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BENOÎT XVI – Notre aide est dans le nom du Seigneur Lecture: Ps 123, 1-6.8

17 juin, 2019

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ciottoli e frvitrail de l'arbre de jessew

vitrail, l’arbre de Jesse

BENOÎT XVI – Notre aide est dans le nom du Seigneur Lecture: Ps 123, 1-6.8

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 22 juin 2005

1. Voilà devant nous le Psaume 123, un chant d’action de grâce entonné par la communauté en prière qui élève à Dieu sa louange pour le don de la libération. Le Psalmiste proclame en ouverture cette invitation: « A Israël de le dire! » (v. 1), encourageant ainsi tout le peuple à élever une action de grâce vivante et sincère au Dieu sauveur. Si le Seigneur ne s’était pas rangé du côté des victimes, celles-ci, avec leurs forces limitées, auraient été impuissantes à se libérer et leurs adversaires, semblables à des monstres, les auraient déchirées et anéanties.
Même si l’on a pensé à quelque événement historique particulier, comme la fin de l’exil de Babylone, il est plus probable que le Psaume soit un hymne visant à rendre grâce au Seigneur pour les dangers auxquels on a échappé et à implorer de Lui la libération de tout mal. En ce sens, celui-ci demeure un Psaume toujours actuel.2. Après l’évocation initiale de certains « hommes » qui sautaient sur les fidèles et étaient capables de les « avaler tout vifs » (cf. vv. 2-3), le cantique se divise en deux moments. Dans la première partie dominent les flots en furie, symbole dans la Bible du chaos dévastateur, du mal et de la mort: « Alors les eaux nous submergeaient, le torrent passait sur nous, alors il passait sur notre âme en eaux écumantes » (vv. 4-5). L’orant éprouve à présent la sensation de se trouver sur une plage, miraculeusement sauvé de la furie impétueuse de la mer.
La vie de l’homme est entourée des pièges des méchants qui non seulement attentent à son existence, mais veulent aussi détruire toutes les valeurs humaines. Voyons comment ces dangers existent aussi à présent. Mais – nous pouvons en être sûrs aujourd’hui aussi – le Seigneur se dresse pour protéger le juste et le sauve, comme on le chante dans le Psaume 17: « Il envoie d’en-haut et me prend, il me retire des grandes eaux, il me délivre d’un puissant ennemi, d’adversaires plus forts que moi [...] Yahvé fut pour moi un appui: il m’a dégagé, mis au large, il m’a sauvé car il m’aime » (vv. 17-20). Le Seigneur nous aime vraiment: telle est notre certitude et tel est le motif de notre grande confiance.
3. Dans la seconde partie de notre cantique d’action de grâce, on passe d’une image maritime à une scène de chasse, typique de plusieurs Psaumes de supplique (cf. Ps 123, 6-8). Voici, en effet, l’évocation d’un fauve qui tient sa proie entre ses dents, ou d’un filet de chasseur qui capture un oiseau. Mais la bénédiction exprimée par le Psaume nous fait comprendre que le destin des fidèles, qui était un destin de mort, a été radicalement changé par une intervention salvifique: « Béni Yahvé qui n’a point fait de nous la proie de leurs dents! Notre âme comme un oiseau s’est échappée du filet de l’oiseleur. Le filet s’est rompu et nous avons échappé » (vv. 6-7).
La prière devient ici un souffle de soulagement qui s’élève du plus profond de l’âme: même lorsque toutes les espérances humaines tombent, la puissance libératrice de Dieu peut apparaître. Le Psaume peut donc se conclure par une profession de foi, entrée depuis des siècles dans la liturgie chrétienne comme prémices idéales de chacune de nos prières: « Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram – Notre secours est dans le nom de Yahvé qui a fait le ciel et la terre » (v. 8). En particulier, le Tout-Puissant se range du côté des victimes et des persécutés « qui crient vers lui jour et nuit » et « il leur fera prompte justice » (cf. Lc 18, 7-8).
4. Saint Augustin effectue un commentaire détaillé de ce Psaume. Dans un premier temps, il observe que ce Psaume est chanté de façon adéquate par les « membres du Christ [...] dans leur allégresse ». Puis, en particulier, « les martyrs ont chanté ce cantique, ils sont délivrés et tressaillent avec le Christ qui leur redonnera incorruptibles ces mêmes corps qu’ils ont eu dans la corruption, et dans lesquels ils ont tant souffert: ils seront pour eux des ornements de justice ». Et saint Augustin parle des martyrs de tous les siècles, également de notre siècle.
Mais, dans un deuxième temps, l’Evêque d’Hippone nous dit que nous aussi, et pas seulement les bienheureux au ciel, nous pouvons chanter ce Psaume dans l’espérance. Il déclare: « Soit donc que les martyrs chantent ce cantique dans la réalité de leur bonheur, soit que nous le chantions par l’espérance, et que nous unissions nos transports à leurs couronnes, en soupirant après cette vie que nous n’avons pas et que nous ne pourrons avoir, si nous ne l’avons pas désirée ici-bas, chantons avec eux ».
Saint Augustin revient alors à la première perspective et explique: « Voilà qu’ils [les saints] ont jeté les yeux sur les quelques tribulations qu’ils ont endurées, et du lieu de bonheur et de sûreté où ils sont établis, ils regardent par où ils sont passés, et où ils sont arrivés; et comme il était difficile d’échapper à tant de maux sans la main du libérateur, ils redisent avec joie: « Si le Seigneur n’eût été avec nous ». Tel est le commencement de leur cantique; ils n’ont point dit encore d’où ils sont délivrés, tant est grande leur joie » (Discours sur le Psaume 123, 3: Nuova Biblioteca Agostiniana, XXVIII, Roma 1977, p. 65).

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – Le ‘Grand Hallel’ Psaume 136 (135)

6 juin, 2019

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BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – Le ‘Grand Hallel’ Psaume 136 (135)

