Un secret à redécouvrir: la sainteté de Mère Teresa

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/16498575af.html?fr=y

imm fr_citations-mere-teresa-1

Un secret à redécouvrir: la sainteté de Mère Teresa

Un livre révèle au grand public ce que le procès en béatification avait déjà mis en évidence: sa solitude intérieure, son sentiment d’être abandonnée par Dieu. C’est pour cela qu’elle a encore plus été une pauvre parmi les pauvres, à tous points de vue. Le commentaire du prédicateur de la Maison pontificale, le père Raniero Cantalamessa
par Sandro Magister

ROMA, le 4 septembre 2007 – Il y a trois jours, s’adressant à trois cents mille jeunes réunis à Lorette, Benoît XVI a rappelé que même une sainte comme Mère Teresa de Calcutta, malgré « toute sa charité et sa force de foi… souffrait du silence de Dieu ».
Il a ajouté: « Un livre a été publié sur les expériences spirituelles de Mère Teresa, où ce que nous savions déjà apparaît de manière plus explicite ».
Le livre cité par le pape s’intitule « Mother Teresa: Come Be My Light [Mère Teresa: viens, sois ma lumière]« . Il est en vente depuis le 4 septembre dans son édition anglaise, éditée et préfacée par le père Brian Kolodiejchuk, des Missionnaires de la Charité, postulateur du procès de canonisation de Mère Teresa.
L’ouvrage rassemble certaines lettres que la religieuse, morte il y a dix ans et aujourd’hui bienheureuse, a écrites à différents moments à ses directeurs spirituels. Elles témoignent de cette longue phase de sa vie au cours de laquelle elle a vécu la « nuit de la foi ».
La simple annonce de ce livre, avant même qu’il soit sorti, a déchaîné un tourbillon de discussions dans différents pays du monde. Comme s’il contenait des révélations sans précédents, susceptibles de briser l’image de la bienheureuse.
Et pourtant, il n’y a rien de nouveau, comme l’a fait remarquer Benoît XVI. Les lettres publiées aujourd’hui et d’autres écrits du même ordre étaient déjà présents dans les huit volumes du procès de béatification de Mère Teresa. Le jour de sa béatification, le 19 octobre 2003, il était textuellement écrit dans la biographie officielle diffusée par le Vatican:
« Il y avait un côté héroïque de cette grande femme qui fut révélé seulement après sa mort. Cachée aux yeux de tous, cachée même à ses plus proches, sa vie intérieure fut marquée par l’expérience d’un sentiment profond, douloureux et constant d’être séparée de Dieu, même rejetée par lui, accompagné d’un désir toujours croissant de son amour. Elle appela son expérience intérieure, ‘l’obscurité’. La nuit douloureuse de son âme qui débuta à peu près au moment où elle commençait son travail pour les pauvres et qui continua jusqu’à la fin de sa vie, conduisit Mère Teresa à une union toujours plus profonde avec Dieu. A travers cette obscurité, elle participa mystiquement à la soif de Jésus dans son désir d’amour douloureux et ardent, et elle partagea la désolation intérieure des pauvres ».
De cette obscurité intérieure qui a duré un demi-siècle – alors que le monde entier admirait sa joie chrétienne rayonnante – Mère Teresa n’a informé que ses directeurs spirituels. Elle leur a ordonné de détruire ensuite ses lettres, ce qu’ils n’ont pas fait.
L’obscurité de la foi a marqué la vie de nombreux autres saints, même des plus grands. Mais il y a toujours quelque chose de particulier en chacun. Chez Mère Teresa aussi.
Dans le commentaire qui suit, un auteur d’exception essaie de traiter la particularité de Mère Teresa, par rapport justement aux doutes qu’elle éprouvait dans sa foi. Il s’agit du père Raniero Cantalamessa, franciscain, historien des origines du christianisme et prédicateur officiel de la Maison pontificale.
Ce commentaire est paru le dimanche 26 août dans « Avvenire », au moment des discussions qui ont suivi l’annonce du livre.
Dans le commentaire, le père Cantalamessa soutient une thèse hardie: il fait de Mère Teresa la compagne idéale de voyage et de repas pour les nombreux « athées de bonne foi » qui peuplent le monde actuel. Ceux que Jésus aime le plus, lui qui a expérimenté plus que tous l’abandon de Dieu.

MÈRE TERESA, « LA NUIT » ACCEPTÉE COMME UN DON – PAR RANIERO CANTALAMESSA

Que s’est-il passé après que Mère Teresa a répondu oui à l’inspiration divine qui l’appelait à tout abandonner pour se mettre au service des plus pauvres d’entre les pauvres?
Le monde a été bien informé de ce qui s’est passé autour d’elle: l’arrivée des premières compagnes, l’approbation ecclésiastique, le développement vertigineux de ses activités caritatives. Mais, jusqu’à sa mort, personne n’a su ce qui s’est passé en elle.
On le sait maintenant par les journaux intimes et les lettres adressées à son directeur spirituel et publiées aujourd’hui par le postulateur de son procès de canonisation. Je ne crois pas que les éditeurs, avant de se décider à les publier, aient eu à surmonter la crainte que ces écrits puissent troubler ou même scandaliser les lecteurs. Loin de diminuer la stature de Mère Teresa, ils la grandissent au contraire considérablement, la plaçant aux côtés des plus grands mystiques du christianisme.
Un de ses proches, le jésuite Joseph Neuner, a écrit: « Dès le début de sa nouvelle vie au service des pauvres, une obscurité oppressante s’est emparée d’elle ». Quelques courts extraits suffisent pour donner une idée de la densité des ténèbres où elle s’est trouvée. « Il y a tellement de contradiction dans mon âme, un désir ardent de Dieu, profond au point de faire mal, une souffrance permanente – et en même temps le sentiment de ne pas être voulue par Dieu, d’être repoussée, vide, sans foi, sans amour, sans zèle… Le ciel ne signifie rien pour moi, il m’apparaît comme un lieu vide ».
On reconnaît immédiatement dans cette expérience de Mère Teresa un cas classique de ce que les spécialistes de la mystique, après saint Jean de la Croix, ont pris l’habitude de nommer la nuit obscure de l’esprit.
u existe ou non, si nous-mêmes sommes vivants ou morts. Nous sommes alors pris par une douleur tellement étrange que le monde entier nous semble oppressant dans son extension. Nous n’avons plus ni expérience ni connaissance de Dieu. Tout le reste nous semble aussi répugnant, de telle sorte que l’on a l’impression d’être prisonnier entre deux murs ».
Tout laisse à penser que cette obscurité a accompagné Mère Teresa jusqu’à sa mort, avec une courte parenthèse en 1958, quand elle a pu écrire, jubilante: « Aujourd’hui, mon âme est pleine d’amour, de joie indicible et d’une union d’amour interrompue ». Si elle n’en parle presque plus du tout à partir d’un certain moment, ce n’est pas parce que la nuit est finie, mais parce que Mère Teresa s’est désormais adaptée à vivre en elle. Non seulement elle l’a acceptée, mais elle reconnaît la grâce extraordinaire qu’elle renferme pour elle. « J’ai commencé à aimer mon obscurité, parce que je crois maintenant qu’elle constitue une partie, une toute petite partie, de l’obscurité et de la souffrance que Jésus a vécues sur terre ».
Le silence de Mère Teresa
La fleur la plus parfumée de la nuit de Mère Teresa est le silence qu’elle a gardé à ce sujet. Elle craignait, si elle en parlait, d’attirer l’attention sur elle. Jusqu’au bout, même les personnes les plus proches n’ont jamais rien deviné de ce tourment intérieur. Elle avait donné l’ordre à son directeur spirituel de détruire toutes ses lettres. Si certaines d’entre elles ont été sauvées, c’est parce que – avec la permission de Mère Teresa – il en avait fait pour l’archevêque et futur cardinal Trevor Lawrence Picachy une copie, retrouvée dans ses papiers après sa mort. L’archevêque, heureusement pour nous, s’était refusé à les détruire, comme le lui avait aussi demandé Mère Teresa.
Pour l’âme, le danger le plus insidieux de la nuit obscure de l’esprit est de se rendre compte qu’il s’agit justement de la nuit obscure, de ce que les grands mystiques ont vécu avant elle et ainsi de faire partie d’un cercle d’âmes élues. Par la grâce de Dieu, Mère Teresa a évité ce risque, en cachant à tous son tourment sous un sourire permanent. « Toujours en train de sourire, disent mes sœurs et les gens. Ils pensent qu’au fond de moi je suis remplie de foi, de confiance et d’amour… Si seulement ils savaient à quel point ma joie n’est qu’un manteau sous lequel je cache le vide et la misère! « . Un dicton des Pères du désert rappelle: « Aussi grandes soient tes peines, ta victoire sur elles réside dans le silence ». Mère Teresa l’a mis en pratique de manière héroïque.
Pas seulement une purification
Pourquoi donc ce phénomène étrange d’une nuit de l’esprit qui dure pratiquement toute la vie? Il y a là quelque chose de nouveau par rapport à ce qu’ont vécu et expliqué les maîtres du passé, y compris saint Jean de la Croix. Cette nuit obscure ne s’explique pas seulement par l’idée traditionnelle de la purification passive, que l’on appelle communément voie purgative, qui prépare à la voie illuminative et à la voie unitive. Mère Teresa était convaincue qu’il s’agissait justement de cela dans son cas. Elle pensait qu’il lui était particulièrement difficile de vaincre son « moi », puisque Dieu était contraint de la maintenir si longtemps dans cet état.
Ce n’était sûrement pas cela. La nuit interminable que vivent certains saints modernes est le moyen de protection inventé par Dieu pour les saints d’aujourd’hui qui vivent et travaillent en permanence sous l’œil des médias. Comme la tenue d’amiante protège celui qui doit traverser les flammes. Comme la matière isolante empêche le courant électrique de se disperser en provocant des courts-circuits.
Saint Paul disait: « Pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde dans la chair » (2 Corinthiens, 12,7). Pour Mère Teresa, l’épine dans la chair que constituait le silence de Dieu s’est révélée très efficace. Il l’a préservée de toute ivresse, au milieu de tout le bien que l’on disait d’elle, même lors de la remise du prix Nobel de la paix. « La douleur intérieure que je ressens – disait-elle – est tellement grande que je n’éprouve rien face à toute la publicité et à tout ce que disent les gens ». Dans son essai venimeux intitulé « Dieu n’est pas grand. La religion empoisonne toute chose », Christopher Hitchens est bien loin de la vérité lorsqu’il fait de Mère Teresa un produit de l’ère médiatique!
Il y a une raison plus profonde encore qui explique ces nuits qui s’étendent tout au long d’une vie: l’imitation du Christ, la participation à la nuit obscure de l’esprit qui a enveloppé Jésus au Gethsémani puis sur le Calvaire lorsqu’il a crié avant de mourir: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? ». Mère Teresa est parvenue à percevoir de manière toujours plus claire son épreuve comme une réponse au désir de partager le cri « J’ai soif » de Jésus sur la Croix. « Si la peine et la souffrance, mon obscurité et ma séparation d’avec toi donnent une goutte de consolation, mon Jésus, fais de moi ce que tu veux… Imprime dans mon âme et dans ma vie la souffrance de ton cœur… Je veux étancher ta soif avec chaque goutte de sang que tu peux trouver en moi. Ne cherche pas à revenir rapidement: je suis prête à t’attendre pour toute l’éternité ».
Penser que la vie de ces personnes n’est qu’une obscure souffrance serait une grave erreur. Au plus profond de leur âme, ces personnes jouissent d’une paix et d’une joie inconnues du reste des hommes. Elles sont le fruit de la certitude, plus forte chez ces personnes que le doute, d’être dans la volonté de Dieu. Sainte Catherine de Gênes compare la souffrance des âmes qui sont dans cet état à celle du Purgatoire. Elle affirme qu’elle « est si grande que l’on ne peut la comparer qu’à celle de l’Enfer », mais qu’il y a en elle une « très grande joie  » que l’on ne peut comparer qu’à celle des saints au Paradis. La joie et la sérénité qui émanaient du visage de Mère Teresa n’étaient pas un masque, mais le reflet de l’union profonde avec Dieu dans laquelle vivait son âme. C’était elle qui « se trompait » sur son compte et non les autres.
Aux côtés des athées
Le monde d’aujourd’hui connaît une nouvelle catégorie de personnes: les athées de bonne foi, ceux qui vivent dans la douleur le silence de Dieu, qui ne croient pas en Dieu mais qui n’en font pas un sujet de fierté. Ils expérimentent plutôt l’angoisse existentielle et le manque de sens du tout. Eux aussi vivent, à leur manière, dans une nuit obscure de l’esprit. Dans son roman « La Peste », Albert Camus les appelait « les saints sans Dieu ». Les mystiques existent surtout pour eux. Ils sont leurs compagnons de voyage et de repas. Comme Jésus, ils « ont fait bon accueil aux pécheurs et ont mangé avec eux » (cf. Luc 15,2).
Cela explique la passion avec laquelle certains athées, une fois convertis, se sont jetés sur les écrits des mystiques. Claudel, Bernanos, les deux Maritain, Léon Bloy, l’écrivain Joris-Karl Huysmans et beaucoup d’autres sur les écrits d’Angela da Foligno. Thomas Stearns Eliot sur ceux de Julienne de Norwich. Ils y retrouvaient le même paysage qu’ils avaient quitté, mais cette fois éclairé par le soleil. Peu de personnes savent que l’auteur d’ »En attendant Godot », Samuel Beckett, lisait saint Jean de la Croix à ses heures perdues.
Le mot « athée » peut avoir un sens actif et un sens passif. Il peut indiquer quelqu’un qui refuse Dieu, mais aussi quelqu’un qui – c’est en tout cas ce dont il a l’impression – est refusé par Dieu. Dans le premier cas, il s’agit d’un athéisme de faute (quand il n’est pas de bonne foi); dans le second cas, il s’agit d’un athéisme de souffrance ou d’expiation. On peut déduire de ce dernier sens que les mystiques, dans la nuit de l’esprit, sont des a-thées, des sans-Dieu et que Jésus aussi, sur la croix, était un a-thée, un sans-Dieu.
Mère Teresa a tenu ces propos que personne n’aurait imaginé de sa part: « Ils disent que la souffrance éternelle que les âmes connaissent en Enfer est la perte de Dieu… Dans mon âme, je vis justement cette terrible souffrance d’être damnée, d’être refusée par Dieu, de Dieu qui n’est pas Dieu, de Dieu qui, en réalité, n’existe pas. Jésus, je t’en prie, pardonne mon blasphème ». Mais elle se rend compte que son a-théisme est différent, fait de solidarité et d’expiation: « Dans ce monde si loin de Dieu et qui a tourné le dos à la lumière de Jésus, je veux vivre pour aider les gens, en prenant sur moi une partie de leur souffrance ». Preuve incontestable que son athéisme est d’une toute autre nature, la souffrance indicible qu’il provoque chez les mystiques. Les athées courants ne se tourmentent pas de cette façon à cause de leur athéisme.
Les mystiques sont arrivés tout près du monde où vivent les sans-Dieu. Ils ont connu le vertige de se jeter en bas. Mère Teresa écrivait encore à son père spirituel: « J’ai été sur le point de dire Non… J’ai l’impression qu’un jour ou l’autre quelque chose va se briser en moi ». « Prie pour moi, pour que je ne refuse pas Dieu en cette heure. Je ne le veux pas mais je crains d’en être capable ».
Pour cette raison, les mystiques sont les évangélisateurs idéaux dans le monde post-moderne, où l’on vit « etsi Deus non daretur », comme si Dieu n’existait pas. Ils rappellent aux athées honnêtes qu’ils ne sont pas « loin du royaume de Dieu ». Qu’il leur suffirait de faire un saut pour se retrouver sur la rive des mystiques, et passer du rien au tout.
Karl Rahner avait raison de dire: « Le christianisme du futur sera mystique ou ne sera pas ». Padre Pio et Mère Teresa sont la réponse à ce signe des temps. Nous ne devons pas gâcher les saints, en les réduisant à des distributeurs de grâces ou à des bons exemples.

LA FEMME DANS LE CHRISTIANISME : REPRÉSENTATIONS ET PRATIQUES

http://www.helsinki.fi/science/xantippa/wef/weftext/wef265.html

LA FEMME DANS LE CHRISTIANISME : REPRÉSENTATIONS ET PRATIQUES dans CHRISTIANISME ea0e6cf15b48c48eeb0a7ee341fd0fa7

(L’art évangélique – La berceuse de la mère)

LA FEMME DANS LE CHRISTIANISME : REPRÉSENTATIONS ET PRATIQUES

6.5. La répartition des savoirs et des pouvoirs
Dans l’Epître aux Galates (3 ; 28), saint Paul écrit ceci, qui intéresse directement notre propos :
« Vous tous baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a ni juif ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni mâle ni femelle, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ».
En écrivant ce texte, Paul entendait certainement marquer ce qui distingue le christianisme de la religion romaine et du judaïsme. La religion romaine est une religion d’Etat à laquelle participent uniquement les citoyens ; le judaïsme est une religion « tribale » ou ethnique : le peuple juif est le « peuple élu » et Yahvé est souvent désigné, dans les textes bibliques, comme étant le « Dieu d’Israël ». En écrivant que le baptême efface les distinctions ethniques et sociales, Paul définit le christianisme comme une religion universaliste et égalitaire.
Ce principe d’égalité s’applique aussi, comme le précise le texte, aux hommes et aux femmes. On peut supposer que Paul pensait surtout, sur ce point, aux juifs. La différence entre hommes et femmes y est, en effet, nettement marquée. Conformément au texte biblique (cf. Gn. : 17 ; 1-12), seuls les mâles y reçoivent « le signe de l’alliance » avec Dieu : la circoncision, effectuée le huitième jour après la naissance. Traditionnellement, seuls les garçons pouvaient apprendre l’hébreu, la langue des textes sacrés (cf., sur l’accès des femmes à ces textes, C. Fabre-Vassas, 1995). A treize ans, ils accomplissent le rituel de la bar mitsvah , qui leur ouvre le droit de lire publiquement la Torah , les cinq premiers livres de l’Ancien Testament (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome) : écrits à la main et serrés sur des rouleaux que l’on conserve dans l’Arche Sainte de la synagogue, ces textes sont l’objet le plus sacré de la communauté juive. Seuls les hommes, enfin, peuvent (ou pouvaient jusqu’à une période récente, cf. R. Azria, 1996) devenir rabbins, Docteurs de la Loi, cette fonction étant réservée à ceux qui connaissent les textes saints et les gloses dont ils ont fait l’objet.
L’islam a perpétué, en fait sinon en droit, l’essentiel de cette discrimination dans l’accès au texte coranique, seul livre sacré de la communauté musulmane, et à la fonction de guide spirituel conférée à ceux qui connaissent le Coran et ses gloses. Théoriquement, une femme peut devenir imam ; en pratique, cette charge est uniquement assumée par des hommes.
Le christianisme, de ce point de vue, marque une rupture – au moins en partie. Hommes et femmes y ont également le droit de lire les textes religieux. On sait en outre que, dans le christianisme primitif, les femmes conféraient certains sacrements (le baptême, notamment) et prophétisaient (M. Alexandre, 1991 : 453-61). Dès le premier siècle, pourtant, saint Paul avait vigoureusement affirmé qu’elles ne pouvaient précher :
« Comme dans toutes les Eglises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole ; qu’elles se tiennent dans la soumission, ainsi que la Loi même le dit. Si elles veulent s’instruire sur quelque point, qu’elles interrogent leur mari à la maison ; car il est inconvenant pour une femme de parler dans une assemblée » (1ere Epître aux Corinthiens, 14 ; 34-36).
« Pendant l’instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme. Qu’elle se tienne tranquille. C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression. Néanmoins, elle sera sauvée en devenant mère, à condition de persévérer avec modestie dans la foi, la charité et la sainteté » (1ere Epître à Thimothée 2, 12-15)
La tradition chrétienne a retenu la leçon : la prédication a été réservée aux hommes. On a seulement donné aux femmes le droit et le devoir de transmettre la foi à leurs enfants, ce qui revenait à les confiner dans l’espace privé qui leur est également réservé par la société civile (cf. J. Delumeau, 1992). Elles ont été aussi exclues, jusqu’au milieu de ce siècle, de l’accès au pastorat : une Américaine, membre d’une Eglise congrégationniste, accéda à cette fonction en 1853 mais l’Eglise Réformée de France n’a permis aux femmes de devenir pasteurs qu’en 1965 ; l’Eglise d’Angleterre ne leur a permis d’accéder à la prêtrise qu’en 1992 (cf. J. Mercier, 1994 et G. Davie, 1996, ch. 9). L’Eglise catholique et orthodoxe, enfin, continuent de leur interdire l’accès à cette fonction. Comment expliquer cette diversité de positions ?

