Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS – hOMÉLIE DU JOUR'

PAPE FRANÇOIS (La première, selon les Evangiles, vit Jésus ressuscité: Marie Madeleine)

25 mai, 2017

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PAPE FRANÇOIS (La première, selon les Evangiles, vit Jésus ressuscité: Marie Madeleine)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 17 mai 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Ces dernières semaines, notre réflexion se déroule, pour ainsi dire, dans l’orbite du mystère pascal. Nous rencontrons aujourd’hui celle qui la première, selon les Evangiles, vit Jésus ressuscité: Marie Madeleine. Le repos du samedi s’était conclu depuis peu. Le jour de la passion, il n’y avait pas eu le temps de terminer les rites funèbres; c’est pourquoi, en cette aube pleine de tristesse, les femmes se rendent à la tombe de Jésus avec les onguents parfumés. C’est elle qui arrive la première: Marie de Magdala, l’une des disciples qui avaient accompagné Jésus jusqu’en Galilée, se mettant au service de l’Eglise naissante. Dans son trajet vers le sépulcre se reflète la fidélité de tant de femmes qui fréquentent pendant tant d’années les allées des cimetières, en souvenir de quelqu’un qui n’est plus là. Pas même la mort ne brise les liens les plus authentiques: certaines personnes continuent à aimer, même si la personne aimée s’en est allée pour toujours.
L’Evangile (cf. Jn 20, 1-2.11-18) décrit Madeleine, en soulignant immédiatement que ce n’était pas une femme qui s’enthousiasmait facilement. En effet, après la première visite au sépulcre, elle revient déçue dans le lieu où les disciples se cachaient; elle rapporte que la pierre a été déplacée de l’entrée du sépulcre, et sa première hypothèse est la plus simple que l’on puisse formuler: quelqu’un doit avoir fait disparaître le corps de Jésus. Ainsi, la première annonce que Marie apporte n’est pas celle de la résurrection, mais d’un vol que des inconnus ont commis, alors que Jérusalem tout entière dormait.
Les Evangiles racontent ensuite un deuxième voyage de Madeleine vers le sépulcre de Jésus. Elle était têtue! Elle est allée, elle est revenue… parce qu’elle n’était pas convaincue! Cette fois, son pas est lent, très lourd. Marie souffre doublement: tout d’abord de la mort de Jésus, et ensuite, de la disparition inexplicable de son corps.
C’est alors qu’elle est penchée près de la tombe, les yeux remplis de larmes, que Dieu la surprend de la manière la plus inattendue. L’évangéliste Jean souligne combien son aveuglement est persistant: elle ne s’aperçoit pas de la présence de deux anges qui l’interrogent, elle n’a aucun soupçon en voyant l’homme derrière elle, qu’elle pense être le gardien du jardin. Et en revanche, elle découvre l’événement le plus bouleversant de l’histoire humaine lorsque finalement elle est appelée par son nom: «Marie!» (v. 16).
Comme il est beau de penser que la première apparition du Ressuscité — selon les Evangiles — a eu lieu d’une manière aussi personnelle! Il y a quelqu’un qui nous connaît, qui voit notre souffrance et notre déception, et qui s’émeut pour nous et nous appelle par notre nom. C’est une loi que nous trouvons gravée dans beaucoup de pages de l’Evangile. Autour de Jésus se trouvent de nombreuses personnes qui cherchent Dieu; mais la réalité la plus prodigieuse est que, bien avant, c’est tout d’abord Dieu qui se préoccupe pour notre vie, qui veut la relever, et pour ce faire, il nous appelle par notre nom, en reconnaissant le visage personnel de chacun. Chaque homme est une histoire d’amour que Dieu écrit sur cette terre. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu. Dieu appelle chacun de nous par son propre nom: il nous connaît par notre nom, il nous regarde, il nous attend, il nous pardonne, il a de la patience avec nous. Est-ce vrai ou n’est-ce pas vrai? Chacun de nous fait cette expérience.
Et Jésus l’appelle: «Marie!»: la révolution de sa vie, la révolution destinée à transformer l’existence de chaque homme et femme, commence par un nom qui retentit dans le jardin du sépulcre vide. Les Evangiles nous décrivent le bonheur de Marie: la résurrection de Jésus n’est pas une joie donnée au compte-goutte, mais une cascade qui renverse toute la vie. L’existence chrétienne n’est pas tissée de doux bonheurs, mais de vagues qui emportent tout. Essayez de penser vous aussi, en cet instant, avec le bagage de déceptions, et d’échecs que chacun de nous porte dans son cœur, qu’il y a un Dieu proche de nous qui nous appelle par notre nom et nous dit: «Relève-toi, arrête de pleurer, car je suis venu te libérer!». Cela est beau.
Jésus n’est pas quelqu’un qui s’adapte au monde, en tolérant que dans celui-ci se poursuivent la mort, la tristesse, la haine, la destruction morale des personnes… Notre Dieu n’est pas inerte, mais notre Dieu — je me permets le mot — est un rêveur: il rêve de la transformation du monde, et il l’a réalisée dans le mystère de la Résurrection.
Marie voudrait embrasser son Seigneur, mais Lui est désormais tourné vers le Père céleste, alors qu’elle est invitée à apporter l’annonce à ses frères. Et ainsi, cette femme qui, avant de rencontrer Jésus, était en proie au malin (cf. Lc 8, 2), est à présent devenue apôtre de la nouvelle et plus grande espérance. Que son intercession nous aide à vivre nous aussi cette expérience: à l’heure des pleurs, et à l’heure de l’abandon, entendre Jésus Ressuscité qui nous appelle par notre nom, et avec le cœur plein de joie aller annoncer: «J’ai vu le Seigneur!» (v. 18). J’ai changé de vie parce que j’ai vu le Seigneur! A présent, je suis différent d’avant, je suis une autre personne. J’ai changé parce que j’ai vu le Seigneur. Cela est notre force et cela est notre espérance. Merci.

