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BENOÎT XVI – « JE CROIS EN DIEU » (Abraham – le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux)

26 juin, 2017

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BENOÎT XVI – « JE CROIS EN DIEU » (Abraham – le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 23 janvier 2013

Chers frères et sœurs,

En cette Année de la foi, je voudrais aujourd’hui commencer à réfléchir avec vous sur le Credo, c’est-à-dire sur la profession de foi solennelle qui accompagne notre vie de croyants. Le Credo commence ainsi : « Je crois en Dieu ». C’est une affirmation fondamentale, apparemment simple dans son caractère essentiel, mais qui ouvre au monde infini de la relation avec le Seigneur et avec son mystère. Croire en Dieu implique l’adhésion à Lui, l’accueil de sa Parole et l’obéissance joyeuse à sa révélation. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « la foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle » (n. 166). Pouvoir dire que l’on croit en Dieu est donc à la fois un don — Dieu se révèle, va à notre rencontre — et un engagement, c’est une grâce divine et une responsabilité humaine, dans une expérience de dialogue avec Dieu qui, par amour, « parle aux hommes comme à des amis » (Dei verbum, n. 2), nous parle afin que, dans la foi et avec la foi, nous puissions entrer en communion avec Lui.
Où pouvons-nous écouter Dieu et sa parole ? C’est fondamentalement dans l’Écriture Sainte, où la Parole de Dieu devient audible pour nous et alimente notre vie d’« amis » de Dieu. Toute la Bible raconte la révélation de Dieu à l’humanité ; toute la Bible parle de foi et nous enseigne la foi en racontant une histoire dans laquelle Dieu conduit son projet de rédemption et se fait proche de nous les hommes, à travers de nombreuses figures lumineuses de personnes qui croient en Lui et qui se confient à Lui, jusqu’à la plénitude de la révélation dans le Seigneur Jésus.
À cet égard, le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux, que nous venons d’écouter, est très beau. On y parle de la foi et les grandes figures bibliques qui l’ont vécue sont mises en lumière, devenant un modèle pour tous les croyants. Dans le premier verset, le texte dit : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (11, 1). Les yeux de la foi sont donc capables de voir l’invisible et le cœur du croyant peut espérer au-delà de toute espérance, précisément comme Abraham, dont Paul dit dans la Lettre aux Romains qu’« espérant contre toute espérance, il a cru » (4, 18).
Et c’est précisément sur Abraham que je voudrais m’arrêter et arrêter notre attention, car c’est lui qui est la première grande figure de référence pour parler de foi en Dieu : Abraham le grand patriarche, modèle exemplaire, père de tous les croyants (cf. Rm 4, 11-12). La Lettre aux Hébreux le présente ainsi : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu: il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (11, 8-10).
L’auteur de la Lettre aux Hébreux fait ici référence à l’appel d’Abraham, raconté dans le Livre de la Genèse, le premier livre de la Bible. Que demande Dieu à ce patriarche ? Il lui demande de partir en abandonnant sa terre pour aller vers le pays qu’il lui indiquera. « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai » (Gn 12, 1). Comment aurions-nous répondu, nous, à une semblable invitation ? Il s’agit en effet d’un départ à l’aveugle, sans savoir où Dieu le conduira ; c’est un chemin qui demande une obéissance et une confiance radicales, auxquelles seule la foi permet d’accéder. Mais l’obscurité de l’inconnu — où Abraham doit aller — est éclairé par la lumière d’une promesse ; Dieu ajoute à son ordre une parole rassurante qui ouvre devant Abraham un avenir de vie en plénitude : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom… En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 2.3).
La bénédiction, dans la Sainte Écriture, est liée avant tout au don de la vie qui vient de Dieu et se manifeste tout d’abord dans la fécondité, dans une vie qui se multiplie, passant de génération en génération. Et à la bénédiction est liée aussi l’expérience de la possession d’une terre, d’un lieu stable où vivre et grandir en liberté et en sécurité, en craignant Dieu et en construisant une société d’hommes fidèles à l’Alliance, « un royaume de prêtres, une nation sainte » (cf. Ex 19, 6).
C’est pourquoi Abraham, dans le projet divin est destiné à devenir « le père d’un grand nombre de peuples » (Gn 17, 5 ; cf. Rm 4, 17-18) et à entrer dans une nouvelle terre où habiter. Pourtant Sara, sa femme, est stérile, elle ne peut avoir d’enfants ; et le pays vers lequel Dieu le conduit est loin de sa terre d’origine, il est déjà habité par d’autres populations, et il ne lui appartiendra jamais vraiment. Le narrateur biblique le souligne, bien qu’avec une grande discrétion : lorsque Abraham arrive sur le lieu de la promesse de Dieu : « Les Cananéens étaient alors dans le pays » (Gn 12, 6). La terre que Dieu donne à Abraham ne lui appartient pas, il est un étranger et il le restera toujours, avec tout ce que cela comporte : ne pas avoir de visées de possession, sentir toujours sa propre pauvreté, tout voir comme un don. Cela est aussi la condition spirituelle de qui accepte de suivre le Seigneur, de qui décide de partir en accueillant son appel, sous le signe de sa bénédiction invisible mais puissante. Et Abraham, « père des croyants », accepte cet appel, dans la foi. Saint Paul écrit dans la Lettre aux Romains : « Espérant contre toute espérance, il a cru, et ainsi il est devenu le père d’un grand nombre de peuples, selon la parole du Seigneur: Vois quelle descendance tu auras ! Il n’a pas faibli dans la foi : cet homme presque centenaire savait bien que Sara et lui étaient trop vieux pour avoir des enfants ; mais, devant la promesse de Dieu, il ne tomba pas dans le doute et l’incrédulité : il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis » (Rm 4, 18-21).
La foi conduit Abraham à parcourir un chemin paradoxal. Il sera béni mais sans les signes visibles de la bénédiction : il reçoit la promesse de devenir un grand peuple, mais avec une vie marquée par la stérilité de sa femme Sara; il est conduit dans une nouvelle patrie mais il devra y vivre comme un étranger ; et l’unique possession de la terre qu’il lui sera consentie sera celle d’un lopin de terre pour y enterrer Sara (cf. Gn 23, 1-20). Abraham est béni parce que dans la foi, il sait discerner la bénédiction divine en allant au-delà des apparences, en ayant confiance dans la présence de Dieu même lorsque ses voies lui paraissent mystérieuses.
Que signifie cela pour nous ? Lorsque nous affirmons : « Je crois en Dieu », nous disons comme Abraham: « J’ai confiance en toi ; je m’abandonne à toi, Seigneur », mais pas comme à Quelqu’un à qui avoir recours uniquement dans les moments de difficulté ou à qui consacrer certains moments de la journée ou de la semaine. Dire « Je crois en Dieu » signifie fonder sur Lui ma vie, faire en sorte que sa Parole l’oriente chaque jour, dans les choix concrets, sans peur de perdre quelque chose de moi. Lorsque, dans le rite du baptême, on demande par trois fois : « Croyez-vous » en Dieu, en Jésus Christ, dans l’Esprit Saint, la Sainte Église catholique et les autres vérités de foi, la triple réponse est au singulier : « Je crois », parce que c’est mon existence personnelle qui doit être transformée avec le don de la foi, c’est mon existence qui doit changer, se convertir. Chaque fois que nous participons à un baptême, nous devrions nous demander comment nous vivons quotidiennement le grand don de la foi.
Abraham, le croyant, nous enseigne la foi ; et, en étranger sur terre, il nous indique la véritable patrie. La foi fait de nous des pèlerins sur terre, insérés dans le monde et dans l’histoire, mais en chemin vers la patrie céleste. Croire en Dieu nous rend donc porteurs de valeurs qui souvent, ne coïncident pas avec la mode et l’opinion du moment, cela exige de nous d’adopter des critères et d’assumer des comportements qui n’appartiennent pas au mode commun de penser. Le chrétien ne doit pas avoir peur d’aller à « contre-courant » pour vivre sa foi, en résistant à la tentation de s’« uniformiser ». Dans un grand nombre de nos sociétés, Dieu est devenu le « grand absent » et à sa place, il y a de nombreuses idoles, des idoles très diverses et surtout la possession et le « moi » autonome. Et les progrès importants et positifs de la science et de la technique également ont introduit chez l’homme une illusion de toute puissance et d’auto-suffisance, et un égocentrisme croissant a créé de nombreux déséquilibres au sein des rapports interpersonnels et des comportements sociaux.
Pourtant, la soif de Dieu (cf. Ps 63, 2) ne s’est pas éteinte et le message évangélique continue de retentir à travers les paroles et les œuvres de tant d’hommes et de femmes de foi. Abraham, le père des croyants, continue d’être le père de nombreux enfants qui acceptent de marcher sur ses traces et qui se mettent en chemin, en obéissance à la vocation divine, en ayant confiance dans la présence bienveillante du Seigneur et en accueillant sa bénédiction pour se faire bénédiction pour tous. C’est le monde béni de la foi auquel nous sommes tous appelés, pour marcher sans peur en suivant le Seigneur Jésus Christ. Et il s’agit d’un chemin parfois difficile, qui connaît également les épreuves et la mort, mais qui ouvre à la vie, dans une transformation radicale de la réalité que seuls les yeux de la foi sont en mesure de voir et d’apprécier pleinement.
Affirmer « Je crois en Dieu » nous pousse alors à partir, à sortir continuellement de nous-mêmes, précisément comme Abraham, pour apporter dans la réalité quotidienne dans laquelle nous vivons la certitude qui nous vient de la foi: c’est-à-dire la certitude de la présence de Dieu dans l’histoire, aujourd’hui aussi : une présence qui apporte vie et salut, et nous ouvre à un avenir avec Lui pour une plénitude de vie qui ne connaîtra jamais de fin.

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, LIVRE DU LIVRE DE L’EXODE 17, 8-13

15 octobre, 2016

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COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, LIVRE DU LIVRE DE L’EXODE 17, 8-13

dimanche 16 octobre 2016

PREMIERE LECTURE – Livre du livre de l’Exode 17, 8-13

En ces jours-là,
le peuple d’Israël marchait à travers le désert.
8 Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim.
9 Moïse dit alors à Josué :
« Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites.
Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline,
le bâton de Dieu à la main. »
10 Josué fit ce que Moïse avait dit :
il mena le combat contre les Amalécites.
Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline.
11 Quand Moïse tenait la main levée,
Israël était le plus fort.
Quand il la laissait retomber,
Amalec était le plus fort.
12 Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ;
on prit une pierre, on la plaça derrière lui,
et il s’assit dessus.
Aaron et Hour lui soutenaient les mains,
l’un d’un côté, l’autre de l’autre.
Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes
jusqu’au coucher du soleil.
13 Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