Place Saint-Pierre

Mercredi 19 octobre 2011

Chers frères et sœurs,

je voudrais méditer aujourd’hui avec vous sur un Psaume qui résume toute l’histoire du salut dont l’Ancien Testament nous apporte le témoignage. Il s’agit d’un grand hymne de louange qui célèbre le Seigneur dans les manifestations multiples et répétées de sa bonté tout au long de l’histoire des hommes : c’est le Psaume 136 — ou 135 selon la tradition gréco-latine.
Prière solennelle d’action de grâce, connu comme le « Grand Hallel », ce Psaume est chanté traditionnellement à la fin du repas pascal juif et a probablement été prié également par Jésus lors de la dernière Pâque célébrée avec les disciples ; c’est à lui en effet que semble faire allusion l’annotation des évangélistes : « Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers » (cf. Mt 26, 30; Mc 14, 26). L’horizon de la louange illumine ainsi le chemin difficile du Golgotha. Tout le Psaume 136 se déroule sous forme de litanie, rythmée par la répétition de l’antienne « car éternel est son amour ». Tout au long de la composition, sont énumérés les nombreux prodiges de Dieu dans l’histoire des hommes et ses interventions constantes en faveur de son peuple ; et à chaque proclamation de l’action salvifique du Seigneur répond l’antienne avec la motivation fondamentale de la louange : l’amour éternel de Dieu, un amour qui, selon le terme hébreu utilisé, implique fertilité, miséricorde, bonté, grâce, tendresse. Tel est le motif unifiant de tout le Psaume, répété toujours sous la même forme, tandis que changent ses manifestations ponctuelles et paradigmatiques : la création, la libération de l’exode, le don de la terre, l’aide providentielle et constante du Seigneur à l’égard de son peuple et de chaque créature.
Après une triple invitation à l’action de grâce au Dieu souverain (vv. 1-3), on célèbre le Seigneur comme Celui qui a fait « des merveilles » (v. 4), dont la première est la création : le ciel, la terre, les étoiles (vv. 5-9). Le monde créé n’est pas un simple scénario dans lequel s’inscrit l’action salvifique de Dieu, mais c’est le début même de cette action merveilleuse. Avec la création, le Seigneur se manifeste dans toute sa bonté et sa beauté, il se compromet avec la vie, révélant une volonté de bien dont jaillit toute autre action de salut. Et dans notre Psaume, faisant écho au premier chapitre de la Genèse, le monde créé est synthétisé dans ses éléments principaux, en insistant en particulier sur les astres, le soleil, la lune, les étoiles, créatures magnifiques qui gouvernent le jour et la nuit. On ne parle pas ici de la création de l’être humain, mais il est toujours présent ; le soleil et la lune sont pour lui — pour l’homme — pour rythmer le temps de l’homme, le mettant en relation avec le Créateur en particulier à travers l’indication des temps liturgiques.
C’est précisément la fête de Pâques qui est évoquée immédiatement après lorsque, passant à la manifestation de Dieu dans l’histoire, commence le grand événement de la libération de l’esclavage de l’Egypte, de l’exode, retracé dans ses éléments les plus significatifs : la libération de l’Egypte avec la plaie des premiers-nés égyptiens, le départ de l’Egypte, le passage de la Mer Rouge, le cheminement dans le désert jusqu’à l’entrée en terre promise (vv. 10-20). Nous nous trouvons au moment originel de l’histoire d’Israël. Dieu est intervenu à travers toute sa puissance pour conduire son peuple à la liberté; à travers Moïse, son envoyé, il s’est imposé au pharaon, se révélant dans toute sa grandeur et, enfin, a écrasé la résistance des Egyptiens par le terrible fléau de la mort des premiers-nés. Ainsi, Israël peut quitter le pays de l’esclavage, avec l’or de ses oppresseurs (cf. Ex 12, 35-36), « sortant la main haute » (Ex 14, 8), sous le signe exultant de la victoire. Au bord de la Mer rouge également, le Seigneur agit avec une puissance miséricordieuse. Devant un peuple d’Israël effrayé à la vue des Egyptiens qui le poursuivent, au point de regretter d’avoir quitté l’Egypte (cf. Ex 14, 10-12), Dieu, comme le dit notre Psaume, « sépara en deux parts la mer des Joncs… fit passer Israël en son milieu… Y culbutant pharaon et son armée » (vv. 13-15). L’image de la Mer rouge « séparée en deux » semble évoquer l’idée de la mer comme un grand monstre qui est coupé en deux morceaux et est rendu ainsi inoffensif. La puissance du Seigneur vainc le danger des forces de la nature et des forces militaires déployées par les hommes: la mer, qui semblait barrer la route au peuple de Dieu, laisse passer Israël au sec, puis se referme sur les Egyptiens, les emportant. « La main forte et le bras étendu » du Seigneur (cf. Dt 5, 15; 7, 19; 26, 8) se montrent ainsi dans toute leur force salvifique: l’oppresseur injuste a été vaincu, englouti par les eaux, tandis que le peuple de Dieu « passe en son milieu » pour poursuivre son chemin vers la liberté.
Notre Psaume fait à présent référence à ce chemin, en rappelant par une phrase très brève le long pèlerinage d’Israël vers la terre promise : « Il mena son peuple au désert, car éternel est son amour ! » (v. 16). Ces quelques mots contiennent une expérience de quarante ans, un temps décisif pour Israël qui, se laissant guider par le Seigneur, apprend à vivre de la foi, dans l’obéissance et dans la docilité à la loi de Dieu. Ce sont des années difficiles, marquées par la dureté de la vie dans le désert, mais aussi des années heureuses, de confiance dans le Seigneur, de confiance filiale; c’est le temps de la « jeunesse » comme le définit le prophète Jérémie en parlant à Israël, au nom du Seigneur, avec des expressions pleines de tendresse et de nostalgie : « Je me rappelle l’affection de ta jeunesse, l’amour de tes fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert, dans une terre qui n’est pas ensemencée » (Jr 2, 2). Le Seigneur, comme le pasteur du Psaume 23 que nous avons contemplé dans une catéchèse, a guidé son peuple pendant quarante ans, l’a éduqué et aimé, le conduisant jusqu’à la terre promise, vainquant également les résistances et l’hostilité de peuples ennemis qui voulaient faire obstacle à son chemin de salut (cf. vv. 17-20).
Dans l’énumération des « grandes merveilles » que notre Psaume énonce, on parvient ainsi au moment du don conclusif, dans l’accomplissement de la promesse divine faite aux pères : « Il donna leur terre en héritage, car éternel est son amour ! En héritage à Israël son serviteur, car éternel est son amour ! » (vv. 21-22). Dans la célébration de l’amour éternel du Seigneur, on fait à présent mémoire du don de la terre, un don que le peuple doit recevoir sans jamais en prendre possession, vivant continuellement dans une attitude de recueillement reconnaissant et plein de gratitude. Israël reçoit le territoire dans lequel habiter comme « héritage », un terme qui désigne de manière générique la possession d’un bien reçu d’un autre, un droit de propriété qui, de manière spécifique, fait référence au patrimoine paternel. Une des prérogatives de Dieu est de « donner » ; et à présent, à la fin du chemin de l’exode, Israël, destinataire du don, comme un fils, entre dans le pays de la promesse accomplie. Le temps du vagabondage, sous les tentes, dans une vie marquée par la précarité, est fini. A présent a commencé le temps heureux de la stabilité, de la joie de construire des maisons, de planter les vignes, de vivre dans la sécurité (cf. Dt 8, 7-13). Mais c’est également le temps de la tentation de l’idolâtrie, de la contamination avec les païens, de l’autosuffisance qui fait oublier l’Origine du don. C’est pourquoi le psalmiste mentionne l’humiliation et les ennemis, une réalité de mort dans laquelle le Seigneur, encore une fois, se révèle comme le Sauveur : « Il se souvint de nous dans notre abaissement, car éternel est son amour ! Il nous sauva de la main des oppresseurs, car éternel est son amour ! » (vv. 23-24).
Dès lors se pose la question: comment pouvons-nous faire de ce Psaume une prière qui soit nôtre, comment pouvons-nous nous approprier, par notre prière, de ce Psaume ? Le cadre du Psaume est important, au début et à la fin : c’est la création. Nous reviendrons sur ce point: la création comme le grand don de Dieu dont nous vivons, dans lequel il se révèle dans sa bonté et sa grandeur. Et donc, avoir à l’esprit la création comme don de Dieu est un point qui nous est commun à tous. Vient ensuite l’histoire du salut. Naturellement, nous pouvons dire: cette libération de l’Egypte, le temps du désert, l’entrée en Terre Sainte puis les autres problèmes, sont très loin de nous, ils n’appartiennent pas à notre histoire. Mais nous devons être attentifs à la structure fondamentale de cette prière. La structure fondamentale est qu’Israël se rappelle de la bonté du Seigneur. Dans cette histoire, il y a beaucoup de vallées obscures, il y a beaucoup de moments marqués par la difficulté et la mort, mais Israël se rappelle que Dieu était bon et qu’il peut survivre dans cette vallée obscure, dans cette vallée de la mort, parce qu’il se souvient. Il garde en mémoire la bonté du Seigneur, de sa puissance ; sa miséricorde vaut pour l’éternité. Et cela est important pour nous aussi : garder en mémoire la bonté du Seigneur. La mémoire devient force de l’espérance. La mémoire nous dit : Dieu existe, Dieu est bon, éternelle est sa miséricorde. Et ainsi, la mémoire ouvre, même dans l’obscurité d’un jour, d’un temps, la route vers l’avenir : elle est lumière et étoile qui nous guide. Nous avons nous aussi une mémoire du bien, de l’amour miséricordieux, éternel de Dieu. L’histoire d’Israël appartient déjà à notre mémoire aussi, la mémoire de la façon dont Dieu s’est montré, a créé son peuple. Puis Dieu s’est fait homme, l’un d’entre nous : il a vécu avec nous, il a souffert avec nous, il est mort pour nous. Il reste avec nous dans le Sacrement et dans la Parole. C’est une histoire, une mémoire de la bonté de Dieu qui nous assure sa bonté: son amour est éternel. Et puis aussi en ces deux mille ans de l’histoire de l’Eglise, il y a toujours, à nouveau, la bonté du Seigneur. Après la période obscure de la persécution nazie et communiste, Dieu nous a libérés, il a montré qu’il est bon, qu’il a de la force, que sa miséricorde vaut pour toujours. Et, comme dans l’histoire commune, collective, est présente cette mémoire de la bonté de Dieu, elle nous aide, elle devient étoile de l’espérance, ainsi, chacun aussi a son histoire personnelle de salut, et nous devons réellement tirer profit de cette histoire, avoir toujours à l’esprit la mémoire des grandes choses qu’il a faites dans ma vie aussi, pour avoir confiance : sa miséricorde est éternelle. Et si aujourd’hui, je suis dans la nuit obscure, demain, Il me libère car sa miséricorde est éternelle.
Revenons au Psaume, parce que, à la fin, il revient à la création. Le Seigneur — c’est ce qui est dit — « à toute chair, il donne le pain, éternel est son amour ! » (n. 25). La prière du Psaume se conclut par une invitation à la louange : « Rendez grâce au Dieu du ciel, éternel est son amour ! ». Le Seigneur est le Père bon et prévoyant, qui donne son héritage à ses fils et offre à tous la nourriture pour vivre. Le Dieu qui a créé les cieux et la terre et les grandes lumières célestes, qui entre dans l’histoire des hommes pour conduire au salut tous ses enfants est le Dieu qui comble l’univers de sa présence de bien en étant attentif à la vie et en donnant du pain. La puissance invisible du Créateur et Seigneur chantée dans le Psaume se révèle dans la petite visibilité du pain qu’il nous donne, avec lequel il nous fait vivre. Et ainsi, ce pain quotidien symbolise et synthétise l’amour de Dieu comme Père, et nous ouvre à l’accomplissement néo-testamentaire, à ce « pain de vie », l’Eucharistie, qui nous accompagne dans notre existence de croyants, en anticipant la joie définitive du banquet messianique au Ciel.
Frères et sœurs, la louange de bénédiction du Psaume 136 nous a fait reparcourir les étapes les plus importantes de l’histoire du salut, jusqu’à parvenir au mystère pascal, où l’action salvifique de Dieu arrive à son sommet. Avec une joie reconnaissante nous célébrons donc le Créateur, Sauveur et Père fidèle, qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3, 16). Dans la plénitude des temps, le Fils de Dieu se fait homme pour donner la vie, pour le salut de chacun de nous, et il se donne comme pain dans le mystère eucharistique pour nous faire entrer dans son alliance qui fait de nous ses fils. C’est à ce point que s’élève la bonté miséricordieuse de Dieu et la sublimité de son « amour pour toujours ».
Je veux donc conclure cette catéchèse en faisant miennes les paroles que saint Jean écrit dans sa Première Lettre et que nous devrions toujours avoir à l’esprit dans notre prière : « Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés fils de Dieu — et nous le sommes » (1 Jn 3, 1). Merci.

