LECTURES POUR LA FOI ET LA MÉDITATION, HOMÉLIE À LA MESSE DU DIMANCHE ET COMMENTAIRE

22 juin, 2007

 

1520angelico20eucharist.jpg

Je mets le lien vers « EAQ », vous trouverez les lectures du jour, le commentaire à la lecture et, si vous le souhaitez, vous pouvez parcourir et lire la lecture des journaux précédant et suivant celle de la journée en cours, c’est le site «Evangile au Quotidien  » que vous connaissez déjà bien:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php

  motherofgod.jpg

new21.gif

SUR  LES ANGES LIEN À UN BEAUX SITE:

SPIRITUALITE CHRETIENNE -ANGES GARDIEN

http://spiritualite-chretienne.com/anges/ange-gardien/news-512.html

PENTECOTE 2009

LETTRE ENCYCLIQUE LAUDATO SI’ DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS


Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13

30 mai, 2007

1 Si je parle dans les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas l’amour, je suis* comme un airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante. 2 Et si j’ai la prophétie, et que je connaisse tous les mystères et toute connaissance, et que j’aie toute la foi de manière à transporter des montagnes, mais que je n’aie pas l’amour, je ne suis rien. 3 Et quand je distribuerais en aliments tous mes biens, et que je livrerais mon corps afin que je fusse brûlé, mais que je n’aie pas l’amour, cela ne me profite de rien. 4 L’amour use de longanimité ; il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas ; il ne s’enfle pas d’orgueil ; 5 il n’agit pas avec inconvenance ; il ne cherche pas son propre intérêt ; il ne s’irrite pas ; 6 il n’impute pas* le mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit avec la vérité ; 7 il supporte* tout, croit tout, espère tout, endure tout. 8 L’amour ne périt jamais. Or y a-t-il des prophéties ? elles auront leur fin. Y a-t-il des langues ? elles cesseront. Y a-t-il de la connaissance ? elle aura sa fin. 9 Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie ; 10 mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin. 11 Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; quand je suis devenu homme, j’en ai fini avec ce qui était de l’enfant. 12 Car nous voyons maintenant au travers d’un verre*, obscurément, mais alors face à face ; maintenant je connais en partie, mais alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu. 13 Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.

Saint Paul, Première êpitre aux Corinthiens, 13,1-13 dans Pape Benoit

image du site:

http://santiebeati.it/index.html

paolo1.jpg

J’AI OUVERT EN ITALIEN UN BLOG SUR SAINT PAUL, EN FRANÇAIS NE SERAIS PAS CAPABLE DE LE FAIRE,  JE METS LA CATÉGORIE DE SAINT PAUL SUR CE BLOG ET TOUT CE QUE JE PEUX METTRE EN FRANÇAIS JE LE METS, NE PEUX PAS RÉCUPÉRER LES ÉCRITS SUR SAINT PAUL LORSQUE J’AI OUVERT CE BLOG, JE COMMENCE D’AUJOURD’HUI:

http://gabriellaroma.unblog.fr/tag/saint-paul/

sanpaolo.jpg 

BASILIQUE SAINT PAUL HORS LES MURS, À ROME

Année Paulinienne

http://www.annopaolino.org/interno.asp?id=1&lang=fra

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « TOUT SERA DÉTRUIT » TEXTES DE L’ÉCRITURE : MALACHIE 3, 19-20, THESSALONICIENS. 3, 7-12 ET LUC 21, 5-19.

15 novembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-33e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Tout-sera-detruit_a920.html

HOMÉLIE POUR LE 33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « TOUT SERA DÉTRUIT »
TEXTES DE L’ÉCRITURE : MALACHIE 3, 19-20, THESSALONICIENS. 3, 7-12 ET LUC 21, 5-19.

 fr (2)

Arc de Triomphe de Titus sur la destruction de Jérusalem en l’an 70 montrant la prise de la Menorah par les romains, Roma (Crédit photo : copie au Beth Hatefutsoth reproduite via Wikimedia Commons)

Les paroles de Jésus que nous venons de lire sont mystérieuses. Saint Luc à dessein y mêle la destruction de Jérusalem à la fin du monde et au Retour du Christ à la fin des temps. Ce qu’il fait a un nom. Je vous le donne, mais vous n’avez pas besoin de le retenir, ce qui compte c’est de savoir de quoi il retourne.
Nous sommes ici avec ce texte de saint Luc dans le domaine de l’eschatologie, es-cha-to-lo-gie.
Commençons donc par définir ce qu’est l’eschatologie puis nous verrons les applications qu’on peut faire du texte de saint Luc.

I – Qu’est-ce que l’eschatologie ?
L’eschatologie regarde ce qui a rapport aux fins dernières. Le mot grec « eschaton » se traduit par « dernier » en français. Cela nous donne l’accent qui est mis dans l’eschatologie sur ce qui doit venir à la fin des temps. Tout ce qui est créé aura une fin.
C’est évident pour chacune et chacun de nous pris individuellement. Notre vie se terminera un jour. C’est certain, même si on ne sait pas comment. Il en est de même pour l’univers qui nous entoure auquel on est si sensible aujourd’hui dans le mouvement écologiste. Cet univers qui nous a été donné disparaîtra un jour. Il aura une fin. L’eschatologie a ainsi un sens cosmique.
Pour parler de ces réalités qui viennent – on ne sait quand – il s’est développé des images de toutes sortes. Cela donne le style littéraire bien particulier où on décrit avec ces images comment sont entrevus les derniers temps. Il ne s’agit pas de descriptions scientifiques, mais bien plutôt de morceaux qui ressemblent à des poésies ou à des histoires de bandes dessinées. Les images se bousculent dans les textes comme celui d’aujourd’hui. Il est question de bouleversements, de guerres, de peurs, de cataclysmes etc.
On ne doit pas prendre ces descriptions à la lettre, mais on doit retenir qu’elles ne sont pas inutiles puisqu’elles nous tournent vers ce qui adviendra un jour pour nous personnellement ou pour l’univers que le pape François appelle notre « maison commune » dans son encyclique Laudato si’, sur l’écologie (24 mai 2015).

II – Le Retour du Christ
Dans la foi chrétienne on a retenu que les fins dernières verront le Retour du Christ glorieux qu’on décrit comme la seconde venue du Christ, son second avènement.
C’est un événement que les Écritures nous présentent avec moult descriptions. Ce Retour du Christ est associé au jugement dernier dont parle saint Mathieu au chapitre 25 de son évangile lorsqu’il dit que les justes seront à la droite du Christ et les mauvais à sa gauche parce que les premiers l’ont servi dans leurs frères et sœurs et les autres n’ont pas su reconnaitre en eux le Christ qui les visitaient.
Ce Retour du Christ est aussi associé à la fin du monde. Surgira alors un monde nouveau et des cieux nouveaux comme le dit le livre de l’Apocalypse : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus » (Apocalypse 18, 1). Le Règne de Dieu prendra toute la place et le monde ancien disparaîtra. Les descriptions pour révéler cette réalité essentielle de notre foi sont parfois dignes des vidéos ou des films d’anticipation. Retenons que ce sont des images et que la réalité, elle, est beaucoup plus simple. Elle réside dans la foi au Christ « qui est, qui était et qui vient » comme nous le chantons après chaque consécration à la messe lorsque le prêtre dit « Il est grand le mystère de la foi » et que nous répondons « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire »
Certains chrétiens ont tellement voulu mettre en évidence ce mystère de notre foi qu’ils en ont fait l’essentiel de celle-ci. Pour eux, l’insistance est placée sur le Retour du Christ qui adviendra à la fin des temps. Ils se sont donné le nom d’Adventistes et ils forment une Église assez répandue aux États-Unis : les « Adventistes du septième jour ».