Les Amalécites étaient des tribus qui vivaient dans le désert du Négev : la Bible les cite de nombreuses fois, tout au long de l’histoire de l’installation du peuple élu en Palestine, et toujours comme des opposants à la pénétration des tribus israélites ; et leurs descendants seront encore de farouches ennemis au temps des rois Saül et David. Si bien que le nom même d’Amaleq est devenu le type de l’ennemi héréditaire.
Rien d’étonnant quand on sait que Amaleq lui-même, le père de la tribu, serait le petit-fils d’Esaü, le frère jumeau et rival de Jacob. La rivalité entre Jacob et Esaü1 (qu’on appelle aussi Edom) s’est reportée sur leurs descendants et, de génération en génération, en Israël, on se transmet la haine des Edomites, et surtout de ceux qui sont considérés comme les pires de tous, les Amalécites.
Voici donc, dès le livre de l’Exode, les Amalécites qui se présentent comme les premiers adversaires du peuple élu dans le désert. L’auteur ne donne pas beaucoup de détails sur cette première bataille : il dit simplement « Le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et l’attaquèrent à Rephidim. » Mais le livre du Deutéronome apporte quelques indications complémentaires : « Souviens-toi de ce qu’Amaleq t’a fait sur votre route, à la sortie d’Egypte, lui qui est venu à ta rencontre sur la route et a détruit à l’arrière de ta colonne, tous ceux qui traînaient, alors que tu étais épuisé et fourbu. » (Dt 25, 17-19) traduisez : les Amalécites sont arrivés par surprise et se sont attaqués à ceux qui avaient le plus de mal à suivre. Alors Moïse dit à Josué : « Choisis des hommes et va combattre les Amalécites ». C’est donc une histoire de légitime défense. Nous n’aurons pas d’autres détails sur le déroulement du combat ou les mouvements de troupes ; en revanche, le récit se concentre sur la relation entre le peuple et son Dieu à l’occasion de cette première bataille : c’est l’épreuve du feu, mais c’est surtout l’épreuve de la foi d’Israël. Il va combattre pour survivre, mais son Dieu sera avec lui.
Nous sommes à Rephidim : au fait, ce nom, nous le connaissons déjà, car dans les versets qui précèdent ce passage, c’est le fameux épisode de Massa et Meriba ; nous en avons reparlé tout récemment à l’occasion du psaume 94/95. Massa et Meriba, cela se passait justement à Rephidim et le surnom Massa et Meriba (qui veut dire contestation et querelle) signifie que, là, le peuple a gravement douté de Dieu. Et, désormais, quand on sera tenté de douter de la protection de Dieu, on se souviendra de Massa et Meriba : « Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre coeur comme à Meriba, comme au jour de Massa, dans le désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit ». (Ps 94/95, 7-8).
Massa et Meriba, c’était l’épreuve de la soif, une épreuve si dure que le peuple a été jusqu’à penser que Dieu l’avait abandonné… mais non, et l’eau a coulé du rocher, et le peuple a retrouvé confiance en son Dieu. Cette fois, et toujours à Rephidim, le voici affronté à l’attaque des Amalécites. Il va falloir lutter pour sa survie. Et aussitôt Moïse ne doute pas que Dieu viendra à son secours pour le délivrer.
Il dit à Josué : « Moi, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Et c’est ce bâton, en quelque sorte, qui tient le premier rôle dans ce récit. Ce bâton n’est pas magique par lui-même, mais il rend visible l’oeuvre de Dieu. C’est par lui que Moïse a accompli des quantités de prodiges aux yeux du Pharaon et de la cour d’Egypte, qu’il a écarté les eaux de la Mer des Joncs, qu’il a fait couler l’eau du rocher, à Massa et Meriba, justement. Encore une fois, ce bâton n’est pas magique par lui-même, la preuve, c’est que Moïse se met en prière, mais ce bâton levé est devenu un symbole : il rappelle à tous que c’est Dieu qui agit. Si la bataille est à peine décrite, si le bâton est au centre du récit, c’est précisément pour bien montrer où est l’essentiel.
L’essentiel, c’est la présence de Dieu qui accompagne son peuple, comme il l’avait promis dès le début en révélant son nom à Moïse, ce fameux nom qui dit la présence de Dieu. Le texte est très sobre et en même temps très suggestif. Moïse, Aaron et Hour sont au sommet de la colline, pendant que le peuple se bat sous la direction de Josué dans la plaine. Josué se bat de toute son âme, et Moïse prie de toute son âme. Le combattant et le priant se complètent. Si Moïse abandonne son poste de prière, Josué perd ses moyens. On ne peut pas dire plus clairement que c’est Dieu qui agit, mais qu’il y faut notre participation. Les mains levées de Moïse sont le symbole de toute la prière humaine. Elles disent la confiance, la certitude du croyant que son Dieu ne l’abandonne jamais. Récemment, nous l’avons lu dans la lettre à Timothée, Paul disait : « Je recommande que partout les hommes prient les mains levées vers le ciel… » C’est Dieu qui agit : ces mains levées le disent bien puisqu’elles restent immobiles et qu’elles semblent renvoyer la responsabilité vers le ciel ; mais en même temps, elles sont levées : le croyant ne baisse pas les bras ; les mains du combattant, les mains levées du priant sont notre petite participation à l’oeuvre de Dieu.
Mais il arrive que le priant, exténué, physiquement ou moralement, n’ait plus la force de « lever les mains » vers le ciel : alors il est bon de trouver des frères pour soutenir nos mains défaillantes ; normalement, c’est le rôle de nos communautés.
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Note
1 – On se souvient des deux fils d’Isaac, les frères jumeaux et en même temps rivaux Esaü et Jacob ; Esaü aurait dû être l’héritier des promesses divines, mais Jacob avait réussi à tromper son père aveugle en se faisant passer pour son frère et avait usurpé la place.
Complément
– De tout temps, de hommes et des femmes ont consacré leur vie à la prière ; ce texte vient nous révéler que la prière n’est pas passivité ou inaction ; bien au contraire, mystérieusement, la prière de quelques-uns est source de force pour tous. Elle est un rappel vivant de la Présence de Dieu sans cesse agissant au milieu de nous.

MARIE-NOËLLE THABUT – LIVRE DE LA SAGESSE 18, 6-9

7 août, 2016

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COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 7 AOÛT 2016

PREMIERE LECTURE – LIVRE DE LA SAGESSE 18, 6-9

6 La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. 7 Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. 8 En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. 9 Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Le premier verset nous met tout de suite dans l’ambiance : l’auteur du Livre de la Sagesse se livre à une méditation sur « La nuit de la délivrance pascale », c’est-à-dire la nuit de la sortie du peuple d’Israël, fuyant l’Egypte, sous la conduite de Moïse. De siècle en siècle, et d’année en année, depuis cette fameuse nuit, le peuple d’Israël célèbre le repas pascal pour revivre ce mystère de la libération opérée par Dieu : « Ce fut là une nuit de veille pour le Seigneur quand il les fit sortir du pays d’Egypte. Cette nuit-là appartient au Seigneur, c’est une veille pour tous les fils d’Israël, d’âge en âge. » (Ex 12, 42). Célébrer pour revivre, le mot n’est pas trop fort ; car, en Israël, le mot « célébrer » ne signifie pas seulement commémorer ; il s’agit de laisser Dieu agir à nouveau, de s’engager soi-même dans la grande aventure de la libération, dans la dynamique de Dieu, si l’on peut dire ; c’est ce que l’on appelle « faire mémoire » ; cela implique donc de se laisser transformer en profondeur. Nous sommes loin d’un simple rappel historique. Cela est tellement vrai que, depuis des siècles, et encore aujourd’hui, lorsque le père de famille, au cours du repas pascal, initie son fils au sens de la fête, il ne lui dit pas : « Le SEIGNEUR a agi en faveur de nos pères », il lui dit : « Le SEIGNEUR a agi en ma faveur à ma sortie d’Egypte » (Ex 13, 8). Et les commentaires des rabbins confirment : « En chaque génération, on doit se regarder soi-même comme sorti d’Egypte. » Cette célébration de la nuit pascale comporte donc toutes les dimensions de l’Alliance vécue par le peuple d’Israël depuis Moïse : l’action de grâce pour l’oeuvre de libération accomplie par Dieu et, réciproquement, l’engagement de fidélité aux commandements ; car on sait que libération, don de la Loi, et alliance, ne font qu’un seul et même événement. C’est le message même de Dieu à Moïse et, à travers lui, au peuple, au pied du Sinaï : « Vous avez vu vous-mêmes ce que j’ai fait à l’Egypte, comment je vous ai portés comme sur des ailes d’aigle et vous ai fait arriver jusqu’à moi. Et maintenant, si vous entendez ma voix et gardez mon alliance, vous serez ma part personnelle parmi tous les peuples – puisque c’est à moi qu’appartient toute la terre – et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Ex 19, 4-6). Ces deux dimensions de la célébration pascale, action de grâce pour l’oeuvre de libération accomplie par Dieu et engagement de fidélité aux commandements se lisent à travers les quelques lignes du livre de la Sagesse qui nous sont proposées ici. Commençons par l’action de grâce : « La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie… et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères. » De quelles promesses parle-t-on ici ? Le mot « promesses », à lui seul, est intéressant : qui l’eût cru, qu’un dieu s’engagerait par serment envers un homme ou un peuple ? Là encore, pour que l’homme ose y croire, il a fallu une Révélation ! Et pourtant, le récit de la grande aventure des patriarches n’est qu’une succession de promesses : d’une descendance, d’un pays, enfin d’une vie heureuse dans ce pays. Ici, arrêtons-nous aux seules promesses de la sortie d’Egypte ; par exemple, « Dieu dit à Abram : Sache bien que ta descendance résidera dans un pays qu’elle ne possédera pas. On en fera des esclaves, qu’on opprimera pendant quatre cents ans. Je serai juge aussi de la nation qu’ils serviront, ils sortiront alors avec de grands biens. » (Gn 15, 13-14). La même promesse a été répétée à tous les patriarches, Abraham, Isaac, Jacob ; voici ce que Dieu dit à Jacob pour l’encourager à descendre en Egypte, au moment d’aller retrouver Joseph : « Je suis le Dieu de ton père. Ne crains pas de descendre en Egypte, car je ferai là-bas de toi une grande nation. Moi, je descendrai avec toi en Egypte et c’est moi aussi qui t’en ferai remonter. » (Gn 46, 3-4). Bien sûr, évoquer la fuite d’Egypte et la protection de Dieu en faveur de son peuple, c’est aussi, inévitablement évoquer la déconfiture de leurs ennemis du moment, les Egyptiens : « Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. » Plus que du triomphalisme, c’est une leçon à méditer, que l’auteur de notre texte propose à ses contemporains, à savoir : en faisant le choix de l’oppression et de la violence, les Egyptiens ont provoqué eux-mêmes leur perte. Le peuple opprimé, lui, a bénéficié de la protection du Dieu qui vient au secours de toute faiblesse. Sous-entendu, à bon entendeur, salut ! La lumière que Dieu a fait briller sur nous au temps de notre oppression, il la fera tout aussi bien briller sur d’autres opprimés… C’est ainsi qu’on interprète la présence de la colonne de feu qui protégeait le peuple et le mettait à l’abri de ses poursuivants : « Tu a donné aux tiens une colonne flamboyante, guide pour un itinéraire inconnu et soleil inoffensif pour une glorieuse migration. Quant à ceux-là, ils méritaient d’être privés de lumière et emprisonnés par les ténèbres, pour avoir retenu captifs tes fils, par qui devait être donnée au monde la lumière incorruptible de la Loi. » (Sg 18, 3-4). Deuxième dimension de la célébration de la nuit pascale, l’engagement personnel et communautaire : « Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères. » En quelques lignes, notre auteur n’a pas pu tout dire ; mais il est très remarquable justement qu’il ait mis en parallèle la pratique du culte (« ils offraient un sacrifice ») et l’engagement de solidarité fraternelle (« les saints, entendez les fidèles, partageraient aussi bien le meilleur que le pire »). La Loi d’Israël, on le sait bien, a toujours lié la célébration des dons de Dieu et la solidarité du peuple de l’Alliance. Rien d’étonnant donc ; Jésus-Christ fera le même rapprochement : on sait bien que « faire mémoire de lui » c’est du même mouvement pratiquer l’Eucharistie et se mettre au service de nos frères, comme il l’a fait lui-même, la nuit de la délivrance pascale (c’est-à-dire le Jeudi Saint), en lavant les pieds de ses disciples.

 

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT – LIVRE DE LA GENÈSE 18, 20-32

23 juillet, 2016

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COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 24 JUILLET 2016

PREMIERE LECTURE – LIVRE DE LA GENÈSE 18, 20-32

En ces jours-là, les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. 20 Alors le SEIGNEUR dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! 21 Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. » 22 Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le SEIGNEUR. 23 Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? 24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? 25 Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » 26 Le SEIGNEUR déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. » 27 Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. 28 Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. » 29 Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le SEIGNEUR déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » 30 Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. » 31 Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » 32 Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le SEIGNEUR déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. »

