Archive pour la catégorie 'CATÉCHÈSE DU MERCREDI'

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (l’expérience des deux disciples d’Emmaüs)

31 mai, 2017

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pensieri ed fr - Copia

Emmaus

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (l’expérience des deux disciples d’Emmaüs)

Mercredi 24 mai 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur l’expérience des deux disciples d’Emmaüs, dont parle l’Evangile de Luc (cf. 24, 13-35). Imaginons la scène: deux hommes marchent déçus, tristes, convaincus de laisser derrière eux l’amertume d’une vie qui a mal fini. Avant cette Pâque, ils étaient pleins d’enthousiasme: convaincus que ces jours auraient été décisifs pour leurs attentes et pour l’espérance de tout le peuple. Jésus, auquel ils avaient confié leur vie, semblait finalement arrivé à la bataille décisive: à présent, il allait manifester sa puissance, après une longue période de préparation et de vie cachée. Voilà ce qu’ils attendaient. Mais il n’en fut pas ainsi.
Les deux pèlerins cultivaient une espérance uniquement humaine, qui à présent se brisait. Cette croix élevée sur le Calvaire était le signe le plus éloquent d’un échec qu’ils n’avaient pas prévu. Si ce Jésus était véritablement selon le cœur de Dieu, ils devaient en conclure que Dieu était désarmé, sans défense entre les mains des violents, incapable d’opposer de résistance au mal.
Ainsi, le matin de ce dimanche, ces deux hommes fuient Jérusalem. Ils ont encore dans les yeux les événements de la passion, la mort de Jésus; et leur âme est tourmentée par le souvenir de ces pénibles événements, au cours du repos forcé du sabbat. Cette fête de Pâques, qui devait entonner le chant de la libération, s’était en revanche transformée dans le plus douloureux jour de leur vie. Ils quittent Jérusalem pour aller ailleurs, dans un village tranquille. Ils ont tout l’air de personnes occupées à effacer un souvenir cuisant. Ils sont donc sur la route et marchent, tristes. Ce cadre — la route — était déjà important dans les récits des Evangiles; à présent, il le deviendra encore plus, au moment où l’on commence à raconter l’histoire de l’Eglise.
La rencontre de Jésus avec ces deux disciples semble être entièrement fortuite: elle ressemble à l’une des innombrables croisées de chemins qui se présentent dans la vie. Les deux disciples marchent, pensifs, et un inconnu marche à côté d’eux d’eux. C’est Jésus; mais leurs yeux ne sont pas en mesure de le reconnaître. Et alors, Jésus commence sa «thérapie de l’espérance». Ce qui a lieu sur cette route est une thérapie de l’espérance. Qui la fait? Jésus.
Avant tout, il demande et écoute: notre Dieu n’est pas un Dieu envahissant. Même s’il connaît déjà le motif de la déception de ces deux hommes, il leur laisse le temps de pouvoir sonder en profondeur l’amertume qui les a gagnés. Il en découle une confession qui est un refrain de l’existence humaine: «Nous espérions, mais… Nous espérions, mais…» (v. 21). Combien de tristesses, combien d’échecs y a-t-il dans la vie de toute personne! Au fond, nous sommes tous un peu comme ces deux disciples. Combien de fois dans la vie avons-nous espéré, combien de fois nous sommes-nous retrouvés à terre, déçus. Mais Jésus marche avec toutes les personnes découragées qui avancent tête basse. Et en marchant avec elles, de manière discrète, il réussit à redonner espoir.
Jéus leur parle avant tout à travers les Ecritures. Celui qui prend en main le livre de Dieu ne trouvera pas des récits d’héroïsme facile, de foudroyantes campagnes de conquête. La véritable espérance n’est jamais à bas prix: elle passe toujours à travers des échecs. L’espérance de celui qui ne souffre pas n’est sans doute pas une espérance. Dieu n’aime pas être aimé comme on aimerait un conquérant qui entraîne son peuple vers la victoire en anéantissant ses ennemis dans le sang. Notre Dieu est une faible lueur qui brille un jour de froid et de vent, et pour autant que sa présence puisse sembler fragile dans ce monde, Il a choisi la place que nous dédaignons tous.
Puis Jésus répète pour les deux disciples le geste central de toute Eucharistie: il prend le pain, le bénit, le rompt, et le donne. N’y a-t-il pas dans cette série de gestes toute l’histoire de Jésus? Et n’y a-t-il pas dans toute Eucharistie également le signe de ce que doit être l’Eglise? Jésus nous prend, nous bénit, «rompt» notre vie — parce qu’il n’y a pas d’amour sans sacrifice — et l’offre aux autres, l’offre à tous.
C’est une rencontre rapide que celle de Jésus avec les deux disciples d’Emmaüs. Mais elle renferme tout le destin de l’Eglise. Elle nous raconte que la communauté chrétienne n’a pas été enfermée dans une citadelle fortifiée, mais qu’elle marche sur son élément le plus vital, c’est-à-dire la route. Et là, elle rencontre les personnes, avec leurs espérances et leurs déceptions, parfois lourdes. L’Eglise écoute les histoires de tous, telles qu’elles ressortent de l’écrin de la conscience personnelle: pour ensuite offrir la Parole de vie, le témoignage de l’amour de Dieu, amour fidèle jusqu’au bout. Et alors, le cœur des personnes recommence à brûler d’espérance.
Nous tous, dans notre vie, avons eu des moments difficiles, sombres; des moments au cours desquels nous marchions tristes, pensifs, sans horizons, avec uniquement un mur devant nous. Et Jésus est toujours à nos côtés pour nous donner l’espérance, pour réchauffer notre cœur et dire: «Va de l’avant. Je suis avec toi. Va de l’avant». Le secret de la route qui conduit à Emmaüs est entièrement là: même si les apparences semblent contraires, nous continuons à être aimés, et Dieu ne cessera jamais de nous aimer. Dieu marchera toujours avec nous, toujours, même dans les moments les plus douloureux, dans les moments les plus sombres, même dans les moments d’échec: le Seigneur est là. Et c’est notre espérance. Allons de l’avant avec cette espérance! Parce qu’il est à nos côtés et marche avec nous, toujours!

De France: Groupe de pèlerins du diocèse de Blois; paroisse Saint-Dominique, de Paris; paroisse de Talence; groupe catéchuménat fraternités monastiques de Jérusalem, de Paris; groupe de l’institut de Genech; lycée Saint-Joseph, de Chateaubriand; lycée Blanche de Castille, de Nantes; groupe catholique du palais de justice, de Paris; communauté de l’Arche «Les trois fontaines», d’Ambleteuse; école de charité et de mission pour couples, de Chaville, Vannes, Clermont-Ferrand, Saint-Quentin-en-Yvelines, Le Ban Saint-Martin, Toulon, Nice, Lille, Toulouse; groupe de pèlerins de l’Ile Maurice; groupe de pèlerins de Chatou.

De Belgique: Collège Saint-Louis, de Bruges.

