LECTURES POUR LA FOI ET LA MÉDITATION, HOMÉLIE À LA MESSE DU DIMANCHE ET COMMENTAIRE

22 juin, 2007

 

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Je mets le lien vers « EAQ », vous trouverez les lectures du jour, le commentaire à la lecture et, si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir et lire la lecture des journaux précédant et suivant celle de la journée en cours, c’est le site «Evangile au Quotidien  » que vous connaissez déjà bien:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php

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SUR  LES ANGES LIEN À UN BEAUX SITE:

SPIRITUALITE CHRETIENNE -ANGES GARDIEN

http://spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/news-512.html

PENTECOTE 2009

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS


Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13

30 mai, 2007

1 Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis* comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante. 2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien. 3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien. 4 L’amour use de longanimité ; il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas ; il ne s’enfle pas d’orgueil ; 5 il n’agit pas avec inconvenance ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’irrite pas ; 6 il n’impute pas* le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité ; 7 il supporte* tout, croit tout, espère tout, endure tout. 8 L’amour ne périt jamais. Or y a-t-il des prophéties ? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? elle aura sa fin. 9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; 10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin. 11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; quand je suis devenu homme, j’en ai fini avec ce qui était de l’enfant. 12 Car nous voyons maintenant au travers d’un verre*, obscurément, mais alors face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu. 13 Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.

Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13 dans Pape Benoit

image du site:

http://santiebeati.it/index.html

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J’AI OUVERT EN ITALIEN UN BLOG SUR SAINT PAUL, EN FRANÇAIS NE SERAIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE,  JE METS LA CATÉGORIE DE SAINT PAUL SUR CE BLOG ET TOUT CE QUE JE PEUX METTRE EN FRANÇAIS JE LE METS, NE PEUX PAS RÉCUPÉRER LES ÉCRITS SUR SAINT PAUL LORSQUE J’AI OUVERT CE BLOG, JE COMMENCE D’AUJOURD’HUI:

http://gabriellaroma.unblog.fr/tag/saint-paul/

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BASILIQUE SAINT PAUL HORS LES MURS, À ROME

Année Paulinienne

http://www.annopaolino.org/interno.asp?id=1&lang=fra

HOMÉLIE DE LA NATIVITÉ DE JEAN BAPTISTE

22 juin, 2018

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

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Nativité de Jean Baptiste
HOMÉLIE DE LA NATIVITÉ DE JEAN BAPTISTE

(Prononcée le 24 juin 2001, les évènements cités sont de cette époque)

La veille : Jr 1, 4-10 ; 1 P 1, 8-12 ; Lc 1, 5-17 – Le jour : Is 49, 1-6 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-66, 80

Il y a quelques jours, sur la Une, le journaliste de service annonçait la mort de René Dumont, qu’il présentait comme un prophète de l’écologie politique, un visionnaire et un pionnier. Certains journaux y ont ajouté le qualificatif de précurseur. Celui qu’on avait surnommé l’ »agronome de la faim » le fut en effet dans le combat contre le gaspillage des ressources naturelles. Ceux que l’on considère d’abord comme des fous et même des fous dangereux, par la suite, après les critiques, les persécutions et le calvaire, sont souvent qualifiés de héros.
Quelques jours plus tôt, Paris recevait ce déjà célèbre Indien du Brésil, Araoni, chef de la tribu des Kayapoca, dont la bouche à plateau rouge est le signe distinctif des volontaires prêts à mourir pour leur terre. Ils combattent pour les pauvres et pour la sauvegarde de la planète, David contre Goliath. Or, nous savons que la défense des pauvres et des faibles, celle des droits de la personne humaine, ont leurs prophètes et leurs martyrs. A fortiori si, comme dans la Bible, la cause de l’humain et celle de la création sont inspirées par la cause de Dieu et font corps avec elle.
La fête de S. Jean Baptiste le rappelle aux chrétiens et aux musulmans qui, eux aussi, le vénèrent comme grand prophète et précurseur de l’Islam. Sa tombe est d’ailleurs conservée à Damas, dans une mosquée.
L’ensemble des textes liturgiques de la vigile et de la fête nous font découvrir la vocation prophétique à travers celles de Jérémie et d’Isaïe. Ce qui nous permet de mieux comprendre non seulement celle de Jean Baptiste, mais aussi la nôtre. Car il y a des vocations de prophètes parmi nous.
Prenons Isaïe. C’est un homme ardent, décidé, intrépide, concret. Non pas un révolutionnaire, mais un réformateur. Les discours théologiques ne sont pas sa tasse de thé. Ses grandes préoccupations sont sociales. Il manie la Parole comme un glaive à deux tranchants pour dénoncer le luxe, l’oisiveté et l’arrogance des puissants, l’orgueil de la nation et de ses responsables, la corruption des juges et toutes les injustices commises au détriment des plus faibles. Il ne cesse de harceler les classes dirigeantes pour qu’elle pratiquent enfin la justice. Il avait vu trop clair. Il deviendra gênant. Il finira de mort violente. Probablement scié en deux, sur l’ordre du roi de Judas (Osty, 2 R 21, 16). Il n’y a pas de quoi s’étonner : Jean Baptiste sera décapité, Jésus crucifié… Et cela continue.
Isaïe et Jérémie furent tous deux des semeurs et non pas des moissonneurs. Jean Baptiste aussi. Fils de prêtre, il conteste le rôle du Temple et du sacerdoce. Pas question donc pour lui de marcher sur les traces de son papa. De plus, il n’est pas le seul à critiquer les impuretés légales et le système des ablutions qu’il fallait régulièrement pratiquer, simplement parce qu’on avait parlé à un païen ou touché un mort. Comme d’autres jeunes des mouvements baptistes de l’époque, il trouvait hypocrites les sacrifices qu’il fallait offrir pour obtenir le pardon de ses péchés. Avec d’autres, il voulait une véritable conversion en profondeur et manifestée par une transformation du comportement.
C’est pourquoi on le verra réclamer le partage avec les démunis, l’honnêteté professionnelle, le respect d’autrui, la réduction des rites pour se contenter d’un seul baptême. Non pas magique ni purement rituel, mais conditionné par la confession de ses péchés pour commencer une vie nouvelle. Et plus question désormais d’exclure les collecteurs d’impôts, les prostituées, les immigrés, les militaires. Jean annonçait ainsi une voie religieuse originale par rapport au judaïsme officiel qui, lui, était centré sur le Temple de Jérusalem, la pratique des rites et des sacrifices. Mais Jean ne se prendra pas pour la « lumière » ni le Messie. Tout en restant ouvert à l’inattendu et sans être sûr de rien.
Jésus va se manifester dans les mêmes perspectives générales et cependant différentes. Jean annonce le châtiment, Jésus propose la miséricorde. Jean multiplie les austérités, Jésus partage sa table avec les pécheurs. Jean utilise l’image apocalyptique de la moisson toute proche, Jésus, lui, parle de semences. Et si Jean annonce le Messie, il n’arrive pas vraiment à le reconnaître : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ». Mais, sans être sûr à cent pour cent, il a quand même été capable de reconnaître l’agneau de Dieu au milieu des hommes et des femmes de son temps, qui, eux, ne s’en étaient même pas aperçu. Jean Baptiste, dira S. Augustin, est « un personnage de l’Antiquité et le héraut de la nouveauté » (Bréviaire 24 juin 1116).
Mais les prophètes ne sont pas seulement des hommes et des femmes du passé. Par le baptême et la confirmation, nous sommes introduits dans « un peuple de prophètes », c’est-à-dire de témoins, chacun selon ses capacités, ses talents, la place qu’il occupe, les responsabilités qu’il doit assumer. Le prophétisme est l’un des services de communauté. Par sa foi, le prophète cherche à découvrir et à reconnaître la présence et l’action de Dieu ou de l’Esprit dans les évènements de la vie ordinaire, qu’ils soient politiques, économiques, culturels, religieux ou sociaux. Le prophète est attentif à tout ce qui se passe, c’est-à-dire aux signes du temps présent.
Il s’agit de les lire et de les interpréter dans la foi, pour que la Bonne Nouvelle de l’Evangile puisse s’incarner dans des situations nouvelles, dans un langage nouveau. Le prophète ne vit pas dans la nostalgie d’un passé qui est mort ou en train de mourir. Il est donc attentif à toutes les questions, à tous les défis de son temps et il est capable de chercher des réponses avec d’autres, y compris des non chrétiens. C’est un don de l’Esprit, un charisme. Une vocation à hauts risques.
Il y a donc des prophètes et des prophétesses parmi les baptisés confirmés. Ils ne doivent pas pour autant être prêtres ou théologiens, ni spécialisés dans quelque domaine que ce soit. « Oh ! Seigneur, disait Jérémie, je ne sais pas parler, je ne suis qu’un enfant ». « Je mettrai dans ta bouche mes paroles, dit le Seigneur. » Il faut donc apprendre à entendre les prophètes et oser les écouter. Sachant, comme l’écrit Mgr Rouet, que l’ »intelligence de la foi, ce n’est pas simplement la répétition des réponses, mais aussi la recherche innovante des chemins de la foi ».