III – Le temps de l’Église
Saint Luc dans le texte de l’évangile que nous venons d’entendre ramasse plusieurs considérations dont certaines s’adressent aux premiers chrétiens qui étaient victimes de persécutions dans l’empire romain à cette époque.
Écoutez ses observations. « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. » Et plus loin « Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. »
Saint Luc ici nous montre que Jésus sait que son message suscitera des oppositions à commencer par celle de ses concitoyens qui réclameront sa mort. Il est conscient de la révolution, pourrait-on dire, qu’il demande dans les comportements et dans la façon de vivre l’Alliance de Dieu avec son peuple qu’il proclame dans les Béatitudes. Il est le messager de l’amour inconditionnel de Dieu pour l’humanité. Personne n’est exclu de ce mouvement d’amour dont il sera l’illustration extraordinaire par sa mort sur la croix.
Jésus souhaite ici que ses disciples n’aient pas honte de ce qu’ils sont et qu’ils soutiennent avec persévérance les épreuves et les difficultés de l’annonce de la Bonne Nouvelle qu’il apporte au monde. C’est ici tout l’histoire de l’Église qu’il faudrait évoquer, mais ne vous inquiétez pas, je ne le ferai pas. Qu’il me suffise de vous sensibiliser au fait que dans la perspective eschatologique le temps entre la Résurrection de Jésus et son Retour dans la gloire se nomme le temps de l’Église.
C’est le temps où les disciples de Jésus font le chemin nécessaire pour rester près de lui dans les cultures, les contrées, les temps, les circonstances et les changements où ils vivent. C’est ce que le pape François met en œuvre dans les deux conciles dont parlent les journaux : celui de l’Amazonie qui s’est terminé le 26 octobre 2019 et celui de l’Allemagne prévu en 2020.
Ce temps de l’Église n’a pas été déterminé d’avance. L’Église existe depuis déjà 2000 ans et qui dit que nous ne sommes pas encore dans la primitive Église. Ce temps de l’Église pour nous c’est maintenant. C’est celui où nous sommes appelés à transmettre le don reçu de la foi en Jésus. C’est aussi le temps où nous sommes invités à mettre en pratique ses enseignements et proclamer son message à toutes les nations: « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. ». (Mathieu 28, 19-20)

Conclusion
Cette promesse que je viens de rappeler est le soutien que nous avons dans ce temps de l’Église où nous sommes engagés comme baptisés et enfants de Dieu. Notre route n’est pas sans issue, au contraire elle est ouverte sur la présence de Celui que nous suivons avec persévérance : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » comme il est dit à la fin de notre évangile de ce dimanche.
Demandons, si vous le voulez, cette grâce de la persévérance. Les tentations de décrochage nous assaillent parfois dans notre vie personnelle ou dans la vie de l’Église. Les fruits de notre foi en Jésus n’apparaissent pas toujours assez clairement pour nous. Nos attentes sont parfois bien égoïstes.
Demandons au Seigneur de nous rendre accueillants à la présence de son Esprit qui nous guide sur les chemins de notre vie et sur ceux de la vie de l’Église. Et prions pour celui que Dieu nous a donné comme pasteur de celle-ci : le pape François.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur les actes des apôtres – 15.  » Celui qui, sans le savoir, vous adorez, je vous le signale  » ( Actes 17:23). Paul sur l’aréopage: un exemple d’inculturation de la foi à Athènes

13 novembre, 2019

http://www.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2019/documents/papa-francesco_20191106_udienza-generale.html

pens targa di bronzo del discorso di paolo ad atene

Plaque en bronze du discours de saint Paul à Athènes

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur les actes des apôtres – 15.  » Celui qui, sans le savoir, vous adorez, je vous le signale  » ( Actes 17:23). Paul sur l’aréopage: un exemple d’inculturation de la foi à Athènes

Chers frères et soeurs, bonjour!

Place Saint Pierre
Mercredi 6 novembre 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons notre «voyage» avec le livre des Actes des apôtres. Après les épreuves vécues à Philippes, Thessalonique et Berée, Paul arrive à Athènes, précisément au cœur de la Grèce (cf. Ac 17, 15). Cette ville, qui vivait dans l’ombre des antiques gloires malgré la décadence politique, conservait encore le primat de la culture. C’est là que l’esprit de l’apôtre «s’échauffait en lui au spectacle de cette ville remplie d’idoles» (Ac 17, 16). Toutefois, cet «impact» avec le paganisme, au lieu de le faire fuir, le pousse à créer un pont pour dialoguer avec cette culture.
Paul choisit de se familiariser avec la ville et commence ainsi à fréquenter les lieux et les personnes les plus significatives. Il va à la synagogue, symbole de la vie de foi; il va sur la place, symbole de la vie citadine; et il va à l’Aréopage, symbole de la vie politique et culturelle. Il rencontre des juifs, des philosophes épicuriens et stoïciens, et de nombreux autres. Il rencontre tout le monde, il ne se renferme pas, va parler avec tous. Et, de cette façon, Paul observe la culture, observe le climat d’Athènes «à partir d’un regard contemplatif» qui découvre «ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues, sur ses places» (Evangelii gaudium, n. 71). Paul ne regarde pas la ville d’Athènes et le monde païen avec hostilité, mais avec les yeux de la foi. Et ainsi, il nous fait nous interroger sur notre façon de regarder nos villes: les observons-nous avec indifférence? Avec mépris? Ou bien avec la foi qui reconnaît les fils de Dieu au milieu des foules anonymes?
Paul choisit le regard qui le pousse à ouvrir une brèche entre l’Evangile et le monde païen. Au cœur de l’une des institutions les plus célèbres du monde antique, l’Aréopage, il réalise un exemple extraordinaire d’inculturation du message de la foi: il annonce Jésus Christ aux adorateurs d’idoles, et il ne le fait pas en les agressant, mais en se faisant «pontife, constructeur de ponts» (Homélie à Sainte-Marthe, 8 mai 2013).
Paul part de l’autel de la ville dédié à un «dieu inconnu» (Ac 17, 23) — il y avait un autel avec l’inscription «Au dieu inconnu»; aucune image, rien, uniquement cette inscription. En partant de cette «dévotion au dieu inconnu, pour avoir de l’empathie pour ses auditeurs, il proclame que Dieu «vit parmi les citadins» (Evangelii gaudium, n. 71) et «ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons» (ibid.). C’est précisément cette présence que Paul cherche à dévoiler: «Ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer» (Ac 17, 23).
Pour révéler l’identité du dieu que les Athéniens adorent, l’apôtre part de la création, c’est-à-dire de la foi biblique dans le Dieu de la révélation, pour arriver à la rédemption et au jugement, c’est-à-dire au message proprement chrétien. Il montre la disproportion entre la grandeur du Créateur et les temples construits par l’homme, et explique que le Créateur se fait toujours chercher afin que chacun puisse le trouver. De cette façon, Paul, selon une belle expression du Pape Benoît XVI, «annonce Celui que les hommes ignorent, et pourtant connaissent: l’Inconnu-Connu» (Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au collège des Bernardins, 12 septembre 2008). De plus, il invite chacun à aller au-delà «des temps de l’ignorance» et à se décider pour la conversion en vue du jugement imminent. Paul arrive ainsi au kérygme et fait allusion au Christ, sans le citer, le définissant comme l’«homme qu’il a désigné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts» (Ac 17, 31).
Et c’est là qu’est le problème. La parole de Paul, qui jusqu’à présent avait tenu ses interlocuteurs en haleine — parce que c’était une découverte intéressante — trouve un écueil: la mort et la résurrection du Christ apparaîssent comme «une folie» (1 Co 1, 23) et suscitent le mépris et la dérision. Paul s’éloigne alors: sa tentative semble avoir échoué, et au contraire, certains adhèrent à sa parole et s’ouvrent à la foi. Parmi ceux-ci Denys, membre de l’Aréopage, et une femme, Damaris. A Athènes aussi, l’Evangile s’enracine et peut parler à deux voix: celle de l’homme et celle de la femme!
Demandons nous aussi aujourd’hui à l’Esprit Saint de nous enseigner à construire des ponts au moyen de la culture, avec ceux qui ne croient pas ou avec ceux qui ont une croyance différente de la nôtre. Toujours construire des ponts, toujours la main tendue, pas d’agression. Demandons-lui la capacité d’inculturer avec délicatesse le message de la foi, en posant sur ceux qui ignorent le Christ un regard contemplatif, mû par un amour qui réchauffe même les cœurs les plus endurcis.

