Archive pour la catégorie 'biblique'

LE NOM DE DIEU : « JE SUIS CELUI QUI SUIS ».

11 octobre, 2018

http://www.interbible.org/interBible/cithare/celebrer/2016/c_car_03.html

imm fr Philippe de Champaigne, Moïse présentant les tables de la Loi

Philippe de Champaigne, Moise Presentant les Tables De La Loi.

LE NOM DE DIEU : « JE SUIS CELUI QUI SUIS ».

Invitation à la conversion

Après l’évocation de la vocation d’Abraham (au 2e dimanche), c’est la figure de Moïse, impressionnante et déterminante, et la révélation majeure de Dieu saint proche des humains, qui sont présentées à notre réflexion. Quant au texte évangélique, il relate le récit de deux faits dramatiques, suivis d’une parabole évoquant l’agir patient de Dieu.
Deux malheurs et une interprétation
Quand arrivent les catastrophes, nous réagissons fortement; les malheurs de toutes sortes qui frappent des populations civiles nous heurtent, les souffrances que des enfants innocents, des personnes handicapées, des personnes âgées subissent nous scandalisent. Nous refusons le mal, certains iront jusqu’à se révolter contre Dieu. Pendant des siècles, des gens ont cru que le malheur s’abat sur celui qui est coupable. Les malheurs de Job conduisent sa famille, ses amis, les spécialistes religieux de l’époque, à croire qu’il a offensé Dieu. En Jean, l’histoire de l’aveugle-né reprend cette conception courante à l’époque. En effet, les disciples demandent: Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents? (9, 2-3). Dans le récit de Luc, en ce dimanche, on rencontre le même schéma de pensée. Ce qui arrive à des Galiléens dévots, en pèlerinage à Jérusalem, et aux 18 Judéens, près de la colonne de Siloé, prouverait qu’ils sont de grands coupables. Jésus demande alors à ceux qui rapportent les faits : Pensez-vous que ces Galiléens étaient des plus grands pécheurs que tous les autres… pour avoir subi un tel sort?… qu’ils (les Judéens) étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem (13, 2.4)?
La réponse de Jésus est limpide, il rejette cette mentalité que certains ont de se croire plus exemplaires que ceux sur qui le malheur s’acharne, comme si en étant épargnés, ils étaient rassurés sur leur droiture et leur justice. Les événements tragiques frappent les gens indépendamment de leur valeur morale. Et Jésus passe à un autre registre, Il saisit l’occasion pour renvoyer à eux-mêmes ceux qui l’écoutent. Tous, sans exception, sont également menacés s’ils se livrent au péché: Eh bien… je vous le dis; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière (v. 5).
L’urgence de la conversion
Jésus invite donc ses interlocuteurs à une prise de conscience, à regarder ce qu’ils sont à l’intime d’eux-mêmes, à juger de la nature de leurs actes, en somme à percevoir le sens de leur existence sous le regard aimant de Dieu qui est source de vie, puissance de vie et de bonheur. C’est un appel à la conversion, à se rendre compte de ce qui se passe dans le moment présent, à discerner, à bien juger, selon l’étymologie grecque (12, 56-57). Ces malheurs ont valeur d’avertissement, sont destinés à nous servir d’exemples, comme le mentionne Paul, dans sa Première lettre aux Corinthiens, (10, 6 deuxième lecture). La mort est imprévisible pour qui que ce soit, et les fidèles doivent se tenir prêts à affronter le jugement (Luc 12, 58-59). Lorsque le redressement s’impose, le fidèle doit de toute urgence, se mettre résolument à la tâche, sinon, le mal spirituel qu’est le péché le guette et le conduit à la mort.
La conversion! Cet appel à un changement de mentalité et de direction, il en a déjà été mention en Luc 5, 32 : Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs à la conversion. Jean le Baptiste a proclamé un baptême de conversion en vue du pardon des péchés (3, 3). Une partie du peuple avait reconnu alors la justice de Dieu en se faisant baptiser (3, 12); d’autres, des Pharisiens, des légistes ont refusé (7, 30). Et lorsque Jésus proclame, par le biais des paraboles (8, 8-10) et par ses guérisons, que le Règne de Dieu est arrivé, certains l’accusent de chasser les démons par Béelzébub (11, 15) et ils s’opposent fermement (5, 27- 6, 5; 11, 14 – 12, 59). Cette opposition ira s’accentuant jusqu’à la confrontation finale, à Jérusalem.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte portant sur la réalité du jugement (chapitres 12 et 13). Si, face au jugement perverti de l’homme, la conversion est possible, c’est grâce à l’action bienveillante et bienfaisante de Dieu qui donne en surabondance (chapitre 12). Par contre, si le règne de Dieu est refusé, la personne marche vers la mort. Toutefois, et l’histoire du peuple hébreu le prouve, l’amour de Dieu est toujours offert. Mais pour tout humain lié à sa nature mortelle, le temps de la conversion est limité.
Le vigneron imprévisible et patient
Comment ne pas apprécier la sollicitude du travailleur à l’égard du plant improductif pour lequel il intercède auprès du propriétaire de la vigne! Après trois ans, le sort du figuier est réglé. Pourquoi épuiser inutilement la terre? Mais non. Le paysan propose un délai inattendu, une dernière chance : Maître, laissez encore cette année. Peut-être donnera-t-il du fruit, à l’avenir (3, 8). Cette parabole nous situe alors en pleine espérance. Dans notre aujourd’hui, avec la présence de Dieu en nous, nous pouvons vivre l’insatisfaction face à ce que nous ne comprenons pas de la souffrance, de la mort, face à nos fragiles retournements à recommencer sans cesse. Dans ces humbles efforts, toutefois, s’exprime notre espérance en Dieu qui fait passer du côté de la vie.
« Je suis celui qui suis »
La première lecture présente l’un des plus importants personnages de la Bible: Moïse. Élevé à la cour de Pharaon, il fuit l’Égypte, à la suite du meurtre d’un égyptien qui maltraitait des Israélites (Exode 2, 12). Réfugié, il garde le troupeau de son beau-père, prêtre de Madiane, jusqu’au jour où il est appelé par Dieu à libérer son peuple de l’esclavage. C’est par-delà le désert, à l’Horeb, la montagne sainte (3, 1-15) que le Seigneur le rejoint. Moïse est intrigué par un feu qui sortait d’un buisson… qui brûlait sans se consumer (3, 2), un feu qui a valeur de signe, car cet élément accompagne la plupart du temps les manifestations de Dieu (19, 18).
Moïse! Moïse!, dit la voix de l’Ange qui initie la relation. Une interpellation qui dit la proximité. Puis, Dieu s’identifie, il est fidèle aux patriarches: Je suis le Dieu de ton Père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob (3, 4.6), le Dieu qui a protégé son peuple. Il voit, Il entend, Il connaît, Il sait: J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple… et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances… (3, 7). Et Dieu veut agir, Il a besoin d’un collaborateur qui sera son instrument de salut : Je t’envoie chez Pharaon: tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël (I3, 10). Que fera Moïse face à cette « annonciation » inattendue? Au départ, il est intrigué par le feu et fait un détour pour voir cette chose extraordinaire (3, 3). Rapidement, il éprouve, sinon un effroi, du moins une crainte révérencielle, une attirance aussi devant le mystère d’une Présence. Devant la mission confiée, celle d’être porte-parole de Dieu vis-à-vis de son peuple à la nuque raide, et qui se croit abandonner, Moïse reconnaît sa pauvreté: Que suis-je pour aller trouver le Pharaon (3, 11)? Et Yahvé l’encourage, le soutient, le convertit à son projet, avant même de se nommer: Je suis avec toi une présence agissante et pleine de force(3, 12; Juges 6, 16)). Tu diras aux fils d’Israël : Je suis… Yahvé, le Dieu de vos pères… m’a envoyé vers vous (3, 14-15; Jérémie 1, 19). Puis, à la demande explicite de Moïse, Dieu dévoile son nom, tout en le voilant : Je suis celui qui suis (3, 14; Je suis qui je serai… C’est là mon nom à jamais. (3, 15 dans la TOB). Il est celui qui fait exister les Fils d’Israël, qui les fera sortir de leur prison, qui va cheminer avec eux jusqu’à la terre ruisselant de lait et de miel (3, 8). La fidélité, la patience et l’amour miséricordieux de Dieu n’ont pas de limites, sa présence aimante traverse les âges.
Dans cette histoire de figuier, qui es-tu, Seigneur : le propriétaire de la vigne ou le vigneron? Quant à moi, je me sens plutôt figuier… Parce que j’ai expérimenté la patience de tes vignerons et la confiance qu’ils mettent en moi, je voudrais être aussi, pour d’autres, le vigneron qui se refuse à condamner avant un dernier effort, celui qui fait confiance malgré les apparences et les déceptions, celui qui met du sien pour que d’autres donnent du fruit. (Edmond Vandermeersch)

Julienne Côté, CND 

Source : Le Feuillet biblique, no 2479. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Centre biblique de Montréal. 

