Archive pour la catégorie 'Ancien Testament'

BENOÎT XVI – PSAUME 3

14 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110907.html

BENOÎT XVI – PSAUME 3

AUDIENCE GÉNÉRALE -

Place Saint-Pierre

Mercredi 7 septembre 2011

Chers frères et sœurs,

Nous reprenons aujourd’hui les audiences place Saint-Pierre et, à l’«école de la prière» que nous vivons ensemble en ces catéchèses du mercredi, je voudrais commencer à méditer sur certains psaumes qui, comme je le disais au mois de juin dernier, forment le «livre de prière» par excellence. Le premier Psaume sur lequel je m’arrête est un Psaume de lamentation et de supplication empreint d’une profonde confiance, dans lequel la certitude de la présence de Dieu fonde la prière qui jaillit d’une situation de difficulté extrême dans laquelle se trouve l’orant. Il s’agit du psaume 3, rapporté par la tradition juive à David au moment où il fuit son fils Absalom (cf. v. 1): il s’agit de l’un des épisodes les plus dramatiques et douloureux de la vie du roi, lorsque son fils usurpe son trône royal et le contraint à quitter Jérusalem pour sauver sa vie (cf. 2 S 15sq). La situation de danger et d’angoisse ressentie par David est donc l’arrière-plan de cette prière et aide à la comprendre, en se présentant comme la situation typique dans laquelle un tel Psaume peut être récité. Dans le cri du Psalmiste, chaque homme peut reconnaître ces sentiments de douleur, d’amertume et dans le même temps de confiance en Dieu qui, selon le récit biblique, avaient accompagné la fuite de David de sa ville. Le Psaume commence par une invocation au Seigneur: «Seigneur, qu’ils sont nombreux mes oppresseurs, nombreux ceux qui se lèvent contre moi, nombreux ceux qui disent de mon âme: “Point de salut pour elle en son Dieu!”» (vv. 2-3). La description que fait l’orant de sa situation est donc marquée par des tons fortement dramatiques. Par trois fois, on répète l’idée de multitude — «nombreux» — qui, dans le texte original, est exprimée à travers la même racine hébraïque, de façon à souligner encore plus l’immensité du danger, de façon répétitive, presque martelante. Cette insistance sur le nombre et la multitude des ennemis sert à exprimer la perception, de la part du Psalmiste, de la disproportion absolue qui existe entre lui et ses persécuteurs, une disproportion qui justifie et fonde l’urgence de sa demande d’aide: les oppresseurs sont nombreux, ils prennent le dessus, tandis que l’orant est seul et sans défense, à la merci de ses agresseurs. Et pourtant, le premier mot que le Psalmiste prononce est: «Seigneur»; son cri commence par l’invocation à Dieu. Une multitude s’approche et s’insurge contre lui, engendrant une peur qu’amplifie la menace, la faisant apparaître encore plus grande et terrifiante; mais l’orant ne se laisse pas vaincre par cette vision de mort, il maintient fermement sa relation avec le Dieu de la vie et s’adresse tout d’abord à Lui pour rechercher de l’aide. Mais les ennemis tentent également de briser ce lien avec Dieu et de briser la foi de leur victime. Ils insinuent que le Seigneur ne peut intervenir, et affirment que pas même Dieu ne peut le sauver. L’agression n’est donc pas seulement physique, mais touche la dimension spirituelle: «Le Seigneur ne peut le sauver» — disent-ils, — le noyau central de l’âme du Psalmiste doit être frappé. C’est l’extrême tentation à laquelle le croyant est soumis, c’est la tentation de perdre la foi, la confiance dans la proximité de Dieu. Le juste surmonte la dernière épreuve, reste ferme dans la foi et dans la certitude de la vérité et dans la pleine confiance en Dieu, et précisément ainsi, trouve la vie et la vérité. Il me semble qu’ici, le Psaume nous touche très personnellement: dans de nombreux problèmes, nous sommes tentés de penser que sans doute, même Dieu ne me sauve pas, ne me connaît pas, n’en a peut-être pas la possibilité; la tentation contre la foi est l’ultime agression de l’ennemi, et c’est à cela que nous devons résister, ainsi nous trouvons Dieu et nous trouvons la vie. L’orant de notre Psaume est donc appelé à répondre par la foi aux attaques des impies: les ennemis — comme je l’ai dit — nient que Dieu puisse l’aider, et lui, en revanche, l’invoque, l’appelle par son nom, «Seigneur», et ensuite s’adresse à Lui en un tutoiement emphatique, qui exprime un rapport stable, solide, et qui contient en soi la certitude de la réponse divine: «Mais toi, Seigneur, mon bouclier, ma gloire tu tiens haute ma tête. A pleine voix je crie vers le Seigneur; il me répond de sa montagne sainte» (vv. 4-5). La vision des ennemis disparaît à présent, ils n’ont pas vaincu car celui qui croit en Dieu est sûr que Dieu est son ami: il reste seulement le «Tu» de Dieu; aux «nombreux» s’oppose à présent une seule personne, mais beaucoup plus grande et puissante que beaucoup d’adversaires. Le Seigneur est aide, défense, salut; comme un bouclier, il protège celui qui se confie à Lui, et il lui fait relever la tête, dans le geste de triomphe et de victoire. L’homme n’est plus seul, ses ennemis ne sont pas imbattables comme ils semblaient, car le Seigneur écoute le cri de l’opprimé et répond du lieu de sa présence, de sa montagne sainte. L’homme crie, dans l’angoisse, dans le danger, dans la douleur; l’homme demande de l’aide, et Dieu répond. Ce mélange du cri humain et de la réponse divine est la dialectique de la prière et la clef de lecture de toute l’histoire du salut. Le cri exprime le besoin d’aide et fait appel à la fidélité de l’autre; crier signifie poser un geste de foi dans la proximité et dans la disponibilité à l’écoute de Dieu. La prière exprime la certitude d’une présence divine déjà éprouvée et à laquelle on croit, qui dans la réponse salvifique de Dieu se manifeste en plénitude. Cela est important: que dans notre prière soit importante, présente, la certitude de la présence de Dieu. Ainsi, le Psalmiste, qui se sent assiégé par la mort, confesse sa foi dans le Dieu de la vie qui, comme un bouclier, l’enveloppe d’une protection invulnérable; celui qui pensait être désormais perdu peut relever la tête, car le Seigneur le sauve; l’orant, menacé et raillé, est dans la gloire, car Dieu est sa gloire. La réponse divine qui accueille la prière donne au Psalmiste une sécurité totale; la peur aussi est finie, et le cri s’apaise dans la paix, dans une profonde tranquillité intérieure: «Et moi, je me couche et je dors; je m’éveille: le Seigneur est mon soutien. Je ne crains pas ce peuple nombreux qui me cerne et s’avance contre moi» (vv. 6-7). L’orant, bien qu’au milieu du danger et de la bataille, peut s’endormir tranquille, dans une attitude sans équivoque d’abandon confiant. Autour de lui, ses adversaires montent leurs campements, l’assiègent, ils sont nombreux, ils se dressent contre lui, se moquent de lui et tentent de le faire tomber, mais lui en revanche se couche et dort tranquille et serein, certain de la présence de Dieu. Et à son réveil, il trouve encore Dieu à côté de lui, comme un gardien qui ne dort pas (cf. Ps 121, 3-4), qui le soutient, le tient par la main, ne l’abandonne jamais. La peur de la mort est vaincue par la présence de Celui qui ne meurt pas. Et précisément la nuit, peuplée de craintes ataviques, la nuit douloureuse de la solitude et de l’attente angoissée, se transforme à présent: ce qui évoque la mort devient présence de l’Eternel. A l’aspect visible de l’assaut ennemi, massif, imposant, s’oppose l’invisible présence de Dieu, avec toute son invincible puissance. Et c’est à Lui que de nouveau le Psalmiste, après ses expressions de confiance, adresse sa prière: «Lève-toi, Seigneur! Sauve-moi, mon Dieu!» (v. 8a). Les agresseurs «se levaient» (cf. v. 2) contre leur victime. En revanche, celui qui «se lèvera», c’est le Seigneur, et il les abattra. Dieu le sauvera, en répondant à son cri. C’est pourquoi le Psaume se conclut avec la vision de la libération du danger qui tue et de la tentation qui peut faire périr. Après la demande adressée au Seigneur de se lever pour le sauver, l’orant décrit la victoire divine: les ennemis qui, avec leur injuste et cruelle oppression, sont le symbole de tout ce qui s’oppose à Dieu et à son plan de salut, sont vaincus. Frappés à la bouche, ils ne pourront plus agresser avec leur violence destructrice et ils ne pourront plus insinuer le mal du doute dans la présence et dans l’action de Dieu: leur parole insensée et blasphème sera définitivement démentie et réduite au silence par l’intervention salvifique du Seigneur (cf. v. 8bc). Ainsi, le Psalmiste peut conclure sa prière avec une phrase aux connotations liturgiques qui célèbre, dans la gratitude et dans la louange, le Dieu de la vie: «Du Seigneur, le salut! Sur ton peuple, ta bénédiction!» (v. 9). Chers frères et sœurs, le Psaume 3 nous a présenté une supplique pleine de confiance et de réconfort. En priant ce Psaume, nous pouvons faire nôtres les sentiments du Psalmiste, figure du juste persécuté qui trouve en Jésus son accomplissement. Dans la douleur, dans le danger, dans l’amertume de l’incompréhension et de l’offense, les paroles du Psaume ouvrent notre cœur à la certitude réconfortante de la foi. Dieu est toujours proche — même dans les difficultés, dans les problèmes, dans les ténèbres de la vie — il écoute, il répond et il sauve à sa façon. Mais il faut savoir reconnaître sa présence et accepter ses voies, comme David dans sa fugue humiliante de son fils Absalom, comme le juste persécuté dans le Livre de la Sagesse et, en dernier et jusqu’au bout, comme le Seigneur Jésus sur le Golgotha. Et lorsque, aux yeux des impies, Dieu semble ne pas intervenir et que le Fils meurt, c’est précisément alors que se manifeste, pour tous les croyants, la vraie gloire et la réalisation définitive du salut. Que le Seigneur nous donne foi, qu’il vienne en aide à notre faiblesse et qu’il nous rende capable de croire et de prier à chaque angoisse, dans les nuits douloureuses du doute et dans les longs jours de douleur, en nous abandonnant avec confiance à Lui, qui est notre «bouclier» et notre «gloire». Merci.

BENOÎT XVI – PSAUM 3 : 3,8 LÈVE-TOI, SEIGNEUR ! SAUVE-MOI, MON DIEU ! (2011)

15 novembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/it/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110907.html

BENOÎT XVI – PSAUM 3 : 3,8 LÈVE-TOI, SEIGNEUR ! SAUVE-MOI, MON DIEU !

