LECTURES POUR LA FOI ET LA MÉDITATION, HOMÉLIE À LA MESSE DU DIMANCHE ET COMMENTAIRE

22 juin, 2007

 

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Je mets le lien vers « EAQ », vous trouverez les lectures du jour, le commentaire à la lecture et, si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir et lire la lecture des journaux précédant et suivant celle de la journée en cours, c’est le site «Evangile au Quotidien  » que vous connaissez déjà bien:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php

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SUR  LES ANGES LIEN À UN BEAUX SITE:

SPIRITUALITE CHRETIENNE -ANGES GARDIEN

http://spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/news-512.html

PENTECOTE 2009

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS


Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13

30 mai, 2007

1 Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis* comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante. 2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien. 3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien. 4 L’amour use de longanimité ; il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas ; il ne s’enfle pas d’orgueil ; 5 il n’agit pas avec inconvenance ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’irrite pas ; 6 il n’impute pas* le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité ; 7 il supporte* tout, croit tout, espère tout, endure tout. 8 L’amour ne périt jamais. Or y a-t-il des prophéties ? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? elle aura sa fin. 9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; 10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin. 11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; quand je suis devenu homme, j’en ai fini avec ce qui était de l’enfant. 12 Car nous voyons maintenant au travers d’un verre*, obscurément, mais alors face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu. 13 Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.

Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13 dans Pape Benoit

image du site:

http://santiebeati.it/index.html

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J’AI OUVERT EN ITALIEN UN BLOG SUR SAINT PAUL, EN FRANÇAIS NE SERAIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE,  JE METS LA CATÉGORIE DE SAINT PAUL SUR CE BLOG ET TOUT CE QUE JE PEUX METTRE EN FRANÇAIS JE LE METS, NE PEUX PAS RÉCUPÉRER LES ÉCRITS SUR SAINT PAUL LORSQUE J’AI OUVERT CE BLOG, JE COMMENCE D’AUJOURD’HUI:

http://gabriellaroma.unblog.fr/tag/saint-paul/

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BASILIQUE SAINT PAUL HORS LES MURS, À ROME

Année Paulinienne

http://www.annopaolino.org/interno.asp?id=1&lang=fra

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « SOYEZ DANS LA JOIE »

14 décembre, 2018

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-3e-dimanche-de-l-Avent-Annee-C-Soyez-dans-la-joie_a867.html

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Jean Baptiste

HOMÉLIE POUR LE 3E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « SOYEZ DANS LA JOIE »

On appelle ce 3e dimanche de l’Avent le « Dimanche de la joie » à cause de ces paroles. Les lectures de la Parole de Dieu retenues pour ce dimanche proclament ce message : « Soyez dans la joie et exultez ». « Exulter » est le mot retenu avec à propos pour ce 3e dimanche de l’Avent dans la thématique générale pour le temps de l’Avent en 2018 « Que devons-nous faire ? » suggérée par le Prions en Église canadien.

I – La vraie joie
La liturgie d’aujourd’hui présente une image de la joie qui n’est pas n’importe quelle joie, c’est celle qui vient de l’attente d’un Sauveur promis. Cette joie ne se réfère pas aux besoins immédiats tels que, par exemple, manger, boire, avoir un toit, mais elle s’ouvre sur un projet qui est celui que Dieu a pour son peuple. Elle sort le disciple de son monde limité pour le faire entrer dans celui du Salut donné par Dieu au monde. C’est ce que dit le prophète Sophonie dans ce beau texte que nous venons de lire :

« Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui, le héros qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour ;
il exultera pour toi et se réjouira,
comme aux jours de fête. »

Vous voyez que la joie des disciples ne leur appartient pas en propre. Elle est la joie même de Dieu qui est en eux. Il est en toi, il a en toi sa joie et son allégresse comme le dit si bien le prophète.
Retenons que le chemin de la joie chrétienne que saint Paul vante et à laquelle peuvent s’appliquer les mots du prophète Sophonie est celui d’une obéissance à la volonté de Dieu qui remplit tout l’être de la personne et qui la rend accordée au vouloir divin, au Dessein d’amour de Dieu pour ses enfants.
II – Le chemin de la joie : la conversion
C’est ce que Jean-Baptiste propose à ceux qui l’écoutent et lui demandent quoi faire de leur vie. Jean-Baptiste leur répond de se concentrer sur leur vie de tous les jours pour y reconnaître la volonté de Dieu, car c’est dans leur vie quotidienne, dans leur devoir d’état, qu’il est présent en tout temps. À ceux qui lui demandent « Que devons-nous faire ? » il dit : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! ». Aux administrateurs (ici les collecteurs d’impôt) il dit « soyez de bons administrateurs » : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. », puis aux soldats « soyez de bons soldats » : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde ».
À chacun et à chacune de nous, Jean-Baptiste dirait à peu près ceci: « Sois une bon père ou un bonne mère pour tes enfants, sois un employé soucieux des autres, sois un bénévole généreux de son temps, sois celui ou celle qui reconnaît l’amour de Dieu pour toi, sois une jeune personne ouverte au défis d’aujourd’hui qui n’a pas peur de dire ce qu’elle croit, tâche de voir le Christ dans toute personne que tu rencontres et apprends à l’aimer… etc. »
Pour répondre à la volonté de Dieu sur nous, il est important de prendre une décision personnelle, c’est pourquoi Jean-Baptiste invite toutes les personnes qui l’écoutent sur les bords du Jourdain à manifester leur réel désir de conversion, de réponse aux appels de Dieu, en s’avançant dans les eaux du Jourdain pour être purifiés par l’eau qu’il verse sur eux. C’est de là que vient son surnom le « Baptiste » littéralement le « Baptiseur». Et il leur dit lorsqu’elles sortent de l’eau : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ».
Demandons au Seigneur ce baptême dans l’Esprit que Jean-Baptiste annonce. Sans un désir de conversion profond, la fidélité à la volonté de Dieu qui est le chemin de la joie n’a pas de racine. Inspirons-nous de l’exemple de saint François d’Assise qui priait ainsi devant le crucifix à San Damiano : « Ô Dieu très grand, je vous demande de dissiper les ténèbres de mon esprit et de m’illuminer pour faire en toute chose votre sainte volonté qui ne saurait nous égarer ».
C’est dans une réponse généreuse à la volonté de Dieu sur nous que nous pourrons goûter la joie que Saint Paul souhaite aux Philippiens. « Soyez dans la joie, réjouissez-vous en toutes circonstances et rendez grâce à Dieu… Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes ».
III – Application : la joie de la foi
La suite de Jésus n’est pas un idéal hors de notre portée, mais bien plutôt une joie qui remplit tout l’être et l’épanouit et que nous pouvons laisser transparaître autour de nous. C’est ce que le pape François appelle « la joie de la foi ». Il a d’ailleurs présenté, avec conviction et avec ardeur, le programme de son pontificat sous le titre « la joie de l’évangile ». Les disciples de Jésus qui forment le peuple de Dieu sont invités par le pape François à se débarrasser de leur mine attristée pour donner une image de nouveauté et de joie.
« Ne soyez jamais des hommes, des femmes tristes: un chrétien ne peut jamais l’être! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais du fait d’avoir rencontré une Personne: Jésus, du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles. (…) et il y en a tant! Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que Lui nous accompagne et nous met sur ses épaules: ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Portons à tous la joie de la foi! » (Homélie du Dimanche des Rameaux 24 mars 2013)
Notre vie de chrétiens et de chrétiennes remplie de la présence de Jésus est une vie qui n’est pas écrasante. Elle nous libère et nous donne la vraie joie de vivre, la « joie de la foi ». Dans nos vies bousculées et tourmentées parfois, nous sommes invités durant le temps de l’Avent à regarder vers le Sauveur qui est venu et qui continue de venir. Il est à près de nous. Il nous soutient et nous stimule. Il refait nos forces et nous relève au besoin. La pratique de recevoir le Sacrement du Pardon dans le temps de l’Avent va dans ce sens.
Soyons dans la joie et l’allégresse!

Conclusion
Notre Eucharistie dominicale est une action de grâces qui nous remplit de joie car nous y rencontrons celui qui nous la donne. Le mot « eucharistie » est la transcription d’un mot grec qui signifie « action de grâces, remerciement, louange ». Oui! laissons monter vers Dieu, en union avec Jésus, notre action de grâces pleine de joie en partageant le Pain et le Vin consacrés.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval

 

Notre Dame de Guadalupe, lien vers un site (je ne peux pas faire plus)

12 décembre, 2018

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http://www.spiritualite2000.com/2014/12/notre-dame-de-guadalupe-2/

PAPE FRANÇOIS – Se préparer à la consolation – 25 septembre 2017

11 décembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2017/documents/papa-francesco-cotidie_20170925_se-preparer-a-la-consolation.html

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La brebis perdue (évangile d’aujourd’hui)

PAPE FRANÇOIS – Se préparer à la consolation – 25 septembre 2017

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 040 du 5 octobre 2017)