HONNEUR DU PÈRE ET DE LA MÈRE – Piero Stefani (biblista)

10 octobre, 2018

https://pierostefani.myblog.it/2010/01/30/onora-il-padre-e-la-madre-20-01-2010/

imm la mia

la famille de jésus, parents et grands-parents

HONNEUR DU PÈRE ET DE LA MÈRE – Piero Stefani (biblista)

(Traduction Google de l’italien)

(31/01/2010)

Publié le 30 janvier 2010

La pensée de la semaine n.280
 
Le livre de Gad Lerner (Scintille, Feltrinelli, Milan 2009) commence par une page qui, à première vue, a été écrite en dernier. Ce n’est pas une préface, ni une note de remerciement: c’est une justification pour les nombreuses pages, franchement actuelles, consacrées au père et, au lieu de la mère, présentes dans le livre. La référence au mot ancien est une excuse qui veut indiquer comment le conflit peut se transformer en une forme de respect envers soi-même et ceux qui nous ont donné la vie. Pour ce faire, on fait appel aux dix commandements.
Dans sa version originale, le commandement d’honorer père et mère utilise l’impératif kabbed (Ex 20.12). Lerner, à juste titre, rappelle l’étymologie qui retient l’idée de poids. Dans cette lecture, le but du commandement doit être compris comme la capacité de donner le « juste poids » aux parents. C’est une attitude d’adulte qui ne permet un retour qu’après un détachement; le livre symbolise tout cela par le commandement biblique adressé à Abraham de quitter sa propre terre, ses propres parents et la maison de son père (Gn 12,1). Ce n’est donc pas un acte comparable au retour pénitent du « fils prodigue ». Au contraire, ce n’est que la légitimation d’une distance qui permet une rencontre sans larmes ni calins.
Dans la version originale des « Dix mots », le sens du précepte – comme le sait bien Lerner – ne consiste pas à donner le « juste poids » aux parents, expression dans laquelle l’adjectif est appelé à redéfinir tout le contenu du commandement. Il ne fait aucun doute que l’étymon est lié à la signification de la lourdeur. Cependant, dans la formulation du précepte, cela se produit parce que l’idée de « gloire » (kavod), en hébreu, n’est pas liée à la splendeur, mais à la majestueuse solennité: kavod Adonaï « gloire du Seigneur » est liée à ce même domaine sémantique. Bible. Cela ne veut pas dire que les «Dix mots» sont une sorte de culte idolâtre destiné aux parents. Être souligné avec ce verbe est en fait éminemment le rôle réservé à l’origine.
Dans la forêt d’interdictions introduites par le « non » propre aux Dix Commandements, seuls deux préceptes affirmatifs se dégagent: ce qui concerne le sabbat de Dieu et de l’homme et celui qui concerne le père et la mère. Le premier est introduit par l’impératif « souviens-toi » (zakhor, Ex 20,8, dans Dt 5,12, il y a pour « observer » – shamor), le second pour « honorer ». Comme il est évident que les deux domaines sont bientôt mentionnés: se reconnaître en tant que créature. L’existence d’une personne n’est pas due à soi-même, mais à Dieu et aux parents. La distance entre le Seigneur et ses parents est infinie: père et mère sont à leur tour des enfants, c’est-à-dire qu’ils sont aussi des créatures. Dans le précepte, il n’y a rien de naturaliste. Contrairement à Dieu, les parents vieillissent et meurent. Ce n’est que le mot impératif qui nous dit que dans notre vie, c’est Dieu et que notre présence passe aussi par les parents. Inutile de cacher que dans l’ancienne affirmation la grossesse de cette connexion était beaucoup plus facile qu’aujourd’hui.
Déprimé par une pratique catéchétique qui préconisait aux enfants d’obéir à leurs parents, le commandement d’honorer père et mère reconquiert une épaisseur différente dans une société qui, après des conflits fréquents, voit se briser devant aux enfants la vieillesse prolongée et la décomposition assistée de ceux qui nous ont donné la vie. Giovanni Pascoli a écrit des vers que beaucoup d’entre eux n’ont pas entendu dire: « Je dois vous dire ce que pendant de nombreuses années / fermé à l’intérieur. Et ne pleure pas. / La vie / que tu m’as donnée – ou maman, toi! – Je ne l’aime pas »(Colloque). Le choix de le dire symboliquement devant la mère rend le conflit avec soi-même « dialogue ». De nos jours, plus a été ajouté. Aujourd’hui plus que jamais, l’une des tentations qui rendent la vie difficile à aimer est le «comment se réduire soi-même» dont les parents âgés sont de plus en plus le miroir involontaire. Les honorer, pour le croyant, signifie voir dans cette faiblesse une image de Dieu: pour la foi, la gloire divine n’est plus en poids, mais en humilité. C’est notre destin maintenant que l’impératif adressé à ceux qui nous ont donné la vie est de plus en plus entouré d’un sentiment de culpabilité de « ne pas en faire assez », « se sentir comme un fardeau », celui qui devrait recevoir du poids, pas réussir, ou ne pas pouvoir, être proche de ceux qui se trouvent dans une situation dans laquelle la communication est rendue de plus en plus difficile et enfin résoudre par le travail d’autres personnes qui ne sont pas désirés ou ne peuvent être faits seuls. Les considérations avec lesquelles s’ouvre le livre de Gad Lerner sont un rappel opportun pour nous faire comprendre que le commandement est adressé au adultes et pas aux enfants. Cependant, ses considérations s’arrêtent au seuil de la dernière salle, où le conflit s’arrête bien davantage à cause d’une faiblesse résignée que d’une réconciliation précaire réalisée grâce à une distance acceptée.

Piero Stefani

JEAN PAUL II – PS 149: LA FÊTE DES AMIS DE DIEU

22 août, 2018

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20010523.html

imm fr San-Miniato-Firenze

San Miniato, Firenze

JEAN PAUL II – PS 149: LA FÊTE DES AMIS DE DIEU

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 23 mai 2001

1.  » Les siens jubilent de gloire, ils acclament depuis leur place ». Cet appel du Psaume 149, qui vient d’être proclamé, renvoie à une aube qui va poindre et qui voit les fidèles prêts à entonner leur louange du matin. Cette louange est définie à travers une expression significative, « un chant nouveau » (v. 1), c’est-à-dire un hymne solennel et parfait, adapté aux jours de la fin, lorsque le Seigneur rassemblera les justes dans un monde renouvelé. Tout le Psaume est parcouru par une atmosphère de fête, déjà inaugurée par l’alleluia du début et ensuite rythmée par le chant, la louange, la joie, la danse, le son des tambours et des harpes. La prière que ce Psaume inspire est l’action de grâce d’un coeur comblé de joie religieuse.
2. Les protagonistes du Psaume sont appelés, dans l’original hébreux de l’hymne, par deux termes caractéristiques de la spiritualité de l’Ancien Testament. Ils sont tout d’abord définis trois fois comme des hasidim (vv. 1.5.9.), c’est-à-dire « les pieux, les fidèles », ceux qui répondent avec fidélité et amour (hesed) à l’amour paternel du Seigneur.
La seconde partie du Psaume surprend, car elle est remplie d’images guerrières. Il nous semble étrange que, dans un même verset, le Psaume réunisse « les éloges de Dieu à pleine gorge » et « à pleines mains l’épée à deux tranchants » (v. 6). En réfléchissant, nous pouvons en comprendre le pourquoi: le Psaume fut composé pour des « fidèles » qui se trouvaient engagés dans une lutte de libération; ils combattaient pour libérer leur peuple opprimé et lui rendre la possibilité de servir Dieu. Au cours de l’époque des Maccabées, au IIème siècle avant Jésus-Christ, les combattants pour la liberté et pour la foi, soumis à une dure répression de la part du pouvoir héllenistique, s’appelaient précisément hasidim, « les fidèles » à la Parole de Dieu et aux traditions des Pères.
3. Dans la perspective actuelle de notre prière, cette symbolique guerrière devient une image de notre engagement de croyants qui, après avoir chanté à Dieu la louange du matin, partent sur les routes du monde, affrontant le mal et l’injustice. Malheureusement, les forces qui s’opposent au Royaume de Dieu sont imposantes: le Psalmiste parle de « peuples, nations, rois et notables ». Pourtant il est confiant, car il sait qu’à ses côtés se trouve le Seigneur qui est le vrai Roi de l’histoire (v. 2). Sa victoire sur le mal est donc certaine et ce sera le triomphe de l’amour. Tous les hasidim participent à cette lutte, tous les fidèles et les justes qui, avec la force de l’Esprit, mènent à bien l’oeuvre admirable qui porte le nom de Royaume de Dieu.
4. Saint Augustin, en partant des références du Psaume au « choeur » et aux « tambours et aux harpes », commente: « Qu’est-ce que représente un choeur? [...] Le choeur est un ensemble de chanteurs qui chantent ensemble. Si nous chantons en choeur, nous devons chanter en accord. Lorsque l’on chante en choeur, une seule voix qui chante faux blesse l’auditeur et sème la confusion dans le choeur lui-même » (Enarr. in Ps. 149: CCL 40, 7, 1-4).
Faisant ensuite référence aux instruments utilisés par le Psalmiste, il se demande: « Pourquoi le Psalmiste prend-il en main le tambour et le psaltérion? ». Il répond: « Pour que la voix ne soit pas seule à louer le Seigneur, mais également les oeuvres. Lorsque l’on prend le tambour et la harpe, les mains s’accordent avec la voix. Il en est de même pour toi. Quand tu chantes l’alleluia, tu dois présenter le pain à l’affamé, vêtir celui qui est nu, accueillir le pèlerin. Si tu fais cela, ce n’est pas la voix seule qui chante, mais les mains s’harmonisent à la voix, dans la mesure où les paroles concordent avec les oeuvres » (Ibid., 8, 1-4).
5. Un deuxième terme définit les protagonistes de ce Psaume: ce sont les anawim, c’est-à-dire les « pauvres, les humbles » (v. 4). Cette expression est très fréquente dans le Psautier et indique non seulement les opprimés, les misérables, ceux qui sont persécutés pour la justice, mais également ceux qui, étant fidèles aux engagements moraux de l’Alliance avec Dieu, sont marginalisés par ceux qui choisissent la violence, la richesse et la puissance. Dans cette perspective, on comprend que les « pauvres » ne représentent pas seulement une catégorie sociale, mais un choix spirituel. Tel est le sens de la première et célèbre Béatitude: « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3). Le prophète Sophonie s’adressait déjà ainsi aux anawim: « Cherchez Yahvé, vous tous les humbles de la terre, qui accomplissez ses ordonnances. Cherchez la justice, cherchez l’humilité: peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère de Yahvé » (So 2, 3).
6. Le « jour de la colère de Yahvé » est précisément celui qui est décrit dans la seconde partie du psaume lors-que les « pauvres » se rangent du côté de Dieu pour lutter contre le mal. Seuls, ces derniers n’ont pas la force suffisante, ni les moyens, ni les stratégies nécessaires pour s’opposer à l’irruption du mal. Pourtant, la phrase du Psalmiste n’admet pas d’hésitations: « Car Yahvé se complaît en son peuple, de salut il pare les humbles (anawim) » (v. 4). De façon idéale se dessine ce que l’Apôtre Paul déclare aux Corinthiens: « Ce qui dans le monde est sans naissance et ce qu’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 28).
Avec cette certitude, « les fils de Sion » (v. 2), hasidim et anawim, c’est-à-dire les fidèles et les pauvres, partent pour vivre leur témoignage dans le monde et dans l’histoire. Le chant de Marie dans l’Evangile de Luc – le Magnificat – est l’écho des meilleurs sentiments des « fils de Sion »: louange joyeuse au Dieu Sauveur, action de grâce pour les merveilles accomplies en elle par le Tout Puissant, lutte contre les forces du mal, solidarité avec les pauvres, fidélité au Dieu de l’Alliance (cf. Lc 1, 46-55).

