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BENOÎT XVI – ADAM ET LE CHRIST ET LA DOCTRINE DE SAINT PAUL

26 septembre, 2017

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décapitation de Saint Paul

BENOÎT XVI – ADAM ET LE CHRIST ET LA DOCTRINE DE SAINT PAUL

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 3 décembre 2008

Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous nous arrêterons sur les relations entre Adam et le Christ, dont parle saint Paul dans la célèbre page de la Lettre aux Romains (5, 12-21), dans laquelle il remet à l’Eglise les lignes essentielles de la doctrine sur le péché originel. En vérité, dans la première Lettre aux Corinthiens, en traitant de la foi dans la résurrection, Paul avait déjà présenté la confrontation entre notre ancêtre et le Christ: « En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes; c’est dans le Christ que tous revivront… Le premier Adam était un être humain qui avait reçu la vie; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie » (1 Co 15, 22.45). Avec Rm 5, 12-21 la confrontation entre le Christ et Adam devient plus articulée et éclairante: Paul reparcourt l’histoire du salut, d’Adam à la Loi et de celle-ci au Christ. Ce n’est pas tellement Adam, avec les conséquences du péché sur l’humanité, qui se trouve au centre de la scène, mais Jésus Christ et la grâce qui, à travers Lui, a été déversée en abondance sur l’humanité. La répétition du « beaucoup plus » concernant le Christ souligne que le don reçu en Lui dépasse, de beaucoup, le péché d’Adam et les conséquences qu’il produit sur l’humanité, de sorte que Paul peut parvenir à la conclusion: « Mais là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). La comparaison que Paul effectue entre Adam et le Christ met donc en lumière l’infériorité du premier homme par rapport à la prééminence du deuxième.
D’autre part, c’est précisément pour mettre en évidence l’incommensurable don de la grâce, dans le Christ, que Paul mentionne le péché d’Adam: on dirait que si cela n’avait pas été pour démontrer l’aspect central de la grâce, il ne se serait pas attardé à traiter du péché qui « par un seul homme… est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort » (Rm 5, 12). C’est pour cette raison que si dans la foi de l’Eglise a mûri la conscience du dogme du péché originel, c’est parce qu’il est lié de manière indissoluble avec l’autre dogme, celui du salut et de la liberté dans le Christ. Nous ne devrions donc jamais traiter du péché d’Adam et de l’humanité en le détachant du contexte du salut, c’est-à-dire sans les placer dans le contexte de la justification dans le Christ.
Mais en tant qu’hommes d’aujourd’hui, nous devons nous demander: quel est ce péché originel? Qu’est-ce que Paul enseigne, qu’est-ce que l’Eglise enseigne? Est-il possible de soutenir cette doctrine aujourd’hui encore? Un grand nombre de personnes pense que, à la lumière de l’histoire de l’évolution, il n’y a plus de place pour la doctrine d’un premier péché, qui ensuite se diffuserait dans toute l’histoire de l’humanité. Et, en conséquence, la question de la Rédemption et du Rédempteur perdrait également son fondement. Le péché originel existe-il donc ou non? Pour pouvoir répondre, nous devons distinguer deux aspects de la doctrine sur le péché originel. Il existe un aspect empirique, c’est-à-dire une réalité concrète, visible, je dirais tangible pour tous. Et un aspect mystérique, concernant le fondement ontologique de ce fait. La donnée empirique est qu’il existe une contradiction dans notre être. D’une part, chaque homme sait qu’il doit faire le bien et intérieurement il veut aussi le faire. Mais, dans le même temps, il ressent également l’autre impulsion à faire le contraire, à suivre la voie de l’égoïsme, de la violence, de ne faire que ce qui lui plaît tout en sachant qu’il agit ainsi contre le bien, contre Dieu et contre son prochain. Saint Paul, dans sa Lettre aux Romains, a ainsi exprimé cette contradiction dans notre être: « En effet, ce qui est à ma portée, c’est d’avoir envie de faire le bien, mais non pas de l’accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (7, 18-19). Cette contradiction intérieure de notre être n’est pas une théorie. Chacun de nous l’éprouve chaque jour. Et nous voyons surtout autour de nous la prédominance de cette deuxième volonté. Il suffit de penser aux nouvelles quotidiennes sur les injustices, la violence, le mensonge, la luxure. Nous le voyons chaque jour: c’est un fait.
En conséquence de ce pouvoir du mal dans nos âmes s’est développé dans l’histoire un fleuve de boue, qui empoisonne la géographie de l’histoire humaine. Le grand penseur français Blaise Pascal a parlé d’une « seconde nature », qui se superpose à notre nature originelle, bonne. Cette « seconde nature » fait apparaître le mal comme normal pour l’homme. Ainsi, l’expression habituelle: « cela est humain » possède aussi une double signification. « Cela est humain » peut vouloir signifier: cet homme est bon, il agit réellement comme devrait agir un homme. Mais « cela est humain » peut également signifier la fausseté: le mal est normal, est humain. Le mal semble être devenu une seconde nature. Cette contradiction de l’être humain, de notre histoire doit susciter, et suscite aujourd’hui aussi, le désir de rédemption. Et, en réalité, le désir que le monde soit changé et la promesse que sera créé un monde de justice, de paix et de bien est présent partout: dans la politique, par exemple, tous parlent de cette nécessité de changer le monde, de créer un monde plus juste. Et cela exprime précisément le désir qu’il y ait une libération de la contradiction dont nous faisons l’expérience en nous-mêmes.
Le fait du pouvoir du mal dans le cœur humain et dans l’histoire humaine est donc indéniable. La question est: comment ce mal s’explique-t-il? Dans l’histoire de la pensée, en faisant abstraction de la foi chrétienne, il existe un modèle principal d’explication, avec différentes variations. Ce modèle dit: l’être lui-même est contradictoire, il porte en lui aussi bien le bien que le mal. Dans l’antiquité, cette idée impliquait l’opinion qu’il existe deux principes également originels: un principe bon et un principe mauvais. Ce dualisme serait infranchissable; les deux principes se trouvent au même niveau, il y aura donc toujours, dès l’origine de l’être, cette contradiction. La contradiction de notre être refléterait donc uniquement la position contraire des deux principes divins, pour ainsi dire. Dans la version évolutionniste, athée, du monde, la même vision revient. Même si, dans cette conception, la vision de l’être est moniste, on suppose que l’être comme tel porte dès le début en lui le mal et le bien. L’être lui-même n’est pas simplement bon, mais ouvert au bien et au mal. Le mal est aussi originel, comme le bien. Et l’histoire humaine ne développerait que le modèle déjà présent dans toute l’évolution précédente. Ce que les chrétiens appellent le péché originel ne serait en réalité que le caractère mixte de l’être, un mélange de bien et de mal qui, selon cette théorie, appartiendrait à l’étoffe même de l’être. C’est une vision qui au fond est désespérée: s’il en est ainsi, le mal est invincible. A la fin seul le propre intérêt compte. Et chaque progrès serait nécessairement à payer par un fleuve de mal et celui qui voudrait servir le progrès devrait accepter de payer ce prix. Au fond, la politique est précisément fondée sur ces prémisses: et nous en voyons les effets. Cette pensée moderne peut, à la fin, ne créer que la tristesse et le cynisme.
Et ainsi, nous nous demandons à nouveau: que dit la foi, témoignée par saint Paul? Comme premier point, elle confirme le fait de la compétition entre les deux natures, le fait de ce mal dont l’ombre pèse sur toute la création. Nous avons entendu le chapitre 7 de la Lettre aux Romains, nous pourrions ajouter le chapitre 8. Le mal existe, simplement. Comme explication, en opposition avec les dualismes et les monismes que nous avons brièvement considérés et trouvés désolants, la foi nous dit: il existe deux mystères de lumière et un mystère de nuit, qui est toutefois enveloppé par les mystères de lumière. Le premier mystère de lumière est celui-ci: la foi nous dit qu’il n’y a pas deux principes, un bon et un mauvais, mais il y a un seul principe, le Dieu créateur, et ce principe est bon, seulement bon, sans ombre de mal. Et ainsi, l’être également n’est pas un mélange de bien et de mal; l’être comme tel est bon et c’est pourquoi il est bon d’être, il est bon de vivre. Telle est la joyeuse annonce de la foi: il n’y a qu’une source bonne, le Créateur. Et par conséquent, vivre est un bien, c’est une bonne chose d’être un homme, une femme, la vie est bonne. S’ensuit un mystère d’obscurité, de nuit. Le mal ne vient pas de la source de l’être lui-même, il n’est pas également originel. Le mal vient d’une liberté créée, d’une liberté dont on a abusé.
Comment cela a-t-il été possible, comment est-ce arrivé? Cela demeure obscur. Le mal n’est pas logique. Seul Dieu et le bien sont logiques, sont lumière. Le mal demeure mystérieux. On l’a représenté dans de grandes images, comme le fait le chapitre 3 de la Genèse, avec cette vision des deux arbres, du serpent, de l’homme pécheur. Une grande image qui nous fait deviner, mais ne peut pas expliquer ce qui est en soi illogique. Nous pouvons deviner, pas expliquer; nous ne pouvons pas même le raconter comme un fait détaché d’un autre, parce que c’est une réalité plus profonde. Cela demeure un mystère d’obscurité, de nuit. Mais un mystère de lumière vient immédiatement s’y ajouter. Le mal vient d’une source subordonnée. Dieu avec sa lumière est plus fort. Et c’est pourquoi le mal peut être surmonté. C’est pourquoi la créature, l’homme peut être guéri. Les visions dualistes, même le monisme de l’évolutionnisme, ne peuvent pas dire que l’homme peut être guéri; mais si le mal ne vient que d’une source subordonnée, il reste vrai que l’homme peut être guéri. Et le Livre de la Sagesse dit: « Les créatures du monde sont salutaires » (1, 14 volg). Et enfin, dernier point, l’homme non seulement peut être guéri, mais il est guéri de fait. Dieu a introduit la guérison. Il est entré en personne dans l’histoire. A la source constante du mal, il a opposé une source de bien pur. Le Christ crucifié et ressuscité, nouvel Adam, oppose au fleuve sale du mal un fleuve de lumière. Et ce fleuve est présent dans l’histoire: nous voyons les saints, les grands saints, mais aussi les saints humbles, les simples fidèles. Nous voyons que le fleuve de lumière qui vient du Christ est présent, il est fort.
Frères et sœurs, c’est le temps de l’Avent. Dans le langage de l’Eglise, le mot Avent a deux significations: présence et attente. Présence: la lumière est présente, le Christ est le nouvel Adam, il est avec nous et au milieu de nous. La lumière resplendit déjà et nous devons ouvrir les yeux du cœur pour voir la lumière et pour nous introduire dans le fleuve de la lumière. Et surtout être reconnaissants du fait que Dieu lui-même est entré dans l’histoire comme nouvelle source de bien. Mais Avent veut aussi dire attente. La nuit obscure du mal est encore forte. C’est pourquoi nous prions dans l’Avent avec l’antique peuple de Dieu: « Rorate caeli desuper ». Et nous prions avec insistance: viens Jésus; viens, donne force à la lumière et au bien; viens là où dominent le mensonge, l’ignorance de Dieu, la violence, l’injustice; viens, Seigneur Jésus, donne force au bien dans le monde et aide-nous à être porteurs de ta lumière, artisans de paix, témoins de la vérité. Viens Seigneur Jésus!

