LECTURES POUR LA FOI ET LA MÉDITATION, HOMÉLIE À LA MESSE DU DIMANCHE ET COMMENTAIRE

22 juin, 2007

 

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Je mets le lien vers « EAQ », vous trouverez les lectures du jour, le commentaire à la lecture et, si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir et lire la lecture des journaux précédant et suivant celle de la journée en cours, c’est le site «Evangile au Quotidien  » que vous connaissez déjà bien:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php

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SUR  LES ANGES LIEN À UN BEAUX SITE:

SPIRITUALITE CHRETIENNE -ANGES GARDIEN

http://spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/news-512.html

PENTECOTE 2009

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS


Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13

30 mai, 2007

1 Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis* comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante. 2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien. 3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien. 4 L’amour use de longanimité ; il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas ; il ne s’enfle pas d’orgueil ; 5 il n’agit pas avec inconvenance ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’irrite pas ; 6 il n’impute pas* le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité ; 7 il supporte* tout, croit tout, espère tout, endure tout. 8 L’amour ne périt jamais. Or y a-t-il des prophéties ? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? elle aura sa fin. 9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; 10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin. 11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; quand je suis devenu homme, j’en ai fini avec ce qui était de l’enfant. 12 Car nous voyons maintenant au travers d’un verre*, obscurément, mais alors face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu. 13 Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.

Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13 dans Pape Benoit

image du site:

http://santiebeati.it/index.html

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J’AI OUVERT EN ITALIEN UN BLOG SUR SAINT PAUL, EN FRANÇAIS NE SERAIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE,  JE METS LA CATÉGORIE DE SAINT PAUL SUR CE BLOG ET TOUT CE QUE JE PEUX METTRE EN FRANÇAIS JE LE METS, NE PEUX PAS RÉCUPÉRER LES ÉCRITS SUR SAINT PAUL LORSQUE J’AI OUVERT CE BLOG, JE COMMENCE D’AUJOURD’HUI:

http://gabriellaroma.unblog.fr/tag/saint-paul/

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BASILIQUE SAINT PAUL HORS LES MURS, À ROME

Année Paulinienne

http://www.annopaolino.org/interno.asp?id=1&lang=fra

HOMÉLIE DU 25E DIMANCHE ORDINAIRE A

23 septembre, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

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Mt 20, 1-16

HOMÉLIE DU 25E DIMANCHE ORDINAIRE A

Is 55, 6-9 ; Ph 1, 20c-24, 27a ; Mt 20, 1-16

D’emblée, Isaïe nous donne une clé de lecture et de compréhension à la parabole proposée par Jésus : « Mes pensées, dit Dieu, ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins ». En effet, elle n’est pas destinée à introduire un cours de sciences économiques ni à inspirer l’éditorial d’un journal syndical. Jésus ne veut pas ici résoudre les problèmes du chômage, du droit au travail et du juste salaire. Même si cette histoire d’ouvriers vignerons peut nous faire réfléchir, par exemple, aux problèmes du salaire lié uniquement au rendement. Sachez aussi que sur le plan spirituel, dans ce royaume de Dieu qui se développe dès ici-bas, on n’arrête pas d’embaucher. Et si l’on peut se plaindre du chômage, il ne peut s’agir que d’un chômage volontaire, dû à un refus personnel de répondre à l’appel de Dieu, du Christ, de l’Evangile, ou de la communauté chrétienne.
En son temps, la parabole visait probablement l’élite religieuse, celle des pratiquants exemplaires, pieux et scrupuleux, tels les pharisiens. Ils étaient généralement persuadés d’être « les méritants de la Loi et les vertueux des commandements ».
Leur défaut, et même leur péché, était de pratiquer le bien et donc de travailler, mais pour la récompense. C’est ainsi qu’ils étaient devenus des experts en comptes d’apothicaires. En additionnant consciencieusement leurs bonnes œuvres et leurs mérites, pour calculer le juste montant de leur récompense éternelle. Exactement comme s’il s’agissait d’un simple contrat. Un salaire légitime, pour un contrat respecté.
Par contre, ils n’avaient que mépris pour les marginaux de la foi, des traditions religieuses, et de la morale officielle. Ceux et celles précisément que Jésus fréquente le plus souvent. Et à qui, ô scandale !, il promet libération, pardon et accès au royaume. Ceux que l’on peut comparer aux ouvriers de la dernière heure. C’est d’ailleurs parmi eux que Jésus a recruté plusieurs de ses disciples, dont Matthieu, celui qui nous transmet cette parabole. Autre exemple : c’est à un bandit, un repenti et converti à la dernière minute, que Jésus promettra aussi le paradis.
Tout cela ne pouvait susciter qu’envie et jalousie parmi les purs, ces « vrais fidèles de toujours », autrement dit, les ouvriers de la première heure.
Dans les premières communautés chrétiennes qu’il a fondées, Matthieu a été confronté aux mêmes genres de tensions et de jalousies entre les croyants de la première heure, c’est-à-dire ceux venus du judaïsme, et ceux de la onzième heure, c’est-à-dire de nouveaux croyants venus du paganisme. Autrement dit, des incirconcis, des adorateurs d’idoles, des porteurs d’autres traditions et d’idées nouvelles, mais qui ont été séduits par le message du Christ, et que l’on acceptait au baptême pour qu’ils puissent eux aussi devenir à part entière membres de ces communautés nouvelles issues de l’évangile. Dès lors, eux aussi, comme les juifs de race et de religion, devenaient héritiers des promesses divines. Autrement dit : Dieu veut donner la même chance à tous, sans exception. Ce qui veut dire que dans le royaume de Dieu, dans le monde de la foi, il ne s’agit pas, comme dans le monde des affaires, de juger et d’agir selon les critères du rendement économique. La priorité n’est pas à la rentabilité, ni à l’argent, ni au succès, ni aux privilèges, ni au pouvoir, mais bien au respect, à la dignité et au bonheur de chacun et de tous.
Aujourd’hui aussi, comme au temps de Jésus, les fidèles pratiquants (que nous sommes) « depuis toujours », comme on dit, c’est-à-dire les ouvriers de la première heure, peuvent toujours être tentés de capitaliser leurs bonnes œuvres ou de se classer parmi les bénéficiaires de droits acquis. Et cela, en faisant prévaloir leur ancienneté, leur pratique religieuse, leur dévouement, leur vie exemplaire, leur longue fidélité. Par contre, de nouveaux convertis, qui expriment peut-être leur foi et leurs convictions d’une manière différente, selon les particularités d’une autre culture, et donc des ouvriers de la dernière heure, peuvent susciter de la méfiance, peut-être même de l’opposition, des résistances. D’autres encore, qui pourraient nous apparaître quelque peu éloignés de la foi ou de la morale officielles, et qui se voient cependant appelés et engagés pour un service d’Eglise. Ce qui peut provoquer chez certains ouvriers de la première heure des étonnements, des jalousies, des critiques, des désaccords. Comme si la vigne du Seigneur était une chasse gardée. Alors que la bonté de Dieu dépasse toutes nos catégories humaines et que son amour et gratuit et sans frontières.
Remarquez que la dernière question posée par le patron de la vigne reste sans réponse : « Et toi ! Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi je suis bon ? »La réponse, c’est à nous de la donner. En fait, l’œil mauvais, c’est le regard, l’esprit et le cœur chargés d’envie et de jalousie, qui s’attristent d’un bien que l’on ne possède pas. Surtout s’il est offert à quelqu’un d’autre qui, croyons-nous, ne le mérite pas. On retrouve ici l’histoire de Caïn et du fils aîné, dont le jeune frère fut prodigue.
Le contraire de l’œil mauvais, c’est d’être capable de se réjouir du bien reçu ou accompli par d’autres. Ce qui nous fait lever le regard vers Dieu qui est la source de tout bien. Alors, on lui rend grâce. Ou, en d’autres mots, ce qui nous est demandé, c’est d’essayer de voir, de regarder et de juger les autres avec le regard et l’esprit du Christ, qui sont le regard et l’esprit même de Dieu. Mais ce n’est pas facile.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

BENOÎT XVI – SAINT MATTHIEU – 21/ 9

21 septembre, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060830.html

pensieri e fr san-matteo caravaggio e l'angelo - Copia

Caravaggio, Saint Matthieu et l’ange

BENOÎT XVI – SAINT MATTHIEU – 21/ 9

AUDIENCE GÉNÉRALE

XVI – SAINT MATTHIEU – 21/ 9

Mercredi 30 août 2006

Chers frères et soeurs,

En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd’hui sur Matthieu. En vérité, décrire entièrement sa figure est presque impossible, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Cependant, ce que nous pouvons faire n’est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d’en établir le profil que l’Evangile nous transmet.
Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie « don de Dieu ». Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise: « le publicain » (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l’homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite: « Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit: « Suis-moi ». L’homme se leva et le suivit » (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l’appel de l’homme assis à son bureau de publicain, mais ils l’appellent « Levi ». Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l’église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît: dans le passage qui précède immédiatement le récit de l’appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l’on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c’est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément « au bord du lac » (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.
Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l’Evangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l’époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l’argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C’est pour ces motifs que, plus d’une fois, les Evangiles parlent à la fois de « publicains et pécheurs » (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de « publicains et de prostituées » (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46: ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l’un d’eux, Zachée, comme le « chef des collecteurs d’impôts et [...] quelqu’un de riche » (Lc 19, 2), alors que l’opinion populaire les associait aux « voleurs, injustes, adultères » (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux: Jésus n’exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu’il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu’il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante: « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17).
La bonne annonce de l’Evangile consiste précisément en cela: dans l’offrande de la grâce de Dieu au pécheur! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d’humble confiance dans la miséricorde divine: alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, « le publicain… n’osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis! »". Et Jésus commente: « Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe: celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d’accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative: il observe que c’est seulement dans le récit de certains appels qu’est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu’ils pêchent, Matthieu précisément alors qu’il lève l’impôt. Il s’agit de fonctions peu importantes – commente Jean Chrysostome – « car il n’y a rien de plus détestable que le percepteur d’impôt et rien de plus commun que la pêche » (In Matth. Hom.: PL 57, 363). L’appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu’elles effectuent un travail ordinaire.
Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l’appel de Jésus: « il se leva et le suivit ». La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l’appel. Cela signifiait pour lui l’abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu’être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent: aujourd’hui aussi, il n’est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la « sequela » de Jésus, comme c’est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour: « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). C’est précisément ce que fit Matthieu: il se leva et le suivit! Dans cette action de « se lever », il est légitime de lire le détachement d’une situation de péché et, en même temps, l’adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.
Rappelons enfin que la tradition de l’Eglise antique s’accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, Evêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l’an 130. Il écrit: « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (in Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L’historien Eusèbe ajoute cette information: « Matthieu, qui avait tout d’abord prêché parmi les juifs, lorsqu’il décida de se rendre également auprès d’autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l’Evangile qu’il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ » (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l’Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l’Evangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d’une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée.

