LECTURES POUR LA FOI ET LA MÉDITATION, HOMÉLIE À LA MESSE DU DIMANCHE ET COMMENTAIRE

22 juin, 2007

 

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Je mets le lien vers « EAQ », vous trouverez les lectures du jour, le commentaire à la lecture et, si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir et lire la lecture des journaux précédant et suivant celle de la journée en cours, c’est le site «Evangile au Quotidien  » que vous connaissez déjà bien:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php

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SUR  LES ANGES LIEN À UN BEAUX SITE:

SPIRITUALITE CHRETIENNE -ANGES GARDIEN

http://spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/news-512.html

PENTECOTE 2009

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS


Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13

30 mai, 2007

1 Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis* comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante. 2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien. 3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien. 4 L’amour use de longanimité ; il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas ; il ne s’enfle pas d’orgueil ; 5 il n’agit pas avec inconvenance ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’irrite pas ; 6 il n’impute pas* le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité ; 7 il supporte* tout, croit tout, espère tout, endure tout. 8 L’amour ne périt jamais. Or y a-t-il des prophéties ? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? elle aura sa fin. 9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; 10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin. 11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; quand je suis devenu homme, j’en ai fini avec ce qui était de l’enfant. 12 Car nous voyons maintenant au travers d’un verre*, obscurément, mais alors face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu. 13 Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.

Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13 dans Pape Benoit

image du site:

http://santiebeati.it/index.html

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J’AI OUVERT EN ITALIEN UN BLOG SUR SAINT PAUL, EN FRANÇAIS NE SERAIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE,  JE METS LA CATÉGORIE DE SAINT PAUL SUR CE BLOG ET TOUT CE QUE JE PEUX METTRE EN FRANÇAIS JE LE METS, NE PEUX PAS RÉCUPÉRER LES ÉCRITS SUR SAINT PAUL LORSQUE J’AI OUVERT CE BLOG, JE COMMENCE D’AUJOURD’HUI:

http://gabriellaroma.unblog.fr/tag/saint-paul/

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BASILIQUE SAINT PAUL HORS LES MURS, À ROME

Année Paulinienne

http://www.annopaolino.org/interno.asp?id=1&lang=fra

HOMÉLIE DU 32E DIMANCHE ORDINAIRE A

10 novembre, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

en

parabole de dix vierges

HOMÉLIE DU 32E DIMANCHE ORDINAIRE A

Sg 6, 12-16 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13

Le projet de Dieu, écrivait récemment un moine, disparaît facilement sous les tracas du quotidien. Il semble même mis en défaut par l’épreuve de la mort. Or, ce projet est de nous réunir tous, vivants, dans la vie même de Dieu, l’éternel Vivant. Aujourd’hui, dans les textes bibliques, il est précisément question de deux sœurs jumelles : Sagesse et Espérance.
La première s’appelle en réalité Sophie. C’est une personne extraordinaire, aimable et intelligente comme pas deux. Un esprit aussi ouvert que remarquable. Dès qu’on a fait sa connaissance, aussitôt c’est l’éloge. On devient même avide de recourir à ses conseils, de se mettre à son école. Ce qui est passionnant, tant pour le cœur que pour l’esprit.
Mais, qui est donc cette perle rare que je vous invite à mieux connaître et à mieux chérir, pour que votre vie soit transformée, embellie et réussie ? Sophie c’est Sophia, la Sagesse… Non pas la sagesse du monde, qui prétend tout savoir, mais la sagesse même de Dieu, qui permet à ceux et celles qui la reçoivent, de goûter et de communiquer les choses spirituelles. De se conduire aussi avec mesure et bon sens, comme l’a écrit l’apôtre Paul. Nous avons besoin de cette sagesse pour vivre intelligemment, pour bien gérer les biens qui nous sont confiés et être toujours prêts à en rendre compte. Car, ne l’oublions pas, c’est à chaque instant que nous pouvons nous trouver devant le dernier passage.
D’ailleurs, dans l’évangile de ce jour et dans les pages précédentes, Jésus multiplie les exhortations à la vigilance. Il a pris l’exemple du déluge, puis celui du voleur, celui des deux esclaves, et maintenant la parabole des vierges sages, c’est-à-dire PREVOYANTES. Tout le contraire des vierges un peu folles. Et toujours ce refrain lancinant, qui sert chaque fois de conclusion : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure du retour du maître. » Ce qui est bien vrai.
Or, on n’entre pas dans le royaume de Dieu avec des privilèges ou des passe droits. Il ne suffit pas de brandir son certificat de baptême. Quand j’avais 13-14 ans, on nous disait à l’école que le salut éternel était garanti SI nous étions fidèles à la communion 9 premiers vendredis du mois consécutifs… (Quelle inquiétude quand on en manquait un !). L’intention était de nous encourager à participer à l’eucharistie… Mais cela ne venait certes pas tout droit de l’évangile.
Aujourd’hui encore, nous restons très sensibles à des recettes, des sécurités, des assurances tous risques, qui pourraient nous donner facilement bonne conscience. Alors que l’important, c’est de maintenir en activité la lanterne de notre foi et de disposer toujours d’une réserve d’huile suffisante, qui est celle de la charité. L’indispensable, c’est d’être toujours prêt à rencontrer le Seigneur dans le quotidien et sous quelque forme qu’il nous apparaisse : le pauvre, l’étranger, le malade, le blessé, l’émigré, notre adversaire qui espère le pardon. Il nous faut donc apprendre à gérer intelligemment notre vie. Sans chercher partout, pour autant, des moyens extraordinaires, alors que nous les avons à portée de main. C’est bien l’occasion aujourd’hui de lire les chapitres 6,7 et 8 du livre de la Sagesse. « Elle est facile à trouver pour ceux qui la cherchent… Se passionner pour elle, c’est l’achèvement de la pleine intelligence… Elle est pour tous et chacun un inépuisable trésor ». La véritable intelligence s’acquiert et l’esprit de sagesse aussi.
Mais, comment, direz-vous ? Par l’écoute de la Parole, le Verbe de Dieu, Jésus, le Christ. Par la prière aussi, car Dieu est le guide de la sagesse et l’inspirateur des sages. En somme, le Seigneur et la Sagesse c’est tout un. Qui les cherche, les trouve. D’autant plus qu’ils se laissent trouver. Mieux encore, ils prennent même l’initiative : Dès le matin, ils sont prêts à nous faire découvrir des merveilles. Tout au long de la journée, ils nous précèdent et nous attendent. Ils frappent à notre porte. Il suffit de les faire entrer pour qu’aussitôt bien des richesses, des rêves et des ambitions apparaissent comme une fumée de vanité.
Quand on possède un brin de cette sagesse, bien des choses et des situations se relativisent. Même la santé, même la beauté, même la gloire. La sagesse est un trésor inépuisable, qui épanouit et qui comble. Ceux et celles qui l’acquièrent, dit le prophète, obtiennent l’amitié de Dieu. Plus prosaïquement, disons qu’on n’est jamais chrétien définitivement. On le devient chaque jour. Nous sommes des pèlerins. Il s’agit donc de rester des chercheurs et des veilleurs. D’où l’importance des étapes, dont celles de l’eucharistie. Elle nous offre la Parole de sagesse, la rencontre avec le Seigneur, et avec des frères et sœurs embarqués dans la même aventure. L’occasion aussi de faire provision d’huile. La récente fête de la Toussaint, comme celle du souvenir de nos défunts, nous invitent à être toujours prêts. Mais pour être vraiment sages et intelligents, la foi et l’amour doivent être vécus dans le goutte à goutte de l’ordinaire quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1928 – 2008

PAPE FRANÇOIS – (la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne)

8 novembre, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20171025_udienza-generale.html

la mia e it il profeta Elia

Le prophète Elie

PAPE FRANÇOIS – (la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 25 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

C’est la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne, qui nous a accompagnés depuis le début de cette année liturgique. Et je conclurai en parlant du paradis, comme objectif de notre espérance.
«Paradis» est l’un des derniers mots prononcés par Jésus sur la croix, adressé au bon larron. Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Sur la croix, Jésus n’est pas seul. A côté de lui, à droite et à gauche, il y a deux malfaiteurs. Sans doute, en passant devant ces trois croix élevées sur le Golgotha, certains poussèrent un soupir de soulagement en pensant qu’enfin, justice était faite en mettant à mort de telles personnes.
A côté de Jésus, il y a également quelqu’un qui s’avoue coupable: quelqu’un qui reconnaît avoir mérité ce terrible supplice. Nous l’appelons le «bon larron» qui, s’opposant aux autres, dit: nous recevons ce que nous avons mérité pour nos actions (cf. Lc 23, 41).
Sur le Calvaire, ce vendredi tragique et saint, Jésus arrive au sommet de son incarnation, de sa solidarité avec nous pécheurs. Là se réalise ce que le prophète Isaïe avait dit du serviteur souffrant: «Il a été compté parmi les criminels» (53, 12; cf. Lc 22, 37).
C’est là, sur le Calvaire, que Jésus a le dernier rendez-vous avec un pécheur, pour lui ouvrir à lui aussi toutes grandes les portes de son Royaume. Cela est intéressant: c’est la seule fois que le mot «paradis» apparaît dans les Evangiles. Jésus le promet à un «pauvre diable» qui sur le bois de la croix, a eu le courage de lui adresser la plus humble des requêtes: «Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume» (Lc 23, 42). Il n’avait pas d’œuvres de bien à faire valoir, il n’avait rien, mais il se confiait à Jésus, qu’il reconnaît comme innocent, bon, si différent de lui (v. 41). Ce mot d’humble repentir a suffi pour toucher le cœur de Jésus.
Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu: que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons la nostalgie de son amour. Dans les chambres de nombreux hôpitaux ou dans les cellules des prisons, ce miracle se répète d’innombrables fois: il n’y a aucune personne, pour autant qu’elle ait mal vécu, à laquelle ne reste que le désespoir et la grâce soit interdite. Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui s’était arrêté en prière au fond du temple (cf. Lc 18, 13). Et chaque fois qu’un homme, faisant le dernier examen de conscience de sa vie, découvre que les fautes dépassent de loin les œuvres de bien, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu. Et cela nous donne de l’espoir, cela nous ouvre le cœur!
Dieu est le Père, et jusqu’au dernier moment, il attend notre retour. Et au fils prodigue revenu, qui commence à confesser ses fautes, le père le fait taire en le prenant dans ses bras (cf. Lc 15, 20). Voilà Dieu: c’est ainsi qu’il nous aime!
Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, ni un jardin enchanté. Le paradis est le baiser de Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort en croix pour nous. Là où il y a Jésus, il y a la miséricorde et le bonheur; sans Lui, il y a le froid et les ténèbres. A l’heure de la mort, le chrétien répète à Jésus: «Souviens-toi de moi». Et même si plus personne ne se souvenait de nous, Jésus est là, à nos côtés. Il veut nous emmener dans le lieu le plus beau qui existe. Il veut nous y emmener avec ce peu ou ce grand bien qu’il y a eu dans notre vie, afin que rien ne soit perdu de ce qu’il avait déjà racheté. Et dans la maison du Père, il apportera également tout ce qui en nous a besoin de rachat: les fautes et les erreurs de toute une vie. Tel est l’objectif de notre existence: que tout s’accomplisse, et soit transformé en amour.
Si nous croyons cela, la mort cesse de nous faire peur, et nous pouvons également espérer quitter ce monde sereinement, avec une grande confiance. Qui a connu Jésus ne craint plus rien. Et nous pourrons répéter nous aussi les paroles du vieux Syméon, lui aussi béni par la rencontre avec le Christ, après toute une vie passée dans l’attente: «Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut» (Lc 2, 29-30).
Et à cet instant, enfin, nous n’aurons plus besoin de rien, nous ne verrons plus de façon confuse. Nous ne pleurerons plus inutilement, parce que tout est passé; même les prophéties, même la connaissance. Mais l’amour non, lui demeure. Parce que «la charité ne passe jamais» (cf. 1 Co 13, 8).