BENOÎT XVI – « JE CROIS EN DIEU » (Abraham – le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux)

26 juin, 2017

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BENOÎT XVI – « JE CROIS EN DIEU » (Abraham – le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 23 janvier 2013

Chers frères et sœurs,

En cette Année de la foi, je voudrais aujourd’hui commencer à réfléchir avec vous sur le Credo, c’est-à-dire sur la profession de foi solennelle qui accompagne notre vie de croyants. Le Credo commence ainsi : « Je crois en Dieu ». C’est une affirmation fondamentale, apparemment simple dans son caractère essentiel, mais qui ouvre au monde infini de la relation avec le Seigneur et avec son mystère. Croire en Dieu implique l’adhésion à Lui, l’accueil de sa Parole et l’obéissance joyeuse à sa révélation. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « la foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle » (n. 166). Pouvoir dire que l’on croit en Dieu est donc à la fois un don — Dieu se révèle, va à notre rencontre — et un engagement, c’est une grâce divine et une responsabilité humaine, dans une expérience de dialogue avec Dieu qui, par amour, « parle aux hommes comme à des amis » (Dei verbum, n. 2), nous parle afin que, dans la foi et avec la foi, nous puissions entrer en communion avec Lui.
Où pouvons-nous écouter Dieu et sa parole ? C’est fondamentalement dans l’Écriture Sainte, où la Parole de Dieu devient audible pour nous et alimente notre vie d’« amis » de Dieu. Toute la Bible raconte la révélation de Dieu à l’humanité ; toute la Bible parle de foi et nous enseigne la foi en racontant une histoire dans laquelle Dieu conduit son projet de rédemption et se fait proche de nous les hommes, à travers de nombreuses figures lumineuses de personnes qui croient en Lui et qui se confient à Lui, jusqu’à la plénitude de la révélation dans le Seigneur Jésus.
À cet égard, le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux, que nous venons d’écouter, est très beau. On y parle de la foi et les grandes figures bibliques qui l’ont vécue sont mises en lumière, devenant un modèle pour tous les croyants. Dans le premier verset, le texte dit : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (11, 1). Les yeux de la foi sont donc capables de voir l’invisible et le cœur du croyant peut espérer au-delà de toute espérance, précisément comme Abraham, dont Paul dit dans la Lettre aux Romains qu’« espérant contre toute espérance, il a cru » (4, 18).
Et c’est précisément sur Abraham que je voudrais m’arrêter et arrêter notre attention, car c’est lui qui est la première grande figure de référence pour parler de foi en Dieu : Abraham le grand patriarche, modèle exemplaire, père de tous les croyants (cf. Rm 4, 11-12). La Lettre aux Hébreux le présente ainsi : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu: il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (11, 8-10).
L’auteur de la Lettre aux Hébreux fait ici référence à l’appel d’Abraham, raconté dans le Livre de la Genèse, le premier livre de la Bible. Que demande Dieu à ce patriarche ? Il lui demande de partir en abandonnant sa terre pour aller vers le pays qu’il lui indiquera. « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai » (Gn 12, 1). Comment aurions-nous répondu, nous, à une semblable invitation ? Il s’agit en effet d’un départ à l’aveugle, sans savoir où Dieu le conduira ; c’est un chemin qui demande une obéissance et une confiance radicales, auxquelles seule la foi permet d’accéder. Mais l’obscurité de l’inconnu — où Abraham doit aller — est éclairé par la lumière d’une promesse ; Dieu ajoute à son ordre une parole rassurante qui ouvre devant Abraham un avenir de vie en plénitude : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 2.3).
La bénédiction, dans la Sainte Écriture, est liée avant tout au don de la vie qui vient de Dieu et se manifeste tout d’abord dans la fécondité, dans une vie qui se multiplie, passant de génération en génération. Et à la bénédiction est liée aussi l’expérience de la possession d’une terre, d’un lieu stable où vivre et grandir en liberté et en sécurité, en craignant Dieu et en construisant une société d’hommes fidèles à l’Alliance, « un royaume de prêtres, une nation sainte » (cf. Ex 19, 6).
C’est pourquoi Abraham, dans le projet divin est destiné à devenir « le père d’un grand nombre de peuples » (Gn 17, 5 ; cf. Rm 4, 17-18) et à entrer dans une nouvelle terre où habiter. Pourtant Sara, sa femme, est stérile, elle ne peut avoir d’enfants ; et le pays vers lequel Dieu le conduit est loin de sa terre d’origine, il est déjà habité par d’autres populations, et il ne lui appartiendra jamais vraiment. Le narrateur biblique le souligne, bien qu’avec une grande discrétion : lorsque Abraham arrive sur le lieu de la promesse de Dieu : « Les Cananéens étaient alors dans le pays » (Gn 12, 6). La terre que Dieu donne à Abraham ne lui appartient pas, il est un étranger et il le restera toujours, avec tout ce que cela comporte : ne pas avoir de visées de possession, sentir toujours sa propre pauvreté, tout voir comme un don. Cela est aussi la condition spirituelle de qui accepte de suivre le Seigneur, de qui décide de partir en accueillant son appel, sous le signe de sa bénédiction invisible mais puissante. Et Abraham, « père des croyants », accepte cet appel, dans la foi. Saint Paul écrit dans la Lettre aux Romains : « Espérant contre toute espérance, il a cru, et ainsi il est devenu le père d’un grand nombre de peuples, selon la parole du Seigneur: Vois quelle descendance tu auras ! Il n’a pas faibli dans la foi : cet homme presque centenaire savait bien que Sara et lui étaient trop vieux pour avoir des enfants ; mais, devant la promesse de Dieu, il ne tomba pas dans le doute et l’incrédulité : il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis » (Rm 4, 18-21).
La foi conduit Abraham à parcourir un chemin paradoxal. Il sera béni mais sans les signes visibles de la bénédiction : il reçoit la promesse de devenir un grand peuple, mais avec une vie marquée par la stérilité de sa femme Sara; il est conduit dans une nouvelle patrie mais il devra y vivre comme un étranger ; et l’unique possession de la terre qu’il lui sera consentie sera celle d’un lopin de terre pour y enterrer Sara (cf. Gn 23, 1-20). Abraham est béni parce que dans la foi, il sait discerner la bénédiction divine en allant au-delà des apparences, en ayant confiance dans la présence de Dieu même lorsque ses voies lui paraissent mystérieuses.
Que signifie cela pour nous ? Lorsque nous affirmons : « Je crois en Dieu », nous disons comme Abraham: « J’ai confiance en toi ; je m’abandonne à toi, Seigneur », mais pas comme à Quelqu’un à qui avoir recours uniquement dans les moments de difficulté ou à qui consacrer certains moments de la journée ou de la semaine. Dire « Je crois en Dieu » signifie fonder sur Lui ma vie, faire en sorte que sa Parole l’oriente chaque jour, dans les choix concrets, sans peur de perdre quelque chose de moi. Lorsque, dans le rite du baptême, on demande par trois fois : « Croyez-vous » en Dieu, en Jésus Christ, dans l’Esprit Saint, la Sainte Église catholique et les autres vérités de foi, la triple réponse est au singulier : « Je crois », parce que c’est mon existence personnelle qui doit être transformée avec le don de la foi, c’est mon existence qui doit changer, se convertir. Chaque fois que nous participons à un baptême, nous devrions nous demander comment nous vivons quotidiennement le grand don de la foi.
Abraham, le croyant, nous enseigne la foi ; et, en étranger sur terre, il nous indique la véritable patrie. La foi fait de nous des pèlerins sur terre, insérés dans le monde et dans l’histoire, mais en chemin vers la patrie céleste. Croire en Dieu nous rend donc porteurs de valeurs qui souvent, ne coïncident pas avec la mode et l’opinion du moment, cela exige de nous d’adopter des critères et d’assumer des comportements qui n’appartiennent pas au mode commun de penser. Le chrétien ne doit pas avoir peur d’aller à « contre-courant » pour vivre sa foi, en résistant à la tentation de s’« uniformiser ». Dans un grand nombre de nos sociétés, Dieu est devenu le « grand absent » et à sa place, il y a de nombreuses idoles, des idoles très diverses et surtout la possession et le « moi » autonome. Et les progrès importants et positifs de la science et de la technique également ont introduit chez l’homme une illusion de toute puissance et d’auto-suffisance, et un égocentrisme croissant a créé de nombreux déséquilibres au sein des rapports interpersonnels et des comportements sociaux.
Pourtant, la soif de Dieu (cf. Ps 63, 2) ne s’est pas éteinte et le message évangélique continue de retentir à travers les paroles et les œuvres de tant d’hommes et de femmes de foi. Abraham, le père des croyants, continue d’être le père de nombreux enfants qui acceptent de marcher sur ses traces et qui se mettent en chemin, en obéissance à la vocation divine, en ayant confiance dans la présence bienveillante du Seigneur et en accueillant sa bénédiction pour se faire bénédiction pour tous. C’est le monde béni de la foi auquel nous sommes tous appelés, pour marcher sans peur en suivant le Seigneur Jésus Christ. Et il s’agit d’un chemin parfois difficile, qui connaît également les épreuves et la mort, mais qui ouvre à la vie, dans une transformation radicale de la réalité que seuls les yeux de la foi sont en mesure de voir et d’apprécier pleinement.
Affirmer « Je crois en Dieu » nous pousse alors à partir, à sortir continuellement de nous-mêmes, précisément comme Abraham, pour apporter dans la réalité quotidienne dans laquelle nous vivons la certitude qui nous vient de la foi: c’est-à-dire la certitude de la présence de Dieu dans l’histoire, aujourd’hui aussi : une présence qui apporte vie et salut, et nous ouvre à un avenir avec Lui pour une plénitude de vie qui ne connaîtra jamais de fin.

