HOMMAGE DU PAPE BENOÎT À L’IMMACULÉE SUR LA PLACE D’ESPAGNE – 8 décembre 2007

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HOMMAGE DU PAPE BENOÎT À L’IMMACULÉE SUR LA PLACE D’ESPAGNE – 8 décembre 2007

Solennité de l’Immaculée Conception

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MURILLO

Chers frères et sœurs,

En ce rendez-vous devenu désormais traditionnel, nous nous retrouvons ici, sur la Place d’Espagne, pour offrir notre hommage floréal à la Vierge, le jour où toute l’Eglise célèbre la fête de son Immaculée Conception. Dans le sillage de mes Prédécesseurs, je m’unis moi aussi à vous, chers fidèles de Rome, pour faire halte avec affection et un amour filial aux pieds de Marie, qui veille désormais depuis cent cinquante ans sur notre ville du haut de cette colonne. Le geste d’aujourd’hui est donc un geste de foi et de dévotion que notre communauté chrétienne répète d’année en année, comme pour réaffirmer son engagement de fidélité envers Celle qui, dans toutes les circonstances de la vie quotidienne, nous assure de son aide et de sa protection maternelle.
Cette manifestation religieuse est dans le même temps une occasion pour offrir à ceux qui vivent à Rome, ou qui y passent quelques jours en tant que pèlerins et touristes, l’opportunité de se sentir, malgré la diversité des cultures, une unique famille qui se rassemble autour d’une Mère qui a partagé les fatigues quotidiennes de chaque femme et mère de famille. Une mère cependant tout à fait particulière, choisie par Dieu pour une mission unique et mystérieuse, celle d’engendrer à la vie terrestre le Verbe éternel du Père, venu dans le monde pout le salut de tous les hommes. Et Marie, Immaculée dans sa conception – ainsi la vénérons-nous aujourd’hui avec une pieuse reconnaissance -, a parcouru son pèlerinage terrestre soutenue par une foi intrépide, une espérance inébranlable et un amour humble et sans limites, en suivant les traces de son fils Jésus. Elle a été à ses côtés avec une sollicitude maternelle de sa naissance au Calvaire, où elle assisté à sa crucifixion pétrifiée par la douleur, mais inébranlable dans son espérance. Elle a ensuite fait l’expérience de la joie de la résurrection, à l’aube du troisième jour, du jour nouveau, lorsque le Crucifié a quitté son tombeau remportant pour toujours et de manière définitive la victoire sur le pouvoir du péché et de la mort.
Marie, dans le sein virginal de laquelle Dieu s’est fait homme, est notre Mère! En effet, du haut de la croix Jésus, avant de parvenir à l’accomplissement de son sacrifice, nous l’a donnée comme mère et nous a confiés à Elle comme ses fils. Mystère de miséricorde et d’amour, don qui enrichit l’Eglise d’une maternité spirituelle féconde. Aujourd’hui, chers frères et sœurs, nous tournons en particulier notre regard vers Elle et, en implorant son aide, nous nous disposons à mettre à profit chacun de ses enseignements maternels. Notre Mère céleste ne nous invite-t-elle pas à fuir le mal et à accomplir le bien en suivant docilement la loi divine inscrite dans le cœur de chaque chrétien? Elle qui a conservé l’espérance au plus fort de l’épreuve, ne nous demande-t-elle pas de ne pas perdre courage lorsque la souffrance et la mort frappent à la porte de nos maisons? Ne nous demande-t-elle pas d’envisager notre avenir avec confiance? La Vierge Immaculée ne nous exhorte-t-elle pas à être frères les uns des autres, tous réunis par l’engagement de construire ensemble un monde plus juste, solidaire et pacifique?
Oui, chers amis! Encore une fois, en ce jour solennel, l’Eglise indique Marie au monde comme le signe d’une espérance certaine et d’une victoire définitive du bien sur le mal. Celle que nous invoquons comme « pleine de grâce » nous rappelle que nous sommes tous frères et que Dieu est notre Créateur et notre Père. Sans Lui, ou encore pire contre Lui, nous les hommes, nous ne pourrons jamais trouver la route qui conduit à l’amour, nous ne pourrons jamais vaincre le pouvoir de la haine et de la violence, nous ne pourrons jamais construire une paix stable.
Que les hommes de toutes les nations et les cultures accueillent ce message de lumière et d’espérance: qu’ils l’accueillent comme un don des mains de Marie, Mère de l’humanité tout entière. Si la vie est un chemin, et que ce chemin devient souvent sombre, dur et difficile, quelle étoile pourra l’illuminer? Dans mon Encyclique Spe salvi, rendue publique au début de l’Avent, j’ai écrit que l’Eglise regarde Marie et l’invoque comme « étoile de l’espérance (n. 49). Dans notre voyage commun sur la mer de l’histoire, nous avons besoin de « lumières d’espérance », c’est-à-dire de personnes qui tirent la lumière du Christ « et qui offrent ainsi une orientation pour notre traversée » (ibid.). Et qui peut, mieux que Marie, être pour nous « Etoile d’espérance »? Par son « oui », par le don généreux de la liberté reçue du Créateur, Elle a permis à l’espérance des millénaires de devenir réalité, d’entrer dans ce monde et dans son histoire. A travers Elle, Dieu s’est fait chair, il est devenu l’un d’entre nous, il a dressé sa tente parmi nous.
C’est pourquoi, animés par une confiance filiale, nous lui disons: « Enseigne-nous, Marie, à croire, à espérer et à aimer avec Toi; indique-nous la voie qui conduit à la paix, la voie vers le royaume de Jésus. Toi, Etoile de l’espérance, qui nous attend avec impatience dans la lumière impérissable de la Patrie éternelle, brille sur nous et guide-nous à travers les événements de chaque jour, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen! »

Je m’associe aux pèlerins rassemblés dans les sanctuaires mariaux de Lourdes et de Fourvière pour honorer la Vierge Marie, en cette Année jubilaire du 150 anniversaire des apparitions de Notre-Dame à sainte Bernadette. Grâce à leur confiance en Marie et à son exemple, ils deviendront de véritables disciples du Sauveur. Par les pèlerinages, ils donnent de nombreux visages d’Eglise aux personnes qui sont en recherche et qui viennent visiter les sanctuaires. Dans leur chemin spirituel, ils sont appelés à déployer la grâce de leur Baptême, à se nourrir de l’Eucharistie, à puiser dans la prière la force pour le témoignage et la solidarité avec tous leurs frères en humanité. Puissent les sanctuaires développer leur vocation à la prière et à l’accueil des personnes qui veulent, notamment par le sacrement du Pardon, retrouver le chemin de Dieu. J’adresse aussi mes vœux cordiaux à toutes les personnes, notamment les jeunes, qui célèbrent dans la joie la fête de l’Immaculée Conception, évoquant particulièrement les illuminations de la métropole lyonnaise. Je demande à la Vierge Marie de veiller sur les habitants de Lyon et de Lourdes, et je leur accorde à tous, ainsi qu’aux pèlerins qui s’associent aux cérémonies, une affectueuse Bénédiction apostolique.

 

L’EXPÉRIENCE DE L’ALIÉNATION, PRÉLUDE À LA REDÉCOUVERTE DE DIEU?

 http://www.scourmont.be/Armand/writings/interiorite.htm

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Les voies d’une intériorité retrouvée

Conférence de Dom Armand Veilleux, de l’abbaye cistercienne de Mistassini [1]

L’EXPÉRIENCE DE L’ALIÉNATION, PRÉLUDE À LA REDÉCOUVERTE DE DIEU?