BENOÎT XVI – LA SAINTETÉ (2011)

19 septembre, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110413.html

pens e fr - Copia

Crucifix attribué à Michel-Ange

BENOÎT XVI – LA SAINTETÉ

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 13 avril 2011

Chers frères et sœurs,

Au cours des Audiences générales de ces deux dernières années nous ont accompagnés les figures d’un grand nombre de saints et de saintes: nous avons appris à les connaître de plus près et à comprendre que toute l’histoire de l’Eglise est marquée par ces hommes et femmes qui par leur foi, par leur charité, par leur vie ont été des phares pour de si nombreuses générations, et qu’ils le sont aussi pour nous. Les saints manifestent de différentes manières la présence puissante et transformatrice du Ressuscité; ils ont laissé le Christ se saisir si pleinement de leur vie qu’ils peuvent affirmer avec saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20). Suivre leur exemple, recourir à leur intercession, entrer en communion avec eux, «nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur source et de leur tête, toutes grâces et la vie du Peuple de Dieu lui-même» (Conc. Œc. Vat. ii, Const. dogm. Lumen gentium, n. 50). Au terme de ce cycle de catéchèses, je voudrais alors offrir quelques pensées sur ce qu’est la sainteté.
Que veut dire être saint? Qui est appelé à être saint? On est souvent porté encore à penser que la sainteté est une destination réservée à de rares élus. Saint Paul, en revanche, parle du grand dessein de Dieu et affirme: «C’est ainsi qu’Il (Dieu) nous a élus en lui (le Christ), dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour» (Ep 1, 4). Et il parle de nous tous. Au centre du dessein divin, il y a le Christ, dans lequel Dieu montre son Visage: le Mystère caché dans les siècles s’est révélé en plénitude dans le Verbe qui s’est fait chair. Et Paul dit ensuite: «Car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la plénitude» (Col 1, 19). En Christ, le Dieu vivant s’est fait proche, visible, touchable, il s’est fait entendre afin que chacun puisse puiser de sa plénitude de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14-16). C’est pourquoi toute l’existence chrétienne connaît une unique loi suprême, celle que saint Paul exprime dans une formule qui revient dans tous ses écrits: en Jésus Christ. La sainteté, la plénitude de la vie chrétienne ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires, mais à s’unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements. La mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l’Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne. C’est être conformes à Jésus, comme affirme saint Paul: «Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils» (Rm 8, 29). Et saint Augustin s’exclame: «Ma vie sera vivante toute pleine de Toi» (Confessions, 10, 28). Le Concile Vatican ii, dans la Constitution sur l’Eglise, parle avec clarté de l’appel universel à la sainteté, en affirmant que personne n’en est exclu: «A travers les formes diverses de vie et les charges différentes, il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu et qui… marchent à la suite du Christ pauvre, humble et chargé de sa croix, pour mériter de devenir participants de sa gloire» (n. 41).
Mais la question demeure: comment pouvons-nous parcourir la voie de la sainteté, répondre à cet appel? Puis-je le faire avec mes propres forces? La réponse est claire: une vie sainte n’est pas principalement le fruit de notre effort, de nos actions, car c’est Dieu, le trois fois Saint (cf. Is 6, 3), qui nous rend saints, c’est l’action de l’Esprit Saint qui nous anime de l’intérieur, c’est la vie même du Christ ressuscité qui nous est communiquée et qui nous transforme. Pour le dire encore une fois avec le Concile Vatican ii: «Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par là même, réellement saints. Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie» (ibid., n. 40). La sainteté a donc sa racine ultime dans la grâce baptismale, dans le fait d’être greffés dans le Mystère pascal du Christ, avec lequel nous est communiqué son Esprit, sa vie de Ressuscité. Saint Paul souligne de manière très puissante la transformation que la grâce baptismale accomplit dans l’homme et il arrive à créer une terminologie nouvelle, forgée avec le préfixe «co»: co-morts, co-ensevelis, co-ressuscités, co-vivifiés avec le Christ: notre destin est indissolublement lié au sien. «Si par le baptême — écrit-il — dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts» (Rm 6, 4). Mais Dieu respecte toujours notre liberté et demande que nous acceptions ce don et vivions les exigences qu’il comporte, il demande que nous nous laissions transformer par l’action de l’Esprit Saint, en conformant notre volonté à la volonté de Dieu.
Comment notre façon de penser et nos actions peuvent-elles devenir la manière de penser et d’agir du Christ et avec le Christ? Quelle est l’âme de la sainteté? Le Concile Vatican ii précise à nouveau: «Dieu est charité et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (cf. 1 Jn 4, 16). Sa charité, Dieu l’a répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (cf. Rm 5, 5). La charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus tout et le prochain à cause de lui est par conséquent le don premier et le plus nécessaire. Mais pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir à la Parole de Dieu et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions sacrées, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères et à l’exercice de toutes les vertus. La charité en effet, étant le lien de la perfection et la plénitude de la loi (cf. Col 3, 14; Rm 13, 10), oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin» (Lumen gentium, n. 42). Peut-être ce langage du Concile Vatican ii est-il encore un peu trop solennel pour nous, peut-être devons-nous dire les choses de manière encore plus simple. Qu’est-ce qui est essentiel? Il est essentiel de ne jamais laisser passer un dimanche sans une rencontre avec le Christ Ressuscité dans l’Eucharistie; cela n’est pas un poids en plus, mais une lumière pour toute la semaine. Il ne faut pas commencer ni finir une journée sans avoir au moins un bref contact avec Dieu. Et, sur la route de notre vie, suivre les «panneaux routiers» que Dieu nous a communiqués dans le décalogue lu avec le Christ, qui est tout simplement l’explicitation de ce qu’est la charité dans des situations déterminées. Il me semble que cela est la véritable simplicité et la grandeur de la vie de sainteté: la rencontre avec le Ressuscité le dimanche; le contact avec Dieu au début et à la fin de la journée; suivre, dans les décisions, les «panneaux routiers» que Dieu nous a communiqués, qui sont seulement des formes de charité. «C’est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ» (Lumen gentium, n. 42). Telle est la véritable simplicité, grandeur et profondeur de la vie chrétienne, du fait d’être saints.
Voilà pourquoi saint Augustin, en commentant le quatrième chapitre de la Première Lettre de saint Jean, peut affirmer une chose courageuse: «Dilige et fac quod vis», «Aime et fais ce que tu veux». Et il poursuit: «Si tu te tais, tais-toi par amour; si tu parles, parle par amour; si tu corriges, corrige par amour; si tu pardonnes, pardonne par amour; qu’en toi se trouve la racine de l’amour, car de cette racine ne peut rien procéder d’autre que le bien» (7, 8: PL 35). Celui qui est guidé par l’amour, qui vit la charité pleinement est guidé par Dieu, car Dieu est amour. C’est ce qui donne sa valeur à cette grande parole: «Dilige et fac quod vis», «Aime et fais ce que tu veux».
Sans doute pourrions-nous nous demander: pouvons-nous, avec nos limites, avec notre faiblesse, tendre à des sommets si élevés? Au cours de l’Année liturgique, l’Eglise nous invite à faire mémoire d’une foule de saints, c’est-à-dire de ceux qui ont vécu pleinement la charité, qui ont su aimer et suivre le Christ dans leur vie quotidienne. Ils nous disent qu’il est possible pour tous de parcourir cette voie. A toute époque de l’histoire de l’Eglise, à toute latitude de la géographie du monde, les saints appartiennent à tous les âges et à tous les états de vie, ils ont le visage concret de chaque peuple, langue et nation. Et ils sont de types très divers. En réalité, je dois dire qu’en ce qui concerne ma foi personnelle également, de nombreux saints, pas tous, sont de véritables étoiles dans le firmament de l’histoire. Et je voudrais ajouter que pour moi, ce sont non seulement certains grands saints que j’aime et que je connais bien qui «indiquent la voie», mais précisément les saints simples également, c’est-à-dire les personnes bonnes que je vois dans ma vie, qui ne seront jamais canonisées. Ce sont des personnes normales, pour ainsi dire, sans héroïsme visible, mais dans leur bonté quotidienne, je vois la vérité de la foi. Cette bonté, qu’elles ont mûrie dans la foi de l’Eglise, est pour moi la plus sûre apologie du christianisme et le signe qui indique où se trouve la vérité.
Dans la communion des saints, canonisés et non canonisés, que l’Eglise vit grâce au Christ dans tous ses membres, nous jouissons de leur présence et de leur compagnie et nous cultivons la ferme espérance de pouvoir imiter leur chemin et partager un jour la même vie bienheureuse, la vie éternelle.
Chers amis, comme la vocation chrétienne est grande et belle, et également simple, vue sous cette lumière! Nous sommes tous appelés à la sainteté: elle est la mesure même de la vie chrétienne. Encore une fois, saint Paul l’exprime avec une grande intensité, lorsqu’il écrit: «Chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon que le Christ a mesuré ses dons… C’est lui encore qui “a donné” aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ» (Ep 4, 7. 11-13). Je voudrais inviter chacun à s’ouvrir à l’action de l’Esprit Saint, qui transforme notre vie, pour être nous aussi comme des pièces de la grande mosaïque de sainteté que Dieu crée dans l’histoire, afin que le visage du Christ resplendisse dans tout son éclat. N’ayons pas peur de tendre vers le haut, vers les sommets de Dieu; n’ayons pas peur que Dieu nous demande trop, mais laissons-nous guider dans chacune de nos actions quotidiennes par sa Parole, même si nous nous sentons pauvres, inadéquats, pêcheurs: c’est Lui qui nous transformera selon son amour. Merci.

