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JEAN PAUL II – LE MESSAGE DE LA GROTTE DE BETHLÉEM

18 décembre, 2016

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JEAN PAUL II – LE MESSAGE DE LA GROTTE DE BETHLÉEM

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 19 décembre 2001

1. La Neuvaine de Noël, que nous célébrons au cours de ces journées, nous invite à vivre de façon intense et profonde la préparation à la grande fête, désormais proche, de la naissance du Sauveur. La liturgie trace un savant itinéraire pour rencontrer le Seigneur qui vient, en proposant jour après jour des thèmes de réflexion et de prière. Elle nous invite à la conversion et à l’accueil docile du mystère de Noël.
Dans l’Ancien Testament, les prophètes avaient préannoncé la venue du Messie et ils avaient conservé vivante l’attente vigilante du peuple élu. Avec les mêmes sentiments nous sommes invités, nous aussi, à vivre ce temps, pour pouvoir ainsi savourer la joie des fêtes de Noël désormais imminentes.
Notre attente devient la voix des espérances de l’humanité tout entière et elle s’exprime à travers une série d’invocation suggestives, que nous trouvons dans la célébration eucharistique avant l’Evangile et dans la récitation des Vêpres, avant le cantique du Magnificat. Il s’agit des antiennes « O », dans lesquelles l’Eglise s’adresse à celui qui va venir avec des titres profondément poétiques, qui manifestent bien le besoin de paix et de salut des peuples, un besoin qui ne trouve sa satisfaction pleine et définitive que dans le Dieu fait homme.
2. Comme l’antique Israël, la Communauté ecclésiale devient la voix des hommes et des femmes de tous les temps pour chanter l’avènement du Sauveur. Elle prie tour à tour: « O Sagesse qui sort de la bouche du Très-Haut », « ô Guide de la Maison d’Israël », « ô Racine de Jessé », « ô Clefs de David », « ô Astre naissant », « ô Soleil de justice », « ô Roi des nations, Emmanuel, Dieu-avec-nous ».
Dans chacune de ces invocations passionnées, riches de références bibliques, on ressent le désir ardent que les croyants ont de voir s’accomplir leurs attentes de paix. C’est pourquoi ils implorent le don de la naissance du Sauveur promis. Dans le même temps, ils ressentent cependant clairement que cela implique un engagement concret à lui préparer une demeure digne de lui, non seulement dans leur âme, mais également dans le milieu qui les entoure. En un mot, invoquer la venue de Celui qui apporte la paix au monde comporte de s’ouvrir docilement à la vérité libératrice et à la force rénovatrice de l’Evangile.
3. Sur cet itinéraire de préparation à la rencontre avec le Christ, qui vient à Noël à la rencontre de l’humanité, a été insérée la Journée spéciale de jeûne et de prière que nous avons célébrée vendredi dernier, dans le but de demander à Dieu le Don de la réconciliation et de la paix. Il s’est agi d’un moment fort de l’Avent, d’une occasion pour approfondir les causes de la guerre et les raisons de la paix. Face aux tensions et aux violences qui, hélas, ont également lieu au cours de ces journées dans diverses parties de la terre, y compris en Terre Sainte, témoin singulier du mystère de la Naissance de Jésus, il faut que nous, chrétiens, nous fassions retentir encore plus fort le message de paix qui provient de la grotte de Bethléem.
Nous devons nous convertir à la paix; nous devons nous convertir au Christ, notre paix, certains que dans la crèche son amour qui désarme l’emportera sur toute menace obscure et sur tout projet de violence. Il faut continuer à demander avec confiance à l’Enfant-Jésus, né pour nous de la Vierge Marie, que l’énergie prodigieuse de la paix chasse la haine et la vengeance qui se nichent dans l’âme humaine. Nous devons demander à Dieu que le mal soit défait par le bien et l’amour.
4. Comme la liturgie de l’Avent nous le suggère, implorons du Seigneur le don « de nous préparer avec joie au mystère de son Noël », afin que la naissance de Jésus nous trouve « vigilants dans la prière, exultants dans la louange » (Préface de l’Avent II). Ce n’est qu’ainsi que Noël sera la fête de la joie et de la rencontre avec le Sauveur qui nous donne la paix.
N’est-ce pas précisément le voeu que nous voudrions échanger lors des prochaines fêtes de Noël? Dans ce but, notre prière doit devenir plus intense et unanime au cours de cette semaine. « Christus est pax nostra – le Christ est notre paix ». Que sa paix renouvelle chaque milieu de notre vie quotidienne. Qu’elle remplisse les coeurs, pour qu’ils s’ouvrent à l’action de sa grâce transformante; qu’elle imprègne les familles, afin que, devant la crèche ou bien rassemblées autour de l’arbre de Noël, celles-ci affermissent leur communion fidèle; qu’elle règne dans les villes, au sein des nations et de la communauté internationale et se diffuse en chaque lieu du monde.
Comme les pasteurs dans la nuit de Bethléem, hâtons nos pas vers Bethléem. Nous contemplerons dans le silence de la Nuit sainte le « nouveau-né enveloppé de langes, couché dans la crèche », avec Joseph et Marie (Lc 2, 12.16). Que Marie, qui a accueilli le Verbe de Dieu dans son sein virginal et l’a serré entre ses bras maternels, nous aide à vivre avec un engagement plus actif cette dernière partie de l’itinéraire liturgique de l’Avent.
Avec ces sentiments, je présente avec affection mes voeux à vous tous ici présents, ainsi qu’à vos familles et à ceux qui vous sont chers.

Bon Noël à tous!

