Archive pour la catégorie 'CATÉCHÈSE DU MERCREDI'

BENOÎT XVI – La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ (Rm 3, 21-22)

24 septembre, 2018

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MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2010

La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ (Rm 3, 21-22)

Chers frères et sœurs,
Chaque année, à l’occasion du carême, l’Église nous invite à une révision de vie sincère à la lumière des enseignements évangéliques. Cette année j’aimerais vous proposer quelques réflexions sur un vaste sujet, celui de la justice, à partir de l’affirmation de saint Paul : «La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ. » (Rm 3, 21-22)
Justice : « dare cuique suum »
En un premier temps, je souhaite m’arrêter sur le sens du mot « justice » qui dans le langage commun revient à « donner à chacun ce qui lui est dû – dare cuique suum » selon la célèbre expression d’Ulpianus, juriste romain du III siècle. Toutefois cette définition courante ne précise pas en quoi consiste ce « suum » qu’il faut assurer à chacun. Or ce qui est essentiel pour l’homme ne peut être garanti par la loi. Pour qu’il puisse jouir d’une vie en plénitude il lui faut quelque chose de plus intime, de plus personnel et qui ne peut être accordé que gratuitement : nous pourrions dire qu’il s’agit pour l’homme de vivre de cet amour que Dieu seul peut lui communiquer, l’ayant créé à son image et à sa ressemblance. Certes les biens matériels sont utiles et nécessaires. D’ailleurs, Jésus lui-même a pris soin des malades, il a nourri les foules qui le suivaient et, sans aucun doute, il réprouve cette indifférence qui, aujourd’hui encore, condamne à mort des centaines de millions d’êtres humains faute de nourriture suffisante, d’eau et de soins. Cependant, la justice distributive ne rend pas à l’être humain tout ce qui lui est dû. L’homme a, en fait, essentiellement besoin de vivre de Dieu parce que ce qui lui est dû dépasse infiniment le pain. Saint Augustin observe à ce propos que « si la justice est la vertu qui rend à chacun ce qu’il lui est dû… alors il n’y a pas de justice humaine qui ôte l’homme au vrai Dieu» (De Civitate Dei XIX, 21)
D’où vient l’injustice?
L’évangéliste Marc nous transmet ces paroles de Jésus prononcées à son époque lors d’un débat sur ce qui est pur et ce qui est impur : « Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller… ce qui sort de l’homme voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers. » (Mc 7, 14-15 ; 20-21) Au-delà du problème immédiat de la nourriture, nous pouvons déceler dans la réaction des pharisiens une tentation permanente chez l’homme : celle de pointer l’origine du mal dans une cause extérieure. En y regardant de plus près, on constate que de nombreuses idéologies modernes véhiculent ce présupposé : puisque l’injustice vient du dehors, il suffit d’éliminer les causes extérieures qui empêchent l’accomplissement de la justice. Cette façon de penser, nous avertit Jésus, est naïve et aveugle. L’injustice, conséquence du mal, ne vient pas exclusivement de causes extérieures ; elle trouve son origine dans le cœur humain où l’on y découvre les fondements d’une mystérieuse complicité avec le mal. Le psalmiste le reconnaît douloureusement : « Vois dans la faute je suis né, dans le péché ma mère m’a conçu. » (Ps 51,7). Oui, l’homme est fragilisé par une blessure profonde qui diminue sa capacité à entrer en communion avec l’autre. Naturellement ouvert à la réciprocité libre de la communion, il découvre en lui une force de gravité étonnante qui l’amène à se replier sur lui-même, à s’affirmer au-dessus et en opposition aux autres : il s’agit de l’égoïsme, conséquence du péché originel. Adam et Eve ont été séduits par le mensonge du Satan. En s’emparant du fruit mystérieux, ils ont désobéi au commandement divin. Ils ont substitué une logique du soupçon et de la compétition à celle de la confiance en l’Amour, celle de l’accaparement anxieux et de l’autosuffisance à celle du recevoir et de l’attente confiante vis-à-vis de l’autre (cf. Gn 3, 1-6) de sorte qu’il en est résulté un sentiment d’inquiétude et d’insécurité. Comment l’homme peut-il se libérer de cette tendance égoïste et s’ouvrir à l’amour ?
Justice et Sedaqah
Au sein de la sagesse d’Israël, nous découvrons un lien profond entre la foi en ce Dieu qui « de la poussière relève le faible » (Ps 113,7) et la justice envers le prochain. Le mot sedaqah, qui désigne en hébreux la vertu de justice, exprime admirablement cette relation. Sedaqah signifie en effet l’acceptation totale de la volonté du Dieu d’Israël et la justice envers le prochain (cf. Ex 20,12-17), plus spécialement envers le pauvre, l’étranger, l’orphelin et la veuve (cf. Dt 10, 18-19). Ces deux propositions sont liées entre elles car, pour l’Israélite, donner au pauvre n’est que la réciprocité de ce que Dieu a fait pour lui : il s’est ému de la misère de son peuple. Ce n’est pas un hasard si le don de la Loi à Moïse, au Sinaï, a eu lieu après le passage de la Mer Rouge. En effet, l’écoute de la Loi suppose la foi en Dieu qui, le premier, a écouté les cris de son peuple et est descendu pour le libérer du pouvoir de l’Egypte ( cf. Ex 3,8). Dieu est attentif au cri de celui qui est dans la misère mais en retour demande à être écouté : il demande justice pour le pauvre (cf. Sir 4,4-5. 8-9), l’étranger (cf. Ex 22,20), l’esclave (cf. Dt 15, 12-18). Pour vivre de la justice, il est nécessaire de sortir de ce rêve qu’est l’autosuffisance, de ce profond repliement sur-soi qui génère l’injustice. En d’autres termes, il faut accepter un exode plus profond que celui que Dieu a réalisé avec Moïse, il faut une libération du cœur que la lettre de la Loi est impuissante à accomplir. Y a-t-il donc pour l’homme une espérance de justice ?
Le Christ, Justice de Dieu
L’annonce de la bonne nouvelle répond pleinement à la soif de justice de l’homme. L’apôtre saint Paul le souligne dans son Épître aux Romains : « Mais maintenant sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée…par la foi en Jésus Christ à l’adresse de tous ceux qui croient. Car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie par le Christ Jésus. Dieu l’a exposé instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi. » (3, 21-25)
Quelle est donc la justice du Christ ? C’est avant tout une justice née de la grâce où l’homme n’est pas sauveur et ne guérit ni lui-même ni les autres. Le fait que l’expiation s’accomplisse dans « le sang » du Christ signifie que l’homme n’est pas délivré du poids de ses fautes par ses sacrifices, mais par le geste d’amour de Dieu qui a une dimension infinie, jusqu’à faire passer en lui la malédiction qui était réservée à l’homme pour lui rendre la bénédiction réservée à Dieu (cf. Gal 3, 13-14). Mais immédiatement pourrait-on objecter : de quel type de justice s’agit-il si le juste meurt pour le coupable et le coupable reçoit en retour la bénédiction qui revient au juste ? Est-ce que chacun ne reçoit-il pas le contraire de ce qu’il lui est dû ? En réalité, ici, la justice divine se montre profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous, en son Fils, le prix du rachat, un prix vraiment exorbitant. Face à la justice de la Croix, l’homme peut se révolter car elle manifeste la dépendance de l’homme, sa dépendance vis-à-vis d’un autre pour être pleinement lui-même. Se convertir au Christ, croire à l’Évangile, implique d’abandonner vraiment l’illusion d’être autosuffisant, de découvrir et accepter sa propre indigence ainsi que celle des autres et de Dieu, enfin de découvrir la nécessité de son pardon et de son amitié.
On comprend alors que la foi ne soit pas du tout quelque chose de naturel, de facile et d’évident : il faut être humble pour accepter que quelqu’un d’autre me libère de mon moi et me donne gratuitement en échange son soi. Cela s’accomplit spécifiquement dans les sacrement de la réconciliation et de l’eucharistie. Grâce à l’action du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l’amour (cf. Rm 13, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s’estime davantage débiteur que créancier parce qu’il a reçu plus que ce qu’il ne pouvait espérer.
Fort de cette expérience, le chrétien est invité à s’engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l’amour.
Chers frères et sœurs, le temps du carême culmine dans le triduum pascal, au cours duquel cette année encore, nous célébrerons la justice divine, qui est plénitude de charité, de don et de salut. Que ce temps de pénitence soit pour chaque chrétien un temps de vraie conversion et d’intime connaissance du mystère du Christ venu accomplir toute justice. Formulant ces vœux, j’accorde à tous et de tout cœur ma bénédiction apostolique.

