Archive pour la catégorie 'Angelus Domini – Regina Coelis'

BENOÎT XVI – ANGÉLUS – SOLENNITÉ DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ – 2009

20 mai, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/angelus/2009/documents/hf_ben-xvi_ang_20090607.html

BENOÎT XVI – ANGÉLUS – SOLENNITÉ DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ – 2009

Place Saint Pierre

Dimanche 7 juin 2009

Chers frères et sœurs !

Après le temps pascal, dont le point culminant a été la fête de la Pentecôte, la liturgie prévoit ces trois solennités du Seigneur : aujourd’hui, la Très Sainte Trinité; jeudi prochain, la fête du Corpus Domini, la Fête-Dieu qui, dans de nombreux pays dont l’Italie, sera célébrée dimanche prochain ; et enfin, le vendredi suivant, la fête du Sacré Cœur de Jésus. Chacune de ces fêtes liturgiques met en évidence une perspective à partir de laquelle on peut embrasser l’ensemble du mystère de la foi chrétienne : respectivement, la réalité de Dieu Un et Trine, le Sacrement de l’Eucharistie et le centre divin-humain de la Personne du Christ. Ce sont en vérité des aspects de l’unique mystère du salut qui, d’une certaine manière, résument tout l’itinéraire de la révélation de Jésus, de l’incarnation à la mort et à la résurrection, jusqu’à l’ascension et au don de l’Esprit Saint. Aujourd’hui, nous contemplons la Très Sainte Trinité telle que Jésus nous l’a fait connaître. Il nous a révélé que Dieu est amour « non dans l’unité d’une seule personne, mais dans la Trinité d’une seule substance » (Préface) :  il est Créateur et Père miséricordieux; il est Fils Unique, Sagesse éternelle incarnée, mort et ressuscité pour nous ; il est enfin Esprit Saint qui conduit tout, l’univers et l’histoire, vers la pleine récapitulation finale. Trois Personnes qui sont un seul Dieu parce que le Père est amour, le Fils est amour, l’Esprit est amour. Dieu est tout et uniquement amour, amour très pur, infini et éternel. Il ne vit pas dans une splendide solitude, mais il est plutôt source intarissable de vie qui se donne et se transmet sans cesse. Nous pouvons dans une certaine mesure le deviner en observant aussi bien le macro-univers : notre terre, les planètes, les étoiles, les galaxies ; que le micro-univers : les cellules, les atomes, les particules élémentaires. Sur tout ce qui existe est en quelque sorte imprimé le « nom » de la Très Sainte Trinité, car tout l’être, jusqu’à la dernière particule, est être en relation, et ainsi transparaît le Dieu-relation, et en définitive l’Amour créateur. Tout provient de l’amour, tend vers l’amour et avance poussé par l’amour, naturellement avec des degrés divers de conscience et de liberté. « O Seigneur, notre Seigneur, qu’il est puissant ton nom par toute la terre ! » (Ps 8, 2) s’exclame le psalmiste. En parlant du « nom », la Bible indique Dieu lui-même, son identité la plus authentique ; une identité qui resplendit sur toute la création, où chaque être, en vertu du fait même de s’y trouver et du « tissu » dont il est fait, fait référence à un Principe transcendant, à la Vie éternelle et infinie qui se donne, en un mot : à l’Amour. « C’est en [lui] en effet que nous avons la vie – dit saint Paul dans l’Aréopage d’Athènes -, le mouvement et l’être » (cf. Ac 17, 28). La preuve la plus éloquente que nous sommes faits à l’image de la Trinité est la suivante : seul l’amour nous rend heureux, car nous vivons en relation, et nous vivons pour aimer et être aimés. Reprenant une analogie suggérée par la biologie, nous pourrions dire que l’être humain porte dans son propre « génome » l’empreinte profonde de la Trinité, de Dieu-Amour. À travers sa docile humilité, la Vierge Marie s’est faite servante de l’Amour divin : elle a accueilli la volonté du Père et a conçu le Fils par l’œuvre de l’Esprit Saint. En Elle, le Tout-puissant s’est construit un temple digne de Lui, et il en a fait le modèle et l’image de l’Église, mystère et maison de communion pour tous les hommes. Que Marie, miroir de la Très Sainte Trinité, nous aide à grandir dans la foi dans le mystère trinitaire.

 

BENOÎT XVI – IIIE DIMANCHE DE L’AVENT 2009 – LA CRÈCHE

17 décembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/angelus/2009/documents/hf_ben-xvi_ang_20091213.html

BENOÎT XVI – IIIE DIMANCHE DE L’AVENT 2009 – LA CRÈCHE

ANGÉLUS

IIIe Dimanche de l’Avent, Place Saint-Pierre

Dimanche 13 décembre 2009

Chers frères et sœurs !

Nous sommes désormais au troisième dimanche de l’Avent. Aujourd’hui, la liturgie évoque l’invitation de l’Apôtre Paul : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous ! » (Ph 4, 4-5). Alors qu’elle nous accompagne vers Noël, notre Mère l’Église nous aide à redécouvrir le sens et le goût de la joie chrétienne, si différente de celle du monde. En ce dimanche, selon une belle tradition, les enfants de Rome viennent faire bénir par le Pape les santons de l’Enfant Jésus qu’ils placeront dans leurs crèches. Et en effet, je vois ici, place Saint-Pierre, beaucoup d’enfants et de jeunes avec leurs parents, leurs enseignants et leurs catéchistes. Très chers amis, je vous salue tous avec affection et je vous remercie d’être venus. C’est pour moi un motif de joie de savoir que l’usage de faire une crèche se conserve dans vos familles. Mais il ne suffit pas de répéter un geste traditionnel, aussi important soit-il. Il faut chercher à vivre dans la réalité de tous les jours ce que la crèche représente, c’est-à-dire l’amour du Christ, son humilité, sa pauvreté. C’est ce que fit saint François à Greccio :  il représenta une scène vivante de la Nativité, pour pouvoir la contempler et l’adorer, mais surtout pour mieux savoir mettre en pratique le message du Fils de Dieu, qui par amour pour nous s’est dépouillé de tout et s’est fait petit enfant. La bénédiction des « Enfants Jésus » – « Bambinelli » comme on dit à Rome – nous rappelle que la crèche est une école de vie, où nous pouvons apprendre le secret de la joie véritable. Cela ne consiste pas tant à avoir beaucoup de choses, mais à se sentir aimés du Seigneur, en se faisant don et en ayant de l’amour pour les autres. Regardons la crèche:  la Vierge et saint Joseph ne ressemblent pas à une famille très chanceuse; ils ont eu leur premier enfant au cœur de grandes difficultés; et pourtant ils sont emplis d’une joie intime, parce qu’ils s’aiment, qu’ils s’aident et surtout qu’ils sont certains que Dieu, qui s’est fait présent dans l’Enfant Jésus, est à l’œuvre dans leur histoire. Et les bergers ? Quelle raison auraient-ils de se réjouir ? Ce Nouveau-né ne changera certainement pas leur condition de pauvreté et d’exclusion. Mais la foi les aide à reconnaître ce « nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire », comme le « signe » de l’accomplissement des promesses de Dieu pour tous les hommes « qu’il aime » (Lc 2, 12.14) pour eux-mêmes ! Voilà, chers amis, en quoi consiste la joie véritable : c’est de sentir que notre existence personnelle et communautaire est visitée et remplie d’un grand mystère, le mystère de l’amour de Dieu. Pour nous réjouir, nous avons besoin non seulement de choses, mais d’amour et de vérité : nous avons besoin d’un Dieu proche, qui réchauffe notre cœur et qui réponde à nos attentes profondes. Ce Dieu s’est manifesté en Jésus, né de la Vierge Marie. C’est pourquoi cet Enfant Jésus, que nous mettons dans la crèche ou dans la grotte, est le centre de tout, il est le cœur du monde. Prions pour que tous les hommes, comme la Vierge Marie, puissent accueillir au cœur de leur vie le Dieu qui s’est fait Enfant, source de la joie véritable.