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les jeunes du diocèse de Paris. Frères et sœurs, demandons à l’Esprit Saint de nous apprendre à construire des ponts avec ceux qui ne croient pas. Que nous sachions toujours leur témoigner de notre foi, en portant sur eux un regard d’amour qui touche même les cœurs les plus endurcis. Que Dieu vous bénisse !

 

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL N’EST PAS LE DIEU DES MORTS, MAIS DES VIVANTS »

8 novembre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-32e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Il-n-est-pas-le-Dieu-des-morts-mais-des-vivants_a919.html

Dio non è dei morti, ma dei viventi; perché tutti vivono per lui».

HOMÉLIE POUR LE 32E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « IL N’EST PAS LE DIEU DES MORTS, MAIS DES VIVANTS »

Textes : 2 Macchabées (Martyrs d’Israël) 7, 1-2.9-14), II Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5 et Luc 20, 27.34-38.

La lecture de ce texte de l’évangile de saint Luc m’a rappelé mes conversations du dimanche avec ma mère décédée à 95 ans quelques années après mon père avec qui elle avait vécu un grand amour. Elle me demandait souvent : « Est-ce que je vais pouvoir le revoir quand je vais mourir ? Comment il va être ? Est-ce que je vais le reconnaître ? »
Autant de questions qu’elle n’est pas la seule à s’être posées. Elles sont derrière la situation évoquée par les Sadducéens pour embêter Jésus.

I – La question des Sadducéens
La situation présentée à Jésus par les Sadducéens où une épouse a eu plusieurs maris n’est pas incongrue même si le nombre de sept est hors norme et leurs morts subites aussi. On comprend qu’il s’agit d’un cas hypothétique soumis à Jésus pour le piéger.
En effet, il faut savoir que les Sadducéens, un groupe de notables juifs, ne croyaient pas à la résurrection des morts et à la vie éternelle. Leurs adversaires, les Pharisiens, eux y croyaient en s’appuyant sur des textes comme ceux de la première lecture qui, en racontant la mort des sept frères arrêtés avec leur mère, dévoile cette foi que chacun proclame à sa façon. En effet le quatrième frère sur le point d’expirer déclare : « Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle… Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu ».
Les Sadducéens veulent montrer que cette croyance est absurde. C’est le but de leur histoire qui se veut une illustration parfaite de cette absurdité. « Cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? » demandent-ils à Jésus. Ils transposent dans la vie éternelle, sans adaptation aucune, la vie d’ici-bas.On voit bien que la question posée comme cela ne peut recevoir de réponse satisfaisante. Il faut donc conclure que la résurrection des morts et la vie éternelle n’existent pas. Il faut se concentrer sur la vie d’ici-bas où le temps passe et…les maris aussi. Les liens disparaissent avec la mort qui les emporte. Pas de vie éternelle, encore moins de résurrection des morts.

II – La réponse de Jésus
Cette histoire présentée par les Sadducéens nous vaut une réponse de Jésus qui a alimenté la foi des premiers chrétiens et qui est encore inspirante pour nous aujourd’hui.
En effet, saint Luc met dans la bouche de Jésus une réponse qui exprime bien l’essentiel de la foi chrétienne : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection ».
« Enfants de la résurrection ». Cette réponse est toute entière illuminée par la lumière de la résurrection de Jésus. Au moment où saint Luc écrit son évangile, entre 70 et 85 après Jésus-Christ très probablement, les premières communautés chrétiennes existent un peu partout et elles vivent dans la foi en Jésus ressuscité, toujours vivant que les premiers témoins ont rencontré après le Vendredi Saint. Il est donc logique pour eux de mettre dans la bouche de Jésus une affirmation claire de la résurrection des morts et de la vie éternelle qui font partie de leur foi : « Ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection » dit Jésus.
Cette réponse met devant nos yeux la réalité de la vie après la mort dans une perspective de foi qui se fonde sur la résurrection du Christ qui fera dire à Saint Paul : « S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité ». ( I Corinthiens 15, 13)
Ceci étant dit, qu’en est-il de la question de ma mère semblable à celle des Sadducéens ?

III – Une vie porteuse de vie éternelle
Je ne suis pas certain que la question soit bien posée, car comme le dit l’évangile « ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges ».
Les questions qui nous habitent sont calquées sur les réalités sensibles que nous vivons, mais après la mort ces réalités sont transformées. Les personnes défuntes continuent de vivre mais elles sont dans un état différent du nôtre. Comme pour les anges et comme pour le Christ ressuscité, les frontières du temps et de l’espace n’existent plus. Elles sont devenues des êtres nouveaux tout en restant elles-mêmes mais d’une façon différente de celle qu’elles avaient sur la terre.
C’est pourquoi, par exemple, lors des apparitions du Christ ressuscité, souvent on ne le reconnaît pas tout de suite ou encore comme Marie Madeleine on le prend pour une autre personne. Dans son cas, elle le prend pour le jardinier avant de le reconnaître dans la foi. « S’étant retournée, est-il écrit dans l’évangile de saint Jean, elle lui dit en hébreu : ‘’ Rabbouni !’’, c’est-à-dire : ‘’Maître’’. Jésus reprend : ‘’ Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ‘’ ». (Jean 20, 17)
Vous voyez que le message de l’évangile d’aujourd’hui nous rejoint toutes et tous car il ouvre la porte sur nos questions concernant ce mystère de la résurrection des morts et de la vie éternelle. C’est dans la foi que nous recevons la réponse de Jésus qui invite à faire confiance à Celui qui est notre Père et Maître de l’univers. Le « comment de la vie éternelle » nous échappe, mais la réalité de celle-ci fait partie de notre foi.
Nous sommes ainsi invités, non pas à discuter comme les Sadducéens, mais à plonger dans cette foi en la résurrection et en la vie éternelle dont Jésus nous montre le chemin par sa propre Résurrection.

Conclusion
Cette homélie dominicale vous a peut-être rappelé les homélies de funérailles auxquelles vous avez participé à l’occasion. C’est juste, car le questionnement des Sadducéens pour mettre Jésus en boite, n’est pas farfelu. Il nous habite nous aussi comme c’était le cas pour ma mère. Nous sommes toutes et tous invités à dépasser nos questions et à faire le saut dans la foi que nous proclamons à chaque Eucharistie lorsque nous faisons notre profession de foi : « Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ».
Nous serons soutenus pour faire ce saut dans la foi par la certitude que nous donne l’Eucharistie qui nous fait rencontrer à chaque messe le Christ Ressuscité et toujours vivant. Dans la liturgie que nous célébrons à la messe nous nous unissons à la liturgie qui se célèbre dans le ciel où Jésus se tient devant son Père avec nos frères et sœurs défunts dans une louange et un bonheur éternels que je nous souhaite à toutes et à tous.

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

ENZO BIANCHI: PRIER, C’EST ENTRER DANS LE CŒUR DE L’HISTOIRE

4 novembre, 2019

https://www.famigliacristiana.it/articolo/enzo-bianchi-riscopriamo-il-valore-della-preghiera.aspx

fr

ENZO BIANCHI: PRIER, C’EST ENTRER DANS LE CŒUR DE L’HISTOIRE

03/09/2014 « Intercéder, c’est faire un pas en avant, aller au cœur des situations », explique le prieur de Bose.