Ce texte marque un grand pas en avant dans l’idée que les hommes se font de leur relation à Dieu : c’est la première fois que l’on ose imaginer qu’un homme puisse intervenir dans les projets de Dieu. Malheureusement, la lecture liturgique ne nous fait pas entendre les versets précédents, là où l’on voit Dieu, parlant tout seul, se dire à lui-même : « Maintenant que j’ai fait alliance avec Abraham, il est mon ami, je ne vais pas lui cacher mes projets. » Manière de nous dire que Dieu prend très au sérieux cette alliance ! Voici ce passage : « Les hommes se levèrent de là et portèrent leur regard sur Sodome ; Abraham marchait avec eux pour prendre congé. Le SEIGNEUR dit : Vais-je cacher à Abraham ce que je fais ? Abraham doit devenir une nation grande et puissante en qui seront bénies toutes les nations de la terre, car j’ai voulu le connaître… » Et c’est là que commence ce que l’on pourrait appeler « le plus beau marchandage de l’histoire ». Abraham armé de tout son courage intercédant auprès de ses visiteurs pour tenter de sauver Sodome et Gomorrhe d’un châtiment pourtant bien mérité : « SEIGNEUR, si tu trouvais seulement cinquante justes dans cette ville, tu ne la détruirais pas quand même ? Sinon, que dirait-on de toi ? Ce n’est pas moi qui vais t’apprendre la justice ! Et si tu n’en trouvais que quarante-cinq, que quarante, que trente, que vingt, que dix ?… » Quelle audace ! Et pourtant, apparemment, Dieu accepte que l’homme se pose en interlocuteur : pas un instant, le Seigneur ne semble s’impatienter ; au contraire, il répond à chaque fois ce qu’Abraham attendait de lui. Peut-être même apprécie-t-il qu’Abraham ait une si haute idée de sa justice ; au passage, d’ailleurs, on peut noter que ce texte a été rédigé à une époque où l’on a le sens de la responsabilité individuelle : puisque Abraham serait scandalisé que des justes soient punis en même temps que les pécheurs et à cause d’eux ; nous sommes loin de l’époque où une famille entière était supprimée à cause de la faute d’un seul. Or, la grande découverte de la responsabilité individuelle date du prophète Ezéchiel et de l’Exil à Babylone, donc au sixième siècle. On peut en déduire une hypothèse concernant la composition du chapitre que nous lisons ici : comme pour la lecture de dimanche dernier, nous sommes certainement en présence d’un texte rédigé assez tardivement, à partir de récits beaucoup plus anciens peut-être, mais dont la mise en forme orale ou écrite n’était pas définitive. Dieu aime plus encore probablement que l’homme se pose en intercesseur pour ses frères ; nous l’avons déjà vu un autre dimanche à propos de Moïse (Ex 32) : après l’infidélité du peuple au pied du Sinaï, se fabriquant un « veau d’or » pour l’adorer, aussitôt après avoir juré de ne plus jamais suivre des idoles, Moïse était intervenu pour supplier Dieu de pardonner ; et, bien sûr, Dieu qui n’attendait que cela, si l’on ose dire, s’était empressé de pardonner. Moïse intervenait pour le peuple dont il était responsable ; Abraham, lui, intercède pour des païens, ce qui est logique, après tout, puisqu’il est porteur d’une bénédiction au profit de « toutes les familles de la terre ». Belle leçon sur la prière, là encore ; et il est intéressant qu’elle nous soit proposée le jour où l’évangile de Luc nous rapporte l’enseignement de Jésus sur la prière, à commencer par le Notre Père, la prière « plurielle » par excellence : puisque nous ne disons pas « Mon Père », mais « Notre Père ».. Nous sommes invités, visiblement, à élargir notre prière à la dimension de l’humanité tout entière. « Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » (Ce fut la dernière tentative d’Abraham.) « Et le SEIGNEUR répondit : Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. » Ce texte est un grand pas en avant, disais-je, une étape importante dans la découverte de Dieu, mais ce n’est qu’une étape, car il se situe encore dans une logique de comptabilité : sur le thème combien faudra-t-il de justes pour gagner le pardon des pécheurs ? Il restera à franchir le dernier pas théologique : découvrir qu’avec Dieu, il n’est jamais question d’un quelconque paiement ! Sa justice n’a rien à voir avec une balance dont les deux plateaux doivent être rigoureusement équilibrés ! C’est très exactement ce que Saint Paul essaiera de nous faire comprendre dans le passage de la lettre aux Colossiens que nous lisons ce dimanche. —————————– Compléments – « Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! » (verset 25). La traduction ne nous livre pas la richesse du terme hébreu. Le mot véritable est « profanation » : imaginer une seule seconde Dieu injuste est une profanation du nom de Dieu, un blasphème pur et simple aux yeux d’Abraham. – Petit rappel sur l’évolution de la notion de justice de Dieu : au début de l’histoire biblique on trouvait normal et juste que le groupe entier paie pour la faute d’un seul : c’est l’histoire d’Akân au temps de Josué (Jos 7, 16-25) ; dans une deuxième étape, on imagine que chacun paie pour soi ; ici, nouvelle étape de la pensée, il est toujours question de paiement d’une certaine manière, dix justes obtiendront le pardon d’une ville entière ; et Jérémie osera imaginer qu’un seul homme paiera pour tout le peuple : « Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et enquêtez, cherchez sur ses places : Y trouvez-vous un homme? Y en a-t-il un seul qui défende le droit, qui cherche à être vrai? Alors je pardonnerai à la ville. » (Jr 5, 1) ; Ezéchiel tient le même genre de raisonnement : « J’ai cherché parmi eux un homme qui relève la muraille, qui se tienne devant moi, sur la brèche, pour le bien du pays, afin que je ne le détruise pas : je ne l’ai pas trouvé. » (Ez 22, 30). C’est avec le livre de Job, entre autres, que le dernier pas sera franchi, lorsque l’on comprendra enfin que la justice de Dieu est synonyme de salut. – Cependant, Jérémie lui-même avait envisagé un pardon sans condition aucune au nom même de la grandeur de Dieu. A ce sujet il faut relire ce plaidoyer admirable : « Si nos péchés témoignent contre nous, agis, SEIGNEUR, pour l’honneur de ton nom ! » (Jr 14, 7-9). Face à Dieu, tout comme Jérémie, Abraham l’a compris, les pécheurs n’ont pas d’autre argument que Dieu lui-même ! – On notera au passage l’optimisme d’Abraham : et pour cela il mérite bien d’être appelé « père » ! Il persiste à croire que tout n’est pas perdu, que tous ne sont pas perdus. Dans cette affreuse ville de Sodome, il y a certainement au moins dix hommes bons !

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT – Premier Livre des Rois 17, 17-24

3 juin, 2016

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT, DIMANCHE 5 JUIN 2016

PREMIERE LECTURE – Livre du Premier Livre des Rois 17, 17-24

En ces jours-là, 17 le fils de la femme chez qui habitait le prophète Élie tomba malade ; le mal fut si violent que l’enfant expira. 18 Alors la femme dit à Élie : « Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » 19 Élie répondit : « Donne-moi ton fils ! » Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. 20 Puis il invoqua le SEIGNEUR : « SEIGNEUR, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? » 21 Par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le SEIGNEUR : « SEIGNEUR, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! » 22 Le SEIGNEUR entendit la prière d’Élie ; le souffle de l’enfant revint en lui : il était vivant ! 23 Élie prit alors l’enfant, de sa chambre il le descendit dans la maison, le remit à sa mère et dit : « Regarde, ton fils est vivant ! » 24 La femme lui répondit : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du SEIGNEUR est véridique. »

Ceci se passe à Sarepta, sur la côte méditerranéenne, là où à l’occasion d’une grande sécheresse qui sévissait en Israël, Elie a trouvé refuge auprès d’une veuve pauvre ; il avait déjà, rappelez-vous, accompli pour elle et son fils un premier miracle : tout au long de la période de famine, les maigres réserves de farine et d’huile de la famille n’avaient pas baissé et la femme avait pu se nourrir ainsi que son fils et le prophète étranger qu’elle avait accepté d’accueillir sous son toit. Mais à quoi bon multiplier la nourriture si c’est pour mourir tout de même ? Pendant que le prophète habitait chez la veuve de Sarepta, voici que son fils tombe malade et meurt. Or, dans la mentalité de l’époque, une mort prématurée était forcément considérée comme un châtiment. Si la veuve avait perdu son mari, déjà, sans nul doute, elle était coupable, même sans le savoir ; la mort de son fils venait confirmer le verdict. C’est donc tout naturellement qu’elle dit à Elie : « Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » Dans sa douleur, elle emploie même une formule particulièrement dure : littéralement « Qu’y a-t-il entre toi et moi ? » Petite phrase que nous connaissons bien, puisque Jésus lui-même l’a adressée à sa mère lors des noces de Cana. La traduction donnée dans notre lecture « Que me veux-tu, homme de Dieu ? » rend assez bien la révolte de la femme qui attribue à la présence d’Elie la mort de l’enfant. Cette idée que Dieu pourrait en vouloir à notre vie nous effleure parfois, peut-être ; la suite du texte prouve au contraire, que l’oeuvre de Dieu est une oeuvre de vie et de guérison. Aussi, en rendant la vie au fils de la veuve, Elie accomplit-il beaucoup plus qu’une guérison physique : il ouvre la femme à la vérité. Désormais elle saura que la mort n’est pas un châtiment ; elle saura aussi que Dieu est le Dieu de la vie. Cette païenne vient d’être libérée de ses fausses idées sur Dieu ! L’auteur du livre des Rois, quant à lui, poursuit un projet bien précis quand, des siècles après les événements, il donne cette histoire à méditer à ses contemporains : car la veuve de Sarepta est une païenne, par hypothèse ; or elle sait reconnaître l’envoyé de Dieu et elle sait reconnaître Dieu à l’oeuvre à travers lui. Pendant ce temps, le peuple élu, bénéficiaire de tant de prédication prophétique depuis si longtemps, oublie son Dieu et méconnaît Elie, son prophète. Car ceci se passe, rappelez-vous, sur fond d’idolâtrie : la reine Jézabel a entraîné le peuple dans le culte des Baals ; c’est bien le monde à l’envers : le peuple élu abandonnant l’Alliance et des païens devenus capables de reconnaître le vrai Dieu. A bon entendeur salut, semble nous dire l’auteur. Il en profite pour délivrer également un autre message qui devient de plus en plus insistant au fur et à mesure que progresse la découverte des hommes de la Bible : Dieu ne réserve pas ses bienfaits au seul peuple d’Israël, toute l’humanité est appelée à en bénéficier. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » avait dit Dieu à Abraham (Gn 12, 3). Et depuis la révélation du buisson ardent, on sait que, partout sur toute la terre, Dieu entend les cris, Dieu voit les larmes des veuves et des orphelins ; et il envoie ses prophètes pour les soulager. Quelques siècles plus tard, Jésus aura encore besoin de rappeler cette leçon à ses contemporains : un matin de shabbat à la synagogue de Nazareth, ils l’ont entendu affirmer : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie. En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, quand le ciel fut fermé (il ne plut pas) trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ; pourtant ce ne fut à aucune d’entre elles qu’Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta. » Les lecteurs du livre des Rois, les auditeurs de Jésus avaient, il faut le croire, du mal à l’admettre ! Ils ont peut-être d’autant plus de mal que cette pauvre veuve, bien humble, qui n’a bénéficié d’aucun catéchisme, se permet de leur donner la véritable définition du prophète : « Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique. » A un moment, précisément, où les prophètes n’avaient guère d’audience, le livre du Deutéronome avait justement insisté sur la gravité de ce refus d’écouter : « C’est un prophète comme toi (Moïse) que je leur susciterai du milieu de leurs frères ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. Et si quelqu’un n’écoute pas mes paroles, celles que le prophète aura dites en mon nom, alors moi-même je lui en demanderai compte. » (Dt 18, 18-19). La méconnaissance des contemporains d’Elie, celle des contemporains de Jésus n’en apparaissent que plus clairement : Dieu parle par ses prophètes et personne ne les écoute. Refrain connu : Elie lui-même, dans un de ses moments de découragement, s’en plaignait à Dieu : « Je suis passionné pour le Seigneur, le Dieu des puissances : les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul et l’on cherche à m’enlever la vie. » (1 R 19, 10). Mais n’oublions pas qu’à cette plainte d’Elie, Dieu a répondu en lui faisant remarquer une présence qu’il avait peut-être tendance à sous-estimer : celle d’une multitude de croyants anonymes dont la foi n’avait pas chancelé. Réponse valable en tous temps : à plusieurs reprises, Jésus s’est émerveillé de la foi de ses interlocuteurs : à notre tour, il nous suffit peut-être d’ouvrir les yeux, nous ne sommes pas seuls, des croyants nous entourent.