Cité du Vatican, le 30 octobre 2009

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (sur le jour du repos) 12.9.2018

19 septembre, 2018

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Genèse 2,1-4 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (sur le jour du repos) 12.9.2018

Mercredi 12 septembre 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous revenons une fois de plus sur le troisième commandement, celui sur le jour du repos. Le Décalogue, promulgué dans le livre de l’Exode, est répété dans le livre du Deutéronome de façon à peu près identique, à l’exception de cette Troisième Parole, dans laquelle apparaît une différence précieuse: tandis que dans l’Exode, le motif de repos est la bénédiction de la création, dans le Deutéronome, en revanche, il commémore la fin de l’esclavage. Ce jour-là, l’esclave doit se reposer comme le maître, pour célébrer la mémoire de la Pâque de libération.
En effet, les esclaves, par définition, ne peuvent pas se reposer. Mais il existe de nombreux types d’esclavage, tant extérieur qu’intérieur. Il y a les contraintes extérieures, comme les oppressions, les vies séquestrées par la violence et par d’autres types d’injustice. Il existe également les prisons intérieures qui sont, par exemple, les blocages psychologiques, les complexes, les limites caractérielles et autres. Le repos existe-t-il dans ces conditions? Un homme reclus ou opprimé peut-il quand même rester libre? Et une personne tourmentée par des difficultés intérieures peut-elle être libre?
En effet, il y a des personnes qui, même en prison, vivent une grande liberté d’âme. Pensons, par exemple, à saint Maximilien Kolbe, ou au cardinal Van Thuan, qui transformèrent de sombres oppressions en lieux de lumière. Tout comme il existe des personnes marquées par de grandes fragilités intérieures qui connaissent toutefois le repos de la miséricorde et savent le transmettre. La miséricorde de Dieu nous libère. Et quand tu rencontres la miséricorde de Dieu, tu as une grande liberté intérieure et tu es également capable de la transmettre. C’est pour cela qu’il est si important de s’ouvrir à la miséricorde de Dieu pour ne pas être esclaves de nous-mêmes.
Qu’est-ce que la véritable liberté? Consiste-t-elle dans la liberté de choix? Celle-ci est certainement une partie de la liberté, et nous nous engageons afin qu’elle soit assurée à tout homme et femme (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 73). Mais nous savons bien que pouvoir faire ce que l’on désire ne suffit pas à être véritablement libres, et pas même heureux. La véritable liberté est beaucoup plus.
En effet, il existe un esclavage qui enchaîne plus qu’une prison, plus qu’une attaque de panique, plus qu’une imposition de toute sorte: c’est l’esclavage de son propre ego [1]. Ces gens qui, toute la journée, se regardent dans le miroir pour voir leur ego. Et leur ego est plus grand que leur corps. Ils sont esclaves de leur ego. L’ego peut devenir un bourreau qui torture l’homme où qu’il soit et qui lui procure l’oppression la plus profonde, celle qui s’appelle «péché», qui n’est pas la banale violation d’un code, mais l’échec de l’existence et la condition d’esclaves (cf. Jn 8, 34).[2] Le péché est, à la fin, dire et faire l’ego. «Je veux faire cela, et peu m’importe s’il y a une limite, s’il y a un commandement, peu m’importe également s’il y a l’amour».
L’ego, par exemple, pensons-y, dans les passions humaines: le gourmand, le luxurieux, l’avare, le coléreux, l’envieux, le paresseux, l’orgueilleux — et ainsi de suite — sont esclaves de leurs vices, qui les tyrannisent et les tourmentent. Il n’existe pas de trêve pour le gourmand, parce que la gourmandise est l’hypocrisie de l’estomac, qui est plein, mais qui veut faire croire qu’il est vide. L’estomac hypocrite nous rend gourmands. Nous sommes esclaves d’un estomac hypocrite. Il n’y a pas de trêve pour le gourmand et le luxurieux qui doivent vivre de plaisir; l’anxiété de posséder détruit l’avare, il amasse toujours de l’argent, en faisant du mal aux autres; le feu de la colère et le ver de l’envie détruisent les relations. Les écrivains disent que l’envie faire devenir le corps et l’âme jaunes, comme quand une personne est atteinte d’hépatite: elle devient jaune. Les envieux ont l’âme jaune, parce qu’ils ne peuvent jamais avoir la fraîcheur de l’âme saine. L’envie détruit. L’acédie qui évite tout effort rend incapables de vivre; l’égocentrisme — l’ego dont je parlais — orgueilleux creuse un fossé entre soi et les autres.
Chers frères et sœurs, qui donc est le véritable esclave? Qui est celui qui ne connaît pas de repos? Celui qui n’est pas capable d’aimer! Et tous ces vices, ces péchés, cet égoïsme, nous éloignent de l’amour et nous rendent incapables d’aimer. Nous sommes esclaves de nous-mêmes et nous ne pouvons pas aimer, parce que l’amour va toujours vers les autres.
Le troisième commandement, qui invite à célébrer la libération dans le repos, est pour nous chrétiens prophétie du Seigneur Jésus, qui brise l’esclavage intérieur du péché pour rendre l’homme capable d’aimer. Le véritable amour est la véritable liberté: détachée de la possession, elle reconstruit les relations, elle sait accueillir et valoriser le prochain, elle transforme en don joyeux tout effort et rend capables de communion. L’amour rend libres également en prison, même si nous sommes faibles et limités.
Voilà la liberté que nous recevons de notre Rédempteur, notre Seigneur Jésus Christ.

AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II – Louange au Seigneur créateur (2003)

17 septembre, 2018

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La création de la terre

AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II – Louange au Seigneur créateur (2003)