Saint Jean Baptiste, priez pour nous, aidez-nous.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

LES COMMANDEMENTS – LETTRE DE TAIZÉ : 2004/2

20 juin, 2018

https://www.taize.fr/fr_article1076.html

imm fr Jesus Pantocrator

Christus Pantocrator

LES COMMANDEMENTS – LETTRE DE TAIZÉ : 2004/2

Pourquoi Jésus appelle-t-il « nouveau » le commandement de nous aimer les uns les autres ?
Une seule fois, Jésus a qualifié un commandement de « nouveau ». Le soir de sa passion, il dit à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34) En quoi ce commandement est-il nouveau ? L’amour mutuel n’est-il pas demandé déjà par le commandement ancien : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18) ?
Jésus donne à l’amour une mesure nouvelle. Il dit « comme je vous ai aimés » au moment même où, par amour, il donne tout. « Avant la fête de la Pâque, Jésus (…), ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jean 13,1) Il commence par leur laver les pieds, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné. » (verset 15) Ensuite, profondément troublé par le fait que l’un des Douze, l’apôtre Judas, va le trahir, il continue cependant à l’aimer, exprimant son amour par le don d’un morceau de pain : « Il le prend et le donne à Judas. » (verset 26) Et finalement, le don de l’exemple et le don du morceau de pain aboutissent au don du commandement : « Je vous donne un commandement nouveau. »
Juste avant le commandement nouveau se trouve une parole énigmatique : « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié. » (verset 31) Comment le Christ est-il glorifié avant d’entrer, par la croix et la résurrection, dans la gloire de son Père ? Il est déjà glorifié car sa gloire est d’aimer. Voilà pourquoi c’est maintenant, où il « aime jusqu’au bout », que sa gloire est manifestée. Judas est « sorti dans la nuit » pour le livrer. Mais Jésus ne subit pas passivement l’événement : livré, il se donne lui-même, il continue à aimer dans une situation qui semble sans espoir. C’est cela sa gloire.
Avec le commandement nouveau, Jésus associe ses disciples à ce qu’il a vécu, il leur donne d’aimer comme il aime. Ce soir-là, il a prié : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » (Jean 17,26) Désormais, il les habitera comme amour, il aimera en eux. Il ne donne pas seulement une parole à observer, il se donne lui-même. Avec le don du commandement nouveau, Jésus fait don de sa présence. Dans les Evangiles de Matthieu et de Marc, la sortie de Judas est immédiatement suivie par l’institution de l’eucharistie ; dans celui de Jean, par le don du commandement nouveau. Comme l’eucharistie, le commandement nouveau est présence réelle.
Cette nuit-là, Jésus « prit la coupe, en disant : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » (1 Corinthiens 11,25). Son commandement est donc nouveau parce qu’il appartient à la nouvelle alliance, annoncée par le prophète Jérémie : « Je conclurai une alliance nouvelle (…), je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. » (Jérémie 31,31-34) Dans la nouvelle alliance, l’ancien commandement est donné d’une manière nouvelle. La loi de Dieu n’est plus gravée sur des tables de pierre, mais inscrite dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui unit notre volonté à celle de Dieu.
Quelle est l’importance des commandements dans notre relation avec Dieu ?
Selon l’apôtre Jean, la communion avec Dieu se réalise dans l’observation des commandements : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. » (1 Jean 3,24) Au Sinaï, Dieu a fait alliance avec « ceux qui l’aiment et gardent ses commandements » (Deutéronome 7,9). En remontant plus loin encore vers les origines, la Bible raconte qu’ayant créé l’être humain, Dieu lui donne aussitôt un commandement (Genèse 2,16-17). C’est comme si, sans commandement, il n’y avait pas de relation avec Dieu.
On pourrait ressentir cette omniprésence des commandements comme pesante. Mais, aussi paradoxal que cela paraisse à première vue, les commandements de Dieu affirment notre liberté. A travers les commandements, Dieu nous parle. Ce que nous appelons les « dix commandements » s’appelle dans la Bible les « dix paroles » (par exemple Exode 34,28). Par les commandements, Dieu nous parle et nous invite à faire un choix (Deutéronome 30,15-20).
Aux animaux, Dieu donne de faire instinctivement ce qui est juste. A nous les humains, il nous dit les commandements, prenant le risque de notre liberté. « La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration, mais mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur ! » (Jérémie 8,7) Dieu ne programme ni ne force le comportement humain. Il nous parle. Jérémie se plaint de la situation qui peut en résulter. Mais si Dieu ne veut pas nous guider autrement qu’en nous parlant par ses commandements, c’est qu’il tient plus à notre réponse libre – quelle qu’elle soit – qu’à notre comportement juste.
Un jour, un jeune homme demande à Jésus : « Que dois faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? » Il lui répond : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est le Bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » (Matthieu 19,16-17) Pourquoi Jésus oppose-t-il, dans sa réaction, la simple observation des commandements à l’interrogation sur ce qu’il est bien de faire ? Les commandements sont autre chose qu’une information sur ce qui est bien ou mal. Jésus rappelle qu’« un seul est le Bon ». Par les commandements, Dieu ne nous communique pas tant un savoir sur le bien et le mal qu’un appel à l’écouter et à mettre en pratique ce que nous entendons.
La réaction de Jésus fait penser au tout premier commandement de Dieu dans le jardin d’Eden qui interdit de « manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Genèse 2,17). C’est un curieux commandement qui appelle, du moins pour commencer, à renoncer à connaître bien et mal ! Ce commandement demande de laisser à Dieu ce savoir. Il maintient, au centre de l’existence humaine, une zone de non-savoir, un espace libre pour la confiance, pour l’écoute de Dieu. Les commandements vivifient notre relation avec Dieu quand nous y discernons un écho du commandement du paradis, la voix de Dieu qui nous dit : « Laisse-moi être ton Dieu, laisse-moi te montrer le chemin, fais-moi confiance ! »

 

BENOÎT XVI – Psaume 33 «Le Seigneur est mon berger, rien ne me manque»

19 juin, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111005.html

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BENOÎT XVI – Psaume 33 «Le Seigneur est mon berger, rien ne me manque»