 

LA NUIT, A QUOI VOS NUITS RESSEMBLENT-ELLES ?

7 novembre, 2017

http://biblique.blogspirit.com/archive/2006/05/19/la-nuit.html

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« jour e nuit » (biblique)

LA NUIT, A QUOI VOS NUITS RESSEMBLENT-ELLES ?

(de l’Eglise Protestante)

La question est indiscrète !
La nuit est mystérieuse, la nuit est confidentielle, la nuit est réservée, la nuit est privée… de la lumière, des regards, de la course du soleil qui dit que le temps passe, la nuit est privée de repères auxquels on ne pense pas, tellement on y est habitué.
La nuit est un autre monde, la nuit est un autre temps ; un temps variant, les nuits sont plus ou moins longues sous nos latitudes selon les saisons, entre huit et seize heures tout de même, c’est finalement beaucoup de temps dans une année, dans une vie, et bien plus de mille et une nuits !
On n’est jamais très loin de la nuit, celle qui est passée ou celle à venir, quelques heures tout au plus, à peine.
Attendue ou redoutée, la nuit qui vient vient sûrement, un jour – une nuit, un jour – une nuit, tic tac d’une lente pendule immuable et indifférente à toute autre considération.

Un mot de la Bible, le mot ‘nuit’ …
par Dominique HERNANDEZ
Mais pourtant, tout à la fin, tout à la fin de la Bible, le livre de la Révélation, l’Apocalypse, offre dans sa vision finale au chapitre 21 une nouvelle terre sans mer et au chapitre 22 une ville sans nuit :
“Il n’y aura plus de nuit
et ils n’auront plus besoin de la lumière d’une lampe,
ni de celle du soleil
car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière.”
Plus de nuit, place à la lumière qui repousse la nuit, la chasse, l’élimine, mais alors plus d’alternance, plus de rythme, plus de temps qui passe, peut-être plus de temps du tout, inimaginable vision que celle de l’Apocalypse quand l’existence humaine est toute inscrite dans ce rythme du temps.
A l’autre bout de la Bible, au début, la Genèse décrit le temps, jour et nuit, lumière et obscurité, comme effet de la première parole créatrice (Genèse 1,3-5). La nuit est le nom de l’obscurité, nom donné une fois que la lumière est créée et appelée “jour”. Mais au commencement, était l’obscurité, qui couvrait les eaux, obscurité totale, ténèbres, obscurité sans limite, sans rien à discerner, obscurité sans mouvement, sans contenu, donc obscurité où tout peut commencer. Définie entre les marges de la lumière du jour et en contraste par rapport à elle, l’obscurité ainsi maîtrisée peut recevoir son nom : nuit.
Cette nuit n’est ni mauvaise, ni effrayante ni redoutable en elle-même. Ainsi le prophète Jérémie rappelle l’alliance du Seigneur avec la nuit et le jour (Jérémie 33,20), le psalmiste affirme que la nuit connaît et célèbre la gloire de Dieu :
“Les cieux racontent la gloire de Dieu,
le firmament proclame l’œuvre de ses mains.
Le jour en prodigue au jour le récit,
la nuit en donne connaissance à la nuit.”
(Psaume 19,1-3)
Le jour, la nuit, le temps, ceci est bon n’est-ce pas ?
L’obscurité et la nuit sont aussi bien autre chose que cet espace de temps compris entre apparition et disparition de la lumière du soleil. Poètes et mystiques, amoureux et prédicateurs évoquent des nuits sans rapport avec l’astre diurne, les nuits du doute, de l’absence, du deuil, les nuits de l’aveuglement, de la souffrance.
Mais dans la Bible, la plupart des nuits sont des nuits naturelles, des unités de temps prenant place dans un récit comme suite d’un jour ; la métaphore est peu employée, dans l’écriture du moins, car à la lecture, ce peut être différent…
L’intérêt de la nuit réside particulièrement dans deux aspects : l’obscurité et le sommeil car pour les êtres diurnes que sont les humains, le repos et le sommeil viennent avec l’obscurité.
La nuit, c’est le temps du secret, de la clandestinité, se cacher, s’enfuir, se dissimuler, trahir, renier.
Le Livre des Actes raconte que l’apôtre Paul se fait beaucoup d’ennemis à cause de la prédication de l’Evangile et qu’il doit souvent fuir. La nuit se prête mieux que le jour à ces départs précipités. Ainsi à Damas, Saul, qui n’est pas encore appelé Paul, est descendu par ses disciples dans une corbeille, la nuit, le long de la muraille afin d’échapper à un complot visant à le faire périr (Actes 9,25). Paul et Silas quittent aussi nuitamment et rapidement Thessalonique où l’agitation de la foule et des autorités de la ville les met en péril (Actes 17,10).
C’est également la nuit raconte l’évangéliste Matthieu que Joseph part pour l’Egypte avec son épouse Marie et l’enfant nouveau-né, Jésus que le roi Hérode veut faire tuer (Matthieu 2,14).
L’ombre cache ceux qui fuient, l’agitation et la circulation des jours s’apaisent la nuit.
L’obscurité dissimule les entreprises inavouables, comme celle de Saül qui va consulter la nécromancienne d’Ein-Dor, allant par là même à l’encontre de l’interdiction qu’il a lui-même promulguée, mais il cherche l’avis d’un mort, le prophète Samuel, que la nécromancienne lui fera voir et entendre (1 Samuel 28).
De même, les évasions sont plus certaines la nuit, même quand un ange, ou un tremblement de terre tout à fait providentiel, permet à Pierre (Actes 17,6 et suivants), ou à Paul et Silas (Actes 16,25), de rejoindre leurs amis hors de leur geôle.
Mais la nuit, quand on ne voit plus très bien, quand on n’est plus certain de ce qui est autour, de ce qui arrive, alors se dissolvent des assurances, des décisions, des fidélités, la force de les maintenir et la force qu’elles procuraient. L’obscurité devient ténèbre, sans fond, sans discernement, totale.
Pierre renie trois fois Jésus dans la nuit où il fut livré, celle qui avait commencé avec le repas, le pain et la coupe partagés. Pierre ne veut pas être reconnu pour qui il est, mais même la nuit se dérobe devant certaines perspicacités ou certaines obstinations (Marc 14,66 et suivants).
Paradoxalement, l’obscurité de la nuit révèle des réalités cachées le jour quand elles étaient maîtrisées par la lumière, le cours du temps et des choses. Mais la nuit, on ne voit pas, on ne sent pas le temps passer et ce qui était recouvert par l’entrain du jour apparaît, ombre plus sombre dans l’obscurité, honte dévoilée hors de la lumière.
La nuit c’est le temps de la trahison, la trahison entraîne toujours la nuit, baiser de Judas, fuite des disciples, tromperie, dispersion, abandon se conjuguent mieux dans l’obscurité, illusoire cachette des lâchetés… et des remords.
La nuit, c’est le temps des secrets, à faire, à recevoir : c’est la nuit que Nicodème va trouver Jésus (Jean 3,2), c’est la nuit qu’il se met en quête de ce qui lui a échappé le jour, nuit favorable à la concentration, à la discrétion nécessaires au dévoilement ou à la révélation de l’intime.
Mais il se peut aussi que l’intime déborde, que ce qui est dans le cœur emporte la pudeur, le courage, la maîtrise des émotions,
et le psaume 6 ne cache rien de ces nuits agitées de peurs et de pleurs :
«Je suis épuisé à force de gémir.
Chaque nuit les larmes baignent mon lit,
mes pleurs inondent ma couche.»

La plainte est reprise par Job :
«La nuit perce mes os et m’écartèle ;
et mes nerfs n’ont pas de répit.»
(Job 30,17)

Job assailli de malheurs n’a d’abord plus d’espoir et attend “le pays de ténèbre et d’ombre de mort, où l’aurore est nuit noire, où l’ombre de mort couvre le désordre et la clarté y est nuit noire.” (Job 10,22). La nuit est ici chargée des symboles de mort, mais sur cet aspect de la nuit, la Bible n’est pas univoque.
Lourde est ainsi la nuit de Gethsémanée (Marc 14,32 et suivants) où le sommeil de ses disciples laisse Jésus affronter seul dans la prière l’angoisse de la mort approchant, nuit noire, car les lumières de la nuit ne sont pas seulement la lune et les étoiles, mais les présences aimantes et aimées qui l’habitent avec vous.
Trop de sommeil sur les disciples qui ne peuvent veiller. Pourtant la nuit est le temps de la veille, comme les bergers veillent sur leurs troupeaux dans les champs, comme les gardes veillent sur les murs et aux portes de la ville, tous ceux qui attendent le jour et l’heure où tous les chats ne seront plus gris. Le veilleur accompagne la nuit, il s’y plonge pour mieux la connaître, il l’apprivoise pour ne pas y être englouti, il s’y tient prêt, à quoi ?
Il ne sait pas forcément et quand il le sait, il ne veut pas le manquer, voleur dans la maison ou… ou Seigneur de la maison (Matthieu 24,43) !
Vigilance, attente, la veille est exigeante, elle requiert une présence complète. La première nuit de veille dans la Bible est celle de la première Pâque, le repas pris debout, sandales aux pieds, la ceinture autour des reins et bâton à la main, juste avant de partir, avant de sortir de la servitude en Egypte :
”Ce fut là une nuit de veille pour le Seigneur
quand il les fit sortir du pays d’Egypte.
Cette nuit-là appartient au Seigneur,
c’est une veille pour tous les fils d’Israël, d’âge en âge.”
(Exode 12,42)
Une nuit pour une mémoire sans fin, un mémorial transmis sans rupture, mais repris dans une autre nuit pour une nouvelle mémoire qui transforme en veilleurs de chaque instant ceux qui la gardent.
Ce n’est pourtant pas le veilleur aux yeux écarquillés -car les humains ne sont pas nyctalopes comme les animaux nocturnes- qui verra ce qui est souvent donné à voir dans les nuits de la Bible. C’est celui qui dort, c’est celui qui a sombré dans le sommeil qui bénéficiera d’une vision. La nuit, c’est le temps des songes.
L’apôtre Paul, Joseph, le prophète Zacharie, le roi Salomon et Samuel, Laban le beau-père de Jacob et Jacob lui-même, Abimélek roi des Philistins reçoivent en rêve, la nuit, un message, une visite de Dieu. Abram est saisi d’une étrange torpeur au coucher du soleil au cours de laquelle le Seigneur conclut une alliance avec lui (Genèse 15,12). C’était déjà au cours d’une nuit, une nuit claire et remplie d’étoiles que le Seigneur avait promis à Abram une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel (Genèse 15,5).
La nuit, dans l’obscurité, les couleurs s’effacent, les formes s’estompent, les différences sont moins évidentes, moins visibles. La nuit, dans le sommeil, les rigidités s’assouplissent, les frontières s’abolissent. Celui qui dort devient disponible à autre chose, une autre parole, un autre geste, une nouvelle compréhension, une nouvelle décision. C’est dans la nuit que le songe éclaire une situation, une promesse, un avenir.
Alors est-ce seulement la nuit qui porte conseil ?
Entre deux jours, entre coucher et lever du soleil, la nuit pose un passage ni plus ni moins délicat que tout autre passage ; elle n’est ni plus ni moins ambiguë que le jour, différente seulement. Entre jour et nuit, entre nuit et jour, ni jour ni nuit, il y a ces temps un peu imprécis, l’aube et le crépuscule, où la nuit avance et se retire doucement comme la marée du temps donné aux activités et aux rêves. Puisse votre prochaine nuit être bonne.