BENOÎT XVI – ANGÉLUS – III DIMANCHE DE L’AVENT «GAUDETE», 11 DÉCEMBRE 2011

11 décembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/angelus/2011/documents/hf_ben-xvi_ang_20111211.html

BENOÎT XVI – ANGÉLUS – III DIMANCHE DE L’AVENT «GAUDETE», 11 DÉCEMBRE 2011

Place Saint-Pierre

Chers frères et sœurs,

Les textes liturgiques de cette période de l’Avent sont une invitation renouvelée à vivre dans l’attente de Jésus, à ne pas cesser d’attendre sa venue, afin que nous restions dans une attitude d’ouverture et de disponibilité pour Le rencontrer. La vigilance du cœur, que le chrétien est toujours appelé à exercer dans sa vie quotidienne, caractérise en particulier cette période durant laquelle nous nous préparons avec joie au mystère de Noël (cf. Préface de l’Avent ii). Le climat extérieur propose les habituels messages de type commercial, même si la crise économique les a peut-être fait baisser d’un ton. Le chrétien est invité à vivre l’Avent sans se laisser distraire par les lumières, mais en sachant donner aux choses leur juste valeur, pour fixer le regard intérieur sur le Christ. En effet, si nous persévérons en étant «vigilants dans la prière et heureux de chanter sa louange» (ibid.), nos yeux seront capables de reconnaître en Lui la vraie lumière du monde, qui vient éclaircir nos ténèbres. En particulier, la liturgie de ce dimanche, appelé «Gaudete», nous invite à la joie, à une vigilance qui n’est pas triste, mais heureuse. «Gaudete in Domino semper» — écrit saint Paul: «Soyez toujours dans la joie du Seigneur» (Ph 4, 4). La vraie joie n’est pas le fruit du divertissement, entendu dans le sens étymologique du terme di-vertere, c’est-à-dire sortir des engagements de sa vie et de ses responsabilités. La vraie joie est liée à quelque chose de plus profond. Certes, dans les rythmes quotidiens, souvent frénétiques, il est important de trouver des espaces de temps pour le repos, la détente, mais la vraie joie est liée à la relation avec Dieu. Qui a rencontré le Christ dans sa vie, éprouve dans son cœur une sérénité et une joie que personne ni aucune situation ne saurait faire disparaître. Saint Augustin l’avait très bien compris: dans sa recherche de la vérité, de la paix, de la joie, après avoir cherché en vain dans de multiples choses, il conclut par la célèbre expression que le cœur de l’homme est inquiet, ne trouve pas de sérénité et de paix tant qu’il ne trouve pas de repos en Dieu (cf. Les Confessions, i, 1, 1). La vraie joie n’est pas un simple état d’âme passager, ni quelque chose que l’on atteint de ses propres forces, mais elle est un don, elle naît de la rencontre avec la personne vivante de Jésus, de la place que nous lui accordons en nous, de l’accueil que nous réservons à l’Esprit Saint qui guide notre vie. C’est l’invitation de l’apôtre Paul, qui dit: «Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ» (1 Th 5, 23). En ce temps de l’Avent, fortifions cette certitude que le Seigneur est venu parmi nous et qu’il renouvelle continuellement cette présence de réconfort, d’amour et de joie. Ayons confiance en lui; comme le dit encore saint Augustin, à la lumière de son expérience: le Seigneur est plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes — «interior intimo meo et superior summo meo» (Les Confessions, III, 6, 11).

Confions notre chemin à la Vierge Immaculée, dont l’esprit a exulté en Dieu notre Sauveur. Qu’elle guide nos cœurs dans l’heureuse attente de la venue de Jésus, une attente riche de prières et de bonnes actions.

RESSUSCITER L’ANGÉLUS : UNE URGENCE.

6 novembre, 2014

http://blog.institutdubonpasteur.org/spip.php?article162

RESSUSCITER L’ANGÉLUS : UNE URGENCE.

