12 août, 2015

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/hagiographie/fiches/f0002.htm

SAINT MAXIMILIEN-MARIE KOLBE – 14 AOÛT

Nom: KOLBE
Prénom: Raymond
Nom de religion: Maximilien – Marie
Pays: Pologne

Naissance: 08.01.1894 à Zdunska Wola (près de Lodz)
Mort: 14.08.1941 à Auschwitz

Etat: Prêtre – Franciscain Conventuel – Martyr

Note: Prêtre le 28 avril 1918. En 1927 il fonde la cité de l’Immaculée (Niepokalanow). Il offre sa vie à la place d’un inconnu. Dans le bunker de la faim il est achevé par une injection. Martyr « en vertu de mon autorité apostolique » (Jean Paul II)

Béatification: 17.10.1971 à Rome par Paul VI
Canonisation: 10.10.1982 à Rome par Jean Paul II
Fête: 14 août

Notice brève
Maximilien-Marie Kolbe est né en 1894, près de Lodz, en Pologne. Frère mineur conventuel, il est ordonné prêtre le 28 avril 1918. L’inspiratrice de toute sa vie fut la Vierge Marie, l’ »Immaculée », sous la protection de qui il entreprit une œuvre immense: fondation du couvent de Niepokalanow qui regroupa jusqu’à 700 frères, apostolat par la presse qui le conduisit jusqu’à Nagasaki au Japon où il fonda un couvent qui sera épargné lors de l’explosion de la bombe atomique. Mais c’était avant tout un homme de vie intérieure qui savait le prix suréminent de la souffrance offerte. Il mérita le titre de « martyr de la charité » lorsqu’au camp de concentration d’Auschwitz, il se livra à la place d’un père de famille condamné au bunker de la faim. Il mourut à 53 ans la veille de l’Assomption 1941.