 

BENOÎT XVI – AUDIENCE – PSALM 123, 1-6.8 – (2005)

22 avril, 2019

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Le roi David, du choeur Psautier, Mlano

BENOÎT XVI – AUDIENCE – PSALM 123, 1-6.8 – (2005)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 22 juin 2005

Notre aide est dans le nom du Seigneur

Lecture: Ps 123, 1-6.8

1. Voilà devant nous le Psaume 123, un chant d’action de grâce entonné par la communauté en prière qui élève à Dieu sa louange pour le don de la libération. Le Psalmiste proclame en ouverture cette invitation: « A Israël de le dire! » (v. 1), encourageant ainsi tout le peuple à élever une action de grâce vivante et sincère au Dieu sauveur. Si le Seigneur ne s’était pas rangé du côté des victimes, celles-ci, avec leurs forces limitées, auraient été impuissantes à se libérer et leurs adversaires, semblables à des monstres, les auraient déchirées et anéanties.
Même si l’on a pensé à quelque événement historique particulier, comme la fin de l’exil de Babylone, il est plus probable que le Psaume soit un hymne visant à rendre grâce au Seigneur pour les dangers auxquels on a échappé et à implorer de Lui la libération de tout mal. En ce sens, celui-ci demeure un Psaume toujours actuel.
2. Après l’évocation initiale de certains « hommes » qui sautaient sur les fidèles et étaient capables de les « avaler tout vifs » (cf. vv. 2-3), le cantique se divise en deux moments. Dans la première partie dominent les flots en furie, symbole dans la Bible du chaos dévastateur, du mal et de la mort: « Alors les eaux nous submergeaient, le torrent passait sur nous, alors il passait sur notre âme en eaux écumantes » (vv. 4-5). L’orant éprouve à présent la sensation de se trouver sur une plage, miraculeusement sauvé de la furie impétueuse de la mer.
La vie de l’homme est entourée des pièges des méchants qui non seulement attentent à son existence, mais veulent aussi détruire toutes les valeurs humaines. Voyons comment ces dangers existent aussi à présent. Mais – nous pouvons en être sûrs aujourd’hui aussi – le Seigneur se dresse pour protéger le juste et le sauve, comme on le chante dans le Psaume 17: « Il envoie d’en-haut et me prend, il me retire des grandes eaux, il me délivre d’un puissant ennemi, d’adversaires plus forts que moi [...] Yahvé fut pour moi un appui: il m’a dégagé, mis au large, il m’a sauvé car il m’aime » (vv. 17-20). Le Seigneur nous aime vraiment: telle est notre certitude et tel est le motif de notre grande confiance.
3. Dans la seconde partie de notre cantique d’action de grâce, on passe d’une image maritime à une scène de chasse, typique de plusieurs Psaumes de supplique (cf. Ps 123, 6-8). Voici, en effet, l’évocation d’un fauve qui tient sa proie entre ses dents, ou d’un filet de chasseur qui capture un oiseau. Mais la bénédiction exprimée par le Psaume nous fait comprendre que le destin des fidèles, qui était un destin de mort, a été radicalement changé par une intervention salvifique: « Béni Yahvé qui n’a point fait de nous la proie de leurs dents! Notre âme comme un oiseau s’est échappée du filet de l’oiseleur. Le filet s’est rompu et nous avons échappé » (vv. 6-7).
La prière devient ici un souffle de soulagement qui s’élève du plus profond de l’âme: même lorsque toutes les espérances humaines tombent, la puissance libératrice de Dieu peut apparaître. Le Psaume peut donc se conclure par une profession de foi, entrée depuis des siècles dans la liturgie chrétienne comme prémices idéales de chacune de nos prières: « Adiutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit caelum et terram – Notre secours est dans le nom de Yahvé qui a fait le ciel et la terre » (v. 8). En particulier, le Tout-Puissant se range du côté des victimes et des persécutés « qui crient vers lui jour et nuit » et « il leur fera prompte justice » (cf. Lc 18, 7-8).
4. Saint Augustin effectue un commentaire détaillé de ce Psaume. Dans un premier temps, il observe que ce Psaume est chanté de façon adéquate par les « membres du Christ [...] dans leur allégresse ». Puis, en particulier, « les martyrs ont chanté ce cantique, ils sont délivrés et tressaillent avec le Christ qui leur redonnera incorruptibles ces mêmes corps qu’ils ont eu dans la corruption, et dans lesquels ils ont tant souffert: ils seront pour eux des ornements de justice ». Et saint Augustin parle des martyrs de tous les siècles, également de notre siècle.
Mais, dans un deuxième temps, l’Evêque d’Hippone nous dit que nous aussi, et pas seulement les bienheureux au ciel, nous pouvons chanter ce Psaume dans l’espérance. Il déclare: « Soit donc que les martyrs chantent ce cantique dans la réalité de leur bonheur, soit que nous le chantions par l’espérance, et que nous unissions nos transports à leurs couronnes, en soupirant après cette vie que nous n’avons pas et que nous ne pourrons avoir, si nous ne l’avons pas désirée ici-bas, chantons avec eux ».
Saint Augustin revient alors à la première perspective et explique: « Voilà qu’ils [les saints] ont jeté les yeux sur les quelques tribulations qu’ils ont endurées, et du lieu de bonheur et de sûreté où ils sont établis, ils regardent par où ils sont passés, et où ils sont arrivés; et comme il était difficile d’échapper à tant de maux sans la main du libérateur, ils redisent avec joie: « Si le Seigneur n’eût été avec nous ». Tel est le commencement de leur cantique; ils n’ont point dit encore d’où ils sont délivrés, tant est grande leur joie » (Discours sur le Psaume 123, 3: Nuova Biblioteca Agostiniana, XXVIII, Roma 1977, p. 65).

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PSAUME 131. SEIGNEUR JE N’A PAS LE COEUR FIER

21 mars, 2019

http://www.spiritualite2000.com/2004/02/psaume-131-seigneur-je-nai-pas-le-coeur-fier/

fr

PSAUME 131. SEIGNEUR JE N’A PAS LE COEUR FIER

Par Hervé Tremblay, o.p.

L’image de l’enfant dans les bras de sa mère a toujours frappé l’imagination et suscité des sentiments. Il a été facile de l’appliquer à diverses attitudes ou expériences religieuses. Un tout petit psaume de trois versets seulement le fait audacieusement.

1 Seigneur, je n’ai pas le cœur fier
ni le regard ambitieux ;
je ne poursuis ni grands desseins,
ni merveilles qui me dépassent.
2 Non, mais je tiens mon âme
tranquille et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant,
comme un petit enfant contre sa mère.
3 Attends le Seigneur, Israël,
maintenant et à jamais.

Texte
• Le titre du psaume porte : « Cantique des montées. De David ». Il s’agit ici du douzième psaume des montées (cf. Ps 120-134) qui étaient chantés par les pèlerins se rendant à Jérusalem.
• v.2a Le texte hébreu commence avec « si ne… pas », qui introduit une formule de serment (cf. Ps 89,36 ; 95,11). Il conviendrait donc de traduire à l’aide d’une périphrase : « Qu’il m’arrive malheur si je ne tiens mon âme… ».
• v.2d littéralement : « comme cet enfant sevré, mon âme est en moi ». Certains ont traduit « comme un bébé repu ( !) ».
• Il n’est pas certain que le v.3 faisait partie du poème à l’origine. La plupart des commentateurs le considère comme un ajout liturgique visant à adapter une profession de confiance individuelle à une situation collective.

Genre littéraire
Il s’agirait d’un psaume de confiance. Les Psaumes de supplication constituent la majorité des poésies du Psautier. Mais la confiance, qui est le motif de la supplication, constitue le thème principal de quelques psaumes : Ps 3 ; 4 ; 11 ; 16 ; 23 ; 27 ; 62 ; 121 ; 131. Ces chants sont d’une haute portée spirituelle et sont souvent les plus connus et les plus aimés des croyants. Il n’y a pas vraiment de structure associée au genre littéraire, tout au plus rencontre-t-on une invocation du nom divin et de sa divine puissance suivie de l’expression du sentiment de confiance que ce nom puissant inspire. Le psalmiste chante sa sécurité en Dieu, sa paix et sa joie (cf. Ps 3,7 ; 4,9 ; 23,4-5 ; 27,1.3), son intimité avec le Seigneur (cf. Ps 16,5-11). Le Ps 131 est un des psaumes les plus doux, les plus détendus dans un psautier rempli de lamentations et d’hymnes parfois grandiloquents.

Structure
La structure du psaume repose sur deux tableaux antithétiques qui correspondent aux deux premiers versets. Le premier tableau est négatif et décrit ce que n’est pas la confiance en Dieu (v.1) : pas d’orgueil, pas d’arrogance, pas d’ambition démesurée. Le second est positif et décrit ce qu’est la confiance en Dieu (v.2). Ils convergent tous les deux dans le v.3 qui fait la synthèse du message et exprime la confiance d’Israël en Dieu.