1. Le débat dans le catholicisme
L’acceptation, par l’Eglise anglicane, de l’ordination des femmes, et les débats que cette décision a occasionnés, ou plutôt réactivés, au sein de l’Eglise catholique a conduit la Papauté à rappeler en 1994, dans la lettre « Ordinatio Sacerdotalis », sa position sur ce point – un refus sans appel de l’ouverture de la prêtrise aux femmes – et ses arguments. Ceux-ci s’appuient, pour l’essentiel, sur le passage des Evangiles qui évoque le repas que le Christ aurait partagé avec ses Apôtres avant d’être arrêté et condamné à mort : « c’est lors de la Cène que le Christ aurait institué le sacerdoce par ces mots : « Vous ferez ceci en mémoire de moi » (L. Voyé, 1996 : 13).
Les partisans de l’ordination des femmes et, parmi eux, les théologiennes féministes, ont répondu à cet argument en rappelant, entre autres choses, que les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la vie du Christ et plus particulièrement dans sa Passion:
« Alors que tous les disciples masculins [de Jésus] auraient fui, trahi ou renié, les femmes auraient été présentes au pied de la croix et auraient assisté à la mort de Jésus. C’est elles aussi qui auraient accompagné la mise au tombeau et qui, revenant le lendemain sur les lieux, auraient trouvé ce tombeau vide. C’est dès lors des femmes qui auraient été les premières « à recevoir l’annonce de la Résurrection et à s’entendre confier la mission de porter la nouvelle aux disciples de Pierre », comme le dit l’évangéliste Marc (16, 6-7) » (L. Voyé, op. cit. : 13).
Le Christ aurait ainsi chargé les femmes de transmettre le message de sa Résurrection, « rôle qui est loin d’être mineur et sur lequel pourrait et aurait pu s’édifier une responsabilisation de la femme dans ‘l’annonce de la Bonne Nouvelle’. » (L. Voyé, ibid. , cf. aussi F. Lautman, 1998 et E. Schussler-Fiorenza, 1983).
Les textes évangéliques peuvent donc tout aussi bien légitimer l’accès des femmes à la prêtrise. Si l’Eglise catholique continue de le leur refuser, c’est peut-être, d’une part, parce qu’elle partage obscurément l’idée fort commune que Dieu est un personnage masculin : il est le Père et a eu un Fils, et non une fille. Comment accepter, par conséquent, que le prêtre, identifié par la théologie orthodoxe à une « icône de Dieu », soit une femme ? On sait d’autre part que, dans la plupart des sociétés, les femmes sont écartées de tout contact avec le sacré parce qu’elles sont jugées impures du fait de leurs menstruations. Tout à fait explicite dans le Lévitique et très officiellement reprise par l’islam, cette représentation de la femme a été rejetée, en droit, par le christianisme. Mais l’idée que la femme est souillée et cause de souillure ne semble pas, en réalité, avoir disparu de la culture chrétienne.

2. L’impureté des femmes
Le Lévitique est un texte normatif qui définit, entre autres choses, les interdits (alimentaires notamment) que doivent respecter les juifs pour éviter de se rendre impurs et les rituels auxquels ils doivent se soumettre au cas où ils seraient en état d’impureté. Outre les aliments interdits et le contact des morts, le texte signale trois sources d’impureté: la lèpre, les écoulements sexuels naturels ou consécutifs à une affection vénérienne, les flux sanguins féminins (règles et sang de l’accouchement). Voici, sur ce point, ce que dit le texte :
« Yahvé parla à Moïse et dit : Parle ainsi aux enfants d’Israël. Si une femme est enceinte et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours comme elle est impure au temps de ses règles. Au huitième jour, on circoncira le prépuce de l’enfant et pendant trente-trois jours encore elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera à rien de consacré et n’ira pas au sanctuaire jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification. Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines, comme pendant ses règles, et restera de plus soixante-dix jours à purifier son sang » (Lév., 12 ; 1-5).
Notons au passage que l’impureté de l’accouchée dure deux fois plus de temps lorsqu’elle a eu une fille : n’est-ce pas suggérer que la femme est impure y compris en dehors des périodes où elle saigne?
« Lorsqu’une femme a un écoulement de sang et que du sang s’écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans l’impureté de ses règles. Qui la touchera sera impur jusqu’au soir. Toute couche sur laquelle elle s’étendra en cet état sera impure ; tout meuble sur lequel elle s’assiéra sera impur. Quiconque touchera son lit devra nettoyer ses vêtments, se laver à l’eau, et il sera impur jusqu’au soir. Quiconque touchera un meuble, quel qu’il soit, où elle se sera assise, devra nettoyer ses vêtements, se laver à l’eau, et il sera impur jusqu’au soir. Si quelqu’objet se trouve sur le lit ou sur le meuble sur lequel elle s’est assise, celui qui le touchera sera impur jusqu’au soir. Si un homme couche avec elle, l’impureté de ses règles l’atteindra. Il sera impur pendant sept jours. Tout lit sur lequel il couchera sera impur » (Lév., 15 ; 19-24).
Ces textes ont, été invoqués pour justifier l’exclusion des femmes de la fonction rabbinique (cf. R. Azria, 1996). Officiellement, on l’a dit, le christianisme les a récusés. Mais sa position est moins claire qu’il y paraît. Jusqu’à une date récente, par exemple, obligation était faite à toute nouvelle accouchée d’attendre quarante jours avant de se rendre à l’église : pour pouvoir y rentrer, elle devait se plier au rituel dit « des relevailles ». Cette coutume perpétue, de toute évidence, les prescriptions du Lévitique.
Aucun interdit similaire n’existe, en revanche, pour les femmes menstruées. Il reste que le peuple – tout comme les clercs – semblent avoir perpétué la croyance en leur impureté. Des légendes médiévales racontent, ainsi, que les baumiers (des arbustes dont la sève entre dans la composition du saint chrême, utilisé pour le baptême, la confirmation et l’ordination des prêtres) meurent lorsqu’ils entrent en contact avec le sang des menstrues ou avec un juif – et l’on dit des juifs qu’ils saignent comme les femmes (J.-P. Albert, 1990, ch. V). Au XIIIe siècle, le Dominicain Jacques de Voragine explique, dans son Mariale Aureum , que le Saint Esprit « purifia » le sang de la Vierge au moment où le Christ s’y incarna. Cette remarque s’explique si l’on précise que les hommes du Moyen-Age partageaient la théorie aristotélicienne de la conception : le foetus résulte de la coagulation du sang des règles (qui s’arrêtent, comme on le constate, pendant la grossesse) opérée par l’action du sperme. Le Christ ne pouvait s’être incarné dans cette substance impure mais seulement dans un sang « purifié ». Au XVIIe siècle enfin, une mystique espagnole, Marie d’Agréda, suggère que la Vierge Marie ne fut jamais menstruée, ayant été exemptée des effets du péché originel (M. Albert-Llorca, 1995).
On comprend mieux, si l’on tient compte de la croyance dans l’impureté de la femme, que la prêtrise ait été réservée aux hommes, dans le christianisme tant latin qu’orthodoxe. Car le prêtre n’y est pas seulement un interprète autorisé de la Loi religieuse, un guide spirituel. A la différence du rabbin, de l’imam ou du pasteur, l’ordination le consacre et lui donne le pouvoir de consacrer. Cela signifie, notamment, qu’il transforme le pain et le vin en corps et sang du Christ au cours de la messe, répétition de sa Passion. Pain et vin consacrés sont les objets les plus saints de la communauté chrétienne. On ne saurait donc octroyer à un être impur le droit d’opérer cette transubstantiation, ni même, comme le précisent les textes liturgiques, de toucher les objets (calice et linges d’autel) qui sont entrés en contact avec le corps et le sang du Christ : il est interdit aux femmes (y compris quand ce sont des religieuses) de laver les objets et les linges qui ont été utilisés au cours de la messe.
L’exclusion des femmes du sacerdoce s’enracinerait ainsi dans le sentiment d’une antinomie entre leur sang et le sacré. Du moins leur impureté supposée a-t-elle permis de justifier leur mise à l’écart du plus grand des pouvoirs, celui de « faire » le sacré. Une société dominée par les hommes, sur le plan économique et politique, ne pouvait le leur accorder.
Le fait que les Eglises protestantes n’aient accepté qu’au cours du XXe siècle d’ouvrir le pastorat aux femmes est un indice supplémentaire de la force de ces représentations : rien, dans la théologie protestante, ne s’opposait à ce que les femmes aient accès au ministère pastoral.

3. L’accès des femmes au pastorat
Le pastorat, à la différence de la prêtrise catholique et orthodoxe, n’est pas un sacerdoce. Un pasteur, en effet, n’est pas un homme consacré : c’est un laïc (et c’est pourquoi il peut se marier) qui, ayant un savoir théologique, peut prêcher la Parole.
Cette conception est étroitement liée au premier principe du protestantisme : Sola Scriptura , l’Ecriture seule. Il signifie que la Bible est la seule autorité et, par conséquent, que l’Eglise ne peut plus être considérée comme « principe suprême de légitimité religieuse » : à la différence de ce qui se produit dans le christianisme romain et orthodoxe, tous les fidèles sont autorisés à lire et à interpréter la Bible. Ce principe a conduit Martin Luther à parler de « sacerdoce universel des chrétiens » :
« Nous sommes tous prêtres, écrivait-il en 1520, autant de chrétiens que nous sommes (…), quant aux prêtres que nous appelons ministres, ils sont pris d’entre nous pour faire tout en notre nom et leur sacerdoce n’est rien d’autre qu’un ministère » [c'est-à-dire un service] (cité par J.-P. Willaime, 1997 : 123).
On comprend mieux cette conception si l’on précise que le protestantisme opère, comme l’avait souligné Max Weber (1967), une « démagification » (Entzauberung ) du religieux. Pour un catholique, un sacrement a le pouvoir de conférer la grâce : il suffit que le prêtre dise au fidèle venu se confesser que ses péchés lui sont pardonnés pour qu’il en soit ainsi ; le plus grand des pécheurs peut échapper à l’enfer s’il reçoit la confession avant sa mort. Les protestants refusent d’accorder un tel pouvoir aux sacrements (pouvoir qui a indéniablement une dimension « magique ») et à celui qui les confère. Ils récusent également la doctrine catholique de la transusbstantiation (la croyance selon laquelle le prêtre transformerait le pain et le vin, au cours de la messe, en corps et sang du Christ) : « en présidant la cène, le pasteur n’exerce pas un pouvoir sacré transformant des éléments, il rassemble des fidèles autour d’une table de communion (et non d’un autel) » (J.-P. Willaime, 1997 : 122).
La théologie de la Sola Scriptura et du sacerdoce universel aurait logiquement dû ouvrir aux femmes la possibilité d’être pasteurs. Mais, comme on l’a dit, cette possibilité ne devint effective qu’au cours de notre siècle. Cela tient, d’une part, à ce que les protestants ont adhéré, comme les catholiques, à l’image de la femme qui s’exprime dans les textes de saint Paul cités précédemment : un être nécessairement soumis à l’homme et inapte, par conséquent, à assumer des fonctions d’autorité. Le sociologue Jean-Paul Willaime suggère, par ailleurs, que l’exclusion des femmes du pastorat pourrait être liée à la persistance d’une « conception sacrale (…) du ministère pastoral », contraire à la désacralisation (ou à la sécularisation) de la prêtrise que voulaient opérer les fondateurs du protestantisme :
« C’est à la fonction de prédication qu’accédèrent d’abord les femmes, non à celle d’administration des sacrements (réduits à deux dans le protestantisme : le baptême et la sainte-cène). Dans notre enquête auprès des pasteurs français en 1978-1979, nous avions constaté que, si les pasteurs étaient nombreux à être favorables à la prise en charge de la prédication par les laïcs, ils l’étaient beaucoup moins pour ce qui concernait la présidence de la sainte cène (…). Or, prêcher demande plus de compétences qu’administrer un sacrement, où il suffit de suivre le texte liturgique » (1996 : 35).
Laisser les femmes administrer les sacrements, c’était accepter de leur donner un pouvoir sacré. Si les protestants ont si longtemps hésité à le faire, alors même qu’ils avaient accepté de les laisser prêcher, c’est peut-être parce qu’ils pensaient – comme les catholiques – que l’impureté de leur « nature » leur interdit de manipuler le sacré. Martine Millet, pasteur de l’Eglise Réformée de Versailles, interprète dans cette perspective le texte du synode national de l’Eglise Réformée de France qui autorisa en 1949 Elizabeth Schmidt à devenir pasteur. Il stipulait : « cette autorisation ne peut être accordée et maintenue que tant que l’intéressée n’est pas mariée ». M. Millet commente ainsi cette précision :
« Pourquoi imposer le célibat ? Il n’est pourtant pas d’usage dans la théologie réformée d’obliger au célibat. Exiger le célibat, c’est nier la sexualité et interdire toute maternité. C’est, semble-t-il, éviter d’aborder le tabou profondément enraciné de l’impureté de la femme » (M. Millet, 1992 : 349).
Imposer le célibat aux femmes-pasteurs, c’était en effet suggérer que la sexualité et la maternité les souillent – la pureté des hommes n’étant pas, en revanche, affectée par l’acte sexuel puisqu’on autorise les pasteurs à se marier. Aussi les premières femmes qui ont accédé au pastorat ont-elles dû nier leur féminité : « très décidées, mal habillées, de préférence de couleurs sombres, [elles] devaient sans cesse faire taire leur sensibilité de femme pour s’imposer » (ibid. )
Aujourd’hui, les femmes pasteurs ne sont plus obligées d’être célibataires – l’Eglise de Norvège vient même de confirmer dans sa fonction une homosexuelle mariée à une autre femme. Cette évolution est dûe, en partie, au développement des théologies féministes qui se sont employées, depuis la fin du siècle dernier, à récuser la vision androcentrique du christianisme héritée du passé et à proposer une lecture féministe des textes saints (cf. M. Millet, op. cit. : 352-54 ; F. Lautman, 1998 ; J. Baubérot, 1991).
Il resterait encore à étudier la manière dont les femmes exercent le pastorat : existe-t-il, en la matière, une spécificité féminine et, dans ce cas, modifie-t-elle la conception traditionnelle du rôle pastoral ? J.-P. Willaime a émis, sur cette question, une hypothèse stimulante (1996) : l’ouverture du pastorat aux femmes représenterait une « seconde sécularisation » de la prêtrise. Il semble en effet que les femmes tiennent à marquer, dans l’exercice de leur charge, qu’elle est un « ministère » et non une fonction d’autorité qui les placerait au-dessus des autres fidèles ; à signifier, par là, qu’elles n’exercent pas un « pouvoir sacré » mais un service.
La même question se pose pour l’exercice féminin de la prêtrise dans l’Eglise anglicane, qui oscille entre la conception protestante et catholique de cette fonction (cf. J. Mercier, 1994 et G. Davie, 1996, ch. 9). La profonde émotion suscitée par la décision de l’Eglise d’Angleterre d’ordonner des femmes suggère qu’elle a été ressentie – et c’est en effet le cas – comme une transformation symbolique profonde. Il conviendrait d’étudier la manière elle est assumée par les fidèles et les femmes-prêtres.

4. Des femmes sans pouvoir ?
La question de l’accès des femmes à la prêtrise est d’une grande importance pour juger de leur pouvoir au sein du christianisme. Mais elle ne suffit pas à l’apprécier entièrement : l’institution ecclésiale n’est pas la seule instance sociale à conférer un pouvoir religieux. Aussi faut-il, pour estimer justement la place qu’ont tenue les femmes dans le christianisme (et la même remarque vaut pour le judaïsme et l’islam), s’interroger sur les rôles que leur assigne la coutume. Y. Verdier a montré, ainsi, l’importance accordée, dans les sociétés rurales européennes, à la « femme-qui-aide », entendons à celles que l’on charge de laver les nouveaux-nés et les morts : dans les deux cas, l’opération vise à purifier un corps qui vient de l’au-delà ou se prépare à y revenir – tâche essentielle dans une société qui croit en l’immortalité et sépare mal la pureté de l’âme de celle du corps (1979, ch. III).
Dans un tout autre domaine, on a pu établir que le culte marial a permis aux femmes de s’attribuer un droit sur le sacré. C’est le cas, aujourd’hui, dans les villes espagnoles qui se sont placées sous le patronage d’une statue dite miraculeuse de la Vierge. Ces effigies, que les habitants considèrent comme l’objet le plus sacré de leur communauté, sont toujours revêtues de vêtements somptueux, leur richesse contribuant à signifier la sacralité de la statue. Ce sont toujours des femmes qui habillent la Vierge, après s’être assurées qu’aucun homme – pas même le prêtre – n’est présent : or, la statue, pour les Espagnols, n’est « la » Vierge qu’une fois habillée et parée. Les clercs condamnent ces pratiques en les qualifiant de « superstitieuses ». Mais, s’ils les acceptent mal, n’est-ce pas parce que les femmes s’arrogent, ce faisant, le pouvoir (exclusivement réservé, en principe, aux prêtres) de manipuler le sacré ? (M. Albert-Llorca, 1995)
Il convient donc de nuancer l’idée que les hommes auraient un pouvoir absolu dans le domaine religieux. Il est sans doute plus juste de penser que le rôle religieux des femmes est à la fois indispensable et dévalorisé par les institutions religieuses et, plus généralement, par la société masculine. C’est ce jugement de valeur que l’on traduit en opposant la magie, la superstition ou la « religion populaire », qui seraient le fait des femmes et la « vraie » religion, pratiquée par les hommes. Mais peut-on vraiment opposer magie et religion, religion populaire et religion savante ? Tous les travaux d’anthropologique des religions réalisés dans les dernières décennies invitent à remettre en cause de telles oppositions.
La croyance selon laquelle les femmes sont impures et causes d’impureté implique enfin qu’on leur reconnaisse un pouvoir – évidemment redouté. Elle a contribué à encourager la plupart des sociétés – dont les sociétés chrétiennes – à voir en elles des magiciennes et des sorcières. En Europe, elles l’ont, comme on l’a rappelé, chèrement payé aux XVIe et XVIIe siècles. Un dernier dossier mérite, dans ce cadre, d’être examiné : celui de la sainteté féminine. Bien des saintes, en effet, ont été soupçonnées d’être sorcières.

4. La sainteté féminine
Dans toute religion, selon Max Weber, on peut distinguer trois types de pouvoirs : celui des prêtres, qui résulte d’un acte de l’institution, celui des magiciens (parfois difficiles à différencier des prêtres) et celui des prophètes :
« Par prophète, nous entendrons ici un porteur de charismes purement personnels qui, en vertu de sa mission, proclame une doctrine religieuse ou un commandement divin. (…) le prêtre est au service d’une tradition sacrée, tandis que le prophète revendique son autorité en invoquant une révélation personnelle ou en se réclamant d’un charisme » (M. Weber, 1995, T. II : 190).
Telle serait, selon J. Maître (1997) et J.-P. Albert (1997), la position occupée, dans le catholicisme, par les mystiques : des hommes et des femmes qui entrent en contact direct avec le divin et en reçoivent des révélations promises à une diffusion plus ou moins large. Or, les mystiques catholiques sont presque uniquement des femmes. Cette spécialisation s’explique, si l’on prolonge la réflexion de M. Weber, par leur exclusion de la prêtrise : ne pouvant être prêtres, les femmes ne peuvent occuper que la place du prophète, au sens que le sociologue allemand donne à ce terme. Voyons donc qui sont ces mystiques et à quelles contraintes elles ont dû se soumettre pour être reconnues comme saintes.