BENOÎT XVI – (THÈME DE LA PRIÈRE 2011)

23 mai, 2017

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BENOÎT XVI – (THÈME DE LA PRIÈRE 2011)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 mai 2011

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais entamer une nouvelle série de catéchèses. Après les catéchèses sur les Pères de l’Eglise, sur les grands théologiens du Moyen-âge, sur les grandes figures de femmes, je voudrais à présent choisir un thème qui nous tient tous très à cœur: le thème de la prière, de manière spécifique la prière chrétienne, la prière que nous a enseignée Jésus et que continue à nous enseigner l’Eglise. C’est en Jésus en effet que l’homme devient capable de s’approcher de Dieu avec la profondeur et l’intimité du rapport de paternité et de filiation. Avec les premiers disciples, avec une humble confiance, nous nous adressons alors au Maître et nous Lui demandons: «Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11, 1).
Lors des prochaines catéchèses, en nous approchant de la Sainte Ecriture, de la grande tradition des Pères de l’Eglise, des Maîtres de spiritualité, de la Liturgie, nous voulons apprendre à vivre encore plus intensément notre relation avec le Seigneur, dans une sorte d’«école de prière». Nous savons bien, en effet, que la prière ne doit pas être considérée comme allant de soi: il faut apprendre à prier, comme en acquérant toujours à nouveau cet art; même ceux qui sont très avant dans la vie spirituelle sentent toujours le besoin de se mettre à l’école de Jésus pour apprendre à prier avec authenticité. Nous recevons la première leçon du Seigneur à travers Son exemple. Les Evangiles nous décrivent Jésus en dialogue intime et constant avec le Père: c’est une communion profonde de celui qui est venu dans le monde non pour faire sa volonté, mais celle du Père qui l’a envoyé pour le salut de l’homme.
Dans cette première catéchèse, comme introduction, je voudrais proposer quelques exemples de prière présents dans les cultures antiques, pour relever comment, pratiquement toujours et partout celles-ci se sont adressées à Dieu.
Je commence par l’ancienne Egypte, par exemple. Ici, un homme aveugle, demandant à la divinité de lui rendre la vue, atteste quelque chose d’universellement humain, qui est la pure et simple prière de requête de la part de qui se trouve dans la souffrance, cet homme prie: «Mon cœur désire te voir… Toi qui m’as fait voir les ténèbres, crée pour moi la lumière. Fais que je te voie! Penche sur moi ton visage aimé» (A. Barucq – F. Daumas, Hymnes et prières de l’Egypte ancienne, Paris 1980). Fais que je te voie; c’est là le cœur de la prière!
Dans les religions de la Mésopotamie dominait un sentiment de culpabilité mystérieux et paralysant, mais sans qu’il soit privé pour autant de l’espérance de rachat et de libération de la part de Dieu. Ainsi pouvons-nous apprécier cette supplication de la part d’un croyant de ces anciens cultes, qui résonne ainsi: «Ô Dieu qui es indulgent même pour la faute la plus grave, absous mon péché…. Regarde Seigneur, ton esclave épuisé, et souffle sur lui ta brise: sans attendre pardonne-lui. Allège ta sévère punition. Libéré de mes liens, fais que je recommence à respirer; brise mes chaînes, défaits mes liens» (M.-J. Seux, Hymnes et prières aux Dieux de Babylone et d’Assyrie, Paris 1976). Autant d’expressions qui démontrent comment l’homme, dans sa recherche de Dieu, a eu l’intuition, même confusément, d’un côté de sa faute, de l’autre de l’aspect de la miséricorde et de la bonté divine.
Au sein de la religion païenne, dans la Grèce antique, on assiste à une évolution très significative: les prières, tout en continuant d’invoquer l’aide divine pour obtenir la faveur céleste dans toutes les circonstances de la vie quotidienne et pour obtenir des bénéfices matériels, s’orientent progressivement vers les requêtes les plus désintéressées, qui permettent à l’homme croyant d’approfondir sa relation avec Dieu et de devenir meilleur. Par exemple, le grand philosophe Platon cite une prière de son maître, Socrate, considéré à juste titre comme l’un des fondateurs de la pensée occidentale. Socrate priait ainsi: «… donnez-moi la beauté intérieure de l’âme! Quant à l’extérieur, je me contente de celui que j’ai, pourvu qu’il ne soit pas en contradiction avec l’intérieur, que le sage me paraisse riche, et que j’aie seulement autant, d’or qu’un sage peut en supporter, et en employer» (Œuvres i. Phèdre 279c). Il voudrait avant tout avoir une beauté intérieure et être sage, et non pas riche d’argent.
Dans ces superbes chefs-d’œuvre de la littérature de tous les temps que sont les tragédies grecques, aujourd’hui encore, après vingt-cinq siècles, lues, méditées et représentées, sont contenues des prières qui expriment le désir de connaître Dieu et d’adorer sa majesté. L’une de celles-ci dit: «Ô toi qui donnes le mouvement à la terre, et qui en même temps résides en elle, qui que tu sois, Jupiter, impénétrable à la vue des mortels, nécessité de la nature, ou intelligence des hommes, je te rends hommage; car, par des voies secrètes, tu gouvernes toutes les choses humaines selon la justice» (Euripide, Les Troyennes, 884-886). Dieu demeure un peu vague et toutefois, l’homme connaît ce Dieu inconnu et prie celui qui guide les destinées de la terre.
Chez les Romains également, qui constituèrent ce grand Empire dans lequel naquit et se diffusa en grande partie le christianisme des origines, la prière, même si elle est associée à une conception utilitariste et fondamentalement liée à la demande de protection divine sur la vie de la communauté civile, s’ouvre parfois à des invocations admirables en raison de la ferveur de la piété personnelle, qui se transforme en louange et en action de grâces. En est témoin un auteur de l’Afrique romaine du iie siècle après Jésus Christ, Apulée. Dans ses écrits, il manifeste l’insatisfaction de ses contemporains à l’égard de la religion traditionnelle et le désir d’un rapport plus authentique avec Dieu. Dans son chef-d’œuvre intitulé Les métamorphoses, un croyant s’adresse à une divinité féminine à travers ces paroles: «Divinité sainte, source éternelle de salut, protectrice adorable des mortels, qui leur prodigues dans leurs maux l’affection d’une tendre mère; pas un jour, pas une nuit, pas un moment ne s’écoule qui ne soit marqué par un de tes bienfaits» (Apulée de Madaure, Métamorphoses, xi, 25).
Pendant la même période, l’empereur Marc-Aurèle — qui était un philosophe qui réfléchissait sur la condition humaine — affirme la nécessité de prier pour établir une coopération fructueuse entre action divine et action humaine. Il écrit dans ses Souvenirs/Pensées: «Qui te dit que les dieux ne nous aident pas également en ce qui dépend de nous? Commence donc à les prier et tu verras» (Dictionnaire de Spiritualité XII/2, col. 2213). Ce conseil de l’empereur philosophe a été effectivement mis en pratique par d’innombrables générations d’hommes avant le Christ, démontrant ainsi que la vie humaine sans la prière, qui ouvre notre existence au mystère de Dieu, devient privée de sens et de référence. En effet, dans chaque prière s’exprime toujours la vérité de la créature humaine, qui d’une part fait l’expérience de la faiblesse et de l’indigence, et demande donc de l’aide au Ciel, et de l’autre est dotée d’une dignité extraordinaire, car, en se préparant à accueillir la Révélation divine, elle se découvre capable d’entrer en communion avec Dieu.
Chers amis, dans ces exemples de prières des différentes époques et civilisations apparaît la conscience que l’être humain a de sa condition de créature et de sa dépendance d’un Autre qui lui est supérieur et source de tout bien. L’homme de tous les temps prie car il ne peut faire à moins de se demander quel est le sens de son existence, qui reste obscur et décourageant, s’il n’est pas mis en relation avec le mystère de Dieu et de son dessein sur le monde. La vie humaine est un mélange de bien et de mal, de souffrance imméritée et de joie et de beauté, qui nous pousse spontanément et irrésistiblement à demander à Dieu cette lumière et cette force qui puisse nous secourir sur la terre et ouvrir une espérance qui aille au-delà des frontières de la mort. Les religions païennes demeurent une invocation qui, de la terre, attend une parole du Ciel. L’un des derniers grands philosophes païens, qui vécut à une époque déjà pleinement chrétienne Proclus de Constantinople, donne voix à cette attente, en disant: «Inconnaissable, personne ne te contient. Tout ce que nous pensons t’appartient. Nos maux et nos biens sont en toi, chacune de nos aspirations dépend de toi, ô Ineffable, que nos âmes sentent présent, en t’élevant un hymne de silence» (Hymnes).
Dans les exemples de prière des différentes cultures, que nous avons pris en considération, nous pouvons voir un témoignage de la dimension religieuse et du désir de Dieu inscrit dans le cœur de chaque homme, qui trouvent leur accomplissement et leur pleine expression dans l’ancien et dans le Nouveau Testament. La Révélation, en effet, purifie et porte à sa plénitude l’aspiration originelle de l’homme à Dieu, en lui offrant, dans la prière, la possibilité d’une relation plus profonde avec le père céleste.
Au début de notre chemin dans l’«Ecole de la prière» nous voulons alors demander au Seigneur qu’il illumine notre esprit et notre cœur pour que la relation avec Lui dans la prière soit toujours plus intense, affectueuse et constante. Encore une fois, nous lui disons: «Seigneur, apprends-nous à prier» (Lc 11, 1).