mardi 11 janvier 2011, par Abbé Philippe Laguérie

Ce post de mon blog pourra paraître obsolète et poussiéreux aux esprits superficiels et rationalistes. Tant pis pour eux s’ils ne comprennent qu’il est malheureusement d’une brulante actualité. « Que celui qui a des oreilles pour entendre… ». Et s’ils savaient comme je m’en moque !
On sait les merveilles de grâces obtenues par la récitation du chapelet et l’insistance renouvelée des apparitions mariales comme des Pontifes Romains pour que les fidèles s’en acquittent pieusement.
Pourtant, à bien regarder l’histoire et les documents officiels, l’insistance qu’ont mis les papes, au cours de longs siècles, à promouvoir la récitation, par tous les chrétiens, de cette minuscule prière de l’Angélus est sans proportion et proprement impressionnante. Le décalage apparent entre le côté rudimentaire, j’allais dire dérisoire, de cette prière et les effets qu’on en attend est simplement spectaculaire. La raison en est simple : l’Angélus est la prière de tous les chrétiens contre les dangers, les périls même, qui menacent l’Eglise, les chrétiens, la chrétienté…Mais d’abord un peu d’histoire.
La récitation de la première partie du « Je vous salue Marie » est attestée en Occident dès saint Grégoire le grand (594-610) et le pape la recommande en certaines occasions, pendant l’Avent, avant et après l’office divin, à l’offertoire de la messe. Notre « Je vous salue Marie » en sa forme actuelle (Avec sa seconde partie qui n’est pas dans l’Ecriture) nous vient d’Orient et se trouve attestée dès le 7ème siècle. On la trouve intégrale dans le « Traité des rites du baptême » de Sévère, Patriarche d’Alexandrie (647). Elle remonterait, selon la tradition, au Concile d’Ephèse lui-même (437). Cette formule complète ne parvient en Occident qu’au 10èm siècle (Tolède). Ce sont les fils de Saint-François qui rajoutent le « Maintenant et à l’heure de notre mort » au 12ème siècle. Saint-Bonaventure, et son ordre, sera le principal propagandiste de ces « trois Ave au son de la cloche » du matin et du soir.
L’Angélus, proprement dit, nait au 11ème siècle. Le pape Urbain II en 1090, lorsqu’il met en marche la première croisade, ordonne que toute la chrétienté, au triple son de la cloche, matin et soir, récite trois fois la salutation angélique. Il s’agit de soutenir la marche des croisés… Ce pieux pape était justement persuadé que si l’ensemble des chrétiens priaient sur la même intention, ils seraient nécessairement exaucés. Les évêques répercutent dans toute la chrétienté, par des ordonnances et même des conciles locaux ces volontés du pape. L’engouement des fidèles est partout unanime. L’Angélus est né, bien avant le chapelet donc et dans un but précis…
Au 13ème siècle le pape Grégoire IX relance l’Angélus contre les atteintes à l’Autorité de l’Eglise incarnées par l’empereur Frédéric II. Comme la ville de Saintes (17, eh oui) se distinguait par son zèle à la récitation de l’Angélus, le pape Jean XXII l’en félicita par un Bref, peu de temps avant de produire le document capital sur le sujet. Sa bulle, datée du 13 octobre 1318 universalise la récitation et l’assortit d’indulgences. Il avait été très frappé, tout juste avant, par un miracle spectaculaire dû à l’Angélus survenu à Avignon. Je laisse la parole à Mgr Gaume. « La justice de cette ville (Pas l’Eglise !) venait de condamner deux criminels à être brûlés vifs. L’exécution avait lieu la veille de l’Annonciation de la BVM. Le bûcher était allumé. Comme il en approchait, un des coupables ne cessait d’implorer la Sainte Vierge, lui rappelant les hommages qu’il lui avait rendus (Ces fameux trois Ave). Cependant les bourreaux le jettent dans le feu. Mais, ô miracle ! Il en sort comme les hébreux de la fournaise de Babylone : sain et sauf et ses habits intacts. Quant à son compagnon, il fut en un instant dévoré par les flammes. Saisi de nouveau, celui qui avait échappé à la mort est rejeté dans le bûcher. Il en ressort sans brûlure et plein de vie, comme la première fois. Sa grâce lui est accordée et on le conduit en triomphe à l’église de la Sainte Vierge, pour rendre grâce à sa libératrice ». La ville d’Avignon dressa un procès verbal authentique de l’événement. Force de l’Angélus !
Et l’Angélus de midi ? De pieux auteurs, tous un peu gallicans, en attribuent la paternité au roi Louis XI qui ordonne, en 1472, « afin d’obtenir la paix publique », d’adjoindre la sonnerie de midi aux deux précédentes. Soit. Cependant c’est en 1455 que le pape Calixte III avait déjà prescrit la sonnerie de midi et l’on va comprendre pourquoi. Il semble que Louis XI n’ait fait qu’appliquer à la France, et en édulcorant leurs visées, les sages décisions du pape, sensiblement plus précises. Le terrible Mahomet II venait de prendre Constantinople (1453) et avait juré, en faisant manger de l’avoine à son cheval sur le maître-autel de Sainte Sophie, qu’il en ferait rapidement de même sur l’autel majeur de Saint-Pierre ! Sa formidable armée de 300 000 hommes, ses canons de 12 mètres et sa cruauté légendaire faisait de ses propos plus qu’une vantardise de vainqueur grisé. D’autant qu’il commençait de s’installer tranquillement, sans coup férir, sur les comptoirs de l’Italie et que les princes chrétiens, impuissants et complices, lui ouvraient leurs portes et lui graissaient la patte. Eternel recommencement de l’histoire… C’est bien contre ce fléau, qui aurait dû anéantir la chrétienté d’Occident comme il avait vaincu celle d’Orient que Calixte III eut l’inspiration de créer le troisième Angélus. Malgré les vociférations du pape, qui ne se contentait pas de faire prier mais hurlait vers les princes chrétiens, personne ne bougea. Pas même la France de Louis XI (1461-1483) qui possédait la seule armée capable (Et encore) de s’opposer. Les pieuses dispositions de ce grand roi sont bien tardives et…seulement pieuses. Brusquement, en 1481, Mahomet II s’effondre, frappé d’un mal inconnu, à l’âge de 49 ans. Ouf ! C’est bien Calixte III et son Angélus de midi qui l’ont stoppé.
Alexandre VI relance l’Angélus aux mêmes intentions que Calixte III. Léon X le réactive, surtout celui de midi et en Allemagne, contre la déchirure luthérienne de la chrétienté : il avait connu une telle efficacité. Pendant les guerres de religion, ce sont les Chartreux qui imposent à toutes leurs maisons sa récitation, contre les exactions huguenotes. C’est le pape Saint-Pie V (toujours lui) qui publie l’Angélus complet, tel qu’il se récite depuis, dans édition officielle du petit office de la Sainte Vierge. Par la suite nombreux sont les papes qui relanceront la récitation de l’Angélus et l’assortiront d’indulgences nouvelles : Benoît XIII en 1724, Léon XII qui accorde l’indulgence plénière à la récitation continue pendant un mois. Les papes, jusqu’aux plus récents conservent l’habitude de leurs devanciers de le réciter place Saint-Pierre avec les nombreux fidèles chaque fois présents.
Et nous autres ? On se souvient que le succès de l’Angélus, d’après le pape Urbain II son instigateur tient aussi à la masse de ceux qui le récitent ? C’est l’Evangile à l’état pur : « là où deux ou trois se rassemblent en mon nom… ». Que dire d’une masse de chrétiens qui se remettraient à réciter quotidiennement cette merveilleuse et courte prière trois fois le jour ? Les motifs en sont, hélas, toujours les mêmes et plus impérieux que jamais. Voyons cela.
Les vrais historiens m’ont appris que l’histoire se réalise toujours, à moyens et longs termes, sur la seule question de la démographie. Jean de Viguerie, Jean Dumont, Michel de Jaeghère et tous les autres démontrent que les péripéties des politiques, bons ou mauvais, ne gèrent que le court terme. L’empire romain s’est écroulé de sa démographie insuffisante et du recours nécessaire aux barbares, jusque dans son armée quasi invaincue depuis cinq siècles. Quand lesdits barbares s’aperçurent qu’ils commandaient aussi bien que les généraux romains des troupes qu’ils composaient pour moitié, ils se mirent à leur compte. Le génie militaire de Bonaparte est incontestable ; mais eût-il tenu tête quinze ans à l’Europe sans cette France de 26 millions d’habitants quand l’Angleterre n’en comptait que 4,5 ? Et l’Allemagne prussienne de Bismarck nous le fit bien savoir quand, forte de ses 80 millions de ressortissants, elle entreprit une France qui avait à peine dépassé les 30. La boucherie de 1914 en est une parce que les deux pays étaient à peu près égaux en matériel humain et alignaient l’un et l’autre environ 105 divisions…Les plus grands civilisateurs de tous les temps, comme Alexandre le Grand ou Charlemagne, sans préjudice de leur singulier génie personnel, ne le purent que grâce à un capital humain aussi exceptionnel.
L’affreuse médiocrité des politiques d’aujourd’hui ne fait que renforcer cette constatation. Ils ne sont même plus efficaces sur le court terme. Il n’y a plus d’enjeux, de victoires ou de défaites, de trouvailles ou de sanctions. On en prend d’autres, on recommence et c’est chaque fois la même chose. Plus de roi ni de reine, plus de fou ni de cavalier, que des pions interchangeables ! C’est dire l’extraordinaire importance, seule déterminante, que revêt le facteur humain, démographique.
Humainement parlant, c’est-à-dire que, sans une intervention divine spéciale, la cause de la religion de J.C. est politiquement dépassée parce que démographiquement perdue. Les masses islamiques qui s’installent (presque) pacifiquement en tous les pays de l’Europe, tiennent déjà le moyen et l’extrême orient et font basculer l’Afrique, l’emporteront à terme sur toutes autres considérations. Que ça nous plaise ou non, c’est le Colonel Kadhafi qui a raison. Il n’y a pas de miracle politique et je n’attends nullement de la récitation de l’Angélus, que je propose massivement, un tel événement. Sainte Jeanne d’Arc elle-même fut le déclencheur miraculeux d’une rénovation politique et religieuse, mais n’a point accompli de miracles : parce que Dieu n’en fait point de cette sorte. Jamais Dieu ne fait l’économie des causes secondes dont la principale est l’homme. Autant prier pour que les 80 millions de turcs se réveillent demain matin catholiques et baptisés ou que tous les dirigeants des Etats occidentaux ouvrent les yeux en cette même nuit (ce qui me parait plus improbable encore) ! J’attends de la reprise massive de l’Angélus que Dieu relève des causes secondes moribondes, change le cours d’une histoire irréversiblement néfaste, léthale pour le nom chrétien. Si humainement les jeux sont faits, reste le recours surnaturel à Dieu, ne serait-ce que pour garder la Foi, que vos enfants soient baptisés, fiers vos jeunes-gens et vos jeunes-filles libres d’épouser qui elles veulent à visage découvert. Sinon, dans 25 ans, on vous les lapidera.
Je n’ai rien contre articles, pétitions, lettres, plaintes, procès et manifestations en ce sens, mais je n’y crois plus guère. L’aveuglement de nos intellectuels, la démission de nos politiques et, osons-le, la pusillanimité des clercs qui se contentent d’invoquer contre l’islamisation la réciprocité que supposerait une liberté religieuse proprement hégélienne (Quelle blague !) sont tels que rien n’y fera plus. Revenons aux méthodes des papes ou résignons nous à une future dhimmitude, déjà bien instaurée à l’est. Il ne faudra pas gémir dans quelques années.
L’islam propose 5 points. Je ne vous en propose que trois ! La récitation de l’Angélus, tous les jours, trois fois, le matin, le midi et le soir, au son de la cloche si vous en avez une sous la main. Seul, en famille, en voiture ou à pieds qu’importe, mais toujours dans l’intention des papes. Il se trouve que beaucoup de nos clochers, sur demande des riverains, qui pourtant ne savent même plus pourquoi, sonnent encore l’Angélus. C’est tout de même la meilleure manière de le réciter, avec l’Eglise, dans l’Eglise, pour l’Eglise. Et je vous dis que Dieu fera le reste, par la Vierge Marie, comme d’habitude.

Allez : on prend cette résolution aujourd’hui même, sans faute ; c’est parti !

BENOÎT XVI, ANGÉLUS 2011 – TRASFIGURATIONS DU SEIGNEUR

6 août, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/angelus/2011/documents/hf_ben-xvi_ang_20110320_fr.html

BENOÎT XVI

ANGÉLUS – TRASFIGURATIONS DU SEIGNEUR

Place Saint-Pierre

Dimanche 20 mars 2011

Chers frères et sœurs!

