LECTURES POUR LA FOI ET LA MÉDITATION, HOMÉLIE À LA MESSE DU DIMANCHE ET COMMENTAIRE

22 juin, 2007

 

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Je mets le lien vers « EAQ », vous trouverez les lectures du jour, le commentaire à la lecture et, si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir et lire la lecture des journaux précédant et suivant celle de la journée en cours, c’est le site «Evangile au Quotidien  » que vous connaissez déjà bien:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php

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SUR  LES ANGES LIEN À UN BEAUX SITE:

SPIRITUALITE CHRETIENNE -ANGES GARDIEN

http://spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/news-512.html

PENTECOTE 2009

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS


Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13

30 mai, 2007

1 Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis* comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante. 2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien. 3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien. 4 L’amour use de longanimité ; il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas ; il ne s’enfle pas d’orgueil ; 5 il n’agit pas avec inconvenance ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’irrite pas ; 6 il n’impute pas* le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité ; 7 il supporte* tout, croit tout, espère tout, endure tout. 8 L’amour ne périt jamais. Or y a-t-il des prophéties ? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? elle aura sa fin. 9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; 10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin. 11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; quand je suis devenu homme, j’en ai fini avec ce qui était de l’enfant. 12 Car nous voyons maintenant au travers d’un verre*, obscurément, mais alors face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu. 13 Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.

Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13 dans Pape Benoit

image du site:

http://santiebeati.it/index.html

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J’AI OUVERT EN ITALIEN UN BLOG SUR SAINT PAUL, EN FRANÇAIS NE SERAIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE,  JE METS LA CATÉGORIE DE SAINT PAUL SUR CE BLOG ET TOUT CE QUE JE PEUX METTRE EN FRANÇAIS JE LE METS, NE PEUX PAS RÉCUPÉRER LES ÉCRITS SUR SAINT PAUL LORSQUE J’AI OUVERT CE BLOG, JE COMMENCE D’AUJOURD’HUI:

http://gabriellaroma.unblog.fr/tag/saint-paul/

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BASILIQUE SAINT PAUL HORS LES MURS, À ROME

Année Paulinienne

http://www.annopaolino.org/interno.asp?id=1&lang=fra

HOMÉLIE POUR LE 25E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’ÉLOGE DE CE GÉRANT MALHONNÊTE..

20 septembre, 2019

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fr amministratore-disonesto

L’administrateur malhonnête

HOMÉLIE POUR LE 25E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « L’ÉLOGE DE CE GÉRANT MALHONNÊTE… »

Textes: Amos 8, 4-7, 1 Timothée 2, 1-8 et Luc 16, 1-13

Hé oui! Le maître qui fait l’éloge de ce gérant malhonnête c’est bien Jésus. On est renversé de cet éloge provocant. Ce n’est pas le seul endroit dans les évangiles où Jésus dans sa prédication utilise des comparaisons qui surprennent. S’il était parmi nous aujourd’hui, il ferait sûrement souvent la Une des journaux ou des actualités télévisées.
Si les premiers disciples ont conservé ces paroles dérangeantes de Jésus, même si elles surprennent, c’est qu’ils y ont trouvé des points essentiels de son message qu’ils ont voulu transmettre aux générations futures dont nous sommes.
Le point essentiel qui se dégage de l’histoire ou parabole racontée par Jésus qui nous est relatée dans l’évangile que je viens de lire est résumé dans les dernières phrases : « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Alors pourquoi louer le gérant malhonnête et dire de se faire des amis avec l’argent sale? C’est vraiment déroutant.

I – Le contexte
Commençons par regarder où saint Luc a situé cette histoire ou parabole de Jésus dans son récit, c’est ce qu’on appelle le contexte. Jésus est en train de marcher vers Jérusalem où il prévoit qu’il sera arrêté car, malgré l’attention des foules qui l’écoutent, il sent l’opposition des élites en particulier des pharisiens qu’il dérange par ses enseignements.
Nous le voyons aujourd’hui alors qu’il s’adresse de façon spéciale aux disciples. Il n’est pas en discussion avec les pharisiens comme quelques pages plus haut. Il ne parle pas à toute la foule en général. Il cible ses disciples, c’est-à-dire, ceux que nous connaissons, le groupe des Douze Apôtres, plusieurs femmes qui le suivent, des gens de toutes conditions qui font partie de son groupe rapproché et qui vivent près de lui.
Ces disciples nous représentent. Ainsi on peut dire que ce que Jésus leur dit, c’est à nous qu’il le dit. Alors que retenir pour nous aujourd’hui de cette histoire de l’intendant malhonnête loué par Jésus

II – La parabole
Commençons par revoir le texte de saint Luc.
On peut penser que Jésus a peut-être été inspiré dans la mise en scène de cette histoire ou parabole par un fait divers comme on en voit parfois dans le milieu des affaires où un notaire par exemple, un conseiller financier ou autre s’approprie l’argent qui lui a été confié et s’en sert pour son profit personnel.
Une tuile tombe sur la tête du gérant de la parabole. Il est remercié sans ménagement. Son patron lui demande de fermer ses livres et de lui remettre sa démission.
Sa réaction est rapide. Il n’a aucun problème de conscience. Il se voit dans la dèche, mais il est encore gérant. Il se tourne de bord rapidement, sans se questionner sur l’éthique ou la morale de ses gestes. Il saute à pieds joints dans la corruption planifiée. « Je sais ce que je vais faire ». Il prend le téléphone, dirait-on aujourd’hui, et en un tour de main de façon non seulement habile, mais malhonnête, il faut le dire, il coupe les comptes de débiteurs de son patron pour s’assurer de leur gratitude. Ces façons de faire existent encore hélas! aujourd’hui comme nous le révèle parfois les actualités.
Mais là n’est pas le point que Jésus veut nous faire retenir.

III – La pointe de la parabole
Dans les évangiles, lorsque Jésus propose une histoire ou une parabole, ce qui est important c’est ce que les exégètes appellent la pointe de la parabole, le point essentiel qu’on veut faire ressortir en racontant cette histoire.
Ici la pointe de la parabole est bien claire. Jésus fait l’éloge du gérant malhonnête, non pas à cause de sa malhonnêteté, mais à cause de son audace et de son habileté dans les circonstances. Jésus ne loue pas les malversations du gérant, mais, chez celui-ci, il retient son esprit de décision dans les circonstances où il peut encore agir et se faire un avenir.
C’est ce qui peut s’appliquer à tous les disciples de Jésus. Nous avons à nous décider de le suivre avec audace malgré les circonstances difficiles parfois. Nous sommes ici-bas de passage et nous attendons son Retour glorieux. Notre avenir se joue aujourd’hui, car la vie éternelle qui nous est promise est déjà commencée. Jésus nous dit ainsi « Soyez audacieux et décidés dans le monde présent en vous rappelant l’espérance du monde à venir que vous portez en vous ».
Ce message rejoint la première lecture où le prophète Amos condamne les agissements à courte vue de ceux qui oppriment le peuple et l’exploite sans scrupule. Ils seront désavoués par Dieu « Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits » et ils demeureront privés de sa présence.

Conclusion
Nous avons parcouru sobrement cette parabole de Jésus qui est dérangeante. Il faut la recevoir de la bonne façon. Le message est clair : « Nous avons à choisir entre Dieu et l’argent. Nous ne pouvons avoir deux maitres ».
Choisir de suivre Jésus est un choix qui prend dans nos vies la place prépondérante. Ce choix se renouvelle pour nous à chaque dimanche à l’Eucharistie. Nous pouvons malgré nos faiblesses dire à Jésus « C’est toi que j’aime et que je veux suivre ».
Il nous écoute demander pardon dans la partie pénitentielle au début de la messe, dans le « Seigneur prend pitié », puis il se donne à nous dans sa Parole et son Corps et son Sang qui nous soutiennent sur le chemin que nous avons choisi avec audace et décision. Bonne suite de célébration!
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 21 août 2019 – (Atti 4, 32)

19 septembre, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2019.index.html#audiences

spirito santo fr

Le Saint-Esprit

PAPE FRANÇOIS - AUDIENCE GÉNÉRALE – 21 août 2019 – (Atti 4, 32)