Commentaire
• v.1 Le psaume s’ouvre avec un aveu d’humilité d’une grande simplicité mais aussi d’une grande intensité. Aussi certains commentateurs ont-ils voulu identifier le psalmiste à un grand personnage assagi par les épreuves et les mauvaises expériences de la vie. Le psaume laisserait entendre à mi-mots que les projets et les actes du psalmiste n’ont pas toujours été aussi sages et modérés dans le passé. Sans doute même a-t-il beaucoup lutté soit pour recouvrer sa situation première particulièrement florissante, soit pour acquérir tel avantage important devant améliorer sa condition. Mais l’expérience l’aurait instruit de la vanité de telles recherches.
De toutes façons il sait désormais que la vie ne donne pas ce qu’on attend d’elle ; il reste donc à changer de tactique, avec le Seigneur.
On remarque dans ce premier verset le développement ascendant de la pensée. En premier lieu, à l’intérieur de l’homme, il y a le cœur (v.1a) siège de la réflexion dans la Bible (et non pas des sentiments, comme dans nos cultures !) ; en deuxième lieu, l’attitude extérieure manifestée par les yeux (v.1b) qui expriment la décision prise (cf. Ps 18,28 ; 101,5 ; Pr 6,17 ; 21,4); en troisième lieu, l’image du chemin (v.1c) indique les démarches entreprises. En effet, cette dernière partie du verset serait mieux traduite par : « Je n’ai pas pris un chemin de grandeurs ». L’orgueilleux s’illusionne en voulant accomplir les œuvres de Dieu et réaliser le salut par ses propres forces. Sur l’orgueil humain et l’humilité, la Bible a de beaux passages : Si 3,17-27 ; Is 2,11-17 ; Nb 12,3 et Si 45,4 sur l’humilité et la douceur de Moïse.
• v.2 C’est la partie positive du psaume. L’ambiance de confiance en Dieu est évoquée par les images de paix et de silence qui contrastent avec les attitudes hautaines et tapageuses auxquelles faisait allusion le v.1. Ici, l’âme est comparée à un enfant sevré qui, pour cette raison, repose en paix sur sa mère. L’idée est aussi simple et naturelle que celle d’un enfant qui, après la tétée repose tranquillement, repu, sur le sein de sa mère, avec laquelle il vit une intimité toute spéciale.
Instruit par l’expérience et travaillé par la grâce, le psalmiste en est même venu à renoncer à toute revendication excessive et il s’est établi dans un climat de calme et de silence intérieur (cf. Ps 37,7 ; 62,2), d’attente paisible (Is 30,15). L’image de l’enfant est d’autant plus parlante que celui-ci est dit « sevré ». L’auteur déclare en être venu à sevrer son âme de toutes ses aspirations naturelles, de sorte qu’elle demeure en lui, non plus comme le nourrisson qui réclame de sa mère qu’elle l’allaite – et cela avec toute l’avidité que l’on sait ! – mais comme l’enfant sevré qui n’éprouve plus de faim instinctive et inquiète et qui s’abandonne blotti dans les bras de sa mère, comme un enfant qui ne désire plus rien. Le psalmiste s’est rendu maître de lui-même et, faisant désormais confiance à la providence, s’est remis à elle en tout. Il y a gagné la sérénité et la paix, qui sont le lot des chercheurs de Dieu.
• v.3 Une probable addition en vue de l’emploi liturgique du psaume. Comme c’est le cas pour d’autres psaumes (cf. Ps 130,7-8), où l’on passe du singulier au pluriel, l’exhortation finale du petit Ps 131 s’adresse également à Israël dont la prière est le plus souvent communautaire. À l’exemple des individus, le peuple de l’alliance constitue une création fragile qui doit s’abandonner à son Seigneur, de qui il reçoit vie, énergie, espérance et sécurité. Le message individuel du poème est donc appliqué à tout Israël. Sans chercher la gloire humaine ou le succès, sans s’agiter fébrilement pour réparer ses revers ou satisfaire ses désirs de vengeance et de suprématie politique, le peuple de Dieu doit faire totalement confiance au Seigneur qui est comme une mère qui prend soin de ses fidèles.
Enseignement
Le charme de ce psaume provient du fait qu’il décrit en quelques mots la scène d’une mère qui tient dans ses bras son bébé endormi qu’elle vient d’allaiter. La relation amoureuse qui unit la mère à son enfant illustre à merveille le rapport entre Dieu et le fidèle. La même idée est exprimée dans quelques passages bibliques : Is 49,15 ; 66,11-14 ; Os 11,3-4. Davantage encore, le charme du symbolisme de l’enfant pour la spiritualité et l’importance de l’abandon à Dieu constituent deux motifs constants dans la littérature religieuse. Le croyant, en paix désormais, renonçant à toute recherche de grandeur humaine, s’abandonne au Seigneur avec la simplicité d’un enfant, sans inquiétude ni ambition. La même confiance filiale est demandée à tout le peuple de Dieu (v.3).
Le psalmiste a misé toute sa vie, symbolisée par l’emploi du mot « âme » ou « souffle » (v.2), entre les mains du Seigneur. L’image de l’enfant vise à exprimer plusieurs sentiments : sérénité, repos, acceptation de sa propre dépendance, abandon. Le bébé sevré n’a plus besoin de sa mère uniquement pour satisfaire son besoin primaire et instinctif de nourriture ; retourner sur le sein de sa mère répond au besoin encore plus fondamental de sécurité, d’intimité, d’affection. Transposé, comme c’est le cas ici, dans l’ordre des relations de l’homme avec Dieu, ce langage décrit les bases mêmes de toute spiritualité basée non pas sur la simple satisfaction des besoins ou l’exaucement des prières, mais sur une relation vivante, confiante et amoureuse.
Pour en arriver ainsi à un total abandon, il faut avoir longuement digéré, approfondi et intériorisé ses propres questions, ses crises, ses épreuves et ses remises en question. Ce psaume ne parle pas d’une connaissance spéculative et abstraite de notre petitesse, mais d’acceptation des limites de la vie et de la dépendance de Dieu, de l’abandon filial à la conduite du Seigneur qui est comme une mère…
Citation dans le Nouveau Testament
On pense tout de suite, à cause de l’image de l’enfant, à Mt 18,3-5//Mc 9,36-37//Lc 9,47-48 (devenir comme des enfants pour entrer dans le royaume des cieux) et Mt 19,13-14//Mc 10,13-15//Lc 18,16-17 (le royaume des cieux est à ceux qui sont comme les enfants). Mais on peut aussi considérer l’humilité du publicain (Lc 18,13-14) ou des premiers chrétiens (1 Co 1,26-29). Quant à la confiance en Dieu, voir Mt 6,25-34//Lc 12,22-32 ou encore Jn 14,27 :« Que votre cœur ne se trouble pas ».
Dans la théologie et la spiritualité chrétienne
On ne sera pas surpris d’apprendre que certains Pères de l’Église ont appliqué le psaume à la Vierge Marie, mère de Jésus. Mais on l’a surtout appliqué à l’humilité, à la confiance et au repos du croyant en Dieu. On pense à la célèbre phrase de saint Augustin : « Tu nous as fait pour toi, ô mon Dieu, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ».
Un peu plus tard, la Règle de saint Benoît (5e siècle), dans son long chapitre 7, fait de l’humilité une base de l’institution monastique et cite le Ps 131. Ce psaume illustre à merveille la spiritualité de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Sa doctrine a été qualifiée « d’enfance spirituelle » ou, mieux, de « petite voie ». L’image du repos en Dieu servira encore de base à toute la spiritualité de plusieurs saints, dont saint Bernard, Édith Stein, Élisabeth de la Trinité ou Henri Bergson.
Dans la liturgie
Le Ps 131 est assez peu utilisé. À la liturgie des Heures, on le prie le samedi de la 1re semaine du psautier à l’office des lectures du temps ordinaire ainsi que le mardi de la 3e semaine aux vêpres. À l’Eucharistie, le Ps 131 est le psaume responsorial du 31e dimanche de l’année A où il répond à la première lecture tirée de Malachie 1-2. C’est Mal 2,10 qui semble avoir motivé le choix du psaume : « Et nous, le peuple de Dieu, n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » Durant la semaine, il est utilisé le 31e lundi des années paires, alors qu’il fait office de psaume responsorial à Ph 2,1-4, où saint Paul parle des dispositions qui doivent animer les chrétiens ; également, le 31e mardi des années impaires, alors qu’il répond à Rm 12,5-16a qui décrit la vie des communautés chrétiennes.

DES BÉATITUDES DANS UN FRAGMENT DÉCOUVERT À QOUMRÂN

26 novembre, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/524.html

beato-angelico-tentazioni

Beato Angelico – Le tentazioni

DES BÉATITUDES DANS UN FRAGMENT DÉCOUVERT À QOUMRÂN

Approfondir

Parmi les textes de sagesse découverts dans la grotte 4 de Qoumrân, le fragment 4Q525 comporte des « béatitudes »...