Je rends grâce au Seigneur qui m’a donné de vivre ces derniers jours les Exercices spirituels, et je suis également reconnaissant à ceux qui ont été proches de moi par la prière. Ce deuxième dimanche de carême est appelé dimanche de la Transfiguration, parce que l’Evangile raconte ce mystère de la vie du Christ. Après avoir annoncé sa passion à ses disciples, Jésus «prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière» (Mt 17, 1-2). Pour les sens, la lumière du soleil est la plus intense que l’on connaisse dans la nature, mais pour l’esprit, les disciples virent, pendant un bref moment, une splendeur encore plus intense, celle de la gloire divine de Jésus, qui éclaire toute l’histoire du salut. Saint Maxime le Confesseur affirme que «les vêtements devenus blancs portaient le symbole des paroles de l’Ecriture Sainte, qui devenaient claires et transparentes et lumineuses» (Ambiguum 10: PG 91, 1128 B).
L’Evangile dit qu’aux côtés de Jésus transfiguré, «apparurent Moïse et Elie, qui s’entretenaient avec lui» (Mt 17, 3); Moïse et Elie, figures de la Loi et des prophètes. Ce fut alors que Pierre, en extase, s’exclama: «Seigneur, il est heureux que nous soyons ici! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie» (Mt 17, 4). Mais saint Augustin commente en disant que nous avons une seule demeure: le Christ; lui, «est la Parole de Dieu, Parole de Dieu dans la Loi, Parole de Dieu dans les Prophètes» (Sermo De Verbis Ev. 78, 3: PL 38, 491). En effet, le Père lui-même proclame: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le!» (Mt 17, 5). La Transfiguration n’est pas un changement de Jésus, mais elle est la révélation de sa divinité, «l’intime compénétration de son être de Dieu, qui devient pure lumière. Dans son être un avec le Père, Jésus lui-même est Lumière née de la Lumière» (Jésus de Nazareth, 2007). En contemplant la divinité du Seigneur, Pierre, Jacques et Jean sont préparés à affronter le scandale de la Croix, comme on le chante dans un hymne ancien: «Tu t’es transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père» (Liturgie byzantine, Kontakion de la fête de la Transfiguration).
Chers amis, nous participons nous aussi à cette vision, et à ce don surnaturel, en faisant place à la prière et à l’écoute de la Parole de Dieu. En outre, spécialement en ce temps de carême, je vous exhorte, comme l’écrit le serviteur de Dieu Paul VI, à «répondre au précepte divin de la pénitence par quelque acte volontaire en dehors des renoncements imposés par le poids de la vie quotidienne» (Constitution apostolique Pænitemini, 17 février 1966, III, c: AAS 58 [1966]). Invoquons la Vierge Marie, afin qu’elle nous aide à écouter et à suivre toujours le Seigneur Jésus, jusqu’à la passion et la croix, pour participer aussi à sa gloire.

« L’EGLISE EST LA MAISON DE LA JOIE » – ANGÉLUS DU DIMANCHE DE LA JOIE, TEXTE INTÉGRAL

28 décembre, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/l-eglise-est-la-maison-de-la-joie

« L’EGLISE EST LA MAISON DE LA JOIE »

ANGÉLUS DU DIMANCHE DE LA JOIE, TEXTE INTÉGRAL

ROME, 15 DÉCEMBRE 2013 (ZENIT.ORG) PAPE FRANÇOIS

« L’Eglise n’est pas un refuge pour personnes tristes, l’Eglise est la maison de la joie ! Ceux qui sont tristes trouvent en elle la vraie joie », déclare le pape François ce 15 décembre 2013.

Pour le dimanche « de la joie », dimanche de « Gaudete », IIIe dimanche de Carême, le pape François a célébré l’angélus place Saint-Pierre, où une foule s’était rassemblée sous la pluie, pour la traditionnelle bénédiction des santons de « l’Enfant Jésus ». La « vraie joie », a-t-il expliqué, « n’est pas une joie quelconque. Elle trouve sa raison dans le fait de se savoir accueillis et aimés de Dieu ». Paroles du pape François avant l’angélus (en italien) (Applaudissements) Merci ! Chers frères et sœurs, bonjour,

Aujourd’hui c’est le troisième dimanche de l’Avent, appelé aussi dimanche du Gaudete, dimanche de la joie. Dans la liturgie résonne plusieurs fois l’invitation à la joie, à se réjouir, car le Seigneur est proche. Pourquoi ? Parce que Noël est proche…. Le message chrétien s’appelle “évangile”, c’est-à-dire “bonne nouvelle”, une annonce de joie pour tout le peuple; l’Eglise n’est pas un refuge pour personnes tristes, l’Eglise est la maison de la joie ! Ceux qui sont tristes trouvent en elle la joie, trouvent en elle la vraie joie. Mais la joie de l’Evangile n’est pas une joie quelconque. Elle trouve sa raison dans le fait de se savoir accueillis et aimés de Dieu. Comme nous le rappelle aujourd’hui le prophète Isaïe (cf. 35,1-6a.8a.10), Dieu est celui qui vient nous sauver, et apporte son secours spécialement aux égarés de coeur. Sa venue parmi nous fortifie, rend fermes, donne courage, fait exulter et fleurir le désert et la steppe, c’est-à-dire notre vie quand elle devient aride… et quand notre vie devient-elle aride ? Quand elle est sans l’eau de la Parole de Dieu et de son Esprit d’amour. Aussi grands que soient nos limites et nos égarements, il ne nous est pas permis d’être faibles et vacillants face aux difficultés et à nos faiblesses. Au contraire, nous sommes invités à fortifier ses mains, à raffermir ses genoux, à avoir courage et à ne pas craindre, car notre Dieu montre toujours la grandeur de sa miséricorde. Il nous donne la force pour avancer, il est toujours avec nous pour nous aider à avancer, c’est un Dieu qui nous aime tant, Il nous aime et pour cela Il est avec nous pour nous aider, pour nous fortifier et pour aller de l’avant… courage, toujours de l’avant ! (applaudissements) Grâce à son aide nous pouvons toujours recommencer depuis le début. Comment ? Recommencer depuis le début ? Quelqu’un peut me dire « je suis un grand pécheur, une grande pécheresse, je ne peux pas recommencer du début… » Faux ! Tu peux recommencer du début ! Pourquoi ? parce qu’Il t’attend, Il est proche de toi, Il t’aime, Il est miséricordieux, Il te pardonne, Il te donne la force de recommencer du début. A tous ! Alors nous sommes capables de rouvrir les yeux, de dépasser la tristesse et les larmes et d’entonner un chant nouveau. Et cette vraie joie demeure encore dans l’épreuve, dans la souffrance, car ce n’est pas une joie superficielle, mais elle descend au plus profonde la personne qui se confie en Dieu. La joie chrétienne, comme l’espérance, a son fondement dans la fidélité de Dieu, dans la certitude qu’Il garde toujours ses promesses. Le prophète Isaïe exhorte ceux qui ont perdu la route et sont dans le découragement à faire confiance à la fidélité du Seigneur, car le salut ne tardera pas à faire irruption dans leur vie. De nombreuses personnes ont rencontré Jésus sur leur chemin, expérimentant dans leur coeur une sérénité et une joie dont rien ni personne ne pourra les priver. Notre joie est le Christ, son amour fidèle et inépuisable ! Par conséquent, quand un chrétien devient triste, cela veut dire qu’il s’est éloigné de Jésus. Mais il ne faut pas le laisser seul ! Nous devons prier pour lui, et lui faire sentir la chaleur de la communauté. Que la Vierge Marie nous aide à presser le pas vers Bethleem, pour rencontrer l’enfant qui est né pour nous, pour le salut et la joie de tous les hommes. L’ange lui dit : « Réjouis-toi, pleine de grâce : le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28). Qu’elle nous obtienne de vivre la joie de l’Evangile en famille, au travail, en paroisse et dans tout environnement. Une joie profonde, faite d’émerveillement et de tendresse. Celle que montre une maman quand elle regarde son enfant qui vient de naître, et qui sent qu’il est un don de Dieu, un miracle dont elle peut seulement remercier !