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

La communauté chrétienne naît de l’effusion surabondante de l’Esprit Saint et croît grâce au ferment du partage entre frères et sœurs dans le Christ. Il existe un dynamisme de solidarité qui édifie l’Eglise en tant que famille de Dieu, où l’expérience de la koinonia est centrale. Que veut dire ce mot étrange? C’est un mot grec qui signifie «mettre en communion», «mettre en commun», être comme une communauté, pas isolés. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne, c’est-à-dire mettre en commun, «partager», «communiquer, participer», ne pas s’isoler. Dans l’Eglise des origines, cette koinonia, cette communauté se réfère avant tout à la participation au Corps et au Sang du Christ. Pour cette raison, quand nous faisons la communion nous disons «nous nous communiquons», nous entrons en communion avec Jésus et de cette communion avec Jésus nous arrivons à la communion avec nos frères et sœurs. Et cette communion avec le Corps et le Sang du Christ qui se fait dans la Messe se traduit en union fraternelle, et donc également par ce qui est plus difficile pour nous: mettre en commun les biens et recueillir de l’argent pour la collecte en faveur de l’Eglise Mère de Jérusalem (cf. Rm 12, 13; 2 Co 8–9) et des autres Eglises. Si vous voulez savoir si vous êtes de bons chrétiens, vous devez prier, essayer de vous approcher de la communion, du sacrement de la réconciliation. Mais ce signal que ton cœur s’est converti, c’est quand la conversion arrive aux poches, combien elle touche ton propre intérêt: c’est là que l’on voit si l’on est généreux avec les autres, si l’on aide les plus faibles, les plus pauvres: Quand la conversion arrive là, soyez certains qu’il s’agit d’une vraie conversion. Si elle ne reste que dans les mots, ce n’est pas une bonne conversion.
La vie eucharistique, les prières, la prédication des apôtres et l’expérience de la communion (cf. Ac 2, 42) font des croyants une multitude de personnes qui ont — dit le Livre des Actes des apôtres — ont «un seul cœur et une seule âme» et qui ne considèrent pas ce qu’ils possèdent comme leur propriété, mais mettent tout en commun (cf. Ac 4, 32). Il s’agit d’un modèle de vie si fort, qui nous aide à être généreux et pas avares. Pour cette raison, «nul n’était dans le besoin; car tous ceux qui possédaient — dit le Livre — des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins» (Ac 4, 34-35). L’Eglise a toujours eu ce geste des chrétiens qui se dépouillaient des choses qu’ils avaient en plus, des choses qui n’étaient pas nécessaires pour les donner à ceux qui avaient besoin. Et pas seulement de l’argent: également du temps. Combien de chrétiens — vous, par exemple, ici en Italie — combien de chrétiens font du bénévolat! Mais cela est très beau! C’est une communion, partager mon temps avec les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cela, le bénévolat, les œuvres de charité, les visites aux malades; il faut toujours partager avec les autres, et ne pas chercher seulement son propre intérêt.
La communauté, ou koinonia, devient de cette façon le nouveau type de relation entre les disciples du Seigneur. Les chrétiens font l’expérience d’une nouvelle modalité d’être entre eux, de se comporter. Et c’est la modalité proprement chrétienne, au point que les païens regardaient les chrétiens et disaient: «Regardez comme ils s’aiment!». L’amour était la modalité. Mais pas un amour en paroles, pas un amour feint: l’amour des œuvres, s’aider les uns les autres, l’amour concret, le caractère concret de l’amour. Le lien avec le Christ instaure un lien entre frères qui converge et s’exprime également dans la communion des biens matériels. Oui, cette modalité d’être ensemble, cet amour de cette façon arrive jusqu’aux poches, arrive à se dépouiller également de l’obstacle de l’argent pour le donner aux autres, en allant contre son propre intérêt. Etre membres du corps de Christ rend les croyants coresponsables les uns des autres. Etre croyants en Jésus nous rend tous coresponsables les uns des autres. «Mais regarde celui-ci, le problème qu’il a: cela ne m’intéresse pas, ça le regarde». Non, parmi les chrétiens, nous ne pouvons pas dire: «Le pauvre, il a un problème à la maison, il traverse cette difficulté familiale». Mais moi, je dois prier, je l’emporte avec moi, je ne suis pas indifférent». C’est cela être chrétien. C’est pourquoi les forts soutiennent les faibles (cf. Rm 15, 1) et personne ne fait l’expérience de l’indigence qui humilie et défigure la dignité humaine, car ils vivent cette communauté: avoir le cœur en commun. Ils s’aiment. C’est le signal: l’amour concret.
Jacques, Pierre et Jean, qui sont les trois apôtres comme les «piliers» de l’Eglise de Jérusalem, établissent dans la communion que Paul et Barnabé évangélisent les païens tandis qu’eux évangéliseront les juifs, et demandent seulement, à Paul et Barnabé, quelle est la condition: ne pas oublier les pauvres, rappeler les pauvres (cf. Ga 2, 9-10). Non seulement les pauvres matériels, mais aussi les pauvres spirituels, les gens qui ont des problèmes et ont besoin de notre proximité. Un chrétien part toujours de lui-même, de son propre cœur, et s’approche des autres comme Jésus s’est approché de nous. Telle est la première communauté chrétienne.
Un exemple concret de partage et de communion des biens nous vient du témoignage de Barnabé: il possède un champ et le vend pour en verser le produit aux apôtres (cf. Ac 4, 36-37). Mais à côté de son exemple positif, en apparaît un autre, tristement négatif: Ananie et sa femme Saphire, ayant vendu un terrain, décident de n’en remettre qu’une partie aux apôtres et de garder l’autre pour eux (cf. Ac 5, 1-2). Cette tromperie interrompt la chaîne du partage gratuit, le partage serein et désintéressé et les conséquences sont tragiques, fatales (Ac 5, 5.10). L’apôtre Pierre démasque l’attitude incorrecte d’Ananie et de sa femme et lui dit: «Pourquoi satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ? [...] Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu» (Ac 5, 3-4). Nous pourrions dire qu’Ananie a menti à Dieu à cause d’une conscience isolée, d’une conscience hypocrite, c’est-à-dire à cause d’une appartenance ecclésiale «négociée», partiale et opportuniste. L’hypocrisie est le pire ennemi de cette communauté chrétienne, de cet amour chrétien: faire semblant de s’aimer mais ne rechercher que son propre intérêt.
Manquer de sincérité dans le partage, en effet, ou manquer de sincérité dans l’amour, signifie cultiver l’hypocrisie, s’éloigner de la vérité, devenir égoïstes, éteindre le feu de la communion et se destiner au gel de la mort intérieure. Celui qui se comporte de cette façon traverse l’Eglise en touriste. Il y a beaucoup de touristes dans l’Eglise qui sont toujours de passage, mais n’entrent jamais dans l’Eglise: c’est le tourisme spirituel qui leur fait croire qu’ils sont chrétiens, alors qu’ils ne sont que des touristes de catacombes. Non, nous ne devons pas être des touristes dans l’Eglise, mais frères les uns des autres. Une vie fondée uniquement sur le fait de tirer profit et avantage des situations au détriment des autres, provoque inévitablement la mort intérieure. Et combien de personnes se disent proches de l’Eglise, amis des prêtres, des évêques, alors qu’elles ne cherchent que leur propre intérêt. Voilà les hypocrisies qui détruisent l’Eglise!
Que le Seigneur — je le demande pour nous tous — répande sur nous son Esprit de tendresse, qui surmonte toute hypocrisie et met en circulation cette vérité qui nourrit la solidarité chrétienne, qui, loin d’être une activité d’assistance sociale, est l’expression incontournable de la nature de l’Eglise, mère très tendre de tous, en particulier des plus pauvres.

 

HOMÉLIE POUR LE 23E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « SI QUELQU’UN VIENT À MOI… »

5 septembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-23e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Si-quelqu-un-vient-a-moi_a909.html

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HOMÉLIE POUR LE 23E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « SI QUELQU’UN VIENT À MOI… »

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 8 septembre 2019. Textes: Sagesse 9, 13-18, Philémon 9b-10.12-17 et Luc 14, 25-33.

Le début du texte de saint Luc que je viens de lire est abrupt, provoquant et même choquant. Il faut toutefois noter que le terme « haïr » traduit ici une priorité. En hébreu, il veut dire littéralement et plus justement « préférer ». Nous y reviendrons. Quoiqu’il en soit, nous sommes devant une invitation percutante de Jésus. Regardons-y de plus près.

I – Un monde nouveau
Jésus ne vient pas annoncer un monde nouveau où l’amour est condamné. Au contraire, comme l’ont retenu les disciples de saint Jean, Jésus a prêché l’amour et non la haine : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » comme il est répété de nombreuses fois dans la première lettre de saint Jean (1 Jean 2, 9-10 et 4, 20).
Pourquoi alors ces formules si provocantes? Comme je l’ai dit en commençant, la traduction « me préférer » nous donne la clé. « Haïr » dans le langage des juifs, dans la langue hébraïque qui est une langue sémitique, c’est synonyme de mettre consciemment au deuxième rang.
Père, mère, femme, enfants, frères, sœurs et même sa propre vie, tout cela doit être bien situé par rapport à Jésus qui doit être mis au centre de sa vie. Pour suivre Jésus, il est indispensable que Jésus soit placé au-dessus de tout, qu’il y ait de notre part un jugement de valeur le reconnaissant comme la Voie, la Vérité et la Vie, comme le seul et unique Sauveur de nos vies, comme la révélation parfaite du Père, car en lui seul réside le salut.
Les premiers disciples l’avaient bien compris. Pas de salut possible sans reconnaître que ce salut vient par Jésus, sans donner à Jésus la priorité absolue, sans en faire le centre de notre vie. Les apôtres Pierre et Jean, devant le tribunal du Sanhédrin, appelés à se justifier d’une guérison qu’ils avaient faite à la sortie du Temple le proclament avec conviction : « Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui, car il n’y a dans le ciel aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut » (Actes des apôtres 4, 12).

II – De la nécessité de s’asseoir
Cet enseignement tiré du début du texte de saint Luc me semble demander deux commentaires complémentaires.
Le premier nous est fourni par les deux petites paraboles qui l’accompagnent. Celles-ci nous invitent à ne pas nous décider à la légère pour le Christ. Elles nous demandent de nous asseoir, de réfléchir, de tenir conseil avec nous-même. Être disciple de Jésus c’est un choix réfléchi, libre, ce n’est pas seulement une question d’enthousiasme du moment, car être disciple nous amène forcément sur le même chemin que celui de Jésus où la croix ne fera pas défaut. : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut être mon disciple » dit Jésus.
Il y a un point de départ, des reprises même de départ, et cela peut se vivre à tout âge – sainte Thérèse d’Avila a vécu ce départ réel dans la quarantaine – et c’est au point de départ que Jésus doit être préféré à tout, c’est au point de départ qu’il faut faire un choix lucide, réfléchi. C’est ce qui manque chez plusieurs au Québec qui se disent chrétiens sans vraiment en faire un véritable choix. Ils ont peur de s’afficher croyants ou catholiques et s’en vont ainsi sans jamais se compromettre pour Jésus.