A L’IMAGE DE DIEU (1) et (2)

18 septembre, 2017

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Besson/Articles2/alimage1.html

la mia e fr

Moïse et le mont Sinaï

Emile BESSON. Octobre 1957. A.S

A L’IMAGE DE DIEU (1) et (2)

Que l’homme ait été créé à l’image de Dieu, ceci révèle le secret de sa dignité. Et cette dignité originelle, il la conserve au travers de toutes les formes d’existence par lesquelles il plait à Dieu de le faire passer; au travers aussi de ses erreurs, de ses fautes, au travers de ses succès et de ses revers, jusqu’au jour où, ayant accompli toute sa destinée, il revêtira à jamais et dans sa plénitude cette image de Dieu qui resplendit sur sa première naissance.
Cette image de Dieu qui est nous-mêmes, elle peut s’éclairer ou se voiler suivant que nous sommes plus ou moins près de notre Créateur; elle peut se parfaire ou se dégrader. Mais, quoi que nous fassions, elle demeure; rien ni personne ne peut l’enlever, car elle est notre vie même.
« A l’image de Dieu ».Comment ne pas penser à la parabole de la drachme perdue? Cette femme avait dix drachmes; elle en perd une, et cette pièce de monnaie marquée à l’effigie royale et qui représente pour elle une grande valeur s’est égarée, elle est allée rouler misérablement dans la poussière de ce pauvre logis d’Orient.
Sous cette image familière, c’est tout le drame de la vie qui est déroulé. Que d’êtres porteurs de la pièce inestimable marquée à l’effigie du Roi des rois
laissent cette valeur infinie s’égarer, rouler misérablement dans la poussière, dans la souillure! Il n’est rien de plus saisissant que d’assister à l’égarement, à la flétrissure progressive d’une créature faite à l’image de Dieu. Rien que la crainte de ces désordres suffit à mettre dans des coeurs de mères une angoisse inexprimable. Qui dira combien d’insomnies, combien de prières brûlantes peut faire monter vers Dieu cette crainte de la forfaiture d’un être ?
Il y a une chose plus tragique encore, c’est d’assister à son propre égarement. Il y a des gens qui ont assez de contrôle sur eux-mêmes pour s’analyser, pour voir le mal grandir en eux alors qu’ils n’ont pas assez d’énergie pour réagir contre lui. On a commencé à comprendre qu’on allait s’éloigner de la voie droite; on s’est vu ensuite réaliser cet éloignement; on se souvient qu’on est allé de plus en plus loin, jusqu’au jour où l’on a compris qu’on était soi-même la drachme perdue… Bénie soit la grâce de Dieu qui met un obstacle à l’éloignement, et qui cherche avec soin la drachme perdue jusqu’à ce qu’elle l’ait trouvée!
Jusqu’à ce qu’elle l’ait trouvée. Justin Martyr, qui a été un des grands docteurs et un des martyrs du second siècle de l’ère chrétienne, raconte comment, dans sa jeunesse, il avait cherché la vérité dans tous les systèmes contemporains sans parvenir à l’appréhender. Etant un jour au bord de la mer et marchant auprès des vagues, il se sentit profondément découragé et se demanda s’il y avait encore dans le domaine spirituel quelque chose de vrai, lorsqu’il rencontra un vieillard qui lui parla avec bonté et qui, simplement, avec une autorité comme divine, lui montra en quoi il s’était trompé dans ses recherches et qu’il lui restait à trouver l’essentiel: le Christ, l’Evangile, la Vie.
Combien en est-il qui sont comme Justin! Et nous passons à côté d’eux sans les regarder. En général nous comprenons fort bien les autres; leurs opinions nous apparaissent comme des choses privées et qu’il faut respecter; nous pratiquons même, sous couleur du respect des opinions, le respect de l’égarement des êtres. Le Christ, Lui, est venu chercher et sauver ce qui était perdu; Il a apporté cette rédemption dont nous gardons la très précieuse affirmation, mais dont la réalité souvent nous échappe.
A l’image de Dieu, c’est le secret de notre vie collective. je suis à l’image de Dieu; mais tous les hommes sont également à l’image de Dieu; ils sont donc mes frères et je dois les considérer comme tels et me conduire vis-à-vis d’eux comme tels. C’est pourquoi le Christ nous dit que tout ce que nous faisons, en bien ou en mal, à l’un quelconque des hommes, c’est à Lui-même que nous le faisons. La plus misérable créature brisée par la maladie ou par le mal, l’intelligence éteinte, le dernier des sauvages, le méchant, le mauvais, le cruel, tous portent en leur centre l’image de Dieu, la promesse de tous les relèvements, de toutes les résurrections.
Antichrétiens sont les individus ou les collectivités qui ne pratiquent pas le respect de la dignité humaine. Il est dans la volonté de Dieu que l’homme jouisse de sa liberté de pensée et de jugement, de sa liberté d’opinion et de conscience. L’instinct de domination qui cherche à dégrader l’homme, à l’avilir, à l’asservir à quelque oeuvre, à quelque idéologie que ce soit est la marque du Royaume infernal de Lucifer. Le Christ a dit à Ses disciples: « Chez les païens les chefs font sentir leur domination et les grands, leur autorité. il ne doit pas en être ainsi parmi ‘vous; au contraire, que celui qui voudra être grand parmi vous soit votre serviteur ».
Antichrétien le riche qui ne prend nul souci du pauvre ou qui l’humilie de sa morgue, insultant en sa personne le Dieu à l’image de qui tous deux ont été créés.
Antichrétien l’homme qui, parce qu’il porte le titre de maître, de patron ‘ parce qu’il a un grade, s’imagine qu’il a le droit de tout faire subir à ses subordonnés ou à user à leur égard de procédés désinvoltes. Tel ce touriste, fraîchement débarqué à Rabat et qui se mettait à tutoyer un jeune Marocain rencontré dans la rue. Or ce Marocain venait de remporter l’agrégation de lettres.
Dans une prochaine chronique nous nous arrêterons sur d’autres considérations qui devraient nous être aussi évidentes que celles qui précèdent.

Emile BESSON.avril 1958.A.S

A L’IMAGE DE DIEU (2)

Il est des circonstances où l’on a beau chercher, il semble que l’on ne parvienne pas à discerner sur un être l’image de Dieu. Par exemple en présence d’un criminel en donnant à ce mot le sens le plus large.
D’autre part, le mal doit être réprimé, le crime doit être puni et la justice doit être rendue. Mais la justice – si elle veut porter son nom – doit user de discernement, rechercher les circonstances atténuantes, ne pas appliquer uniformément la même peine. La justice n’est pas une vengeance; la loi du talion n’est pas la justice; la haine est l’antithèse de la justice.
Quelle que soit la légitimité du châtiment, elle ne donne jamais le droit de mépriser le coupable. Le criminel reste un homme, un homme créé à l’image de Dieu. Et la pénalité doit avoir comme but le relèvement du malheureux, son rachat, sa réintégration dans la communauté de ceux qui se savent porteurs de l’image de Dieu.
Dans l’histoire de tous les pays il y a eu des heures sombres où la haine ou bien les passions partisanes et même les remous de l’opinion ont décidé du sort des hommes, et non pas la sereine et impartiale justice.
Si grands que soient ces pays , de tels abus de pouvoir, leur infligent une flétrissure.
Un être qui, entre tous, a droit au respect, c’est le prisonnier. Le vainqueur a devant lui un soldat désarmé, déjà un proscrit sans asile qui respire la morne atmosphère de la servitude. Naguère il combattait, il vivait; maintenant, séparé de sa patrie et de sa famille, il est entré dans le silence, il marche dans un autre univers. Nos aïeux disaient: Honneur aux vaincus!
Et voici, plus haut que toute considération, deux paroles prononcées naguère par le Maître de Sédir:
« Si vous offensez votre voisin, il ne suffit pas que votre voisin vous pardonne, il faut encore que Dieu vous pardonne, car vous savez qu?en votre voisin comme en vous-même est une étincelle de Dieu ».
« Il faut fréquenter les êtres les plus repoussants et ne mépriser personne, car ce serait offenser Dieu,
puisque son souffle est en tout être ».
Ces paroles n’ont pas besoin de commentaire; elles se comprennent d’elles-mêmes. Elles nous tracent notre devoir, notre devoir vis-à-vis de nous-mêmes, notre devoir vis-à-vis du prochain.
Notre devoir vis-à-vis de nous-mêmes: ne pas laisser s’obscurcir en nous l’image de Dieu. Ceci, nous l’avons dit précédemment.
Notre devoir vis-à-vis du prochain. Suivre l’exemple du Christ. Aimer le prochain, aider le prochain, porter le prochain, lui faire franchir les étapes de la route indéfinie qui mène au Royaume éternel. Nous souvenir qu’entre les créatures humaines il n’y a que des différences de degré et que toutes elles seront un jour réunies dans la Maison du Père.
L’Amour n’a pas de limite; il est infini; il se relève, triomphant, après chaque défaite; il ressuscite après chaque mort. Théophane disait à Stella : « Continue ta route, et ne crains point. Si tu as fait cinquante fois le même sacrifice, demeure prête à le faire cinquante fois encore si on te le demande ».
Dieu n’est pas dans l’Inaccessible ; Il est dans l’Amour; Il est dans l’exagération de l’Amour, comme le Fils de l’Homme est jusqu’à la fin des siècles dans l’exagération du sacrifice.
En vérité, l’âme humaine faite à l’image de Dieu, portée par l’Esprit de Dieu, peut l’impossible.
Immense est l’image de Dieu, immense comme Dieu Lui-même. Et, si elle se voit sur le visage de l’homme, c’est surtout dans son coeur qu’elle resplendit. Ne blessons pas le coeur de l’homme, car nous blesserions Dieu. Aimons le coeur de l’homme, de tout homme, car ainsi nous aimons Dieu.