1. Les saintes : des vierges martyres
Etre un saint, c’est évidemment occuper une place valorisée dans le champ religieux. Or, lorsqu’on examine les statistiques des canonisations, c’est-à-dire des cas de sainteté officiellement reconnus par l’Eglise (cf. P. Delooz, cité par L. Voyé, 1996 : 20 et J.-P. Albert, 1997 : 24), on constate que la discrimination sexuelle joue à plein : du Xe au XXe siècles, parmi les 1555 canonisations enregistrées, 273 seulement, soit 17, 5 % concernent des femmes. La sainteté est une « carrière » presqu’exclusivement ouverte aux hommes et plus particulièrement aux clercs : en dehors des apôtres et des martyrs des premiers siècles, la plupart des saints sont des membres du clergé séculier (prêtres, mais aussi et surtout évêques) ou régulier.
Qui sont, maintenant, les saintes ? L’Eglise n’a canonisé pratiquement aucune femme mariée qui, à sa mort, vivait toujours avec son époux : les veuves, souvent entrées au couvent après la mort de leur mari, sont nettement plus nombreuses, le veuvage et la vie monastique étant considérés comme une garantie de chasteté. Leur groupe reste cependant limité face à celui des vierges qui représentent environ 75% des saintes et des bienheureuses. La classe des « vierges » est en outre une catégorie identifiée comme telle dans le classement officiel des saints (de même que celle des apôtres, martyrs, etc.) : elle regroupe exclusivement des femmes, comme si l’obligation de virginité ne s’appliquait pas aux saints (J.-P. Albert, 1997 : 20-21). Tout se passe ainsi comme si la sexualité souillait uniquement les femmes et non les hommes : c’est bien ce que suggère aussi la valorisation de la « blancheur » des filles analysée à propos de la première Communion et l’impératif de célibat imposé aux premières femmes pasteurs.
Les études récentes sur la sainteté féminine (cf. C. Bynum, 1987 et J.-P. Albert, 1997) mettent d’autre part en évidence l’importance de la souffrance dans la vie des saintes. Les « vierges martyres » des premiers siècles auraient subi, selon la légende, des tortures inouïes : elles auraient été successivement rouées, écorchées, brûlées vives avant de mourir. Mieux attestées, les souffrances que les saintes de périodes plus récentes se sont infligées : flagellations, refus des soins en cas de maladie et enfin jeünes excessifs qui ont conduit historiens et psychanalystes à évoquer l’anorexie mentale (cf., pour une discussion de cette perspective, C. Bynum, 1987).
On peut, sans s’engager dans des étiologies de type psychanalytique, justifier cette valorisation de la souffrance en partant de ce qu’est la pensée chrétienne de la femme. Les théologiens, on l’a déjà souligné, la situent du côté de la chair : elle est le sujet du désir sexuel (l’homme n’en étant que la victime) ; elle est plus « charnelle » que l’homme, étant celle qui porte, met au monde et nourrit les enfants. Or, il faut, pour être saint, se libérer de l’ordre impur du corps et se vouer aux valeurs de l’esprit. Les femmes ne peuvent y parvenir qu’en manifestant de façon hyperbolique leur mépris du corps : elles ne peuvent devenir des saintes qu’en s’infligeant des souffrances extrêmes.
La valorisation de la douleur s’explique également par l’idée que la femme est un être passif, l’homme assumant les fonctions actives (dans la sexualité par exemple). Sur le plan religieux, cela signifie que la femme est vouée à occuper la place de la victime sacrificielle : elle est, comme le Christ dont C. Bynum (1982) et J. Maître (1997) ont souligné la féminité, celle qui s’offre à Dieu pour expier les péchés des hommes (J.-P. Albert, 1997). Cette position de victime explique enfin la valorisation de la virginité des saintes et le fait qu’on souligne toujours leur beauté : le Lévitique stipule que les animaux sacrifiés à Yahvé doivent être « sans défaut » (1, 3 et 11) ; le Christ, seule victime sacrificielle de la nouvelle Loi, était évidemment tel ; les saintes doivent être vierges et belles pour pouvoir, à son exemple, s’offrir à Dieu.

2. Le retour du sang
Une femme, même vierge, est-elle, pourtant, suffisamment pure pour être sacrifiée à Dieu ? Nous avons suggéré plus haut que l’exclusion des femmes du sacerdoce était peut-être liée à la croyance dans l’impureté du sang menstruel. Une dernière spécificité de la sainteté féminine permet de valider cette hypothèse : les femmes sont pratiquement seules, parmi les saints, à être stigmatisées et, plus précisément, à avoir des stigmates sanglants – le Padre Pio, un capucin italien en voie de béatification, étant, semble-t-il, la seule exception à cette règle.
Les saintes ont des stigmates sanglants mais leurs plaies (qui reproduisent celles du Christ) ne saignent pas en permanence. Un médecin, J. Lhermitte, a établi que la plupart des femmes (saintes ou non) ne sont stigmatisées qu’entre 15 et 50 ans, période pendant laquelle la femme a ses règles. Les stigmates sont eux aussi soumis à des rythmes cycliques:
« Natuzza Evolo (née en 1924) les voyait apparaître chaque année pendant le Carême, Gertrude d’Oosten (1358), chaque jour aux heures canoniales [mais] la formule la plus habituelle est qu’ils saignent le vendredi avec plus d’abondance, ou exclusivement ce jour-là, et sont à peine visibles le reste du temps » (J.-P. Albert, 1997 : 209).
Si l’on ajoute que les hagiographes précisent souvent que le sang des stigmates est parfumé et que les saintes n’ont plus leurs règles (C. Bynum, 1987 : 291-94), on est conduit à penser que la stigmatisation est une conversion du sang menstruel : à un sang impur, doté, dit-on, d’une odeur forte et délétère, se substitue un sang dont le parfum signale la pureté.
La sainteté féminine apparaît ainsi comme un des révélateurs privilégiés de l’imaginaire de la femme dans le christianisme. Etre de désir, être charnel, la femme doit, pour accéder à la sainteté, nier sa féminité : renoncer à tout ce qui pourrait la rendre séduisante et refuser la maternité.
Les femmes ont donc dû payer fort cher l’accès au pouvoir prophétique. Il faut préciser, en outre, que l’Eglise s’est efforcée, à des degrés divers selon les époques, de combattre ou, du moins, de contrôler un pouvoir qui, de toute évidence, risquait de menacer le sien (cf. J. Maître, 1997 : 92-93 et 109). Certaines mystiques ont été canonisées ; d’autres ont été déclarées sorcières et poursuivies à ce titre.

« LE CHRIST, LE PLUS BEAU DES HOMMES », PAR LE CARDINAL SCHÖNBORN

http://www.zenit.org/fr/articles/le-christ-le-plus-beau-des-hommes-par-le-cardinal-schonborn

« LE CHRIST, LE PLUS BEAU DES HOMMES », PAR LE CARDINAL SCHÖNBORN

Congrès des Mouvements ecclésiaux et Communautés nouvelles

1 juin 2006

ROME, Jeudi 1er juin 2006 (ZENIT.org) – « Le Christ, le plus beau des hommes » : c’est le thème de cette belle méditation du cardinal archevêque de Vienne, Christoph Schönborn, lors du congrès des Mouvements ecclésiaux et Communautés nouvelles qui se tient à Rocca di Papa en préparation à la célébration des premières vêpres de la Pentecôte autour de Benoît XVI samedi soir.

Frères et sœurs en Jésus Christ ! Nous nous préparons à la Pentecôte. Nous implorons la venue du Saint Esprit, Âme de l’Église et donateur de Vie (cf. CEC ). En plus, c’est aujourd’hui la fête de la Visitation de Marie auprès d’Élisabeth. Avec elle nous sommes invités à “méditer dans notre cœur” tous ces évènements dont le centre est le mystère du Christ (cf. Lc 2, 19-51). Je commence notre méditation avec un regard sur la fête de l’Ascension que nous venons de célébrer il y a six jours. Aux “hommes de Galilée” qui n’arrivent pas à détacher leur regard de la nuée qui cache Jésus en l’emportant, les anges disent : « Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus reviendra comme cela, de la même manière, dont vous l’avez vu partir vers le ciel » (Ac 1, 11). Il y a plus de 30 ans, – que le temps passe vite, et que la vie est brève !- je notais dans mon livre “L’Icône du Christ” au sujet de cette parole des anges : « Cette promesse du retour de ‘ce même Jésus, de la même manière, cette promesse confie à l’Église le soin de garder vivant le souvenir de sa Sainte Face, du visage de Celui qui, depuis, intercède pour nous auprès de son Père et notre Père. Cette promesse l’incite à confesser sa foi en l’avènement ultime du Seigneur. Or, l’icône est cette confession. Elle est le moyen terme, pour ainsi dire, entre l’Incarnation et l’Eschatologie puisqu’elle confesse la vérité des deux. Confessant en un même mouvement l’identité de Jésus de Nazareth, le Verbe incarné, et celle de son Seigneur qui reviendra juger les vivants et les morts, l’icône a sa place au cœur de la confession de foi de l’Église. Elle en est comme le résumé » (L’icône du Christ, Paris 20034, 139). L’icône du Christ : pour beaucoup de Chrétiens, la tradition orientale de l’icône, de sa peinture, de sa spiritualité, est devenue comme un point de ralliement, un point de rencontre pour tous les chrétiens. L’icône est quasi omniprésente dans l’Église, de l’Orient et de l’Occident. Son langage, sa symbolique, son rayonnement semble bien toucher les cœurs de beaucoup de nos contemporains. On s’est souvent interrogé pourquoi, de nos jours, l’art de l’icône a pu acquérir ce statut d’une expression privilégiée de la foi chrétienne. Il peut y avoir un aspect de “mode” (que certains orthodoxes reprochent aux chrétiens d’occident, ayant l’impression que leur tradition orientale soit “utilisée” abusivement par les occidentaux). Je pense qu’il y a quelque chose de plus profond. Le sensus fidei reconnaît dans la tradition iconique de l’Orient une sorte d’expression “canonique” de notre foi, une expression qui dépasse les modes et les fluctuations culturelles du langage artistique chrétien. L’icône n’est pas à-temporelle, elle connaît des variations stylistiques, des écoles, des “colorations culturelles”, elle n’est pas statique et immobile, comme on le lui a souvent reproché. Quel est donc le secret de son attrait, la clef de compréhension de son mystère, et la raison de sa grande stabilité d’expression ? Je pense que la raison ultime en est le Mystère du Christ lui-même, Verbe Incarné, Dieu fait homme, devenu “circonscriptible”, comme l’aime dire les saints défenseurs des images, S. Théodore le Studite et S. Nicéphore de Constantinople. Au-delà de toutes les influences culturelles, des attaches à des traditions iconographiques préchrétiennes, des variations artistiques il y a un fond commun, une source unique de l’art de l’icône : c’est le mystère de la Sainte Face du Christ Jésus. Il y a ce visage unique, il y a ce Jésus que les apôtres ont connu, avec qui ils ont mangé et bu, qu’ils ont vu transfiguré et bafoué, rayonnant de la gloire divine du Tabor, et flagellé et couronné d’épines. C’est ce visage unique, de Jésus, fils de Marie, Fils de Dieu, qui s’est gravé dans la mémoire de Pierre. C’est le regard de Celui que Pierre venait de renier, et qui le regardait d’une façon que rien au monde n’a pu enlever de la mémoire et du cœur de Pierre. Ce Jésus est le fondement de l’Icône, de sa fidélité (que certains caractérisent – plus exactement caricaturent – d’immobilisme), de son attrait inchangé. C’est parce que c’est l’icône du Christ, qu’elle attire. C’est parce que nous voulons voir le Christ que l’icône nous parle. C’est parce que les fidèles (et même souvent les non croyants) peuvent dire, en regardant une icône du Christ : « C’est Jésus ! » que l’icône leur parle. Ce n’est pas tant la qualité artistique, encore qu’elle soit importante et à ne pas négliger puisqu’elle est une vraie médiation pour la rencontre avec le Christ, ce n’est donc pas tant la hauteur de l’œuvre d’art qui compte, mais la force de la présence du Christ lui-même qui importe dans l’art de l’icône. Je n’entre pas ici dans les débats sur l’esthétique des icônes, sur l’aspect proprement artistique. Il y a pour cela de bonnes études savantes. J’attire votre attention sur un fait étonnant qui m’avait frappé quand j’étudiais la littérature du VIIIe et IXe siècle de la controverse iconoclaste, la grande lutte pour ou contre les saintes images en christianisme. En toute cette littérature je n’ai trouvé trace d’un débat esthétique. La question de la beauté des saintes images ne joue pratiquement pas de rôle. Du moins je n’en ai rien trouvé (cf. mon L’icône du Christ. Fondements théologiques, Paris 20034, 235). Comment expliquer cela ? J’en ai donné une première explication dans “L’icône du Christ” : « Cette absence de considérations esthétiques s’explique, nous semble-t-il, par le fait que, de part et d’autre, il n’était à aucun moment question de mettre en doute la légitimité de l’art comme tel. Le débat [de l’iconoclasme] portait uniquement sur l’extension de l’art au-delà du domaine profane, dans le domaine sacré » (loc. cit.). Les iconoclastes admettaient l’art, comme l’islam, mais il devait se limiter strictement au domaine profane. L’iconoclasme était, d’une certaine façon, une sécularisation radicale de l’art, une désacralisation de l’activité artistique, réduite au pur décor, à l’ornement de la vie profane. Mais derrière ce rejet de tout caractère de l’art il y a plus qu’une sécularisation de l’activité artistique. Il y a une certaine conception de ce qui est “chrétien” et donc de ce qu’est le Mystère du Christ. Il est significatif à cet égard de constater que tout le débat pour justifier l’art Chrétien, les images sacrées du Christ et de ses Saints, a tourné autour du Mystère du Christ. J’ai été frappé, en étudiant la controverse sur les images, par la netteté avec laquelle les défenseurs des images ont vu en ce débat non pas une question d’esthétique, mais avant tout christologique. Les pères du IIe Concile de Nicée (787) en étaient bien conscients. Pour eux, l’affirmation de la légitimité de l’icône du Christ était comme le sceau apposé à la confession de sa divinité (Nicée I) et de sa divino-humanité (Chalcédoine). L’Église Orthodoxe célèbre la victoire définitive des défenseurs des images en 843 comme “le triomphe de l’Orthodoxie”, célébré liturgiquement chaque année le premier dimanche de Carême. L’icône du Christ – résumé de la foi chrétienne ! Cela peut paraître exagéré. À regarder de plus près ce n’est nullement le cas. Permettez-moi de dire brièvement pourquoi, et cela en deux étapes. 1) Un nouveau regard À la fin de mon enquête sur les fondements théologiques de l’icône du Christ, je tirais cette conclusion : « Il y a une corrélation entre la vision du mystère divino-humain du Christ et la conception de l’art. En effet, l’Incarnation n’a pas seulement transformé la connaissance de Dieu, elle a également changé le regard de l’homme sur le monde, sur lui-même et sur ses activités dans le monde. Dès lors, l’activité créatrice des artistes ne pouvait pas ne pas être touchée, transformée par l’attrait du mystère de l’Incarnation. Si le Christ est venu pour renouveler l’homme tout entier, le recréer selon cette image dont il est lui-même le modèle, ne fallait-il pas que le regard, la sensibilité, la créativité des artistes soient, eux aussi, recréés à l’image de celui ‘pour qui tout a été créé’ ? Vu sous ce jour, l’effort pour cantonner l’art dans le ‘profane’ doit apparaître comme une crise profonde de la vision théocentrique du monde et de l’homme » (op.cit., 236).  Il y a une possibilité de vérification de cette thèse, qui est d’une actualité croissante : le rapport de l’Islam à l’art sacré. Je ne suis nullement spécialiste en cette matière, mais je fais confiance à des études compétentes. Si l’Islam rejette, en général, l’image anthropomorphique et ne laisse de la place qu’à l’ornement et surtout à l’écriture, cela n’est pas d’abord le résultat d’une théorie artistique et esthétique, mais la conséquence directe de sa vision du Dieu unique qui n’a, en ce monde, aucune similitude, que rien ne peut représenter, figurer, et même, d’une certaine façon, symboliser. J’ai été frappé, lors de mon voyage en Iran (2001), avec quelle insistance on m’a expliqué que je ne devais pas parler de l’homme-image de Dieu. Ce qui, pour la foi judéo-chrétienne, est une évidence, confirmée intensément par le mystère de l’Incarnation, que l’homme soit vraiment ad imaginem et similitudinem de son créateur, l’islam le rejette fermement. Dieu est unique et sans pareille : La Súrat al-Tawhíd (Cor. *CXII) que tout musulman prononce chaque jour, dit ceci : « Dis : il est Dieu, l’Un, Il est Dieu, l’Unique, Il n’a pas engendré, Il n’a pas été engendré. Il n’a nulle pareille » (plus exactement “nulle adéquation”). Il n’y a donc aucune représentation de Dieu dans le monde. L’aniconisme de l’Islam n’est pas d’abord une théorie esthétique. C’est une conséquence de la religion islamique d’un Dieu que rien ne peut représenter. Seule la lumière, dans la mosquée, le nikràb, serait, selon des connaisseurs, une évocation métaphorique du divin. Or la lumière est justement sans aucune forme ni figure (cf. Assadhullah Souren Melikien Chirrani, L’Islam, le Verbe et l’image, dans F. Boes pflug – N. Lossky [ed.] Nicée II. 787-1987. Douze siècles d’images religieuses, Paris 1987, 89-117). Il en est autrement de la foi chrétienne. Parce que le Créateur parle par sa créature, les traces du divin sont “lisibles”, non sans difficulté certes, mais réellement. C’est surtout l’homme, véritable lieu-tenant de Dieu dans sa création, qui est à l’image de Dieu. Son œuvre parle de Lui, surtout l’homme. L’interdiction de l’image dans l’Ancienne Alliance a un sens plus pédagogique qu’ontologique. Parce que le cœur de l’homme est une fabrique d’idoles, il fallait extirper toute tentation d’idolâtrie. Mais fondamentalement, Dieu se fait connaître par ses œuvres. C’est là la porte d’entrée de l’art sacré. Le Mystère divino-humain du Christ approfondit cet ordre de la création, lui donne sa stature définitive. Il y a vraiment un visage humain qui soit “l’icône du Dieu visible” (Col 1, 15). Parce que le Verbe s’est fait chair, parce que le Christ, de condition divine, a pris la condition d’esclave et a fait sienne son humanité concrète, les réalités humaines, les choses de ce monde sont devenues lieux de Sa présence, capables d’être son expression, sa trace, son langage. Pour moi, les tableaux du Carravaggio sont une manifestation exceptionnellement dense de ce fondement “divino-humain” de l’art qui s’est développé sur le sol chrétien. La madonna dei pelegrini de S. Agostino à Rome en est pour moi un exemple saisissant. Les pèlerins à genoux, pieds-nus (et pleins de poussière) devant cette matrone avec un enfant déjà trop grand pour être tenu dans les bras de sa mère : tout cela respire un réalisme “charnel” (dirait Charles Péguy) qui pourrait choquer (et qui a choqué) comme manquant de sens et de dimension sacrés. Or c’est précisément le réalisme de l’incarnation qui permet d’approcher le Saint, le Christ et sa Mère de cette façon si proche de la terre. La foi chrétienne en l’incarnation est à la source d’un art qui se penche avec tant d’attention sur les choses de la terre. J’ose penser que le grand développement de l’art, sacré et profane, en terre de chrétienté s’inspire (sans renier d’autres sources) avant tout de ce oui inouï à la terre qu’est l’Incarnation du Fils de Dieu. Ce Oui au concret, à la matière, au monde visible est à la racine de cette créativité explosive que connaît l’art d’Occident. J’admets bien volontiers que cette thèse mérite des approfondissements que nos groupes de travail pourront ébaucher. 2) Le Christ est la Beauté J’ose aller encore un peu plus loin. Nous connaissons l’enseignement classique sur les “transcendantaux”, le vrai, le bon, le beau. Tous ces attributs ne sont pas extérieurs à Dieu. Ils sont Dieu lui-même. Il est la Vérité et le Bien, il est Amour, il est Beauté. Vérité et Bonté, Amour et Beauté sont, comme disent les scholastiques, convertibles et coïncident avec l’Être même de Dieu. Toute beauté créée et une participation à la beauté infinie de l’être de Dieu. Si cela est vrai, il faut faire un pas de plus et dire que le Verbe, en se faisant chair, a pour ainsi dire “incarné” la bonté et l’amour, la vérité et la beauté infinie de Dieu. Le Christ est “le plus beau des enfants de l’homme” non pas à cause de ses qualités esthétiques particulières, mais parce qu’il est la beauté incarnée de Dieu. Tout son être est amour et vérité, bonté et beauté. S’il est donc vrai que le Christ peut dire de lui-même : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », il peut tout aussi justement dire « Je suis la Beauté ». Le Christ peut dire de lui-même ce que seul Dieu peut dire : « Je suis ». L’Être, le Vrai et le Bien sont, selon le terme scholastique, “convertibles”. Si le Christ est la Vérité et la Bonté, il est aussi ce qui est leur splendeur : la Beauté : Splendor Veritatis, Splendor Boni ! Pour résumer ce deuxième pas de notre petite réflexion je dirai, en variant une parole de S. Irénée qui disait : « Le Christ, en venant, a apporté avec lui-même, toute nouveauté » : « Le Christ, en son Incarnation, a apporté avec lui toute Beauté. C’est Lui la mesure de la Beauté, c’est lui qui apporte, avec sa venue, un nouveau regard sur la beauté. Il est, pour ainsi dire, “le canon de la Beauté”. Il n’a pas seulement rétabli la beauté originelle de la création perdue et profanée par le péché et le mal, il a apporté, en sa propre personne, la source de toute beauté. De lui s’épanchent sur le monde les eaux vives de la beauté. Et toutes les beautés du monde, qu’elles soient beautés de la nature, de la vertu ou de l’art, sont des rayonnements de Sa Beauté. « Tu es le plus beau des hommes », cette parole du psaume royal, lue comme une annonce du Christ, ne veut pas dire que Jésus serait, selon des critères préétablis par une esthétique mondaine, le plus parfait modèle de beauté. « Tu es la source de toute beauté humaine ». En toi nous est révélé ce qu’est la beauté, et de toi nous recevons le regard pour la voir, les critères pour la discerner et la force pour l’imiter et la rayonner. 3) Le Christ nous entraîne sur le Chemin de Sa Beauté  Il nous faut donc regarder, contempler le Christ, source de la Beauté divine, rendue accessible par son Incarnation. J’ose vous proposer une conviction qui est une intuition dont je crois qu’elle se vérifie de mille manières : « Là où est le Christ, là est la beauté ». Là où les cœurs, les esprits, les vies s’ouvrent au Christ, là les vannes de la beauté s’ouvrent et se déversent comme des flots vivifiants sur un monde avili par le péché, défiguré par la laideur du mal. Depuis 2000 ans cela se vérifie, et je pense que tout le sens de notre colloque préparatoire à la rencontre de la Pentecôte a ce sens : regarder comment les semences de beauté que sème le Christ, croissent et portent du fruit. Il faudra d’abord se pencher sur ce qui est le plus beau fruit de la Beauté du Christ : la Sainteté. Il n’y a de plus forte évidence de la Vérité et de la Bonté divino-humaine du Christ que cette voie lactée, cette nuée lumineuse des saints sans nombre que le Christ a entraînée à sa suite. Il n’y a rien de plus beau au monde que la Sainteté. Des saints on peut dire ce que l’épître aux Hébreux dit du Christ : ils sont comme le “resplendissement de sa gloire” (Hebr 1, 3). Je pense qu’il suffit de le dire pour qu’on se rende à l’évidence. À maintes reprises le Cardinal Ratzinger, grand ami et connaisseur de la tradition franciscaine, a attiré l’attention sur ce fait impressionnant : le Poverello d’Assise, en ne cherchant qu’à suivre le Christ pauvre et humilié, a provoqué, non seulement un grand mouvement spirituel dans l’Église. Il a aussi suscité une traînée lumineuse de beauté artistique. Giotto, Cimabue, pour ne mentionner que ces deux-là, figurent pour une véritable explosion de créativité artistique qui constitue, jusqu’à nos jours, le plus grand trésor artistique de l’Europe, et j’ose dire, du monde. Le Christ, en suscitant par son Esprit, tant de sainteté, est aussi la source vive de tant de beauté artistique. Comment peut-on fermer les yeux devant cette évidence ? Dans sa pièce « Fratello del Nostro Dio » sur le Saint Frère Albert, Karol Wojtiła, le vénéré pape Jean-Paul II, parle de « cette autre beauté, celle de la miséricorde ». Comment ne pas voir cette évidence : le Christ a donné au monde “cette autre beauté, celle de la miséricorde”. Que serait notre monde sans la réalité de la miséricorde ? Parce que nous en vivons tous, consciemment ou inconsciemment, nous risquons de ne plus voir à quel point la beauté de la miséricorde rayonne en notre monde de dureté et d’inhumanité, à partir de ce foyer inépuisable d’amour qu’est le cœur de Jésus. Qu’il suffise ici pour la suite de nos travaux d’avoir indiqué ces trois voies lumineuses de la Beauté du Christ : la Sainteté, l’art qui en est inspiré et la miséricorde qui en rayonne. Pour conclure je vous propose d’abord un texte de S. Augustin, commentant le Psaume 44 (45), le verset 3 : « Tu es beau, le plus beau des enfants des hommes ». Il y a d’autres passages que nous pourrions citer, surtout ce texte très fort du commentaire de S. Augustin à la première lettre de S. Jean, parlant des deux textes bibliques apparemment contradictoires, celui du Psaume 45 (44), que nous venons de citer, et celui du 4ème Chant du Serviteur qui était « sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, sans apparence qui nous aurait séduits, objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleurs… » (Is. 53, 2-3). Le Saint-Père les a admirablement commentés, dans un message au Meeting des Peuples à Rimini en 2002. Il y aurait bien d’autres textes des Pères sur le contraste entre ces deux oracles prophétiques, qu’il nous suffise de citer celui des Enarrationes in Ps 44 de S. Augustin : « même là, si tu veux considérer la miséricorde qui l’a fait s’incarner, il est beau ». Est beau ce qui est du Christ : c’est ainsi que nous pouvons résumer ce texte de S. Augustin. C’est beau parce que c’est du Christ. Parce que tout en Lui rayonne la justice, la miséricorde, l’amour. Comment rendre plus évidente cette affirmation ? Le Padre Pio était-il beau ? Sans doute non, selon les critères du monde ; sans doute oui selon la beauté du Christ. Sorin Dumitescu, un artiste exquis (et un éditeur courageux), peintre d’icônes contemporaines, a publié un calendrier avec douze photos en grand plan de Starez roumains orthodoxes. La beauté de ces vieux visages aux rides profondes, est une preuve éclatante de ce qu’est la beauté du Christ. Je pourrais multiplier les exemples, et vous aussi. Je m’arrête là avec deux questions qui m’inquiètent : 1) Pourquoi tant d’art sacré de nos jours est si laid ? Le musée du Vatican pour l’art sacré moderne me laisse perplexe et même interdit. Que s’est-t-il passé pour que l’art sacré soit si loin de ses grandes expressions du passé ? Est-ce la crise générale de l’art, de la culture de notre temps ? Faut-il réapprendre à trouver les expressions du Mystère du Christ chez des artistes qui peuvent sembler loin de la foi ? Y a-t-il des signes d’une reprise authentique de l’art inspiré par le mystère du Christ ? 2) Pourquoi la liturgie a-t-elle tellement perdu du sens de la beauté ? Pourquoi tant de mauvais goût dans tout ce qui entoure la célébration du Mystère de la foi ? Ne devrait-il pas générer la plus belle des beautés ? D’où vient ce “paupérisme”, ce “misérabilisme” dans tant de nos expressions liturgiques ? Est-ce la perte du sens du sacré ? Ou est-ce plus profondément un affaiblissement de la présence, de la perception du Mystère du Christ ? Manquons-nous d’enracinement dans le Christ, source de la Beauté, Beauté-même ? Deux questions qui ne laissent dans la perplexité. Il ne faut pas les esquiver, il ne faut pas non plus s’en laisser emprisonner. Car il se peut que la beauté du Christ soit cachée dans la pauvreté de nos expressions culturelles. Peut-être faut-il creuser plus profondément, pour retrouver la source de la Beauté. Elle ne cesse de couler, mais elle peut être plus cachée, plus obscure en ces temps d’obscurcissement. Laissez-moi terminer avec un souvenir-clef pour moi : [ Dominique Pomeau, lors d’un colloque sur l’art sacré au Mans : “C’est la messe” ]   Oui, le Christ est là, toute sa Beauté est là, cachée sous le voile des pauvres signes de ses sacrements ; enfoui sous le tas de nos misères pécheresses, mais réellement présent. À nous d’aller à sa recherche, de creuser pour trouver la source vive dans les déserts de notre temps. La beauté du Christ est là. J’ose paraphraser une parole du Seigneur : N’allez pas dire : elle est ici, elle est là. Ma beauté est au milieu de vous !                                     