PAPE FRANÇOIS – 11. L’ESPÉRANCE NE DÉÇOIT PAS (CF. RM 5,1-5)

22 février, 2017

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PAPE FRANÇOIS – 11. L’ESPÉRANCE NE DÉÇOIT PAS (CF. RM 5,1-5)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 15 février 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dès notre enfance, on nous enseigne qu’il n’est pas beau de se vanter. Dans ma terre, on appelle ceux qui se vantent des «paons». Et c’est juste, parce que se vanter de ce que l’on est ou de ce que l’on a, dénote, outre un certain orgueil, également un manque de respect à l’égard des autres, en particulier à l’égard de ceux qui ont moins de chance que nous. Mais dans ce passage de la lettre aux Romains, l’apôtre Paul nous surprend, car il nous invite au moins à deux reprises à nous vanter. De quoi alors est-il juste de se vanter? Parce que si lui exhorte à se vanter, alors c’est qu’il existe quelque chose dont il est juste de se vanter. Et comment peut-on faire cela, sans offenser les autres, sans exclure personne?
Dans le premier cas, nous sommes invités à nous enorgueillir de l’abondance de la grâce dont nous sommes comblés en Jésus Christ, au moyen de la foi. Paul veut nous faire comprendre que, si nous apprenons à lire chaque chose à la lumière de l’Esprit Saint, nous nous apercevons que tout est grâce! Tout est don! Si nous faisons attention, en effet, à agir — dans l’histoire comme dans notre vie — ce n’est pas seulement nous, mais c’est avant tout Dieu. C’est Lui le protagoniste absolu, qui crée toute chose comme un don d’amour, qui tisse la trame de son dessein de salut et qui le porte à son accomplissement pour nous, à travers son Fils Jésus. Il nous est demandé de reconnaître tout cela, de l’accueillir avec gratitude et d’en faire un motif de louange, de bénédiction et de grande joie. Si nous faisons cela, nous sommes en paix avec Dieu et nous faisons l’expérience de la liberté. Et cette paix s’étend ensuite à tous les domaines et à toutes les relations de notre vie: nous sommes en paix avec nous-mêmes, nous sommes en paix en famille, dans notre communauté, au travail et avec les personnes que nous rencontrons chaque jour sur notre chemin.
Paul, toutefois, nous exhorte à nous enorgueillir également dans les épreuves. Cela n’est pas facile à comprendre. Cela nous apparaît plus difficile et il peut sembler que cela n’a rien à voir avec la condition de paix que l’on vient de décrire. Cela en constitue en revanche le présupposé le plus authentique, le plus vrai. En effet, la paix que nous offre et nous garantit le Seigneur ne doit pas être entendue comme l’absence de préoccupations, de déceptions, de manquements, de motifs de souffrance. S’il en était ainsi, dans le cas où nous réussissions à être en paix, ce moment finirait bientôt et nous tomberions inévitablement dans le désespoir. La paix qui jaillit de la foi est au contraire un don: c’est la grâce de faire l’expérience que Dieu nous aime et est toujours proche de nous, ne nous laisse pas seuls ne serait-ce qu’un instant de notre vie. Et cela, comme l’affirme l’apôtre, engendre la patience, parce que nous savons que, même dans les moments les plus difficiles et bouleversants, la miséricorde et la bonté du Seigneur sont plus grandes que toute chose et rien ne nous arrachera de ses mains et de la communion avec Lui.
Voilà donc pourquoi l’espérance chrétienne est solide, voilà pourquoi elle ne déçoit pas. Elle ne déçoit jamais. L’espérance ne déçoit pas! Elle n’est pas fondée sur ce que nous pouvons faire ou être, ni sur ce en quoi nous pouvons croire. Son fondement, c’est-à-dire le fondement de l’espérance chrétienne, est ce qu’il peut y avoir de plus fidèle et de plus sûr, c’est-à-dire l’amour que Dieu lui-même nourrit pour chacun de nous. Il est facile de dire: Dieu nous aime. Nous le disons tous. Mais pensez un peu: chacun de nous est-il capable de dire: je suis sûr que Dieu m’aime? Il n’est pas si facile de le dire. Mais cela est vrai. C’est un bon exercice, que de se dire à soi-même: Dieu m’aime. C’est la racine de notre sécurité, la racine de l’espérance. Et le Seigneur a déversé avec abondance dans nos cœurs l’Esprit — qui est l’amour de Dieu — comme artisan, comme garant, précisément afin de pouvoir alimenter en nous la foi et maintenir vivante cette espérance. Et cette sécurité: Dieu m’aime. «Mais en ce moment difficile?» — Dieu m’aime. «Et moi, qui ai fait cette chose laide et mauvaise?» — Dieu m’aime. Personne ne peut nous ôter cette sécurité. Et nous devons le répéter comme une prière: Dieu m’aime. Je suis sûr que Dieu m’aime. Je suis sûr que Dieu m’aime.
A présent, nous comprenons pourquoi l’apôtre Paul nous exhorte à nous vanter toujours de tout cela. Je me vante de l’amour de Dieu parce qu’il m’aime. L’espérance qui nous a été donnée ne nous sépare pas des autres, et ne nous conduit pas non plus à les discréditer ou à les marginaliser. Il s’agit en revanche d’un don extraordinaire, dont nous sommes appelés à devenir les «canaux», avec humilité et simplicité, pour tous. Et alors, notre gloire la plus grande sera d’avoir comme Père un Dieu qui ne fait pas de préférences, qui n’exclut personne, mais qui ouvre sa maison à tous les êtres humains, à partir des derniers et de ceux qui sont loin, afin que, en tant que ses fils, nous apprenions à nous réconforter et à nous soutenir les uns les autres. Et n’oubliez pas: l’espérance ne déçoit pas.
Je suis heureux de saluer les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes et les paroisses venant de France et de Suisse. Que l’Esprit Saint ouvre nos cœurs à l’amour dont Dieu nous a comblés pour que nous devenions en Jésus-Christ les témoins de l’espérance auprès de tous, en particulier des petits et des pauvres. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – [L'espérance chrétienne - source de réconfort mutuel et la paix (1 Thes 5,12 à 22)]

15 février, 2017

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PAPE FRANÇOIS – [L'espérance chrétienne - source de réconfort mutuel et la paix (1 Thes 5,12 à 22)]

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 8 février 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Mercredi dernier, nous avons vue que saint Paul, dans la première Lettre aux Thessaloniciens, exhorte à rester enracinés dans l’espérance de la résurrection (cf. 5, 4-11), avec cette belle parole «nous serons avec le Seigneur toujours» (4, 17). Dans le même contexte, l’apôtre montre que l’espérance chrétienne ne possède pas seulement un souffle personnel, individuel, mais communautaire, ecclésial. Nous espérons tous; nous avons tous l’espérance, également de manière communautaire.