III – Les vocations particulières et la vocation universelle à la sainteté
Ceci étant dit, venons-en au second commentaire qui portent sur la diversité des vocations à la sainteté.
Jésus demande à tous le même sérieux à sa suite. Tous ceux et celles qui entendent son appel à la conversion et à la foi en son message et qui répondent oui sincèrement sont des disciples de Jésus.
De grandes foules faisaient route avec Jésus, est-il dit au début du texte de l’évangile lu il y a un instant. C’est à ces « grandes foules » que la parole de Jésus s’adresse, et non pas à une certaine élite spirituelle ou mystique. Les exigences que Jésus exprime peuvent nous paraître exorbitantes. Il serait trop facile de s’en débarrasser avec l’excuse qu’elles ne s’adressent pas à tous, mais aux moines, aux religieux et aux religieuses seulement. Le Concile Vatican II nous le rappelle clairement lorsqu’il dit dans la Constitution sur l’Église: « Il est évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur rang. » (Lumen Gentium 40)
Mais il y a aussi des vocations, des appels particuliers. Certains et certaines vont suivre Jésus en renonçant au mariage « pour le Royaume de Dieu » (Mathieu 19, 12), en renonçant à l‘argent et à la propriété. Ils vont faire les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance dans un ordre ou une congrégation religieuse.
Si tous sont appelés à préférer Jésus à tout, à le recevoir comme Sauveur, tous ne sont pas appelés à vivre de la même façon le renoncement évangélique dont parle l’Évangile. Zachée n’a pas tout abandonné (Luc 19, 10). Les femmes de Galilée qui ont suivi Jésus ne renoncent pas à tout ce qu’elles possèdent (Luc 8, 3).
Il y a ici le mystère des vocations et des appels particuliers à respecter, mais sans jamais oublier que tous sont appelés à la sainteté. L’appel à la sainteté est universel comme le proclame le Concile Vatican II dans la sainteté dans son état de vie, dans sa vocation particulière et dans son histoire personnelle. La sainteté n’est pas réservée aux religieux et aux religieuses comme on l’a trop souvent laissé entendre autrefois. La mère de famille, la femme au travail, le médecin, le plombier, l’étudiant, l’écolier, le gestionnaire etc. peuvent eux aussi marcher sur la voie de la sainteté. Le pape François dans son Exhortation apostolique portant sur la sainteté publiée le 9 avril 2018 nous invite à aller dans ce sens en considérant « la grande nuée de témoins » de la sainteté « et parmi eux, écrit-il, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Tm 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur ». (GE 3) Il les appelle « les saints de la porte d’à côté » ou « la classe moyenne de la sainteté » (GE 7).
On en a de beaux modèles d’une sainteté vécue dans son état de vie et sa vocation personnelle dans les enfants de Fatima, François et Jacinthe, qui ont été reconnus saints par le pape Jean-Paul II et béatifiés le 13 mai 2000, dans cette femme médecin, Jeanne Beretta Molla qui s’est sacrifiée pour son enfant (béatifiée le 24 avril 1994), ou encore dans cet étudiant sportif, alpiniste et rassembleur, Pier Giorgio Frassati (1901-1925) béatifié le 20 mai 1990 à Rome.

Conclusion
Frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler notre désir lucide de suivre Jésus et que cette Eucharistie nous donne la force d’aller jusqu’au bout comme Jésus lui-même,

Amen!

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 août 2019 – Catéchèse sur les Actes des Apôtres: 6. « Tous étaient communs » (Actes 4:32). Communion intégrale dans la communauté des croyants.

3 septembre, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190821_udienza-generale.html

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 août 2019 – Catéchèse sur les Actes des Apôtres: 6. « Tous étaient communs » (Actes 4:32). Communion intégrale dans la communauté des croyants.

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

La communauté chrétienne naît de l’effusion surabondante de l’Esprit Saint et croît grâce au ferment du partage entre frères et sœurs dans le Christ. Il existe un dynamisme de solidarité qui édifie l’Eglise en tant que famille de Dieu, où l’expérience de la koinonia est centrale. Que veut dire ce mot étrange? C’est un mot grec qui signifie «mettre en communion», «mettre en commun», être comme une communauté, pas isolés. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne, c’est-à-dire mettre en commun, «partager», «communiquer, participer», ne pas s’isoler. Dans l’Eglise des origines, cette koinonia, cette communauté se réfère avant tout à la participation au Corps et au Sang du Christ. Pour cette raison, quand nous faisons la communion nous disons «nous nous communiquons», nous entrons en communion avec Jésus et de cette communion avec Jésus nous arrivons à la communion avec nos frères et sœurs. Et cette communion avec le Corps et le Sang du Christ qui se fait dans la Messe se traduit en union fraternelle, et donc également par ce qui est plus difficile pour nous: mettre en commun les biens et recueillir de l’argent pour la collecte en faveur de l’Eglise Mère de Jérusalem (cf. Rm 12, 13; 2 Co 8–9) et des autres Eglises. Si vous voulez savoir si vous êtes de bons chrétiens, vous devez prier, essayer de vous approcher de la communion, du sacrement de la réconciliation. Mais ce signal que ton cœur s’est converti, c’est quand la conversion arrive aux poches, combien elle touche ton propre intérêt: c’est là que l’on voit si l’on est généreux avec les autres, si l’on aide les plus faibles, les plus pauvres: Quand la conversion arrive là, soyez certains qu’il s’agit d’une vraie conversion. Si elle ne reste que dans les mots, ce n’est pas une bonne conversion.
La vie eucharistique, les prières, la prédication des apôtres et l’expérience de la communion (cf. Ac 2, 42) font des croyants une multitude de personnes qui ont — dit le Livre des Actes des apôtres — ont «un seul cœur et une seule âme» et qui ne considèrent pas ce qu’ils possèdent comme leur propriété, mais mettent tout en commun (cf. Ac 4, 32). Il s’agit d’un modèle de vie si fort, qui nous aide à être généreux et pas avares. Pour cette raison, «nul n’était dans le besoin; car tous ceux qui possédaient — dit le Livre — des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins» (Ac 4, 34-35). L’Eglise a toujours eu ce geste des chrétiens qui se dépouillaient des choses qu’ils avaient en plus, des choses qui n’étaient pas nécessaires pour les donner à ceux qui avaient besoin. Et pas seulement de l’argent: également du temps. Combien de chrétiens — vous, par exemple, ici en Italie — combien de chrétiens font du bénévolat! Mais cela est très beau! C’est une communion, partager mon temps avec les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cela, le bénévolat, les œuvres de charité, les visites aux malades; il faut toujours partager avec les autres, et ne pas chercher seulement son propre intérêt.
La communauté, ou koinonia, devient de cette façon le nouveau type de relation entre les disciples du Seigneur. Les chrétiens font l’expérience d’une nouvelle modalité d’être entre eux, de se comporter. Et c’est la modalité proprement chrétienne, au point que les païens regardaient les chrétiens et disaient: «Regardez comme ils s’aiment!». L’amour était la modalité. Mais pas un amour en paroles, pas un amour feint: l’amour des œuvres, s’aider les uns les autres, l’amour concret, le caractère concret de l’amour. Le lien avec le Christ instaure un lien entre frères qui converge et s’exprime également dans la communion des biens matériels. Oui, cette modalité d’être ensemble, cet amour de cette façon arrive jusqu’aux poches, arrive à se dépouiller également de l’obstacle de l’argent pour le donner aux autres, en allant contre son propre intérêt. Etre membres du corps de Christ rend les croyants coresponsables les uns des autres. Etre croyants en Jésus nous rend tous coresponsables les uns des autres. «Mais regarde celui-ci, le problème qu’il a: cela ne m’intéresse pas, ça le regarde». Non, parmi les chrétiens, nous ne pouvons pas dire: «Le pauvre, il a un problème à la maison, il traverse cette difficulté familiale». Mais moi, je dois prier, je l’emporte avec moi, je ne suis pas indifférent». C’est cela être chrétien. C’est pourquoi les forts soutiennent les faibles (cf. Rm 15, 1) et personne ne fait l’expérience de l’indigence qui humilie et défigure la dignité humaine, car ils vivent cette communauté: avoir le cœur en commun. Ils s’aiment. C’est le signal: l’amour concret.
Jacques, Pierre et Jean, qui sont les trois apôtres comme les «piliers» de l’Eglise de Jérusalem, établissent dans la communion que Paul et Barnabé évangélisent les païens tandis qu’eux évangéliseront les juifs, et demandent seulement, à Paul et Barnabé, quelle est la condition: ne pas oublier les pauvres, rappeler les pauvres (cf. Ga 2, 9-10). Non seulement les pauvres matériels, mais aussi les pauvres spirituels, les gens qui ont des problèmes et ont besoin de notre proximité. Un chrétien part toujours de lui-même, de son propre cœur, et s’approche des autres comme Jésus s’est approché de nous. Telle est la première communauté chrétienne.
Un exemple concret de partage et de communion des biens nous vient du témoignage de Barnabé: il possède un champ et le vend pour en verser le produit aux apôtres (cf. Ac 4, 36-37). Mais à côté de son exemple positif, en apparaît un autre, tristement négatif: Ananie et sa femme Saphire, ayant vendu un terrain, décident de n’en remettre qu’une partie aux apôtres et de garder l’autre pour eux (cf. Ac 5, 1-2). Cette tromperie interrompt la chaîne du partage gratuit, le partage serein et désintéressé et les conséquences sont tragiques, fatales (Ac 5, 5.10). L’apôtre Pierre démasque l’attitude incorrecte d’Ananie et de sa femme et lui dit: «Pourquoi satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ? [...] Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu» (Ac 5, 3-4). Nous pourrions dire qu’Ananie a menti à Dieu à cause d’une conscience isolée, d’une conscience hypocrite, c’est-à-dire à cause d’une appartenance ecclésiale «négociée», partiale et opportuniste. L’hypocrisie est le pire ennemi de cette communauté chrétienne, de cet amour chrétien: faire semblant de s’aimer mais ne rechercher que son propre intérêt.
Manquer de sincérité dans le partage, en effet, ou manquer de sincérité dans l’amour, signifie cultiver l’hypocrisie, s’éloigner de la vérité, devenir égoïstes, éteindre le feu de la communion et se destiner au gel de la mort intérieure. Celui qui se comporte de cette façon traverse l’Eglise en touriste. Il y a beaucoup de touristes dans l’Eglise qui sont toujours de passage, mais n’entrent jamais dans l’Eglise: c’est le tourisme spirituel qui leur fait croire qu’ils sont chrétiens, alors qu’ils ne sont que des touristes de catacombes. Non, nous ne devons pas être des touristes dans l’Eglise, mais frères les uns des autres. Une vie fondée uniquement sur le fait de tirer profit et avantage des situations au détriment des autres, provoque inévitablement la mort intérieure. Et combien de personnes se disent proches de l’Eglise, amis des prêtres, des évêques, alors qu’elles ne cherchent que leur propre intérêt. Voilà les hypocrisies qui détruisent l’Eglise!
Que le Seigneur — je le demande pour nous tous — répande sur nous son Esprit de tendresse, qui surmonte toute hypocrisie et met en circulation cette vérité qui nourrit la solidarité chrétienne, qui, loin d’être une activité d’assistance sociale, est l’expression incontournable de la nature de l’Eglise, mère très tendre de tous, en particulier des plus pauvres.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier un groupe de prêtres jubilaires du Séminaire Pontifical Français de Rome, accompagnés de Mgr Pierre Antoine Bozo et de Mgr Matthieu Rougé. La solidarité chrétienne, bien différente d’une simple assistance sociale, fait partie de la nature de l’Eglise. Que l’Esprit Saint nous aide à vivre en vérité la solidarité que demande l’Evangile. Que Dieu vous bénisse.

