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MÉDITATION DU VENDREDI SAINT (2014)

29 mars, 2018

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Église orthodoxe-grecque du Saint-Sépulcre, Jérusalem

MÉDITATION DU VENDREDI SAINT (2014)

« L’âme de Jésus avait une soif aussi ardente des âmes, que son corps de l’eau du puits. Sa pensée s’étendait sur tous les siècles à venir, et il désirait avec ardeur multiplier la multitude des âmes rachetées. Hélas ! nous pouvons mesurer approximativement le tourment de la soif physique ; mais nous n’avons pas même une ombre qui puisse nous donner une idée de la réalité du tourment qu’endurait son âme. Si l’amour du Créateur pour les créatures qu’il a tirées du néant ne ressemble à aucun amour des anges ni des hommes, si l’espèce en est unique, si le degré en dépasse la portée de notre intelligence, ainsi en est-il de l’amour spirituel pour les âmes que renferme l’âme du Sauveur du monde. L’amour sauveur reste sans terme de comparaison, comme l’amour créateur. [...] Le tourment de cette soif était incomparablement bien plus cruel que celui de l’autre soif. Marie le vit, et cette vue même la transporta aussitôt, pour ainsi dire, dans un monde nouveau et inconnu de douleurs. Elle vit que cette seconde soif serait presque aussi peu satisfaite que l’autre. Elle vit comment, à ce moment, Jésus contemplait dans son âme la procession sans fin des hommes qui s’avançaient chaque jour, sans interruption, d’une aurore à l’autre, en portant avec eux dans l’enfer le caractère du baptême et le sceau du précieux sang de leur Rédempteur. Voyez ! maintenant même, alors que le Sauveur est mourant de soif, le larron impénitent ne veut pas lui donner à boire son âme souillée ! Ainsi allait-il en être à jamais. Marie voyait tout cela. [...] Comme lui elle avait soif des âmes, et son cœur défaillait en voyant que la soif de Jésus ne serait pas étanchée. Ô malheureux enfants que nous sommes ! Combien de nos âmes n’avons-nous pas tenues éloignées, qui ce jour-là auraient consolé la Mère et le Fils ! »

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Tableau de Pierre Paul Rubens (Source)

« Il ne faut pas que nous quittions la croix. Nous ne devons pas descendre du Calvaire avant d’être crucifiés, et que la croix et nous soyons devenus inséparables. Mais le Calvaire est le grand théâtre de l’impatience humaine. Beaucoup ont le courage de gravir la colline, portant bravement leur croix sur leurs épaules. Mais, quand ils arrivent au sommet, ils posent leur croix à terre et descendent dans la cité pour prendre part au reste de la fête avec le peuple. Quelques-uns se laissent dépouiller, mais ils se retirent alors, refusant de se laisser attacher à la croix. D’autres y sont cloués, mais se détachent avant l’élévation de la croix. Quelques-uns supportent le choc de l’élévation, puis descendent de la croix avant que les trois heures soient passées ; ceux-ci dès la première heure, ceux-là dans la seconde, d’autres, hélas ! au moment même où la troisième heure est près de sa fin. Hélas ! le monde est plein des déserteurs du Calvaire, et il en est tellement plein que la grâce prudente ou dédaigneuse semble peu s’inquiéter de les arrêter. Car la grâce ne crucifie nul homme malgré lui ; elle laisse ce travail au monde et il le fait traîtreusement ou tyranniquement. [...] Nous voulons bien que notre sanctification ressemble à une opération douloureuse, mais nous désirons que cette opération soit de courte durée ; nous ne pouvons attendre, si elle vient sous la forme d’une guérison graduelle… [...]

C’est seulement à l’aide de la grâce du silence que les saints portent de si lourdes croix. Une croix pour laquelle nous avons reçu de la sympathie, est bien plus lourde qu’elle ne l’était auparavant, ou il peut arriver que la sympathie nous ait énervés de telle sorte que le poids semble plus grand et la plaie plus douloureuse sur nos épaules. Le silence est l’atmosphère propre de la croix, comme le secret natal. Les meilleures croix sont secrètes, et nous pouvons être silencieux sous celles qui ne sont pas secrètes. Le silence crée réellement pour nous une sorte de secret, même en public. Car du moins nous pouvons cacher combien nous souffrons, si nous ne pouvons cacher tout à fait que nous souffrons. [...] D’une manière ou d’une autre, la sympathie humaine profane les opérations de la grâce. Elle mêle un élément avilissant à ce qui est divin : le Saint-Esprit s’en éloigne parce que c’est une chose qui « venant de la terre, est tout terrestre. » Le consolateur ne donne ses meilleures consolations qu’aux cœurs inconsolables… »

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« Mais il y a une vraie consolation, profondément cachée, il est vrai, et cependant à notre portée, dans ce renoncement à toute consolation humaine. C’est dans les ténèbres de la nature que nous trouvons réellement le voisinage de Jésus. C’est lorsque les créatures sont absentes que nous sommes soutenus dans l’embrassement sensible du Créateur. Les créatures apportent l’obscurité avec elles, partout où elles s’introduisent. Elles nous gênent toujours, interceptent les grâces, cachent Dieu, nous privent des consolations spirituelles, nous rendent languissants et irritables. Elles remplissent tellement nos sens extérieurs, que les sens intérieurs de nos âmes sont incapables d’agir. Nous désirons souvent que notre vie soit plus divine. Mais elle l’est en réalité plus que nous ne le croyons. C’est la douleur qui nous révèle cela… [...] Nous sommes avec Dieu, notre Créateur, notre Sauveur. il est tout à nous ; il est tel que nous l’a fait l’éloignement des créatures. Il était toujours là, toujours le même dans nos âmes ; seulement il était éclipsé par le faux éclat des créatures. Il paraît enfin dans la nuit comme les étoiles. La lune blanche du midi ne nous séduit pas par sa beauté, c’est seulement dans la nuit qu’elle nous charme. De même c’est l’obscurité d’un Calvaire spirituel qui répand sur nos âmes la douce clarté de notre admirable Sauveur. »

R.P. F.W. Faber (1814-1863), Le pied de la Croix ou les douleurs de Marie (ch. VI), Quatrième édition, Paris, Ambroise Bray, 1862.