La prière est vraiment un casse-tête sympa. Saint Paul, écrivant aux chrétiens de Rome, le dit clairement: « Nous ne savons même pas ce qu’il convient de demander » (Rom 8: 26-27), en assurant toutefois le « secours » du Saint-Esprit. Augustin , quant à lui, a affirmé que les mots « le devoir de prier est mieux rempli de gémissements que de mots, plus de larmes que de discours » ne sont pas nécessaires.
Le père André Louf, un moine trappiste français décédé en 2010 et un grand professeur de spiritualité, a affirmé que « la prière la plus contemplative et l’action la plus engagée sont pratiquement identiques ». Pour un laïc agité, comme Cesare Pavese , la prière n’est rien de plus que de la « libérer comme avec un ami ».
Cependant, nous devons peut-être nous demander s’il est encore possible de prier pour l’homme laïcisé et hyperactif d’aujourd’hui. À toutes ces questions, Enzo Bianchi , prieur du monastère de Bose, a consacré un livre. Le titre, éloquent, va droit au but: pourquoi prier, comment prier , qui sera joint au numéro de Famiglia Cristiana en kiosque à partir du 11 septembre.
Commençons ici. Prier aujourd’hui n’est-il pas un luxe?
« C’est vrai, c’est un moment de crise pour la prière et ce flou se fait sentir dans tout le monde dit occidental, qui correspond au monde de l’abondance, de l’opulence. La prière fait défaut car l’homme fait tellement confiance à lui-même, à la science et à la technique qu’il lui semble qu’il n’a plus besoin de Dieu, c’est pourquoi nous devons faire un acte de discernement et nous demander avant tout ce qu’est exactement la prière chrétienne. sans le confondre avec prière tout court ».
Quelle est la spécificité de la prière chrétienne?
« Il est vrai que la prière est une expression universelle de l’humain, mais la prière chrétienne a sa propre particularité. Il consiste avant tout à écouter Dieu avant même de lui parler, celui qui prie écoute avant de demander quelque chose à Dieu. Cela signifie que la prière doit se transformer, s’épanouir à nouveau: nous devons lui rendre le primat chrétien de l’écoute. Aujourd’hui, cependant, il arrive de plus en plus souvent que la prière soit présentée comme une pratique qui « fait du bien », ce qui « profite à la bonne santé du corps », ou comme une activité d’hygiène mentale, comme un antidépresseur. Ce n’est pas le vrai sens de la prière chrétienne ».
Alors, la prière finit-elle par prendre la deuxième place?
« Il était une fois beaucoup de discussions sur certaines façons de prier: les dévotions, la piété populaire. Les écoles de spiritualité ont expérimenté et proposé de nombreuses formes de prière, qui représentent également un renouveau spirituel. Pensons à la prière contemplative que l’école de Charles de Foucauld nous a enseignée à la fin du siècle dernier. Aujourd’hui, cependant, la question est plus radicale: il ne s’agit pas tant de prier que de savoir pourquoi prier. La prière, pour le chrétien, n’est pas un acte automatique ni un acte perdu, il faut pour cela avoir la foi ou la retrouver. On prie s’il a la foi, s’il a la confiance pour obtenir une réponse, s’il est soutenu par l’espoir d’être dans une relation, s’il est confiant qu’il peut écouter un Autre et qu’il peut être écouté à son tour. Aujourd’hui, le défi de la prière est beaucoup plus radical en Occident que dans d’autres parties du monde,
La foi est fondamentale, alors …
« Certainement. En effet, je dirais que le problème de la prière est un problème de foi, la prière est l’éloquence de la foi, s’il n’y en a pas un, il n’existe même pas l’autre ».
N’y a-t-il pas un risque que même le chrétien ait le sentiment que la prière est inutile ou en tout cas pas très concrète? « Le chrétien doit être capable de lire l’histoire et de voir que dans l’histoire, une composante constante est précisément la prière: tous les livres de la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, nous le disent. En réalité, lorsque nous prions, nous ne faisons pas d’activité intellectuelle ou de pensée, mais nous nous préparons à entrer dans une situation, dans un contexte relationnel. L’intercession, la prière pour la paix, pour les migrants morts en Méditerranée ou les chrétiens persécutés et tués, n’est pas inutile car elle nous prépare à être responsables devant ces frères. Intercession signifie littéralement faire un pas en avant, pénétrer au cœur des situations historiques. La prière n’est pas évasive. Il est significatif que le pape François ait insisté pour prier pour lui, pour l’Église, pour de nombreuses situations difficiles. C’est comme dire: chers frères, Je vous demande de partager les responsabilités, je vous demande de travailler ensemble, en communion, tel est le sens authentique et profond de prier ensemble. Sans la prière, rien n’est préparé pour ce qui est une action dans l’histoire « .
On pourrait objecter qu’aujourd’hui, il n’ya pas de temps pour prier.
«C’est un problème concret mais aussi un faux. En réalité, ce qui est difficile pour nous, ce n’est pas tant de prier que d’arrêter, d’être seul, de rester silencieux. Celui qui dit qu’il n’a pas le temps est un aliéné du temps, qui ne domine pas et ne commande pas le temps et sa vie mais est avalé ».

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – Commémoration de tous les fidèles défunts (2.11.2011)

1 novembre, 2019

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111102.html

fr e en

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – Commémoration de tous les fidèles défunts (2.11.2011)

Salle Paul VI
Mercredi 2 novembre 2011

Chers frères et sœurs !