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 5 octobre 2011

Chers frères et sœurs,

S’adresser au Seigneur dans la prière implique un acte radical de confiance, dans la conscience de s’en remettre à Dieu qui est bon, «Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité» (Ex 34, 6-7; Ps 86, 15; cf. Jl 2, 13; Gn 4, 2; Ps 103, 8; 145, 8; Né 9, 17). C’est pourquoi je voudrais aujourd’hui réfléchir avec vous sur un Psaume plein de confiance, dans lequel le Psalmiste exprime sa sereine certitude d’être guidé et protégé, mis à l’abri de tout danger, parce que le Seigneur est son pasteur. Il s’agit du Psaume 23 — selon la datation gréco-latine 22 — un texte familier à tous et aimé de tous.
: c’est ainsi que débute cette belle prière, évoquant le contexte nomade de l’élevage des brebis et l’expérience de la connaissance réciproque qui s’établit entre le pasteur et les brebis qui composent son petit troupeau. L’image rappelle une atmosphère de confidence, d’intimité, de tendresse: le pasteur connaît ses brebis une par une, il les appelle par leur nom et elles le suivent parce qu’elles le reconnaissent et qu’elles se fient à lui (cf. Jn 10, 2-4). Il prend soin d’elles, il les garde comme des biens précieux, prêt à les défendre, à en garantir le bien-être, à les faire vivre dans la tranquillité. Rien ne peut leur manquer si le pasteur est avec elles. C’est à cette expérience que fait référence le Psalmiste en appelant Dieu son pasteur, en se laissant guider par Lui vers des pâturages sûrs :
«Sur des prés d’herbe fraîche il me parque. / Vers les eaux du repos il me mène, / il y refait mon âme; il me guide aux sentiers de justice / à cause de son nom» (vv. 2-3).
La vision qui s’ouvre sous nos yeux est celle de prés verts et de sources d’eau limpide, une oasis de paix vers laquelle le pasteur accompagne le troupeau, symboles des lieux de vie vers lesquels le Seigneur conduit le Psalmiste, qui se sent comme les brebis étendues sur l’herbe à côté d’une source, au repos, non en tension ou en état d’alerte, mais confiantes et tranquilles, parce l’endroit est sûr, l’eau est fraîche, et le pasteur veille sur elles. Et n’oublions pas ici que la scène évoquée par le Psaume se passe dans une terre en grande partie désertique, battue par un soleil cuisant, où le pasteur semi-nomade du Moyen-Orient vit avec son troupeau dans les steppes desséchées, qui s’étendent autour des villages. Mais le pasteur sait où trouver l’herbe et l’eau fraîche, essentielles pour la vie, il sait conduire à l’oasis où l’âme «se raffermit» et où il est possible de reprendre des forces et de nouvelles énergies pour se remettre en chemin.
Comme le dit le Psalmiste, Dieu le guide vers les «prés d’herbe fraîche» et les «eaux du repos», où tout est surabondant, tout est donné de façon copieuse. Si le Seigneur est le pasteur, même dans le désert, lieu d’absence et de mort, la certitude d’une présence radicale de vie ne fait pas défaut, au point de pouvoir dire: «rien ne me manque». Le pasteur, en effet, a à cœur le bien de son troupeau, il adapte ses propres rythmes et ses propres exigences à celles de ses brebis, il marche et il vit avec elles, en les guidant sur des sentiers «justes», c’est-à-dire adaptés à elles, attentif à leurs besoins et non aux siens. La sécurité de son troupeau est sa priorité et c’est à elle qu’il obéit quand il le conduit.
Chers frères et sœurs, nous aussi, comme le Psalmiste, si nous marchons derrière le «bon Pasteur», aussi difficiles, tortueux ou longs que puissent apparaître les parcours de notre vie, souvent aussi dans des zones spirituellement désertiques, sans eau et sous le soleil d’un rationalisme cuisant, sous la conduite du bon pasteur, le Christ, nous sommes certains d’aller sur les routes «justes», que le Seigneur nous guide et qu’il est toujours proche de nous et qu’il ne nous manquera rien.
C’est pourquoi le Psalmiste peut déclarer une tranquillité et une sécurité sans incertitudes ni craintes :
«Passerais-je un ravin de ténèbres, / je ne crains aucun mal car tu es près de moi; / ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent» (v. 4).
Qui passe avec le Seigneur dans le ravin de ténèbres de la souffrance, de l’incertitude et de tous les problèmes humains, se sent en sécurité. Tu es avec moi: telle est notre certitude, celle qui nous soutient. L’obscurité de la nuit fait peur, avec ses ombres changeantes, la difficulté à distinguer les dangers, son silence rempli de bruits indéchiffrables. Si le troupeau se déplace à la nuit tombée, quand la visibilité se fait incertaine, il est normal que les brebis soient inquiètes, le risque existe de trébucher ou de s’éloigner et de se perdre, et il y a encore la crainte de possibles agresseurs qui se cachent dans l’obscurité. Pour parler de ce ravin de «ténèbres», le Psalmiste utilise une expression en hébreu qui évoque les ténèbres de la mort, pour lequel la vallée à traverser est un lieu d’angoisse, de terribles menaces, de dangers de mort. Et pourtant, l’orant continue avec certitude, avec assurance, sans peur, parce qu’il sait que le Seigneur est avec lui. Ce «tu es avec moi» est une proclamation de confiance, inébranlable, et elle synthétise l’expérience d’une foi radicale; la proximité de Dieu transforme la réalité, le ravin de ténèbres perd toute dangerosité, se vide de toute menace. Le troupeau à présent peut cheminer tranquille, accompagné par le bruit familier du bâton qui frappe le terrain et signale la présence rassurante du pasteur.
Cette image réconfortante termine la première partie du Psaume et laisse place à une scène différente. Nous sommes encore dans le désert, où le pasteur vit avec son troupeau, mais à présent nous sommes transportés sous sa tente, qui s’ouvre pour donner l’hospitalité:
«Devant moi tu apprêtes une table / face à mes adversaires; / d’une onction tu me parfumes la tête, / ma coupe déborde» (v. 5).
Maintenant, le Seigneur est présenté comme Celui qui accueille l’orant, avec les signes d’une hospitalité généreuse et pleine d’attentions. L’hôte divin prépare la nourriture sur la «table», un terme qui en hébreu indique, dans son sens primitif, la peau de bête qui était étendue par terre et sur laquelle on posait les plats pour le repas commun. Il s’agit d’un geste de partage non seulement de la nourriture, mais également de la vie, dans une offrande de communion et d’amitié qui crée des liens et exprime la solidarité. Et ensuite, il y a le don munificent de l’huile parfumée sur la tête, qui procure un soulagement contre la brûlure du soleil du désert, qui rafraîchit et adoucit la peau et réjouit l’esprit de son parfum. Enfin, le calice débordant ajoute une note de fête, avec son vin exquis, partagé avec une générosité surabondante. Nourriture, huile, vin: ce sont les dons qui font vivre et qui donnent la joie car ils vont au-delà de ce qui est strictement nécessaire et expriment la gratuité et l’abondance de l’amour. Le Psaume 104 proclame, en célébrant la bonté providentielle du Seigneur: «Tu fais croître l’herbe pour le bétail et les plantes à l’usage des humains, pour qu’ils tirent le pain de la terre et le vin qui réjouit le cœur de l’homme, pour que l’huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l’homme» (vv. 14-15). Le Psalmiste est l’objet de nombreuses attentions, c’est pourquoi il se voit comme un voyageur qui trouve refuge sous une tente hospitalière, alors que ses ennemis doivent s’arrêter pour regarder, sans pouvoir intervenir, car celui qu’ils considéraient comme leur proie a été mis en sécurité, il est devenu un hôte sacré, intouchable. Et nous sommes nous-mêmes le Psalmiste, si nous sommes réellement croyants en communion avec le Christ. Quand Dieu ouvre sa tente pour nous accueillir, rien ne peut nous faire de mal.
Ensuite, lorsque le voyageur repart, la protection divine se prolonge et l’accompagne au cours de son voyage :
«Oui, grâce et bonheur me pressent / tous les jours de ma vie; / ma demeure est la maison du Seigneur / en la longueur des jours» (v. 6).
La bonté et la fidélité de Dieu sont l’escorte qui accompagne le Psalmiste qui sort de la tente et se remet en chemin. Mais c’est un chemin qui acquiert un sens nouveau, et devient pèlerinage vers le Temple du Seigneur, le lieu saint où l’orant veut «demeurer» pour toujours et auquel il veut également «retourner». Le verbe hébreu utilisé ici a le sens de «revenir» mais, au moyen d’une petite modification de voyelle, il peut être entendu comme «demeurer» et et c’est ainsi qu’il est rendu par les antiques versions et par la majorité des traductions modernes. Les deux sens peuvent être maintenus: retourner au Temple et y demeurer est le désir de chaque Israélite, et habiter près de Dieu dans sa proximité et sa bonté est le désir et la nostalgie de tout croyant: pouvoir habiter réellement là où est Dieu, près de Dieu. Se placer à la suite du Pasteur conduit à sa maison, tel est le but de tout chemin, oasis recherchée dans le désert, tente où se réfugier en fuyant ses ennemis, lieu de paix où faire l’expérience de la bonté et de l’amour fidèle de Dieu jour après jour, dans la joie sereine d’un temps sans fin.
Les images de ce Psaume, avec leur richesse et leur profondeur, ont accompagné toute l’histoire et l’expérience religieuse du peuple d’Israël et accompagnent les chrétiens. La figure du pasteur, en particulier, évoque le temps originel de l’Exode, le long chemin dans le désert, comme un troupeau guidé par le Pasteur divin (cf. Is 63, 11-14; Ps 77, 20-21; 78, 52-54). Et sur la terre promise, c’était le roi qui avait le devoir de paître le troupeau du Seigneur, comme David, pasteur choisi par Dieu et figure du Messie (cf. 2 S 5, 1-2; 7, 8; Ps 78, 70-72). Puis, après l’exil de Babylone, presque dans un nouvel exode (cf. Is 40, 3-5.9-11; 43, 16-21), Israël revient dans sa patrie comme une brebis égarée et retrouvée, reconduite par Dieu vers de verts pâturages et des lieux de repos (cf. Ez 34, 11-16, 23-31). Mais c’est dans le Seigneur Jésus que toute la force évocatrice de notre Psaume atteint sa plénitude, trouve sa pleine signification: Jésus est le «Bon Pasteur» qui va à la recherche de la brebis égarée, qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles (cf. Mt 18, 12-14; Lc 15, 4-7; Jn 10, 2-4.11-18). Il est le chemin, la juste voie qui nous conduit à la vie (cf. Jn 14, 6), la lumière qui illumine la vallée obscure et vainc chacune de nos peurs (cf. Jn 1, 9; 8, 12; 9, 5; 12, 46). C’est Lui l’hôte généreux qui nous accueille et nous met à l’abri des ennemis en préparant la table de son corps et de son sang (cf. Mt 26, 26-29; Mc 14, 22-25; Lc 22, 19-20) et celle définitive du banquet messianique au Ciel (cf. Lc 14, 15sq; Ap 3, 20; 19, 9). C’est Lui le Pasteur royal, le roi dans la douceur et dans le pardon, intronisé sur le bois glorieux de la croix (cf. Jn 3, 13-15; 12, 32; 17, 4-5).
Chers frères et sœurs, le Psaume 23 nous invite à renouveler notre confiance en Dieu, en nous abandonnant totalement entre ses mains. Demandons donc avec foi que le Seigneur nous accorde, même sur les chemins difficiles de notre temps, de marcher toujours sur ses sentiers comme un troupeau docile et obéissant, qu’il nous accueille dans sa maison, à sa table et qu’il nous conduise vers des «eaux tranquilles» afin que, dans l’accueil du don de son Esprit, nous puissions nous abreuver à ses eaux, sources de l’eau vive «jaillissant en vie éternelle» (Jn 4, 14; cf. 7, 37-39). Merci.

 

LA DANSE ÉROTIQUE DU ROI DAVID – 2 SAMUEL 6, 12-23

18 juin, 2018

http://www.interbible.org/interBible/decouverte/insolite/2012/insolite_120217.html

imm fr David dansant près de l'arche

David dansant pres de l’arche

LA DANSE ÉROTIQUE DU ROI DAVID – 2 SAMUEL 6, 12-23

L’arche de l’alliance fait son entrée à Jérusalem dans la joie, la danse et… la nudité!
On vint dire au roi David : « Le Seigneur a béni la maison de Oved-Édom et tout ce qui lui appartient à cause de l’arche de Dieu. » David partit alors et fit monter l’arche de Dieu de la maison de Oved-Édom à la Cité de David, dans la joie. Or donc, lorsque les porteurs de l’arche du Seigneur eurent fait six pas, il offrit en sacrifice un taureau et un veau gras.
David tournoyait de toutes ses forces devant le Seigneur – David était ceint d’un éphod de lin. David et toute la maison d’Israël faisaient monter l’arche du Seigneur parmi les ovations et au son du cor.
Or quand l’arche du Seigneur entra dans la Cité de David, Mikal, fille de Saül, se pencha à la fenêtre : elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur et elle le méprisa dans son cœur.
On fit entrer l’arche du Seigneur et on l’exposa à l’endroit préparé pour elle au milieu de la tente que David lui avait dressée. Et David offrit des holocaustes devant le Seigneur et des sacrifices de paix. Quand David eut fini d’offrir l’holocauste et les sacrifices de paix, il bénit le peuple au nom du Seigneur, le tout-puissant.
Puis il fit distribuer à tout le peuple, à toute la foule d’Israël, hommes et femmes, une galette, un gâteau de dattes et un gâteau de raisins secs par personne, et tout le peuple s’en alla chacun chez soi.
David rentra pour bénir sa maison. Mikal, la fille de Saül, sortit au-devant de David et lui dit : « Il s’est fait honneur aujourd’hui, le roi d’Israël, en se dénudant devant les servantes de ses esclaves comme le ferait un homme de rien! »
David dit à Mikal : « C’est devant le Seigneur, qui m’a choisi et préféré à ton père et à toute sa maison pour m’instituer comme chef sur le peuple du Seigneur, sur Israël, c’est devant le Seigneur que je m’ébattrai.
Je m’abaisserai encore plus et je m’humilierai à mes propres yeux, mais, près des servantes dont tu parles, auprès d’elles, je serai honoré. » Et Mikal, fille de Saül, n’eut pas d’enfant jusqu’au jour de sa mort. (2 Samuel 6,12-23)
Dans sa joie d’accueillir le Seigneur, David danse de toutes ses forces alors qu’il est vêtu d’un éphod de lin. Il s’agit d’un vêtement porté par les prêtres du Temple. Les opinions divergent quant à sa forme. Selon Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle, il s’agit d’une espèce de tunique courte, avec une ouverture au niveau de l’abdomen. On comprend que la façon de danser de David fait en sorte que le vêtement remonte un peu trop haut et que tout le monde peut voir sous sa tunique.
Comme le montrent certains des récits insolites de la Genèse, la nudité publique n’était pas bien vue dans les temps bibliques. C’était un déshonneur de montrer certaines parties de son corps.
La femme de David, Mikal, lui reproche une conduite qu’elle juge indigne du roi d’Israël. Mikal est à la fois la première de ses femmes et la fille du roi Saül, rival de David. Le narrateur du récit, la présente par son lien avec Saül plutôt que par son lien avec David. Elle est donc placée en opposition à David. Le récit se termine par la déclaration de la stérilité de Mikal, qui apparaît comme le symbole de la fin de la maison de Saül. La dynastie de David devient maintenant celle du Seigneur.
Cette façon de danser, susceptible de faire entrer en transe le danseur, se retrouve dans les pratiques de certains groupes de prophètes extatiques rencontrés dans la Bible (1 S 10,5; 2 R 3,15; 1 Ch 25,3).
Le récit a pour rôle de présenter David comme prêtre, prophète et roi. Il s’habille en prêtre, offre des sacrifices, et bénit le peuple. Il danse comme le faisaient certains prophètes. Il donne de la nourriture au peuple et il affirme que son élection provient de Dieu. Le texte n’est donc pas une simple anecdote sur la façon « libérale » de danser de David. Il vise plutôt à faire de David la personne qui, au sein du peuple, rassemble les trois pouvoirs. Lorsque ce récit est écrit, plusieurs siècles après sa mort, il sert à montrer toute l’importance de David dans l’histoire du peuple juif : le Seigneur soutient sa dynastie et pourrait même rétablir son règne d’une autre façon. C’est la forme que prendra l’espoir messianique, au retour de l’exil : Dieu suscitera un messie comme David.
La suite du second livre de Samuel raconte la fameuse prophétie de Nathan. Le prophète révèle à David que le Seigneur établira sa dynastie pour toujours : « Devant toi, ta maison et ta royauté seront à jamais stables, ton trône à jamais affermi. » (2 S 7,16) Notre récit insolite de la danse du roi prépare la prophétie qui redonnera espoir aux Juifs en exil, au VIe siècle av. J.-C. À partir de ce moment-là, ils attendront la venue d’un messie. Quelques siècles plus tard, des disciples de Jésus croiront que lui, le descendant de David, est le messie attendu.