L’homme contemporain éprouve une grande difficulté à faire l’expérience de la présence de Dieu. De par sa formation religieuse il était habitué à rencontrer un Dieu immuable et intemporel à l’intérieur d’une existence stable rythmée par des temps de prière réguliers. Or il se retrouve aujourd’hui projeté dans des situations toujours nouvelles et changeantes qui ne laissent guère de place à l’expérience de l’immutabilité divine. Aussi son expérience est plus souvent celle de l’absence de Dieu que celle de sa présence. C’est en ce sens que Martin Buber parlait déjà en son temps de l’ « éclipse » de Dieu.
Et pourtant nous savons que l’homme n’a même pas à se mettre en présence de Dieu pour le rencontrer. Dieu nous est en effet plus présent que nous ne le sommes à nous-mêmes. Saint Paul dit que c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non, nous ne pouvons jamais ne pas être en sa présence. Celle-ci nous habite puisque notre vie est une participation à la vie divine, que notre respiration est une participation au souffle de vie déposé par Dieu en l’homme au matin de la création. Cette présence habite tous les hommes qui nous entourent, tout comme elle habite l’ensemble de l’univers fécondé par l’ombre de l’Esprit et travaillé par l’attente de la pleine adoption des fils de Dieu.
Si notre expérience de Dieu est le plus souvent celle de son absence que celle de sa présence, ce ne peut donc être que parce que nous sommes absents de nous- mêmes, et que nous vivons à la superficie de notre être et de la réalité qui nous entoure, emportés que nous sommes par le flot des situations changeantes et sans contact avec la réalité immuable qui les sous-tend.
Un phénomène capital : l’aliénation
Le problème de la présence ou de l’absence de Dieu n’est donc pas un problème théologique, mais un problème anthropologique. Et c’est un problème qui ne peut être résolu par un simple appel à la bonne volonté individuelle et à l’effort personnel. Il a des dimensions sociales, étant donné que nos diverses situations collectives peuvent aussi bien favoriser une rencontre de Dieu que la rendre pratiquement impossible.
Dieu est certes au coeur de chacune de nos situations collectives et individuelles, comme Yahvé a accompagné son peuple élu, fidèlement, à travers les péripéties de son histoire. Si nous n’arrivons pas, bien souvent, à faire, de nos jours, l’expérience de sa présence, c’est sans doute que nous vivons avec une acuité nouvelle ce phénomène que Marx et les psychologues modernes nous ont appris à connaître sous de nouveaux jours, mais qui est un phénomène aussi vieux que l’humanité ; l’aliénation.
Obligé de se resituer constamment face à de nouveaux contextes et à de nouvelles conditions de vie, l’homme contemporain éprouve beaucoup la difficulté et parfois l’impossibilité de trouver, de conserver ou de retrouver son identité. En tant que collectivité, nous semblons avoir largement perdu le contact avec nos racines intérieures ; nos systèmes de valeurs ont été bouleversés et nous retrouvons difficilement la voie de l’intériorité. Perdus clans le dédale des questions qui nous assaillent et nous tourmentent, nous ne trouvons plus le chemin conduisant au « questionneur que nous sommes.
Si paradoxal que cela puisse paraître, c’est peut-être cette expérience aiguë de l’aliénation qui nous ouvrira la voie vers une redécouverte de l’intériorité perdue au cours de l’euphorie du développement industriel et technique. Si l’expérience de l’aliénation a évidemment des effets négatifs, elle peut avoir aussi des effets positifs. Car l’homme découvre les véritables dimensions de son être aussi bien à travers ses tensions intérieures et ses frustrations qu’à travers sa vertu, et sa piété ; aussi bien à travers ses angoisses qu’à travers sa certitude de posséder la vérité. Il y a en l’homme une aspiration vers le dépassement et une attraction vers le néant. Et il est nécessaire de faire l’expérience de l’une et de l’autre. Les deux expériences sont préalables à l’expérience de Dieu.
C’est, bien sûr, une expérience dramatique de passer à travers la présente aliénation collective qui se manifeste dans des phénomènes tels que, sur le plan individuel, l’instabilité psychologique, le retard de la maturation, l’attrait de la drogue et des autres évasions ; et, sur le plan social, la résistance croissante à tout ordre social et l’anarchie, d’un côté, aussi bien que la poussée totalitaire, de l’autre. Ces réalités que la présente négociation du front commun nous rend aussi tangibles qu’on puisse le désirer, ont l’avantage de nous révéler les tragédies cachées et intérieures de notre civilisation. Sous toutes ses formes cette expérience d’aliénation peut donc être comprise comme une révélation de l’ambiguïté que tout homme porte au fond de son coeur et qui ternit au moins quelque peu chacune de ses actions.
Saint Paul nous avait parlé de cette ambiguïté : Je fais le mai que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je veux. Et toute l’attente messianique et eschatologique de la spiritualité judéo-chrétienne avait été sous-tendue jusqu’à notre époque par une conscience de la déchéance de l’homme de sa dignité primitive et par le besoin d’une transformation rédemptrice. Dans l’euphorie d’une transformation sociale et d’un progrès technique accélérés, l’homme occidental a perdu à notre époque ce sens du péché et cette conscience d’un besoin de rédemption. Aveuglé par un sens exagéré du progrès, il a été empêché de reconnaître les forces négatives et aliénantes à l’œuvre dans le monde nouveau qu’il. est en train de créer. Le chaos actuel nous ramène heureusement à plus de réalisme sur nous-mêmes et sur notre situation.
Sur le chemin de retour à l’intériorité, c’est donc d’abord non pas la présence de Dieu mais celle des forces du mal que l’homme rencontre. Et cela est normal. Le Christ, après son baptême, est conduit au désert pour y être tenté par Satan ; et les premiers moines s’enfonçaient au coeur du désert non pas d’abord pour y trouver un bienheureux repos dans les consolations d’une union sentie avec Dieu, mais bien plutôt pour aller affronter sur son propre terrain le prince des ténèbres, à la suite et aux côtés du Christ. Pour nous, aujourd’hui, qui aspirons à faire l’expérience de la présence de Dieu au coeur d’un monde en continuelle mutation et en état de profondes convulsions, notre premier pas pour y arriver est peut-être de savoir identifier les forces démoniaques à l’œuvre dans notre société. D’ailleurs, alors que nous avons cessé de parler de Satan, il est significatif qu’il ait fait sa rentrée fracassante dans la littérature, le théâtre et le cinéma (Rosemary’s Baby, L’Exorcisme, Les enfants du sabbat d’Anne. Hébert, etc.).
Les symboles…
Pour poursuivre cette voie d’exploration à l’intérieur de notre existence, vers une plus grande intériorité, nous avons besoin de symboles qui sont les structures d’interprétation de notre existence et de l’univers. Sans leur secours, l’homme se retrouve vite au coeur d’un univers sans signification, où il n’y a que des faits juxtaposés et où il est lui-même simplement l’un de ces faits. Toutes les grandes religions du passé, reconnaissant l’aliénation foncière de l’homme d’avec lui-même et d’avec la réalité, avaient élaboré tout un univers de symboles et de mythes par lesquels l’homme puisse entrer en contact avec Tes forces vives du cosmos et avec Dieu, et transformer en forces libératrices et en expériences salvatrices sa situation d’aliénation. La tradition judéo- chrétienne avait assumé plusieurs de ces grands symboles collectifs fondamentaux. Beaucoup de ces symboles sont à la base de la vie sacramentaire et de la spiritualité chrétienne. C’est par exemple celui de la mort et de la résurrection ou encore celui de la marche, de la voie, récupéré par Mao-Tsé-Tung et qui a conféré une dimension proprement mystique à sa « Longue Marche ». Il me semble important qu’après une période de rationalisme et de soi-disant réalisme, nous retrouvions, dans une sorte de « seconde naïveté », le contact avec ce monde du sacré qu’est le monde des symboles. …
…les disciplines
Mais un univers de symboles, de rites, de révélations serait incapable de réaliser une guérison de l’aliénation intérieure et extérieure de l’homme sans le secours de disciplines spirituelles pouvant lui permettre de faire l’expérience de son propre être et de la réalité divine.. Les grandes religions asiatiques ont été à cet égard d’une richesse inégalée, qu’il s’agisse des diverses formes de yogas de la tradition hindoue ou bien du zen ou encore des méthodes chinoises du Taoïsme ou du Confucianisme.
La tradition chrétienne a connu elle aussi ses formes de discipline spirituelle basées sur l’enseignement des Pères et l’ascèse des premiers moines. Ces méthodes ont certes un fondement surnaturel profond, mais leur base naturelle, c’est-à-dire la base physique et psychologique est beaucoup plus faible que celle des grandes disciplines spirituelles d’Asie. C’est pourquoi on peut se réjouir de voir se manifester en Occident une découverte des méthodes orientales, en même temps qu’un renouveau timide des méthodes chrétiennes de prière et de méditation. Aucune de ces méthodes n’est cependant facile. On est souvent porté à les utiliser comme de simples « techniques », alors qu’elles sont, de leur nature, avant tout un mode de vie, de pensée et d’être d’une exigence extrême. La façon dont beaucoup d’Occidentaux les utilisent les vide de leur sens religieux et les réduit à n’être plus que des moyens faciles de concentration, surtout lorsqu’il s’agit de formes aussi commercialisées, appauvries et occidentalisées que la Méditation Transcendantale.
…le maître spirituel
Pour arriver à une véritable présence à soi et à Dieu une autre médiation s’est toujours avérée nécessaire, à côté de ces disciplines et des symboles — celle d’un maître spirituel. En ce domaine également nous pouvons avoir beaucoup à apprendre au contact des grandes traditions orientales qui rejoignent souvent l’enseignement et l’expérience des Pères du désert. Quelques grands maîtres incarnent de nos jours, en Amérique, ce charisme de la direction spirituelle. On pourrait mentionner le Swami Saccidananda dans la tradition yoga, Sazuki Roshi du Mount Maldy Zen Center dans la tradition Zen, et le Guru Bativedanta dans la tradition de dévotion hin­doue. Rabbi Abraham Heschel représente ce charisme dans la tradition juive hassidique et dans le catholicisme on pourrait signaler des hommes comme Jean Vanier et, par le passé, un Thomas Merton qui eut une influence personnelle sur un nombre extraordinaire de personnes. Si Von veut avoir un exemple à la fois extrêmement charmant et profond de direction spirituelle à notre époque, il faut lire la sagesse du chaman indien du Mexique, Juan Matus, rapportée par son disciple Carlos Castaneda.
Encore une fois, ces trois médiations : les structures d’interprétation que sont les symboles, les disciplines et enfin le maître spirituel nous conduisent, sur la voie de l’intériorité, d’abord vers une conscience plus vive de nos ambiguïtés personnelles. Elles nous permettent ainsi -d’assumer avec tendresse et miséricorde les ambiguïtés, les confusions, les médiocrités, les tensions et les contradictions de notre époque. Elles nous rendent aussi possible d’en discerner avec sérénité les aspects démoniaques.
Des questions angoissantes pour le christianisme et les grandes religions
Nous avons déifié le processus historique et le développement technique au point d’en faire de véritables idoles. C’est là une perversion très subtile de quelque chose de fondamental dans notre tradition religieuse judéo-chrétienne. Le Peuple d’Israël a toujours fait l’expérience de Yahvé comme celle de Dieu intervenant dans l’histoire. Chez les prophètes le jour du Seigneur qui vient polarise tous les événements de l’histoire. Et l’on retrouve la même attente dans la Marana tha final de l’Apocalypse de Jean. Ce jour du Seigneur est décrit comme une période de paix et d’abondance ; il signifiera un changement profond dans la constitution même du monde. En ce jour-là le lion et l’agneau reposeront ensemble, l’enfant mettra sa main sur le trou de la vipère, les épées seront transformées en socs de charrues et toutes les nations viendront à la montagne du Seigneur.