 

PAPE FRANÇOIS – LA PRIÈRE DE LOUANGE

25 avril, 2017

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PAPE FRANÇOIS – LA PRIÈRE DE LOUANGE

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 28 janvier 2014

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 7 du 13 février 2014)

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la danse de Miriam

Difficile de justifier qui a honte de chanter la louange du Seigneur, alors qu’il se laisse ensuite aller à exulter bruyamment pour un but marqué par son équipe préférée. Tel est le sens de l’homélie de la Messe célébrée dans la chapelle Sainte-Marthe. Le Pape François s’est arrêté sur la description de la fête improvisée par David pour le retour de l’arche d’alliance telle que racontée dans la première lecture de la liturgie du jour (2 Samuel 6, 12-15 .17-19). Louer Dieu « est totalement gratuit », a-t-il dit. « Nous ne demandons pas, nous ne remercions pas. Nous louons : tu es grand. “Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit…”. De tout cœur nous disons ces mots. C’est aussi un acte de justice, parce qu’il est grand, il est notre Dieu. Pensons à une belle question que nous pouvons nous poser aujourd’hui : “Comment va ma prière de louange aujourd’hui ? Sais-je louer le Seigneur ? Ou lorsque je prie le Gloria ou le Sanctus je le fais uniquement avec la bouche et pas avec tout le cœur ? Que me dit David en dansant ? Et Sarah qui danse de joie ? Quand David entre en ville, une autre chose commence : une fête. La joie de la louange qui porte à la joie de la fête ». Une fête qui s’élargit ensuite à la famille, « chacun — c’est l’image proposée par le Pape — chez lui à manger le pain, à faire la fête ». Mais quand David rentre au Palais, il doit affronter les reproches et le mépris de Michal, la fille du roi Saul : « “Mais n’as-tu pas honte de ce que tu as fait ? Comment faire cette chose, danser devant tout le monde, toi le roi ? N’as-tu pas honte ?”. Moi je me demande combien de fois nous méprisons dans nos cœurs des personnes bonnes, des gens de bien qui louent le Seigneur » ainsi, de façon spontanée, comme cela leur vient, sans suivre des attitudes formelles. Mais dans la Bible, a rappelé le Pape, on lit « que Michal est restée stérile toute sa vie pour cela. Que veut dire la Parole de Dieu ici ? Que la joie, que la prière de louange nous rend féconds. Sarah dansait au grand moment de sa fécondité à quatre-vingt-dix ans ! La fécondité offre la louange au Seigneur ». L’homme et la femme qui louent le Seigneur, qui prient en louant le Seigneur — et quand ils le font ils sont heureux de le dire — et qui se ré- jouissent « quand ils chantent le Sanctus lors de la Messe » sont un homme et une femme féconds. En revanche, a ajouté le Pape, ceux qui « s’enferment dans la formalité d’une prière froide, mesurée », ainsi, ils finissent peut-être comme Michal, dans la stérilité de sa formalité. Pensons et imaginons David qui danse de toutes ses forces devant le Seigneur. Pensons qu’il est beau de faire une prière de louange.

PAPE FRANÇOIS – JÉSUS REGARDE CHACUN DE NOUS

13 février, 2017

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PAPE FRANÇOIS – JÉSUS REGARDE CHACUN DE NOUS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 31 janvier 2017

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°006 du 9 février 2017)

Jésus ne regarde pas les «statistiques», mais il fait attention à «chacun de nous». Un par un. L’«émerveillement de la rencontre avec Jésus», cet émerveillement qui saisit celui qui le regarde et qui se rend compte que le Seigneur avait déjà «le regard fixé» sur lui, a été décrit par le Pape François. Le «regard» a précisément été le fil conducteur de la méditation. Le Pape s’est penché sur l’Evangile du jour (Marc, 5 21-43) pour voir «ce que fait Jésus». La caractéristique la plus évidente est que «Jésus est toujours au milieu de la foule». C’est une foule qui enveloppe Jésus, qui «le presse». Et lui, «il est resté là». Les gens le cherchaient: les gens avaient les yeux fixés sur lui et lui avait les yeux fixés sur les gens». On pourrait objecter: Jésus tournait le regard «sur les gens, sur la multitude», en revanche non: «sur chacun!». Car c’est précisément là que se trouve la «particularité du regard de Jésus. Il ne massifie pas les gens: Jésus regarde chacun». On en trouve la preuve à plusieurs reprises dans les récits évangéliques. Dans l’Evangile du jour, par exemple, on lit que Jésus demande: «Qui m’a touché?», alors qu’«il était au milieu de ces gens, qui le pressaient». Cela semble étrange, au point que les disciples eux-mêmes «lui disaient: “Mais vois la foule qui se presse autour de toi!”». «Quelqu’un ma touché!». En effet, «au milieu de cette foule, Jésus s’aperçut de la petite vieille qui l’avait touché. Et il la guérit». Il y avait «beaucoup de gens», mais il prêta attention précisément à elle, «une femme, une petite vieille». Le récit évangélique se poursuit par l’épisode de Jaïre, à qui on annonce que sa fille est morte. Jésus le rassure: «Ne crains pas! Aie seulement foi!», de même qu’auparavant il avait dit à la femme: «Ta foi t’as sauvée!». Dans cette situation également, Jésus se retrouve au milieu de la foule, avec «beaucoup de gens qui pleuraient». Jésus leur dit: «Soyez tranquilles, la petite fille dort». Et Jésus entre et «ressuscite la petite fille». Ce qui saute aux yeux est que Jésus, dans cette agitation, avec «les femmes qui hurlaient et pleuraient», se soucie de dire «au père et à la mère: “Donnez-lui à manger!”». C’est l’attention au «petit», c’est «le regard de Jésus sur le petit. Mais n’avait-il rien d’autre dont se soucier? Non, juste de cela». Le Pape a poursuivi ses exemples en citant l’épisode de Naïm. Là aussi, «il y avait la foule qui le suivait». Et Jésus «voit qu’un cortège funèbre sort: un jeune homme, fils unique d’une mère veuve». Encore une fois, le Seigneur s’aperçoit du «petit». Au milieu de tant de gens, «il va, il arrête le cortège, il ressuscite le jeune garçon et le remet à sa mère». Et une autre fois, à Jéricho. Quand Jésus entre dans la ville, il y a la foule qui «crie: “Vive le Seigneur! Vive Jésus! Vive le Messie!”. Il y a beaucoup de vacarme… Un aveugle se met lui aussi à crier; et lui, Jésus, avec tout le vacarme qu’il y avait là, entend l’aveugle». Le Seigneur «s’aperçoit du petit, de l’aveugle». Tout cela pour dire que «le regard de Jésus va du grand au petit». Le Pape a rappelé que l’auteur de la Lettre aux hébreux suggère «de courir avec persévérance, en gardant le regard fixé sur Jésus». Et cela me fait ressentir «un grand émerveillement. C’est l’émerveillement de la rencontre avec Jésus »