Personne n’est exclu de la rencontre avec le Seigneur: Dieu «passe» dans la vie de chacun et chaque chrétien est appelé à être «en tension vers cette rencontre» pour la reconnaître et accueillir sa paix. C’est un message d’espérance et de joie qui a été lancé par le Pape, mais c’est également une invitation à sortir de sa torpeur, à ne pas être des chrétiens «fermés». L’inspiration pour sa réflexion est venue de la première lecture du jour (Es 1, 1-6) qui «raconte le moment où le peuple d’Israël est libéré de l’exil». Ce qui est décrit dans l’Ecriture est «une visite du Seigneur: le Seigneur visita son peuple et le reconduisit à Jérusalem». Et le Pape s’est précisément arrêté sur le mot «visite»: un mot «important dans l’histoire du salut». On le retrouve, par exemple, quand «Joseph dit à ses frères en Egypte: “Dieu, assurément, viendra vous visiter. Portez mes os avec vous”». Chaque fois que l’on parle de «libération, chaque action de rédemption de Dieu, est une visite: le Seigneur visite son peuple». Et «à l’époque de Jésus» aussi, lorsque «les personnes qui étaient guéries et libérées des démons, disaient: “Le Seigneur a visité son peuple”». Voilà alors l’enseignement pour chaque homme: «Quand le Seigneur nous visite, il nous donne la joie, c’est-à-dire qu’il nous conduit à un état de consolation», il donne «la consolation spirituelle». Une consolation qui «non seulement a lieu de notre temps», mais qui «est un état dans la vie spirituelle de chaque chrétien». C’est sur celle-ci que la méditation a été articulée, en trois points: «attendre la consolation», puis «reconnaître la consolation, car il y a de faux prophètes qui semblent nous consoler et qui en revanche nous trompent», et «conserver la consolation». Tout d’abord, il faut «être ouverts à la visite de Dieu», car «le Seigneur visite chacun de nous; il cherche chacun de nous et le rencontre». Il peut y avoir «des moments plus faibles, des moments plus forts dans cette rencontre, mais le Seigneur nous fera toujours sentir sa présence, toujours, d’une manière ou d’une autre». Et il a ajouté, «quand il vient avec la consolation spirituelle, le Seigneur nous remplit de joie» comme cela a eu lieu avec les israélites. Il faut donc «attendre cette joie, attendre cette visite», et pas, comme le pensent tant de chrétiens, attendre passivement. Mais «comment faut-il attendre cette consolation?». La réponse est: «Avec cette vertu humble, la plus humble de toutes: l’espérance. J’espère que le Seigneur me visitera avec sa consolation». Il faut «demander au Seigneur qu’il se fasse voir, qu’il se laisse rencontrer». Il faut «se préparer». Se préparer avec «espérance», même si l’on pense avoir une «petite» espérance, car celle-ci «très souvent», cette espérance «est forte quand elle est cachée comme la braise sous la cendre». Le deuxième point est «reconnaître la consolation». En effet, «la consolation du Seigneur n’est pas une joie commune, n’est pas une joie que l’on peut acheter». La consolation du Seigneur «est autre chose». On la reconnaît: «elle touche à l’intérieur, elle anime et développe la charité, la foi, l’espérance et elle conduit également à pleurer pour les péchés» et à «pleurer avec Jésus» quand nous contemplons sa passion. La «vraie consolation» «élève l’âme aux choses du ciel, aux choses de Dieu et apaise également l’âme dans la paix du Seigneur». On ne peut pas la confondre avec le «divertissement». C’est pourquoi il faut reconnaître la consolation «quand elle vient». Et quand elle vient, «rendre grâce au Seigneur». Il y a enfin un troisième point: «conserver la consolation». Car s’il est vrai que la «consolation est forte», il est également vrai «qu’elle ne se conserve pas aussi forte — il s’agit d’un moment — mais elle laisse ses traces». C’est ainsi qu’entre en jeu le fait de faire «mémoire». Comme le fit le peuple d’Israël quand il fut libéré. Et ensuite, quand «passe ce moment fort» de la rencontre et de la consolation, «que reste-t-il? La paix», qui est précisément «le dernier niveau de consolation». Un état que l’on reconnaît; on dit, en effet: «Regarde: un homme de paix, une femme de paix. D’où le souhait de conclusion: «Que le Seigneur nous donne cette grâce: attendre la consolation spirituelle et conserver la consolation».

 

HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « FAIRE ROUTE »

8 décembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 2E DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « FAIRE ROUTE »

Les lectures de l’évangile dominical au cours de cette année liturgique – l’année C – qui est commencée dimanche dernier seront tirées de l’évangile selon saint Luc. Elles reprendront, bien entendu, des évènements et des paroles que rapportent les évangiles selon saint Mattieu ou selon saint Marc ou selon saint Jean, mais celui de saint Luc y mettra une touche particulière. Ce matin, en ce 2e dimanche de de l’Avent, avec les textes de la Parole de Dieu qui nous sont proposés nous entrons de plein pied dans cette tonalité particulière de l’évangile de saint Luc.
I – L’arrière-fond biblique
Pour désigner cette tonalité particulière de l’évangile selon saint Luc un exégète bien connu à Québec, l’abbé Alain Faucher, appelle l’évangile de saint Luc « l’évangile de l’histoire du salut ». Il écrit : « Luc est souvent considéré comme l’évangile de l’histoire du salut. Jésus y fait route vers le Père au milieu des humains. L’évangile utilise 50 fois le verbe ‘faire route’. Les temps arrivent à maturité dans l’Évangile selon Luc…la grâce de Dieu qui libère, guérit et sauve s’est manifestée dans la personne et l’action de Jésus » (revue Pastorale Québec vol. 130 n. 8 novembre 2018 p. 23).
Avec une telle perspective, saint Luc ne nous renvoie pas dans un monde éthéré ou perdu dans les nuages. Cette histoire du salut qui s’accomplit en plénitude en Jésus a des repères clairs et concrets. Elle s’inscrit dans le temps et l’espace. Elle a connu un long parcours.
L’Écriture Sainte la fait commencer au tout début de l’humanité dans le jardin d’Éden où Adam et Ève voulant se faire les égaux de Dieu entrent en conflit avec celui-ci. C’est ce qu’on a appelé le « péché originel ». L’histoire du salut est marquée par la miséricorde et l’amour de Dieu qui ne se dément pas et qui n’abandonne pas ses enfants. C’est pourquoi Dieu se manifeste à Abraham, puis à Moïse. Il se choisit un peuple, le peuple d’Israël, les fils et les filles d’Abraham pour le servir. Il le libère de l’esclavage d’Égypte. Pour le guider et l’instruire, il envoie les prophètes dont le dernier est Jean-Baptiste que l’évangile d’aujourd’hui nous présente.
II – Jean-Baptiste en marche dans la région du Jourdain
Ce Jean-Baptiste est présenté en marche sur les routes, en action pour annoncer la richesse et la beauté de l’Alliance de Dieu avec son peuple, de l’histoire du salut à l’oeuvre. Il prend le relais de tous les prophètes qui l’ont précédé. On l’a appelé, à juste titre, « le Précurseur » car il prépare le chemin pour le Sauveur que Dieu a promis depuis longtemps, Jésus, dont nous célébrerons la naissance à Noël. Avec raison, le Prions en Église canadien retient pour le 2e dimanche de l’Avent le mot « Préparer » qui s’insère bien dans la thématique générale proposée pour le temps de l’Avent en 2018 « Que devons-nous faire ? ».
Jean-Baptiste prépare la venue du Sauveur dans laquelle culminera l’histoire du salut. Les précisions historiques que saint Luc donne : « l’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée » etc. servent non seulement à situer le dernier des prophètes « fils de Zacharie », mais aussi et surtout à incarner le mystère du salut qui s’accomplit dans la venue du Sauveur promis qui naîtra à Bethléhem et que Jean-Baptiste baptisera plus tard.
Cette Bonne Nouvelle de la venue du Sauveur nous remplit de joie. Nous pouvons reprendre à notre compte les exclamations du livre de Baruc dans la première lecture en nous mettant à la place de Jérusalem : « Quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel ».
Le Sauveur promis est venu, il est mort et il est ressuscité. Il continue de venir. Dans nos années du 21e siècle, les temps sont accomplis. Nous sommes les nouveaux auditeurs et les nouvelles auditrices de Jean-Baptiste. Préparons le chemin du Sauveur. C’est à nous que Jean-Baptiste parle. C’est nous qui avons à accueillir la Bonne Nouvelle qu’il proclame et à nous convertir en revivant le baptême que nous avons reçu. Le rappel de la prédication de Jean-Baptiste parcourant toute la région du Jourdain est une invitation à nous mettre en marche nous aussi sans tarder et sans hésitation dans cette nouvelle année que le Seigneur nous donne de vivre à l’école de saint Luc.

III – Des disciples en marche
Pour nous accompagner dans notre marche, nous avons des modèles dont la deuxième lecture fait état: les Philippiens que saint Paul loue pour leur accueil du message qu’ils ont reçu de lui.
Voilà des gens simples et ordinaires qui se situent dans une réponse empressée et concrète à l’appel qui leur a été fait de recevoir la Bonne Nouvelle de l’Évangile, c’est-à-dire Jésus lui-même Ressuscité et toujours vivant. « J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus » écrit saint Paul dans cette belle lettre aux chrétiens et chrétiennes de la ville de Philippes en Grèce.
Retenons que Dieu a commencé aussi en nous, comme chez les Philippiens, son beau travail et qu’il désire le poursuivre. Nous faisons route. Nous sommes le Peuple de Dieu en marche. Point n’est besoin de longue démonstration pour le comprendre, car si, au Québec, la stabilité des institutions semblait la priorité parfois, la débandade actuelle de ce que fut l’Église québécoise, nous oblige à réaliser dans les faits que l’Église est toujours en route, en marche.
Elle n’est pas uns institution figée, mais bien le Peuple de Dieu à l’écoute des signes des temps comme le souhaite le Concile Vatican II : « L’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques» (Constitution L’Église dans le monde de ce temps article 4).
Comment le faire me demanderez-vous? Plusieurs voies sont possibles, celle que je nous conseille pour cette année c’est de nous décentrer de nos problèmes et de laisser l’Esprit de Dieu nous conduire et nous guider. Il n’y a pas de recette autre pour le Peuple de Dieu en route que de se laisser guider par celui qui en est l’âme et l’inspiration. L’Église n’est-elle pas, comme le répète souvent saint Paul, le Corps du Christ ?

Conclusion
Voilà quelques considérations que m’ont inspirées les textes de la Parole de Dieu aujourd’hui. Elles peuvent, je l’espère, nous permettre d’entrer dans ce chemin de l’histoire du salut qui s’accomplit en Jésus et que nous suivrons avec l’évangile selon saint Luc tout au cours des dimanches de la nouvelle année liturgique.
Notre route, notre marche n’est pas finie. À nous de la reprendre une autre fois, non pas pour nous diminuer, nous culpabiliser, mais pour aller plus loin en gardant les yeux fixés sur Jésus qui nous donne l’assurance de sa présence dans le Pain et le Vin consacrés que nous partageons et auxquels nous communions.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval

BENOÎT XVI – SOLENNITÉ DE L’IMMACULÉE CONCEPTION (2w005)

7 décembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2005/documents/hf_ben-xvi_hom_20051208_anniv-vat-council.html

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CHAPELLE PAPALE POUR LE 40 ANNIVERSAIRE DE LA CLÔTURE DU CONCILE VATICAN II