Paroles du pape François après l’angélus (en italien) Chers frères et soeurs, je suis désolé que vous soyez sous la pluie, mais je suis avec vous, ici… vous êtes courageux, merci ! Aujourd’hui le premier salut est réservé aux enfants de Rome – ou sont-ils ? Bravo ! – venus pour la traditionnelle bénédiction des “Enfants Jésus de la crèche”, organisée par le Centre des patronages de Rome. Chers enfants, quand vous prierez devant votre crèche, souvenez-vous aussi de moi, comme je me souviens de vous. Je vous remercie, et Joyeux Noël Je salue les familles, les groupes paroissiaux, les associations et les pèlerins individuels provenant de Rome, d’Italie et de tant de parties du monde, en particulier Espagne et Etats-Unis d’Amérique. Avec affection je salue les jeunes de la Zambie, et je leur souhaite de devenir “pierres vivantes” pour construire une société plus humaine. J’étends ce souhait à tous les jeunes ici présents, spécialement ceux de Piscopio et Gallipoli, et aux universitaires de la Lucanie d’Action catholique. Je salue les Choeurs de Vicenza, L’Aquila et le Marché San Severino; les fidèles de Silvi Marina et San Lorenzello; ainsi que les sociétés du CRAL Telecom avec leurs familles. A tous je souhaite un bon dimanche et un bon déjeuner, au revoir.

Traduction de Zenit, Anne Kurian

PETITE HISTOIRE DE L’ANGÉLUS

5 septembre, 2013

http://www.salve-regina.com/salve/Histoire_de_l’Angelus

PETITE HISTOIRE DE L’ANGÉLUS

Les origines de l’Angélus sont assurément liées à la diffusion de l’Ave Maria comme prière privée. Rappelons que l’Ave Maria ne comporta d’abord que la salutation de l’ange Gabriel et celle d’Elisabeth, selon le texte de saint Luc (I, 28 et 42) :
Réjouis-toi, pleine de grâce
Le Seigneur est avec toi
Bénies es-tu entre les femmes
Et béni le fruit de ton sein !