PAPE FRANÇOIS – MARIE, MÈRE DE L’ESPÉRANCE.

17 mai, 2017

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PAPE FRANÇOIS – MARIE, MÈRE DE L’ESPÉRANCE.

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 10 mai 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le long de notre itinéraire de catéchèse sur l’espérance chrétienne, nous nous tournons aujourd’hui vers Marie, Mère de l’espérance. Marie a traversé plus d’une nuit sur son chemin de mère. Dès sa première apparition dans l’histoire des Evangiles, sa figure se distingue comme s’il s’agissait du personnage d’un drame. Il n’était pas facile de répondre par un «oui» à l’invitation de l’ange: pourtant, femme encore dans la fleur de la jeunesse, elle répond avec courage, bien qu’elle ne sache rien du destin qui l’attend. A cet instant, Marie nous apparaît comme l’une des nombreuses mères de notre monde, courageuses jusqu’à l’extrême, quand il s’agit d’accueillir dans leur sein l’histoire d’un homme nouveau qui naît.
Ce «oui» est le premier passage d’une longue liste d’obéissances — une longue liste d’obéissances! — qui accompagneront son itinéraire de mère. Ainsi, Marie apparaît dans les Evangiles comme une femme silencieuse, qui souvent, ne comprend pas tout ce qui se passe autour d’elle, mais qui médite chaque parole et chaque événement dans son cœur.
Cette disposition laisse apparaître un très bel aspect de la psychologie de Marie: ce n’est pas une femme qui déprime devant les incertitudes de la vie, en particulier quand rien ne semble aller comme il faut. Ce n’est pas non plus une femme qui proteste avec violence, qui se lamente du destin de la vie qui nous révèle souvent un visage hostile. C’est en revanche une femme qui écoute: n’oubliez pas qu’il y a toujours un grand rapport entre l’espérance et l’écoute, et Marie est une femme qui écoute. Marie accueille l’existence de la façon dont elle se présente à nous, avec ses jours heureux, mais également avec ses tragédies que nous voudrions ne jamais avoir croisées. Jusqu’à la nuit suprême de Marie, quand son Fils est cloué au bois de la croix.
Jusqu’à ce jour, Marie avait presque disparu de la trame des Evangiles: les écrivains sacrés laissent entrevoir cette lente éclipse de sa présence, son silence devant le mystère d’un Fils qui obéit au Père. Mais Marie réapparaît précisément au moment crucial: quand une bonne partie des amis se sont enfuis par peur. Les mères ne trahissent pas, et à cet instant, au pied de la croix, aucun de nous ne peut dire quelle a été la passion la plus cruelle: si c’est celle d’un homme innocent qui meurt sur le bois de la croix, ou l’agonie d’une mère qui accompagne les derniers instants de la vie de son fils. Les Evangiles sont laconiques et extrêmement discrets. Ils enregistrent par un simple verbe la présence de la Mère: elle «se tenait» (Jn 19, 25), Elle se tenait. Ils ne disent rien de sa réaction: si elle pleurait, si elle ne pleurait pas… rien; pas même une esquisse de description de sa douleur: l’imagination de poètes et de peintres allait ensuite se déverser sur ces détails, nous offrant des images qui sont entrées dans l’histoire de l’art et de la littérature. Mais les Evangiles disent seulement: elle «se tenait». Elle se tenait là, au moment le plus terrible, au moment le plus cruel, et souffrait avec son fils. «Elle se tenait». Marie «se tenait», simplement elle était là. La voici de nouveau, la jeune femme de Nazareth, les cheveux désormais gris à cause du temps qui passe, encore aux prises avec un Dieu qui doit être uniquement embrassé, et avec une vie qui est arrivée au seuil de l’obscurité la plus épaisse. Marie «se tenait» dans l’obscurité la plus épaisse, mais elle «se tenait». Elle n’est pas partie. Marie est là, fidèlement présente, chaque fois qu’il faut tenir une bougie allumée dans un lieu de brume et de brouillard. Elle ne connaît pas même le destin de résurrection que son Fils ouvrait à cet instant pour tous les hommes: elle était là par fidélité au projet de Dieu dont elle s’est proclamée la servante le premier jour de sa vocation, mais également en raison de son instinct de mère qui souffre simplement, chaque fois qu’il y a un enfant qui traverse une passion. Les souffrances des mères: nous avons tous connu des femmes fortes, qui ont affronté tant de souffrances de leurs enfants!
Nous la retrouverons au premier jour de l’Eglise, elle, mère d’espérance, au milieu de cette communauté de disciples si fragiles: l’un avait renié, de nombreux autres avaient fui, tous avaient eu peur (cf. Ac 1, 14). Mais elle se tenait simplement là, de la façon la plus normale, comme si c’était une chose entièrement naturelle: dans la première Eglise enveloppée par la lumière de la Résurrection, mais également par les tremblement des premiers pas qu’elle devait accomplir dans le monde.
Pour cela, nous l’aimons tous comme une Mère. Nous ne sommes pas orphelins: nous avons une Mère au ciel, qui est la Sainte Mère de Dieu. Afin qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente, même quand tout apparaît privé de sens: elle semble confiante dans le mystère de Dieu, même quand il semble s’éclipser à cause du mal du monde. Que dans les moments de difficultés, Marie, la Mère que Jésus nous a offerte à tous, puisse toujours soutenir nos pas, puisse toujours dire à notre cœur: «Lève-toi! Regarde de l’avant, regarde l’horizon», parce qu’Elle est Mère de l’espérance. Merci.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (MT 28,20)

4 mai, 2017

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (MT 28,20)

Place Saint-Pierre

Mercredi 26 avril 2017

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(Pope Francis in Egypt)

Chers frères et sœurs, bonjour!

«Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde» (Mt 28, 20). Ces dernières paroles de l’Evangile de Matthieu rappellent l’annonce prophétique que nous trouvons au début: on l’appellera du nom d’Emmanuel, qui se traduit par: Dieu avec nous» (Mt 1, 23; cf. Is 7, 14). Dieu sera avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Jésus marchera avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Tout l’Evangile est contenu dans ces deux citations, des paroles qui communiquent le mystère de Dieu, dont le nom, dont l’identité est être-avec: ce n’est pas un Dieu isolé, c’est un Dieu-avec, en particulier avec nous, c’est-à-dire avec la créature humaine. Notre Dieu n’est pas un Dieu absent, séquestré par un ciel très lointain: c’est au contraire un Dieu «passionné» de l’homme, si tendrement aimant qu’on ne peut se séparer de lui. Nous, humains, sommes habiles à couper les liens et les ponts. Lui, au contraire, non. Si notre cœur se refroidit, le sien reste toujours incandescent. Notre Dieu nous accompagne toujours, même si par malheur nous devions l’oublier. Sur la crête qui sépare l’incrédulité de la foi, la découverte d’être aimés et accompagnés par notre Père, de ne jamais être laissés seuls par Lui, est décisive.
Notre existence est un pèlerinage, un chemin. Même ceux qui sont mus par une espérance simplement humaine, perçoivent la séduction de l’horizon, qui les pousse à explorer des mondes qu’ils ne connaissent pas encore. Notre âme est une âme migrante. La Bible est pleine d’histoires de pèlerins et de voyageurs. La vocation d’Abraham commence par ce commandement: «Quitte ton pays» (Gn 12, 1). Et le patriarche quitte cette région du monde qu’il connaissait bien et qui était l’un des berceaux de la civilisation de son époque. Tout s’opposait au bon sens de ce voyage. Pourtant, Abraham part. On ne devient pas des hommes et des femmes mûrs si l’on ne perçoit pas l’attirance de l’horizon: cette limite entre le ciel et la terre qui demande à être atteinte par un peuple de marcheurs.
Sur son chemin dans le monde, l’homme n’est jamais seul. En particulier, le chrétien ne se sent jamais abandonné, parce que Jésus nous assure qu’il ne nous attendra pas seulement au terme de notre long voyage, mais qu’il nous accompagnera chacun de nos jours.
Jusqu’à quand durera l’attention de Dieu à l’égard de l’homme? Jusqu’à quand le Seigneur Jésus, qui marche avec nous, jusqu’à quand prendra-t-il soin de nous? La réponse de l’Evangile ne laisse aucun doute: jusqu’à la fin du monde! Les cieux passeront, la terre passera, les espérances humaines seront effacées, mais la Parole de Dieu est plus grande que tout et ne passera pas. Et Lui sera le Dieu avec nous, le Dieu Jésus qui marche avec nous. Il n’y aura pas de jour de notre vie où nous cesserons d’être une préoccupation pour le cœur de Dieu. Mais certains pourraient dire: «Mais que dites-vous donc?». Je dis cela: il n’y aura pas de jour dans notre vie où nous cesserons d’être une préoccupation pour le cœur de Dieu. Il se préoccupe de nous, et marche avec nous. Et pourquoi fait-il cela? Simplement parce qu’il nous aime. Comprenez-vous cela? Il nous aime! Et Dieu répondra certainement à tous nos besoins, il ne nous abandonnera pas à l’heure de l’épreuve et de l’obscurité. Cette certitude doit s’enraciner dans notre âme pour ne jamais s’éteindre. Certains l’appellent par le nom de «Providence». C’est-à-dire la proximité de Dieu, l’amour de Dieu, Dieu qui marche avec nous s’appelle aussi la «Providence de Dieu»: il pourvoit à notre vie.
Ce n’est pas par hasard si parmi les symboles chrétiens de l’espérance, il y en a un que j’aime beaucoup: l’ancre. Elle exprime que notre espérance n’est pas vague; elle ne doit pas être confondue avec le sentiment changeant de qui veut améliorer les choses de ce monde de façon velléitaire, en s’appuyant sur sa seule force de volonté. L’espérance chrétienne, en effet, trouve son origine non pas dans l’attraction du futur, mais dans la sécurité de ce que Dieu nous a promis et a réalisé en Jésus Christ. S’il nous a assuré de ne jamais nous abandonner, si le début de chaque vocation est un «Suis-moi», avec lequel Il nous assure de rester toujours devant nous, pourquoi alors avoir peur? Avec cette promesse, les chrétiens peuvent marcher partout. Même en traversant des portions de monde blessé, où les choses ne vont pas bien, nous sommes parmi ceux qui continuent là aussi d’espérer. Le psaume dit: «Passerais-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal car tu es près de moi» (Ps 23, 4). C’est précisément là où règne l’obscurité qu’il faut garder une lumière allumée. Revenons à l’ancre. Notre foi est l’ancre au ciel. Notre vie est ancrée au ciel. Que devons-nous faire? Nous agripper à la corde: elle est toujours là. Et nous allons de l’avant car nous sommes certains que notre vie a comme une ancre dans le ciel, sur la rive où nous arriverons.
Certes, si nous ne nous reposions que sur nos forces, nous aurions raison de nous sentir déçus et vaincus, parce que souvent, le monde se révèle réfractaire aux lois de l’amour. Il préfère, tant de fois, les lois de l’égoïsme. Mais si survit en nous la certitude que Dieu ne nous abandonne pas, alors la perspective change immédiatement. «Homo viator, spe erectus», disaient les anciens. Le long du chemin la promesse de Jésus, «Je suis avec vous», nous fait rester debout, avec espérance, certains que le bon Dieu est déjà à l’œuvre pour réaliser ce qui semble humainement impossible, parce que l’ancre est sur la plage du ciel.
Le saint peuple fidèle de Dieu est constitué de gens qui sont debout — «homo viator» — et qui marchent, mais debout, «erectus», et qui marchent dans l’espérance. Et partout où il va, il sait que l’amour de Dieu l’a précédé: il n’y a pas de région du monde qui échappe à la victoire du Christ ressuscité. Et quelle est la victoire du Christ ressuscité? La victoire de l’amour. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le groupe des Œuvres Pontificales Missionnaires, avec le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon, ainsi que la Communauté de l’Arche de Jean Vanier, de Cognac, et tous les pèlerins venus de France et de Belgique.
Nous sommes le peuple de Dieu en pèlerinage à la suite du Christ ressuscité, et nous savons que son amour nous précède, même dans les situations les plus difficiles. Je vous invite à porter cette lumière tout autour de vous.

Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS 19 (CHRIST RESSUSCITÉ, NOTRE ESPÉRANCE) (cf. 1 Co 15)

26 avril, 2017

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PAPE FRANÇOIS 19 (CHRIST RESSUSCITÉ, NOTRE ESPÉRANCE) (cf. 1 Co 15)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 19 avril 2017

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Descente aux enfers (Basilique San Clemente, Rome)

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous nous rencontrons aujourd’hui dans la lumière de la Pâque, que nous avons célébrée et que nous continuons à célébrer avec la liturgie. C’est pourquoi, dans notre itinéraire de catéchèses sur l’espérance chrétienne, je désire aujourd’hui vous parler du Christ Ressuscité, notre espérance, tel que le présente saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (cf. chap. 15).
L’apôtre veut résoudre une problématique qui était certainement au cœur des discussions de la communauté de Corinthe. La résurrection est le dernier thème affronté dans la lettre, mais probablement, par ordre d’importance, il est le premier: tout repose en effet sur ce présupposé.
En s’adressant à ses chrétiens, Paul part d’un fait irréfutable, qui n’est pas le résultat de la réflexion d’un homme sage quelconque, mais un fait, un simple fait qui a eu lieu dans la vie de certaines personnes. Le christianisme naît de là. Ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas un système philosophique, mais c’est un chemin de foi qui part d’un événement, témoigné par les premiers disciples de Jésus. Paul le résume de cette manière: Jésus est mort pour nos péchés, il fut enseveli, et le troisième jour, il est ressuscité et il est apparu à Pierre et aux Douze (cf. 1 Co 15, 3-5). Tel est le fait: il est mort, il est enseveli, il est ressuscité et il est apparu. C’est à dire que Jésus est vivant! Tel est le noyau du message chrétien.
En annonçant cet événement, qui est le noyau central de la foi, Paul insiste surtout sur le dernier élément du mystère pascal, c’est-à-dire sur le fait que Jésus est ressuscité. En effet, si tout avait fini avec la mort, nous aurions en Lui un exemple de dévouement suprême, mais cela ne pourrait pas engendrer notre foi. Il a été un héros. Non! Il est mort, mais il est ressuscité. Parce que la foi naît de la résurrection. Accepter que le Christ soit mort, et qu’il soit mort crucifié, n’est pas un acte de foi, c’est un fait historique. En revanche, croire qu’il est ressuscité, cela l’est. Notre foi naît le matin de Pâques. Paul fait une liste des personnes auxquelles Jésus apparut (cf. vv. 5-7). Nous avons là une petite synthèse de tous les récits pascals et de toutes les personnes qui sont entrées en contact avec le Ressuscité. En haut de la liste, il y a Céphas, c’est-à-dire Pierre, et le groupe des Douze, ensuite les «cinq cents frères», dont un grand nombre pouvaient encore rendre leur témoignage, ensuite Jacques est cité. Le dernier de la liste — comme le moins digne de tous — est lui-même. Paul dit de lui-même: «Comme un avorton» (cf. v. 8).
Paul utilise cette expression parce que son histoire personnelle est dramatique: il n’était pas un enfant de chœur, mais un persécuteur de l’Eglise, orgueilleux de ses propres convictions; il se sentait un homme abouti, avec une idée très claire de ce qu’était la vie avec ses devoirs. Mais dans ce cadre parfait — tout était parfait chez Paul, il savait tout — dans ce cadre parfait de sa vie, eut lieu un jour ce qui était absolument imprévisible: la rencontre avec Jésus ressuscité, sur le chemin de Damas. Là, il n’y eut pas seulement un homme qui tombe à terre: il y eut une personne saisie par un événement qui devait bouleverser le sens de sa vie. Et le persécuteur devint apôtre, pourquoi? Parce que j’ai vu Jésus vivant! J’ai vu Jésus Christ ressuscité! C’est le fondement de la foi de Paul, comme de la foi des autres apôtres, comme de la foi de l’Eglise, comme de notre foi.
Qu’il et beau de penser que le christianisme est essentiellement cela! Ce n’est pas tant notre recherche à l’égard de Dieu — une recherche, à la vérité, si tâtonnante —, mais plutôt la recherche de Dieu à notre égard. Jésus nous a pris, il nous a saisis, il nous a conquis pour ne plus nous laisser. Le christianisme est grâce, il est surprise, et c’est pourquoi il présuppose un cœur capable d’émerveillement. Un cœur fermé, un cœur rationaliste est incapable d’émerveillement, et ne peut pas comprendre ce qu’est le christianisme. Parce que le christianisme est grâce, et la grâce se perçoit seulement et, de plus, elle se rencontre dans l’émerveillement de la rencontre.
Alors, même si nous sommes pécheurs — nous le sommes tous —, si nos intentions de bien sont restées sur le papier, ou bien si, en regardant notre vie, nous nous apercevons que nous avons accumulé tant d’échecs… Le matin de Pâques, nous pouvons faire comme ces personnes dont parle l’Evangile: aller au tombeau du Christ, voir la grande pierre roulée et penser que Dieu est en train de réaliser pour moi, pour nous tous, un avenir inattendu. Aller à notre tombeau: nous en avons tous un petit en nous. Aller là, et voir que Dieu est capable de ressusciter de là. Là, il y a le bonheur, là, il y a la joie, la vie, où tous pensaient qu’il n’y avait que la tristesse, la défaite et les ténèbres. Dieu fait grandir ses fleurs les plus belles au milieu des pierres les plus sèches.
Etre chrétiens signifie ne pas partir de la mort, mais de l’amour de Dieu pour nous, qui a vaincu notre ennemi implacable. Dieu est plus grand que le néant, et une bougie allumée suffit pour vaincre la plus obscure des nuits. Paul s’écrie, faisant écho aux prophètes: «O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon?» (v. 55). En ces jours de Pâques, nous portons ce cri dans notre cœur. Et si on nous demande la raison de notre sourire donné et de notre partage patient, alors nous pourrons répondre que Jésus est encore là, qu’il continue à être vivant parmi nous, que Jésus est encore ici, qu’il continue à être vivant, que Jésus est ici, sur la place, avec nous: vivant et ressuscité.