JEAN PAUL II – PRIÈRE DU MATIN DE CELUI QUI SOUFFRE – PS 56, 2.7-11

17 septembre, 2016

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JEAN PAUL II – PRIÈRE DU MATIN DE CELUI QUI SOUFFRE – PS 56, 2.7-11

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 19 septembre 2001

1. Il s’agit d’une nuit de ténèbres, au cours de laquelle on perçoit la présence proche de fauves affamés. Le priant attend que l’aube paraisse, pour que la lumière puisse vaincre l’obscurité et les peurs. Tel est le cadre du Psaume 56, qui est aujourd’hui proposé à notre réflexion:  un chant nocturne qui prépare le priant à la lumière de l’aurore,  attendue  avec anxiété, afin de pouvoir louer le Seigneur dans la joie (cf. vv. 9-12). En effet, le Psaume passe de la plainte dramatique adressée à Dieu à l’espérance sereine et au remerciement joyeux, ce dernier exprimé à travers des paroles qui retentiront encore par la suite, dans un autre Psaume (cf. Ps 107, 2-6). En pratique, on assiste au passage de la peur à la joie, du cauchemar à la sérénité, de la prière à la louange. C’est une expérience fréquemment décrite dans le Psautier:  « Pour moi tu as changé le deuil en une danse, tu dénouas mon sac et me ceignis d’allégresse; aussi mon coeur te chantera sans plus se taire, Yahvé mon Dieu, je te louerai à jamais » (Ps 29, 12-13). 2. Les moments du Psaume 56, sur lequel nous méditons, sont donc au nombre de deux. Le premier concerne l’expérience de la crainte face à l’assaut du mal qui tente de frapper le juste (cf. vv. 2-7). Au centre de la scène se trouvent deux lions en position d’attaque. Cette image se transforme rapidement en symbole de guerre, décrit par des lances, des flèches, des épées. L’orant se sent assailli par une sorte d’escadron de la mort. Autour de lui se trouve un groupe de chasseurs, qui tend des pièges et creuse des fosses pour capturer sa proie. Mais cette atmosphère de tension se dissipe immédiatement. En effet, à l’ouverture (cf. v. 2) apparaît déjà le symbole protecteur des ailes divines, qui rappellent concrètement l’arche de l’alliance avec les chérubins ailés, c’est-à-dire la présence de Dieu aux côtés des fidèles dans le temple saint de Sion. 3. Le priant demande instamment que Dieu envoie ses messagers du ciel, auxquels il attribue les noms emblématiques d’ »Amour » et « Vérité » (v. 4), des qualités propres à l’amour salvifique de Dieu. C’est pourquoi, même s’il frissonne en raison du rugissement terrible des fauves et de la perfidie des persécuteurs, le fidèle demeure intérieurement serein et confiant, comme Daniel dans la fosse aux lions (cf Dn 6, 17, 25). La présence du Seigneur ne tarde pas à révéler son efficacité, à travers la punition des adversaires par eux-mêmes:  ces derniers tombent dans la fosse qu’ils avaient creusée pour le juste (cf. v. 7). Cette confiance dans la justice divine, toujours vive dans le Psautier, empêche le découragement et la soumission aux forces du mal. Tôt au tard Dieu se range aux côtés du fidèle, qui bouleverse les manoeuvres des impies en les faisant buter dans leur propres projets malfaisants. 4. Nous parvenons ainsi à la seconde partie du Psaume, celle du remerciement (cf. vv. 8-12). Un passage brille par son intensité et sa beauté:  « Mon coeur est prêt, ô Dieu, mon coeur est prêt; je veux chanter, je veux jouer pour toi! éveille-toi ma gloire; éveille-toi, harpe, cithare, que j’éveille l’aurore! » (vv. 8-9). Désormais, les ténèbres se sont dissipées:  l’aube du salut est rendue proche par le chant de l’orant. En appliquant cette image à sa propre personne, le Psalmiste traduit peut-être dans les termes de la religiosité biblique, rigoureusement monothéiste, l’usage des prêtres égyptiens ou phéniciens qui étaient chargés de « réveiller l’aurore », c’est-à-dire de faire réapparaître le soleil, considéré comme une divinité bénéfique. Il fait également allusion à l’usage de pendre et de voiler les instruments de musique en temps de deuil et d’épreuve (cf. Ps 136, 2), et de les « réveiller » au son de la fête, à l’époque de la libération et de la joie. La liturgie fait donc éclore l’espérance:  elle s’adresse à Dieu en l’invitant à s’approcher à nouveau de son peuple et à écouter sa prière. Dans le Psautier l’aube est souvent le moment où Dieu exauce un voeu, après une nuit de prière. 5. Le Psaume se termine ainsi, avec un chant de louange adressé au Seigneur, qui agit à travers ses deux grandes qualités salvifiques, déjà apparues sous des termes différents dans la première   partie  de  la  supplication  (cf. v. 4). A présent entrent en scène, presque personnifiées, la Bonté et la Fidélité divines. Elles inondent les cieux de leur présence et sont comme la lumière qui brille dans l’obscurité des épreuves et des persécutions (cf. v. 11). C’est pour cette raison que le Psaume 56 s’est transformé, dans la tradition chrétienne, en chant du réveil à la lumière et à la joie pascale, qui rayonne chez le fidèle en effaçant la peur de la mort et en ouvrant l’horizon de la gloire céleste. 6. Grégoire de Nysse découvre dans les paroles de ce Psaume une sorte de description typique de ce qui se produit dans chaque expérience humaine ouverte à la reconnaissance de la sagesse de Dieu. « Il me sauva, en effet, – s’exclame-t-il – en m’ayant fait de l’ombre avec la nuée de l’Esprit, et ceux qui m’avaient foulé aux pieds ont été humiliés » (Sur les titres des Psaumes, Rome 1994, p. 183). En se référant ensuite aux expressions qui concluent le Psaume, où il est dit:  « Ô Dieu élève-toi sur les cieux. Sur toute la terre ta gloire », il conclut:  « Dans la mesure où la gloire de Dieu s’étend sur la terre, accrue par la foi de ceux qui sont sauvés, les puissances célestes, exultant pour notre salut, élèvent un hymne à Dieu » (Ibid., p. 184).

ACTE DE CONSÉCRATION À MARIE – JEAN-PAUL II

7 septembre, 2016

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JUBILÉ DES ÉVÊQUES

ACTE DE CONSÉCRATION À MARIE – JEAN-PAUL II

Dimanche 8 octobre 2000

1 «Femme, voici ton fils» (Jn 19, 26)! Tandis qu’arrive à son terme l’Année jubilaire, au cours de laquelle Toi, ô Mère, tu nous as offert à nouveau Jésus, le fruit béni de ton sein très pur, le Verbe fait chair, le Rédempteur du monde, ces paroles: « Femme, voici ton fils ! » se font pour nous particulièrement douces, paroles qui nous renvoient à Toi, te constituant notre Mère. En te confiant l’Apôtre Jean, et avec lui les fils de l’Église, et même tous les hommes, le Christ, loin d’atténuer son rôle exclusif de Sauveur du monde, le confirmait. Tu es la splendeur qui n’ôte rien à la lumière du Christ, car tu existes en Lui et par Lui. En Toi, tout est « fiat »: tu es l’Immaculée, tu es transparence et plénitude de grâce. Voici donc tes enfants rassemblés autour de Toi, à l’aube du nouveau millénaire. Aujourd’hui, par la voix du Successeur de Pierre, à laquelle s’unit celle de nombreux Pasteurs rassemblés ici de toutes les parties du monde, l’Église cherche à se réfugier sous ta protection maternelle et implore avec confiance ton intercession face aux défis de l’avenir.

2 En cette année de grâce, de nombreuses personnes ont vécu, et vivent actuellement, la joie surabondante de la miséricorde que le Père nous a donnée dans le Christ. Dans les Églises particulières répandues à travers le monde, et plus encore ici au centre de la chrétienté, les catégories les plus diverses de personnes ont accueilli ce don. Ici même, l’enthousiasme des jeunes a retenti, ici même, s’est élevé le cri implorant des malades. Ici même, sont venus des prêtres et des religieux, des artistes et des journalistes, des travailleurs et des hommes de science, des enfants et des adultes, et tous ont reconnu dans ton Fils bien-aimé le Verbe de Dieu, fait chair en ton sein. Obtiens pour nous, ô Mère, par ton intercession, que les fruits de cette Année ne soient pas perdus, et que les germes de grâce se développent jusqu’à la pleine mesure de la sainteté, à laquelle nous sommes tous appelés.