Après avoir célébré la solennité de tous les saints, l’Eglise nous invite aujourd’hui à commémorer tous les fidèles défunts, à tourner notre regard vers les nombreux visages qui nous ont précédés et qui ont conclu leur chemin terrestre. Au cours de l’Audience d’aujourd’hui, je voudrais donc vous proposer quelques pensées simples sur la réalité de la mort qui pour nous, chrétiens, est illuminée par la Résurrection du Christ, et pour renouveler notre foi dans la vie éternelle.
Comme je le disais déjà hier au cours de l’Angélus, nous nous rendons ces jours-ci au cimetière pour prier pour les personnes chères qui nous ont quittés, nous allons en quelque sorte leur rendre visite pour leur exprimer, une fois de plus, notre affection, pour les sentir encore proches, en rappelant également, de cette façon, un article du Credo : dans la communion des saints existe un lien étroit entre nous, qui marchons encore sur cette terre, et nos nombreux frères et sœurs qui ont déjà atteint l’éternité.
Depuis toujours, l’homme se préoccupe de ses morts et tente de leur donner une deuxième vie à travers l’attention, le soin, l’affection. D’une certaine façon, on veut conserver leur expérience de vie ; et, paradoxalement, c’est précisément des tombes devant lesquelles se bousculent les souvenirs que nous découvrons la façon dont ils ont vécu, ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils ont craint, ce qu’ils ont espéré, et ce qu’ils ont détesté. Celles-ci représentent presque un miroir de leur monde.
Pourquoi en est-il ainsi ? Car, bien que la mort soit souvent un thème presque interdit dans notre société, et que l’on tente constamment de chasser de notre esprit la seule idée de la mort, celle-ci concerne chacun de nous, elle concerne l’homme de tout temps et de tout lieu. Et devant ce mystère, tous, même inconsciemment, nous cherchons quelque chose qui nous invite à espérer, un signe qui nous apporte un réconfort, qui nous ouvre un horizon, qui offre encore un avenir. Le chemin de la mort, en réalité, est une voie de l’espérance et parcourir nos cimetières, comme lire les inscriptions sur les tombes, signifie accomplir un chemin marqué par l’espérance d’éternité.
Mais nous nous demandons : pourquoi éprouvons-nous de la crainte face à la mort ? Pourquoi une grande partie de l’humanité ne s’est-elle jamais résignée à croire qu’au-delà de la mort, il n’y pas pas simplement le néant ? Je dirais qu’il existe de multiples réponses : nous éprouvons une crainte face à la mort car nous avons peur du néant, de ce départ vers quelque chose que nous ne connaissons pas, qui nous est inconnu. Il existe alors en nous un sentiment de rejet parce que nous ne pouvons pas accepter que tout ce qui a été réalisé de beau et de grand au cours d’une existence tout entière soit soudainement effacé, tombe dans l’abîme du néant. Et surtout, nous sentons que l’amour appelle et demande l’éternité et il n’est pas possible d’accepter que cela soit détruit par la mort en un seul moment.
De plus, nous éprouvons de la crainte à l’égard de la mort car, lorsque nous nous trouvons vers la fin de notre existence, existe la perception qu’un jugement est exercé sur nos actions, sur la façon dont nous avons mené notre vie, surtout sur les zones d’ombre que nous savons souvent habilement éliminer ou que nous nous efforçons d’effacer de notre conscience. Je dirais que c’est précisément la question du jugement qui est souvent à l’origine de la préoccupation de l’homme de tous les temps pour les défunts, de l’attention pour les personnes qui ont compté pour lui et qui ne sont plus à ses côtés sur le chemin de la vie terrestre. Dans un certain sens, les gestes d’affection et d’amour qui entourent le défunt sont une façon de le protéger dans la conviction qu’ils ne demeurent pas sans effet sur le jugement. C’est ce que nous pouvons constater dans la majorité des cultures qui caractérisent l’histoire de l’homme.
Aujourd’hui, le monde est devenu, tout au moins en apparence, beaucoup plus rationnel, ou mieux, la tendance s’est diffusée de penser que chaque réalité doit être affrontée avec les critères de la science expérimentale, et qu’également à la grande question de la mort on ne doit pas tant répondre avec la foi, mais en partant de connaissances expérimentables, empiriques. On ne se rend cependant pas suffisamment compte que, précisément de cette manière, on a fini par tomber dans des formes de spiritisme, dans la tentative d’avoir un contact quelconque avec le monde au-delà de la mort, presque en imaginant qu’il y existe une réalité qui, à la fin, serait une copie de la réalité présente.
Chers amis, la solennité de la Toussaint et la commémoration de tous les fidèles défunts nous disent que seul celui qui peut reconnaître une grande espérance dans la mort, peut aussi vivre une vie à partir de l’espérance. Si nous réduisons l’homme exclusivement à sa dimension horizontale, à ce que l’on peut percevoir de manière empirique, la vie elle-même perd son sens profond. L’homme a besoin d’éternité et toute autre espérance est trop brève, est trop limitée pour lui. L’homme n’est explicable que s’il existe un Amour qui dépasse tout isolement, même celui de la mort, dans une totalité qui transcende aussi l’espace et le temps. L’homme n’est explicable, il ne trouve son sens profond, que s’il y a Dieu. Et nous savons que Dieu est sorti de son éloignement et s’est fait proche, qu’il est entré dans notre vie et nous dit : « Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).
Pensons un moment à la scène du Calvaire et écoutons à nouveau les paroles que Jésus, du haut de la Croix, adresse au malfaiteur crucifié à sa droite : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). Pensons aux deux disciples sur la route d’Emmaüs, quand, après avoir parcouru un bout de chemin avec Jésus Ressuscité, ils le reconnaissent et partent sans attendre vers Jérusalem pour annoncer la Résurrection du Seigneur (cf. Lc 24, 13-35). Les paroles du Maître reviennent à l’esprit avec une clarté renouvelée : « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place » (Jn 14, 1-2). Dieu s’est vraiment montré, il est devenu accessible, il a tant aimé le monde « qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16), et dans l’acte d’amour suprême de la Croix, en se plongeant dans l’abîme de la mort, il l’a vaincue, il est ressuscité et nous a ouvert à nous aussi les portes de l’éternité. Le Christ nous soutient à travers la nuit de la mort qu’Il a lui-même traversée; il est le Bon Pasteur, à la direction duquel on peut se confier sans aucune crainte, car Il connaît bien la route, même dans l’obscurité.
Chaque dimanche, en récitant le Credo, nous réaffirmons cette vérité. Et en nous rendant dans les cimetières pour prier avec affection et avec amour pour nos défunts, nous sommes invités, encore une fois, à renouveler avec courage et avec force notre foi dans la vie éternelle, ou mieux, à vivre avec cette grande espérance et à la témoigner au monde : derrière le présent il n’y a pas le rien. C’est précisément la foi dans la vie éternelle qui donne au chrétien le courage d’aimer encore plus intensément notre terre et de travailler pour lui construire un avenir, pour lui donner une espérance véritable et sûre. Merci.

 

HOMÉLIE POUR LE 31E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C «AUJOURD’HUI, LE SALUT EST ARRIVÉ POUR CETTE MAISON »

31 octobre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-31e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Aujourd-hui-le-salut-est-arrive-pour-cette-maison_a918.html

fr si

HOMÉLIE POUR LE 31E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C «AUJOURD’HUI, LE SALUT EST ARRIVÉ POUR CETTE MAISON »

Textes: Sagesse 11, 22 – 12, 2, 2 Timothée 1, 11 – 2, 2 et Luc 19, 1-10 Zachée

Dans les évangiles nous avons beaucoup d’histoires ou paraboles comme celles du bon samaritain ou encore celle du pharisien et du publicain que nous avons entendue dimanche dernier. Ce matin ce qui nous est présenté c’est plutôt un événement retenu par les disciples qui étaient avec Jésus. Ceux-ci l’ont raconté aux premiers convertis à la foi chrétienne. Saint Luc l’a consigné dans son évangile avec plein de détails dans le but de montrer comment accueillir le salut de Dieu dans leurs vies.
C’est très instructif et actuel pour nous car nous sommes dans la même situation que ces premiers chrétiens : nous désirons accueillir le salut de Dieu qu’apporte Jésus au monde. Notre démarche d’accueil du salut, donc, peut s’inspirer avec profit de celle de Zachée qu’on pourrait résumer par trois verbes : voir, entendre et répondre.

I – Voir
Zachée monte sur un arbre parce qu’il est poussé par un fort désir de voir Jésus. En effet, il paraît très attiré par ce personnage qui passe dans sa ville de Jéricho. Il en a sûrement entendu parler car les actions et les miracles de Jésus ne passent pas inaperçus. Le lépreux guéri auparavant en Samarie s’est fait le communicateur de ce qu’il a vécu. La nouvelle a probablement précédé Jésus à Jéricho.
Les détails donnés par saint Luc manifestent que Zachée, malgré son métier de collecteur d’impôt qui l’amène à exploiter les gens autour de lui, a dans le cœur une petite flamme qui le porte à aller vers celui qui se présente comme l’Envoyé de Dieu et qui annonce que le salut est arrivé pour toutes les personnes qui l’accueillent.
C’est dans cette perspective qu’on peut regarder Zachée sur son arbre. Il s’est mis en marche. « Il cherchait à voir qui était Jésus, écrit saint Luc, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là ».
Zachée cherche à voir Jésus, il court en avant, il grimpe sur un sycomore qui est un grand arbre en Palestine. Il s’active et se donne les moyens de voir Jésus. Et il le voit.
Ce qui se passe à ce moment va changer sa vie.

II – Entendre
Contre toute attente, lorsqu’il voit Jésus approcher, celui-ci qui l’a repéré dans son arbre s’arrête. Il le regarde.
Zachée est estomaqué. Il est comme figé sur la branche de l’arbre où il se tient. Et alors se produit l’impensable pour lui. Jésus l’appelle par son nom. Quelqu’un a-t-il soufflé son nom à Jésus ? Peu importe, Zachée se sent reconnu comme une personne qui compte pour Jésus qui lui dit en levant les yeux vers lui : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison ».
Zachée est complètement abasourdi par cette invitation. Il attendait pour voir Jésus, mais l’entendre s’adresser à lui de cette façon dépasse toutes ses attentes. Son cœur est profondément touché par ce qu’il entend. Il n’hésite pas, car cette invitation rejoint le désir qui avait commencé à se faire une place dans son cœur, celui d’accueillir d’un cœur pur le salut de Dieu qui veut faire de lui une créature nouvelle.