Mercredi 3 septembre 2003

Lecture: Ps 91, 2-3.6-7-13-14

1. Le cantique qui vient d’être proposé est celui d’un homme fidèle au Dieu saint. Il s’agit du Psaume 91 qui, comme le suggère l’antique titre de la composition, était utilisé par la tradition hébraïque « pour le jour du sabbat » (v. 1). L’hymne s’ouvre par un ample appel à célébrer et à louer le Seigneur à travers le chant et la musique (cf. vv. 2-4). Il s’agit d’un genre de prière qui semble ne jamais s’interrompre, car l’amour divin doit être exalté le matin, lorsque la journée commence, mais il doit aussi être proclamé durant la journée et tout au long des heures nocturnes (cf. v. 3). C’est précisément la référence aux instruments musicaux, faite par le Psalmiste dans l’invitation de l’introduction, qui a poussé saint Augustin à cette méditation dans son Discours sur le Psaume 91: « Que signifie, mes frères, prononcer des hymnes avec le psautier? Le psautier est un instrument musical muni de cordes. Notre psautier est notre oeuvre. Quiconque accomplit de bonnes oeuvres de ses mains élève des hymnes à Dieu avec le psautier. Quiconque confesse avec la bouche, élève un chant à Dieu. Chante avec la bouche! Prononce un psaume à travers les oeuvres!… Mais alors, qui sont ceux qui chantent? Ceux qui accomplissent le bien dans la joie. Le chant, en effet, est signe d’allégresse. Que dit l’Apôtre? « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7). Quoi que tu fasses, fais-le avec joie. Alors tu fais le bien, et tu le fais bien. Si, en revanche, tu oeuvres avec tristesse, même si le bien est accompli à travers toi, ce n’est pas toi qui le fais: tu tiens le psautier, tu ne chantes pas » (Discours sur les Psaumes, III, Rome 1976, pp. 192-195).
2. A travers les paroles de saint Augustin nous pouvons entrer au coeur de notre réflexion, et affronter le thème fondamental du Psaume: celui du bien et du mal. L’un et l’autre sont examinés par le Dieu juste et saint, « élevé pour toujours » (v. 9), Celui qui est éternel et infini, à qui rien n’échappe de l’action humaine.
Deux comportements antithétiques sont ainsi confrontés à plusieurs reprises. La conduite du fidèle est consacrée à célébrer les oeuvres divines, à pénétrer dans la profondeur des pensées du Seigneur et, sur cette voie, sa vie rayonne de lumière et de joie (cf. vv. 5-6). Au contraire, l’homme pervers est décrit à travers son caractère obtus, incapable de comprendre le sens caché des événements humains. La chance momentanée le rend arrogant, mais en réalité, il est intimement fragile et voué, après son succès éphémère, à la débâcle et à la ruine (cf. vv. 7-8). Le Psalmiste, suivant un modèle d’interprétation tiré de l’Ancien Testament, celui de la rétribution, est convaincu que Dieu récompensera les justes déjà dans cette vie, en leur accordant une vieillesse heureuse (cf. v. 15) et qu’il châtiera au plus tôt les mauvais.
En réalité, comme l’affirmera Job et l’enseignera Jésus, l’histoire ne peut pas être interprétée de façon aussi linéaire. La vision du Psalmiste devient donc une supplication au Dieu juste et « élevé » (cf. v. 9), afin qu’il pénètre la succession des événements humains pour les juger, en faisant resplendir le bien.
3. L’opposition entre le juste et le mauvais est à nouveau reprise par l’orant. D’un côté, voilà les « ennemis » du Seigneur, les « malfaisants » sont encore une fois voués à la dispersion et à la défaite (cf. v. 10). De l’autre, les fidèles apparaissent dans toute leur splendeur, incarnés par le Psalmiste qui se décrit lui-même à travers des images pittoresques, tirées du symbolisme oriental. Le juste a la force irrésistible d’un taureau et il est prêt à défier toute adversité; son front glorieux est oint par l’huile de la protection divine, qui devient comme une sorte de bouclier, protégeant l’élu en le mettant en lieu sûr (cf. v. 11). Du haut de sa puissance et de son abri, l’orant voit les iniques précipiter dans l’abîme de leur ruine (cf. v. 12).
Du Psaume 91 se dégage donc une impression de bonheur, de confiance, d’optimisme: des dons que nous devons demander à Dieu précisément à notre époque, dans laquelle s’insinue facilement la tentation du découragement et même du désespoir.
4. Notre hymne, dans le sillage de la profonde sérénité qui l’imprègne, jette pour finir un regard sur les jours de vieillesse des justes et il prévoit qu’ils seront également sereins. Même lorsque ces jours viendront, l’esprit de l’orant sera encore vif, joyeux et actif (cf. v. 15). Il se sent comme les palmiers et les cèdres, qui sont plantés dans les cours du temple de Sion (cf. vv. 13-14).
Les racines du juste plongent en Dieu même, dont il reçoit la lymphe de la grâce divine. La vie du Seigneur l’alimente et le transforme, en le rendant florissant et luxuriant, c’est-à-dire en mesure de donner aux autres et de témoigner de sa propre foi. Les dernières paroles du Psalmiste, dans cette description d’une existence juste et active et d’une vieillesse intense et dynamique, sont en effet liées à l’annonce de la fidélité éternelle du Seigneur (cf. v. 16). Nous pourrions donc conclure, à ce point, par la proclamation du chant qui s’élève vers le Dieu glorieux dans le dernier Livre de la Bible, l’Apocalypse: un livre de lutte terrible entre le bien et le mal, mais également d’espérance dans la victoire finale du Christ: « Grandes et merveilleuses sont tes oeuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations… Car seul tu es saint; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances. Tu es juste « Il est et Il était « , le Saint, d’avoir ainsi châtié. Oui, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, tes châtiments sont vrais et justes » (15, 3-4; 16, 5.7).

 

PAPE FRANÇOIS – Catéchèse sur les commandements: 6. Respectez le nom du Seigneur. (Titre italien)

5 septembre, 2018

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XIR171507

création du monde, Bible-de-Souvigny

PAPE FRANÇOIS – Catéchèse sur les commandements: 6. Respectez le nom du Seigneur. (Titre italien)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 22 août 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous continuons les catéchèses sur les commandements et nous abordons aujourd’hui le commandement: «Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7). Nous lisons à juste titre cette Parole comme l’invitation à ne pas offenser le nom de Dieu et à éviter de l’utiliser de manière inopportune. Cette claire signification nous prépare à approfondir davantage ces paroles précieuses, à ne pas invoquer le nom de Dieu en vain, de manière inopportune.
Ecoutons mieux. La version «Tu n’invoqueras pas» traduit une expression qui signifie littéralement, en hébreu comme en grec, «tu ne prendras pas sur toi, tu ne prendras pas en charge».
L’expression «en vain» est plus claire et signifie: «à vide, vainement». Elle fait référence à une enveloppe vide, à une forme privée de contenu. C’est la caractéristique de l’hypocrisie, du formalisme et du mensonge, de l’utilisation des mots ou de l’invocation du nom de Dieu, mais à vide, sans vérité.
Dans la Bible, le nom est la vérité intime des choses et surtout des personnes. Le nom représente souvent la mission. Par exemple, Abraham dans la Genèse (cf. 17, 5) et Simon Pierre dans les Evangiles (cf. Jn 1, 42) reçoivent un nom nouveau pour indiquer le changement de direction de leur vie. Et connaître vraiment le nom de Dieu conduit à la transformation de sa propre vie: à partir du moment où Moïse connaît le nom de Dieu, son histoire change (cf. Ex 3, 13-15).
Le nom de Dieu, dans les rites juifs, est solennellement proclamé le jour du Grand Pardon, et le peuple est pardonné car, au moyen du nom, on entre en contact avec la vie même de Dieu, qui est miséricorde.
Alors «prendre sur soi le nom de Dieu» signifie assumer en nous sa réalité, entrer dans une relation forte, dans une relation étroite avec Lui. Pour nous, chrétiens, ce commandement est le rappel à nous souvenir que nous sommes baptisés «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», comme nous l’affirmons chaque fois que nous faisons sur nous-mêmes le signe de la croix, pour vivre nos actions quotidiennes dans une communion sincère et réelle avec Dieu, c’est-à-dire dans son amour. Et à ce propos, de faire le signe de la croix, je voudrais réaffirmer une nouvelle fois: enseignez aux enfants à faire le signe de la croix. Avez-vous vu comment les enfants le font? On dit aux enfants: «Faites le signe de la croix», ils font quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Ils ne savent pas faire le signe de la croix! Enseignez-leur à faire le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le premier acte de foi d’un enfant. Un devoir pour vous, un devoir à faire: enseigner aux enfants à faire le signe de la croix.
On peut se demander: est-il possible d’invoquer sur soi le nom de Dieu de manière hypocrite, comme une formalité, à vide? La réponse est malheureusement positive: oui, c’est possible. On peut vivre une relation fausse avec Dieu. Jésus le disait à propos de ces docteurs de la loi; ces derniers faisaient des choses, mais ils ne faisaient pas ce que Dieu voulait. Ils parlaient de Dieu, mais ils ne faisaient pas la volonté de Dieu. Et le conseil que donne Jésus est: «Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font». On peut vivre une relation fausse avec Dieu, comme ces gens. Et cette parole du Décalogue est précisément l’invitation à une relation avec Dieu qui ne soit pas fausse, sans hypocrisie, à une relation dans laquelle nous nous confions à Lui avec tout ce que nous sommes. Au fond, tant que nous ne risquons pas notre existence avec le Seigneur, en touchant du doigt qu’en Lui se trouve la vie, nous ne faisons que des théories.
Tel est le christianisme qui touche les cœurs. Pourquoi les saints sont-ils capables de toucher les cœurs? Parce que non seulement les saints parlent, mais ils bouleversent! Notre cœur est bouleversé quand une personne sainte nous parle, nous dit les choses. Et ils en sont capables, parce chez les saints, nous voyons ce que notre cœur désire profondément: l’authenticité, des relations véritables, la radicalité. Et cela se voit également chez ces «saints de la porte à côté» qui sont, par exemple, les nombreux parents qui donnent à leurs enfants l’exemple d’une vie cohérente, simple, honnête et généreuse.
Si les chrétiens qui assument le nom de Dieu sans fausseté se multiplient — en mettant ainsi en acte la première demande du Notre Père, «que ton nom soit sanctifié» —, l’annonce de l’Eglise est davantage écoutée et apparaît plus crédible. Si notre vie concrète manifeste le nom de Dieu, on voit combien le baptême est beau et quel grand don est l’Eucharistie! Quelle union sublime existe entre notre corps et le Corps du Christ: le Christ en nous et nous en Lui! Unis! Cela n’est pas de l’hypocrisie, c’est la vérité. Cela n’est pas parler ou prier comme un perroquet, c’est prier avec le cœur, aimer le Seigneur.
Depuis la croix du Christ, personne ne peut se mépriser lui-même et penser du mal de sa propre existence. Personne et jamais! Quoi qu’il ait fait. Car le nom de chacun de nous est chargé sur les épaules du Christ. Il nous porte! Cela vaut la peine de prendre sur nous le nom de Dieu, car Lui a pris la charge de notre nom jusqu’au bout, également du mal qui est en nous. Il l’a pris en charge pour nous pardonner, pour mettre son amour dans notre cœur. C’est pour cela que Dieu proclame dans ce commandement: «Prends-moi sur toi, parce que je t’ai pris sur moi».
Quiconque peut invoquer le saint nom du Seigneur, qui est Amour fidèle et miséricordieux, dans chaque situation où il se trouve. Dieu ne dira jamais «non» à un cœur qui l’invoque sincèrement. Et revenons aux devoirs à faire à la maison: enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française venant de France et d’autres pays. Comme l’ont fait les saints, que notre vie manifeste le nom de Dieu en vérité, sans hypocrisie ; l’annonce de l’Eglise sera de cette manière plus crédible. Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS 22.8.18 – AUDIENCE GÉNÉRALE -«Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7).