DEUX MONTAGNES DANS LA BIBLE: MORIJA, SION

18 février, 2016

http://www.bible-notes.org/article-45-deux-montagnes-dans-la-bible.html

DEUX MONTAGNES DANS LA BIBLE

1- LA MONTAGNE DE MORIJA :
1.1- Lire Genèse 22.
1.2- Lire 2 Chroniques 3

2- LA MONTAGNE DE SION :

1- LA MONTAGNE DE MORIJA :
1.1- Lire Genèse 22
Lorsque Dieu voulut éprouver Abraham, Il lui dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t’en va au pays de Morija, et là offre-le en holocauste, sur une des montagnes que je te dirai ». Nous pensons que le pays de Morija était ainsi appelé à cause du nom de la montagne : c’est probablement sur cette colline que le père des croyants leva le couteau sur son fils et donna ainsi un admirable témoignage de sa foi en Dieu qui ressuscite les morts.
Arrivés au pied du mont Morija, Abraham prit le bois de l’holocauste, et le mit sur Isaac, son fils… « Et ils allaient les deux ensemble. » (Gen. 22 : 6, 8). Quelle pénible ascension, surtout pour le coeur du père ! Isaac ne savait pas encore que le bois dont il était chargé devait servir à l’autel sur lequel il devait être égorgé. Dix-neuf siècles plus tard, le Saint et le Juste, après avoir été jugé et condamné par un tribunal de méchants, ayant subi les moqueries, les injures, les coups, les crachats, gravissait aussi péniblement une colline voisine de Morija, chargé du bois sur lequel Il devait mourir. « Jésus sortit, portant sa croix, et s’en alla au lieu appelé lieu du crâne, qui est appelé en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent » (Jean 19 : 17-18). Il y a pourtant une différence importante entre les deux cas : Jésus, qui portait nos péchés en son corps sur le bois, mourut réellement pour les expier, tandis qu’Isaac, au dernier moment, fut épargné. En gravissant les pentes de la montagne, Isaac avait adressé à son père cette question bien naturelle : « Mon père !…. Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? ». A quoi le patriarche avait répondu : « Mon fils, Dieu se pourvoira de l’agneau pour l’holocauste ». Cette parole, inspirée par l’Esprit de Dieu, s’accomplit littéralement. Abraham lève le couteau pour égorger son fils : le sacrifice est consenti dans son coeur, l’obéissance a été parfaite. Alors l’Eternel l’arrête. Isaac est épargné. « Et Abraham leva ses yeux, et vit, et voici, il y avait derrière lui un bélier retenu à un buisson par les cornes ; et Abraham alla et prit le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Et Abraham appela le nom de ce lieu-là : Jéhovah-Jiré ».
Après ces paroles du patriarche, l’écrivain sacré ajoute : « comme on dit aujourd’hui : En la montagne de l’Eternel il y sera pourvu ». Ici, dans le sens le plus littéral, c’est à Morija qu’il faut appliquer cette expression. Le proverbe avait encore cours en Israël, alors que, quatre siècles après le sacrifice d’Abraham, Moïse écrivait le livre de la Genèse. Comment donc et à quoi a-t-il été pourvu en cette montagne de l’Eternel ? Nous allons voir que la réponse à cette question se trouve dans le second passage où se rencontre le nom de Morija ?

1.2- Lire 2 Chroniques 3
« Et Salomon commença de bâtir la maison de l’Eternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, où l’Eternel était apparu à David, son père, sur l’emplacement que David avait préparé dans l’aire d’Ornan, le Jébusien » (2 Chr. 3 : 1).
Morija, c’était donc précisément le lieu choisi par David pour en faire le site du temple. Ce roi d’Israël, vainqueur de tous ses ennemis, ayant du repos tout à l’entour, jouissant d’un règne prospère, s’éleva, hélas, par orgueil. Satan en profita pour l’inciter à faire le dénombrement du peuple d’Israël (voir 1 Chr. 21 et 2 Sam. 24). Et cela déplut à l’Eternel ; c’est pourquoi il frappa Israël. Alors David dit à Dieu : « J’ai grandement péché en ce que j’ai fait cette chose ; et maintenant fait passer l’iniquité de ton serviteur, car j’ai agi très-follement » (2 Chr. 21 : 8). Dieu est toujours disposé à pardonner à son enfant qui confesse ses fautes ; cependant il faut que le mal soit jugé et puni. David devra choisir entre les trois propositions faites par Dieu : la famine durant trois ans, ou bien une guerre désastreuse pour lui durant trois mois, ou enfin l’épée de l’Eternel, c’est-à-dire la mort sur le pays durant trois jours (2 Chr. 21 : 10-12). David répond à Gad, le messager du Seigneur : « Que je tombe, je te prie, dans les mains de l’Eternel, car ses compassions sont très-grandes ; et que je ne tombe point dans la main des hommes » (1 Chr. 21 : 13). L’Eternel envoya donc la peste sur Israël ; et il tomba 70 000 hommes d’Israël. C’était un ange de l’Eternel qui exerçait ainsi le jugement, et Dieu l’envoya aussi à Jérusalem. Comme il exécutait ce châtiment, l’Eternel regarda et se repentit de cette plaie dont il frappait son peuple. Il dit à l’ange : « Assez ! Retire maintenant ta main ». Or l’ange de l’Eternel se tenait près de l’aire d’Ornan, le Jébusien, placée sur la montagne de Morija. Et David, élevant ses yeux, vit l’ange de l’Eternel qui était entre la terre et le ciel, ayant dans sa main son épée nue, tournée contre Jérusalem.
« Et David dit à Dieu : N’est-ce pas moi qui ai commandé de dénombrer le peuple ? C’est moi qui ai péché et qui ai mal agi ; mais ces brebis, qu’ont-elles fait ? Eternel, mon Dieu, je te prie, que ta main soit sur moi et sur la maison de mon père, mais qu’elle ne soit pas sur ton peuple, pour le frapper » (1 Chr. 21 : 17).
Alors David reçut de l’ange l’ordre de monter sur le mont Morija, pour ériger un autel à l’Eternel dans l’aire d’Ornan, le Jébusien. Ornan, appelé aussi Arauna, occupé à battre du blé, s’était caché avec ses quatre fils, parce qu’il avait vu l’ange. Le roi d’Israël lui acheta son aire, ses boeufs… Puis David bâtit un autel à l’Eternel, et il offrit des holocaustes et des sacrifices de prospérité, et il invoqua l’Eternel qui lui montra qu’Il l’exauçait en envoyant des cieux le feu qui alluma le bois sur l’autel pour consumer l’holocauste ! Alors, au commandement de l’Eternel, l’ange remit son épée dans son fourreau. La plaie fut arrêtée : ainsi la miséricorde se glorifia vis-à-vis du jugement (Jac. 2 : 13). « Et David dit : c’est ici la maison de l’Eternel Dieu, et c’est ici l’autel pour l’holocauste d’Israël » (1 Chr. 22 : 1). Dès ce moment, il fit préparer les matériaux pour la construction du temple, réservée à Salomon, son fils. Ce temple était réellement la maison de Dieu. Durant le voyage des Israélites à travers le désert, Dieu voulait habiter au milieu de son peuple, dans le tabernacle, qui n’était qu’une tente portative. Maintenant que le peuple était bien établi dans les villes et les villages de Canaan, l’Eternel voulait aussi avoir, au milieu d’eux, sa maison de pierre et de bois, afin d’y fixer sa demeure, d’une manière spéciale et bénie, entre les chérubins qui étaient sur l’arche.
C’est dans ce temple qu’il était pourvu, selon la loi, à tous les besoins spirituels et moraux des enfants d’Israël ; c’est là, et là seulement, qu’ils pouvaient rendre leur culte à Jéhovah, par l’intermédiaire des sacrificateurs ; c’est là que les sacrifices étaient offerts et que les fêtes solennelles se célébraient. Là, les fils d’Aaron, au nom du peuple, s’approchaient de l’Eternel.
Ainsi s’est accompli le proverbe que nous avons rappelé : « En la montagne de l’Eternel il y sera pourvu ».
Rappelons encore que c’est sur une colline voisine, au lieu appelé Crâne (Luc 23 : 33), qu’il a été pourvu pleinement, parfaitement, par le seul sacrifice du Fils de Dieu, à tous les besoins de pardon, de paix, de bonheur et de vie, de pauvres pécheurs. Par la foi au Sauveur, ils sont mis en possession de tous ces privilèges, ils participent dès à présent à la grâce et auront bientôt part à la gloire de Dieu, avec Jésus !