Dominique HERNANDEZ

LA VRAIE BEAUTÉ DE JÉSUS

6 novembre, 2017

https://www.disciples-de-christ.org/fr/jesus-ce-celebre-inconnu/la-vraie-beaute-de-jesus

fr cristo lo sposo fr

Christ l’Époux

LA VRAIE BEAUTÉ DE JÉSUS

Par Joël Chédru le mardi, 11 décembre 2012.

Une petite fille, qui était assise sur les genoux de sa mamy lui posa cette question pour le moins surprenante : « Mamy, pourquoi ton visage est tout rayé ? » Bien sûr, cette réflexion d’une enfant peut faire sourire. Cette mamy d’un âge très avancé avait un visage sillonné de rides. Sans vouloir vexer qui que ce soit, nous savons très bien que la vieillesse n’embellit personne. Mais, comme l’a dit quelqu’un : « La vraie beauté, c’est celle du cœur ! »
La Bible dit : « Recherchez plutôt la beauté de l’être intérieur, la parure impérissable d’un esprit doux et paisible, qui est d’une grande valeur aux yeux de Dieu » (1 Pierre 3/4 Français courant).
Au gré de leur imagination, bien des artistes ont représenté Jésus au visage rayonnant d’une grande beauté. Mais aucun texte de l’Ecriture, qui est la vérité, ne nous laisse entendre cela. La Bible ne nous dit rien concernant l’aspect physique de Jésus, si ce n’est cette prophétie d’Esaïe qui nous le révèle tel qu’il est apparu à ses contemporains : « Il n’avait ni beauté ni éclat pour attirer nos regards et son aspect n’avait rien pour nous plaire » (53/2).
La Bible dit : « Il a paru comme un simple homme » (Philippiens 2/8). Voici ce qui est écrit sur ses contemporains, ceux qui habitaient à Nazareth où Jésus avait été élevé, et qui connaissaient bien sa famille : « Quand ils l’entendirent, ils étaient étonnés et disaient : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-ce pas le fils du charpentier ? N’est-ce pas Marie qui est sa mère ? Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? » (Marc 6/3). C’était un homme parmi les hommes, un Juif parmi les Juifs.
Ce n’est pas en compagnie de l’aristocratie et des grands de ce monde que l’on trouve le Fils de Dieu, mais plutôt au milieu de la souffrance et de la détresse humaines. Alors qu’il se trouve dans la synagogue de Nazareth le jour du sabbat, il se lève pour faire la lecture d’un passage des Ecritures :
« Ayant déroulé le livre du prophète Esaïe, il trouva l’endroit où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur » (Luc 4/17-19).
Dans le Psaume 45, qui est reconnu comme un Psaume messianique, à cause de sa description prophétique du Messie, et qui entrevoit le futur avènement du Roi des rois, du Messie d’Israël, Chef de l’Eglise et Sauveur du monde, nous lisons ces paroles : « Tu es le plus beau des fils de l’homme » (45/3).
Sa véritable beauté ne résidait pas dans son aspect physique, extérieur et visible de tous, mais dans sa véritable identité, dans sa nature, dans son caractère, dans sa sagesse, dans la noblesse de ses sentiments, dans sa grandeur d’âme, dans les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.
La beauté est par définition ce qui éveille un plaisir admiratif. On parlera de la beauté d’un paysage, d’un tableau, d’une œuvre d’art. La beauté, c’est aussi ce qui éveille l’admiration par ses qualités morales et intellectuelles. On parlera de la beauté d’un sentiment, d’un geste, d’une âme. Cette beauté évoque aussi une idée de noblesse, de supériorité morale. C’est en cela que Jésus est « le plus beau des fils de l’homme. »

« Il est saint, innocent, irréprochable, parfait »
(Hébreux 7/26-28).

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE A

3 novembre, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

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suivant l’Évangile d’aujourd’hui: Matthieu 23, 1-12

HOMÉLIE DU 31E DIMANCHE ORDINAIRE A

Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10 ; 1 Th 2, 7b-9.13 ; Mt 23, 1-12

« Malheur à ceux et celles qui ont récupéré Dieu à leur profit ». C’est par cet avertissement sévère que le missel Emmaüs introduit la liturgie de ce jour. En précisant que « la tentation de récupérer la religion, menace tous les croyants ». Dont nous sommes. Et il pointe du doigt les « bien-pensants », suffisamment orgueilleux pour se considérer « comme les détenteurs de la vérité », jusqu’à « écraser de leur prétention les gens simples, qui ont soif de spiritualité authentique ».
Ces propos musclés sont illustrés par le prophète Malachie, qui s’adresse d’abord aux prêtres, puis au peuple. Paul témoigne ensuite : « Je ne suis pas moins exigeant pour moi-même que pour les autres, que je traite d’ailleurs avec la douceur d’une mère ». Quant à Jésus, il fustige les gardiens de la Loi, qui enseignent très bien ce qu’il faut faire, mais sans le faire eux-mêmes. Ou encore, qui donnent la priorité absolue à la lettre plutôt qu’à l’esprit. Or, la vraie fidélité n’est pas une soumission aveugle ou paresseuse, comme celle des esclaves envers leur maître ou leur gourou. Elle est, au contraire, « dynamique et inventive ».
Ainsi, à quoi sert cette Loi, présentée comme Loi de Dieu ? A susciter la confiance et lui exprimer notre amour. Mais, selon le livre de Malachie, au 5e siècle avant Jésus Christ, des prêtres du Temple avaient fait de la Loi sainte « une occasion de chute pour la multitude ». Un obstacle ! Le nouveau Temple était magnifique, les cérémonies éblouissantes, mais sans effet sur la vie. Un culte « dégénéré et perverti » parce que démenti par le comportement quotidien.
Jésus, lui aussi, interpelle ceux qui avaient mission d’enseigner la Loi et les prescriptions de Moïse dans les « chaires de vérité » des synagogues. Pourquoi ? Ils ont écrasé les fidèles avec des lois et des règlements aussi lourds que minutieux, parfois même tout à fait inutiles. Et pour comble, ils les imposent sans les observer eux-mêmes. « Ils disent et ne font pas ».
Vus de l’extérieur, ils débordent de piété et de pratiques ostentatoires, mais elles sont sans véritable lien avec l’incarnation de la foi. De plus, ils brandissent constamment la lettre plutôt que l’esprit, le droit et le dogme plutôt que l’amour et la justice. Exactement à l’inverse de Jésus qui, lui, « accomplit la Loi avec douceur, plein d’attention pour ceux et celles qui peinent ».
Ce qui veut dire que j’ai, et que nous avons tous, un grand besoin de leçons d’humilité et de véritable humanité.
Jésus, écrit Anselm Grün, un mystique de notre temps, « veut une théologie de la miséricorde et non du mépris. Une morale compréhensible, non une morale qui asservisse et suscite la mauvaise conscience » (A. Grün, Evangile de Matthieu, p 102, Ed. Bayard).
Au 9e siècle, à une époque où les clercs avaient déjà monopolisé les ministères et les responsabilités dans l’Eglise, saint Paschase disait à propos de cet évangile : « Le Seigneur … prescrit à tous de ne pas se laisser entraîner par l’avidité à rechercher les honneurs ». Par contre, ce qu’il faut chercher, c’est « aider et servir tous les êtres humains, plutôt que d’être aidé et servi par tous. Car le désir d’être servi procède de l’orgueil pharisaïque et le désir de servir naît de la sagesse et de l’enseignement du Christ ».
C’est précisément de cet esprit de service que Paul pouvait se glorifier. Aujourd’hui, les responsabilités de service dans l’Eglise sont davantage partagées. Mais le goût du pouvoir et des privilèges aussi, toujours accompagnés d’ambition et d’autoritarisme. Personne n’est à l’abri, que l’on soit cardinal ou évêque, prêtre, catéchiste ou en charge de la moindre responsabilité pastorale. Ce qui vaut tout autant pour les responsabilités politiques, sociales, culturelles, ou celles du simple citoyen.
Le Père Lebret, inspirateur de l’encyclique sur « Le développement des peuples » (Populorum progressio), signée par Paul VI en 1967, écrivait à propos des bien-pensants : » Beaucoup n’ont qu’un christianisme de façade, conventionnel… L’âme est vide d’Evangile… Pour eux, il ne s’agit pas avant tout du grand combat de la foi, de la bataille pour la justice, d’amour effectif de leurs frères et sœurs humains… Ayant amené l’univers à leur service, ils sont éternellement les conservateurs pour qui le problème essentiel est la conservation de privilèges… Ils ne sont plus centrés sur le service… Ils n’ont pas l’angoisse de la misère humaine. Assurés de la justice de leur cause qu’ils confondent avec la cause de Dieu. »… Ne disons pas trop vite : ce n’est pas pour moi. Cela mérite, de toute manière, réflexion.
L’Evangile de paix, en effet, nous invite constamment à la communion de l’amour et de la justice, avec beaucoup d’humanité, sans quoi il n’y a pas de fidélité possible à Dieu et à son Alliance. La Bonne Nouvelle du Verbe, Parole et Pain partagé, doit être transmise en paroles et en actes, pour que nous puissions chanter avec le psaume : « Fidélité et vérité se rencontrent. Paix et justice s’embrassent » (Ps 85, 84).
Nous avons vraiment du pain sur la planche.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DE LA TOUSSAINT

31 octobre, 2017

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/archive/2008/10/28/homelie-de-la-toussaint.html