NOTRE PÈRE

http://www.revue-kephas.org/04/1/Airaud101-114.html

NOTRE PÈRE

Philippe-Marie Airaud *

Le Pater est la prière la plus précieuse de notre tradition chrétienne. Jésus lui-même l’enseigna à ses disciples et elle contient tout ce qu’il nous est bon de demander au Seigneur. Les Pères de l’Église l’ont dit : tout ce que l’on peut demander à Dieu est contenu dans la prière dominicale et il ne convient pas de demander quelque chose qui n’y est pas contenu.
« Si tu parcours toutes les formules des prières sacrées, dit saint Augustin, tu ne trouveras rien, je crois, qui ne soit contenu dans cette prière du Seigneur et n’y trouve sa conclusion. On est donc libre, lorsque l’on prie, de dire les mêmes choses avec des paroles diverses, mais on n’est pas libre de dire autre chose ».1 Méditer la prière du Seigneur, c’est se mettre à l’école du Maître par excellence, c’est apprendre de Lui comment prier, c’est rejoindre la question des apôtres : « Seigneur apprends-nous à prier ».2

Contexte
Tout d’abord, il faut scruter le contexte dans lequel les évangiles nous rapportent le texte magnifique que nous récitons si souvent. Nous pouvons le lire dans les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Luc, avec quelques variantes.
1 – Matthieu situe le Notre Père dans le contexte du grand Discours de Jésus sur la montagne au chapitre 6. La Loi nouvelle ne vient pas abolir l’ancienne Loi mais l’accomplir. Jésus invite à l’amour des ennemis et au dépassement de la stricte justice par un surcroît de miséricorde. Les œuvres de conversion et de miséricorde doivent être vécues selon un esprit nouveau : l’aumône se faire discrète, le jeûne secret et joyeux et la prière dans l’intimité de la solitude avec le Seigneur. Nous savons comment les païens avaient l’habitude de prier en multipliant les formules incantatoires pour plier la divinité à leurs désirs. Cette conception magique de la prière est d’ailleurs toujours d’actualité, lorsqu’on garde une vision utilitariste d’un Dieu censé résoudre toutes les difficultés et les problèmes dépassant les capacités humaines.

Jésus met en garde contre cette manière de prier : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens. Ils s’imaginent en effet qu’ils seront exaucés à cause de leur verbosité. Ne leur ressemblez donc pas. Car Il sait, votre Père, ce dont vous avez besoin, avant que vous lui demandiez ».3 Est-ce là une nouvelle conception de la religion ? En effet, à quoi bon invoquer Dieu dans les nécessités qui sont les nôtres puisqu’Il les connaît par avance ?
Et le texte du Notre Père de suivre sur les versets 9 à 15. Quelques versets plus loin (25–34), Jésus semble en quelque sorte commenter en invitant ses auditeurs à l’abandon à la Providence du Père. Ne pas s’inquiéter du lendemain, voilà le maître mot, ni pour la nourriture, ni pour le vêtement, « car Il sait, votre Père céleste, que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît ».4

2 – Le contexte de saint Luc est un peu différent.
Le passage précédant le Notre Père relate l’accueil chez Marthe et Marie et la plainte de Marthe que Marie laissait seule au service pour écouter le Seigneur. Marie devient par le fait même le modèle des contemplatifs assis aux pieds du Seigneur pour écouter sa parole. « Marthe, Marthe, dit Jésus, tu t’inquiètes et tu te troubles pour beaucoup de choses. Or il n’en faut que peu, une seule même. En effet, Marie a choisi la bonne part, laquelle ne lui sera pas enlevée ».5 C’est alors que les disciples demandent au Seigneur de leur apprendre à prier et que Jésus leur enseigne le Pater. Les passages suivant immédiatement rapportent d’une part, l’histoire de l’ami importun qui vient réclamer à une heure indue et à qui l’on donne malgré tout,6 et d’autre part, l’enseignement du Christ sur la nécessité de demander sans se lasser, sûr que la prière sera exaucée par le Père du Ciel.7
Il faut noter là des différences entre saint Matthieu et saint Luc. Les sept demandes de Matthieu ne sont que cinq chez Luc, où manquent : « Que ta volonté soit faite » et « Délivre-nous du mal ». En outre, Luc ne dit pas Notre Père, mais seulement Père.
Ainsi nous nous trouvons dans un contexte d’enseignement de la Loi nouvelle montrant comment la Loi ne doit pas être vécue dans un formalisme desséchant mais avec le cœur mû par l’amour. La relation à Dieu s’en trouve plus intime et concentrée sur l’essentiel de ce qui doit constituer les aspirations fondamentales de l’être humain. Trop souvent, l’homme cherche à obtenir ce qui est l’objet de ses désirs terrestres, sans se soucier de la gloire de Dieu et de son propre salut éternel.
Le Notre Père recentre sur le commandement fondamental de l’Amour de Dieu. Quand la prise de conscience des besoins vitaux de l’homme s’est opérée, il s’agit dès lors de demander avec insistance et sans se lasser ce qui est véritablement nécessaire. Nous mesurons mieux la portée pédagogique de la prière dominicale qui entraîne l’âme à se focaliser sur son vrai bien et à le désirer intensément. Dieu sait d’avance ce dont nous avons besoin, mais Il ne veut pas nous le donner malgré nous. La prière attise notre désir spirituel, nous fait comprendre à quel point tout est grâce divine et nous invite à engager résolument notre liberté dans l’acceptation oblative de notre vie à la suite du Christ.
En effet, la prière du Notre Père prend dans la bouche du Seigneur Jésus une portée unique. Elle émane d’une relation jamais égalée entre Dieu et l’homme par la grâce de l’union hypostatique. Jésus appelle Dieu, son Père, comme jamais auparavant il n’avait été possible de le faire et comme jamais après il ne sera possible de le faire. Si nous disons Notre Père, Jésus est le seul à pouvoir dire absolument Mon Père. Dans un acte d’adoration parfaite et l’offrande totale de Lui-même, il fait monter vers son Père la prière la plus excellente tant dans la forme, le fond que dans la disposition intérieure de sublime union à la divinité. Toutes les fois que nous prions le Pater, il nous faut nous unir à ce premier Pater et tendre, par la grâce, à le réciter avec les dispositions intérieures du Seigneur Jésus, qui demeurera pour toujours le modèle des priants.
Pater noster, qui es in cælis

1 – Pater
Dans un premier temps, il convient de s’arrêter sur le terme qui donne toute sa coloration à la prière dominicale. Jésus fait monter vers les cieux une prière qui s’adresse à Celui à qui l’unit un lien ineffable et unique. Nul n’a jamais dit avec tant de vérité : Père ! Le Fils a tout en commun avec le Père, si ce n’est la filiation. Une même nature divine constitue leur unité, et la seule chose qui les distingue est la relation elle-même qui les fait Père et Fils, l’un pour l’autre. Nous entendons résonner la parole du Christ : « Nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler ».8
Jésus a défendu sévèrement : « Ne donnez à personne sur la terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est dans les cieux ».9 D’aucuns voudront appliquer littéralement la sentence en appelant les prêtres par leur prénom. C’est oublier qu’il faudrait alors interdire aux enfants de dire ’papa’, pour pousser la logique jusqu’au bout. Le seul Père absolu est le Père des cieux, et toute paternité sur terre est mesurée par la Paternité céleste. Bien loin de vouloir appliquer littéralement cette recommandation du Seigneur, il convient d’y lire un sens spirituel qui renvoie au mystère même de la Sainte Trinité et au type de relation que Dieu veut entretenir avec les hommes. Pour plagier saint Augustin, je dirais volontiers : « Non Pater a patribus, sed patres a Patre ».10 Ainsi donc, ce n’est pas le Père céleste qui tire son nom des pères de la terre, mais les pères de la terre qui tirent leur nom du Père céleste. Cela peut s’entendre d’ailleurs tant de la paternité physique que de la paternité spirituelle. Exercer la paternité ici-bas, c’est contempler la paternité de Dieu pour en tirer les conséquences pratiques vers un exercice équilibré de cette paternité, alliant la justice et l’amour.
Jésus, Fils par nature, nous a rachetés pour faire de nous des fils adoptifs par la grâce. Il nous a rendus dès lors capable de prier comme lui le Père des cieux. Saint Paul le dit admirablement : « Lorsque vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l’adoption. Et parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : « Abba ! Père ! » De sorte que tu n’es plus esclave, mais fils, et si tu es fils, tu es aussi héritier de par Dieu ».11
Dans l’Ancien Testament, Dieu est parfois appelé Père pour mettre en valeur son rôle de créateur, de rédempteur ou encore de celui qui protège la croissance.12 Israël est son fils premier-né.13 Il est Père de David,14 des orphelins,15 du juste.16 Jamais pourtant il n’est dit Père au sens fort qui est celui de Jésus. Les juifs du temps de Jésus ne s’y trompèrent point, comme le rapporte saint Jean : « Les juifs n’en cherchaient que plus à le tuer : parce que non seulement il violait le sabbat, mais il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant l’égal de Dieu ».17 Ainsi le Sauveur nous introduit dans une relation toute nouvelle avec Dieu et nous entraîne à sa suite à proclamer avec joie cette filiation divine à laquelle tous les hommes sont appelés.

2 – Noster
Matthieu ajoute pour sa part la précision de l’adjectif possessif. Cette précision est d’ailleurs double.
Elle souligne d’abord la différence de relation entre Jésus et son Père d’une part, et nous-mêmes et le Père d’autre part. Au matin de la résurrection, Jésus disait à sainte Marie-Madeleine : « Va t’en vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».18 La filiation divine de Jésus est par nature et de toute éternité et c’est pourquoi Il peut dire « mon » Père, alors que nous recevons notre filiation divine en Jésus et par Jésus. La sienne est unique. La nôtre se multiplie à mesure que le saint baptême incorpore à l’Église les enfants que Dieu fait naître à sa vie divine. Cette filiation adoptive n’est pas mon monopole, je la partage avec tous mes frères chrétiens.
De là le second aspect de la précision. Même si mon lien personnel avec le Père du ciel est en quelque sorte unique, lorsque je prononce le Notre Père, je me reconnais comme appartenant à une famille, une fraternité d’enfants du même Père. Je ne peux pas prétendre l’accaparer pour le plier à mes exigences ou mes caprices, entretenant un lien secret au divin à la manière des gourous des sectes. La vie spirituelle se vérifie toujours par le discernement de l’Église et dans les fruits de charité qui doivent orner ma vie. « Je ne peux pas m’adresser à Dieu, dit le Cardinal Journet, en oubliant que je suis un parmi les enfants d’adoption. Ma prière est catholique. Dès que je dis le Pater avec sincérité, sans penser à personne, en pensant simplement à Dieu, ce sont tous mes frères humains contemporains, avec leurs souffrances, que je prends dans ma prière, que je rassemble dans ce « notre ». Je déborde les limites de mon moi ».19 Déjà enfants adoptifs ou appelés à l’être, tous les hommes ont au ciel un même Père.