 

L’HEURE ET LA GLOIRE

5 juillet, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/831.html

imm fr antico orologio di paraga

ancienne horloge à Prague

L’HEURE ET LA GLOIRE

Théologie

Approfondir

Le terme  » heure  » est employé vingt-six fois dans le Quatrième évangile. Il exprime quelquefois l’heure que l’on peut mesurer chronologiquement : ainsi il y a douze heures dans la journée (11,9) ; les premiers disciples rencontrent Jésus à la dixième heure (1,39), la Samaritaine va puiser de l’eau à la sixième heure (4,6), le fils du fonctionnaire royal est guéri à la septième heure (4,52), etc. Les dimensions symbolique ou métaphorique de ces références ne sont pas absentes, mais l’usage premier reste celui d’un horaire de la journée.

L’Heure
Cependant, l’évangéliste utilise le plus souvent le mot  » heure  » pour indiquer un temps qu’une horloge ne pourrait pas mesurer. La plupart des traductions l’écrivent alors avec une majuscule. Cette Heure fait référence au moment de l’accomplissement du projet de salut de Dieu et, pour le Quatrième évangile, ce temps de Dieu se réalise à la crucifixion. C’est l’Heure du retour de Jésus vers le Père (13,1), donc celui de l’élévation (3,14 ; 12,32-33).
Dans le Livre des signes, ce terme apparaît déjà aux noces de Cana, quand Jésus dit à sa mère que son Heure n’est pas encore arrivée (2,4). Bien des éléments de ce texte (Jn 2,1-12) préparent le moment  » crucial  » où l’Heure sera là, l’heure paradoxale de la gloire sur la croix (Jn 19,25-27.34). Dans les deux épisodes, La mère de Jésus est présente, et nous pouvons rapprocher l’eau transformée en vin du sang et de l’eau qui sortent du côté du crucifié. Cela nous aide à comprendre la croix comme l’Heure où le sang versé est le bon vin donné en abondance.
Alors que Jésus est à Jérusalem, on ne réussit pas à l’arrêter, tant que son Heure n’est pas encore arrivée (7,30, voir aussi 8,20). Mais quand les Grecs demandent à Philippe de voir Jésus, celui-ci répond que l’Heure est là (12,23), qu’il veut la vivre, car il est venu pour cette Heure (12,27).
Dans le discours après la Cène, cependant, l’Heure ne fait pas seulement référence à la mort de Jésus sur la croix mais aux persécutions que subiront les disciples et à leur mort (16,2.4). Elle est mise en relation avec l’enfantement et permet de parler de la mort sur la croix comme d’un accouchement douloureux précédent la joie de la naissance (16,21). Elle est le temps où Jésus ne parlera plus du Père à ses disciples par comparaisons, mais ouvertement. Elle est malheureusement marquée par l’abandon des disciples (16,32). Toutefois, Jésus ne sera pas seul. Le Père est avec lui. Jésus prie donc son Père en reconnaissant que l’Heure est venue (17,1). C’est finalement à partir de cette Heure (dans les deux sens du terme) que le Disciple aimé reçoit la mère de Jésus comme sa propre mère (19,27).

La gloire
On peut également donner à la deuxième partie de l’évangile le titre de  » Livre de la gloire « , car l’Heure est le moment de la  » glorification  » (12,23).
Dans la Bible, la gloire est un attribut de Dieu. Elle se manifeste dans la nuée, le feu et la lumière (Ex 24,15-16 ; Ez 1,28). Elle remplit la terre (Is 6,3 ; Ps 108,2) et se trouve associée avec la sainteté et les œuvres du Seigneur (Ex 14,21-22 ; Is 6,3 ; Ps 19,2) qui rend justice et donne le salut (Ez 39,21 ; Ps 79,9).
Le terme  » gloire  » et le verbe  » glorifier  » sont employés plus d’une trentaine de fois dans le Quatrième évangile. Celui-ci affirme, dès le Prologue, que la gloire de Dieu est visible dans le Logos incarné (Jn 1,14). C’est donc bien de Dieu et non des hommes que Jésus reçoit la gloire. Il l’affirme lui-même (5,41) et accuse ses interlocuteurs de rechercher une gloire humaine au lieu de recevoir celle de Dieu (5,44).
La gloire de Dieu n’est pas une question de solennité, d’honneurs et d’admiration. La gloire vient de Dieu lui-même, et elle se communique par son amour. Ainsi l’amour du Père pour le Fils attribue à ce dernier la gloire du Père (Jn 17,24). Quand, dans sa prière, Jésus demande au Père de le glorifier, il parle aussi de glorifier le Père (17,1.4.5) et témoigne de cette façon d’un don réciproque ou amour mutuel. Mais l’amour du Père et du Fils ne les replie pas sur eux-mêmes, il se traduit par le don de la gloire aux disciples de telle façon que ceux-ci pourront entrer dans l’amour et la communion du Père et du Fils (17,22).
Par le signe de Cana, Jésus manifeste sa gloire et amène les disciples à croire en lui (Jn 2,11). Mais le vin abondant des noces oriente le lecteur vers la croix où s’exprime la plénitude de l’amour manifesté par Jésus aux siens (Jn 13,1) et se révèle comme le lieu de la glorification. La mort au Golgotha n’est donc pas un échec. De fait, au moment où Judas sort pour aller livrer son maître, Jésus ne parle pas de malheur, mais de gloire :  » Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ; si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire  » (Jn 13,31-32).
L’évangile se termine sur les bords du lac de Galilée (Jn 21), mais cet épisode ne met pas un point final à la Bonne Nouvelle. Le Ressuscité, en effet, indique à Pierre qu’il pourra à son tour glorifier Dieu. Il l’invite par un solennel  » Suis-moi  » (Jn 21,19) à marcher sur ses traces jusqu’à la mort que le disciple pourra vivre comme glorification.

Bernadette Escaffre, SBEV / Éd. du Cerf,Cahier Évangile n° 146 (décembre 2008) « Évangile de J.-C. selon St Jean. 2 – Le Livre de l’Heure (Jn 13–21) », pages 4-6.