HOMÉLIE POUR LE 20E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JE SUIS VENU APPORTER UN FEU SUR LA TERRE »

16 août, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 20E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JE SUIS VENU APPORTER UN FEU SUR LA TERRE »

Textes: Jérémie 38, 4-6.-10, Hébreux 12, 1-9 et Luc 12, 49-53.

J’ai un confrère aimant bien l’humour qui, un jour, lorsqu’il avait terminé la lecture de cet évangile, ferma ostensiblement le Livre de la Parole et lança d’un ton surpris « Quelle famille !».
La description des conflits et des oppositions qui attendent le disciple de Jésus est ainsi symbolisée par les divisons familiales ou entre amis. Elles sont le symbole d’une situation où l’annonce du salut que Dieu donne suscite non seulement des hésitations mais des oppositions.

I- Le prophète Jérémie
Cela est une longue histoire. Dans l’Ancien Testament, tout au cours de l’histoire du peuple élu, les prophètes ont rencontré des oppositions car ils allaient à contre-courant bien souvent des attentes simplistes et à courte vue de leurs contemporains. Pour ceux-ci, les valeurs se limitaient à ce qu’on voit, au profit, à la réussite, aux victoires guerrières, alors que les prophètes annonçaient une alliance où les cœurs sont changés, où le feu de l’amour a la première place. C’est ce message que Jésus reprend lorsqu’il dit : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! »
Parmi les prophètes, la figure du prophète Jérémie est emblématique. On le voit aujourd’hui dans un récit très coloré : « Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue ». Au fond de cette citerne, Jérémie ne lâche pas. Il est à contre-courant, mais il s’appuie sur la Parole de Dieu qui le sauve de ce mauvais pas en changeant le cœur du roi qui donne cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »
On sait par la suite que les déboires du prophète Jérémie ne sont pas finis, mais on sait aussi qu’il demeurera toujours fidèle à l’annonce du salut que Dieu offre à son peuple dans une alliance où ce sont les cœurs qui sont visés et non seulement les pratiques et les observances de la Loi.

II – Les paroles de Jésus
Ces situations vécues par Jérémie se rencontrent, toutes proportions gardées, tout au long de l’histoire de l’Église. Au moment où saint Luc écrit son évangile, il commençait à y avoir des divisions et même des persécutions. Aujourd’hui, dans nos sociétés très sécularisées, la référence aux convictions religieuses est souvent mise à l’écart. Et pourtant, c’est ce qui fait vivre bien des gens. Les croyants dont nous sommes doivent donc s’attendre à aller à contre-courant, eux aussi, comme le prophète Jérémie.
Les papes depuis saint Jean-Paul II nous le rappellent souvent. À preuve ces mots de saint Jean-Paul II qui ont fait le tour du monde lors de son élection comme évêque de Rome et pape le 22 octo­bre 1978 : «N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement. »
Et tout récemment, le pape François dans son Exhortation apostolique à la suite du Synode sur les jeunes en octobre 2018 les invite, ainsi que tout le Peuple de Dieu, à ne pas se laisser détourner des valeurs et de la foi professée malgré les oppositions et la diffusion des valeurs du monde, les fameuses « valeurs mondaines » dont le pape François parle fréquemment, souvent contraires à celles de l’Évangile. Je cite : « L’Église du Christ peut toujours succomber à la tentation de perdre l’enthousiasme parce qu’elle n’écoute plus l’appel du Seigneur au risque de la foi, l’appel à tout donner sans mesurer les dangers, et qu’elle recommence à chercher de fausses sécurités mondaines ». (Christus vivit n. 37) « Soyez capables d’aller à contre-courant et sachez partager Jésus, communiquez la foi qu’il vous a offerte. Si seulement vous pouviez sentir dans le cœur le même mouvement irrésistible qui agitait saint Paul quand il disait :  » Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile  » » (1Co 9, 16). (Ibidem, n. 176)
Les paroles de Jésus à ses disciples que nous rappelons ce matin sont pour nous un encouragement bienvenu. Oui, son message est comme un feu qui réchauffe et qui éclaire même si sa diffusion ne sera pas sans rencontrer bien des obstacles, parfois près de nous : « le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère » écrit saint Luc de façon imagée.

III – Application
Nous les vivons ces obstacles, chacune et chacune à notre façon. Nous aimerions que nos convictions soient partagées par nos concitoyens et concitoyennes et nous constatons, hélas! qu’ils se sont éloignés de l’héritage catholique reçu dans leurs jeunes années, du moins en ce qui nous concerne au Québec.
On peut se réjouir que les valeurs de solidarité, de partage et de respect soient maintenant partie prenante des valeurs que notre société exalte et défend ainsi que celles de la dignité des personnes et de la liberté. Ce qui peut attrister hélas! c’est que le nom de Jésus n’est plus proclamé ouvertement et sans crainte.
Comme les prophètes de l’Ancien Testament, nous avons à redire que ces belles valeurs que notre société vit ont leur source dans un amour qui nous prévient et nous rejoint tous et toutes, celui de l’amour d’un Dieu solidaire avec l’humanité et qui lui donne son Fils unique : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». (Jean 3, 16)

Conclusion

Faisons cette prière en terminant :

Oui! Seigneur, répands le feu de ton amour sur la terre.
Fais de tes enfants des témoins de cet amour qui rejoint toute l’humanité
Et fais disparaitre les divisions nocives.
Donne-nous la force de témoigner
Que ton Fils Jésus est celui qui nous sauve
Et celui qui nous conduit où tu nous attends
Dans la joie d’une vie porteuse d’éternité
Que tu nous as donnée et que nous te remettons.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

Saint Charbel – (mf 24 juillet) 8.5.1828/ 24.12. 1898

25 juillet, 2019

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L’église près de chez moi, où je vais à la messe, est gouvernée par les moines de Saint Charbel