3 – Qui es in cælis
Et précisément, Il est au Ciel. L’expression est de la Bible. Elle ne signifie pas un lieu matériel que Dieu ne saurait habiter puisque rien ne peut le contenir. Il n’habite pas notre terre, alors il faut bien dire de manière poétique qu’Il est ailleurs. Dieu se suffit à Lui-même et l’on peut bien dire qu’Il habite en Lui-même. La Sainte Trinité est ce sanctuaire caché, pierre précieuse qui n’a pas besoin d’écrin, dont la splendeur ne peut être contemplée que par ceux qu’Elle admet à entrer dans son mystère saint. Qui n’a pas été saisi par l’icône de Roublev, happé par elle, puisque le point focal des lignes de fuite se trouve à la place même de celui qui la regarde, comme si les Trois qui ne sont qu’Un entraînaient dans leur mystère d’échange, le contemplatif au cœur ouvert par la grâce. Les cieux sont en Dieu plus que Dieu n’est dans les cieux, car l’ailleurs auquel nous aspirons n’est pas un lieu mais un mystère infini d’échange d’amour.
Le reposoir du Père, c’est Lui-même, et tout endroit où Il aime à demeurer par sa grâce. « C’est avec raison que ces paroles « Notre Père qui es aux cieux » s’entendent du cœur des justes, où Dieu habite comme dans son temple. Par là aussi celui qui prie désirera voir résider en lui Celui qu’il invoque ».20 Ces mots de saint Augustin, repris par le Catéchisme de l’Église Catholique, mettent en évidence la dignité qui est la nôtre et l’attention que nous devons avoir à cette présence divine en nos cœurs. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père »,21 disait Jésus ; n’est-ce pas là une façon de comprendre cette parole ?

Les sept demandes
Mais il est temps maintenant de méditer sur les sept demandes de la prière dominicale. Les trois premières se rapportent à Dieu et les quatre dernières expriment nos besoins fondamentaux. « Après nous avoir mis en présence de Dieu notre Père pour L’adorer, L’aimer et Le bénir, l’Esprit filial fait monter de nos cœurs sept demandes, sept bénédictions. Les trois premières, plus théologales, nous attirent vers la Gloire du Père, les quatre dernières, comme des chemins vers Lui, offrent notre misère à sa Grâce ».22

1 – Sanctificetur nomen tuum
« L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et les pans de son manteau emplissaient le Temple. Des Séraphins se tenaient au-dessus de Lui… L’un criait à l’autre et disait : « Saint, saint, saint est Yahvé des armées ! Toute la terre est pleine de sa gloire. » Les fondements des seuils vacillèrent à la voix de celui qui criait, et la maison se remplit de fumée. Je dis : « Malheur à moi ! Je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures et j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé des armées ! ».23 Ce récit biblique de la vocation du prophète Isaïe manifeste avec vigueur la transcendance de Dieu, sa majesté et sa sainteté. Dieu est la sainteté même en regard de laquelle toute chose paraît profane. Il est trop évident que nous ne pouvons ajouter quoi que ce soit à la sainteté divine en son infinie perfection.
La piété populaire voudrait commencer la prière par ce qu’il y a de plus utile et de plus immédiat. Nous sommes ainsi faits que nous avons tendance à demander d’abord quelque avantage et quelque bienfait qui contenteraient notre petite façon de concevoir ce qui nous est utile et qui satisferaient nos désirs liés à nos pauvres préoccupations terrestres. Il faut déjà un regard de contemplatif et de croyant pour penser à demander en premier lieu ce qui concerne la gloire du Seigneur. La prière du Notre Père fixe d’abord la fin à atteindre et, dans un mouvement descendant admirable, invite à mendier les moyens pour y parvenir.
Que le nom du Seigneur soit saint, cela ne fait aucun doute, ou alors nous ne nous serions fabriqué qu’un dieu imparfait, idolâtré à notre image. Mais ce nom divin chez les juifs, était le nom sacré imprononçable que seul le grand prêtre, en la fête du Grand Pardon (Yom Kippour), prononçait, tremblant, en entrant dans le Saint des saints du Temple de Jérusalem. En ce lieu, Dieu était rendu présent par le nom saint et emplissait de sa gloire le lieu sacré. Ainsi, sanctifier le nom de Dieu, ce n’est pas ajouter quelque chose à sa sainteté mais c’est inviter la sainteté divine à pénétrer toute réalité terrestre pour la sanctifier. Ceci n’est d’ailleurs possible que par la médiation éternelle du Christ Grand Prêtre.
S’éclairent alors ces mots de l’épître aux Hébreux : « Nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. Tout prêtre se tient debout chaque jour pour faire le service et offrir maintes fois les mêmes sacrifices qui ne peuvent jamais ôter les péchés. Mais celui-ci, après avoir offert pour les péchés un sacrifice unique, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu, attendant désormais que ses ennemis soient mis comme marchepied de ses pieds. Car par une offrande unique, il a rendu parfaits pour toujours ceux qui sont sanctifiés ».24
Voici bien l’affaire : mener des œuvres dignes du Seigneur qui manifestent sa gloire et sa sainteté en notre monde. Par le baptême, cette sainteté est déjà en nos cœurs. « Qui me voit, voit le Père », disait Jésus à l’apôtre Philippe.25 Dans la logique et la suite de l’Incarnation du Seigneur, la sainteté du Père doit être répandue à travers les âges et le monde pour que tous les hommes reconnaissent le vrai Dieu et sa sainteté dans la sainteté de ses élus. Nous comprenons donc combien incessante doit monter notre prière pour que le nom du Père soit sanctifié en nous, ses enfants adoptifs, afin qu’il puisse l’être dans toute la création. « Quand nous disons « Que ton nom soit sanctifié », disait Tertullien, nous demandons qu’il soit sanctifié en nous, qui sommes en lui, mais aussi dans les autres que la grâce de Dieu attend encore, afin de nous conformer au précepte qui nous oblige de prier pour tous, même pour nos ennemis. Voilà pourquoi nous ne disons pas expressément : Que ton nom soit sanctifié « en nous », car nous demandons qu’il le soit dans tous les hommes ».26

2 – Advéniat regnum tuum
Que ton règne vienne, et saint Paul nous le dit : « Le règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit-Saint ».27 Cette prière de tous les jours stimule en nous le désir de la fin des temps, mais ne doit pas nous éloigner des devoirs qui sont les nôtres en ce monde. Regardez avec quel amour les moines font toutes choses jusque dans le détail, et pourtant, mieux que nous, ils savent combien ces choses sont précaires, éphémères et que finalement seule compte la venue du Seigneur. Quand le Christ reviendra dans la gloire, alors nous saurons que le règne du Père est prêt à se réaliser, pleinement dans nos cœurs et selon l’ordre qu’Il veut sur la création qui est la sienne.
Il serait sûrement plus correct de dire : que ton règne arrive. Ce dernier verbe souligne plus justement l’imminence de la parousie et nous incline plus volontiers à porter le souci constant de notre sanctification, le souci permanent d’être prêt pour l’heure de la grande rencontre, le souci aimant et impatient de la rencontre avec l’être aimé.
Mais hélas, la conjoncture nous entraîne si souvent à désespérer de la venue du règne du Père. Il semble que notre époque voit se déchaîner les puissances du mal en un paroxysme jamais égalé dans l’histoire. Certes, de tout temps, le péché a cherché à s’imposer dans le cœur de tous les hommes. Mais aujourd’hui advient une inversion des valeurs où le mal est appelé bien, le bien appelé mal, où tout semble être justifié au nom de l’autodétermination de l’être humain qui se croit investi de la lourde responsabilité de déterminer pour lui-même les critères et les normes de son comportement moral, sans mesurer comment, dans l’élaboration de ces normes, il se laisse influencer par ses intérêts du moment, dominé par son propre égoïsme et mû par son orgueil. L’aveuglement de l’esprit et les ténèbres de la conscience amènent à justifier l’injustifiable, conduisent l’homme à s’opposer au dessein originel du Seigneur sur l’humanité, à s’autodétruire par l’avortement, l’euthanasie ou la guerre sous une apparence de bien et une façade publique de bonne moralité. Comment Dieu peut-Il régner dans ces conditions radicalement contraires à la révélation et aux principes évangéliques ?
« Dieu peut régner de deux manières : selon l’inclination de son cœur, et alors Il règnera sur les âmes par son amour ; mais si son amour est refusé, il règnera bien encore sur elles, mais par l’éclat de sa justice ».28 Autrement dit, le triomphe des impies n’est qu’apparent et temporaire, car si l’amour de Dieu est refusé, sa justice n’en triomphera pas moins ultimement. Au Paradis, le Père régnera par l’amour dans une indicible liesse de tous ceux qui auront accepté le salut en Jésus-Christ. En enfer, Il régnera par la justice dans une indescriptible et abyssale tristesse de ceux qui n’auront pas accepté la rédemption et le triomphe du Crucifié, libres de ne pas avoir choisi le Seigneur, mais pas libres de ne pas dépendre du juste sort qui sera le leur. Ici bas, le règne de Dieu est déjà présent dans le cœur des saints, et l’enfer est déjà inauguré dans les sphères du péché, du refus de la loi divine et du dessein d’amour de Dieu pour tous les hommes.
Faut-il désespérer de notre temps et de son apostasie ? Non, bien sûr ! C’est une invitation à plus de courage et plus de vigilance, à plus de sainteté et un témoignage accru de l’espérance qui est la nôtre. Les fleurs ne sont jamais aussi belles que lorsqu’elles poussent sur le fumier. La grâce n’est jamais aussi prégnante que lorsque le mal se déchaîne, car « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ».29 Le surcroît de la haine et du péché attire le surcroît de l’amour et de la grâce.

3 – Fiat volúntas tua, sicut in cælo, et in terra
Le but essentiel de la venue du Verbe sur terre est la réalisation de la volonté du Père. Jésus le dit lui-même à plusieurs reprises : « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté à moi, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ».30
Pour ne pas risquer de tomber dans l’hérésie monothéliste du Ve siècle, il faut faire ici une distinction. Le nom de cette hérésie indique que ceux qui la professaient croyaient en une seule volonté dans le Christ. C’est en quelque sorte un avatar du monophysisme du IVe siècle. Pour eux, le Christ n’avait qu’une seule volonté : divine. Si tel était le cas, nous ne voyons pas comment le Christ pourrait dire qu’Il ne vient pas faire sa volonté mais la volonté de Celui qui l’a envoyé puisque, en tant qu’Il est Dieu, sa volonté ne fait qu’une avec celle de son Père. En Lui, il y a bien deux volontés : l’une divine et l’autre humaine. C’est cette volonté humaine du Seigneur qui n’a de cesse de s’unir en tout à la volonté divine, tout en restant distincte. Nous savons comment les tentations ont assailli le Seigneur et comment au Jardin des Oliviers, voyant approcher les terribles souffrances de la Passion, Il est tenté de demander que s’éloigne de lui ce calice. « Père… que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse ».31 Dans ce déchirement qui est si souvent le nôtre, le Seigneur Jésus ne cède pas à la tentation et ne baisse jamais les bras, pour se conformer toujours et en toutes choses à la volonté paternelle. Sa sainte humanité n’est que pleine adhésion au dessein de salut du Père pour l’humanité. Ce dessein divin, saint Paul le rappelle en ces termes, alors qu’il exhorte Timothée à la prière pour tous ceux qui exercent ici-bas une autorité : « Cela est bon et agréé devant Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité ».32
La volonté de Dieu tout-puissant se réalisera immanquablement. Pourtant, Il a voulu qu’elle passe souvent par l’adhésion de notre propre volonté, quoiqu’Il ait prévu de toute éternité les moyens de parvenir aux fins dont Il a disposé l’ordre de la création. Nous nous trouvons là au croisement délicat de la prescience divine et de la liberté humaine, et il nous faut tenir tant l’une que l’autre. Ce qui nous paraît légitimement bon n’est pas forcément bon selon le projet de Dieu sur telle personne ou telle société. Nos projets à courte vue et à perspective limitée ne concordent pas toujours avec les projets de Dieu à long terme et pour un bien parfois plus large. Telle guérison que nous demandons et n’obtenons pas, tel plan honnête aux implications familiales, professionnelles ou autres qui aboutit à l’échec, tant de difficultés malgré l’offrande de tout au Seigneur et qui nous laissent dans le doute, l’incompréhension, l’impasse. Faire le bon plaisir de Dieu selon la sainte indifférence des saints, voilà qui éprouve notre foi et nous pousse à une confiance plus radicale dans le Seigneur, à une espérance qui ne repose pas dans les sécurités éphémères de ce monde.
L’exemplarité du Paradis nous est donnée pour que les cœurs de tous les hommes sur terre ne veuillent que ce que Dieu veut. En ce sens, nous disons : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». À l’instar du Christ, le chrétien doit s’efforcer de connaître la volonté du Père en toutes choses, y compris quand cette volonté vient contrarier ses propres vues sur les événements et les situations. Il apprend ainsi la véritable humilité, le renoncement à soi, l’obéissance filiale qui est l’œuvre par excellence de la vie spirituelle.

4 – Panem nostrum quotidiánum da nobis hódie
Avec cette quatrième demande, commence la série des demandes concernant nos besoins fondamentaux.
Dans l’Ancien Testament, nous lisons comment le Seigneur n’abandonna pas son peuple au désert et pourvut à sa faim. La manne descendait chaque matin comme la rosée et les Hébreux ramassaient ce dont ils avaient strictement besoin pour la journée. Certains essayèrent bien d’en ramasser pour constituer des réserves pour le lendemain, mais les vers s’y mettaient et la manne se gâtait. Et l’Écriture de rappeler aux juifs comment, pendant quarante ans, Dieu avait nourri son peuple quotidiennement au désert.33 Dans nos civilisations méditerranéennes, le pain constitue la nourriture de base, ou tout au moins était-ce vrai jusqu’à il y a peu. « Gagner son pain » est une expression qui recouvre beaucoup plus que la seule matérialité du produit du boulanger. Dieu peut-Il à ce point s’intéresser aux simples nécessités de notre subsistance quotidienne ?
Poser cette question aujourd’hui dans un un pays occidental nanti implique de ne pas oublier tous ces hommes qui, aujourd’hui encore, n’ont même pas le strict nécessaire pour vivre. Le pain de la terre doit être un pain commun et partagé équitablement entre tous. C’est ainsi que la doctrine sociale de l’Église allie tant la notion légitime de propriété privée que la nécessité de partager les ressources entre tous. Il faudrait un certain courage dans les pays riches pour reconnaître qu’une grande partie des problèmes d’instabilité mondiale que nous connaissons à l’heure actuelle dépendent largement de l’injustice criante de la répartition des richesses. Il faudrait plus de courage encore pour oser proposer de vraies solutions qui ne s’en tiennent pas qu’aux vœux pieux. De Rome, la voix du Pasteur suprême s’élève pourtant à temps et à contre temps pour rappeler cette grande vérité. Attendre tout du Seigneur comme si rien ne dépendait de nous suppose aussi de tout faire comme si tout dépendait de nous seuls. Dire « notre pain » dans la prière dominicale, crée pour celui qui la récite des obligations quant au souci qu’il doit porter d’une vraie justice tant à l’échelle locale, nationale qu’internationale.
En son temps, le livre de la Sagesse suggérait déjà que la manne n’avait pas qu’une portée matérielle, mais également spirituelle. « C’est une nourriture d’anges que tu as donnée à ton peuple, et c’est un pain tout préparé que, du ciel, tu leur as fourni sans qu’ils se fatiguent, un pain capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts. Et la substance que tu donnais manifestait ta douceur envers tes enfants, puisque, s’accommodant au goût de celui qui l’emportait, elle se changeait en ce que chacun voulait ».34 En effet, le terme grec epiousios peut revêtir deux sens, sans qu’il soit possible de pencher définitivement pour l’un ou l’autre. C’est ce que l’on appelle un hapax en exégèse, c’est-à-dire un terme qui ne se trouve qu’une seule fois dans le Nouveau Testament, et qui plus est, dans le cas présent, n’est pas utilisé dans la langue classique.
Le premier sens est celui que l’on a évoqué plus haut et que l’on traduit par : « quotidien », « aujourd’hui » ou encore « de chaque jour », sens qui manifeste combien l’homme ne doit pas thésauriser sur cette terre en oubliant qu’il est fait pour le ciel, mais plutôt savoir faire confiance en la divine Providence en vivant le moment présent comme un mendiant de l’amour du Père.
« Pris dans un sens temporel, il est une reprise pédagogique de « aujourd’hui » pour nous confirmer dans une confiance « sans réserve ». Pris au sens qualitatif, il signifie le nécessaire à la vie, et plus largement tout bien suffisant pour la subsistance ».35 En ce deuxième sens, on pourrait donc traduire par : « superessentiel ». Dès lors, chacun pourra voir comment c’est aussi le Pain de Vie qui est à demander, le Corps Très Saint du Seigneur Jésus qui se donne à nous en nourriture, bien plus essentielle que toutes les nourritures terrestres, puisqu’elle ne nous obtient rien d’autre que l’union avec notre Sauveur et notre Dieu, prémices de l’union béatifiante en Paradis, anticipation du Banquet Céleste et avant-goût du Royaume à venir. Ce pain-là doit être pour le chrétien l’objet de ses plus vifs désirs, le désir pressant d’être transformé par Lui en offrande agréable au Père, l’aspiration quotidienne à la sainteté alors qu’il reçoit l’Infiniment Saint sous ces pauvres et fragiles apparences de l’hostie. Puissions-nous recueillir chaque jour dans notre pauvre âme le Pain Sacré de la miséricorde, Jésus-Eucharistie, bien plus essentiel que tout ce à quoi nous attachons tant d’importance ici-bas.