Cette perspective historique du salut, cette tension dynamique vers le jour à venir éclaire toute la tradition occidentale et fi est même impossible de comprendre en dehors d’elle tous les mouvements politiques et sociaux du monde occidental. Cela est extrêmement clair, par exemple, dans la révolution bolchévique qui s’est considérée comme l’incarnation du dynamisme historique des siècles et s’est donné pour mission l’abolition d’un monde révolu et la libération définitive de l’homme par l’établissement d’un mode nouveau et supérieur d’existence. On retrouve la même mystique dans toutes les utopies révolutionnaires de notre époque, aussi bien que dans nos démocraties libérales. C’est la base du messianisme américain enraciné dans la conviction que l’Amérique, née d’une Europe décadente, était la dernière grande espérance pour amener l’humanité à une nouvelle naissance.
L’ère de « l’homo oeconomicus »
Mais un tournant décisif s’est opéré au début de notre époque. Dans toutes les cultures du passé, quoique sous diverses formes, la grande aspiration religieuse de l’homme consistait dans l’expérience spirituelle de la présence divine et dans la participation à la vie de Dieu. Or, le sens aigu du développement ontologique avec Hegel, du développement social avec Marx, du développement physiologique avec Darwin et de la perception de l’homme contemporain comme une transition vers le surhomme avec Nietzsche a conduit à placer la religion de l’homme non plus dans l’expérience de la présence de Dieu mais dans l’expérience d’un monde terrestre autonome devant arriver à sa perfection simplement par la transformation sociale de l’homme lui- même et par la maîtrise scientifique et technique de son environnement. La science et les idéaux sociaux sont devenus les substituts de la mystique. Avec cette dimension mystique et son efficacité extérieure la science a pu prétendre offrir à la fois une analyse de la condition humaine et une façon de transformer celle-ci.
Cette évolution historique nous a fait déboucher sur une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, celle de l’homo oeconomicus. La préoccupation ultime de l’homme est désormais placée dans les réalisations matérielles. Ceci est très clair par exemple dans notre société québécoise où toutes les politiques gouvernementales sont élaborées en fonction de priorités économiques et où les revendications syndicales véhiculent exactement la même philosophie. Nous vivons donc dans un contexte social et culturel explicitement et profondément athée. Et cela n’est pas sans lourdes conséquences pour quiconque aspire encore à vivre l’expérience de la présence de Dieu.
Des questions angoissantes se posent alors et ne peuvent être éludées. S’il est vrai qu’existe une incompatibilité entre Dieu et Mammon, est-il possible de prétendre prier, de prétendre vivre de la présence de Dieu au sein d’une société vendue à l’idole de l’homo œconomicus sans se dissocier explicitement de ses structures idolâtriques ? Nos compromissions collectives avec des aspects matérialistes et athées de notre organisation sociale et politique ne sont-elles pas la cause d’une certaine anémie spirituelle ? L’expérience de la présence de Dieu est-elle possible sans pauvreté ? Le peu de résultats récoltés par l’Église malgré une dépense énorme d’énergie ne provient-il pas de son inféodation non- critique à un type de société dont les structures nient l’expérience de Dieu ?
L’impasse actuelle du christianisme
De fait, toutes les grandes religions sont arrivées de nos jours à une impasse. Cette impasse n’est pas le résultat de l’avènement d’un monde séculier et laïque. C’est plutôt l’inverse qui s’est produit, car à la fin du 18ème et au début du 19ème siècle, on constate que toutes les grandes traditions spirituelles sont arrivées à un état d’essoufflement et de déclin. C’est aussi vrai du protestantisme que du catholicisme ou du judaïsme. C’est également vrai pour l’Inde aussi bien que pour la Chine et l’Islam.
Le caractère propre de l’impasse où se trouve le christianisme vient précisément de la dimension historique de son expérience de Dieu. Alors que le monde asiatique dans son ensemble était caractérisé par une expérience de Dieu statique et en quelque sorte a-tem­porelle, le monde biblique et, à sa suite, tout le monde occidental dans son ensemble avait été saisi et projeté en avant par une ardente attente eschatologique : attente qui plaçait la signification ultime de l’homme dans un événement futur vers lequel tout le cours du temps est orienté. L’homme doit donc alors situer sa recherche de soi et sa recherche de Dieu au sein même d’une évolution historique. Le problème de la découverte de soi réside dans l’acceptation du présent fragmentaire comme une simple étape par laquelle le développement historique doit passer dans son cheminement vers son accomplissement. Toute identification à l’une ou l’autre de ces étapes est impossible. Un ajustement constant est requis à de nouvelles situations émotives aussi bien qu’à de nouvelles structures sociales et à de nouveaux modes de relation à l’ordre divin et à l’ordre cosmique. À mesure qu’approche l’eschaton augmente aussi la tension historique et s’accroît la difficulté pour l’homme de s’adapter à des situations continuellement changeantes. C’est pourquoi, selon Thomas Berry, du River­dale Center for Religious Research, l’un des grands besoins de notre temps est de ralentir le processus du changement temporel par l’accroissement d’une conscience spatiale. Alors que le temps est fragmentaire, l’espace est complet. Alors que le temps est actif, l’espace est contemplatif. Et alors que le temps est orienté vers un pôle d’attraction dans l’avenir, l’espace possède son propre centre de repos. Qui dit conscience temporelle dit anxiété, et qui dit conscience spatiale dit sérénité. Cette conscience spatiale est de plus en plus nécessaire pour faire l’expérience de la présence de Dieu.
La tentation de la fuite et le défi de la solitude
Cette redécouverte d’une conscience spatiale ne doit cependant pas signifier un refus de la réalité comme processus évolutif. C’est ce qui est arrivé au début de l’époque moderne. Les hommes religieux ont senti que l’évolution du monde devenait trop rapide et trop radicale. Ils sont descendus du train et ont pris refuge dans la tranquillité de mouvements religieux tels que le Jansénisme, le Quiétisme, le Piétisme, les Quakers, etc. Et c’est à cause de cette démission, parce qu’il n’y avait plus en son sein d’instance critique, que le monde moderne a pu et a dû s’établir sur des bases laïques et athées. Nous payons chèrement cette démission aujour­d’hui, et pourtant nous sommes constamment tentés de faire la même chose. Il se pourrait bien que des mouvements spirituels dans lesquels nous semblons parfois investir tous nos espoirs impliquent un tel refus de travailler activement à la création d’une société nouvelle.
Il reste toutefois que les espaces que l’homme moderne a à conquérir sont avant tout ses espaces intérieurs. C’est précisément sa préoccupation pour les espaces extérieurs, pour les réalités mesurables et modifiables techniquement qui l’a asséché. Et pour explorer les espaces intérieurs de nos vies, il est important d’y établir de vastes zones de solitude. Cette solitude peut prendre bien des formes. La plus simple et la plus commune consiste à payer à l’intériorité une dîme sur notre temps, c’est-à-dire à se réserver périodiquement quelques heures ou quelques jours pour se retrouver seul avec soi et avec Dieu, ou encore avec quelques amis, en dehors de ses préoccupations et de ses lieux habituels. Ce qui. constitue une sorte d’environnement de rechange.
Une deuxième forme de solitude consiste en ce qu’on pourrait appeler une période de transformation ou encore le stade du « cocon » par allusion au cocon dans lequel la chrysalide se prépare à devenir papillon. Plus notre environnement évolue rapidement, plus nous avons aussi besoin, périodiquement, de ces périodes d’intégration pour assumer les expériences des mois ou des années écoulées, et arriver à une nouvelle conscience de notre identité. Beaucoup de personnes sont arrêtées dans leur développement humain et ne parviennent jamais à leur véritable identité pour n’avoir pas eu le courage ou la possibilité de prendre ainsi à un certain moment un recul par rapport aux activités et aux rôles qu’elles avaient remplis jusque-là, ou encore pour n’avoir pas trouvé dans leur communauté (familiale, religieuse ou autre) le support nécessaire à une telle maturation.
La troisième forme de solitude est celle de la créativité. Elle caractérise l’interaction de l’artiste avec la matière qu’il transforme ou encore l’interaction d’un leader avec le groupe dont il a la responsabilité.
On sera sans doute porté à faire remarquer que, de nos jours, à la suite du développement de la psychanalyse, et surtout des découvertes de Jung sur l’inconscient, de même que sous l’influence de certaines méthodes orientales de méditation, nous avons fait de grands progrès sur la voie de l’intériorité. C’est peut- être vrai, mais il y a aussi de sérieuses nuances à apporter à une telle affirmation. Nous ne devons pas tendre seulement à une intériorité psychologique, qui nous fait pénétrer dans notre inconscient, mais surtout à une intériorité spirituelle qui, elle, débouche sur la conscience. C’est elle qui nous ouvre à la prière, ou plutôt c’est elle qui est prière, puisque la prière chrétienne consiste à faire consciemment nôtre le gémissement de l’Esprit du Christ en nous, dont parle saint Paul aux Romains.
Le Christ n’a pas, dans l’Évangile, fait de longues dissertations sur la prière. Il a plutôt témoigné de sa propre expérience de la Présence de Dieu. Il nous a parlé de son Père ; il nous a dit que son Père et lui étaient un ; que tout ce que lui demandait son Père il le faisait et qu’il ne nous disait rien qu’il n’ait reçu de son Père. Il nous a promis que si nous l’aimions et observions ses commandements le Père et lui viendraient et feraient en nous leur demeure. Il nous a également promis de nous envoyer son Esprit qui nous enseignerait toutes choses. Au-delà de toutes les médiations humaines, qui sont nécessaires, le chemin de l’intériorité est pour nous concrètement le Christ, dans l’Esprit, et ce chemin mène au Père.
Or, le Christ nous a donné un autre enseignement bien précis sur son mode de présence à nos vies. Il nous a appris qu’il demeurait présent d’une façon privilégiée dans les pauvres et les petits, les laissés-pour­’compte et les opprimés. « Ce que vous aurez fait pour les plus petits d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait. Au jour du jugement il nous dira : J’ai eu faim et vous m’avez, donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais seul et en prison et vous m’avez visité, etc. Ou bien il devra nous dire : J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, etc. La contemplation chrétienne, qui va bien au-delà de la theoria grecque, doit donc intégrer, pour être vraie, deux formes complémentaires de rencontre du Christ : la rencontre de la personne même du Verbe au plus profond du coeur et la rencontre du Christ dans l’homme en besoin d’amour et en quête de libération, avec lequel le Christ s’est identifié. Aujourd’hui comme au temps des Prophètes, le problème de la prière est fondamentalement un problème de justice sociale. Inutile de se compter des blagues. La prière véritable ne saurait coexister avec des situations de compromis avec l’injustice individuelle ou collective. La prière chrétienne, l’expérience de la présence du Christ ne saurait en définitive exister sans une forme ou l’autre d’engagement aux côtés des pauvres et des démunis. Une Église riche ne saurait être une Église priante.
L’intériorité dont j’ai parlé tout au long de cet exposé comme d’un chemin menant à l’expérience de la présence de Dieu ne peut donc pas être conçue comme une sorte de nirvana en dehors des préoccupations et des angoisses de nos frères humains. Le vrai contemplatif, au contraire, c’est-à-dire celui qui, quel que soit son état de vie, a connu l’expérience de la rencontre de Dieu en pénétrant au fond de son être, au-delà de sa misère, de son angoisse, de son espoir et de son désespoir, y a aussi découvert le vrai visage de tous les êtres. Il est devenu un homme vraiment catholique au sens profond du mot et vraiment œcuménique. Il accepte et aime non seulement sa propre communauté, sa province, sa culture, ses amis, mais est au contraire capable d’embrasser dans son amitié toute l’humanité. Tl n’est pas lié à son propre système de valeurs au point de ne pas comprendre et accepter ceux qui ont des systèmes différents. Il ne voit pas les diverses manifestations de la vérité dans leur opposition mais dans leur complémentarité. Il est un artisan de paix rayonnant autour de lui la présence de Dieu. Il est ce que Gandhi appelait un « passeur de frontières ». Ce sont de tels hommes dont notre société a grandement besoin. Ce sont de tels hommes que nous sommes appelés à être et que nous serons dans la mesure où nous serons présents à la présence de Dieu en nous.