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

SOLENNITÉ DE L’IMMACULÉE CONCEPTION

Jeudi 8 décembre 2005

Chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et soeurs,

Il y a quarante ans, le 8 décembre 1965, sur l’esplanade de la Basilique Saint-Pierre, le Pape Paul VI concluait solennellement le Concile Vatican II. Il avait été inauguré, selon la volonté de Jean XXIII, le 11 octobre 1962, qui était alors la fête de la Maternité de Marie, et il fut conclu le jour de l’Immaculée. Un cadre marial entoure le Concile. En réalité, il s’agit de beaucoup plus qu’un cadre: c’est une orientation de tout son chemin. Il nous renvoie, comme il renvoyait alors les Pères du Concile, à l’image de la Vierge à l’écoute, qui vit dans la Parole de Dieu, qui conserve dans son coeur les paroles qui viennent de Dieu et, les rassemblant comme dans une mosaïque, apprend à les comprendre (cf. Lc 2, 19.51); il nous renvoie à la grande Croyante qui, pleine de confiance, se remet entre les mains de Dieu, s’abandonnant à sa volonté; il nous renvoie à l’humble Mère qui, lorsque la mission de son Fils l’exige, s’efface et, dans le même temps, à la femme courageuse qui, alors que les disciples s’enfuient, demeure au pied de la croix. Paul VI, dans son discours à l’occasion de la promulgation de la Constitution, conciliaire sur l’Eglise, avait qualifié Marie de « tutrix huius Concilii » – « protectrice de ce Concile » (cf. Oecumenicum Concilium Vaticanum II, Constitutiones Decreta Declarationes, Cité du Vatican 1966, p. 983) et, à travers une allusion au récit de la Pentecôte rapporté par Luc (Ac 1, 12-14), il avait dit que les Pères s’étaient réunis dans la salle du Concile « cum Maria, Matre Iesu » et que, également en son nom, ils en seraient à présent sortis (p. 985).
Dans ma mémoire demeure inscrit de manière indélébile le moment où, en entendant ses paroles: « Mariam Sanctissimam declaramus Matrem Ecclesiae » – « Nous déclarons la Très Sainte Vierge Marie Mère de l’Eglise », les Pères se levèrent spontanément de leurs chaises et applaudirent debout, rendant hommage à la Mère de Dieu, à notre Mère, à la Mère de l’Eglise. De fait, à travers ce titre, le Pape résumait la doctrine mariale du Concile et donnait la clef pour sa compréhension. Marie n’a pas seulement un rapport singulier avec le Christ, le Fils de Dieu qui, comme homme, a voulu devenir son fils. Etant totalement unie au Christ, elle nous appartient également totalement. Oui, nous pouvons dire que Marie est proche de nous comme aucun autre être humain, car le Christ est homme pour les hommes et tout son être est une « présence pour nous ». Le Christ, disent les Pères, en tant que Tête, est inséparable de son Corps qui est l’Eglise, formant avec celle-ci, pour ainsi dire, un unique sujet vivant. La Mère du Chef est également la Mère de toute l’Eglise; elle est, pour ainsi dire, totalement expropriée d’elle-même; elle s’est entièrement donnée au Christ et, avec Lui, elle nous est donnée en don à tous. En effet, plus la personne humaine se donne, plus elle se trouve elle-même.
Le Concile entendait nous dire cela: Marie est tellement liée au grand mystère de l’Eglise qu’elle et l’Eglise sont inséparables, tout comme sont inséparables le Christ et elle. Marie reflète l’Eglise, elle l’anticipe dans sa personne, et, dans tous les épisodes douloureux qui frappent l’Eglise qui souffre et qui oeuvre, elle reste toujours l’étoile du salut. C’est elle qui est son centre véritable en qui nous avons confiance, même si bien souvent, ce qui est autour pèse sur notre âme. Le Pape Paul VI, dans le contexte de la promulgation de la Constitution sur l’Eglise, a mis tout cela en lumière à travers un nouveau titre profondément enraciné dans la Tradition, précisément dans l’intention d’illuminer la structure intérieure de l’enseignement sur l’Eglise développé au cours du Concile. Le Concile Vatican II devait s’exprimer sur les composantes institutionnelles de l’Eglise: sur les Evêques et sur le Pontife, sur les prêtres, les laïcs et les religieux dans leur communion et dans leurs relations; il devait décrire l’Eglise en chemin, « qui enferme des pécheurs dans son propre sein, et est donc à la fois sainte et appelée à se purifier… » (Lumen gentium, n. 8). Mais cet aspect « pétrinien » de l’Eglise est inclu dans l’aspect « marial ». En Marie, l’Immaculée, nous rencontrons l’essence de l’Eglise d’une manière qui n’est pas déformée. Nous devons apprendre d’elle à devenir nous-mêmes des « âmes ecclésiales », comme s’exprimaient les Pères, pour pouvoir nous aussi, selon la parole de saint Paul, nous présenter « immaculés » devant le Seigneur, tels qu’Il nous a voulus dès le commencement (Col 1, 321; Ep 1, 4).
Mais à présent nous devons nous demander: Qu’est-ce que signifie « Marie l’Immaculée »? Ce titre a-t-il quelque chose à nous dire? La liturgie d’aujourd’hui éclaire pour nous le contenu de cette parole à travers deux grandes images. Il y a tout d’abord le récit merveilleux de l’annonce à Marie, la Vierge de Nazareth, de la venue du Messie. Le salut de l’Ange est tissé de fils de l’Ancien Testament, en particulier du prophète Sophonie. Celui-ci fait voir que Marie, l’humble femme de province qui est issue d’une lignée sacerdotale et qui porte en elle le grand patrimoine sacerdotal d’Israël, est « le saint reste » d’Israël auquel les prophètes, au cours de toutes les périodes de douleurs et de ténèbres, ont fait référence. En elle est présente la véritable Sion, celle qui est pure, la demeure vivante de Dieu. En elle demeure le Seigneur, en elle il trouve le lieu de Son repos. Elle est la maison vivante de Dieu, qui n’habite pas dans des édifices de pierre, mais dans le coeur de l’homme vivant. Elle est le germe qui, dans la sombre nuit d’hiver de l’histoire, jaillit du tronc abattu de David. En elle s’accomplit la parole du Psaume: « La terre a donné son fruit » (67, 7). Elle est le surgeon, duquel dérive l’arbre de la rédemption et des rachetés. Dieu n’a pas essuyé un échec, comme il pouvait sembler au début de l’histoire avec Adam et Eve, ou bien au cours de l’exil à Babylone, et comme il semblait à nouveau à l’époque de Marie, quand Israël était devenu un peuple sans importance dans une région occupée, avec bien peu de signes reconnaissables de sa sainteté. Dieu n’a pas failli. Dans l’humilité de la maison de Nazareth vit l’Israël saint, le reste pur. Dieu a sauvé et sauve son peuple. Du tronc abattu ressurgit à nouveau son histoire, devenant une nouvelle force vive qui oriente et envahit le monde. Marie est l’Israël saint; elle dit « oui » au Seigneur, se met pleinement à sa disposition et devient ainsi le temple vivant de Dieu.
La deuxième image est beaucoup plus difficile et obscure. Cette métaphore, tirée du Livre de la Genèse, nous parle à partir d’une grande distance historique, et ne peut être éclaircie qu’avec beaucoup de peine; ce n’est qu’au cours de l’histoire qu’il a été possible de développer une compréhension plus profonde de ce qui y est référé. Il est prédit qu’au cours de toute l’histoire, la lutte entre l’homme et le serpent se poursuivra, c’est-à-dire entre l’homme et les puissances du mal et de la mort. Cependant, il est également préannoncé que « la lignée » de la femme vaincra un jour et écrasera la tête du serpent, de la mort; il est préannoncé que la lignée de la femme – et en elle la femme et la mère elle-même – vaincra et qu’ainsi, à travers l’homme, Dieu vaincra. Si nous nous mettons à l’écoute de ce texte avec l’Eglise croyante et en prière, alors nous pouvons commencer à comprendre ce qu’est le péché originel, le péché héréditaire, et aussi ce que signifie être sauvergardé de ce péché héréditaire, ce qu’est la rédemption.
Quelle est la situation qui nous est présentée dans cette page? L’homme n’a pas confiance en Dieu. Tenté par les paroles du serpent, il nourrit le soupçon que Dieu, en fin de compte, ôte quelque chose à sa vie, que Dieu est un concurrent qui limite notre liberté et que nous ne serons pleinement des êtres humains que lorsque nous l’aurons mis de côté; en somme, que ce n’est que de cette façon que nous pouvons réaliser en plénitude notre liberté. L’homme vit avec le soupçon que l’amour de Dieu crée une dépendance et qu’il lui est nécessaire de se débarasser de cette dépendance pour être pleinement lui-même. L’homme ne veut pas recevoir de Dieu son existence et la plénitude de sa vie. Il veut puiser lui-même à l’arbre de la connaissance le pouvoir de façonner le monde, de se transformer en un dieu en s’élevant à Son niveau, et de vaincre avec ses propres forces la mort et les ténèbres. Il ne veut pas compter sur l’amour qui ne lui semble pas fiable; il compte uniquement sur la connaissance, dans la mesure où celle-ci confère le pouvoir. Plutôt que sur l’amour, il mise sur le pouvoir, avec lequel il veut prendre en main de manière autonome sa propre vie. Et en agissant ainsi, il se fie au mensonge plutôt qu’à la vérité et cela fait sombrer sa vie dans le vide, dans la mort. L’amour n’est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre. La liberté d’un être humain est la liberté d’un être limité et elle est donc elle-même limitée. Nous ne pouvons la posséder que comme liberté partagée, dans la communion des libertés: ce n’est que si nous vivons d’une juste manière, l’un avec l’autre et l’un pour l’autre, que la liberté peut se développer. Nous vivons d’une juste manière, si nous vivons selon la vérité de notre être, c’est-à-dire selon la volonté de Dieu. Car la volonté de Dieu ne constitue pas pour l’homme une loi imposée de l’extérieur qui le force, mais la mesure intrinsèque de sa nature, une mesure qui est inscrite en lui et fait de lui l’image de Dieu, et donc une créature libre. Si nous vivons contre l’amour et contre la vérité – contre Dieu -, alors nous nous détruisons réciproquement et nous détruisons le monde. Alors nous ne trouvons pas la vie, mais nous faisons le jeu de la mort. Tout cela est raconté à travers des images immortelles dans l’histoire de la chute originelle et de l’homme chassé du Paradis terrestre.
Chers frères et soeurs! Si nous réfléchissons sincèrement sur nous et sur notre sur histoire, nous constatons qu’à travers ce récit est non seulement décrite l’histoire du début, mais l’histoire de tous les temps, et que nous portons tous en nous une goutte du venin de cette façon de penser illustrée par les images du Livre de la Genèse. Cette goutte de venin, nous l’appelons péché originel. Précisément en la fête de l’Immaculée Conception apparaît en nous le soupçon qu’une personne qui ne pèche pas du tout est au fond ennuyeuse; que quelque chose manque à sa vie: la dimension dramatique du fait d’être autonomes; qu’être véritablement hommes comprenne également la liberté de dire non, de descendre au fond des ténèbres du péché et de vouloir agir tout seuls; que ce n’est qu’alors que l’on peut exploiter totalement toute l’ampleur et la profondeur du fait d’être des hommes, d’être véritablement nous-mêmes; que nous devons mettre cette liberté à l’épreuve, également contre Dieu, pour devenir en réalité pleinement nous-mêmes. En un mot, nous pensons au fond que le mal est bon, que nous avons au moins un peu besoin de celui-ci pour faire l’expérience de la plénitude de l’être. Nous pensons que Méphistophélès – le tentateur – a raison lorsqu’il dit être la force « qui veut toujours le mal et qui accomplit toujours le bien » (J.W. v. Goethe, Faust I, 3). Nous pensons que traiter un peu avec le mal, se réserver un peu de liberté contre Dieu est au fond un bien, et peut-être même nécessaire.
Cependant, en regardant le monde autour de nous, nous pouvons voir qu’il n’en est pas ainsi, c’est-à-dire que le mal empoisonne toujours, il n’élève pas l’homme, mais l’abaisse et l’humilie, il ne le rend pas plus grand, plus pur et plus riche, mais il lui cause du mal et le fait devenir plus petit. C’est plutôt cela que nous devons apprendre le jour de l’Immaculée: l’homme qui s’abandonne totalement entre les mains de Dieu ne devient pas une marionnette de Dieu, une personne consentante ennuyeuse; il ne perd pas sa liberté. Seul l’homme qui se remet totalement à Dieu trouve la liberté véritable, l’ampleur vaste et créative de la liberté du bien. L’homme qui se tourne vers Dieu ne devient pas plus petit, mais plus grand, car grâce à Dieu et avec Lui, il devient grand, il devient divin, il devient vraiment lui-même. L’homme qui se remet entre les mains de Dieu ne s’éloigne pas des autres en se retirant dans sa rédemption en privé; au contraire, ce n’est qu’alors que son coeur s’éveille vraiment et qu’il devient une personne sensible et donc bienveillante et ouverte.
Plus l’homme est proche de Dieu et plus il est proche des hommes. Nous le voyons en Marie. Le fait qu’elle soit totalement auprès de Dieu est la raison pour laquelle elle est également si proche de tous les hommes. C’est pourquoi elle peut être la Mère de toute consolation et de toute aide, une Mère à laquelle devant chaque nécessité quiconque peut oser s’adresser dans sa propre faiblesse et dans son propre péché, car elle comprend tout et elle est pour tous la force ouverte de la bonté créatrice. C’est en Elle que Dieu imprime son image, l’image de Celui qui suit la brebis égarée jusque dans les montagnes et parmi les épines et les ronces des péchés de ce monde, se laissant blesser par la couronne d’épine de ces péchés, pour prendre la brebis sur ses épaules et la ramener à la maison. En tant que Mère compatissante, Marie est la figure anticipée et le portrait permanent de son Fils. Nous voyons ainsi que même l’image de la Vierge des Douleurs, de la Mère qui partage la souffrance et l’amour, est une véritable image de l’Immaculée. Son coeur, grâce au fait d’être et de ressentir avec Dieu, s’est agrandi. En Elle, la bonté de Dieu s’est beaucoup approchée et s’approche beaucoup de nous. Ainsi Marie se trouve devant nous comme signe de réconfort, d’encouragement, d’espérance. Elle s’adresse à nous en disant: « Aie le courage d’oser avec Dieu! Essaye! N’aie pas peur de Lui! Aie le courage de risquer avec la foi! Aie le courage de risquer avec la bonté! Aie le courage de risquer avec le coeur pur! Engage-toi avec Dieu, tu verras alors que c’est précisément grâce à cela que ta vie deviendra vaste et lumineuse, non pas ennuyeuse, mais pleine de surprises infinies, car la bonté infinie de Dieu ne se tarit jamais! »
En ce jour de fête, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour le grand signe de sa bonté qu’il nous a donné en Marie, sa Mère et Mère de l’Eglise. Nous voulons le prier de placer Marie sur notre chemin comme une lumière qui nous aide à devenir nous aussi lumière et à porter cette lumière dans les nuits de l’histoire. Amen.