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 7 septembre 2011

Chers frères et sœurs,

Nous reprenons aujourd’hui les audiences place Saint-Pierre et, à l’«école de la prière» que nous vivons ensemble en ces catéchèses du mercredi, je voudrais commencer à méditer sur certains psaumes qui, comme je le disais au mois de juin dernier, forment le «livre de prière» par excellence. Le premier Psaume sur lequel je m’arrête est un Psaume de lamentation et de supplication empreint d’une profonde confiance, dans lequel la certitude de la présence de Dieu fonde la prière qui jaillit d’une situation de difficulté extrême dans laquelle se trouve l’orant. Il s’agit du psaume 3, rapporté par la tradition juive à David au moment où il fuit son fils Absalom (cf. v. 1): il s’agit de l’un des épisodes les plus dramatiques et douloureux de la vie du roi, lorsque son fils usurpe son trône royal et le contraint à quitter Jérusalem pour sauver sa vie (cf. 2 S 15sq). La situation de danger et d’angoisse ressentie par David est donc l’arrière-plan de cette prière et aide à la comprendre, en se présentant comme la situation typique dans laquelle un tel Psaume peut être récité. Dans le cri du Psalmiste, chaque homme peut reconnaître ces sentiments de douleur, d’amertume et dans le même temps de confiance en Dieu qui, selon le récit biblique, avaient accompagné la fuite de David de sa ville.
Le Psaume commence par une invocation au Seigneur: «Seigneur, qu’ils sont nombreux mes oppresseurs, nombreux ceux qui se lèvent contre moi, nombreux ceux qui disent de mon âme: “Point de salut pour elle en son Dieu!”» (vv. 2-3).
La description que fait l’orant de sa situation est donc marquée par des tons fortement dramatiques. Par trois fois, on répète l’idée de multitude — «nombreux» — qui, dans le texte original, est exprimée à travers la même racine hébraïque, de façon à souligner encore plus l’immensité du danger, de façon répétitive, presque martelante. Cette insistance sur le nombre et la multitude des ennemis sert à exprimer la perception, de la part du Psalmiste, de la disproportion absolue qui existe entre lui et ses persécuteurs, une disproportion qui justifie et fonde l’urgence de sa demande d’aide: les oppresseurs sont nombreux, ils prennent le dessus, tandis que l’orant est seul et sans défense, à la merci de ses agresseurs. Et pourtant, le premier mot que le Psalmiste prononce est: «Seigneur»; son cri commence par l’invocation à Dieu. Une multitude s’approche et s’insurge contre lui, engendrant une peur qu’amplifie la menace, la faisant apparaître encore plus grande et terrifiante; mais l’orant ne se laisse pas vaincre par cette vision de mort, il maintient fermement sa relation avec le Dieu de la vie et s’adresse tout d’abord à Lui pour rechercher de l’aide. Mais les ennemis tentent également de briser ce lien avec Dieu et de briser la foi de leur victime. Ils insinuent que le Seigneur ne peut intervenir, et affirment que pas même Dieu ne peut le sauver. L’agression n’est donc pas seulement physique, mais touche la dimension spirituelle: «Le Seigneur ne peut le sauver» — disent-ils, — le noyau central de l’âme du Psalmiste doit être frappé. C’est l’extrême tentation à laquelle le croyant est soumis, c’est la tentation de perdre la foi, la confiance dans la proximité de Dieu. Le juste surmonte la dernière épreuve, reste ferme dans la foi et dans la certitude de la vérité et dans la pleine confiance en Dieu, et précisément ainsi, trouve la vie et la vérité. Il me semble qu’ici, le Psaume nous touche très personnellement: dans de nombreux problèmes, nous sommes tentés de penser que sans doute, même Dieu ne me sauve pas, ne me connaît pas, n’en a peut-être pas la possibilité; la tentation contre la foi est l’ultime agression de l’ennemi, et c’est à cela que nous devons résister, ainsi nous trouvons Dieu et nous trouvons la vie.
L’orant de notre Psaume est donc appelé à répondre par la foi aux attaques des impies: les ennemis — comme je l’ai dit — nient que Dieu puisse l’aider, et lui, en revanche, l’invoque, l’appelle par son nom, «Seigneur», et ensuite s’adresse à Lui en un tutoiement emphatique, qui exprime un rapport stable, solide, et qui contient en soi la certitude de la réponse divine: «Mais toi, Seigneur, mon bouclier, ma gloire tu tiens haute ma tête. A pleine voix je crie vers le Seigneur; il me répond de sa montagne sainte» (vv. 4-5).
La vision des ennemis disparaît à présent, ils n’ont pas vaincu car celui qui croit en Dieu est sûr que Dieu est son ami: il reste seulement le «Tu» de Dieu; aux «nombreux» s’oppose à présent une seule personne, mais beaucoup plus grande et puissante que beaucoup d’adversaires. Le Seigneur est aide, défense, salut; comme un bouclier, il protège celui qui se confie à Lui, et il lui fait relever la tête, dans le geste de triomphe et de victoire. L’homme n’est plus seul, ses ennemis ne sont pas imbattables comme ils semblaient, car le Seigneur écoute le cri de l’opprimé et répond du lieu de sa présence, de sa montagne sainte. L’homme crie, dans l’angoisse, dans le danger, dans la douleur; l’homme demande de l’aide, et Dieu répond. Ce mélange du cri humain et de la réponse divine est la dialectique de la prière et la clef de lecture de toute l’histoire du salut. Le cri exprime le besoin d’aide et fait appel à la fidélité de l’autre; crier signifie poser un geste de foi dans la proximité et dans la disponibilité à l’écoute de Dieu. La prière exprime la certitude d’une présence divine déjà éprouvée et à laquelle on croit, qui dans la réponse salvifique de Dieu se manifeste en plénitude. Cela est important: que dans notre prière soit importante, présente, la certitude de la présence de Dieu. Ainsi, le Psalmiste, qui se sent assiégé par la mort, confesse sa foi dans le Dieu de la vie qui, comme un bouclier, l’enveloppe d’une protection invulnérable; celui qui pensait être désormais perdu peut relever la tête, car le Seigneur le sauve; l’orant, menacé et raillé, est dans la gloire, car Dieu est sa gloire.
La réponse divine qui accueille la prière donne au Psalmiste une sécurité totale; la peur aussi est finie, et le cri s’apaise dans la paix, dans une profonde tranquillité intérieure: «Et moi, je me couche et je dors; je m’éveille: le Seigneur est mon soutien. Je ne crains pas ce peuple nombreux qui me cerne et s’avance contre moi» (vv. 6-7).
L’orant, bien qu’au milieu du danger et de la bataille, peut s’endormir tranquille, dans une attitude sans équivoque d’abandon confiant. Autour de lui, ses adversaires montent leurs campements, l’assiègent, ils sont nombreux, ils se dressent contre lui, se moquent de lui et tentent de le faire tomber, mais lui en revanche se couche et dort tranquille et serein, certain de la présence de Dieu. Et à son réveil, il trouve encore Dieu à côté de lui, comme un gardien qui ne dort pas (cf. Ps 121, 3-4), qui le soutient, le tient par la main, ne l’abandonne jamais. La peur de la mort est vaincue par la présence de Celui qui ne meurt pas. Et précisément la nuit, peuplée de craintes ataviques, la nuit douloureuse de la solitude et de l’attente angoissée, se transforme à présent: ce qui évoque la mort devient présence de l’Eternel.
A l’aspect visible de l’assaut ennemi, massif, imposant, s’oppose l’invisible présence de Dieu, avec toute son invincible puissance. Et c’est à Lui que de nouveau le Psalmiste, après ses expressions de confiance, adresse sa prière: «Lève-toi, Seigneur! Sauve-moi, mon Dieu!» (v. 8a). Les agresseurs «se levaient» (cf. v. 2) contre leur victime. En revanche, celui qui «se lèvera», c’est le Seigneur, et il les abattra. Dieu le sauvera, en répondant à son cri. C’est pourquoi le Psaume se conclut avec la vision de la libération du danger qui tue et de la tentation qui peut faire périr. Après la demande adressée au Seigneur de se lever pour le sauver, l’orant décrit la victoire divine: les ennemis qui, avec leur injuste et cruelle oppression, sont le symbole de tout ce qui s’oppose à Dieu et à son plan de salut, sont vaincus. Frappés à la bouche, ils ne pourront plus agresser avec leur violence destructrice et ils ne pourront plus insinuer le mal du doute dans la présence et dans l’action de Dieu: leur parole insensée et blasphème sera définitivement démentie et réduite au silence par l’intervention salvifique du Seigneur (cf. v. 8bc). Ainsi, le Psalmiste peut conclure sa prière avec une phrase aux connotations liturgiques qui célèbre, dans la gratitude et dans la louange, le Dieu de la vie: «Du Seigneur, le salut! Sur ton peuple, ta bénédiction!» (v. 9).
Chers frères et sœurs, le Psaume 3 nous a présenté une supplique pleine de confiance et de réconfort. En priant ce Psaume, nous pouvons faire nôtres les sentiments du Psalmiste, figure du juste persécuté qui trouve en Jésus son accomplissement. Dans la douleur, dans le danger, dans l’amertume de l’incompréhension et de l’offense, les paroles du Psaume ouvrent notre cœur à la certitude réconfortante de la foi. Dieu est toujours proche — même dans les difficultés, dans les problèmes, dans les ténèbres de la vie — il écoute, il répond et il sauve à sa façon. Mais il faut savoir reconnaître sa présence et accepter ses voies, comme David dans sa fugue humiliante de son fils Absalom, comme le juste persécuté dans le Livre de la Sagesse et, en dernier et jusqu’au bout, comme le Seigneur Jésus sur le Golgotha. Et lorsque, aux yeux des impies, Dieu semble ne pas intervenir et que le Fils meurt, c’est précisément alors que se manifeste, pour tous les croyants, la vraie gloire et la réalisation définitive du salut. Que le Seigneur nous donne foi, qu’il vienne en aide à notre faiblesse et qu’il nous rende capable de croire et de prier à chaque angoisse, dans les nuits douloureuses du doute et dans les longs jours de douleur, en nous abandonnant avec confiance à Lui, qui est notre «bouclier» et notre «gloire». Merci. 

LE DIEU DU LIVRE D’ISAÏE

2 juillet, 2015

http://www.croire.com/Definitions/Bible/Isaie/Le-Dieu-du-livre-d-Isaie

LE DIEU DU LIVRE D’ISAÏE

Le livre d’Isaïe est composé de trois parties distinctes qui se rapportent à des périodes différentes de l’histoire d’Israël.

Ces périodes sont tellement éloignées dans le temps que l’on a très vite compris qu’Isaïe ne pouvait être l’auteur de l’ensemble du livre. De façon assez classique, on distingue le premier Isaïe (ou «proto Isaïe»), qui couvre les 39 premiers chapitres, le second Isaïe (ou «deutéro-Isaïe») qui commence au chapitre 40 pour s’achever au chapitre 55 et enfin le troisième Isaïe (ou «trito-Isaïev) qui comprend les chapitres 55 à 66. La première partie (chapitres 1 à 39) recueille des prophéties qui ont eu lieu «à l’époque où Osias, Yotam, Achaz puis Ezéchias étaient rois de Juda» (1, 1), soit entre 781 et 687 avant Jésus Christ. Après une période d’accalmie des puissances proches, l’Assyrie devient menaçante. Le prophète lit dans l’histoire qui se déroule sous ses yeux l’action de Dieu qui punit son peuple infidèle afin de le corriger et de le ramener à lui. Les alliances et les défaites sont autant d’occasions de mettre en garde le roi et le peuple contre des calculs purement humains et de court terme. Peu à peu, face à l’effondrement de tout espoir – Samarie est prise en 721 et Juda paie tribut en 701 – apparaît la promesse messianique qui défie tous les temps, toutes les puissances et tous les calculs. La seconde partie (chapitres 40 à 54) est aussi appelée «livre de la consolation d’Israël». Nous sommes désormais au temps de l’exil, après la prise de Jérusalem en 587 par les armées du roi Nabuchodonosor. Babylone a remplacé l’Assyrie mais la ville est prise, les habitants ont été déportés et vivent en exil dans la capitale ennemie. Face à cette défaite radicale, le prophète assure que le Dieu d’Israël continue à veiller sur son peuple. Ce Dieu n’est d’ailleurs pas seulement le Dieu d’Israël mais celui de tout le genre humain. Le monothéisme universel s’affirme et l’attente messianique se précise : celui qui était déjà décrit dans le premier livre comme «un enfant né d’une femme» (Isaïe, 7, 14), devient le serviteur mystérieux décrit dans quatre petits tableaux poétiques que l’on appelle les «chants du Serviteur» (Isaïe 42, 1-7 ; 49, 1-6 ; 50, 4-9 ; 52, 13-53, 12). De façon tout à fait déroutante, ce serviteur n’a aucun des attributs de la puissance royale ou divine, bien au contraire : il semble tirer sa puissance de sa fragilité et de son humilité. Enfin la troisième partie (chapitres 55 à 66) concerne la période qui suit le retour d’exil, soit entre 537 et 520. Les Juifs reviennent dans la province de Juda. Pourtant ce retour si longtemps attendu, espéré comme un aboutissement, s’avère bien plus difficile que prévu. Les nouveaux arrivants sont considérés par ceux qui sont restés au pays comme des usurpateurs. Le prophète doit, une fois de plus, redonner l’espérance, réconcilier, apaiser. Il reprend, console, admoneste mais, surtout, il fait briller Jérusalem comme la ville du Dieu, le phare de toutes les nations, le lieu de l’espérance eschatologique. Ainsi, face à l’effondrement successifs de tous les espoirs terrestres, face aux querelles internes, l’auteur du livre d’Isaïe trouve dans la foi une réponse originale : Le Dieu d’Israël se révèle et s’affirme comme le Dieu des nations, un Dieu plus «éthique» que politique, qui se laisse chercher par l’homme droit et juste, qui se révèle dans le faiblesse et se vit dans l’espérance d’un salut pour tous les hommes.

Jean-Pierre Rosa – 2014 Croire.com

SUR LE SIXIÈME PSAUME – ÉCRIT PAR SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE

22 juin, 2015

http://www.coptipedia.com/ancien-testament/sur-le-sixieme-psaume.html

SUR LE SIXIÈME PSAUME

ÉCRIT PAR SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE

Ceux qui s’avancent « de puissance en puissance » selon la bénédiction du prophète et disposent en leur cœur « ces glorieuses ascensions », lorsqu’ils saisissent une pensée bonne, sont conduits par elle à une pensée plus élevée grâce à laquelle se fait l’ascension de l’âme vers les hauteurs. Et ainsi toujours « tendu en avant », il n’arrêtera jamais la bonne ascension, celui qui est toujours guidé par de sublimes pensées vers la compréhension des puissances d’en haut.
Je vous ai dit cela, frères, en réfléchissant sur le sixième psaume, et en observant l’ordre logique et nécessaire d’après lequel après « celle qui hérite » a été ajoutée la Parole concernant l’octave. Or vous n’ignorez absolument pas le mystère de l’octave. Il ne convient pas, en effet, que la pensée de quelques-uns soit entraînée vers les opinions des juifs, qui ramènent la grandeur du mystère de l’octave à ce qui concerne les parties honteuses de notre corps et disent que par le nombre de l’octave sont indiquées la loi de la circoncision et la purification après l’accouchement (Lev 12).
Mais nous, qui avons appris du grand Paul, que « la Loi est spirituelle », même si ce nombre est contenu dans les lois indiquées, instituant pour l’homme la circoncision et pour la femme le sacrifice pour la purification, ni nous ne rejetons ni n’admettons humblement la Loi, puisque nous savons qu’en vérité le huitième jour a lieu la véritable circoncision, pratiquée avec un couteau de pierre. Tu comprends, sans doute possible, que par la pierre qui tranche l’impureté, est désignée « la pierre même qu’est le Christ » parole de vérité, et que cesse le flux sordide des embarras de la vie, une fois l’existence humaine transformée dans le sens du plus divin. Pour rendre manifeste à tous le sens de tels propos, je vais tenter, autant que je le pourrai, de donner plus de clarté à mon discours.
Le temps de cette vie, dans la première réalisation de la création, a été accompli en une seule semaine : la création des réalités commença avec le premier jour et la fin de la création s’acheva avec le septième. En effet, « il y eut » dit le prophète, « un jour » où furent créées les premières réalités ; puis, de la même façon, un second, les deuxièmes, et ainsi de suite jusqu’au sixième jour où tout fut créé. Le septième, qui est la fin de la création, a clos en lui le temps coextensif à la création du monde. Comme donc, ni aucun autre ciel n’a été fait depuis ce moment, ni aucune des parties du monde n’a été ajoutée à celles qui existent depuis le commencement mais que la création a été constituée en elle-même, demeurant dans ses dimensions sans augmentation ni diminution, ainsi aucun autre temps n’a existé en dehors de celui qui a été déterminé avec la création, mais la réalité du temps a été circonscrite dans la semaine de jours. C’est pourquoi, lorsque nous mesurons le temps avec les jours, partant d’un jour et fermant le nombre avec le septième, nous revenons à un jour, mesurant toute l’étendue du temps par le cycle des semaines jusqu’à ce que, une fois les réalités mobiles passées et le flux du devenir du monde arrêté, viennent, comme dit l’Apôtre, les choses qui ne sont plus agitées, que n’atteignent plus ni altération, ni changement, puisque cette création-là demeure toujours semblable à elle-même dans les siècles successifs. On y verra la vraie circoncision de la nature humaine dans le dépouillement de la vie corporelle et la vraie purification de la vraie souillure. Or la souillure de l’homme, c’est le péché engendré avec la nature humaine (car « ma mère m’a conçu dans le péché ») dont Celui qui a opéré la purification de nos péchés nous purifie alors entièrement, faisant disparaître de la nature des êtres tout ce qui est sanglant, sordide et incirconcis. C’est en ce sens que nous prenons la loi de l’octave qui purifie et circoncit : à la fin de ce temps septénaire, le huitième jour apparaîtra après le septième, appelé huitième parce qu’il vient après le septième, mais n’ayant plus après lui de successeur. Il demeure en effet à jamais unique sans être jamais interrompu par l’obscurité nocturne ; c’est un autre soleil qui le fait, celui qui rayonne de la véritable lumière, qui, une fois qu’il nous est apparu, comme l’Apôtre n’est plus caché par les couchants, mais embrassant tout dans sa vertu illuminatrice, éclaire de la lumière perpétuelle et sans alternance ceux qui en sont dignes, faisant même de ceux qui participent à cette lumière d’autres soleils, selon la parole de l’Évangile : « Alors les justes brilleront comme le soleil ».
Puisque donc, dans le psaume précédent, le prophète parle « pour celle qui reçoit l’héritage » et que l’héritage est préparé aux justes dans l’octave et, là aussi, le juste jugement de Dieu qui distribue selon le mérite de chacun, le prophète a eu raison d’associer au rappel de l’octave sa parole sur le repentir. Qui, en effet, en se rappelant le redoutable jugement du Christ, n’est pas aussitôt déchiré dans sa conscience et saisi par la crainte et l’angoisse ? Et même s’il se trouve conscient d’avoir passé sa vie à se rendre meilleur, cependant, ayant les yeux fixés sur la rigueur du jugement où même la moindre des fautes est examinée, il est saisi d’un effroi extrême dans la crainte de maux redoutables, puisqu’il ne sait quels seront pour lui l’issue et le terme du jugement. Voilà pourquoi, comme il a pour ainsi dire sous les yeux ces châtiments redoutables – la Géhenne, le feu ténébreux et le ver de la conscience qui ne meurt pas , qui suce interminablement l’âme par la honte et, en lui rappelant ses actes mauvais, ravive ses souffrances – il supplie désormais Dieu, priant pour n’être pas livré dans sa fureur à la rigueur du jugement, pour n’être pas soumis par sa colère à la correction de ses fautes. Car pour ceux qui ont été condamnés à la cruelle correction de ce châtiment redoutable, le jugement est selon la tradition oeuvre de fureur et de colère. Et c’est pourquoi, comme s’il se trouvait déjà dans la douleur, il reprend les paroles de ceux qui souffrent, pour qui ce qui est exercé pour le châtiment des impies est fureur et colère. Il dit alors : je n’attends pas que vienne sur moi avec les châtiments redoutables dus à cette fureur le jugement qui me convaincra de mes fautes cachées mais je devance en les confessant la nécessité de cette colère. Car ce que produit la douleur chez ceux qui sont châtiés, en rendant manifeste malgré eux les secrets de leur iniquité, c’est ce qu’obtient par elle-même la libre décision de se punir et de se châtier par repentir, de rendre publique le péché dissimulé dans le secret du cœur.
Donc, en disant : « Ne me châtie pas dans ta fureur, ne me corrige pas dans ta colère », il cherche logiquement recours en la miséricorde, en rapportant la raison du mal non pas tant à une libre décision qu’à la faiblesse de notre nature : Moi qui suis né dans le mal, soigne-moi par ta miséricorde de faible que j’étais, je suis devenu la proie des passions. Mais quelle faiblesse ? Mes os se sont disloqués, ont perdu leurs articulations. Or, les os, c’est la sage raison qui affermit l’âme : « Guéris-moi, Seigneur, car mes os sont bouleversés ». Et il interprète le sens figuré de l’expression en ajoutant : « Mon âme est toute bouleversée ». Pourquoi donc, dit-il, remets-tu à plus tard la guérison, « Toi, Seigneur ? Jusqu’à quand » vas-tu refuser d’accorder ta miséricorde ? Ne vois-tu pas la brièveté de la vie humaine ? Préviens, en convertissant mon âme, cette nécessité de notre vie, de peur que, quand la mort viendra, toute intention de me soigner soit inutile. Car il ne sera plus dans la mort, celui qui peut par le souvenir de Dieu soigner la maladie que provoque en lui le mal, puisque l’aveu a de la force sur terre mais que ce n’est pas le cas dans l’Hadès. Ensuite, comme si quelqu’un demandait : comment implores-tu la miséricorde pour la guérison des fautes ? De quelle manière fléchir la divinité ? Il répond : « Je me suis épuisé en gémissements », et je baignerai du flot de mes larmes « mon lit » où s’entasse le péché. Pourquoi ? Parce que, dit-il, « dans ma fureur mon oeil a été bouleversé », et pour cela je suis devenu quelqu’un de vieux et de moisi, parce que la fureur que mettent en moi mes adversaires a gangrené mon âme. Or, si la fureur, à elle seule, met tant de crainte en celui qui a commis une faute à cause d’elle, combien, à plus forte raison, désespéreront du salut ceux qui sont conscients en leur vie particulière non seulement des passions qui viennent de la fureur, mais aussi de tout ce que provoquent désir, cupidité, orgueil, amour de la gloire, envie et tout l’essaim restant des vices humains. C’est pourquoi s’adressant à tous ses adversaires, il dit « Écartez-vous de moi, vous tous, artisans d’iniquité » (Ps 6, 9).
Mais il indique, dans le verset suivant, le bon espoir d’un heureux résultat qui nous vient du repentir. Aussitôt, en effet, en même temps qu’il a présenté à Dieu ses paroles de repentir, venant à sentir la bienveillance de Dieu à son égard, il révèle la grâce et se réjouit du don qui lui est fait, en disant : « Le Seigneur a entendu ma supplication : le Seigneur a accueilli ma prière ». Afin donc que le bien qui lui est venu de son repentir puisse subsister à jamais pour lui et que, dans sa vie il n’ait pas besoin d’un second repentir, il demande que ses adversaires se détournent sous le fouet de la honte. Car celui qui a honte d’avoir commis le mal, en se laissant guider par la honte pour ne plus se porter aux mêmes actes, s’écartera à l’avenir d’expériences semblables. Telle est donc la logique d’une bonne ascension : le quatrième psaume a distingué le bien immatériel de la réalité corporelle et charnelle ; le cinquième a appelé par ses prières l’héritage d’un tel bien ; le sixième, par la mention de l’octave, a indiqué le moment de l’héritage ; l’octave a manifesté la peur du jugement : le jugement a averti les pécheurs que nous sommes de prévenir par le repentir le châtiment redoutable. Puis le repentir offert à Dieu avec raison a annoncé le gain qu’il nous procure en inspirant ces mots : « Le Seigneur a entendu la voix de celui qui se tournait en larmes vers lui. Après quoi pour que le bien puisse subsister sans changement pour nous à l’avenir, le Prophète appelle la disparition, sous l’effet de la honte, des pensées adverses. Car une pensée adverse et injuste ne peut s’éteindre que si la honte la fait disparaître : c’est un profond abîme que la honte éprouvée pour le mal qu’on a commis, puisqu’elle sépare, comme par un mur, le péché de l’homme. Disons donc : « Qu’ils soient honteux » et changent entièrement, tous mes adversaires. Les adversaires, ce sont visiblement « les gens de la maison » qui sortent de notre cœur et souillent l’homme. Quand ils se seront rapidement détournés sous l’effet de la honte, nous attend l’espérance de la gloire qui n’aboutit pas à la honte par grâce du Seigneur, à qui appartient la gloire pour l’éternité. Amen.

LES COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Isaïe 5 , 1 – 7

3 octobre, 2014

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LES COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 5 , 1 – 7

1 Je chanterai pour mon ami
le chant du bien-aimé à sa vigne.
Mon ami avait une vigne
sur un coteau plantureux.
2 Il en retourna la terre et en retira les pierres,
pour y mettre un plant de qualité.
Au milieu, il bâtit une tour de garde
et creusa aussi un pressoir.
Il en attendait de beaux raisins,
mais elle en donna de mauvais.
3 Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,
soyez donc juges entre moi et ma vigne !
4 Pouvais-je faire pour ma vigne
plus que je n’ai fait ?
J’attendais de beaux raisins,
pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?
5 Eh bien, je vais vous apprendre
ce que je vais faire de ma vigne :
enlever sa clôture
pour qu’elle soit dévorée par les animaux,
ouvrir une brèche dans son mur
pour qu’elle soit piétinée.
6 J’en ferai une pente désolée ;
elle ne sera ni taillée ni sarclée,
il y poussera des épines et des ronces ;
J’interdirai aux nuages
d’y faire tomber la pluie.
7 La vigne du Seigneur de l’univers,
c’est la maison d’Israël.
Le plant qu’il chérissait,
ce sont les hommes de Juda.
Il en attendait le droit,
et voici l’iniquité ;
il en attendait la justice,
et voici les cris de détresse.