Armand VEILLEUX, o.c.s.o.

[1] Cette conférence a été donnée à Chicoutimi, durant la rencontre annuelle des animateurs de pastorale des universités francophones de l’Est du Canada, du 9 au 13 mai 1976.

 

PAPE BENOÎT XVI – VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE – PARVIS DE NOTRE-DAME, PARIS

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2008/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20080912_parigi-giovani.html

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MARIE VIERGE - NOTRE-DAME, PARIS

VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE
DES APPARITIONS DE LOURDES
(12 – 15 SEPTEMBRE 2008)

AUX JEUNES

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Parvis de Notre-Dame, Paris
Vendredi 12 septembre 2008

Chers jeunes,

Après le recueillement priant des Vêpres à Notre-Dame, c’est avec enthousiasme que vous me saluez ce soir, donnant ainsi un caractère festif et très sympathique à cette rencontre. Elle me rappelle celle inoubliable de juillet dernier à Sydney, à laquelle certains d’entre vous ont participé à l’occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse. Ce soir, je voudrais vous parler de deux points profondément liés l’un à l’autre, qui constituent un véritable trésor où vous pourrez mettre votre cœur (cf. Mt 6, 21).
Le premier se rapporte au thème choisi pour Sydney. Il est aussi celui de votre veillée de prière qui va débuter dans quelques instants. Il s’agit d’un passage tiré des Actes des Apôtres, livre que certains appellent fort justement l’Évangile de l’Esprit Saint : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins » (Ac 1, 8). Le Seigneur le dit maintenant à vous ! Sydney a fait redécouvrir à de nombreux jeunes l’importance de l’Esprit Saint dans la vie du chrétien. L’Esprit nous met intimement en rapport avec Dieu, chez qui se trouve la source de toute richesse humaine authentique. Tous, vous cherchez à aimer et à être aimés ! C’est vers Dieu que vous devez vous tourner pour apprendre à aimer et pour avoir la force d’aimer. L’Esprit, qui est Amour, peut ouvrir vos cœurs pour recevoir le don de l’amour authentique. Tous, vous cherchez la vérité et vous voulez en vivre ! Cette vérité, c’est le Christ. Il est le seul Chemin, l’unique Vérité et la vraie Vie. Suivre le Christ signifie véritablement « prendre le large », comme le disent à plusieurs reprises les Psaumes. La route de la Vérité est en même temps une et multiple, selon les divers charismes de chacun, tout comme la Vérité est une et à la fois d’une richesse inépuisable. Confiez-vous à l’Esprit Saint pour découvrir le Christ. L’Esprit est le guide nécessaire de la prière, l’âme de notre espérance et la source de la vraie joie.
Pour approfondir ces vérités de foi, je vous encourage à méditer la grandeur du sacrement de la Confirmation que vous avez reçu et qui vous introduit dans une vie de foi adulte. Il est urgent de mieux comprendre ce sacrement pour vérifier la qualité et la profondeur de votre foi et pour l’affermir. L’Esprit Saint vous fait approcher du Mystère de Dieu et vous fait comprendre qui est Dieu. Il vous invite à voir dans votre prochain, le frère que Dieu vous a donné pour vivre avec lui en communion, humainement et spirituellement, pour vivre en Église, donc. En vous révélant qui est le Christ, mort et ressuscité pour nous, Il vous pousse à témoigner. Vous êtes à l’âge de la générosité. Il est urgent de parler du Christ autour de vous, à vos familles et à vos amis, sur vos lieux d’études, de travail ou de loisirs. N’ayez pas peur ! Ayez « le courage de vivre l’évangile et l’audace de le proclamer » (Message aux jeunes du Monde, 20 juillet 2007). Pour cela, je vous encourage à avoir les mots qu’il faut pour annoncer Dieu autour de vous, appuyant votre témoignage sur la force de l’Esprit demandé dans la prière. Portez la Bonne Nouvelle aux jeunes de votre âge et aussi aux autres. Ils connaissent les turbulences des affections, le souci et l’incertitude face au travail et aux études. Ils affrontent des souffrances et ils font l’expérience de joies uniques. Témoignez de Dieu, car, en tant que jeunes, vous faites pleinement partie de la communauté catholique en vertu de votre baptême et en raison de la commune profession de foi (cf. Eph 4, 5). L’Église vous fait confiance, je tiens à vous le dire !
En cette année dédiée à saint Paul, je voudrais vous confier un second trésor, qui était au centre de la vie de cet Apôtre fascinant. Il s’agit du mystère de la Croix. Dimanche, à Lourdes, je célèbrerai la fête de la Croix Glorieuse en me joignant à d’innombrables pèlerins. Beaucoup d’entre vous portent autour de leur cou une chaîne avec une croix. Moi aussi, j’en porte une, comme tous les Évêques d’ailleurs. Ce n’est pas un ornement, ni un bijou. C’est le symbole précieux de notre foi, le signe visible et matériel du ralliement au Christ. Saint Paul parle clairement de la croix au début de sa première Lettre aux Corinthiens. A Corinthe, vivait une communauté agitée et turbulente qui était exposée aux dangers de la corruption de la vie ambiante. Ces dangers sont semblables à ceux que nous connaissons aujourd’hui. Je ne citerais que les suivants : les querelles et les luttes au sein de la communauté des croyants, la séduction offerte par de pseudo sagesses religieuses ou philosophiques, la superficialité de la foi et la morale dissolue. Saint Paul débute sa Lettre en écrivant : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers le salut, pour nous, il est puissance de Dieu » (1 Cor 1,18). Puis l’Apôtre montre l’opposition singulière qui existe entre la sagesse et la folie, selon Dieu et selon les hommes. Il en parle lorsqu’il évoque la fondation de l’Église à Corinthe et au sujet de sa propre prédication. Il conclut en insistant sur la beauté de la sagesse de Dieu que le Christ et, à sa suite, ses Apôtres sont venus enseigner au monde et aux chrétiens. Cette sagesse, mystérieuse et demeurée cachée (Cf. 1 Cor 2, 7), nous a été révélée par l’Esprit car « l’homme qui n’a que ses forces d’homme ne peut pas saisir ce qui vient de l’Esprit de Dieu ; pour lui ce n’est que folie, et il ne peut pas comprendre, car c’est par l’Esprit qu’on en juge » (1 Cor 2, 14).
L’Esprit ouvre l’intelligence humaine à de nouveaux horizons qui la dépassent et lui fait comprendre que l’unique vraie sagesse réside dans la grandeur du Christ. Pour les chrétiens, la Croix symbolise la sagesse de Dieu et son amour infini révélé dans le don salvifique du Christ mort et ressuscité pour la vie du monde, pour la vie de chacun et de chacune d’entre vous en particulier. Puisse cette découverte d’un Dieu qui s’est fait homme par amour, cette découverte bouleversante vous inviter à respecter et à vénérer la Croix ! Elle est non seulement le signe de votre vie en Dieu et de votre salut, mais elle est aussi – vous le comprenez – le témoin muet des douleurs des hommes et, en même temps, l’expression unique et précieuse de toutes leurs espérances. Chers jeunes, je sais que vénérer la Croix attire aussi parfois la raillerie et même la persécution. La Croix compromet en quelque sorte la sécurité humaine, mais elle affermit, aussi et surtout, la grâce de Dieu et confirme notre salut. Ce soir, je vous confie la Croix du Christ. L’Esprit Saint vous en fera comprendre les mystères d’amour et vous crierez alors avec Saint Paul : « Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil. Par elle, le monde est à jamais crucifié pour moi, comme moi pour le monde » (Gal 6, 14). Paul avait compris la parole de Jésus – apparemment paradoxale – selon laquelle c’est seulement en donnant («en perdant ») sa propre vie qu’on peut la trouver (cf. Mc 8,35 ; Jn 12,24) et il en avait conclu que la Croix exprime la loi fondamentale de l’amour et est la formulation parfaite de la vraie vie. Puisse l’approfondissement du mystère de la Croix faire découvrir à certains d’entre vous l’appel à servir le Christ de manière plus totale dans la vie sacerdotale ou religieuse !
Il est temps maintenant de commencer la veillée de prière pour laquelle vous vous êtes rassemblés ce soir. N’oubliez pas les deux trésors que le Pape vous a présentés ce soir : l’Esprit Saint et la Croix ! Je voudrais, pour conclure vous dire encore une fois que je vous fais confiance, chers jeunes, et je voudrais que vous éprouviez aujourd’hui et demain l’estime et l’affection de l’Église ! Maintenant, nous voyons ici : l’Église vivante… Que Dieu vous accompagne chaque jour et qu’Il vous bénisse ainsi que vos familles et vos amis. Bien volontiers, je vous donne la Bénédiction Apostolique ainsi qu’à tous les jeunes de France.

Merci pour votre foi et bonne veillée.

 

12 DÉCEMBRE – NOTRE-DAME DE GUADALUPE (1531) (12 DÉCEMBRE MF)

http://www.paroisse-verneuil-sur-avre.com/saints/12-decembre-notre-dame-de-guadalupe-1531

12 DÉCEMBRE – NOTRE-DAME DE GUADALUPE (1531) (12 DÉCEMBRE MF)

12 DÉCEMBRE – NOTRE-DAME DE GUADALUPE (1531) (12 DÉCEMBRE MF)  dans fête de Marie mexico_guadalupebig

Contenu
Souvenez-vous, ô très gracieuse Vierge Marie de Guadalupe, que lors de vos apparitions célestes sur la colline de Tepeyac, vous avez promis de montrer votre compassion et votre pitié envers tous ceux qui, vous aimant et ayant confiance en vous, ont recours à votre aide et vous implorent dans leurs besoins et leur détresse.
Vous avez promis d’écouter nos supplications, de sécher nos larmes et de nous apporter soulagement et consolation. On n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance et réclamé votre secours, pour le bien commun ou pour leur propre détresse, aient été abandonnés de vous.
Animés d’une pareille confiance, nous venons vers vous, ô Marie, toujours Vierge, Mère de Dieu. Gémissant sous le poids de nos péchés, nous nous prosternons en votre auguste présence, certains que vous accomplirez vos promesses miséricordieuses. Nous sommes pleins de confiance que, si nous nous mettons sous votre ombre et votre protection, rien ne pourra nous troubler ou nous affliger, et nous ne craindrons aucune maladie, aucun malheur et aucune peine.
Vous avez décidé de demeurer parmi nous à travers votre image admirable, vous qui êtes notre mère, notre salut et notre vie. Nous nous plaçons sous votre maternelle protection et ayant recours à vous dans tous nos besoins, nous ne demandons rien d’autre. O Sainte Mère de Dieu, ne rejetez pas nos prières mais dans votre miséricorde, daignez nous exaucer. Amen.
Mesoamerica, le « Nouveau Monde », 1521 : la capitale de la civilisation Aztèque tombe sous les forces armées de Cortez. Moins de 20 ans plus tard, neuf millions d’habitants qui avaient professé pendant des siècles une religion polythéiste et prônant des sacrifices humains les plus cruels, sont convertis au christianisme. Qu’est-ce qui s’est passé en ces temps-là pour qu’il y ait une conversion aussi incroyable et sans précédent historique ?

Chronologie des évènements
Le samedi 9 décembre 1531, un Indien du nom de Juan Diego (voir au 9 décembre) se rend à Mexico. Comme il passe au pied du Tepeyac, la plus haute des collines qui entourent la ville, une musique céleste l’at­tire vers le sommet, où il aperçoit une Dame incomparablement belle et radieuse de bonté : « Juan, mon fils bien-aimé, où vas-tu ? – Ma­dame, je vais à Mexico entendre la messe en l’honneur de la Vierge. – Ta dévotion m’est agréable ; je suis cette Vierge, Mère de Dieu. Je désire que l’on me bâtisse ici un temple magnifique d’où je répandrai mes faveurs et ferai voir ma compassion envers tous ceux qui m’invoqueront avec confiance. Va trouver l’évêque de Mexico pour l’instruire de ma volonté. »
Juan Diego se hâte de transmettre le message, mais le prélat le prend pour un illuminé et le congédie. Le 12 décembre, pressé de trouver un prêtre à Mexico pour administrer les derniers sacrements à son oncle gravement malade, Diego passe rapidement devant la col­line, quand il se trouve en présence de la Vierge : « Ton oncle est guéri, va en haut de la colline cueillir des roses que tu donneras à l’évêque de Mexico. » Ce n’était pas la saison des fleurs et jamais la roche nue du Tepeyac n’avait produit de roses. Il en cueille une brassée et, les tenant cachées sous son manteau, il s’achemine vers l’évêché. Introduit devant le prélat, il ouvre son tilma (poncho) : les roses se répandent sur le sol tandis que l’image de l’Apparition s’imprime sur le tissu.
Le tilma est un vêtement de pauvre qualité fait à base de cactus qui aurait dû se détériorer en 20 ans.
Tous tombent à ge­noux et l’évêque de Mexico se rend sur la colline de Tepeyac, où jaillit une source qui continue à opérer des guérisons miraculeuses. La Reine du Ciel se montre une cinquième fois à Juan Diego et lui donne son nom : On m’appellera Notre-Dame de Guadalupe.

Le premier sanctuaire sera érigé en 1533.

Pourquoi le nom « Guadalupe »?
» Puis l’oncle témoigna de ce que c’était vrai qu’à cette occasion il fut guéri et qu’il l’avait vue de la même manière que son neveu, apprenant d’Elle qu’elle l’avait envoyé à Mexico pour voir l’évêque. La Dame lui dit aussi que, lorsqu’il irait voir l’évêque, il devrait lui révéler ce qu’il avait vu et lui expliquer de quelle façon Elle l’avait guéri miraculeusement et qu’Elle voulait être appelée La toujours vierge Sainte Marie de Guadalupe et que son image bénie soit aussi ainsi connue. « (Nican Mopohua)
Pourquoi la Vierge Marie apparaissant à un Indien au Mexique récemment conquis et lui parlant en Nahuatl se nommerait-elle « de Guadalupe », un nom Espagnol ? Voulait-elle être appelée de Guadalupe à cause de la statue de Notre Dame de Guadalupe à Estremadura en Espagne ?
Dans toutes les apparitions de la Bienheureuse Vierge Marie elle s’est identifiée comme la Vierge Marie et comme Mère de Dieu ou d’autres titres, et par la suite elle fut toujours habituellement connue à travers le nom du lieu ou de la région où elle apparaissait (Lourdes, Fatima)
Donc pourquoi Marie, apparaissant à un Indien dans un Mexique récemment envahi et s’adressant dans la langue du pays, veut-elle être appelée du nom Espagnol de Guadalupe ?
Voulait-elle parler de la mystérieuse statue de Notre Dame de Guadalupe, qui fut donnée par le Pape Grégoire le Grand à l’évêque de Séville, fut égarée pendant 600 ans et fut retrouvée en 1326 par un bouvier nommé Gil Cordero qui fut guidé par une apparition de Notre Dame ? La statue fut appelée de Guadalupe parce que le village près du lieu où elle fut retrouvée s’appelait Guadalupe.
L’origine du nom Guadalupe a toujours été matière à controverse. Il y a néanmoins, une croyance qui veut que ce nom fut retenu en raison de la traduction du Nahuatl à l’espagnol des mots employés par la Vierge pendant l’apparition à Juan Bernardino, l’oncle souffrant de Juan Diego.
La croyance veut que Notre Dame employa le mot Aztèque Nahuatl coatlaxopeuh qui se prononce « quatlasupe » et dont le son ressemble étrangement au mot Espagnol Guadalupe. Coa veut dire serpent, tla étant une syllabe accrochée à coa et voulant dire « le« , alors que xopeuh veut dire écraser ou piétiner. Peut-être que Notre Dame a voulu se nommer « celle qui écrase le serpent. »
Nous devons nous rappeler que chaque année les Aztèques offraient au moins 20,000 hommes, femmes et enfants en sacrifice humain à leurs dieux féroces et assoiffés de sang. En 1487, durant une longue cérémonie qui dura 4 jours lors de la consécration d’un nouveau temple à Tenochtitlan, quelque 80,000 captifs furent tués en sacrifice humain.
Certainement, dans ce cas, Elle écrasa le serpent, en 1541, un prêtre franciscain, un des premiers historiens de la Nouvelle Espagne “Motolinia” écrit que quelque neuf millions d’Aztèques se sont convertis au Christianisme.
Aujourd’hui, après 480 ans, le tilma ne montre aucun signe de détérioration et défie toutes les explications scientifiques de son origine. Les scienti­fiques ont décelé divers phénomènes inexplicables (nature de l’image non peinte, œil de la Vierge, etc.). Selon ces scientifiques on peut voir dans les deux yeux, et là où normalement se reflète une image dans un oeil humain vivant, plusieurs formes qui, lorsqu’elles sont analysées en profondeur, correspondent à la forme et à la taille des personnes humaines qui se trouvaient en face de l’image en 1531.
Sur l’image, Marie porte en elle l’Enfant-Dieu.
Notre-Dame de Guadalupe a été choisie comme sainte patronne par les deux Amériques et pour les enfants à naître.