5 – Et dimitte nobis débita nostra, sicut et nos dimittimus debitóribus nostris
Pour saint Luc, ce sont les offenses, pour saint Matthieu les dettes, mais le sens est le même. « Le pain dont nous avons le plus besoin maintenant, dont j’aurai le plus besoin au moment de mourir, c’est le pardon des péchés ».36 La croissance de notre vie spirituelle devrait nous faire prendre conscience de plus en plus de la laideur du péché et de la souillure qui est la nôtre, nous empêchant de recevoir pleinement tous les trésors de grâce que Dieu a réservés à chacun d’entre nous. Le péché nous prive de la douce consolation des lumières qui viennent du Seigneur. Il met un obstacle en nous à recevoir la charité à profusion, charité qui dilate le cœur, affermit la vraie liberté intérieure et bâtit la paix dans la sérénité d’une maison intérieure bien en ordre. Le pardon du Seigneur est au cœur de tout l’élan de la Révélation et traverse la Bible comme un thème récurrent qui donne intelligence à tout. Rien d’étonnant alors qu’on retrouve ce désir exprimé dans la prière dominicale, cri du cœur jaillissant des profondeurs de l’être qui se sait abîmé et blessé par le mal, et dès lors incapable d’accéder à ce pour quoi il avait été fait à l’origine.
Après le Vendredi Saint, ce cri est lancé avec plus de force et de justesse, puisque le pardon a été obtenu définitivement, puisque l’homme a retrouvé l’image et la ressemblance, puisque sa destinée de gloire devient possible en Jésus-Christ. Malgré la faiblesse qui demeure et souille nos pauvres existences terrestres, la joie est immense de savoir que désormais aucun péché ne sera trop hideux qui ne puisse être lavé dans le sang du Christ. Tant d’exemples de la vie du Sauveur peuvent venir consoler nos âmes pliant sous le fardeau du péché ; et qui n’a pas ressenti un jour cette joie sainte à la lecture des paraboles de l’enfant prodigue ou de la brebis perdue.
Mais là encore, ce pardon de Dieu qui est gratuit et que personne ne peut se prévaloir d’avoir mérité, ce pardon n’est pas une affaire égoïste comme si mon rapport avec Dieu ne devait pour moi entraîner ni obligation ni devoir. Vous vous souvenez sûrement de la magnifique parabole du débiteur impitoyable qui devait dix mille talents à son maître ; comment celui-ci lui remit sa dette, touché de compassion. C’est alors que ce débiteur ne voulut pas lui-même remettre une dette dérisoire de cent deniers à l’un de ses débiteurs, le faisant jeter en prison. Le maître averti lui dit alors : « Ne devrais-tu pas avoir pitié de ton compagnon comme j’ai eu pitié de toi ? Et son maître, irrité, le livra aux exécuteurs jusqu’à ce qu’il eût payé toute sa dette ». Et Jésus de conclure : « Ainsi vous traitera mon Père céleste si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ».37 Combien de fois Jésus a-t-Il rappelé ainsi l’obligation de pardonner à son prochain ! On peut même établir un parallèle entre le double commandement de l’amour et ce double mouvement du pardon. L’amour de Dieu doit se vérifier dans l’amour du prochain. La première Lettre de saint Jean est particulièrement explicite à ce sujet. De la même manière, recevoir le pardon du Père céleste implique de savoir donner le pardon à ceux qui nous ont offensés.
Ce discours est plus que jamais provocateur en un monde où chacun se croit dans son bon droit, où l’égoïsme interdit tout regard de miséricorde, où l’autre est trop souvent l’adversaire qui peut venir contrarier l’exercice de ma sacro-sainte liberté. Mais quoi qu’il en soit, et malgré le désir éventuel de pardonner sincèrement, demeure la blessure de l’impossible oubli quand le préjudice est trop grand. Jésus nous dit pourtant de pardonner du fond du cœur. « C’est là, en effet, « au fond du cœur » que tout se noue et se dénoue. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit-Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession ».38
Tout est dans le « comme », qui n’implique pas une causalité automatique, comme si Dieu était tenu de nous pardonner alors que nous pardonnons à notre prochain, mais plutôt qui établit un certain rapport de proportion entre le pardon que nous savons donner et le pardon que nous pourrons recevoir ; ce, bien dans la ligne des versets de l’Évangile de Matthieu qui commente le Notre Père immédiatement après, ainsi que du chapitre 7 qui rappelle comment la mesure dont nous nous servons servira également pour nous.39 Saint Césaire d’Arles le disait en son temps à ses fidèles de fort belle manière : « Il y a dans le ciel une miséricorde à laquelle on parvient par des miséricordes terrestres. Et donc, tant que nous le pouvons, hâtons-nous sur la terre de nous rendre favorable la miséricorde céleste ».40

6 – Et ne nos indúcas in tentatiónem
Cette sixième demande du Pater est l’objet de polémiques en raison de la traduction française officielle la plus récente. À vrai dire, et de l’avis des spécialistes, elle est la plus fidèle au sens littéral du terme grec, que reprend d’ailleurs le latin : « Et ne nos indúcas in tentatiónem ». L’ancienne traduction : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation » n’est pas mauvaise pour autant, comme le dit le Catéchisme de l’Église Catholique. Il en ajoute même une troisième : « Ne nous permets pas d’entrer dans la tentation ».41 C’est dire la difficulté de rendre parfaitement les nuances du terme original. Le Père Carmignac42 proposait : « Garde-nous d’entrer dans la tentation ». Cette dernière formule a le mérite de souligner à la fois la responsabilité qui est la nôtre de consentir à la tentation et l’action divine positive qui doit nous empêcher d’être soumis à des pressions trop fortes auxquelles nous ne pourrions pas résister.
L’apôtre saint Jacques décrit dans sa lettre le processus de la tentation où la responsabilité entière de l’homme est engagée : « Que personne, étant dans l’épreuve, ne dise : « C’est Dieu qui m’éprouve » ; car Dieu est à l’abri des épreuves du mal, et lui-même n’éprouve personne. Chacun est éprouvé par sa propre convoitise qui le tire et le prend à l’amorce ; puis la convoitise, ayant conçu, enfante le péché, et le péché, une fois consommé, donne naissance à la mort ».43
En somme, il est patent que la tentation ne peut être évitée puisque le Seigneur Jésus lui-même a voulu s’y soumettre. Précisément, ce combat contre Satan au désert nous indique le chemin de la lutte spirituelle et de la vigilance nécessaire à tout moment pour ne pas se laisser entraîner par la séduction de l’interdit et du mal, et glisser inexorablement vers les attraits trompeurs de la convoitise déréglée. Dieu ne soumet personne au mal comme s’Il voulait entraîner ses propres enfants à la chute, ce qui serait contradictoire. La prière qui Lui est faite vise un surcroît de miséricorde par laquelle Il nous éviterait les conséquences mêmes de nos négligences qui nous poussent si souvent vers les zones mouvantes de l’indécision et nous exposent à la fragilité, comme cet homme imprudent de l’Évangile qui a bâti sa maison sur le sable.44
Le Seigneur, en effet, n’a de cesse que de nous donner la force nécessaire pour vaincre la tentation, de sorte que la croix de son Fils n’ait pas été dressée en vain. Saint Paul nous l’assure : « Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces, mais avec la tentation il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter ».45 Ainsi le démon n’a de prise sur nous que par la permission de Dieu. Si Dieu permet que nous soyons tentés, c’est pour nous éprouver et nous faire croître dans son amour. Dans la mesure où nous grandissons dans la vie spirituelle, les tentations deviennent plus subtiles et plus fortes, parce que le démon ne supporte pas de voir une âme lui échapper. Sortir vainqueur de la tentation nous affermit dans la grâce. Le diable cherche toujours à salir ce qu’il y a de plus beau, par une perversion fort intelligente des grandeurs que le Seigneur a disposées pour ses enfants. Qu’il suffise de regarder la vie des saints, de saint Padre Pio ou du saint Curé d’Ars par exemple.
Pour conclure, disons que le combat spirituel est au cœur de notre existence terrestre. Permis par Dieu pour notre croissance spirituelle, il ne faut pas chercher à l’éviter à tout prix, mais demander humblement au Père de nous délivrer de nos propres faiblesses et de nous éviter d’être exposés par notre imprudence aux tentations trop fortes qui risqueraient de corrompre tous nos beaux élans pour qu’en nous son Nom soit sanctifié.46

7 – Sed libera nos a malo
Cette nouvelle demande est un corollaire de la précédente. Elle s’inscrit dans la ligne de ce qui sera plus tard la prière sacerdotale de Jésus, qu’Il laissa à ses disciples comme une sorte de testament. « (Père) je ne te prie pas pour que tu les enlèves du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais ».47 En effet, « dans cette demande, le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le « diable » (dia-bolos) est celui qui « se jette en travers » du dessein de Dieu et de son « œuvre de salut » accomplie dans le Christ ».48
En cette conclusion du Notre Père, est rappelée la victoire définitive du Christ sur le Mal et le Malin pour qu’adviennent le Règne du Père et la sanctification de son Nom. Avant de mourir, Jésus déclarait : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; c’est maintenant que le chef de ce monde va être jeté dehors. Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes vers moi ».49
Reste que ce qui a été acquis irrémédiablement en Jésus-Christ, se réalise effectivement, in concreto, en chacun d’entre nous et pour tous les hommes pour lesquels l’Église intercède. Chasser le démon et son influence néfaste est la première étape chronologique d’un processus qui nous permet de lutter contre la tentation, d’obtenir la guérison du péché, d’être fortifiés par la nourriture céleste, d’accomplir la volonté du Père, dès lors de faire advenir son règne et ainsi de répandre la sainteté de son Nom. La prière dominicale nous fixe dès son début la finalité à atteindre et décline ensuite les étapes pour y parvenir. L’expérience de la vie nous fait emprunter le chemin inverse qui nous conduit vers la contemplation du Père qui, un jour, suffira à combler au-delà de toute mesure les plus nobles aspirations de notre être.
« Puis, la prière achevée, tu dis : Amen, contresignant par cet Amen, qui signifie « Que cela se fasse » ce que contient la prière que Dieu nous a enseignée ».50
À l’école de la grande Tradition de l’Église, nous avons suivi pas à pas la plus belle des prières ; puisse-t-elle nous accompagner toujours à chaque moment de la journée et laissons saint Ambroise nous exhorter : « Ô homme, tu n’osais pas lever ton visage vers le ciel, tu baissais les yeux vers la terre, et soudain tu as reçu la grâce du Christ : tous tes péchés t’ont été remis. De méchant serviteur tu es devenu un bon fils… Lève donc les yeux vers le Père qui t’a racheté par son Fils et dis : Notre Père… Mais ne te réclame d’aucun privilège. Il n’est le Père, d’une manière spéciale, que du Christ seul, tandis que nous, Il nous a créés. Dis donc toi aussi par grâce : Notre Père, pour mériter d’être son Fils ».51

* Aumônier du CHU à Poitiers. Licencié en patristique et histoire de la théologie, diplômé d’islamologie de l’Institut Pontifical des sciences arabes et islamiques à Rome.

 

MÉDITATION POUR NOËL – PADRE PIO

http://saint.padre.pio.free.fr/meditation-noel.htm

MÉDITATION POUR NOËL – PADRE PIO

Présentation
Cette présentation de Noël pourra sembler au premier abord sombre, à l’encontre de la douceur qui inondait le coeur de Padre Pio et transparaissait sur son visage. Mais sans doute faut-il, au-delà des images et de certains mots, aller jusqu’au bout de ce mystère de l’incarnation : Padre Pio ne s’arrête pas, tant qu’il n’en a pas atteint le coeur ; et ce coeur, c’est l’amour: « Tout cela, il l’a fait par amour ; il ne nous invite qu’à l’amour, il ne nous parle que d’amour, il ne nous donne que des preuves d’amour ». Ainsi qu’il l’écrit, même si nous ne comprenons pas tout, chacun est capable d’en percevoir, d’en entendre quelque chose.
Le reste découle de cela. Le reste, ce n’est pas une vision misérabiliste, moralisatrice ou rigoriste, mais le débordement de l’amour comme humilité : humilité de Jésus et, en réponse, notre humilité. l’accent à plusieurs reprises sur la tendresse doit être noté ; il évite toute dérive hors de ce sublime mystère de Dieu devenu enfant

TEXTE
C’est au cœur de la nuit, au cours de la saison la plus rigoureuse, dans la grotte la plus glaciale, habitation des troupeaux plus que d’une créature humaine, que vint à la lumière, à la plénitude des temps, le Messie promis – Jésus – le Sauveur des hommes.
Aucun bruit autour de lui ; un bœuf et un âne réchauffent le pauvre Enfant nouveau-né ; une femme humble, un homme pauvre et fatigué en adoration devant lui.
Ne se font entendre que les vagissements et les pleurs de Dieu devenu enfant. Et par ces pleurs, par ces vagissements, il offre à la justice divine la première rançon pour notre réconciliation.
Depuis plus de quarante siècles il est attendu ; c’est avec des soupirs que les Patriarches en avaient invoqué la venue ; les auteurs sacrés avaient prophétisé clairement et le lieu et l’époque de sa naissance… Pourtant tout est silence et il semble que nul ne sait rien de ce grand avènement. Un peu plus tard seulement, des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les champs viennent lui rendre visite. Ils ont été avertis par des esprits célestes de cet avènement grandiose, et invités à se rendre à la grotte où il se trouve.
Qu’ils sont nombreux et importants, ô chrétiens, les enseignements qui partent de la grotte de Bethléem ! Oh, comme notre cœur doit se sentir brûlant d’amour pour celui qui s’est fait toute tendresse pour nous ! Comme nous devrions avoir au cœur le désir de conduire le monde entier à cette humble grotte, refuge du roi des rois, plus grande que tout palais humain, parce que trône et demeure de Dieu ! Demandons à ce divin Enfant de nous revêtir d’humilité, parce que seule cette vertu nous fera goûter ce mystère rempli de tendresse divine.
Les palais de l’Israël orgueilleux scintillent, mais ce n’est pas en eux qu’est venue au monde la Lumière ! Mettant leur assurance dans la grandeur humaine, baignant dans l’or : ainsi sont les notables de la nation juive ; les prêtres du temple sont pleins de vaine gloire et de superbe ; à l’encontre du sens véritable de la révélation divine ils attendent un Sauveur rabougri, venant dans le monde selon la grandeur humaine et la puissance.
Mais Dieu, qui a toujours à cœur de confondre la sagesse de ce monde, balaie leurs projets et, à l’encontre de l’attente de ceux qui sont privés de la sagesse divine, descend parmi nous dans la plus grande abjection, renonçant à naître dans l’humble maison de Joseph ou même dans celle d’un parent ou d’une connaissance dans la ville de Juda ; et, en quelque sorte rejeté par les hommes, il demande asile et secours à de vils animaux, choisissant leur demeure comme lieu de sa naissance, leur paille pour réchauffer son petit corps délicat. Il fait en sorte que le premier hommage lui soit rendu par de pauvres et rustres bergers qu’il a lui-même, par l’intermédiaire de ses anges, informés de ce grand mystère.
O sagesse et puissance de Dieu ! nous sentions le devoir de nous exclamer – entrés en extase avec ton Apôtre – combien tes jugements sont incompréhensibles et insondables tes voies ! Pauvreté, humilité, abjection et mépris entourent le Verbe fait chair ; nous, cependant, nous comprenons une chose de cette obscurité dans laquelle le Verbe fait chair est enveloppé, nous entendons une parole, nous entrevoyons une vérité sublime : Tout cela, il l’a fait par amour ; il ne nous invite qu’à l’amour, il ne nous parle que d’amour, il ne nous donne que des preuves d’amour.
L’Enfant céleste souffre et gémit dans la crèche, afin que la souffrance nous devienne aimable et méritoire, afin que nous la recherchions : il manque de tout afin que nous apprenions de lui le renoncement aux biens terrestres, il prend plaisir en ces pauvres et humbles adorateurs, pour nous pousser à aimer la pauvreté et à préférer la compagnie des petits et des simples à celle des grands de ce monde.
Ce petit Enfant, qui est tout mansuétude et douceur, veut insuffler en nos cœurs, par son exemple, ces vertus sublimes, afin que dans ce monde déchiré et bouleversé surgisse une ère de paix et d’amour. Par sa naissance il nous indique notre mission : mépriser ce que le monde aime et recherche.
Oh ! Prosternons-nous devant la crèche, et avec le grand saint Jérôme, le saint enflammé d’amour pour Jésus enfant, offrons-lui tout notre cœur, sans réserve ; et promettons-lui de suivre les enseignements qui viennent à nous depuis la grotte de Bethléem, et peuvent presque se résumer en ceci : Vanité des vanités, tout est vanité.

 