Notice développée
Providentiellement, le Père Kolbe a été béatifié par le Pape Paul VI au moment où se tenait le Synode sur les prêtres (1971), alors que certains reposaient la question du célibat sacerdotal. Le Père Kolbe s’est offert à la mort en répondant seulement à la question brutale de Fritch, ‘Qui donc es-tu?’: ‘Je suis un prêtre catholique’. Pour Paul VI cette béatification est alors, « en cette heure d’incertitude, un réconfort pour les prêtres et religieux animés du souci d’offrir leur vie pour sauver celle des autres. » De même le Cardinal Wojtyla (qui le canonisera plus tard comme Pape) notait dans une conférence de presse à l’occasion de cette béatification: « Au moment où tant de prêtres dans le monde entier s’interrogent sur leur ‘identité’, le Père Maximilien Kolbe se dresse au milieu de nous pour répondre, non par des discours théologiques, mais avec sa vie et sa mort. » Voyons donc quelle fut sa vie pour y trouver cette réponse non pas théorique mais concrète.
Il naît à Zdunska Wola (Pabianice) près de Lodz (Pologne) le 8 janvier 1894. Au baptême, il reçoit le nom de Raymond. Ses parents sont de pauvres tisserands. Sa mère Marie Dabrowska aurait voulu éviter le mariage et entrer en religion, mais devant l’impossibilité de réaliser son vœu, elle se marie avec Jules Kolbe qu’elle aide dans son travail. Elle mène le ménage avec énergie. Ils n’auront que des garçons dont trois survivront. Raymond est le second. Enfant très vif, sa mère malgré son autorité, a de la peine à en venir à bout. Quand elle se fâche, docilement le petit vient s’étendre sur un banc et lui tend le fouet, quitte à recommencer ensuite. Un jour, découragée, elle lui dit: « Mon pauvre enfant, qu’est-ce que tu deviendra? » Bouleversé, Raymond demande à la Vierge: « Qu’est-ce que je deviendrai? » Ensuite, à l’église, il lui repose la même question. « Alors, raconte-t-il, la Sainte Vierge m’est apparue, en tenant deux couronnes, l’une blanche et l’autre rouge. Elle me regarda avec amour et me demanda laquelle je choisissais: la blanche signifie que je serais toujours pur, et la rouge que je mourrais martyr. Alors moi, j’ai répondu à la Sainte Vierge: ‘Je choisis toutes les deux!’ Elle sourit et disparut. » A l’époque, Raymond a 10 ans (1905). Sa mère remarque bien que son comportement a changé. Il est devenu très sage et obéissant. Souvent il se retire derrière l’armoire où se trouve un petit autel de Notre-Dame de Czestochowa; il prie longuement et il en sort les yeux rouges de larmes. Sa mère lui fait avouer son secret. Elle note: « Sa transformation radicale prouve bien que l’enfant disait la vérité! A partir de ce jour il ne fut plus le même. Souvent, et le visage tout rayonnant, il me parlait du martyre et c’était son grand rêve. »
Les parents envoient l’aîné à l’école, cela représente un gros sacrifice financier, mais Raymond doit rester à la maison pour aider sa famille. Il seconde sa mère qui a également ouvert une petite boutique pour essayer d’arrondir le budget. Il le fait avec beaucoup de compétence, mais du coup son avenir intellectuel semble bouché. Un jour il va chercher un médicament chez le pharmacien et lui récite la formule latine par cœur. Étonné de son intelligence, le pharmacien se charge de lui donner des leçons. A 13 ans, en 1907, il suit son frère François qui entre au petit séminaire franciscain de Lvov. Très fort en sciences et s’intéressant spécialement à la stratégie, il rêve de conquêtes au service de sa Reine, Notre-Dame. A 16 ans el entre en crise, pensant qu’il doit sortir du couvent pour combattre en chevalier, plutôt que de se présenter au noviciat. Au moment précis où il se rend chez le Père Provincial pour lui annoncer la chose, on l’appelle au parloir. Sa mère lui annonce que toute la famille entre au couvent, son père chez les Franciscains de Cracovie, elle chez les Bénédictines de Lwow, et le dernier, Joseph, chez les Franciscains. Coup de foudre pour Raymond: il reste! Au noviciat il reçoit le nom de Maximilien (auquel s’ajoutera le nom de Marie). Cet être qui ne veut pas de limites change pour lui la devise de Saint Ignace: « ad majorem Dei gloriam » (pour la plus grande gloire de Dieu) en « ad maximam Dei gloriam », qu’on pourrait traduire: « pour la gloire maximum de Dieu ». Peut-être est-ce un jeu de mot sur son nom. En tout cas le Père Maximilien est un maximaliste: son désir de sauver les âmes est illimité. Il ne dira jamais ‘sauver des âmes’, mais: « toutes les âmes, celles qui sont sur cette terre et celles qui seront jusqu’à la fin des temps. »
En 1911 il fait ses vœux temporaires. En 1912, vu ses capacités extraordinaires, on l’envoie étudier à Rome. En 1914 son père meurt comme officier dans le conflit qui oppose la Pologne à la Russie. Lui-même est exempt de service, car, tuberculeux, il n’a plus qu’un poumon. En 1915 il est docteur en théologie, et deux ans plus tard il fonde la ‘Militia Immaculatae’ (Milice de l’Immaculée). Deux raisons l’y poussent: la décadence de son Ordre, car il faut, comme le lui disait un ancien, ‘remettre sur pied ou abattre’. D’autre part, il est choqué par une manifestation de francs-maçons qui promènent des étendards sataniques sous les fenêtres du Vatican. Alors se fait jour l’idée de fonder une association pour combattre tous les ‘suppôts de Lucifer’. En 1918 il est ordonné prêtre et dit sa première messe à Saint Andrea della Fratte, là où le Juif Ratisbonne, qui venait de recevoir une médaille miraculeuse, avait eu une apparition de Notre-Dame et s’était converti. La médaille miraculeuse est la grande arme du Père Kolbe, il l’offre à tout le monde. En 1919 il est docteur en théologie. Voyant les foules se précipiter sur les mauvais films en cette époque encore nouvelle pour le cinéma, les religieux se lamentent. Lui pense qu’il faut utiliser cette arme pour l’apostolat. C’est sa tactique: s’emparer de toutes ces inventions modernes qui servent souvent au mal et les employer pour le bien. Il songe surtout à la presse.