HOMÉLIE DU 24E DIMANCHE ORDINAIRE A

15 septembre, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

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Mt 18, 21-35 pour les enfants

HOMÉLIE DU 24E DIMANCHE ORDINAIRE A

Si 27, 30 – 28, 7 ; Rm 14, 7-9 ; Mt 18, 21-35

Nous savons tous que pardonner n’a rien de spontané ni de naturel. Ce qui est naturel, c’est plutôt la rancune, parfois même jusqu’à la vengeance. Faire payer au prix fort l’humiliation ressentie, la blessure ou le dommage causé. Ce qui conduit souvent à l’escalade, l’empoisonnement des relations, la rupture. Tout comme la jalousie et la rivalité, qui dégradent la fraternité, et peuvent même aller jusqu’au meurtre. On le voit dans le mythe d’Abel et de Caïn, le premier jaloux. Selon la tradition musulmane, Caïn était surtout jaloux de la beauté de la femme de son frère (jusqu’à en perdre la tête !). La Genèse raconte l’escalade de cette violence parmi les descendants de Caïn, comme l’évoque ce chant guerrier quand Lamek déclare : J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une égratignure. Car si Caïn doit être vengé 7 fois (ce qui est la loi antique de la vengeance, par la suite adoucie par la loi du talion), Lamek, lui, le sera 77 fois (Gn 4, 23-24).
Ce processus de vengeance est tellement ancré dans notre nature que, pendant des siècles, les Hébreux furent persuadés que Dieu, qui avait fait alliance avec eux, était là aussi pour les venger de leurs ennemis. Et ils le chantaient :  » Le juste se réjouira en voyant la vengeance ; il lavera ses pieds dans le sang des méchants  » (v. 11). Ou même (excusez-moi du peu),  » Dieu ! Casse-leur les dents dans la gueule ! Démolis les crocs de ces lions  » (v. 7, ps 58-57. TOB).
Même saint Paul, en citant l’Ancien Testament, évoque plusieurs fois la colère et la vengeance de Dieu, pour inviter les chrétiens à ne pas se venger eux-mêmes (Rm 12, 19). Car  » le jugement appartient à Dieu « . Et c’est lui qui rend à chacun ce qui lui revient. Le chrétien n’a donc pas à prendre la place de Dieu.
Au cours des siècles, la réflexion s’est approfondie et développée, pour découvrir finalement une relation étroite entre le pardon divin et le pardon humain. Ainsi, deux siècles avant Jésus Christ, le professeur Ben Sirac, qui dirige à Jérusalem une Ecole de Sagesse, va utiliser des arguments psychologiques et des arguments religieux pour expliquer la nécessité du pardon.
Il y a d’abord l’expérience humaine du sage, qui peut observer les effets désastreux d’une rancœur constamment recuite. Idem dans les rapports humains et entre nations. Le refus absolu de pardonner, la volonté de se venger n’est jamais payant. Finalement, c’est toujours l’intérêt même de celui qui a été offensé de  » passer l’éponge « . Sinon, sa vie sera empoisonnée par son propre ressentiment. Rongée par ce cancer.
Alors, on ressasse, on amplifie. Cela tourne à l’obsession. Et nous savons qu’à tous les niveaux, entre des personnes, des communautés, des nations, la spirale des offenses et des représailles conduit à des situations inextricables. Dès lors, le pardon, la réconciliation, la paix, sont de moins en moins possibles. Les exemples ne manquent pas.
Nous pouvons tous avoir nos propres situations de conflit, de susceptibilité, de jalousie, de rancune. Il peut y avoir des ressentiments entretenus entre parents et enfants, entre conjoints, entre voisins, entre collègues de travail, entre groupes divers et à l’intérieur même du groupe. Nous connaissons les allusions perfides, le chantage, les menaces voilées. Sans oublier de simples questions d’héritage, qui peuvent transformer le deuil en drame d’affrontement et briser l’unité familiale.
Or, à la réaction en chaîne de la rancune et de la vengeance, Jésus oppose une fraternité toujours disposée au pardon. Et même au pardon sans limite. Jésus prend le contre pied de Lamek, de la tribu de Caïn. Il ne s’agit pas de pardonner jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 77 fois 7 fois. Du fond du cœur, et en actes.
Ce n’est en somme que justice rendue, puisque nous sommes tous et chacun des pécheurs pardonnés. Et pas seulement 7 fois. Cet inlassable pardon doit nous émerveiller et nous pousser à faire de même. Puisque nous sommes, comme dit la Bible, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et c’est un Dieu qui pardonne, bien que nous soyons insolvables.
Remarquez qu’il y a déjà, chez Ben Sirac le Sage, une sorte d’antécédent du Notre Père :  » Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait. Alors, à ta prière, tes péchés seront remis… Oublie l’erreur de ton prochain et ne garde pas de rancune envers lui « .
Encore faut-il nous rappeler que le pardon n’est pas une question de sentiments, mais une décision du fond du cœur, en âme et conscience, malgré tous les remous et refus possibles de la sensibilité. Il faut donc entreprendre un certain travail psychologique. Mais l’inscrire dans une démarche spirituelle. Ce qui peut demander du temps. Pourquoi ne pas profiter de ce jour et de ce rappel pour reprendre force et courage ? Reste une question… Savez-vous quelle a été la réaction du frère Aloïs de Taizé, successeur du frère Roger, assassiné ? Il a prié Dieu de pardonner à la meurtrière !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

BENOÎT XVI – [L'intercession d'Abraham pour Sodome (Genèse 18: 16-33)]

14 septembre, 2017

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110518.html

fr

Corner prayer

BENOÎT XVI – [L'intercession d'Abraham pour Sodome (Genèse 18: 16-33)]

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 18 mai 2011

Chers frères et sœurs,

Dans les deux dernières catéchèses, nous avons réfléchi sur la prière comme phénomène universel qui — bien que sous des formes diverses — est présente dans les cultures de tous les temps. Aujourd’hui, au contraire, je voudrais commencer un parcours biblique sur ce thème, qui nous aidera à approfondir le dialogue d’alliance entre Dieu et l’homme qui anime l’histoire du salut, jusqu’au sommet, à la parole définitive qui est Jésus Christ. Ce chemin nous conduira à nous arrêter sur certains textes importants et sur des figures exemplaires de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ce sera Abraham, le grand patriarche, père de tous les croyants (cf. Rm 4, 11-12.16-17) qui nous offrira un premier exemple de prière, dans l’épisode de l’intercession pour les villes de Sodome et Gomorrhe. Et je voudrais également vous inviter à profiter du parcours que nous entreprendrons au cours des prochaines catéchèses pour apprendre à connaître davantage la Bible, que, j’espère, vous avez chez vous, et au cours de la semaine, à vous arrêter pour la lire et la méditer dans la prière, pour connaître la merveilleuse histoire du rapport entre Dieu et l’homme, entre Dieu qui se communique à nous et l’homme qui répond, qui prie.

Le premier texte sur lequel nous voulons réfléchir se trouve dans le chapitre 18 du Livre de la Genèse; on raconte que la cruauté des habitants de Sodome et Gomorrhe avait atteint son comble, au point qu’une intervention de Dieu était nécessaire pour arrêter le mal qui détruisait ces villes. C’est là qu’intervient Abraham avec sa prière d’intercession. Dieu décide de lui révéler ce qui est sur le point de se produire et lui fait connaître la gravité du mal et ses terribles conséquences, car Abraham est son élu, choisi pour devenir un grand peuple et faire parvenir la bénédiction divine à tout le monde. Sa mission est une mission de salut, qui doit répondre au péché qui a envahi la réalité de l’homme: à travers lui, le Seigneur veut ramener l’humanité à la foi, à l’obéissance, à la justice. Et à présent, cet ami de Dieu s’ouvre à la réalité et au besoin du monde, prie pour ceux qui s’apprêtent à être punis et demande qu’ils soient sauvés.

Abraham présente immédiatement le problème dans toute sa gravité, et dit au Seigneur: «Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le pécheur? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les supprimer et ne pardonneras-tu pas à la cité pour les cinquante justes qui sont dans son sein? Loin de toi de faire cette chose-là! De faire mourir le juste avec le pécheur, en sorte que le juste soit traité comme le pécheur. Loin de toi! Est-ce que le juge de toute la terre ne rendra pas justice?» (vv. 23-25). A travers ces paroles, avec un grand courage, Abraham place devant Dieu la nécessité d’éviter une justice sommaire: si la ville est coupable, il est juste de condamner son crime et d’infliger la peine mais — affirme le grand patriarche — il serait injuste de punir indifféremment tous les habitants. S’il y a des innocents dans la ville, ceux-ci ne peuvent être traités comme des coupables. Dieu, qui est un juge juste, ne peut agir ainsi, dit à raison Abraham à Dieu.