C’est pourquoi le regard de Paul s’élargit immédiatement à tous les groupes qui composent la communauté chrétienne, en leur demandant de prier les uns pour les autres et de se soutenir réciproquement. Nous aider réciproquement. Mais pas seulement nous aider dans le besoin, dans les nombreux besoins de la vie quotidienne, mais nous aider dans l’espérance, nous soutenir dans l’espérance. Et ce n’est pas un hasard s’il commence précisément en faisant référence à ceux à qui est confiée la responsabilité et la direction pastorale. Ils sont les premiers à être appelés à nourrir l’espérance, et cela non parce qu’ils sont meilleurs que les autres, mais en vertu d’un ministère divin qui va bien au-delà de leurs forces. C’est pour cette raison qu’ils ont plus que jamais besoin du respect, de la compréhension et du soutien bienveillant de tout le monde.
L’attention se porte ensuite sur nos frères qui risquent davantage de perdre l’espérance, de tomber dans le désespoir. Nous venons toujours à connaissance de gens qui tombent dans le désespoir et font de mauvaises choses… Le désespoir les conduit à tant de mauvaises choses. La référence concerne celui qui est découragé, qui est faible, qui se sent écrasé par le poids de la vie et de ses propres fautes et ne réussit pas à se relever. Dans ces cas, la proximité et la chaleur de toute l’Eglise doivent se faire encore plus intenses et aimantes, et doivent prendre la forme exquise de la compassion, qui n’est pas avoir pitié: la compassion signifie pâtir avec l’autre, souffrir avec l’autre, m’approcher de celui qui souffre; un mot, une caresse, mais qui doivent venir du cœur; cela est la compassion. Pour celui qui a besoin de réconfort et de consolation. Cela est extrêmement important: l’espérance chrétienne ne peut se passer de la charité authentique et concrète. L’apôtre des nations lui-même, dans sa lettre aux Romains, affirme avec le cœur sur la main: «C’est un devoir pour nous, les forts — qui avons la foi, l’espérance, ou qui n’avons pas tant de difficultés —, de porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous plaît» (15, 1). Porter, porter les faiblesses des autres. Ensuite, ce témoignage ne reste pas enfermé dans les limites de la communauté chrétienne: il retentit dans toute sa vigueur également en dehors, dans le contexte social et civil, comme un appel à ne pas créer des murs mais des ponts, à ne pas rendre le mal pour le mal, à vaincre le mal par le bien, l’offense par le pardon — le chrétien ne peut jamais dire: tu me le paieras!, jamais; cela n’est pas un geste chrétien; l’offense est vaincue par le pardon —, à vivre en paix avec tous. Voilà ce qu’est l’Eglise! Et c’est ce que réalise l’espérance chrétienne, quand elle prend les traits forts et dans le même temps tendres de l’amour. L’amour est fort et tendre. C’est beau.
On comprend alors que l’on n’apprend pas à espérer seuls. Personne n’apprend à espérer seul. Cela n’est pas possible. L’espérance, pour se nourrir, a nécessairement besoin d’un «corps», dans lequel les divers membres se soutiennent et se ravivent réciproquement. Cela veut alors dire que, si nous espérons, c’est parce que beaucoup de nos frères et sœurs nous ont enseigné à espérer et ont gardé notre espérance vivante. Et parmi eux se distinguent les petits, les pauvres, les simples, les exclus. En effet, celui qui s’enferme dans son bien-être ne connaît pas l’espérance: il espère seulement dans son bien-être et cela n’est pas l’espérance: c’est une sécurité relative; celui qui s’enferme dans sa propre satisfaction, qui se sent toujours comme il faut, ne connaît pas l’espérance… Ceux qui espèrent sont en revanche ceux qui font chaque jour l’expérience de l’épreuve, de la précarité et de leurs propres limites. Ce sont ces frères qui nous donnent le plus beau témoignage, le plus fort, parce qu’ils demeurent fermes dans la confiance au Seigneur, en sachant que, au-delà de la tristesse, de l’oppression et du caractère inéluctable de la mort, la dernière parole sera la sienne, et ce sera une parole de miséricorde, de vie et de paix. Celui qui espère, espère entendre dire un jour ce mot: «Viens, viens à moi, mon frère; viens, viens à moi, ma sœur, pour toute l’éternité».
Chers amis, si — comme nous l’avons dit — la demeure naturelle de l’espérance est un «corps» solidaire, dans le cas de l’espérance chrétienne ce corps est l’Eglise, alors que le souffle vital, l’âme de cette espérance est l’Esprit Saint. Sans l’Esprit Saint on ne peut pas avoir d’espérance. Voilà alors pourquoi l’apôtre Paul nous invite à la fin à l’invoquer sans cesse. S’il n’est pas facile de croire, cela l’est encore moins d’espérer. Il est plus difficile d’espérer que de croire, cela est plus difficile. Mais quand l’Esprit Saint habite dans nos cœurs, c’est Lui qui nous fait comprendre que nous ne devons pas craindre, que le Seigneur est proche et qu’il prend soin de nous; et c’est Lui qui modèle nos communautés, dans une Pentecôte éternelle, comme signes vivants d’espérance pour la famille humaine. Merci.

 

VIE ET VOYAGES DE SAINT PAUL APÔTRE

15 novembre, 2016

http://www.cursillos.ca/action/st-paul/paul52-captivitecesare.html

VIE ET VOYAGES DE SAINT PAUL APÔTRE

52. Captivité à Césarée

Vue aérienne du port de l’ancienne Césarée

Vue aérienne du port à l’ancienne Césarée


Le port de Césarée, où Paul sera emprisonné, avait une longue histoire. Au 4e siècle avant notre ère, le roi de Sidon construisit un premier port très modeste et un petit village qui prit le nom de Tour de Strabon. En 63, Pompée accorda l’autonomie au village et, sept ans plus tard, l’empereur Auguste en fit don à Hérode le Grand qui découvrit là un chantier à sa mesure. D’immenses travaux firent surgir de la mer une jetée à l’arrière de laquelle fut creusé un port de trente-deux mètres de profondeur, «plus spacieux que le Pirée», qui mettait les bateaux à l’abri de toutes les tempêtes. Il fallut douze années pour terminer les travaux du port et de la ville. Hérode en fit sa capitale avec son palais tout en marbre blanc qui était une véritable merveille.
Aujourd’hui, les sables et les siècles ont englouti la ville et une bonne partie du port. En 1946, des fouilles archéologiques ont retrouvé les remparts élevés par Saint Louis au temps des croisades (13e s.) et les restes de la ville d’Hérode, avec son hippodrome et son théâtre. Dans les ruines du théâtre, on a découvert une inscription précisant qu’il avait été dédié à l’empereur Tibère par le «prefaectus Pontius Pilatus». C’est le plus ancien document épigraphique concernant Ponce Pilate.
Quand Paul pénètre dans la ville, le palais d’Hérode est devenu la résidence officielle des procureurs romains de Judée. Antonius Félix, un esclave affranchi par l’empereur Claude, est alors en poste depuis l’an 52. Il est dépeint par Tacite comme étant «cruel et débauché, exerçant le pouvoir royal avec une âme d’esclave». Pallas, son frère, fut le favori tout-puissant et le premier ministre de l’empereur Claude, de même que celui de Néron, au début de son règne. Grâce à lui, Félix fit une brillante carrière. La grande considération dont jouissait Pallas, à Rome, lui assurait l’impunité.
L’incarcération de Paul à Césarée durera deux longues années, période monotone pour un homme qui avait été en mouvement continue depuis plusieurs années! Quelques jours après son arrivée à Césarée, le grand-prêtre Ananie se présenta entouré d’un groupe d’anciens et d’un avocat romain, un débutant dont l’inexpérience éclate au tout début du plaidoyer. Le grand-prêtre eut peine à retenir un sourire, en entendant son avocat utiliser une flatterie lourde et maladroite. Selon l’avocat, grâce à Félix, le pays jouissait d’une paix profonde; sa prévoyance avait rétabli l’ordre dans la nation. C’est pourquoi les Juifs lui devaient une grande reconnaissance. En réalité, Félix était l’un des procureurs les plus détestés qu’avait connu le pays. Les Juifs le lui montrèrent d’ailleurs, deux ans plus tard, en l’accusant d’avoir massacré à Césarée plusieurs de leurs compatriotes et d’avoir mal conduit les affaires publiques, ce qui provoqua son rappel par Néron.
Sous l’influence des Sadducéens, on porta contre Paul des accusations sur le plan politique : Paul, serait un révolutionnaire dangereux, coupable de sédition, chef d’une secte non autorisée, d’une «religio illicita». Enfin, il aurait profané le Temple de Jérusalem en y introduisant un non-Juif. Chacun de ces délits était passible de la peine de mort.

Paul devant Félix
Devant Antonius Félix, le procureur romain de la Judée, Paul réfute les accusations du grand-prêtre Ananie
Félix avait assez d’expérience pour voir clair dans le jeu de «l’honorable grand prêtre» et des membres du Sanhédrin. Il se tourna vers Paul, curieux d’entendre ce qu’il dirait. Celui-ci parla avec sagesse et ramena la situation sur le terrain du droit religieux. «Voilà de nombreuses années que tu as cette nation sous ta juridiction; aussi est-ce avec confiance que je plaiderai ma cause.» Paul laisse ainsi sous-entendre : «Tu les connais bien!». Et alors il réfute l’accusation point par point, en insistant sur le fait qu’il n’est pas infidèle à la religion de ses pères qui professent la foi messianique. Son approche religieuse, contrairement à celle des Sadducéens, se situe sur le terrain de la Loi et des Prophètes. Son enseignement sur la résurrection est celle du judaïsme, religion protégée par l’État; donc on ne peut lui reprocher de favoriser une «religion illicite». Il s’agit donc de divergences à l’intérieur des frontières de la religion juive, ce qui n’intéresse pas les Romains.
Ce plaidoyer est la première apologie officielle du christianisme devant le pouvoir de Rome.
Les chrétiens du premier siècle adopteront ce point de vue et l’utiliseront pendant de longues années. Pour les tribunaux romains, la différence essentielle entre le judaïsme et le christianisme n’existait pas encore. Ce n’est que plus tard, à la fin du règne de Néron, que les Juifs commenceront à accuser le fondateur du christianisme d’avoir été crucifié «parce qu’il était opposé à César». La justice romaine acceptera alors la différence entre les deux religions et ce point de vue juridique sera reçu définitivement par l’empereur Domitien qui déclenchera les grandes persécutions.
À la suite de la rencontre avec la Sanhédrin, Félix donna ordre de rendre l’emprisonnement de Paul aussi supportable que possible (custodia militaris). Il sera gardé dans la prison du palais mais, sa captivité sera sans dureté inutile. Ses fidèles pourront le visiter et prendre soin de lui.
Paul espérait qu’après un certain temps la pression de Jérusalem prendrait fin et qu’il serait libéré. Or toutes les informations qui parvenaient à Félix prouvaient que la situation de Paul préoccupait toujours les juifs purs et durs ainsi que les Judéo-chrétiens. Il semble y avoir eu une alliance malsaine entre ces deux groupes très différents. Les rapports étroits entre le grand prêtre et Jacques, le frère de Jésus, permettent d’en venir à cette conclusion. De temps à autre, Félix faisait à Paul de légères allusions à une rançon. Derrière le soi-disant intérêt religieux, se cachait la cupidité, si caractéristique de nombreux serviteurs de l’État.
La détention à Césarée durait déjà depuis deux ans et la situation de Paul n’aurait pas changé si, en raison d’un incident sanglant, les événements ne s’étaient précipités. Césarée était une ville où Juifs et Grecs jouissaient des mêmes droits. Il y avait cependant souvent des affrontements entre les deux groupes. Au cours d’une mêlée, les Grecs furent battus et Félix intervint pour ordonner aux Juifs d’évacuer la rue. Sur leur refus, la cohorte passa à l’attaque, provoqua un massacre et brûla plusieurs maisons juives. Leur cri de révolte parvint jusqu’à Rome, où ils jouissaient d’une grande influence. Dans ses Anti­quités, Flavius Josèphe dénonce la mauvaise administration et l’antisémitisme de Félix. Cette fois, il avait dépassé les bornes. Pallas parvient à lui sauver la vie, mais en 60, il fut remplacé par Porcius Festus.