LE 24 JUILLET, FÊTE LITURGIQUE DE SAINT CHARBEL – LE SAINT « PADRE PIO » DES LIBANAIS

http://www.zenit.org/fr/articles/le-saint-padre-pio-des-libanais

LE SAINT « PADRE PIO » DES LIBANAIS

LE 24 JUILLET, FÊTE LITURGIQUE DE SAINT CHARBEL

Rome, 24 juillet 2013 (Zenit.org) Renzo Allegri

« S’il était vivant aujourd’hui, il catalyserait l’attention des médias et la Nasa se mettrait à l’analyser. On le passerait au scanner comme les momies égyptiennes et son ADN susciterait le plus haut intérêt. On dépenserait des kgs de paroles sur le mystère qui l’entoure et même les meilleurs détectives engagés à découvrir les secrets de son être seraient obligés de jeter l’éponge.»
C’est en ces termes que Patrizia Cattaneo, écrivain et journaliste parle du moine libanais, Charbel Makhlouf (1828-1898), membre de l’Eglise maronite, mort il y a plus d’un siècle, proclamé saint par Paul VI en 1977, et dont c’est la fête liturgique ce 24 juillet.
« L’existence de saint Charbel sur terre est constellée de faits et phénomènes inexplicables, de phénomènes extraordinaires qui se sont manifestés et se manifestent encore autour de sa tombe », ajoute Patrizia Cattaneo. « Et on dirait que saint Charbel, durant cette période historique, très douloureuse pour le Moyen Orient, troublée par les guerres, attentats, haines, a intensifié son activité thaumaturgique, comme s’il avait voulu attirer l’attention des gens sur les valeurs spirituelles, sur les réalités surnaturelles que les événements des guerres auraient voulu effacer ».
Patrizia Cattaneoa a écrit divers ouvrages sur saint Charbel. Elle a aussi fondé une association culturelle liée à son nom, dont l’objectif est de « promouvoir tout ce qui touche au saint libanais ».
Brièvement, qui est saint Charbel?
Patrizia Cattaneoa – C’est un grand saint libanais, membre de l’église catholique maronite. Il a vécu dans le plus grand secret et n’a rien laissé d’écrit, ni lettres, ni réflexions et encore moins de journal spirituel, qui nous permette de lever le moindre voile sur ses relations intimes avec Dieu. Mais les « signes » de sa grandeur spirituelle abondent. Sa « biographie céleste » est en perpétuel croissance. Le saint vit et œuvre activement en Dieu. On peut dire que, mort, il vit et parle à travers tant de miracles, et qu’il le fait surtout aujourd’hui, à notre époque.
Que sait-on de la famille de saint Charbel et de son existence avant son entrée au monastère ?
Il est le fils cadet de cinq enfants nés d’Antoun Makhlouf et Brigitta Al-Chidiac. Il est né le 8 mai 1828, sous le nom de Youssef, dans un village du Liban, Bqaakafra, qui se trouve à 1800 mètres au-dessus de la « Sainte Vallée », appelée ainsi en raison de toutes les implantations monastiques qui la peuplent et sont les plus anciennes de la région. De nombreux ermites vivaient dans ses grottes et l’esprit ascétique qui s’en dégageait imprégnait toute la vallée.
Les parents de Youssef étaient très pieux, en particulier sa mère. Son père travaillait la terre et élevait des bêtes. En 1831, l’armée ottomane réquisitionna son âne, pour transporter les récoltes de l’émir jusqu’au port de Byblos. Une fièvre pernicieuse l’emporta sur le chemin du retour et Youssef n’avait que trois ans lorsqu’il devint orphelin de son père.
Deux ans plus tard, sa mère se remaria avec un petit propriétaire terrien qui devint prêtre sous le nom religieux d’Abdel Ahad. Chez les maronites, à l’instar d’autres communautés de rite oriental, les hommes mariés peuvent eux aussi devenir prêtres et exercer leur ministère. Abdel Ahad devint le curé de Bqaakafra, et était aussi de maître d’école du village. Youssef devint un élève de son « beau-père » prêtre, qui était une personne très cultivée et très pieuse et fut son plus grand guide spirituel.
Quand Youssef décida-t-il de quitter le monde pour se consacrer à la vie d’ermite ?
A 23 ans. Tout jeune enfant déjà, sa nature le portait à la contemplation et à la solitude. Il se confessait et communiait souvent. Il priait continuellement et avait toujours avec lui son livre de prières. Sa tâche quotidienne était de conduire la vache au pré, mais il aimait se tenir à l’écart de ses camarades qui faisaient paître leur troupeaux comme lui, pour consacrer son temps à la prière. Ses camarades l’appelaient « le saint ». Il disait à sa vache : « Attends que j’ai fini de prier, car je ne peux pas te parler et parler avec Dieu en même temps, Il a la priorité ! ». Deux oncles maternels, ermites dans la Sainte vallée, favorisèrent chez lui cette vocation. Mais sa mère, par grande affection peut-être, entravait cette inclination qu’il avait. Ainsi, une nuit, à l’âge de 23 ans, Youssef suivit ce que lui disait son cœur et quitta la maison familiale pour entrer au couvent de Maifouq comme novice. Sa mère le chercha et le supplia de rentrer à la maison mais le jeune homme fut inébranlable.
Quelles furent les grandes étapes de sa vie au monastère ?
Après s’être enfui de chez lui, Youssef affronta l’année de son noviciat, « une année d’essai », et pour sa nouvelle vie religieuse prit le nom de Charbel, en l’honneur d’un martyr d’Antioche, mort en 121 et vénéré par l’Eglise orientale. Charbel, en syriaque, signifie « histoire de Dieu ».
Au monastère de Maifouq, Fra Charbel apprit les règles de la vie religieuse. Son obéissance exemplaire le distinguait des autres novices. Mais ce monastère ne correspondait pas à ses attentes de solitude et de silence. Il demanda alors à ses supérieurs d’être transféré dans un monastère plus isolé et fut envoyé au couvent Saint-Maron d’Annaya, de l’Ordre libanais maronite.
En 1853, après ses vœux solennels, Charbel fut envoyé à l’institut théologique de Kfifane, pour se préparer au sacerdoce. Là, pendant cinq ans, il fut l’élève d’un grand théologien, Nimatullah Al-Hardini, qui fut aussi un grand saint, élevé à la gloire des autels en 2004. Ce personnage extraordinaire, qui avait une culture théologique démesurée, transmit au jeune homme non seulement son amour profond pour la théologie, mais surtout son amour de Dieu et pour la vie ascétique.
A la fin de ses études et après son ordination sacerdotale en 1859, Charbel rentra au monastère d’Annaya, où il passa seize années d’une vie monastique exemplaire, se gagnant une réputation de saint grâce à ses excellentes vertus et son obéissance légendaire « plus angélique qu’humaine ». En 1875 il obtint l’autorisation de retirer à l’ermitage des Saints Pierre et Paul, juste à côté du monastère d’Annaya, où il passa les années les plus intenses de sa communion avec Dieu et mourut le 24 décembre 1898.
Dans les différentes biographies de ce saint, on parle le beaucoup de phénomènes charismatiques, de prodiges, de miracles…
Les prodiges commencèrent quand le saint était moine à Annaya. Un de ses confrères déclara: « Tout ce qu’on lit dans les biographies des saints est inférieur à ce que, de mes yeux, j’ai vu accomplir par le père Charbel ». Les gens de toute confession religieuse couraient lui demander de bénir les champs, les maisons, leur bétail, les malades et les prodiges pleuvaient, abondamment. Le saint connaissait les faits à distance et il avait le don de scruter les consciences. Son supérieur un jour lui ordonna de bénir le garde-manger où les provisions étaient maigres, et les jarres se remplirent aussitôt de blé et d’huile. Durant les fréquentes invasions de criquets, cause de famine et de mort, seuls les champs bénis par le saint échappaient aux ravages. Sa bénédiction conjura la mort d’élevages entiers de vers à soie qui étaient pour le couvent et la population leur ressource première. Il faudrait des pages et des pages pour énumérer tous les prodiges attribués à saint Charbel quand il était encore en vie.
Quelles étaient les vertus les plus caractéristiques de saint Charbel ?
Difficile de choisir. Son engagement dans l’ascèse était total et continu. Il s’infligeait tout le temps des mortifications, comme le jeûne permanent, les veillées incessantes, le travail durant la maladie, le refus de médicaments. Il se nourrissait et dormait très peu, mais travaillait vaillamment dans les champs comme un condamné aux travaux forcés. Il ne parlait que si on le lui ordonnait et ou par nécessité, à voix basse, sans regarder son interlocuteur, tenait toujours son capuchon sur les yeux et les yeux baissés. Il sortait du monastère seulement quand son supérieur lui ordonnait de rendre visite aux malades ou de célébrer des baptêmes et des funérailles. Quand le supérieur était absent, il obéissait à quiconque lui donnait un ordre. Même un indigent n’aurait jamais accepté sa nourriture, son lit et ses vêtements. Mais sa pauvreté la plus grande était de masquer sa richesse spirituelle. La messe constituait le cœur de sa journée, il s’y préparait longtemps et très soigneusement. Il priait tout le temps et restait à genoux pendant des heures au pied du tabernacle. Un jour, un éclair frappa l’ermite, incendia la nappe de l’autel et brula l’ourlet de son habit, mais le saint était si absorbé dans sa prière qu’il ne s’aperçut de rien.
Que se passa-t-il après sa mort ?
Il expira la veille de Noël en 1898. On l’enterra le lendemain dans la fosse commune du monastère. Pendant quelques mois une lumière brillante et mystérieuse, visible dans toute la vallée, sortit chaque nuit de sa tombe. Il n’y avait pas encore le courant électrique dans ces endroits-là et le spectacle était impressionnant. La réputation de sainteté de Charbel attirait beaucoup de gens, ainsi, quelques mois après la sépulture ils décidèrent de transférer le corps à l’intérieur du couvent.
En ouvrant le sépulcre, ils découvrirent que ce corps était encore intact et flexible, comme celui d’une personne en train de dormir. Un liquide visqueux sortait de ses pores, semblable au plasma qui sort des plaies d’une personne vivante, et l’on découvrit que ce liquide avait d’extraordinaires propriétés thaumaturgiques. Ce phénomène, absolument inexplicable dura 79 ans, autrement dit jusqu’en 1977, l’année de sa canonisation. « Je n’ai jamais vu ni rien lu sur un tel cas dans aucun livre de médecine », déclara le docteur Georges Chokrallah, qui fut un témoin au procès de béatification de Charbel. « Poussé par la curiosité scientifique, j’ai cherché à découvrir le secret de ce corps et de ce liquide. Après les avoir examinés pendant environ 17 ans, deux ou trois fois par an, mon opinion personnelle, basée sur l’étude et l’expérience, c’est qu’ils étaient imbibés d’une force surnaturelle mystérieuse ».
Pourquoi dit-on que 1950 fut « l’année de Charbel » ?
Parce que cette année-là, les phénomènes surnaturels relatifs au père Charbel connurent une véritable explosion. Pour l’Eglise, 1950 était une Année Sainte. Et il fut décidé à cette occasion d’exposer la dépouille de l’ermite à la vénération des fidèles. La tombe fut ouverte en présence d’un comité officiel. A partir de ce moment-là, les miracles se multiplièrent démesurément et en quelques mois le couvent en enregistra plus de deux milles.
Cette année-là un prêtre, arrivé en pèlerinage à Annaya, fit une photo de groupe devant l’ermite. Quand il développa le négatif, il s’aperçut que sur cette photo il y avait une personne qui n’était pas là au moment de la prise: c’était l’image du saint, comme l’identifia quelqu’un qui l’avait connu. Une image précieuse car le père Charbel n’avait jamais été photographié par quiconque quand il était en vie. Et de cette image « miraculeuse » on a fait son portrait officiel aujourd’hui connu.
Vous avez connu des personnes qui ont été « miraculées » par saint Charbel ?
Plusieurs. Un des cas les plus déconcertants est celui d’une libanaise qui a maintenant 74 ans : Nohad Al-Chami. Une femme illettrée mais dont la foi était riche. Le 9 janvier 1993, elle eut une attaque cérébrale. Une double occlusion de la carotide lui entraina une paralysie de la partie gauche du corps. Elle resta neuf jours en thérapie intensive à l’hôpital de Byblos, et tout le monde était inquiet parce qu’elle ne réagissait pas aux soins. Une intervention chirurgicale avait un moment été exclue car considérée trop risquée. En attendant elle fut renvoyée chez elle. Elle avait de graves difficultés à parler, à bouger et ne pouvait se nourrir qu’à la paille. Ses enfants commencèrent à prier saint Charbel. Ils frictionnèrent le cou de leur mère avec une mixture de terre et d’huile bénite provenant de la tombe du saint.
Le 22 janvier au soir, Nohad rêva de deux moines enveloppés dans une grande lumière qui s’approchaient de son lit. L’un des deux dit : « Je suis saint Charbel et je suis ici pour t’opérer ». Nohad eut peur, mais le saint avait déjà commencé l’intervention. Tandis que ses doigts incisaient sa gorge, la femme sentit une douleur lancinante. Enfin saint Maron, l’autre moine, arrangea l’oreiller derrière son dos et l’aida à s’asseoir sur son lit, puis il lui tendit un verre d’eau, l’invitant à boire sans la paille. Nohad hésitait mais saint Marron lui dit: « Nous t’avons opérée. Maintenant tu peux te lever, boire et marcher ». La femme se réveilla en sursaut et se retrouva assise sur son lit, comme dans le rêve.
Elle se leva toute seule sans difficulté et se dirigea vers la salle de bain. En se regardant dans la glace elle vit deux coupures de douze centimètres de chaque côté du cou, fermées par des points de suture, d’où sortait encore le fil chirurgical. Sa gorge et ses vêtements étaient tout tachés de sang. Elle alla tout de suite réveiller son mari qui sauta du lit affolé. Les difficultés de langage aussi avaient disparu, ainsi Nohad put raconter ce qui s’était passé en parlant normalement. Le matin, accompagnée par son mari, elle se rendit au monastère d’Annaya pour remercier saint Charbel et rapporter les faits au supérieur. Les médecins ensuite certifièrent sa guérison inexplicable.
La nouvelle du miracle se répandit comme un éclair, et les gens commencèrent à affluer chez elle. Craignant pour sa santé, le médecin et le curé lui conseillèrent d’aller s’installer momentanément chez son fils, mais saint Charbel lui apparut en songe et la prévint : « Je t’ai laissé les cicatrices pour le bon vouloir de Dieu, pour que tout le monde puisse les voir, surtout ceux qui se sont éloignés de Dieu et de l’Eglise, afin qu’ils retrouvent la foi. Je te demande de te rendre à l’ermitage tous les 22 du mois, date anniversaire de ta guérison, pour participer à la messe. Là je suis toujours présent ». Depuis, le 22 du mois, Nohad se rendit avec son mari à l’ermitage d’Annaya, pour participer aux fonctions liturgiques. Les gens peuvent voir sur son cou les cicatrices rougies et sanguinolentes. Les pèlerins qui participent à l’événement se comptent par milliers, ils sont de toutes confessions et viennent de tous les coins du Liban et du monde, nombreuses sont aussi les conversions après ce témoignage.
Ce fait, qui est le plus éclatant, a été étudié par divers médecins. En 2002 une échographie à la carotide révéla que Nohad avait subi une véritable intervention chirurgicale bilatérale, que ses artères sont en bon état et que l’ictus n’a pas endommagé le cerveau.

Traduction d’Océane Le Gall

MÉDITATION POUR NOËL – AVEC PADRE PIO

http://saint.padre.pio.free.fr/meditation-noel.htm

MÉDITATION POUR NOËL – AVEC PADRE PIO

Présentation Cette présentation de Noël pourra sembler au premier abord sombre, à l’encontre de la douceur qui inondait le coeur de Padre Pio et transparaissait sur son visage. Mais sans doute faut-il, au-delà des images et de certains mots, aller jusqu’au bout de ce mystère de l’incarnation : Padre Pio ne s’arrête pas, tant qu’il n’en a pas atteint le coeur ; et ce coeur, c’est l’amour: « Tout cela, il l’a fait par amour ; il ne nous invite qu’à l’amour, il ne nous parle que d’amour, il ne nous donne que des preuves d’amour ». Ainsi qu’il l’écrit, même si nous ne comprenons pas tout, chacun est capable d’en percevoir, d’en entendre quelque chose. Le reste découle de cela. Le reste, ce n’est pas une vision misérabiliste, moralisatrice ou rigoriste, mais le débordement de l’amour comme humilité : humilité de Jésus et, en réponse, notre humilité. l’accent à plusieurs reprises sur la tendresse doit être noté ; il évite toute dérive hors de ce sublime mystère de Dieu devenu enfant

TEXTE C’est au cœur de la nuit, au cours de la saison la plus rigoureuse, dans la grotte la plus glaciale, habitation des troupeaux plus que d’une créature humaine, que vint à la lumière, à la plénitude des temps, le Messie promis – Jésus – le Sauveur des hommes. Aucun bruit autour de lui ; un bœuf et un âne réchauffent le pauvre Enfant nouveau-né ; une femme humble, un homme pauvre et fatigué en adoration devant lui. Ne se font entendre que les vagissements et les pleurs de Dieu devenu enfant. Et par ces pleurs, par ces vagissements, il offre à la justice divine la première rançon pour notre réconciliation. Depuis plus de quarante siècles il est attendu ; c’est avec des soupirs que les Patriarches en avaient invoqué la venue ; les auteurs sacrés avaient prophétisé clairement et le lieu et l’époque de sa naissance… Pourtant tout est silence et il semble que nul ne sait rien de ce grand avènement. Un peu plus tard seulement, des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les champs viennent lui rendre visite. Ils ont été avertis par des esprits célestes de cet avènement grandiose, et invités à se rendre à la grotte où il se trouve. Qu’ils sont nombreux et importants, ô chrétiens, les enseignements qui partent de la grotte de Bethléem ! Oh, comme notre cœur doit se sentir brûlant d’amour pour celui qui s’est fait toute tendresse pour nous ! Comme nous devrions avoir au cœur le désir de conduire le monde entier à cette humble grotte, refuge du roi des rois, plus grande que tout palais humain, parce que trône et demeure de Dieu ! Demandons à ce divin Enfant de nous revêtir d’humilité, parce que seule cette vertu nous fera goûter ce mystère rempli de tendresse divine. Les palais de l’Israël orgueilleux scintillent, mais ce n’est pas en eux qu’est venue au monde la Lumière ! Mettant leur assurance dans la grandeur humaine, baignant dans l’or : ainsi sont les notables de la nation juive ; les prêtres du temple sont pleins de vaine gloire et de superbe ; à l’encontre du sens véritable de la révélation divine ils attendent un Sauveur rabougri, venant dans le monde selon la grandeur humaine et la puissance. Mais Dieu, qui a toujours à cœur de confondre la sagesse de ce monde, balaie leurs projets et, à l’encontre de l’attente de ceux qui sont privés de la sagesse divine, descend parmi nous dans la plus grande abjection, renonçant à naître dans l’humble maison de Joseph ou même dans celle d’un parent ou d’une connaissance dans la ville de Juda ; et, en quelque sorte rejeté par les hommes, il demande asile et secours à de vils animaux, choisissant leur demeure comme lieu de sa naissance, leur paille pour réchauffer son petit corps délicat. Il fait en sorte que le premier hommage lui soit rendu par de pauvres et rustres bergers qu’il a lui-même, par l’intermédiaire de ses anges, informés de ce grand mystère. O sagesse et puissance de Dieu ! nous sentions le devoir de nous exclamer – entrés en extase avec ton Apôtre – combien tes jugements sont incompréhensibles et insondables tes voies ! Pauvreté, humilité, abjection et mépris entourent le Verbe fait chair ; nous, cependant, nous comprenons une chose de cette obscurité dans laquelle le Verbe fait chair est enveloppé, nous entendons une parole, nous entrevoyons une vérité sublime : Tout cela, il l’a fait par amour ; il ne nous invite qu’à l’amour, il ne nous parle que d’amour, il ne nous donne que des preuves d’amour. L’Enfant céleste souffre et gémit dans la crèche, afin que la souffrance nous devienne aimable et méritoire, afin que nous la recherchions : il manque de tout afin que nous apprenions de lui le renoncement aux biens terrestres, il prend plaisir en ces pauvres et humbles adorateurs, pour nous pousser à aimer la pauvreté et à préférer la compagnie des petits et des simples à celle des grands de ce monde. Ce petit Enfant, qui est tout mansuétude et douceur, veut insuffler en nos cœurs, par son exemple, ces vertus sublimes, afin que dans ce monde déchiré et bouleversé surgisse une ère de paix et d’amour. Par sa naissance il nous indique notre mission : mépriser ce que le monde aime et recherche. Oh ! Prosternons-nous devant la crèche, et avec le grand saint Jérôme, le saint enflammé d’amour pour Jésus enfant, offrons-lui tout notre cœur, sans réserve ; et promettons-lui de suivre les enseignements qui viennent à nous depuis la grotte de Bethléem, et peuvent presque se résumer en ceci : Vanité des vanités, tout est vanité. 

PADRE PIO DE PIETRELCINA – 23 SEPTEMBRE

http://www.vatican.va/news_services/liturgy/saints/ns_lit_doc_20020616_padre-pio_fr.html

PADRE PIO DE PIETRELCINA – 23 SEPTEMBRE

«Mais pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil» (Ga 6, 14).