3 Aujourd’hui, nous voulons te confier l’avenir qui nous attend, te demandant de nous accompagner sur le chemin. Nous sommes les hommes et les femmes d’une époque extraordinaire, aussi exaltante que riche de contradictions. Aujourd’hui, l’humanité possède des moyens de puissance inouïe: elle peut faire de ce monde un jardin, ou le réduire à un amas de cendres. Elle a acquis des capacités extraordinaires d’intervention sur les sources mêmes de la vie: elle peut en user pour le bien, dans le cadre de la loi morale, ou bien céder à l’orgueil aveugle d’une science qui n’accepte pas de limite, au point de bafouer le respect dû à tout être humain. Aujourd’hui plus que jamais, l’humanité est à une croisée de chemins. Et, une fois encore, le salut est entièrement et seulement, ô Vierge Sainte, dans ton Fils Jésus.

4 C’est pourquoi, ô Mère, comme l’Apôtre Jean, nous voulons te recevoir chez nous (cf. Jn 19, 27), pour que tu nous apprennes à nous conformer à ton Fils. «Femme, voici tes fils!» Nous sommes ici, devant toi, pour confier à tes soins maternels nous-mêmes, l’Église, le monde entier. Implore pour nous ton Fils bien-aimé, afin qu’il nous donne en abondance l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité qui est source de vie. Accueille-le pour nous et avec nous, comme au temps de la première communauté de Jérusalem, rassemblée autour de toi le jour de la Pentecôte (cf. Ac 1, 14). Que l’Esprit ouvre les cœurs à la justice et à l’amour, qu’il conduise les personnes et les nations à la compréhension réciproque et à une ferme volonté de paix. Nous te confions tous les hommes, à commencer par les plus faibles: les enfants non encore venus au jour et ceux qui sont nés dans des conditions de pauvreté et de souffrance, les jeunes à la recherche de sens, les personnes privées de travail et celles qui sont éprouvées par la faim et la maladie. Nous te confions les familles désagrégées, les personnes âgées privées d’assistance et tous ceux qui sont seuls et sans espérance.

5 Ô Mère, Toi qui connais les souffrances et les espérances de l’Église et du monde, assiste tes enfants dans les épreuves quotidiennes que la vie réserve à chacun et fais que, grâce aux efforts de tous, les ténèbres ne l’emportent pas sur la lumière. À toi, aurore du salut, nous confions notre marche dans le nouveau millénaire, afin que, sous ta conduite, tous les hommes découvrent le Christ, lumière du monde et unique Sauveur, qui règne avec le Père et l’Esprit Saint pour les siècles des siècles. Amen.

JEAN-PAUL II – LECTURE: COL 1, 3.12-15.17

18 mai, 2016

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2004/documents/hf_jp-ii_aud_20040505.html

JEAN-PAUL II – LECTURE:  COL 1, 3.12-15.17

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 5 mai 2004   Le Christ fut engendré avant toute créature il est le premier-né de ceux qui ressuscitent d’entre les morts Lecture:  Col 1, 3.12-15.17

1. Nous venons d’entendre l’admirable hymne christologique de la Lettre aux Colossiens. La liturgie des Vêpres le propose pendant les quatre semaines au cours desquelles elle se déroule et l’offre aux fidèles comme un Cantique, en le présentant sous la forme que le texte possédait peut-être dès ses origines. En effet, un grand nombre de chercheurs considèrent que l’hymne pourrait être la citation d’un chant des Eglises de l’Asie mineure, inséré par Paul dans la Lettre adressée à la communauté chrétienne de Colosse, une ville alors florissante et peuplée. L’Apôtre ne se rendit cependant jamais dans cette grande ville de Phrygie, une région de la Turquie actuelle. L’Eglise locale avait été fondée par l’un de ses disciples, originaire de cette terre, Epaphras. Ce dernier apparaît à la fin de la Lettre avec l’évangéliste Luc, « le cher médecin », comme l’appelle saint Paul (4, 14), et avec un autre personnage,  Marc, « cousin de Barnabé » (4, 10), peut-être le compagnon homonyme de Barnabé et de Paul (cf. Ac 12, 25; 13, 5.13), ensuite devenu évangéliste. 2. Puisque nous aurons l’occasion de revenir à plusieurs reprises par la suite sur ce Cantique, nous nous contentons à présent d’en offrir une vue d’ensemble et d’évoquer un commentaire spirituel, élaboré par un célèbre Père de l’Eglise, saint Jean Chrysostome (IV siècle ap. J.C.), célèbre orateur et Evêque de Constantinople. Dans l’hymne apparaît la figure grandiose du Christ, Seigneur du cosmos. Comme la divine Sagesse créatrice, exaltée par l’Ancien Testament (cf. par exemple Pr 8, 22-31), « il est avant toute chose et tout subsiste en lui »; ou encore, « c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre » (Col 1, 16-17). Dans l’univers se réalise donc un dessein transcendant que Dieu accomplit à travers l’oeuvre de son Fils. C’est également ce que proclame le Prologue de l’Evangile de Jean, lorsqu’il affirme que « tout fut par lui, et sans lui rien de ne fut » (Jn 1, 3). La matière, avec son énergie, la vie et la lumière portent aussi l’empreinte du Verbe de Dieu, « son Fils bien-aimé » (Col 1, 13). La révélation du Nouveau Testament jette une lumière nouvelle sur les paroles du sage de l’Ancien Testament, qui déclarait que « la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur auteur » (Sg 13, 5). 3. Le Cantique de la Lettre aux Colossiens présente une autre fonction du Christ:  Il est également le Seigneur de l’histoire du salut, qui se manifeste dans l’Eglise (cf. Col 1, 18) et qui s’accomplit  dans  le  « sang  de  sa croix » (v. 20), source de paix et d’harmonie pour toute l’histoire humaine. Ce n’est donc pas seulement le monde qui nous entoure qui est marqué par la présence agissante du Christ, mais également la réalité plus spécifique de la créature humaine, c’est-à-dire l’histoire. Celle-ci n’est pas en proie à des forces aveugles et irrationnelles mais, malgré le péché et le mal, elle est soutenue et orientée – par l’action du Christ – vers la plénitude. C’est ainsi qu’au moyen de la Croix du Christ, toute la réalité est « réconciliée » avec le Père (cf. v. 20). L’hymne trace ainsi une merveilleuse fresque de l’univers et de l’histoire, en nous invitant à la confiance. Nous ne sommes pas des grains de poussière inutiles, dispersés dans un espace et un temps qui n’a pas de sens, mais nous sommes partie prenante d’un projet sage, jailli de l’amour du Père. 4. Comme nous l’avons annoncé, nous donnons à présent la parole à saint Jean Chrysostome, afin qu’il couronne cette réflexion. Dans son Commentaire à la Lettre aux Colossiens, il s’arrête longuement sur ce Cantique. Au début, il souligne la gratuité du don de Dieu « qui nous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière » (v. 12). « Pourquoi l’appelle-t-il « sort »? », se demande saint Jean Chrysostome, et il répond:  « Pour montrer que personne ne peut obtenir le Royaume par ses propres oeuvres. Ici aussi, comme dans la plupart des cas, le « sort » a le sens de « chance ». Personne n’a un comportement qui lui permet de mériter le Royaume, mais tout est don du  Seigneur. C’est pourquoi il dit:  « Lorsque vous avez accompli toutes choses, dites:  Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire »" (PG 62, 312). Cette gratuité bienveillante et puissante réapparaît plus loin, lorsque nous lisons qu’à travers le Christ ont été créées toutes choses (cf. Col 1, 16). « De Lui dépend la substance de toute les choses – explique l’Evêque. Non seulement il les fit passer du non-être à l’être, mais c’est aussi lui qui les soutient, si bien que si elles étaient soustraites à sa providence, elles périraient et se dissoudraient… Elles dépendent de lui:  en effet, le seul fait de pencher vers lui est suffisant à les soutenir et à les renforcer » (PG 62, 319). Ce que le Christ accomplit pour l’Eglise, dont il est la Tête, est à plus forte raison un signe d’amour gratuit. A ce point (cf. v. 18), explique saint Jean Chrysostome, « après avoir parlé de la dignité du Christ, l’Apôtre parle également de son amour pour les hommes:  « Il est la tête du corps, la tête de l’Eglise », pour montrer son intime communion avec nous. En effet, Celui qui est aussi élevé et au-dessus de tous, s’est uni à ceux qui sont en bas » (PG 62, 320).