SAINT AMBROISE DE MILAN – 7 DICEMBRE – EVÊQUE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE (? 397)

6 décembre, 2018

https://nominis.cef.fr/contenus/fetes/7/12/2018/7-Decembre-2018.html

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Sant ‘Ambrogio et l’empereur Théodose (Paul Rubens)

SAINT AMBROISE DE MILAN – 7 DICEMBRE – EVÊQUE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE (? 397)

Cet avocat célèbre avait une si grande personnalité qu’il devint gouverneur de la province de Milan. Il découvre alors Jésus-Christ. Il n’est encore que catéchumène lorsque, de passage dans sa ville, il est élu évêque par acclamation du peuple. Il est alors immédiatement baptisé, ordonné prêtre, consacré évêque en peu de temps. Saint Ambroise est un véritable évêque, soucieux de la rectitude de la foi et de la paix sociale. Ses relations avec les empereurs successifs (qui favorisent tantôt les catholiques, tantôt les hérétiques ariens) sont mouvementées. En 390, l’empereur Théodose fait massacrer toute une partie de la population de Thessalonique pour arrêter des émeutes. Pour cette raison, saint Ambroise lui refusera l’accès de son église à Milan, exigeant qu’il se soumette d’abord à la pénitence publique de l’Église. L’empereur, subjugué, obéit et, après des mois de pénitence, Théodose ne communie plus dans le sanctuaire avec les prêtres (selon le privilège impérial), mais au milieu des laïcs.
Saint Ambroise de Milan, mosaïqueSaint Augustin doit, en partie à saint Ambroise, sa conversion, car il épiait ses sermons en cachette, écoutait sa pensée, admirait la parole de ce grand orateur. Saint Ambroise avait un grand souci de belles liturgies. Il introduisit dans l’Église latine l’usage grec de chanter des hymnes qui étaient à la fois des prières, des actions de grâce et des résumés du dogme. Il en composa plusieurs que nous chantons encore aujourd’hui « Aeterne rerum Conditor » – « Dieu créateur de toutes choses ».
Illustration: Saint Ambroise de Milan, mosaïque du Ve siècle dans la Basilique de Milan (Institut des Sources Chrétiennes)
Patron des apiculteurs, il est parfois représenté avec une ruche en paille tressée.
C’est évidemment d’abord à la sagesse et à l’autorité de l’administrateur, sans doute aussi à son sens pédagogique (il fut « l’inventeur » du chant populaire liturgique pour aider à la prière et à la mémorisation des vérités de foi) que se réfère le corps administratif et technique des armées en choisissant saint Ambroise comme saint protecteur. (Diocèse aux Armées françaises)
Un portrait de saint Ambroise de Milan.
Celui qui est considéré comme un des plus grands Pères de l’Église (339-397) fut initié aux études bibliques par Origène. « Il a transposé dans le contexte culturel latin -a expliqué le Pape- la méditation de l’Ecriture, inaugurant en occident la Lectio Divina, qui inspira sa prédication et son oeuvre, toute orientée sur l’écoute » de la Parole divine.
Il enseigna tout d’abord aux catéchumènes « l’art de vivre bien afin d’être bien préparés aux grands mystères christiques ». Sa prédication partant « de la lecture des Livres sacrés pour vivre en conformité à la Révélation ».
« Il est évident -a précisé le Saint-Père- que le témoignage personnel du prédicateur et son exemple pour la communauté conditionnent l’efficacité de sa démarche. C’est pourquoi le mode de vie et la réalité de la Parole vécue sont déterminants ».
Puis Benoît XVI a rappelé le témoignage de saint Augustin dont la conversion fut le fruit des « belles homélies » d’Ambroise entendues à Milan, mais aussi « du témoignage qu’il donnait et de celui de l’Église milanaise qui ne faisaient qu’un en priant et chantant d’une seule voix ». L’Évêque d’Hippone raconte également sa surprise de voir Ambroise lire mentalement en privé les Écritures, « alors qu’à l’époque leur lecture devait être faite à voix haute afin d’en faciliter la compréhension ».
Dans ce mode de lecture, a souligné le Pape, « où le coeur s’efforce de comprendre la Parole de Dieu, on entrevoit la méthode catéchistique de saint Ambroise. Complètement assimilée, l’Écriture suggère les contenus à diffuser en vue de la conservation des coeurs… De fait, la catéchèse est inséparable du témoignage de vie ».
« Qui éduque dans la foi ne saurait courir le risque de sembler un acteur interprétant un rôle ». Le prédicateur doit, « à l’exemple de Jean, appuyer sa tête sur le coeur de son maître, adoptant son mode de pensée, de parler et d’agir ».
Ambroise de Milan mourut la nuit du Vendredi Saint les bras en croix, « exprimant dans cette attitude sa participation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur. Ce fut là son ultime catéchèse ». Sans paroles et dans le silence des gestes il continua de témoigner.
Source: VIS 071024 (390) le 24 octobre 2007, Benoît XVI durant l’audience générale.
Le 7 décembre, mémoire de saint Ambroise, évêque de Milan et docteur de l’Église. Il s’endormit dans le Seigneur le 4 avril 397 dans la nuit sainte de Pâques, mais on l’honore principalement en ce jour, où, encore catéchumène, il fut, en 374, appelé à gouverner ce siège célèbre, alors qu’il exerçait la fonction de préfet de la cité. Vrai pasteur et docteur des fidèles, il mit la plus grande énergie à exercer la charité envers tous, à défendre la liberté de l’Église et à enseigner la doctrine de la vraie foi contre les ariens et enseigna au peuple la piété par ses commentaires de la Bible et les hymnes qu’il composa.

BENOÎT XVI – 4 DICEMBRE – SAINT JEAN DAMASCÈNE (2009)

5 décembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090506.html

fr of-Saint-John-Damascene (1)

Saint Jean Damascene (Mère de Dieu des trois mains, monastère du Mont Athos)

BENOÎT XVI – 4 DICEMBRE – SAINT JEAN DAMASCÈNE (2009)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 6 mai 2009