La danse rituelle
Dans le judaïsme, la danse n’est pas mal vue. L’hommage à Dieu peut prendre la forme de l’expression corporelle. On s’accorde à trouver là l’origine du balancement des juifs, au moment de la prière.
Dans plusieurs traditions spirituelles, les danses religieuses vont de pair avec des états modifiés de conscience. La danse et la musique permettent d’entrer en contact avec l’altérité. Le battement du pied appelle les énergies et la gestuelle des bras oriente vers le ciel. L’être humain devient ainsi un pont entre le ciel et la terre.

Réflexions
La danse fait partie encore aujourd’hui de la manière de vivre la religion juive. Elle est toujours présente dans les célébrations de mariage et de bar-mitsvah, le rite de passage qui fait entrer le jeune garçon dans l’âge adulte.
Nous pouvons retenir de ce récit que la prière peut être corporelle et joyeuse. Nos messes catholiques n’ont pas à ressembler à des rencontres organisées par un club de l’Âge d’or. Plusieurs groupes chrétiens créent des musiques entraînantes qui vont du gospel au rock chrétien. Certains rassemblements de jeunes chrétiens évangéliques ressemblent presque à des concerts rock, où tout le monde chante et danse pendant des heures, dans un état d’ouverture à la Transcendance. Ces manifestations sont tout à l’opposée des célébrations monastiques, avec leur calme et leur silence. Il existe donc deux façons très différentes de s’ouvrir à Dieu et elles sont complémentaires. Une communauté ou une personne qui ne goûte pas l’expérience du silence passe à côté d’une source intarissable. Pourtant, si une communauté ou une personne n’exprime pas sa foi et ne la célèbre pas dans la joie, elle passe aussi à côté d’une fontaine abondante et bienfaisante.
Peu importe la façon d’exprimer sa prière, ce qui compte, c’est la qualité de la relation avec Dieu. La disposition intérieure reste fondamentale. Dans sa prière dansée, David était authentiquement plein de joie et il ne s’arrêtait pas à ce que les autres pouvaient penser de lui.

Sébastien Doane

HOMÉLIE POUR LE 11E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « IL Y A PLEIN DE VIE DEDANS »

15 juin, 2018

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récolte dans le plaine de Catania (Sicilia)

HOMÉLIE POUR LE 11E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « IL Y A PLEIN DE VIE DEDANS »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 17 juin 2018 Année B. Homélie à la Chapelle du Lac Poulin par Mgr Hermann Giguère P.H., du Séminaire de Québec, recteur de cette desserte. Textes: Ezékiel 17, 22-24, 2 Corinthiens 5, 6-10 et Marc 4, 26-34.

« Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier. » Voilà comment Jésus prêchait. Il nous est resté un grand nombre de paraboles qui sont, comme vous le savez, des histoires ou des comparaisons qui nous donnent un message. Ce message est ce qui a inspiré les disciples de Jésus et qui peut encore nous inspirer, nous les disciples d’aujourd’hui.
Nous trouvons dans l’évangile de saint Marc un bon nombre de paraboles. Nous commençons ce matin avec deux de celles-ci. Les images sont parlantes, Essayons, si vous le voulez bien, d’en comprendre le message.

I – Le Règne de Dieu
Commençons par voir sur quel sujet portent ces deux paraboles. Jésus est clair là-dessus. « Parlant à la foule, Jésus disait : Il en est du Règne de Dieu comme… » Il disait encore :« À quoi allons-nous comparer le Règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? »
Vous voyez, le but des deux paraboles est de nous donner un message concernant le Règne de Dieu.
Un petit mot tout d’abord sur le terme « Règne de Dieu ». Souvent on a le terme « Royaume de Dieu » à la place de « Règne de Dieu ». Les deux termes nous renvoient à la volonté de Dieu qui désire faire partager sa vie et son amour avec l’humanité. Nous le demandons chaque fois que nous disons le Notre Père : « Notre Père qui est aux cieux…Que ton Règne vienne. »
La nouvelle traduction de la Bible que la liturgie utilise a préféré le terme « Règne de Dieu » à celui de « Royaume de Dieu » pour montrer que celui-ci n’est pas limité par des cadres géographiques ou dans le temps comme les royaumes humains. C’est pourquoi, Jésus a dit « Mon Royaume n’est pas de monde» devant Pilate qui lui posait la question « Es-tu roi? » (Jean 18, 36).
Voyons maintenant comment les paraboles de ce matin nous aident à mieux comprendre ce qu’est le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu.

II- La « pointe » des paraboles
Toute parabole disait mon professeur d’Écriture Sainte au Grand Séminaire a une « pointe » c’est-à-dire une visée bien précise. Ici dans nos deux paraboles, cette visée est évidente. Ce qui intéresse Jésus dans les images qu’il emploie, c’est la vie qu’il y a dans la semence ou dans le grain de moutarde, une vie qui ne se voit pas de prime abord, mais qui est là. Comme disait le Petit Prince dans le conte d’Antoine de Saint-Exupéry « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux. ».
Jésus insiste pour faire comprendre que même si le semeur ne s’occupe pas de sa semence, celle-ci se développe. Jésus reconnaît la même chose dans le cas du grain de moutarde qui va grandir et produire des fruits.
Dans une autre parabole, la parabole du semeur (Mathieu 13, 1-23), Jésus insistera pour montrer que toute semence a besoin de soin pour se développer, ce que savent tous les jardiniers. Ici, en parlant de semence ou du plant de moutarde, sans mettre de côté le besoin de soin pour leur croissance, Jésus insiste sur le fait qu’il y a à l’intérieur de la semence et du grain de moutarde toute une vie qui échappe au premier regard, mais qui est pleine de possibilités de toutes sortes.
Cela est un message des plus encourageants pour nous, car il dit que le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu a en lui toute la force nécessaire pour se développer. Nous sommes invités à le reconnaitre et à le croire fermement dans la foi. Si nous nous contentons d’un regard purement humain, ce Règne de Dieu semble bien malmené aujourd’hui, et pourtant, la vie de Dieu est là dans notre monde et elle est la semence dont il a besoin.

III – Application
Pour notre bénéfice personnel, on pourrait résumer le message de l’évangile d’aujourd’hui par trois mots : vie, croissance et fruits.
Le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu est vie, c’est-à-dire une réalité spirituelle qui ne se voit pas, mais qui est très agissante. Cette vie est la vie de Dieu en nous. Avec Jésus Ressuscité nous appartenons à Dieu qui nous remplit de sa vie par le Baptême. Voilà notre foi.
Le Règne de Dieu ou le Royaume de Dieu comme toute vie est en croissance continuelle. Il grandit et se développe. « Regardez le plant de moutarde » dit Jésus. Il aurait pu dire « Regardez vos enfants ». Ceux-ci tout petits ont reçu de leurs parents la vie qui est en eux ou en elles. Cette vie prendra un certain temps à se manifester pleinement. Elle les accompagnera au fil des ans et produira de beaux fruits.
« De beaux fruits » c’est le troisième mot à retenir pour le message de l’évangile d’aujourd’hui. La première lecture prend une autre image pour le dire en comparant le peuple hébreu à une tige de cèdre du Liban qui devient à son tour un cèdre magnifique. On peut souhaiter comme les parents avec leurs enfants voir ces fruits de nos yeux. C’est au Seigneur d’en décider. Nous, nous sommes invités à faire confiance et à marcher dans la foi. « Tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » comme le dit si bien saint Paul dans la deuxième lecture.

Conclusion
Que notre messe aujourd’hui soit l’occasion de nous en remettre au Seigneur dans un acte de foi en la force et la puissance de la vie qu’il met dans le monde, en nous et dans l’Église.
Son Règne est arrivé en Jésus qui l’a inauguré par sa Mort et sa Résurrection, mais il est encore comme une semence. On pourrait lui appliquer la parole célèbre de Félix Leclerc qu’il applique à la mort lorsqu’il dit « C’est plein de vie dedans ».
Nous accueillons cette semence dans la foi, et nous prions en disant avec cœur « Que ton règne vienne! ».
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

PAPE FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE(…sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu.)