2- LA MONTAGNE DE SION :
Dans l’Ecriture, le nom de Sion est mentionné pour la première fois dans le deuxième livre de Samuel: « David prit la forteresse de Sion : c’est la ville de David » (5 : 7). C’est dans ce chapitre que nous voyons toutes les tribus d’Israël se soumettre à David et le reconnaître roi, choisi et donné par l’Eternel. David était alors fixé à Hébron ; il alla avec ses gens faire le siège de Jérusalem, qui est Jébus où se trouvaient encore les Jébusiens, une peuplade cananéenne que les Israélites auraient dû détruire en prenant possession du pays de promesse. Et David prit la forteresse de Sion, et il y habita ; c’est pourquoi on l’appela la cité de David (1 Chr. 11 : 4-7). Jérusalem, située au Nord-Est et au-dessous de cette colline, est souvent appelée « la fille de Sion ». Ce nom, dans le langage des prophètes, désigne fréquemment la ville sainte tout entière. L’Ecriture dit aussi : « la montagne de Sion » (2 Rois 19 : 31 ; Ps. 133 : 3 ; Es. 10 : 12, 32 ; Abdias 17, 21). Dieu l’appelle « la montagne de ma sainteté » (Ps. 2 : 6). Le Dieu d’Israël y habite, elle est sa demeure (Ps. 9 : 11 ; 74 : 2 ; 76 : 2 ; Es. 8 : 18).
Le nom du mont Morija, sur lequel le temple était construit, disparaît ainsi devant le nom plus solennel de la Sion sainte. C’est là, dans la cité de David, qui est Sion, que l’arche de l’alliance de l’Eternel avait été provisoirement déposée dans un tabernacle, une tente que David avait tendue pour elle (2 Sam. 6 : 17) ; c’est là que, sur l’ordre de Salomon, les sacrificateurs la prirent pour la transporter « en son lieu » dans l’oracle de la maison, dans le lieu très saint, sous les ailes des chérubins. Aux yeux de Dieu, la montagne de Sion s’élève avec beauté, « elle est la joie du toute la terre, aux côtés du nord, la ville du grand Roi » (Ps. 48 : 2). « De Sion, perfection de la beauté, Dieu a fait luire sa splendeur » (Ps. 50 : 2). « L’Eternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob » (Ps. 87 : 2). « L’Eternel a choisi Sion ; il l’a désirée pour être son habitation ; c’est ici mon repos à perpétuité ; ici j’habiterai, car je l’ai désirée » (Ps. 132 : 13-14 ; 78 : 68).
Aussi, les « fils de Sion » (Lam. 4 : 2) ont leurs coeurs attachés à cette sainte montagne. Ecoutons-les : « Auprès des fleuves de Babylone, là nous nous sommes assis, et nous avons pleuré quand nous nous sommes souvenus de Sion. Aux saules qui étaient au milieu d’elle nous avons suspendu nos harpes. Car là, ceux qui nous avaient emmenés captifs nous demandaient des cantiques, et ceux qui nous faisaient gémir, de la joie : Chantez-nous un des cantiques de Sion. Comment chanterions-nous un cantique de l’Eternel sur un sol étranger ? Si je t’oublie, ô Jérusalem, que ma droite s’oublie ! Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens de toi, si je n’élève Jérusalem au-dessus de la première de mes joies ! » (Ps. 137 : 1-6).
Voici, depuis de longs siècles, la condition présente des fils de la sainte Sion. Plus que jadis, « les chemins de Sion mènent deuil de ce qu’il n’y a personne qui vienne aux fêtes (Lam. 1 : 4). «Et toute la magnificence de la fille de Sion s’est retirée d’elle… Sion étend ses mains, il n’y a personne qui console… Comment, dans sa colère, le Seigneur a-t-il couvert d’un nuage la fille de Sion !… Il a tué tout ce qui était agréable à l’oeil dans la tente de la fille de Sion ; il a versé, comme un feu, sa fureur… L’Eternel a fait oublier dans Sion jour solennel et sabbat ; et, dans l’indignation de sa colère, il a méprisé roi et sacrificateur… Il s’est proposé de détruire la muraille de la fille de Sion ; et il n’a pas retiré sa main pour cesser de détruire ; et il a fait mener deuil au rempart et à la muraille… Les anciens de la fille de Sion sont assis par terre, ils gardent le silence ; ils ont mis de la poussière sur leurs têtes, ils se sont ceints de sacs…Quel témoignage t’apporterai-je ?… Qui est-ce que j’égalerai à toi, afin que je te console, vierge, fille de Sion ? Car ta ruine est grande comme la mer : qui te guérira ?… Muraille de la fille de Sion, laisse couler des larmes jour et nuit, comme un torrent… L’Eternel a accompli sa fureur, il a versé l’ardeur de sa colère et a allumé dans Sion un feu qui en a dévoré les fondements. Notre coeur est abattu… nos yeux sont obscurcis, à cause de la montagne de Sion qui est désolée (Lam. 1 : 6, 17 ; 2 : 1, 4, 6, 8, 10, 13, 18 ; 4 : 11 ; 5 : 17, 18).
Oui, hélas, comme les prophètes l’avaient annoncé, « Sion est un désert, Jérusalem, une désolation ». Les enfants d’Israël ont dit en gémissant : « Notre maison sainte et magnifique, où nos pères te louaient, est brûlée par le feu » (Es. 64 : 10,11). Le Seigneur Jésus leur déclare plus tard les mêmes calamités (voir Luc 13 : 34-35). Michée 3 : 12 avait prédit, comme le rappelle Jérémie 26 : 18, que Sion serait « labourée comme un champ », et Jérusalem réduite en « monceaux de pierres » : c’est ce qui est arrivé. Aussi maintenant la louange est-elle « dans le silence en Sion » (Ps. 65 : 1). Depuis longtemps, Sion répète, en se trompant toutefois : « l’Eternel m’a abandonnée, et le Seigneur m’a oubliée » (Es. 49 : 14). « Une voix de lamentation se fait entendre de Sion : … nous sommes détruits et devenus fort honteux ! Aurais-tu entièrement rejeté Juda ? Ton âme serait-elle dégoûtée de Sion ? » (Jér. 9 : 19 ; 14 : 19). Depuis longtemps, ses ennemis disent : « c’est Sion, que personne ne recherche !» (Jér. 30 : 17). Et d’où viennent ces terribles jugements sur la montagne de l’Eternel, que la colère de l’Eternel a livrée entre les mains des nations ? Du péché de ses habitants, de leurs constantes rébellions contre leur Dieu. « Les filles de Sion sont hautaines » (Es. 3 : 16).
Le malheureux peuple juif en était venu à ce point de perversité, que Dieu envoyait dire aux princes de la maison d’Israël par un prophète : « Vous…. qui abhorrez le jugement et pervertissez toute droiture, bâtissant Sion avec du sang, et Jérusalem avec l’iniquité » (Mich. 3 : 9). Enfin, après avoir épuisé tous les autres moyens de ramener son peuple, Dieu dit : « J’enverrai mon fils le bien-aimé ; peut-être que, quand ils verront celui-ci, ils le respecteront ». Il leur envoya en effet son saint Fils Jésus, leur Messie, leur Rédempteur, leur Roi. Mais, au lieu de l’accueillir avec reconnaissance, ils raisonnèrent entre eux, en disant : « Celui-ci est l’héritier, tuons-le, afin que l’héritage soit à nous » (Luc 20 : 13-14). Et c’est ce qu’ils firent. Cependant, peu auparavant, une foule de Juifs était allée au-devant du Seigneur Jésus, entrant à Jérusalem monté sur un âne, en criant : « Hosanna ! Béni soit le Roi d’Israël, qui vient au nom du Seigneur ». Ceux qui faisaient entendre ces acclamations accomplissaient ainsi, sans s’en douter, une remarquable prophétie de Zacharie 9 : 9 : « Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton Roi vient à toi… humble et monté sur un âne… » (voir Matt. 21 : 5 ; Jean 12 : 12-16). Dans cette foule, il y avait plusieurs enfants, (voir Matt. 21 : 15) : sans doute, ceux-ci étaient-ils sincères. Mais, quant aux multitudes, peu de jours après, autour de Pilate qui leur demandait : « Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé le Christ », elles criaient plus fort encore : « Qu’il soit crucifié … Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » (Matt. 27 : 22-23, 25). Ainsi, les malheureux Juifs mirent le comble à leurs péchés ; de là vient qu’ils sont maintenant rejetés de Dieu ; de là vient que Sion est désolée et Jérusalem foulée aux pieds par les nations.
Mais ce rejet n’est que temporaire, ces désolations prendront fin : il y a encore des trésors de grâce et de miséricorde dans le coeur du Seigneur pour son peuple et pour la montagne de sa sainteté. Il y a une quantité de promesses de délivrance et de bénédiction qui doivent s’accomplir en faveur de Sion. « Tu te lèveras, tu auras compassion de Sion ; car c’est le temps d’user de grâce envers elle, car le temps assigné est venu. Car tes serviteurs prennent plaisir à ses pierres… Quand l’Eternel bâtira Sion, il paraîtra dans sa gloire,… afin qu’on annonce dans Sion le nom de l’Eternel, et sa louange dans Jérusalem, quand les peuples seront rassemblés, et les royaumes, pour servir l’Eternel » (Ps. 102 : 13-14, 16, 21, 22). Alors « tous ceux qui haïssent Sion » seront « couverts de honte et se retireront en arrière » ; mais « la montagne de Sion se réjouira », parce que « l’Eternel ramènera les captifs de Sion » ; « car Dieu délivrera Sion, et bâtira les villes de Juda ; on y habitera, et on la possédera » (Ps. 129 : 5 ; 48 : 11 ; 126 : 1; 69 : 35).
Oui, bientôt peut-être, « l’Eternel consolera encore Sion, et choisira encore Jérusalem » (Zach. 1 : 17) ; « l’Eternel consolera Sion, il consolera tous ses lieux arides, et fera de son désert un Eden, et de son lieu stérile, comme le jardin de l’Eternel. L’allégresse et la joie y seront trouvées, des actions de grâce et une voix de cantiques» (Es. 51 : 3). « L’Eternel des armées descendra pour combattre sur la montagne de Sion et sur sa colline » (Es. 31 : 4). « Il y a un jour auquel les gardes crieront sur la montagne d’Ephraïm : Levez-vous, et nous monterons à Sion, vers l’Eternel, notre Dieu » (Jér. 31 : 6). Et Dieu dira : « Réveille-toi, réveille-toi, revêts-toi de ta force, Sion ! Revêts-toi de tes vêtements de parure, Jérusalem, ville sainte…Secoue de toi la poussière… ; délivre-toi des chaînes de ton cou, captive, fille de Sion» (Es. 52 : 1,2). « Ceux que l’Eternel a délivrés retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe ; et une joie éternelle sera sur leur tête » (Es. 35 : 10). Alors, il sera dit à Sion : « Ton Dieu règne ! La voix de tes sentinelles ! – elles élèvent la voix, elles exultent ensemble avec chant de triomphe ; car elles verront face à face, quand l’Eternel restaurera Sion » (Es. 52 : 8). «Le Rédempteur viendra à Sion et vers ceux qui, en Jacob, reviennent de leur rébellion, dit l’Eternel » (Es. 59 : 20 ; Rom. 11 : 26). « Voici, l’Eternel a fait entendre jusqu’au bout de la terre : Dites à la fille de Sion : Voici, ton salut vient ; voici, son salaire est avec lui, et sa récompense devant lui » (Es. 62 : 11).
Nous voyons que de grandes choses sont dites de Sion dans les Ecritures et ces grandes choses, c’est le millénium qui en verra l’accomplissement. Lisons, par exemple, le Psaume 87 : « La fondation qu’il a posée est dans les montagnes de sainteté. L’Eternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob. Des choses glorieuses sont dites de toi, cité de Dieu…. Et de Sion il sera dit : Celui-ci et celui-là sont nés en elle ; et le Très-Haut, lui, l’établira. Quand l’Eternel enregistrera les peuples, il comptera : Celui-ci est né là ». Sion est représentée comme fondée par Dieu lui-même, comme une cité qui a des fondements inébranlables. Les hommes possèdent des villes dont ils sont fiers, mais Dieu a une cité qu’Il a fondée sur les saintes montagnes. Ici, il ne s’agit que des beautés et des richesses de la nature : le plus beau lieu de toute la terre, aux yeux du Seigneur, c’est Sion. La richesse de Sion, c’est Dieu ; son site, les saintes montagnes, c’est ce qui est consacré à Dieu lui-même. Les fidèles n’ont pas à rougir de Sion, en présence de tous les lieux vantés de la terre : ce qui se dit d’elle, ce sont des choses glorieuses… On tient Sion pour le lieu de naissance de l’homme de Dieu, le lieu de naissance des bien-aimés de Jéhovah. Le Souverain avait établi ce lieu et c’est Lui qui l’affermira. Lorsqu’Il enregistrera les peuples soumis à sa domination, sous le sceptre de son règne de justice et de grâce, Il distinguera glorieusement les enfants de Sion, en disant de chacun d’eux : « Celui-ci est né là ! ».
Le temps vient où l’Eternel dira, en jugeant les princes et les rois de la terre soulevés contre Lui et contre son Christ : « Et moi, j’ai oint mon Roi sur Sion, la montagne de ma sainteté » (Ps. 2 : 6). C’est là, en effet, que le Seigneur Jésus règnera sur la maison de Jacob éternellement, car le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père (Luc 1 : 32-33). C’est de là qu’il donnera la délivrance à Israël (Ps. 14 : 7 ; 53 : 6) ; c’est de là qu’il soutiendra les fidèles (22 : 2) ; c’est de là qu’il fera luire sa splendeur (Ps. 50 : 2), lorsqu’il aura exaucé cette prière de ses bien-aimés : « Fais du bien, dans ta faveur, à Sion » (Ps. 51 : 18). « Dieu sauvera Sion, et bâtira les villes de Juda ; et on y habitera, et on la possédera ; (Ps. 69 : 35). Alors il sera dit : « l’Eternel est grand en Sion, et il est haut élevé par-dessus tous les peuples » (99 : 2). C’est de là qu’il bénira son peuple ; c’est de là que son peuple bénira Jéhovah, son Dieu, qui habitera dans Jérusalem (Ps. 128 : 5 ; 134 : 3 ; 135 : 21). Alors ces exhortations et ces promesses auront un accomplissement réel : « Jérusalem, célèbre l’Eternel ! Sion, loue ton Dieu…. Qu’Israël se réjouisse en celui qui l’a fait ; que les fils de Sion s’égayent en leur Roi ! » (147 : 12 ; 149 : 2). « Ils marchent de force en force, ils paraissent devant Dieu en Sion » (Ps. 84 : 7). « Ceux qui se confient en l’Eternel sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle pas, qui demeure à toujours » (Ps.125 : 1). L’Eternel a dit au Seigneur et au Fils de David, à notre Seigneur et Sauveur : « Assieds-toi à ma droite » ; c’est là que, par la foi, nous voyons Jésus couronné de gloire et d’honneur, lequel, après avoir fait par lui-même la purification de nos péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les lieux très hauts (Héb. 1 : 3 ; 2 : 9). Mais le jour viendra, où le Seigneur se lèvera, où l’Eternel transmettra de Sion le sceptre de sa force, en disant : « Domine au milieu de tes ennemis » (Ps. 110 : 1-2). Alors, « quand le Seigneur aura nettoyé la saleté des filles de Sion…. l’Eternel créera sur chaque demeure de la montagne de Sion, et sur ses assemblées, une nuée et une fumée de jour, et la splendeur d’une flamme de feu, la nuit ; car sur toute la gloire il y aura une couverture » (Es. 4 : 4-5). Alors tout sera beau, glorieux et digne de Dieu, car « l’Eternel des armées règnera en la montagne de Sion et à Jérusalem, et devant ses anciens en gloire » (Es. 24 : 23). « Il a rempli Sion de droiture et de justice » (Es. 33 : 5)… Comme il sera beau pour Israël de pouvoir dire alors : « Regarde Sion, la cité de nos assemblées solennelles ! Tes yeux verront Jérusalem, une demeure tranquille, une tente qui ne sera pas transportée… Mais là l’Eternel est pour nous magnifique… car l’Eternel est notre Juge, l’Eternel est notre Législateur, l’Eternel est notre Roi ; lui nous sauvera » (Es. 33 : 20-22).
Ces réjouissants accents ne sortiront pas seulement des lèvres d’Israël. « Et les fils de tes oppresseurs viendront se courber devant toi, et tous ceux qui t’ont méprisée se prosterneront à la plante de tes pieds et t’appelleront la ville de l’Eternel, la Sion du Saint d’Israël » (Es. 60 : 14). Quels beaux jours pour le peuple terrestre de Dieu, quand ces paroles deviendront une réalité : « Voici, l’Eternel a fait entendre jusqu’au bout de la terre : Dites à la fille de Sion : Voici ton Salut vient ; voici, ton salaire est avec lui, et sa récompense devant lui. Et on les appellera le peuple saint, les rachetés de l’Eternel ; et toi, tu seras appelée la recherchée, la ville non abandonnée » (Es. 62 : 11-12). « Et vous, fils de Sion, égayez-vous, et réjouissez-vous en l’Eternel, votre Dieu… Et il arrivera que, quiconque invoquera le nom de l’Eternel sera sauvé. Car sur la montagne de Sion il y aura délivrance, et à Jérusalem, comme l’Eternel l’a dit, et pour les réchappés que l’Eternel appellera » (Joël 2 : 23, 32).
Voici, d’après les Saintes Ecritures, l’histoire passée, présente et future de la montagne de Sion. Quant au Nouveau Testament, le nom de Sion ne s’y trouve que dans sept passages, dont cinq sont des citations de certains de ceux que nous venons de rappeler. Dans Apocalypse 14 : 1, l’apôtre Jean voit l’Agneau qui se tient sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante- quatre milliers avec son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts. Enfin, dans Hébreux 12 : 22, s’adressant à des Juifs devenus chrétiens, l’auteur de l’épître leur rappelle que ce n’est plus à la montagne de la loi, à Sinaï où tout était terrible, qu’ils sont venus et qu’ils ont affaire maintenant. Il leur dit : « Vous êtes venus à la montagne de Sion ; et à la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste ». Comme la Jérusalem céleste est ici mise en contraste avec la Jérusalem de la terre, de même Sion ou la montagne de la grâce royale, est en contraste avec Sinaï, la redoutable et effrayante montagne de la loi.
Nous qui croyons de coeur au Seigneur Jésus, nous sommes venus à cette montagne de Sion, étant devenus les objets de la grâce de Dieu. Il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ ! Veuille le Seigneur faire connaître de cette manière à tous nos lecteurs la céleste Sion. Que chacun puisse dire avec l’apôtre : « la Jérusalem d’en haut est la femme libre qui est notre mère» (Gal. 4 : 26).