PAPE FRANÇOIS – L’AUBERGISTE ÉTONNÉ

23 janvier, 2017

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PAPE FRANÇOIS – L’AUBERGISTE ÉTONNÉ

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi, 10 janvier 2017

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°003 du 19 janvier 2017)

Pourquoi Jésus enseignait-il avec une autorité qui « étonnait » et conquérait, alors qu’en revanche, les scribes et les docteurs de la loi pouvaient seulement imposer les lois, mais « ils n’entraient pas dans le cœur du peuple »? La méditation du Pape François a été entièrement axée sur les différences entre l’« autorité réelle » de l’un, par rapport à l’ « autorité formelle » des autres. Une confrontation significative et éloquente, qui conduit à réfléchir sur le façon dont celui qui est appelé à « enseigner la vérité » peut tomber dans la tentation du « cléricalisme », au lieu de suivre la route de la « proximité aux personnes ». Le Pape s’est inspiré d’une parole tirée de l’Évangile du jour (Marc 1, 21-28), dans lequel « il est dit que les gens étaient étonnés ». Pourquoi cet « étonnement »? « A cause de la manière dont Jésus enseignait. En effet, il leur enseignait comme quelqu’un qui fait autorité et non comme les scribes, c’est-à-dire les docteurs de la loi ». Tous ces gens, en effet, enseignaient, « mais ils n’entraient pas dans le cœur du peuple » et donc ne faisait pas « autorité ». Le thème de l’autorité est récurrent dans l’Évangile. Celle de Jésus, en particulier, se retrouve « très souvent remise en question » précisément par les docteurs de la loi, par les pharisiens, par les prêtres et les scribes : « Mais avec quelle autorité fais-tu cela ? ». Au fond de la question, il y a « le problème de l’autorité formelle et de l’autorité réelle ». Alors que les scribes et les pharisiens « avaient une autorité formelle », Jésus « avait une autorité réelle ». Mais « non parce qu’il était un séducteur ». En effet, s’il est vrai que Jésus apportait un « enseignement nouveau », il est également vrai que « Jésus lui-même dit qu’il enseignait la loi jusqu’à son dernier point ». La nouveauté par rapport aux docteurs de la loi était que « Jésus enseignait la Vérité, mais avec autorité ». Il est alors important de comprendre « où est la différence de cette autorité ». Le Pape a cherché à l’éclaircir en expliquant ses caractéristiques. « Tout d’abord, l’autorité de Jésus était une autorité humble : Jésus enseignait avec humilité ». Il avait une dimension de « service ». Donc, Jésus « servait les gens, expliquait les choses pour que les gens comprennent bien : il était au service des gens. Il avait une attitude de serviteur, et cela lui donnait de l’autorité ». Au contraire, les docteurs de la loi « avaient une psychologie de princes », et ils pensaient : « Nous sommes les maîtres, les princes et nous vous enseignons. Ce n’est pas un service : nous commandons, vous obéissez ». Une deuxième « attitude de l’autorité de Jésus » « était la proximité ». Il « n’était pas allergique aux gens : toucher les lépreux, les malades ne le dégoûtait pas ». Et « cette façon d’être proches des gens donne de l’autorité ». La comparaison avec les docteurs, les scribes et les prêtres est évidente : eux « s’éloignaient des gens, dans leur cœur ils méprisaient les gens, ils aimaient se distinguer, en se promenant sur les places bien habillés ». Ces docteurs « avaient une psychologie cléricaliste : ils enseignaient avec une autorité cléricaliste ». Jésus en revanche « était très proche des gens » et cela lui donnait de l’autorité. En reprenant le fil du discours, François a résumé les caractéristiques de l’autorité de Jésus et a rappelé qu’en premier lieu « le chef est celui qui sert ». En deuxième lieu, il y a la « proximité ». Et enfin, il y a une « troisième différence » par rapport aux docteurs de la loi : la « cohérence ». Jésus « était cohérent, il vivait ce qu’il prêchait ». Et c’est celle-ci, a ajouté le Pape en se référant également à notre époque, « l’autorité que ressent le peuple de Dieu ». Une autorité qui étonne et qui conquiert. Pour bien faire comprendre ce concept, le Pape, en conclusion de son homélie, a également rappelé la parabole du bon samaritain. Dans celle-ci, « il y a un quatrième personnage : l’aubergiste », qui — tel est le lien avec toute la méditation du Pape — a été étonné ; pas tellement étonné devant les blessures de ce pauvre homme, car il savait que sur ce chemin, sur cette route il y avait des brigands », ni par l’attitude du prêtre et du lévite, « parce qu’il les connaissait. Et ils savait quelle était leur façon de faire ». L’aubergiste est « étonné par ce samaritain » dont il ne comprenait pas le choix. Il pensait peut-être : « Mais il est fou! Mais c’est aussi un étranger, il n’est pas juif, c’est un pécheur… Mais il est fou, je ne comprends pas! ». Cela « est l’étonnement », le même « étonnement que les gens » devant Jésus, « parce que son autorité était une autorité humble, de service, c’était une autorité proche des gens et c’était une autorité cohérente ».

 

PAPE FRANÇOIS (…Rachel, la femme de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin)

16 janvier, 2017

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PAPE FRANÇOIS (…Rachel, la femme de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 4 janvier 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans la catéchèse d’aujourd’hui je voudrais contempler avec vous une figure de femme qui nous parle de l’espérance vécue dans les pleurs. L’espérance vécue dans les pleurs. Il s’agit de Rachel, la femme de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin, celle qui, comme nous raconte le livre de la Genèse, meurt en donnant le jour à son deuxième enfant, c’est-à-dire Benjamin
Le prophète Jérémie fait référence à Rachel en s’adressant aux Israélites en exil pour les consoler, avec des paroles pleines d’émotion et de poésie ; c’est-à-dire qu’il évoque les pleurs de Rachel mais qu’il donne de l’espérance :

Le Seigneur dit ainsi :
« A Rama,
une voix se fait entendre,
une plainte amère ;
c’est Rachel qui pleure ses fils.
Elle ne veut pas
être consolée pour ses fils,
car ils ne sont plus » (Jr 31, 15).