29 août, 2018

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PAPE FRANÇOIS 22.8.18 – AUDIENCE GÉNÉRALE -«Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7).

Salle Paul VI

Mercredi 22 août 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous continuons les catéchèses sur les commandements et nous abordons aujourd’hui le commandement: «Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7). Nous lisons à juste titre cette Parole comme l’invitation à ne pas offenser le nom de Dieu et à éviter de l’utiliser de manière inopportune. Cette claire signification nous prépare à approfondir davantage ces paroles précieuses, à ne pas invoquer le nom de Dieu en vain, de manière inopportune.
Ecoutons mieux. La version «Tu n’invoqueras pas» traduit une expression qui signifie littéralement, en hébreu comme en grec, «tu ne prendras pas sur toi, tu ne prendras pas en charge».
L’expression «en vain» est plus claire et signifie: «à vide, vainement». Elle fait référence à une enveloppe vide, à une forme privée de contenu. C’est la caractéristique de l’hypocrisie, du formalisme et du mensonge, de l’utilisation des mots ou de l’invocation du nom de Dieu, mais à vide, sans vérité.
Dans la Bible, le nom est la vérité intime des choses et surtout des personnes. Le nom représente souvent la mission. Par exemple, Abraham dans la Genèse (cf. 17, 5) et Simon Pierre dans les Evangiles (cf. Jn 1, 42) reçoivent un nom nouveau pour indiquer le changement de direction de leur vie. Et connaître vraiment le nom de Dieu conduit à la transformation de sa propre vie: à partir du moment où Moïse connaît le nom de Dieu, son histoire change (cf. Ex 3, 13-15).
Le nom de Dieu, dans les rites juifs, est solennellement proclamé le jour du Grand Pardon, et le peuple est pardonné car, au moyen du nom, on entre en contact avec la vie même de Dieu, qui est miséricorde.
Alors «prendre sur soi le nom de Dieu» signifie assumer en nous sa réalité, entrer dans une relation forte, dans une relation étroite avec Lui. Pour nous, chrétiens, ce commandement est le rappel à nous souvenir que nous sommes baptisés «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», comme nous l’affirmons chaque fois que nous faisons sur nous-mêmes le signe de la croix, pour vivre nos actions quotidiennes dans une communion sincère et réelle avec Dieu, c’est-à-dire dans son amour. Et à ce propos, de faire le signe de la croix, je voudrais réaffirmer une nouvelle fois: enseignez aux enfants à faire le signe de la croix. Avez-vous vu comment les enfants le font? On dit aux enfants: «Faites le signe de la croix», ils font quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Ils ne savent pas faire le signe de la croix! Enseignez-leur à faire le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le premier acte de foi d’un enfant. Un devoir pour vous, un devoir à faire: enseigner aux enfants à faire le signe de la croix.
On peut se demander: est-il possible d’invoquer sur soi le nom de Dieu de manière hypocrite, comme une formalité, à vide? La réponse est malheureusement positive: oui, c’est possible. On peut vivre une relation fausse avec Dieu. Jésus le disait à propos de ces docteurs de la loi; ces derniers faisaient des choses, mais ils ne faisaient pas ce que Dieu voulait. Ils parlaient de Dieu, mais ils ne faisaient pas la volonté de Dieu. Et le conseil que donne Jésus est: «Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font». On peut vivre une relation fausse avec Dieu, comme ces gens. Et cette parole du Décalogue est précisément l’invitation à une relation avec Dieu qui ne soit pas fausse, sans hypocrisie, à une relation dans laquelle nous nous confions à Lui avec tout ce que nous sommes. Au fond, tant que nous ne risquons pas notre existence avec le Seigneur, en touchant du doigt qu’en Lui se trouve la vie, nous ne faisons que des théories.
Tel est le christianisme qui touche les cœurs. Pourquoi les saints sont-ils capables de toucher les cœurs? Parce que non seulement les saints parlent, mais ils bouleversent! Notre cœur est bouleversé quand une personne sainte nous parle, nous dit les choses. Et ils en sont capables, parce chez les saints, nous voyons ce que notre cœur désire profondément: l’authenticité, des relations véritables, la radicalité. Et cela se voit également chez ces «saints de la porte à côté» qui sont, par exemple, les nombreux parents qui donnent à leurs enfants l’exemple d’une vie cohérente, simple, honnête et généreuse.
Si les chrétiens qui assument le nom de Dieu sans fausseté se multiplient — en mettant ainsi en acte la première demande du Notre Père, «que ton nom soit sanctifié» —, l’annonce de l’Eglise est davantage écoutée et apparaît plus crédible. Si notre vie concrète manifeste le nom de Dieu, on voit combien le baptême est beau et quel grand don est l’Eucharistie! Quelle union sublime existe entre notre corps et le Corps du Christ: le Christ en nous et nous en Lui! Unis! Cela n’est pas de l’hypocrisie, c’est la vérité. Cela n’est pas parler ou prier comme un perroquet, c’est prier avec le cœur, aimer le Seigneur.
Depuis la croix du Christ, personne ne peut se mépriser lui-même et penser du mal de sa propre existence. Personne et jamais! Quoi qu’il ait fait. Car le nom de chacun de nous est chargé sur les épaules du Christ. Il nous porte! Cela vaut la peine de prendre sur nous le nom de Dieu, car Lui a pris la charge de notre nom jusqu’au bout, également du mal qui est en nous. Il l’a pris en charge pour nous pardonner, pour mettre son amour dans notre cœur. C’est pour cela que Dieu proclame dans ce commandement: «Prends-moi sur toi, parce que je t’ai pris sur moi».
Quiconque peut invoquer le saint nom du Seigneur, qui est Amour fidèle et miséricordieux, dans chaque situation où il se trouve. Dieu ne dira jamais «non» à un cœur qui l’invoque sincèrement. Et revenons aux devoirs à faire à la maison: enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française venant de France et d’autres pays. Comme l’ont fait les saints, que notre vie manifeste le nom de Dieu en vérité, sans hypocrisie ; l’annonce de l’Eglise sera de cette manière plus crédible. Que Dieu vous bénisse.

BENOÎT XVI – JÉSUS CHRIST « MÉDIATEUR ET PLÉNITUDE DE TOUTE LA RÉVÉLATION »

26 juin, 2018

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passage de la mer Rouge, les chevaux du Pharaon

BENOÎT XVI – JÉSUS CHRIST « MÉDIATEUR ET PLÉNITUDE DE TOUTE LA RÉVÉLATION »

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 16 janvier 2013

Jésus Christ « médiateur et plénitude de toute la Révélation »