Une chanson de vendanges devenue chant de noces
Cela commence comme une chanson de vendanges : « Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. »
La vigne, en Israël, est chose précieuse ! Et tout le monde sait quels soins patients et attentifs elle requiert de la part du vigneron. Si bien qu’une chanson de vendanges vantant la sollicitude du vigneron était devenue une chanson de noces : on invitait le jeune époux à prodiguer autant de soins à son épouse.
Les noces, image de l’Alliance de Dieu avec son peuple
Le prophète Isaïe, à son tour, reprend la même chanson, mais cette fois pour parler de l’Alliance entre Dieu et Israël. De la chanson de vendanges devenue chant de noces, il a tiré une véritable parabole. Ses auditeurs ne s’y tromperont donc pas, il ne s’agit pas d’une simple chanson de vendanges, ni même de fête de mariage !
D’ailleurs, c’est le prophète lui-même qui déchiffre la parabole. « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda ». Quant aux fruits, Isaïe est tout aussi clair : le bon raisin attendu, c’est le droit et la justice ; le mauvais raisin, c’est ce qu’il appelle « l’iniquité, et les cris de détresse ».
Les mauvais fruits de cette vigne
Dans la suite de ce chapitre, il précise ses reproches : « Malheur ! Ceux-ci joignent maison à maison, champ à champ, jusqu’à prendre toute la place et à demeurer seuls au milieu du pays »… C’est la recherche égoïste de l’argent et de la propriété qui est visée ici. Et cette insouciance des riches pour le malheur des pauvres qui caractérise souvent les périodes prospères : « Levés de bon matin, ils courent après les boissons fortes, et jusque tard dans la soirée, ils s’échauffent avec le vin. La harpe et la lyre, le tambourin et la flûte accompagnent leurs beuveries, mais ils ne regardent pas ce que fait le Seigneur et ne voient pas ce que ses mains accomplissent » (Is 5, 8-12).
Il y a pire encore, c’est la perversion de la justice : « Malheur ! Ils déclarent BIEN le mal et MAL le bien. Ils font de l’obscurité la lumière et de la lumière l’obscurité. Ils font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui est amer… Ils justifient le coupable pour un présent (autrement dit, les juges se font acheter) et ils refusent à l’innocent sa justification » (Is 5, 20).
Que fait le vigneron mal récompensé de ses efforts ? Il finit par admettre que la terre est trop mauvaise et il abandonne l’entreprise. Le beau carré bien ordonnancé sera vite redevenu un terrain vague où pousseront des épines et des ronces, comme dit Isaïe.
C’est toujours la même leçon : dès qu’on s’éloigne de la fidélité aux commandements, on fait fausse route et le peuple créé pour que tous ses membres soient heureux et libres, devient le règne de tous les égoïsmes et de tous les vices ; et cela se termine toujours mal. Tout comme un beau carré de vigne laissé à l’abandon devient la proie des bêtes sauvages.
La colère du vigneron
Ce qui est troublant, une fois de plus, dans ce message du prophète c’est qu’Isaïe attribue à Dieu lui-même l’exercice du châtiment : le vigneron de la parabole d’Isaïe ne se contente pas de laisser faire le cours des choses ; c’est lui-même qui enlève la clôture et ouvre une brèche dans le mur pour que la vigne soit piétinée et dévorée par les animaux…
En réalité, comme dimanche dernier, avec le prophète Ezéchiel, nous sommes à une étape de la pédagogie de Dieu. Avec Isaïe, nous sommes même avant Ezéchiel, donc à une époque où l’on dit volontiers que Dieu punit nos mauvaises actions ; à une époque surtout où on n’est pas débarrassé de l’idolâtrie : et donc pour le prophète, il s’agit avant tout d’affirmer qu’il n’existe qu’une puissance au monde ; aucune autre divinité n’est à craindre. Dans tout ce qui nous arrive, c’est vers le Dieu d’Israël qu’il faut se tourner. Lui, le Saint d’Israël, est totalement étranger à toutes les bassesses et les injustices des hommes. Ceux-ci n’ont donc aucune chance de survie s’ils ne changent pas de vie.
Là Isaïe fait la grosse voix, pourrait-on dire, mais n’oublions pas que le même Isaïe, plus tard, quand il faudra remonter le moral des troupes, reprendra son chant de la vigne avec d’autres couplets : « Ce jour-là chantez la vigne délicieuse. Moi, le SEIGNEUR, j’en suis le gardien, à intervalles réguliers je l’arrose. De peur qu’on y fasse irruption, je la garde nuit et jour. Je ne suis plus en colère… » (Is 27, 2-4a).
Notre chance à nous, deux mille cinq cents ans plus tard, c’est de savoir que Dieu n’est jamais en colère !
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Compléments
- A propos de la vigne : entendons-nous bien, quand on pense à la vigne, il ne s’agit pas d’un seul pied, mais d’un carré de vigne : ce qui veut dire déjà un lopin de terre bien à soi. Puisqu’elle exige des soins constants, elle signifie culture, installation ; tout le monde se souvient de Noé, le premier vigneron. La vigne est le premier arbre cultivé, premier signe de civilisation après le déluge : Gn 9, 20-22 ; cela veut dire aussi période de paix, où l’on est assuré de pouvoir travailler sa terre encore le lendemain.
Pendant toute la traversée du désert, évidemment, il ne sera plus question de vigne et c’est l’un des reproches que l’on fait à Moïse, justement, quand on perd le moral : « Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte et nous avez-vous amenés en ce triste lieu ? Ce n’est pas un lieu pour les semailles ni pour le figuier, la vigne ou le grenadier ; il n’y a même pas d’eau à boire » (Nb 20, 5).
A l’inverse, lorsque Moïse organisa une première mission de reconnaissance dans la terre de Canaan que Dieu lui avait promise, les explorateurs furent aussitôt impressionnés par la richesse des vignobles ; c’était la saison des premiers raisins. « Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eshkol (au Nord d’Hébron) où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche. Ils y prirent aussi des grenades et des figues ». (Nb 13, 23). Désormais, quand on veut parler d’une période de bonheur et de prospérité, on dit « Juda et Israël habitèrent en paix, chacun sous sa vigne et sous son figuier, pendant toute la vie du roi Salomon » (1 R 5, 5 ). De même, quand on parle du règne de Dieu dans l’avenir, le règne de la paix et de la justice, on dit : « On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre. Ils demeureront chacun sous sa vigne et sous son figuier » (Mi 4, 4).
- Isaïe 5, 6 : Epines et ronces : « Il adviendra, en ce jour-là, que tout lieu où il y avait mille ceps de vigne, valant mille pièces d’argent, deviendra épines et ronces. On y viendra avec des flèches et un arc, car tout le pays deviendra épines et ronces ». (Isaïe 7, 23-24). On ne peut pas s’empêcher de penser aux épines et aux chardons qui envahissent le sol après la faute d’Adam. (Gn 3, 18).
- En Israël, la métaphore de la vigne va très loin : le pressoir est présenté comme une image du jugement.

1 SAMUEL 16. DIEU CHOISIT CELUI QUI A TENDANCE À ÊTRE EXCLU.

28 mars, 2014

http://clamans.hautetfort.com/archive/2007/11/07/dieu-choisit-celui-qui-a-tendance-a-etre-exclu.html

07/11/2007

1 SAMUEL 16. DIEU CHOISIT CELUI QUI A TENDANCE À ÊTRE EXCLU.

Le roi Saül a fortement déplu à Dieu. Aussi, Dieu décide-t-il de préparer la succession de Saül. Il charge le prophète Samuel de désigner, d’oindre le futur roi. Étonnamment, Dieu n’annonce pas à Samuel le nom du futur roi, il lui dit seulement de quelle famille il fait partie. A Samuel de découvrir lequel des huit fils de Jessé Dieu s’est choisi !
C’est ce processus de choix qui me semble important, porteur d’indications précieuses pour nous, pour réfléchir au thème de l’exclusion. Vous savez que le thème de la Campagne d’automne de l’EPER (entraide protestante) est le refus de l’exclusion : Exclu… c’est exclu !
Dans notre vie quotidienne, nous sommes constamment confrontés à des situations où nous devons faire des choix. Et chaque fois que nous choisissons quelque chose, nous excluons autre chose. Le choix et l’exclusion vont de pair… Parler de l’exclusion, c’est aussi parler de nos choix et vice versa. On ne peut pas ne pas choisir (parce qu’on ne peut tout avoir), on ne peut donc pas non plus éviter d’exclure !
Ce que nous avons à faire, c’est penser à nos critères de choix et d’exclusion. Pourquoi choisir ou exclure cela ? Quelles sont les conséquences de mes choix et de mes exclusions ? A première vue, lorsqu’il est question de produits, de marchandises, cela n’a pas beaucoup d’importance. Sauf lorsqu’on se met à penser à qui les produit, qui est derrière les marchandises que nous consommons, de quelle façon sont-elles fabriquées ?
En effet, la question du choix et de l’exclusion se manifeste de manière plus vive, plus cruciale lorsqu’il s’agit de personnes. Et ce sont bien les personnes que vise la Campagne de l’EPER.
Revenons donc à Samuel qui doit exécuter le choix de Dieu. Il prépare une cérémonie pour oindre le nouveau roi et il invite tous les fils de Jessé. Au premier coup d’oeil, il repère l’aîné, Eliab. Voilà un garçon brillant, un homme bien fait, il a belle allure, il ferait un roi plein de prestance ! Ce doit être lui, se dit Samuel. Mais Dieu lui souffle que non. Et tous les fils de Jessé présents défilent. Mais le futur roi n’est pas parmi eux. Surprise, panique… Y en a-t-il un autre ? Oui, il y en a bien encore un, mais il est aux champs. C’est le petit dernier… on y a pas pensé… il est encore jeune… un peu rêveur… musicien…
Pourquoi David est-il aux champs ? Pourquoi n’est-il pas présent, alors que toute la famille avait été appelée à participer à cette cérémonie. Je vois deux réponses possibles :
1) David n’a tout simplement pas reçu le message, l’invitation. Personne ne pensait que ce petit (« ce petit prétentieux, cet espèce de vaurien » dira Eliab, le frère aîné au chapitre suivant : 1 S 17:28) méritait d’être invité à cette cérémonie d’adultes. Samuel est venu chercher quelqu’un pour une mission d’importance. Aux yeux de la famille, cela ne pouvait pas concerner David. Il a été exclu d’office, automatiquement par sa famille. « Tiens on n’avait pas pensé à toi ! », « Tu es trop petit, toi! ». Voilà des paroles d’exclusion qui peuvent faire mal.
2) David a reçu le message, il a entendu, comme les autres que Samuel cherchait quelqu’un pour une mission importante, mais il a pensé : « cela ne peut pas me concerner, moi ! », »je suis trop petit, trop jeune, ou trop inexpérimenté ». David a intériorisé le message familial, au point que plus personne n’a besoin de lui dire quoi que ce soit : le message s’imprime tout seul.
David, ou vous, ou moi, s’exclut par lui-même, parce qu’il n’a pas confiance en lui-même, parce qu’il n’est pas conscient de sa valeur. De quand date la dernière confirmation de sa valeur qu’il ait reçue ?
Que ce soit par une exclusion extérieure ou intérieure, David est d’abord absent, exclu. Mais le voeu de Dieu, c’est qu’on l’envoie chercher. En effet, celui que tout le monde écartait, c’est celui que Dieu s’est choisi.

« La pierre que les bâtisseurs avaient écartée est devenue (par la volonté de Dieu) la pierre principale » (Ps 118:22)
Celui qui allait être écarté, c’est celui qui va recevoir l’onction, qui va être oint. Ce terme « oint » se dit CHRIST en grec. Jésus le Christ, fils de David est celui qui a été rejeté par tous sur la croix, mais que Dieu s’est mystérieusement choisi pour se révéler.
Dieu ne suit donc pas les modes, les apparences comme les hommes. En effet, Dieu dit à Samuel:

« Je ne juge pas de la même manière que les hommes; les hommes s’arrêtent aux apparences, mais moi je vais jusqu’au fond des coeurs. » (1 S 16:7)
Dieu nous regarde au-delà de nos façades, de nos masques, des attitudes que nous nous donnons. Il voit jusqu’au fond de nous-mêmes et il voit ce qu’il y a de plus humain en nous, de plus aimable en nous.
C’est ainsi qu’il peut faire d’Israël son peuple, des habitants de Villars-Ste-Croix et Bussigny son Eglise. Dieu ne rassemble pas ceux qui semblent les meilleurs, les plus talentueux, les plus qualifiés comme le ferait un patron d’entreprise. Non, Dieu va chercher ceux qui n’ont pas été désirés, ceux qui ont été mis de côté, exclus d’office, pour les rassembler et en faire son peuple, parce qu’il sait qu’en chacun de nous il y a un être de valeur qui va pouvoir déployer ses talents comme David contre Goliath.
Ayant été rappelés des champs pour devenir des rois, comme David, nous pouvons à notre tour regarder toute personne avec un nouveau regard — qui vient de Dieu — qui embrasse tout le monde, et voir en chacun un être digne de valeur et pleinement aimable.
La Campagne de l’EPER — Exclu… c’est exclu ! — nous invite à adopter le même regard que Dieu, le regard de l’inclusion, de l’accueil afin que l’oublié, le rejeté ait une vraie place parmi nous.
Amen
2007, Jean-Marie Thévoz

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DIMANCHE 29 DÉCEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE

27 décembre, 2013

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DIMANCHE 29 DÉCEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Ben Sirac le Sage 3, 2-6. 12-14

3, 2 Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants,  il renforce l’autorité de la mère sur ses fils. 3 Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, 4 celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. 5 Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants,  au jour de sa prière il sera exaucé. 6 Celui qui glorifie son père verra de longs jours,  celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère… 12 Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse,  ne le chagrine pas pendant sa vie. 13 Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent,  ne le méprise pas, toi qui es en pleine force. 14 Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée  et elle relèvera ta maison  si elle est ruinée par le péché.

Ben Sirac dit encore bien d’autres choses sur le respect dû aux parents ; et s’il éprouve le besoin d’y insister, c’est parce qu’à son époque, l’autorité des parents n’était plus ce qu’elle avait été : les moeurs étaient en train de changer et Ben Sirac ressentait le besoin de redresser la barre. Nous sommes au deuxième siècle av.J.C., vers 180. Ben Sirac tient une école de Sagesse (on dirait « Philosophie » aujourd’hui) à Jérusalem ; on est sous la domination grecque : les souverains sont libéraux et les Juifs peuvent continuer à pratiquer intégralement leur Loi ; (la situation changera un peu plus tard avec Antiochus Epiphane) ; mais c’est cette tranquillité, justement, qui inquiète Ben Sirac, car, insidieusement, de nouvelles habitudes de penser se répandent : à côtoyer de trop près des païens, on risque de penser et de vivre bientôt comme eux. Et c’est bien ce qui pousse Ben Sirac à défendre les fondements de la religion juive, à commencer par la famille. Car si la structure familiale s’affaiblit, qui transmettra aux enfants la foi, les valeurs, et les pratiques du Judaïsme ?  Notre texte d’aujourd’hui est donc avant tout un plaidoyer pour la famille parce qu’elle est le premier sinon le seul lieu de transmission des valeurs.  C’est aussi un commentaire magnifique, une variation sur le quatrième commandement. Les plus âgés d’entre nous le connaissent sous la forme du catéchisme de leur enfance : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement ». Et le voici dans sa forme primitive au livre de l’Exode : « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu » (Ex 20, 12) ; et le livre du Deutéronome ajoutait « et afin que tu sois heureux » (Dt 5, 16).  Le texte que nous lisons aujourd’hui a donc été écrit vers 180 av.J.C. ; et puis, cinquante ans plus tard, le petit-fils de Ben Sirac a traduit l’oeuvre de son grand-père et il a voulu préciser les choses : il a donc ajouté deux versets pour justifier ce respect dû aux parents : son argument est le suivant : nos parents nous ont donné la vie, ils sont donc les instruments de Dieu qui donne la vie : « De tout ton coeur glorifie ton père, et n’oublie pas les souffrances de ta mère. Souviens-toi que tu leur dois la naissance, comment leur rendras-tu ce qu’ils ont fait pour toi ? » (Si 7, 27 – 28).  Bien sûr, ce commandement rejoint le simple bon sens : on sait bien que la cellule familiale est la condition primordiale d’une société équilibrée. Actuellement, nous ne faisons que trop l’expérience des désastres psychologiques et sociaux entraînés par la brisure des familles. Mais, plus profondément, j’entends aussi là que notre rêve d’harmonie familiale fait partie du plan de Dieu.  Cette défense des valeurs familiales ne nous étonne donc pas : mais dans le texte de Ben Sirac on a un peu l’impression d’un calcul : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours… » Même chose pour le commandement : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement » ; comme si on nous disait « si tu te conduis bien, Dieu te le revaudra ».  Or, il n’est jamais question de calcul avec Dieu, puisqu’avec lui tout est grâce, c’est-à-dire gratuit ! Ce qu’on veut nous dire, c’est que chaque fois que Dieu nous donne un commandement, c’est pour notre bonheur.  Si vous en avez le courage, reportez-vous au livre du Deutéronome, en particulier au chapitre 6, celui dont est extraite la plus célèbre prière d’Israël, le « Shema Israël » (Ecoute Israël) ; vous serez étonnés de l’insistance de ce texte pour nous dire que la loi est chemin de bonheur et de liberté. Voici quelques versets du Deutéronome : « Tu feras ce qui est droit et bien aux yeux du SEI¬GNEUR, pour être heureux et entrer prendre possession du bon pays que le SEI¬GNEUR a promis par serment à tes pères… » (Dt 6, 18) 1.  Revenons à Ben Sirac ; nous y lisons une phrase un peu étonnante : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes ». Tout d’abord, on peut penser qu’une telle phrase prouve que ce texte est récent ; on sait bien qu’il a fallu des siècles de pédagogie de Dieu, par la bouche de ses prophètes, pour que l’on découvre que le seul chemin de réconciliation avec Dieu n’est pas le sacrifice sanglant comme on le croyait primitivement ; le seul chemin de réconciliation avec Dieu, c’est la réconciliation avec le prochain. On entend là comme un écho de la célèbre phrase du prophète Osée « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice » (Os 6, 6).  En quelque sorte, Ben Sirac nous dit : « Vous voulez être sûrs d’honorer Dieu ? C’est bien simple, honorez vos parents : être filial à leur égard, c’est être filial aussi à l’égard de Dieu. On sait que sur les dix commandements, deux seulement sont des ordres positifs : le commandement sur le sabbat et celui-ci sur le respect des parents. « Du jour du sabbat, tu feras un mémorial… », « Honore ton père et ta mère » ; tous les autres commandements sont négatifs, ils indiquent seulement des limites à ne pas dépasser : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère »…  Mais c’est bien un ordre positif qui résume tous les commandements : vous le trouvez dans l’Ancien Testament au Livre du Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ; or, notre premier prochain, au vrai sens du terme, ce sont nos parents. En cette période de fêtes où des liens familiaux se resserrent ou se redécouvrent, ce texte de Ben Sirac est donc bien trouvé.  —————————