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HOMÉLIE DE LA TOUSSAINT

Ap 7, 2-4, 9-14 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12

Dans l’immense vitrine qui donne sur les grandes artères du monde, l’Eglise expose ses meilleurs produits, d’authentiques réussites, portant label de qualité. Ce sont les bienheureux, saints et saintes, officiellement et publiquement béatifiés ou canonisés pour comportement héroïque. Mais l’entrée de l’établissement est libre et l’intérieur vous offre un choix considérable et très varié d’articles de même qualité, mais démarqués et mêlés aux produits ordinaires. Ce sont les bienheureux, saints et saintes sans étiquettes. Des exemplaires de la sainteté commune. Des produits blancs, sans auréole et qui n’ont pas de place au calendrier des saints. Ils sont hors catalogue.
Il est bon de conserver à l’esprit cette image comparative pour mieux comprendre le sens évangélique et donc exact de la sainteté. Le sujet est de circonstance puisque, en célébrant la Toussaint, l’Eglise nous redit que nous sommes tous appelés à la sainteté. D’où l’extrême importance de comprendre aussi bien que possible ce qu’est un saint ou en quoi consiste la sainteté.
Qu’est-ce qu’un saint ? Réponse spontanée d’un adulte : un personnage exceptionnel, canonisé, qui fait l’objet d’un culte. Réponse délicieuse d’un enfant à cette même question : les saints sont de grandes statues en plâtre, debout, sur un piédestal.
Si vous considérez la littérature pieuse et de pure dévotion particulièrement peu crédible, on dira que les saints révèlent leur vocation exceptionnelle dès leur plus tendre enfance et même parfois avant leur naissance. Mais la sainteté officiellement reconnue débute au IVe siècle. Au commencement étaient les martyrs… Tout au long de l’histoire, les critères ont évolué selon les papes et selon les périodes. La reconnaissance de la sainteté fut d’abord populaire, vox populi, vox Dei. Elle fut ensuite épiscopale, puis enfin papale. Et le terme « canonisé » n’apparaît qu’au début du XIe siècle (1016).
Il y a aussi une géographie de la sainteté canonisée et des politiques de canonisation. Depuis quelques années, par exemple, dans la ligne de la promotion du laïcat suscitée par Vatican II, Rome se préoccupe davantage de la canonisation de saints laïcs.
Cette histoire ne manque pas de surprises. Ainsi, Jeanne d’Arc, jugée d’abord par une centaine de prélats et de théologiens, qui l’ont condamnée à être brûlée vive, après avoir théologiquement établi qu’elle était – selon les termes mêmes de l’époque – : « menteresse, abuseresse du peuple, blasphémeresse de Dieu, idolâtre, cruelle, dissolue, invocateresse de diables, hérétique et schismatique ». Elle fut cependant béatifiée en 1909 et canonisée en 1920. Comme l’écrivait un historien : « Portée au bûcher au nom de l’orthodoxie, elle a été ensuite portée sur les autels au nom de l’orthodoxie ».
Tout cela n’est pas sans intérêt. Mais ce qui doit surtout nous intéresser aujourd’hui c’est la sainteté ordinaire. Il y a les héros, il y a aussi les fantassins. C’est cette sainteté qui nous concerne tous et directement, parce qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une vocation commune.
Strictement, Dieu seul est saint. La Bible le proclame et le répète. Mais elle proclame et répète aussi au nom du Seigneur : « Vous serez saints, parce que je suis saint ». Ou encore : « Soyez saints, car je suis saint », « Sanctifiez-vous et soyez saints », « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait », dira Jésus. Et S. Paul : « Dieu nous éduque pour nous communiquer sa sainteté ».
Si par la foi, qui est un amour, nous entrons en communication avec Dieu qui est sainteté parfaite, celle-ci se communiquera à nous dans la mesure même où grandira notre communion avec lui. « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es ». Plus nous nous laissons envahir par l’Esprit de Dieu, et donc du Christ, plus nous lui sommes fidèles, plus nous lui ressemblons, plus nous progressons en sainteté.
La vocation normale du chrétien n’est pas de se contenter de ce qui est strictement nécessaire ou prescrit. La foi est un dynamisme d’amour. Sa qualité se juge à la qualité de la communion et de ce qui en découle dans le comportement personnel et social.
Tout combat et toute initiative qui nous font sortir de la médiocrité est croissance de la sainteté. Elle est une union toujours plus grande à Dieu dans le Christ, et donc une participation de plus en plus consciente à la vie de Jésus.
Ce qui veut dire aussi que nous ne sommes pas tous appelés à la même sainteté, c’est-à-dire au même type d’union au Christ, ni à la même plénitude de vie chrétienne, ou à la même perfection de la charité. Est saint ou sainte, celui ou celle qui, dans les limites de ses caractéristiques propres, de ses qualités et des circonstances personnelles, s’ouvre à la Bonne Nouvelle et se conforme au Christ.
Il est donc totalement faux de croire que les saints canonisés par l’Eglise le sont à cause de grâces extraordinaires, comme le don de miracles et de prophétie, ou des faveurs mystiques spéciales. Les saints ne sont pas non plus des totalement « parfaits ». En fait, il n’y a pas de différence essentielle entre la sainteté héroïque et la sainteté commune. Ce sont des hommes et des femmes qui s’efforcent au jour le jour et en tout d’être fidèles à l’amour de Dieu et du prochain. « Il y eut des saints, même canonisés, de tempérament un peu rude pour eux et pour les autres », faisait remarquer le cardinal Salliège. Et un Abbé trappiste ajoutait : « Parfois, ce ne sont pas les saints que l’on devrait canoniser, mais ceux qui vivent avec eux »… Avouez que c’est très réconfortant pour nous.
Mgr Fulton Sheen, un grand spirituel qui fut archevêque de New York, affirmait tout simplement : « L’homme de Dieu ne dépense pas plus d’énergie pour vivre en saint que n’en dépensent le directeur d’une agence de publicité, un athlète ou une femme qui veut à tout prix rester jeune et mince. La différence réside seulement dans le sens des valeurs ». C’est donc à la portée de tous.
C’est en partageant la Parole et le Pain dans la célébration eucharistique que nous constituons par excellence le peuple saint, celui qui est rassemblé par l’amour et qui le rayonne dans la vie quotidienne.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

LA CRÉATION

30 octobre, 2017

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LA CRÉATION

Publié le 19 juillet 2017 par Pierre-Yves

La création
Dès la première ligne de la Genèse, nous lisons ceci : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ».
Dieu est le commencement de toutes choses. Pour créer le monde et tout ce qui nous entoure, il fallait que Dieu existe déjà. La bible ne nous parle pas de sa naissance, car chose incroyable, Dieu existe de toute éternité. Lorsque tout était néant, et qu’il n’y avait pas d’autres formes de vie, Dieu était déjà là. C’est une réalité qui nous dépasse, mais sur laquelle nous allons revenir dans un prochain article.

Par le pouvoir de sa parole, Dieu a créé le ciel, la terre, et tout ce qu’ils renferment, et chose étonnante, il a caché des indices partout dans la création pour nous aider à remonter jusqu’à lui.
Ainsi, de même qu’il est possible d’authentifier une œuvre d’art grâce à certaines techniques d’analyse, de même nous pouvons aujourd’hui identifier le Dieu créateur en contemplant l’ensemble de sa création. Il a marqué de son empreinte l’œuvre de ses mains.
D’après le psalmiste, « Les cieux racontent la gloire de Dieu, Et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains ». Psaumes 19 v. 2
L’immensité du ciel qui s’étend à perte de vue, est un langage qui nous parle, et nous révèle la gloire de Dieu, et son infini grandeur.
Au crépuscule, l’horizon se teinte de rouge, de mauve, et de rose, comme une fête de feux d’artifices, avant de retomber finalement dans la nuance.
La voûte céleste est comme un écran géant sur lequel est projeté le spectacle époustouflant des boules nuageuses bleu-gris qui s’étendent parfois sur plusieurs kilomètres.
La nuit, le ciel change de robe, et s’illumine de milliers d’étoiles pour nous offrir un spectacle hors du commun.
Ces différentes mises en scènes de l’étendue céleste, manifestent la gloire d’un Dieu, artiste créateur, qui sait mélanger les styles avec goût, et avec élégance.
En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Romains 1 v. 20
Dieu a laissé suffisamment d’indices dans l’ensemble de sa création pour nous permettre de voir à l’œil nu sa gloire qui s’étend à perte de vue.
Il y a une parfaite coordination des cycles, des époques, et des saisons. Le soleil sait à quelle heure se lever, et se coucher, les oiseaux savent à quel moment migrer. Chaque chose arrive en son temps, la faune et la flore obéissent à des lois invisibles, et cette harmonie dans l’univers rend possible la vie sur terre. Ecclésiaste 3 v. 11
Il fait toute chose bonne en son temps.
La beauté de la flore sauvage avec son assortiment de couleurs, la diversité des espèces animales, et la variété du monde végétal. Dieu a dessiné les contours, composé les couleurs, et intégré la multiplicité pour réaliser cette toile vivante, et de grandeur nature que nous pouvons admirer partout autour de nous.
L’abondance du sol et les ressources inépuisables de notre planète nous renseignent sur la richesse d’un Dieu qui donne avec largesse. Aggée 2 v. 8
L’argent est à moi, et l’or est à moi, dit l’Éternel des armées
Malgré pourtant, l’usure du temps, ainsi que les dérèglements et les perturbations climatiques, malgré le déséquilibre de l’écosystème, qui sont les conséquences du péché de l’homme, la terre n’a rien perdu de sa beauté.
Vue de l’espace, notre planète apparaît toute bleue, avec ses continents entourés d’eau. En effet, les océans, les mers, les lacs, les fleuves, et les rivières recouvrent environ 75 % de la surface totale du globe.
Malgré sa taille infime par rapport au reste de l’univers, la planète bleue est l’objet d’une attention particulière de la part du Dieu de la création.
L’immensité de l’univers et les milliards d’étoiles de notre galaxie, révèlent un Dieu créateur, dont l’infini sagesse ne font aucun doute.
D’un bout à l’autre de la bible, Dieu se révèle comme le créateur de toutes choses.
Apocalypse 4 v. 11 : Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance ; car tu as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées.
Colossiens 1 v. 16 : Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.

HOMÉLIE DU 30E DIMANCHE ORDINAIRE A

27 octobre, 2017

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Mt. 22, 34-40

HOMÉLIE DU 30E DIMANCHE ORDINAIRE A

Ex 22, 20-26 ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40

Une question peut paraître simple, mais la réponse ne l’est pas nécessairement. Rappelez-vous celle posée à Jésus par un jeune homme riche : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? ». – Et bien, garde les commandements. – Mais lesquels ?, réplique le jeune homme. Et Jésus lui en cite six, en commençant par l’interdit du meurtre et en terminant par : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »
Pour les experts de la Loi qui veulent piéger Jésus, la question est différente. Il s’agit de savoir quel est l’essentiel de la vie, le plus grand des commandements de la Loi. Ce qui, à l’époque, faisait l’objet de nombreuses discussions qui s’envenimaient en querelles d’écoles et d’interprétation. Pourquoi ? Parce que dans la Bible, les dix commandements ne se présentent pas en dix lignes, comme jadis dans notre petit catéchisme. Ils ont été détaillés, précisés, et donc gonflés par des prescriptions légales, sociales, rituelles et dévotionnelles.
Chez les Hébreux, les dix commandements, ou plus exactement les dix paroles, ont finalement été fixées à 613 commandements, dont 248 positifs et 365 négatifs. Au risque de noyer les commandements les plus essentiels sous un déluge d’obligations secondaires, ou même tout à fait marginales.
Par exemple, le premier des 248 commandements positifs, c’est de croire en l’existence de Dieu. Et le deuxième : d’affirmer son unité. D’où, négativement : 1. L’interdiction de croire en d’autres dieux ; 2. De faire une idole sculptée. Mais interdiction aussi, au numéro 4 de sculpter la statue d’un être humain. Même dans un but esthétique, pas d’images, pas de représentations de Dieu.
C’est un commandement positif, au numéro 80, de payer une offrande pour un garçon premier né. Et le numéro 81 lui est semblable, mais contrairement à ce que vous pouvez penser, ce n’est pas une offrande pour la première fille, mais pour le premier né de l’âne. Cet animal étant, faut-il le préciser, le plus précieux et le plus utile à l’époque.
Aimer son prochain, aimer l’étranger, sont les commandements positifs situés en 206e et 207e position. Au numéro 39, la Loi interdit à une femme de porter des vêtements d’hommes. Et la 40e prescription interdit à un homme de porter des vêtements de femmes. Comme dans toutes les religions, on mêle aisément les habitudes, et même les modes d’ordre culturel, avec des exigences religieuses.
Jésus, lui, ne va pas s’enliser dans les discussions habituelles où l’on coupe les cheveux en quatre. Il va tout simplement rappeler à ce docteur de la Loi le texte primitif du premier grand commandement. D’ailleurs, ils le connaissent très bien, puisqu’il fait partie de la prière que tout juif adulte et de sexe masculin est tenu de réciter deux fois par jour, « en se couchant et en se levant ». Aujourd’hui encore. « Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu. L’Eternel est Un… Sh’ma Israël… « .
Ce que Jésus y ajoute aussitôt, c’est le précepte de l’amour du prochain, qu’il présente comme « semblable au premier ». Deux inséparables. Ce qui est une innovation et une surprise. Dans l’Ancien Testament, en effet, le deuxième est énoncé séparément et noyé dans un ensemble très complexe. Bien que déjà certains grands maîtres pharisiens enseignaient comme Règle d’or : « Ce que tu n’aimes pas qu’on te fasse, ne le fais pas à ton prochain. Telle est toute la Tora, la Loi. Le reste n’est que commentaire. »
Jésus va encore plus loin. Depuis lors, le test absolu de nos relations avec Dieu, c’est notre comportement envers nos frères et sœurs humains. Il n’y en a pas d’autre. L’apôtre Jean traduira : « Comment dire que j’aime Dieu que je ne vois pas, alors que je n’aime pas mon frère que je vois » (1 Jn 4, 20).
Il suffit donc d’aimer, dira-t-on. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement face à tous les défis contemporains : Emigration, chômage, famine, violence, injustice. Il ne suffit pas de proclamer de beaux principes ni d’utiliser des formules émouvantes. La pratique, inséparable du double commandement, vise la conversion du coeur, parce que c’est là que naissent et s’enracinent la plupart des maux, tels que l’exploitation des faibles, l’abus de pouvoir, les taux usuraires, les chantages. Et tant de formes de violences physiques, verbales, psychologiques, et les violences économiques, si nombreuses et dévastatrices aujourd’hui.
C’est le cœur converti qui inspire les initiatives et les actions humaines pour en développer la fécondité, l’efficacité et le rayonnement. C’est ainsi que l’amour de Dieu et du prochain rejoint la justice, en même temps que l’action sociale et politique dans laquelle il s’incarne et leur fait porter du fruit. Voyez ces vieux textes de la première lecture. Ils nous plongent d’emblée dans notre propre actualité en évoquant le problème de l’émigration et ses tragiques conséquences :  » Tu ne maltraiteras point l’immigré qui vit chez toi. Tu ne l’opprimeras pas. Car vous avez été vous-mêmes en Egypte. Ne l’oubliez pas « . Et qui oserait jurer aujourd’hui que nous ne seront pas les immigrés de demain ?