Chaque année, une foule, estimée à dix millions de personnes, la visite, faisant de l’église de la Cité de Mexico, le sanctuaire catholique le plus populaire dans le monde après le Vatican.

MESSE DE LA FÊTE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2008/documents/hf_ben-xvi_hom_20080914_lourdes-apparizioni.html

VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE DES APPARITIONS DE LOURDES (12 – 15 SEPTEMBRE 2008)

MESSE DE LA FÊTE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Prairie, Lourdes

Dimanche 14 septembre 2008

Messieurs les Cardinaux, Cher Monseigneur Perrier, Chers Frères dans l’Épiscopat et le Sacerdoce, Chers pèlerins, frères et sœurs,

« Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle ». C’est le message qu’en ces lieux Bernadette a reçu de la « belle Dame » qui lui apparut le 2 mars 1858. Depuis 150 ans, les pèlerins n’ont jamais cessé de venir à la grotte de Massabielle pour entendre le message de conversion et d’espérance qui leur est adressé. Et nous aussi, nous voici ce matin aux pieds de Marie, la Vierge Immaculée, pour nous mettre à son école avec la petite Bernadette. Je remercie particulièrement Mgr Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, pour l’accueil chaleureux qu’il m’a réservé et pour les paroles aimables qu’il m’a adressées. Je salue les Cardinaux, les Évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et les religieuses, ainsi que vous tous, chers pèlerins de Lourdes, en particulier les malades. Vous êtes venus en grand nombre accomplir ce pèlerinage jubilaire avec moi et confier vos familles, vos proches et vos amis, et toutes vos intentions à Notre Dame. Ma gratitude va aussi aux Autorités civiles et militaires qui ont voulu être présentes à cette célébration eucharistique.        « Quelle grande chose que de posséder la Croix ! Celui qui la possède, possède un trésor » (Saint André de Crète, Homélie X pour l’Exaltation de la Croix, PG 97, 1020). En ce jour où la liturgie de l’Église célèbre la fête de l’Exaltation de la sainte Croix, l’Évangile nous rappelle la signification de ce grand mystère : Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, pour que les hommes soient sauvés (cf. Jn 3, 16). Le Fils de Dieu s’est fait vulnérable, prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix (cf. Ph 2, 8). C’est par sa Croix que nous sommes sauvés. L’instrument de supplice qui manifesta, le Vendredi-Saint, le jugement de Dieu sur le monde, est devenu source de vie, de pardon, de miséricorde, signe de réconciliation et de paix. « Pour être guéris du péché, regardons le Christ crucifié ! » disait saint Augustin (Traités sur St Jean, XII, 11). En levant les yeux vers le Crucifié, nous adorons Celui qui est venu enlever le péché du monde et nous donner la vie éternelle. Et l’Église nous invite à élever avec fierté cette Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu’où est allé l’amour du Crucifié pour les hommes, pour tous les hommes. Elle nous invite à rendre grâce à Dieu parce que d’un arbre qui apportait la mort, a surgi à nouveau la vie. C’est sur ce bois que Jésus nous révèle sa souveraine majesté, nous révèle qu’Il est exalté dans la gloire. Oui, « Venez, adorons-le ! ». Au milieu de nous se trouve Celui qui nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous, Celui qui invite tout être humain à s’approcher de lui avec confiance. C’est ce grand mystère que Marie nous confie aussi ce matin en nous invitant à nous tourner vers son Fils. En effet, il est significatif que, lors de la première apparition à Bernadette, c’est par le signe de la Croix que Marie débute sa rencontre. Plus qu’un simple signe, c’est une initiation aux mystères de la foi que Bernadette reçoit de Marie. Le signe de la Croix est en quelque sorte la synthèse de notre foi, car il nous dit combien Dieu nous a aimés ; il nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés. La puissance de l’amour est plus forte que le mal qui nous menace. C’est ce mystère de l’universalité de l’amour de Dieu pour les hommes que Marie est venue rappeler ici, à Lourdes. Elle invite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps, à lever les yeux vers la Croix de Jésus pour y trouver la source de la vie, la source du salut. L’Église a reçu la mission de montrer à tous ce visage aimant de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Saurons-nous comprendre que dans le Crucifié du Golgotha c’est notre dignité d’enfants de Dieu, ternie par le péché, qui nous est rendue ? Tournons nos regards vers le Christ. C’est Lui qui nous rendra libres pour aimer comme il nous aime et pour construire un monde réconcilié. Car, sur cette Croix, Jésus a pris sur lui le poids de toutes les souffrances et des injustices de notre humanité. Il a porté les humiliations et les discriminations, les tortures subies en de nombreuses régions du monde par tant de nos frères et de nos sœurs par amour du Christ. Nous les confions à Marie, mère de Jésus et notre mère, présente au pied de la Croix. Pour accueillir dans nos vies cette Croix glorieuse, la célébration du jubilé des apparitions de Notre-Dame à Lourdes nous fait entrer dans une démarche de foi et de conversion. Aujourd’hui, Marie vient à notre rencontre pour nous indiquer les voies d’un renouveau de la vie de nos communautés et de chacun de nous. En accueillant son Fils, qu’elle nous présente, nous sommes plongés dans une source vive où la foi peut retrouver une vigueur nouvelle, où l’Église peut se fortifier pour proclamer avec toujours plus d’audace le mystère du Christ. Jésus, né de Marie, est le Fils de Dieu, l’unique Sauveur de tous les hommes, vivant et agissant dans son Église et dans le monde. L’Église est envoyée partout dans le monde pour proclamer cet unique message et inviter les hommes à l’accueillir par une authentique conversion du cœur. Cette mission, qui a été confiée par Jésus à ses disciples, reçoit ici, à l’occasion de ce jubilé, un souffle nouveau. Qu’à la suite des grands évangélisateurs de votre pays, l’esprit missionnaire qui a animé tant d’hommes et de femmes de France, au cours des siècles, soit encore votre fierté et votre engagement ! En suivant le parcours jubilaire sur les pas de Bernadette, l’essentiel du message de Lourdes nous est rappelé. Bernadette est l’aînée d’une famille très pauvre, qui ne possède ni savoir ni pouvoir, faible de santé. Marie l’a choisie pour transmettre son message de conversion, de prière et de pénitence, conformément à la parole de Jésus : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). Dans leur cheminement spirituel, les chrétiens sont appelés eux aussi à faire fructifier la grâce de leur Baptême, à se nourrir de l’Eucharistie, à puiser dans la prière la force pour témoigner et être solidaires avec tous leurs frères en humanité (cf. Hommage à la Vierge Marie, Place d’Espagne, 8 décembre 2007). C’est donc une véritable catéchèse qui nous est ainsi proposée, sous le regard de Marie. Laissons-la nous instruire et nous guider sur le chemin qui conduit au Royaume de son Fils ! En poursuivant sa catéchèse, la « belle Dame » révèle son nom à Bernadette : « Je suis l’Immaculée Conception ». Marie lui dévoile ainsi la grâce extraordinaire qu’elle a reçue de Dieu, celle d’avoir été conçue sans péché, car « il s’est penché sur son humble servante » (cf. Lc 1, 48). Marie est cette femme de notre terre qui s’est remise entièrement à Dieu et qui a reçu le privilège de donner la vie humaine à son Fils éternel. « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe en moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Elle est la beauté transfigurée, l’image de l’humanité nouvelle. En se présentant ainsi dans une totale dépendance de Dieu, Marie exprime en réalité une attitude de pleine liberté, fondée sur l’entière reconnaissance de sa véritable dignité. Ce privilège nous concerne nous aussi, car il nous dévoile notre propre dignité d’hommes et de femmes, marqués certes par le péché, mais sauvés dans l’espérance, une espérance qui nous permet d’affronter notre vie quotidienne. C’est la route que Marie ouvre aussi à l’homme. S’en remettre pleinement à Dieu, c’est trouver le chemin de la liberté véritable. Car, en se tournant vers Dieu, l’homme devient lui-même. Il retrouve sa vocation originelle de personne créée à son image et à sa ressemblance. Chers Frères et Sœurs, la vocation première du sanctuaire de Lourdes est d’être un lieu de rencontre avec Dieu dans la prière, et un lieu de service des frères, notamment par l’accueil des malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent. En ce lieu, Marie vient à nous comme la mère, toujours disponible aux besoins de ses enfants. À travers la lumière qui émane de son visage, c’est la miséricorde de Dieu qui transparaît. Laissons-nous toucher par son regard qui nous dit que nous sommes tous aimés de Dieu et jamais abandonnés par Lui ! Marie vient nous rappeler ici que la prière, intense et humble, confiante et persévérante, doit avoir une place centrale dans notre vie chrétienne. La prière est indispensable pour accueillir la force du Christ. « Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à l’action » (Deus caritas est, n. 36). Se laisser absorber par les activités risque de faire perdre à la prière sa spécificité chrétienne et sa véritable efficacité. La prière du Rosaire, si chère à Bernadette et aux pèlerins de Lourdes, concentre en elle la profondeur du message évangélique. Elle nous introduit à la contemplation du visage du Christ. Dans cette prière des humbles, nous pouvons puiser d’abondantes grâces. La présence des jeunes à Lourdes est aussi une réalité importante. Chers amis, ici présents ce matin, réunis autour de la croix de la Journée mondiale de la Jeunesse, lorsque Marie a reçu la visite de l’ange, c’était une jeune fille de Nazareth qui menait la vie simple et courageuse des femmes de son village. Et si le regard de Dieu s’est posé de façon particulière sur elle, en lui faisant confiance, Marie peut vous dire encore qu’aucun de vous n’est indifférent à Dieu. Il pose Son regard aimant sur chacun de vous et vous appelle à une vie heureuse et pleine de sens. Ne vous laissez pas rebuter par les difficultés ! Marie fut troublée à l’annonce de l’ange venu lui dire qu’elle serait La Mère du Sauveur. Elle ressentait combien elle était faible face à la toute-puissance de Dieu. Pourtant, elle a dit « oui » sans hésiter. Et grâce à son oui, le salut est entré dans le monde, changeant ainsi l’histoire de l’humanité. À votre tour, chers jeunes, n’ayez pas peur de dire oui aux appels du Seigneur, lorsqu’Il vous invite à marcher à sa suite. Répondez généreusement au Seigneur ! Lui seul peut combler les aspirations les plus profondes de votre cœur. Vous êtes nombreux à venir à Lourdes pour un service attentif et généreux auprès des malades ou d’autres pèlerins, en vous mettant ainsi à suivre le Christ serviteur. Le service des frères et des sœurs ouvre le cœur et rend disponible. Dans le silence de la prière, que Marie soit votre confidente, elle qui a su parler à Bernadette en la respectant et en lui faisant confiance. Que Marie aide ceux qui sont appelés au mariage à découvrir la beauté d’un amour véritable et profond, vécu comme don réciproque et fidèle ! À ceux, parmi vous, que le Seigneur appelle à sa suite dans la vocation sacerdotale ou religieuse, je voudrais redire tout le bonheur qu’il y a à donner totalement sa vie pour le service de Dieu et des hommes. Que les familles et les communautés chrétiennes soient des lieux où puissent naître et s’épanouir de solides vocations au service de l’Église et du monde ! Le message de Marie est un message d’espérance pour tous les hommes et pour toutes les femmes de notre temps, de quelque pays qu’ils soient. J’aime à invoquer Marie comme étoile de l’espérance (Spe salvi, n. 50). Sur les chemins de nos vies, si souvent sombres, elle est une lumière d’espérance qui nous éclaire et nous oriente dans notre marche. Par son oui, par le don généreux d’elle-même, elle a ouvert à Dieu les portes de notre monde et de notre histoire. Et elle nous invite à vivre comme elle dans une espérance invincible, refusant d’entendre ceux qui prétendent que nous sommes enfermés dans la fatalité. Elle nous accompagne de sa présence maternelle au milieu des événements de la vie des personnes, des familles et des nations. Heureux les hommes et les femmes qui mettent leur confiance en Celui qui, au moment d’offrir sa vie pour notre salut, nous a donné sa Mère pour qu’elle soit notre Mère ! Chers Frères et Sœurs, sur cette terre de France, la Mère du Seigneur est vénérée en d’innombrables sanctuaires, qui manifestent ainsi la foi transmise de générations en générations. Célébrée en son Assomption, elle est la patronne bien-aimée de votre pays. Qu’elle soit toujours honorée avec ferveur dans chacune de vos familles, dans vos communautés religieuses et dans vos paroisses ! Que Marie veille sur tous les habitants de votre beau pays et sur les pèlerins venus nombreux d’autres pays célébrer ce jubilé ! Qu’elle soit pour tous la Mère qui entoure ses enfants dans les joies comme dans les épreuves ! Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers le règne de ton Fils Jésus ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route ! (cf. Spe salvi, n. 50). Amen.