Saint Charbel – (mf 24 juillet) 8.5.1828/ 24.12. 1898

Naissance de Saint Charbel
Youssef Antoun MAKHLOUF naquit le 8 mai 1828 à Béqaa Kafra (nord du Liban) de parents maronites, Antoun Zaarour MAKHLOUF et Brigita CHIDIAC. Il avait 2 frères Hanna et Béchara, et deux sœurs Kawn et Wardé. Il reçut une éducation chrétienne qui lui donna la passion de la prière dès son bas âge. Il fut attiré par la vie monacale et érémitique à l’exemple de ses deux oncles maternels qui occupaient l’ermitage du couvent Saint Antoine – Qozhaya et qui lui remirent le flambeau de l’héroïsme des vertus.
Famille de Saint Charbel Makhlouf
Son père décéda le 8 août 1831 à Ghirfine près d’Amchit alors qu’il rentrait chez lui après avoir accompli la corvée chez l’armée turque. Orphelin de père, Youssef fut élevé par sa mère qui épousa par la suite Lahoud Ibrahim, futur curé de la paroisse sous le nom d’Abdel Ahad.
À l’école du village, Youssef étudia l’arabe et le syriaque. Il était tellement pieux que le village l’appelait «le saint». Il emmenait paître son petit troupeau tous les jours et se rendait dans une grotte où, à genoux devant une image de la Sainte Vierge, il priait. La grotte devint ainsi son lieu de prière et son premier ermitage et, par la suite, un sanctuaire et un lieu de pèlerinage.
Son entrée à l’Ordre Libanais Maronite
Un matin de l’année 1851, Youssef quitta la maison et le village et se rendit au couvent Notre Dame de Mayfouq pour se faire moine. Il y passa sa première année de noviciat avant de rejoindre le couvent Saint Maron de Annaya où il adhéra à l’Ordre Libanais Maronite (O.L.M.) sous le nom de Charbel, martyr de l’Église d’Antioche du IIe siècle. Le 1er novembre 1853, il prononça ses vœux au même couvent, parfaitement conscient des implications de ces vœux: l’obéissance, la chasteté et la pauvreté.Il poursuivit ses études théologiques au couvent Saints Cyprien et Justine de Kfifane chez son maître Saint Nimatullah Kassab Al-HARDINI dont la vie privée et publique servait d’idéal et figurait l’image vivante des grands moines saints. Le 23 juillet 1859, Frère Charbel MAKHLOUF fut ordonné prêtre à Bkerké par le vicaire patriarcal maronite feu Mgr Youssef Al-Marîd.
Sa vie au couvent Saint Maron de Annaya et à l’ermitage Saints Pierre et Paul
Le Père Charbel vécut seize années au couvent Saint Maron de Annaya dans l’obéissance à ses supérieurs et dans la stricte observance des règles monastiques. Il s’imposait une vie d’ascèse et de mortification, détaché des choses mondaines et vaquant au service du Seigneur et au salut de son âme.
Au début de l’année 1875, Dieu inspira au Père Charbel de se retirer dans l’ermitage Saints Pierre et Paul rattaché au couvent Saint Maron de Annaya. Les supérieurs n’autorisaient pourtant pas facilement que l’on s’y retirât. Mais alors que le Père supérieur était en proie à l’hésitation, un signe lui vint du ciel: une nuit, le Père Charbel demanda à un serviteur de lui mettre de l’huile dans sa lampe. Il y mit de l’eau et la lampe s’alluma quand même comme si rien n’était. Ce fut alors le premier miracle de Charbel qui hâta le jour de son départ pour l’ermitage tant désiré.
L’ermitage Saints Pierre et Paul
Le 15 février 1875, le Père Charbel passa définitivement à l’ermitage où, saint et ermite idéal, il consacrait son temps au silence, à la prière, au culte et au travail des champs. Il ne quittait l’ermitage que sur ordre de son supérieur. Il y vivait à la manière des saints pères ermites, agenouillé sur un plateau en réseau devant le Saint Sacrement le priant avec ferveur et s’en délectant des nuits durant.
Il passa vingt-trois ans à l’ermitage rendant service au Seigneur et observant scrupuleusement et consciemment les règles de la vie érémitique. Le 16 décembre 1898 et alors qu’il célébrait la messe, il fut atteint d’hémiplégie et entra dans une agonie de huit jours durant lesquels il garda son calme en dépit de ses douleurs atroces. Dans son agonie, le P. Charbel ne cessait de répéter la prière qu’il n’avait pu achever à la messe: «Père de la vérité, voici Ton Fils qui se sacrifie pour te donner satisfaction…». Il répétait également les noms de Jésus, Marie, Joseph et Pierre et Paul patrons de l’ermitage.
L’âme de Charbel s’envola en toute liberté vers l’au-delà, telle la goutte de rosée qui retourne au grand océan, le 24 décembre 1898 la veille de Noël. Il fut enterré au cimetière du couvent Saint Maron de Annaya.
La lumière étrange qui jaillit de son tombeau
Après son décès, des lumières spirituelles jaillissant de son tombeau poussèrent à transférer sa dépouille qui transpirait sueur et sang dans un cercueil spécial, après autorisation du Patriarcat maronite, et à le mettre dans un nouveau tombeau à l’intérieur du couvent. C’est alors que les foules des pèlerins se mirent à affluer pour solliciter son intercession, et plusieurs d’entre eux obtenaient la guérison et les grâces divines.
En 1925, fut soumis au Pape Pie XI le procès de sa béatification et de sa canonisation par l’Abbé Ignace Dagher TANNOURY et son vicaire général P. Martin TARABAY. Le procès fut accepté avec ceux du P. Nimatullah Kassab Al-HARDINI et de Sœur Rafqa RAYES en 1927.
En 1950, le tombeau du Père Charbel fut ouvert en présence d’une commission officielle et de médecins qui constatèrent le bon état de la dépouille, rédigèrent un rapport et le déposèrent dans une boîte à l’intérieur du cercueil. Les guérisons de toutes sortes se multiplièrent alors de manière subite et incroyable, et des dizaines de milliers de pèlerins, toutes confessions confondues, affluèrent au couvent de Annaya pour solliciter l’intercession du Saint.
Les vertus et les miracles de Saint Charbel se répandent dans les quatre coins du monde
Les miracles de Saint Charbel ont dépassé les frontières du Liban et le grand nombre des lettres et des rapports conservés dans les registres du couvent Saint Maron de Annaya attestent clairement l’expansion de sa sainteté dans le monde entier. Phénomène unique qui a opéré un retour à la morale et à la foi et éveillé les vertus dans les esprits, faisant du tombeau de Saint Charbel un pôle d’attraction pour toutes les catégories et pour tous les âges. Tous sont égaux dans le recueillement et l’invocation, toutes religions et confessions confondues. En effet, tous sont appelés fils de Dieu.
Les guérisons faites par l’intercession de Saint Charbel et consignées dans les registres du couvent Saint Maron de Annaya se comptent par dizaines de milliers. S’y ajoutent celles répandues partout dans le monde et touchant toutes les couleurs, religions et confessions. Dix pour cent de ces guérisons concernent des personnes non baptisées. Elles ont été obtenues soit par la prière et l’invocation, soit par l’huile et l’encens, soit par les feuilles des chênes de l’ermitage, soit par la terre prise à son tombeau, soit en visitant son tombeau et en en touchant la porte, soit par son image et sa statue.
Certaines de ces guérisons se rapportent au corps, mais les plus importantes touchent l’âme. De nombreux repentis ont retrouvé Dieu par l’intercession de Saint Charbel, en franchissant le seuil du couvent Saint Maron de Annaya ou celui de l’ermitage Saints Pierre et Paul.
Historique de la béatification et de la canonisation
En 1954, Paul VI signa son accord pour le procès de béatification de l’ermite Charbel MAKHLOUF. Le 5 décembre 1965, Paul VI présida la cérémonie de béatification du Père Charbel lors de la clôture du concile Vatican II. En 1975, Paul VI signa son accord pour le miracle requis pour proclamer la sainteté du Bienheureux Charbel; ce qui eut lieu lors de la cérémonie internationale du 9 octobre 1977.

 

HOMÉLIE POUR LE 15E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL LE CONDUISIT DANS UNE AUBERGE »

12 juillet, 2019

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HOMÉLIE POUR LE 15E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL LE CONDUISIT DANS UNE AUBERGE »

Textes: Isaïe 66, 10-14c, Galates 6, 14-18 et Luc 10, 25-37

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La parabole du bon samaritain fait partie du patrimoine mondial au même titre que des monuments comme la Tour Eiffel ou la basilique Saint Pierre-de-Rome ou comme des destinations courues comme les Iles des Caraïbes ou le Rocher de Percé au Québec. Il arrive avec cette parabole ce qui arrive avec tous ces lieux et destinations connues. Ces lieux et ces destinations font partie du paysage depuis longtemps. On a besoin parfois d’un coup de pouce pour les regarder et les découvrir avec des yeux nouveaux.
C’est ce que nous somme invités à le faire ce matin. Nous connaissons bien la parabole du bon samaritain, mais nous avons besoins de la redécouvrir avec des yeux nouveaux. Je vais avec vous la relire en m’arrêtant à certains points qui m’ont frappé cette fois-ci. Si vous avez été touchés par d’autres points, pas de problème. L’important c’est de laisser l’Esprit agir dans notre cœur.

I – Le récit
Lorsque je suis allé en pèlerinage en Terre Sainte il a quelque années, la route de Jérusalem à Jéricho a fait partie de notre visite. Comme il est dit dans l’évangile, lorsqu’on prend cette route on descend pendant longtemps : Jérusalem est à environ 800 mètres au-dessus du niveau de la mer et Jéricho qui est au nord de la Mer Morte est à 250 mètres au-dessous. Elle est la ville la plus basse au monde. On imagine que le parcours de cette route se faisait la plupart du temps à pied ou à dos d’âne. Des brigands se tenaient aux aguets à divers endroits, et il était difficile de leur échapper si on était seul. C’est ce que n’a pu faire le blessé que découvre sur la route le samaritain qui venait, comme son nom le dit, d’une région qui s’appelait la Samarie. C’était une région en compétition avec Jérusalem ayant même un temple rival sur la mont Garizim.
On peut penser que le bon samaritain était allé faire des affaires à Jérusalem et qu’il revenait chez lui. Il allait son chemin lorsqu’il aperçut le blessé. Il s’approcha, nous dit l’évangile, le prit, le mit sur sa monture et le mena dans un village tout proche. Il le déposa à l’auberge en donnant à l’aubergiste un bon montant d’argent pour qu’il en prenne soin et il quitta. Jésus laisse supposer qu’il avait des obligations de rentrer à la maison et qu’il ne pouvait faire plus que ce qu’il avait fait en recueillant le blessé sur la route.
L’attitude du samaritain est mise en parallèle par saint Luc avec celle de deux autres personnages : un prêtre et un lévite qui servait dans le temple pour les sacrifices. Ce sont des gens qui sont proches des choses de Dieu, de sa Parole, de son Temple. Ils consacrent leur vie à son service. Ces deux personnages qui voient le blessé passent tout droit alors que le samaritain prend la peine de s’arrêter. C’est quelqu’un de totalement étranger qui s’approche du blessé alors que les deux autres continuent leur chemin sans s’arrêter enfermés dans leurs traditions et dans leurs lois.