 Note  1 – Inversement, le même livre affirmait : « Maudit soit celui qui méprise son père et sa mère ! » (Dt 27, 16). Et ce commandement était assorti de peines très sévères : la peine de mort, en particulier, pour celui qui avait « frappé son père ou sa mère » même si ses coups n’avaient pas entraîné la mort (Ex 21, 15). La même sanction était prévue pour celui qui « insultait » son père ou sa mère (Ex 21, 17). Rappelons-nous, il n’est pas si loin le temps où le Droit français prévoyait des sanctions particulièrement sévères pour les parricides.

LE MESSAGE DU PROPHETE AGGEE – 16 DÉCEMBRE

16 décembre, 2013

http://www.bible-notes.org/article-417-le-message-du-prophete-aggee.html

LE MESSAGE  DU PROPHETE AGGEE – 16 DÉCEMBRE    

 Une prophétie adressée, avec celle de Zacharie, au résidu revenu de la captivité à Babylone, à un moment crucial relaté par le livre d’Esdras Un message destiné à atteindre la conscience et le coeur d’un peuple qui cherche ses aises Un message qui a aussi une voix pour nous, chrétiens

« Ainsi dit l’Eternel des armées : Considérez bien vos voies » (Agg. 1 : 5, 7 ; 2 : 15, 18). Aggée fait partie, avec Zacharie et Malachie, des trois prophètes suscités durant la période qui suit la captivité de Juda pendant soixante-dix ans à Babylone. Nous ne connaissons rien de son histoire personnelle Il est mentionné deux fois dans Esdras. S’il avait connu le premier temple (« la première gloire » – 2 : 3), il avait au moins 80 ans au moment où il prophétise. Il était certainement plutôt âgé, mais il partageait son service avec Zacharie, qui est appelé un jeune homme (Zach. 2 : 4). Le ministère que Dieu leur a confié avait pour but de réveiller les affections du résidu pour le Seigneur. C’était expressément pour bâtir la Maison de Dieu qu’un résidu avait été délivré de Babylone. Le désir constant de Dieu d’habiter au milieu de son peuple ressort dans toute l’Ecriture. Le premier appel d’Aggée date de la seconde année du roi Darius. Deux mois après, Zacharie, dont le message a une portée plus étendue, commence également à se faire entendre. En se référant aux dates indiquées, on comprend que toutes les prophéties d’Aggée ont été prononcées pendant une courte période de quatre mois. Il s’adresse d’abord aux responsables, à Zorobabel, le gouverneur et à Joshua, le premier grand sacrificateur après l’exil (il est souvent parlé de lui dans Zacharie). Ils sont des types prophétiques du Seigneur, qui Lui seul exercera simultanément la royauté et la sacrificature (Zach. 6 : 13). Une prophétie adressée, avec celle de Zacharie, au résidu revenu de la captivité à Babylone, à un moment crucial relaté par le livre d’Esdras L’étude soigneuse du livre d’Esdras permet de comprendre à quel moment Aggée a été envoyé (Esd. 5 : 1). Après le retour d’un résidu relativement peu nombreux (un peu moins de cinquante mille personnes), l’autel a été reconstruit avant tout, sur le même emplacement et les fêtes sont à nouveau célébrées ! La seconde année, ils posent les fondements d’un nouveau temple, forcément beaucoup plus restreint. La comparaison que les plus âgés sont en mesure de faire avec la beauté du premier temple provoque des larmes de tristesse qui se mêlent à celles de la joie générale en voyant le nouveau temple s’ébaucher (Esd. 3 : 12-13) ! Mais le grand danger était qu’il devienne, après un engouement initial, « comme rien » à leurs yeux. C’est un danger très actuel ! Il est toujours difficile pour nos coeurs d’admettre que le travail de Dieu s’accomplit dans la faiblesse, en sorte « que personne ne se glorifie devant Dieu…  celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (1 Cor. 1 : 29-31). Bientôt, hélas, le travail de construction va être, et pour longtemps, interrompu : seize ans au moins, semble-t-il. Un manque d’énergie, une certaine apathie, se manifestent au milieu du peuple de Dieu, confronté en même temps à l’opposition déterminée de ses ennemis. Ceux-ci ont commencé par proposer au résidu de Juda de l’aider, mais celui-ci a refusé noblement (Esd. 4 : 3) ; alors ces Samaritains (Esd. 4 : 1, 9-10) – le verset 2 permet de les identifier – rendent lâches les mains du peuple de Juda, afin qu’ils aient peur de bâtir. De faux rapports sont envoyés au roi de Perse dans le but avéré d’arrêter le travail de la reconstruction. Ils répètent même avec mensonge que les murailles s’achèvent (Esd. 4 : 12, 13, 16), signe que la révolte est proche. Ils affirment : « à cause de cela, tu n’auras plus de possession de ce côté du fleuve » (Esd. 4 : 12, 13, 16). Ces Samaritains avaient pourtant été eux-mêmes déportés, mais ils montrent la même lâcheté que ces Juifs qui disaient : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » pour obtenir de Pilate qu’il permette la crucifixion de Jésus (Jean 19 : 17). En fait, il faudra attendre l’intervention de Néhémie, 13 ans après, pour que les murailles soient enfin réparées. Au bout de quelque temps, les intrigues de ces ennemis sont couronnées de succès : Artaxerxès donne l’ordre de cesser de bâtir le temple (Esd. 4 : 21-24).  Toutefois, Dieu permet qu’un roi plus favorable, Darius, monte bientôt sur le trône. C’est à ce moment-là que l’Esprit de Dieu appelle Aggée et Zacharie à commencer leur service prophétique. Ils doivent s’occuper d’une chose primordiale : l’état moral du peuple. L’un et l’autre vont engager les hommes du peuple à juger leur conduite et à reprendre, repentants, la construction. Les menaces dont ils ont été les objets ne sont qu’un mauvais prétexte : les prophètes ne les mentionnent même pas. Un message destiné à atteindre la conscience et le coeur d’un peuple qui cherche ses aises  un message de reproche propre à réveiller le résidu de sa somnolence  En fait le résidu s’était montré très négligent depuis le commencement de la reconstruction du temple. Ce peuple – Dieu ne dit pas « mon peuple » – devenu apathique, déclare, peut-être à voix basse : « Le temps n’est pas venu, le temps de la maison de l’Eternel pour la bâtir » (Agg. 1 : 2). Combien de fois, de nos jours,  entend-on ce genre d’excuse au milieu de la profession chrétienne ! Les Juifs qui en avaient les moyens usaient de leurs ressources et de leurs capacités personnelles pour s’édifier de belles demeures soigneusement décorées (Phil. 2 : 21). Or la maison de l’Eternel était dévastée (1 : 4) ; elle restait inachevée. Leur conduite égoïste était la preuve de leur indifférence à l’égard des intérêts divins, conduite si différente de celle de David (Ps 132 : 3-5). En conséquence, la bénédiction du Seigneur, un élément essentiel pour la prospérité spirituelle dans notre vie, faisait défaut ; même le fruit de leur travail sur la terre s’en ressentait (Ps. 127 : 1-3). Leurs récoltes, en particulier, étaient devenues très médiocres. Aggée les avertit que ces signes de malédiction étaient consécutifs au déplaisir que l’Eternel éprouvait en voyant sa maison délaissée, à l’abandon. Il leur fait remarquer : « Vous avez semé beaucoup et vous rentrez peu ; vous mangez et vous n’êtes pas rassasiés ; vous buvez mais vous n’en avez pas assez (Deut. 28 : 38-39) ; vous vous vêtez, mais personne n’a chaud ; et celui qui travaille pour des gages, travaille pour les mettre dans une bourse trouée (1 : 6). Beaucoup d’activité, d’efforts, mais une très maigre récolte ; la rosée et la pluie étaient retenues ! Que de désappointements ! Si la Maison de Dieu est négligée, la faim spirituelle n’est pas apaisée, la soif spirituelle n’est pas étanchée ; les affections pour Christ sont refroidies et finalement, comment pourrait-on escompter une « riche entrée » (2 Pier. 1 : 11) ? La négligence dans les choses de Dieu conduit toujours à la même déception. Mais n’oublions jamais que le Seigneur discipline celui qu’Il aime (Héb. 12 : 5-6). Chers lecteurs chrétiens, c’est aujourd’hui le temps de bâtir la maison de Dieu, l’Assemblée du Dieu vivant (1 Tim. 3 : 15). Il faut s’occuper des âmes, de ces pierres vivantes édifiées sur le seul fondement, Jésus Christ. Or, que de fois notre manque de zèle et d’amour va de pair avec le souci excessif de notre confort, un désir de se ménager, d’éviter le plus possible l’opprobre de Christ ! Comme ceux auxquels Aggée s’adresse, nous avons grand besoin de bien considérer nos voies (1 : 5, 7 ; Lam. 3 : 40).). La Parole adresse  cette exhortation à chacun d’entre nous. Dieu s’était proposé d’atteindre, par le moyen de ses prophètes, la conscience et le coeur de son peuple attiédi, occupé à rechercher ses aises et devenu de ce fait négligent (Amos 6 : 4-6). Mais la portée de ce message dépasse de beaucoup la période où Aggée vivait ; ses exhortations gardent la même valeur pour le peuple de Dieu jusqu’à la venue du Seigneur !   - l’assurance de la présence du Seigneur donnée au peuple qui a obéi à l’appel divin Le prophète a repris les fils de Juda et, chose remarquable et enviable, ils ont tous écouté « la voix de l’Eternel leur Dieu ». Pas de voix discordante ! Heureux ceux qui se comportent comme eux, aujourd’hui encore. Leur esprit a été réveillé et ils reviennent travailler à la maison de l’Eternel des armées, leur Dieu, assistés par les prophètes (Esd. 5 : 2 ; Agg. 1 : 12). Tout ceci a lieu exactement « le vingt-quatrième jour du sixième mois, en la seconde année du roi Darius » (Agg. 1 : 14-15). Tout est soigneusement noté dans les annales du ciel ; rien n’échappe à notre Dieu : Il retient tout ce qui a son approbation.  « Je suis avec vous, dit l’Eternel » (v. 13 ; Matt. 28 : 20). Que de bénédictions sont contenues dans cette courte déclaration !  Le résidu reçoit ainsi l’assurance du secours divin et de sa délivrance ; il en résulte un puissant réveil pour travailler à la Maison de Dieu.  - un encouragement à « être fort », à persévérer en pensant à la venue du Messie Une nouvelle révélation est alors faite à Aggée, « le messager de l’Eternel », un mois plus tard. Il leur transmet cette fois des exhortations, mais aussi des encouragements. Ils doivent monter à la montagne, apporter du bois. Tout cela suppose des efforts : ils pourraient se décourager à nouveau ! Soyez forts ! Travaillez ! Bâtissez ! recommande l’Eternel. Il s’agit de Sa gloire, Il y prend plaisir. « Je suis avec vous », leur redit-Il : promesse suprême qui soutient leur foi – et la nôtre – au milieu de la faiblesse la plus grande qui soit (Agg. 2 : 4).  La Parole, selon laquelle Il a fait alliance avec eux à leur sortie d’Egypte, et son Esprit demeurent avec eux. Ils n’ont pas lieu de craindre (Agg. 2 : 5 ; Esd. 5 : 5). Ces ressources bénies sont aussi les nôtres. Ne vivons-nous pas, comme Aggée, dans un temps de ruine ? Or le Saint Esprit, Personne divine, est venu habiter dans chaque membre du corps de Christ (Eph. 2 : 22). Il les guide dans toute la vérité, leur annonce ce qui va arriver et prend de ce qui est à Christ pour le leur communiquer (Jean 16 : 16). Ce n’est pas un Esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de conseil (2 Tim. 1 : 7). Le prophète leur parle du Messie – qui est aussi notre Seigneur – comme étant « l’objet du désir de toutes les nations », notre espérance (Agg. 2 : 7). Dans peu de temps, Il ébranlera toutes ces nations, tous leurs majestueux édifices, religieux ou non. Par contre Sa Maison sera remplie de la gloire de Dieu, elle reviendra y habiter (Ezé. 43 : 2, 4-5). Cette dernière gloire sera plus grande que la première – celle du temple de Salomon – admiré par tous ceux qui montaient adorer à Jérusalem ! Même les disciples du Seigneur se montrent sensibles à ce qui avait une si grande apparence et Il les reprend : le temple, devenu une caverne de voleurs, allait être détruit (Marc 13 : 1-2). Ce passage est cité dans l’épître aux Hébreux (12 : 25-29). La terre et le ciel actuels vont passer, mais le peuple de Dieu est lié à un royaume inébranlable. Auparavant, le Seigneur reviendra – il s’agit ici de son apparition en gloire et de son règne millénial – et dans ce lieu, « il donnera la paix » (Agg. 2 : 9).  - un appel à la conscience du résidu afin qu’il manifeste la sainteté pratique et l’obéissance Dans un nouveau message, le prophète parle de la sainteté pratique, sans laquelle Dieu ne peut approuver aucun travail. Une double question est posée aux sacrificateurs (v. 11-13). Elle confirme ce principe général. Nos contacts, parfois délibérés et sans précaution, avec un monde entièrement souillé par le péché ne le purifieront pas ! N’est-ce pas pourtant une idée courante ? Tout au contraire, nous serons inévitablement contaminés, si nous nous attardons ou formons des liens dans ce monde mauvais (1 Cor. 15 : 33 ; Nom. 19 : 11). L’exhortation est la même aujourd’hui : cessons de mal faire, apprenons à bien faire. Il faut se retirer de l’iniquité (2 Tim. 2 : 19). Le peuple avait constaté que son refus de consacrer son temps au service du Seigneur avait eu des conséquences douloureuses (Agg. 2 :16-17 ; Deut. 28 : 22). Or maintenant l’Eternel annonce un changement complet « dès ce jour et dorénavant. Il a lieu le vingt-quatrième jour du neuvième mois », car le temple a été fondé (v. 18) ! Dès ce jour, je bénirai, promet l’Eternel : la prospérité est assurée, malgré l’absence de semence, qui pourtant semble indispensable, du point de vue humain, pour espérer une récolte, qui sera même abondante (v. 19)  Mais là où les droits divins sont respectés, là où se tient un enfant de Dieu qui s’applique à marcher dans la justice pratique, la promesse du Seigneur Jésus aux siens s’accomplira. Recherchons donc premièrement le royaume de Dieu et toutes ces choses – celles qui sont nécessaires à la vie présente – nous seront données par-dessus (Matt. 6 : 33).   – un dernier encouragement, apportant des certitudes à Zorobabel et au peuple  En dernier message, reçu le jour même, contient des paroles de grâce adressées à Zorobabel. C’était un instrument dans la main de Dieu pour amener le peuple à obéir à Sa Parole. Son nom signifie : « né à Babylone » et son nom chaldéen, Sheshbatsar, se traduit, paraît-il par : « joyeux dans la tribulation » (Esd. 1 : 8). L’Eternel a des promesses en réserve pour ce pauvre réchappé de l’exil. Il avait dû être réveillé deux fois, ce qui est aussi souvent notre cas (Esd. 1 ; 5 : 1-2 ; Agg. 1 : 14) ! Le Seigneur va ébranler les cieux et la terre, renverser et détruire, mais « en ce jour-là », Il prendra Zorobabel, qu’Il appelle : « Mon serviteur ». Il sera mis à l’abri, entouré de soins particuliers. Dieu mettra sur lui comme un cachet, car Il l’a choisi. En Orient, un cachet est un objet de valeur (Cant. 8 : 6). Il porte le signe de l’identité de son possesseur ou même son image. On peut reconnaître dans ce descendant de David, un type de Christ, le libérateur établi par Dieu pour régner sur Israël. Au-delà de Zorobabel, l’Esprit de Dieu a en vue l’exaltation du Seigneur Jésus. Portons-nous de manière évidente devant tous l’empreinte de Christ ?     UN MESSAGE QUI A AUSSI UNE VOIX POUR NOUS, CHRÉTIENS Il y a un parallèle entre l’histoire de ce résidu et les jours actuels. Pendant de longs siècles, l’Eglise a été moralement dominée par l’esprit de ce monde. Certes, il y a eu un grand nombre de vrais croyants, fidèles selon la lumière qu’ils avaient reçue ; dans un jour à venir, ils marcheront avec Christ en vêtements blancs et recevront leur récompense. Toutefois l’Eglise professante, dans son ensemble a été et reste assujettie aux principes corrupteurs de ce monde, semblables à ceux de l’idolâtrie qui régnait à Babylone. Toutefois, par un travail remarquable de l’Esprit de Dieu, au début du dix-neuvième siècle, le peuple de Dieu a retrouvé les grandes vérités concernant Christ et l’Eglise. Un certain nombre de croyants, avec le désir de marcher selon la vérité, se sont séparés des systèmes humains qui, à des degrés divers, mettent de côté la vérité quant à Christ et à l’Assemblée. Ils ont abandonné les traditions, les coutumes des hommes, et tous les rites et les cérémonies inventés par eux. Ils se sont rassemblés autour de Christ, reconnaissant sa place comme chef de l’Assemblée et au Saint Esprit, la sienne, comme habitant au milieu de cette Assemblée. Mais leur prospérité spirituelle dépendait entièrement de la manière dont ces vérités seraient maintenues. Or l’énergie spirituelle a beaucoup diminué. Délivrés des hérésies grossières, nous risquons fort de ne plus respecter les grands principes de la Maison de Dieu. Nous pouvons sortir de la corruption de la chrétienté et pourtant ne pas sortir vers Lui hors du camp (Héb. 13 : 13). Ainsi se forment des rassemblements de croyants indépendants. Alors on ne marche pas dans la reconnaissance du seul Corps, dont Christ est la tête, et de la Maison où l’Esprit habite. Ainsi, on peut même devenir une simple mission évangélique, en laissant échapper peu à peu toutes les vérités retrouvées par grâce. Construire est une activité positive. Il est juste de se séparer de ce que la Parole de Dieu condamne, de se retirer du mal et de se purifier des vases à déshonneur. Mais il faut aussi poursuivre « la justice, la foi, l’amour et la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur » (2 Tim. 2 : 22). Mettons en pratique les grandes vérités concernant la Maison de Dieu : la sainteté, la dépendance et la soumission à Dieu. Un témoignage positif sera alors rendu à la grâce de Dieu ; Lui-même alors sera adoré « en esprit et en vérité » (Jean 4 : 24). La Parole de Dieu, telle qu’Il la fit entendre par le prophète Aggée, s’adresse à nous aussi, « encore maintenant » (Joël 2 : 12). Si nous prenons conscience de nos manquements, elle aura sûrement une voix pressante pour notre conscience et notre coeur.              