PAPE FRANÇOIS – CHRISTIAN HOPE – 16. HOPE AGAINST EVERY HOPE (CF. RM 4: 16-25)

19 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170329_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – CHRISTIAN HOPE – 16. HOPE AGAINST EVERY HOPE (CF. RM 4: 16-25)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 29 mars 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le passage de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d’écouter nous fait un grand don. En effet, nous sommes habitués à reconnaître en Abraham notre père dans la foi; aujourd’hui, l’apôtre nous fait comprendre qu’Abraham est pour nous père dans l’espérance; pas seulement père de la foi, mais père dans l’espérance. Et cela parce que dans sa vie, nous pouvons saisir une annonce de la Résurrection, de la vie nouvelle qui vainc le mal et la mort elle-même.
Dans le texte, on dit qu’Abraham crut dans le Dieu «qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence» (Rm 4, 17); puis il précise: «C’est d’une foi sans défaillance qu’il considéra son corps déjà mort et le sein de Sara, mort également» (Rm 4, 19). Telle est l’expérience que nous sommes appelés à vivre nous aussi. Le Dieu qui se révèle à Abraham est le Dieu qui sauve, le Dieu qui fait sortir du désespoir et de la mort, le Dieu qui appelle à la vie. Dans l’existence d’Abraham, tout devient un hymne au Dieu qui libère et régénère, tout devient prophétie. Et cela le devient pour nous qui reconnaissons et célébrons à présent l’accomplissement de tout cela dans le mystère de la Pâque. En effet, Dieu «ressuscita d’entre les morts Jésus» (Rm 4, 24), afin que nous aussi, nous puissions passer en Lui de la mort à la vie. Et alors Abraham peut véritablement se dire «père d’une multitude de peuples», dans la mesure où il resplendit comme annonce d’une humanité nouvelle — nous! — rachetée par le Christ du péché et de la mort et introduite une fois pour toutes dans l’étreinte de l’amour de Dieu.
Dès lors, Paul nous aide à comprendre le lien très étroit entre la foi et l’espérance. En effet, il affirme qu’Abraham «espérant contre toute espérance, crut» (Rm 4, 18). Notre espérance ne tient pas sur des raisonnements, des prévisions et des assurances humaines; et elle se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, où il n’y a plus rien en quoi espérer, précisément comme ce fut le cas d’Abraham, face à sa mort imminente et à la stérilité de sa femme Sara. La fin s’approchait pour eux, ils ne pouvaient pas avoir d’enfants, et dans cette situation, Abraham crut et a eu de l’espérance contre toute espérance. Et cela est grand! La grande espérance s’enracine dans la foi, et précisément pour cela elle est capable d’aller au-delà de toute espérance. Oui, parce qu’elle ne se fonde pas sur notre parole, mais sur la Parole de Dieu. Dans ce sens également alors, nous sommes appelés à suivre l’exemple d’Abraham qui, même face à l’évidence d’une réalité qui semble vouée à la mort, se fie à Dieu, «certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l’accomplir» (Rm 4, 21). Je voudrais vous poser une question: nous, nous tous, sommes-nous convaincus de cela? Sommes-nous convaincus que Dieu nous aime et qu’il est disposé à accomplir tout ce qu’il a promis? Mais père, combien devons-nous payer pour cela? Il y a un seul prix: «ouvrir notre cœur». Ouvrez vos cœurs et cette force de Dieu vous portera de l’avant, fera des choses miraculeuses et vous enseignera ce qu’est l’espérance. Le seul prix est celui-ci: ouvrir notre cœur à la foi et Il fera le reste.
Cela est le paradoxe et dans le même temps l’élément le plus fort, le plus élevé de notre espérance! Une espérance fondée sur une promesse qui, du point de vue humain, semble incertaine et imprévisible, mais qui ne faillit pas, même face à la mort, quand c’est le Dieu de la résurrection et de la vie qui promet. Celui qui le promet n’est pas n’importe qui! Celui qui promet est le Dieu de la Résurrection et de la vie.
Chers frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de rester bien ancrés non pas tant sur nos sécurités, sur nos capacités, mais sur l’espérance qui jaillit de la promesse de Dieu, comme de véritables fils d’Abraham. Quand Dieu promet, il accomplit ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole. Notre vie assumera alors une lumière nouvelle, dans la conscience que Celui qui a ressuscité son Fils nous ressuscitera aussi et fera de nous véritablement un avec Lui, avec tous nos frères dans la foi. Nous croyons tous. Aujourd’hui nous sommes tous sur la place, nous louons le Seigneur, nous chanterons le Notre Père, puis nous recevrons la bénédiction… Mais cela passe. Mais cela est également une promesse d’espérance. Si nous avons aujourd’hui le cœur ouvert, je vous assure que nous nous rencontrerons tous sur la place du Ciel qui dure pour toujours. Voilà la promesse de Dieu et cela est notre espérance, si nous ouvrons nos cœurs. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes venus de France ainsi que l’Association des Paralysés de France et la Communauté de la Source.
Alors que nous nous préparons à célébrer la mort et la résurrection de Jésus, ayons toujours la ferme espérance de ressusciter un jour avec lui. Que cette espérance nous donne la force de persévérer sur le chemin de notre vie.

Que Dieu vous bénisse.