Nombreux ont été les textes de sagesse découverts dans la grotte 4 de Qoumrân. L’un d’eux, le fragment 4Q525, a livré des  »béatitudes » à la fois proches et distinctes de celles que l’évangile de Matthieu attribue à Jésus (Mt 5, 3-12).
[''Heureux celui qui…] avec un cœur pur et ne calomnie pas avec sa langue / heureux qui s’attache à ses décrets et ne s’attache pas à des voies de perversité, etc. » dit le texte de Qoumrân (trad. Émile Puech in Monde de la Bible n° 86, 1994, p. 36).  »Heureux » ! Le mot, on le sait, ouvre le Livre des psaumes.
Atteindre la sagesse
 »Heureux l’homme qui ne va pas au conseil des impies… » (Ps 1) ou bien  »Oh bonheur / Non il n’ira pas / Ce rassemblement criminel… » selon la traduction d’Olivier Cadiot. Avant d’engager le croyant sur le chemin du bonheur, le psalmiste dénonce les impasses :  » …Il ne marche pas sur la trace de ceux qui se perdent / Il n’habite pas là où habite la dérision. » Alors, alors seulement, il montre une voie (une voix ?) :  » Ma joie, je la trouve seulement dans la tora de Yhwh / Sa tora je la murmure jour et nuit ». Qoumrân a rassemblé des gens qui ont suivi cette voie, étroite ou royale comme on voudra mais honneur d’Israël :  »Heureux l’homme qui a atteint la Sagesse et marche dans la Loi du Très-Haut et applique son cœur à ses voies et s’attache à ses leçons et dans ses corrections toujours se plaît… » (4Q525, ligne 4)
Dans le Ps 1 comme à Qoumrân, le bonheur est basé sur un choix radical (refuser le parti des égarés, opter pour la Tora, la Loi, au risque de se retrouver seul au milieu d’une foule de ricaneurs). Ce choix ramène aux origines, la Loi, l’arbre et le cours d’eau évoquant irrésistiblement le jardin de la Genèse. Néanmoins, dans l’Éden tout était don, alors qu’ici le bonheur semble du à un mérite, celui d’avoir fait justement le bon choix. Or, selon Matthieu, les béatitudes lancées par Jésus sur la montagne sont en continuité et en rupture avec une telle façon de voir.
 »Doux et humble de cœur »
 »Heureux les pauvres en esprit… » (Mt 5,3) Précisons, s’il le fallait, que cette pauvreté-là n’a rien à voir avec un handicap de l’intelligence. L’expression était connue à Qoumrân et désignait les humbles, ceux qui se laissent guider par l’Esprit Saint pour observer la Loi. Les quatre premières béatitudes exaltent cette humilité en ce qu’elle est fondamentalement un manque : pauvreté, douceur (de ceux qui ne peuvent résister ou se rebeller ?), affliction ou faim (Mt 5,3-6). Or il n’y a pas de mérite à reconnaître et creuser ce manque. Le bonheur souhaité aux humbles est moins le résultat d’une rectitude morale que l’accueil d’une initiative : il vient celui qui peut combler le manque ou, pour reprendre le terme du v. 6, celui qui peut rétablir la  »justice », l’ajustement des rapports avec Dieu et le prochain. Oh bonheur ! Plus loin, le récit matthéen, comme un signe d’espoir à tous ceux qui peinent à observer la Loi, fera dire à Jésus :  »Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes… » (Mt 11,29).
Pourquoi donc alors les béatitudes suivantes, délaissant le manque, récompensent-elles l’effort : miséricorde, pureté du cœur, œuvre de paix (Mt 5,7-9) ? La réponse tient dans les deux derniers souhaits à ceux qui sont persécutés (pour la justice ou à cause de Jésus, v.10-12). L’action des humbles, comme le choix de l’homme juste du psaume 1, provoque rejet et dérision. Ce n’est pas une prédiction, c’est un constat. Mieux, c’est un ajustement du corps et de l’âme avec Jésus  »doux et humble de cœur » qui sera mis en procès et bafoué.
Couronne d’or et d’épines
En harmonie avec la finale du psaume 1, le juste de 4Q525 connaîtra sa récompense :  »[la Sagesse] posera une couronne d’or pur sur sa tête et avec des rois le fera asseoir » (ligne 9). Écho du  »sermon » sur la Montagne, le dernier grand discours de Jésus porte sur la fin des temps, en particulier sur le Jugement (Mt 25). Certains y reçoivent le Royaume. Pourquoi ? Parce qu’ils ont discerné autour d’eux des détresses, des manques et tenté d’y répondre : faim, soif, statut de l’étranger, nudité, maladie, prison. Il ne l’ont pas fait par souci de leur avenir mais par humanité, tout simplement. Doit-on dire par humilité ? Sans doute si le fait d’être pauvre en esprit rend solidaire des pauvres dans la chair. Quant au Fils de l’Homme, il dévoile qu’il s’est identifié aux malheureux ; ce n’est pas une formule rhétorique car Jésus fut arrêté, rejeté, son corps fut lacéré et mis à nu sur la croix. Paradoxe évangélique : avant d’être d’or, la couronne est d’épines (Mt 27,29).

SBEV Gérard BILLON

LE NOM DE DIEU : « JE SUIS CELUI QUI SUIS ».

11 octobre, 2018

http://www.interbible.org/interBible/cithare/celebrer/2016/c_car_03.html

imm fr Philippe de Champaigne, Moïse présentant les tables de la Loi

Philippe de Champaigne, Moise Presentant les Tables De La Loi.

LE NOM DE DIEU : « JE SUIS CELUI QUI SUIS ».

Invitation à la conversion

Après l’évocation de la vocation d’Abraham (au 2e dimanche), c’est la figure de Moïse, impressionnante et déterminante, et la révélation majeure de Dieu saint proche des humains, qui sont présentées à notre réflexion. Quant au texte évangélique, il relate le récit de deux faits dramatiques, suivis d’une parabole évoquant l’agir patient de Dieu.
Deux malheurs et une interprétation
Quand arrivent les catastrophes, nous réagissons fortement; les malheurs de toutes sortes qui frappent des populations civiles nous heurtent, les souffrances que des enfants innocents, des personnes handicapées, des personnes âgées subissent nous scandalisent. Nous refusons le mal, certains iront jusqu’à se révolter contre Dieu. Pendant des siècles, des gens ont cru que le malheur s’abat sur celui qui est coupable. Les malheurs de Job conduisent sa famille, ses amis, les spécialistes religieux de l’époque, à croire qu’il a offensé Dieu. En Jean, l’histoire de l’aveugle-né reprend cette conception courante à l’époque. En effet, les disciples demandent: Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents? (9, 2-3). Dans le récit de Luc, en ce dimanche, on rencontre le même schéma de pensée. Ce qui arrive à des Galiléens dévots, en pèlerinage à Jérusalem, et aux 18 Judéens, près de la colonne de Siloé, prouverait qu’ils sont de grands coupables. Jésus demande alors à ceux qui rapportent les faits : Pensez-vous que ces Galiléens étaient des plus grands pécheurs que tous les autres… pour avoir subi un tel sort?… qu’ils (les Judéens) étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem (13, 2.4)?
La réponse de Jésus est limpide, il rejette cette mentalité que certains ont de se croire plus exemplaires que ceux sur qui le malheur s’acharne, comme si en étant épargnés, ils étaient rassurés sur leur droiture et leur justice. Les événements tragiques frappent les gens indépendamment de leur valeur morale. Et Jésus passe à un autre registre, Il saisit l’occasion pour renvoyer à eux-mêmes ceux qui l’écoutent. Tous, sans exception, sont également menacés s’ils se livrent au péché: Eh bien… je vous le dis; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière (v. 5).
L’urgence de la conversion
Jésus invite donc ses interlocuteurs à une prise de conscience, à regarder ce qu’ils sont à l’intime d’eux-mêmes, à juger de la nature de leurs actes, en somme à percevoir le sens de leur existence sous le regard aimant de Dieu qui est source de vie, puissance de vie et de bonheur. C’est un appel à la conversion, à se rendre compte de ce qui se passe dans le moment présent, à discerner, à bien juger, selon l’étymologie grecque (12, 56-57). Ces malheurs ont valeur d’avertissement, sont destinés à nous servir d’exemples, comme le mentionne Paul, dans sa Première lettre aux Corinthiens, (10, 6 deuxième lecture). La mort est imprévisible pour qui que ce soit, et les fidèles doivent se tenir prêts à affronter le jugement (Luc 12, 58-59). Lorsque le redressement s’impose, le fidèle doit de toute urgence, se mettre résolument à la tâche, sinon, le mal spirituel qu’est le péché le guette et le conduit à la mort.
La conversion! Cet appel à un changement de mentalité et de direction, il en a déjà été mention en Luc 5, 32 : Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs à la conversion. Jean le Baptiste a proclamé un baptême de conversion en vue du pardon des péchés (3, 3). Une partie du peuple avait reconnu alors la justice de Dieu en se faisant baptiser (3, 12); d’autres, des Pharisiens, des légistes ont refusé (7, 30). Et lorsque Jésus proclame, par le biais des paraboles (8, 8-10) et par ses guérisons, que le Règne de Dieu est arrivé, certains l’accusent de chasser les démons par Béelzébub (11, 15) et ils s’opposent fermement (5, 27- 6, 5; 11, 14 – 12, 59). Cette opposition ira s’accentuant jusqu’à la confrontation finale, à Jérusalem.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte portant sur la réalité du jugement (chapitres 12 et 13). Si, face au jugement perverti de l’homme, la conversion est possible, c’est grâce à l’action bienveillante et bienfaisante de Dieu qui donne en surabondance (chapitre 12). Par contre, si le règne de Dieu est refusé, la personne marche vers la mort. Toutefois, et l’histoire du peuple hébreu le prouve, l’amour de Dieu est toujours offert. Mais pour tout humain lié à sa nature mortelle, le temps de la conversion est limité.
Le vigneron imprévisible et patient
Comment ne pas apprécier la sollicitude du travailleur à l’égard du plant improductif pour lequel il intercède auprès du propriétaire de la vigne! Après trois ans, le sort du figuier est réglé. Pourquoi épuiser inutilement la terre? Mais non. Le paysan propose un délai inattendu, une dernière chance : Maître, laissez encore cette année. Peut-être donnera-t-il du fruit, à l’avenir (3, 8). Cette parabole nous situe alors en pleine espérance. Dans notre aujourd’hui, avec la présence de Dieu en nous, nous pouvons vivre l’insatisfaction face à ce que nous ne comprenons pas de la souffrance, de la mort, face à nos fragiles retournements à recommencer sans cesse. Dans ces humbles efforts, toutefois, s’exprime notre espérance en Dieu qui fait passer du côté de la vie.
« Je suis celui qui suis »
La première lecture présente l’un des plus importants personnages de la Bible: Moïse. Élevé à la cour de Pharaon, il fuit l’Égypte, à la suite du meurtre d’un égyptien qui maltraitait des Israélites (Exode 2, 12). Réfugié, il garde le troupeau de son beau-père, prêtre de Madiane, jusqu’au jour où il est appelé par Dieu à libérer son peuple de l’esclavage. C’est par-delà le désert, à l’Horeb, la montagne sainte (3, 1-15) que le Seigneur le rejoint. Moïse est intrigué par un feu qui sortait d’un buisson… qui brûlait sans se consumer (3, 2), un feu qui a valeur de signe, car cet élément accompagne la plupart du temps les manifestations de Dieu (19, 18).
Moïse! Moïse!, dit la voix de l’Ange qui initie la relation. Une interpellation qui dit la proximité. Puis, Dieu s’identifie, il est fidèle aux patriarches: Je suis le Dieu de ton Père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob (3, 4.6), le Dieu qui a protégé son peuple. Il voit, Il entend, Il connaît, Il sait: J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple… et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances… (3, 7). Et Dieu veut agir, Il a besoin d’un collaborateur qui sera son instrument de salut : Je t’envoie chez Pharaon: tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël (I3, 10). Que fera Moïse face à cette « annonciation » inattendue? Au départ, il est intrigué par le feu et fait un détour pour voir cette chose extraordinaire (3, 3). Rapidement, il éprouve, sinon un effroi, du moins une crainte révérencielle, une attirance aussi devant le mystère d’une Présence. Devant la mission confiée, celle d’être porte-parole de Dieu vis-à-vis de son peuple à la nuque raide, et qui se croit abandonner, Moïse reconnaît sa pauvreté: Que suis-je pour aller trouver le Pharaon (3, 11)? Et Yahvé l’encourage, le soutient, le convertit à son projet, avant même de se nommer: Je suis avec toi une présence agissante et pleine de force(3, 12; Juges 6, 16)). Tu diras aux fils d’Israël : Je suis… Yahvé, le Dieu de vos pères… m’a envoyé vers vous (3, 14-15; Jérémie 1, 19). Puis, à la demande explicite de Moïse, Dieu dévoile son nom, tout en le voilant : Je suis celui qui suis (3, 14; Je suis qui je serai… C’est là mon nom à jamais. (3, 15 dans la TOB). Il est celui qui fait exister les Fils d’Israël, qui les fera sortir de leur prison, qui va cheminer avec eux jusqu’à la terre ruisselant de lait et de miel (3, 8). La fidélité, la patience et l’amour miséricordieux de Dieu n’ont pas de limites, sa présence aimante traverse les âges.
Dans cette histoire de figuier, qui es-tu, Seigneur : le propriétaire de la vigne ou le vigneron? Quant à moi, je me sens plutôt figuier… Parce que j’ai expérimenté la patience de tes vignerons et la confiance qu’ils mettent en moi, je voudrais être aussi, pour d’autres, le vigneron qui se refuse à condamner avant un dernier effort, celui qui fait confiance malgré les apparences et les déceptions, celui qui met du sien pour que d’autres donnent du fruit. (Edmond Vandermeersch)