2- PAUL, L’APÔTRE INCONNU

20 octobre, 2016

http://www.cursillos.ca/action/st-paul/paul02-inconnu.htm

2- PAUL, L’APÔTRE INCONNU

Pour la plupart des chrétiens, Paul est un parfait étranger. Nous ne le connaissons pas ou le connaissons mal.

Il est vrai que souvent ses écrits nous parviennent à travers la deuxième lecture de l’eucharistie dominicale, en pièces détachées et sans lien avec la première lecture et l’évangile. Certains prêtres évitent même cette «deuxième lecture», et c’est très rare que le célébrant fasse une homélie sur le texte de saint Paul.
Statue de saint Paul devant St-Paul-HorslesMursS’il est mal connu, Paul n’en reste pas moins l’un des personnages les plus populaires de l’histoire de la chrétienté. Des centaines d’églises, de nombreuses paroisses, des milliers de volumes lui sont dédiés et, dans l’histoire de l’Art, nous retrouvons son portrait partout à travers les siècles. On nous le présente en peinture, sculpture, mosaïque, fresque, aquarelle, icône, ivoire, vitrail, enluminure, etc. Il est présent dans les catacombes, les cavernes, les palais, les maisons, les églises. Peu de grands personnages ont été représentés aussi souvent que saint Paul.

Personnage d’une rare intensité, il est déconcertant par ses contradictions
Après deux mil ans, il fait encore parler de lui. Son oeuvre missionnaire grandiose ne cesse de nous surprendre et de nous fasciner. Avec si peu de moyens, il a surmonté des obstacles énormes. Malgré une santé fragile, il s’est engagé dans des voyages périlleux, sur terre et sur mer.
Au cours de sa carrière missionnaire, Paul a affronté une opposition farouche de la part des Juifs, des Gentils et des judéo-chrétiens. Il a été victime des calomnies les plus odieuses et continuellement il a dû défendre son apostolat. On l’a attaqué sur tous les fronts. Parfois il a été trahi par ses propres disciples. Il fut arrêté, battu, flagellé, mis en prison, lapidé, expulsé et finalement décapité. Rien ne lui a été épargné jusqu’au jour de son martyre.
Pendant les premières années du christianisme, Paul a été le seul à comprendre que le message du Christ n’avait d’avenir qu’en s’adressant à tous et non seulement aux Juifs. Le christianisme se devait d’être universel ou il ne survivrait pas. Paul avait compris la mission universelle du Christ : «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit… » (Matthieu 28, 18)

Paul a imposé cette vision chrétienne longtemps avant que les quatre évangiles ne soient écrits.
Ce grand missionnaire a été pendant toute sa vie un personnage d’une rare intensité. Il est déconcertant par ses contradictions. Véritable mystique, il est aussi un organisateur hors pair. Doté d’un mauvais caractère, il est continuellement entouré de nombreux ami(e)s. Accusé d’être intolérant, misogyne, anti Juifs, il a travaillé avec plusieurs femmes, ce qui n’était pas acceptable dans la culture de son temps, et est resté véritablement Juif jusqu’à sa mort. Malgré son bouillant caractère, ses communautés lui sont restées fidèles jusqu’à la fin.

Pour connaître S. Paul, nous avons plusieurs sources.
Il y a d’abord ses lettres (13 en tout – j’exclus ici la lettre aux Hébreux). Ces Lettres parlent de ses voyages, de ses luttes constantes, de ses fondations d’églises, de ses nombreux conflits. Elles sont essentielles à la compréhension de la personnalité de Paul, de sa théologie et de son message. Les Épitres de Paul lèvent le voile sur la vie quotidienne des premières communautés chrétiennes.
Ensuite, nous avons les Actes des Apôtres de saint Luc, le grand admirateur et le chroniqueur de saint Paul. Il nous offre un portrait qui a peu d’équivalence dans l’histoire de l’Antiquité. Grâce à Luc, Paul est mieux connu que la plupart des grands personnages de la Rome antique.
Donc deux portraits : celui de Luc et celui de Paul lui-même. Il existe aussi quelques écrits un peu plus tardifs : les Actes de Paul, les Actes de Pierre, l’Épitre des Apôtres, le Didakê qui ajoutent à ces informations.
L’histoire de l’Empire romain et les découvertes archéologiques complètent le portrait de l’homme de Tarse. Elles nous font connaître les institutions, la culture, l’économie et les moyens de transport du premier siècle. Elles enrichissent ainsi notre connaissance de l’Apôtre et des communautés chrétiennes.
Les trois voyages missionnaires de Paul se situent entre les années 46 et 58 de notre ère.
Au commencement de ces voyages, Claude était empereur et à la fin, Néron, dirigeait l’Empire. Durant toutes ces années, le gouvernement impérial s’efforçait de concentrer le pouvoir et la richesse dans la Capitale. Cette politique remontait au siècle antérieur, quand la République avait cédé la place à l’Empire sous Jules César. Les empereurs cherchaient à maintenir la «Paix romaine» (Pax romana), qui favorisait le commerce international et la perception des impôts.

C’est à un monde multi-culturel que Paul adresse la Bonne Nouvelle du Christ
Au temps de Paul, la population de l’empire romain était d’environ 50 millions d’habitants, ayant des statuts très variés : il y avait les citoyens romains et les non citoyens, les gens des villes et ceux des campagnes, les hommes libres et les esclaves, les hommes et les femmes, les civils et les militaires. C’était un monde de disparités et d’injustices. Tout ceci va jouer un rôle important dans le succès du christianisme naissant.
Rome comptait alors environ 1.000.000 d’habitants, Éphèse 650.000, Antioche de Syrie 500.000, Tarse 300.000 et Jérusalem 25.000.
Dans l’Empire, il existait une culture commune. Partout on parlait et on pensait grec, même chez les Romains qui auraient bien voulu imposer le latin comme langue universelle, mais cela ne se produira que beaucoup plus tard.
Tout au long de ses voyages, Paul a profité des nombreuses colonies juives de la Diaspora (la dispersion des Juifs à travers l’empire). Dans presque toutes les villes il y avait des synagogues, ce qui lui permettait d’avoir un premier contact rapide partout où il passait.
Le monde de Paul est celui des grandes villes, ouvert, pluraliste et cosmopolite. C’est à ce monde multi-culturel que Paul adresse la Bonne Nouvelle du Christ.

DES COLLABORATEURS POUR LA MISSION – SAINT PAUL

23 juin, 2016

http://croire.la-croix.com/Definitions/Bible/Saint-Paul/Des-collaborateurs-pour-la-mission

DES COLLABORATEURS POUR LA MISSION – SAINT PAUL

Paul est-il aussi isolé que certains le prétendent ? Il est vrai que sa personnalité et son parcours le placent sur une autre trajectoire que celle des compagnons historiques de Jésus, Pierre, Jacques et les autres. Les conflits qu’il a connus avec eux, l’ont amené à prendre ses distances avec Antioche et même partiellement avec Jérusalem. Avec ses frères juifs aussi les relations sont douloureuses (cf. Romains 9,1-5). Paul a compris qu’il est fait pour défricher des terrains vierges. Il n’entend pas «se glorifier des travaux des autres» (2 Corinthiens 10,16), ni «construire sur les fondations d’un autre» (Romains 15,20). C’est une personnalité puissante qui a vocation à être un leader. Mais il ne faut pas en conclure qu’il est isolé. Le courant helléniste d’Antioche, ouvert sur le monde non-Juif, est venu le chercher parce qu’il reconnaissait dans le jeune converti l’un d’entre eux (Actes 11,19-20). Rappelons-nous que Paul a passé une douzaine d’années dans la communauté d’Antioche. C’est dire qu’il a participé à un vaste mouvement d’évangélisation dans lequel il a beaucoup reçu, et aussi beaucoup apporté.