14 juin, 2018

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Moïse et Aaron, les Dix Commandements

PAPE FRANÇOIS (…sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 13 juin 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

C’est aujourd’hui la fête de saint Antoine de Padoue. Qui de vous s’appelle Antoine? Un applaudissement à tous les «Antoine». Nous commençons aujourd’hui un nouvel itinéraire de catéchèses sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu. Pour l’introduire, nous partons du passage que nous venons d’entendre: la rencontre entre Jésus et un homme — un jeune homme — qui, à genoux, lui demande comme pouvoir recevoir en héritage la vie éternelle (cf. Mc 10, 17-21). Et dans cette question, il y a le défi de toute existence, et également de la nôtre: le désir d’une vie pleine, infinie. Mais comment faire pour y arriver? Quel sentier parcourir? Vivre véritablement, vivre une existence noble… Combien de jeunes cherchent à «vivre» et se détruisent ensuite en courant derrière des choses éphémères.
Certains pensent qu’il est préférable d’étouffer cet élan — l’élan de vivre — parce qu’il est dangereux. Je voudrais dire, en particulier aux jeunes: notre pire ennemi, ce ne sont pas les problèmes concrets, aussi sérieux et dramatiques soient-ils: le danger le plus grand de la vie est un mauvais esprit d’adaptation qui n’est pas douceur ou humilité, mais médiocrité, pusillanimité[1]. Un jeune médiocre est-il un jeune qui a un avenir ou pas? Non! Il reste là, il ne grandit pas, il n’aura pas de succès. La médiocrité ou la pusillanimité. Ces jeunes qui ont peur de tout: «Non, moi je ne suis pas comme ça…». Ces jeunes n’iront pas de l’avant. Douceur, force, et pas de pusillanimité, pas de médiocrité. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati — qui était un jeune — disait qu’il faut vivre, pas vivoter[2]. Les médiocres vivotent. Vivre avec la force de la vie. Il faut demander au Père céleste pour les jeunes d’aujourd’hui le don de la saine inquiétude. Mais à la maison, dans vos maisons, dans chaque famille, quand on voit un jeune qui est assis toute la journée, parfois, son père et sa mère pensent: «Mais il est malade, il a quelque chose», et ils l’emmènent chez le médecin. La vie du jeune est d’aller de l’avant, d’être inquiet, la saine inquiétude, la capacité de ne pas se contenter d’une vie sans beauté, sans couleur. Si les jeunes ne sont pas affamés de vie authentique, je me pose la question: où ira l’humanité? Ou ira l’humanité avec des jeunes tranquilles et pas inquiets?
La question de cet homme de l’Evangile que nous avons entendu est en chacun de nous: comment se trouve la vie, la vie en abondance, le bonheur? Jésus répond: «Tu connais les commandements» (v. 19), et cite une partie du décalogue. C’est un processus pédagogique, par lequel Jésus veut conduire à un lieu précis; en effet, il est déjà clair, à partir de sa question, que cet homme n’a pas une vie pleine, il cherche davantage et est inquiet. Que doit-il donc comprendre? Il dit: «Maître, tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse» (v. 20).
Comment passe-t-on de la jeunesse à la maturité? Quand on commence à accepter ses propres limites. On devient adulte quand on relativise et que l’on prend conscience de «ce qui manque» (cf. v. 21). Cet homme est contraint de reconnaître que tout ce qu’il peut «faire» ne dépasse pas un certain «toit», ne dépasse pas une certaine limite.
Comme il est beau d’être des hommes et des femmes! Comme notre existence est précieuse! Pourtant, il y a une vérité que, dans l’histoire des derniers siècles, l’homme a souvent refusé, avec des conséquences tragiques: la vérité de ses limites.
Jésus, dans l’Evangile, dit quelque chose qui peut nous aider: «N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir» (Mt 5, 17). Le Seigneur Jésus offre son accomplissement, il est venu pour cela. Ce jeune homme devait arriver au seuil d’un saut, où l’on ouvre la possibilité de cesser de vivre de soi-même, des ses œuvres, de ses biens et — précisément parce que manque la vie en plénitude — tout quitter pour suivre le Seigneur[3]. A bien y voir, dans l’invitation finale de Jésus — immense, merveilleuse — il n’y a pas la proposition de la pauvreté, mais de la richesse, la véritable richesse: «Une seule chose te manque: va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis, viens, suis-moi» (v. 21).
Qui, pouvant choisir entre un original et une copie, choisirait la copie? Voilà le défi: trouver l’original de la vie, pas la copie. Jésus n’offre pas de substituts, mais une vie véritable, un amour véritable, une richesse véritable! Comment les jeunes pourront-ils nous suivre dans la foi s’ils ne nous voient pas choisir l’original, s’ils nous voient habitués aux demi-mesures? Il est laid de trouver des chrétiens de demi-mesure, des chrétiens — permettez-moi l’expression — «nains»; ils grandissent jusqu’à une certaine taille, puis ils cessent; des chrétiens avec le cœur rapetissé, fermé. Il est laid de trouver cela. Il faut l’exemple de quelqu’un qui m’invite à un «au-delà», à un «plus», à grandir un peu. Saint Ignace l’appelait le «magis», le «feu, la ferveur de l’action, qui secoue les endormis»[4].
La route de ce qui manque passe par ce qu’il y a. Jésus n’est pas venu abolir la Loi ou les Prophètes, mais il est venu pour accomplir. Nous devons partir de la réalité pour faire le saut dans «ce qui manque». Nous devons scruter l’ordinaire pour nous ouvrir à l’extraordinaire.
Dans ces catéchèses, nous prendrons les deux tables de Moïse, en tant que chrétiens, en prenant Jésus par la main, pour passer des illusions de la jeunesse au trésor qui est au ciel, en marchant derrière Lui. Nous découvrirons, dans chacune de ces lois, antiques et sages, la porte ouverte du Père qui est aux cieux afin que le Seigneur Jésus, qui l’a franchie, nous accueille dans la vie véritable. Sa vie. La vie des fils de Dieu.
Je salue cordialement les pèlerins provenant de France et du Canada ainsi que d’autres pays francophones. Je salue en particulier les jeunes du lycée Paul Mélizan de Marseille et les fidèles du sanctuaire de Montligeon. Chers amis, n’ayez pas peur de prendre la main de Jésus pour marcher à sa suite. Il vous conduira sur le chemin de la vraie vie. Que Dieu vous bénisse!

[1] Les Pères parlent de pusillanimité (oligopsychìa). Saint Jean Damacène la définit comme «la crainte d’une action à exécuter» (Exposition exacte de la foi orthodoxe, II, 15) et saint Jean Climaque ajoute que «la pusillanimité est une disposition puérile, dans une âme qui n’est plus jeune» (L’échelle sainte, XX, 1, 2).
[2] Cf. Lettre à Isidoro Bonini, 27 février 1925.
[3] «L’œil a été créé pour la lumière, l’oreille pour les sons, chaque chose pour sa fin, et le désir de l’âme pour s’élancer vers le Christ» (Nicola Cabasilas, La vie en Christ, II, 90).
[4] Discours à la XXXVIe congrégation générale de la compagnie de Jésus, 24 octobre 2016: «Il s’agit du magis, de ce plus qui pousse Ignace à commencer des processus, à les accompagner et à en évaluer la réelle incidence dans la vie des personnes, en matière de foi ou de justice, ou bien de miséricorde et de charité».

HOMÉLIE POUR LE 10E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « UN COMBAT JAMAIS FINI »

8 juin, 2018

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HOMÉLIE POUR LE 10E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE B « UN COMBAT JAMAIS FINI »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 10 juin 2018 Année B. Textes: Genèse 3, 9-15,2 Corinthiens 4, 13 – 5, 1 et Marc 3, 20-35 .

Vous remarquerez que le président de la célébration porte une chasuble verte. La couleur verte, synonyme d’espérance, nous accompagnera pour le reste de l’année liturgique jusqu’à l’Avent 2018.
Les dimanches se succéderont avec, dans chaque cas, des textes de la Parole de Dieu qui nous permettront d’approfondir notre foi et notre rencontre de Jésus Ressuscité. En général, la première lecture et celle de l’évangile nous donnent le thème de notre réflexion. C’est le cas aujourd’hui.
Ce matin, les lectures mettent devant nos yeux une réalité assez dure, mais constante dans la Parole de Dieu et dans l’enseignement de Jésus. Cette réalité est celle du combat, de la lutte contre les forces du mal à l’œuvre dans le monde et dans nos vies. Voilà le fil conducteur que nous suivrons. Je l’éclairerai avec la première lecture où Adam est en scène et avec les réflexions de Jésus sur Satan, le leader des forces du mal qu’il nomme Belzébul, et sur le péché contre l’Esprit Saint. Nous laisserons de côté le message sur les frères et soeurs de Jésus dont il est question à la fin de l’évangile.
I – Le combat perdu de notre père Adam
La Bible nous présente dans la réponse d’Adam et Ève aux sollicitations du Serpent une forme de réponse à la question « D’où vient le mal ? ». Une question qui touche tout le monde et qui est aussi une question qui de tout temps a été posée par les générations qui se sont succédé.
Toute une question, me direz-vous. Ce n’est pas ici que j’y répondrai en détail, mais je ne puis l’éviter puisque le récit de la Genèse nous apporte une explication qui a nourri la foi des Hébreux dans l’Ancien Testament et qui nourrit encore notre foi aujourd’hui.
En deux mots : le mal qui est en nous ne vient pas de Dieu. Il est entré en nous par un choix libre de notre père Adam. Ce choix a obscurci la beauté de la nature créée par Dieu et a mis une ombre réelle dans la vie de ses créatures qui se retrouvent ainsi forcées de le combattre à répétition.
On voit dans notre lecture que le péché d’Adam et Ève entraîne un changement qui est comme une peine qu’ils doivent porter et qu’ils transmettent à leurs descendants et descendantes nous dit notre foi. Saint Augustin a fait de cette réalité la base de sa théologie et de sa prédication.
Pour nous disciples de Jésus, on retient ce que saint Paul dit aux Romains : « En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste ». (Romains 5, 19) Le mal est entré dans le monde par un seul et il est vaincu par un seul, le Christ. Le rôle de Sauveur de Jésus ne se comprend qui si on porte notre regard sur cette réalité du mal et de son origine. Face à la présence du mal, nous sommes invités à reconnaître en Jésus Ressuscité celui qui est plus fort que le mal et qui vient nous en libérer.
II – Les forces du mal à l’œuvre
Dans l’évangile de ce jour, la discussion que Jésus a avec les pharisiens, nous permet de faire un pas de plus et manifeste que le mal n’est pas seulement en nous par notre choix. Il est aussi l’œuvre du Malin, de Satan, de Belzébul. Le mal provient alors d’une cause extérieure à nous. Il se propage par toutes sortes d’artifices. Satan met à l’œuvre des forces mystérieuses qui s’en font les moteurs.
Jésus apparaît ici comme celui qui est capable de les reconnaitre. C’est pourquoi, il les dénonce et les confronte. Il est ainsi présenté par saint Marc comme le vainqueur de Satan. Jésus ne se contente pas de dénoncer le mal, il l’écrase par son action, par ses miracles.
Les pharisiens reconnaissent cette puissance à l’œuvre, mais ils se trompent de cible en l’attribuant à Satan lui-même. Jésus leur répond de façon adroite que ce ne peut être le cas car ainsi Satan travaillerait contre lui-même. « C’est par la puissance de Dieu que je fais toutes ces guérisons et ces libérations » dit Jésus.
III – Le refus du salut
Il y a une libération qui paraît quasi impossible à faire. Jésus l’appelle le « péché contre l’Esprit Saint ». De quoi s’agit-il?
On peut penser qu’il s’agit ici d’un choix de vie réfléchi qui ouvre la porte au mal de façon continue et sans remords. Un choix qui s’inscrit comme un refus conscient du salut. Voilà ce que serait le péché contre l’Esprit Saint.
Il est difficile d’aller plus loin, car cette phrase de Jésus reste mystérieuse. Elle se veut toutefois une mise en garde qui a un côté dramatique et une interpellation à enregistrer dans notre mémoire.
Bien sûr la miséricorde de Dieu ne souffre pas de limites, mais ici Jésus laisse entendre que cette miséricorde peut trouver un tel refus qu’elle cesse d’être active et laisse la personne à ses seules ressources humaines.
Conclusion
En terminant, retenons que le mal ne vient pas de Dieu. Les forces du mal se concrétisent dans l’action du Malin et de ses subordonnés. Mais elles restent sans effet si le sujet n’y donne pas son acquiescement.
Le parcours du mal se dessine dans la vie du monde et dans nos vies personnelles. Il est toujours là comme tapi derrière la porte, prêt à se manifester. C’est ce qui arrive trop souvent.
Dans la nouvelle version du Notre Père déjà utilisée en France (et qui le sera bientôt au Canada), on dit à Dieu « Ne nous laisse pas entrer en tentation » et non seulement « Ne nous soumets pas à la tentation ». Cette nuance met le doigt sur ce qui nous est nécessaire dans notre combat contre le mal : un discernement qui nous permet de reconnaître le mal lorsqu’il se pointe.
Je nous souhaite, en terminant, que Jésus soit toujours pour nous Celui vers qui nous nous tournons avec confiance. Et je vous invite à répéter souvent la prière ancienne dite Prière de Jésus « Jésus Christ. Fils de Dieu Sauveur, aie pitié de moi pécheur ».