Chers frères et sœurs,

Le Concile Vatican ii, dans la Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum, affirme que la vérité intime de toute la Révélation de Dieu resplendit pour nous « dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (n. 2). L’Ancien Testament nous rapporte que Dieu, après la création, en dépit du péché originel, en dépit de l’arrogance de l’homme qui veut prendre la place de son Créateur, offre à nouveau la possibilité de son amitié, en particulier à travers l’Alliance avec Abraham et le chemin d’un petit peuple, celui d’Israël, qu’Il choisit non pas selon des critères de puissance terrestre, mais simplement par amour. C’est un choix qui demeure un mystère et qui révèle le style de Dieu qui appelle certains non pas pour en exclure d’autres, mais afin qu’ils servent de pont pour conduire à Lui : une élection est toujours une élection pour l’autre. Dans l’histoire du peuple d’Israël, nous pouvons reparcourir les étapes d’un long chemin dans lequel Dieu se fait connaître, se révèle, entre dans l’histoire à travers les paroles et les actions. Pour cette œuvre, Il se sert de médiateurs, comme Moïse, les Prophètes, les Juges, qui communiquent au peuple sa volonté, rappellent l’exigence de fidélité à l’alliance et maintiennent élevée l’attente de la réalisation pleine et définitive des promesses divines.
Et c’est précisément la réalisation de ces promesses que nous avons contemplée au cours du Saint Noël : la Révélation de Dieu parvient à son sommet, à sa plénitude. En Jésus de Nazareth, Dieu visite réellement son peuple, visite l’humanité d’une façon qui va au-delà de toute attente : il envoie son Fils unique ; Dieu lui-même se fait homme. Jésus ne nous dit pas quelque chose de Dieu, il ne parle pas simplement du Père, mais il est révélation de Dieu, parce qu’il est Dieu, et il nous révèle ainsi le visage de Dieu. Dans le prologue de son Évangile, saint Jean écrit : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jn 1, 18).
Je voudrais m’arrêter sur ce fait de « faire connaître le visage de Dieu ». À ce propos, saint Jean, dans son Évangile, nous rappelle un fait significatif que nous venons d’écouter. Alors que s’approchait la Passion, Jésus rassure ses disciples en les invitant à ne pas avoir peur et à avoir la foi ; puis il instaure un dialogue avec eux dans lequel il parle de Dieu le Père (cf. Jn 14, 2-9). À un certain moment, l’apôtre Philippe demande à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn 14, 8). Philippe est très pratique et concret, il dit également ce que nous voulons dire : « Nous voulons voir, montre-nous le Père », il demande de « voir » le Père, de voir son visage. La réponse de Jésus est une réponse non seulement à Philippe, mais également à nous, et nous introduit dans le cœur de la foi christologique ; le Seigneur affirme : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Dans cette expression est contenue de façon synthétique la nouveauté du Nouveau Testament, la nouveauté qui est apparue dans la grotte de Bethléem : il est possible de voir Dieu, Dieu a montré son visage, il est visible en Jésus Christ.
Dans tout l’Ancien Testament est bien présent le thème de la « recherche du visage de Dieu », le désir de connaître ce visage, le désir de voir Dieu tel qu’il est, si bien que le terme hébreu p?nîm, qui signifie « visage », y apparaît pas moins de 400 fois, dont 100 se réfèrent à Dieu : 100 fois, on se réfère à Dieu, on veut voir son visage. Et pourtant, la religion juive interdit strictement les images, parce que l’on ne peut pas représenter Dieu, comme le faisaient en revanche les peuples voisins avec l’adoration des idoles ; à travers cette interdiction des images, l’Ancien Testament semble donc exclure totalement la « vision » du culte et de la piété. Que signifie alors, pour le pieux Israélite, chercher toutefois le visage de Dieu, dans la conscience qu’il ne peut y avoir aucune image ? La question est importante : d’une part, on veut dire que Dieu ne peut se réduire à un objet, comme une image que l’on prend en main, mais on ne peut pas non plus mettre quelque chose à la place de Dieu ; d’autre part, toutefois, on affirme que Dieu a un visage, c’est-à-dire un « Toi » qui peut entrer en relation, qui n’est pas prisonnier de son Ciel à regarder l’humanité d’en haut. Dieu est certainement au delà de toute chose, mais il s’adresse à nous, il nous écoute, il nous voit, il parle, il établit une alliance, il est capable d’aimer. L’histoire du salut est l’histoire de Dieu avec l’humanité, c’est l’histoire de ce rapport de Dieu qui se révèle progressivement à l’homme, qui se révèle lui-même, qui révèle son visage.
Au début de l’année, justement, le 1er janvier, nous avons écouté, dans la liturgie, la très belle prière de bénédiction sur le peuple : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26). La splendeur du visage divin est la source de la vie, elle est ce qui permet de voir la réalité; la lumière de son visage est le guide de la vie. Dans l’Ancien Testament, on trouve une figure qui est liée de manière toute particulière au thème du « visage de Dieu » ; il s’agit de Moïse, celui que Dieu choisit pour libérer le peuple de l’esclavage d’Égypte, lui donner la Loi de l’alliance et le conduire à la Terre promise. Or, dans le chapitre 33 du Livre de l’Exode, il est dit que Moïse avait un rapport étroit et de confiance avec Dieu : « Le Seigneur s’entretenait avec Moïse face à face, comme on s’entretient d’homme à homme » (v. 11). En vertu de cette confiance, Moïse demande à Dieu : « Laisse-moi contempler ta gloire ! », et la réponse de Dieu est claire : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je prononcerai devant toi mon nom… Tu ne pourras pas voir mon visage, car on ne peut pas me voir sans mourir… Voici une place près de moi… Tu me verras de dos, mais mon visage, personne ne peut le voir » (vv. 18-23). D’un côté, alors, il y a le dialogue face à face comme entre amis, mais de l’autre il y a l’impossibilité, dans cette vie, de voir le visage de Dieu, qui reste caché ; la vision est limitée. Les Pères disent que ces paroles, « tu ne peux me voir que de dos », veulent dire : tu ne peux que suivre le Christ et en le suivant tu vois depuis son dos le mystère de Dieu ; on peut suivre Dieu en le voyant de dos.
Quelque chose de totalement nouveau a lieu, toutefois, avec l’Incarnation. La recherche du visage de Dieu connaît un tournant inimaginable, parce que ce visage peut à présent être vu : c’est celui de Jésus, du Fils de Dieu qui se fait homme. En lui trouve son accomplissement le chemin de révélation de Dieu entamé avec l’appel d’Abraham, Lui est la plénitude de cette révélation parce qu’il est le Fils de Dieu, il est à la fois « le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (Const. dogm. Dei Verbum, n. 2), en Lui le contenu de la Révélation et le Révélateur coïncident. Jésus nous montre le visage de Dieu et nous fait connaître le nom de Dieu. Dans la Prière sacerdotale, lors de la Dernière Cène, Il dit au Père : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes… Je leur ai fait connaître ton nom » (cf. Jn 17, 6.26). L’expression « nom de Dieu » signifie Dieu comme Celui qui est présent parmi les hommes. À Moïse, auprès du buisson ardent, Dieu avait révélé son nom, c’est-à-dire qu’il s’était rendu invocable, il avait donné un signe concret de son « être là » parmi les hommes. Tout cela trouve en Jésus un accomplissement et une plénitude: Il inaugure d’une manière nouvelle la présence de Dieu dans l’histoire parce que celui qui le voit Lui, voit le Père, comme il dit à Philippe (cf. Jn 14, 9). Le christianisme — affirme saint Bernard — est la « religion de la Parole de Dieu » ; mais ce n’est pas « une parole écrite et muette, mais celle du Verbe incarné et vivant (Hom. super missus est, iv, 11 : pl 183, 86b). Dans la tradition patristique et médiévale, on utilise une formule particulière pour exprimer cette réalité: on dit que Jésus est le Verbum abbreviatum (cf. Rm 9, 28, se référant à Is 10, 23), le Verbe abrégé, est la Parole brève, abrégée et substantielle du Père, qui nous a tout dit de Lui. En Jésus toute la Parole est présente.
En Jésus, la médiation entre Dieu et l’homme trouve également sa plénitude. Dans l’Ancien Testament, il existe une série de figures qui ont eu cette fonction, en particulier Moïse, le libérateur, le guide, le « médiateur » de l’alliance, comme le définit également le Nouveau Testament (cf. Ga 3, 19 ; Ac 7, 35 ; Jn 1, 17). Jésus, vrai Dieu et vrai homme, n’est pas simplement l’un des médiateurs entre Dieu et l’homme, mais il est « le médiateur » de l’alliance nouvelle et éternelle (cf. He 8, 6 ; 9 ; 15 ; 12, 24) ; « car Dieu est unique — dit Paul —, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 5 ; cf. Gal 3, 19-20). En Lui nous voyons et nous rencontrons le Père ; en Lui nous pouvons invoquer Dieu sous le nom d’« Abbà Père » ; en Lui nous est donné le salut.
Le désir de connaître réellement Dieu, c’est-à-dire de voir le visage de Dieu est présent en chaque homme, même chez les athées. Et nous avons peut-être inconsciemment ce désir de voir simplement qui Il est, ce qu’Il est, qui Il est pour nous. Mais ce désir se réalise en suivant le Christ, ainsi nous le voyons de dos et nous voyons enfin Dieu également comme un ami, son visage dans le visage du Christ. L’important est que nous suivions le Christ non seulement au moment où nous en avons besoin et quand nous trouvons du temps dans nos occupations quotidiennes, mais dans notre vie en tant que telle. Toute notre existence doit être orientée vers la rencontre avec Jésus Christ, vers l’amour envers Lui ; et, dans celle-ci, l’amour pour notre prochain doit aussi occuper une place centrale, cet amour qui, à la lumière du Crucifié, nous fait reconnaître le visage de Jésus chez le pauvre, celui qui est faible, qui souffre. Cela n’est possible que si le véritable visage de Jésus nous est devenu familier dans l’écoute de sa Parole, dans le dialogue intérieur, dans la pénétration de cette Parole de manière à le rencontrer réellement, et naturellement dans le Mystère de l’Eucharistie. Dans l’Évangile de saint Luc est significatif le passage des deux disciples d’Emmaüs, qui reconnaissent Jésus dans la fraction du pain, mais préparés par le chemin avec Lui, préparés par l’invitation qu’ils Lui ont adressée de demeurer avec eux, préparés par le dialogue qui a fait brûler leur cœur ; ainsi, à la fin, ils voient Jésus. Pour nous aussi l’Eucharistie est la grande école où nous apprenons à voir le visage de Dieu, où nous entrons en relation intime avec Lui ; et nous apprenons dans le même temps à tourner notre regard vers le moment final de l’histoire, quand Il nous rassasiera de la lumière de son visage. Sur la terre, nous marchons vers cette plénitude, dans l’attente joyeuse que s’accomplisse réellement le Royaume de Dieu. Merci.