Dans ces versets, Jérémie présente cette femme de son peuple, la grande matriarche de sa tribu, dans une réalité de douleur et de pleurs, mais en même temps qu’une perspective de vie impensable. Rachel, qui dans le récit de la Génèse était morte en accouchant et avait assumé cette mort pour que son fils puisse vivre, maintenant présentée, en revanche, par le prophète comme vivante à Rama, là où se rassemblaient les déportés, pleure pour ses enfants qui d’une certaine façon sont morts en partant en exil ; des enfants qui, comme elle le dit elle-même, « ne sont plus », ils ont disparu pour toujours.
Et Rachel ne veut pas être consolée pour cela. Son refus exprime la profondeur de sa douleur et l’amertume de ses pleurs. Devant la tragédie de la perte de ses enfants, une mère ne peut pas accepter de paroles ou de gestes de consolation, qui sont toujours inadaptés, jamais en mesure d’adoucir la douleur d’une blessure qui ne peut pas et ne veut pas être cicatrisée. Une douleur proportionnelle à l’amour.
Chaque mère sait tout cela ; et elles sont nombreuses, aujourd’hui aussi, les mères qui pleurent, qui ne se résignent pas à la perte d’un enfant, inconsolables devant une mort impossible à accepter. Rachel porte en elle la douleur de toutes les mères du monde, de chaque époque, et les larmes de chaque être humain qui pleure des pertes irréparables.
Ce refus de Rachel qui ne veut pas être consolée, nous enseigne également la grande délicatesse qui nous est demandée devant la douleur d’autrui. Pour parler d’espérance à celui qui est désespéré, il faut partager son désespoir ; pour essuyer une larme sur le visage de celui qui souffre, il faut unir nos pleurs aux siens. Ce n’est qu’ainsi que nos paroles peuvent être réellement capables de donner un peu d’espérance. Et si je ne peux pas donner une telle parole, avec les pleurs, avec la douleur, mieux vaut le silence ; la caresse, le geste, sans aucune parole.
Et Dieu, avec sa délicatesse et son amour, répond aux pleurs de Rachel par des paroles véritables, pas fausses ; en effet, le texte de Jérémie se poursuit ainsi :

Le Seigneur dit — il répond à ces pleurs :
« Cesse ta plainte,
sèche tes yeux!
Car il est une compensation
pour ta peine
oracle de Yahvé
ils vont revenir du pays ennemi.
Il y a donc espoir pour ton avenir
oracle de Yahvé ils vont revenir, tes fils, sur leur territoire » (Jr 31, 16-17).

Précisément à cause des pleurs de la mère, il y a encore de l’espérance pour ses enfants, qui recommenceront à vivre. Cette femme, qui avait accepté de mourir au moment de son accouchement, pour que son fils puisse vivre, grâce à ses pleurs est à présent début d’une vie nouvelle pour ses enfants exilés, prisonniers, loin de leur patrie. A la douleur et aux pleurs amers de Rachel, le Seigneur répond par une promesse qui, à présent, peut être pour elle un motif de véritable consolation : le peuple pourra revenir d’exil et vivre dans la foi, librement, sa relation avec Dieu. Les larmes ont engendré l’espérance. Et cela n’est pas facile à comprendre, mais c’est vrai. Très souvent, dans notre vie, les larmes sèment l’espérance, ce sont des semences d’espérance.
Comme nous le savons, ce texte de Jérémie est ensuite repris par l’évangéliste Matthieu et appliqué au massacre des innocents (cf. 2, 16-18). Un texte qui nous met face à la tragédie du massacre d’êtres humains sans défense, à l’horreur du pouvoir qui méprise et supprime la vie. Les enfants de Bethléem moururent à cause de Jésus. Et Lui, Agneau innocent, devait ensuite mourir, à son tour, pour nous tous. Le Fils de Dieu est entré dans la douleur de hommes. Il ne faut pas oublier cela. Quand quelqu’un s’adresse à moi et me pose des questions difficiles, par exemple : « Dites-moi, père : pourquoi les enfants souffrent-ils? », vraiment, je ne sais pas quoi répondre. Je dis seulement : « Regarde le Crucifié : Dieu nous a donné son Fils, Il a souffert, et peut-être trouveras-tu là une réponse ». Mais des réponses d’ici [le Pape indique sa tête] il n’y en a pas. Uniquement regarder l’amour de Dieu qui donne son Fils qui offre sa vie pour nous, peut nous indiquer un certain chemin de consolation. Et c’est pour cela que nous disons que le Fils de l’homme est entré dans la douleur des hommes ; il a partagé et a accueilli la mort ; sa Parole est définitivement une parole de consolation, parce qu’elle naît des pleurs.
Et sur la croix ce sera Lui, le Fils mourant, qui donnera une nouvelle fécondité à sa mère, en lui confiant le disciple Jean et en faisant d’elle la mère du peuple des croyants. La mort est vaincue, et c’est ainsi que s’accomplit la prophétie de Jérémie. Les larmes de Marie elles aussi, comme celles de Rachel, ont engendré l’espérance et une vie nouvelle. Merci.
Hier sont parvenues du Brésil les nouvelles dramatiques du massacre qui a eu lieu dans la prison de Manaus, où un affrontement très violent entre bandes rivales a causé des dizaines de morts. J’exprime ma douleur et ma préoccupation pour ce qui est arrivé. J’invite à prier pour les défunts, pour leurs familles, pour tous les détenus de cette prison et pour ceux qui y travaillent. Et je renouvelle l’appel afin que les instituts pénitentiaires soient des lieux de rééducation et de réinsertion sociale, et que les conditions de vie des détenus soient dignes de personnes humaines. Je vous invite à prier pour ces détenus morts et vivants, et également pour tous les détenus du monde, afin que les prisons servent à réinsérer et ne soient pas surpeuplées ; qu’elles soient des lieux de réinsertion. Prions la Vierge, Mère des détenus : Je vous salue Marie…
Frères et sœurs, le prophète Jérémie nous présente Rachel, l’ancêtre du peuple de Dieu, comme un modèle d’espérance dans les larmes. Rachel a perdu pour toujours ses enfants, ils « ne sont plus ». Elle représente la souffrance de toutes les mères du monde et de tous les temps, les larmes de tous ceux qui vivent une perte irréparable. Rachel refuse d’être consolée, refus qui exprime l’amertume de ses larmes et la profondeur de sa souffrance. De fait, pour parler d’espérance à une personne désespérée il faut d’abord partager sa souffrance et s’unir à ses larmes. Le Seigneur répond à celles de Rachel par une promesse qui, maintenant, peut être la cause d’une vraie consolation : le peuple reviendra d’exil et vivra, libre dans la foi. Saint Matthieu applique ce texte de Jérémie à la persécution des innocents, tués à cause de Jésus. Le Fils de Dieu est entré dans la douleur des hommes, il l’a portée jusqu’au bout. Née dans les larmes, sa parole est pour toujours parole de consolation. Les pleurs de Marie également, comme ceux de Rachel, ont suscité l’espérance et la vie nouvelle.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française. La lumière de Noël éclaire désormais toute notre existence. Même si la vie est parfois difficile et les difficultés et les inquiétudes ne manquent pas, je forme le vœu que le Seigneur Jésus vous garde tout au long de cette année dans l’espérance de la foi et qu’il vous accorde la vraie joie des enfants de Dieu. Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS – 21. LA MISÉRICORDE HUMBLE PRIÈRE OBTENUE ( CF. LC 18,9-14 )