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II AUX ARTISTES – 1999

26 octobre, 2017

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/1999/documents/hf_jp-ii_let_23041999_artists.html

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création du monde

LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II AUX ARTISTES – 1999

À tous ceux qui, avec un dévouement passionné,
cherchent de nouvelles «épiphanies» de la beauté
pour en faire don au monde
dans la création artistique.

«Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon» (Gn 1, 31).

L’artiste, image de Dieu Créateur
1. Personne mieux que vous artistes, géniaux constructeurs de beauté, ne peut avoir l’intuition de quelque chose du pathos avec lequel Dieu, à l’aube de la création, a regardé l’œuvre de ses mains. Un nombre infini de fois, une vibration de ce sentiment s’est réfléchie dans les regards avec lesquels, comme les artistes de tous les temps, fascinés et pleins d’admiration devant le pouvoir mystérieux des sons et des paroles, des couleurs et des formes, vous avez contemplé l’œuvre de votre inspiration, y percevant comme l’écho du mystère de la création, auquel Dieu, seul créateur de toutes choses, a voulu en quelque sorte vous associer.
Pour cette raison, il m’a semblé qu’il n’y avait pas de paroles plus appropriées que celles de la Genèse pour commencer la lettre que je vous adresse, à vous auxquels je me sens lié par des expériences qui remontent très loin dans le temps et qui ont marqué ma vie de façon indélébile. Par cet écrit, j’entends emprunter le chemin du dialogue fécond de l’Église avec les artistes qui, en deux mille ans d’histoire, ne s’est jamais interrompu et qui s’annonce encore riche d’avenir au seuil du troisième millénaire.
En réalité, il s’agit d’un dialogue qui non seulement est dû aux circonstances historiques ou à des motifs fonctionnels, mais qui s’enracine aussi bien dans l’essence même de l’expérience religieuse que dans celle de la création artistique. La première page de la Bible nous présente Dieu quasiment comme le modèle exemplaire de toute personne qui crée une œuvre : dans l’homme artisan se reflète son image de Créateur. Cette relation est évoquée avec une évidence particulière dans la langue polonaise, grâce à la proximité lexicale entre les mots stwórca (créateur) et twórca (artisan).
Quelle est la différence entre «créateur» et «artisan» ? Celui qui crée donne l’être même, il tire quelque chose de rien – ex nihilo sui et subiecti, dit- on en latin -, et cela, au sens strict, est une façon de procéder propre au seul Tout-Puissant. À l’inverse, l’artisan utilise quelque chose qui existe déjà et il lui donne forme et signification. Cette façon d’agir est propre à l’homme en tant qu’image de Dieu. Après avoir dit, en effet, que Dieu créa l’homme et la femme «à son image» (cf. Gn 1, 27), la Bible ajoute qu’il leur confia la charge de dominer la terre (cf. Gn 1, 28). Ce fut le dernier jour de la création (cf. Gn 1, 28-31). Les jours précédents, scandant presque le rythme de l’évolution cosmique, le Seigneur avait créé l’univers. À la fin, il créa l’homme, résultat le plus noble de son projet, auquel il soumit le monde visible, comme un immense champ où il pourra exprimer sa capacité inventive.
Dieu a donc appelé l’homme à l’existence en lui transmettant la tâche d’être artisan. Dans la «création artistique», l’homme se révèle plus que jamais «image de Dieu», et il réalise cette tâche avant tout en modelant la merveilleuse «matière» de son humanité, et aussi en exerçant une domination créatrice sur l’univers qui l’entoure. L’Artiste divin, avec une complaisance affectueuse, transmet une étincelle de sa sagesse transcendante à l’artiste humain, l’appelant à partager sa puissance créatrice. Il s’agit évidemment d’une participation qui laisse intacte la distance infinie entre le Créateur et la créature, comme le soulignait le Cardinal Nicolas de Cues : «L’art de créer qu’atteindra une âme bienheureuse n’est point cet art par essence qui est Dieu, mais bien de cet art une communication et une participation(1).
C’est pourquoi plus l’artiste est conscient du «don» qu’il possède, plus il est incité à se regarder lui-même, ainsi que tout le créé, avec des yeux capables de contempler et de remercier, en élevant vers Dieu son hymne de louange. C’est seulement ainsi qu’il peut se comprendre lui-même en profondeur, et comprendre sa vocation et sa mission.
La vocation spéciale de l’artiste
2. Tous ne sont pas appelés à être artistes au sens spécifique du terme. Toutefois, selon l’expression de la Genèse, la tâche d’être artisan de sa propre vie est confiée à tout homme : en un certain sens, il doit en faire une œuvre d’art, un chef-d’œuvre.
Il est important de saisir la distinction, mais aussi le lien, entre ces deux versants de l’activité humaine. La distinction est évidente. Une chose, en effet, est la disposition grâce à laquelle l’être humain est l’auteur de ses propres actes et est responsable de leur valeur morale; autre chose est la disposition par laquelle il est artiste, c’est-à-dire qu’il sait agir selon les exigences de l’art, en accueillant avec fidélité ses principes spécifiques(2). C’est pourquoi l’artiste est capable de produire des objets, mais cela, en soi, ne dit encore rien de ses dispositions morales. Ici, en effet, il ne s’agit pas de se modeler soi-même, de former sa propre personnalité, mais seulement de faire fructifier ses capacités créatives, donnant une forme esthétique aux idées conçues par la pensée.
Mais si la distinction est fondamentale, la relation entre ces deux dispositions, morale et artistique, n’est pas moins importante. Elles se condi tionnent profondément l’une l’autre. En modelant une œuvre, l’artiste s’ex prime de fait lui-même à tel point que sa production constitue un reflet particulier de son être, de ce qu’il est et du comment il est. On en trouve d’innombrables confirmations dans l’histoire de l’humanité. En effet, quand l’artiste façonne un chef-d’œuvre, non seulement il donne vie à son œuvre, mais à travers elle, en un certain sens, il dévoile aussi sa propre personnalité. Dans l’art, il trouve une dimension nouvelle et un extraordinaire moyen d’expression pour sa croissance spirituelle. À travers les œuvres qu’il réalise, l’artiste parle et communique avec les autres. L’histoire de l’art n’est donc pas seulement une histoire des œuvres, elle est aussi une histoire des hommes. Les œuvres d’art parlent de leurs auteurs, elles introduisent à la connaissance du plus profond de leur être et elles révèlent la contribution originale qu’ils ont apportée à l’histoire de la culture.
La vocation artistique au service de la beauté
3. Un poète polonais connu, Cyprian Norwid, écrit : «La beauté est pour susciter l’enthousiasme dans le travail, / le travail est pour renaître(3).
Le thème de la beauté est particulièrement approprié pour un discours sur l’art. Il a déjà affleuré quand j’ai souligné le regard satisfait de Dieu devant la création. En remarquant que ce qu’il avait créé était bon, Dieu vit aussi que c’était beau(4). Le rapport entre bon et beau suscite des réflexions stimulantes. La beauté est en un certain sens l’expression visible du bien, de même que le bien est la condition métaphysique du beau. Les Grecs l’avaient bien compris, eux qui, en fusionnant ensemble les deux concepts, forgèrent une locution qui les comprend toutes les deux : «kalokagathía», c’est-à-dire «beauté-bonté». Platon écrit à ce sujet : «La vertu propre du Bien est venue se réfugier dans la nature du Beau(5).
C’est en vivant et en agissant que l’homme établit ses relations avec l’être, avec la vérité et avec le bien. L’artiste vit une relation particulière avec la beauté. En un sens très juste, on peut dire que la beauté est la vocation à laquelle le Créateur l’a appelé par le don du «talent artistique». Et ce talent aussi est assurément à faire fructifier, dans la logique de la parabole évangélique des talents (cf. Mt 25, 14-30).
Nous touchons ici un point essentiel. Celui qui perçoit en lui-même cette sorte d’étincelle divine qu’est la vocation artistique – de poète, d’écrivain, de peintre, de sculpteur, d’architecte, de musicien, d’acteur… – perçoit en même temps le devoir de ne pas gaspiller ce talent, mais de le développer pour le mettre au service du prochain et de toute l’humanité.
L’artiste et le bien commun
4. La société, en effet, a besoin d’artistes, comme elle a besoin de scienti fiques, de techniciens, d’ouvriers, de personnes de toutes professions, de témoins de la foi, de maîtres, de pères et de mères, qui garantissent la croissance de la personne et le développement de la communauté à travers cette très haute forme de l’art qu’est «l’art de l’éducation». Dans le vaste panorama culturel de chaque nation, les artistes ont leur place spécifique. Lorsque précisément, dans la réalisation d’œuvres vraiment valables et belles, ils obéissent à leur inspiration, non seulement ils enrichissent le patrimoine culturel de chaque nation et de l’humanité entière, mais ils rendent aussi un service social qualifié au profit du bien commun.
Tout en déterminant le cadre de son service, la vocation différente de chaque artiste fait apparaître les devoirs qu’il doit assumer, le dur travail auquel il doit se soumettre, la responsabilité qu’il doit affronter. Un artiste conscient de tout cela sait aussi qu’il doit travailler sans se laisser dominer par la recherche d’une vaine gloire ou par la frénésie d’une popularité facile, et encore moins par le calcul d’un possible profit personnel. Il y a donc une éthique, et même une «spiritualité», du service artistique, qui, à sa manière, contribue à la vie et à la renaissance d’un peuple. C’est justement à cela que semble vouloir faire allusion Cyprian Norwid quand il affirme : «La beauté est pour susciter l’enthousiasme dans le travail, / le travail est pour renaître».
L’art face au mystère du Verbe incarné
5. La Loi de l’Ancien Testament interdit explicitement de représenter Dieu invisible et inexprimable à l’aide d’«une image taillée ou fondue» (Dt 27, 15), car Dieu transcende toute représentation matérielle : «Je suis celui qui est» (Ex 3, 14). Toutefois, le Fils de Dieu en personne s’est rendu visible dans le mystère de l’Incarnation : «Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme» (Ga 4, 4). Dieu s’est fait homme en Jésus Christ, qui est devenu ainsi «le centre par rapport auquel il faut se situer pour pouvoir comprendre l’énigme de l’existence humaine, du monde créé et de Dieu lui- même(6).
Cette manifestation fondamentale du «Dieu-Mystère» constitue un encouragement et un défi pour les chrétiens, entre autres dans le domaine de la création artistique. Il en est sorti une floraison de beauté qui a tiré sa sève précisément de là, du mystère de l’Incarnation. En se faisant homme, en effet, le Fils de Dieu a introduit dans l’histoire de l’humanité toute la richesse évangélique de la vérité et du bien, et, en elle, a révélé aussi une nouvelle dimension de la beauté : le message évangélique en est totalement rempli.
La Sainte Écriture est devenue ainsi une sorte d’«immense vocabulaire» (P. Claudel) et d’«atlas iconographique» (M. Chagall), où la culture et l’art chrétien ont puisé. L’Ancien Testament lui-même, interprété à la lumière du Nouveau, s’est avéré source inépuisable d’inspiration. À partir des récits de la création, du péché, du déluge, du cycle des Patriarches, des événements de l’Exode, jusqu’à tant d’autres épisodes et personnages de l’histoire du salut, le texte biblique a enflammé l’imagination de peintres, de poètes, de musiciens, d’auteurs de théâtre et de cinéma. Une figure comme celle de Job, pour prendre un exemple, avec sa problématique brûlante et toujours actuelle de la souffrance, continue à susciter à la fois l’intérêt philosophique et l’intérêt littéraire et artistique. Et que dire du Nouveau Testament ? De la Nativité au Golgotha, de la Transfiguration à la Résurrection, des miracles aux enseignements du Christ, jusqu’aux événements rapportés par les Actes des Apôtres ou entrevus par l’Apocalypse dans une perspective eschatologique, d’innombrables fois la parole biblique s’est faite image, musique, poésie, évoquant par le langage de l’art le mystère du «Verbe fait chair».
Dans l’histoire de la culture, tout cela constitue un vaste chapitre de foi et de beauté. Ce sont surtout les croyants qui en ont bénéficié pour leur expérience de prière et de vie. Pour beaucoup d’entre eux, en des époques de faible alphabétisation, les expressions imagées de la Bible constituèrent même des moyens catéchétiques concrets(7). Mais pour tous, croyants et non-croyants, les réalisations artistiques inspirées par l’Écriture demeurent un reflet du mystère insondable qui enveloppe et habite le monde.
Entre l’Évangile et l’art, une alliance féconde
6. En effet, chaque intuition artistique authentique va au-delà de ce que perçoivent les sens et, en pénétrant la réalité, elle s’efforce d’en interpréter le mystère caché. Elle jaillit du plus profond de l’âme humaine, là où l’aspiration à donner un sens à sa vie s’accompagne de la perception fugace de la beauté et de la mystérieuse unité des choses. C’est une expérience partagée par tous les artistes que celle de l’écart irrémédiable qui existe entre l’œuvre de leurs mains, quelque réussie qu’elle soit, et la perfection fulgurante de la beauté perçue dans la ferveur du moment créateur : ce qu’ils réussissent à exprimer dans ce qu’ils peignent, ce qu’ils sculptent, ce qu’ils créent, n’est qu’une lueur de la splendeur qui leur a traversé l’esprit pendant quelques instants.