 

PAPE FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE(…sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu.)

14 juin, 2018

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Moïse et Aaron, les Dix Commandements

PAPE FRANÇOIS (…sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 13 juin 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

C’est aujourd’hui la fête de saint Antoine de Padoue. Qui de vous s’appelle Antoine? Un applaudissement à tous les «Antoine». Nous commençons aujourd’hui un nouvel itinéraire de catéchèses sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu. Pour l’introduire, nous partons du passage que nous venons d’entendre: la rencontre entre Jésus et un homme — un jeune homme — qui, à genoux, lui demande comme pouvoir recevoir en héritage la vie éternelle (cf. Mc 10, 17-21). Et dans cette question, il y a le défi de toute existence, et également de la nôtre: le désir d’une vie pleine, infinie. Mais comment faire pour y arriver? Quel sentier parcourir? Vivre véritablement, vivre une existence noble… Combien de jeunes cherchent à «vivre» et se détruisent ensuite en courant derrière des choses éphémères.
Certains pensent qu’il est préférable d’étouffer cet élan — l’élan de vivre — parce qu’il est dangereux. Je voudrais dire, en particulier aux jeunes: notre pire ennemi, ce ne sont pas les problèmes concrets, aussi sérieux et dramatiques soient-ils: le danger le plus grand de la vie est un mauvais esprit d’adaptation qui n’est pas douceur ou humilité, mais médiocrité, pusillanimité[1]. Un jeune médiocre est-il un jeune qui a un avenir ou pas? Non! Il reste là, il ne grandit pas, il n’aura pas de succès. La médiocrité ou la pusillanimité. Ces jeunes qui ont peur de tout: «Non, moi je ne suis pas comme ça…». Ces jeunes n’iront pas de l’avant. Douceur, force, et pas de pusillanimité, pas de médiocrité. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati — qui était un jeune — disait qu’il faut vivre, pas vivoter[2]. Les médiocres vivotent. Vivre avec la force de la vie. Il faut demander au Père céleste pour les jeunes d’aujourd’hui le don de la saine inquiétude. Mais à la maison, dans vos maisons, dans chaque famille, quand on voit un jeune qui est assis toute la journée, parfois, son père et sa mère pensent: «Mais il est malade, il a quelque chose», et ils l’emmènent chez le médecin. La vie du jeune est d’aller de l’avant, d’être inquiet, la saine inquiétude, la capacité de ne pas se contenter d’une vie sans beauté, sans couleur. Si les jeunes ne sont pas affamés de vie authentique, je me pose la question: où ira l’humanité? Ou ira l’humanité avec des jeunes tranquilles et pas inquiets?
La question de cet homme de l’Evangile que nous avons entendu est en chacun de nous: comment se trouve la vie, la vie en abondance, le bonheur? Jésus répond: «Tu connais les commandements» (v. 19), et cite une partie du décalogue. C’est un processus pédagogique, par lequel Jésus veut conduire à un lieu précis; en effet, il est déjà clair, à partir de sa question, que cet homme n’a pas une vie pleine, il cherche davantage et est inquiet. Que doit-il donc comprendre? Il dit: «Maître, tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse» (v. 20).
Comment passe-t-on de la jeunesse à la maturité? Quand on commence à accepter ses propres limites. On devient adulte quand on relativise et que l’on prend conscience de «ce qui manque» (cf. v. 21). Cet homme est contraint de reconnaître que tout ce qu’il peut «faire» ne dépasse pas un certain «toit», ne dépasse pas une certaine limite.
Comme il est beau d’être des hommes et des femmes! Comme notre existence est précieuse! Pourtant, il y a une vérité que, dans l’histoire des derniers siècles, l’homme a souvent refusé, avec des conséquences tragiques: la vérité de ses limites.
Jésus, dans l’Evangile, dit quelque chose qui peut nous aider: «N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir» (Mt 5, 17). Le Seigneur Jésus offre son accomplissement, il est venu pour cela. Ce jeune homme devait arriver au seuil d’un saut, où l’on ouvre la possibilité de cesser de vivre de soi-même, des ses œuvres, de ses biens et — précisément parce que manque la vie en plénitude — tout quitter pour suivre le Seigneur[3]. A bien y voir, dans l’invitation finale de Jésus — immense, merveilleuse — il n’y a pas la proposition de la pauvreté, mais de la richesse, la véritable richesse: «Une seule chose te manque: va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis, viens, suis-moi» (v. 21).
Qui, pouvant choisir entre un original et une copie, choisirait la copie? Voilà le défi: trouver l’original de la vie, pas la copie. Jésus n’offre pas de substituts, mais une vie véritable, un amour véritable, une richesse véritable! Comment les jeunes pourront-ils nous suivre dans la foi s’ils ne nous voient pas choisir l’original, s’ils nous voient habitués aux demi-mesures? Il est laid de trouver des chrétiens de demi-mesure, des chrétiens — permettez-moi l’expression — «nains»; ils grandissent jusqu’à une certaine taille, puis ils cessent; des chrétiens avec le cœur rapetissé, fermé. Il est laid de trouver cela. Il faut l’exemple de quelqu’un qui m’invite à un «au-delà», à un «plus», à grandir un peu. Saint Ignace l’appelait le «magis», le «feu, la ferveur de l’action, qui secoue les endormis»[4].
La route de ce qui manque passe par ce qu’il y a. Jésus n’est pas venu abolir la Loi ou les Prophètes, mais il est venu pour accomplir. Nous devons partir de la réalité pour faire le saut dans «ce qui manque». Nous devons scruter l’ordinaire pour nous ouvrir à l’extraordinaire.
Dans ces catéchèses, nous prendrons les deux tables de Moïse, en tant que chrétiens, en prenant Jésus par la main, pour passer des illusions de la jeunesse au trésor qui est au ciel, en marchant derrière Lui. Nous découvrirons, dans chacune de ces lois, antiques et sages, la porte ouverte du Père qui est aux cieux afin que le Seigneur Jésus, qui l’a franchie, nous accueille dans la vie véritable. Sa vie. La vie des fils de Dieu.
Je salue cordialement les pèlerins provenant de France et du Canada ainsi que d’autres pays francophones. Je salue en particulier les jeunes du lycée Paul Mélizan de Marseille et les fidèles du sanctuaire de Montligeon. Chers amis, n’ayez pas peur de prendre la main de Jésus pour marcher à sa suite. Il vous conduira sur le chemin de la vraie vie. Que Dieu vous bénisse!

[1] Les Pères parlent de pusillanimité (oligopsychìa). Saint Jean Damacène la définit comme «la crainte d’une action à exécuter» (Exposition exacte de la foi orthodoxe, II, 15) et saint Jean Climaque ajoute que «la pusillanimité est une disposition puérile, dans une âme qui n’est plus jeune» (L’échelle sainte, XX, 1, 2).
[2] Cf. Lettre à Isidoro Bonini, 27 février 1925.
[3] «L’œil a été créé pour la lumière, l’oreille pour les sons, chaque chose pour sa fin, et le désir de l’âme pour s’élancer vers le Christ» (Nicola Cabasilas, La vie en Christ, II, 90).
[4] Discours à la XXXVIe congrégation générale de la compagnie de Jésus, 24 octobre 2016: «Il s’agit du magis, de ce plus qui pousse Ignace à commencer des processus, à les accompagner et à en évaluer la réelle incidence dans la vie des personnes, en matière de foi ou de justice, ou bien de miséricorde et de charité».