8 juin, 2016

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PAPE FRANÇOIS – 21. LA MISÉRICORDE HUMBLE PRIÈRE OBTENUE ( CF. LC 18,9-14 )

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 1er juin 2016

Chers frères et sœurs, bonjour !

Mercredi dernier, nous avons écouté la parabole du juge et de la veuve sur la nécessité de prier avec persévérance. Aujourd’hui, avec une autre parabole, Jésus veut nous enseigner quel est l’attitude juste pour prier et invoquer la miséricorde du Père ; comment on doit prier; l’attitude juste pour prier. C’est la parabole du pharisien et du publicain (cf. Lc 18, 9-14). Les deux protagonistes montent au temple pour prier, mais agissent de façons très difféentes, obtenant des résultats opposés. Le pharisien prie et « se tenait debout » (v. 11) et utilise beaucoup de paroles. Sa prière est certes une prière d’action de grâce adressée à Dieu, mais en réalité, c’est un étalage de ses mérites, avec un sentiment de supériorité envers les « autres hommes », qualifiés de « voleurs, injustes, adultères », comme par exemple — et il montre l’autre qui était là — « ce publicain » (v. 11). Mais c’est précisément là qu’est le problème : ce pharisien prie Dieu, mais en vérité il se tourne vers lui-même. Il prie lui-même ! Au lieu d’avoir devant les yeux le Seigneur, il a un miroir. Bien que se trouvant dans le temple, il ne ressent pas la nécessité de se prosterner devant la majesté de Dieu; il se tient debout, il se sent sûr, comme s’il était le maître du temple ! Il énumère les bonnes œuvres commises : il est irrépréhensible, il observe la Loi au-delà de ce qui est dû ; jeûne « deux fois par semaine » et paie la « dîme » de tout ce qu’il possède. En somme, plus que prier, le pharisien se complaît de sa propre observance des préceptes. Et pourtant, son attitude et ses paroles sont éloignées de la façon d’agir et de parler de Dieu, qui aime tous les hommes et ne méprise pas les pécheurs. Au contraire, ce pharisien méprise les pécheurs, même quand il montre l’autre qui est là. En somme, le pharisien, qui se considère juste, néglige le commandement le plus important: l’amour pour Dieu et pour son prochain. Il ne suffit donc pas de nous demander combien nous prions, nous devons aussi nous demander comment nous prions, ou mieux, comment est notre cœur : il est important de l’examiner pour juger les pensées, les sentiments et extirper l’arrogance et l’hypocrisie. Mais moi, je me demande : peut-on prier avec arrogance ? Non. Peut-on prier avec hypocrisie ? Non. Nous devons uniquement prier en nous plaçant devant Dieu tels que nous sommes. Non pas comme le pharisien qui priait avec arrogance et hypocrisie. Nous sommes tous pris par la frénésie du rythme quotidien, souvent à la merci de sensations, étourdis, confus. ll est nécessaire d’apprendre à retrouver le chemin vers notre cœur, retrouver la valeur de l’intimité et du silence, parce que c’est là que Dieu nous rencontre et nous parle. Ce n’est qu’à partir de là que nous pouvons, à notre tour, rencontrer les autres et parler avec eux. Le pharisien s’est mis en route vers le temple, il est sûr de lui, mais il ne s’aperçoit pas qu’il a égaré le chemin de son cœur. Le publicain en revanche — l’autre — se présente au temple l’âme humble et repentie : « se tenant à distance, il n’osait même pas lever les yeux vers le ciel; mais il se frappait la poitrine » (v. 13). Sa prière est très brève, elle n’est pas aussi longue que celle du pharisien : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ». Rien de plus. Quelle belle prière ! En effet, les collecteurs d’impôts — appelés précisément, « publicains » — étaient considérés comme des personnes impures, soumises aux dominateurs étrangers, ils étaient mal vus des gens et associés en général aux « pécheurs ». La parabole enseigne que l’on est juste ou pécheur non pas en raison de son appartenance sociale, mais selon sa façon de se comporter envers Dieu et de se comporter envers ses frères. Les gestes de pénitence et les quelques paroles simples du publicain témoignent de sa conscience en ce qui concerne sa misérable condition. Sa prière est essentielle. Il agit en personne humble, sûr uniquement d’être un pécheur qui a besoin de pitié. Si le pharisien ne demandait rien parce qu’il avait déjà tout, le publicain ne peut que mendier la miséricorde de Dieu. Et cela est beau : mendier la miséricorde de Dieu ! Se présentant « les mains vides », le cœur nu et se reconnaissant pécheur, le publicain nous montre à tous la condition nécessaire pour recevoir le pardon du Seigneur. À la fin, c’est précisément lui, si méprisé, qui devient une icône du véritable croyant. Jésus conclut la parabole par une phrase : « Je vous le déclare : quand ce dernier — c’est-à-dire le publicain — redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (v. 14). De ces deux hommes, lequel est corrompu ? Le pharisien. Le pharisien est précisément l’icône du corrompu qui fait semblant de prier, mais qui n’arrive qu’à se pavaner devant un miroir. C’est un corrompu qui fait semblant de prier. Ainsi, dans la vie, celui qui se croit juste et juge les autres et les méprise, est un corrompu et un hypocrite. L’orgueil compromet toute bonne action, vide la prière, éloigne de Dieu et des autres. Si Dieu privilégie l’humilité, ce n’est pas pour nous avilir : l’humilité est plutôt la condition nécessaire pour être relevés par Lui, afin de faire l’expérience de la miséricorde qui comble nos vides. Si la prière de l’orgueilleux n’atteint pas le cœur de Dieu, l’humilité du misérable l’ouvre pleinement. Dieu a une faiblesse : la faiblesse des humbles. Devant un cœur humble, Dieu ouvre entièrement son cœur. C’est cette humilité que la Vierge Marie exprime dans le cantique du Magnificat : « Il s’est penché sur son humble servante [...] Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 48-50). Qu’elle, qui est notre Mère, nous aide à prier avec le cœur humble. Et nous, répétons trois fois cette belle prière : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ».