III – Répondre
Après avoir entendu Jésus, Zachée saute de son arbre en face de Jésus et il se met à l’œuvre pour répondre à l’invitation de Jésus. « Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.». L’invitation de Jésus ne tombe pas dans une terre sèche et aride. Zachée inconsciemment attendait cette invitation. C’est pourquoi, il y répond promptement.
La réponse qu’il donne est toute inspirée du regard et de l’invitation de Jésus. Zachée est complétement retourné. Il se décide sur le champ de répondre en changeant de vie. C’est ce qu’on appelle une « conversion ». Cette conversion de Zachée est admirablement décrite par saint Luc qui nous le montre sous un jour nouveau.
Lui, qui exploitait ses congénères, décide de réparer ses gestes malheureux. Il le fait de manière éclatante : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Son action est à l’image de celle de Dieu qui surpasse toujours ce qu’on attend de Lui, comme le décrit si bien l’auteur du Livre de la Sagesse dont nous avons lu un extrait dans la première lecture. Écoutez ces paroles de nouveau car elles s’appliquent admirablement à notre propos : « Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent ».
Jésus confirme sur le champ que le salut est arrivé dans cette maison dans un « aujourd’hui » qui est au-delà du temps. « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » dit-il à ceux et celles qui l’entourent. « En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».
« Aujourd’hui » encore le salut est offert à l’humanité. Ce n’est pas une invitation passée que celle de Jésus à Zachée. C’est une invitation toujours actuelle qui est adressée à chacune et chacun de nous. « Aujourd’hui, nous dit Jésus, – ce matin – je veux demeurer chez toi ».

Conclusion
Les évangiles pour nous sont les lieux où nous rencontrons Jésus. Ils sont la Parole de Dieu qui continue de se proclamer aux diverses nations et dans le monde entier. À travers de petites histoires comme le sont les paraboles et des événements de la vie de Jésus comme la rencontre avec Zachée, nous sommes entraînés à sa suite.
Demandons ce matin que notre réponse aux invitations de Jésus que l’Esprit fait surgir en nous soit aussi prompte et aussi totale que celle de Zachée. Voir, entendre et répondre, voici ce que nous sommes invités à vivre comme disciples de Jésus et ainsi Jésus nous dira à nous aussi « Aujourd’hui, le salut est arrivé dans ta maison ». C’est ce que je nous souhaite à toutes et à tous.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « À L’ADRESSE DE CERTAINS QUI ÉTAIENT CONVAINCUS D’ÊTRE JUSTES

25 octobre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-30e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-A-l-adresse-de-certains-qui-etaient-convaincus-d-etre-justes_a917.html

en e fr

« du pharisien et du publicain »

HOMÉLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « À L’ADRESSE DE CERTAINS QUI ÉTAIENT CONVAINCUS D’ÊTRE JUSTES »

Textes: Siracide 35, 15b-17.20-22a, 2 Timothée 4, 6-8.16-18 et Luc 18, 9-14 le pharisien et le publicain

Le but de cette histoire ou parabole bien connue du pharisien et du publicain en prière racontée par Jésus nous est donné d’entrée de jeu par les premières phrases qui la situe bien : « À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » Jésus r aconte la parabole que voici.
Je commencerai donc par essayer de voir avec vous ce que signifie pour Jésus être juste, puis je ferai ma lecture de la parabole dans cette lumière,

I – Qui est « juste »?
Comme moi, vous vous demandez sûrement qui est une personne « juste »? Les Saintes Écritures utilisent ce terme très souvent. Les « justes » sont ceux et celles dont les pensées, les paroles, les actions sont entièrement conformes à la volonté de Dieu. Ce sont, en un mot, des personnes qui sont « ajustées » à Dieu.
Le « Juste parfait » c’est Jésus. Dans sa vie et ses actions il montre comment on peut devenir « juste » nous aussi. Et comment le devenir me demanderez-vous ? Saint Paul s’est posé la question bien avant nous. Sa réponse tient en un mot : la grâce de Dieu : « Lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus » (Romains 3, 24) . C’est Dieu lui-même qui nous « ajuste » à Lui, qui change notre cœur de pierre en un cœur de chair. Il prend ainsi toute la place dans nos vies qui ne sont plus à nous-mêmes, mais à Lui en union avec le Christ ressuscité (cf. Romains 3, 21-26).
On pourrait dire que ce terme de « juste » est souvent mal compris. On l’entend plutôt dans son sens premier qui est de respecter la vertu de justice et ainsi de rendre à chacun ce qui lui revient. La justice règle les rapports sociaux et les rapports aux biens matériels. Dans l’Alliance avec Dieu, la justice va plus loin. La personne « juste » est celle qui observe la loi de Dieu, qui reçoit et garde les commandements de Dieu.
Vous le voyez, le terme « juste » est très riche. Il exprime un idéal de vie élevé, un idéal de proximité même avec Dieu. Dans nos mots d’aujourd’hui, on pourrait le remplacer souvent par le terme « saint » car la sainteté est l’idéal vers lequel chemine tout disciple de Jésus : « À l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, lit-on dans la première Lettre attribuée à saint Pierre, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint ». ( 1 Pierre 1 15-16).

II – L’histoire ou parabole de Jésus
Avec cette perspective en tête, l’histoire de Jésus est des plus parlantes pour nous encore aujourd’hui. Elle met en scène deux personnes qui donnent des images opposées de ce qu’est être « juste ».
Le premier, le pharisien, rempli de lui-même se fait une gloire d’être « juste » selon ce qu’il pense. Il se voit au-dessus des autres, dans une classe à part. Il fait partie de ceux que Jésus présente comme « convaincus d’être justes et qui méprisent les autres ». Il se drape dans sa fidélité à observer la Loi : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. »
On ne peut faire mieux comme suffisance et orgueil. Pour ce pharisien, être « juste » n’est plus un chemin d’écoute de la Parole de Dieu, mais un privilège dont il se glorifie et qui lui fait mépriser les autres. S’agit-il bien de ce que Dieu désire des personnes « justes », qui s’ « ajustent à sa volonté » ?
La réponse nous est donnée dans la suite de l’histoire de Jésus où il décrit une autre attitude qui est celle d’un collecteur d’impôt, un publicain, qui était méprisé de ses contemporains. Dans son histoire Jésus le présente comme quelqu’un d’humble, pas du tout rempli de lui-même, conscient de ses limites qu’il exprime ainsi dans sa prière en se frappant la poitrine et en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Le sage, Siracide, de l’Ancien Testament dans la première lecture, le constatait et l’exprimait ainsi : « La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice ».
Ce publicain conclut Jésus, quand il redescendit dans sa maison, « c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. »

III- Application
En écoutant cette histoire, cette parabole, qui est facile à comprendre, on peut se demander de qui sommes-nous le plus près dans nos vies de disciples de Jésus? Du pharisien ou du publicain?
On peut se poser la question parce que le pharisien et le publicain sont des images qui nous invitent à nous interroger sur notre façon de nous ajuster à Dieu dans nos vies. Et nous sommes bien obligés de constater, quand nous nous regardons sérieusement, que le pharisien et le publicain coexistent dans nos vies. Il arrive que nous soyons parfois dans une attitude semblable à celle du pharisien remplis de nous-même et regardant les autres avec condescendance.
Nous sommes, je l’espère, le plus souvent comme le publicain, conscients de nos limites et de nos faiblesses, capables de dire comme lui je suis pécheur, j’ai besoin de la grâce de Dieu. Je ne puis pas être pleinement moi-même sans l’aide de Dieu. C’est cela que nous fait dire la foi en la puissance créatrice de Dieu qui refait toutes chose nouvelles et qui rend « justes » ceux et celles qui s’en remettent à lui. « Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé » avons-nous entendu dans la première lecture.

Conclusion
Comme je le disais en commençant, J’ai été frappé par la première phrase de cet évangile qui m’a semblé donner une clé pour méditer cette année cette fameuse histoire du pharisien et du publicain. D’autres pistes peuvent se dégager d’une telle histoire, bien sûr, mais je vous ai partagé celle-ci pour nous aider dans notre célébration où nous sommes invités comme à chaque Eucharistie à nous laisser remplir de la vie de Dieu, de sa présence pour la faire rayonner autour de nous en reconnaissant que nous sommes pécheurs nous aussi.
En partageant le Corps du Christ, nous devenons de plus en plus « justes », « ajustés à la volonté de Dieu » comme Lui l’a été jusqu’à la fin. C’est pourquoi, Dieu l’a ressuscité et nous l’a donné comme Seigneur et Sauveur.