Le croyant ne s’en étonne pas : il sait que s’est ouvert devant lui pour un instant cet abîme de lumière qui a en Dieu sa source originaire. Faut-il s’étonner si l’esprit en reste comme écrasé au point de ne savoir s’exprimer que par des balbutiements ? Nul n’est plus prêt que le véritable artiste à reconnaître ses limites et à faire siennes les paroles de l’Apôtre Paul, selon lequel Dieu «n’habite pas dans des temples faits de mains d’homme», de même que «nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, de l’argent ou de la pierre, travaillés par l’art et le génie de l’homme» (Ac 17, 24. 29). Si déjà la réalité profonde des choses se tient toujours «au-delà» des capacités de pénétration humaine, combien plus Dieu dans les profondeurs de son mystère insondable !
La connaissance de foi est d’une tout autre nature : elle suppose une rencontre personnelle avec Dieu en Jésus Christ. Toutefois, cette connaissance peut, elle aussi, tirer avantage de l’intuition artistique. Les œuvres de Fra Angelico, par exemple, sont un modèle éloquent d’une contemplation esthétique qui est sublimée dans la foi. Non moins significative est à ce sujet la lauda extatique, que saint François d’Assise reprend deux fois dans la chartula rédigée après avoir reçu sur le mont de l’Alverne les stigmates du Christ : «Tu es beauté… Tu es beauté !(8). Saint Bonaventure commente : «Il contemplait dans les belles choses le Très Beau et, en suivant les traces imprimées dans les créatures, il poursuivait partout le Bien-Aim(9).
Une approche semblable se rencontre dans la spiritualité orientale, où le Christ est qualifié de «Très Beau en beauté plus que tous les mortels(10). Macaire le Grand commente ainsi la beauté transfigurante et libératrice du Ressuscité : «L’âme qui a été pleinement illuminée par la beauté indicible de la gloire lumineuse du visage du Christ, est remplie du Saint Esprit,… n’est qu’œil, que lumière, que visage(11).
Toute forme authentique d’art est, à sa manière, une voie d’accès à la réalité la plus profonde de l’homme et du monde. Comme telle, elle constitue une approche très valable de l’horizon de la foi, dans laquelle l’existence humaine trouve sa pleine interprétation. Voilà pourquoi la plénitude évangélique de la vérité ne pouvait pas ne pas susciter dès le commencement l’intérêt des artistes, sensibles par nature à toutes les manifestations de la beauté intime de la réalité.
Les origines
7. L’art que le christianisme rencontra à ses origines était le fruit mûr du monde classique, il en exprimait les canons esthétiques et en même temps il en véhiculait les valeurs. La foi imposait aux chrétiens, dans le domaine de l’art comme dans celui de la vie et de la pensée, un discernement qui ne permettait pas la réception automatique de ce patrimoine. L’art d’inspiration chrétienne commença ainsi en sourdine, étroitement lié au besoin qu’avaient les croyants d’élaborer des signes pour exprimer, à partir de l’Écriture, les mystères de la foi, et en même temps un «code symbolique», à travers lequel ils pourraient se reconnaître et s’identifier, spécialement dans les temps difficiles des persécutions. Qui ne se souvient de ces symboles qui furent aussi les premières esquisses d’un art pictural et plastique ? Le poisson, les pains, le pasteur, évoquaient le mystère en devenant, presque insensiblement, les ébauches d’un art nouveau.
Quand, par l’édit de Constantin, il fut accordé aux chrétiens de s’exprimer en pleine liberté, l’art devint un canal privilégié de manifestation de la foi. En divers lieux commencèrent à fleurir des basiliques majestueuses dans lesquelles les canons architectoniques du paganisme ancien étaient repris et en même temps soumis aux exigences du nouveau culte. Comment ne pas rappeler au moins l’ancienne Basilique Saint-Pierre et celle de Saint Jean de Latran, construites aux frais de Constantin lui-même ? Ou, pour les splendeurs de l’art byzantin, la Haghia Sophía de Constantinople, voulue par Justinien ?
Alors que l’architecture dessinait l’espace sacré, le besoin de contempler le mystère et de le proposer de façon immédiate aux gens simples conduisit progressivement aux premières expressions de l’art pictural et sculptural. En même temps apparurent les premières esquisses d’un art de la parole et du son; et si Augustin, parmi les nombreux thèmes de ses œuvres, incluait un De musica, Hilaire, Ambroise, Prudence, Éphrem le Syrien, Grégoire de Nazianze, Paulin de Nole, pour ne citer que quelques noms, se faisaient les promoteurs d’une poésie chrétienne qui atteint souvent une haute valeur non seulement théologique mais aussi littéraire. Leur programme poétique mettait en relief des formes héritées des classiques, mais il puisait à la pure sève de l’Évangile, comme le déclarait à juste titre le saint poète de Nole : «Notre unique art est la foi et le Christ est notre chant(12). Quelque temps plus tard, Grégoire le Grand, pour sa part, avec la compilation de l’Antiphonarium, posait les prémisses du développement organique de la musique sacrée si originale qui a pris son nom. Par ses modulations inspirées, le chant grégorien deviendra au cours des siècles l’expression mélodique typique de la foi de l’Église durant la célébration liturgique des Mystères sacrés. Le «beau» se conjuguait ainsi avec le «vrai», afin qu’à travers les chemins de l’art les esprits soient transportés de ce qui est sensible à l’éternel.
Les moments difficiles ne manquèrent pas tout au long de ce chemin. Précisément à propos de la représentation du mystère chrétien, la période antique connut une controverse très dure, qui passa dans l’histoire sous le nom de «querelle iconoclaste». Les images sacrées, qui s’étaient largement répandues dans la dévotion populaire, furent l’objet d’une violente contestation. Le Concile célébré à Nicée en 787 fut un événement historique, non seulement du point de vue de la foi mais aussi pour la culture, en décidant la licéité des images et du culte qui les entourent. Pour régler la controverse, les Évêques firent appel à un argument décisif : le mystère de l’Incarnation. Si le Fils de Dieu est entré dans le monde des réalités visibles, en jetant par son humanité un pont entre le visible et l’invisible, il est loisible de penser, de manière analogue, qu’une représentation du mystère peut être employée, dans la logique des signes, comme une évocation sensible du mystère. L’icône n’est pas vénérée pour elle-même, mais elle renvoie au sujet qu’elle représente(13).
Le Moyen Âge
8. On fut témoin, au cours des siècles suivants, d’un grand développement de l’art chrétien. En Orient, l’art de l’icône continua à fleurir. Cet art reste lié à des canons théologiques et esthétiques précis, et il est sous-tendu par la conviction que, en un certain sens, l’icône est un sacrement: en effet, d’une manière analogue à ce qui se réalise dans les sacrements, elle rend présent le mystère de l’Incarnation dans l’un ou l’autre de ses aspects. C’est précisément pour cela que la beauté de l’icône peut surtout être appréciée à l’intérieur d’une église avec les lampes qui brûlent et jettent dans la pénombre d’infinis reflets de lumière. Pavel Florenski écrit à ce propos: «L’or, barbare, lourd, futile dans l’éclat du plein jour, se ravive sous la lueur vacillante d’une lampe ou d’une bougie, car il brille alors de myriades d’étincelles qui jettent leurs feux ici ou là et font pressentir d’autres lumières, non terrestres, qui remplissent l’espace céleste» (14).
En Occident, les artistes partent de points de vue extrêmement variés, en fonction des convictions de fond présentes dans le milieu culturel de leur temps. Le patrimoine artistique s’est enrichi au cours des siècles et compte une abondante éclosion d’œuvres d’art sacré qui témoignent d’une haute inspiration et remplissent d’admiration même l’observateur d’aujourd’hui. Les grands édifices du culte demeurent au premier plan; leur caractère fonctionnel se marie toujours au génie, et celui-ci se laisse inspirer par le sens de la beauté et l’intuition du mystère. Il en est résulté des styles bien connus dans l’histoire de l’art. La force et la simplicité de l’art roman, exprimées dans les cathédrales et les abbayes, se développeront graduellement, donnant les formes élancées et les splendeurs du gothique. Derrière ces formes, il n’y a pas seulement le génie d’un artiste, mais l’âme d’un peuple. Dans les jeux d’ombre et de lumière, dans les formes tour à tour puissantes et élancées, interviennent, certes, des considérations de technique structurale, mais aussi des tensions propres à l’expérience de Dieu, mystère qui suscite «crainte» et «fascination». Comment résumer en quelques traits, et pour les diverses formes de l’art, la puissance créatrice des longs siècles du Moyen Âge chrétien ? Une culture entière, tout en restant dans les limites toujours présentes de l’humain, s’était imprégnée de l’Évangile et, là où la pensée théologique aboutissait à la Somme de saint Thomas, l’art des églises poussait la matière à se plier à une attitude d’adoration du mystère, tandis qu’un poète admirable comme Dante Alighieri pouvait composer «le poème sacré, / où le ciel et la terre ont mis la main(15), ainsi qu’il qualifiait lui-même la Divine Comédie.
Humanisme et Renaissance
9. L’heureux climat culturel d’où a germé l’extraordinaire floraison artistique de l’Humanisme et de la Renaissance a eu également une influence significative sur la manière dont les artistes de cette période ont abordé les thèmes religieux. Bien évidemment, leur inspiration est tout aussi variée que leurs styles, du moins en ce qui concerne les plus grands d’entre eux. Mais il n’est pas dans mes intentions de vous rappeler ces choses que vous, artistes, connaissez bien. Je voudrais plutôt, vous écrivant du Palais apostolique, véritable écrin de chefs-d’œuvre peut-être unique au monde, me faire l’interprète des grands artistes qui ont déployé ici les richesses de leur génie, souvent pétri d’une grande profondeur spirituelle. D’ici, parle Michel-Ange, qui, dans la Chapelle Sixtine, a pour ainsi dire recueilli tout le drame et le mystère du monde, depuis la Création jusqu’au Jugement dernier, donnant un visage à Dieu le Père, au Christ Juge, à l’homme qui chemine péniblement depuis les origines jusqu’au terme de l’histoire. D’ici, parle le génie délicat et profond de Raphaël, montrant, à travers la variété de ses peintures, et spécialement dans la «Controverse» qui se trouve dans la salle de la Signature, le mystère de la révélation du Dieu Trinitaire, qui, dans l’Eucharistie, se fait le compagnon de l’homme et projette sa lumière sur les questions et les attentes de l’intelligence humaine. D’ici, de la majestueuse Basilique consacrée au Prince des Apôtres, de la colonnade qui se détache d’elle comme deux bras ouverts pour accueillir l’humanité, parlent encore un Bramante, un Bernin, un Borromini, un Maderno, pour ne citer que les plus grands; ils donnent, à travers les formes plastiques, le sens du mystère qui fait de l’Église une communauté universelle, accueillante, une mère et une compagne de voyage pour tout homme qui cherche Dieu.
Dans cet ensemble extraordinaire, l’art sacré a trouvé une expression d’une exceptionnelle puissance, atteignant des sommets d’une impérissable valeur tout autant esthétique que religieuse. Ce qui le caractérise toujours davantage, sous l’impulsion de l’Humanisme et la Renaissance, puis des tendances de la culture et de la science qui ont suivi, c’est un intérêt croissant pour l’homme, pour le monde, pour la réalité de l’histoire. En elle-même, cette attention n’est en aucune manière un danger pour la foi chrétienne, centrée sur le mystère de l’Incarnation et donc sur la valorisation de l’homme par Dieu. Les grands artistes que je viens de citer nous le montrent bien. Qu’il suffise de penser comment Michel-Ange, dans ses peintures et ses sculptures, exprime la beauté du corps humain(16).
En outre, même dans le nouveau climat de ces derniers siècles, où une partie de la société semble devenue indifférente à la foi, l’art religieux n’a jamais interrompu son élan. Cette constatation se confirme si, des arts figuratifs, nous en venons à considérer le grand développement qu’a connu, dans le même laps de temps, la musique sacrée, composée pour répondre aux exigences de la liturgie ou liée seulement à des thèmes religieux. En dehors de tant d’artistes qui se sont très largement consacrés à la musique sacrée – comment ne pas mentionner au moins un Pier Luigi da Palestrina, un Roland de Lassus, un Tomás Luis de Victoria ? -, on sait que beaucoup de grands compositeurs – de Händel à Bach, de Mozart à Schubert, de Beethoven à Berlioz, de Listz à Verdi – nous ont donné des œuvres d’une très grande inspiration dans ce domaine.
Vers un renouveau du dialogue
10. Il est vrai cependant que, dans la période des temps modernes, parallè lement à cet humanisme chrétien qui a continué à être porteur d’expressions culturelles et artistiques de valeur, s’est progressivement développée une forme d’humanisme caractérisée par l’absence de Dieu et souvent par une opposition à Lui. Ce climat a entraîné parfois une certaine séparation entre le monde de l’art et celui de la foi, tout au moins en ce sens que de nombreux artistes n’ont plus eu le même intérêt pour les thèmes religieux.