 

LE MAÎTRE DU TEMPS – PAPE FRANÇOIS

25 avril, 2016

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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 26 novembre 2013

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 49 du 5 décembre 2013)

LE MAÎTRE DU TEMPS

Il ne faut pas avoir l’illusion d’être les maîtres de notre temps. On peut être maître du moment que l’on vit, mais le temps appartient à Dieu et il nous donne l’espérance pour le vivre. Aujourd’hui, il est très difficile de déterminer à qui appartient réellement le temps mais, a averti le Pape François dans l’homélie de la messe du mardi 26 novembre, nous ne devons pas nous laisser tromper. Et il a expliqué pourquoi et comment, en offrant une réflexion sur ce que proposent les lectures de cette dernière période de l’année liturgique, au cours de laquelle « l’Église nous fait réfléchir sur la fin ». Saint Paul, a souligné le Pape, « revient de nombreuses fois sur cela et le dit très clairement ; “la face de ce monde disparaîtra”. Mais cela est autre chose. Les lectures parlent souvent de destruction, de fin, de catastrophe ». La voie vers la fin est une voie que doit parcourir chacun de nous, chaque homme, toute l’humanité. Mais tandis que nous la parcourons, « le Seigneur nous conseille deux choses. Deux choses qui sont différentes selon la façon dont nous vivons. Parce que vivre dans le moment est différent et vivre dans le temps est différent ». Le moment, a ajouté l’Évêque de Rome, est celui que nous avons entre les mains à l’instant où nous vivons. Mais il ne faut pas le confondre avec le temps, car le moment passe. « Peut-être pouvons-nous nous sentir maîtres du moment ». Mais, a-t-il ajouté, « l’erreur est de nous croire les maîtres du temps. Le temps ne nous appartient pas. Il appartient à Dieu ». C’est pourquoi le Seigneur nous conseille : « Ne vous laissez-pas tromper. De nombreuses personnes en effet viendront en mon nom en disant : c’est moi, et le temps est-il proche ? Ne les écoutez pas (Daniel 2, 31-45). Ne vous laissez pas tromper par la confusion ». Mais comment est-il possible de surmonter ces tromperies ? Le chrétien, a expliqué le Saint-Père, pour vivre le moment sans se laisser tromper, doit s’orienter avec la prière et le discernement. Voilà à quoi sert le discernement, a-t-il expliqué : « à connaître les véritables signes, à connaître la voie que nous devons emprunter en ce moment ». La prière, a poursuivi le Pape, est nécessaire pour bien vivre ce moment. En revanche, en ce qui concerne le temps, « dont seul le Seigneur est le maître », nous ne pouvons rien faire, a répété le Pape. En effet, il n’existe aucune vertu chrétienne qui puisse servir à exercer un pouvoir sur le temps. L’unique vertu possible pour regarder le temps « doit être offerte par le Seigneur : c’est l’espérance ». Prière et discernement pour le moment ; espérance pour le temps: ainsi, le chrétien avance sur ce chemin du moment, avec la prière et le discernement. Mais il laisse le temps à l’espérance. Et l’invocation finale du Pape a été : « Que le Seigneur nous donne la grâce de marcher avec sagesse. Cela aussi est un don : la sagesse qui sur le moment nous porte à prier et à discerner et dans le temps, qui est messager de Dieu, nous fait vivre avec espérance ».

PAPE FRANÇOIS – 9. LA MISÉRICORDE ET LA CORRECTION

9 mars, 2016

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PAPE FRANÇOIS – 9. LA MISÉRICORDE ET LA CORRECTION

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 2 mars 2016

Chers frères et sœurs, bonjour,

En parlant de la miséricorde divine, nous avons évoqué à plusieurs reprises la figure du père de famille, qui aime ses enfants, en prend soin, les pardonne. Et en tant que père, il les éduque et les corrige lorsqu’ils se trompent, favorisant leur croissance dans le bien. C’est ainsi qu’est présenté Dieu dans le premier chapitre du prophète Isaïe, dans lequel le Seigneur, en tant que père affectueux mais également attentif et sévère, s’adresse à Israël, l’accusant d’infidélité et de corruption, pour la reporter sur la voie de la justice. Notre texte commence ainsi : « Cieux écoutez, terre prête l’oreille, / car Yahvé parle. / J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir, / mais ils se sont révoltés contre moi. / Le bœuf connaît son possesseur, / et l’âne la crèche de son maître, / Israël ne connaît pas, / mon peuple ne comprend pas » (1, 2-3). Dieu, à travers le prophète, parle au peuple avec l’amertume d’un père déçu : il a fait grandir ses enfants, et à présent, ils se sont rebellés contre lui. Même les animaux sont fidèles à leur maître et reconnaissent la main qui les nourrit ; le peuple, en revanche, ne reconnaît plus Dieu, se refuse de comprendre. Même blessé, Dieu laisse parler l’amour, et fait appel à la conscience des enfants dégénérés afin qu’ils reconnaissent leurs torts et qu’ils se laissent à nouveau aimer. Voilà ce que fait Dieu ! Il vient à notre rencontre afin de nous laisser aimer par Lui par notre Dieu. La relation père-fils, à laquelle les prophètes font souvent référence pour parler du rapport d’alliance entre Dieu et son peuple, s’est dénaturée. La mission éducative des parents vise à les faire grandir dans la liberté, à les rendre responsables, capables d’accomplir des œuvres de bien pour eux-mêmes et pour les autres. En revanche, à cause du péché, la liberté devient prétention d’autonomie, prétention d’orgueil, et l’orgueil conduit au conflit et à l’illusion de se suffire à soi-même. Voilà alors que Dieu rappelle son peuple : « Vous vous êtes trompés de chemin ». Affectueusement et amèrement, il dit « mon » peuple. Dieu ne nous renie jamais ; nous sommes son peuple, le plus méchant des hommes, la plus méchante des femmes, les plus méchants des peuples sont ses fils. Et Dieu est comme cela: il ne nous renie jamais, jamais ! Il dit toujours : « Mon Fils, viens ». Et cela est l’amour de notre Père ; cela est la miséricorde de Dieu. Avoir un tel père nous donne espérance, nous donne confiance. Cette appartenance devrait être vécue dans la confiance et dans l’obéissance, dans la conscience que tout est un don qui vient de l’amour du Père. Et en revanche, apparaissent la vanité, la folie et l’idolâtrie.