PAPE FRANÇOIS (dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.)

4 juin, 2018

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PAPE FRANÇOIS (dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 19 août 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir réfléchi sur la valeur de la fête dans la vie de la famille, nous nous arrêtons aujourd’hui sur l’élément complémentaire, qui est celui du travail. Tous deux font partie du dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.
Le travail, dit-on communément, est nécessaire pour faire vivre la famille, faire grandir les enfants, pour assurer à ses proches une vie digne. La chose la plus belle que l’on puisse dire d’une personne sérieuse et honnête est: «C’est un travailleur», c’est vraiment quelqu’un qui travaille, c’est quelqu’un qui dans la communauté, ne vit pas aux crochets des autres. J’ai vu qu’il y a beaucoup d’Argentins aujourd’hui, je dis donc comme l’on dit chez nous: «No vive de arriba».
Et en effet, le travail, sous ses innombrables formes, à partir de celle au foyer, prend soin également du bien commun. Et où apprend-on ce style de vie laborieux? On l’apprend avant tout dans la famille. La famille éduque au travail par l’exemple des parents: le père et la mère qui travaillent pour le bien de la famille et de la société.
Dans l’Evangile, la Sainte Famille de Nazareth apparaît comme une famille de travailleurs, et Jésus lui-même est appelé «fils du charpentier» (Mt 13, 55) ou même «le charpentier» (Mc 6, 3). Et saint Paul ne manquera pas d’avertir les chrétiens: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus» (2 Th 3, 10). — C’est une bonne recette pour maigrir cela, on ne travaille pas, on ne mange pas! — L’apôtre se réfère de façon explicite au faux spiritualisme de certains qui, de fait, vivent aux crochets de leurs frères et sœurs «ne travaillant pas du tout» (2 Th 3, 11). L’occupation du travail et la vie de l’esprit, dans la conception chrétienne, ne sont en aucun cas en opposition entre eux. Il est important de bien comprendre cela! Prière et travail peuvent et doivent aller de pair en harmonie, comme l’enseigne saint Benoît. Le manque de travail nuit également à l’esprit, tout comme le manque de prière nuit également à l’activité pratique.
Travailler — je le répète, sous d’innombrables formes — est le propre de la personne humaine. Cela exprime sa dignité d’être créée à l’image de Dieu. C’est pourquoi on dit que le travail est sacré. Et c’est pourquoi la gestion de l’emploi est une grande responsabilité humaine et sociale, qui ne peut être laissée aux mains de quelques-uns ou abandonnée à un «marché» sacralisé. Provoquer une perte d’emplois signifie provoquer un grave dommage social. Je suis triste lorsque je vois qu’il y a des gens sans travail, qui ne trouvent pas de travail et qui n’ont pas la dignité d’apporter de quoi manger à la maison. Et je me réjouis tant quand je vois que les gouvernants font beaucoup d’efforts pour trouver des postes de travail et pour faire en sorte que tous aient un travail. Le travail est sacré, le travail donne de la dignité à une famille. Nous devons prier afin que ne manque pas le travail dans une famille.
Donc le travail aussi, comme la fête, fait partie du dessein de Dieu Créateur. Dans le livre de la Genèse, le thème de la terre comme maison-jardin, confiée au soin et au travail de l’homme (2, 8.15), est anticipé par un passage très touchant: «Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol» (2, 4b-6a). Ce n’est pas du romantisme, mais c’est la révélation de Dieu; et nous avons la responsabilité de la comprendre et de l’assimiler entièrement. L’encyclique Laudato si’, qui propose une écologie intégrale, contient également ce message: la beauté de la terre et la dignité du travail sont faites pour être unies. Elles vont de pair: la terre devient belle lorsqu’elle est travaillée par l’homme. Quand le travail se détache de l’alliance de Dieu avec l’homme et la femme, lorsqu’il se sépare de leurs qualités spirituelles, lorsqu’il est otage de la logique du seul profit et qu’il méprise les liens d’affection de la vie, l’avilissement de l’âme contamine tout: même l’air, l’eau, l’herbe, la nourriture… La vie civile se corrompt et l’habitat se détériore. Et les conséquences frappent surtout les plus pauvres et les familles les plus pauvres. L’organisation moderne du travail montre parfois une dangereuse tendance à considérer la famille comme une gêne, un poids, une passivité, pour la productivité du travail. Mais demandons-nous: quelle productivité? Et pour qui? Ce que l’on appelle la «ville intelligente» est sans aucun doute riche de services et d’organisation; mais, par exemple, elle est souvent hostile aux enfants et aux personnes âgées.
Parfois, l’intérêt de ceux qui projettent réside dans la gestion d’une main d’œuvre individuelle, pouvant être assemblée et utilisée ou mise au rebut selon l’intérêt économique. La famille est un banc d’essai important. Lorsque l’organisation du travail la retient en otage, ou en empêche même le chemin, alors nous sommes certains que la société humaine a commencé à travailler contre elle-même!
Les familles chrétiennes reçoivent de cette conjoncture un grand défi et une grande mission. Elles détiennent les fondements de la création de Dieu: l’identité et le lien de l’homme et de la femme, la génération des enfants, le travail qui domestique la terre et rend le monde habitable. La perte de ces fondements est un problème très grave, et dans la maison commune, il y a déjà trop de fissures! Cette tâche n’est pas facile. Parfois, les associations familiales peuvent avoir l’impression d’être comme David face à Goliath… Mais nous savons comment ce défi a fini! Cela exige de la foi et de l’audace. Que Dieu nous accorde d’accueillir avec joie et espérance son appel, en ce moment difficile de notre histoire, l’appel au travail pour conférer une dignité à soi-même et à sa famille. 

PAPE FRANÇOIS – (…e voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance.)

24 mai, 2018

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PAPE FRANÇOIS – (…e voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 27 septembre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