Il revient en Pologne très malade. Pourtant, vu le manque de personnel en ce temps d’après-guerre, on le nomme professeur, mais ses confrères se moquent de ce faiblard. En 1920 il doit faire un premier séjour au sanatorium de Zakopan. Contraint au repos, il reste apôtre et convertit, par exemple, un juif sur son lit de mort. La mère est furieuse et on veut interdire au Père Kolbe les visites à l’hôpital, mais il fait valoir le droit de visite, commun à tous, et il continue. Il rêve aussi d’une revue qui porterait l’Évangile à tous les peuples sous la protection de l’Immaculée. Il ne manque pas de souffle!… Et pourtant il n’a plus qu’un quart de poumon. En 1922 paraît à Cracovie le premier numéro du ‘Chevalier de l’Immaculée’, tiré à 5000 exemplaire. A Grodno. Grâce à Sœur Faustine 2, il achète une vielle machine à imprimer…dont il convertit le propriétaire. Des ‘frères ouvriers’ se groupent autour de lui, et cela dans un climat d’égalité entre pères et frères, au service d’une œuvre à laquelle tous travaillent avec acharnement. Et en plus, il faut faire le travail conventuel dont ils ne sont pas dispensés, ni eux ni le Père Kolbe. C’est l’exemple du Père qui entraîne librement les frères. Il n’a qu’une seule exigence: « J’exige que vous soyez des saints, et de très grands saints! » Les abonnements se multiplient alors qu’on est dans une période de récession et que d’autres journaux périclitent. En 1924 le Pape Pie XI lui envoie sa bénédiction. Il avait déjà reçu celle de Benoît XV pour son Mouvement en 1919. C’est une ruche que ce couvent fait de baraques qui ne payent pas de mine et où l’on vit très pauvrement, mais les frères sont heureux et ils chantent. Les paysans d’alentour le remarquent bien.
Gravement malade, le Père doit faire un deuxième séjour à Zakopane qui durera un an et demi. D’abord tenté par le désespoir, il se console en pensant que la Vierge poursuivra son chef-d’œuvre. Lui, il n’est qu’un instrument. Au retour, en avril 1927, il rencontre dans le train des étudiants japonais, sympathiques, à qui il donne des médailles miraculeuses, mais il mesure la déréliction d’un monde païen, et c’est de là que germe son projet d’implantation au Japon. La même année, il achète un terrain près de Varsovie et construit le couvent de Niepokalanow: la cité de l’Immaculée. En 1930, il se rendra au Japon, mais il n’a ni argent, ni relations, ni connaissances de la langue. Et pourtant dès le premier mois paraît une revue en Japonais. En 1931 à Nagasaki, il construit un couvent sur une colline, le dos tourné à la ville, à l’étonnement de tous: ce sera le seul bâtiment resté debout lors de l’explosion de la bombe atomique! Convoqué d’autorité pour un chapitre provincial, il doit retourner en Pologne en 1933. On voudrait qu’il se contente de faire fructifier son premier journal et d’en retirer les dividendes qui serviraient à lui et à son ordre, mais le but du Père Kolbe n’est pas de surveiller une machine qui ronronne bien. Le feu sacré de l’apostolat le pousse à augmenter toujours son rayon d’action. Bien sûr les Supérieurs sont dérangés par ce trublion. Alors le Père Kolbe se déclare prêt à leur obéir comme à la voix de Dieu; mais investis d’une telle responsabilité et redoutant le jugement du Seigneur, les Supérieurs préfèrent lui donner le feu vert. D’autres parutions se font jour. C’est d’abord « le Petit Journal » en réponse à l’attente des évêques polonais qui souffraient de ne pas avoir de journal catholique pour le pays. L’humble feuille, lancée en 1935, va droit au cœur du peuple. Elle déclare une guerre sans merci à toutes les formes d’abus, combattant la pornographie, assainissant les mœurs. C’est le quotidien des petites gens, des paysans, des ouvriers. Chacun se sent compris et défendu. En peu de temps, le tirage de la petite feuille, blanc et bleu aux couleurs de la Vierge, atteint 320’000 exemplaire. En même temps, il entreprend la publication en latin du « Miles Immaculatae » destiné à rallier le clergé de toutes les races et de toutes les langues.
Le 8 décembre 1936, répondant à ses vœux, l’ordre des Frères Mineurs conventuels se consacre à l’Immaculée. En 1938, il lance une station de radio sur le terrain de Niepokalanow. Le couvent regroupe alors plus de 700 frères et le ‘Chevalier de l’Immaculée’ tire à un million d’exemplaires. Mais, à l’étonnement de son entourage, il prévoit ‘le conflit atroce’ qui va s’abattre sur le monde et spécialement sur la Pologne. En septembre 1939 il est arrêté une première fois et battu à mort ou presque à cause de son habit religieux et de sa foi. Il est libéré le 8 décembre. En février 1941 il est arrêté à nouveau et conduit au camp de concentration d’Auschwitz sous le Numéro 16’670. De nouveau il est battu et laissé pour mort. Notons qu’on n’a jamais pu percevoir dans son regard la moindre lueur de haine. C’est la victoire de la charité qui trouve son couronnement dans le don de sa vie. En effet, un détenu s’étant échappé, dix hommes, choisis au hasard, sont condamnés à mourir d’inanition dans le sinistre bunker de la faim, et parmi eux un père de famille que le Père Kolbe demande à remplacer. Demande acceptée. Avec les neuf autres condamnés le Père prie et chante, là où l’on n’entendait auparavant que des cris de désespoir. D’ailleurs, avec son arrivée au camp, l’atmosphère avait été changée. Tous l’ont noté. Et cela perdurera jusqu’à la fin de la guerre. Seul survivant de tous ses compagnons du bunker, il est achevé par une piqûre, le 14 août 1941, à l’âge de 53 ans. Le lendemain 15 août, fête de l’Assomption, son corps est brûlé au four crématoire. Ainsi s’est consumé entièrement au service de Notre-Dame, celui qui désirait ‘être calciné’ (sic) pour la gloire de Dieu.
La dernière lettre qu’il a écrite en prison se termine par ces mots: « Laissons-nous conduire par Elle de plus en plus parfaitement, où qu’elle veuille et quel que soit son bon plaisir, afin que, remplissant nos devoirs jusqu’au bout, nous puissions, par amour, sauver TOUTES les âmes. » (12 mai 1941)