LES COMMANDEMENTS – LETTRE DE TAIZÉ : 2004/2

20 juin, 2018

https://www.taize.fr/fr_article1076.html

imm fr Jesus Pantocrator

Christus Pantocrator

LES COMMANDEMENTS – LETTRE DE TAIZÉ : 2004/2

Pourquoi Jésus appelle-t-il « nouveau » le commandement de nous aimer les uns les autres ?
Une seule fois, Jésus a qualifié un commandement de « nouveau ». Le soir de sa passion, il dit à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34) En quoi ce commandement est-il nouveau ? L’amour mutuel n’est-il pas demandé déjà par le commandement ancien : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18) ?
Jésus donne à l’amour une mesure nouvelle. Il dit « comme je vous ai aimés » au moment même où, par amour, il donne tout. « Avant la fête de la Pâque, Jésus (…), ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jean 13,1) Il commence par leur laver les pieds, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné. » (verset 15) Ensuite, profondément troublé par le fait que l’un des Douze, l’apôtre Judas, va le trahir, il continue cependant à l’aimer, exprimant son amour par le don d’un morceau de pain : « Il le prend et le donne à Judas. » (verset 26) Et finalement, le don de l’exemple et le don du morceau de pain aboutissent au don du commandement : « Je vous donne un commandement nouveau. »
Juste avant le commandement nouveau se trouve une parole énigmatique : « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié. » (verset 31) Comment le Christ est-il glorifié avant d’entrer, par la croix et la résurrection, dans la gloire de son Père ? Il est déjà glorifié car sa gloire est d’aimer. Voilà pourquoi c’est maintenant, où il « aime jusqu’au bout », que sa gloire est manifestée. Judas est « sorti dans la nuit » pour le livrer. Mais Jésus ne subit pas passivement l’événement : livré, il se donne lui-même, il continue à aimer dans une situation qui semble sans espoir. C’est cela sa gloire.
Avec le commandement nouveau, Jésus associe ses disciples à ce qu’il a vécu, il leur donne d’aimer comme il aime. Ce soir-là, il a prié : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » (Jean 17,26) Désormais, il les habitera comme amour, il aimera en eux. Il ne donne pas seulement une parole à observer, il se donne lui-même. Avec le don du commandement nouveau, Jésus fait don de sa présence. Dans les Evangiles de Matthieu et de Marc, la sortie de Judas est immédiatement suivie par l’institution de l’eucharistie ; dans celui de Jean, par le don du commandement nouveau. Comme l’eucharistie, le commandement nouveau est présence réelle.
Cette nuit-là, Jésus « prit la coupe, en disant : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » (1 Corinthiens 11,25). Son commandement est donc nouveau parce qu’il appartient à la nouvelle alliance, annoncée par le prophète Jérémie : « Je conclurai une alliance nouvelle (…), je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. » (Jérémie 31,31-34) Dans la nouvelle alliance, l’ancien commandement est donné d’une manière nouvelle. La loi de Dieu n’est plus gravée sur des tables de pierre, mais inscrite dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui unit notre volonté à celle de Dieu.
Quelle est l’importance des commandements dans notre relation avec Dieu ?
Selon l’apôtre Jean, la communion avec Dieu se réalise dans l’observation des commandements : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. » (1 Jean 3,24) Au Sinaï, Dieu a fait alliance avec « ceux qui l’aiment et gardent ses commandements » (Deutéronome 7,9). En remontant plus loin encore vers les origines, la Bible raconte qu’ayant créé l’être humain, Dieu lui donne aussitôt un commandement (Genèse 2,16-17). C’est comme si, sans commandement, il n’y avait pas de relation avec Dieu.
On pourrait ressentir cette omniprésence des commandements comme pesante. Mais, aussi paradoxal que cela paraisse à première vue, les commandements de Dieu affirment notre liberté. A travers les commandements, Dieu nous parle. Ce que nous appelons les « dix commandements » s’appelle dans la Bible les « dix paroles » (par exemple Exode 34,28). Par les commandements, Dieu nous parle et nous invite à faire un choix (Deutéronome 30,15-20).
Aux animaux, Dieu donne de faire instinctivement ce qui est juste. A nous les humains, il nous dit les commandements, prenant le risque de notre liberté. « La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration, mais mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur ! » (Jérémie 8,7) Dieu ne programme ni ne force le comportement humain. Il nous parle. Jérémie se plaint de la situation qui peut en résulter. Mais si Dieu ne veut pas nous guider autrement qu’en nous parlant par ses commandements, c’est qu’il tient plus à notre réponse libre – quelle qu’elle soit – qu’à notre comportement juste.
Un jour, un jeune homme demande à Jésus : « Que dois faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? » Il lui répond : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est le Bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » (Matthieu 19,16-17) Pourquoi Jésus oppose-t-il, dans sa réaction, la simple observation des commandements à l’interrogation sur ce qu’il est bien de faire ? Les commandements sont autre chose qu’une information sur ce qui est bien ou mal. Jésus rappelle qu’« un seul est le Bon ». Par les commandements, Dieu ne nous communique pas tant un savoir sur le bien et le mal qu’un appel à l’écouter et à mettre en pratique ce que nous entendons.
La réaction de Jésus fait penser au tout premier commandement de Dieu dans le jardin d’Eden qui interdit de « manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Genèse 2,17). C’est un curieux commandement qui appelle, du moins pour commencer, à renoncer à connaître bien et mal ! Ce commandement demande de laisser à Dieu ce savoir. Il maintient, au centre de l’existence humaine, une zone de non-savoir, un espace libre pour la confiance, pour l’écoute de Dieu. Les commandements vivifient notre relation avec Dieu quand nous y discernons un écho du commandement du paradis, la voix de Dieu qui nous dit : « Laisse-moi être ton Dieu, laisse-moi te montrer le chemin, fais-moi confiance ! »

 

BENOÎT XVI – Psaume 33 «Le Seigneur est mon berger, rien ne me manque»

19 juin, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111005.html

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BENOÎT XVI – Psaume 33 «Le Seigneur est mon berger, rien ne me manque»