L’HISTOIRE DU ROSAIRE

http://rosaire.org/pelerinage-du-rosaire/l-histoire-du-rosaire

L’HISTOIRE DU ROSAIRE

Dans l’Evangile de saint Jean, Jésus sur la croix donne Marie comme Mère au disciple qu’il aimait (Jn 19, 26) et après l’Ascension on voit les disciples réunis autour de Marie pour prier (cf. Ac 1, 12-14). C’est donc assez naturellement que les chrétiens ont recouru à l’intercession de la Vierge.
Ainsi, dès le IIIème siècle, les chrétiens commencent à s’adresser à la Vierge en reprenant la salutation de Gabriel : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Plus tard, au IXème siècle, on ajoute à ces paroles l’exclamation d’Elisabeth lors de la Visitation : Bénie êtes-vous et béni le fruit de votre sein ! et on ajoute le nom de Marie dans cette courte prière qui est comme un premier condensé d’évangile puisque chacune de ses paroles en provient ! Nous reprenons les mots des autres comme pour nous plonger dans l’évangile, dans les Paroles de Vie que Dieu nous y donne….
st doLorsque saint Dominique, au XIIIème siècle prie la Vierge Marie qu’il aime tant, il récite cette simple formule. Seul s’y est ajouté le prénom de Jésus parfois suivi d’une clausule qui sert de support de méditation. Les clausules sont de petites phrases qui explicitent la manière dont Jésus était présent dans les Joies et les Douleurs de Marie, les ancêtres de nos mystères. Ces derniers vont se structurer au XVème siècle grâce à un moine chartreux qui s’appelait lui aussi Dominique et qui rédige 15 clausules pour 15 mystères de la vie de Notre-Dame avec le Sauveur : le Rosaire est né.
À la fin du XVe siècle, apparaît la formule «Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs». C’est notre réponse aux paroles de l’évangile, c’est notre manière de parler qui prolonge les paroles évangéliques.
L’ange disait : Je vous salue, comblée de grâce… nous disons : Sainte Marie…
Elisabeth disait : Le fruit de vos entrailles est béni…. nous disons : Mère de Dieu…
Par le chapelet, notre prière rejoint l’évangile ! Et cette prière devient la prière du peuple chrétien, une prière encouragée par l’Eglise… En 1572 le pape Pie V, ancien dominicain, officialise la liste des quinze mystères. Il ne sera pas le seul pape, loin de là, à promouvoir cette belle prière : Léon XIII lui consacra pas moins de douze encycliques et Jean-Paul II, promulgua, dans sa lettre apostolique sur le Rosaire qui instituait les mystères lumineux, une année du Rosaire en 2002-2003.

Le saviez-vous ?
dsc_1785En 1571, le Pape Pie V, dominicain, institue comme fête de Notre-Dame du Rosaire le 7 octobre, en action de grâce pour la victoire de la marine chrétienne sur la marine turque lors la bataille de Lépante. Cette victoire est considérée comme un miracle obtenu par la prière du Rosaire dans laquelle toute la chrétienté s’est impliquée à sa demande. C’est en souvenir de cette bataille que nous pouvons compter, lors du pèlerinage du Rosaire à Lourdes, sur la présence de représentants de la Marine française !

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI – VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE, LOURDES 2008

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2008/september/documents/hf_ben-xvi_spe_20080912_parigi-cultura.html

VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE DES APPARITIONS DE LOURDES (12 – 15 SEPTEMBRE 2008)

AU MONDE DE LA CULTURE

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Collège des Bernardins, Paris

Vendredi 12 septembre 2008

Monsieur le Cardinal,
Madame le Ministre de la Culture,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Chancelier de l’Institut,
Chers amis,