Cependant, si nous lisons le texte plus attentivement, nous nous rendons compte que la requête d’Abraham est encore plus sérieuse et plus profonde, car il ne se limite pas à demander le salut pour les innocents. Abraham demande le salut pour toute la ville et il le fait en en appelant à la justice de Dieu. En effet, il dit au Seigneur: «Et ne pardonneras-tu pas à la cité pour les cinquante justes qui sont dans son sein?» (v. 24b). En agissant ainsi, il met en jeu une nouvelle idée de justice: non pas celle qui se limite à punir les coupables, comme le font les hommes, mais une justice différente, divine, qui cherche le bien et qui le crée à travers le pardon qui transforme le pécheur, le convertit et le sauve. Avec sa prière, Abraham n’invoque donc pas une justice purement rétributive, mais une intervention de salut qui, tenant compte des innocents, libère de la faute également les impies, en leur pardonnant. La pensée d’Abraham, qui semble presque paradoxale, peut ainsi être synthétisée: on ne peut pas, bien évidemment, traiter les innocents comme les coupables, cela serait injuste, il faut en revanche traiter les coupables comme les innocents, en mettant en œuvre une justice «supérieure», en leur offrant une possibilité de salut, car si les malfaiteurs acceptent le pardon de Dieu et confessent leur faute en se laissant sauver, ils ne continueront plus à faire le mal, ils deviendront eux aussi justes, sans qu’il ne soit plus nécessaire de les punir.

Telle est la requête de justice qu’Abraham exprime dans son intercession, une requête qui se fonde sur la certitude que le Seigneur est miséricordieux. Abraham ne demande pas à Dieu une chose contraire à son essence. Il frappe à la porte du cœur de Dieu en connaissant sa véritable volonté. Assurément, Sodome est une grande ville, cinquante justes semblent peu de chose, mais la justice de Dieu et son pardon ne sont-ils peut-être pas la manifestation de la force du bien, même s’il semble plus petit et plus faible que le mal? La destruction de Sodome devait arrêter le mal présent dans la ville, mais Abraham sait que Dieu a d’autres manières et moyens pour mettre un frein à la diffusion du mal. C’est le pardon qui interrompt la spirale du péché, et c’est exactement ce à quoi Abraham fait appel, dans son dialogue avec Dieu. Et lorsque le Seigneur accepte de pardonner à la ville s’il y trouve cinquante justes, sa prière d’intercession commence à descendre vers les abîmes de la miséricorde divine. Abraham — comme nous nous en rappelons — fait progressivement diminuer le nombre des innocents nécessaires pour le salut: s’ils ne sont pas cinquante, quarante cinq pourraient suffire, et ensuite toujours moins, jusqu’à dix, en continuant avec sa supplication, qui devient presque hardie dans son insistance: «Peut-être n’y en aura-t-il que quarante… trente… vingt… dix…» (cf. vv. 29.30.31.32). Et plus le nombre devient petit, plus grande se révèle et se manifeste la miséricorde de Dieu, qui écoute avec patience la prière, l’accueille et répète à chaque supplication: «je pardonnerai… je ne détruirai pas… je ne ferai» (cf. vv. 26.28.29.30.31.32).

Ainsi, par l’intercession d’Abraham, Sodome pourra être sauve, si on n’y trouve ne serait-ce que dix innocents. Telle est la puissance de la prière. Car à travers l’intercession, la prière à Dieu pour le salut des autres, se manifeste et s’exprime le désir de salut que Dieu nourrit toujours envers l’homme pécheur. En effet, le mal ne peut être accepté, il doit être signalé et détruit à travers la punition: la destruction de Sodome avait précisément cette fonction. Mais le Seigneur ne veut pas la mort du méchant, mais qu’il se convertisse et vive (cf. Ez 18, 23; 33, 11); son désir est toujours celui de pardonner, de sauver, de donner vie, de transformer le mal en bien. Eh bien, c’est précisément ce désir divin qui, dans la prière, devient le désir de l’homme et s’exprime à travers les paroles de l’intercession. Avec sa supplication, Abraham prête sa voix, mais aussi son cœur, à la volonté divine: le désir de Dieu est miséricorde, amour et volonté de salut, et ce désir de Dieu a trouvé en Abraham et dans sa prière la possibilité de se manifester de manière concrète à l’intérieur de l’histoire des hommes, pour être présent là où la grâce est nécessaire. A travers la voix de sa prière, Abraham donne voix au désir de Dieu, qui n’est pas celui de détruire, mais de sauver Sodome, de donner vie au pécheur converti.

C’est ce que veut le Seigneur, et son dialogue avec Abraham est une manifestation prolongée et sans équivoque de son amour miséricordieux. La nécessité de trouver des hommes justes à l’intérieur de la ville devient de moins en moins exigeante et à la fin dix suffiront pour sauver la totalité de la population. Pour quelle raison Abraham s’arrête-t-il à dix, le texte ne le dit pas. Peut-être est-ce un nombre qui indique un noyau communautaire minimum (encore aujourd’hui, dix personnes sont le quorum nécessaire pour la prière publique juive). Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un petit nombre, une petite parcelle de bien à partir de laquelle sauver un grand mal. Mais on ne put pas même trouver dix justes à Sodome et Gomorrhe, et la ville fut détruite. Une destruction dont la nécessité est paradoxalement témoignée précisément par la prière d’intercession d’Abraham. Parce que c’est précisément cette prière qui a révélé la volonté salvifique de Dieu: le Seigneur était disposé à pardonner, il souhaitait le faire, mais les villes étaient enfermées dans un mal totalisant et paralysant, sans même un petit nombre d’innocents desquels partir pour transformer le mal en bien. Parce que c’est précisément ce chemin du salut que demandait lui aussi Abraham: être sauvés ne signifie pas simplement échapper à la punition, mais être libérés du mal qui nous habite. Ce n’est pas le châtiment qu’il faut éliminer, mais le péché, ce refus de Dieu et de l’amour qui porte déjà en lui-même le châtiment. Le prophète Jérémie dira au peuple rebelle: «Que ta méchanceté te châtie et que tes infidélités te punissent! Comprends et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner Yahvé ton Dieu» (Jr 2, 19). C’est de cette tristesse et de cette amertume que le Seigneur veut sauver l’homme en le libérant du péché. Mais il faut alors une transformation de l’intérieur, quelque point d’appui de bien, un commencement d’où partir pour transformer le mal en bien, la haine en amour, la vengeance en pardon. C’est pourquoi les justes doivent être à l’intérieur de la ville, et Abraham répète sans cesse: «peut-être s’en trouvera-t-il là…». «Là», c’est à l’intérieur de la réalité malade que doit se trouver ce germe de bien qui peut guérir et redonner la vie. C’est une parole qui s’adresse aussi à nous: que dans nos villes se trouve le germe de bien et que nous fassions tout pour qu’il n’y ait pas seulement dix justes pour faire réellement vivre et survivre nos villes et pour nous sauver de cette amertume autour de laquelle il y a l’absence de Dieu. Et dans la réalité malade de Sodome et Gomorrhe ce germe de bien n’existait pas.
Mais la miséricorde de Dieu dans l’histoire de son peuple s’élargit encore davantage. Si pour sauver Sodome il fallait dix justes, le prophète Jérémie dira, au nom du Tout-Puissant, qu’il suffit d’un seul juste pour sauver Jérusalem: «Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc, renseignez-vous, cherchez sur ses places si vous découvrez un homme, un qui pratique le droit, qui recherche la vérité alors je pardonnerai à cette ville» (5, 1). Le nombre a encore diminué, la bonté de Dieu se montre encore plus grande. Et pourtant, cela ne suffit pas encore, la miséricorde surabondante de Dieu ne trouve pas la réponse de bien qu’elle cherche, et Jérusalem tombe sous l’assaut de l’ennemi. Il faudra que Dieu lui-même devienne ce juste. C’est le mystère de l’Incarnation: pour garantir un juste, il se fait homme. Le juste sera toujours là puisque c’est Lui: mais il faut que Dieu lui-même devienne ce juste. L’infini et surprenant amour divin sera pleinement manifesté lorsque le Fils de Dieu se fera homme, le Juste définitif, le parfait Innocent, qui apportera le salut au monde entier en mourant sur la croix, en pardonnant et en intercédant pour ceux qui «ne savent pas ce qu’ils font» (Lc 23, 34). Alors la prière de chaque homme trouvera sa réponse, chacune de nos intercessions sera alors pleinement exaucée.
Chers frères et sœurs, que la supplique d’Abraham, notre père dans la foi, nous enseigne à ouvrir toujours davantage notre cœur à la miséricorde surabondante de Dieu, pour que, dans la prière quotidienne, nous sachions désirer le salut de l’humanité et le demander avec persévérance et avec confiance au Seigneur qui est grand dans l’amour. Merci.