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui de Jean Damascène, un personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine, un grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle. Il représente surtout un témoin oculaire du passage de la culture chrétienne grecque et syriaque, commune à la partie orientale de l’Empire byzantin, à la culture de l’islam, qui s’est imposée grâce à ses conquêtes militaires sur le territoire reconnu habituellement comme le Moyen ou le Proche Orient. Jean, né dans une riche famille chrétienne, assuma encore jeune la charge – remplie déjà sans doute par son père – de responsable économique du califat. Mais très vite, insatisfait de la vie de la cour, il choisit la vie monastique, en entrant dans le monastère de Saint-Saba, près de Jérusalem. C’était aux environs de l’an 700. Ne s’éloignant jamais du monastère, il consacra toutes ses forces à l’ascèse et à l’activité littéraire, ne dédaignant pas une certaine activité pastorale, dont témoignent avant tout ses nombreuses Homélies. Sa mémoire liturgique est célébrée le 4 décembre. Le Pape Léon XIII le proclama docteur de l’Eglise universelle en 1890.
En Orient, on se souvient surtout de ses trois Discours pour légitimer la vénération des images sacrées, qui furent condamnés, après sa mort, par le Concile iconoclaste de Hiéria (754). Mais ces discours furent également le motif fondamental de sa réhabilitation et de sa canonisation de la part des Pères orthodoxes convoqués par le second Concile de Nicée (787), septième Concile œcuménique. Dans ces textes, il est possible de retrouver les premières tentatives théologiques importantes de légitimer la vénération des images sacrées, en les reliant au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie.
Jean Damascène fut, en outre, parmi les premiers à distinguer, dans le culte public et privé des chrétiens, l’adoration (latreia) de la vénération (proskynesis): la première ne peut être adressée qu’à Dieu, suprêmement spirituel, la deuxième au contraire peut utiliser une image pour s’adresser à celui qui est représenté dans l’image même. Bien sûr, le saint ne peut en aucun cas être identifié avec la matière qui compose l’icône. Cette distinction se révéla immédiatement très importante pour répondre de façon chrétienne à ceux qui prétendaient universel et éternel l’observance de l’interdit sévère de l’Ancien Testament d’utiliser des images dans le culte. Tel était le grand débat également dans le monde islamique, qui accepte cette tradition juive de l’exclusion totale d’images dans le culte. Les chrétiens, en revanche, dans ce contexte, ont débattu du problème et trouvé la justification pour la vénération des images. Damascène écrit: « En d’autres temps, Dieu n’avait jamais été représenté en image, étant sans corps et sans visage. Mais à présent que Dieu a été vu dans sa chair et a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible en Dieu. Je ne vénère pas la matière, mais le créateur de la matière, qui s’est fait matière pour moi et a daigné habiter dans la matière et opérer mon salut à travers la matière. Je ne cesserai donc pas de vénérer la matière à travers laquelle m’a été assuré le salut. Mais je ne la vénère absolument pas comme Dieu! Comment pourrait être Dieu ce qui a reçu l’existence à partir du non-être?… Mais je vénère et respecte également tout le reste de la matière qui m’a procuré le salut, car pleine d’énergie et de grâces saintes. Le bois de la croix trois fois bénie n’est-il pas matière? L’encre et le très saint livre des Evangiles ne sont-ils pas matière? L’autel salvifique qui nous donne le pain de vie n’est-il pas matière?…. Et, avant tout autre chose, la chair et le sang de mon Seigneur ne sont-ils pas matière? Ou bien tu dois supprimer le caractère sacré de toutes ces choses, ou bien tu dois accorder à la tradition de l’Eglise la vénération des images de Dieu et celle des amis de Dieu qui sont sanctifiés par le nom qu’ils portent, et qui, pour cette raison, sont habités par la grâce de l’Esprit Saint. N’offense donc pas la matière: celle-ci n’est pas méprisable; car rien de ce que Dieu a fait n’est méprisable » (Contra imaginum calumniatores, I, 16, ed; Kotter, pp. 89-90). Nous voyons que, à cause de l’incarnation, la matière apparaît comme divinisée, elle est vue comme la demeure de Dieu. Il s’agit d’une nouvelle vision du monde et des réalités matérielles. Dieu s’est fait chair et la chair est devenue réellement demeure de Dieu, dont la gloire resplendit sur le visage humain du Christ. C’est pourquoi, les sollicitations du Docteur oriental sont aujourd’hui encore d’une très grande actualité, étant donnée la très grande dignité que la matière a reçue dans l’Incarnation, pouvant devenir, dans la foi, le signe et le sacrement efficace de la rencontre de l’homme avec Dieu. Jean Damascène reste donc un témoin privilégié du culte des icônes, qui deviendra l’un des aspects les plus caractéristiques de la théologie et de la spiritualité orientale jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit toutefois d’une forme de culte qui appartient simplement à la foi chrétienne, à la foi dans ce Dieu qui s’est fait chair et s’est rendu visible. L’enseignement de saint Jean Damascène s’inscrit ainsi dans la tradition de l’Eglise universelle, dont la doctrine sacramentelle prévoit que les éléments matériels issus de la nature peuvent devenir un instrument de grâce en vertu de l’invocation (epiclesis) de l’Esprit Saint, accompagnée par la confession de la foi véritable.
Jean Damascène met également en relation avec ces idées de fond la vénération des reliques des saints, sur la base de la conviction que les saints chrétiens, ayant participé de la résurrection du Christ, ne peuvent pas être considérés simplement comme des « morts ». En énumérant, par exemple, ceux dont les reliques ou les images sont dignes de vénération, Jean précise dans son troisième discours en défense des images: « Tout d’abord (nous vénérons) ceux parmi lesquels Dieu s’est reposé, lui le seul saint qui se repose parmi les saints (cf. Is 57, 15), comme la sainte Mère de Dieu et tous les saints. Ce sont eux qui, autant que cela est possible, se sont rendus semblables à Dieu par leur volonté et, par l’inhabitation et l’aide de Dieu, sont dits réellement dieux (cf. Ps 82, 6), non par nature, mais par contingence, de même que le fer incandescent est appelé feu, non par nature mais par contingence et par participation du feu. Il dit en effet: Vous serez saint parce que je suis saint (Lv 19, 2) » (III, 33, col. 1352 A). Après une série de références de ce type, Jean Damascène pouvait donc déduire avec sérénité: « Dieu, qui est bon et supérieur à toute bonté, ne se contenta pas de la contemplation de lui-même, mais il voulut qu’il y ait des êtres destinataires de ses bienfaits, qui puissent participer de sa bonté: c’est pourquoi il créa du néant toutes les choses, visibles et invisibles, y compris l’homme, réalité visible et invisible. Et il le créa en pensant et en le réalisant comme un être capable de pensée (ennoema ergon) enrichi par la parole (logo[i] sympleroumenon) et orienté vers l’esprit (pneumati teleioumenon) » (II, 2, PG, col. 865A). Et pour éclaircir ultérieurement sa pensée, il ajoute: « Il faut se laisser remplir d’étonnement (thaumazein) par toutes les œuvres de la providence (tes pronoias erga), les louer toutes et les accepter toutes, en surmontant la tentation de trouver en celles-ci des aspects qui, a beaucoup de personnes, semblent injustes ou iniques (adika), et en admettant en revanche que le projet de Dieu (pronoia) va au-delà des capacités cognitives et de compréhension (agnoston kai akatalepton) de l’homme, alors qu’au contraire lui seul connaît nos pensées, nos actions et même notre avenir » (II, 29, PG, col. 964C). Du reste, Platon disait déjà que toute la philosophie commence avec l’émerveillement: notre foi aussi commence avec l’émerveillement de la création, de la beauté de Dieu qui se fait visible.
L’optimisme de la contemplation naturelle (physikè theoria), de cette manière de voir dans la création visible ce qui est bon, beau et vrai, cet optimisme chrétien n’est pas un optimisme naïf: il tient compte de la blessure infligée à la nature humaine par une liberté de choix voulue par Dieu et utilisée de manière impropre par l’homme, avec toutes les conséquences d’un manque d’harmonie diffus qui en ont dérivées. D’où l’exigence, clairement perçue par le théologien de Damas, que la nature dans laquelle se reflète la bonté et la beauté de Dieu, blessées par notre faute, « soit renforcée et renouvelée » par la descente du Fils de Dieu dans la chair, après que de nombreuses manières et en diverses occasions Dieu lui-même ait cherché à démontrer qu’il avait créé l’homme pour qu’il soit non seulement dans l’ »être », mais dans le « bien-être » (cf. La foi orthodoxe, II, 1, PG 94, col. 981°). Avec un enthousiasme passionné, Jean explique: « Il était nécessaire que la nature soit renforcée et renouvelée et que soit indiquée et enseignée concrètement la voie de la vertu (didachthenai aretes hodòn), qui éloigne de la corruption et conduit à la vie éternelle… C’est ainsi qu’apparut à l’horizon de l’histoire la grande mer de l’amour de Dieu pour l’homme (philanthropias pelagos)… ». C’est une belle expression. Nous voyons, d’une part, la beauté de la création et, de l’autre, la destruction accomplie par la faute humaine. Mais nous voyons dans le Fils de Dieu, qui descend pour renouveler la nature, la mer de l’amour de Dieu pour l’homme. Jean Damascène poursuit:  » Lui-même, le Créateur et le Seigneur, lutta pour sa créature en lui transmettant à travers l’exemple son enseignement… Et ainsi, le Fils de Dieu, bien que subsistant dans la forme de Dieu, abaissa les cieux et descendit… auprès de ses serviteurs… en accomplissant la chose la plus nouvelle de toutes, l’unique chose vraiment nouvelle sous le soleil, à travers laquelle se manifesta de fait la puissance infinie de Dieu » (III, 1. PG 94, coll. 981C-984B).
Nous pouvons imaginer le réconfort et la joie que diffusaient dans le cœur des fidèles ces paroles riches d’images si fascinantes. Nous les écoutons nous aussi, aujourd’hui, en partageant les mêmes sentiments que les chrétiens de l’époque: Dieu veut reposer en nous, il veut renouveler la nature également par l’intermédiaire de notre conversion, il veut nous faire participer de sa divinité. Que le Seigneur nous aide à faire de ces mots la substance de notre vie.

HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « VOICI VENIR DES JOURS »

30 novembre, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 1ER DIMANCHE DE L’AVENT ANNÉE C « VOICI VENIR DES JOURS »

Au début d’une nouvelle Année liturgique, c’est un message d’espérance qui nous est donné aujourd’hui. Notre regard se tourne vers l’avenir, vers un horizon qui n’est pas fermé et qui ouvre toutes les possibilités. Les textes de la Parole de Dieu vont dans ce sens.

I- Un germe est là
Dans la première lecture le prophète Jérémie utilise une belle image qui est celle d’une éclosion, d’une naissance, d’une croissance. Il parle d’un germe. Le germe est inclus dans la semence, il l’est aussi dans l’enfant qui naît, dans les efforts d’apprentissage, dans les premiers pas d’une carrière, d’un amour ou encore d’une vocation etc.
Je trouve cette image des plus adaptées pour nous faire entrer dans le cheminement que nous propose l’Église à travers la liturgie tout au cours de l’année et des temps liturgiques comme celui de l’Avent que nous commençons, de Noël, du Carême, de Pâques, de la Pentecôte et de celui qu’on appelle le temps ordinaire.
Cette image m’a remémoré un passage d’un auteur qu’un de mes professeurs au Collège de Lévis, l’abbé Réal Fortin, citait souvent. Il s’agit d’une phrase de Nicolas Boileau (1636-1711) dans L’Art poétique devenue une formule maintes fois répétée maintenant : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
C’est ce que nous sommes invités à faire à chaque année qui se déroule au fil des jours avec ou sans soubresauts, mais qui nous rapproche toujours du Jour du Seigneur. Notre histoire personnelle, celle de l’Église et celle du monde sont habitées par la force et la vie du Germe que Dieu a mis au cœur de notre vie, qui est son Verbe incarné, Jésus toujours présent et vivant parmi nous, car comme le dit le Prologue de l’évangile selon saint Jean « le Verbe de Dieu a habité parmi nous » (Jean 1, 12). Alors, allons-y ! Mettons-nous en marche une nouvelle fois, remettons sur le métier notre ouvrage, pour entrer dans la suite de Jésus que l’Année liturgique nous dévoilera dans ses agissements et dans son enseignement.
II- Une révélation qui dérange
Alors, me demanderez-vous, pourquoi, en ce début du temps de l’Avent, toutes ces catastrophes et ces chambardements que raconte saint Luc nous sont-ils présentés ?
La réponse c’est que saint Luc ne prétend pas décrire l’avenir avec une précision d’historien. Il a un autre but qui est celui de stimuler les communautés chrétiennes à se laisser habiter de la présence de Jésus Sauveur ici et maintenant et de ne pas attendre à la fin. Le texte de l’évangile selon saint Luc est comme un traitement-choc. Il brasse la cage, comme on dit au Québec, pour que les gens réagissent dès maintenant.
Ainsi, avec ces images si vivantes et saisissantes, saint Luc encourage les chrétiens à rester éveillés et à prier en tout temps. Les cataclysmes annoncés ne sont pas là pour eux-mêmes. Ils sont une porte d’entrée vers un monde nouveau. Et cette entrée ne peut être retardée. Il n’est pas nécessaire d’attendre le dernier moment. C’est maintenant que le Christ vient. Dans la thématique de l’Avent 2018, « Seigneur, que devons-nous faire ? » que propose le Prions en Église canadien, la réponse pour le 1er dimanche de l’Avent est à juste titre « Veiller ».
Saint Luc veut secouer l’apathie, l’indifférence et la lassitude qui peuvent gagner les communautés. Les images fortes invitent à se réveiller, à se tenir debout, à vivre une attente ouverte de ce que le Christ apporte au monde et qu’il mènera à son terme lors de son Retour dans la gloire.
III- Le Retour du Seigneur
Dans la seconde lecture le message de saint Paul est le même. Celui-ci est très explicite. Il invite les Thessaloniciens à regarder en avant, à vivre l’attente du Seigneur dans l’espérance et dans la confiance, remplis de la présence de leur Sauveur déjà là et qui viendra définitivement un jour les prendre avec lui. Le témoignage de saint Paul fait écho à l’évangile en présentant le Retour du Christ comme très prochain.
Au moment où il écrivait cette lettre, environ 30 ans après la mort de Jésus, saint Paul s’attendait de voir le Retour du Seigneur de son vivant. Par la suite il a compris que ce Retour est un mystère qui se révélera avec le temps et il est entré dans l’essentiel de toute vie chrétienne : vivre avec le Christ ici et maintenant. Ainsi il écrira plus tard aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ». (Galates 2, 20)
Nous sommes à l’aise avec cette nouvelle perspective de saint Paul qui nous est familière car notre attente du Retour du Christ se fait dans la foi. Nous n’en savons ni l’heure ni le moment. Nous sommes ainsi invités à devenir des chercheurs et des chercheuses de Dieu au fil des jours. C’est le message que je veux vous laisser ce matin à la suite de Saint Paul : « Restez éveillés. Les temps sont accomplis. Voici venir des jours ».