Merci, Monsieur le Cardinal, pour vos aimables paroles. Nous nous trouvons dans un lieu historique, lieu édifié par les fils de saint Bernard de Clairvaux et que votre grand prédécesseur, le regretté Cardinal Jean-Marie Lustiger, a voulu comme un centre de dialogue de la Sagesse chrétienne avec les courants culturels, intellectuels et artistiques de votre société. Je salue particulièrement Madame le Ministre de la Culture qui représente le gouvernement, ainsi que Monsieur Giscard d’Estaing et Monsieur Chirac. J’adresse également mes salutations aux ministres présents, aux représentants de l’UNESCO, à Monsieur le Maire de Paris et à toutes les autres autorités. Je ne veux pas oublier mes collègues de l’Institut de France qui savent ma considération et je désire remercier le Prince de Broglie de ses paroles cordiales. Nous nous reverrons demain matin. Je remercie les délégués de la communauté musulmane française d’avoir accepté de participer à cette rencontre ; je leur adresse mes vœux les meilleurs en ce temps du ramadan. Mes salutations chaleureuses vont maintenant tout naturellement vers l’ensemble du monde multiforme de la culture que vous représentez si dignement, chers invités.
J’aimerais vous parler ce soir des origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne. J’ai mentionné en ouverture que le lieu où nous nous trouvons était emblématique. Il est lié à la culture monastique. De jeunes moines ont ici vécu pour s’initier profondément à leur vocation et pour bien vivre leur mission. Ce lieu, évoque-t-il pour nous encore quelque chose ou n’y rencontrons-nous qu’un monde désormais révolu ? Pour pouvoir répondre, nous devons réfléchir un instant sur la nature même du monachisme occidental. De quoi s’agissait-il alors ? En considérant les fruits historiques du monachisme, nous pouvons dire qu’au cours de la grande fracture culturelle, provoquée par la migration des peuples et par la formation des nouveaux ordres étatiques, les monastères furent des espaces où survécurent les trésors de l’antique culture et où, en puisant à ces derniers, se forma petit à petit une culture nouvelle. Comment cela s’est-il passé ? Quelle était la motivation des personnes qui se réunissaient en ces lieux ? Quels étaient leurs désirs ? Comment ont-elles vécu ?
Avant toute chose, il faut reconnaître avec beaucoup de réalisme que leur volonté n’était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé. Leur motivation était beaucoup plus simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quaerere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s’appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr. On dit que leur être était tendu vers l’« eschatologie ». Mais cela ne doit pas être compris au sens chronologique du terme – comme s’ils vivaient les yeux tournés vers la fin du monde ou vers leur propre mort – mais au sens existentiel : derrière le provisoire, ils cherchaient le définitif. Quaerere Deum : comme ils étaient chrétiens, il ne s’agissait pas d’une aventure dans un désert sans chemin, d’une recherche dans l’obscurité absolue. Dieu lui-même a placé des bornes milliaires, mieux, il a aplani la voie, et leur tâche consistait à la trouver et à la suivre. Cette voie était sa Parole qui, dans les livres des Saintes Écritures, était offerte aux hommes. La recherche de Dieu requiert donc, intrinsèquement, une culture de la parole, ou, comme le disait Dom Jean Leclercq : eschatologie et grammaire sont dans le monachisme occidental indissociables l’une de l’autre (cf. L’amour des lettres et le désir de Dieu, p.14). Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes. La bibliothèque faisait, à ce titre, partie intégrante du monastère tout comme l’école. Ces deux lieux ouvraient concrètement un chemin vers la parole. Saint Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola, une école du service du Seigneur. L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole.
Pour avoir une vision d’ensemble de cette culture de la parole liée à la recherche de Dieu, nous devons faire un pas supplémentaire. La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est elle-même ce chemin, est une Parole qui donne naissance à une communauté. Elle remue certes jusqu’au fond d’elle-même chaque personne en particulier (cf. Ac 2, 37). Grégoire le Grand décrit cela comme une douleur forte et inattendue qui secoue notre âme somnolente et nous réveille pour nous rendre attentifs à la réalité essentielle, à Dieu (cf. Leclercq, ibid., p. 35). Mais elle nous rend aussi attentifs les uns aux autres. La Parole ne conduit pas uniquement sur la voie d’une mystique individuelle, mais elle nous introduit dans la communauté de tous ceux qui cheminent dans la foi. C’est pourquoi il faut non seulement réfléchir sur la Parole, mais également la lire de façon juste. Tout comme à l’école rabbinique, chez les moines, la lecture accomplie par l’un d’eux est également un acte corporel. « Le plus souvent, quand legere et lectio sont employés sans spécification, ils désignent une activité qui, comme le chant et l’écriture, occupe tout le corps et tout l’esprit », dit à ce propos Dom Leclercq (ibid., p. 21).
Il y a encore un autre pas à faire. La Parole de Dieu elle-même nous introduit dans un dialogue avec Lui. Le Dieu qui parle dans la Bible nous enseigne comment nous pouvons Lui parler. En particulier, dans le Livre des Psaumes, il nous donne les mots avec lesquelles nous pouvons nous adresser à Lui. Dans ce dialogue, nous Lui présentons notre vie, avec ses hauts et ses bas, et nous la transformons en un mouvement vers Lui. Les Psaumes contiennent en plusieurs endroits des instructions sur la façon dont ils doivent être chantés et accompagnés par des instruments musicaux. Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les lèvres des Anges : le Gloria qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus, et le Sanctus qui, selon Isaïe 6, est l’acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et à donner à la parole sa plus haute fonction. À ce sujet, écoutons encore une fois Jean Leclercq : « Les moines devaient trouver des accents qui traduisent le consentement de l’homme racheté aux mystères qu’il célèbre : les quelques chapiteaux de Cluny qui nous aient été conservés montrent les symboles christologiques des divers tons du chant » (cf. ibid., p. 229).
Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : Coram angelis psallam Tibi, Domine – en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138, 1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d’être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s’unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l’harmonie du cosmos, de la musique des sphères. À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la regio dissimilitudinis, dans la ‘région de la dissimilitude’. Saint Augustin avait tiré cette expression de la philosophie platonicienne pour caractériser l’état de son âme avant sa conversion (cf. Confessions, VII, 10.16) : l’homme qui est créé à l’image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu, dans la ‘région de la dissimilitude’, dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme. Saint Bernard se montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l’homme loin de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l’être et que les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu’Il a Lui-même donnés, est née la grande musique occidentale. Ce n’était pas là l’œuvre d’une « créativité » personnelle où l’individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s’érige un monument à lui-même. Il s’agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les « oreilles du cœur » les lois constitutives de l’harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l’homme, et d’inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l’homme et qui proclame hautement cette dignité.
Enfin, pour s’efforcer de saisir cette culture monastique occidentale de la parole, qui s’est développée à partir de la quête intérieure de Dieu, il faut au moins faire une brève allusion à la particularité du Livre ou des Livres par lesquels cette Parole est parvenue jusqu’aux moines. Vue sous un aspect purement historique ou littéraire, la Bible n’est pas simplement un livre, mais un recueil de textes littéraires dont la rédaction s’étend sur plus d’un millénaire et dont les différents livres ne sont pas facilement repérables comme constituant un corpus unifié. Au contraire, des tensions visibles existent entre eux. C’est déjà le cas dans la Bible d’Israël, que nous, chrétiens, appelons l’Ancien Testament. Ça l’est plus encore quand nous, chrétiens, lions le Nouveau Testament et ses écrits à la Bible d’Israël en l’interprétant comme chemin vers le Christ. Avec raison, dans le Nouveau Testament, la Bible n’est pas de façon habituelle appelée « l’Écriture » mais « les Écritures » qui, cependant, seront ensuite considérées dans leur ensemble comme l’unique Parole de Dieu qui nous est adressée. Ce pluriel souligne déjà clairement que la Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine, à travers des paroles humaines, c’est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l’humanité des hommes, à travers leurs paroles et leur histoire. Cela signifie, ensuite, que l’aspect divin de la Parole et des paroles n’est pas immédiatement perceptible. Pour le dire de façon moderne : l’unité des livres bibliques et le caractère divin de leurs paroles ne sont pas saisissables d’un point de vue purement historique. L’élément historique se présente dans le multiple et l’humain. Ce qui explique la formulation d’un distique médiéval qui, à première vue, apparaît déconcertant : Littera gesta docet – quid credas allegoria…(cf. Augustin de Dacie, Rotulus pugillaris, I). La lettre enseigne les faits ; l’allégorie ce qu’il faut croire, c’est-à-dire l’interprétation christologique et pneumatique.
Nous pouvons exprimer tout cela d’une manière plus simple : l’Écriture a besoin de l’interprétation, et elle a besoin de la communauté où elle s’est formée et où elle est vécue. En elle seulement, elle a son unité et, en elle, se révèle le sens qui unifie le tout. Dit sous une autre forme : il existe des dimensions du sens de la Parole et des paroles qui se découvrent uniquement dans la communion vécue de cette Parole qui crée l’histoire. À travers la perception croissante de la pluralité de ses sens, la Parole n’est pas dévalorisée, mais elle apparaît, au contraire, dans toute sa grandeur et sa dignité. C’est pourquoi le « Catéchisme de l’Église catholique » peut affirmer avec raison que le christianisme n’est pas au sens classique seulement une religion du livre (cf. n. 108). Le christianisme perçoit dans les paroles la Parole, le Logos lui-même, qui déploie son mystère à travers cette multiplicité et la réalité d’une histoire humaine. Cette structure particulière de la Bible est un défi toujours nouveau posé à chaque génération. Selon sa nature, elle exclut tout ce qu’on appelle aujourd’hui « fondamentalisme ». La Parole de Dieu, en effet, n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit devenir également un processus vital. Ce n’est que dans l’unité dynamique de leur ensemble que les nombreux livres ne forment qu’un Livre. La Parole de Dieu et Son action dans le monde se révèlent seulement dans la parole et dans l’histoire humaines.
Le caractère crucial de ce thème est éclairé par les écrits de saint Paul. Il a exprimé de manière radicale ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension holistique, dans la phrase : « La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l’Esprit…, là est la liberté » (2 Co 3, 17). Toutefois, la grandeur et l’ampleur de cette perception de la Parole biblique ne peut se comprendre que si l’on écoute saint Paul jusqu’au bout, en apprenant que cet Esprit libérateur a un nom et que, de ce fait, la liberté a une mesure intérieure : « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17). L’Esprit qui rend libre ne se laisse pas réduire à l’idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L’Esprit est Christ, et le Christ est le Seigneur qui nous montre le chemin. Avec cette parole sur l’Esprit et sur la liberté, un vaste horizon s’ouvre, mais en même temps, une limite claire est mise à l’arbitraire et à la subjectivité, limite qui oblige fortement l’individu tout comme la communauté et noue un lien supérieur à celui de la lettre du texte : le lien de l’intelligence et de l’amour. Cette tension entre le lien et la liberté, qui va bien au-delà du problème littéraire de l’interprétation de l’Écriture, a déterminé aussi la pensée et l’œuvre du monachisme et a profondément modelé la culture occidentale. Cette tension se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d’un côté, l’arbitraire subjectif, et de l’autre, le fanatisme fondamentaliste. Si la culture européenne d’aujourd’hui comprenait désormais la liberté comme l’absence totale de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l’arbitraire. L’absence de liens et l’arbitraire ne sont pas la liberté, mais sa destruction.
En considérant « l’école du service du Seigneur » – comme Benoît appelait le monachisme -, nous avons jusque là porté notre attention prioritairement sur son orientation vers la parole, vers l’« ora ». Et, de fait, c’est à partir de là que se détermine l’ensemble de la vie monastique. Mais notre réflexion resterait incomplète, si nous ne fixions pas aussi notre regard, au moins brièvement, sur la deuxième composante du monachisme, désignée par le terme « labora ». Dans le monde grec, le travail physique était considéré comme l’œuvre des esclaves. Le sage, l’homme vraiment libre, se consacrait uniquement aux choses de l’esprit ; il abandonnait le travail physique, considéré comme une réalité inférieure, à ces hommes qui n’étaient pas supposés atteindre cette existence supérieure, celle de l’esprit. La tradition juive était très différente : tous les grands rabbins exerçaient parallèlement un métier artisanal. Paul, comme rabbi puis comme héraut de l’Évangile aux Gentils, était un fabricant de tentes et il gagnait sa vie par le travail de ses mains. Il n’était pas une exception, mais il se situait dans la tradition commune du rabbinisme. Le monachisme chrétien a accueilli cette tradition : le travail manuel en est un élément constitutif. Dans sa Regula, saint Benoît ne parle pas au sens strict de l’école, même si l’enseignement et l’apprentissage – comme nous l’avons vu – étaient acquis dans les faits ; en revanche, il parle explicitement, dans un chapitre de sa Règle, du travail (cf. chap. 48). Augustin avait fait de même en consacrant au travail des moines un livre particulier. Les chrétiens, s’inscrivant dans la tradition pratiquée depuis longtemps par le judaïsme, devaient, en outre, se sentir interpelés par la parole de Jésus dans l’Évangile de Jean, où il défendait son action le jour du shabbat : « Mon Père (…) est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (5, 17). Le monde gréco-romain ne connaissait aucun Dieu Créateur. La divinité suprême selon leur vision ne pouvait pas, pour ainsi dire, se salir les mains par la création de la matière. « L’ordonnancement » du monde était le fait du démiurge, une divinité subordonnée. Le Dieu de la Bible est bien différent : Lui, l’Un, le Dieu vivant et vrai, est également le Créateur. Dieu travaille, il continue d’œuvrer dans et sur l’histoire des hommes. Et dans le Christ, il entre comme Personne dans l’enfantement laborieux de l’histoire. « Mon Père est toujours à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre ». Dieu Lui-même est le Créateur du monde, et la création n’est pas encore achevée. Dieu travaille, ergázetai ! C’est ainsi que le travail des hommes devait apparaître comme une expression particulière de leur ressemblance avec Dieu qui rend l’homme participant à l’œuvre créatrice de Dieu dans le monde. Sans cette culture du travail qui, avec la culture de la parole, constitue le monachisme, le développement de l’Europe, son ethos et sa conception du monde sont impensables. L’originalité de cet ethos devrait cependant faire comprendre que le travail et la détermination de l’histoire par l’homme sont une collaboration avec le Créateur, qui ont en Lui leur mesure. Là où cette mesure vient à manquer et là où l’homme s’élève lui-même au rang de créateur déiforme, la transformation du monde peut facilement aboutir à sa destruction.
Nous sommes partis de l’observation que, dans l’effondrement de l’ordre ancien et des antiques certitudes, l’attitude de fond des moines était le quaerere Deum – se mettre à la recherche de Dieu. C’est là, pourrions-nous dire, l’attitude vraiment philosophique : regarder au-delà des réalités pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes qui sont vraies. Celui qui devenait moine, s’engageait sur un chemin élevé et long, il était néanmoins déjà en possession de la direction : la Parole de la Bible dans laquelle il écoutait Dieu parler. Dès lors, il devait s’efforcer de Le comprendre pour pouvoir aller à Lui. Ainsi, le cheminement des moines, tout en restant impossible à évaluer dans sa progression, s’effectuait au cœur de la Parole reçue. La quête des moines comprend déjà en soi, dans une certaine mesure, sa résolution. Pour que cette recherche soit possible, il est nécessaire qu’il existe dans un premier temps un mouvement intérieur qui suscite non seulement la volonté de chercher, mais qui rende aussi crédible le fait que dans cette Parole se trouve un chemin de vie, un chemin de vie sur lequel Dieu va à la rencontre de l’homme pour lui permettre de venir à Sa rencontre. En d’autres termes, l’annonce de la Parole est nécessaire. Elle s’adresse à l’homme et forge en lui une conviction qui peut devenir vie. Afin que s’ouvre un chemin au cœur de la parole biblique en tant que Parole de Dieu, cette même Parole doit d’abord être annoncée ouvertement. L’expression classique de la nécessité pour la foi chrétienne de se rendre communicable aux autres se résume dans une phrase de la Première Lettre de Pierre, que la théologie médiévale regardait comme le fondement biblique du travail des théologiens : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte (logos) de l’espérance qui est en vous » (3, 15). (Le Logos, la raison de l’espérance doit devenir apologie, doit devenir réponse). De fait, les chrétiens de l’Église naissante ne considéraient pas leur annonce missionnaire comme une propagande qui devait servir à augmenter l’importance de leur groupe, mais comme une nécessité intrinsèque qui dérivait de la nature de leur foi. Le Dieu en qui ils croyaient était le Dieu de tous, le Dieu Un et Vrai qui s’était fait connaître au cours de l’histoire d’Israël et, finalement, à travers son Fils, apportant ainsi la réponse qui concernait tous les hommes et, qu’au plus profond d’eux-mêmes, tous attendent. L’universalité de Dieu et l’universalité de la raison ouverte à Lui constituaient pour eux la motivation et, à la fois, le devoir de l’annonce. Pour eux, la foi ne dépendait pas des habitudes culturelles, qui sont diverses selon les peuples, mais relevait du domaine de la vérité qui concerne, de manière égale, tous les hommes.
Le schéma fondamental de l’annonce chrétienne ad extra – aux hommes qui, par leurs questionnements, sont en recherche – se dessine dans le discours de saint Paul à l’Aréopage. N’oublions pas qu’à cette époque, l’Aréopage n’était pas une sorte d’académie où les esprits les plus savants se rencontraient pour discuter sur les sujets les plus élevés, mais un tribunal qui était compétent en matière de religion et qui devait s’opposer à l’intrusion de religions étrangères. C’est précisément ce dont on accuse Paul : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères » (Ac 17, 18). Ce à quoi Paul réplique : « J’ai trouvé chez vous un autel portant cette inscription : « Au dieu inconnu ». Or, ce que vous vénérez sans le connaître, je viens vous l’annoncer » (cf. 17, 23). Paul n’annonce pas des dieux inconnus. Il annonce Celui que les hommes ignorent et pourtant connaissent : l’Inconnu-Connu. C’est Celui qu’ils cherchent, et dont, au fond, ils ont connaissance et qui est cependant l’Inconnu et l’Inconnaissable. Au plus profond, la pensée et le sentiment humains savent de quelque manière que Dieu doit exister et qu’à l’origine de toutes choses, il doit y avoir non pas l’irrationalité, mais la Raison créatrice, non pas le hasard aveugle, mais la liberté. Toutefois, bien que tous les hommes le sachent d’une certaine façon – comme Paul le souligne dans la Lettre aux Romains (1, 21) – cette connaissance demeure ambigüe : un Dieu seulement pensé et élaboré par l’esprit humain n’est pas le vrai Dieu. Si Lui ne se montre pas, quoi que nous fassions, nous ne parvenons pas pleinement jusqu’à Lui. La nouveauté de l’annonce chrétienne c’est la possibilité de dire maintenant à tous les peuples : Il s’est montré, Lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert. La nouveauté de l’annonce chrétienne ne réside pas dans une pensée, mais dans un fait : Dieu s’est révélé. Ce n’est pas un fait nu mais un fait qui, lui-même, est Logos – présence de la Raison éternelle dans notre chair. Verbum caro factum est (Jn 1, 14) : il en est vraiment ainsi en réalité, à présent, le Logos est là, le Logos est présent au milieu de nous. C’est un fait rationnel. Cependant, l’humilité de la raison sera toujours nécessaire pour pouvoir l’accueillir. Il faut l’humilité de l’homme pour répondre à l’humilité de Dieu.
Sous de nombreux aspects, la situation actuelle est différente de celle que Paul a rencontrée à Athènes, mais, tout en étant différente, elle est aussi, en de nombreux points, très analogue. Nos villes ne sont plus remplies d’autels et d’images représentant de multiples divinités. Pour beaucoup, Dieu est vraiment devenu le grand Inconnu. Malgré tout, comme jadis où derrière les nombreuses représentations des dieux était cachée et présente la question du Dieu inconnu, de même, aujourd’hui, l’actuelle absence de Dieu est aussi tacitement hantée par la question qui Le concerne. Quaerere Deum – chercher Dieu et se laisser trouver par Lui : cela n’est pas moins nécessaire aujourd’hui que par le passé. Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable.