COMMENTAIRE SUR LES PSAUMES PAR SAINT AUGUSTIN – PSAUME 84 (1): LA VRAIE PIÉTÉ

7 octobre, 2013

http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/complements/psaumessaintaugustin.htm#_Toc71884797

COMMENTAIRE SUR LES PSAUMES PAR SAINT AUGUSTIN

PSAUME 84 (1): LA VRAIE PIÉTÉ

SERMON AU PEUPLE.

Dieu nous guérit par sa miséricorde, il nous ouvre les yeux afin de se montrer à nous, lui qui est la
lumière. Le psaume est pour les fils de Coré ou du Calvaire, il prédit l’avenir avec des termes du passé, parce que le Prophète voit sa prophétie accomplie en Dieu. Bénir la terre, en détourner l’esclavage, c’est nous délivrer du péché, comme il délivrait jadis Israël du joug que ses ennemis appesantissaient sur lui en punition de ses infidélités. Or, nous sommes par la foi enfants d’Israël en d’Abraham. Dieu donc nous délivre du joug de Satan par la rémission du péché. Sa colère ne sera donc pas éternelle, puisqu’il nous renouvellera cl nous donnera l’immortalité. Ainsi mettons notre joie en Dieu, et alors seulement elle sera durable, et par un effet de sa divine miséricorde nous comprendrons que tout bien vient de Dieu, et nul ne troublera nos délices. Quand nous jouiront de l’adoption, alors sous goûterons ces délices que nous n’avons aujourd’hui qu’en espérance; nous verrons Dieu face à face et dans cette beauté dont rien ne peut ici-bas nous donner une image. Nous aurons alors la paix qui est impossible en cette vie, puisqu’il nous faut lutter contre nos passions, et contre nos besoins. Et pois ne qui nous récrée ne peut se prolonger sans nous nuir, et même sans nous tuer, tandis que Dieu nous donnera une paix parfaite. Aimons-le donc alu de nous rapprocher de lui. La vérité chez les Juifs, la miséricorde chez les Gentils se sont rencontrées dans le peuple chrétien, de même que la justice et la pair. Si nous voulons la seconde, pratiquons la première, et la pain viendra l’embrasser. La vérité qui naît de la terre, c’est le Christ né d’une femme, afin de nous racheter par sa mort; ou bien encore la confession des péchés, et alors la justice a regardé cette vérité dans le publicain. Ainsi le Seigneur nous fera goûter les douceurs de la piété, et dans les actes de justice une douceur bien supérieure à celle du péché. Faisons marcher devant nous la justice ou l’aveu, et Dieu viendra en nous.
1. Nous venons de prier le Seigneur notre Dieu, de nous montrer sa miséricorde, et de nous donner son Sauveur. Ces paroles étaient une prophétie quand le psaume fut composé et chanté; mais aujourd’hui déjà le Seigneur a manifesté sa miséricorde aux Gentils, et leur a donné le salut. Il l’a manifestée sans doute, mais un grand nombré ne veulent pas être guéris, ni voir ce qu’il leur a montré. Or, comme c’est lui qui guérit les yeux du coeur, afin que nous puissions le voir, le Prophète, après avoir dit: « Montrez-nous votre miséricorde », ajoute: « Et donnez-nous votre Sauveur », comme s’il prévoyait que beaucoup d’aveugles diraient: Comment pourrons-nous voir ce qui commence à poindre? Nous donner le salut, c’est en effet nous guérir, afin que nous puissions voir ce qu’il nous a montré: Dieu n’agit point comme le médecin qui guérit pour montrer cette lumière à ceux qu’il a guéris: autre est la lumière qu’il fera voir, et autre le médecin qui guérit pour montrer la lumière, sans être cette lumière lui-même. Il n’en est pas ainsi de notre Dieu; il est le médecin qui nous guérit, afin de nous montrer la lumière, et cette lumière que nous pourrons voir, c’est lui-même. Parcourons maintenant le psaume, autant que nous le pouvons, autant que Dieu nous le permettra dans sa grâce, et aussi brièvement que l’exige le peu de temps qui nous est donné.
2. Il a pour titre: « Pour la fin, aux enfants de Coré, Psaume 1 ». N’entendons par cette fin que celle dont l’Apôtre a dit: « Le Christ est la fin de la loi pour justifier ceux qui croiront 2 ». Ainsi donner au psaume ce titre: « Pour la fin », c’était de la part du Prophète élever nos coeurs à Jésus-Christ. Nous ne pouvons errer en fixant les yeux sur lui, il est la vérité où nous nous hâtons d’arriver, et la voie par laquelle nous y courons 3. Qu’est~ce à dire: « Aux fils de Coré? » Ce nom de Coré, en hébreu, se traduit par chauve; donc « aux fils de Coré », signifie aux fils du chauve. Quel est ce chauve? non plus pour le tourner en dérision, mais pour pleurer à ses pieds. D’autres se sont moqués de lui, et sont devenus la proie du démon:ainsi qu’il est dit au Livre des Rois à propos d’Elisée, que des enfants insultèrent en criant derrière lui: « Chauve, chauve », et voilà que deux ours sortirent des forêts, dévorèrent ces insolents 4, et plongèrent leurs pères dans le deuil. Cet événement était une prophétie qui marquait
1. Ps. LXXXIV, 1. — 2. Rom. X, 4. — 3. Jean, XIV, 6. — 4. IV Rois, II, 23, 24.
par avance Jésus-Christ Notre Seigneur. il fut tourné en dérision, comme s’il eût été chauve, par ces mêmes Juifs qui le crucifièrent au lieu du Calvaire 1. Mais nous, si nous croyons en lui, nous sommes ses enfants. C’est donc pour nous que ce psaume est chanté, puisqu’il a pour titre: « Aux fils de Coré »: nous sommes les fils de l’Epoux 2. Pour lui, il est bien l’Epoux, puisqu’il donne pour arrhes à son épouse, son sang et son Esprit-Saint, dont il nous a enrichis dans cette terre étrangère, nous réservant des richesses invisibles. S’il nous donne un tel gage, que ne nous réserve-t-il point?
3. Aussi le Prophète use-t-il de termes qui semblent appartenir au passé, bien qu’il chante l’avenir; il parle de l’avenir comme au passé, car en Dieu ce qui doit arriver est déjà fait. Là donc le Prophète voyait notre avenir, il le voyait comme un fait accompli dans les desseins de sa providence et dans son infaillible prédestination. C’est ainsi que dans ce psaume où chacun reconnaît le Christ, et qu’on lit comme si l’on récitait l’Evangile, le Prophète a dit: « Ils ont percé mes mains et mes pieds. Ils ont compté tous mes os: ils m’ont regardé, ils m’ont considéré avec curiosité, ils se sont partagé mes vêtements, et ont tiré ma robe au sort 3». Qui pourrait lire ce psaume sans reconnaître l’Evangile? Et pourtant, quand le Prophète parlait dans le psaume,
il ne disait point: Ils perceront mes mains et mes pieds; mais bien: « ils ont percé mes mains et mes pieds »; ni: Ils compteront mes os; mais: « Ils ont compté mes os ». Ni: Ils se partageront mes vêtements; mais: « Ils se sont partagé mes vêtements ». Le Prophète lisait dans l’avenir, et parlait au passé. Ainsi encore il dit ici: « Seigneur, vous avez béni votre terre », comme si Dieu l’avait déjà fait alors.
4. « Vous avez détourné l’esclavage de Jacob 4 ». Jacob était jadis le peuple de Dieu, le peuple d’Israël, né de la race d’Abraham, et qui devait un jour hériter des promesses de Dieu. Tel est donc l’e peuple avec qui Dieu conclut l’Ancien Testament; mais cet ancien Testament était la figure du Nouveau. L’un était la figure, l’autre, était la réalité. Dieu, pour tracer une figure de l’avenir, donne à ce peuple une terre qu’il lui avait promise, dans un pays qu’habita la nation juive, et dans lequel
1. Matth. XXVII, 31. — 2. Id. IX, 15. — 3. Ps. XXI, 17-19. — 4. Id. LXXXIV, 2.
était cette Jérusalem que nous connaissons tous. Ce peuple donc, mis en possession de cette terre, avait beaucoup à souffrir de la part des peuples qui l’environnaient; et quand il péchait contre son Dieu, il tombait dans l’esclavage; Dieu voulant, non point le détruire, mais le redresser, comme un père qui châtie, mais sans maudire. Après la captivité venait la délivrance; souvent esclave, souvent délivrée, cette nation est enfin tombée dans l’esclavage, à cause du crime énorme qu’elle a commis én crucifiant son Seigneur. Que signifie donc, à l’égard du peuple juif, cette parole du Prophète: « Vous avez détourné l’esclavage de Jacob? » Nous faut-il entendre ici une autre captivité dont nous voulons tous être délivrés? Car nous appartenons tous à Jacob, si nous appartenons à la race d’Abraham. L’Apôtre a dit en effet: «C’est Isaac qui sera nominé votre fils, c’est-à-dire que les enfants selon la chair ne sont point pour cela enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés enfants d’Abraham 2». Si donc les enfants de la promesse sont réputés enfants d’Abraham, les Juifs en sont déchus par leurs péchés contre Dieu; et nous, en méritant bien de Dieu, nous sommes devenus fils d’Abraham, non plus selon la chair, mais selon la foi. En imitant la foi d’Abraham, nous sommes devenus ses enfants, et eux, en dégénérant de sa foi, ont perdu l’héritage. Et pour que vous sachiez qu’ils ont perdu la gloire d’être nés d’Abraham, le Sauveur Jésus-Christ les entendant se vanter avec orgueil de la noblesse de leur sang, plutôt que d’une sainte vie, alors qu’ils lui disaient: « Nous avons Abraham pour père »; le Seigneur leur répondit comme à des enfants dégénérés: « Si vous êtes les fils d’Abraham, faites les oeuvres d’Abraham 2» Si donc ils n’étaient plus les fils d’Abraham, par cela même qu’ils n’en faisaient pas les oeuvres; nous qui faisons les oeuvres d’Abraham, nous en serons les enfants. Or, quelles sont ces oeuvres d’Abraham que nous faisons? Abraham crut à Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice 3. Nous sommes donc tous fils de Jacob, si nous imitons la foi d’Abraham, qui crut à Dieu, et qui trouva la justice dans cette foi. Or, quel est cet esclavage dont nous voulons être délivrés? Car je ne connais personne d’entre nous, captif chez les barbares,
1. Rom. IX, 7, 8.— 2. Jean, VIII, 39. — 3. Gen. XV, 6; Gal, III, 6.