BENOÎT XVI – LE MARTYRE

10 août, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100811.html

BENOÎT XVI – LE MARTYRE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Palais pontifical de Castel Gandolfo

Mercredi 11 août 2010

Le martyre

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, dans la liturgie, nous rappelons sainte Claire d’Assise, fondatrice des Clarisses, figure lumineuse dont je parlerai dans l’une des prochaines catéchèses. Mais au cours de cette semaine — comme je l’avais déjà mentionné dans l’Angelus de dimanche dernier — nous rappelons également la mémoire de plusieurs saints martyrs, aussi bien des premiers siècles de l’Eglise, comme saint Laurent, diacre, saint Pontien, Pape, et saint Hippolyte, prêtre; que d’une époque plus proche de nous, comme sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, patronne de l’Europe, et saint Maximilien Marie Kolbe. Je voudrais donc m’arrêter brièvement sur le martyre, forme d’amour total pour Dieu.
Sur quoi se fonde le martyre? La réponse est simple: sur la mort de Jésus, sur son sacrifice suprême d’amour, consommé sur la Croix afin que nous puissions avoir la vie (cf. Jn 10, 10). Le Christ est le serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe (cf. Is 52, 13-15), qui s’est donné lui-même en rançon pour une multitude (cf. Mt 20, 28). Il exhorte ses disciples, chacun de nous, à prendre chaque jour sa propre croix et à le suivre sur la voie de l’amour total pour Dieu le Père et pour l’humanité: «Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas — nous dit-il — n’est pas digne de moi. Qui veut garder sa vie pour soi la perdra; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera» (Mt 10, 38-39). C’est la logique du grain de blé qui meurt pour germer et porter la vie (cf. Jn 12, 24). Jésus lui-même «est le grain de blé venu de Dieu, le grain de blé divin, qui se laisse tomber sur la terre, qui se laisse ouvrir, briser dans la mort et, précisément à travers cela, il s’ouvre et peut ainsi porter du fruit dans l’immensité du monde» (Benoît XVI, Visite à l’Eglise luthérienne de Rome, 14 mars 2010; cf. ORLF n. 12 du 23 mars 2010). Le martyr suit le Seigneur jusqu’à la fin, en acceptant librement de mourir pour le salut du monde, dans une épreuve suprême de foi et d’amour (cf. Lumen gentium, n. 42).
Encore une fois, d’où naît la force pour affronter le martyre? De l’union profonde et intime avec le Christ, car le martyre et la vocation au martyre ne sont pas le résultat d’un effort humain, mais ils sont la réponse à une initiative et à un appel de Dieu, ils sont un don de sa grâce, qui rend capables d’offrir sa propre vie par amour au Christ et à l’Eglise, et ainsi au monde. Si nous lisons les vies des martyrs, nous sommes étonnés par leur sérénité et leur courage en affrontant la souffrance et la mort: la puissance de Dieu se manifeste pleinement dans la faiblesse, dans la pauvreté de celui qui se confie à Lui et ne place qu’en Lui son espérance (cf. 2 Co 12, 9). Mais il est important de souligner que la grâce de Dieu ne supprime pas et n’étouffe pas la liberté de celui qui affronte le martyre, mais au contraire l’enrichit et l’exalte: le martyr est une personne souverainement libre, libre à l’égard du pouvoir, du monde; une personne libre, qui à travers un acte unique définitif, donne toute sa vie à Dieu, et dans un acte suprême de foi, d’espérance et de charité, s’abandonne entre les mains de son Créateur et Rédempteur; elle sacrifie sa propre vie pour être associée de manière totale au Sacrifice du Christ sur la Croix. En un mot, le martyre est un grand acte d’amour en réponse à l’amour immense de Dieu.
Chers frères et sœurs, comme je le disais mercredi dernier, nous ne sommes probablement pas appelés au martyre, mais aucun de nous n’est exclu de l’appel divin à la sainteté, à vivre le haut degré de l’existence chrétienne et cela implique de se charger chaque jour de la croix. Nous tous, en particulier à notre époque où semblent prévaloir l’égoïsme et l’individualisme, nous devons assumer comme premier engagement fondamental celui de croître chaque jour dans un amour toujours plus grand pour Dieu et nos frères, afin de transformer notre vie et de transformer ainsi également notre monde. Par l’intercession des saints et des martyrs, nous demandons au Seigneur d’enflammer notre cœur pour être capables d’aimer comme Il a aimé chacun de nous.