JEAN-PAUL II – («Ah! Si tu déchirais les cieux et descendais»)

2 mai, 2016

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JEAN-PAUL II – («Ah! Si tu déchirais les cieux et descendais»)

AUDIENCE GÉNÉRALE 

Mercredi 26 juillet 2000

Chers Frères et Sœurs,

1. «Ah! Si tu déchirais les cieux et descendais». La puissante invocation d’Isaïe (63, 19), qui résume bien l’attente de Dieu présente tout d’abord dans l’histoire de l’Israël biblique, mais également dans le cœur de chaque homme, n’est pas venue du néant. Dieu le Père a franchi le seuil de sa transcendance: à travers son Fils, Jésus-Christ, il s’est mis sur les routes de l’homme et son Esprit de vie et d’amour a pénétré dans le cœur de ses créatures. Il ne nous laisse pas errer loin de ses chemins et il ne laisse pas notre cœur s’endurcir pour toujours (cf. Is 63, 17). Dans le Christ, Dieu devient proche de nous, en particulier lorsque notre «visage est triste»; alors, à la chaleur de sa parole, comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs, notre cœur commence à brûler dans notre poitrine (cf. Lc 24, 17.32). Cependant, le passage de Dieu est mystérieux et demande des yeux purs pour être découvert, et des oreilles disponibles à l’écoute. 2. Dans cette perspective, nous voulons aujourd’hui définir deux attitudes fondamentales qu’il faut mettre en relation avec Dieu-Emmanuel qui a décidé de rencontrer l’homme dans l’espace et dans le temps, ainsi que dans le secret de son cœur. La première attitude est celle de l’attente, bien illustrée dans le passage de l’Evangile de Marc que nous avons écouté (cf. Mc 13, 33-37). Dans l’original grec nous trouvons trois impératifs qui scandent cette attente. Le premier est: «Attention», littéralement: «Regardez, faites attention!». «Attention», comme le dit la parole elle-même, signifie tendre, être tendus vers une réalité de toute son âme. Il s’agit du contraire de la distraction qui, malheureusement, est notre condition presque habituelle, en particulier dans une société frénétique et superficielle comme la société contemporaine. Il est difficile de pouvoir se fixer sur un objectif, sur une valeur, et de les poursuivre avec fidélité et cohérence. Nous risquons de faire la même chose également avec Dieu, qui, en s’incarnant, est venu à nous pour devenir l’étoile polaire de notre existence. 3. A l’impératif de l’attention s’ajoute celui de «veiller», qui dans l’original grec de l’Evangile équivaut à «rester éveillé». Il existe une forte tentation de se laisser glisser dans le sommeil, enveloppés par les spirales de la nuit ténébreuse, qui dans la Bible est symbole de faute, d’inertie, de refus de la lumière. On comprend donc l’exhortation de l’Apôtre Paul: «Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres [...] tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres. Alors ne nous endormons pas, comme les autres, mais restons éveillés et sobres» (1 Th 5, 4-6). Ce n’est qu’en nous libérant de l’attraction obscure des ténèbres et du mal que nous réussirons à rencontrer le Père de la lumière, dans lequel «n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation» (Jc 1, 17). 4. Il existe un troisième impératif répété deux fois par le même verbe grec: «Restez éveillés». C’est le verbe de la sentinelle qui doit être éveillée, alors qu’elle attend patiemment que le temps nocturne s’écoule pour voir surgir à l’horizon la lumière de l’aube. Le prophète Isaïe décrit de façon intense et vivante cette longue attente en introduisant un dialogue entre les deux sentinelles, qui devient un symbole de la juste utilisation du temps: «“Veilleur, où est la nuit? Veilleur, où en est la nuit?” Le veilleur répond: “Le matin vient puis encore la nuit. Si vous voulez interroger, interrogez! Revenez! Venez!”» (Is 21, 11-12). Il faut s’interroger, se convertir et aller à la rencontre du Seigneur. Les trois appels du Christ: «Etre attentifs, veiller, rester éveillés!» résument de façon claire l’attente chrétienne de la rencontre avec le Seigneur. L’attente doit être patiente, nous avertit saint Jacques dans son Epître: «Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur: il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu’aux pluies de la première et de l’arrière-saison. Soyez patients, vous aussi; affermissez vos cœurs, car l’Avènement du Seigneur est proche» (Jc 5, 7-8). Pour qu’un épi grandisse ou qu’une fleur éclose, il y a des délais qu’on ne peut pas accélérer; pour la naissance d’une créature humaine, il faut neuf mois; pour composer un livre ou une musique de valeur, il faut souvent employer des années de recherche patiente. C’est également la loi de l’esprit: «Tout ce qui est frénétique / sera bientôt passé», chantait un poète (R.M. Rilke, Les sonnets à Orphée). Pour rencontrer le mystère il faut  la patience, la purification intérieure, le silence, l’attente. 5. Nous parlions auparavant de deux attitudes spirituelles pour découvrir le Dieu qui vient vers nous. La deuxième — après l’attente patiente et en éveil — est celle de l’étonnement, de l’émerveillement. Il est nécessaire d’ouvrir les yeux pour admirer Dieu qui se cache et dans le même temps se montre dans les choses, et nous introduit dans les lieux du mystère. La culture technologique, et encore davantage l’immersion excessive dans les réalités matérielles, nous empêchent souvent de saisir le visage caché des choses. En réalité, chaque chose, chaque événement, pour celui qui sait les lire en profondeur, contient un message qui, en dernière analyse, conduit à Dieu. Les signes révélateurs de la présence de Dieu sont donc multiples. Mais pour ne pas qu’ils nous échappent, nous devons être purs et simples commes des enfants (cf. Mt 18, 3-4), capables d’admirer, de nous étonner, de nous émerveiller, d’être enchantés par les gestes divins d’amour et de proximité à notre égard. Dans un certain sens, on peut appliquer à la vie quotidienne ce que le Concile Vatican II affirme à propos de la réalisation du grand dessein de Dieu à travers la révélation de sa Parole: «Dieu invisible, dans son amour surabondant, s’adresse aux hommes comme à des amis et est en relation  avec eux, pour les inviter à la vie en communion avec lui et les recevoir en cette communion» (Dei Verbum, n. 2).