et nul peuple armé n’est venu nous envahir, et nous réduire à la captivité. Et néanmoins je vais vous montrer que nous gémissons dans un certain esclavage, dont nous souhaitons la délivrance. Que l’apôtre saint Paul nous le dise plutôt lui-même; qu’il soit notre miroir, qu’il nous parle, et nous, considérons ses paroles. Il n’est personne qui ne se reconnaisse ici. Voici donc ce que dit le saint Apôtre: « En moi l’homme intérieur trouve des charmes dans la loi de Dieu ». Cette loi me cause une joie dans mon coeur. « Mais je vois une autre loi dans mes membres, et qui répugne à la loi de l’esprit ». Tu vois la loi, tu comprends la lutte, mais tu n’as pas encore entendu l’esclavage; écoute alors ce qui suit: «Cette loi répugne à la loi de l’esprit, et me tient captif sous la loi du péché qui est dans mes membres 1». Telle est donc la captivité, et qui de nous, mes frères, n’en voudrait être délivré? D’où viendra la délivrance? Car c’est pour l’avenir que le psaume a chanté: « Vous avez détourné l’esclavage de Jacob ». A qui parle-t-il ainsi? Au Christ qui est notre fin, à Coré dont nous sommes les enfants: c’est lui qui a détourné de Jacob la captivité. Ecoute encore saint Paul qui le proclame. Quand il dit qu’il est traîné en captivité par la loi des membres, qui répugne à la loi de l’esprit, il s’écrie dans cette captivité: « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera du corps de cette mort? » Qui me délivrera? dit-il; et il répond: « La grâce de Dieu, par Jésus-Christ Notre Seigneur 2». C’est d’elle que le Prophète a dit à ce même Jésus-Christ Notre Seigneur: « Vous avez détourné la captivité de Jacob ». Comprenez bien la captivité de Jacob, et comprenez que Dieu nous en délivre, non plus en nous délivrant des barbares qui n’ont pas fait main basse sur nous, mais en nous délivrant de nos péchés, de nos oeuvres mauvaises, qui nous assujettissaient à l’empire de Satan. Car être délivré de ses péchés, c’est échapper à l’empire du prince des péchés.
5. Comment donc le Seigneur détourne-t-il de Jacob cette captivité? Voyez qu’il s’agit ici d’une délivrance spirituelle, voyez que tout se passe à l’intérieur. « Vous avez remis », dit le Prophète, « l’iniquité de votre peuple, vous avez couvert ses péchés 3 ». C’est donc par la rémission des fautes que Dieu
1. Rom, VII, 22-25. — 2. Id.— 3. Ps, LXXXIV, 3.
détourne la captivité. Lé péché te retenait captif; la liberté vient avec la rémission. Confesse donc ta captivité afin de mériter ta délivrance. Comment invoquer un libérateur, quant on ne connaît point son ennemi? « Vous avez couvert tous ses péchés 1». Qu’est-ce à dire, « vous avez couvert? » De manière à ne plus les voir. Qu’est-ce à dire, ne plus les voir? N’en point tirer vengeance. Vous n’avez point voulu voir nos péchés,et ne voulant point les voir, vous ne les avez point vus. « Vous avez couvert tous nos péchés; vous avez apaisé votre colère, vous avez fait cesser la fureur de votre indignation 2».
6. Et comme le Prophète parle de l’avenir, bien qu’il se serve du passé, il ajoute: « O Dieu de notre salut, ramenez-nous ». Comment demander l’accomplissement de ce qu’il raconte comme un fait accompli, sinon parce qu’il veut nous montrer qu’il s’est servi du passé pour annoncer l’avenir? Mais ce qu’il nous donnait comme accompli ne l’est pas encore; nous le voyons, puisqu’il en demande l’accomplissement. « O Dieu de notre salut, ramenez-nous, détournez de nous votre colère 3 ». Tout à l’heure, ô Prophète, ne disais-tu point: « Vous avez détourné la captivité loin de Jacob, vous avez couvert toutes ses fautes, apaisé votre colère, et ex fait cesser la fureur de votre indignation? » Comment dire maintenant: « Détournez de nous votre colère? » Le Prophète nous répond: J’ai parlé comme d’un fait accompli, parce que je le vois dans l’avenir; mais comme il n’est point accompli, j’appelle de mes voeux la réalisation de ce que j’ai vu. « Détournez de nous votre colère ».
7. « Votre colère contre nous ne sera point éternelle ». C’est par la colère de Dieu que nous devons mourir, par la colère de Dieu, que sur cette terre, dans l’indigence et dans la pauvreté, nous mangeons notre pain à la sueur de notre front. C’est la sentence qu’entendit Adam après le péché 4. Or, nous étions tous ce même Adam, puisque nous mourons tous en lui; la sentence qui le frappa, a frappé toute sa race. Nous n’étions pas tels que nous sommes, nous étions en Adam. Tout ce qui lui est arrivé, nous est arrivé aussi, et nous devons mourir parce que nous étions, en lui. Les péchés que commettent
1. Ps. LXXXIV, 4. — 2. Id. 5. — 3. Id. 6. — 4. Gen. III, 19.
les parents, après la naissance des enfants, ne regardent point les enfants; car ces enfants, une fois nés, sont alors à eux-mêmes, comme les parents sont à eux-mêmes. Mais que ces enfants une fois nés suivent les égarements des parents, ils doivent partager leur sort: si, au contraire, loin d’imiter leurs parents coupables, ils suivent une voie meilleure, ils se font des mérites propres, qui ne sont plus les mérites des parents. Il est tellement vrai que les péchés de tes pères ne te nuiront point, si tu te convertis, qu’ils ne nuiraient même pas à ces mêmes parents, s’ils se convertissaient. Mais c’est d’Adam que nous tirons cette racine qui nous assujettit à la mort. Que nous vient-il de lui? Cette fragilité de la chair, ce foyer de douleur, cette maison de pauvreté, cette chaîne de la mort, ces pièges de la tentation. Nous portons tous ces maux dans notre chair; c’est l’effet de la colère de Dieu, parce que telle est sa vengeance. Mais comme nous devions être régénérés, reprendre par la foi une vie nouvelle, en sorte que la résurrection fît disparaître en nous toute nature mortelle, et que tout l’homme fût renouvelé: car de même que tous meurent en Adam, tous vivront dans le Christ 1; c’est ce qu’a vu le Prophète, qui s’écrie: « Que votre colère ne soit pas éternelle, et qu’elle ne s’étende pas de génération en génération ». La race première est devenue mortelle par un effet de votre colère, que votre miséricorde donne à l’autre race l’immortalité.
8. Où est donc, ô homme, où est ta part de mérite? Est-ce dans cette conversion qui t’a fait trouver la divine miséricorde, quand ceux qui ne se sont point convertis ont rencontré la colère? Aurais-tu pu te convertir sans l’appel de Dieu? Dieu, en te rappelant dans tes égarements, ne t’a-t-il point donné de te convertir? N’attribue donc pas à toi-même ta conversion; car si Dieu ne t’eût rappelé de ta fuite, tu n’aurais pu te convertir, Aussi le Prophète, attribuant à Dieu le bienfait de notre conversion, le supplie en disant: « C’est vous, ô Dieu, qui en nous convertissant, nous donnerez la vie ». Ce n’est point nous qui, sans votre miséricorde et spontanément nous convertirons à vous, pour recevoir de vous la vie; mais « c’est vous qui nous convertirez pour nous
1. I Cor. XV, 22.
p289
donner la vie »; en sorte que nous tiendrons de vous, non seulement la vie, mais aussi la conversion qui aboutit à la vie. « O Dieu, en nous convertissant, vous nous donnerez la vie, et votre peuple se réjouira en vous 1 ». Pour son malheur, il prenait sa joie en lui-même; pour son bonheur, il la prendra en vous. Quand il a voulu trouver en lui la joie, il n’a trouvé que des sujets de larmes. Maintenant que Dieu est toute noire joie, que celui qui veut se réjouir en toute sécurité, se réjouisse en Celui qui ne peut périr. A quoi bon, mes frères, mettre votre joie dans l’argent? Cet argent périra, ou toi-même; et nul ne sait qui des deux périra le premier; ce qui est certain, c’est que l’un et l’autre périront, l’incertitude ne plane que sur le premier. Car l’homme ne peut demeurer toujours ici-bas, non plus que son argent; il en est de même de l’or, des vêtements, d’un palais, des richesses, des grands domaines et enfin de cette lumière elle-même. Loin de toi donc d’y mettre ta joie; mais réjouis-toi de cette lumière qui n’a point de couchant, réjouis-toi dans ce jour qui n’a ni hier, ni lendemain, Quelle est cette lumière? « Je suis », dit le Sauveur, « la lumière du monde 2 ». Celui qui te dit: « Je suis la lumière du monde », est celui-là même qui t’appelle à lui. Pour lui, t’appeler c’est te convertir, te convertir c’est te guérir, te guérir c’est te faire voir celui qui t’a converti et à qui il est dit: « Ton peuple se réjouira en toi ».
9. « Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde ». Voilà ce que nous avons chanté, et déjà nous avons dit: « Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous votre salut 3 »: « Votre salut », ou votre Christ. Bienheureux celui à qui Dieu a montré sa miséricorde. Car il ne peut plus s’enorgueillir, celui qui a vu la miséricorde du Seigneur. Lui montrer en effet cette miséricorde, c’était lui persuader que tout le bien qui est en l’homme, n’y est que par celui qui est tout notre bien. Or, quand l’homme comprend que tout le bien qui est en lui, vient de Dieu, et non de lui-même, il voit facilement que tout ce qu’il a de louable, vient de la divine miséricorde, et non de son propre mérite. A cette vue, il est loin de s’enorgueillir: sans orgueil, il ne s’élève point; sans élévation, il ne tombe point; s’il ne tombe point, il se
1. Ps. LXXXIV, 7. — 2. Jean, VIII, 12. — 3. Ps. LXXXIV, 8.
tient debout; en se tenant debout, il s’attache à Dieu; s’attachant à Dieu, il demeure en lui; et demeurant en Dieu, il en jouit, il tressaille dans le Seigneur son Dieu. Celui qui l’a créé devient ses délices; et ces délices, nul ne peut les corrompre, les troubler, les lui ôter. Quelle puissance pourrait le menacer de les lui ôter? Quel voisin jaloux, quel voleur, quel homme rusé pourrait t’enlever ton Dieu? Ce que tu as d’extérieur, on peut te l’enlever totalement; mais ce que tu as dans le coeur, nul ne peut te l’enlever. Telle est cette miséricorde, que Dieu veuille bien nous la montrer. « Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous votre salut ». Donnez-nous votre Christ, c’est en lui qu’est votre miséricorde. Disons-lui, nous aussi: Donnez-nous votre Christ. Il nous l’a déjà donné, il est vrai; disons-lui néanmoins: Donnez-nous votre Christ, puisque nous lui disons: « Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien 1 ». Et quel est notre pain, sinon celui qui a dit: « Je suis le pain vivant descendu du ciel 2? » Disons-lui donc: Donnez-nous votre Christ. Déjà il nous l’a donné, mais dans soin humanité; or, celui qu’il nous a donné comme homme, il nous le donnera comme Dieu. Aux hommes il a donné un homme, car il le leur a donné à la manière dont ils pouvaient le recevoir, et nul homme ne pouvait recevoir un Christ en sa gloire divine. Il s’est donc fait homme pour les hommes, tout en réservant aux dieux sa divinité. Ma parole n’est-elle point trop hardie? Elle serait hardie, en effet, si lui-même n’avait dit: « Je l’ai dit: Vous êtes des dieux, vous êtes tous les enfants du Très-Haut 3». C’est pour cette adoption que nous sommes renouvelés, c’est pour devenir les enfants de Dieu. Nous le sommes déjà, mais par la foi: nous le sommes en effet, mais en espérance et non en réalité. Car l’Apôtre nous l’a dit: « Nous sommes sauvés par l’espérance; et l’espérance qui verrait ne serait plus l’espérance. Comment espérer ce que l’on voit déjà? Si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous l’attendons par la patience 4 ». Qu’est-ce que « nous attendons par la patience », sinon de voir ce que nous croyons? Maintenant nous croyons ce que nous ne voyons pas: mais en demeurant fermes dans ce que nous croyons