 

SAINT LAURENT DE ROME – DIACRE ET MARTYR (✝ 258)

10 août, 2015

http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1652/Saint-Laurent-de-Rome.html

SAINT LAURENT DE ROME – DIACRE ET MARTYR (✝ 258)

La « passio » de St Laurent, rédigée au moins un siècle après sa mort, n’est pas crédible. Le récit prétend que Laurent, diacre du pape saint Sixte II, fut mis à mort trois jours après le martyre de ce dernier et qu’il fut brûlé à petit feu sur un gril, ce qu’on ne souhaite à personne. La plupart des auteurs modernes estiment qu’il fut décapité, comme Sixte. Quoiqu’on pense de la valeur des « acta », il n’en reste pas moins que Laurent a toujours été vénéré, en Orient comme en Occident, comme le plus célèbre des nombreux martyrs romains (voir la liste chronologique, autour des années 258-259…). Les écrits des saints Ambroise, Léon le Grand, Augustin et Prudence témoignent de ce culte(*).
Son nom est cité dans la première prière eucharistique. Il est représenté comme diacre, tenant un gril ou couché dessus.peinture saint Laurent d’Eze
Diacre de l’Église de Rome, auprès du pape saint Sixte II, il a pour fonction d’être le gardien des biens de l’Église. Lorsque l’empereur Valérien prend un édit de persécution interdisant le culte chrétien, même dans les cimetières, il est arrêté en même temps que le pape et les autres diacres. Ils sont immédiatement mis à mort, mais lui est épargné dans l’espoir qu’il va livrer les trésors de l’Église. Voyant le pape marcher à la mort, Laurent pleure. Est-il donc indigne de donner sa vie pour le Christ? Saint Sixte le rassure, il ne tardera pas à le suivre. Sommé de livrer les trésors, il rassemble les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles. « Voilà les trésors de l’Église. » Il est condamné à être brûlé vif sur le gril. Il a encore le sens de l’humour et un courage extraordinaire : « C’est bien grillé de ce côté, tu peux retourner, » dira-t-il au bourreau. Il fut l’un des martyrs les plus célèbres de la chrétienté. Au Moyen Age, avec saint Pierre et saint Paul, il était le patron de la Ville éternelle où 34 églises s’élevaient en son honneur. 84 communes françaises portent son nom.
(*) un internaute nous signale: « Le peuple de Dieu dit Saint-Augustin, n’est jamais instruit d’une manière plus profitable que par l’exemple des martyrs. Si l’éloquence entraîne, le martyre persuade. Cette admirable force d’âme fortifiait les autres en leur donnant le modèle de ses souffrances. » Dans notre église – Saint-Pierre à Denguin en Béarn (Pyrénées Atlantiques) – se trouve une copie de son martyre par Rubens en 1622. Il y est invoqué pour guérir les brûlures, les maladies de peau…
Dans son désir de partager le sort du pape Sixte II jusque dans son martyre, comme le rapporte saint Léon le Grand, quand il reçut l’ordre de livrer les trésors de l’Église, il montra au tyran les pauvres, nourris et vêtus aux frais de l’Église, et au bout de trois jours, il triompha des flammes et même les instruments de son supplice devinrent les signes de sa victoire. Ses restes furent déposés à Rome, sur la voie Tiburtine, au cimetière de Cyriaque (le Campo Verano).

Martyrologe romain

« Le feu matériel brûlait le corps du bienheureux Laurent, mais l’amour intérieur du Sauveur dont son cœur était enflammé adoucissait l’ardeur extérieure » Saint Augustin.