HOMÉLIE DE JEAN PAUL II – SOLENNITÉ DE L’ANNONCIATION (2000)

4 avril, 2016

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20000325_nazareth.html  

HOMÉLIE DE JEAN PAUL II  – SOLENNITÉ DE L’ANNONCIATION

CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE DANS LA BASILIQUE DE L’ANNONCIATION À NAZARETH EN LA SOLENNITÉ DE L’ANNONCIATION

Samedi, 25 mars 2000

« Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole » (Angelus).

Monsieur le Patriarche, Vénérés frères dans l’épiscopat, Révérend Père Custode, Très chers frères et soeurs,

1. 25 mars 2000, solennité de l’Annonciation en l’année du grand Jubilé:  aujourd’hui les yeux de toute l’Eglise sont tournés vers Nazareth. J’ai désiré revenir dans la ville de Jésus, pour ressentir encore une fois, en contact avec ce lieu, la présence de la femme au sujet de laquelle saint Augustin a écrit:  « Il choisit la mère qu’il avait créée; il créa la mère qu’il avait choisie » (cf. Sermo 69, 3, 4). Il est particulièrement facile de comprendre ici pourquoi toutes les générations appellent Marie bienheureuse (cf. Lc 1, 48). Je salue cordialement Sa Béatitude le Patriarche Michel Sabbah, et je le remercie de ses aimables paroles d’introduction.  Avec  l’Archevêque  Boutros Mouallem et vous tous, évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, je me réjouis de la grâce de cette solennelle célébration. Je suis heureux d’avoir l’opportunité de saluer le Ministre général franciscain, le Père Giacomo Bini, qui m’a accueilli à mon arrivée, et d’exprimer au Custode, le Père Giovanni Battistelli, ainsi qu’aux Frères de la Custodie, l’admiration de toute l’Eglise pour la dévotion avec laquelle vous accomplissez votre vocation unique. Avec gratitude, je rends hommage à la fidélité à la tâche qui vous a été confiée par saint François et qui a été confirmée par les Pontifes au cours des siècles. 2. Nous sommes réunis pour célébrer le grand mystère qui s’est accompli ici il y a deux mille ans. L’évangéliste Luc situe clairement l’événement dans  le  temps  et  dans l’espace:  « Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David; et le nom de la vierge était Marie » (Lc 1, 26-27). Cependant, pour comprendre ce qui se passa à Nazareth il y a deux mille ans, nous devons revenir à la lecture tirée de la Lettre aux Hébreux. Ce texte nous permet d’écouter une conversation entre le Père et le Fils sur le dessein de Dieu de toute éternité. « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit:  Voici, je viens [...] pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 5-7). La Lettre aux Hébreux nous dit que, obéissant à la volonté du Père, le Verbe éternel vient parmi nous pour offrir le sacrifice qui dépasse tous les sacrifices offerts lors de la précédente Alliance. Son sacrifice est le sacrifice éternel et parfait qui rachète le monde. Le dessein divin est révélé graduellement dans l’Ancien Testament, en particulier dans les paroles du prophète Isaïe, que nous venons d’entendre:  « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe:  Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (7, 14). Emmanuel:  Dieu avec nous. A travers ces paroles, l’événement unique qui devait s’acccomplir à Nazareth dans la plénitude des temps est préannoncé, et c’est cet événement que nous célébrons aujourd’hui avec joie et un bonheur intense. 3. Notre pèlerinage jubilaire a été un voyage dans l’esprit, commencé sur les traces d’Abraham « notre Père dans la foi » (Canon Romain; cf. Rm 11, 12). Ce voyage nous a conduits aujourd’hui à Nazareth, où nous rencontrons Marie la  plus  authentique   des   filles d’Abraham. C’est Marie, plus que quiconque, qui peut nous enseigner ce que signifie vivre la foi de « Notre Père ». Marie est de nombreuses façons, vraiment différente d’Abraham; mais, d’une manière plus profonde, « l’ami de Dieu » (cf. Is 41, 8) et la jeune femme de Nazareth sont très semblables. Tous deux, Abraham et Marie, reçoivent une promesse merveilleuse de Dieu. Abraham devait devenir le père d’un fils, duquel devait naître une grande nation. Marie devait devenir la Mère d’un Fils qui aurait été le Messie, l’Oint du Seigneur. Gabriel dit:  « Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils [...] Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son Père [...] et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 31-33). Tant pour Abraham que pour Marie la promesse arrive de façon totalement inattendue.  Dieu  change  le  cours quotidien de leur vie, bouleversant les rythmes établis et les attentes normales. La promesse apparaît impossible tant à Abraham qu’à Marie. La femme d’Abraham, Sara, était stérile et Marie n’est pas encore mariée:  « Comment sera-t-il, – demande-t-elle à l’ange – puisque je ne connais pas d’homme? » (Lc 1, 34). 4. Comme à Abraham, il est également demandé à Marie de répondre « oui » à quelque chose qui n’est jamais arrivé auparavant. Sara est la première des femmes stériles de la Bible à concevoir grâce à la puissance de Dieu, précisément comme Elisabeth sera la dernière. Gabriel parle d’Elisabeth pour rassurer Marie:  « Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse » (Lc 1, 36). Comme Abraham, Marie aussi doit avancer dans l’obscurité, en ayant confiance en Celui qui l’a appelée. Toutefois, sa question « comment sera-t-il? » suggère que Marie est prête à répondre « oui » malgré les peurs et les incertitudes. Marie ne demande pas si la promesse est réalisable, mais seulement comment elle se réalisera. Il n’est donc pas suprenant qu’à la fin elle prononce son fiat:  « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). A travers ces paroles, Marie se révèle une vraie fille d’Abraham et devient la Mère du Christ et la Mère de tous les croyants. 5. Pour pénétrer encore plus profondément ce mystère, revenons au moment du voyage d’Abraham lorsqu’il reçut la promesse. Ce fut lorsqu’il accueillit dans sa maison trois hôtes mystérieux (cf. Gn 18, 1-5) en leur offrant l’adoration due à Dieu:  tres vidit et unum adoravit. Cette rencontre mystérieuse préfigure l’Annonciation, lorsque Marie est puissamment entraînée dans la communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint. A travers le fiat prononcé par Marie à Nazareth, l’Incarnation est devenue le merveilleux accomplissement de la rencontre d’Abraham avec Dieu. En suivant les traces d’Abraham, nous  sommes  donc  parvenus  à  Nazareth, pour chanter les louanges de la femme « qui apporte la lumière dans le monde » (Hymne Ave Regina Caelorum). 6. Nous sommes cependant venus ici également pour la supplier. Que demandons-nous, nous pèlerins en voyage dans le troisième millénaire chrétien, à la Mère de Dieu? Ici, dans la ville que le  Pape  Paul VI,  lorsqu’il  visita   Nazareth, définit « L’école de l’Evangile. Ici on apprend à observer, à écouter, à méditer, à pénétrer le sens, si profond et mystérieux, de cette très simple, très humble, très belle apparition » (Allocution à Nazareth, 5 janvier 1964), je prie tout d’abord pour un grand renouveau de la foi de tous les fils de l’Eglise. Un profond renouveau de foi:  non seulement une attitude générale de vie, mais une profession consciente et courageuse du Credo:  « Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, et homo factus est » A Nazareth, où Jésus « croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52), je demande à la Sainte Famille d’inspirer tous les chrétiens à défendre la famille, à défendre la famille contre les nombreuses menaces qui pèsent actuellement sur sa nature, sa stabilité et sa mission. Je confie à la Sainte Famille les efforts des chrétiens et de toutes les personnes de bonne volonté pour défendre la vie et promouvoir le respect pour la dignité de chaque être humain. A Marie, la Theotókos, la grande Mère de Dieu, je consacre les familles de Terre Sainte, les familles du monde. A Nazareth, où Jésus a commencé son ministère public, je demande à Marie d’aider l’Eglise à prêcher partout la « Bonne nouvelle » aux pauvres, précisément comme Il l’a fait (cf. Lc 4, 18). En cette « année de grâce du Seigneur », je Lui demande de nous enseigner la voie de l’humble et joyeuse obéissance à l’Evangile dans le service à nos frères et à nos soeurs, sans préférences et sans préjudices.