D’après plusieurs articles parus dans la « Bonne Nouvelle » (1862 et 1872).

LE BAISER VIENT DE DIEU

28 janvier, 2016

http://www.parolevivante.net/article-19115400.html

LE BAISER VIENT DE DIEU

Publié le 28 avril 2008 par louis trifault   Le cantique des Cantiques nous présente la Sulamithe comme la fiancée. Nous avons dit qu’elle symbolise l’Épouse de l’agneau, c’est-à-dire de Jésus. Rappelons que l’Épouse c’est chacun d’entre nous, croyants nés de nouveau. L’histoire de la Sulamithe représente notre histoire, notre croissance spirituelle, notre intimité avec Jésus.  La durée de ce cantique des Cantiques varie d’une personne à l’autre. Certains deviennent matures rapidement d’autre, il leur faudra des années pour être guéris, délivrés, et accepté de s’engager dans les œuvres que Dieu a préparées pour chacun d’entre nous. Dans notre langage occidental nous employons plus facilement le terme fiancée, plutôt que épouse avant le mariage et épouse après le mariage. Lors de l’étude du mariage juif, nous avons retenu que le jeune homme et la jeune fille, qui promettent de s’épouser, sont considérés comme mariés à partir du jour où ils ont bu le vin de la coupe d’alliance. Jésus nous offre, depuis le dernier repas prit avec ses disciples, cette même coupe. Nous sommes dans ce temps d’attente et de préparation qui s’écoule entre le jour où la jeune fille accepte de boire la coupe alliance et le jour où le mari (ou époux) vient la chercher, pour l’emmener dans la demeure préparée dans la maison de son père. L’épouse ignore le jour de la venue de son époux.    Cantique des Cantiques 1 : 2 Qu’il me baise des baisers de sa bouche. Car ton amour vaut mieux que le vin.  Bible du semeur : Ah ! Que ta bouche me couvre de baisers, car ton amour est plus exaltant que le vin. Bible parole de vie : Couvre-moi des baisers de ta bouche, ta tendresse est plus délicieuse que le vin.   Dans ce désir de recevoir des signes de la manifestation de l’amour de Jésus, nous nous reconnaissons. Quand nous venons devant Jésus nous parlons les premiers. Nous ignorons presque totalement ce que notre venue provoque dans son cœur. Nous ne nous posons même pas la question. Nous nous voyons si souvent inclus dans une masse de croyant, comme un anonyme parmi tous les croyants du monde ou de la terre. Nous désirons recevoir de Jésus, l’assurance qu’il nous connaît réellement par notre nom. Aussi nous lui disons, dans notre démarche vers lui : Toi Jésus l’être aimé couvre moi de tes baisers, manifeste moi ton amour, car nous, nos baisers nous les accordons à ceux ou celles que nous aimons. Et nous nous attendons à la même attitude de la part de Jésus envers nous. Surtout après un échec ou un faux pas, nous désirons nous assurer que nous sommes encore aimés de Jésus, aimés du Père. Aussi nous lui disons : Jésus couvre moi de tes baisers encore et encore. Embrasse moi ! Équivaut aux paroles de ce chant quand nous le proclamons vers Jésus : Attire moi à toi, ne me laisse pas. je veux tout abandonner, oh restaure notre amitié. (Jésus ne cherche pas des amis ou une amie, mais une épouse). Ces paroles révèlent notre maturité ou notre immaturité. Dans sa parole Jésus nous dit : je ne t’abandonnerai pas. Croyons-le. Jacques 4 :8 nous dit : Approchez vous de Dieu et il s’approchera de vous ! L’initiative nous appartient. Lors de la nouvelle naissance, nous déclarons avoir trouvé Jésus. En réalité c’est lui qui nous a trouvé le jour où nous nous sommes laissé rencontrer.   Baiser : embrasser beaucoup, embrasser tendrement en signe d’affection. Le baiser représente le premier signe de la manifestation d’amour des parents envers un nouveau né. Ses parents aiment le couvrir de baisers. Ceci équivaux à lui dire : bienvenue dans notre famille. Tu es unique pour nous, même s’il a déjà des frères et sœurs.   Le baiser vient de Dieu  Ce n’est pas une manifestation trouvée par les hommes ou soufflée par le diable. Le baiser vient de Dieu, c’est lui qui en est l’auteur. Toute manifestation de l’amour, de la tendresse vient de Dieu. Le baiser est une effusion de vie, c’est pourquoi il s’exprime par la bouche, et la bouche révèle le contenu du cœur, nous le voyons avec Judas qui trahit Jésus par un baiser. Luc 22 : 47 b : (Judas) s’approche de Jésus, pour lui donner un baiser. Verset 48 et Jésus lui dit : Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ! Le premier baiser a été donné par Dieu à Adam. Genèse 2 :7 L’Éternel Dieu forma de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devient une âme vivante. Imaginons cette masse d’argile étendue sur le sol. Cette masse d’argile vient d’être façonnée, sculptée par l’Éternel avec beaucoup d’imagination, de soin, d’amour, mais qui est encore inerte. Tous les membres sont en places ainsi que tous les organes, le cerveau, les yeux ; la bouche etc. Le cœur ne bat pas encore. La poitrine ne se gonfle pas encore. Dieu contemple son œuvre. La suite est confiée au Saint-Esprit. Le Saint-Esprit se penche vers celui qui va devenir Adam. Il lui donne un baiser, un saint baiser, un baiser qui communique la vie, la zoé, un baiser par lequel le Saint-Esprit insuffle Dieu lui-même : l’Esprit. Adam, par ce baiser reçoit le souffle de Dieu et devient une âme vivante. La salive commence à humidifier ses lèvres, sa bouche. Le cœur donne se premiers battement. Le sang circule et devient chaud. La poitrine se gonfle. Maintenant Adam se lève sous l’œil admiratif du Père et de Jésus. Par ce baiser du Saint-Esprit, Adam devient éternel. Et Dieu voit que cela est bon. Dans ce baiser que donne le Saint-Esprit, Adam reçoit la vie de Dieu, l’amour de Dieu, le feu de Dieu, la gloire de Dieu. Maintenant, celui qui va ressusciter Christ du tombeau, habite Adam c’est-à-dire le Saint-Esprit. Maintenant il est prêt, s’il le veut et le temps qu’il le vaudra, a vivre en communion, dans une relation d’amour avec son Dieu et créateur.  Le baiser de Jésus n’est pas l’union de deux bouches, mais l’union de Jésus avec chaque chrétien, à travers sa parole et la manifestation du Saint-Esprit qui l’accompagne. Le baiser de Jésus se manifeste en baiser d’affection, d’amour éternel, de miséricorde, baiser de pardon, de réconciliation, de feu, par sa parole révélée. Luc 24 :32 : Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les écritures ? Oui le feu de la révélation doit brûler dans nos cœurs. C’est le signe d’un baiser de Jésus donné par le Saint-Esprit. Luc 16 : 19-20 Nous révèle la profondeur du baiser de Jésus ici dans cette histoire qui relate le retour du fils prodigue. Nous voyons la puissance de vie manifestée par le père. Jésus est dans le Père et le Père est en Jésus. Jésus a reçu le baiser du Père. Quand le Père embrasse Jésus, il lui communique les profondeurs de son amour infini. Quand Jésus m’embrasse, son baiser, par sa parole accompagnée de la puissance de vie du Saint-Esprit me transmet la même profondeur d’amour que celle donnée par le Père. Le Fils prodigue dit à son père : je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes serviteurs. Il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa. Souvenons nous que le fils vient de quitter « ses cochons ».  Croyez vous que le père a simplement posé ses bras autour du cou de son fils ?  Non il se jeta au cou de son fils et le couvrit tendrement d’une multitude de baisers pour lui transmettre la vie, la vraie vie. Le père couvre son fils de saints baisers. Romains 16 : 16  Saluez-vous les uns et les autres par un saint baiser. Qu’est-ce qu’un saint baiser ? Un baiser qui est saint c’est-à-dire venant du Saint-Esprit et donné dans l’Esprit. Nous constatons combien le baiser est galvaudé, dévalué dans notre monde. Posons-nous cette question : Nous arrive-t-il de nous éloigner du royaume de Dieu, vers un « pays lointain » ? Et dépenser ou gaspiller notre héritage ?  Quelle est notre attitude quand nous revenons à la maison. Attendons nous les baisers de Jésus ? Ou sommes-nous de ceux qui pensent : ce serait mieux si j’étais un serviteur plutôt qu’un fils.   – Ta tendresse est plus délicieuse que le vin. (Parole de vie)               – Ton amour m’enivre plus que le vin. (Bible en français courant)     Ce sont les paroles et les choix émis par l’Épouse adressé à Jésus. Psaume 104 : 15 Le vin qui réjouit le cœur de l’homme et fait resplendir, plus que l’huile, son visage. L’Épouse sait que les réjouissances libérées par le vin sont passagères. Aussi elle préfère, choisit, apprécie, les tendresses et l’amour de Jésus. Car l’un et l’autre sont éternels, ne s’épuisent jamais et communiquent la vraie vie. Les tendresses et l’amour d’une personne nous révèlent sa proximité, sa présence, sa fidélité, son attention, son attachement, son attouchement. Recevoir un baiser de Jésus implique de se tenir tout proche de lui. La tendresse de Jésus et son amour sont plus agréables que les parfums. Comme le vin, les parfums les plus délicats donnent une satisfaction éphémère. Cantique des Cantiques 1 : 3 Tu plais comme un parfum délicat, c’est pourquoi les jeunes filles sont amoureuses de toi (parole de vie). (Bible en français courant) Tu es séduisant comme un parfum raffiné, il n’est pas étonnant que toutes les filles soient amoureuses de toi. Notre Dieu, l’Éternel est le créateur des parfums. Arrêtons-nous un instant et pensons à toutes les variétés de fleurs qui existent à travers le monde. A chaque variété de fleurs Dieu a crée un parfum particulier, différent. Le parfum de la rose n’est pas le même que celui de la violette.  Chaque parfum exerce une influence sur nos vies : agréable ou désagréable, une influence qui attire ou repousse. L’industrie des parfums sait très bien tirer profit de cette influence ou attirance pour les parfums, le diable aussi. D’ailleurs beaucoup de nom de parfum sont évocateur : Sortilège, Hypnose etc. Dans  beaucoup de religion, des parfums et notamment de l’encens sont offerts soit en signe de reconnaissance ou pour apaiser la colère des dieux. – (Bible Segond) Cantique des Cantiques 1 :3 Tes parfums ont une odeur suave, ton nom est un parfum qui se répand, c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment. Suave : d’une douceur délicieuse, délicieux, doux, exquis. Le nom de Jésus dégage un parfum délicieux, un parfum délicat, un parfum raffiné qui rend amoureuse l’Épouse et les jeunes filles c’est-à-dire les chrétiens. Le nom de Jésus répand un parfum qui réveille notre esprit, nos émotions, nos sentiments. Le nom de Jésus fait monter un parfum d’une agréable odeur vers le père, un parfum d’obéissance. 2 Corinthiens 2 :14-17 Grâce soit rendue à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand par nous en tout lieu l’odeur de sa connaissance. Nous sommes en effet, pour Dieu le parfum de Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort donnant la mort, aux autres une odeur de vie donnant la vie, et qui est suffisant pour ces choses. Voilà 2000 ans, les soldats Romains célébraient leurs victoires en ovationnant les chefs militaires victorieux. Ce jour était déclaré férié afin que la foule soit présente pour applaudir le chef militaire ou les chefs militaires ennemis qui étaient enchaînés et traînés. Ce jour était annoncé de la manière suivante : Des hommes, avec un flambeau ou une torche à la main marchaient dans les rues. Ce flambeau dégageait une odeur de résine que le vent répandait dans les maisons, prisons. Le peuple reconnaissait une odeur de vie, de fête par contre les prisonniers, dans leur prison recevaient ce parfum en odeur de mort. Il leur annonçait qu’ils allaient mourir le jour même. Ce passage des écritures que nous venons de lire nous montre que le nom de Jésus dégage un parfum de vie, de victoire pour l’Épouse, pour les croyants ou les chrétiens ou un parfum de mort pour ceux qui le refusent. Car ils attirent la colère de Dieu sur leur vie. Personne ne peut se présenter devant Dieu s’en dégager le parfum de Christ. Aimons le parfum de Jésus. Répandons le parfum qui se dégage du nom de Jésus, il diffuse la vie, la délivrance, le salut ou soulève l’hostilité pour ceux qui le refusent. Pour bien comprendre cela, il faut se situer sur le plan spirituel. Pour l’enfer, de la croix se dégage un parfum de mort, de feu éternel et pour nous chrétiens un parfum de vie. Mais dans les deux cas, Dieu est glorifié car dans l’un il s’agit de l’odeur de sa grâce, dans l’autre celle de sa justice. Le parfum de Christ s’exalte dans toute la bible. Exode 30 :34-38 L’Éternel dit à Moïse : prends des aromates, du stacté, de l’onglé odorant, du galbanum et de l’encens pur en parties égales. Tu feras avec cela un parfum composé selon l’art du parfum, il sera salé, pur et saint. Tu le réduiras en poudre, tu le mettras devant le témoignage, dans la tente d’assignation, où je me rencontrerai avec toi. Ce sera pour vous une chose très sainte. Vous ne ferez point pour vous de parfum semblable, dans les mêmes proportions ; vous le regarderez comme saint, et réservé pour l’Éternel. -          Le stacté : gomme ou résine aromatique utilisée dans l’encens. -          Ongle : ingrédient utilisé dans l’encens qui provient d’un coquillage de mollusque dont le parfum s’exhale par le feu. -          Galbanum : ingrédient utilisé dans l’encens saint. Ces différents composant de l’encens symbolise les différentes qualités de Jésus, et représentent le caractère ineffable de Jésus. Ce parfum devait être brûlé sur l’autel des parfums, chaque jour avec le feu descendu du ciel. Ce feu symbolise, le Saint-Esprit et le parfum de Christ. Il devait être offert dans le lieu très saint avant l’entrée du souverain sacrificateur dans le lieu très saint. Ceci nous montre : 1)   Combien nous avons besoin du feu du Saint-Esprit dans chacune de nos vies pour répandre le parfum de Christ. 2)   Combien nous sommes dépendants du Saint-Esprit pour connaître Jésus et l’aimer. Connaître implique une action intime de pénétration : c’est-à-dire pour que Jésus soit en nous et nous en Jésus. Souvenons-nous de l’attente de Jésus envers chacun de nous : la maturité spirituelle. Il veut une épouse mature qui puisse propager l’évangile, et régner avec lui. Il veut l’élever à son niveau. Pour cela elle doit l’accepter et renoncer à elle-même, mourir à elle-même comme Jésus est mort à lui-même.