Julienne Côté, CND 

Source : Le Feuillet biblique, no 2479. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Centre biblique de Montréal. 

HONNEUR DU PÈRE ET DE LA MÈRE – Piero Stefani (biblista)

10 octobre, 2018

https://pierostefani.myblog.it/2010/01/30/onora-il-padre-e-la-madre-20-01-2010/

imm la mia

la famille de jésus, parents et grands-parents

HONNEUR DU PÈRE ET DE LA MÈRE – Piero Stefani (biblista)

(Traduction Google de l’italien)

(31/01/2010)

Publié le 30 janvier 2010

La pensée de la semaine n.280
 
Le livre de Gad Lerner (Scintille, Feltrinelli, Milan 2009) commence par une page qui, à première vue, a été écrite en dernier. Ce n’est pas une préface, ni une note de remerciement: c’est une justification pour les nombreuses pages, franchement actuelles, consacrées au père et, au lieu de la mère, présentes dans le livre. La référence au mot ancien est une excuse qui veut indiquer comment le conflit peut se transformer en une forme de respect envers soi-même et ceux qui nous ont donné la vie. Pour ce faire, on fait appel aux dix commandements.
Dans sa version originale, le commandement d’honorer père et mère utilise l’impératif kabbed (Ex 20.12). Lerner, à juste titre, rappelle l’étymologie qui retient l’idée de poids. Dans cette lecture, le but du commandement doit être compris comme la capacité de donner le « juste poids » aux parents. C’est une attitude d’adulte qui ne permet un retour qu’après un détachement; le livre symbolise tout cela par le commandement biblique adressé à Abraham de quitter sa propre terre, ses propres parents et la maison de son père (Gn 12,1). Ce n’est donc pas un acte comparable au retour pénitent du « fils prodigue ». Au contraire, ce n’est que la légitimation d’une distance qui permet une rencontre sans larmes ni calins.
Dans la version originale des « Dix mots », le sens du précepte – comme le sait bien Lerner – ne consiste pas à donner le « juste poids » aux parents, expression dans laquelle l’adjectif est appelé à redéfinir tout le contenu du commandement. Il ne fait aucun doute que l’étymon est lié à la signification de la lourdeur. Cependant, dans la formulation du précepte, cela se produit parce que l’idée de « gloire » (kavod), en hébreu, n’est pas liée à la splendeur, mais à la majestueuse solennité: kavod Adonaï « gloire du Seigneur » est liée à ce même domaine sémantique. Bible. Cela ne veut pas dire que les «Dix mots» sont une sorte de culte idolâtre destiné aux parents. Être souligné avec ce verbe est en fait éminemment le rôle réservé à l’origine.
Dans la forêt d’interdictions introduites par le « non » propre aux Dix Commandements, seuls deux préceptes affirmatifs se dégagent: ce qui concerne le sabbat de Dieu et de l’homme et celui qui concerne le père et la mère. Le premier est introduit par l’impératif « souviens-toi » (zakhor, Ex 20,8, dans Dt 5,12, il y a pour « observer » – shamor), le second pour « honorer ». Comme il est évident que les deux domaines sont bientôt mentionnés: se reconnaître en tant que créature. L’existence d’une personne n’est pas due à soi-même, mais à Dieu et aux parents. La distance entre le Seigneur et ses parents est infinie: père et mère sont à leur tour des enfants, c’est-à-dire qu’ils sont aussi des créatures. Dans le précepte, il n’y a rien de naturaliste. Contrairement à Dieu, les parents vieillissent et meurent. Ce n’est que le mot impératif qui nous dit que dans notre vie, c’est Dieu et que notre présence passe aussi par les parents. Inutile de cacher que dans l’ancienne affirmation la grossesse de cette connexion était beaucoup plus facile qu’aujourd’hui.
Déprimé par une pratique catéchétique qui préconisait aux enfants d’obéir à leurs parents, le commandement d’honorer père et mère reconquiert une épaisseur différente dans une société qui, après des conflits fréquents, voit se briser devant aux enfants la vieillesse prolongée et la décomposition assistée de ceux qui nous ont donné la vie. Giovanni Pascoli a écrit des vers que beaucoup d’entre eux n’ont pas entendu dire: « Je dois vous dire ce que pendant de nombreuses années / fermé à l’intérieur. Et ne pleure pas. / La vie / que tu m’as donnée – ou maman, toi! – Je ne l’aime pas »(Colloque). Le choix de le dire symboliquement devant la mère rend le conflit avec soi-même « dialogue ». De nos jours, plus a été ajouté. Aujourd’hui plus que jamais, l’une des tentations qui rendent la vie difficile à aimer est le «comment se réduire soi-même» dont les parents âgés sont de plus en plus le miroir involontaire. Les honorer, pour le croyant, signifie voir dans cette faiblesse une image de Dieu: pour la foi, la gloire divine n’est plus en poids, mais en humilité. C’est notre destin maintenant que l’impératif adressé à ceux qui nous ont donné la vie est de plus en plus entouré d’un sentiment de culpabilité de « ne pas en faire assez », « se sentir comme un fardeau », celui qui devrait recevoir du poids, pas réussir, ou ne pas pouvoir, être proche de ceux qui se trouvent dans une situation dans laquelle la communication est rendue de plus en plus difficile et enfin résoudre par le travail d’autres personnes qui ne sont pas désirés ou ne peuvent être faits seuls. Les considérations avec lesquelles s’ouvre le livre de Gad Lerner sont un rappel opportun pour nous faire comprendre que le commandement est adressé au adultes et pas aux enfants. Cependant, ses considérations s’arrêtent au seuil de la dernière salle, où le conflit s’arrête bien davantage à cause d’une faiblesse résignée que d’une réconciliation précaire réalisée grâce à une distance acceptée.