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 5 octobre 2011

Chers frères et sœurs,

S’adresser au Seigneur dans la prière implique un acte radical de confiance, dans la conscience de s’en remettre à Dieu qui est bon, «Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité» (Ex 34, 6-7; Ps 86, 15; cf. Jl 2, 13; Gn 4, 2; Ps 103, 8; 145, 8; Né 9, 17). C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui réfléchir avec vous sur un Psaume plein de confiance, dans lequel le Psalmiste exprime sa sereine certitude d’être guidé et protégé, mis à l’abri de tout danger, parce que le Seigneur est son pasteur. Il s’agit du Psaume 23 — selon la datation gréco-latine 22 — un texte familier à tous et aimé de tous.
: c’est ainsi que débute cette belle prière, évoquant le contexte nomade de l’élevage des brebis et l’expérience de la connaissance réciproque qui s’établit entre le pasteur et les brebis qui composent son petit troupeau. L’image rappelle une atmosphère de confidence, d’intimité, de tendresse: le pasteur connaît ses brebis une par une, il les appelle par leur nom et elles le suivent parce qu’elles le reconnaissent et qu’elles se fient à lui (cf. Jn 10, 2-4). Il prend soin d’elles, il les garde comme des biens précieux, prêt à les défendre, à en garantir le bien-être, à les faire vivre dans la tranquillité. Rien ne peut leur manquer si le pasteur est avec elles. C’est à cette expérience que fait référence le Psalmiste en appelant Dieu son pasteur, en se laissant guider par Lui vers des pâturages sûrs :
«Sur des prés d’herbe fraîche il me parque. / Vers les eaux du repos il me mène, / il y refait mon âme; il me guide aux sentiers de justice / à cause de son nom» (vv. 2-3).
La vision qui s’ouvre sous nos yeux est celle de prés verts et de sources d’eau limpide, une oasis de paix vers laquelle le pasteur accompagne le troupeau, symboles des lieux de vie vers lesquels le Seigneur conduit le Psalmiste, qui se sent comme les brebis étendues sur l’herbe à côté d’une source, au repos, non en tension ou en état d’alerte, mais confiantes et tranquilles, parce l’endroit est sûr, l’eau est fraîche, et le pasteur veille sur elles. Et n’oublions pas ici que la scène évoquée par le Psaume se passe dans une terre en grande partie désertique, battue par un soleil cuisant, où le pasteur semi-nomade du Moyen-Orient vit avec son troupeau dans les steppes desséchées, qui s’étendent autour des villages. Mais le pasteur sait où trouver l’herbe et l’eau fraîche, essentielles pour la vie, il sait conduire à l’oasis où l’âme «se raffermit» et où il est possible de reprendre des forces et de nouvelles énergies pour se remettre en chemin.
Comme le dit le Psalmiste, Dieu le guide vers les «prés d’herbe fraîche» et les «eaux du repos», où tout est surabondant, tout est donné de façon copieuse. Si le Seigneur est le pasteur, même dans le désert, lieu d’absence et de mort, la certitude d’une présence radicale de vie ne fait pas défaut, au point de pouvoir dire: «rien ne me manque». Le pasteur, en effet, a à cœur le bien de son troupeau, il adapte ses propres rythmes et ses propres exigences à celles de ses brebis, il marche et il vit avec elles, en les guidant sur des sentiers «justes», c’est-à-dire adaptés à elles, attentif à leurs besoins et non aux siens. La sécurité de son troupeau est sa priorité et c’est à elle qu’il obéit quand il le conduit.
Chers frères et sœurs, nous aussi, comme le Psalmiste, si nous marchons derrière le «bon Pasteur», aussi difficiles, tortueux ou longs que puissent apparaître les parcours de notre vie, souvent aussi dans des zones spirituellement désertiques, sans eau et sous le soleil d’un rationalisme cuisant, sous la conduite du bon pasteur, le Christ, nous sommes certains d’aller sur les routes «justes», que le Seigneur nous guide et qu’il est toujours proche de nous et qu’il ne nous manquera rien.
C’est pourquoi le Psalmiste peut déclarer une tranquillité et une sécurité sans incertitudes ni craintes :
«Passerais-je un ravin de ténèbres, / je ne crains aucun mal car tu es près de moi; / ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent» (v. 4).
Qui passe avec le Seigneur dans le ravin de ténèbres de la souffrance, de l’incertitude et de tous les problèmes humains, se sent en sécurité. Tu es avec moi: telle est notre certitude, celle qui nous soutient. L’obscurité de la nuit fait peur, avec ses ombres changeantes, la difficulté à distinguer les dangers, son silence rempli de bruits indéchiffrables. Si le troupeau se déplace à la nuit tombée, quand la visibilité se fait incertaine, il est normal que les brebis soient inquiètes, le risque existe de trébucher ou de s’éloigner et de se perdre, et il y a encore la crainte de possibles agresseurs qui se cachent dans l’obscurité. Pour parler de ce ravin de «ténèbres», le Psalmiste utilise une expression en hébreu qui évoque les ténèbres de la mort, pour lequel la vallée à traverser est un lieu d’angoisse, de terribles menaces, de dangers de mort. Et pourtant, l’orant continue avec certitude, avec assurance, sans peur, parce qu’il sait que le Seigneur est avec lui. Ce «tu es avec moi» est une proclamation de confiance, inébranlable, et elle synthétise l’expérience d’une foi radicale; la proximité de Dieu transforme la réalité, le ravin de ténèbres perd toute dangerosité, se vide de toute menace. Le troupeau à présent peut cheminer tranquille, accompagné par le bruit familier du bâton qui frappe le terrain et signale la présence rassurante du pasteur.
Cette image réconfortante termine la première partie du Psaume et laisse place à une scène différente. Nous sommes encore dans le désert, où le pasteur vit avec son troupeau, mais à présent nous sommes transportés sous sa tente, qui s’ouvre pour donner l’hospitalité:
«Devant moi tu apprêtes une table / face à mes adversaires; / d’une onction tu me parfumes la tête, / ma coupe déborde» (v. 5).
Maintenant, le Seigneur est présenté comme Celui qui accueille l’orant, avec les signes d’une hospitalité généreuse et pleine d’attentions. L’hôte divin prépare la nourriture sur la «table», un terme qui en hébreu indique, dans son sens primitif, la peau de bête qui était étendue par terre et sur laquelle on posait les plats pour le repas commun. Il s’agit d’un geste de partage non seulement de la nourriture, mais également de la vie, dans une offrande de communion et d’amitié qui crée des liens et exprime la solidarité. Et ensuite, il y a le don munificent de l’huile parfumée sur la tête, qui procure un soulagement contre la brûlure du soleil du désert, qui rafraîchit et adoucit la peau et réjouit l’esprit de son parfum. Enfin, le calice débordant ajoute une note de fête, avec son vin exquis, partagé avec une générosité surabondante. Nourriture, huile, vin: ce sont les dons qui font vivre et qui donnent la joie car ils vont au-delà de ce qui est strictement nécessaire et expriment la gratuité et l’abondance de l’amour. Le Psaume 104 proclame, en célébrant la bonté providentielle du Seigneur: «Tu fais croître l’herbe pour le bétail et les plantes à l’usage des humains, pour qu’ils tirent le pain de la terre et le vin qui réjouit le cœur de l’homme, pour que l’huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l’homme» (vv. 14-15). Le Psalmiste est l’objet de nombreuses attentions, c’est pourquoi il se voit comme un voyageur qui trouve refuge sous une tente hospitalière, alors que ses ennemis doivent s’arrêter pour regarder, sans pouvoir intervenir, car celui qu’ils considéraient comme leur proie a été mis en sécurité, il est devenu un hôte sacré, intouchable. Et nous sommes nous-mêmes le Psalmiste, si nous sommes réellement croyants en communion avec le Christ. Quand Dieu ouvre sa tente pour nous accueillir, rien ne peut nous faire de mal.
Ensuite, lorsque le voyageur repart, la protection divine se prolonge et l’accompagne au cours de son voyage :
«Oui, grâce et bonheur me pressent / tous les jours de ma vie; / ma demeure est la maison du Seigneur / en la longueur des jours» (v. 6).
La bonté et la fidélité de Dieu sont l’escorte qui accompagne le Psalmiste qui sort de la tente et se remet en chemin. Mais c’est un chemin qui acquiert un sens nouveau, et devient pèlerinage vers le Temple du Seigneur, le lieu saint où l’orant veut «demeurer» pour toujours et auquel il veut également «retourner». Le verbe hébreu utilisé ici a le sens de «revenir» mais, au moyen d’une petite modification de voyelle, il peut être entendu comme «demeurer» et et c’est ainsi qu’il est rendu par les antiques versions et par la majorité des traductions modernes. Les deux sens peuvent être maintenus: retourner au Temple et y demeurer est le désir de chaque Israélite, et habiter près de Dieu dans sa proximité et sa bonté est le désir et la nostalgie de tout croyant: pouvoir habiter réellement là où est Dieu, près de Dieu. Se placer à la suite du Pasteur conduit à sa maison, tel est le but de tout chemin, oasis recherchée dans le désert, tente où se réfugier en fuyant ses ennemis, lieu de paix où faire l’expérience de la bonté et de l’amour fidèle de Dieu jour après jour, dans la joie sereine d’un temps sans fin.
Les images de ce Psaume, avec leur richesse et leur profondeur, ont accompagné toute l’histoire et l’expérience religieuse du peuple d’Israël et accompagnent les chrétiens. La figure du pasteur, en particulier, évoque le temps originel de l’Exode, le long chemin dans le désert, comme un troupeau guidé par le Pasteur divin (cf. Is 63, 11-14; Ps 77, 20-21; 78, 52-54). Et sur la terre promise, c’était le roi qui avait le devoir de paître le troupeau du Seigneur, comme David, pasteur choisi par Dieu et figure du Messie (cf. 2 S 5, 1-2; 7, 8; Ps 78, 70-72). Puis, après l’exil de Babylone, presque dans un nouvel exode (cf. Is 40, 3-5.9-11; 43, 16-21), Israël revient dans sa patrie comme une brebis égarée et retrouvée, reconduite par Dieu vers de verts pâturages et des lieux de repos (cf. Ez 34, 11-16, 23-31). Mais c’est dans le Seigneur Jésus que toute la force évocatrice de notre Psaume atteint sa plénitude, trouve sa pleine signification: Jésus est le «Bon Pasteur» qui va à la recherche de la brebis égarée, qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles (cf. Mt 18, 12-14; Lc 15, 4-7; Jn 10, 2-4.11-18). Il est le chemin, la juste voie qui nous conduit à la vie (cf. Jn 14, 6), la lumière qui illumine la vallée obscure et vainc chacune de nos peurs (cf. Jn 1, 9; 8, 12; 9, 5; 12, 46). C’est Lui l’hôte généreux qui nous accueille et nous met à l’abri des ennemis en préparant la table de son corps et de son sang (cf. Mt 26, 26-29; Mc 14, 22-25; Lc 22, 19-20) et celle définitive du banquet messianique au Ciel (cf. Lc 14, 15sq; Ap 3, 20; 19, 9). C’est Lui le Pasteur royal, le roi dans la douceur et dans le pardon, intronisé sur le bois glorieux de la croix (cf. Jn 3, 13-15; 12, 32; 17, 4-5).
Chers frères et sœurs, le Psaume 23 nous invite à renouveler notre confiance en Dieu, en nous abandonnant totalement entre ses mains. Demandons donc avec foi que le Seigneur nous accorde, même sur les chemins difficiles de notre temps, de marcher toujours sur ses sentiers comme un troupeau docile et obéissant, qu’il nous accueille dans sa maison, à sa table et qu’il nous conduise vers des «eaux tranquilles» afin que, dans l’accueil du don de son Esprit, nous puissions nous abreuver à ses eaux, sources de l’eau vive «jaillissant en vie éternelle» (Jn 4, 14; cf. 7, 37-39). Merci.

 

LA DANSE ÉROTIQUE DU ROI DAVID – 2 SAMUEL 6, 12-23

18 juin, 2018

http://www.interbible.org/interBible/decouverte/insolite/2012/insolite_120217.html

imm fr David dansant près de l'arche

David dansant pres de l’arche

LA DANSE ÉROTIQUE DU ROI DAVID – 2 SAMUEL 6, 12-23

L’arche de l’alliance fait son entrée à Jérusalem dans la joie, la danse et… la nudité!
On vint dire au roi David : « Le Seigneur a béni la maison de Oved-Édom et tout ce qui lui appartient à cause de l’arche de Dieu. » David partit alors et fit monter l’arche de Dieu de la maison de Oved-Édom à la Cité de David, dans la joie. Or donc, lorsque les porteurs de l’arche du Seigneur eurent fait six pas, il offrit en sacrifice un taureau et un veau gras.
David tournoyait de toutes ses forces devant le Seigneur – David était ceint d’un éphod de lin. David et toute la maison d’Israël faisaient monter l’arche du Seigneur parmi les ovations et au son du cor.
Or quand l’arche du Seigneur entra dans la Cité de David, Mikal, fille de Saül, se pencha à la fenêtre : elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur et elle le méprisa dans son cœur.
On fit entrer l’arche du Seigneur et on l’exposa à l’endroit préparé pour elle au milieu de la tente que David lui avait dressée. Et David offrit des holocaustes devant le Seigneur et des sacrifices de paix. Quand David eut fini d’offrir l’holocauste et les sacrifices de paix, il bénit le peuple au nom du Seigneur, le tout-puissant.
Puis il fit distribuer à tout le peuple, à toute la foule d’Israël, hommes et femmes, une galette, un gâteau de dattes et un gâteau de raisins secs par personne, et tout le peuple s’en alla chacun chez soi.
David rentra pour bénir sa maison. Mikal, la fille de Saül, sortit au-devant de David et lui dit : « Il s’est fait honneur aujourd’hui, le roi d’Israël, en se dénudant devant les servantes de ses esclaves comme le ferait un homme de rien! »
David dit à Mikal : « C’est devant le Seigneur, qui m’a choisi et préféré à ton père et à toute sa maison pour m’instituer comme chef sur le peuple du Seigneur, sur Israël, c’est devant le Seigneur que je m’ébattrai.
Je m’abaisserai encore plus et je m’humilierai à mes propres yeux, mais, près des servantes dont tu parles, auprès d’elles, je serai honoré. » Et Mikal, fille de Saül, n’eut pas d’enfant jusqu’au jour de sa mort. (2 Samuel 6,12-23)
Dans sa joie d’accueillir le Seigneur, David danse de toutes ses forces alors qu’il est vêtu d’un éphod de lin. Il s’agit d’un vêtement porté par les prêtres du Temple. Les opinions divergent quant à sa forme. Selon Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle, il s’agit d’une espèce de tunique courte, avec une ouverture au niveau de l’abdomen. On comprend que la façon de danser de David fait en sorte que le vêtement remonte un peu trop haut et que tout le monde peut voir sous sa tunique.
Comme le montrent certains des récits insolites de la Genèse, la nudité publique n’était pas bien vue dans les temps bibliques. C’était un déshonneur de montrer certaines parties de son corps.
La femme de David, Mikal, lui reproche une conduite qu’elle juge indigne du roi d’Israël. Mikal est à la fois la première de ses femmes et la fille du roi Saül, rival de David. Le narrateur du récit, la présente par son lien avec Saül plutôt que par son lien avec David. Elle est donc placée en opposition à David. Le récit se termine par la déclaration de la stérilité de Mikal, qui apparaît comme le symbole de la fin de la maison de Saül. La dynastie de David devient maintenant celle du Seigneur.
Cette façon de danser, susceptible de faire entrer en transe le danseur, se retrouve dans les pratiques de certains groupes de prophètes extatiques rencontrés dans la Bible (1 S 10,5; 2 R 3,15; 1 Ch 25,3).
Le récit a pour rôle de présenter David comme prêtre, prophète et roi. Il s’habille en prêtre, offre des sacrifices, et bénit le peuple. Il danse comme le faisaient certains prophètes. Il donne de la nourriture au peuple et il affirme que son élection provient de Dieu. Le texte n’est donc pas une simple anecdote sur la façon « libérale » de danser de David. Il vise plutôt à faire de David la personne qui, au sein du peuple, rassemble les trois pouvoirs. Lorsque ce récit est écrit, plusieurs siècles après sa mort, il sert à montrer toute l’importance de David dans l’histoire du peuple juif : le Seigneur soutient sa dynastie et pourrait même rétablir son règne d’une autre façon. C’est la forme que prendra l’espoir messianique, au retour de l’exil : Dieu suscitera un messie comme David.
La suite du second livre de Samuel raconte la fameuse prophétie de Nathan. Le prophète révèle à David que le Seigneur établira sa dynastie pour toujours : « Devant toi, ta maison et ta royauté seront à jamais stables, ton trône à jamais affermi. » (2 S 7,16) Notre récit insolite de la danse du roi prépare la prophétie qui redonnera espoir aux Juifs en exil, au VIe siècle av. J.-C. À partir de ce moment-là, ils attendront la venue d’un messie. Quelques siècles plus tard, des disciples de Jésus croiront que lui, le descendant de David, est le messie attendu.