PAPE FRANÇOIS – L’ESPÉRANCE CHRÉTIENNE (CF. 4,16 À 25)

5 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170329_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – L’ESPÉRANCE CHRÉTIENNE (CF. 4,16 À 25)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 29 mars 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le passage de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d’écouter nous fait un grand don. En effet, nous sommes habitués à reconnaître en Abraham notre père dans la foi; aujourd’hui, l’apôtre nous fait comprendre qu’Abraham est pour nous père dans l’espérance; pas seulement père de la foi, mais père dans l’espérance. Et cela parce que dans sa vie, nous pouvons saisir une annonce de la Résurrection, de la vie nouvelle qui vainc le mal et la mort elle-même.
Dans le texte, on dit qu’Abraham crut dans le Dieu «qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence» (Rm 4, 17); puis il précise: «C’est d’une foi sans défaillance qu’il considéra son corps déjà mort et le sein de Sara, mort également» (Rm 4, 19). Telle est l’expérience que nous sommes appelés à vivre nous aussi. Le Dieu qui se révèle à Abraham est le Dieu qui sauve, le Dieu qui fait sortir du désespoir et de la mort, le Dieu qui appelle à la vie. Dans l’existence d’Abraham, tout devient un hymne au Dieu qui libère et régénère, tout devient prophétie. Et cela le devient pour nous qui reconnaissons et célébrons à présent l’accomplissement de tout cela dans le mystère de la Pâque. En effet, Dieu «ressuscita d’entre les morts Jésus» (Rm 4, 24), afin que nous aussi, nous puissions passer en Lui de la mort à la vie. Et alors Abraham peut véritablement se dire «père d’une multitude de peuples», dans la mesure où il resplendit comme annonce d’une humanité nouvelle — nous! — rachetée par le Christ du péché et de la mort et introduite une fois pour toutes dans l’étreinte de l’amour de Dieu.
Dès lors, Paul nous aide à comprendre le lien très étroit entre la foi et l’espérance. En effet, il affirme qu’Abraham «espérant contre toute espérance, crut» (Rm 4, 18). Notre espérance ne tient pas sur des raisonnements, des prévisions et des assurances humaines; et elle se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, où il n’y a plus rien en quoi espérer, précisément comme ce fut le cas d’Abraham, face à sa mort imminente et à la stérilité de sa femme Sara. La fin s’approchait pour eux, ils ne pouvaient pas avoir d’enfants, et dans cette situation, Abraham crut et a eu de l’espérance contre toute espérance. Et cela est grand! La grande espérance s’enracine dans la foi, et précisément pour cela elle est capable d’aller au-delà de toute espérance. Oui, parce qu’elle ne se fonde pas sur notre parole, mais sur la Parole de Dieu. Dans ce sens également alors, nous sommes appelés à suivre l’exemple d’Abraham qui, même face à l’évidence d’une réalité qui semble vouée à la mort, se fie à Dieu, «certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l’accomplir» (Rm 4, 21). Je voudrais vous poser une question: nous, nous tous, sommes-nous convaincus de cela? Sommes-nous convaincus que Dieu nous aime et qu’il est disposé à accomplir tout ce qu’il a promis? Mais père, combien devons-nous payer pour cela? Il y a un seul prix: «ouvrir notre cœur». Ouvrez vos cœurs et cette force de Dieu vous portera de l’avant, fera des choses miraculeuses et vous enseignera ce qu’est l’espérance. Le seul prix est celui-ci: ouvrir notre cœur à la foi et Il fera le reste.
Cela est le paradoxe et dans le même temps l’élément le plus fort, le plus élevé de notre espérance! Une espérance fondée sur une promesse qui, du point de vue humain, semble incertaine et imprévisible, mais qui ne faillit pas, même face à la mort, quand c’est le Dieu de la résurrection et de la vie qui promet. Celui qui le promet n’est pas n’importe qui! Celui qui promet est le Dieu de la Résurrection et de la vie.
Chers frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de rester bien ancrés non pas tant sur nos sécurités, sur nos capacités, mais sur l’espérance qui jaillit de la promesse de Dieu, comme de véritables fils d’Abraham. Quand Dieu promet, il accomplit ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole. Notre vie assumera alors une lumière nouvelle, dans la conscience que Celui qui a ressuscité son Fils nous ressuscitera aussi et fera de nous véritablement un avec Lui, avec tous nos frères dans la foi. Nous croyons tous. Aujourd’hui nous sommes tous sur la place, nous louons le Seigneur, nous chanterons le Notre Père, puis nous recevrons la bénédiction… Mais cela passe. Mais cela est également une promesse d’espérance. Si nous avons aujourd’hui le cœur ouvert, je vous assure que nous nous rencontrerons tous sur la place du Ciel qui dure pour toujours. Voilà la promesse de Dieu et cela est notre espérance, si nous ouvrons nos cœurs. Merci.

PAPE FRANÇOIS – 11. L’ESPÉRANCE NE DÉÇOIT PAS (CF. RM 5,1-5)

22 février, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170215_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – 11. L’ESPÉRANCE NE DÉÇOIT PAS (CF. RM 5,1-5)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 15 février 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dès notre enfance, on nous enseigne qu’il n’est pas beau de se vanter. Dans ma terre, on appelle ceux qui se vantent des «paons». Et c’est juste, parce que se vanter de ce que l’on est ou de ce que l’on a, dénote, outre un certain orgueil, également un manque de respect à l’égard des autres, en particulier à l’égard de ceux qui ont moins de chance que nous. Mais dans ce passage de la lettre aux Romains, l’apôtre Paul nous surprend, car il nous invite au moins à deux reprises à nous vanter. De quoi alors est-il juste de se vanter? Parce que si lui exhorte à se vanter, alors c’est qu’il existe quelque chose dont il est juste de se vanter. Et comment peut-on faire cela, sans offenser les autres, sans exclure personne?
Dans le premier cas, nous sommes invités à nous enorgueillir de l’abondance de la grâce dont nous sommes comblés en Jésus Christ, au moyen de la foi. Paul veut nous faire comprendre que, si nous apprenons à lire chaque chose à la lumière de l’Esprit Saint, nous nous apercevons que tout est grâce! Tout est don! Si nous faisons attention, en effet, à agir — dans l’histoire comme dans notre vie — ce n’est pas seulement nous, mais c’est avant tout Dieu. C’est Lui le protagoniste absolu, qui crée toute chose comme un don d’amour, qui tisse la trame de son dessein de salut et qui le porte à son accomplissement pour nous, à travers son Fils Jésus. Il nous est demandé de reconnaître tout cela, de l’accueillir avec gratitude et d’en faire un motif de louange, de bénédiction et de grande joie. Si nous faisons cela, nous sommes en paix avec Dieu et nous faisons l’expérience de la liberté. Et cette paix s’étend ensuite à tous les domaines et à toutes les relations de notre vie: nous sommes en paix avec nous-mêmes, nous sommes en paix en famille, dans notre communauté, au travail et avec les personnes que nous rencontrons chaque jour sur notre chemin.
Paul, toutefois, nous exhorte à nous enorgueillir également dans les épreuves. Cela n’est pas facile à comprendre. Cela nous apparaît plus difficile et il peut sembler que cela n’a rien à voir avec la condition de paix que l’on vient de décrire. Cela en constitue en revanche le présupposé le plus authentique, le plus vrai. En effet, la paix que nous offre et nous garantit le Seigneur ne doit pas être entendue comme l’absence de préoccupations, de déceptions, de manquements, de motifs de souffrance. S’il en était ainsi, dans le cas où nous réussissions à être en paix, ce moment finirait bientôt et nous tomberions inévitablement dans le désespoir. La paix qui jaillit de la foi est au contraire un don: c’est la grâce de faire l’expérience que Dieu nous aime et est toujours proche de nous, ne nous laisse pas seuls ne serait-ce qu’un instant de notre vie. Et cela, comme l’affirme l’apôtre, engendre la patience, parce que nous savons que, même dans les moments les plus difficiles et bouleversants, la miséricorde et la bonté du Seigneur sont plus grandes que toute chose et rien ne nous arrachera de ses mains et de la communion avec Lui.
Voilà donc pourquoi l’espérance chrétienne est solide, voilà pourquoi elle ne déçoit pas. Elle ne déçoit jamais. L’espérance ne déçoit pas! Elle n’est pas fondée sur ce que nous pouvons faire ou être, ni sur ce en quoi nous pouvons croire. Son fondement, c’est-à-dire le fondement de l’espérance chrétienne, est ce qu’il peut y avoir de plus fidèle et de plus sûr, c’est-à-dire l’amour que Dieu lui-même nourrit pour chacun de nous. Il est facile de dire: Dieu nous aime. Nous le disons tous. Mais pensez un peu: chacun de nous est-il capable de dire: je suis sûr que Dieu m’aime? Il n’est pas si facile de le dire. Mais cela est vrai. C’est un bon exercice, que de se dire à soi-même: Dieu m’aime. C’est la racine de notre sécurité, la racine de l’espérance. Et le Seigneur a déversé avec abondance dans nos cœurs l’Esprit — qui est l’amour de Dieu — comme artisan, comme garant, précisément afin de pouvoir alimenter en nous la foi et maintenir vivante cette espérance. Et cette sécurité: Dieu m’aime. «Mais en ce moment difficile?» — Dieu m’aime. «Et moi, qui ai fait cette chose laide et mauvaise?» — Dieu m’aime. Personne ne peut nous ôter cette sécurité. Et nous devons le répéter comme une prière: Dieu m’aime. Je suis sûr que Dieu m’aime. Je suis sûr que Dieu m’aime.
A présent, nous comprenons pourquoi l’apôtre Paul nous exhorte à nous vanter toujours de tout cela. Je me vante de l’amour de Dieu parce qu’il m’aime. L’espérance qui nous a été donnée ne nous sépare pas des autres, et ne nous conduit pas non plus à les discréditer ou à les marginaliser. Il s’agit en revanche d’un don extraordinaire, dont nous sommes appelés à devenir les «canaux», avec humilité et simplicité, pour tous. Et alors, notre gloire la plus grande sera d’avoir comme Père un Dieu qui ne fait pas de préférences, qui n’exclut personne, mais qui ouvre sa maison à tous les êtres humains, à partir des derniers et de ceux qui sont loin, afin que, en tant que ses fils, nous apprenions à nous réconforter et à nous soutenir les uns les autres. Et n’oubliez pas: l’espérance ne déçoit pas.
Je suis heureux de saluer les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes et les paroisses venant de France et de Suisse. Que l’Esprit Saint ouvre nos cœurs à l’amour dont Dieu nous a comblés pour que nous devenions en Jésus-Christ les témoins de l’espérance auprès de tous, en particulier des petits et des pauvres. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – [L'espérance chrétienne - source de réconfort mutuel et la paix (1 Thes 5,12 à 22)]