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

Un secret à redécouvrir: la sainteté de Mère Teresa

5 juin, 2018

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/16498575af.html?fr=y

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Un secret à redécouvrir: la sainteté de Mère Teresa

Un livre révèle au grand public ce que le procès en béatification avait déjà mis en évidence: sa solitude intérieure, son sentiment d’être abandonnée par Dieu. C’est pour cela qu’elle a encore plus été une pauvre parmi les pauvres, à tous points de vue. Le commentaire du prédicateur de la Maison pontificale, le père Raniero Cantalamessa
par Sandro Magister

ROMA, le 4 septembre 2007 – Il y a trois jours, s’adressant à trois cents mille jeunes réunis à Lorette, Benoît XVI a rappelé que même une sainte comme Mère Teresa de Calcutta, malgré « toute sa charité et sa force de foi… souffrait du silence de Dieu ».
Il a ajouté: « Un livre a été publié sur les expériences spirituelles de Mère Teresa, où ce que nous savions déjà apparaît de manière plus explicite ».
Le livre cité par le pape s’intitule « Mother Teresa: Come Be My Light [Mère Teresa: viens, sois ma lumière]« . Il est en vente depuis le 4 septembre dans son édition anglaise, éditée et préfacée par le père Brian Kolodiejchuk, des Missionnaires de la Charité, postulateur du procès de canonisation de Mère Teresa.
L’ouvrage rassemble certaines lettres que la religieuse, morte il y a dix ans et aujourd’hui bienheureuse, a écrites à différents moments à ses directeurs spirituels. Elles témoignent de cette longue phase de sa vie au cours de laquelle elle a vécu la « nuit de la foi ».
La simple annonce de ce livre, avant même qu’il soit sorti, a déchaîné un tourbillon de discussions dans différents pays du monde. Comme s’il contenait des révélations sans précédents, susceptibles de briser l’image de la bienheureuse.
Et pourtant, il n’y a rien de nouveau, comme l’a fait remarquer Benoît XVI. Les lettres publiées aujourd’hui et d’autres écrits du même ordre étaient déjà présents dans les huit volumes du procès de béatification de Mère Teresa. Le jour de sa béatification, le 19 octobre 2003, il était textuellement écrit dans la biographie officielle diffusée par le Vatican:
« Il y avait un côté héroïque de cette grande femme qui fut révélé seulement après sa mort. Cachée aux yeux de tous, cachée même à ses plus proches, sa vie intérieure fut marquée par l’expérience d’un sentiment profond, douloureux et constant d’être séparée de Dieu, même rejetée par lui, accompagné d’un désir toujours croissant de son amour. Elle appela son expérience intérieure, ‘l’obscurité’. La nuit douloureuse de son âme qui débuta à peu près au moment où elle commençait son travail pour les pauvres et qui continua jusqu’à la fin de sa vie, conduisit Mère Teresa à une union toujours plus profonde avec Dieu. A travers cette obscurité, elle participa mystiquement à la soif de Jésus dans son désir d’amour douloureux et ardent, et elle partagea la désolation intérieure des pauvres ».
De cette obscurité intérieure qui a duré un demi-siècle – alors que le monde entier admirait sa joie chrétienne rayonnante – Mère Teresa n’a informé que ses directeurs spirituels. Elle leur a ordonné de détruire ensuite ses lettres, ce qu’ils n’ont pas fait.
L’obscurité de la foi a marqué la vie de nombreux autres saints, même des plus grands. Mais il y a toujours quelque chose de particulier en chacun. Chez Mère Teresa aussi.
Dans le commentaire qui suit, un auteur d’exception essaie de traiter la particularité de Mère Teresa, par rapport justement aux doutes qu’elle éprouvait dans sa foi. Il s’agit du père Raniero Cantalamessa, franciscain, historien des origines du christianisme et prédicateur officiel de la Maison pontificale.
Ce commentaire est paru le dimanche 26 août dans « Avvenire », au moment des discussions qui ont suivi l’annonce du livre.
Dans le commentaire, le père Cantalamessa soutient une thèse hardie: il fait de Mère Teresa la compagne idéale de voyage et de repas pour les nombreux « athées de bonne foi » qui peuplent le monde actuel. Ceux que Jésus aime le plus, lui qui a expérimenté plus que tous l’abandon de Dieu.