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 8. Judith: le courage d’une femme donne de l’espoir au peuple: Judith (2017)

23 octobre, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170125_udienza-generale.html

fr-Veronese_Giuditta_con_la_testa_di_Oloferne

Judith et Holopherne,

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 8. Judith: le courage d’une femme donne de l’espoir au peuple: Judith (2017)

Mercredi, 25 janvier 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Parmi les figures de femmes que l’Ancien Testament nous présente, émerge celle d’une grande héroïne du peuple: Judith. Le livre biblique qui porte son nom raconte l’imposante campagne militaire du roi Nabuchodonosor qui, régnant à Ninive, élargit les frontières de l’empire en conquérant et en asservissant tous les peuples environnants. Le lecteur comprend qu’il se trouve devant un homme fort, un ennemi invincible qui sème la mort et la destruction et qui arrive jusqu’à la terre promise, en mettant en danger la vie des fils d’Israël.
En effet, l’armée de Nabuchodonosor, sous la direction du général Holopherne, assiège une ville de Judée, Béthulie, coupant son approvisionnement en eau et affaiblissant ainsi la résistance de la population.
La situation devient dramatique, au point que les habitants de la ville s’adressent aux anciens en leur demandant de se rendre aux ennemis. Leurs paroles sont désespérées: «Maintenant, il n’y a plus personne qui puisse nous secourir, Dieu nous a livrés entre leurs mains pour être terrassés par la soif en face d’eux et périr totalement [Ils sont arrivés à dire cela: “Dieu nous a livrés entre leurs mains”; le désespoir était grand parmi ces gens]. Appelez-les donc tout de suite. Livrez entièrement la ville au pillage des gens d’Holopherne et de toute son armée» (Jdt 7, 25-26). La fin semble désormais inéluctable, la capacité d’avoir confiance en Dieu s’est épuisée. La capacité d’avoir confiance en Dieu s’est épuisée. Et combien de fois arrivons-nous à des situations limites où nous ne sentons même plus la capacité d’avoir confiance dans le Seigneur. C’est une mauvaise tentation! Et paradoxalement, il semble que, pour échapper à la mort, il ne reste plus qu’à se remettre entre les mains de celui qui tue. Ils savent que ces soldats viendront piller la ville, prendre les femmes comme esclaves et ensuite tuer tous les autres. C’est précisément «la limite».
Et devant tant de désespoir, le chef du peuple tente de proposer un motif d’espérance: résister encore cinq jours, en attendant l’intervention salvifique de Dieu. Mais c’est une faible espérance, qui lui fait conclure: «Si, ce délai écoulé, aucun secours ne nous est parvenu, alors je suivrai votre avis» (7, 31). Pauvre homme: c’était une situation sans issue. Cinq jours sont accordés à Dieu — et là se trouve le péché —; cinq jours sont accordés à Dieu pour intervenir; cinq jours d’attente, mais déjà avec la perspective de la fin. Ils accordent cinq jours à Dieu pour les sauver, mais ils savent qu’ils n’ont pas confiance, ils attendent le pire. En réalité, personne dans le peuple n’est encore capable d’espérer. Ils étaient désespérés.
C’est dans cette situation que Judith apparaît sur la scène. Veuve, femme d’une grande beauté et sagesse, elle parle au peuple avec le langage de la foi. Courageuse, elle réprimande le peuple en face (en disant): «Et maintenant vous mettez le Seigneur Tout-Puissant à l’épreuve! […]. Non, frères, gardez-vous d’irriter le Seigneur notre Dieu! S’il n’est pas dans ses intentions de nous sauver avant cette échéance de cinq jours, il peut nous protéger dans le délai qu’il voudra, comme il peut nous détruire à la face de nos ennemis. […] Dans l’attente patiente de son salut, appelons-le plutôt à notre secours. Il écoutera notre voix si tel est son bon plaisir» (8, 13.14 – 15.17). C’est le langage de l’espérance. Frappons à la porte du cœur de Dieu, il est le Père, il peut nous sauver. Cette femme, veuve, risque également de faire une piètre figure devant les autres! Mais elle est courageuse! Elle va de l’avant! Voilà mon opinion personnelle: les femmes sont plus courageuses que les hommes. (Applaudissements dans la salle).
Et avec la force d’un prophète, Judith admoneste les hommes de son peuple pour les reconduire à l’espérance en Dieu; avec le regard d’un prophète, elle voit au-delà de l’horizon étroit proposé par les chefs et que la peur rend encore plus limité. Dieu agira certainement — affirme-t-elle —, alors que la proposition des cinq jours d’attente est une manière pour le tenter et pour se soustraire à sa volonté. Le Seigneur est le Dieu du salut — et elle y croit —, quelle que soit la forme que celui-ci prend. Le salut de les libérer des ennemis et de les faire vivre, mais, dans ses plans impénétrables, cela peut également être le salut que de les conduire à la mort. Femme de foi, elle le sait. Ensuite nous connaissons la fin, comment l’histoire a fini: Dieu les sauve.
Chers frères et sœurs, ne posons jamais de conditions à Dieu et laissons en revanche l’espérance vaincre nos craintes. Avoir confiance en Dieu veut dire entrer dans ses desseins sans rien prétendre, également en acceptant que son salut et son aide nous parviennent d’une manière différente de nos attentes. Nous demandons au Seigneur la vie, la santé, les liens d’affection, le bonheur; et il est juste de le faire, mais c’est dans la conscience que Dieu sait tirer la vie également de la mort, que l’on peut faire l’expérience de la paix également dans la maladie, et qu’il peut y avoir de la sérénité également dans la solitude et de la béatitude également dans les larmes. Ce n’est pas nous qui pouvons enseigner à Dieu ce qu’il doit faire, ce dont nous avons besoin. Il le sait mieux que nous, et nous devons avoir confiance, parce que ses voies et ses pensées sont différentes des nôtres.
Le chemin que Judith nous indique est celui de la confiance, dans l’attente de la paix, de la prière et de l’obéissance. C’est le chemin de l’espérance. Sans résignation facile, en faisant tout ce qui est en notre pouvoir, mais toujours en restant dans le sillage de la volonté du Seigneur, parce que — nous le savons — elle a beaucoup prié, elle a beaucoup parlé au peuple et ensuite, courageusement, elle est partie, elle a cherché la façon de s’approcher du chef de l’armée et a réussi à lui couper la tête, à l’égorger. Elle est courageuse dans la foi et dans les œuvres. Et elle cherche toujours le Seigneur! De fait, Judith a un plan, elle le met en œuvre avec succès et conduit le peuple à la victoire, mais toujours avec l’attitude de foi de celui qui accepte tout de la main de Dieu, sûre de sa bonté.
Ainsi, une femme pleine de foi et de courage redonne de la force à son peuple en danger mortel et le conduit sur les routes de l’espérance, en nous les indiquant également. Et nous, si nous nous rappelons un peu, combien de fois avons-nous entendu des paroles sages, courageuses, de personnes humbles, de femmes humbles que nous pensions être — sans les mépriser — ignorantes?… Mais ce sont des paroles de la sagesse de Dieu! Les paroles des grands-mères… Combien de fois les grands-mères savent-elles dire le mot juste, un mot d’espérance, parce qu’elles ont l’expérience de la vie, elles ont beaucoup souffert, elles se sont confiées à Dieu et le Seigneur fait ce don de nous donner un conseil d’espérance. Et en allant sur ces routes, ce sera une joie et une lumière pascale de nous confier au Seigneur avec les paroles de Jésus: «Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse!» (Lc 22, 42). C’est la prière de la sagesse, de la confiance et de l’espérance.