PAPE FRANÇOIS (le rapport entre l’espérance et la mémoire)

13 septembre, 2017

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PAPE FRANÇOIS (le rapport entre l’espérance et la mémoire)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 30 août 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur un thème important: le rapport entre l’espérance et la mémoire, avec une référence particulière à la mémoire de la vocation. Et je prends comme icône l’appel des premiers disciples de Jésus. Dans leur mémoire, cette expérience demeura tellement gravée qu’un d’entre eux en indiqua même l’heure: «C’était environ la dixième heure» (Jn 1, 39). L’évangéliste Jean raconte l’épisode comme un souvenir précis de jeunesse, demeuré intact dans sa mémoire de personne âgée: parce que Jean écrivit ces choses quand il était désormais âgé.
La rencontre a eu lieu près du fleuve Jourdain, où Jean-Baptiste baptisait; et ces jeunes de Galilée avaient choisi Jean-Baptiste comme guide spirituel. Un jour, Jésus vint et se fit baptiser dans le fleuve. Le lendemain, il passa de nouveau et alors le Baptiseur — c’est-à-dire Jean-Baptiste —, dit à deux de ses disciples: «Voici l’agneau de Dieu!» (v. 36).
Et pour ces deux personnes, c’est l’«étincelle». Elles quittent leur premier maître et se placent à la suite de Jésus. Sur le chemin, Il se tourne vers elles et pose la question décisive: «Que cherchez-vous?» (v. 38). Jésus apparaît dans les Evangiles comme un expert du cœur humain. A ce moment-là, il avait rencontré deux jeunes en recherche, sainement inquiets. En effet, quelle jeunesse serait une jeunesse satisfaite, sans se poser de question sur le sens? Les jeunes qui ne cherchent rien ne sont pas jeunes, ils sont à la retraite, ils sont vieux avant l’heure. Il est triste de voir des jeunes à la retraite… Et Jésus, à travers tout l’Evangile, dans toutes les rencontres qu’il fait le long du chemin, apparaît comme un «incendiaire» des cœurs. D’où sa question qui cherche à faire émerger le désir de vie et de bonheur que chaque jeune porte en lui: «Que cherches-tu?». Moi aussi, je voudrais demander aux jeunes qui sont ici sur la place et à ceux qui écoutent à travers les médias: «Toi qui es jeune, que cherches-tu? Que cherches-tu dans ton cœur?».
La vocation de Jean et d’André commence ainsi: c’est le début d’une amitié avec Jésus si forte qu’elle impose une communion de vie et de passion avec Lui. Les deux disciples commencent à demeurer avec Jésus et immédiatement, ils se transforment en missionnaires, parce que quand la rencontre prend fin, ils ne rentrent pas chez eux tranquilles: au point que leurs frères respectifs — Simon et Jacques — sont bientôt entraînés à leur suite. Ils sont allés les voir et ont dit: «Nous avons trouvé le Messie, nous avons trouvé un grand prophète»: ils donnent la nouvelle. Ils sont missionnaires de cette rencontre. Ce fut une rencontre si touchante, si heureuse que les disciples se rappelleront à jamais de ce jour qui illumina et orienta leur jeunesse.
Comment découvre-t-on sa vocation dans ce monde? On peut la découvrir de nombreuses façons, mais cette page de l’Evangile dit que le premier indice est la joie de la rencontre avec Jésus. Mariage, vie consacrée, sacerdoce: toute vocation véritable commence par une rencontre avec Jésus qui nous donne une joie et une espérance nouvelle; et elle nous conduit, également à travers les épreuves et les difficultés, à une rencontre toujours plus pleine, cette rencontre croît, toujours plus grande, la rencontre avec Lui et avec la plénitude de la joie.
Le Seigneur ne veut pas d’hommes et de femmes qui marchent derrière lui à contre-cœur, sans avoir dans le cœur le vent de la joie. Vous, qui êtes sur la place, je vous demande — que chacun réponde en lui — avez-vous dans le cœur le vent de la joie?». Que chacun se demande: «Ai-je en moi, dans mon cœur, le vent de la joie?». Jésus veut des personnes qui ont fait l’expérience qu’être à ses côtés procure une joie immense, qui peut être renouvelée chaque jour de notre vie. Un disciple du Royaume de Dieu qui n’est pas joyeux n’évangélise pas ce monde, c’est quelqu’un de triste. On ne devient pas prédicateurs de Jésus en affinant les armes de la rhétorique: tu peux parler, parler, parler, mais s’il n’y a pas autre chose… Comment devient-on prédicateurs de Jésus? En conservant dans les yeux l’étincelle du véritable bonheur. Nous voyons tant de chrétiens, même parmi nous, qui avec les yeux, te transmettent la joie de la foi: avec les yeux!
Pour cette raison le chrétien — comme la Vierge Marie — conserve la flamme de son amour: amoureux de Jésus. Certes, il y a des épreuves dans la vie, il y a des moments où il faut aller de l’avant malgré le froid et les vents contraires, malgré tant d’amertumes. Mais les chrétiens connaissent la route qui conduit à ce feu sacré qui les a enflammés une fois pour toutes.
Mais, s’il vous plaît, je compte sur vous: n’écoutons pas les personnes déçues et malheureuses; n’écoutons pas ceux qui recommandent de façon cynique de ne pas cultiver d’espérances dans la vie; ne nous fions pas de ceux qui étouffent dès le départ tout enthousiasme en disant qu’aucune entreprise ne mérite le sacrifice de toute une vie; n’écoutons pas les «vieux» de cœur qui étouffent l’euphorie des jeunes. Allons voir les personnes âgées dont le regard brille d’espérance! Cultivons au contraire de saines utopies: Dieu veut que nous soyons capables de rêver comme Lui et avec Lui tandis que nous marchons en étant bien attentifs à la réalité. Rêver d’un monde différent. Et si le rêve s’éteint, en rêver à nouveau, en puisant avec espérance à la mémoire des origines, à ces braises qui, sans doute après une vie pas si bonne, sont cachées sous les cendres de la première rencontre avec Jésus.
Voilà donc une dynamique fondamentale de la vie chrétienne: se souvenir de Jésus. Paul disait à son disciple: «Souviens-toi de Jésus Christ» (2 Tm 2, 8); tel est le conseil du grand saint Paul: «Souviens-toi de Jésus Christ». Se rappeler de Jésus, du feu d’amour avec lequel nous avons conçu un jour notre vie comme un projet de bien, et raviver avec cette flamme notre espérance.
Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française, en particulier aux séminaristes et aux jeunes de Meaux, ainsi qu’aux pèlerins de Guinée avec leurs évêques respectifs. Que votre pèlerinage à Rome vous aide à puiser avec espérance à la mémoire de l’Eglise et à la mémoire de votre rencontre avec Jésus! Que Dieu vous bénisse.

 

BELLE FÊTE DU SAINT NOM DE MARIE ! – 12 SEPTEMBRE 2017

12 septembre, 2017

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BELLE FÊTE DU SAINT NOM DE MARIE ! – 12 SEPTEMBRE 2017

12 septembre : Mémoire facultative du Saint Nom de Marie (Sanctissimi Nominis Mariæ)

Ce Nom vénérable était déjà honoré depuis longtemps par un culte spécial dans quelques parties du monde chrétien, lorsqu’une insigne victoire* fut remportée à Vienne en Autriche, par le secours de la Sainte Vierge Marie, sur le cruel sultan des Turcs, qui menaçait avec insulte de soumettre les peuples chrétiens à sa tyrannie mahométane.
Après une fête accordée en 1683 par Sa Sainteté le Pape Innocent XI en action de grâce, Sa Sainteté le Pape Innocent XIII voulu perpétuer la mémoire d’un tel bienfait en ordonnant que cette fête soit célébrée chaque année dans l’Église universelle en 1721. Le Pape Saint Pie X fixa la fête au 12 septembre lors de la réforme du Bréviaire romain.
Il était bien juste que le nom de Marie trouvât sa place, dans nos fêtes catholiques, à côté du nom de Jésus ; le nom de Marie est un nom glorieux, un nom tout aimable, un nom salutaire. Les saints se sont essayés à l’envi à retracer les merveilles du nom de Marie. La première gloire de ce nom béni, c’est qu’il fut inspiré par Dieu aux parents de la Vierge naissante et que l’archange Gabriel le prononça d’une voix pleine de respect ; et depuis, toutes les générations chrétiennes le redisent à chaque instant du jour: « Je vous salue Marie… »

+ LITANIE du Saint Nom de MARIE
Seigneur, ayez pitié de nous. –> Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. –> Jésus-Christ, ayez pitié de nous
Seigneur, ayez pitié de nous. –> Seigneur, ayez pitié de nous

Fils de Marie, –> écoutez-nous.
Fils de Marie, –> exaucez-nous.

Père céleste, dont Marie est la fille, –> ayez pitié de nous.
Verbe éternel, dont Marie est la Mère, –> ayez pitié de nous.
Saint-Esprit, dont Marie est l’épouse, –> ayez pitié de nous.
Trinité divine, dont Marie est la Servante, –> ayez pitié de nous.

Mère du Dieu vivant, –> priez pour nous
Marie, fille de la Lumière éternelle, –> priez pour nous
Marie, notre lumière, –> priez pour nous
Marie, notre sœur, –> priez pour nous
Marie, fleur de Jessé, –> priez pour nous
Marie, la question des rois, –> priez pour nous
Marie, la bien-aimée de Dieu, –> priez pour nous
Marie, vierge immaculée, –> priez pour nous
Marie, très juste, –> priez pour nous
Marie, de la lumière dans les ténèbres, –> priez pour nous
Marie, notre repos sûr, –> priez pour nous
Marie, maison de Dieu, –> priez pour nous
Marie, sanctuaire du Seigneur, –> priez pour nous
Marie, autel de la divinité, –> priez pour nous
Marie, vierge mère, –> priez pour nous
Marie, qui englobe Dieu votre enfant, –> priez pour nous
Marie, repose avec la Sagesse éternelle, –> priez pour nous
Marie, océan d’amertume, –> priez pour nous
Marie, étoile de la mer, –> priez pour nous
Marie, qui avez souffert avec votre Fils unique, –> priez pour nous
Marie, percée par une épée de douleur, –> priez pour nous
Marie, déchirée par une cruelle blessure, –> priez pour nous
Marie, triste jusqu’à la mort, –> priez pour nous
Marie, privée de toute consolation, –> priez pour nous
Marie, soumis à la loi de Dieu, –> priez pour nous
Marie, debout par la Croix de Jésus, –> priez pour nous
Marie, Notre-Dame, –> priez pour nous
Marie, notre Reine, –> priez pour nous
Marie, Reine de la gloire, –> priez pour nous
Marie, gloire de l’Eglise triomphante, –> priez pour nous
Marie, bienheureuse Reine, –> priez pour nous
Marie, Avocate de l’Eglise militante, –> priez pour nous
Marie, Reine de miséricorde, –> priez pour nous
Marie, Consolatrice de l’Eglise souffrante, –> priez pour nous
Marie, au-dessus des anges, ,–> priez pour nous
Marie, couronnée de douze étoiles, –> priez pour nous
Marie, brillante comme le soleil, –> priez pour nous
Marie, distinguée au dessus de tout, –> priez pour nous
Marie, assise près de Jésus, –> priez pour nous
Marie, notre espoir, –> priez pour nous
Marie, notre douceur, –> priez pour nous
Marie, la gloire de Jérusalem, –> priez pour nous
Marie, la joie d’Israël, –> priez pour nous
Marie, l’honneur de notre peuple, –> priez pour nous

Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde,–> pardonnez nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde, –> exaucez nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde, –> ayez pitié de nous.