Piero Stefani

JEAN PAUL II – PS 149: LA FÊTE DES AMIS DE DIEU

22 août, 2018

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20010523.html

imm fr San-Miniato-Firenze

San Miniato, Firenze

JEAN PAUL II – PS 149: LA FÊTE DES AMIS DE DIEU

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 23 mai 2001

1.  » Les siens jubilent de gloire, ils acclament depuis leur place ». Cet appel du Psaume 149, qui vient d’être proclamé, renvoie à une aube qui va poindre et qui voit les fidèles prêts à entonner leur louange du matin. Cette louange est définie à travers une expression significative, « un chant nouveau » (v. 1), c’est-à-dire un hymne solennel et parfait, adapté aux jours de la fin, lorsque le Seigneur rassemblera les justes dans un monde renouvelé. Tout le Psaume est parcouru par une atmosphère de fête, déjà inaugurée par l’alleluia du début et ensuite rythmée par le chant, la louange, la joie, la danse, le son des tambours et des harpes. La prière que ce Psaume inspire est l’action de grâce d’un coeur comblé de joie religieuse.
2. Les protagonistes du Psaume sont appelés, dans l’original hébreux de l’hymne, par deux termes caractéristiques de la spiritualité de l’Ancien Testament. Ils sont tout d’abord définis trois fois comme des hasidim (vv. 1.5.9.), c’est-à-dire « les pieux, les fidèles », ceux qui répondent avec fidélité et amour (hesed) à l’amour paternel du Seigneur.
La seconde partie du Psaume surprend, car elle est remplie d’images guerrières. Il nous semble étrange que, dans un même verset, le Psaume réunisse « les éloges de Dieu à pleine gorge » et « à pleines mains l’épée à deux tranchants » (v. 6). En réfléchissant, nous pouvons en comprendre le pourquoi: le Psaume fut composé pour des « fidèles » qui se trouvaient engagés dans une lutte de libération; ils combattaient pour libérer leur peuple opprimé et lui rendre la possibilité de servir Dieu. Au cours de l’époque des Maccabées, au IIème siècle avant Jésus-Christ, les combattants pour la liberté et pour la foi, soumis à une dure répression de la part du pouvoir héllenistique, s’appelaient précisément hasidim, « les fidèles » à la Parole de Dieu et aux traditions des Pères.
3. Dans la perspective actuelle de notre prière, cette symbolique guerrière devient une image de notre engagement de croyants qui, après avoir chanté à Dieu la louange du matin, partent sur les routes du monde, affrontant le mal et l’injustice. Malheureusement, les forces qui s’opposent au Royaume de Dieu sont imposantes: le Psalmiste parle de « peuples, nations, rois et notables ». Pourtant il est confiant, car il sait qu’à ses côtés se trouve le Seigneur qui est le vrai Roi de l’histoire (v. 2). Sa victoire sur le mal est donc certaine et ce sera le triomphe de l’amour. Tous les hasidim participent à cette lutte, tous les fidèles et les justes qui, avec la force de l’Esprit, mènent à bien l’oeuvre admirable qui porte le nom de Royaume de Dieu.
4. Saint Augustin, en partant des références du Psaume au « choeur » et aux « tambours et aux harpes », commente: « Qu’est-ce que représente un choeur? [...] Le choeur est un ensemble de chanteurs qui chantent ensemble. Si nous chantons en choeur, nous devons chanter en accord. Lorsque l’on chante en choeur, une seule voix qui chante faux blesse l’auditeur et sème la confusion dans le choeur lui-même » (Enarr. in Ps. 149: CCL 40, 7, 1-4).
Faisant ensuite référence aux instruments utilisés par le Psalmiste, il se demande: « Pourquoi le Psalmiste prend-il en main le tambour et le psaltérion? ». Il répond: « Pour que la voix ne soit pas seule à louer le Seigneur, mais également les oeuvres. Lorsque l’on prend le tambour et la harpe, les mains s’accordent avec la voix. Il en est de même pour toi. Quand tu chantes l’alleluia, tu dois présenter le pain à l’affamé, vêtir celui qui est nu, accueillir le pèlerin. Si tu fais cela, ce n’est pas la voix seule qui chante, mais les mains s’harmonisent à la voix, dans la mesure où les paroles concordent avec les oeuvres » (Ibid., 8, 1-4).
5. Un deuxième terme définit les protagonistes de ce Psaume: ce sont les anawim, c’est-à-dire les « pauvres, les humbles » (v. 4). Cette expression est très fréquente dans le Psautier et indique non seulement les opprimés, les misérables, ceux qui sont persécutés pour la justice, mais également ceux qui, étant fidèles aux engagements moraux de l’Alliance avec Dieu, sont marginalisés par ceux qui choisissent la violence, la richesse et la puissance. Dans cette perspective, on comprend que les « pauvres » ne représentent pas seulement une catégorie sociale, mais un choix spirituel. Tel est le sens de la première et célèbre Béatitude: « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3). Le prophète Sophonie s’adressait déjà ainsi aux anawim: « Cherchez Yahvé, vous tous les humbles de la terre, qui accomplissez ses ordonnances. Cherchez la justice, cherchez l’humilité: peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère de Yahvé » (So 2, 3).
6. Le « jour de la colère de Yahvé » est précisément celui qui est décrit dans la seconde partie du psaume lors-que les « pauvres » se rangent du côté de Dieu pour lutter contre le mal. Seuls, ces derniers n’ont pas la force suffisante, ni les moyens, ni les stratégies nécessaires pour s’opposer à l’irruption du mal. Pourtant, la phrase du Psalmiste n’admet pas d’hésitations: « Car Yahvé se complaît en son peuple, de salut il pare les humbles (anawim) » (v. 4). De façon idéale se dessine ce que l’Apôtre Paul déclare aux Corinthiens: « Ce qui dans le monde est sans naissance et ce qu’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 28).
Avec cette certitude, « les fils de Sion » (v. 2), hasidim et anawim, c’est-à-dire les fidèles et les pauvres, partent pour vivre leur témoignage dans le monde et dans l’histoire. Le chant de Marie dans l’Evangile de Luc – le Magnificat – est l’écho des meilleurs sentiments des « fils de Sion »: louange joyeuse au Dieu Sauveur, action de grâce pour les merveilles accomplies en elle par le Tout Puissant, lutte contre les forces du mal, solidarité avec les pauvres, fidélité au Dieu de l’Alliance (cf. Lc 1, 46-55).

 

L’HEURE ET LA GLOIRE

5 juillet, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/831.html

imm fr antico orologio di paraga

ancienne horloge à Prague

L’HEURE ET LA GLOIRE

Théologie

Approfondir

Le terme  » heure  » est employé vingt-six fois dans le Quatrième évangile. Il exprime quelquefois l’heure que l’on peut mesurer chronologiquement : ainsi il y a douze heures dans la journée (11,9) ; les premiers disciples rencontrent Jésus à la dixième heure (1,39), la Samaritaine va puiser de l’eau à la sixième heure (4,6), le fils du fonctionnaire royal est guéri à la septième heure (4,52), etc. Les dimensions symbolique ou métaphorique de ces références ne sont pas absentes, mais l’usage premier reste celui d’un horaire de la journée.

L’Heure
Cependant, l’évangéliste utilise le plus souvent le mot  » heure  » pour indiquer un temps qu’une horloge ne pourrait pas mesurer. La plupart des traductions l’écrivent alors avec une majuscule. Cette Heure fait référence au moment de l’accomplissement du projet de salut de Dieu et, pour le Quatrième évangile, ce temps de Dieu se réalise à la crucifixion. C’est l’Heure du retour de Jésus vers le Père (13,1), donc celui de l’élévation (3,14 ; 12,32-33).
Dans le Livre des signes, ce terme apparaît déjà aux noces de Cana, quand Jésus dit à sa mère que son Heure n’est pas encore arrivée (2,4). Bien des éléments de ce texte (Jn 2,1-12) préparent le moment  » crucial  » où l’Heure sera là, l’heure paradoxale de la gloire sur la croix (Jn 19,25-27.34). Dans les deux épisodes, La mère de Jésus est présente, et nous pouvons rapprocher l’eau transformée en vin du sang et de l’eau qui sortent du côté du crucifié. Cela nous aide à comprendre la croix comme l’Heure où le sang versé est le bon vin donné en abondance.
Alors que Jésus est à Jérusalem, on ne réussit pas à l’arrêter, tant que son Heure n’est pas encore arrivée (7,30, voir aussi 8,20). Mais quand les Grecs demandent à Philippe de voir Jésus, celui-ci répond que l’Heure est là (12,23), qu’il veut la vivre, car il est venu pour cette Heure (12,27).
Dans le discours après la Cène, cependant, l’Heure ne fait pas seulement référence à la mort de Jésus sur la croix mais aux persécutions que subiront les disciples et à leur mort (16,2.4). Elle est mise en relation avec l’enfantement et permet de parler de la mort sur la croix comme d’un accouchement douloureux précédent la joie de la naissance (16,21). Elle est le temps où Jésus ne parlera plus du Père à ses disciples par comparaisons, mais ouvertement. Elle est malheureusement marquée par l’abandon des disciples (16,32). Toutefois, Jésus ne sera pas seul. Le Père est avec lui. Jésus prie donc son Père en reconnaissant que l’Heure est venue (17,1). C’est finalement à partir de cette Heure (dans les deux sens du terme) que le Disciple aimé reçoit la mère de Jésus comme sa propre mère (19,27).