C’est pourquoi le prophète s’adresse à présent directement à ce peuple à travers des paroles sévères pour l’aider à comprendre la gravité de sa faute : « Malheur ! nation pécheresse ! [...] fils pervertis ! / Ils ont abandonné Yahvé, / ils ont méprisé le Saint d’Israël, / ils se sont détournés de lui » (v. 4). La conséquence du péché est un état de souffrance, dont le pays subit également les conséquences, étant dévasté et transformé en désert, au point que Sion — c’est-à-dire Jérusalem — devient inhabitable. Là où se trouve le refus de Dieu, de sa paternité, il n’y a plus de vie possible, l’existence perd ses racines, tout apparaît perverti et anéanti. Toutefois, également dans ce moment douloureux le salut est en vue. L’épreuve est envoyée pour que le peuple puisse faire l’expérience de l’amertume de celui qui abandonne Dieu, et donc se confronter avec le vide désolant d’un choix de mort. La souffrance, conséquence inévitable d’une décision autodestructrice, doit faire réfléchir le pécheur pour l’ouvrir à la conversion et au pardon. Tel est le chemin de la miséricorde divine : Dieu ne nous traite pas selon nos fautes (cf. Ps 103, 10). La punition devient l’instrument pour inciter à réfléchir. On comprend ainsi que Dieu pardonne son peuple, fait grâce et ne détruit pas tout, mais laisse toujours ouverte la porte à l’espérance. Le salut implique la décision d’écouter et de se laisser convertir, mais il reste toujours un don gratuit. Dans sa miséricorde, le Seigneur indique donc une route qui n’est pas celle des sacrifices rituels, mais plutôt de la justice. Le culte est critiqué non parce qu’il est inutile en lui-même, mais parce qu’au lieu d’exprimer la conversion, il prétend la remplacer ; et il devient ainsi la recherche d’une propre justice, en créant la conviction trompeuse que ce sont les sacrifices qui sauvent et non la miséricorde divine qui pardonne le péché. Pour bien comprendre: quand quelqu’un est malade, il va chez le médecin; quand quelqu’un se sent pécheur, il va auprès du Seigneur. Mais si au lieu d’aller chez le médecin, il va chez le sorcier, il ne guérit pas. Très souvent, nous n’allons pas auprès du Seigneur, mais nous préférons emprunter de fausses routes, en cherchant en dehors de Lui une justification, une justice, une paix. Dieu, dit le prophète Isaïe, n’aime pas le sang des taureaux et des agneaux (v. 11), en particulier si l’offrande est faite avec des mains sales du sang de nos frères (v. 15). Je pense que si certains bienfaiteurs de l’Église venaient avec une offrande — « Prenez cette offrande pour l’Église » — qui est le fruit du sang de beaucoup de gens exploités, maltraités, esclavagisés par un travail mal payé, je dirai à ces gens : « S’il te plaît, reprends ton chèque, brûle-le ». Le peuple de Dieu, c’est-à-dire l’Église, n’a pas besoin d’argent sale, il a besoin de cœurs ouverts à la miséricorde de Dieu. Il est nécessaire de s’approcher de Dieu avec les mains purifiées, en évitant le mal et en pratiquant le bien et la justice. Comme la façon dont termine le prophète est belle : « Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ! / Recherchez le droit, redressez le violent ! / Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve » (vv. 16-17). Pensez aux nombreux réfugiés qui débarquent en Europe et ne savent pas où aller. Alors, dit le Seigneur, les péchés, même s’ils étaient écarlates, deviendraient blancs comme la neige, et candides comme la laine, et le peuple pourra se nourrir des biens de la terre et vivre en paix (v. 19). C’est le miracle du pardon que Dieu, le pardon que Dieu, en tant que Père, veut donner à son peuple. La miséricorde de Dieu est offerte à tous, et ces paroles du prophète valent également aujourd’hui pour nous tous, appelés à vivre comme des enfants de Dieu. Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les groupes des diocèses de Saint-Denis, de Grenoble et de Mamfé, avec leurs évêques, ainsi que les séminaristes de Toulouse. La miséricorde de Dieu est offerte à tous. Mettons à profit ce temps du carême qui nous est donné pour regretter nos péchés, et nous engager courageusement dans une vie nouvelle.

Je vous souhaite un bon chemin vers Pâques, et que Dieu vous bénisse.

PAPE FRANÇOIS – PRIÈRES DANS L’OBSCURITÉ

11 février, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2014/documents/papa-francesco-cotidie_20140930.html

PAPE FRANÇOIS – PRIÈRES DANS L’OBSCURITÉ

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 30 septembre 2014

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 42 du 16 octobre 2014)