La danse rituelle
Dans le judaïsme, la danse n’est pas mal vue. L’hommage à Dieu peut prendre la forme de l’expression corporelle. On s’accorde à trouver là l’origine du balancement des juifs, au moment de la prière.
Dans plusieurs traditions spirituelles, les danses religieuses vont de pair avec des états modifiés de conscience. La danse et la musique permettent d’entrer en contact avec l’altérité. Le battement du pied appelle les énergies et la gestuelle des bras oriente vers le ciel. L’être humain devient ainsi un pont entre le ciel et la terre.

Réflexions
La danse fait partie encore aujourd’hui de la manière de vivre la religion juive. Elle est toujours présente dans les célébrations de mariage et de bar-mitsvah, le rite de passage qui fait entrer le jeune garçon dans l’âge adulte.
Nous pouvons retenir de ce récit que la prière peut être corporelle et joyeuse. Nos messes catholiques n’ont pas à ressembler à des rencontres organisées par un club de l’Âge d’or. Plusieurs groupes chrétiens créent des musiques entraînantes qui vont du gospel au rock chrétien. Certains rassemblements de jeunes chrétiens évangéliques ressemblent presque à des concerts rock, où tout le monde chante et danse pendant des heures, dans un état d’ouverture à la Transcendance. Ces manifestations sont tout à l’opposée des célébrations monastiques, avec leur calme et leur silence. Il existe donc deux façons très différentes de s’ouvrir à Dieu et elles sont complémentaires. Une communauté ou une personne qui ne goûte pas l’expérience du silence passe à côté d’une source intarissable. Pourtant, si une communauté ou une personne n’exprime pas sa foi et ne la célèbre pas dans la joie, elle passe aussi à côté d’une fontaine abondante et bienfaisante.
Peu importe la façon d’exprimer sa prière, ce qui compte, c’est la qualité de la relation avec Dieu. La disposition intérieure reste fondamentale. Dans sa prière dansée, David était authentiquement plein de joie et il ne s’arrêtait pas à ce que les autres pouvaient penser de lui.

Sébastien Doane

LA PUISSANCE DU NOM DIVIN (ÉTUDE DU PSAUME 8)

10 mai, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/734.html

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LA PUISSANCE DU NOM DIVIN (ÉTUDE DU PSAUME 8)

Commentaire au fil du texte

Commencer
Ce psaume 8 est bref, mais il contient l’univers entier…
Le psaume 8 est court et pourtant il évoque l’univers, l’homme et Dieu. Plus particulièrement, la grandeur du Nom de Dieu. Comment cela ?

Parcourir le psaume
Première remarque qui est utile dans l’étude de bien des textes bibliques : le psaume 8 commence et se termine par une « inclusion ». Procédé littéraire assez courant, l’inclusion est la répétition volontaire d’un mot, d’une expression ou d’une phrase, que l’auteur veut mettre en valeur et qu’il utilise comme un indice de la construction de son texte (pour borner le passage, marquer ses parties ou le relier au contexte). L’inclusion est ici une doxologie, c’est-à-dire une formulation de la Gloire de Dieu :
« SEIGNEUR notre Seigneur,
que ton nom est magnifique par toute la terre ! » (v. 2 et v. 10).
Deuxième remarque : quel est le vocabulaire dominant dans ce psaume ? Il parait simple de remarquer celui-ci :
v. 2 : terre, cieux
v. 4 : cieux, lune, étoiles
v. 7 : œuvres de tes mains
v. 8 : bétail, gros ou petit, bêtes sauvages
v. 9 : oiseau du ciel, poissons, mer.

Tous ces éléments sont ceux de la création, de l’univers. Mais un autre champ sémantique fait contrepoint :
v. 3 : tout petits, nourrissons
v. 5 : l’homme, l’être humain
v. 6 : presque un dieu

C’est l’homme, dans sa fragilité et sa dépendance, qui trouve une place dans la création.
Ces données rapprochées mettent en évidence que, dans ce psaume, c’est le Seigneur de la création, du cosmos, qui est loué ainsi que la puissance qu’il déploie au profit des mortels et qui réside dans son Nom.

Commentaire : Qu’est-ce donc que le « Nom » ?
Identité.
Le « Nom » a une grande importance dans le Premier Testament. Car, dans la Bible, le nom d’un être résume son rôle dans l’univers ; il exprime la totalité de la personne qu’il désigne et enferme en ses lettres la puissance de cet être. C’est pourquoi l’étymologie d’un nom donne en général un sens approprié à la nature et à la mission de celui qui le porte. « Adam », par exemple, vient de la racine « sol » dont il fut tiré (Gn 2,7). Autre exemple, « Noé » signifie « qui réconforte » parce que son père Lamech avait dit : « il nous réconfortera de nos labeurs et de la peine de nos mains » (Gn 5,29). « Isaac » vient de la racine « rire » car Abraham et Sarah avaient ri à l’annonce de la venue d’un fils sur leurs vieux jours (Gn 18,12). « Moïse » signifie « tiré » des eaux (Ex 2,10) parce qu’il avait été sauvé des eaux du Nil. Les lieux aussi reçoivent des noms significatifs. Le puits de « Lahaï-Roï » est le « puits du Vivant qui me voit » (Ex 16,14) ; « Mara », racine de l’amertume, est le lieu du désert où les fils d’Israël ne purent boire car l’eau était « amère » (Ex 15, 22-27) etc…