La gloire
On peut également donner à la deuxième partie de l’évangile le titre de  » Livre de la gloire « , car l’Heure est le moment de la  » glorification  » (12,23).
Dans la Bible, la gloire est un attribut de Dieu. Elle se manifeste dans la nuée, le feu et la lumière (Ex 24,15-16 ; Ez 1,28). Elle remplit la terre (Is 6,3 ; Ps 108,2) et se trouve associée avec la sainteté et les œuvres du Seigneur (Ex 14,21-22 ; Is 6,3 ; Ps 19,2) qui rend justice et donne le salut (Ez 39,21 ; Ps 79,9).
Le terme  » gloire  » et le verbe  » glorifier  » sont employés plus d’une trentaine de fois dans le Quatrième évangile. Celui-ci affirme, dès le Prologue, que la gloire de Dieu est visible dans le Logos incarné (Jn 1,14). C’est donc bien de Dieu et non des hommes que Jésus reçoit la gloire. Il l’affirme lui-même (5,41) et accuse ses interlocuteurs de rechercher une gloire humaine au lieu de recevoir celle de Dieu (5,44).
La gloire de Dieu n’est pas une question de solennité, d’honneurs et d’admiration. La gloire vient de Dieu lui-même, et elle se communique par son amour. Ainsi l’amour du Père pour le Fils attribue à ce dernier la gloire du Père (Jn 17,24). Quand, dans sa prière, Jésus demande au Père de le glorifier, il parle aussi de glorifier le Père (17,1.4.5) et témoigne de cette façon d’un don réciproque ou amour mutuel. Mais l’amour du Père et du Fils ne les replie pas sur eux-mêmes, il se traduit par le don de la gloire aux disciples de telle façon que ceux-ci pourront entrer dans l’amour et la communion du Père et du Fils (17,22).
Par le signe de Cana, Jésus manifeste sa gloire et amène les disciples à croire en lui (Jn 2,11). Mais le vin abondant des noces oriente le lecteur vers la croix où s’exprime la plénitude de l’amour manifesté par Jésus aux siens (Jn 13,1) et se révèle comme le lieu de la glorification. La mort au Golgotha n’est donc pas un échec. De fait, au moment où Judas sort pour aller livrer son maître, Jésus ne parle pas de malheur, mais de gloire :  » Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ; si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire  » (Jn 13,31-32).
L’évangile se termine sur les bords du lac de Galilée (Jn 21), mais cet épisode ne met pas un point final à la Bonne Nouvelle. Le Ressuscité, en effet, indique à Pierre qu’il pourra à son tour glorifier Dieu. Il l’invite par un solennel  » Suis-moi  » (Jn 21,19) à marcher sur ses traces jusqu’à la mort que le disciple pourra vivre comme glorification.

Bernadette Escaffre, SBEV / Éd. du Cerf,Cahier Évangile n° 146 (décembre 2008) « Évangile de J.-C. selon St Jean. 2 – Le Livre de l’Heure (Jn 13–21) », pages 4-6.

LES COMMANDEMENTS – LETTRE DE TAIZÉ : 2004/2

20 juin, 2018

https://www.taize.fr/fr_article1076.html

imm fr Jesus Pantocrator

Christus Pantocrator

LES COMMANDEMENTS – LETTRE DE TAIZÉ : 2004/2

Pourquoi Jésus appelle-t-il « nouveau » le commandement de nous aimer les uns les autres ?
Une seule fois, Jésus a qualifié un commandement de « nouveau ». Le soir de sa passion, il dit à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34) En quoi ce commandement est-il nouveau ? L’amour mutuel n’est-il pas demandé déjà par le commandement ancien : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18) ?
Jésus donne à l’amour une mesure nouvelle. Il dit « comme je vous ai aimés » au moment même où, par amour, il donne tout. « Avant la fête de la Pâque, Jésus (…), ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jean 13,1) Il commence par leur laver les pieds, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné. » (verset 15) Ensuite, profondément troublé par le fait que l’un des Douze, l’apôtre Judas, va le trahir, il continue cependant à l’aimer, exprimant son amour par le don d’un morceau de pain : « Il le prend et le donne à Judas. » (verset 26) Et finalement, le don de l’exemple et le don du morceau de pain aboutissent au don du commandement : « Je vous donne un commandement nouveau. »
Juste avant le commandement nouveau se trouve une parole énigmatique : « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié. » (verset 31) Comment le Christ est-il glorifié avant d’entrer, par la croix et la résurrection, dans la gloire de son Père ? Il est déjà glorifié car sa gloire est d’aimer. Voilà pourquoi c’est maintenant, où il « aime jusqu’au bout », que sa gloire est manifestée. Judas est « sorti dans la nuit » pour le livrer. Mais Jésus ne subit pas passivement l’événement : livré, il se donne lui-même, il continue à aimer dans une situation qui semble sans espoir. C’est cela sa gloire.
Avec le commandement nouveau, Jésus associe ses disciples à ce qu’il a vécu, il leur donne d’aimer comme il aime. Ce soir-là, il a prié : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » (Jean 17,26) Désormais, il les habitera comme amour, il aimera en eux. Il ne donne pas seulement une parole à observer, il se donne lui-même. Avec le don du commandement nouveau, Jésus fait don de sa présence. Dans les Evangiles de Matthieu et de Marc, la sortie de Judas est immédiatement suivie par l’institution de l’eucharistie ; dans celui de Jean, par le don du commandement nouveau. Comme l’eucharistie, le commandement nouveau est présence réelle.
Cette nuit-là, Jésus « prit la coupe, en disant : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » (1 Corinthiens 11,25). Son commandement est donc nouveau parce qu’il appartient à la nouvelle alliance, annoncée par le prophète Jérémie : « Je conclurai une alliance nouvelle (…), je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. » (Jérémie 31,31-34) Dans la nouvelle alliance, l’ancien commandement est donné d’une manière nouvelle. La loi de Dieu n’est plus gravée sur des tables de pierre, mais inscrite dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui unit notre volonté à celle de Dieu.
Quelle est l’importance des commandements dans notre relation avec Dieu ?
Selon l’apôtre Jean, la communion avec Dieu se réalise dans l’observation des commandements : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. » (1 Jean 3,24) Au Sinaï, Dieu a fait alliance avec « ceux qui l’aiment et gardent ses commandements » (Deutéronome 7,9). En remontant plus loin encore vers les origines, la Bible raconte qu’ayant créé l’être humain, Dieu lui donne aussitôt un commandement (Genèse 2,16-17). C’est comme si, sans commandement, il n’y avait pas de relation avec Dieu.
On pourrait ressentir cette omniprésence des commandements comme pesante. Mais, aussi paradoxal que cela paraisse à première vue, les commandements de Dieu affirment notre liberté. A travers les commandements, Dieu nous parle. Ce que nous appelons les « dix commandements » s’appelle dans la Bible les « dix paroles » (par exemple Exode 34,28). Par les commandements, Dieu nous parle et nous invite à faire un choix (Deutéronome 30,15-20).
Aux animaux, Dieu donne de faire instinctivement ce qui est juste. A nous les humains, il nous dit les commandements, prenant le risque de notre liberté. « La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration, mais mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur ! » (Jérémie 8,7) Dieu ne programme ni ne force le comportement humain. Il nous parle. Jérémie se plaint de la situation qui peut en résulter. Mais si Dieu ne veut pas nous guider autrement qu’en nous parlant par ses commandements, c’est qu’il tient plus à notre réponse libre – quelle qu’elle soit – qu’à notre comportement juste.
Un jour, un jeune homme demande à Jésus : « Que dois faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? » Il lui répond : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est le Bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » (Matthieu 19,16-17) Pourquoi Jésus oppose-t-il, dans sa réaction, la simple observation des commandements à l’interrogation sur ce qu’il est bien de faire ? Les commandements sont autre chose qu’une information sur ce qui est bien ou mal. Jésus rappelle qu’« un seul est le Bon ». Par les commandements, Dieu ne nous communique pas tant un savoir sur le bien et le mal qu’un appel à l’écouter et à mettre en pratique ce que nous entendons.
La réaction de Jésus fait penser au tout premier commandement de Dieu dans le jardin d’Eden qui interdit de « manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Genèse 2,17). C’est un curieux commandement qui appelle, du moins pour commencer, à renoncer à connaître bien et mal ! Ce commandement demande de laisser à Dieu ce savoir. Il maintient, au centre de l’existence humaine, une zone de non-savoir, un espace libre pour la confiance, pour l’écoute de Dieu. Les commandements vivifient notre relation avec Dieu quand nous y discernons un écho du commandement du paradis, la voix de Dieu qui nous dit : « Laisse-moi être ton Dieu, laisse-moi te montrer le chemin, fais-moi confiance ! »

 

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