Barnabé, Silas, Timothée Les Actes racontent sa collaboration avec Barnabé dans la première campagne missionnaire. Celui-ci a été son mentor, l’introduisant parmi les disciples de Jérusalem (Actes 9,26-27), allant le chercher à Tarse (Actes 11,24), et choisi avec lui pour la première campagne missionnaire (Actes 13,2-3). Dans les Actes, on repère la transition entre  Barnabé/Paul et Paul/Barnabé». Paul s’impose alors comme le chef de file, prédicateur efficace, dont la parole touche Juifs et païens. Pourtant Paul laisse à Barnabé la responsabilité des Églises nées dans cette première mission, préférant aller sans lui vers des terres vierges dont il se sentira vraiment responsable. À partir du second voyage, Paul s’attache les service de Silas et surtout de Timothée qu’il choisit à Derbé (Actes 16,1-3). Celui-ci devient un collaborateur étroit. Dans ses relations difficiles avec la communauté de Corinthe, Paul utilise Timothée, son «fils chéri et fidèle» comme intermédiaire (1 Corinthiens 4,17). Il veille sur lui au point de prévenir les Corinthiens turbulents : «Si Timothée vient chez vous, soyez attentifs à ce qu’il soit libéré de toute peur parmi vous, car c’est à l’œuvre du Seigneur qu’il travaille tout comme toi.» (1 Corinthiens 16,10).

Paul dit sa reconnaissance Paul utilise quelquefois l’expression : «ceux qui se sont fatigués» pour dire sa reconnaissance aux hommes et aux femmes qui l’ont aidé dans sa mission : «qui ont peiné dans le Seigneur» (Romains 16,12). Plus souvent il parle de collaborateurs «en Christ» (Romains 16,3) «dont les noms sont inscrits dans le livre de vie» (Philippiens 4,3). La formule laisse place assez vite dans la communauté chrétienne à des termes plus techniques : «Par la suite, l’emploi du mot « collaborateur » semble comme disparaître du vocabulaire néotestamentaire. Ce titre ministériel, à l’extension devenue trop large, tomba en désuétude.» (Charles Perrot). Signalons enfin que dans l’adresse de ses lettres pourtant si personnelles, Paul garde le souci de s’associer ceux qui ont travaillé avec lui : Silvain et Timothée (1 Thessaloniciens 1,1), Sosthène (1 Corinthiens 1,1), Timothée (2 Corinthiens 1,1), tous les frères qui sont avec moi (Galates 1,2), Timothée (Phimippiens 1,1). Paul a connu des épreuves, il a souvent travaillé dans une certaine solitude. Il a rencontré des résistances, il a souffert au point d’écrire une lettre aux Corinthiens dans les larmes (2 Corinthiens, 2,4). Il a parfois dû se battre contre «de faux frères» (2 Corinthiens 11,26) qui cherchaient à démolir ce qu’il avait construit. Mais, par sa passion pour l’Évangile, il a construit autour de lui des communautés fidèles au service de l’Évangile.

Père Alain Marchadour, bibliste -Février 2009

DES COLLABORATEURS POUR LA MISSION

14 juin, 2016

http://croire.la-croix.com/Definitions/Bible/Saint-Paul/Des-collaborateurs-pour-la-mission

DES COLLABORATEURS POUR LA MISSION

Paul est-il aussi isolé que certains le prétendent ? Il est vrai que sa personnalité et son parcours le placent sur une autre trajectoire que celle des compagnons historiques de Jésus, Pierre, Jacques et les autres. Les conflits qu’il a connus avec eux, l’ont amené à prendre ses distances avec Antioche et même partiellement avec Jérusalem. Avec ses frères juifs aussi les relations sont douloureuses (cf. Romains 9,1-5). Paul a compris qu’il est fait pour défricher des terrains vierges. Il n’entend pas «se glorifier des travaux des autres» (2 Corinthiens 10,16), ni «construire sur les fondations d’un autre» (Romains 15,20). C’est une personnalité puissante qui a vocation à être un leader. Mais il ne faut pas en conclure qu’il est isolé. Le courant helléniste d’Antioche, ouvert sur le monde non-Juif, est venu le chercher parce qu’il reconnaissait dans le jeune converti l’un d’entre eux (Actes 11,19-20). Rappelons-nous que Paul a passé une douzaine d’années dans la communauté d’Antioche. C’est dire qu’il a participé à un vaste mouvement d’évangélisation dans lequel il a beaucoup reçu, et aussi beaucoup apporté.

Barnabé, Silas, Timothée Les Actes racontent sa collaboration avec Barnabé dans la première campagne missionnaire. Celui-ci a été son mentor, l’introduisant parmi les disciples de Jérusalem (Actes 9,26-27), allant le chercher à Tarse (Actes 11,24), et choisi avec lui pour la première campagne missionnaire (Actes 13,2-3). Dans les Actes, on repère la transition entre  Barnabé/Paul et Paul/Barnabé». Paul s’impose alors comme le chef de file, prédicateur efficace, dont la parole touche Juifs et païens. Pourtant Paul laisse à Barnabé la responsabilité des Églises nées dans cette première mission, préférant aller sans lui vers des terres vierges dont il se sentira vraiment responsable. À partir du second voyage, Paul s’attache les service de Silas et surtout de Timothée qu’il choisit à Derbé (Actes 16,1-3). Celui-ci devient un collaborateur étroit. Dans ses relations difficiles avec la communauté de Corinthe, Paul utilise Timothée, son «fils chéri et fidèle» comme intermédiaire (1 Corinthiens 4,17). Il veille sur lui au point de prévenir les Corinthiens turbulents : «Si Timothée vient chez vous, soyez attentifs à ce qu’il soit libéré de toute peur parmi vous, car c’est à l’œuvre du Seigneur qu’il travaille tout comme toi.» (1 Corinthiens 16,10).

Paul dit sa reconnaissance Paul utilise quelquefois l’expression : «ceux qui se sont fatigués» pour dire sa reconnaissance aux hommes et aux femmes qui l’ont aidé dans sa mission : «qui ont peiné dans le Seigneur» (Romains 16,12). Plus souvent il parle de collaborateurs «en Christ» (Romains 16,3) «dont les noms sont inscrits dans le livre de vie» (Philippiens 4,3). La formule laisse place assez vite dans la communauté chrétienne à des termes plus techniques : «Par la suite, l’emploi du mot « collaborateur » semble comme disparaître du vocabulaire néotestamentaire. Ce titre ministériel, à l’extension devenue trop large, tomba en désuétude.» (Charles Perrot). Signalons enfin que dans l’adresse de ses lettres pourtant si personnelles, Paul garde le souci de s’associer ceux qui ont travaillé avec lui : Silvain et Timothée (1 Thessaloniciens 1,1), Sosthène (1 Corinthiens 1,1), Timothée (2 Corinthiens 1,1), tous les frères qui sont avec moi (Galates 1,2), Timothée (Phimippiens 1,1). Paul a connu des épreuves, il a souvent travaillé dans une certaine solitude. Il a rencontré des résistances, il a souffert au point d’écrire une lettre aux Corinthiens dans les larmes (2 Corinthiens, 2,4). Il a parfois dû se battre contre «de faux frères» (2 Corinthiens 11,26) qui cherchaient à démolir ce qu’il avait construit. Mais, par sa passion pour l’Évangile, il a construit autour de lui des communautés fidèles au service de l’Évangile.

Père Alain Marchadour, bibliste -Février 2009

L’ENSEIGNEMENT DE L’ESPRIT, ET NON DE LA SAGESSE HUMAINE

28 avril, 2016

http://www.bible-notes.org/article-549-l-enseignement-de-l-esprit-et-non-de-la-sagesse.html

L’ENSEIGNEMENT DE L’ESPRIT, ET NON DE LA SAGESSE HUMAINE

Une assemblée abondamment pourvue de dons spirituels et enrichie en toute connaissance, mais où il y avait beaucoup de désordres
Les caractères du vrai chrétien rappelés par Paul au début de l’épître
L’incapacité de discerner les choses de Dieu par la sagesse du monde et les dons de l’homme naturel
L’exemple de l’apôtre, un « homme en Christ » n’ayant aucune confiance en la chair
La communication de la sagesse divine par le Saint Esprit

Lire : 1 Corinthiens 1 et 2

Cette épître de l’apôtre Paul s’adresse non seulement à l’assemblée locale à Corinthe, mais également « aux sanctifiés dans le Christ Jésus, saints par appel, avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre » (1 : 2). Il n’y a donc là aucune limitation de lieu, de personne ni de temps. La lettre est destinée à tous les chrétiens qui reconnaissent l’autorité de Jésus Christ et de sa Parole. Tous ceux qui désirent Le servir fidèlement doivent serrer dans leur coeur les commandements qui se trouvent dans l’Ecriture et les mettre en pratique.
Les Corinthiens étaient tombés dans plusieurs pièges. Toutefois, à leur décharge, il convient de signaler qu’ils ne connaissaient pas encore toute la pensée révélée de Dieu. Etant plus instruits qu’eux, nous ne sommes que plus coupables si nous nous laissons surprendre par les ruses de l’ennemi.
Une assemblée abondamment pourvue de dons spirituels et enrichie en toute connaissance, mais où il y avait beaucoup de désordres
Ce qui distinguait nettement les Corinthiens des croyants actuels, c’est qu’ils ne manquaient d’aucun don. Ils avaient été enrichis, non seulement des dons miraculeux aujourd’hui perdus, mais en toute parole et toute connaissance. Cependant, hélas, ils se servaient de toutes ces bénédictions divines pour satisfaire leur orgueil spirituel. A plusieurs reprises, l’apôtre leur répète : « Vous êtes enflés d’orgueil ».
Il y avait aussi malheureusement parmi eux des fautes graves, à commencer par des dissensions et des divisions. Ce qui doit avoir du prix pour tous les chrétiens, c’est d’avoir la pensée de Christ. Il est la vérité – et cette vérité est indivisible.
A Corinthe, foyer d’idolâtrie et d’immoralité proverbiale, toutes sortes de maux avaient été manifestés au milieu de l’assemblée. Il y avait, par exemple, une fornication telle qu’elle n’existait pas même parmi les nations d’alors (5 : 1). Une tendance évidente à l’ivrognerie se manifestait aussi ; les fréquentes disputes finissaient devant les tribunaux de ce monde. De fausses doctrines avaient été introduites dans l’assemblée, niant en particulier la résurrection. Tout cela se déroulait paradoxalement au milieu d’une activité spirituelle tout à fait remarquable.
Or, malgré tant de choses humiliantes qui auraient dû peser sur leurs consciences, les Corinthiens cherchaient à s’instruire quant à des « points de détail ». Ils avaient posé des questions et l’apôtre Paul leur répond au cours de cette épître, sans manquer l’occasion de s’adresser à leur conscience et à leur coeur !
L’Esprit de Dieu, qui nous a conservé cette épître, se sert du désordre qui s’était développé parmi ces croyants pour nous instruire sur l’ordre qui convient dans l’Assemblée de Dieu. Nous proposons ci-après quelques réflexions à ce sujet en nous limitant essentiellement aux deux premiers chapitres.