Merci beaucoup.

HOMÉLIE DU 14ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

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HOMÉLIE DU 14ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

05/07/2015

Les lectures du jour

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« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »

Les trois textes bibliques de ce dimanche ont un point commun. Ils nous montrent la faiblesse de celui qui parle de la part de Dieu. C’est le cas du prophète Ezéchiel (1ère lecture). Aujourd’hui, nous le trouvons à un moment dramatique de l’histoire de Jérusalem. Les représentants des forces actives du pays ont été déportés à Babylone. Le prophète, lui aussi déporté, est appelé par Dieu. Il est envoyé vers son peuple rebelle ; il devra faire preuve d’audace : « Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux qui les appelle à la conversion. Le même Seigneur continue à envoyer des apôtres pour appeler à la conversion. Leur message n’est pas toujours bien reçu. Ces envoyés sont souvent tournés en dérision. Dans de nombreux pays, ils sont victimes de la haine et de la violence des persécuteurs. Mais rien ni personne ne peut les empêcher de rendre compte de l’espérance qui les anime. La Parole de Dieu doit être annoncée à temps et à contretemps dans le monde entier. C’est notre mission à tous en tant que chrétiens baptisés et confirmés.

Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul nous décrit les vraies conditions de son apostolat. Il a reçu des révélations exceptionnelles. Mais il est accablé de difficultés et d’humiliations : insultes, faiblesses, contraintes, persécutions, situations angoissantes… A cela s’ajoutent de graves problèmes de santé. Bien sûr, il a demandé au Seigneur de l’en libérer car il n’en peut plus. Mais le Seigneur lui a répondu : « Ma grâce te suffit ». Paul découvre ainsi que la puissance de Dieu agit dans sa faiblesse à lui. C’est important pour l’apôtre d’aujourd’hui : il doit être habité par cette confiance en Dieu. Il n’est pas seul dans cette mission. Le principal travail, c’est Dieu qui le fait dans le cœur de ceux qu’il met sur notre route.

Dans l’Évangile, nous voyons Jésus qui est affronté au manque de foi des habitants de son village. Il vient de leur annoncer que l’Esprit de Dieu repose sur lui, qu’il est envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres… Pour ses compatriotes, ces paroles ne sont pas acceptables. Pour qui se prend-il ? Ils l’ont vu grandir et devenir charpentier. Certains ont bénéficié de ses services. De quoi se mêle-t-il en enseignant dans la synagogue ? Ce qu’on lui reproche, c’est de dire la Parole de Dieu sans être qualifié pour cela. Il n’a pas fait d’étude de rabbin ou de scribe. Il est un simple laïc.

Voilà donc le Christ empêché d’être reconnu comme Messie. « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu ». Nous n’avons pas à les juger. Nous aussi, nous sommes souvent rebelles quand on vient nous parler de la part de Dieu. Mais rien ni personne ne peut arrêter l’annonce de la bonne nouvelle. Devant ce refus, Jésus est parti vers les villages voisins. Les messagers de l’Évangile n’ont pas à être découragés si on refuse de les écouter et de les accueillir. Comme Jésus, ils doivent partir annoncer l’Évangile ailleurs car tous doivent l’entendre.

Le problème des auditeurs de Jésus, c’est qu’ils étaient enfermés dans leurs certitudes et leurs traditions. C’est souvent vrai pour nous aussi. Nous pensons savoir beaucoup de choses sur Dieu. Mais ce que nous pouvons en dire sera toujours insignifiant par rapport à ce qu’il est réellement. La foi n’est pas d’abord une affaire de connaissances et de savoir. Elle est surtout une affaire de questionnement spirituel : Qui est Jésus pour nous ? Voilà la question fondamentale que nous trouvons tout au long de l’Évangile de saint Marc. Et la réponse nous est donnée au pied de la croix par le centurion païen : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu. »

Comme le prophète et comme Paul, nous avons conscience de nos faiblesses. Mais le Seigneur compte sur nous pour être les messagers de la bonne nouvelle. Nous pouvons penser à la merveilleuse réplique de sainte Bernadette de Lourdes : « Je ne suis pas chargée de vous faire croire mais de vous dire. » Malgré notre faiblesse, le Seigneur compte sur nous pour être ses porte-paroles. Dans nos diverses rencontres, nous sommes appelés à rendre compte de l’espérance qui nous anime. Nous avons des valeurs à défendre, le partage, la solidarité, le respect de la digité des personnes, surtout les plus faibles. C’est à notre amour que nous serons reconnus comme disciples du Christ. Avant de nous lancer dans la mission, nous te prions Seigneur : envoie-nous ton Esprit Saint. Qu’il vienne nous rappeler ce que tu as dit. Qu’il nous apprenne à reconnaître que tu nous précèdes dans le cœur de ceux et celles que tu mets sur notre route. Seigneur, sois avec nous pour que nous soyons de vrais témoins de ton amour. Sources : Revues Feu Nouveau et Signes – Ta Parole est ma joie (J. Proux) – Homélies des dimanches B (Mgr Léon Soulier) – Guide Emmaüs des dimanches et fêtes (JP Bagot) – Homélies pour l’année B (A Brunot)

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 05/07/2015)  

MEDITATIONS POUR LE CAREME

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MEDITATIONS POUR LE CAREME

Le carême : une chance pour notre vie chrétienne !

Ce mercredi 5 mars, nous « entrons en Carême ». Quelle chance ! Une nouvelle fois, l’Église nous invite à un beau et grand parcours de foi et de charité. « En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale » (message de Benoît XVI pour le Carême 2012). Quelle chance de pouvoir vivre, de plus en plus intensément, de manière de plus en plus intérieure, ce beau parcours qui va nous mener jusqu’à la Résurrection, la nôtre, celle de toute l’humanité, en Jésus-Christ mort et ressuscité. Nous avons laissé derrière nous Noël et l’Incarnation, le Baptême de Jésus, sa présentation au temple, nous avons commencé à cheminer personnellement et en Église sur la belle et lumineuse route qui, année après année, nous rapproche du Père et de la pleine communion avec notre Créateur. C’est la route du Salut, c’est le chemin de la sainteté, c’est la voie de la charité.
Le Carême, ce sont quarante jours durant lesquels nous sommes invités à nous dépouiller de nous-mêmes, de notre suffisance, de nos encombrements, quarante jours pour faire le « nettoyage de printemps », pour rendre notre cœur propre et accueillant, pour nous ouvrir à l’Amour de Celui qui, par amour pour nous, s’est offert sur la Croix, donnant sa vie par amour. Nous l’invitons ainsi à « faire sa demeure en nous » ; nous acceptons ainsi de nous laisser transformer par Lui. Se laisser transformer par Jésus, c’est entrer dans son parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrerons dans notre vie. Guidés par notre foi, nous, chrétiens, devons tout faire pour nous stimuler dans la charité, « dans le service et les œuvres bonnes » (He 10,24).
Croître dans la foi et, dans le même temps, croître dans la charité. Y arriverons-nous par nos propres moyens? Nous savons bien que non. Mais ce que nous pouvons faire, c’est, humblement et avec courage, nous tourner vers le Seigneur : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (rite de l’imposition des cendres).
Pour nous aider à avancer, l’Église met sur notre chemin au cours du carême de grands témoins de foi : Saint Joseph, « serviteur fidèle et prudent » (fêté le 19 mars), à qui est confié « la garde des mystères du salut » ; la Vierge Marie, qui, « à l’ombre de l’Esprit Saint, accueille le Christ dans la foi et qu’elle porte avec tendresse dans sa chair » (Annonciation le 25 mars). La route est ouverte et balisée : nous pouvons nous y engager en toute confiance et surtout sans tarder, car « c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut ! »

Réflexion pour entrer en carême : faire pénitence (*)
(avec Mgr Jacques Perrier, ancien évêque de Lourdes)
A la Salette, la Vierge Marie nous invite à la conversion et à la pénitence. A Lourdes, lors de sa huitième apparition à Bernadette, Marie a répété trois fois le mot « pénitence ». Un mot répété trois fois, c’est rare. Il faut vraiment que la chose soit d’importance. Mais que veut-il dire, d’ailleurs, ce mot ? En Français, on peut utiliser deux mots qui sonnent assez différemment : pénitence et conversion. Conversion paraît beaucoup plus positif que pénitence. L’histoire de l’Eglise est jalonnée d’innombrables « convertis », depuis saint Paul sur le chemin de Damas jusqu’aux adultes baptisés de nos jours. Le danger serait que, étant chrétiens, nous pensions n’avoir pas besoin de conversion. Evidemment, nous n’allons pas passer notre vie à prendre chaque jour un virage à 180 degrés. Mais, comme un bateau dans sa traversée a, sans cesse, besoin de corriger sa trajectoire, de même nous devons chaque jour nous replacer dans le sillage du Christ. Se convertir, c’est prendre plus au sérieux les appels du Christ, pour aller plus loin. Nous constatons combien nous nous sommes écartés du chemin de l’Evangile, parfois nous en sommes complètement sortis ou bien nous nous sommes arrêtés. Repartir ne se fera pas sans peine. Reconnaître ses péchés, pleurer sur ses péchés est déjà une grâce. Il faut demander le don des larmes.
Marie, l’Immaculée Conception, est indemne de tout péché. C’est pour cela qu’elle en voit l’horreur, bien mieux que nous. Comme elle est notre mère, elle n’est pas là pour nous accuser. Elle est le « refuge des pécheurs ». Unie à son Fils, elle porte la croix de nos péchés. Elle est Notre-Dame des Douleurs, fêtée le lendemain de la Croix glorieuse.
Chaque site d’apparition mariale a ses caractères propres. La Salette et Lourdes ne se ressemblent pas. Mais un trait réunit tous ces sanctuaires, c’est l’appel à la pénitence. La pénitence peut prendre de multiples visages. Sa forme la plus haute est le sacrement de pénitence, largement célébré dans les sanctuaires marials et demandé par l’Eglise dans le temps du Carême.
Prière : O Marie, Toi, la disciple parfaite de ton Fils : Aide-moi à voir mon péché, donne-moi de pleurer sur tout le mal dont je suis coupable. Réveille ma foi, ranime mon espérance, ravive ma charité. Tu es le refuge des pécheurs. Parce que tu connais l’infinie miséricorde de ton Fils, sois pour nous une mère énergique et attentive. Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen !
(*) Le premier sens du mot « pénitence » signifie : « regret d’avoir offensé Dieu, accompagné de la ferme intention de ne plus recommencer ». Dans un deuxième sens, on peut l’entendre comme « le travail, les efforts que nous avons à faire sur nous-mêmes pour ne plus retomber dans nos péchés ». La notion de mortification, de « réparation » des péchés que l’on attribue souvent à ce mot n’est sans doute pas la plus adéquate, car dans sa grande miséricorde, si nous reconnaissons humblement notre péché, Dieu nous a déjà pardonné. « Va et ne pèche plus », a dit simplement Jésus à la femme adultère !

Notre Dame de Lourdes

Notre Dame de Lourdes dans images sacrée Lourdes-apparitions
http://www.medaille-miraculeuse.fr/priere/neuvaine-a-notre-dame-de-lourdes.html

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