« O Mère du Verbe Incarné, ne rejette pas ma prière, mais écoute-moi de façon

MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

23 mars, 2016

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MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Basilique Saint-Jean-de-Latran 12 avril 1979

1. L’Heure de Jésus est venue. L’heure où il passe de ce monde à son Père. Commence le Triduum Sacré. Le mystère pascal revêt comme chaque année son aspect liturgique et débute par cette messe, la seule qui dans l’année, porte le nom de « Coena Domini ». Après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, « il les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). La dernière Cène est précisément le témoignage de cet amour avec lequel le Christ, l’Agneau de Dieu, nous a aimés jusqu’à la fin. Ce soir-là, les fils d’Israël consommaient l’agneau, selon l’antique usage imposé par Moïse la veille de sa libération de l’esclavage d’Egypte. Jésus fit la même chose avec ses disciples, fidèle à la tradition qui était seulement « l’ombre des biens à venir » (He 10, 1), une préfiguration de la Nouvelle Alliance, de la Loi nouvelle. 2. Que signifie : « Il les aima jusqu’à la fin » ? Cela signifie : jusqu’à cet accomplissement qui adviendra le lendemain, le Vendredi saint. Ce jour-là, allait manifester combien Dieu a aimé le monde et comment il a poussé cet amour jusqu’à l’extrême limite du don, c’est-à-dire jusqu’à donner son Fils unique » (Jn 3, 16). Ce jour-là, Jésus a démontré qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). L’amour, du Père s’est révélé dans la donation de son Fils. La donation dans la mort ! Le Jeudi saint, le jour de la dernière Cène, est en quelque sorte, le prologue de cette donation : il en est l’ultime préparation. Et d’une certaine manière ce qui s’accomplit ce jour-là, va déjà au-delà de ce don. C’est vraiment le Jeudi saint, durant la dernière Cène, que se manifeste ce que veut dire : aimer jusqu’à la fin. Nous pensons, avec raison, qu’ »aimer jusqu’à la fin » veut dire jusqu’à la mort, jusqu’au dernier souffle. Mais la dernière Cène nous montre que, pour Jésus, « jusqu’à la fin », signifie « au-delà du dernier souffle. Au delà de la mort »? 3. Telle est en effet la signification de l’Eucharistie. La mort n’est pas sa fin, mais son commencement. L’Eucharistie part de la mort comme nous le dit saint Paul : « Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (l Co 11, 26) L’Eucharistie est fruit de cette mort. Elle la rappelle constamment. Elle la renouvelle sans cesse. Elle la signifie toujours. Elle la proclame. La mort qui est devenue le commencement de la nouvelle Venue : de la Résurrection à la Parousie, « Jusqu’à ce qu’il vienne ». La mort, qui est le « substrat » d’une vie nouvelle. Aimer jusqu’à la fin signifie donc pour le Christ : aimer moyennant la mort et au-delà de la barrière de la mort : aimer jusqu’aux extrêmes de l’Eucharistie ! 4. C’est exactement ainsi que Jésus a aimé, ce soir-là, ce dernier soir. Il a aimé « les siens » — ceux qui étaient alors avec lui, et tous ceux qui devaient hériter leur ministère. — Les paroles qu’il a prononcées sur le pain ; — Les paroles qu’il a prononcées sur la coupe pleine de vin ; — Les paroles que nous répétons aujourd’hui avec particulière émotion et que nous répétons toujours quand nous célébrons l’Eucharistie, constituent vraiment la révélation de cet amour par lequel il s’est une fois pour toutes, pour tous les temps et jusqu’à la fin des siècles, distribué lui-même. Avant même de se donner sur la Croix, comme « Agneau qui ôte les péchés du monde », il s’est distribué lui-même comme aliment et comme breuvage : pain et vin, afin « que nous ayons la vie, et l’ayons en abondance » (Jn 10, 10). C’est ainsi qu »‘il nous a aimés jusqu’à la fin ». C’est pourquoi il n’a pas hésité à s’agenouiller devant ses apôtres pour leur laver les pieds. Quand Pierre voulut s’y opposer, Il le convainquit de laisser faire. C’était là, en effet, une exigence particulière de la grandeur du moment. Ce lavement des pieds, cette purification, étaient nécessaires pour la Communion à laquelle ils allaient participer dès ce moment. Désormais, en se distribuant lui-même dans la communion eucharistique n’allait-il pas continuellement s’abaisser au niveau de cœurs humains si nombreux ? N’allait-il pas les servir toujours de cette manière « Eucharistie » veut dire « remerciement ». « Eucharistie » signifie également servir, se tendre vers l’homme, servir les cœurs humains. « Je vous ai donné l’exemple, pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous » (Jn 13, 15). Nous ne saurions être dispensateurs de l’Eucharistie, sinon en servant. 6. Voici, c’est la dernière Cène. Le Christ se prépare à partir en passant par la mort, et en passant par la mort, il s’apprête à demeurer. Ainsi sa mort est devenue le fruit mûr de l’amour : il nous a aimés « jusqu’à la fin ».

Le contexte de la dernière Cène ne suffirait-il pas à lui seul pour donner à Jésus le droit de nous dire à tous : « Ceci est mon commandement: que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12)?

JEAN PAUL II – PRENDS PITIÉ DE MOI, Ô SEIGNEUR » – PS 50, 3.6.9-10

11 janvier, 2016

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JEAN PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 8 mai 2002