Les caractères du vrai chrétien rappelés par Paul au début de l’épître
L’apôtre commence par définir ce qu’il faut entendre par un vrai chrétien : c’est un homme complètement condamné quant à sa vie précédente. Son existence, comme homme dans la chair, est terminée à la suite de l’oeuvre de Christ à la croix. Là, un jugement complet a eu lieu : Jésus a été « fait péché » à notre place et nous sommes « morts avec Lui » (2 Cor. 5 : 21 ; Rom. 6 : 8).
L’apôtre considère les Corinthiens comme étant sauvés, mais il estime qu’ils sont de « petits enfants » en Christ : « Je n’ai pas jugé bon de savoir quoique ce soit parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié », dit-il (2 : 2). Si nous réalisons que nous avons été jugés et définitivement condamnés à la croix, nous ne chercherons pas à nous donner de l’importance. La croix de Christ est la fin de l’homme pécheur.
A la fin du premier chapitre, on trouve un autre caractère du chrétien : « Vous êtes de lui dans le Christ Jésus, qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice et sainteté, et rédemption, afin que comme il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (v. 30-31). Sauvés, nous sommes une nouvelle création dans le Christ Jésus. Telle est notre position intouchable. Tout ce que possède chaque croyant lui a été donné par Dieu, en Christ et par Christ. Il n’y a plus de place pour le « vieil homme » et ses mauvais fruits.
Au chapitre 2, on trouve encore un autre caractère du croyant, sur lequel nous désirons insister : il possède l’Esprit de Dieu, cette puissance de la vie nouvelle. Elle le rend capable en particulier de comprendre les choses divines, qui sont révélées par la Parole de Dieu. L’homme « nouveau » a reçu cette puissance nouvelle : elle le conduit à se soumettre aux enseignements de la Parole.
L’état moral des Corinthiens n’était pas, hélas, en rapport avec les riches dons reçus. A ce sujet, il faut se souvenir que Dieu peut parfois agir par son Esprit au milieu des siens, sans que leur état spirituel soit à la hauteur de leurs dons !
L’incapacité de discerner les choses de Dieu par la sagesse du monde et les dons de l’homme naturel
A Corinthe, on se montrait souvent pleins d’admiration devant les capacités de l’homme « dans la chair » et de la sagesse « humaine » (Jac. 3 : 15). Même chez ces croyants, il existait des « écoles » comme dans le monde environnant, d’où un « esprit de parti » parmi eux. Certains s’attachaient plutôt à l’enseignement d’un homme instruit, tel que Paul ; d’autres étaient particulièrement attirés par un prédicateur éloquent, tel qu’Apollos, ou encore par un apôtre très énergique, comme l’était Pierre. D’aucuns même se réclamaient de Christ, considéré à leurs yeux simplement comme un chef d’école, de qualité – il est vrai- exceptionnelle !
Visiblement, on ne réalisait pas l’origine de tous les dons reçus (Eph. 4 : 8). D’où le désir, exprimé plus loin par Paul, que les croyants apprennent à ne pas s’enfler pour l’un contre l’autre. Il rappelle à chacun : « Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor. 4 : 6-7). Les mêmes tendances sont vivaces dans chacun de nos coeurs !
Si l’on prétend se servir des « capacités » de la sagesse de l’homme naturel pour prouver à des âmes la véracité des choses révélées par l’Ecriture, la croix de Christ est rendue vaine. Les Corinthiens étaient charnels – nous le sommes souvent aussi. Ils n’avaient pas encore compris que toute la sagesse du monde, tous les dons de l’homme naturel ne sont d’aucune valeur pour discerner les choses de Dieu. Celui qui a compris cela est affranchi : il ne s’enfle pas, il n’a plus de confiance en lui-même.
Justement, l’apôtre présente d’abord la croix : si elle est faiblesse et folie de Dieu (1 : 18-25) – du moins aux yeux des hommes -, elle est en réalité l’expression parfaite de sa sagesse et de sa puissance à salut ! Paul précise quels sont ceux que Dieu a voulu sauver par cette oeuvre merveilleuse : « Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, celles qui sont méprisées et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont » (1 : 27-29). Une telle énumération est de nature à rabaisser toutes les prétentions, celles des Corinthiens et de l’homme en général !
L’exemple de l’apôtre, un « homme en Christ » n’ayant aucune confiance en la chair
L’apôtre Paul se donne lui-même à tous comme exemple des effets de la grâce dans un coeur. Dieu l’avait amené à réaliser son propre néant, au début de sa carrière. Il avait alors compris, sur le chemin de Damas, que tout Juif zélé et orthodoxe qu’il soit, il était plongé dans d’épaisses ténèbres. De ses yeux étaient tombées comme des écailles et, création nouvelle, il avait été rempli du Saint Esprit.
Il peut rappeler aux Corinthiens : « Quand je suis allé auprès de vous, frères, je ne suis pas allé avec excellence de parole ou de sagesse, en vous annonçant le témoignage de Dieu « (2 : 1). La croix était le caractère de Christ qu’il prêchait avant tout, et qui mettait fin à toute prétention du côté de l’homme.
Paul était donc venu dans la faiblesse, la crainte et un grand tremblement (2 : 3). Aussi, peut-il affirmer qu’ils n’ont pu rien trouver ni dans sa personne ni dans ses paroles qui puissent les amener à penser qu’il avait confiance en la chair et dans la puissance de l’homme naturel. Ailleurs il peut dire : « Je connais un homme en Christ » (2 Cor. 12 : 2). Il n’y avait plus pour lui une autre place qu’il désire occuper !
La communication de la sagesse divine par le Saint Esprit
Le caractère essentiel du chrétien est bien de posséder cette puissance de la vie nouvelle : le Saint Esprit, qui seul peut sonder toutes choses, « même les choses profondes de Dieu » (2 : 10).
Mais avant d’en parler, l’apôtre évoque le mystère caché dès les siècles en Dieu – cette sagesse que seuls les « parfaits » – c’est-à-dire les hommes « faits », adultes, en contraste avec les petits enfants-, peuvent saisir. Dieu a donné au croyant une nature nouvelle, Sa propre nature. Nous sommes élus en Christ pour être « saints et irréprochables devant Dieu en amour » (Eph. 1 : 4). L’amour de Dieu repose sur nous comme il repose sur Christ, et selon la même mesure illimitée !
Ne pensons pas toutefois qu’un homme « parfait » soit à ce point affranchi du péché qu’il ne pèche plus du tout. Il sait que Dieu l’a introduit dans sa présence comme un nouvel homme en Christ, qu’il est uni à Lui, de sorte que Dieu voit son racheté en Christ ! Toutefois il convient de veiller constamment au jugement de soi-même ; alors on découvre ce qu’il y a dans son coeur – la vieille nature est toujours là. Nous sommes profondément humiliés des fruits qu’elle produit encore, et en constatant la manière insuffisante dont nous réalisons notre position céleste dès ici-bas.
Dieu nous a fait connaître et même sonder, par son Esprit, les desseins mystérieux de son coeur. Il a révélé à l’apôtre Paul plusieurs trésors de la vraie connaissance jusqu’alors cachés. Le Saint Esprit est le seul agent qui peut les faire aussi comprendre au coeur et à l’intelligence des croyants. « Celui qui est spirituel discerne tout » ; il reçoit les choses spirituelles par des moyens spirituels (2 : 13-15).

Que ton divin Esprit nous enseigne et nous guide,
Par ta sainte Parole agissant dans nos coeurs !

Les paroles et les écrits de l’apôtre lui ont été dictés par l’Esprit. Son enseignement ne contient rien qui soit le fruit de la sagesse de l’homme. C’est encore par l’Esprit que nous pouvons serrer dans nos coeurs et chérir ces vérités divines. Pour qu’il en soit ainsi, il faut que notre marche ne soit pas boiteuse, mais qu’elle glorifie Celui qui nous a appelés à son propre royaume et à sa propre gloire. L’Esprit peut ainsi prendre librement de ce qui est à Christ et nous le communiquer ; toutefois, si notre état ne convient pas, il doit premièrement travailler à nous amener à reconnaître et à confesser notre péché. Dans son amour, Il s’y emploie.
Quelle part bénie si nous pouvons avoir la pensée de Christ – la faculté intelligente de Christ avec ses pensées, comme le précise une note ! Possédant sa vie et son Esprit, nous pouvons comprendre, penser, jouir comme Lui. Nous sommes rendus capables d’avoir les mêmes affections, les mêmes désirs et la même joie que Lui.
Nous pouvons véritablement rendre culte « par l’Esprit de Dieu », nous qui « nous glorifions dans le Christ Jésus et n’avons pas confiance en la chair » (Phil. 3 : 3). C’est ainsi que Dieu est glorifié lorsqu’il nous rassemble autour du Seigneur pour lui offrir la louange (Ps. 50 : 23a) ; le souhait de l’apôtre Paul pour les Romains peut se réaliser aussi pour nous : « que, d’un commun accord, d’une même bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Rom. 15 : 6).