En ce moment, nous parlons de l’espérance: mais aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance. Parce que l’espérance a ses ennemis: comme tout bien dans ce monde, elle a ses ennemis.
Et il m’est venu à l’esprit l’antique mythe du vase de Pandore: l’ouverture du vase déchaîne de nombreux malheurs pour l’histoire du monde. Mais peu de personnes se souviennent de la dernière partie de l’histoire, qui fait apparaître un rayon de lumière: après que tous les maux sont sortis du vase, un minuscule don semble se venger de tout ce mal qui se répand. Pandore, la femme qui devait conserver le vase, l’aperçoit en dernier: les Grecs l’appellent elpìs, ce qui signifie espérance.
Ce mythe nous raconte pourquoi l’espérance est si importante pour l’humanité. Ce n’est pas vrai que «tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir», comme on a l’habitude de le dire. Ce serait plutôt le contraire: c’est l’espérance qui soutient la vie, qui la protège, qui la conserve et la fait croître. Si les hommes n’avaient pas cultivé l’espérance, s’ils ne s’étaient pas accrochés à cette vertu, ils ne seraient jamais sortis des cavernes, et n’auraient pas laissé de trace dans l’histoire du monde. C’est ce qui peut exister de plus divin dans le cœur de l’homme.
Un poète français — Charles Péguy — nous a laissé des pages magnifiques sur l’espérance (cf. Le porche du mystère de la deuxième vertu). Il dit de façon poétique que Dieu ne s’étonne pas tant de la foi des êtres humains, ni de leur charité; mais ce qui le remplit véritablement d’émerveillement et d’émotion est l’espérance des gens: «Que ces pauvres enfants — écrit-il — voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux». L’image du poète rappelle les visages de tant de gens qui sont passés dans ce monde — paysans, ouvriers pauvres, migrants à la recherche d’un avenir meilleur — qui ont lutté de façon tenace malgré l’amertume d’un aujourd’hui difficile, rempli de tant d’épreuves, mais animé par la confiance que leurs enfants auraient eu une vie plus juste et plus sereine. Ils luttaient pour leurs enfants, ils luttaient dans l’espérance.
L’espérance est la poussée du cœur de celui qui part en quittant sa maison, sa terre, parfois sa famille et ses parents — je pense aux migrants —, pour chercher une vie meilleure, plus digne pour eux et pour leurs proches. Et c’est aussi la poussée dans le cœur de celui qui accueille: le désir de se rencontrer, de se connaître, de dialoguer… L’espérance est la poussée à «partager le voyage», parce que le voyage se fait à deux; ceux qui viennent sur notre terre, et nous qui allons vers leur cœur, pour les comprendre, pour comprendre leur culture, leur langue. C’est un voyage à deux, mais sans espérance, ce voyage ne peut pas se faire. L’espérance est la poussée à partager le voyage de la vie, comme nous le rappelle la campagne de la Caritas que nous inaugurons aujourd’hui. Mes frères, n’ayons pas peur de partager le voyage! N’ayons pas peur! N’ayons pas peur de partager l’espérance!
L’espérance n’est pas une vertu pour des gens qui ont l’estomac plein. Voilà pourquoi, depuis toujours, les pauvres sont les premiers porteurs de l’espérance. Et dans ce sens, nous pouvons dire que les pauvres, et les mendiants également, sont les protagonistes de l’Histoire. Pour entrer dans le monde, Dieu a eu besoin d’eux: de Joseph et de Marie, des pasteurs de Bethléem. Dans la nuit du premier Noël, il y avait un monde qui dormait, installé dans tant de certitudes acquises. Mais les humbles préparaient cachés la révolution de la bonté. Ils étaient pauvres de tout, certains étaient à peine un peu au-dessus du seuil de la survie, mais ils étaient riches du bien le plus précieux qui existe au monde, c’est-à-dire la volonté de changement.
Parfois, avoir tout eu de la vie est un malheur. Pensez à un jeune auquel on n’a pas enseigné la vertu de l’attente et de la patience, qui n’a dû suer pour rien, qui a brûlé les étapes et, à vingt ans, «sait déjà comment fonctionne le monde»; il a été destiné à la pire condamnation: celle de ne plus rien désirer. Voilà la pire condamnation. Fermer la porte aux désirs, aux rêves. On dirait un jeune, mais l’automne est déjà tombé sur son cœur. Ce sont les jeunes de l’automne.
Avoir une âme vide est le pire obstacle à l’espérance. C’est un risque dont personne ne peut se déclarer exempt; parce qu’il peut arriver d’être tentés contre l’espérance même si l’on parcourt le chemin de la vie chrétienne. Les moines de l’antiquité avaient dénoncé l’un des pires ennemis de la ferveur. Ils disaient: ce «démon de midi» qui sape une vie d’activité, précisément alors que le soleil brille dans le ciel. Cette tentation nous surprend quand on s’y attend le moins: les journées deviennent monotones et ennuyeuses, plus aucune valeur ne semble mériter d’effort. Cette attitude s’appelle l’acédie qui corrompt la vie de l’intérieur jusqu’à la laisser comme une enveloppe vide.
Quand cela arrive, le chrétien sait que cette condition doit être combattue, jamais acceptée passivement. Dieu nous a créés pour la joie et pour le bonheur, et non pour nous complaire dans des pensées mélancoliques. Voilà pourquoi il est important de conserver notre cœur, en nous opposant aux tentations de malheur, qui ne viennent certainement pas de Dieu. Et là où nos forces nous apparaîtraient faibles et le combat contre l’angoisse particulièrement difficile, nous pouvons toujours avoir recours au nom de Jésus. Nous pouvons répéter cette prière simple, dont nous trouvons une trace également dans les Evangiles, et qui est devenue le pivot de nombreuses traditions spirituelles chrétiennes: «Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié du pécheur que je suis!». Belle prière. «Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié du pécheur que je suis!». C’est une prière d’espérance, parce que je m’adresse à Celui qui peut ouvrir toutes grandes les portes, et résoudre le problème et me faire regarder l’horizon, l’horizon de l’espérance.
Frères et sœurs, nous ne sommes pas seuls pour combattre contre le désespoir. Si Jésus a vaincu le monde, il est capable de vaincre en nous tout ce qui s’oppose au bien. Si Dieu est avec nous, personne ne nous volera la vertu dont nous avons absolument besoin pour vivre. Personne ne nous volera l’espérance. Allons de l’avant!

PAPE FRANÇOIS (Baptême…les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux)

16 mai, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2018/documents/papa-francesco_20180502_udienza-generale.html

imm fr

PAPE FRANÇOIS (…les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 2 mai 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En poursuivant ma réflexion sur le baptême, je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux.
Considérons tout d’abord l’eau, sur laquelle est invoquée la puissance de l’Esprit, afin qu’elle ait la force de régénérer et de renouveler (cf. Jn 3, 5 et Tt 3, 5). L’eau est matrice de vie et de bien-être, alors que son absence provoque la disparition de toute fécondité, comme cela arrive dans le désert; mais l’eau peut également être cause de mort, quand elle engloutit dans ses flots ou qu’en grande quantité elle renverse toute chose; enfin, l’eau a la capacité de laver, de nettoyer et de purifier.
A partir de ce symbolisme naturel, universellement reconnu, la Bible décrit les interventions et les promesses de Dieu à travers le signe de l’eau. Toutefois, le pouvoir de remettre les péchés ne se trouve pas dans l’eau elle-même, comme l’expliquait saint Ambroise aux nouveaux baptisés: «Tu as vu l’eau, mais toute eau ne guérit pas: l’eau qui guérit est celle qui a la grâce du Christ. […] L’action est celle de l’eau, l’efficacité celle de l’Esprit Saint» (De sacramentis 1, 15).
C’est pourquoi l’Eglise invoque l’action de l’Esprit sur l’eau, pour «que ceux qui recevront en elle le Baptême soient ensevelis avec le Christ dans la mort et, avec lui, ressuscitent à la vie éternelle» (Rituel du baptême de enfants, n. 60). La prière de bénédiction dit que Dieu a préparé l’eau «à être le signe du baptême» et elle rappelle les principales préfigurations bibliques: l’Esprit flottait sur les eaux des origines pour en faire des semences de vie (cf. Gn 1, 1-2); l’eau du déluge marqua la fin du péché et le début de la vie nouvelle (cf. Gn 7, 6-8, 22); à travers l’eau de la mer Rouge, les fils d’Abraham furent libérés de l’esclavage d’Egypte (cf. Ex 14, 15-31). En relation avec Jésus, on rappelle le baptême dans le Jourdain (cf. Mt 3, 13-17), le sang et l’eau versés de son côté (cf. Jn 19, 31-37), et le mandat aux disciples de baptiser tous les peuples au nom de la Trinité (cf. Mt 28, 19). Forts de cette mémoire, on demande à Dieu d’insuffler dans l’eau des fonts baptismaux la grâce du Christ mort et ressuscité (cf. Rituel du baptême des enfants, n. 60). Ainsi, cette eau est transformée en eau qui contient la force de l’Esprit Saint en elle. Et avec cette eau possédant la force de l’Esprit Saint, nous baptisons les personnes, nous baptisons les adultes, les enfants, tout le monde.
L’eau des fonts baptismaux étant sanctifiée, il faut préparer le cœur pour accéder au baptême. Cela a lieu lors du renoncement à satan et de la profession de foi, deux actes étroitement liés entre eux. Dans la mesure où je dis «non» aux suggestions du diable — celui qui divise — je suis en mesure de dire «oui» à Dieu qui m’appelle à me configurer à Lui dans les pensées et dans les œuvres. Le diable divise; Dieu unit toujours la communauté, les gens en un seul peuple. Il n’est pas possible d’adhérer au Christ en posant des conditions. Il faut se détacher de certains liens pour pouvoir en embrasser vraiment d’autres; ou tu es bien avec Dieu ou tu es bien avec le diable. C’est pourquoi la renonciation et l’acte de foi vont de pair. Il faut couper des ponts, en les laissant derrière soi, pour entreprendre la Voie nouvelle qu’est le Christ.
La réponse aux questions — «Renoncez-vous à satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions?» — est formulée à la première personne du singulier: «Je renonce». Et de la même manière, la foi de l’Eglise est professée, en disant: «Je crois». Je renonce et je crois: c’est à la base du baptême. C’est un choix responsable, qui exige d’être traduit par des gestes concrets de confiance en Dieu. L’acte de foi suppose un engagement que le baptême lui-même aidera à maintenir avec persévérance dans les diverses situations et épreuves de la vie. Rappelons-nous l’antique sagesse d’Israël: «Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve» (Si 2, 1), c’est-à-dire prépare-toi à la lutte. Et la présence de l’Esprit Saint nous donne la force pour bien lutter.
Chers frères et sœurs, quand nous plongeons la main dans l’eau bénite — en entrant dans une église nous touchons l’eau bénite — et que nous faisons le signe de la Croix, pensons avec joie et gratitude au baptême que nous avons reçu — cette eau bénite nous rappelle le baptême — et renouvelons notre «Amen» — «Je suis heureux» —, pour vivre plongés dans l’amour de la Très Sainte Trinité.

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