II – Le message de la parabole
Cette histoire, cette parabole, est racontée par Jésus pour répondre à la question du Docteur de la Loi qui lui demande « Qui est mon prochain ? » Comme toutes les paraboles que raconte Jésus, l’important dans l’histoire c’est le message qui lui est attaché. Remarquez ici que Jésus ne donne pas une réponse d’intellectuel, théorique. Il ne se met pas à parler de la situation économique de son temps, mais il donne une réponse concrète qui est encore applicable pour chacun et chacune de nous.
Dans la parabole de Jésus, le message est très clair : le prochain c’est celui dont tu te fais proche, que tu sers ou que tu dépannes s’il est dans le besoin. S’approcher de quelqu’un et en faire son prochain, c’est quelque chose qui ne se fait pas dans les nuages. C’est une démarche concrète, dans la vie de chacun. Jésus ici ne fait pas un discours sur l’importance de l’amour fraternel comme il le fera ailleurs, il donne un exemple pris sur le vif où on voit un personne en action. Le samaritain voit, il fait monter, il porte à l’auberge, il s’assure des traitements, il paie d’avance.
À la fin de l’évangile, Jésus demande au Docteur de la Loi « Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits? » Le Docteur répond « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui ». Et Jésus de conclure « Va et toi aussi, fais de même ». C’est à retenir.

II – Application
Si on tente d’appliquer cette parabole à nos vies, on est renvoyé à notre vie concrète de tous les jours et à la question où est mon prochain ?
On peut penser qu’il se trouve sur un bateau dans la Méditerranée comme réfugié, qu’il est dans un bidonville de Calcutta ou dans les rues de Montréal comme une personne sans domicile fixe. C’est juste de penser ainsi et cela correspond à ce que Jésus nous enseigne lorsqu’il nous dit qu’il est venu pour servir les plus démunis. Mais ici, Jésus donne un moyen concret de vérifier notre proximité avec l’autre. Est-ce que vous prenez le temps de vous en approcher ?
Très bonne question. Elle nous renvoie à nos agirs concrets. Est-ce que nous nous arrêtons dans la vie de tous les jours pour écouter, aider, dépanner une personne qui nous tend la main ou qui en a besoin ? Est-ce que nous pensons qu’elle est le Christ lui-même qui nous rencontre ? La parabole du bon samaritain nous invite à nous poser des questions sur nos agirs quotidiens et sur nos façons de vivre les relations avec nos frères et sœurs dans le besoin. Le prochain, en effet, ce n’est pas seulement les autres, c’est aussi nous qui nous faisons proches.
Je reste toujours démuni lorsque je suis sollicité sur la rue par un mendiant. J’ai envie de passer mon chemin en me disant, il abuse pour se procurer quelque chose, pour aller s’acheter de la drogue. Mais je me retiens de penser ainsi et j’essaie de le voir comme Jésus qui me tend la main. Je m’unis ainsi à des milliers et des milliers de frères et sœurs de toutes les confessions religieuses et aussi de nos frères et sœurs incroyants qui vivent de mille manières cette démarche de s’approcher de ceux et celles qui sont dans le besoin.
Vous voyez, la parabole du bon samaritain, est un monument de notre histoire qui peut continuer d’attirer plein de visiteurs et qui est une source d’inspiration dans notre monde qui en a bien besoin. La dureté des relations humaines, la recherche du profit, l’enfermement sur ses positons rendent parfois très difficiles les rapprochements. Et pourtant, c’est en se faisant proche de l’autre que le « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » s’actualise pour nous comme pour le Docteur de la loi qui demandait à Jésus « Mais qui est mon prochain ? ».

Conclusion
Que notre Eucharistie, ce matin, soit une occasion de nous rapprocher de nos frères et sœurs sur le chemin qui est le leur. Ces personnes sont là. Elles attendent de nous un regard, une main secourable, une parole d’encouragement. Ce sont nos enfants, nos jeunes, nos personnes âgées, nos parents, nos sans logis, nos malades, nos démunis de toutes sortes pas seulement sur le plan matériel etc. des personnes qui attendent que nous nous approchions d’elles selon nos possibilités et selon nos vocations.
Que le Seigneur Jésus qui s’est fait pour l’humanité le Bon Samaritain en s’approchant d’elle pour la relever et la sauver nous donne la grâce d’être, à son exemple, de bons samaritains et de bonnes samaritaines nous aussi pour nos frères et sœurs.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 13E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JÉSUS, LE VISAGE DÉTERMINÉ, PRIT LA ROUTE DE JÉRUSALEM »

28 juin, 2019

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tu va e annuncia il regno di dio

« Laisse les morts ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. 9.61″

HOMÉLIE POUR LE 13E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « JÉSUS, LE VISAGE DÉTERMINÉ, PRIT LA ROUTE DE JÉRUSALEM »

Textes: 1 Rois 19, 16b.19-21, Galates 5, 1.13-18 et Luc 9, 51-62.

« Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » Luc 9, 52 (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture)
« Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » Luc 9, 52 (Crédits photo : Bernadette Lopez, alias Berna dans Évangile et peinture)
Commençons par le portrait qui est donné de Jésus dans ce passage de l’évangile de saint Luc qui vient d’être lu : « Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem ».

I – Le visage déterminé
Jésus prend la route de Jérusalem en sachant qu’il n’en reviendra pas. Il le fait avec détermination. C’est un moment de choix important pour lui. Certains font des choix semblables parfois.
J’ai un ami qui, il y a quelques années, à la suite de son fils qui l’avait fait, a décidé de faire à pied le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Il est parti de Paris et a parcouru pendant un mois environ 850 kilomètres à pied. Il y allait avec détermination car cela représentait pour lui non seulement un défi mais une rencontre avec lui-même et avec Dieu. Il avait fait déjà un pèlerinage en Terre Sainte, mais cette marche de pèlerin vers saint Jacques de Compostelle avait un sens encore plus fort pour lui. Il a tenu bon et il en est aujourd’hui, non seulement heureux, mais transformé. Il rayonne de la joie de l’Évangile et il est un témoin de l’amour du Christ dans son milieu de travail auprès des personnes âgées et autour de lui. Il s’est réconcilié avec son fils dont il s’était séparé depuis plusieurs années.
Jésus commence ici un pèlerinage particulier. Il est en mesure déjà de prévoir les tenants et les aboutissants de sa route vers Jérusalem. Il entrevoit que ce sera pour lui la rencontre finale avec sa mission de Sauveur qui le conduira sur le Calvaire où il donnera sa vie pour le salut du monde.
C’est pourquoi, on peut voir cet épisode comme un point tournant dans la vie de Jésus. Jésus ne fait pas qu’annoncer l’amour du Père, il vit cet amour en donnant sa propre vie pour ses frères et sœurs. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » dira-t-il la veille de sa mort pendant son dernier repas avec des disciples. (Jean 15, 13).

II – Les routes de Galilée
Cette décision de Jésus d’aller vers Jérusalem avec détermination ne le renferme pas sur lui-même, loin de là. Jésus est sur les routes depuis quelques années. Et il rencontre plein de gens. Il a avec lui des compagnons et des compagnes qui le suivent. Il sillonne le pays à pied.
Quand on parcourt une route en marchant à pied – mon ami l’a fait en allant à St-Jacques de Compostelle – le temps s’écoule lentement, on réfléchit en marchant et il survient plein de situations de toutes sortes. On rencontre des gens, on profite du beau temps, on doit se mettre à l’abri, on est fatigué, on se retire à l’écart, on passe dans des endroits inconnus, on rencontre des gens différents etc.
À pied sur la route, on se doit d’être ouverts à tous les imprévus. C’est ce qui se passe dans le reste de l’épisode de l’évangile de saint Luc que nous venons d’entendre.

III – Les appels de Dieu
Le premier imprévu vient des disciples qui sont avec Jésus. Ils sont tellement imprégnés de son enseignement, ils l’admirent tellement qu’ils veulent forcer l’adhésion de ces samaritains qu’ils croisent, même en le faisant avec violence, avec le feu du ciel. Devant cette fougue injustifiée, Jésus les réprimande car son message est proposé et non pas imposé. Il en est toujours de même. Dans l’histoire de l’Église on l’a oublié parfois. Nous, les messagers d’aujourd’hui, les disciples-missionnaires comme nous appelle le pape François, nous avons à proposer notre foi et non à l’imposer. Il nous revient de trouver les moyens adaptés pour ce faire.
À la suite de la scène des disciples exaltés que Jésus refrène. Il y a trois autres imprévus, des rencontres de personnes qui permettent à Jésus de mettre les points sur les i pourrait-on dire.
La première personne rencontrée est remplie d’enthousiasme et dit à Jésus « Je te suivrai partout où tu iras. ». Jésus la renvoie et lui indique qu’il est important pour ceux et celles qui veulent le suivre de se garder libres des attaches de toutes sortes qui les guettent : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Dans le deuxième cas c’est Jésus qui interpelle une personne : « Suis-moi. ». La personne invoque les funérailles de son père, mais Jésus sent qu’il s’agit là d’une excuse pour se dérober et il lui réplique : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu ». Il n’y a pas ici de refus des rites funéraires comme nous en faisons volontiers, mais c’est une invitation à placer les appels de Dieu au-dessus de tout.Dans le troisième cas, la réponse de Jésus va dans le même sens. À une autre personne que Jésus interpelle et qui lui répond qu’elle doit d’abord faire des adieux à sa famille, il lui répond, avec la belle image du labour avec une charrue, qu’il propose un choix radical: « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