Le légendaire marial et les récits de Miracula, qui connurent une si grande vogue aux XIIème et XIIIème siècles, prouvent combien était répandue chez les fidèles la récitation angélique. On dit que les dévots de la Vierge accompagnaient même chaque Ave d’une génuflexion, ce qui pourrait fort bien être en rapport avec l’évolution iconographique de l’Annonciation. A l’époque romane, l’ange et Marie sont debout l’un devant l’autre. Au XIIIème siècle, l’ange s’agenouille devant elle.
Et c’est l’époque où se répand la pratique des trois Ave Maria. On dit que saint Antoine de Padoue (1195-1231) la recommandait vivement. Elle apparaît comme privilégiée dans les Révélations de sainte Metchilde de Helfta (1241-1298). Réciter ces trois Ave, le soir après complies, en méditant sur le mystère de l’Incarnation : c’est ce qu’aurait proposé saint Bonaventure lors d’un chapitre de l’ordre des Frères mineurs, en 1269.
Ce sont là des traditions parmi d’autres qui ont pour intérêt de montrer que l’institution du pieux exercice de l’Angélus s’est faite progressivement et qu’il faudra encore attendre quelques décennies pour lui voir adopter la forme que lui connaissait M. Olier . Retenons comme point de départ l’usage de la récitation quotidienne de trois Ave Maria.
L’Angélus d’abord prière du soir
On dit que saint Bonaventure (en 1269) eut bien soin de faire tinter la cloche pour appeler ses religieux et les fidèles d’alentour à réciter les trois Ave d’après complies. D’emblée la prière fut associée au tintement de la cloche. Il paraît même qu’au couvent des Frères mineurs d’Arrezo, elle était précédée de l’antienne Angelus locutus est Mariae (L’ange s’adressa à Marie).
Pendant longtemps, on s’en tint là. Aux XIVème et au XVème siècles, les témoignages sont nombreux et concordants.
A Lerida (en Catalogne), en 1308, on tinte trois fois la cloche pour l’Angélus post completorium (après complies), au crépuscule. Même usage dans les couvents franciscains de la province de Venise.
A la même époque, en Hongrie, les Ave du soir se disent aussi au son de la cloche. En 1314, le pape Clément V séjournant à Carpentras où était sa curie, demande que l’on sonne la cloche des Ave Maria après le chants des complies. Son successeur, Jean XXII, originaire de Cahors, approuve, par acte du 13 octobre 1318, la pratique de l’Angélus du soir, observée dans le diocèse de Saintes, l’introduit en Avignon et indulgencie les fidèles qui, entendant la cloche, réciteront à genoux trois Ave Maria.
Le 7 mai 1327, le même Jean XXII (alors âgé de 78 ans) écrit à son vicaire à Rome d’y introduire la même coutume (récitation à genoux de trois Ave), lors de la sonnerie du soir), à laquelle il attache une indulgence. C’est ce que rappellera le mini-concile tenu à Paris en mars 1344 par l’archevêque de Sens, en présence de cinq évêques, en consacrant son treizième et dernier canon à la recommandation de la pratique de l’Angélus à la fin de chaque journée.
On ne s’étonne pas que le pieux usage soit attesté en maints autres endroits à cette époque : par exemple en 1334 à Tréguier, en 1336 dans le Hainaut, en 1370 à Nantes, en 1378 dans le diocèse de la Mayenne, etc.
On fondit même les cloches destinées spécialement à tinter l’Angélus , comme indiquent leurs inscriptions.
Angélus du soir et le couvre-feu
Il y eut pas mal de conciles en Normandie au temps de Guillaume le Conquérant qui se plaisait à les convoquer et même à les présider.
Ainsi en fut-il à Caen, en 1061, où le duc fut assisté de l’archevêque Maurille, de Rouen, et de Lanfranc, alors prieur de l’abbaye du Bec.
C’est là que fut décidé d’instaurer le couvre-feu à travers le duché. Simplement règlement de police, dira-t-on. En fait, si le souci de la sécurité publique motivait la prescription, celle-ci faisait suite aux dispositions prises en 1047 au  » concile  » de Vaucelles  » (faubourg de Caen), où le jeune duc, venait de triompher d’une coalition armée, avait eu le souci de mettre en application la Paix de Dieu et les garanties de sécurité qu’elle apportait à ses sujets.
Or, il fut décidé à Caen, en 1061, que dans toutes les localités du duché, on sonnerait chaque soir la cloche pour inviter les gens à la prière, après quoi ils devraient rentrer chez eux et fermer leur porte. Simultanément, étaient prises de nouvelles mesures contre les auteurs de vols et d’agressions.
Ainsi a-t-on vu une relation d’origine entre la sonnerie du couvre-feu et celle de l’Angélus, d’autant que l’Angélus n’a d’abord été qu’une prière du soir. En fait, la prière ou les prières dont il est question à Caen en 1061 ne sont pas celles de l’Angélus, et les tintements de la cloche de la fin des complies dans les monastères n’ont rien à voir avec le couvre-feu.
Ce qu’on peut dire – et on l’a dit avec raison – c’est que la volée qui suit les tintements discontinus dans la sonnerie de l’Angélus, est peut-être une survivance de l’ancien couvre-feu médiéval. Quoi qu’il en soit, ce qui est vraiment spécifique de l’Angélus, ce n’est pas la sonnerie à la volée, mais les tintements, trois par trois, qui la précèdent.
Les intervalles entre les trois groupes de tintement devaient, en principe, à l’origine, donner le temps de réciter trois Ave. Il en était ainsi chez les Chartreux au XIVème. Au XVème, les bénédictins de la réforme de Bursfeld, qui compta jusqu’à 180 monastères en Allemagne, Belgique, Hollande et Danemark, avaient coutume à la fin des complies, après Pater, Ave, Credo, de se prosterner et de réciter trois Ave au tintement de la cloche.
A la même époque, les chanoines réguliers de Windesheim faisaient de même après le chant de l’antienne à la Vierge.
Mais, parmi les preuves historiques de la dissociation entre le tintement de l’Angélus et la sonnerie du couvre-feu, il en est une que rapporte W. Henry pour l’Angleterre. Elle concerne la ville de Somerset. En 1331, le doyen du Chapitre, Goddeley, ordonne de sonner trois coups, à trois intervalles rapprochés, sur la grosse cloche de la cathédrale, pour qu’on récite trois Ave, et cela peu de temps avant le couvre-feu.
Notons au passage que la récitation de la salutation angélique semble avoir été plus précocement répandue en Angleterre que sur le continent. D’ailleurs, la même avance se vérifie pour d’autres aspects de la piété mariale.
L’Angélus du Matin
Aussi n’est-il pas étonnant de voir les Anglais, dès le XIVème siècle, doubler l’Angélus du soir de celui du matin. Cela se fit d’abord dans les monastères à l’heure de prime. Puis les séculiers les imitèrent. Mais une certaine fantaisie s’instaure dans le contenu et les intentions de la prière mariale. Ainsi, en 1346, l’évêque de Bath (dans le Somerset) ordonne au clergé de sa cathédrale de réciter cinq Ave matin et soir pour les bienfaiteurs vivants et décédés. En 1399, l’archevêque de Cantorbery, Thomas Arundel, invite l’évêque de Londres à répéter le matin la sonnerie du soir et à faire réciter à ce moment par le clergé et les fidèles un Pater et cinq Ave.
Le  » doublement  » matutinal de la sonnerie du soir et des trois Ave avait déjà été adopté à pavie en 1330.
En France, en 1368, eut lieu à Lavaur (Tarn) un concile qui réunit treize évêques et fut présidé par Geoffroi de Vairolles, archevêque de Narbonne. On y prescrivit de réciter chaque matin cinq Pater en mémoire des Cinq Plaies du Christ et sept Ave pour rappeler les Sept Douleurs de Marie. Assurément cette prière du matin, même annoncée par la cloche, n’est plus étymologiquement un Angélus ; mais il est intéressant de noter, l’association, en 1368, de la dévotion aux Cinq-Plaies de Notre-Seigneur.C’est assurément le siècle où se développe cet aspect de la piété mariale qui associe la vierge à la Passion du Christ. C’est le siècle où se diffuse le Speculum humanae salvationis, où l’on compose des hymnes sur les sept douleurs de Marie, où naît l’admirable Salve Mater Dolorosa.
En somme l’Angélus , malgré l’appellation, ne se fige pas dans une formulation immuable. Nous allons le voir, quand apparaîtra son extension au milieu du jour, et qu’il prendra la triple fréquence quotidienne qu’il a depuis lors.
L’Angélus de midi
Il semble que l’Angélus du milieu du jour, attesté à Omütz (aujourd’hui Olomouc, en Tchécoslovaquie) en 1413, à Mayence et à Cologne en 1423, ait d’abord été limité au vendredi et n’ait concerné que la dévotion à la Passion du Christ.Par contre, en 1451, il est quotidien au monastère du Val des Écoliers, à Mons, dans le Hainaut. En 1456, le pape Calixte III, dont le souci majeur est de parer au danger turc, prescrit une croisade de prières et demande que les cloches tintent trois fois le jour et qu’à chaque fois l’on récite trois Pater et trois Ave.
La victoire de Belgrade (1456) sauve momentanément la chrétienté, mais les Turcs restent redoutables et menaçants.
Le roi Louis XI, en 1472, prescrit à tout son royaume l’extension de l’Angélus à midi, et demande qu’à cette heure-là l’intention de prières soit la paix. Aussi appelle-t-on l’Angélus de midi :  » l’Ave Maria de la paix « . Cette pratique de l’Angélus de midi fut indulgenciée en 1475 par le pape Sixte IV qui fut un grand pape marial : il favorisa tout particulièrement le culte liturgique de l’Immaculée Conception.
Dès lors, le triple Angélus avec sa triple sonnerie est attesté un peu partout en Occident : à Beauvais, à Tournai, à Liège, à Aix-la-Chapelle, en Angleterre… Et le pape Alexandre VI, qui fut loin d’être un saint, n’en confirma pas moins, en 1500, les dispositions de Calixte III.
A ces trois l’Angélus s’en ajoute pour les Chartreux un quatrième : un Angélus nocturne qu’ils récitent, au tintement de la cloche, après l’office des laudes.
*
Une coutume inspirée de l’Angélus est rapportée par l’abbé Decorde, historien du pays de Bray, concernant les religieuses du monastère de Clair-Ruissel, de l’ordre de Fontevrault, à Gaillefontaine (Seine-Maritime). En cas d’orage, une soeur parcourait le couvent en agitant une clochette et répétant Et verbum caro factum est (Et le Verbe s’est fait chair). A quoi les autres religieuses répondaient par un Ave Maria (Histoire du canton de Forges, p. 173).
Dans sa thèse de doctorat ès-lettres (1986) sur l’évêque Guillaume Briçonnet (1470-1534), le chanoine Michel Veissière rapporte une intéressante indication donnée en 1620 par Guy Bretonneau, généalogiste de la famille Briçonnet. Il s’agit d’une bulle du pape Léon X, du 27 février 1517, accordant des indulgences  » à tous ceux qui diront dévotement Pater noster et Ave Maria , lorsqu’ils entendront la cloche sonner à cet effect le matin soir et midy, ès diocèses de Meaulx et de Lodesve, et au faulxbourg de Sainct Germain des prèz lès Paris « . Cette bulle avait été accordée à la demande de l’évêque, dont le but, écrit Michel Veissière, était  » incontestablement, par le moyen de l’indulgence, de favoriser un authentique renouveau spirituel centré sur le Christ souffrant en compagnie de la Vierge Marie « . Il s’agissait là d’une des  » formes populaires de dévotion… à la portée des plus simples « , qui avaient la faveur de Mgr Briçonnet . On notera que la prière ne comporte à chaque tintement qu’un Pater et un Ave.
A la même époque, on peut lire, sous le titre De Ave Maria dicenda, une intéressante décision incluse dans les statuts synodaux de l’évêque Antoine d’Estaing (Angoulême, 1506-1523), publiés en 1972 dans les Mémoires de la Société historique et archéologique de la Charente (p. 259-316). Voici la traduction d’un passage du texte original latin :  » … Nous concédons à tous les fidèles de notre diocèse qui, à l’heure du matin, du midi et des complies, quand sonnera la cloche, se mettront à genoux pour dire trois Ave , avec dévotion et regret de leurs péchés, 40 jours d’indulgences… Cela sera annoncé par les archiprêtres, recteurs et vicaires aux messes dominicales « .
S’agenouiller au tintement de la cloche de l’Angélus : les Espagnols n’y manquaient jamais. Un paysan picard se rendant à Compostelle notait :  » Quand on sonne l’Angélus dans ces pays, en tel endroit que l’on se trouve, (il) faut se mettre à genoux. Ils y font mettre les étrangers, même de force en cas de résistance « .
C’est au XVIème que se fixa et se généralisa la forme de l’Angélus , tel que nous le récitions aujourd’hui. On le trouve dans un Petit Office de la Sainte Vierge (Officium parvum B.M.V.) imprimé à Rome au temps de saint Pie V (1566-1572), puis dans le Manuale catholicorum du jésuite saint Pierre Canisius (1521-1597), imprimé à Anvers en 1588. Dans nos livres de piété, l’Angélus porte, selon leur date de publication, soit la référence du pape Benoît XIV (14 septembre 1742), soit celle du pape Léon XIII (15 mars 1884). Ce fut Benoît XIV qui prescrivit de remplacer l’Angélus pendant le Temps Pascal par le Regina Coeli.
Le 25 mars 1918, en la fête de l’Annonciation, se fonda à Blois une association de l’Angélus pour les morts de la guerre. Dans son article du Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, l’abbé J. Bricout rapporte qu’en 1921, d’après l’Almanach catholique français, l’association groupait alors près de 50.000 adhérents, et qu’elle avait été approuvée par le pape Benoît XV et recommandée par l’épiscopat. .
Cette association prit un essor considérable après qu’elle eut été transférée à Versailles et canoniquement érigée par Mgr Gibier chez les cisterciens du 19 de la rue du Pont-Colbert, le 13 mars 1929. Pie XI l’enrichit d’indulgences. L’oeuvre, dont la fête fut fixée au jour de l’Annonciation, comportait une section réservée aux enfants de moins de 12 ans, les  » Benjamins de l’Angélus « . Tous les associés s’engageaient, bien entendu, à la récitation quotidienne de l’Angélus

Pape François : La multiplication des pains ou la compassion de Jésus

3 juin, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/la-multiplication-des-pains-ou-la-compassion-de-jesus

La multiplication des pains ou la compassion de Jésus

Angélus du 2 juin 2013

Rome, 2 juin 2013 (Zenit.org) Pape François

Le miracle de la multiplication des pains est avant tout un geste de Jésus par « compassion pour la multitude », pour « nous tous », mais aussi un signe de sa « confiance dans le Père céleste »: « il sait que tout Lui est possible », souligne le pape.
Le pape François a présidé la prière de l’angélus, de la fenêtre du bureau pontifical qui donne place Saint-Pierre, en présence de plus de 100.000 visiteurs, ce 2 juin 2013, fête du Corps et du Sang du Christ (Fête-Dieu) dans de nombreux pays.