MÈRE TERESA, « LA NUIT » ACCEPTÉE COMME UN DON – PAR RANIERO CANTALAMESSA

Que s’est-il passé après que Mère Teresa a répondu oui à l’inspiration divine qui l’appelait à tout abandonner pour se mettre au service des plus pauvres d’entre les pauvres?
Le monde a été bien informé de ce qui s’est passé autour d’elle: l’arrivée des premières compagnes, l’approbation ecclésiastique, le développement vertigineux de ses activités caritatives. Mais, jusqu’à sa mort, personne n’a su ce qui s’est passé en elle.
On le sait maintenant par les journaux intimes et les lettres adressées à son directeur spirituel et publiées aujourd’hui par le postulateur de son procès de canonisation. Je ne crois pas que les éditeurs, avant de se décider à les publier, aient eu à surmonter la crainte que ces écrits puissent troubler ou même scandaliser les lecteurs. Loin de diminuer la stature de Mère Teresa, ils la grandissent au contraire considérablement, la plaçant aux côtés des plus grands mystiques du christianisme.
Un de ses proches, le jésuite Joseph Neuner, a écrit: « Dès le début de sa nouvelle vie au service des pauvres, une obscurité oppressante s’est emparée d’elle ». Quelques courts extraits suffisent pour donner une idée de la densité des ténèbres où elle s’est trouvée. « Il y a tellement de contradiction dans mon âme, un désir ardent de Dieu, profond au point de faire mal, une souffrance permanente – et en même temps le sentiment de ne pas être voulue par Dieu, d’être repoussée, vide, sans foi, sans amour, sans zèle… Le ciel ne signifie rien pour moi, il m’apparaît comme un lieu vide ».
On reconnaît immédiatement dans cette expérience de Mère Teresa un cas classique de ce que les spécialistes de la mystique, après saint Jean de la Croix, ont pris l’habitude de nommer la nuit obscure de l’esprit.
u existe ou non, si nous-mêmes sommes vivants ou morts. Nous sommes alors pris par une douleur tellement étrange que le monde entier nous semble oppressant dans son extension. Nous n’avons plus ni expérience ni connaissance de Dieu. Tout le reste nous semble aussi répugnant, de telle sorte que l’on a l’impression d’être prisonnier entre deux murs ».
Tout laisse à penser que cette obscurité a accompagné Mère Teresa jusqu’à sa mort, avec une courte parenthèse en 1958, quand elle a pu écrire, jubilante: « Aujourd’hui, mon âme est pleine d’amour, de joie indicible et d’une union d’amour interrompue ». Si elle n’en parle presque plus du tout à partir d’un certain moment, ce n’est pas parce que la nuit est finie, mais parce que Mère Teresa s’est désormais adaptée à vivre en elle. Non seulement elle l’a acceptée, mais elle reconnaît la grâce extraordinaire qu’elle renferme pour elle. « J’ai commencé à aimer mon obscurité, parce que je crois maintenant qu’elle constitue une partie, une toute petite partie, de l’obscurité et de la souffrance que Jésus a vécues sur terre ».
Le silence de Mère Teresa
La fleur la plus parfumée de la nuit de Mère Teresa est le silence qu’elle a gardé à ce sujet. Elle craignait, si elle en parlait, d’attirer l’attention sur elle. Jusqu’au bout, même les personnes les plus proches n’ont jamais rien deviné de ce tourment intérieur. Elle avait donné l’ordre à son directeur spirituel de détruire toutes ses lettres. Si certaines d’entre elles ont été sauvées, c’est parce que – avec la permission de Mère Teresa – il en avait fait pour l’archevêque et futur cardinal Trevor Lawrence Picachy une copie, retrouvée dans ses papiers après sa mort. L’archevêque, heureusement pour nous, s’était refusé à les détruire, comme le lui avait aussi demandé Mère Teresa.
Pour l’âme, le danger le plus insidieux de la nuit obscure de l’esprit est de se rendre compte qu’il s’agit justement de la nuit obscure, de ce que les grands mystiques ont vécu avant elle et ainsi de faire partie d’un cercle d’âmes élues. Par la grâce de Dieu, Mère Teresa a évité ce risque, en cachant à tous son tourment sous un sourire permanent. « Toujours en train de sourire, disent mes sœurs et les gens. Ils pensent qu’au fond de moi je suis remplie de foi, de confiance et d’amour… Si seulement ils savaient à quel point ma joie n’est qu’un manteau sous lequel je cache le vide et la misère! « . Un dicton des Pères du désert rappelle: « Aussi grandes soient tes peines, ta victoire sur elles réside dans le silence ». Mère Teresa l’a mis en pratique de manière héroïque.
Pas seulement une purification
Pourquoi donc ce phénomène étrange d’une nuit de l’esprit qui dure pratiquement toute la vie? Il y a là quelque chose de nouveau par rapport à ce qu’ont vécu et expliqué les maîtres du passé, y compris saint Jean de la Croix. Cette nuit obscure ne s’explique pas seulement par l’idée traditionnelle de la purification passive, que l’on appelle communément voie purgative, qui prépare à la voie illuminative et à la voie unitive. Mère Teresa était convaincue qu’il s’agissait justement de cela dans son cas. Elle pensait qu’il lui était particulièrement difficile de vaincre son « moi », puisque Dieu était contraint de la maintenir si longtemps dans cet état.
Ce n’était sûrement pas cela. La nuit interminable que vivent certains saints modernes est le moyen de protection inventé par Dieu pour les saints d’aujourd’hui qui vivent et travaillent en permanence sous l’œil des médias. Comme la tenue d’amiante protège celui qui doit traverser les flammes. Comme la matière isolante empêche le courant électrique de se disperser en provocant des courts-circuits.
Saint Paul disait: « Pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde dans la chair » (2 Corinthiens, 12,7). Pour Mère Teresa, l’épine dans la chair que constituait le silence de Dieu s’est révélée très efficace. Il l’a préservée de toute ivresse, au milieu de tout le bien que l’on disait d’elle, même lors de la remise du prix Nobel de la paix. « La douleur intérieure que je ressens – disait-elle – est tellement grande que je n’éprouve rien face à toute la publicité et à tout ce que disent les gens ». Dans son essai venimeux intitulé « Dieu n’est pas grand. La religion empoisonne toute chose », Christopher Hitchens est bien loin de la vérité lorsqu’il fait de Mère Teresa un produit de l’ère médiatique!
Il y a une raison plus profonde encore qui explique ces nuits qui s’étendent tout au long d’une vie: l’imitation du Christ, la participation à la nuit obscure de l’esprit qui a enveloppé Jésus au Gethsémani puis sur le Calvaire lorsqu’il a crié avant de mourir: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? ». Mère Teresa est parvenue à percevoir de manière toujours plus claire son épreuve comme une réponse au désir de partager le cri « J’ai soif » de Jésus sur la Croix. « Si la peine et la souffrance, mon obscurité et ma séparation d’avec toi donnent une goutte de consolation, mon Jésus, fais de moi ce que tu veux… Imprime dans mon âme et dans ma vie la souffrance de ton cœur… Je veux étancher ta soif avec chaque goutte de sang que tu peux trouver en moi. Ne cherche pas à revenir rapidement: je suis prête à t’attendre pour toute l’éternité ».
Penser que la vie de ces personnes n’est qu’une obscure souffrance serait une grave erreur. Au plus profond de leur âme, ces personnes jouissent d’une paix et d’une joie inconnues du reste des hommes. Elles sont le fruit de la certitude, plus forte chez ces personnes que le doute, d’être dans la volonté de Dieu. Sainte Catherine de Gênes compare la souffrance des âmes qui sont dans cet état à celle du Purgatoire. Elle affirme qu’elle « est si grande que l’on ne peut la comparer qu’à celle de l’Enfer », mais qu’il y a en elle une « très grande joie  » que l’on ne peut comparer qu’à celle des saints au Paradis. La joie et la sérénité qui émanaient du visage de Mère Teresa n’étaient pas un masque, mais le reflet de l’union profonde avec Dieu dans laquelle vivait son âme. C’était elle qui « se trompait » sur son compte et non les autres.
Aux côtés des athées
Le monde d’aujourd’hui connaît une nouvelle catégorie de personnes: les athées de bonne foi, ceux qui vivent dans la douleur le silence de Dieu, qui ne croient pas en Dieu mais qui n’en font pas un sujet de fierté. Ils expérimentent plutôt l’angoisse existentielle et le manque de sens du tout. Eux aussi vivent, à leur manière, dans une nuit obscure de l’esprit. Dans son roman « La Peste », Albert Camus les appelait « les saints sans Dieu ». Les mystiques existent surtout pour eux. Ils sont leurs compagnons de voyage et de repas. Comme Jésus, ils « ont fait bon accueil aux pécheurs et ont mangé avec eux » (cf. Luc 15,2).
Cela explique la passion avec laquelle certains athées, une fois convertis, se sont jetés sur les écrits des mystiques. Claudel, Bernanos, les deux Maritain, Léon Bloy, l’écrivain Joris-Karl Huysmans et beaucoup d’autres sur les écrits d’Angela da Foligno. Thomas Stearns Eliot sur ceux de Julienne de Norwich. Ils y retrouvaient le même paysage qu’ils avaient quitté, mais cette fois éclairé par le soleil. Peu de personnes savent que l’auteur d’ »En attendant Godot », Samuel Beckett, lisait saint Jean de la Croix à ses heures perdues.
Le mot « athée » peut avoir un sens actif et un sens passif. Il peut indiquer quelqu’un qui refuse Dieu, mais aussi quelqu’un qui – c’est en tout cas ce dont il a l’impression – est refusé par Dieu. Dans le premier cas, il s’agit d’un athéisme de faute (quand il n’est pas de bonne foi); dans le second cas, il s’agit d’un athéisme de souffrance ou d’expiation. On peut déduire de ce dernier sens que les mystiques, dans la nuit de l’esprit, sont des a-thées, des sans-Dieu et que Jésus aussi, sur la croix, était un a-thée, un sans-Dieu.
Mère Teresa a tenu ces propos que personne n’aurait imaginé de sa part: « Ils disent que la souffrance éternelle que les âmes connaissent en Enfer est la perte de Dieu… Dans mon âme, je vis justement cette terrible souffrance d’être damnée, d’être refusée par Dieu, de Dieu qui n’est pas Dieu, de Dieu qui, en réalité, n’existe pas. Jésus, je t’en prie, pardonne mon blasphème ». Mais elle se rend compte que son a-théisme est différent, fait de solidarité et d’expiation: « Dans ce monde si loin de Dieu et qui a tourné le dos à la lumière de Jésus, je veux vivre pour aider les gens, en prenant sur moi une partie de leur souffrance ». Preuve incontestable que son athéisme est d’une toute autre nature, la souffrance indicible qu’il provoque chez les mystiques. Les athées courants ne se tourmentent pas de cette façon à cause de leur athéisme.
Les mystiques sont arrivés tout près du monde où vivent les sans-Dieu. Ils ont connu le vertige de se jeter en bas. Mère Teresa écrivait encore à son père spirituel: « J’ai été sur le point de dire Non… J’ai l’impression qu’un jour ou l’autre quelque chose va se briser en moi ». « Prie pour moi, pour que je ne refuse pas Dieu en cette heure. Je ne le veux pas mais je crains d’en être capable ».
Pour cette raison, les mystiques sont les évangélisateurs idéaux dans le monde post-moderne, où l’on vit « etsi Deus non daretur », comme si Dieu n’existait pas. Ils rappellent aux athées honnêtes qu’ils ne sont pas « loin du royaume de Dieu ». Qu’il leur suffirait de faire un saut pour se retrouver sur la rive des mystiques, et passer du rien au tout.
Karl Rahner avait raison de dire: « Le christianisme du futur sera mystique ou ne sera pas ». Padre Pio et Mère Teresa sont la réponse à ce signe des temps. Nous ne devons pas gâcher les saints, en les réduisant à des distributeurs de grâces ou à des bons exemples.

PAPE FRANÇOIS (dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.)