Conclusion
Aujourd’hui, en fin de compte, les textes proposés à notre méditation sont des textes qui nous rappellent que comme Jésus, comme Élisée dont parle la première lecture, comme les trois personnes interpellées par Jésus, nous aussi, sur la route de la vie qui est la nôtre nous avons des vocations, des appels particuliers, chacun et chacune.
Ces appels sont variés et différents selon nos situations de vie, mais ils ont en commun qu’ils nous demandent d’avancer le regard fixé en avant et de façon déterminée, pas seulement dans des à peu près. C’est le message à retenir ce matin je pense.Demandons au Seigneur qu’il nous aide par son Esprit Saint à découvrir comment avancer toujours avec confiance dans notre vie chrétienne de femmes baptisées et d’hommes baptisés désirant devenir de plus en plus des disciples de Celui que est le seul et vrai Maître digne d’être suivi et demandons à Dieu de savoir reconnaitre ses voies dans nos vies.
Confions cette intention à la Vierge Marie, la patronne de cette chapelle qui lui est dédiée – Notre-Dame du Lac Poulin – qui a su le faire à la perfection et qui peut nous aider à le faire malgré nos limites et nos faiblesses.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

 

SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL (2011) – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

27 juin, 2019

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110629_pallio.html

fr

Pierre et Paul 

CHAPELLE PAPALE EN LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL (2011)

MESSE ET IMPOSITION DU PALLIUM AUX NOUVEAUX ARCHEVÊQUES MÉTROPOLITAINS

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Vaticane 29 juin 2011

Chers frères et sœurs,

« Non iam dicam servos, sed amicos » – « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ! » (cf. Jn 15, 15). À soixante années du jour de mon Ordination sacerdotale, j’entends encore résonner en moi ces paroles de Jésus, que notre grand Archevêque, le Cardinal Faulhaber, avec une voix désormais un peu faible et cependant ferme, nous adressa à nous les nouveaux prêtres à la fin de la cérémonie d’Ordination. Selon le déroulement liturgique de l’époque, cette acclamation signifiait alors aux nouveaux prêtres l’attribution explicite du mandat pour remettre les péchés. « Non plus serviteurs, mais amis » : je savais et j’avais conscience qu’à ce moment précis, ce n’était pas seulement une parole rituelle, ni une simple citation de la Sainte Écriture. J’avais conscience qu’en ce moment-là, le Seigneur Lui-même me l’adressait de façon toute personnelle. Dans le Baptême et dans la Confirmation, Il nous avait déjà attirés vers Lui, Il nous avait déjà accueillis dans la famille de Dieu. Cependant, ce qui arrivait à ce moment-là était quelque chose de plus encore. Il m’appelle ami. Il m’accueille dans le cercle de ceux auxquels il s’était adressé au Cénacle. Dans le cercle de ceux que Lui connaît d’une façon toute particulière et qui ainsi sont amenés à Le connaître de façon particulière. Il me donne la faculté, qui fait presque peur, de faire ce que Lui seul, le Fils de Dieu, peut dire et faire légitimement : Moi, je te pardonne tes péchés. Il veut que moi – par son mandat – je puisse prononcer avec son « Je » une parole qui n’est pas seulement une parole mais plus encore une action qui produit un changement au plus profond de l’être. Je sais que derrière cette parole, il y a sa Passion à cause de nous et pour nous. Je sais que le pardon a son prix : dans sa Passion, Lui-même est descendu dans la profondeur obscure et sale de notre péché. Il est descendu dans la nuit de notre faute, et c’est seulement ainsi qu’elle peut être transformée. Et par le mandat de pardonner, Il me permet de jeter un regard sur l’abîme de l’homme et sur la grandeur de sa souffrance pour nous les hommes, qui me laisse deviner la grandeur de son amour. Il me dit : « Non plus serviteurs, mais amis ». Il me confie les paroles de la Consécration eucharistique. Il m’estime capable d’annoncer sa Parole, de l’expliquer de façon juste et de la porter aux hommes d’aujourd’hui. Il s’en remet à moi. « Vous n’êtes plus serviteurs mais amis » : c’est une affirmation qui procure une grande joie intérieure et qui, en même temps, dans sa grandeur, peut faire frémir au long des décennies, avec toutes les expériences de notre faiblesse et de son inépuisable bonté.
« Non plus serviteurs mais amis » : dans cette parole est contenu tout le programme d’une vie sacerdotale. Qu’est-ce que vraiment l’amitié ? Idem velle, idem nolle – vouloir les mêmes choses et ne pas vouloir les mêmes choses, disaient les anciens. L’amitié est une communion de pensée et de vouloir. Le Seigneur nous dit la même chose avec grande insistance : « Je connais les miens et les miens me connaissent » (cf. Jn 10, 14). Le Pasteur appelle les siens par leur nom (cf. Jn 10, 3). Il me connaît par mon nom. Je ne suis pas n’importe quel être anonyme dans l’immensité de l’univers. Il me connaît de façon toute personnelle. Et moi, est-ce que je Le connais Lui ? L’amitié qu’Il me donne peut seulement signifier que moi aussi je cherche à Le connaître toujours mieux ; que moi dans l’Écriture, dans les Sacrements, dans la rencontre de la prière, dans la communion des Saints, dans les personnes qui s’approchent de moi et que Lui m’envoie, je cherche à Le connaître toujours plus. L’amitié n’est pas seulement connaissance, elle est surtout communion du vouloir. Elle signifie que ma volonté grandit vers le « oui » de l’adhésion à la sienne. Sa volonté, en effet, n’est pas pour moi une volonté externe et étrangère, à laquelle je me plie plus ou moins volontiers, ou à laquelle je ne me plie pas. Non, dans l’amitié, ma volonté en grandissant s’unit à la sienne, sa volonté devient la mienne et ainsi, je deviens vraiment moi-même. Outre la communion de pensée et de volonté, le Seigneur mentionne un troisième, un nouvel élément : Il donne sa vie pour nous (cf. Jn 15, 13 ; 10, 15). Seigneur, aide-moi à Te connaître toujours mieux ! Aide-moi à ne faire toujours plus qu’un avec ta volonté ! Aide-moi à vivre ma vie non pour moi-même, mais à la vivre avec Toi pour les autres ! Aide-moi à devenir toujours plus Ton ami !
La Parole de Jésus sur l’amitié se place dans le contexte du discours sur la vigne. Le Seigneur associe l’image de la vigne avec la tâche confiée aux disciples : « Je vous ai institués pour que vous alliez et que vous portiez du fruit et un fruit qui demeure » (Jn 15, 16). La première tâche donnée aux apôtres, aux amis, est de se mettre en route – institués pour que vous alliez -, de sortir de soi-même et d’aller vers les autres. Puissions-nous ici entendre ensemble la parole du Ressuscité adressée aux siens, avec laquelle Saint Matthieu termine son évangile : « Allez et enseignez à tous les peuples… » (cf. Mt 28, 19s). Le Seigneur nous exhorte à dépasser les limites du milieu dans lequel nous vivons, à porter l’Évangile dans le monde des autres, afin qu’il envahisse tout et qu’ainsi le monde s’ouvre au Royaume de Dieu. Cela peut nous rappeler que Dieu-même est sorti de Lui-même, Il a abandonné sa gloire pour nous chercher, pour nous donner sa lumière et son amour. Nous voulons suivre le Dieu qui se met en chemin, surpassant la paresse de rester repliés sur nous-mêmes, afin que Lui-même puisse entrer dans le monde.
Après la parole sur la mise en route, Jésus continue : portez du fruit, un fruit qui demeure ! Quel fruit attend-Il de nous ? Quel est le fruit qui demeure ? Eh bien, le fruit de la vigne est le raisin à partir duquel se prépare par la suite le vin. Arrêtons-nous un instant sur cette image. Pour que le bon raisin puisse mûrir, il faut non seulement du soleil mais encore de la pluie, le jour et la nuit. Pour que parvienne à maturité un vin de qualité, il faut le foulage, le temps nécessaire à la fermentation, le soin attentif qui sert au processus de la maturation. Le vin fin est caractérisé non seulement par sa douceur, mais aussi par la richesse de ses nuances, l’arôme varié qui s’est développé au cours du processus de maturation et de fermentation. N’est-ce pas déjà une image de la vie humaine, et selon un mode spécial, de notre vie de prêtre ? Nous avons besoin du soleil et de la pluie, de la sérénité et de la difficulté, des phases de purification et d’épreuve, comme aussi des temps de cheminement joyeux avec l’Évangile. Jetant un regard en arrière nous pouvons remercier Dieu pour les deux réalités : pour les difficultés et pour les joies, pour les heures sombres et les heures heureuses. Dans les deux cas nous reconnaissons la présence continuelle de son amour, qui toujours nous porte et nous supporte.
Maintenant, nous devons cependant nous demander : de quelle sorte est le fruit que le Seigneur attend de nous ? Le vin est l’image de l’amour : celui-ci est le vrai fruit qui demeure, celui que Dieu veut de nous. N’oublions pas pourtant que dans l’Ancien Testament le vin qu’on attend du raisin de qualité est avant tout une image de la justice qui se développe dans une vie vécue selon la loi de Dieu ! Et nous ne disons pas qu’il s’agit d’une vision vétérotestamentaire et dépassée aujourd’hui : non, cela demeure toujours vrai. L’authentique contenu de la Loi, sa summa, est l’amour pour Dieu et le prochain. Ce double amour, cependant, n’est pas simplement quelque chose de doux. Il porte en lui la charge de la patience, de l’humilité, de la maturation dans la formation de notre volonté jusqu’à son assimilation à la volonté de Dieu, à la volonté de Jésus-Christ, l’Ami. Ainsi seulement, l’amour véritable se situe aussi dans le devenir vrai et juste de tout notre être, ainsi seulement il est un fruit mûr. Son exigence intrinsèque, la fidélité au Christ et à son Église, requiert toujours d’être réalisée aussi dans la souffrance. Ainsi vraiment grandit la véritable joie. Au fond, l’essence de l’amour, du vrai fruit, correspond à l’idée de se mettre en chemin, de marcher : l’amour signifie s’abandonner, se donner ; il porte en soi le signe de la croix. Dans ce contexte Grégoire-le-Grand a dit une fois : si vous tendez vers Dieu, veillez à ne pas le rejoindre seul (cf. H Ev 1,6,6 : PL 76, 1097s) – une parole qui doit nous être, à nous comme prêtres, intimement présente chaque jour.
Chers amis, je me suis peut-être attardé trop longtemps sur la mémoire intérieure des soixante années de mon ministère sacerdotal. Il est maintenant temps de penser à ce qui est propre au moment présent.
À l’occasion de la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul, j’adresse mon salut le plus cordial au Patriarche Œcuménique Bartolomeo Ier et à la Délégation qu’il a envoyée et que je remercie vivement pour la visite appréciée en cette heureuse circonstance des Saints Apôtres Patrons de Rome. Je salue également Messieurs les Cardinaux, les Frères dans l’Épiscopat, Messieurs les Ambassadeurs et les Autorités civiles, ainsi que les prêtres, les compagnons de ma première Messe, les religieux et les fidèles laïcs. Je vous remercie tous pour votre présence et pour votre prière.
Aux Archevêques Métropolitains nommés après la dernière Fête des grands Apôtres, le pallium va maintenant être imposé. Qu’est-ce que cela signifie ? Celui-ci peut nous rappeler avant tout le joug léger du Christ qui nous est déposé sur les épaules (cf. Mt 11, 29s). Le joug du Christ est identique à son amitié. C’est un joug d’amitié et donc un « joug doux », mais justement pour cela aussi, un joug qui exige et qui modèle. C’est le joug de sa volonté, qui est une volonté de vérité et d’amour. Ainsi, c’est pour nous surtout le joug qui introduit les autres dans l’amitié avec le Christ et nous rend disponibles aux autres pour en prendre soin comme Pasteurs. Avec cela, nous atteignons un sens supplémentaire du pallium : tissé avec de la laine des agneaux bénis en la fête de Sainte Agnès, il nous rappelle ainsi le Pasteur devenu Lui-même Agneau par amour pour nous. Il rappelle le Christ qui a marché sur les montagnes et dans les déserts, où son agneau – l’humanité – s’était égaré. Le pallium nous rappelle que Lui a pris l’agneau, l’humanité – moi – sur ses épaules, pour me ramener à la maison. Il nous rappelle de cette manière que, comme Pasteurs à son service, nous devons aussi porter les autres, les prendre, pour ainsi dire, sur nos épaules et les porter au Christ. Il nous rappelle que nous pouvons être Pasteurs de son troupeau qui reste toujours sien et ne devient pas nôtre. Enfin, le pallium signifie aussi très concrètement la communion des Pasteurs de l’Église avec Pierre et avec ses successeurs – il signifie que nous devons être des Pasteurs pour l’unité et dans l’unité et que c’est seulement dans l’unité dont Pierre est le symbole que nous conduisons vraiment vers le Christ.
Soixante années de ministère sacerdotal – chers amis, je me suis peut-être trop attardé sur des éléments particuliers. Mais en cet instant, je me suis senti poussé à regarder ce qui a caractérisé ces dizaines d’années. Je me suis senti poussé à vous dire – à tous, prêtres et Évêques comme aussi aux fidèles de l’Église – une parole d’espérance et d’encouragement ; une parole, murie à travers l’expérience, sur le fait que le Seigneur est bon. Cependant, c’est surtout un moment de gratitude : gratitude envers le Seigneur pour l’amitié qu’Il m’a donnée et qu’Il veut nous donner à tous. Gratitude envers les personnes qui m’ont formé et accompagné. Et en tout cela se cache la prière qu’un jour le Seigneur dans sa bonté nous accueille et nous fasse contempler sa joie. Amen !