Conclusion
Efforçons-nous de suivre le mouvement de cette histoire du salut dans laquelle le Christ nous fait entrer par notre Baptême. N’ayons pas peur de remettre notre ouvrage sur le métier comme le dit si bien la citation de mon professeur de littérature au collège que je vous répète en terminant : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
C’est le souhait que je fais au début de cette nouvelle Année liturgique qui va nous donner l’occasion de nous remettre devant les yeux, pour les méditer encore une fois, les mystères de la vie du Christ, de sa naissance à sa Résurrection et à son Ascension auprès de son Père. Ce faisant nous serons amenés à les vivre plus en profondeur. C’est ce que je nous souhaite, à tous et à toutes, pour cette nouvelle Année liturgique qui commence.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Séminaire de Québec
Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval

 

L’EXPÉRIENCE DE L’ALIÉNATION, PRÉLUDE À LA REDÉCOUVERTE DE DIEU?

29 novembre, 2018

 http://www.scourmont.be/Armand/writings/interiorite.htm

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Les voies d’une intériorité retrouvée

Conférence de Dom Armand Veilleux, de l’abbaye cistercienne de Mistassini [1]

L’EXPÉRIENCE DE L’ALIÉNATION, PRÉLUDE À LA REDÉCOUVERTE DE DIEU?