7 MARS – SAINTES FÉLICITÉ & PERPÉTUE, BIOGRAPHIE

6 mars, 2015

http://missel.free.fr/Sanctoral/03/07.php

7 MARS – SAINTES FÉLICITÉ & PERPÉTUE

BIOGRAPHIE

Lors de la persécution ordonnée par Septime-Sévère[1], Perpétue et Félicité furent arrêtée à Thuburbo, ville épiscopale de la Proconsulaire (aujourd’hui Tebourba, en Tunisie). Perpétue, âgée de vingt-deux ans, était patricienne ; elle était encore catéchumène et mère d’un tout jeune enfant. Félicité qui était esclave, était enceinte et elle accoucha d’une fille dans la maison. Malgré les supplications de son père qui l’implore de se soumettrez et malgré son angoisse d’avoir à priver son enfant de sa mère, Perpétue demeure ferme jusqu’au bout. Perpétue et Félicité sont martyrisées dans l’amphithéatrum Castrense de Carthage, le 7 mars 303, avec Saturus, Satuminus, Revocatus et Secundulus.
« Le jour se leva, où les martyrs allaient remporter la victoire, et ils sortirent de la prison pour s’avancer vers l’amphithéâtre comme s’ils allaient au ciel. Ils avaient des visages gais et radieux, et s’ils tremblaient, c’était de joie, non de peur. Perpétue, la première, fut frappée par les cornes d’une vache furieuse et tomba à la renverse. Puis elle se releva et voyant que Félicité avait été précipitée sur le sol, elle s’approcha, la prit par la main et l’aida à se redresser. Toutes deux demeurèrent debout. La cruauté du peuple s’apaisa et on les fit sortir par la porte des Vivants. Là, Perpétue fut accueillie par un certain Rustique, alors catéchumène qui était à son service et, comme si elle sortait du sommeil (tellement elle avait été ravie en extase), elle se mit à regarder autour d’elle et dit, à la surprise de tous : ‘ Quand donc serons-nous exposés à cette vache dont on parle ? ’ Et quand elle apprit que cela avait déjà eu lieu, elle ne le crut pas avant d’avoir reconnu sur son corps et sur ses vêtements les marques des coups. Alors, après avoir appelé son frère et ce catéchumène, elle les exhorta ainsi : ‘ Demeurez fermes dans la foi, aimez vous tous les uns les autres, et ne soyez pas ébranlés par nos souffrances ’. De même, Saturus, à une autre porte, s’adressait ainsi au soldat Pudens : ‘Finalement, comme je l’avais pensé et annoncé par avance, je n’ai vraiment rien souffert d’aucune bête jusqu’ici. Et maintenant, crois de tout ton coeur: voici que je vais au-devant du léopard, et par une seule de ses morsures je parviens au but ’. Et aussitôt, à la fin du spectacle, il fut livré à un léopard. A la première morsure, il fut tellement inondé de sang que le peuple, lorsqu’il revint, cria, comme si l’on était aux bains : ‘ Baigne-toi et bonne santé ! Baigne-toi et bonne santé ! ’ Ce cri témoignait qu’il avait reçu le second baptême, celui du sang. Et, certes, après un tel bain, il avait trouvé le salut. Alors il dit au soldat Pudens : ‘ Adieu, garde mon souvenir et garde la foi. Que tout cela, au lieu de t’ébranler, te fortifie ’. En même temps il lui demanda l’anneau qu’il portait au doigt et, après l’avoir plongé dans sa blessure, il le lui remit en héritage, lui laissant cette relique, ce mémorial de son sang. Puis, comme il est inanimé, on le jette avec les autres dans le local où l’on devait les égorger. Mais, comme le peuple les réclamait au milieu de l’arène pour être témoin oculaire de leur mise à mort en voyant l’épée s’enfoncer dans leurs corps, ils se levèrent d’eux-mêmes et se portèrent à l’endroit voulu par le peuple. Mais d’abord ils s’embrassèrent pour achever la célébration de leur martyre par le rite du baiser de paix. Tous reçurent le coup d’épée, immobiles et silencieux; en particulier Saturus qui rendit l’esprit le premier, lui qui était monté le premier à l’échelle de la vision de Perpétue, pour attendre celle-ci. Perpétue, quant à elle, devait faire l’expérience de la douleur: frappée entre les côtes, elle poussa un grand cri ; puis, comme la main du gladiateur débutant hésitait, elle la poussa elle-même sur sa gorge. Sans doute une telle femme ne pouvait-elle être mise à mort autrement, elle qui faisait peur à l’esprit mauvais: il fallait qu’elle-même le veuille ».
De temps immémorial les saintes Félicité et sainte Perpétue (citées au canon de la messe, première prière eucharistique) étaient honorées le 7 mars sous le rite simple ; en 1901, saint Pie X éleva leur fête au rite double et la fixa au 6 mars. Paul VI remit leur fête au 7 mars.

[1] Sous Septime Sévère (193-211), fondateur de la dynastie syrienne, s’annonce pour le christianisme une phase de développement inexorable. Des chrétiens occupent à la cour des positions influentes. Dans la dixième année de règne (202), l’Empereur change radicalement de position : un édit prescrit de graves peines pour ceux qui se convertissent au judaïsme et à la religion chrétienne. On ne peut comprendre le changement soudain de l’empereur que si on pense qu’il s’est rendu compte que les chrétiens s’unissent toujours plus fortement en une société religieuse universelle et organisée, dotée d’une grande capacité intime d’opposition qui, en vertu de la raison d’État, lui semble suspecte. Les dommages les plus importants seront encourus par Alexandrie et les communautés chrétiennes d’Afrique.

RÉCIT DU MARTYRE DE SAINT POLYCARPE

23 février, 2015

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RÉCIT DU MARTYRE DE SAINT POLYCARPE

Nous sommes à Smyrne en l’an 156. La persécution, sous les Antonins, était modérée et venait moins d’une politique systématique que des dénonciations de païens, qui répandaient force calomnies sur les cultes nouveaux. Les autorités, sans être dupes, mettaient à mort les chrétiens arrêtés ; à leurs yeux, ils commettaient au moins un crime de lèse-majesté en ne sacrifiant pas aux dieux, c’est-à-dire en ne reconnaissant pas la souveraineté absolue des Césars.
Le martyre de Polycarpe émane ainsi de pressions populaires, et des autorités locales, mues par un esprit de démagogie et la volonté de faire un exemple. Ce supplice représente cependant un cas relativement isolé à cette période.
Polycarpe, qui nous a laissé une épître (peut-être deux) aux Philippiens, était, dit-on, un disciple de saint Jean. Évêque de Smyrne, il avait fréquenté Ignace d’Antioche et Irénée de Lyon. À une telle école, le martyr ne se contente pas d’être un témoin du Christ, il veut être son imitateur, jusqu’à revivre lui-même les souffrances et la mort de son Maître qui le mettront en communion étroite avec son corps. Entre l’Évangile et la passion de Polycarpe, les coïncidences affluent, de noms, de lieux, de circonstances, mais plus profondément retentissent les grands mots évangéliques de la Passion, les « il faut », les « je suis », les métaphore du « pain » que dore le feu du supplice.
C’est le plus ancien récit de martyre qui nous soit parvenu. Il fut diffusé dans toute la chrétienté et servit de modèle à d’autres « imitateurs du Christ ».