Le Nom divin.
Mais, en ce qui concerne Dieu, c’est lui-même qui dévoila son « Nom » aux hommes. S’il fut d’abord pour Moïse le Dieu des ancêtres, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Ex 3,6), en Ex 3,14, Dieu se nomme « Je suis qui je serai » et précise « c’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération ». Le Seigneur a livré à Moïse son Nom et son Mystère. Si l’ambiguïté de la formule « Je suis qui je serai » révèle le refus de se laisser enfermer dans les catégories des hommes, dans le même temps, son « être » semble orienté vers l’homme. En effet, en Ex 3,12, Le Seigneur affirme « Je suis avec toi », promettant ainsi que sa présence aux hommes sera constante et efficace. Et derrière ces deux aspects, ce Nom laisse entendre que Dieu est aussi Celui qui fait exister, qui décide de l’être.
Comme le montre le Ps 8, le Nom fera l’objet d’un culte. Nom redoutable, éternel, tout-puissant, saint et terrible, il sera la manière de s’adresser au Dieu transcendant qui, pourtant, est activement présent au sein de l’univers.
Par toute la terre, le Nom de Dieu est la signature de ses œuvres. Ce Nom dit, au cœur du monde, la majesté inatteignable du Créateur, il atteste que le ciel est « son » ciel, piqueté de la terre et des étoiles par son art, il atteste sa puissance qui maintient l’harmonie de l’être et de la vie.
Un Nom pour une alliance.
Toutefois, l’émerveillement né de la puissance du Nom ne s’arrête pas aux contemplations extérieures, il fait aussi naître l’interrogation sur la vie humaine : « Qu’est donc l’homme, pour que tu penses à lui, l’être humain, pour que tu t’en soucies ? » v. 5. Comment le Dieu Créateur peut-il se souvenir de l’homme, fragile, fini, simple mortel, fils d’Adam, poussière qui retournera à la poussière ? Comment le Dieu Créateur peut-il vouloir le visiter, en prendre souci, le rencontrer pour le sauver ? Beaucoup plus encore, comment Le Seigneur Créateur peut-il associer l’homme à sa permanente Gloire créatrice ?
C’est ce que le psaume nous révèle. Si l’homme est créature, elle est juste moins qu’un dieu et le Seigneur la couronne « de gloire et de beauté pour qu’il domine son œuvre ». Il a mis la création sous ses pieds. Or, ces multiples facettes du rôle privilégié de l’homme sont des dons de Dieu. Si vous étudiez le psaume en vous posant la question : « Qui agit ? », vous remarquerez que seul Le Seigneur agit. Lui seul crée, maintient l’être et l’harmonie, Lui seul attribue les rôles. Voilà bien la raison profonde de la louange ! Et si l’être humain est hautement valorisé, sa royauté sur la création ne vient ni de sa nature, ni de ses performances ou mérites, elle est un don gratuit de Dieu. C’est pourquoi ce don implique une responsabilité d’administration qui ne soit ni malhonnête, ni injuste, ni gaspilleuse. C’est pourquoi tous les hommes sont co-responsables du cosmos et co-protecteurs de la vie. C’est en cela aussi que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu, qu’il correspond au dessein créateur. Et sa louange est alors comme celle de « la bouche des enfants, des tout petits ». Se sachant faibles mais confiants, les enfants attendent les bienfaits de plus grand qu’eux. Ils agissent à l’ombre de leur Père et s’appuient sur son Nom.
Jésus et l’homme un peu moindre qu’un dieu…
Avec le Christ, nous pouvons aller plus loin dans l’interprétation du psaume, nous pouvons le comprendre selon une lecture chrétienne.
Jésus a mis en valeur la grandeur des petits : « Qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas » Lc 18,17. Cette posture d’accueil du don dans la simplicité et la confiance fait non seulement vivre le monde, mais encore elle le fait vivre, littéralement, dans l’être de Dieu, elle le fait vivre en « Royaume de Dieu ».
Or, c’est bien ce que le Christ a réalisé en plénitude.
Par son incarnation, par le fait qu’il s’est fait réellement homme, il est venu visiter les hommes pour les sauver comme le dit le v. 5 du psaume.
Mais il est aussi venu pour élever la nature humaine à une dignité inconcevable – et inconcevable à coup sûr pour le psalmiste qui ne bénéficiait pas de la Révélation de Dieu par le Fils de Dieu lui-même, Jésus-Christ – puisque lui, l’homme Jésus, fut ressuscité et élevé à la droite du Père où il partage à tout jamais la Gloire de Dieu. Il fut « couronné de gloire et de beauté » comme dit le v. 6 du psaume.
Nous rendons-nous compte de ce que cela signifie ? Nous rendons-nous compte que c’est l’avenir que Dieu nous promet ? Nous rendons-nous compte que l’expression « fils de Dieu par adoption » – qui est notre nom, à nous, chrétiens – est lestée du poids de cette dignité et de cette gloire ? Jésus-Christ est l’archétype de l’homme que nous pouvons devenir !
La Résurrection de Jésus a déjà réalisé, maintenant, sur notre vieille terre, en plénitude, la royauté de l’homme sur la création puisqu’elle a vraiment mis toute chose aux pieds de Jésus-Christ … la mort comprise !
Hommes, nous sommes investis d’une dignité royale pour faire de la création le Royaume de Dieu ; pour faire vivre la création de la vie même de Dieu, celle qui, par-delà la mort, mène à la vie en Dieu !

Autres psaumes à lire…
Souhaitez-vous voir comment le Nom du Seigneur est le refuge des hommes qui prient les Psaumes ? Reportez-vous aux versets suivants et à leurs contextes : Ps 54,3; 124,8; 52,11; 33,21. Puis relisez le chapitre 17 de l’évangile de Jean en vous arrêtant plus particulièrement sur les versets 17,6.11.12.26.
La révélation que nous sommes des « fils adoptifs » de Dieu n’est pas simple à cerner. Pour méditer cette notion qui porte en elle l’avenir de l’homme, reprenez, dans les lettres pauliniennes, Rm 8,15; Ga 4,4-7; Ep 1,5, que vous pouvez compléter par Rm 8,28-30 et 2 Co 6,16-18.
Enfin, quelle est la prière qui manifeste à l’évidence que nous sommes enfants de Dieu ? Et, à partir de Mt 6,9-13, vous pouvez rechercher tout ce que recouvre le Nom de « Père » au long du Nouveau Testament.

Catherine Bizot
Service biblique catholique Évangile et Vie

L’ÉCRITURE JUSTIFIE-T-ELLE LA VIOLENCE? – PAR GIANFRANCO RAVASI

7 mai, 2018

http://www.stpauls.it/vita06/0501vp/0501vp56.htm

imm fr

L’ÉCRITURE JUSTIFIE-T-ELLE LA VIOLENCE? – PAR GIANFRANCO RAVASI

 (Google traduction de l’italien)

   Vie pastorale n. Janvier 1, 2005 – Page d’accueil Nous commençons une nouvelle colonne sur des pages ou des thèmes bibliques qui créent des difficultés pour le lecteur d’aujourd’hui.
Le 4 mars, Mgr Enrico Galbiati, patriarche des érudits bibliques italiens, est mort non seulement par son âge mais aussi par son autorité. L’une de ses œuvres les plus réussies fut les pages difficiles de l’Ancien Testament (1951), écrites en collaboration avec Alessandro Piazza et, à partir de la troisième édition, devinrent des pages difficiles de la Bible traduites en français, espagnol, portugais, polonais et russe. Eh bien, même si nous allons passer des trajectoires différentes, nous aussi nous comme dans ce livre – maintenant à la fin de la lecture de l’ensemble psautier (qui seront recueillies à l’avenir en volume) – proposer des pages ou des thèmes bibliques qui créent des difficultés au lecteur moderne .
Mon engagement à long maintenant en tant que conférencier ou auteur écrit pour un conducteur large de programmes de lecteurs ou de télévision n’a cessé de me mettre en face de questions, souvent répétées et souvent assez difficile, sur un bon nombre de passages bibliques jugé « scandaleux « ou au moins problématique. Je vais en recueillir quelques-unes, en ne procédant pas selon un ordre cohérent mais selon des sujets différents.
Je commencerai par la question la plus «absolue» et qui me sera posée à l’infini: la violence dont dégoulinent les pages et les pages de l’Ancien Testament. En effet, si nous en sommes à une statistique développée par l’érudit allemand R. Schwager, dans la Bible nous trouvons 600 étapes qui nous informent que «les peuples, les rois et les individus ont attaqué les autres, les ont détruits ou tués»; plus de 1000 étapes est la colère de Dieu au rock « puni de mort, avec la ruine, avec le feu dévorant, à en juger, vengeur et menaçant l’anéantissement « et dans plus de 100 étapes est le Seigneur lui-même qui » a ordonné expressément tuer les hommes ».
Il est évident que le principe: «Il y a dans la Bible et donc c’est à croire» devient dangereux quand il est adopté de façon mécanique et littérale. C’est ce qu’on appelle le «fondamentalisme» qui, partant aussi d’une bonne foi personnelle et d’un désir de fidélité absolue, frise le paradoxe, pour ne pas dire dans l’absurde. Le discours est donc une nouvelle fois l’interprétation correcte des Ecritures en tenant compte, d’une part, une composante littéraire (la langue, la façon de parler, le « Genre », et ainsi de suite) et, d’autre part, une composante théologique capitale.
La Bible (Ancien et Nouveau Testament) n’est pas une collection aseptique de thèses ou de théorèmes abstraits à accepter et à pratiquer automatiquement. C’est une histoire de salut. Dieu se révèle en entrant dans l’histoire de l’humanité, dégoulinant de péché et de misères, et lentement, progressivement et patiemment, conduit l’homme vers des horizons de vérité et d’amour supérieurs et parfaits. La révélation n’est pas une parole suspendue dans les cieux et transmissible seulement avec l’extase, mais elle est conçue comme une graine ou un germe qui ouvre la voie sous le sol terne et opaque de l’existence terrestre. Il ne faut donc pas s’arrêter au seul pas: il peut être une expression de l’éducation patiente de Dieu à la «dureté de cœur» ou au «cou dur» de l’homme (cela s’applique aussi à la violence de l’ère chrétienne, malgré l’évidence collision avec l’Evangile).
Sans vouloir montrer la destination à laquelle le Christ nous conduit (défini par saint Paul « notre paix », qui nous invite même à « l’autre joue »), dans l’Ancien Testament est présenté un Dieu qui pardonne envers des milliers de (Ex 34,7), parie sur la possibilité de la conversion du pécheur, change même d’avis et empêche sa justice de briser le mal perpétré (Ex 32,14). À cet égard, nous citons deux textes emblématiques: « Peut-être que j’ai plaisir à la mort du méchant », dit le Seigneur Dieu, « ou plutôt, plutôt que de renoncer à sa conduite et de vivre? [...] Je n’aime pas la mort de celui qui meurt »(Ez 18,23.32); «Toi, maître de la force, juge avec humilité, dirige-nous avec beaucoup d’indulgence [...]. Avec cette façon d’agir, vous avez enseigné à votre peuple que les justes doivent aimer les hommes »(Sg 12,1819).
Une note particulière mérite la phrase de Jésus: «Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre; Je ne suis pas venu apporter la paix, mais une épée « (Mt 10,34). Encore une fois la lecture littéraliste est choquant: le Christ par l’image de l’épée est présentée comme un « signe de contradiction » (Lc 2:34) et exige une position claire à l’égard de son message, ce qui nécessite un choix tous » rien d’autre qu’indifférent et inoffensif à propos de sa propre existence et de ses décisions morales et vitales. La confirmation est dans les mots qu’il répète aux disciples le dernier soir de la vie terrestre, quand il les exhorte: «Celui qui n’a pas d’épée, vend son manteau et en achète un». Face à la réaction «littérale» et obtuse des disciples qui glissentade! », Jésus crie des cris:« Assez! »(Lc 22,36.38).