Padre Pio de Pietrelcina, comme l’Apôtre Paul, plaça la Croixde son Seigneur au sommet de sa vie et de son apostolat, comme sa force, sa sagesse et sa gloire. Enflammé d’amour pour Jésus Christ, il se conforma à lui dans l’offrande de lui-même pour le salut du monde. En suivant et en imitant le Crucifié, il fut si généreux et si parfait qu’il aurait pu dire: «Avec le Christ, je suis fixé à la croix: je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 19-20). Et les trésors de grâce que Dieu lui avait accordés avec une largesse singulière, il les distribua sans répit par son ministère, servant les hommes et les femmes qui accouraient à lui toujours plus nombreux, et engendrant une multitude de fils et de filles spirituels.
Ce digne disciple de saint François d’Assise naquit le 25 mai 1887 à Pietrelcina, dans l’archidiocèse de Bénévent, de Grazio Forgione et de Maria Giuseppa De Nunzio. Il fut baptisé le lendemain et reçut le nom de François. À 12 ans, il fit sa Confirmation et sa première communion.
À 16 ans, le 6 janvier 1903, il entra au noviciat de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins à Morcone, où, le 22 du même mois, il revêtit l’habit franciscain et prit le nom de Frère Pio. Une fois achevée l’année du noviciat, il fit profession en émettant les vœux simples et, le 27 janvier 1907, les vœux solennels.
Après l’ordination sacerdotale, qu’il reçut le 10 août 1910 à Bénévent, il resta dans sa famille jusqu’en 1916, pour des raisons de santé. En septembre de la même année, il fut envoyé au couvent de San Giovanni Rotondo et il y demeura jusqu’à sa mort.
Enflammé de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, Padre Pio vécut pleinement sa vocation qui consistait à participer à la rédemption de l’homme, selon la mission spéciale qui caractérisa toute sa vie et qu’il réalisa par la direction spirituelle des fidèles, la réconciliation sacramentelle des pénitents et la célébration de l’Eucharistie. Le moment le plus éminent de son activité apostolique était celui où il célébrait la messe. Les fidèles qui y participaient y percevaient le sommet et la plénitude de sa spiritualité.
Dans le domaine de la charité sociale, il s’appliqua à soulager les souffrances et les misères de nombreuses familles, principalement par la fondation de la «Casa Sollievo della Sofferenza», inaugurée le 5 mai 1956.
Pour Padre Pio la foi était la vie: il voulait tout et faisait tout à la lumière de la foi. Il s’investissait continuellement dans la prière. Il passait la journée et une grande partie de la nuit en dialogue avec Dieu. Il disait: «Dans les livres nous cherchons Dieu, dans la prière nous le trouvons. La prière est la clé qui ouvre le cœur de Dieu». Sa foi le porta constamment à accepter la volonté mystérieuse de Dieu.
Il était en permanence immergé dans les réalités surnaturelles. Non seulement il était l’homme de l’espérance et de la confiance totale en Dieu, mais, par la parole et par l’exemple, il inspirait ces vertus à tous ceux qui l’approchaient.
L’amour de Dieu le remplissait, répondant à toutes ses attentes; la charité était le principe qui dirigeait ses journées: aimer Dieu et le faire aimer. Sa préoccupation particulière: grandir et faire grandir dans la charité.
Il manifesta le maximum de sa charité envers le prochain en accueillant, pendant plus de 50 ans, de très nombreuses personnes, qui accouraient à son ministère et à son confessionnal, à son conseil et à son réconfort. Il était comme assiégé : on le cherchait à l’église, à la sacristie, au couvent. Et il se donnait à tous, faisant revivre la foi, distribuant la grâce, portant la lumière. Mais il voyait l’image du Christ particulièrement dans les pauvres, en ceux qui souffrent ou qui sont malades, et il se donnait spécialement à eux.
Il a exercé de manière exemplaire la vertu de prudence, il agissait et conseillait à la lumière de Dieu.
Son intérêt était la gloire de Dieu et le bien des âmes. Il a traité toutes les personnes avec justice, loyauté et grand respect.
La vertu de force a brillé en lui. Il ne tarda pas à comprendre que son chemin serait celui de la croix, et il l’accepta aussitôt avec courage et par amour. Il fit l’expérience pendant de nombreuses années des souffrances de l’âme. Pendant des années, il supporta les souffrances de ses plaies avec une admirable sérénité.
Quand il fut objet d’enquêtes et que l’on restreignit son ministère sacerdotal, il accepta tout avec résignation et profonde humilité. Devant des accusations injustes et des calomnies, il sut toujours se taire, faisant confiance au jugement de Dieu, de ses supérieurs et de sa propre conscience.
Il employait habituellement la mortification pour obtenir la vertu de tempérance, conformément au style franciscain. Dans sa mentalité et dans son mode de vie, il était tempérant.
Conscient des engagements pris dans la vie consacrée, il observait avec générosité les vœux professés. Il a été obéissant en tout aux ordres de ses supérieurs, même lorsqu’ils étaient difficiles. Son obéissance était surnaturelle dans l’intention, universelle dans son étendue et intégrale dans son exécution. Il pratiqua l’esprit de pauvreté avec un total détachement de lui-même, des biens terrestres, des commodités et des honneurs. Il a toujours eu une grande prédilection pour la vertu de chasteté. Son comportement était modeste partout et avec tous.
Il s’estimait sincèrement inutile, indigne des dons de Dieu, rempli à la fois de misères et de faveurs divines. Face à l’admiration que lui portait beaucoup de monde, il répétait: «Je veux être seulement un pauvre frère qui prie».
Sa santé, depuis sa jeunesse, ne fut pas très florissante et, surtout au cours des dernières années de sa vie, elle déclina rapidement. «Sœur la mort» le frappa, alors qu’il était préparé et serein, le 23 septembre 1968, à l’âge de 81 ans. Ses obsèques furent célébrées en présence d’une foule tout à fait extraordinaire.
Le 20 février 1971, à peine trois ans après sa mort, parlant aux supérieurs de l’Ordre des Capucins, Paul VI disait de lui: «Regardez quelle renommée il a eue, quelle audience mondiale il a rassemblée autour de lui! Mais pourquoi? Peut-être parce qu’il était un philosophe? Parce qu’il était un sage? Parce qu’il avait des moyens à sa disposition? Parce qu’il célébrait la Messe avec humilité, confessait du matin au soir, et était, c’est difficile à dire, un représentant de notre Seigneur marqué de ses stigmates. C’était un homme de prière et de souffrance».
Déjà durant sa vie il jouissait d’une grande renommée de sainteté, due à ses vertus, à son esprit de prière, de sacrifice et de consécration totale au bien des âmes. Au cours des années qui ont suivi sa mort,la renommée de sa sainteté et de ses miracles est allée en se développant, devenant un phénomène ecclésial, répandu dans le monde entier, auprès de toutes les catégories de personnes.
Ainsi Dieu manifestait à l’Église sa volonté de glorifier sur terre son fidèle serviteur. Il ne se passa pas beaucoup de temps avant que l’Ordre des Frères Mineurs Capucins n’accomplît les étapes prévues par la loi canonique pour mettre en route la Cause de béatification et de canonisation. Toute chose examinée, le Saint-Siège, selon les normes du Motu proprio «Sanctitas clarior», concéda le Nihil obstat le 29 novembre 1982. L’Archevêque de Manfredonia put ainsi procéder à l’introduction de la Cause et à la réalisation du procès de reconnaissance (1983-1990). Le 7 décembre 1990, la Congrégation pour les Causes des Saints en reconnut la validité juridique. Une fois achevée la Positio, on discuta, comme d’habitude, pour savoir si Padre Pio avait pratiqué les vertus à un degré héroïque. Le 13 juin 1997, se tint l’assemblée spéciale des Consulteurs théologiens qui eut un résultat positif. Dans la session ordinaire du 21 octobre suivant, Mgr Andrea Maria Erba, Évêque de Velletri-Segni, étant chargé de la cause, les Cardinaux et les Évêques ont reconnu que Padre Pio de Pietrelcina a pratiqué à un degré héroïque les vertus théologales, cardinales et les autres.
Le 18 décembre 1997, en présence de Jean-Paul II, fut promulgué le décret sur l’héroïcité des vertus.
Pour la béatification de Padre Pio, la postulation a présenté au dicastère compétent la guérison de Madame Consiglia De Martino, de Salerne. À propos de ce cas, se déroula le Procès canonique régulier auprès du tribunal ecclésiastique de l’archidiocèse de Salerno-Campagna-Acerno, de juillet 1996 à juin 1997. Le 30 avril 1998, se tint, au siège de la Congrégation pour les Causes des Saints, l’examen du Conseil médical et, le 22 juin de la même année, l’assemblée spéciale des Consulteurs théologiens. Le 20 octobre suivant, au Vatican, se réunit la Congrégation ordinaire des Cardinaux et des Évêques membres du Dicastère. Le 21 décembre 1998, en présence de Jean-Paul II, fut promulgué le décret sur le miracle.
Le 2 mai 1999, place Saint-Pierre, au cours d’une célébration eucharistique solennelle, Sa Sainteté Jean-Paul II, de par son autorité apostolique, déclara Bienheureux le Vénérable Serviteur de Dieu Pio de Pietrelcina et établit la date du 23 septembre pour sa commémoration liturgique.
Pour la canonisation du Bienheureux Padre Pio, la postulation a présenté au dicastère compétent la guérison du petit Matteo Pio Colella de San Giovanni Rotondo. Le cas a été soumis à un procès canonique régulier devant le tribunal ecclésiastique de l’archidiocèse de Manfredonia-Vieste, du 11 juin au 17 octobre 2000. Le 23 octobre suivant, la documentation fut transmise à la Congrégation pour les causes des saints. Le 22 novembre 2001, à la Congrégation pour les causes des saints, on a procédé à l’étude de la consultation médicale. L’assemblée spéciale des théologiens consulteurs s’est tenue le 11 décembre et, le 18 du même mois, la session ordinaire des cardinaux et évêques. Le 20 décembre, en présence de Jean-Paul II, on a promulgué le décret sur le miracle. Le décret de canonisation a été promulgué le 26 février 2001.

Béatification (2 mai 1999)

Canonisation (16 juin 2002)

LE TEMPS DE NOEL AVEC PADRE PIO

http://saint.padre.pio.free.fr/meditation-noel.htm

LE TEMPS DE NOEL AVEC PADRE PIO

Méditation pour Noël

Présentation
Cette présentation de Noël pourra sembler au premier abord sombre, à l’encontre de la douceur qui inondait le coeur de Padre Pio et transparaissait sur son visage. Mais sans doute faut-il, au-delà des images et de certains mots, aller jusqu’au bout de ce mystère de l’incarnation : Padre Pio ne s’arrête pas, tant qu’il n’en a pas atteint le coeur ; et ce coeur, c’est l’amour: « Tout cela, il l’a fait par amour ; il ne nous invite qu’à l’amour, il ne nous parle que d’amour, il ne nous donne que des preuves d’amour ». Ainsi qu’il l’écrit, même si nous ne comprenons pas tout, chacun est capable d’en percevoir, d’en entendre quelque chose.
Le reste découle de cela. Le reste, ce n’est pas une vision misérabiliste, moralisatrice ou rigoriste, mais le débordement de l’amour comme humilité : humilité de Jésus et, en réponse, notre humilité. l’accent à plusieurs reprises sur la tendresse doit être noté ; il évite toute dérive hors de ce sublime mystère de Dieu devenu enfant

TEXTE
C’est au cœur de la nuit, au cours de la saison la plus rigoureuse, dans la grotte la plus glaciale, habitation des troupeaux plus que d’une créature humaine, que vint à la lumière, à la plénitude des temps, le Messie promis – Jésus – le Sauveur des hommes.
Aucun bruit autour de lui ; un bœuf et un âne réchauffent le pauvre Enfant nouveau-né ; une femme humble, un homme pauvre et fatigué en adoration devant lui.
Ne se font entendre que les vagissements et les pleurs de Dieu devenu enfant. Et par ces pleurs, par ces vagissements, il offre à la justice divine la première rançon pour notre réconciliation.
Depuis plus de quarante siècles il est attendu ; c’est avec des soupirs que les Patriarches en avaient invoqué la venue ; les auteurs sacrés avaient prophétisé clairement et le lieu et l’époque de sa naissance… Pourtant tout est silence et il semble que nul ne sait rien de ce grand avènement. Un peu plus tard seulement, des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les champs viennent lui rendre visite. Ils ont été avertis par des esprits célestes de cet avènement grandiose, et invités à se rendre à la grotte où il se trouve.
Qu’ils sont nombreux et importants, ô chrétiens, les enseignements qui partent de la grotte de Bethléem ! Oh, comme notre cœur doit se sentir brûlant d’amour pour celui qui s’est fait toute tendresse pour nous ! Comme nous devrions avoir au cœur le désir de conduire le monde entier à cette humble grotte, refuge du roi des rois, plus grande que tout palais humain, parce que trône et demeure de Dieu ! Demandons à ce divin Enfant de nous revêtir d’humilité, parce que seule cette vertu nous fera goûter ce mystère rempli de tendresse divine.
Les palais de l’Israël orgueilleux scintillent, mais ce n’est pas en eux qu’est venue au monde la Lumière ! Mettant leur assurance dans la grandeur humaine, baignant dans l’or : ainsi sont les notables de la nation juive ; les prêtres du temple sont pleins de vaine gloire et de superbe ; à l’encontre du sens véritable de la révélation divine ils attendent un Sauveur rabougri, venant dans le monde selon la grandeur humaine et la puissance.
Mais Dieu, qui a toujours à cœur de confondre la sagesse de ce monde, balaie leurs projets et, à l’encontre de l’attente de ceux qui sont privés de la sagesse divine, descend parmi nous dans la plus grande abjection, renonçant à naître dans l’humble maison de Joseph ou même dans celle d’un parent ou d’une connaissance dans la ville de Juda ; et, en quelque sorte rejeté par les hommes, il demande asile et secours à de vils animaux, choisissant leur demeure comme lieu de sa naissance, leur paille pour réchauffer son petit corps délicat. Il fait en sorte que le premier hommage lui soit rendu par de pauvres et rustres bergers qu’il a lui-même, par l’intermédiaire de ses anges, informés de ce grand mystère.
O sagesse et puissance de Dieu ! nous sentions le devoir de nous exclamer – entrés en extase avec ton Apôtre – combien tes jugements sont incompréhensibles et insondables tes voies ! Pauvreté, humilité, abjection et mépris entourent le Verbe fait chair ; nous, cependant, nous comprenons une chose de cette obscurité dans laquelle le Verbe fait chair est enveloppé, nous entendons une parole, nous entrevoyons une vérité sublime : Tout cela, il l’a fait par amour ; il ne nous invite qu’à l’amour, il ne nous parle que d’amour, il ne nous donne que des preuves d’amour.
L’Enfant céleste souffre et gémit dans la crèche, afin que la souffrance nous devienne aimable et méritoire, afin que nous la recherchions : il manque de tout afin que nous apprenions de lui le renoncement aux biens terrestres, il prend plaisir en ces pauvres et humbles adorateurs, pour nous pousser à aimer la pauvreté et à préférer la compagnie des petits et des simples à celle des grands de ce monde.
Ce petit Enfant, qui est tout mansuétude et douceur, veut insuffler en nos cœurs, par son exemple, ces vertus sublimes, afin que dans ce monde déchiré et bouleversé surgisse une ère de paix et d’amour. Par sa naissance il nous indique notre mission : mépriser ce que le monde aime et recherche.
Oh ! Prosternons-nous devant la crèche, et avec le grand saint Jérôme, le saint enflammé d’amour pour Jésus enfant, offrons-lui tout notre cœur, sans réserve ; et promettons-lui de suivre les enseignements qui viennent à nous depuis la grotte de Bethléem, et peuvent presque se résumer en ceci : Vanité des vanités, tout est vanité.

Benoît XVI: Bienheureuse Vierge Marie, reine par le service et l’amour

http://www.zenit.org/article-31650?l=french

CATÉCHÈSE DE BENOÎT XVI : AUDIENCE DU MERCREDI 22 AOÛT 2012

Bienheureuse Vierge Marie, reine par le service et l’amour

ROME, mercredi 22 août 2012 (ZENIT.org) – Marie exerce une « royauté de service et d’amour » en veillant sur nous, ses enfants, déclare en substance Benoît XVI. « C’est en nous aimant qu’elle est reine, en nous aidant dans toutes nos nécessités », a-t-il précisé.
Au cours de l’audience de ce mercredi 22 août 2012, donnée à Castelgandolfo, en la fête de la Bienheureuse Vierge Marie Reine, le pape a en effet rappelé l’origine et la signification de ce vocable. Il a exhorté les fidèles et les pèlerins à s’adresser avec confiance à celle qui peut tout obtenir de son Fils Jésus.
Catéchèse de Benoît XVI en italien
Chers frères et sœurs,
Nous célébrons aujourd’hui la mémoire liturgique de la Bienheureuse Vierge Marie invoquée sous le titre de « Reine ». L’institution de cette fête est récente, bien qu’elle soit ancienne par son origine et la dévotion qu’elle inspire : elle fut établie, en effet, par le vénérable Pie XII, en 1954, à la fin de l’Année mariale, qui en a fixé la date au 31 mai (cf. Lettre encyclique Ad caeli Reginam, du 11 octobre 1954 : AAS 46 [1954], 625-640). En cette circonstance, le pape déclara que Marie est reine plus que toute autre créature, en raison de l’élévation de son âme et de l’excellence des dons qu’elle a reçus. Elle ne cesse pas de prodiguer tous les trésors de son amour et de ses prévenances à l’humanité (cf. Discours en l’honneur de Marie Reine, 1er novembre 1954). Maintenant, suite à la réforme post-conciliaire du calendrier liturgique, la fête est située huit jours après la solennité de l’Assomption, pour souligner le lien étroit qui existe entre la royauté de Marie et sa glorification dans son âme et dans son corps, aux côtés de son Fils. Dans la Constitution sur l’Eglise du Concile Vatican II, nous lisons ceci : « Marie fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils » (Lumen Gentium, 59).
C’est l’origine de la fête de ce jour : Marie est Reine parce qu’elle est associée de manière unique à son Fils, sur son chemin terrestre comme dans la gloire du ciel. Le grand saint de Syrie, Ephrem le Syriaque, affirme au sujet de la royauté de Marie qu’elle dérive de sa maternité : elle est la Mère du Seigneur, du Roi des rois (cf. Is 9, 1-6) et elle nous indique Jésus qui est la vie, le salut et notre espérance. Le serviteur de Dieu Paul VI rappelait dans son Exhortation apostolique Marialis Cultus : « Dans la Vierge, tout se rapporte au Christ et tout dépend de lui : c’est pour lui que Dieu le Père, de toute éternité, l’a choisie comme Mère toute sainte et l’a parée de dons de l’Esprit à nul autre consentis » (n. 25).
Mais maintenant, nous pouvons nous demander : que veut dire l’expression Marie Reine ? Est-ce seulement un titre, lié à d’autres, et la couronne un ornement comme un autre ? Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cette royauté ? Comme nous l’avons déjà indiqué, c’est une conséquence de son union à son Fils, de son existence au ciel, c’est-à-dire en communion avec Dieu ; elle participe à la responsabilité de Dieu pour le monde, à l’amour de Dieu pour le monde. On se fait une idée ordinaire, commune, du roi ou de la reine : ce serait une personne de pouvoir, de richesse. Mais ce n’est pas le style de royauté de Jésus et de Marie. Pensons au Seigneur : la royauté et la manière d’être roi de Jésus est tissée d’humilité, de service, d’amour : c’est surtout servir, aider, aimer. Rappelons-nous que Jésus a été proclamé roi sur la croix par cette inscription écrite par Pilate : « Roi des Juifs » (cf. Mc 15, 26). A ce moment-là, sur la croix, il montre qu’il est roi ; et comment est-il roi ? En souffrant avec nous, pour nous, en nous aimant jusqu’au bout, et c’est ainsi qu’il gouverne et qu’il crée la vérité, l’amour, la justice. Ou bien pensons encore à un autre moment : lors de la dernière Cène, il se penche pour laver les pieds de ses amis. La royauté de Jésus n’a donc rien à voir avec celle des puissants de la terre. C’est un roi qui sert ses serviteurs ; c’est ce qu’il a démontré par toute sa vie. Et la même chose vaut aussi pour Marie : elle est reine dans son service rendu à Dieu pour l’humanité, elle est reine de l’amour dont elle vit le don de soi à Dieu pour entrer dans le dessein de salut de l’homme. A l’ange, elle répond : Me voici, je suis la servante du Seigneur (cf Lc 1, 38) et dans le Magnificat, elle chante : Dieu a regardé l’humilité de sa servante (cf Lc 1, 48). Elle nous aide. C’est justement en nous aimant qu’elle est reine, en nous aidant dans toutes nos nécessités ; elle est notre sœur, humble servante.
Et nous voici arrivés au point central : comme Marie exerce-t-elle cette royauté de service et d’amour ? En veillant sur nous, ses enfants : des enfants qui s’adressent à elle dans la prière, pour la remercier ou pour lui demander sa protection maternelle et son aide céleste, après s’être peut-être trompés de route, oppressés par la douleur ou par l’angoisse due aux tristes vicissitudes qui perturbent la vie. Dans la sérénité ou dans l’obscurité de nos existences, nous nous adressons à Marie, confiants dans son intercession continuelle pour qu’elle puisse nous obtenir de son Fils toutes les grâces et la miséricorde nécessaires à notre pèlerinage sur les routes du monde. A celui qui gouverne le monde et qui tient entre ses mains le destin de l’univers, nous nous adressons, confiants, par l’intermédiaire de la Vierge Marie. Depuis des siècles, elle est invoquée comme Reine des cieux ; huit fois, après la prière du rosaire, elle est implorée dans les litanies de la Sainte Vierge comme Reine des anges, des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges, de tous les saints et des familles. Le rythme de ces invocations anciennes et des prières quotidiennes comme le Salve Regina, nous aide à comprendre que la Sainte Vierge, notre Mère qui est à côté de son Fils Jésus dans la gloire du ciel, est toujours avec nous, dans le déroulement quotidien de notre vie.
Le titre de reine est donc un titre de confiance, de joie, d’amour. Et nous savons que celle qui a entre ses mains le sort du monde est bonne, qu’elle nous aime et nous aide dans nos difficultés.
Chers amis, la dévotion à la Vierge Marie est un élément important de la vie spirituelle. Dans notre prière, n’oublions pas de nous adresser à elle avec confiance. Marie ne manquera pas d’intercéder pour nous auprès de son Fils. En la regardant, imitons sa foi, sa disponibilité totale au projet d’amour de Dieu, son accueil généreux de Jésus. Apprenons de Marie à vivre. Marie est la Reine du ciel, proche de Dieu, mais elle est aussi notre mère, proche de chacun de nous, qui nous aime et écoute notre voix. Merci pour votre attention.
Salutations en français
Chers pèlerins de langue française, en ce jour où la liturgie fait mémoire de la Vierge Marie, invoquée sous son titre de Reine, je vous invite à faire de la dévotion envers elle un élément important de votre vie spirituelle. Adressez-vous à elle avec confiance ! Imitez sa foi et sa générosité pour accueillir Jésus dans votre vie ! Elle est la Reine du ciel, proche de Dieu, mais elle est aussi la mère qui est proche de chacun et de chacune de nous, qui nous aime et qui nous écoute. À tous, et particulièrement aux servants d’autels et au groupe de prière Padre Pio, venus de Nancy, je souhaite un bon séjour et une bonne fin de vacances.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

1234

De la vie à la Vie |
aadelforest |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Pourquoi suis-je sur terre
| la confrerie des playdébils
| Pueri Cantores de la Resurr...