Quelle douceur dans ce culte de frères,
Où l’Esprit saint est notre directeur !
Dans ce concert de chants et de prières,
Par tous offert d’un accord et d’un coeur !

Que pouvons-nous instamment demander à notre Père, sinon d’être « remplis de l’Esprit », étant véritablement spirituels et non plus charnels ? Autrement, c’est l’ensemble du Corps de Christ qui souffrira et le Seigneur sera déshonoré. Dieu veut donner à chacun de ses enfants la manifestation de l’Esprit en vue de l’utilité (1 Cor. 12 : 7). Le désordre actuel dans l’Eglise montre à quel point l’Esprit Saint est attristé. Le fidèle en est affligé, il désire aider ses frères, mais il veille aussi à remplir le service que le Seigneur lui confie. C’est son privilège d’obéir en tout et malgré tout ; c’est ainsi qu’il lui sera donné de goûter aux choses profondes de Dieu, dès ici-bas !

SAINT PAUL – IL N’Y A PLUS NI ESCLAVE NI HOMME LIBRE.

3 mars, 2016

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SAINT PAUL – IL N’Y A PLUS NI ESCLAVE NI HOMME LIBRE.

par José Miguel Garcia

20/05/2014 -

Saint Paul demande à Philémon de traiter son serviteur Onésime comme un frère. Ses courriers étaient des lettres adressées à des amis. Dans ces lignes, il y avait une semence destinée à révolutionner l’histoire. Il y a quelques années, alors que je donnais un cours à l’université sur Les origines du christianisme, un étudiant avait mis en évidence des incohérences et contradictions présumées du christianisme, dans le but de montrer la fausseté de la proposition de vie de l’Église. Entre autres, il pointait du doigt le problème de l’esclavage. On pourrait résumer ainsi sa question, assez hautaine: «Comment est-ce possible que le christianisme prêche l’égalité entre les hommes et que, en même temps, il justifie l’esclavage? Car saint Paul, dans ses lettres, rappelle les esclaves à l’obéissance et à la fidélité envers leurs maîtres». En effet, en plusieurs passages de ses lettres (aux Colossiens, à Timothée), l’Apôtre conseille aux esclaves de bien se comporter avec leurs maîtres: «Vous, les esclaves, obéissez à vos maîtres d’ici-bas comme au Christ, avec crainte et profond respect, dans la simplicité de votre cœur. Ne le faites pas seulement d’une obéissance toute extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ qui accomplissent la volonté de Dieu de tout leur cœur, et qui font leur travail d’esclaves volontiers, pour le Seigneur et non pour des hommes» (Éph 6,5-7). QUELLE SOLUTION? Cependant, c’est justement en regardant ces lettres, qu’on peut voir avec clarté une des dynamiques les plus marquantes de la présence chrétienne dans le monde. Il s’agit d’écrits “privés”, envoyés à des amis ou des communautés d’amis. Un rien, face à la toute-puissance de l’apparat culturel et juridique de l’Empire. Pourtant, il y avait dans ces lettres quelque chose qui, dans les siècles, était destiné à changer l’histoire, même sur ce point décisif. Pour saisir la pensée de saint Paul, il est nécessaire de comprendre le contexte de l’institution sociale de l’esclavage dans le monde ancien. Les historiens estiment qu’environ la moitié de la population de l’époque était constituée d’esclaves, la plupart d’entre eux venant de butins de guerres. L’économie était régie en grande partie par les travaux réalisés par les esclaves. Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que le christianisme naissant eût pu ressentir l’urgence de s’attaquer à l’institution de l’esclavage. Il s’agissait d’un problème énorme, dont la solution impliquait un changement radical de la société. Il suffit de penser à la révolte des esclaves, guidée par Spartacus, contre laquelle Rome déchaîna toute sa fureur, jusqu’à la faire disparaître complètement. LA SUPPLICATION. Néanmoins, le christianisme naissant introduisait dans le monde une nouveauté qui, avec le temps, allait changer la société. La nouveauté était la personne du Christ, qui révèle la dignité de tout homme, et réalise ainsi l’égalité. C’est pour cela que, dans ses lettres, saint Paul non seulement conseille aux esclaves l’obéissance à leurs maîtres par amour du Christ, mais, en même temps, il invite ces maîtres à bien traiter leurs esclaves, au nom du Christ: «Et vous, les maîtres, agissez de même avec vos esclaves, laissez de côté les menaces. Car vous savez bien que, pour eux comme pour vous, le Maître est dans le ciel, et qu’il ne fait pas de différence selon les personnes» (Éph 6,9). Mais le texte paulinien le plus significatif au sujet de l’esclavage, est certainement la lettre à Philémon. Quand il l’écrit, saint Paul est en prison. Onésime, l’esclave fugitif de la maison de Philémon, venait de Colosses (comme on peut lire en Col 4,9). La raison de la fuite d’Onésime n’est pas indiquée dans le texte, mais on peut comprendre qu’en quelque sorte, il avait causé du tort à son maître. Et il est probable que le dégât provoqué fut assez grave, si bien qu’Onésime va demander l’aide d’un ami de son maître, en allant le chercher jusqu’en prison. Il était certainement au courant de la grande influence de saint Paul sur son maître. Après la salutation et l’action de grâce, le contenu de ce courrier est une intercession pour Onésime. Dans sa lettre, Paul affirme clairement la conversion au christianisme d’Onésime, qui est même devenu son collaborateur dans la prédication de l’Évangile (v. 13; Col 4,9). Sachant que tout esclave fugitif devait être rendu à son maître, Paul le renvoie de nouveau à Philémon, le suppliant de l’accueillir non seulement en tant qu’esclave, mais en tant que frère. Dans cette lettre, nous ne trouvons pas une réflexion au sujet de l’esclavage; cependant, la manière d’aborder le problème concret de la fuite d’Onésime nous montre avec clarté que la foi introduit une nouvelle conception de la réalité, et donc une nouvelle façon de la vivre. Saint Paul ne fait aucune allusion à l’abolition de l’esclavage, mais sa manière de traiter Onésime, ainsi que le rappel fait à son maître Philémon de l’accueillir comme un frère, introduit un nouvel ordre, un lien social différent de celui que l’on vivait à l’époque. En abordant ainsi le problème d’Onésime, Paul dépasse les grandes barrières de la société de son temps. C’est le Christ, qui élimine ces barrières: «Vous tous que le Baptême a uni au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus» (Gal 3,27-28). Dans ce texte, Paul exprime avec clarté le fait que la foi engendre une nouvelle relation entre les hommes: «J’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ […] S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé: il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur» (v. 10.15-16). Cette nouveauté dans les relations les plus proches, c’est le début d’un changement social. Comme nous le rappelle don Giussani, «le monde ne peut être changé que par un fragment de monde déjà changé. Toute autre tentative de changement du monde qui nous entoure, s’il ne part pas de ce qui est le plus proche, est velléitaire; et la proximité la plus proche est celle de se retrouver les uns avec les autres, émus par le même accent de l’annonce chrétienne, c’est-à-dire de la même vocation». Le grand souci de Paul est aussi que tous les chrétiens regardent et affirment le Christ, au-dessus de toute chose. C’est pour cela, qu’il arrive à dire: «Chacun doit rester dans la situation où il a été appelé. Toi qui étais esclave quand tu as été appelé, ne t’en inquiète pas; même si tu as la possibilité de devenir libre, tire plutôt profit de ta situation. En effet, l’esclave qui a été appelé par le Seigneur est un affranchi du Seigneur; de même, l’homme libre qui a été appelé est un esclave du Christ. Vous avez été achetés à un grand prix, ne devenez pas esclaves des hommes. Frères, chacun doit rester devant Dieu dans la situation où il a été appelé» (1Cor 7,20-24). JUSQU’A LA LOI. Dans notre vie, le point décisif est de suivre Jésus, dans la situation vécue par chacun. Tous sont un dans le Christ, qui est le Seigneur de tous. Dans la communauté chrétienne, ce n’est pas le statut social ou ce que l’on possède qui définit la personne, mais bien l’appartenance au Christ. C’est pour cela que des esclaves seront ordonnés prêtres, et pourront exercer des activités de gouvernement. Nous savons que Pie 1er (IIe siècle) et Calliste 1er (IIIe siècle) étaient des esclaves, et qu’ils furent élus Évêques de Rome. Dans les siècles suivants, on voit bien que cette conception va changer aussi ce qui est autour, jusqu’à la société. Jusqu’à combattre l’esclavage, même légalement. Elles apparaissaient comme bien peu de chose, ces lettres de saint Paul. Mais le vrai changement de l’homme, la possibilité de construire une société plus juste, prend son origine dans le Christ, puisque ce n’est qu’en Lui que l’humanité se révèle et s’accomplit. En dehors de cette relation, n’importe quelle tentative de solution des problèmes humains n’est que mensonge, et introduit une violence encore plus grande. Sa Présence, par contre, change l’histoire.

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