VISITE DE JEAN-PAUL II AU SACRÉ CŒUR DE MONTMARTRE (Solennité du Sacré Coeur. 28.6)

25 juin, 2019

https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1980/june/documents/hf_jp-ii_spe_19800601_montmartre-paris.html

fr

VOYAGE APOSTOLIQUE À PARIS ET LISIEUX (30 MAI – 2 JUIN 1980)

VISITE DE JEAN-PAUL II AU SACRÉ CŒUR DE MONTMARTRE (Solennité du Sacré Coeur. 28.6)

Paris (France)
Dimanche, 1er juin 1980

1. “Reste avec nous, Seigneur, car le jour est sur son déclin”[1].

Les disciples d’Emmaüs avaient le cœur déjà tout brûlant au-dedans d’eux-mêmes après avoir entendu expliquer sur le chemin, les merveilles du plan de salut révélé dans les Écritures. Par la fraction du pain, le Seigneur achève de se révéler à eux, ressuscité, dans la plénitude de son amour.

Nous sommes à Montmartre, dans la basilique du Sacré-Cœur, consacrée à la contemplation de l’amour du Christ présent dans le Saint-Sacrement.

Nous sommes au soir du premier juin, premier jour du mois particulièrement consacré à la méditation, à la contemplation de l’amour du Christ manifesté par son Sacré-Cœur.

Ici, jour et nuit, des chrétiens se rassemblent et se succèdent pour rechercher “les insondables richesses du Christ”[2].

2. Nous venons ici à la rencontre du Cœur transpercé pour nous d’où jaillissent l’eau et le sang.

C’est l’amour rédempteur, qui est à l’origine du salut, de notre salut, qui est à l’origine de l’Église.
Nous venons ici contempler l’amour du Seigneur Jésus: sa bonté compatissante pour tous durant sa vie terrestre; son amour de prédilection pour les petits, les malades, les affligés. Contemplons son cœur brûlant d’amour pour son Père, dans la plénitude du Saint-Esprit. Contemplons son amour infini, celui du Fils éternel, qui nous conduit jusqu’au mystère même de Dieu.

3. Maintenant encore, aujourd’hui, le Christ vivant nous aime et nous présente son cœur comme la source de notre rédemption: “Semper vivens ad interpellandum pro nobis”[3]. A chaque instant, nous sommes enveloppés, le monde entier est enveloppé, dans l’amour de ce cœur “qui a tant aimé les hommes et qui en est si peu aimé”.

“Je vis, dit saint Paul, dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est livré pour moi”[4]. La méditation de l’amour du Seigneur passe nécessairement par celle de sa passion: “Il s’est livré pour moi”. Ceci implique que chacun prenne conscience non seulement du péché du monde en général, mais de ce péché par lequel chacun est réellement en cause, négativement, dans les souffrances du Seigneur.

Cette méditation de l’amour manifesté dans la passion doit aussi nous conduire à vivre conformément aux exigences du baptême, à cette purification de notre être par l’eau jaillie du cœur du Christ; à vivre conformément à l’appel qu’il nous adresse chaque jour par sa grâce. Puisse-t-il nous donner maintenant “de veiller et de prier” pour ne plus succomber à la tentation. Qu’il nous donne d’entrer spirituellement dans son mystère; d’avoir en nous, comme dit encore saint Paul, les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus… “qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort”[5].

Par là, nous sommes appelés à répondre pleinement à son amour, à lui consacrer nos activités, notre apostolat, toute notre vie.

4. Ce mystère de l’amour du Christ, nous ne sommes pas appelés à le méditer et à le contempler seulement; nous sommes appelés à y prendre part. C’est le mystère de la Sainte Eucharistie, centre de notre foi, centre du culte que nous rendons à l’amour miséricordieux du Christ manifesté dans son Sacré-Cœur, mystère qui est adoré ici nuit et jour, dans cette basilique, qui devient par là-même un de ces centres d’où l’amour et la grâce du Seigneur rayonnent mystérieusement mais réellement sur votre cité, sur votre pays et sur le monde racheté.

Dans la sainte Eucharistie, nous célébrons la présence toujours nouvelle et active de l’unique sacrifice de la Croix dans lequel la Rédemption est un événement éternellement présent, indissolublement lié à l’intercession même du Sauveur.

Dans la sainte Eucharistie, nous communions au Christ lui-même, unique prêtre et unique hostie, qui nous entraîne dans le mouvement de son offrande et de son adoration, Lui qui est la source de toute grâce.

Dans la sainte Eucharistie – c’est aussi le sens de l’adoration perpétuelle – nous entrons dans ce mouvement de l’amour d’où découle tout progrès intérieur et toute efficacité apostolique: “Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes”[6].

Chers Frères et Sœurs, ma joie est grande de pouvoir finir cette journée dans ce haut lieu de la prière eucharistique, au milieu de vous, réunis par l’amour envers le divin Cœur. Priez-le. Vivez de ce message qui, de l’Évangile de saint Jean à Paray-le-Monial, nous appelle à entrer dans son mystère. Puissions-nous tous “puiser avec joie aux sources du salut”[7], celles qui découlent de l’amour du Seigneur, mort et ressuscité pour nous.

C’est à lui que je recommande aussi ce soir votre pays et toutes vos intentions apostoliques. De grand cœur, je vous donne ma Bénédiction.

 

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