 

TEXTES BIBLIQUES COMMENTÉS – ÉSAÏE 41, 17-20 : HABITER LE JARDIN DE DIEU

21 octobre, 2019

https://www.taize.fr/fr_article170.html?date=2012-08-01

adam-nomme-les-animaux1622

Adam nomme les animaux

TEXTES BIBLIQUES COMMENTÉS – ÉSAÏE 41, 17-20 : HABITER LE JARDIN DE DIEU

Les pauvres et les malheureux cherchent de l’eau, mais rien. La soif leur dessèche la langue. Moi, le Seigneur, je vais leur répondre, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonne pas. Je vais faire jaillir des fleuves sur les hauteurs dénudées, et des sources au fond des vallées, changeant le désert en étang et la terre aride en oasis. Je planterai au désert cèdres et acacias, myrtes et oliviers. Dans les régions sans eau je mettrai des cyprès, des pins et des buis. Ainsi tout le monde verra, tout le monde saura, tous constateront et comprendront que c’est l’œuvre du Seigneur, ce qu’a créé le Saint d’Israël. (Ésaïe 41, 17-20)
Les pauvres et les malheureux qui cherchent de l’eau sont les Israélites déportés à Babylone. Pour rentrer dans leur pays, un chemin redoutable à travers le désert les attend. Dieu les assure de sa présence : « Je ne les abandonne pas ».
Mais comment leur vient-il en aide ? Dans le chapitre précédent, il est dit que Dieu fait préparer un chemin dans le désert et qu’il donne des forces aux faibles. Ici, le prophète annonce une chose plus étonnante : Dieu changera le désert en oasis afin que les déportés reviennent joyeusement, sans peine.
Faire jaillir des fleuves et planter des arbres, c’est ce que Dieu aime faire depuis qu’il a planté un jardin en Éden, le paradis aux quatre fleuves (Genèse 2). Cette fois-ci, il ouvre des sources et plante sept sortes d’arbres, dont l’olivier, l’arbre noble, en quatrième position, au centre de l’énumération.
Il est dans l’intention de Dieu que tout le monde voie ce nouveau paradis. Mais qu’est-ce qui a réellement pu être vu, et par qui ? Si tant de sources avaient jailli miraculeusement et si les arbres avaient poussé au bord du chemin des Israélites – si même ils avaient « battu des mains » à leur passage, comme il est dit plus loin (Ésaïe 55, 12) – on devrait en trouver quelques traces dans les livres d’histoire.
La poésie de ces versets demande une interprétation moins rigide, plus fine. La pointe est dans la conclusion qui dit que tout cela, Dieu le « crée ». Dieu sauve son peuple en créant. Et alors, l’inverse aussi est vrai : Dieu crée en vue du salut. « Les créatures du monde sont salutaires. » (Sagesse 1, 14)
Le désert que Dieu change en oasis n’est pas seulement le désert entre Babylone et Jérusalem, mais toute la terre des humains. Tous sont invités à comprendre que la beauté bienfaisante de notre terre est bien plus qu’un décor, qu’elle est bienveillance de Dieu. Le salut n’est pas de s’évader, de sortir du monde. Il est d’habiter, comme des pauvres comblés, le jardin de Dieu.
- Où est-ce que je vois ou reconnais Dieu à l’œuvre pour nous venir en aide ? Est-ce surtout au-dedans de moi et des autres, ou aussi dans la création qui nous entoure : les sources, les arbres…?
- Si Dieu sauve en créant et que la création est porteuse de salut, à quelle attitude vis-à-vis des créatures sommes-nous appelés ?

 

HOMÉLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « LE FILS DE L’HOMME, QUAND IL VIENDRA, TROUVERA-T-IL LA FOI SUR LA TERRE ? »

18 octobre, 2019

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-29e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-C-Le-Fils-de-l-homme-quand-il-viendra-trouvera-t-il-la-foi-sur_a916.html

fr e enPictorial_art_Painting_Art_Closeup_Hands_Black_

Mains jointes dans la prière

HOMÉLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNÉE C « LE FILS DE L’HOMME, QUAND IL VIENDRA, TROUVERA-T-IL LA FOI SUR LA TERRE ? »

Textes: Exode 17, 8-13, 2 Timothée 3, 14 – 4, 2 et Luc 18, 1-8 le juge et la veuve

Encore une histoire surprenante de Jésus qui compare Dieu à un juge inique et corrompu. Mais encore ici, comme ailleurs, cette image est là pour nous donner un message. Ce message concerne notre façon de prier. Regardons-y de plus près
I – Une veuve dans le besoin et les bras étendus de Moïse
Regardons la scène que propose Jésus. Une vieille dame veuve est dans le besoin. Elle se doit de demander l’aumône. Elle compte sur le soutien d’autrui. Elle s’adresse au juge parce que dans le peuple juif, les juges ne faisaient pas que rendre la justice, ils étaient aussi comme des répartiteurs de bienfaits. Ils jouaient un rôle social important. Ils pouvaient mettre des gens à l’écart et en privilégier d’autres. La veuve sait cela. C’est pourquoi, elle se fait si insistante. Sa persévérance aura raison du juge qui lui accorde ce qu’elle demande.
Dans la première lecture, la scène théâtrale de Moïse dont on soutient les bras les bras nous donne aussi un exemple de persévérance dans la prière.
II- La leçon de ces scènes
Jésus a raconté cette histoire pour donner une leçon, un enseignement à ses disciples et donc à nous tous ici présents. Ce message de Jésus c’est celui de la persévérance dans notre rencontre de Dieu dans la prière. La prière chrétienne ne se réduit pas aux invocations, aux prières apprises par cœur, au chapelet etc. Elle vient du fond du cœur et cherche les mots pour se dire. Ce qui est important c’est que dans notre rencontre de Dieu, nous n’ayons pas peur d’être nous-mêmes comme cette veuve démunie.
En effet, être soi-même devant Dieu – comme la veuve devant le juge – c’est revenir souvent à la charge, répéter les mêmes mots, rappeler les mêmes intentions, présenter avec simplicité ses besoins ainsi que ceux des gens qu’on aime.
On dit que la prière est avant tout une conversation avec Dieu. Oui! une conversation qui n’a pas peur de se renouveler, de dire ce qu’on a dans le cœur et de présenter à Dieu ses demandes avec confiance et persévérance. Jésus nous l’a dit « Demandez et recevrez, frappez et l’on vous ouvrira ». (Luc 11, 9)
III – La foi
Cette histoire du juge et de la veuve ne se limite pas à vanter la persévérance de la veuve devant le juge inique. Jésus lui donne une conclusion qui nous surprend. « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Cette phrase m’a interrogé. Mon interprétation c’est que Jésus ainsi, selon moi, ne désire pas seulement vanter la persévérance de la veuve, il veut faire ressortir la foi à toute épreuve qui l’animait et où elle a trouvé la force de persévérer. Sa foi l’a soutenue et elle n’en a pas démordu.
Jésus fait une transposition. Il met cette image de la veuve et du juge sur le registre de la fin des temps. La foi de la veuve est l’image de la foi en la Parole de Dieu, qui est Jésus lui-même, le Verbe de Dieu incarné qu’on appelle ici le Fils de l’homme.
Cette foi que Jésus souhaite trouver à son retour, c’est la foi que nous portons en nous déjà. C’est pourquoi, nous nous devons de la cultiver dans une prière confiante et dans une rencontre de Dieu toujours nouvelle. Sa proximité s’est révélée tout au cours de l’histoire du Salut. Ce qu’il attend de nous c’est de ne jamais nous lasser devant lui, même lorsqu’il nous paraît absent ou sourd à nos demandes. Il y répond de la meilleure façon qui soit pour nous et pour l’Église.

Conclusion
À chaque Eucharistie, nous sommes comme la veuve devant le juge, mais notre juge est d’un autre modèle, il écoute ce qu’on a dans le cœur, il répond à nos demandes et il les prévient même.
Demandons au Seigneur d’augmenter notre foi pour que celle-ci nous permette de le rencontrer maintenant et aujourd’hui en préparation de la rencontre éternelle qui sera la nôtre avec lui un jour.
Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l’Université Laval
Séminaire de Québec

12345...1192