LA LUTTE DE JACOB AVEC DIEU – CATÉCHÈSE DE BENOÎT XVI SUR LA PRIÈRE

28 octobre, 2015

http://www.cursillos.ca/priere/apprendre-a-prier/p50b-benoitxvi-jacob.htm

LA LUTTE DE JACOB AVEC DIEU

CATÉCHÈSE DE BENOÎT XVI SUR LA PRIÈRE

L’ÉCOLE DE PRIÈRE (*) – NO 4

Chers frères et sœurs, Aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur un texte du Livre de la Genèse, qui rapporte un épisode assez particulier de l’histoire du patriarche Jacob. C’est un passage qui n’est pas facile à interpréter, mais qui est important pour notre vie de foi et de prière ; il s’agit du récit de la lutte avec Dieu au gué du Yabboq, dont nous avons entendu un passage. Comme vous vous en souviendrez, Jacob avait soustrait à son jumeau Esaü son droit d’aînesse en échange d’un plat de lentilles et avait ensuite soutiré par la ruse la bénédiction de son père Isaac, désormais très âgé, en profitant de sa cécité. Fuyant la colère d’Esaü, il s’était réfugié chez un parent, Laban ; il s’était marié, était devenu riche et s’en retournait à présent dans sa terre natale, prêt à affronter son frère après avoir prudemment pris certaines précautions. Mais, lorsque tout est prêt pour cette rencontre, après avoir fait traverser à ceux qui l’accompagnaient le gué du torrent qui délimitait le territoire d’Esaü, Jacob, demeuré seul, est soudain agressé par un inconnu avec lequel il lutte toute une nuit. Ce combat corps à corps — que nous trouvons dans le chapitre 32 du Livre de la Genèse — devient précisément pour lui une expérience particulière de Dieu. La nuit est le temps favorable pour agir de façon cachée, et donc, pour Jacob, le meilleur moment pour entrer dans le territoire de son frère sans être vu et sans doute dans l’illusion de prendre Esaü par surprise. Mais c’est au contraire lui qui est surpris par une attaque soudaine, à laquelle il n’était pas préparé. Il avait joué d’astuce pour tenter d’échapper à une situation dangereuse, il pensait réussir à tout contrôler, et il doit en revanche affronter à présent une lutte mystérieuse qui le surprend seul et sans lui donner la possibilité d’organiser une défense adéquate. Sans défense, dans la nuit, le patriarche Jacob lutte contre quelqu’un. Le texte ne spécifie pas l’identité de l’agresseur ; il utilise un terme hébreu qui indique « un homme » de façon générique, « un, quelqu’un » ; il s’agit donc d’une définition vague, indéterminée, qui maintient volontairement l’attaquant dans le mystère. Il fait nuit, Jacob ne réussit pas à distinguer son adversaire et pour le lecteur, pour nous, il demeure inconnu ; quelqu’un s’oppose au patriarche et cela est l’unique élément sûr fourni par le narrateur. Ce n’est qu’à la fin, lorsque la lutte sera désormais terminée et que ce « quelqu’un » aura disparu, que Jacob le nommera et pourra dire qu’il a lutté avec Dieu. C’est la longue nuit de la recherche de Dieu, de la lutte comme en un corps à corps symbolique, pour connaître son nom et voir son visage. L’épisode se déroule donc dans l’obscurité et il est difficile de percevoir non seulement l’identité de l’agresseur de Jacob, mais également le déroulement de la lutte. En lisant le passage, il est difficile d’établir qui des deux adversaires réussit à avoir le dessus ; les verbes utilisés sont souvent sans sujet explicite, et les actions se déroulent de façon presque contradictoire, si bien que lorsqu’on croit que l’un des deux a l’avantage, l’action successive contredit immédiatement les faits et présente l’autre comme vainqueur. Au début, en effet, Jacob semble être le plus fort, et l’adversaire — dit le texte — « ne le maîtrisait pas » (v 26) ; et pourtant, il frappe Jacob à l’emboîture de la hanche, provoquant son déboîtement. On devrait alors penser que Jacob est sur le point de succomber, mais c’est l’autre au contraire qui lui demande de le lâcher ; et le patriarche refuse, en imposant une condition : « Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni » (v. 27). Celui qui par la ruse avait dérobé son frère de la bénédiction due à l’aîné, la prétend à présent de l’inconnu, dont il commence sans doute à entrevoir les traits divins, mais sans pouvoir encore vraiment le reconnaître Son rival, qui semble retenu et donc vaincu par Jacob, au lieu de céder à la demande du patriarche, lui demande son nom : « Quel est ton nom ». Et le patriarche répond : « Jacob » (v. 28). Ici, la lutte prend un tournant important. Connaître le nom de quelqu’un, en effet, implique une sorte de pouvoir sur la personne, car le nom, dans la mentalité biblique, contient la réalité la plus profonde de l’individu, en dévoile le secret et le destin. Connaître le nom veut dire alors connaître la vérité de l’autre et cela permet de pouvoir le dominer. Lorsque, à la demande de l’inconnu, Jacob révèle donc son nom, il se place entre les mains de son adversaire, c’est une façon de capituler, de se remettre totalement à l’autre. Mais dans le geste de se rendre, Jacob résulte paradoxalement aussi vainqueur, car il reçoit un nom nouveau, en même temps que la reconnaissance de sa victoire de la part de son adversaire, qui lui dit : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté » (v. 29). « Jacob » était un nom qui rappelait l’origine problématique du patriarche ; en hébreu, en effet, il rappelle le terme « talon », et renvoie le lecteur au moment de la naissance de Jacob, lorsque, sortant du sein maternel, il tenait par la main le talon de son frère jumeau (cf. Gn 25, 26), presque en préfigurant l’acte de passer en premier, au détriment de son frère, qu’il aurait effectué à l’âge adulte ; mais le nom de Jacob rappelle également le verbe « tromper, supplanter ». Eh bien, à présent, dans la lutte, le patriarche révèle à son opposant, dans le geste de se remettre et de se rendre, sa propre réalité d’imposteur, qui supplante ; mais l’autre, qui est Dieu, transforme cette réalité négative en positive : Jacob l’imposteur devient Israël, un nom nouveau lui est donné qui marque une nouvelle identité. Mais ici aussi, le récit conserve une duplicité voulue, car la signification la plus probable du nom Israël est « Dieu est fort, Dieu triomphe ». La prière demande confiance, proximité, presque un corps à corps symbolique, non avec un Dieu adversaire et ennemi, mais avec un Seigneur bénissant qui reste toujours mystérieux, qui apparaît inaccessible. Jacob a donc prévalu, il a vaincu — c’est l’adversaire lui-même qui l’affirme — mais sa nouvelle identité, reçue de l’adversaire, affirme et témoigne de la victoire de Dieu. Et lorsque Jacob demandera, à son tour, son nom à son adversaire, celui-ci refusera de le lui dire, mais il se révélera dans un geste sans équivoque, en lui donnant la bénédiction. Cette bénédiction que le patriarche avait demandée au début de la lutte lui est à présent accordée. Et ce n’est pas la bénédiction obtenue par la tromperie, mais celle donnée gratuitement par Dieu, que Jacob peut recevoir car il est désormais seul, sans protection, sans astuces ni tromperies, il se remet sans défense, il accepte de se rendre et confesse la vérité sur lui-même. Ainsi, au terme de la lutte, ayant reçu la bénédiction, le patriarche peut finalement reconnaître l’autre, le Dieu de la bénédiction : « car — dit-il — j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve » (v. 31, et il peut à présent traverser le gué, porteur d’un nom nouveau mais « vaincu » par Dieu et marqué pour toujours, boiteux à la suite de la blessure reçue). Les explications que l’exégèse biblique peut donner à ce passage sont multiples ; les chercheurs reconnaissent en particulier dans celui-ci des intentions et des composantes littéraires de différents genres, ainsi que des références à certains récits populaires. Mais lorsque ces éléments sont repris par les auteurs sacrés et englobés dans le récit biblique, ils changent de signification et le texte s’ouvre à des dimensions plus vastes. L’épisode de la lutte au Yabboq se présente ainsi au croyant comme un texte paradigmatique dans lequel le peuple d’Israël parle de sa propre origine et définit les traits d’une relation particulière entre Dieu et l’homme. C’est pourquoi, comme cela est également affirmé dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, « la tradition spirituelle de l’Eglise a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance » (n. 2573). Le texte biblique nous parle de la longue nuit de la recherche de Dieu, de la lutte pour en connaître le nom et en voir le visage ; c’est la nuit de la prière qui avec ténacité et persévérance demande à Dieu la bénédiction et un nouveau nom, une nouvelle réalité fruit de conversion et de pardon.

Si l’objet du désir est la relation avec Dieu, sa bénédiction et son amour, alors la lutte ne pourra qu’atteindre son sommet dans le don de soi-même à Dieu,

… dans la reconnaissance de sa propre faiblesse, qui l’emporte précisément lorsqu’on en arrive à se remettre entre les mains miséricordieuses de Dieu.