RÉCIT DU MARTYRE DE POLYCARPE
L’Église de Dieu qui réside à Smyrne à l’Église de Dieu qui est à Philomélion et à toutes les communautés que l’Église sainte et universelle a partout établies. Que Dieu notre Père et notre Seigneur Jésus-Christ vous remplissent de miséricorde, de paix et d’amour !
Frères, c’est pour vous que nous rédigeons les actes des martyrs et du bienheureux Polycarpe, dont le supplice sembla achever la persécution en la frappant de son sceau.
En presque tous les événements qui précédèrent sa mort, le Seigneur nous montre un martyre tout entier évangélique. Polycarpe a attendu d’être livre, comme le Seigneur, afin qu’imitant son exemple, nous regardions moins notre intérêt que celui de notre prochain. L’amour, quand il est vrai et fort, n’incline pas à se sauver seul, il aspire au salut de tous les frères.
Bienheureux et vaillants, tous ces martyrs qui firent honneur à Dieu ! Ayons en effet assez de foi pour attribuer à Dieu cette liberté au sein de tant d’épreuves ! Qui n’admirerait le courage de ces hommes, leur patience, l’amour qu’ils portaient à leur Maître ? Lacérés par les fouets qui mettaient à vif leurs veines et leurs artères, ils ne fléchissaient pas, alors que les assistants ne pouvaient réprimer des cris de douleur et de pitié. Mais chez eux, l’on n’entendait ni gémissement ni soupir, et leur vaillance prouva qu’à l’heure où on les suppliciait, ces admirables témoins du Christ avaient déjà quitté leur corps, ou plutôt que le Seigneur était là et s’entretenait avec eux.
Ravis par la grâce du Christ, ils n’avaient que mépris pour les tortures infligées, puisqu’une heure leur gagnait la vie éternelle. Le feu de leurs bourreaux inhumains leur semblait froid. Un autre feu les inquiétait, qu’ils voulaient fuir, éternel celui-là, destiné à ne jamais s’éteindre. Ils considéraient avec leurs yeux du cœur les bienfaits que Dieu réserve au courage, que l’oreille n’a pas entendus, que l’œil n’a pas vus, et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme (1 Co 2, 9). Mais le Seigneur les leur découvrait puisqu’ils n’étaient plus des hommes mais déjà des anges.
Ceux que l’on avait condamnés aux bêtes supportèrent aussi d’abominables tourments : on les étendait sur des coquillages hérissés de pointes, on les soumettait aux tortures les plus raffinées, espérant, par la variété et la longueur de ces supplices, qu’ils finiraient par renier leur foi.
Le Diable contre eux déploya toutes sortes de ruses. Grâce à Dieu, il n’en vainquit aucun. L’un des plus résolus, Germanicus, fortifiait les plus faibles par son intrépidité : son combat avec les bêtes fut admirable. Le proconsul essayait de le convaincre, il le suppliait d’avoir pitié de sa jeunesse, mais lui, impatient d’en finir avec ce monde d’injustice et de cruauté, provoqua le fauve qui se jeta sur lui. Alors la foule, déchaînée par le courage des chrétiens et par la foi de cette race ardente, hurla : « A mort, les impies, qu’on cherche Polycarpe ! »
Un seul défaillit, à la vue des bêtes. C’était un Phrygien, arrivé depuis peu de son pays ; il se nommait Quintus. Il s’était de lui-même dénoncé, entraînant avec lui quelques compagnons. Le proconsul, à force d’insister, réussit à le faire abjurer et il sacrifia. Aussi n’y a-t-il pas lieu de féliciter ceux qui vont au-devant du martyre ; un tel zèle n’est pas évangélique.
Polycarpe, le plus admirable de tous, ne se laissa pas d’abord émouvoir par les rumeurs de persécution. Il voulait rester en ville. Mais comme son entourage le pressait d’aller se mettre à l’abri, il gagna une petite maison non loin de Smyrne et il l’habita avec quelques amis, ne faisant qu’y prier jour et nuit, pour tous les hommes et toutes les Églises de ce monde, selon la coutume.
C’est au cours de sa prière que, trois jours avant d’être arrêté, il eut une vision : son oreiller prenait le feu et était entièrement consumé. Alors il se tourna vers ses compagnons : « Il faut que je sois brûlé vif. »
Cependant on le recherchait activement. Il dut gagner une seconde cachette ; à peine y arrivait-il que les gens lancés à sa poursuite firent irruption dans la première maison. Ne l’y trouvant pas, ils saisirent deux jeunes esclaves, en torturèrent un, qui parla. Polycarpe désormais ne pouvait plus leur échapper, puisqu’il avait été dénoncé par un des siens. L’irénarque qui répondait au nom d’Hérode, était pressé de le conduire au stade. Ainsi Polycarpe accomplirait-il sa destinée, en ne faisant qu’un avec le Christ, tandis que ceux qui l’avaient livré subiraient le châtiment de Judas.
Ils emmenèrent le jeune esclave. C’était un vendredi, vers l’heure du dîner. Les policiers, à pied et à cheval, armés jusqu’aux dents, se mirent en chasse, comme s’ils couraient après un brigand. Tard dans la soirée, les voilà qui trouvent la maison et se lancent à l’assaut. Il était couché à l’étage supérieur. Une fois encore, il aurait pu s’échapper, mais il refusa : « Que la volonté de Dieu soit faite », dit-il.
Quand il sut qu’ils étaient là, il descendit et engagea la conversation. Son âge et sa sérénité les frappèrent et ils ne comprenaient pas qu’on ait mis tant de police sur le pied de guerre pour arrêter un si noble vieillard. Mais lui, malgré l’heure tardive, les invita aussitôt à manger et à boire à satiété, il leur demanda seulement de lui laisser une heure pour prier en paix. Ils le lui accordèrent. Alors, debout, il se mit à prier, si intensément pénétré de la grâce de Dieu que deux heures durant il ne cessa de parler et d’impressionner ceux qui l’écoutaient. Beaucoup se repentaient d’être venus arrêter un vieillard aussi saint.
Quand il eut achevé sa prière, où il avait fait mémoire de tous ceux qu’il avait rencontrés dans sa vie, petits ou grands, illustres ou obscurs, et de toute l’Église catholique, répandue dans le monde entier, l’heure du départ était arrivée. On le jucha sur un âne et on le conduisit à la ville : c’était le jour du grand sabbat. L’irénarque Hérode, ainsi que son père Nicétès, vinrent au-devant de lui et le firent monter dans leur carrosse. Assis à ses côtés, ils essayèrent de le fléchir, disant : « Quel mal y a-t-il à dire Seigneur César, à sacrifier et à observer notre religion pour sauver sa vie ? »
Mais lui ne leur répondit d’abord pas et, comme ils insistaient, il leur déclara : « Je ne suivrai pas vos conseils ». Humilés par leur échec, ses interlocuteurs l’accablèrent d’injures et le poussèrent si brutalement de la voiture qu’en descendant il s’écorcha la jambe. Mais il n’en parut pas troublé, et il marcha d’un pas résolu, comme s’il ne sentait rien, vers le stade où on le conduisait.
Du stade montait une énorme rumeur et nul ne pouvait s’y faire entendre. Quand Polycarpe en franchit les portes, une voix retentit du ciel : « Courage, Polycarpe, et sois un homme ». Nul ne vit qui avait parlé, mais ceux des nôtres qui étaient présents entendirent la voix. On fit entrer Polycarpe. Quand la foule apprit qu’il avait été arrêté, les clameurs redoublèrent.
Le proconsul le fit comparaître devant lui et lui demanda s’il était Polycarpe. « Oui », répondit celui-ci. Alors il essaya de le faire abjurer : « Respecte ton âge », disait-il.Suivaient toutes les paroles que l’on tenait en pareil cas : « Jure par la fortune de César, rétracte-toi, crie : à mort les impies ! »
Alors Polycarpe jeta un œil sombre sur cette populace de païens massée dans le stade, et pointa sa main vers elle. Puis il soupira, et, les yeux levés au ciel, il dit : « A bas les impies ! » Le proconsul le pressait de plus belle : « Jure donc et je te libère, maudis le Christ ! »
Polycarpe répondit : « Si tu t’imagines que je vais jurer par la fortune de César, comme tu dis, en feignant d’ignorer qui je suis, écoute-le donc une bonne fois : je suis chrétien. Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je insulter mon roi et mon sauveur ? Si le christianisme t’intéresse, donne-toi un jour pour m’entendre ». Le proconsul lui dit : « Essaie de convaincre le peuple ». Mais Polycarpe répliqua : « Avec toi, je veux bien m’expliquer. Dieu nous demande de respecter comme elles le méritent les autorités et les hautes fonctions qu’il a lui-même instituées, du moment que cela ne nous porte pas préjudice. Mais ces gens-là ont trop peu de dignité pour que je défende ma foi devant eux ».
Le proconsul reprit : « J’ai des fauves, je t’y ferai jeter si tu ne changes pas d’opinion ».
- Fais-les venir ! Quand nous changeons, nous, ce n’est pas pour aller du bien au mal. Nous ne consentons à changer que pour devenir meilleurs.
Le magistrat s’irritait : « Je t’envoie au bûcher si tu ne crains pas les fauves. Apostasie donc ».
Polycarpe répliqua : « Tu me menaces d’un feu qui brûle une heure, puis s’éteint rapidement. Tu ignores donc le feu du jugement à venir et du châtiment éternel gardé pour les impies. Mais pourquoi tardes-tu ? Va, donne tes ordres ».