Fils de Marie, –> écoute nous
Fils de Marie, –> exauce nous.

Prions : O Dieu tout-puissant, qui bénissez vos serviteurs sincèrement désireux de se placer à l’ombre du Nom et de la protection de la Très Sainte Vierge Marie, nous vous en supplions, que par son intercession, nous soyons délivré de tout mal sur la terre et que nous puissions arriver aux joies éternelles dans le ciel, par Jésus-Christ Notre Seigneur. Amen.

QUE LE SAINT NOM DE MARIE NOUS BENISSE TOUS !

Thierry Fourchaud

« Le Nom seul de Marie met en fuite tous les démons »
(Saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l’Eglise)
* Le calendrier romain de l’an 2002 (Editio tertia) a en effet réinscrit la fête en l’honneur du Saint Nom de Marie à cette date. La fête était très chère au Souverain Pontife Jean-Paul II. Elle est liée à l’histoire de la Pologne et de l’Europe, comme en témoignent les fresques de la « Chapelle polonaise » de la basilique de la Sainte Maison de Lorette. Elles représentent en effet la victoire du roi de Pologne, Jan Sobieski, Vienne, sur les troupes turques.
Un siècle après la défaite de Lépante (1571), les turcs tentaient de passer en Europe occidentale par voie de terre. Mahomet IV avait remis l’étendard de Mahomet à Kara Mustapha au début de 1683, en lui faisant jurer de le défendre au prix de sa vie si nécessaire. Le grand vizir était fort de 300.000 hommes et se promettait de prendre Belgrade, Buda, Vienne, de déboucher en Italie et d’arriver à Rome, à l’autel de saint Pierre.
En août 1683, le Capucin italien et grand mystique, Marco d’Aviano, que Jean-Paul II vient de béatifier, était nommé grand aumônier de toutes les armées chrétiennes. C’est lui qui redonna courage à Vienne et réussit à convaincre le roi de Pologne de venir secourir la ville avec ses 40.000 hommes. La ville était assiégée depuis le 14 juillet et sa reddition était une question d’heures. Le rapport de force n’était pas en faveur des troupes chrétiennes, mais Vienne se confiait à l’intercession de la Vierge et l’image de la Vierge était sur tous les étendards. Sur le Kahlenberg qui domine la ville au nord, le P. Marco célébra la messe, servie par le roi Sobieski devant l’armée disposée en demi-cercle. Le Capucin prédit une victoire inouïe. Et au lieu de terminer en disant les paroles liturgiques : « Ite missa est », il cria : « Ioannes vinces ! » « Jan vaincra » !
La bataille commença à l’aube du 11 septembre. Un soleil splendide éclairait les deux armées dont dépendait le sort de l’Europe. Les cloches de la ville sonnaient depuis le matin. Les femmes et les enfants priaient dans les églises, implorant l’aide de la Vierge Marie. Et le soir, l’étendard du grand vizir était tombé aux mains de Sobieski. Le lendemain, il fit son entrée dans la ville en liesse, et vint assister à la messe et au Te Deum en l’église de la Vierge de Lorette à laquelle il attribuait la victoire.

HOMÉLIE DU 23E DIMANCHE ORDINAIRE A

8 septembre, 2017

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Mt 18, 15-20

HOMÉLIE DU 23E DIMANCHE ORDINAIRE A

Ez 33, 7-9 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20

Dans un ouvrage écrit conjointement par des chercheurs croyants, chrétiens et musulmans, on peut lire que le Nouveau Testament « est digne de l’estime du musulman, car il est une voie qui mène à Dieu et à l’amour du prochain, c’est-à-dire à l’essentiel au regard de l’islam »… Et cela, même si « cette voie est différente de la sienne à maints égards » (1).
Juifs et chrétiens peuvent aussi se retrouver sur la même longueur d’onde, puisqu’ils reconnaissent par Moïse ou par Jésus que le premier et le deuxième commandement sont inséparables. La déclaration de Paul aux Romains le rappelle : « L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour ».
Mais l’amour de Dieu et du prochain ne peut rester cloîtré dans la zone sereine des principes et des nobles abstractions. Pour exister, il doit naître au monde de la réalité et donc s’incarner. c’est ici que commencent aussitôt les difficultés, les tensions et les oppositions à propos des moyens utilisés, des interprétations choisies, et de l’intervention toujours perverse des intérêts personnels, vices et passions. C’est ainsi que les instruments deviennent des idoles, le secondaire prend rang d’absolu et des formes ou traditions passagères sont déclarées « de toujours ». C’est le règne de la violence, des intégrismes et fanatismes, du légalisme et du pharisaïsme, où Dieu et l’être humain, inséparablement, sont sacrifiés sur l’autel de l’orgueil ou de la bêtise, dont chaque religion a ses temples, ses grands prêtres et sa part de fidèles.
Il est vrai que la pratique de l’amour de Dieu et des autres n’est pas synonyme de facilité ni de tranquillité. Ezéchiel souligne bien la rude et difficile tâche des prophètes qui ont à dénoncer le mal, rappeler les exigences de l’Alliance, indiquer le juste chemin, réconcilier les adversaires, maintenir l’unité et la communion… Et toujours au risque de déplaire, de froisser des susceptibilités et de mettre en péril des intérêts par trop humains.
Ardu et quotidiennement exigeant que d’exercer au sein des communautés chrétiennes, ou de l’Eglise universelle, le devoir de « correction fraternelle » qui relève du souci d’unité et de communion, de la fidélité et du pardon, sans tomber dans la démission du silence, l’orgueil janséniste ou l’arbitraire de l’inquisition.
En passant du singulier au pluriel et de Pierre à tous les disciples, Jésus a confié à son Eglise, et à chacun de ses membres, l’admirable mission et la lourde responsabilité de la réconciliation et de l’unité. Tous ceux et celles qu’il nous arrive d’enchaîner et de paralyser par notre méfiance ou notre orgueil, les éloignant ainsi, et de nous, et de Dieu, nous pouvons aussi les délier par l’amour et la patience, la délicatesse et le respect.
Chaque communauté, si petite soit-elle, a même reçu l’incroyable pouvoir de rendre Jésus présent et agissant. Il « suffit » pour cela d’être ré-unis en son nom et de « se mettre d’accord »… Il faut cependant beaucoup plus que la simple présence physique de deux ou trois personnes. C’est bien l’unité, la communion entre elles, qui est exigée pour refléter et témoigner quelque peu de la vie même de Dieu, où les diversités culminent dans l’harmonie des échanges.
Pour être Eglise, re-présenter le Christ, faire des miracles et révéler Dieu au monde, il faut que ceux et celles qui se rassemblent s’aiment et collaborent, s’éclairent et s’entraident, se corrigent et s’encouragent, cultivant chacun et ensemble « l’exigence permanente du mieux » et le souci prioritaire du royaume de Dieu.
Ces communautés familiales, paroissiales ou religieuses, les réunions pastorales, les rassemblements eucharistiques, tout comme le dialogue entre les époux, ont sans cesse besoin d’une nouvelle évangélisation. Ne sommes-nous pas excessivement en dette de l’amour mutuel, au risque de conduire tout droit à la faillite, plans et projets, et même la construction du royaume de justice et de paix ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

SAINT BONAVENTURE (1217-1274)

6 septembre, 2017

http://philosophie-marseille.com/textes-et-videos/textes-gratuits-les-philosophes-medievaux/saint-bonaventure.html

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(Dieu dit: « Que la lumière soit » et la lumière fut)

SAINT BONAVENTURE (1217-1274) -

Conférence par Brigitte Boudon

Bonaventure et Thomas d’Aquin, l’un franciscain et l’autre dominicain, sont nommés ensemble maîtres de l’Université de Paris en 1257, lorsque est créé le Collège de la Sorbonne. En dépit d’une complémentarité de leurs perspectives, leurs visées demeurent cependant profondément divergentes en raison d’intuitions fondatrices différentes : saint François et saint Dominique.