15 février, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170208_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – [L'espérance chrétienne - source de réconfort mutuel et la paix (1 Thes 5,12 à 22)]

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 8 février 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Mercredi dernier, nous avons vue que saint Paul, dans la première Lettre aux Thessaloniciens, exhorte à rester enracinés dans l’espérance de la résurrection (cf. 5, 4-11), avec cette belle parole «nous serons avec le Seigneur toujours» (4, 17). Dans le même contexte, l’apôtre montre que l’espérance chrétienne ne possède pas seulement un souffle personnel, individuel, mais communautaire, ecclésial. Nous espérons tous; nous avons tous l’espérance, également de manière communautaire.

C’est pourquoi le regard de Paul s’élargit immédiatement à tous les groupes qui composent la communauté chrétienne, en leur demandant de prier les uns pour les autres et de se soutenir réciproquement. Nous aider réciproquement. Mais pas seulement nous aider dans le besoin, dans les nombreux besoins de la vie quotidienne, mais nous aider dans l’espérance, nous soutenir dans l’espérance. Et ce n’est pas un hasard s’il commence précisément en faisant référence à ceux à qui est confiée la responsabilité et la direction pastorale. Ils sont les premiers à être appelés à nourrir l’espérance, et cela non parce qu’ils sont meilleurs que les autres, mais en vertu d’un ministère divin qui va bien au-delà de leurs forces. C’est pour cette raison qu’ils ont plus que jamais besoin du respect, de la compréhension et du soutien bienveillant de tout le monde.
L’attention se porte ensuite sur nos frères qui risquent davantage de perdre l’espérance, de tomber dans le désespoir. Nous venons toujours à connaissance de gens qui tombent dans le désespoir et font de mauvaises choses… Le désespoir les conduit à tant de mauvaises choses. La référence concerne celui qui est découragé, qui est faible, qui se sent écrasé par le poids de la vie et de ses propres fautes et ne réussit pas à se relever. Dans ces cas, la proximité et la chaleur de toute l’Eglise doivent se faire encore plus intenses et aimantes, et doivent prendre la forme exquise de la compassion, qui n’est pas avoir pitié: la compassion signifie pâtir avec l’autre, souffrir avec l’autre, m’approcher de celui qui souffre; un mot, une caresse, mais qui doivent venir du cœur; cela est la compassion. Pour celui qui a besoin de réconfort et de consolation. Cela est extrêmement important: l’espérance chrétienne ne peut se passer de la charité authentique et concrète. L’apôtre des nations lui-même, dans sa lettre aux Romains, affirme avec le cœur sur la main: «C’est un devoir pour nous, les forts — qui avons la foi, l’espérance, ou qui n’avons pas tant de difficultés —, de porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous plaît» (15, 1). Porter, porter les faiblesses des autres. Ensuite, ce témoignage ne reste pas enfermé dans les limites de la communauté chrétienne: il retentit dans toute sa vigueur également en dehors, dans le contexte social et civil, comme un appel à ne pas créer des murs mais des ponts, à ne pas rendre le mal pour le mal, à vaincre le mal par le bien, l’offense par le pardon — le chrétien ne peut jamais dire: tu me le paieras!, jamais; cela n’est pas un geste chrétien; l’offense est vaincue par le pardon —, à vivre en paix avec tous. Voilà ce qu’est l’Eglise! Et c’est ce que réalise l’espérance chrétienne, quand elle prend les traits forts et dans le même temps tendres de l’amour. L’amour est fort et tendre. C’est beau.
On comprend alors que l’on n’apprend pas à espérer seuls. Personne n’apprend à espérer seul. Cela n’est pas possible. L’espérance, pour se nourrir, a nécessairement besoin d’un «corps», dans lequel les divers membres se soutiennent et se ravivent réciproquement. Cela veut alors dire que, si nous espérons, c’est parce que beaucoup de nos frères et sœurs nous ont enseigné à espérer et ont gardé notre espérance vivante. Et parmi eux se distinguent les petits, les pauvres, les simples, les exclus. En effet, celui qui s’enferme dans son bien-être ne connaît pas l’espérance: il espère seulement dans son bien-être et cela n’est pas l’espérance: c’est une sécurité relative; celui qui s’enferme dans sa propre satisfaction, qui se sent toujours comme il faut, ne connaît pas l’espérance… Ceux qui espèrent sont en revanche ceux qui font chaque jour l’expérience de l’épreuve, de la précarité et de leurs propres limites. Ce sont ces frères qui nous donnent le plus beau témoignage, le plus fort, parce qu’ils demeurent fermes dans la confiance au Seigneur, en sachant que, au-delà de la tristesse, de l’oppression et du caractère inéluctable de la mort, la dernière parole sera la sienne, et ce sera une parole de miséricorde, de vie et de paix. Celui qui espère, espère entendre dire un jour ce mot: «Viens, viens à moi, mon frère; viens, viens à moi, ma sœur, pour toute l’éternité».
Chers amis, si — comme nous l’avons dit — la demeure naturelle de l’espérance est un «corps» solidaire, dans le cas de l’espérance chrétienne ce corps est l’Eglise, alors que le souffle vital, l’âme de cette espérance est l’Esprit Saint. Sans l’Esprit Saint on ne peut pas avoir d’espérance. Voilà alors pourquoi l’apôtre Paul nous invite à la fin à l’invoquer sans cesse. S’il n’est pas facile de croire, cela l’est encore moins d’espérer. Il est plus difficile d’espérer que de croire, cela est plus difficile. Mais quand l’Esprit Saint habite dans nos cœurs, c’est Lui qui nous fait comprendre que nous ne devons pas craindre, que le Seigneur est proche et qu’il prend soin de nous; et c’est Lui qui modèle nos communautés, dans une Pentecôte éternelle, comme signes vivants d’espérance pour la famille humaine. Merci.