La nuit de Jacob au gué du Yabboq devient ainsi pour le croyant le point de référence pour comprendre la relation avec Dieu qui, dans la prière, trouve sa plus haute expression. La prière demande confiance, proximité, presque un corps à corps symbolique, non avec un Dieu adversaire et ennemi, mais avec un Seigneur bénissant qui reste toujours mystérieux, qui apparaît inaccessible. C’est pourquoi l’auteur sacré utilise le symbole de la lutte, qui implique force d’âme, persévérance, ténacité pour parvenir à ce que l’on désire. Et si l’objet du désir est la relation avec Dieu, sa bénédiction et son amour, alors la lutte ne pourra qu’atteindre son sommet dans le don de soi-même à Dieu, dans la reconnaissance de sa propre faiblesse, qui l’emporte précisément lorsqu’on en arrive à se remettre entre les mains miséricordieuses de Dieu. Chers frères et sœurs, toute notre vie est comme cette longue nuit de lutte et de prière, qu’il faut passer dans le désir et dans la demande d’une bénédiction de Dieu qui ne peut pas être arrachée ou gagnée en comptant sur nos forces, mais qui doit être reçue avec humilité de Lui, comme don gratuit qui permet, enfin, de reconnaître le visage du Seigneur. Et quand cela se produit, toute notre réalité change, nous recevons un nouveau nom et la bénédiction de Dieu. Mais encore davantage : Jacob, qui reçoit un nom nouveau, devient Israël, il donne également un nom nouveau au lieu où il a lutté avec Dieu, où il l’a prié, il le renomme Penuel, qui signifie « Visage de Dieu ». Avec ce nom, il reconnaît ce lieu comblé de la présence du Seigneur, il rend cette terre sacrée en y imprimant presque la mémoire de cette mystérieuse rencontre avec Dieu. Celui qui se laisse bénir par Dieu, qui s’abandonne à Lui, qui se laisse transformer par Lui, rend le monde béni. Que le Seigneur nous aide à combattre la bonne bataille de la foi (cf 1 Tm 6, 12 ; 2 Tm 4, 7) et à demander, dans notre prière, sa bénédiction, pour qu’il nous renouvelle dans l’attente de voir son Visage. Merci ____________________________ (*) « L’école de prière » est une série de catéchèses sur la prière donnée par Benoît XVI, en 2011-12, dans le cadre des audiences du mercredi. Le pape y regroupe de façon systématique son enseignement sur la prière. Le présent texte est le quatrième de la série. Voir la liste des catéchèses présentées lors de ces audiences.

Source du texte: Le Saint Siège, Benoît XVI, Audiences, Mercredi 25 mai 2011,

LA RENCONTRE DE DIEU À L’HOREB

20 octobre, 2015

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/exploration/2011/exp_110125.html

LA RENCONTRE DE DIEU À L’HOREB

Après sa victoire sur les prophètes de Baal, Élie subit cette fois les foudres de la reine Jézabel : Le roi Achab avait rapporté à Jézabel comment le prophète Élie avait réagi et comment il avait fait égorger tous les prophètes de Baal. Alors Jézabel envoya un messager dire à Élie : « Que les dieux amènent sur moi le malheur, et pire encore si demain, à cette heure même, je ne t’inflige pas le même sort que tu as infligé à ces prophètes. » Devant cette menace, Élie se hâta de partir pour sauver sa vie (1 Rois 19, 1-3).      Élie quitte donc la Samarie, traverse la Judée et s’arrête à Bershéba, dans le désert de Juda. Le prophète est pris de découragement. Il se trouve isolé dans une société qui rejette son appel à la conversion. Alors qu’il fuit pour sauver sa vie, le voilà qui préfère mourir plutôt que de s’acharner à faire entendre une parole qui n’est pas écoutée : Il marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit (1 Rois 18, 4-5). Que veut dire Élie quand il constate qu’il n’est pas meilleur que ses pères? Il se compare à la génération des Hébreux qui a parcouru le désert vers la terre promise et qui n’a cessé de murmurer contre le Seigneur. Cette génération s’est éteinte au désert sans jamais voir la promesse se réaliser (Nombres 14, 22-23). Élie souhaite donc pour lui-même le destin qu’a connu cette génération.      À deux reprises, un messager du Seigneur le réveille, le force à manger et lui ordonne se lever et de se remettre en route : L’ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange! Autrement le chemin serait trop long pour toi. » Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu (1 Rois 18, 7-8). Telle est la réponse du Seigneur qui engage son prophète dans un nouvel exode. Ce temps de pèlerinage en sera un de mise à l’épreuve, de purification et de formation en vue d’une étape nouvelle de sa vie et de sa mission. Élie met donc ses pas dans ceux de Moïse. Son chemin le conduira jusqu’à l’Horeb, la montagne sainte, là où le Seigneur s’était manifesté à Moïse et avait conclu l’alliance avec son peuple.

La voix d’un fin silence      Une fois arrivé à l’Horeb, Élie entre dans une grotte, celle où selon la tradition le Seigneur cacha Moïse quand il passa devant lui (Ex 33,21-23) : Là, il entra dans la caverne et y passa la nuit. Et voici que la parole du Seigneur lui fut adressée. Il lui dit : «Que fais-tu là, Élie ?» Il répondit : «J’éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l’univers. Les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, renversé tes autels, et tué tes prophètes par l’épée ; moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie.» Le Seigneur dit : «Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer» (1 Rois 19, 9-11).      Il est intéressant de noter la manière divine d’entrer en contact avec Élie. Le Seigneur n’est pas sans savoir quel motif a conduit Élie jusque là. Loin de le juger, il l’aborde plutôt par une question. Il permet ainsi à Élie de prendre conscience de ce qu’il est venu chercher dans le désert. Élie a besoin de sortir de son désarroi, de détourner son regard de lui-même pour se recentrer sur le Seigneur dont il prétend être le serviteur fidèle et jaloux. Mais l’est-il réellement puisqu’il a fui le terrain de sa mission? N’a-t-il pas encore besoin de devenir fidèle? Le Seigneur invite Élie à sortir de la grotte, à sortir de lui-même pour attendre son passage.      Élie fera la rencontre du Seigneur non pas dans la violence du vent, du feu ou du tremblement de terre, mais dans la voix d’un fin silence. Le Seigneur ne s’impose pas mais il se laisse découvrir. Pour le rencontrer, l’être humain doit se tenir en éveil et opérer un discernement. Une fois le Seigneur passé, le même dialogue se répète mais, cette fois, c’est pour renouveler l’envoi en mission : Le Seigneur lui dit : « Repars vers Damas, par le chemin du désert. Arrivé là, tu consacreras par l’onction Hazaël comme roi de Syrie ; puis tu consacreras Jéhu, fils de Namsi, comme roi d’Israël ; et tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder » (1 Rois 19, 15-16).

Yves Guillemette, ptre

PROCLAMATION DU GRAND COMMANDEMENT, « ÉCOUTE, ISRAËL”, COMMENTAIRES DU DEUTÉRONOME

7 octobre, 2015

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/752.html

PROCLAMATION DU GRAND COMMANDEMENT,  « ÉCOUTE, ISRAËL”, COMMENTAIRES DU DEUTÉRONOME

Dans la foi, Israël doit s’orienter vers le Dieu qui fait alliance : Yhwh   Et maintenant, Israël, qu’est-ce que YHWH ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes YHWH ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant YHWH ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements de YHWH et les lois que je te donne aujourd’hui, pour ton bonheur. (10, 12-13) Israël est interpellé. Le peuple des douze tribus, à l’union politique encore bien lâche en ces temps qui suivaient la prise du pays, trouvait son unité dans la foi. Alliance était proclamée par YHWH avec le peuple des douze tribus. Mais Israël ne pouvait être interpellé qu’à l’occasion des fêtes de pèlerinage, lorsque des représentants de toutes les tribus se rencontraient auprès d’un sanctuaire pour des célébrations cultuelles. Dans le culte de l’alliance, Israël devient réalité. Là, dans cet aujourd’hui cultuel qui annule le temps, lui sont annoncées les anciennes exigences de l’alliance avec YHWH. Pour de telles fêtes, Israël se rassemble et demande bénédiction. Il cherche ce qui est bon, ce qui est  » bonheur « . Il sait ce qui est bonheur pour lui. Le lecteur pourra le lui rappeler par une question. Écouter, observer les exigences de YHWH. Obéissance est exigée. Celle-ci est simple. Elle n’est pas attention portée sur toutes les prescriptions, du moins pas en premier lieu : il ne s’agit que d’une seule chose ; laquelle donc ?

Craindre YHWH Le texte donne un premier énoncé :  » Craindre YHWH ton Dieu « . Les deux parties de cette formulation sont importantes. Crainte de YHWH qualifie, dans l’ancien Orient, ce que nous désignons habituellement par  » foi  » ou  » religion « . Elle est orientation de l’être sur le mystère divin. Crainte ne s’oppose pas à amour, la suite de la phrase le montre. Crainte inclut amour, désigne la situation devant Dieu. Pour nommer cet état embrassant toute l’existence, on a choisi ce mot : l’oriental savait bien mieux que nous, combien grand et étranger à nous est le mystère divin. Il savait que Dieu, lorsque l’homme en fait l’expérience, apparaît toujours comme l’Autre ; devant lui l’homme prend peur. La crainte de Dieu ne doit cependant pas en Israël se diriger sur le divin de façon vague, ni sur les nombreux dieux auxquels on croyait alors, mais sur l’unique Dieu. Son nom est YHWH, il est  » Dieu d’Israël « . Voilà qui renvoie à une pensée dominée par l’alliance. L’alliance avec Dieu se laisse dire en la courte formule : qu’Israël devienne peuple de YHWH et YHWH sera Dieu d’Israël. Dans la foi, Israël doit s’orienter vers le Dieu qui fait alliance, YHWH. C’est tout ce que Dieu exige de lui. En une seconde série d’énoncés est développé ce que signifie la crainte de YHWH. Il s’agit de suivre ses voies. La route est un symbole primitif de l’existence humaine. L’homme parcourt un chemin. Il s’agit de prendre le bon. Pour Israël, c’est le chemin de YHWH. Mieux, toutes les voies sont siennes. Nombreuses sont les possibilités du salut, car l’appel de Dieu n’est pas uniforme. Pour chaque situation, il y a un chemin particulier. Qu’Israël suive donc la voie de YHWH. Il aimera Dieu alors. Cet amour n’est pas sentiment, mais fidélité et don. Dans le milieu politique où s’origine la pensée de l’alliance, le mot amour pouvait être utilisé pour qualifier les relations de vassalité du roitelet à l’égard du roi. Le contrat demandait d’aimer son suzerain ; en ses lettres, le vassal assurait ce dernier de son amour. YHWH de même demande à son peuple vassal, Israël, de l’aimer. L’amour devient service. Ces termes datent, eux aussi de l’ère politique de la vassalité. S’agissant de Dieu, s’y associe immédiatement l’idée d’un service divin, cultuel. En lui s’exprime l’amour d’Israël pour son Dieu. Le service qu’Israël doit à YHWH n’est pas seulement extérieur, il est rendu  » de tout (son) cœur, de tout (son) être « . Cette expression aussi, connue par les contrats politiques et la correspondance diplomatique, est reportée ici dans le domaine religieux. Voilà qu’est explicité ce que signifie pour Israël, craindre son Dieu.Cette seule et unique exigence de YHWH, on ne peut la remplir que si l’on est disposé à  » garder les commandements de YHWH et les lois « . L’unique commandement engendre beaucoup de préceptes. Et par ailleurs, les nombreux préceptes ne servent que l’unique commandement : garder Israël dans la crainte de YHWH. Oui, à YHWH ton Dieu appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve. Or c’est à tes pères seulement que YHWH s’est attaché pour les aimer; et après eux, c’est leur descendance, c’est-à-dire vous, qu’il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd’hui. (10,14-15) Après la loi, la motivation. Dieu est toujours premier. S’il demande quelque chose à l’homme, c’est qu’auparavant déjà, il l’avait gratifié. D’abord, il le sauve ; ensuite, il demande et, au fond, il ne demande rien du tout, si ce n’est de rester sous la mouvance de ce salut. La grâce porte chaque commandement. L’exigence de Dieu peut toujours être motivée, car elle renvoie à son agir prévenant. Ainsi en est-il dans notre texte du grand commandement. Ces motivations suivent, nous l’avons déjà noté, le déroulement de l’histoire du salut. En 10, 14, elles commencent par l’amour de Dieu à l’égard des patriarches. Dieu demande l’amour d’Israël, parce qu’il avait déjà aimé ses ancêtres. Alors que l’amour demandé à Israël visait davantage l’obéissance que le sentiment – l’exigence de Dieu était donc formulée en termes plus voilés – ici où l’on parle de l’amour de Dieu pour les ancêtres d’Israël, une autre expression est ajoutée. Elle désigne le sentiment, l’intimité, l’attachement :  » YHWH s’est attaché à tes pères « . On voudrait presque parler d’un Dieu amoureux. Et ceci advint longtemps avant qu’Israël ne fût appelé à rendre cet amour.

Norbert Lohfink, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 140 (juin 2007), «  »Écoute, Isr

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