Paroles du pape François avant l’angélus (en italien)
Chers frères et sœurs, bonjour !
Jeudi dernier nous avons célébré la fête du Corpus Domini, qui en Italie et dans d’autres pays est reportée à ce dimanche. C’est la fête de l’Eucharistie, Sacrement du Corps et du Sang du Christ.
L’Evangile nous propose le récit du miracle des pains (Lc 9,11-17); je voudrais m’arrêter sur un aspect qui me touche toujours et me fait réfléchir. Nous sommes sur la rive du lac de Galilée, le soir se fait proche; Jésus se préoccupe pour la foule qui est avec Lui depuis des heures : ils sont des milliers, et ils ont faim. Que faire ? Les disciples aussi se posent la question, et disent à Jésus : « Renvoie la foule » afin qu’elle aille dans les villages proches pour trouver à manger. Jésus au contraire dit : «Donnez-leur vous-mêmes à manger » (v. 13). Les disciples restent déconcertés, et répondent : « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons », ce qui signifie : à peine le nécessaire pour nous.
Jésus sait bien quoi faire, mais il veut impliquer ses disciples, il veut les éduquer. Les disciples font preuve d’une attitude humaine, qui recherche la solution la plus réaliste, qui ne crée pas trop de problèmes : Renvoie la foule – disent-ils – que chacun s’arrange comme il peut, du reste tu as déjà tant fait pour eux : tu as prêché, tu as guéris les malades… Renvoie la foule !
L’attitude de Jésus est complètement différente, elle est dictée par son union avec le Père et par sa compassion pour la multitude, cette pitié de Jésus envers nous tous. Jésus sent nos problèmes, il sent nos faiblesses, il sent nos besoins. Devant ces cinq pains, Jésus pense : voici la providence! De ce « peu », Dieu peut tirer le nécessaire pour tous. Jésus fait totalement confiance au Père céleste, il sait que tout Lui est possible. C’est pourquoi il dit aux disciples de faire asseoir la foule par groupes de cinquante – ce n’est pas par hasard, cela signifie qu’ils ne sont plus une foule, mais qu’ils deviennent des communautés, nourries par le pain de Dieu. Puis il prend ces pains et ces poissons, lève les yeux au ciel, récite la bénédiction – la référence à l’Eucharistie est claire –, puis les rompt et commence à les donner aux disciples, et les disciples les distribuent… et les pains et les poissons ne s’épuisent pas, ils ne s’épuisent pas ! Voici le miracle: plus qu’une multiplication c’est un partage, animé par la foi et par la prière. Ils mangèrent tous et il en resta : c’est le signe de Jésus, pain de Dieu pour l’humanité.
Les disciples virent cela, mais ils ne comprirent pas bien le message. Ils furent pris, comme la foule, par l’enthousiasme du succès. Encore une fois ils suivirent la logique humaine et non celle de Dieu, qui est celle du service, de l’amour, de la foi. La fête du Corpus Domini nous demande de nous convertir à la foi en la Providence, de savoir partager le peu que nous sommes et que nous avons, et de ne pas nous fermer sur nous-mêmes. Demandons à notre Mère Marie de nous aider dans cette conversion, pour suivre vraiment davantage ce Jésus que nous adorons dans l’Eucharistie. Ainsi soit-il.

Paroles du pape François après l’angélus
(En italien)
Chers frères et sœurs,
Mon inquiétude est toujours vive et souffrante face à la persistance du conflit qui depuis plus de deux ans enflamme la Syrie et touche spécialement la population civile, qui aspire à la paix dans la justice et la compréhension. Cette situation tourmentée de guerre porte en elle des conséquences tragiques : mort, destruction, dommages économiques et environnementaux considérables, mais aussi la plaie des enlèvements. En déplorant ces faits, je désire assurer de ma prière et de ma solidarité pour les personnes enlevées et pour leurs proches, et je fais appel à l’humanité des ravisseurs afin qu’ils libèrent les victimes. Prions toujours pour notre bien aimée Syrie !
Il y a tant de situations de conflits dans le monde, mais il y a aussi tant de signes d’espérance. Je voudrais encourager les récents pas accomplis dans divers pays d’Amérique Latine vers la réconciliation et la paix. Accompagnons-les par notre prière.

Ce matin, j’ai célébré la Sainte Messe avec quelques militaires et avec les parents de personnes tuées lors de missions de paix, qui essaient de promouvoir la réconciliation et la paix dans des pays où tant de sang fraternel est toujours répandu dans des guerres qui sont toujours une folie. « Tout se perd avec la guerre. Tout se gagne avec la paix ». Je demande une prière pour les morts, les blessés et leurs familles. Faisons ensemble, maintenant, en silence, dans notre coeur – tous ensemble – une prière pour les morts, les blessés et leurs familles. En silence.
Je salue avec affection tous les pèlerins présents aujourd’hui: les familles, les fidèles de tant de paroisses italiennes et d’autres pays, les associations, les mouvements.
Je salue les fidèles provenant du Canada et ceux de Croatie et Bosnie Herzégovine, ainsi que le groupe du Piccolo Cottolengo de Gênes, de l’Œuvre de Don Orione.
Je salue tous. A tous bon dimanche et bon déjeuner!

Traduction de Zenit, Anne Kurian

PAPE BENOÎT: ANGÉLUS: AMOUR ET VÉRITÉ, DEUX NOMS DE DIEU

4 février, 2013

http://www.zenit.org/article-33357?l=french

ANGÉLUS: AMOUR ET VÉRITÉ, DEUX NOMS DE DIEU

Benoît XVI commente l’évangile du 3 février 2013

Benoît XVI
ROME, Sunday 3 February 2013 (Zenit.org).
« Amour et vérité sont les deux noms de la même réalité, deux noms de Dieu », explique Benoît XVI qui a commenté, avant l’angélus de midi, ce dimanche 3 février, place Saint-Pierre, l’évangile du jour : Jésus à Nazareth.
Paroles de Benoît XVI en italien avant l’angélus :
Cher frères et sœurs,
L’évangile d’aujourd’hui – tiré du chapitre 4 de saint Luc – est dans le prolongement de celui de dimanche dernier. Nous nous trouvons encore dans la synagogue de Nazareth, le village où Jésus a grandi et où tous les connaissent lui et sa famille. Or, après une période d’absence, il revient de façon nouvelle : au cours de la liturgie du sabbat, il lit une prophétie d’Isaïe sur le Messie, et il en annonce l’accomplissement, laissant entendre que cette parole de réfère à Lui.
Ce fait suscite l’étonnement des Nazaréens : d’une part, « tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Lc 4, 22). Saint Marc rapporte que beaucoup disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? » (Mc 6, 2). Mais d’autre part, ses concitoyens le connaissent trop bien : « C’est quelqu’un comme nous, disent-ils. Sa prétention ne peut être que présomption » (L’Enfance de Jésus, 11). « N’est-il pas le fils de Joseph ? » (Lc 4, 22), cela revient à dire : quelles aspirations peut bien avoir un charpentier de Nazareth ?
Justement parce qu’il connaît cette fermeture, qui confirme le proverbe « personne n’est prophète en son pays », dans la synagogue Jésus adresse aux gens des paroles qui résonnent comme une provocation. Il cite deux miracles accomplis par les grands prophètes Elie et Elysée en faveur de personnes qui n’étaient pas des Israélites, pour démontrer qu’il arrive qu’il y ait davantage de foi en dehors d’Israël. A ce moment-là, la réaction est unanime : tous se lèvent et le chassent, et ils cherchent même à le jeter du haut d’un précipice, mais Lui, avec un calme souverain, passe au milieu de la foule furieuse et il s’en va.
On se demande spontanément à ce moment-là : comment Jésus a-t-il pu vouloir cette rupture ? Au commencement, les gens l’admiraient, et il aurait peut-être pu obtenir une certaine approbation… Mais justement, voilà le point : Jésus n’est pas venu pour chercher l’approbation des hommes mais, comme il le dira à la fin à Pilate, pour « rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Le vrai prophète n’obéit à personne d’autre qu’à Dieu et il se met au service de la vérité, prêt à payer de sa personne. Il est vrai que Jésus est le prophète de l’amour, mais aussi l’amour a sa vérité. Et même, amour et vérité sont les deux noms de la même réalité, deux noms de Dieu.
Dans la liturgie d’aujourd’hui résonnent aussi ces paroles de saint Paul : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai » (1 Co 13, 4-6). Croire en Dieu signifie renoncer à ses préjugés et accueillir le visage concret par lequel il s’est révélé : l’homme Jésus de Nazareth. Et cette voie conduit aussi à le reconnaître et à le servir dans les autres.
L’attitude de Marie est éclairante à ce propos. Qui plus qu’elle a été familier de l’humanité de Jésus ? Mais elle n’en a jamais été scandalisée comme ses concitoyens de Nazareth. Elle conservait le mystère en son cœur et elle a su l’accueillir toujours davantage et toujours à nouveau, sur le chemin de la foi, jusqu’à la nuit de la croix et à la pleine lumière de la résurrection. Que Marie nous aide nous aussi à marcher avec fidélité et avec joie sur ce chemin.