Vous savez toutefois que l’Église n’a jamais cessé de nourrir une grande estime pour l’art en tant que tel. En effet, même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l’art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s’éloigne considérablement de l’Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l’expérience religieuse. Parce qu’il est recherche de la beauté, fruit d’une imagination qui va au-delà du quotidien, l’art est, par nature, une sorte d’appel au Mystère. Même lorsqu’il scrute les plus obscures profondeurs de l’âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l’artiste se fait en quelque sorte la voix de l’attente universelle d’une rédemption.
On comprend donc pourquoi l’Église tient particulièrement au dialogue avec l’art et pourquoi elle désire que s’accomplisse, à notre époque, une nouvelle alliance avec les artistes, comme le souhaitait mon vénéré prédéces seur Paul VI dans le vibrant discours qu’il adressait aux artistes lors de la rencontre spéciale du 7 mai 1964 dans la Chapelle Sixtine(17). L’Église souhaite qu’une telle collaboration suscite une nouvelle «épiphanie» de la beauté en notre temps et apporte des réponses appropriées aux exigences de la commu nauté chrétienne.
Dans l’esprit du Concile Vatican II
11. Le Concile Vatican II a jeté les bases de relations renouvelées entre l’Église et la culture, avec des conséquences immédiates pour le monde de l’art. Il s’agit de relations marquées par l’amitié, l’ouverture et le dialogue. Dans la constitution pastorale Gaudium et spes, les Pères conciliaires ont souligné «la grande importance» de la littérature et des arts dans la vie de l’homme: «Ils s’efforcent en effet de comprendre le caractère propre de l’homme, ses problèmes, son expérience dans ses tentatives pour se connaître et se perfectionner lui-même, pour connaître et perfectionner le monde; ils s’appliquent à mieux saisir sa place dans l’histoire et dans l’univers, à mettre en lumière les misères et les joies, les besoins et les forces de l’homme, et à présenter l’esquisse d’une destinée humaine meilleure(18).
En partant de ces bases, les Pères conciliaires ont, à la clôture des travaux, salué les artistes en leur lançant un appel en ces termes : «Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c’est ce qui met la joie au cœur des hommes, c’est ce fruit précieux qui résiste à l’usure du temps, qui unit les générations et les fait communiquer dans l’admiration(19). C’est précisément dans cet esprit de profonde estime pour la beauté que la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie avait rappelé la longue amitié de l’Église pour l’art. Et, en parlant plus spécifiquement de l’art sacré, «sommet» de l’art religieux, ce document n’avait pas hésité à considérer comme un «noble ministère» le travail des artistes quand leurs œuvres sont capables de refléter, en quelque sorte, l’infinie beauté de Dieu et d’orienter l’esprit de tous vers Lui(20). Grâce aussi à leur apport, «la connaissance de Dieu se manifeste mieux, et la prédication de l’Évangile devient plus facile à saisir par l’intelligence des hommes(21). À la lumière de ce qui vient d’être dit, l’affirmation du P. Marie-Dominique Chenu ne nous surprend pas, lui qui considère que l’historien de la théologie ferait œuvre incomplète s’il n’accordait pas l’attention qui leur est due aux réalisations artistiques – qu’elles soient littéraires ou plastiques -, qui constituent, à leur manière, «non seulement des illustrations esthétiques, mais de véritables “lieux” théologiques(22).
L’Église a besoin de l’art
12. Pour transmettre le message que le Christ lui a confié, l’Église a besoin de l’art. Elle doit en effet rendre perceptible et même, autant que possible, fascinant le monde de l’esprit, de l’invisible, de Dieu. Elle doit donc traduire en formules significatives ce qui, en soi, est ineffable. Or, l’art a une capacité qui lui est tout à fait propre de saisir l’un ou l’autre aspect du message et de le traduire en couleurs, en formes ou en sons qui renforcent l’intuition de celui qui regarde ou qui écoute. Et cela, sans priver le message lui-même de sa valeur transcendantale ni de son auréole de mystère.
L’Église a besoin, en particulier, de ceux qui sont en mesure de réaliser tout cela sur le plan littéraire et figuratif, en utilisant les infinies possibilités des images et de leur valeur symbolique. Dans sa prédication, le Christ lui- même a fait largement appel aux images, en pleine harmonie avec le choix de devenir lui-même, par l’Incarnation, icône du Dieu invisible.
Mais l’Église a également besoin des musiciens. Combien de compositions sacrées ont été élaborées, au cours des siècles, par des personnes profondément imprégnées du sens du mystère! D’innombrables croyants ont alimenté leur foi grâce aux mélodies qui ont jailli du cœur d’autres croyants et sont devenues partie intégrante de la liturgie, ou du moins concourent de manière remarquable à sa digne célébration. Par le chant, la foi est expérimentée comme un cri éclatant de joie et d’amour, une attente confiante de l’intervention salvifique de Dieu.
L’Église a besoin d’architectes, parce qu’il lui faut des espaces pour rassembler le peuple chrétien et pour célébrer les mystères du salut. Après les terribles destructions de la dernière guerre mondiale et avec la croissance des métropoles, une nouvelle génération d’architectes s’est formée autour des nécessités du culte chrétien, prouvant ainsi la puissance d’inspiration du thème religieux même au regard des canons architecturaux de notre temps. Souvent, en effet, on a construit des églises qui sont des lieux de prière et, en même temps, d’authentiques œuvres d’art.
L’art a-t-il besoin de l’Église ?
13. Ainsi donc, l’Église a besoin de l’art. Mais peut-on dire que l’art a besoin de l’Église ? La question peut paraître provocante. En réalité, si on l’entend dans son juste sens, elle est légitime et profonde. L’artiste est toujours à la recherche du sens profond des choses, son ardent désir est de parvenir à exprimer le monde de l’ineffable. Comment ne pas voir alors quelle grande source d’inspiration peut être pour lui cette sorte de patrie de l’âme qu’est la religion ? N’est ce pas dans le cadre religieux que se posent les questions personnelles les plus importantes et que se cherchent les réponses existentielles définitives ?
De fait, le religieux est l’un des sujets les plus traités par les artistes de toutes les époques. L’Église a toujours fait appel à leur capacité créatrice pour interpréter le message évangélique et son application concrète dans la vie de la communauté chrétienne. Cette collaboration a été source d’enrichissement spirituel réciproque. En définitive, elle en a retiré comme profit la compréhension de l’homme, de son image authentique, de sa vérité. Cela fait apparaître aussi le lien particulier qui existe entre l’art et la révélation chrétienne. Ce qui ne veut pas dire que le génie humain n’a pas trouvé également des inspirations stimulantes dans d’autres contextes religieux. Il suffit de rappeler l’art antique, spécialement grec et romain; et celui encore florissant des plus anciennes civilisations de l’Orient. Cependant, il reste vrai que le christianisme, en vertu du dogme central de l’incarnation du Verbe de Dieu, offre à l’artiste un univers particulièrement riche de motifs d’inspiration. Quel appauvrissement serait pour l’art l’abandon de la source inépuisable de l’Évangile !
Appel aux artistes
14. Par cette lettre, je m’adresse à vous, artistes du monde entier, pour vous confirmer mon estime et pour contribuer à développer à nouveau une coopé ration plus profitable entre l’art et l’Église. Je vous invite à redécouvrir la profondeur de la dimension spirituelle et religieuse qui en tout temps a caractérisé l’art dans ses plus nobles expressions. C’est dans cette perspective que je fais appel à vous, artistes de la parole écrite et orale, du théâtre et de la musique, des arts plastiques et des technologies de communication les plus modernes. Je fais spécialement appel à vous, artistes chrétiens : à chacun, je voudrais rappeler que l’alliance établie depuis toujours entre l’Évangile et l’art implique, au-delà des nécessités fonctionnelles, l’invitation à pénétrer avec une intuition créatrice dans le mystère du Dieu incarné, et en même temps dans le mystère de l’homme.
Aucun être humain, en un sens, ne se connaît lui-même. Non seulement Jésus Christ révèle Dieu, mais il «manifeste pleinement l’homme à lui- même(23). Dans le Christ, Dieu s’est réconcilié le monde. Tous les croyants sont appelés à rendre ce témoignage; mais il vous appartient, à vous hommes et femmes qui avez consacré votre vie à l’art, de dire avec la richesse de votre génie que, dans le Christ, le monde est racheté : l’homme est racheté, le corps humain est racheté, la création entière est rachetée, elle dont saint Paul a écrit qu’elle «attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8, 19). Elle attend la révélation des fils de Dieu même à travers l’art et dans l’art. Telle est votre tâche. Au contact des œuvres d’art, l’humanité de tous les temps – celle d’aujourd’hui également – attend d’être éclairée sur son chemin et sur son destin.
Esprit créateur et inspiration artistique
15. Dans l’Église retentit souvent l’invocation à l’Esprit Saint : Veni, Creator Spiritus… – «Viens, Esprit Créateur, / visite l’âme de tes fidèles / emplis de la grâce d’en haut / les cœurs que tu as créés(24).
L’Esprit Saint, «le Souffle» (ruah), est Celui auquel fait déjà allusion le Livre de la Genèse : «La terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme et le souffle de Dieu agitait la surface des eaux» (Gn 1, 2). Et il existe une telle affinité entre les mots «souffle – expiration» et «inspiration» ! L’Esprit est le mystérieux artiste de l’univers. Dans la perspective du troisième millénaire, je voudrais souhaiter à tous les artistes de pouvoir recevoir en abondance le don des inspirations créatrices dans lesquelles s’enracine toute œuvre d’art authentique.
Chers artistes, vous le savez bien, nombreuses sont les stimulations, intérieures et extérieures, qui peuvent inspirer votre talent. Cependant, toute inspiration authentique renferme en elle-même quelque frémissement de ce «souffle» dont l’Esprit créateur remplissait dès les origines l’œuvre de la création. En présidant aux mystérieuses lois qui régissent l’univers, le souffle divin de l’Esprit créateur vient à la rencontre du génie de l’homme et stimule sa capacité créatrice. Il le rejoint par une sorte d’illumination intérieure, qui unit l’orientation vers le bien et vers le beau, et qui réveille en lui les énergies de l’esprit et du cœur, le rendant apte à concevoir l’idée et à la mettre en forme dans une œuvre d’art. On parle alors à juste titre, même si c’est de manière analogique, de «moments de grâce», car l’être humain a la possibilité de faire une certaine expérience de l’Absolu qui le transcende.
La «Beauté» qui sauve
16. Au seuil du troisième millénaire, je vous souhaite à tous, chers artistes, d’être touchés par ces inspirations créatrices avec une intensité particulière. Puisse la beauté que vous transmettrez aux générations de demain être telle qu’elle suscite en elles l’émerveillement ! Devant le caractère sacré de la vie et de l’être humain, devant les merveilles de l’univers, l’unique attitude adéquate est celle de l’émerveillement.
De cet émerveillement pourra surgir l’enthousiasme dont parle Norwid dans la poésie à laquelle je me référais au début. Les hommes d’aujourd’hui et de demain ont besoin de cet enthousiasme pour affronter et dépasser les défis cruciaux qui pointent à l’horizon. Grâce à lui, l’humanité, après chaque défaillance, pourra encore se relever et reprendre son chemin. C’est en ce sens que l’on a dit avec une intuition profonde que «la beauté sauvera le monde(25).
La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. Elle est une invitation à savourer la vie et à rêver de l’avenir. C’est pourquoi la beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu’un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareil : «Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t’ai aimée !(26).
Puissent vos multiples chemins, artistes du monde, vous conduire tous à l’Océan infini de beauté où l’émerveillement devient admiration, ivresse, joie indicible !
Puissiez-vous être orientés et inspirés par le mystère du Christ ressuscité, que l’Église contemple joyeusement ces jours-ci !
Et que la Vierge Sainte, la «toute belle», vous accompagne, elle que d’innombrables artistes ont représentée et que le célèbre Dante contemple dans les splendeurs du Paradis comme «beauté, qui réjouissait les yeux de tous les autres saints(27) !
«Du chaos surgit le monde de l’esprit». Partant des mots qu’Adam Mickiewicz écrivait dans une période particulièrement tourmentée pour la patrie polonaise(28), je formule un souhait pour vous : que votre art contribue à l’affermissement d’une beauté authentique qui, comme un reflet de l’Esprit de Dieu, transfigure la matière, ouvrant les esprits au sens de l’éternité !