« PRENDS PITIÉ DE MOI, Ô SEIGNEUR » – LECTURE: PS 50, 3.6.9-10

http://www.aelf.org/bible-liturgie/ps/psaumes/chapitre/50

1. Chaque semaine de la Liturgie des Laudes est rythmée, le vendredi, par le Psaume 50, le Miserere, le Psaume pénitentiel le plus aimé, chanté et médité, un hymne que le pécheur repenti élève à Dieu miséricordieux. Nous avons déjà eu l’occasion, dans une précédente catéchèse, de présenter le cadre général de cette grande prière. On entre tout d’abord dans la région ténébreuse du péché pour y apporter la lumière du repentir humain et du pardon divin (cf. vv. 3-11). On passe ensuite à l’exaltation du don de la grâce divine, qui transforme et renouvelle l’esprit et le coeur du pécheur repenti: c’est une région lumineuse, remplie d’espérance et de confiance (cf. vv. 12-21).
Au cours de cette réflexion nous nous arrêterons, pour réfléchir sur la première partie du Psaume 50 en approfondissant certains de ses aspects. En ouverture, nous voudrions cependant présenter la merveilleuse proclamation divine du Sinaï, qui est presque le portrait de Dieu chanté dans le Miserere: « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité; qui garde sa grâce à des milliers, tolère faute, transgression et péché » ( Ex 34, 6-7).
2. L’invocation initiale s’élève vers Dieu pour obtenir le don de la purification qui rend – comme le disait le prophète Isaïe – « blancs comme neige » et « comme laine » les péchés, qui sont en eux-mêmes semblables à l’ »écarlate » et « rouges comme la pourpre » (cf. Is 1, 18). Le Psalmiste confesse son péché de façon nette et sans hésitation: « Car mon péché, moi, je le connais… contre toi, toi seul, j’ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 50, 5-6).
La conscience personnelle du pécheur entre donc en scène, s’ouvrant à une claire perception de son mal. C’est une expérience qui fait appel à la liberté et la responsabilité, et qui conduit à admettre que l’on a brisé un lien pour effectuer un choix de vie différent de celui de la Parole divine. Il s’ensuit une décision radicale de changement. Tout cela est contenu dans le verbe « reconnaître », un verbe qui en hébreu ne signifie pas seulement une adhésion intellectuelle, mais un choix de vie.
C’est ce que, malheureusement, de nombreuses personnes ne font pas, comme nous admoneste Origène: « Certaines personnes, après avoir péché, sont absolument tranquilles et ne se préoccupent pas du tout de leur péché; elles ne sont pas non plus effleurées par la conscience du mal commis, mais elles vivent comme si de rien n’était. Ces personnes ne pourraient certainement pas dire: ma faute est toujours devant moi. En revanche, lorsqu’une personne, après avoir péché, se ronge et s’afflige pour son péché, est tourmentée par les remords, est sans cesse déchirée et subit les assauts intérieurs de sa conscience qui la condamne, elle s’exclame à juste titre: il n’y a pas de paix pour mes os face à l’aspect de mes péchés… Lorsque nous plaçons donc devant les yeux de notre coeur les péchés commis, que nous les regardons un par un, nous les reconnaissons, nous rougissons et nous nous repentons de ce que nous avons fait, bouleversés et affligés à juste titre, nous disons qu’il n’y a pas de paix dans nos os face à l’aspect de nos péchés… » (Homélie sur les Psaumes, Florence 1991, pp. 277-279). La reconnaissance et la conscience du péché sont donc le fruit d’une sensibilité acquise grâce à la lumière de la Parole de Dieu.
3. Dans la confession du Miserere, un élément, en particulier, est souligné: le péché n’est pas seulement appréhendé dans sa dimension personnelle et « psychologique », mais il est surtout évoqué dans sa valeur théologique. « Contre toi, toi seul, j’ai péché » (Ps 50, 6), s’exclame le pécheur, auquel la tradition a donné le visage de David, conscient de son adultère avec Bethsabée, et de la dénonciation de ce crime par le prophète Nâtan, ainsi que de celui du meurtre d’Urie, mari de celle-ci (cf. v. 2; 2 S 11-12).
Le péché n’est donc pas une simple question psychologique ou sociale, mais c’est un événement qui entame la relation avec Dieu, en violant sa loi, en refusant son projet dans l’histoire, en détruisant l’échelle des valeurs, « en faisant des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres », c’est-à-dire « en appelant le mal bien et le bien mal » (cf. Is 5, 20). Avant d’être une quelconque injure faite à l’homme, le péché est tout d’abord une trahison à l’égard de Dieu. Les mots adressés par le fils prodigue de biens à son père prodigue d’amour: « Père, j’ai péché contre le Ciel – c’est-à-dire contre Dieu – et envers toi » (Lc 15, 21) sont emblématiques.

4. A ce stade, le Psalmiste introduit un autre aspect, plus directement lié à la réalité humaine. C’est une phrase qui a suscité de nombreuses interprétations et qui a également été liée à la doctrine du péché originel: « Vois, mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu » (Ps 50, 7). L’orant veut indiquer la présence du mal dans tout notre être, comme cela apparaît de façon évidente dans la mention de la conception et de la naissance, une façon d’exprimer l’existence tout entière en partant de sa source. Toutefois, le Psalmiste ne relie pas formellement cette situation au péché d’Adam et d’Eve, c’est-à-dire qu’il ne parle pas explicitement du péché originel.
Il reste cependant clair que, selon le texte du Psaume, le mal se cache dans la profondeur même de l’homme, qu’il est inhérent à sa réalité historique; c’est pourquoi la question de l’intervention de la grâce divine est décisive. La puissance de l’amour de Dieu dépasse celle du péché, le fleuve impétueux du mal a moins de force que l’eau féconde du pardon: « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20).
5. A travers cette voie, la théologie du péché originel et toute la vision biblique de l’homme pécheur sont indirectement évoquées par des mots qui laissent à la fois entrevoir la lumière de la grâce et du salut.
Comme nous aurons l’occasion de le découvrir à l’avenir, en revenant sur ce Psaume et sur les versets suivants, la confession de la faute et la conscience de sa propre misère ne débouchent pas sur la terreur ou la crainte du jugement, mais sur l’espérance de la purification, de la libération, de la nouvelle création.
En effet, Dieu nous sauve, non pas en vertu « des oeuvres de justice que nous avons pu accomplir, mais, poussé pas sa seule miséricorde, il nous sauve par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. Et cet Esprit, il l’a répandu sur nous à profusion, par Jésus-Christ notre Sauveur » (Tt 3, 5-6).

MESSE DE MINUIT – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II (1978)