 

BENOÎT XVI – LA PRÉSENCE DE L’ESPRIT DANS NOS COEURS DANS LES LETTRES DE SAINT PAUL (2006)

28 décembre, 2016

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20061115.html

BENOÎT XVI – LA PRÉSENCE DE L’ESPRIT DANS NOS COEURS DANS LES LETTRES DE SAINT PAUL (2006)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 15 novembre 2006

Chers frères et soeurs,

Aujourd’hui aussi, comme déjà dans les deux catéchèses précédentes, nous revenons à saint Paul et à sa pensée. Nous nous trouvons devant un géant non seulement du point de vue de l’apostolat concret, mais également de celui de la doctrine théologique, extraordinairement profonde et stimulante. Après avoir médité la dernière fois sur ce que Paul a écrit à propos de la place centrale que Jésus Christ occupe dans notre vie de foi, nous examinons aujourd’hui ce qu’il dit sur l’Esprit Saint et sur sa présence en nous, car ici aussi, l’Apôtre a quelque chose d’une grande importance à nous enseigner.
Nous connaissons ce que saint Luc nous dit de l’Esprit Saint dans les Actes des Apôtres, en décrivant l’événement de la Pentecôte. L’Esprit de Pentecôte apporte avec lui une impulsion vigoureuse à assumer l’engagement de la mission pour témoigner de l’Evangile sur les routes du monde. De fait, le Livre des Actes rapporte toute une série de missions accomplies par les Apôtres, tout d’abord en Samarie, puis sur la bande côtière de la Palestine, et enfin vers la Syrie. Ce sont surtout les trois grands voyages missionnaires accomplis par Paul qui sont rapportés, comme je l’ai déjà rappelé dans une précédente rencontre du mercredi. Cependant, dans ses Lettres, saint Paul nous parle de l’Esprit d’un autre point de vue également. Il n’illustre pas uniquement la dimension dynamique et active de la troisième Personne de la Très Sainte Trinité, mais il en analyse également la présence dans la vie du chrétien, dont l’identité en reste marquée. En d’autres termes, Paul réfléchit sur l’Esprit en exposant son influence non seulement sur l’agir du chrétien, mais également sur son être. En effet, c’est lui qui dit que l’Esprit de Dieu habite en nous (cf. Rm 8, 9; 1 Co 3, 16) et que « envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos coeurs » (Ga 4, 6). Pour Paul donc, l’Esprit nous modèle jusque dans nos profondeurs personnelles les plus intimes. A ce propos, voilà quelques-unes de ses paroles d’une importance significative: « En me faisant passer sous sa loi, l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus m’a libéré, moi qui étais sous la loi du péché et de la mort… L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur; c’est un Esprit qui fait de vous des fils; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant: « Abba! »" (Rm 8, 2.15). On voit donc bien que le chrétien, avant même d’agir, possède déjà une intériorité riche et féconde, qui lui a été donnée dans le Sacrement du Baptême et de la Confirmation, une intériorité qui l’établit dans une relation de filiation objective et originale à l’égard de Dieu. Voilà notre grande dignité: celle de ne pas être seulement des images, mais des fils de Dieu. Et cela est une invitation à vivre notre filiation, à être toujours plus conscients que nous sommes des fils adoptifs dans la grande famille de Dieu. Il s’agit d’une invitation à transformer ce don objectif en une réalité subjective, déterminante pour notre penser, pour notre agir, pour notre être. Dieu nous considère comme ses fils, nous ayant élevés à une dignité semblable, bien que n’étant pas égale, à celle de Jésus lui-même, l’unique véritable Fils au sens plein. En lui nous est donnée, ou restituée, la condition filiale et la liberté confiante en relation au Père.
Nous découvrons ainsi que pour le chrétien, l’Esprit n’est plus seulement l’ »Esprit de Dieu », comme on le dit normalement dans l’Ancien Testament et comme l’on continue à répéter dans le langage chrétien (cf. Gn 41, 38; Ex 31, 3; 1 Co 2, 11.12; Ph 3, 3; etc.). Et ce n’est pas non plus un « Esprit Saint » au sens large, selon la façon de s’exprimer de l’Ancien Testament (cf. Is 63, 10.11; Ps 51, 13), et du Judaïsme lui-même dans ses écrits (Qumràn, rabbinisme). En effet, à la spécificité de la foi chrétienne appartient la confession d’un partage original de cet Esprit de la part du Seigneur ressuscité, qui est devenu Lui-même « l’être spirituel qui donne la vie » (1 Co 15, 45). C’est précisément pour cela que saint Paul parle directement de l’ »Esprit du Christ » (Rm 8, 9), de l’ »Esprit de Fils » (Ga 4, 6) ou de l’ »Esprit de Jésus Christ » (Ph 1, 19). C’est comme s’il voulait dire que non seulement Dieu le Père est visible dans le Fils (cf. Jn 14, 9), mais que l’Esprit de Dieu s’exprime aussi dans la vie et dans l’action du Seigneur crucifié et ressuscité!
Paul nous enseigne également une autre chose importante: il dit qu’il n’existe pas de véritable prière sans la présence de l’Esprit en nous. Il écrit en effet: « Bien plus, l’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu, qui voit le fond des coeurs, connaît les intentions de l’Esprit: il sait qu’en intervenant pour les fidèles, l’Esprit veut ce que Dieu veut » (Rm 8, 26-27). C’est comme dire que l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’Esprit du Père et du Fils, est désormais comme l’âme de notre âme, la partie la plus secrète de notre être, d’où s’élève incessamment vers Dieu un mouvement de prière, dont nous ne pouvons pas même préciser les termes. En effet, l’Esprit, toujours éveillé en nous, supplée à nos carences et il offre au Père notre adoration, avec nos aspirations les plus profondes. Cela demande naturellement un niveau de grande communion vitale avec l’Esprit. C’est une invitation à être toujours plus sensibles, plus attentifs à cette présence de l’Esprit en nous, à la transformer en prière, à ressentir cette présence et à apprendre ainsi à prier, à parler avec le Père en tant que fils dans l’Esprit Saint.
Il existe également un autre aspect typique de l’Esprit que nous enseigne saint Paul: il s’agit de son lien avec l’amour. En effet, l’Apôtre écrit: « Et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Dans ma Lettre encyclique « Deus caritas est », je citais une phrase très éloquente de saint Augustin: « Tu vois la Trinité quand tu vois la charité » (n. 19), et je poursuivais en expliquant: « En effet, l’Esprit est la puissance intérieure qui met leur coeur [des croyants] au diapason du coeur du Christ, et qui les pousse à aimer leurs frères comme Lui les a aimés » (ibid.). L’Esprit nous introduit dans le rythme même de la vie divine, qui est vie d’amour, en nous faisant personnellement participer aux relations qui existent entre le Père et le Fils. Il n’est pas sans signification que Paul, lorsqu’il énumère les divers fruits de l’Esprit, place l’amour à la première place: « Mais voici ce que produit l’Esprit: amour, joie, paix, etc. » (Ga 5, 22). Et puisque, par définition, l’amour unit, cela signifie tout d’abord que l’Esprit est Créateur de communion au sein de la communauté chrétienne, comme nous le disons au début de la Messe selon une expression paulinienne: « Que la communion de l’Esprit Saint [c'est-à-dire celle qu'Il opère] soit avec vous tous » (2 Co 13, 13). D’autre part, cependant, il est également vrai que l’Esprit nous incite à nouer des relations de charité avec tous les hommes. C’est pourquoi, lorsque nous aimons, nous donnons de l’espace à l’Esprit, nous lui permettons de s’exprimer en plénitude. On comprend ainsi pourquoi Paul rapproche dans la même page de la Lettre aux Romains les deux exhortations: « Laissez jaillir l’Esprit » et « Ne rendez à personne le mal pour le mal » (Rm 12, 11.17).
Enfin, l’Esprit constitue selon saint Paul des arrhes généreuses qui nous ont été données par Dieu lui-même, comme avance et comme garantie de notre héritage futur (cf. 2 Co 1, 22; 5, 5; Ep 1, 13-14). Nous apprenons ainsi de Paul que l’action de l’Esprit oriente notre vie vers les grandes valeurs de l’amour, de la joie, de la communion et de l’espérance. C’est à nous qu’il revient d’en faire chaque jour l’expérience, en suivant les suggestions intérieures de l’Esprit, aidés dans notre discernement par la direction éclairante de l’Apôtre.

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