4 juin, 2018

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PAPE FRANÇOIS (dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 19 août 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir réfléchi sur la valeur de la fête dans la vie de la famille, nous nous arrêtons aujourd’hui sur l’élément complémentaire, qui est celui du travail. Tous deux font partie du dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.
Le travail, dit-on communément, est nécessaire pour faire vivre la famille, faire grandir les enfants, pour assurer à ses proches une vie digne. La chose la plus belle que l’on puisse dire d’une personne sérieuse et honnête est: «C’est un travailleur», c’est vraiment quelqu’un qui travaille, c’est quelqu’un qui dans la communauté, ne vit pas aux crochets des autres. J’ai vu qu’il y a beaucoup d’Argentins aujourd’hui, je dis donc comme l’on dit chez nous: «No vive de arriba».
Et en effet, le travail, sous ses innombrables formes, à partir de celle au foyer, prend soin également du bien commun. Et où apprend-on ce style de vie laborieux? On l’apprend avant tout dans la famille. La famille éduque au travail par l’exemple des parents: le père et la mère qui travaillent pour le bien de la famille et de la société.
Dans l’Evangile, la Sainte Famille de Nazareth apparaît comme une famille de travailleurs, et Jésus lui-même est appelé «fils du charpentier» (Mt 13, 55) ou même «le charpentier» (Mc 6, 3). Et saint Paul ne manquera pas d’avertir les chrétiens: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus» (2 Th 3, 10). — C’est une bonne recette pour maigrir cela, on ne travaille pas, on ne mange pas! — L’apôtre se réfère de façon explicite au faux spiritualisme de certains qui, de fait, vivent aux crochets de leurs frères et sœurs «ne travaillant pas du tout» (2 Th 3, 11). L’occupation du travail et la vie de l’esprit, dans la conception chrétienne, ne sont en aucun cas en opposition entre eux. Il est important de bien comprendre cela! Prière et travail peuvent et doivent aller de pair en harmonie, comme l’enseigne saint Benoît. Le manque de travail nuit également à l’esprit, tout comme le manque de prière nuit également à l’activité pratique.
Travailler — je le répète, sous d’innombrables formes — est le propre de la personne humaine. Cela exprime sa dignité d’être créée à l’image de Dieu. C’est pourquoi on dit que le travail est sacré. Et c’est pourquoi la gestion de l’emploi est une grande responsabilité humaine et sociale, qui ne peut être laissée aux mains de quelques-uns ou abandonnée à un «marché» sacralisé. Provoquer une perte d’emplois signifie provoquer un grave dommage social. Je suis triste lorsque je vois qu’il y a des gens sans travail, qui ne trouvent pas de travail et qui n’ont pas la dignité d’apporter de quoi manger à la maison. Et je me réjouis tant quand je vois que les gouvernants font beaucoup d’efforts pour trouver des postes de travail et pour faire en sorte que tous aient un travail. Le travail est sacré, le travail donne de la dignité à une famille. Nous devons prier afin que ne manque pas le travail dans une famille.
Donc le travail aussi, comme la fête, fait partie du dessein de Dieu Créateur. Dans le livre de la Genèse, le thème de la terre comme maison-jardin, confiée au soin et au travail de l’homme (2, 8.15), est anticipé par un passage très touchant: «Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol» (2, 4b-6a). Ce n’est pas du romantisme, mais c’est la révélation de Dieu; et nous avons la responsabilité de la comprendre et de l’assimiler entièrement. L’encyclique Laudato si’, qui propose une écologie intégrale, contient également ce message: la beauté de la terre et la dignité du travail sont faites pour être unies. Elles vont de pair: la terre devient belle lorsqu’elle est travaillée par l’homme. Quand le travail se détache de l’alliance de Dieu avec l’homme et la femme, lorsqu’il se sépare de leurs qualités spirituelles, lorsqu’il est otage de la logique du seul profit et qu’il méprise les liens d’affection de la vie, l’avilissement de l’âme contamine tout: même l’air, l’eau, l’herbe, la nourriture… La vie civile se corrompt et l’habitat se détériore. Et les conséquences frappent surtout les plus pauvres et les familles les plus pauvres. L’organisation moderne du travail montre parfois une dangereuse tendance à considérer la famille comme une gêne, un poids, une passivité, pour la productivité du travail. Mais demandons-nous: quelle productivité? Et pour qui? Ce que l’on appelle la «ville intelligente» est sans aucun doute riche de services et d’organisation; mais, par exemple, elle est souvent hostile aux enfants et aux personnes âgées.
Parfois, l’intérêt de ceux qui projettent réside dans la gestion d’une main d’œuvre individuelle, pouvant être assemblée et utilisée ou mise au rebut selon l’intérêt économique. La famille est un banc d’essai important. Lorsque l’organisation du travail la retient en otage, ou en empêche même le chemin, alors nous sommes certains que la société humaine a commencé à travailler contre elle-même!
Les familles chrétiennes reçoivent de cette conjoncture un grand défi et une grande mission. Elles détiennent les fondements de la création de Dieu: l’identité et le lien de l’homme et de la femme, la génération des enfants, le travail qui domestique la terre et rend le monde habitable. La perte de ces fondements est un problème très grave, et dans la maison commune, il y a déjà trop de fissures! Cette tâche n’est pas facile. Parfois, les associations familiales peuvent avoir l’impression d’être comme David face à Goliath… Mais nous savons comment ce défi a fini! Cela exige de la foi et de l’audace. Que Dieu nous accorde d’accueillir avec joie et espérance son appel, en ce moment difficile de notre histoire, l’appel au travail pour conférer une dignité à soi-même et à sa famille. 

HOMÉLIE DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST (…Et voici aujourd’hui que le sang coule dans les textes bibliques…)

2 juin, 2018

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HOMÉLIE DU SAINT-SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST (…Et voici aujourd’hui que le sang coule dans les textes bibliques…)

Ex 24, 3-8 ; He 9, 11-15 ; Mc 14, 12-16, 22-26

Du sang dans les journaux, du sang sur nos petits écrans… Et voici aujourd’hui que le sang coule dans les textes bibliques… La première lecture nous a offert un spectacle haut en couleurs, avec un Moïse trempant son goupillon dans un bassin rempli du sang de jeunes taureaux à peine égorgés. Il en asperge généreusement l’autel, puis le peuple rassemblé. C’est plus spectaculaire et moins propre qu’une aspersion d’eau bénite. Il y a aussi le symbole traditionnel de la Pâque, avec un agneau immolé, le pain rompu, brisé , partagé, et le vin versé dans la coupe, qui évoque le sang de Jésus crucifié.
Mais c’est tous les jours qu’il y a des victimes qui répandent leur sang sur la route et les champs de bataille, dans les massacres et attentats. Le sang est signe de mort.
Or, il est tout autant image de vie et d’espérance quand il est transfusé pour soigner un malade ou sauver un mourant. Ou encore, quand il est offert pour la défense de la Patrie, pour sa foi, pour affirmer qu’il y a des valeurs plus importantes encore que la vie. Chez les peuples primitifs, le sang était déjà considéré comme porteur de vie. C’est lui qui la maintient, la transmet et la signifie. Quand deux êtres humains mêlent quelques gouttes de leur sang, comme cela se fait encore dans certaines sociétés secrètes, il s’agit d’un échange rituel, qui signifie qu’une alliance est conclue. Que la fraternité est soudée. C’est un contrat scellé dans le sang, « pour le meilleur et pour le pire ».
C’est précisément ce fondement spirituel d’une alliance que nous trouvons présent et exprimé entre Moïse et son peuple au pied du Sinaï. Une alliance que nous retrouvons à la Dernière Cène, où Jésus la présente à ses disciples. Le sang est le signe extérieur d’une alliance intérieure. Ils sont symboliquement liés, inséparablement. C’est ainsi que le rite est toujours le signe extérieur, visible, d’une réalité intérieure. Il ne s’agit donc en aucun cas de magie. Le sang des taureaux, versé sur l’autel et sur la foule, n’a aucun pouvoir, aucun effet. Il signifie. Il invite à un échange, à l’union des cœurs et des volontés. Il est comme la signature entre deux contractants. D’un côté, Dieu, symbolisé par l’autel, et de l’autre, la communauté des croyants, qui vont partager la même vie. L’essentiel, c’est évidemment l’engagement réciproque, concret. Le prophète inspiré affirme que Dieu promet de rendre vraiment libre et heureux tous ceux et celles qui l’écoutent et le suivent. Quant au peuple interpellé, il répond : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique ». C’est le contrat de l’alliance. Dieu propose, il offre, et de son côté l’être humain accueille cette Parole par la foi qui va inspirer son comportement.
C’est dans ce sens que le rite engage. Par conséquent, un rite est vide et inutile s’il ne correspond pas à l’attitude intérieure du cœur et de l’esprit. Exactement comme dans un mariage, le rite de l’échange des alliances n’a rien de magique. Il ne signifie rien s’il n’est pas le signe extérieur d’une volonté intérieure d’amour et de confiance mutuelle, « pour le meilleur et pour le pire ». Ainsi, tout au long de l’histoire d’Israël, et on pourrait le dire aussi de l’histoire de l’Eglise, on voit constamment les prophètes rappeler à cor et à cri que la beauté, la solennité des liturgies, l’abondance des rites et des sacrifices ne sont pas agréables à Dieu s’ils ne sont pas l’expression sincère d’une attitude spirituelle et morale conformes à l’alliance d’amour.
De même, quand nous disons que le Christ nous a sauvés par son sang, il ne s’agit pas pour autant d’accorder au sang un pouvoir magique. Ni croire que Dieu a exigé un sacrifice sanglant pour qu’il accorde son pardon. Ce qui est vrai, c’est que Jésus est resté totalement fidèle à sa mission, à l’amour de Dieu et à l’amour de ses frères et sœurs humains, au risque de sa vie. Mourir plutôt que de rompre l’alliance avec le Père. Rester fidèle à sa mission au risque de sa vie. Ce que nous rappelle l’évangile aujourd’hui, c’est que Jésus, avant même d’être arrêté, condamné, flagellé, crucifié, a donné à ces événements futurs mais tout proches un visage rituel. Ainsi, la nouvelle alliance pourra être proclamée, renouvelée, célébrée, et mise en pratique, jusqu’à la fin des temps…
L’eucharistie n’est donc pas un rite magique. Elle est une célébration, un rituel de l’alliance. Elle est renouvellement du contrat d’amour, qui suppose écoute, réponse et engagement. La Parole de vie est proclamée. Elle attend que nous y communions. « Tout ce que le Seigneur a dit, et tout ce qu’il a fait, nous le mettrons nous aussi en pratique ». Pain rompu, sang versé, lavement des pieds, égale être prêts, comme le Christ à servir. Encore faut-il que toutes ces démarches se doublent d’une volonté de servir Dieu et le prochain dans la vie quotidienne. Sinon, nous restons au niveau de rites extérieurs et parfaitement vains.
Recevoir ou célébrer le Corps et le Sang du Christ en toute vérité et authenticité, c’est accepter, comme le disait saint Léon le Grand, de devenir ce que nous avons entendu, devenir ce que nous avons reçu. C’est accepter aussi d’épouser les mœurs du Royaume, d’entrer dans les vues et les projets de Dieu, et donc de choisir, promettre et s’efforcer d’aimer comme lui, au risque de certaines souffrances, et parfois même de sa vie.
C’est finalement, et comme toujours, sur le terrain de la vie quotidienne qu’il nous faut mettre en pratique ce que nous avons célébré. C’est quand la célébration eucharistique est terminée qu’elle commence.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

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