Telles furent ses paroles, et bien d’autres encore. Il rayonnait de courage et de joie, et la grâce inondait sa face. Il ne s’était pas laissé démonter par cette confrontation, c’était au contraire le proconsul qu’elle plongeait dans le désarroi.
Cependant, ce dernier envoya son héraut au milieu du stade pour claironner trois fois : « Polycarpe a avoué qu’il est chrétien ! » La déclaration du héraut mit en fureur toute la foule des païens et des Juifs qui résidaient à Smyrne. Les cris éclatèrent : « C’est lui, le maître de l’Asie, le père des chrétiens, le fossoyeur de nos dieux, c’est lui qui incite les foules à ne plus sacrifier ni adorer ! »
Au milieu de leurs hurlements, ils demandaient à l’asiarque Philippe de lâcher un lion sur Polycarpe. Mais il objecta qu’il n’en avait plus le droit, parce que les combats de fauves étaient clos. Alors d’une seule voix, ils réclamèrent que Polycarpe pérît par le feu. Il fallait en effet que s’accomplît la vision qui lui avait montré son oreiller en flammes, tandis qu’il priait, et qui lui avait arraché devant ses amis ce mot prophétique : « Il faut que je sois brûlé vif ».
Les événements se précipitèrent. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, la foule se rua dans les ateliers et dans les bains pour ramasser du bois et des fagots. Les Juifs s’acquittaient de la besogne avec leur zèle habituel. Quand le bûcher fut prêt, le martyr retira lui-même tous ses vêtements, il détacha sa ceinture, puis commença à se déchausser, geste dont les fidèles le dispensaient toujours : dans l’impatience où ils étaient de toucher son corps, tous se précipitaient pour l’aider. Bien avant son martyre, la sainteté de sa conduite inspirait cette unanime révérence.
Rapidement, on disposa autour de lui les matériaux rassemblés pour le feu. Mais, quand les gardes voulurent le clouer au poteau : « Laissez-moi comme je suis, leur dit-il. Celui qui m’a donné la force d’affronter ces flammes me donnera aussi, même sans la précaution de vos clous, de rester immobile sur le bûcher. » Ils ne le clouèrent donc pas et bornèrent à le lier. Les mains derrière le dos, ainsi attaché, il ressemblait à un bélier magnifique, pris dans un grand troupeau pour être offert en sacrifice à Dieu et à lui seul destiné. Alors, il leva les yeux au ciel et dit : « Seigneur, Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, ton Fils béni et bien-aimé, à qui nous devons de te connaître, Dieu des anges, des puissances, de toute la création et du peuple entier des justes qui vivent sous ton regard, je te bénis parce que tu m’as jugé digne de ce jour et de cette heure, et que tu me permets de porter mes lèvres à la coupe de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint. Accueille-moi parmi eux devant ta face aujourd’hui ; que mon sacrifice te soit agréable et onctueux, en même temps que conforme au dessein que tu as conçu, préparé et accompli. Toi qui ne connais pas le mensonge, ô Dieu de vérité, je te loue de toutes tes grâces, je te bénis, je te glorifie au nom du Grand Prêtre éternel et céleste, Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, par lequel la gloire soit à toi comme à lui et à l’Esprit Saint, aujourd’hui et dans les siècles futurs. Amen ! »
Quand il eut prononcé cet « amen », qui achevait sa prière, les valets allumèrent le feu. Une gerbe immense s’éleva et nous fûmes les témoins d’un spectacle extraordinaire qui ne fut donné à voir qu’à ceux qui avaient été choisis pour ensuite faire connaître ces événements. La flamme s’arrondit. Semblable à la voilure d’un navire que gonfle le vent, elle entoura comme d’un rempart, le corps du martyr. Ce n’était plus une chair qui brûle, c’était un pain que l’on dore, c’était un or et un argent incandescents dans le creuset, et nous respirions un parfum aussi capiteux qu’une bouffée d’encens ou quelque autre aromate de prix.
À la fin, voyant que le feu ne pouvait consumer son corps, les scélérats ordonnèrent au bourreau de l’achever d’un coup de poignard. Il s’exécuta. Un flot de sang jaillit de la plaie et éteignit le feu. Toute la foule s’étonna de la grande différence qui sépare les incroyants des élus.
L’admirable Polycarpe était l’un de ces élus, maître de notre temps, apôtre, prophète, évêque de l’Église catholique de Smyrne. Toute parole sortie de sa bouche s’est vérifiée et se vérifiera.
Le Diable, le jaloux, l’ennemi de la race des justes, voyant la grandeur de son martyre, l’irréprochable conduite qui fut la sienne dès son enfance, la couronne d’incorruptibilité posée sur son front, et la récompense incontestée qu’il remporta, essaya de nous empêcher de retirer son corps que beaucoup étaient, en effet, impatients de reprendre, ne fût-ce que pour toucher cette chair sacrée. Il souffla donc à Nicétès, le père d’Hérode et le frère d’Alcé, de persuader le magistrat de ne pas rendre le corps. Car, disait-il, ils vont oublier leur crucifié pour se mettre à adorer celui-ci. Les Juifs appuyaient frénétiquement ces discours. Ils nous avaient épiés quand nous avions tenté de le reprendre sur le bûcher. Ils ne savaient pas que jamais nous ne pourrons renoncer au Christ qui a souffert pour le salut du monde entier, immolant son innocence à nos péchés ; Nous n’en adorerons jamais un autre. Nous vénérons le Christ parce qu’il est le Fils de Dieu, et nous aimons les martyrs parce qu’ils sont les disciples et les imitateurs du Seigneur. Leur ferveur incomparable envers leur roi et leur maître mérite bien cet hommage. Puissions-nous aussi être leurs compagnons et leurs condisciples.
Quand il vit la querelle que déchaînaient les Juifs, le centurion exposa le corps au milieu de la place, comme c’est l’usage, et le fit brûler. C’est ainsi que nous revînmes plus tard recueillir les cendres que nous jugions plus précieuses que des pierreries et qui nous étaient plus chères que de l’or. Nous les déposâmes en un lieu de notre choix. C’est là que le Seigneur nous donnera, autant que cela se pourra, de nous réunir dans la joie et la fête, pour y célébrer l’anniversaire de son martyre et pour nous souvenir de ceux qui ont combattu avant lui, fortifiant et épaulant ceux qui le feront après.
Telle est l’histoire du bienheureux Polycarpe. Il fut le douzième d’entre nos frères de Philadelphie à souffrir à Smyrne. Son souvenir reste plus vivant que tous les autres et il est le seul dont les païens chantent partout les louanges. Il fut un maître prestigieux, un martyr hors pair, dont tous aimeraient imiter la passion, si fidèle à l’Évangile du Christ. Son courage a eu raison d’un magistrat inique et lui a mérité la couronne d’incorruptibilité. Il partage désormais la joie des apôtres et de tous les justes, il glorifie dieu, le Père tout-puissant, et bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le sauveur de nos vies et le guide de nos corps, le pasteur de l’Église catholique répandue dans le monde.
Vous désiriez avoir un rapport détaillé de ces événements. Nous nous bornons ici au récit succinct qu’en a fait notre frère Marcion. Quand vous aurez lu cette lettre, transmettez-là) de proche en proche à nos frères, afin qu’eux aussi rendent gloire au Seigneur, qui choisit ses élus parmi ses serviteurs.
À celui qui, par sa grâce et sa bonté, a le pouvoir de nous conduire tous à son Royaume éternel, par son Fils unique Jésus-Christ, gloire, honneur, puissance, grandeur dans les siècles !
Saluez tous les chrétiens. Ceux qui sont avec nous vous envoient leurs salutations, j’ajoute les miennes et celles d’Évariste le scribe, ainsi que de sa famille.

Source :
Bruno Chenu, Claude Prud’homme, France Quéré, Jean-Claude Thomas, Le livre des martyrs chrétiens, Centurion, Paris 1988, p. 42-49.

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