Gianfranco Ravasi

Vie pastorale n. 1er janvier 2005 – Page d’accueil

JEAN PAUL II – HYMNE DE VICTOIRE POUR LE PASSAGE DE LA MER ROUGE

16 mars, 2018

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20011121.html

en e diario il passaggio del mar rosso  musee-national-marc-chagall - Copia (2)

Marc Chagall, Passage de la Mer Rouge

+JEAN PAUL II – HYMNE DE VICTOIRE POUR LE PASSAGE DE LA MER ROUGE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 21 novembre 2001

Lecture: Ex 15, 1-4a.13.17

1. Cette hymne de victoire (cf. Ex 15, 1-18), proposée aux Laudes du samedi de la première semaine, nous reconduit à un moment-clé de l’histoire du salut: à l’événement de l’Exode, lorsqu’Israël fut sauvé par Dieu d’une situation humainement sans espoir. Nous connaissons les faits: après le long esclavage en Egypte, les Israélites désormais en marche vers la terre promise avaient été rejoints par l’armée du Pharaon, et rien ne pouvait empêcher qu’ils ne soient anéantis, si le Seigneur n’était pas intervenu de sa main puissante. L’hymne s’attarde à décrire l’arrogance des desseins de l’ennemi armé: « Je poursuivrai, j’atteindrai, je partagerai le butin… » ( Ex 15, 9).
Mais que peut même la plus grande armée face à la toute-puissance divine? Dieu commande à la mer de s’ouvrir pour laisser passer le peuple agressé et de se refermer au passage de ses agresseurs: « Tu soufflas de ton haleine, la mer les recouvrit, ils s’enfoncèrent comme du plomb dans les eaux formidables » ( Ex 15, 10).
Ce sont des images fortes, qui veulent donner la mesure de la grandeur de Dieu, alors qu’elles expriment l’émerveillement d’un peuple qui n’en croit presque pas ses yeux, et qui s’exprime à travers une seule voix dans un chant plein d’émotion: « Yahvé est ma force et mon chant, à lui je dois mon salut. Il est mon Dieu, je le célèbre, le Dieu de mon père et je l’exalte! » ( Ex 15, 2)
2. Le Cantique ne parle pas seulement de la libération obtenue; il en indique également le but positif, qui n’est autre que l’entrée dans la demeure de Dieu pour vivre dans la communion avec Lui: « Ta grâce a conduit ce peuple que tu as racheté, ta force l’a guidé vers ta sainte demeure » (Ex 15, 13). Ainsi compris, cet événement fut non seulement à la base de l’alliance entre Dieu et son peuple, mais il devint comme le « symbole » de toute l’histoire du salut. En de nombreuses autres occasions, Israël fera l’expérience de situations analogues, et l’Exode se réactualisera ponctuellement. Cet événement préfigure de façon particulière la grande libération que le Christ réalisera à travers sa mort et sa résurrection.
C’est pourquoi notre hymne retentit à un titre particulier dans la liturgie de la Veillée pascale, pour illustrer avec l’intensité de ses images ce qui s’est accompli dans le Christ. En Lui, nous avons été sauvés non pas d’un oppresseur humain, mais de l’esclavage de Satan et du péché, qui depuis les origines, pèse sur le destin de l’humanité. Avec lui, l’humanité se remet en marche, sur le sentier qui reconduit à la maison du Père.
3. Cette libération, déjà accomplie dans le mystère et présente dans le Baptême comme une semence de vie destinée à croître, atteindra sa plénitude à la fin des temps, lorsque le Christ reviendra en gloire et « remettra la royauté à Dieu le Père » (1 Co 15, 24). C’est précisément cet horizon final, eschatologique, que la Liturgie des Heures nous invite à considérer, en introduisant notre cantique par une citation de l’Apocalypse: « Ceux qui ont triomphé de la Bête… ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu » (Ap 15, 2.3).
A la fin des temps, se réalisera pleinement pour tous les rachetés ce que l’événement de l’Exode préfigurait et que la Pâque du Christ a accompli d’une façon définitive, mais ouverte à l’avenir. En effet, notre salut est réel et profond, mais il se trouve entre le « déjà » et le « pas encore » de la condition terrestre, comme nous le rappelle l’Apôre Paul: « Car notre salut est objet d’espérance » (Rm 8, 24).
4. « Je chante pour Yahvé car il s’est couvert de gloire » (Ex 15, 1). En mettant sur nos lèvres ces paroles de l’antique hymne, la liturgie des Laudes nous invite à placer notre journée dans le grand horizon de l’histoire du salut. Telle est la façon chrétienne de percevoir le passage du temps. Dans les jours qui succèdent aux jours, il n’y pas une fatalité qui nous opprime, mais un dessein qui s’accomplit et que nos yeux doivent apprendre à lire, comme en filigrane.
Les Pères de l’Eglise étaient particulièrement sensibles à cette perspective historique et salvifique, eux qui aimaient lire les faits de l’Ancien Testament – du déluge de l’époque de Noé à l’appel d’Abraham, de la libération de l’Exode au retour des Israélites après l’exil de Babylone – comme des « préfigurations » d’événements futurs, reconnaissant à ces faits une valeur d’ »archétype »: en ceux-ci étaient préannoncées les caractéristiques fondamentales qui devaient se répéter, d’une certaine façon, tout au long de l’histoire humaine.
5. Du reste, les prophètes avaient déjà relu les événements de l’histoire du salut, en montrant leur sens toujours actuel et en indiquant leur pleine réalisation dans l’avenir. C’est ainsi que, en méditant sur le mystère de l’alliance stipulée par Dieu avec Israël, ils en arrivent à parler d’une « nouvelle alliance » (Jr 31, 31; cf. Ez 36, 26-27), dans laquelle la loi de Dieu aurait été écrite dans le coeur même de l’homme. Il n’est pas difficile de voir dans cette prophétie la nouvelle alliance stipulée dans le sang du Christ et réalisée à travers le don de l’Esprit. En récitant cette hymne de victoire de l’ancien Exode à la lumière de l’Exode pascal, les fidèles peuvent vivre la joie de se sentir Eglise en pèlerinage dans le temps, vers la Jérusalem céleste.
6. Il s’agit donc de contempler avec un é merveillement toujours nouveau ce que Dieu a préparé pour son Peuple: « Tu les amèneras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, lieu dont tu fis, Yahvé, ta résidence, sanc-tuaire, Seigneur, qu’ont préparé tes mains » (Ex 15, 17). L’hymne de victoire n’exprime pas le triomphe de l’homme, mais le triomphe de Dieu. Ce n’est pas un chant de guerre, c’est un chant d’amour.
En laissant nos journées s’imprégner de ce frémissement de louange des anciens Israélites, nous marchons sur les routes du monde, qui ne manquent pas de dangers, de risques et de souffrances, avec la certitude d’être enveloppés par le regard miséricordieux de Dieu: rien ne peut résister à la puissance de son amour.

Chers Frères et Sœurs,
L’hymne de victoire entonnée par Moïse et les Israélites après le passage de la Mer Rouge, qui constitue un événement-clé et le «symbole» de toute l’histoire du salut, est aussi au point de départ de l’alliance entre Dieu et son peuple. Le Seigneur libère Israël de la servitude de l’Egypte pour le faire entrer dans sa sainte demeure, afin qu’il vive en communion avec lui. A de nombreuses reprises, Israël relira son histoire à la lumière de cet événement de l’Exode, aidé en particulier par la prédication des prophètes. L’Eglise a vu dans cet épisode de la vie du peuple de Dieu une préfiguration du salut. Dans la liturgie de la Vigile pascale, ce cantique prend un sens particulier, illustrant le salut apporté par le Christ à ceux qui étaient esclaves du péché, et que le Baptême a libérés de la mort. En récitant cette hymne du premier Exode à la lumière de l’Exode pascal, les fidèles peuvent se reconnaître comme étant l’Eglise qui chemine à travers le temps vers la Jérusalem céleste, à la rencontre du Père.

J’accueille avec joie les pèlerins de langue française. Que le Christ Sauveur qui, par le Baptême, vous a fait passer de la mort à la vie, vous affermisse dans l’espérance pour lutter contre la violence sous toutes ses formes et pour construire une humanité selon le cœur de Dieu ! A tous, j’accorde bien volontiers la Bénédiction apostolique.
A l’issue de l’Audience générale du 21 novembre 2001, le Saint-Père invitait les fidèles à prier pour les religieuses de clôture:
Aujourd’hui, fête liturgique de la Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple, nous célébrons la Journée mondiale des religieuses de clôture. Je désire assurer les soeurs appelées par le Seigneur, de ma proximité particulière, ainsi que de celle de la communauté ecclésiale tout entière. Je renouvelle, dans le même temps, mon invitation à tous les chrétiens afin qu’ils apportent aux monastères de clôture le soutien spirituel et matériel nécessaire. Nous devons beaucoup à ces personnes qui se consacrent entièrement à la prière incessante pour l’Eglise et pour le monde!

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