La «prière de l’Eglise» pour les nombreux «Jésus qui souffrent» et qui «sont partout», également dans le monde d’aujourd’hui. C’est ce qu’a demandé le Pape François au cours de la Messe, en l’invoquant surtout pour «nos frères qui, parce qu’ils sont chrétiens, sont chassés de leur maison et se retrouvent sans rien», pour les personnes âgées abandonnées et les malades seuls dans les hôpitaux: en somme, pour toutes ces personnes qui vivent des moments sombres. Le Pape s’est inspiré de la première lecture — tirée du livre de Job (3, 1-3.11-17.20-23). Il a confié que, dans son expérience pastorale, il entend lui-même très souvent des «personnes qui vivent des situations difficiles, douloureuses, qui ont beaucoup perdu ou qui se sentent seules et abandonnées et qui viennent se plaindre et posent ces questions: Pourquoi? Elles se rebellent contre Dieu». Et sa réponse est: «Continue à prier ainsi, car cela aussi est une prière». Comme l’était celle de Jésus, quand il a dit au Père: «Pourquoi m’as-tu abandonné?», et comme l’est celle de Job. Car «prier signifie se retrouver en vérité devant Dieu. On prie avec la réalité. La véritable prière vient du cœur, du moment qu’une personne vit». C’est précisément «la prière dans les moments obscurs, dans les moments de la vie où il n’y a pas d’espérance» et «où on ne voit pas l’horizon»; au point que «très souvent on perd la mémoire et on ne sait pas où ancrer son espérance». D’où l’actualité de la parole de Dieu, car aujourd’hui aussi «beaucoup de personnes sont dans la situation de Job. Beaucoup de personnes bonnes, comme Job, ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Tant de frères et sœurs qui n’ont pas d’espérance». Et la pensée du Pape est immédiatement allée «aux grandes tragédies» comme celle des chrétiens chassés de leur maison et privés de tout, qui se demandent «Mais, Seigneur, j’ai cru en toi. Pourquoi?». Est-ce que que «croire en toi est une malédiction?». C’est la même chose pour «les personnes âgées abandonnées», pour les malades, pour les personnes seules dans les hôpitaux. C’est en effet «pour tous ces gens, pour nos frères et sœurs, et aussi pour nous quand nous avançons sur un chemin obscur», que «l’Eglise prie». Et en le faisant, «elle prend sur elle cette douleur». C’est vraiment ainsi, «l’Eglise prie pour tous ceux qui sont dans l’épreuve de l’obscurité». Et le Pape a cité l’exemple de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, qui «pendant les derniers mois de sa vie, cherchait à penser au ciel» et «sentait en elle comme une voix, qui disait: ne sois pas sotte, ne te fais pas d’illusions. Tu sais ce qui t’attend? Le néant!». Du reste, nous tous «nous passons par cette situation. Et de nombreuses personnes pensent finir dans le néant». Mais sainte Thérèse se défendait de cette menace: elle «priait et demandait la force d’aller de l’avant, dans l’obscurité. Cela s’appelle “entrer en patience”». Rappelant que Jésus lui-même a parcouru «cette route: du soir du mont des Oliviers jusqu’à son dernier mot sur la croix: “Père pourquoi m’as-tu abandonné?”», le Pape a formulé deux pensées conclusives «qui peuvent nous servir». La première est une invitation à «se préparer, pour le moment où l’obscurité viendra»: celle-ci «viendra d’une manière qui ne sera peut-être pas aussi dure que pour Job, mais nous aurons une période d’obscurité», tous. C’est pourquoi, il faut «préparer son cœur à ce moment». Le deuxième est en revanche une exhortation «à prier, comme l’Eglise prie, avec l’Eglise, pour les nombreux frères et sœurs qui souffrent de l’exil d’eux-mêmes, dans l’obscurité et dans la souffrance, sans espérance à portée de main».  

 

(Je voulais mettre quelque chose de plus réconfortant et «vérité» ensemble dans cette période difficile, bien sûr, l’endroit que je l’aime: St. Paul, Romains 8, par François)

24 novembre, 2015

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PAPE FRANÇOIS – MÉDITATION MATINALE – (DIEU NE RÉUSSIT PAS À NE PAS NOUS AIMER)

EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Jeudi 29 octobre 2015

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 45 du 5 novembre 2015)

Comme la poule

« Avec une tendresse de père ». Le Pape François a réaffirmé une certitude : Dieu ne réussit pas à ne pas nous aimer, il ne réussit pas à se détacher de nous. Nous pouvons refuser cet amour, mais lui nous attend, « il ne nous condamne pas », et il souffre en revanche de notre éloignement. La méditation du Pape s’est inspirée du passage de l’épître aux Romains (8, 31-39) dans laquelle saint Paul « fait comme un résumé de tout ce qu’il avait expliqué sur notre salut, sur le don de Dieu en nous, celui que le Seigneur nous a donné ». Le compte-rendu de l’apôtre apparaît « un peu triomphaliste ». C’est une assurance qui est exprimée par une série de constatations : « Mais si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Si Dieu nous a donné ce don, avec ce don personne ne pourra rien contre nous ». Il semble « que la force de cette certitude de vainqueur », Paul l’ait entre les mains, comme une propriété ». Mais le Pape a mis en garde en expliquant que, peut-être, l’apôtre « voulait nous dire quelque chose de plus profond » et pas simplement que nous sommes vainqueurs, « parce que nous avons ce don entre les mais, mais pour une autre chose ». Laquelle ? La réponse doit être recherchée dans le passage suivant, où l’apôtre « commence à raisonner ainsi : “Je suis en effet persuadé que ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est en Jésus Christ notre Seigneur” ». C’est-à-dire, « ce n’est pas que nous sommes vainqueur sur nos ennemis, sur le péché » ; mais il est vrai que « nous sommes tellement liés à l’amour de Dieu, qu’aucune personne, aucune puissance, aucune chose ne pourra nous séparer de cet amour ». Paul, dans ce « don de la recréation », de la « régénération en Jésus Christ », a vu davantage : il a vu « ce que donne le don ». Il a vu « l’amour de Dieu. Un amour que l’on ne peut pas expliquer ». C’est de là que part la réflexion qui touche la vie quotidienne du chrétien. « Chaque homme, chaque femme peut refuser le don : “Je ne le veux pas ! Je préfère ma vanité, mon orgueil, mon péché…”. Mais le don est là ! ». Ce don « est l’amour de Dieu, un Dieu qui ne peut se détacher de nous ». C’est un concept tellement grand qu’il demande une illustration, que le Pape a immédiatement fournie, en rappelant une image évangélique — celle de Jésus qui pleure sur Jérusalem — qui « nous fait comprendre quelque chose de cet amour ». Dans les pleurs de Jésus, il y a « toute l’“impuissance” de Dieu : son incapacité à ne pas aimer, à se détacher de nous ». Dans l’Évangile de Luc (13, 34-35), on lit la lamentation de Jésus sur la ville. C’est une lamentation que le Seigneur adresse non seulement à cette ville mais à tous, en utilisant « une image de tendresse : “Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu !” ». Comme pour dire : « Combien de fois ai-je voulu faire sentir cette tendresse, cet amour, comme la poule avec les poussins et vous avez refusé… ». Voilà alors pourquoi Paul, ayant compris cela, dit que rien « ne pourra jamais nous séparer de cet amour ». En effet, Dieu « ne peut pas ne pas aimer. Et cela est notre assurance ». Une assurance qui concerne tout le monde, sans aucune exclusion. « Je peux refuser cet amour », mais je ferai la même expérience que celle du bon larron qui l’a refusé « jusqu’à la fin de sa vie », alors que précisément « là l’attendait cet amour ». Même l’homme le « plus mauvais est aimé de Dieu avec une tendresse de père, de papa » ou, pour reprendre les paroles de Jésus, « comme une poule avec ses poussins ».

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