L’homme contemporain éprouve une grande difficulté à faire l’expérience de la présence de Dieu. De par sa formation religieuse il était habitué à rencontrer un Dieu immuable et intemporel à l’intérieur d’une existence stable rythmée par des temps de prière réguliers. Or il se retrouve aujourd’hui projeté dans des situations toujours nouvelles et changeantes qui ne laissent guère de place à l’expérience de l’immutabilité divine. Aussi son expérience est plus souvent celle de l’absence de Dieu que celle de sa présence. C’est en ce sens que Martin Buber parlait déjà en son temps de l’ « éclipse » de Dieu.
Et pourtant nous savons que l’homme n’a même pas à se mettre en présence de Dieu pour le rencontrer. Dieu nous est en effet plus présent que nous ne le sommes à nous-mêmes. Saint Paul dit que c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non, nous ne pouvons jamais ne pas être en sa présence. Celle-ci nous habite puisque notre vie est une participation à la vie divine, que notre respiration est une participation au souffle de vie déposé par Dieu en l’homme au matin de la création. Cette présence habite tous les hommes qui nous entourent, tout comme elle habite l’ensemble de l’univers fécondé par l’ombre de l’Esprit et travaillé par l’attente de la pleine adoption des fils de Dieu.
Si notre expérience de Dieu est le plus souvent celle de son absence que celle de sa présence, ce ne peut donc être que parce que nous sommes absents de nous- mêmes, et que nous vivons à la superficie de notre être et de la réalité qui nous entoure, emportés que nous sommes par le flot des situations changeantes et sans contact avec la réalité immuable qui les sous-tend.
Un phénomène capital : l’aliénation
Le problème de la présence ou de l’absence de Dieu n’est donc pas un problème théologique, mais un problème anthropologique. Et c’est un problème qui ne peut être résolu par un simple appel à la bonne volonté individuelle et à l’effort personnel. Il a des dimensions sociales, étant donné que nos diverses situations collectives peuvent aussi bien favoriser une rencontre de Dieu que la rendre pratiquement impossible.
Dieu est certes au coeur de chacune de nos situations collectives et individuelles, comme Yahvé a accompagné son peuple élu, fidèlement, à travers les péripéties de son histoire. Si nous n’arrivons pas, bien souvent, à faire, de nos jours, l’expérience de sa présence, c’est sans doute que nous vivons avec une acuité nouvelle ce phénomène que Marx et les psychologues modernes nous ont appris à connaître sous de nouveaux jours, mais qui est un phénomène aussi vieux que l’humanité ; l’aliénation.
Obligé de se resituer constamment face à de nouveaux contextes et à de nouvelles conditions de vie, l’homme contemporain éprouve beaucoup la difficulté et parfois l’impossibilité de trouver, de conserver ou de retrouver son identité. En tant que collectivité, nous semblons avoir largement perdu le contact avec nos racines intérieures ; nos systèmes de valeurs ont été bouleversés et nous retrouvons difficilement la voie de l’intériorité. Perdus clans le dédale des questions qui nous assaillent et nous tourmentent, nous ne trouvons plus le chemin conduisant au « questionneur que nous sommes.
Si paradoxal que cela puisse paraître, c’est peut-être cette expérience aiguë de l’aliénation qui nous ouvrira la voie vers une redécouverte de l’intériorité perdue au cours de l’euphorie du développement industriel et technique. Si l’expérience de l’aliénation a évidemment des effets négatifs, elle peut avoir aussi des effets positifs. Car l’homme découvre les véritables dimensions de son être aussi bien à travers ses tensions intérieures et ses frustrations qu’à travers sa vertu, et sa piété ; aussi bien à travers ses angoisses qu’à travers sa certitude de posséder la vérité. Il y a en l’homme une aspiration vers le dépassement et une attraction vers le néant. Et il est nécessaire de faire l’expérience de l’une et de l’autre. Les deux expériences sont préalables à l’expérience de Dieu.
C’est, bien sûr, une expérience dramatique de passer à travers la présente aliénation collective qui se manifeste dans des phénomènes tels que, sur le plan individuel, l’instabilité psychologique, le retard de la maturation, l’attrait de la drogue et des autres évasions ; et, sur le plan social, la résistance croissante à tout ordre social et l’anarchie, d’un côté, aussi bien que la poussée totalitaire, de l’autre. Ces réalités que la présente négociation du front commun nous rend aussi tangibles qu’on puisse le désirer, ont l’avantage de nous révéler les tragédies cachées et intérieures de notre civilisation. Sous toutes ses formes cette expérience d’aliénation peut donc être comprise comme une révélation de l’ambiguïté que tout homme porte au fond de son coeur et qui ternit au moins quelque peu chacune de ses actions.
Saint Paul nous avait parlé de cette ambiguïté : Je fais le mai que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je veux. Et toute l’attente messianique et eschatologique de la spiritualité judéo-chrétienne avait été sous-tendue jusqu’à notre époque par une conscience de la déchéance de l’homme de sa dignité primitive et par le besoin d’une transformation rédemptrice. Dans l’euphorie d’une transformation sociale et d’un progrès technique accélérés, l’homme occidental a perdu à notre époque ce sens du péché et cette conscience d’un besoin de rédemption. Aveuglé par un sens exagéré du progrès, il a été empêché de reconnaître les forces négatives et aliénantes à l’œuvre dans le monde nouveau qu’il. est en train de créer. Le chaos actuel nous ramène heureusement à plus de réalisme sur nous-mêmes et sur notre situation.
Sur le chemin de retour à l’intériorité, c’est donc d’abord non pas la présence de Dieu mais celle des forces du mal que l’homme rencontre. Et cela est normal. Le Christ, après son baptême, est conduit au désert pour y être tenté par Satan ; et les premiers moines s’enfonçaient au coeur du désert non pas d’abord pour y trouver un bienheureux repos dans les consolations d’une union sentie avec Dieu, mais bien plutôt pour aller affronter sur son propre terrain le prince des ténèbres, à la suite et aux côtés du Christ. Pour nous, aujourd’hui, qui aspirons à faire l’expérience de la présence de Dieu au coeur d’un monde en continuelle mutation et en état de profondes convulsions, notre premier pas pour y arriver est peut-être de savoir identifier les forces démoniaques à l’œuvre dans notre société. D’ailleurs, alors que nous avons cessé de parler de Satan, il est significatif qu’il ait fait sa rentrée fracassante dans la littérature, le théâtre et le cinéma (Rosemary’s Baby, L’Exorcisme, Les enfants du sabbat d’Anne. Hébert, etc.).
Les symboles…
Pour poursuivre cette voie d’exploration à l’intérieur de notre existence, vers une plus grande intériorité, nous avons besoin de symboles qui sont les structures d’interprétation de notre existence et de l’univers. Sans leur secours, l’homme se retrouve vite au coeur d’un univers sans signification, où il n’y a que des faits juxtaposés et où il est lui-même simplement l’un de ces faits. Toutes les grandes religions du passé, reconnaissant l’aliénation foncière de l’homme d’avec lui-même et d’avec la réalité, avaient élaboré tout un univers de symboles et de mythes par lesquels l’homme puisse entrer en contact avec Tes forces vives du cosmos et avec Dieu, et transformer en forces libératrices et en expériences salvatrices sa situation d’aliénation. La tradition judéo- chrétienne avait assumé plusieurs de ces grands symboles collectifs fondamentaux. Beaucoup de ces symboles sont à la base de la vie sacramentaire et de la spiritualité chrétienne. C’est par exemple celui de la mort et de la résurrection ou encore celui de la marche, de la voie, récupéré par Mao-Tsé-Tung et qui a conféré une dimension proprement mystique à sa « Longue Marche ». Il me semble important qu’après une période de rationalisme et de soi-disant réalisme, nous retrouvions, dans une sorte de « seconde naïveté », le contact avec ce monde du sacré qu’est le monde des symboles. …
…les disciplines
Mais un univers de symboles, de rites, de révélations serait incapable de réaliser une guérison de l’aliénation intérieure et extérieure de l’homme sans le secours de disciplines spirituelles pouvant lui permettre de faire l’expérience de son propre être et de la réalité divine.. Les grandes religions asiatiques ont été à cet égard d’une richesse inégalée, qu’il s’agisse des diverses formes de yogas de la tradition hindoue ou bien du zen ou encore des méthodes chinoises du Taoïsme ou du Confucianisme.
La tradition chrétienne a connu elle aussi ses formes de discipline spirituelle basées sur l’enseignement des Pères et l’ascèse des premiers moines. Ces méthodes ont certes un fondement surnaturel profond, mais leur base naturelle, c’est-à-dire la base physique et psychologique est beaucoup plus faible que celle des grandes disciplines spirituelles d’Asie. C’est pourquoi on peut se réjouir de voir se manifester en Occident une découverte des méthodes orientales, en même temps qu’un renouveau timide des méthodes chrétiennes de prière et de méditation. Aucune de ces méthodes n’est cependant facile. On est souvent porté à les utiliser comme de simples « techniques », alors qu’elles sont, de leur nature, avant tout un mode de vie, de pensée et d’être d’une exigence extrême. La façon dont beaucoup d’Occidentaux les utilisent les vide de leur sens religieux et les réduit à n’être plus que des moyens faciles de concentration, surtout lorsqu’il s’agit de formes aussi commercialisées, appauvries et occidentalisées que la Méditation Transcendantale.
…le maître spirituel
Pour arriver à une véritable présence à soi et à Dieu une autre médiation s’est toujours avérée nécessaire, à côté de ces disciplines et des symboles — celle d’un maître spirituel. En ce domaine également nous pouvons avoir beaucoup à apprendre au contact des grandes traditions orientales qui rejoignent souvent l’enseignement et l’expérience des Pères du désert. Quelques grands maîtres incarnent de nos jours, en Amérique, ce charisme de la direction spirituelle. On pourrait mentionner le Swami Saccidananda dans la tradition yoga, Sazuki Roshi du Mount Maldy Zen Center dans la tradition Zen, et le Guru Bativedanta dans la tradition de dévotion hin­doue. Rabbi Abraham Heschel représente ce charisme dans la tradition juive hassidique et dans le catholicisme on pourrait signaler des hommes comme Jean Vanier et, par le passé, un Thomas Merton qui eut une influence personnelle sur un nombre extraordinaire de personnes. Si Von veut avoir un exemple à la fois extrêmement charmant et profond de direction spirituelle à notre époque, il faut lire la sagesse du chaman indien du Mexique, Juan Matus, rapportée par son disciple Carlos Castaneda.
Encore une fois, ces trois médiations : les structures d’interprétation que sont les symboles, les disciplines et enfin le maître spirituel nous conduisent, sur la voie de l’intériorité, d’abord vers une conscience plus vive de nos ambiguïtés personnelles. Elles nous permettent ainsi -d’assumer avec tendresse et miséricorde les ambiguïtés, les confusions, les médiocrités, les tensions et les contradictions de notre époque. Elles nous rendent aussi possible d’en discerner avec sérénité les aspects démoniaques.
Des questions angoissantes pour le christianisme et les grandes religions
Nous avons déifié le processus historique et le développement technique au point d’en faire de véritables idoles. C’est là une perversion très subtile de quelque chose de fondamental dans notre tradition religieuse judéo-chrétienne. Le Peuple d’Israël a toujours fait l’expérience de Yahvé comme celle de Dieu intervenant dans l’histoire. Chez les prophètes le jour du Seigneur qui vient polarise tous les événements de l’histoire. Et l’on retrouve la même attente dans la Marana tha final de l’Apocalypse de Jean. Ce jour du Seigneur est décrit comme une période de paix et d’abondance ; il signifiera un changement profond dans la constitution même du monde. En ce jour-là le lion et l’agneau reposeront ensemble, l’enfant mettra sa main sur le trou de la vipère, les épées seront transformées en socs de charrues et toutes les nations viendront à la montagne du Seigneur.
Cette perspective historique du salut, cette tension dynamique vers le jour à venir éclaire toute la tradition occidentale et fi est même impossible de comprendre en dehors d’elle tous les mouvements politiques et sociaux du monde occidental. Cela est extrêmement clair, par exemple, dans la révolution bolchévique qui s’est considérée comme l’incarnation du dynamisme historique des siècles et s’est donné pour mission l’abolition d’un monde révolu et la libération définitive de l’homme par l’établissement d’un mode nouveau et supérieur d’existence. On retrouve la même mystique dans toutes les utopies révolutionnaires de notre époque, aussi bien que dans nos démocraties libérales. C’est la base du messianisme américain enraciné dans la conviction que l’Amérique, née d’une Europe décadente, était la dernière grande espérance pour amener l’humanité à une nouvelle naissance.
L’ère de « l’homo oeconomicus »
Mais un tournant décisif s’est opéré au début de notre époque. Dans toutes les cultures du passé, quoique sous diverses formes, la grande aspiration religieuse de l’homme consistait dans l’expérience spirituelle de la présence divine et dans la participation à la vie de Dieu. Or, le sens aigu du développement ontologique avec Hegel, du développement social avec Marx, du développement physiologique avec Darwin et de la perception de l’homme contemporain comme une transition vers le surhomme avec Nietzsche a conduit à placer la religion de l’homme non plus dans l’expérience de la présence de Dieu mais dans l’expérience d’un monde terrestre autonome devant arriver à sa perfection simplement par la transformation sociale de l’homme lui- même et par la maîtrise scientifique et technique de son environnement. La science et les idéaux sociaux sont devenus les substituts de la mystique. Avec cette dimension mystique et son efficacité extérieure la science a pu prétendre offrir à la fois une analyse de la condition humaine et une façon de transformer celle-ci.
Cette évolution historique nous a fait déboucher sur une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, celle de l’homo oeconomicus. La préoccupation ultime de l’homme est désormais placée dans les réalisations matérielles. Ceci est très clair par exemple dans notre société québécoise où toutes les politiques gouvernementales sont élaborées en fonction de priorités économiques et où les revendications syndicales véhiculent exactement la même philosophie. Nous vivons donc dans un contexte social et culturel explicitement et profondément athée. Et cela n’est pas sans lourdes conséquences pour quiconque aspire encore à vivre l’expérience de la présence de Dieu.
Des questions angoissantes se posent alors et ne peuvent être éludées. S’il est vrai qu’existe une incompatibilité entre Dieu et Mammon, est-il possible de prétendre prier, de prétendre vivre de la présence de Dieu au sein d’une société vendue à l’idole de l’homo œconomicus sans se dissocier explicitement de ses structures idolâtriques ? Nos compromissions collectives avec des aspects matérialistes et athées de notre organisation sociale et politique ne sont-elles pas la cause d’une certaine anémie spirituelle ? L’expérience de la présence de Dieu est-elle possible sans pauvreté ? Le peu de résultats récoltés par l’Église malgré une dépense énorme d’énergie ne provient-il pas de son inféodation non- critique à un type de société dont les structures nient l’expérience de Dieu ?
L’impasse actuelle du christianisme
De fait, toutes les grandes religions sont arrivées de nos jours à une impasse. Cette impasse n’est pas le résultat de l’avènement d’un monde séculier et laïque. C’est plutôt l’inverse qui s’est produit, car à la fin du 18ème et au début du 19ème siècle, on constate que toutes les grandes traditions spirituelles sont arrivées à un état d’essoufflement et de déclin. C’est aussi vrai du protestantisme que du catholicisme ou du judaïsme. C’est également vrai pour l’Inde aussi bien que pour la Chine et l’Islam.
Le caractère propre de l’impasse où se trouve le christianisme vient précisément de la dimension historique de son expérience de Dieu. Alors que le monde asiatique dans son ensemble était caractérisé par une expérience de Dieu statique et en quelque sorte a-tem­porelle, le monde biblique et, à sa suite, tout le monde occidental dans son ensemble avait été saisi et projeté en avant par une ardente attente eschatologique : attente qui plaçait la signification ultime de l’homme dans un événement futur vers lequel tout le cours du temps est orienté. L’homme doit donc alors situer sa recherche de soi et sa recherche de Dieu au sein même d’une évolution historique. Le problème de la découverte de soi réside dans l’acceptation du présent fragmentaire comme une simple étape par laquelle le développement historique doit passer dans son cheminement vers son accomplissement. Toute identification à l’une ou l’autre de ces étapes est impossible. Un ajustement constant est requis à de nouvelles situations émotives aussi bien qu’à de nouvelles structures sociales et à de nouveaux modes de relation à l’ordre divin et à l’ordre cosmique. À mesure qu’approche l’eschaton augmente aussi la tension historique et s’accroît la difficulté pour l’homme de s’adapter à des situations continuellement changeantes. C’est pourquoi, selon Thomas Berry, du River­dale Center for Religious Research, l’un des grands besoins de notre temps est de ralentir le processus du changement temporel par l’accroissement d’une conscience spatiale. Alors que le temps est fragmentaire, l’espace est complet. Alors que le temps est actif, l’espace est contemplatif. Et alors que le temps est orienté vers un pôle d’attraction dans l’avenir, l’espace possède son propre centre de repos. Qui dit conscience temporelle dit anxiété, et qui dit conscience spatiale dit sérénité. Cette conscience spatiale est de plus en plus nécessaire pour faire l’expérience de la présence de Dieu.
La tentation de la fuite et le défi de la solitude
Cette redécouverte d’une conscience spatiale ne doit cependant pas signifier un refus de la réalité comme processus évolutif. C’est ce qui est arrivé au début de l’époque moderne. Les hommes religieux ont senti que l’évolution du monde devenait trop rapide et trop radicale. Ils sont descendus du train et ont pris refuge dans la tranquillité de mouvements religieux tels que le Jansénisme, le Quiétisme, le Piétisme, les Quakers, etc. Et c’est à cause de cette démission, parce qu’il n’y avait plus en son sein d’instance critique, que le monde moderne a pu et a dû s’établir sur des bases laïques et athées. Nous payons chèrement cette démission aujour­d’hui, et pourtant nous sommes constamment tentés de faire la même chose. Il se pourrait bien que des mouvements spirituels dans lesquels nous semblons parfois investir tous nos espoirs impliquent un tel refus de travailler activement à la création d’une société nouvelle.
Il reste toutefois que les espaces que l’homme moderne a à conquérir sont avant tout ses espaces intérieurs. C’est précisément sa préoccupation pour les espaces extérieurs, pour les réalités mesurables et modifiables techniquement qui l’a asséché. Et pour explorer les espaces intérieurs de nos vies, il est important d’y établir de vastes zones de solitude. Cette solitude peut prendre bien des formes. La plus simple et la plus commune consiste à payer à l’intériorité une dîme sur notre temps, c’est-à-dire à se réserver périodiquement quelques heures ou quelques jours pour se retrouver seul avec soi et avec Dieu, ou encore avec quelques amis, en dehors de ses préoccupations et de ses lieux habituels. Ce qui. constitue une sorte d’environnement de rechange.
Une deuxième forme de solitude consiste en ce qu’on pourrait appeler une période de transformation ou encore le stade du « cocon » par allusion au cocon dans lequel la chrysalide se prépare à devenir papillon. Plus notre environnement évolue rapidement, plus nous avons aussi besoin, périodiquement, de ces périodes d’intégration pour assumer les expériences des mois ou des années écoulées, et arriver à une nouvelle conscience de notre identité. Beaucoup de personnes sont arrêtées dans leur développement humain et ne parviennent jamais à leur véritable identité pour n’avoir pas eu le courage ou la possibilité de prendre ainsi à un certain moment un recul par rapport aux activités et aux rôles qu’elles avaient remplis jusque-là, ou encore pour n’avoir pas trouvé dans leur communauté (familiale, religieuse ou autre) le support nécessaire à une telle maturation.
La troisième forme de solitude est celle de la créativité. Elle caractérise l’interaction de l’artiste avec la matière qu’il transforme ou encore l’interaction d’un leader avec le groupe dont il a la responsabilité.
On sera sans doute porté à faire remarquer que, de nos jours, à la suite du développement de la psychanalyse, et surtout des découvertes de Jung sur l’inconscient, de même que sous l’influence de certaines méthodes orientales de méditation, nous avons fait de grands progrès sur la voie de l’intériorité. C’est peut- être vrai, mais il y a aussi de sérieuses nuances à apporter à une telle affirmation. Nous ne devons pas tendre seulement à une intériorité psychologique, qui nous fait pénétrer dans notre inconscient, mais surtout à une intériorité spirituelle qui, elle, débouche sur la conscience. C’est elle qui nous ouvre à la prière, ou plutôt c’est elle qui est prière, puisque la prière chrétienne consiste à faire consciemment nôtre le gémissement de l’Esprit du Christ en nous, dont parle saint Paul aux Romains.
Le Christ n’a pas, dans l’Évangile, fait de longues dissertations sur la prière. Il a plutôt témoigné de sa propre expérience de la Présence de Dieu. Il nous a parlé de son Père ; il nous a dit que son Père et lui étaient un ; que tout ce que lui demandait son Père il le faisait et qu’il ne nous disait rien qu’il n’ait reçu de son Père. Il nous a promis que si nous l’aimions et observions ses commandements le Père et lui viendraient et feraient en nous leur demeure. Il nous a également promis de nous envoyer son Esprit qui nous enseignerait toutes choses. Au-delà de toutes les médiations humaines, qui sont nécessaires, le chemin de l’intériorité est pour nous concrètement le Christ, dans l’Esprit, et ce chemin mène au Père.
Or, le Christ nous a donné un autre enseignement bien précis sur son mode de présence à nos vies. Il nous a appris qu’il demeurait présent d’une façon privilégiée dans les pauvres et les petits, les laissés-pour­’compte et les opprimés. « Ce que vous aurez fait pour les plus petits d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait. Au jour du jugement il nous dira : J’ai eu faim et vous m’avez, donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais seul et en prison et vous m’avez visité, etc. Ou bien il devra nous dire : J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, etc. La contemplation chrétienne, qui va bien au-delà de la theoria grecque, doit donc intégrer, pour être vraie, deux formes complémentaires de rencontre du Christ : la rencontre de la personne même du Verbe au plus profond du coeur et la rencontre du Christ dans l’homme en besoin d’amour et en quête de libération, avec lequel le Christ s’est identifié. Aujourd’hui comme au temps des Prophètes, le problème de la prière est fondamentalement un problème de justice sociale. Inutile de se compter des blagues. La prière véritable ne saurait coexister avec des situations de compromis avec l’injustice individuelle ou collective. La prière chrétienne, l’expérience de la présence du Christ ne saurait en définitive exister sans une forme ou l’autre d’engagement aux côtés des pauvres et des démunis. Une Église riche ne saurait être une Église priante.
L’intériorité dont j’ai parlé tout au long de cet exposé comme d’un chemin menant à l’expérience de la présence de Dieu ne peut donc pas être conçue comme une sorte de nirvana en dehors des préoccupations et des angoisses de nos frères humains. Le vrai contemplatif, au contraire, c’est-à-dire celui qui, quel que soit son état de vie, a connu l’expérience de la rencontre de Dieu en pénétrant au fond de son être, au-delà de sa misère, de son angoisse, de son espoir et de son désespoir, y a aussi découvert le vrai visage de tous les êtres. Il est devenu un homme vraiment catholique au sens profond du mot et vraiment œcuménique. Il accepte et aime non seulement sa propre communauté, sa province, sa culture, ses amis, mais est au contraire capable d’embrasser dans son amitié toute l’humanité. Tl n’est pas lié à son propre système de valeurs au point de ne pas comprendre et accepter ceux qui ont des systèmes différents. Il ne voit pas les diverses manifestations de la vérité dans leur opposition mais dans leur complémentarité. Il est un artisan de paix rayonnant autour de lui la présence de Dieu. Il est ce que Gandhi appelait un « passeur de frontières ». Ce sont de tels hommes dont notre société a grandement besoin. Ce sont de tels hommes que nous sommes appelés à être et que nous serons dans la mesure où nous serons présents à la présence de Dieu en nous.