Avec mes vœux les plus cordiaux !
Du Vatican, le 4 avril 1999, en la Résurrection du Seigneur.

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort)

25 octobre, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20171018_udienza-generale.html

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(La pietà, Van Gogh)

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 18 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais aujourd’hui comparer l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort, une réalité que notre civilisation moderne tend toujours davantage à effacer. Ainsi, quand la mort arrive, pour ceux qui sont proches de nous ou pour nous-mêmes, nous nous trouvons impréparés, également privés d’un «alphabet» adapté pour trouver des paroles ayant du sens autour de son mystère, qui demeure cependant. Pourtant, les premiers signes de civilisation humaine sont passés précisément à travers cette énigme. Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts.
D’autres civilisations, avant la nôtre, ont eu le courage de la regarder en face. C’était un événement raconté par les personnes âgées aux nouvelles générations, comme une réalité inéluctable qui obligeait l’homme à vivre pour quelque chose d’absolu. Il est dit dans le psaume 90: «Fais-nous savoir comment compter nos jours, que nous venions de cœur à la sagesse!» (v. 12). Compter ses propres jours a pour effet que le cœur devienne sage! Des mots qui nous ramènent à un sain réalisme, en chassant le délire de toute-puissance. Que sommes-nous? Nous ne sommes «presque rien», dit un autre psaume (cf. 88, 48); nos jours s’écoulent rapidement: même si nous devions vivre cent ans, à la fin il nous semblerait que tout n’ait duré que le temps d’un souffle. Très souvent, j’ai entendu des personnes âgées dire: «Ma vie a passé comme un souffle…».
Ainsi, la mort met notre vie à nue. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient de la vanité: pure vanité. Nous nous apercevons avec regret de ne pas avoir assez aimé et de ne pas avoir cherché ce qui était essentiel. Et, au contraire, nous voyons ce que nous avons semé de vraiment bon: les liens d’affection pour lesquels nous nous sommes sacrifiés, et qui à présent nous tiennent la main.
Jésus a éclairé le mystère de notre mort. Par son comportement, il nous autorise à nous sentir tristes quand une personne chère s’en va. Lui-même fut «profondément» troublé devant la tombe de son ami Lazare, et «il pleura» (Jn 11, 35). Dans cette attitude, nous sentons Jésus très proche, notre frère. Il pleura pour son ami Lazare.
Et alors Jésus prie le Père, source de vie, et il ordonne à Lazare de sortir du sépulcre. Et il advient ainsi. L’espérance chrétienne puise à cette attitude que Jésus prend contre la mort humaine: mais si celle-ci est présente dans la création, elle est cependant une balafre qui défigure le dessein d’amour de Dieu, et le Sauveur veut nous en guérir.
Ailleurs, les Evangiles racontent l’histoire d’un père dont la fille est très malade et qui s’adresse à Jésus avec foi pour qu’il la sauve (cf. Mc 5, 21-24.35-43). Et il n’y a pas de figure plus émouvante que celle d’un père ou d’une mère avec un enfant malade. Et Jésus se met immédiatement en marche avec cet homme, qui s’appelait Jaïre. A un certain moment, quelqu’un arrive de la maison de Jaïre pour dire que la petite fille est morte et qu’il n’y a plus besoin de déranger le Maître. Mais Jésus dit à Jaïre: «Sois sans crainte, aie seulement la foi» (Mc 5, 36). Jésus sait que cet homme est tenté de réagir par la colère et le désespoir, parce que sa petite fille est morte, et il lui recommande de conserver la petite flamme qui est allumée dans son cœur: la foi. «Sois sans crainte, aie seulement la foi». «Sois sans crainte, continue seulement à garder cette flamme allumée!». Et ensuite, arrivés à la maison, il réveillera la petite fille de la mort et la rendra vivante à sa famille.
Jésus nous place sur cette «crête» de la foi. A Marthe, qui pleure pour la disparition de son frère Lazare, il oppose la lumière d’un dogme: «Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?» (Jn 11, 25-26). C’est ce que Jésus répète à chacun de nous, à chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la vie et des liens d’affection. Toute notre existence se joue là, entre le versant de la foi et le précipice de la peur. Jésus dit: «Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, le crois-tu? Crois-tu cela?”. Nous, qui sommes aujourd’hui ici sur la place, le croyons-nous?
Nous sommes tous petits et sans défense devant le mystère de la mort. Mais quelle grâce si, à ce moment-là, nous conservons dans notre cœur la flamme de la foi! Jésus nous prendra par la main, comme il prit par la main la fille de Jaïre, et il répétera encore une fois: «Talitha koum», «Fillette, je te le dis, lève-toi!» (Mc 5, 41). Il nous le dira, à chacun de nous: «Lève-toi, ressuscite!». Je vous invite à présent à fermer les yeux et à penser à ce moment-là: celui de notre mort. Que chacun de nous pense à sa propre mort, et s’imagine ce moment qui viendra, quand Jésus nous prendra par la main et nous dira: «Viens, viens avec moi, lève-toi». L’espérance finira là et ce sera la réalité, la réalité de la vie. Pensez-y bien: Jésus lui-même viendra auprès de chacun de nous et nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour. Et que chacun répète dans son cœur la parole de Jésus: «Lève-toi, viens. Lève-toi, viens. Lève-toi, ressuscite!».
Telle est notre espérance devant la mort. Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre en grand; pour celui qui doute, c’est une raie de lumière qui filtre d’une porte qui ne s’est pas entièrement fermée. Mais pour nous tous ce sera une grâce, quand cette lumière, de la rencontre avec Jésus, nous illuminera.

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