Traduction de Zenit : Anita Bourdin

PAPE BENOÎT: LA LITURGIE EST « ÉCOLE DE L’ÉCOUTE » (Angelus)

28 janvier, 2013

http://www.zenit.org/article-33262?l=french

LA LITURGIE EST « ÉCOLE DE L’ÉCOUTE »

Par Benoît XVI, angélus du 27 janvier 2013

ROME, Sunday 27 January 2013 (Zenit.org).
« Avant de pouvoir parler de Dieu et avec Dieu, il faut l’écouter, et la liturgie de l’Eglise est l’“école” de cette écoute du Seigneur qui nous parle », a déclaré Benoît XVI ce dimanche 27 janvier 2013.
Le pape a en effet présidé la prière de l’angélus, depuis le balcon de la fenêtre de son bureau au Vatican. Il était entouré de deux jeunes représentants de l’Action catholique des jeunes de Rome, qui venaient de faire leur traditionnelle « caravane de la paix », concluant le mois de janvier, dédié à la paix.
Paroles de Benoît XVI avant l’angélus (en italien)
Chers frères et soeurs,
La liturgie de ce jour nous présente, réunis, deux passages distincts de l’Evangile de saint Luc. Le premier (1,1-4) est le prologue, adressé à un certain « Théophile »; puisque ce nom en grec signifie « ami de Dieu », nous pouvons voir en lui tout croyant qui s’ouvre à Dieu et veut connaître l’Evangile. Le second passage (4,14-21), au contraire, nous présente Jésus qui « par la puissance de l’esprit » se rendit dans la synagogue de Nazareth pour le sabbat. En bon observateur de la loi, le Seigneur ne se dérobe pas au rythme liturgique hebdomadaire et s’unit à l’assemblée de ses compatriotes dans la prière et dans l’écoute des Ecritures. Le rite prévoit la lecture d’un texte de la Torahou des Prophètes, suivie d’un commentaire. Ce jour là Jésus se leva pour lire et trouva un passage du prophète Isaïe qui commence ainsi : « L’esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres » (61,1-2). Origène commente : « Ce n’est pas par hasard qu’il a ouvert le et trouvé le chapitre de la lecture qui prophétisait sur lui, mais ce fut une action de la providence de Dieu » (Homélie sur l’Evangile de Luc 32, 3). Jésus en effet, une fois terminée la lecture, dans un silence chargé d’attention, dit : «Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » (Lc 4,21). Saint Cyrille d’Alexandrie affirme que l’«aujourd’hui», qui est entre la première et la dernière venue du Christ, est lié à la capacité du croyant à écouter et à reconnaître ses torts (cf. PG 69, 1241). Mais, dans un sens encore plus radical, c’est Jésus même «l’aujourd’hui» du salut dans l’histoire, parce qu’il porte à son accomplissement la plénitude de la rédemption. Le terme «aujourd’hui», très cher à saint Luc (cf. 19,9; 23,43), nous rapporte au titre christologique préféré de l’évangéliste, celui de «sauveur» (soter). Dans les récits de l’enfance, il est déjà présent dans les paroles de l’ange aux bergers : «Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. » (Lc 2,11).
Chers amis, ce passage nous interpelle aussi «aujourd’hui». Tout d’abord il nous fait penser à notre façon de vivre le dimanche: jour du repos et de la famille, mais avant tout jour à dédier au Seigneur, en participant à l’Eucharistie, dans laquelle nous nous nourrissons du Corps et du Sang du Christ et de sa Parole de vie. En second lieu, à notre époque de dispersion et de distraction, cet Evangile nous invite à nous interroger sur notre capacité d’écoute. Avant de pouvoir parler de Dieu et avec Dieu, il faut l’écouter, et la liturgie de l’Eglise est l’“école” de cette écoute du Seigneur qui nous parle. Enfin, il nous dit que chaque moment peut devenir un  «aujourd’hui» propice pour notre conversion. Chaque jour (kathemeran) peut devenir l’aujourd’hui du salut, car le salut est histoire qui continue pour l’Eglise et pour chaque disciple du Christ. C’est le sens chrétien du «carpe diem»: cueille l’aujourd’hui où Dieu t’appelle pour te donner le salut !
Que la Vierge Marie soit toujours notre modèle et notre guide pour savoir reconnaître et accueillir, chaque jour de notre vie, la présence de Dieu, notre Sauveur et celui de toute l’humanité.
Paroles de Benoît XVI après l’angélus
Chers frères et soeurs,
C’est aujourd’hui la “Journée de la Mémoire”, en mémoire de l’Holocauste des victimes du nazisme. La mémoire de cette effroyable tragédie, qui a frappé si durement et surtout le peuple juif, doit représenter pour tous un avertissement constant afin que les horreurs du passé ne se répètent pas, que toute forme de haine et de racisme soit dépassée et que soient promus le respect et la dignité de la personne humaine.
On célèbre aujourd’hui la 60e Journée mondiale des malades de la lèpre. J’exprime ma proximité aux personnes qui souffrent de ce mal et j’encourage les chercheurs, les soignants et les volontaires, en particulier ceux qui font partie d’organisations catholiques et de l’Association des Amis de Raoul Follereau. J’invoque pour tous le soutien spirituel de saint Damien De Veuster et de sainte Marianne Cope, qui ont donné leur vie pour les malades de la lèpre. Ce dimanche est aussi la Journée spéciale d’intercession pour la paix en Terre Sainte. Je remercie ceux qui la promeuvent dans différentes parties du monde et je salue en particulier ceux qui sont présents ici.
(En français)
Aujourd’hui comme hier, chers pèlerins francophones, le Seigneur nous invite à l’écouter en devenant plus familier de l’Écriture Sainte. Puissions-nous trouver dans la Parole de Dieu la lumière pour éclairer nos choix et fortifier notre engagement à vivre en chrétien ! Prenons le temps de lire et de méditer l’Évangile où Jésus parle et agit dans des situations semblables à celles que nous connaissons aujourd’hui. Que son enseignement et sa manière d’être, libre et fidèle à sa mission, nous interpelle et nous encourage ! Bon dimanche à tous !
(En italien)
Je salue avec affection les pèlerins venus de l’île de Malte, et tous ceux de langue italienne, parmi lesquels les fidèles du diocèse de Castellaneta. Je salue d’une façon spéciale les enfants et les jeunes de l’Action Catholique des jeunes de Rome. Bienvenue ! Deux des vôtres, avec les responsables diocésains, sont ici à côté de moi, voyez ! Chers enfants, votre “Caravane de la Paix” est un beau témoignage! Qu’elle soit signe aussi de votre engagement quotidien pour construire la paix là où vous vivez. Ecoutons maintenant votre bref message.
[Lecture du message]
Merci! Et maintenant libérons les colombes, symbole de l’Esprit de Dieu, qui donne la paix à ceux qui accueillent son amour. Essayons de libérer ces colombes.
[Lâcher des colombes]
Alors, ça a été un succès ! Bon dimanche à vous tous! Bonne semaine, merci !

Traduction de Zenit, Anne Kurian

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