Armand VEILLEUX, o.c.s.o.

[1] Cette conférence a été donnée à Chicoutimi, durant la rencontre annuelle des animateurs de pastorale des universités francophones de l’Est du Canada, du 9 au 13 mai 1976.

 

DES BÉATITUDES DANS UN FRAGMENT DÉCOUVERT À QOUMRÂN

26 novembre, 2018

https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/524.html

beato-angelico-tentazioni

Beato Angelico – Le tentazioni

DES BÉATITUDES DANS UN FRAGMENT DÉCOUVERT À QOUMRÂN

Approfondir

Parmi les textes de sagesse découverts dans la grotte 4 de Qoumrân, le fragment 4Q525 comporte des « béatitudes »...

Nombreux ont été les textes de sagesse découverts dans la grotte 4 de Qoumrân. L’un d’eux, le fragment 4Q525, a livré des  »béatitudes » à la fois proches et distinctes de celles que l’évangile de Matthieu attribue à Jésus (Mt 5, 3-12).
[''Heureux celui qui…] avec un cœur pur et ne calomnie pas avec sa langue / heureux qui s’attache à ses décrets et ne s’attache pas à des voies de perversité, etc. » dit le texte de Qoumrân (trad. Émile Puech in Monde de la Bible n° 86, 1994, p. 36).  »Heureux » ! Le mot, on le sait, ouvre le Livre des psaumes.
Atteindre la sagesse
 »Heureux l’homme qui ne va pas au conseil des impies… » (Ps 1) ou bien  »Oh bonheur / Non il n’ira pas / Ce rassemblement criminel… » selon la traduction d’Olivier Cadiot. Avant d’engager le croyant sur le chemin du bonheur, le psalmiste dénonce les impasses :  » …Il ne marche pas sur la trace de ceux qui se perdent / Il n’habite pas là où habite la dérision. » Alors, alors seulement, il montre une voie (une voix ?) :  » Ma joie, je la trouve seulement dans la tora de Yhwh / Sa tora je la murmure jour et nuit ». Qoumrân a rassemblé des gens qui ont suivi cette voie, étroite ou royale comme on voudra mais honneur d’Israël :  »Heureux l’homme qui a atteint la Sagesse et marche dans la Loi du Très-Haut et applique son cœur à ses voies et s’attache à ses leçons et dans ses corrections toujours se plaît… » (4Q525, ligne 4)
Dans le Ps 1 comme à Qoumrân, le bonheur est basé sur un choix radical (refuser le parti des égarés, opter pour la Tora, la Loi, au risque de se retrouver seul au milieu d’une foule de ricaneurs). Ce choix ramène aux origines, la Loi, l’arbre et le cours d’eau évoquant irrésistiblement le jardin de la Genèse. Néanmoins, dans l’Éden tout était don, alors qu’ici le bonheur semble du à un mérite, celui d’avoir fait justement le bon choix. Or, selon Matthieu, les béatitudes lancées par Jésus sur la montagne sont en continuité et en rupture avec une telle façon de voir.
 »Doux et humble de cœur »
 »Heureux les pauvres en esprit… » (Mt 5,3) Précisons, s’il le fallait, que cette pauvreté-là n’a rien à voir avec un handicap de l’intelligence. L’expression était connue à Qoumrân et désignait les humbles, ceux qui se laissent guider par l’Esprit Saint pour observer la Loi. Les quatre premières béatitudes exaltent cette humilité en ce qu’elle est fondamentalement un manque : pauvreté, douceur (de ceux qui ne peuvent résister ou se rebeller ?), affliction ou faim (Mt 5,3-6). Or il n’y a pas de mérite à reconnaître et creuser ce manque. Le bonheur souhaité aux humbles est moins le résultat d’une rectitude morale que l’accueil d’une initiative : il vient celui qui peut combler le manque ou, pour reprendre le terme du v. 6, celui qui peut rétablir la  »justice », l’ajustement des rapports avec Dieu et le prochain. Oh bonheur ! Plus loin, le récit matthéen, comme un signe d’espoir à tous ceux qui peinent à observer la Loi, fera dire à Jésus :  »Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes… » (Mt 11,29).
Pourquoi donc alors les béatitudes suivantes, délaissant le manque, récompensent-elles l’effort : miséricorde, pureté du cœur, œuvre de paix (Mt 5,7-9) ? La réponse tient dans les deux derniers souhaits à ceux qui sont persécutés (pour la justice ou à cause de Jésus, v.10-12). L’action des humbles, comme le choix de l’homme juste du psaume 1, provoque rejet et dérision. Ce n’est pas une prédiction, c’est un constat. Mieux, c’est un ajustement du corps et de l’âme avec Jésus  »doux et humble de cœur » qui sera mis en procès et bafoué.
Couronne d’or et d’épines
En harmonie avec la finale du psaume 1, le juste de 4Q525 connaîtra sa récompense :  »[la Sagesse] posera une couronne d’or pur sur sa tête et avec des rois le fera asseoir » (ligne 9). Écho du  »sermon » sur la Montagne, le dernier grand discours de Jésus porte sur la fin des temps, en particulier sur le Jugement (Mt 25). Certains y reçoivent le Royaume. Pourquoi ? Parce qu’ils ont discerné autour d’eux des détresses, des manques et tenté d’y répondre : faim, soif, statut de l’étranger, nudité, maladie, prison. Il ne l’ont pas fait par souci de leur avenir mais par humanité, tout simplement. Doit-on dire par humilité ? Sans doute si le fait d’être pauvre en esprit rend solidaire des pauvres dans la chair. Quant au Fils de l’Homme, il dévoile qu’il s’est identifié aux malheureux ; ce n’est pas une formule rhétorique car Jésus fut arrêté, rejeté, son corps fut lacéré et mis à nu sur la croix. Paradoxe évangélique : avant d’être d’or, la couronne est d’épines (Mt 27,29).

SBEV Gérard BILLON

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