19 décembre, 2015

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MESSE DE MINUIT

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Dimanche 24 décembre 1978

Chers frères et sœurs,

Nous nous trouvons dans la Basilique Saint-Pierre à cette heure inhabituelle. Nous avons pour toile de fond l’architecture dans laquelle des générations entières au cours des siècles, ont exprimé leur foi dans le Dieu incarné, suivant le message porté ici, à Rome, par les Apôtres Pierre et Paul. Tout ce qui nous entoure nous fait entendre la voix des deux millénaires qui nous séparent de la naissance du Christ.
Le second millénaire avance rapidement vers son terme. Permettez que, tels que nous sommes, dans ces circonstances de temps et de lieu, j’aille avec vous vers cette grotte des environs de Bethléem, au sud de Jérusalem. Faisons en sorte d’être tous ensemble plutôt là-bas qu’ici: là où « dans le silence de la nuit », se sont fait entendre les vagissements du nouveau-né, expression perpétuelle des fils de la terre. Et, en même temps, s’est fait entendre le ciel « monde » de Dieu qui habite dans le tabernacle inaccessible de la Gloire. Entre la majesté du Dieu éternel et la terre-mère, qui s’annonce, avec le cri de l’Enfant nouveau-né, s’entrevoit la perspective d’une nouvelle Paix, de la Réconciliation, de l’Alliance: « Voici que le Sauveur du monde est né pour nous ». « Les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu ».
2. Et pourtant, en ce moment à cette heure insolite, les extrémités de la terre demeurent à distance. Elles sont en proie à un temps d’attente, loin de la paix. La fatigue remplit plutôt les cœurs des hommes qui se sont endormis, comme s’étaient endormis, non loin de là, les bergers dans les vallées de Bethléem. Ce qui se passe dans la crèche, dans la grotte rocheuse, a une dimension de profonde intimité: c’est quelque chose qui se produit « entre » la Mère et celui qui va naître. Personne d’étranger n’y a accès. Même Joseph le charpentier de Nazareth, n’est qu’un témoin silencieux. Elle seule est pleinement consciente de sa Maternité. Elle seule comprend ce que signifie au juste le cri de l’enfant. La naissance du Christ est avant tout son mystère, son grand Jour. C’est la fête de la Mère.
C’est une étrange fête: sans aucun signe de la liturgie de la Synagogue, sans lecture des prophètes et sans chant de psaumes. « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as préparé un corps » (Hb 10, 5) semble dire, par ses vagissements, celui qui, tout en étant le Fils Eternel, Verbe consubstantiel au Père, « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière », s’est fait « chair » (cf. Jn 1, 14). Il se révèle dans ce corps comme l’un d’entre nous, petit enfant, dans toute sa fragilité et sa vulnérabilité. Soumis à la sollicitude des hommes, confié à leur amour, sans défense. Il vagit, et le monde ne l’entend pas, il ne peut pas l’entendre. Le cri de l’enfant nouveau-né ne peut se percevoir qu’à la distance de quelques pas.
3. Je vous en prie donc, frères et sœurs qui remplissez cette basilique: efforçons-nous d’êtres présents là-bas plutôt qu’ici. Voici quelques jours, j’exprimais mon grand désir de me trouver dans la grotte de la Nativité, pour célébrer précisément à cet endroit le début de mon Pontificat. Etant donné que les circonstances ne me le permettent pas, et que je suis ici avec vous tous, je cherche avec vous tous à être très présent en esprit là-bas, pour vivre cette Liturgie avec la profondeur, l’ardeur et l’authenticité d’un sentiment intérieur intense. La liturgie de la nuit de Noël est riche d’un réalisme particulier: réalisme de ce moment que nous renouvelons, et aussi réalisme des cœurs qui revivent ce moment. Tous en effet, nous tînmes profondément émus et bouleversés, bien que ce que nous célébrons soit advenu voici bientôt deux mille ans. Pour avoir un tableau complet de la réalité de cet événement, pour entrer davantage encore dans le réalisme de ce moment et des cœurs humains, rappelons-nous ce qui s’est passé et comment cela s’est passé: dans l’abandon, dans l’extrême pauvreté, dans cette grotte qui servait d’étable, en dehors de la ville parce que les habitants de cette ville n’avaient pas voulu accueillir la Mère et Joseph dans aucune de leurs maisons. Il n’y avait de place nulle part. Dès le point de départ, le monde s’est révélé inhospitalier envers Dieu qui devait naître comme Homme.
4. Réfléchissons maintenant brièvement sur la signification constante de ce refus par 1′homme de l’hospitalité à Dieu. Nous tous, ici présents, nous voulons que tout ce qui est en nous, hommes d’aujourd’hui, soit ouvert à Dieu qui naît comme homme. C’est bien avec ce désir que nous sommes venus ici !
Il nous faut donc penser, cette nuit, à tous les hommes qui tombent victimes de situations infra-humaines créées par les hommes, de la cruauté, du manque de respect, du mépris des droits objectifs de toute personne humaine. Pensons à ceux qui sont seuls, âgés, malades, à ceux qui n’ont pas de logement, qui souffrent de la faim, et dont la misère est une conséquence de l’exploitation et de l’injustice des systèmes économiques. Pensons enfin à ceux qui, en cette nuit, n’ont pas la liberté de participer à la liturgie de la Nativité du Seigneur, et qui n’ont pas de prêtre pour célébrer l’Eucharistie. Et que notre pensée arrive jusqu’à ceux dont les âmes, les consciences sont tourmentées autant que leur propre foi.
L’étable de Bethléem est le premier Heu de la solidarité avec l’homme: d’un homme avec l’autre et de tous les hommes avec tous les autres hommes, surtout avec ceux pour qui « il n’y a pas de place à l’hôtellerie » (cf. Lc 2, 7) et auxquels on n’accorde plus la reconnaissance de leurs propres droits.
5. L’Enfant nouveau-né pousse de petits cris. Qui comprend les cris du tout petit enfant ? A travers lui, c’est pourtant le Ciel qui parle, et c’est le Ciel qui révèle l’enseignement particulier de cette naissance. C’est le Ciel qui en donne l’explication par ces paroles: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Lc 2, 14).
Nous devons, nous autres qui sommes atteints par le fait de la naissance de Jésus, comprendre ce cri du Ciel.
Il faut que ce cri atteigne les confins de la terre, que tous les hommes l’entendent de manière nouvelle !

Un Fils nous a été donné.

Le Christ est né pour nous. Amen !

HOMMAGE DU PAPE À LA VIERGE SUR LA PLACE D’ESPAGNE – PRIÈRE DU PAPE JEAN-PAUL II

7 décembre, 2015

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HOMMAGE DU PAPE À LA VIERGE SUR LA PLACE D’ESPAGNE

PRIÈRE DU PAPE JEAN-PAUL II

Solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie

Lundi 8 décembre 2003

1. Reine de la paix, prie pour nous!

En la fête de ton Immaculée Conception je reviens te vénérer, ô Marie, aux pieds de cette statue qui, de la Place d’Espagne, permet à ton regard maternel d’étendre la vue sur cette antique ville de Rome, qui m’est si chère.

Je suis venu ici, ce soir, pour te rendre l’hommage de ma dévotion sincère. C’est un geste à travers lequel s’unissent à moi, sur cette Place, d’innombrables Romains, dont l’affection m’a toujours accompagné au cours de toutes les années de mon service au Siège de Pierre. Je suis ici avec eux pour commencer le chemin vers le cent-cinquantième anniversaire du Dogme que nous célébrons aujourd’hui avec une joie filiale.

2. Reine de la paix, prie pour nous!

C’est vers Toi que se tourne notre regard avec la plus grande anxiété, à Toi que nous avons recours avec une confiance plus insistante en ces temps marqués par de nombreuses incertitudes et craintes pour le destin présent et à venir de notre planète.

Vers Toi, source de l’humanité rachetée par le Christ, finalement libérée de l’esclavage du mal et du péché, nous élevons ensemble une supplication pressante et confiante:  Écoute le cri de douleur des victimes des guerres et de tant de formes de violence, qui ensanglantent la terre. Dissipe les ténèbres de la tristesse et de la solitude, de la haine et de la vengeance. Ouvre l’esprit et le coeur de tous à la confiance et au pardon!

3. Reine de la paix, prie pour nous!

Mère de Miséricorde et d’espérance, obtiens pour les hommes et les femmes du troisième millénaire le don précieux de la paix:  la paix dans les coeurs et dans les familles, dans les communautés et entre les peuples; la paix en particulier pour ces nations où l’on continue chaque jour à se battre et à mourir.

Fais que chaque être humain, de toute race et de toute culture, rencontre et accueille Jésus, venu sur la Terre dans le mystère de Noël pour nous donner « sa » paix. Mère, Reine de la paix, donne-nous le Christ, véritable paix du monde!

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