I – la Vie de Bonaventure
1217 : naissance de Jean Fidanza en Italie centrale.
1226 : guérison miraculeuse (légende du 0 Buona Ventura !)
1235 – 1242 : Etudes à la Faculté des arts à Paris ( trivium et quadrivium ; trivium (méthode) : grammaire, dialectique, rhétorique ; quadrivium ( contenus ) : arithmétique, géométrie, astronomie, musique)
1243 : entrée de Bonaventure à l’âge de 26 ans chez les Frères Mineurs à Paris
1243 – 1248 : Bonaventure est étudiant en théologie à Paris, sous la régence du maître augustinien Alexandre de Halès
1248 – 1252 : Bonaventure devient bachelier et obtient sa licence de professeur
1252 – 1257 : Bonaventure est maître de théologie à l’Ecole des Frères mineurs. Il écrit le Breviloquium et d’autres traités théologiques.
Le 12 août 1257 : Bonaventure (40 ans) est nommé Maître de la Faculté de théologie de Paris.
1257 : Bonaventure est élu Ministre général de l’ordre des Franciscains. Activité pastorale intense (visites, sermons …) jusqu’à sa mort en 1274. Pendant deux années, 1259 et 1260, retour aux sources et expérience mystique. Il écrit l’Itinerarium mentis in Deum, ou Itinéraire de l’esprit vers Dieu.
1267 – 1273 : deux séjours de Bonaventure à Paris et querelles doctrinales entre Franciscains et Dominicains sur l’entrée d’Aristote à l’Université et le problème du statut de la théologie face à la philosophie.
1273 : Bonaventure cardinal, évêque d’Albano
15 juillet 1274 : mort de Bonaventure au concile de Lyon
1482 : canonisation de Bonaventure
1588 : Saint Bonaventure, Docteur de l’Eglise

Ses œuvres :
. le Breviloquium (traités de théologie) , L’itinerarium ou Itinéraire de l’esprit vers Dieu, Conférences sur les dix commandements, Conférences sur les sept dons de l’Esprit saint, Conférences sur les 6 jours de la création, l’Hexaëmeron.
II – Ce qui le distingue de Saint Thomas
A partir des visions de Bonaventure et de Thomas d’Aquin, deux voies distinctes peuvent se dégager : la voie mystique et la voie spéculative.
. Le Christ comme figure de l’intériorité
Il s’oppose à la théologie positive afin de préserver l’irréductibilité de Dieu et de ce fait, la théologie de Bonaventure débouche sur l’intériorité. La connaissance de Dieu que l’on peut avoir est fonction de l’homme que l’on est. Ce lien mystique entre l’homme et Dieu met en évidence pourquoi le Christ apparaît comme le « prince des philosophes » et le maître par excellence.
Correspondance entre Dieu fait homme de la révélation chrétienne et le fait de devoir passer par l’homme intérieur pour accéder à Dieu. La médiation par le Christ n’est pas l’expression d’une contrainte empêchant de se relier immédiatement et directement à Dieu, mais elle est en réalité l’expression du fait que rien ne peut se faire sans la médiation de l’homme intérieur. Sans le Christ donc, pas d’homme intérieur réalisé.
Bonaventure s’oppose à la théologie rationnelle de Thomas, à laquelle il reproche d’être un intermédiaire superflu entre l’homme et Dieu.
Il opère une refonte complète de la problématique théologique en situant comme enjeu majeur de celle-ci non plus de savoir si Dieu existe ou pas, mais de faire exister l’homme intérieur à travers la figure du Christ. A l’opposition croyance – incroyance, saint Bonaventure substitue le couple intérieur-extérieur, en ayant l’audace de rabattre une certaine forme de théologie spéculative sur le plan de l’extériorité.
. Il s’oriente vers Saint Augustin et le néoplatonisme.
Selon lui, Aristote aurait manqué l’essentiel parce qu’il n’a pas reconnu la théorie des Idées platoniciennes et, de ce fait, a ignoré l’existence d’archétypes de tous les êtres dans l’esprit de Dieu. Il développe une métaphysique de la lumière.
C’est la multiplicité des créatures qui permet de louer Dieu. Le monde sensible est une trace ou un vestige de Dieu. Dieu se reflète dans le monde sensible. Le corps humain est le lieu de la manifestation de l’amour de Dieu. Il est l’expression de Dieu. Saint François reçoit les stigmates de Dieu : l’amour de Dieu imprègne tellement l’âme de Saint François qu’il l’imprime sur son corps.
L’ontologie de la pauvreté : devenir soi-même pauvre et pas seulement aider les pauvres. La classe des pauvres est une 4ème classe, en plus des guerriers, des prêtres et des marchands. La pauvreté constitue l’être franciscain. Elle est le don de soi et l’imitation du Christ. C’est le sens de l’abandon, le don du don. Etre pauvre, c’est être comme Dieu, qui, toujours s’abandonne.
Pour Bonaventure, la pauvreté est l’être de Dieu et pas seulement un idéal mystique.
L’étude n’a qu’un seul but : la mise en pratique de la foi. L’étude confirme et conforte la foi.
Pour Bonaventure, la théologie est une sagesse, une sapience (sapientia, vient de sapor, c’est ce qui donne goût, piment à la vie). Alors que pour Thomas, la théologie est une science.
III – Les deux voies ascendante et descendante de l’Itinerarium
Bonaventure se rend en 1259 au Mont Alverne, là où Saint François reçut les stigmates, grande expérience mystique. Il écrit l’Itinerarium, ouvrage mystique et théologique : la vie chrétienne est un itinéraire ou une voie ; le texte va expliquer la structure du chemin, de l’itinéraire de l’Amour et de la charité.
L’auteur souhaite décrire les chemins de la sagesse chrétienne et montrer comment l’esprit peut s’élever à Dieu, se préparer à l’union mystique. La création est une échelle pour s’élever vers Dieu. Les trois principaux moyens d’élévation à Dieu sont :
. la méditation sur le monde sensible
. la réflexion de l’âme sur elle-même
. la contemplation du Transcendant.
Ces trois degrés se dédoublent en six manières de rejoindre Dieu : par le monde sensible, dans le monde sensible, par notre âme, dans notre âme, par l’idée de l’Etre, dans les processions du Bien.
Exemple de la 1ère étape :
l’homme s’élève à Dieu par lui-même (mouvement ascendant appelé « par ») : il utilise alors les sens extérieurs. Mais les cinq sens ne suffisent pas pour voir Dieu dans le monde, car ils sont trompeurs. Il faut donc un second mouvement qui est descendant, appelé « dans ».
Dieu descend jusqu’à l’homme : ce sont les sens intérieurs et notamment l’imagination. Ce sont les sens charnels convertis par la lumière de Dieu. Quand, par les sens, l’homme s’élève vers Dieu, alors Dieu intervient pour convertir les sens.
L’Itinerarium est composé de sept chapitres :
. les deux premiers parlent de Dieu en fonction du monde sensible, vestige du Créateur ; en dehors de nous : sens extérieurs et sens intérieurs ; corps ou substance corporelle.
. le troisième et le quatrième parlent de Dieu en fonction de l’âme, image de la Trinité ; en nous ; conscience : raison et intellect.
. le cinquième et le sixième parlent de Dieu en fonction de la ressemblance ; au dessus de nous ; substance divine ; intelligence et esprit ; double nom divin : l’Etre et le Bien.
Le dernier en parle comme du terme de l’ascension mystique, dans la ferveur de l’extase

Titres des 7 chapitres de l’Itinerarium :
I. Degrés d’élévation à Dieu et contemplation de Dieu par ses vestiges dans l’univers.
II. Contemplation de Dieu dans ses vestiges à travers le monde sensible.
III. Contemplation de Dieu par son image gravée dans nos facultés naturelles.
IV. Contemplation de Dieu dans son image réformée par les dons de la grâce.
V. Contemplation de l’unité divine par son premier nom : l’Etre
VI. Contemplation de la bienheureuse Trinité dans son nom : le Bien
VII. De l’extase mystique, où notre intelligence se tient en repos, tandis que notre ferveur passe tout entière en Dieu.
Le but ultime de l’Itinéraire est que la volonté humaine s’unisse à la Volonté de Dieu.
La pensée de l’Itinerarium est d’inspiration multiple. Cette pensée est toute franciscaine, puisqu’elle est une mystique d’amour et de paix. Elle est augustinienne, voire platonicienne, puisqu’elle admet un primat du bien, qu’elle adhère aux Idées éternelles, qu’elle n’admet comme vraie philosophie que celle des causes exemplaires. Elle est néo-platonicienne par sa théorie de l’image ou du vestige qui tient lieu de participation.
On peut dire que Bonaventure réinvente le platonisme à partir de son expérience franciscaine. Il s’agit d’une reconstruction personnelle. L’Itinerarium est cette réussite : l’œuvre d’un franciscain qui, fort librement, réécrirait le Banquet, de Platon, l’œuvre d’un mystique qui philosophe.
Saint Bonaventure distingue trois modes de théologie :
. la théologie symbolique ou du bon usage du sensible
. la théologie spéculative ou science.
. la théologie mystique ou sagesse,
d’où les trois étapes : purification (symbolique), méditation (spéculatif),) et contemplation (mystique).

Conclusion
Les différences d’intention et la complémentarité des philosophies de Saint Bonaventure et de Saint Thomas d’Aquin
Ce sont deux philosophies chrétiennes et chaque menace contre la foi les trouve unies pour faire front contre elle.
L’une et l’autre enseignent la création ex nihilo et maintiennent une distance entre l’être en soi et l’être participé. Elles nient formellement que Dieu puisse être vu par la pensée humaine dès cette vie. L’une et l’autre coordonnent l’effort de l’intelligence à l’acte de foi.
Mais elles n’en restent pas moins deux philosophies, l’une se présentant comme une sagesse à la manière augustinienne (platonicienne) et l’autre comme une science (à la manière aristotélicienne). Et c’est sans doute pourquoi dès 1588 Sixte V proclamait, et en 1879 Léon XIII rappelait, qu’ils furent deux à construire la synthèse de la pensée scolastique au Moyen Age et qu’aujourd’hui encore, ils restent deux à la représenter. Deux nourritures et deux lumières. Elles se complètent comme les deux interprétations les plus universelles du christianisme, et c’est parce qu’elles se complètent qu’elles ne peuvent ni s’exclure, ni coïncider.

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