1. Matth. VI, 11. — 2. Jean, VI, 41. — 3. Ps, LXXXI, 6; Jean, X, 34. — 4. Rom. VIII, 24, 25,
sans le voir, nous mériterons de voir ce que nous croyons. Aussi que nous dit saint Jean dans son épître? « Mes bien-aimés, nous sommes les fils de Dieu, et ce que nous devons être un jour n’apparaît pas encore 1 ». Quel homme ne bondirait de joie, s’il se trouvait dans une terre étrangère, sans connaître sa parenté, en proie à l’indigence, à la misère, à la fatigue, et qu’on vint tout à coup lui dire: Tu es le fils de tel sénateur; ton père est puissamment riche, et jouit en paix de ses biens, je viens te conduire près de ton père? quelle ne serait point sa joie, si ce langage n’était point trompeur? Voilà que l’Apôtre du Christ, qui ne peut nous tromper, vient vous dire: Pourquoi ce désespoir en vous? Pourquoi cette affliction, ce chagrin qui vous accable? Pourquoi suivre ainsi vos convoitises, et voulez-vous souffrir la disette parmi ces faux plaisirs? Vous avez un père, vous avez une patrie; vous avez un patrimoine. Quel est ce père? « Mes bien-aimés, nous sommes enfants de Dieu ». Pourquoi ne voyons-nous pas encore notre Père? «Ce que nous devons être un jour n’apparaît pas encore ». Nous le sommes dès à présent, mais en espérance: car « ce que nous devons être n’est pas visible ». Que serons-nous? « Nous savons », poursuit l’Apôtre, « que quand il apparaîtra, nous serons semblables à lui, puisque nous le verrons tel qu’il est 2 ». Mais c’est du Père qu’il parle ainsi: n’a-t-il donc rien dit du Fils Notre Seigneur Jésus-Christ? Serons-nous heureux en voyant le Père, sans voir le Fils? Ecoute le Christ lui-même: « Quiconque me voit, voit mon Père 2 ». Voir un seul Dieu, c’est voir la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Et pour comprendre plus expressément encore que la vue du Fils constituera notre bonheur, et qu’il n’y a nulle différence entre voir le Père et voir le Fils: écoute cette parole du Fils dans l’Evangile: « Celui qui m’aime garde mes commandements, et moi je l’aimerai, et je me montrerai à lui 3 ». Il parlait à ses disciples, et néanmoins il disait: « Je me montrerai à lui 4». Pourquoi? N’était-ce point lui-même qui parlait? Mais c’était la chair qui voyait la chair, et le coeur ne voyait point la divinité. Or, la chair a vu la chair, afin que le coeur fût purifié par la foi et pût voir Dieu. Car il est dit de Dieu qu’ « il
1. I Jean, III, 2.— 2. Id. — 3. Jean, XIV, 9. — 4. Id. 21.
purifie nos coeurs par la foi 1». Et le Seigneur a dit: « Bienheureux les coeurs purs, parce qu’ils verront Dieu 2 ». Il a donc promis de se montrer à nous. Or, considérez, mes frères, quelle est sa beauté. Toutes ces beautés qui vous plaisent et qui flattent votre vue, c’est lui qui les a créées. Si telle est la splendeur de ses oeuvres, lui-même que sera-t-il? Si telle est leur magnificence, quelle sera sa grandeur? Donc tout ce que nous aimons ici-bas, doit nous porter à le désirer, à mépriser toutes ces créatures, pour n’aimer que lui, et par cet amour purifier nos coeurs dans la foi, afin qu’à son apparition il trouve en nous un coeur pur. Cette splendeur qui nous apparaîtra doit nous trouver guéris; telle est aujourd’hui l’oeuvre de la foi. Aussi disons-nous ici-bas: « Donnez-nous votre salut »; donnez-nous votre Christ; puissions-nous connaître ce Christ et le voir, non point comme l’ont vu les Juifs qui l’ont crucifié, mais comme le voient les anges dont il fait la joie.
10. « J’écouterai ce que dira en moi le Seigneur Dieu 3 » Ainsi dit le Prophète; Dieu lui parlait intérieurement, tandis que le bruit du monde éclatait au dehors. Il se sépare alors de ce monde tumultueux, il se retire en lui-même, pour passer de lui-même à celui dont il entend la voix. Il se bouche en quelque sorte l’oreille pour ne rien entendre du bruit tumultueux de cette vie, ni du trouble d’unie âme appesantie par le poids du corps, ni de ces pensées nombreuses de l’esprit qu’étouffe une habitation terrestre: « J’écouterai », dit-il, « ce que dira en moi le Seigneur Dieu ». Il a entendu, quoi? « que le Seigneur donnera des paroles de paix à son peuple ». Donc la voix du Christ, la voix de Dieu, c’est la paix, qui nous convie à la paix. Courage! nous dit-elle, aimez la paix, vous tous qui n’êtes pas encore établis dans la paix. Que pourriez-vous désirer de moi, qui soit meilleur que la paix? Qu’est-ce que la paix? l’absence de toute guerre. Quand n’y a-t-il plus de guerre? quand il n’y a ni contradiction, ni résistance, ni antagonisme. Jugez par là si nous sommes en paix, voyez si nous n’avons point de lutte contre le diable, si les fidèles et tous les saints ne sont point en guerre avec le prince des démons. Et comment lutter avec celui qui est invisible? Ils combattent contre leurs convoitises dont il se
1. Act. XV, 9.— 2. Matth. V, 8.— 3. Isa. LXXXIV, 9.— 4. Sag. IX, 15.
sert pour suggérer le péché; or, c’est combattre que refuser de consentir à ces suggestions, et ne point succomber. La paix n’est donc point avec la lutte. Montrez-moi un homme qui ne ressente aucun aiguillon dans sa chair, et qui puisse une dire qu’il est en paix. Peut-être n’est-il plus ébranlé par ces coupables voluptés, mais il en ressent du moins les suggestions: ou le démon lui suggère ce qu’il méprise, ou il trouve quelque charme dans la continence. Et s’il ne trouve aucun charme dans ce qui est criminel, il a du moins à combattre chaque jour la faim et la soif. Quel homme juste en est exempt? Nous sommes donc en lutte avec la faim, avec la soif, en lutte avec la fatigue du corps, en lutte avec le plaisir du sommeil, en lutte avec l’accablement. Nous voulons veiller, nous sommeillons; nous voulons jeûner, nous souffrons de la faim et de la soif; nous voulons demeurer debout, la fatigue nous abat. Nous voulons nous asseoir, et le faire trop longtemps est encore une lassitude. Tout ce que nous recherchons comme un soulagement, nous devient ensuite une peine. Tu as faim, dira quelqu’un; oui, répons-tu. Et il te sert à manger. Il le fait pour rétablir tes forces; prends longtemps de ces nourritures; tu veux te restaurer, continue alors; et par là, ce qui devait réparer tes forces le causera une lassitude. Las d’être assis, tu te lèves, tu marches pour te délasser; mais continue ce délassement, et bientôt une longue marche te fatiguera; et tu chercheras encore un siège. Trouve-moi un délassement qui, en se prolongeant, n’arrive à te fatiguer. Quelle est donc cette paix que peuvent goûter les hommes, au milieu de tant d’obstacles, de tant de désirs, de tant de misères, de lassitudes? Ce n’est point là une véritable paix, une paix parfaite. Que sera donc la paix dans sa perfection? «Ce corps corruptible doit se ex revêtir d’incorruption, cette chair mortelle d’immortalité: et alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture: La mort est absorbée dans sa victoire. O mort, où est ton aiguillon? ô mort, où est ta prétention 1? » Comment la paix serait-elle parfaite avec la mort? c’est de la mort que viennent ces lassitudes, jusque dans nos délassements. Tout cela vient de la mort, puisque nous portons un corps mortel; et qui est mort, selon l‘Apôtre, même
1. I Cor. XV, 53-55.
avant que l’âme en soit séparée: « Le corps », dit-il, « est mort à cause du péché 1 ». Prolonge en effet longtemps ce qui te soutient, il deviendra mortel; prolonge trop un festin, tu en mourras; prolonge trop, un jeûne, tu en mourras; demeure toujours assis, sans te lever jamais, tu en mourras; marche toujours sans prendre aucun repos, tu en mourras prolonge tes veilles sans vouloir du sommeil, tu en mourras; dors toujours, sans vouloir t’éveiller, tu en mourras. Mais quand la mort sera absorbée dans sa victoire, ces maux ne seront plus, ils feront place à une paix complète et satis fin. Nous habiterons une certaine ville, mes frères, et quand j’en parle je ne voudrais jamais finir, surtout quand je vois se multiplier les scandales. Qui ne soupirerait après cette cité bienheureuse, d’où nul ami ne sort, où n’entre nul ennemi, où il n’y a ni tentation, ni sédition, ni schisme dans le peuple de, Dieu, nul instrument du diable pour affliger l’Eglise, puisque le prince des démons est jeté dans les flammes éternelles, et avec lui tous ses suppôts, qui n’ont point voulu se séparer. de lui? Une paix parfaite régnera donc parmi les enfants de Dieu, qui s’aimeront, se verront pleins de Dieu, car Dieu sera tout en tous 2. C’est donc Dieu que nous verrons tous, Dieu que nous posséderons tous, Dieu qui sera notre paix à tous. Quels que soient ses dons ici-bas, lui seul alors nous tiendra lieu de tout don: il sera pour nous la paix entière et parfaite. Telle est la paix qu’il annonce à son peuple, et la paix que voulait entendre celui qui dit ici: «J’écouterai ce que dira en moi le Seigneur Dieu ses paroles de paix sur son peuple et sur ses saints, et sur tous ceux qui tournent vers lui leur coeur 3». Courage, mes frères ! Voulez vous avoir cette paix que vous annonce le Seigneur? Tournez votre coeur vers lui, non point à moi, non point à cet autre, non point à un homme, quel qu’il soit. Tout homme en effet qui voudra s’attirer les coeurs des hommes, doit périr avec eux. Or, quel est le parti le plus avantageux, ou de tomber avec l’homme vers qui vous tournez vos pensées, ou de vous tenir debout avec l’émule de votre conversion? Ce n’est qu’en Dieu que nous trouvons notre joie, notre paix, notre repos, la fin de nos chagrins. « Bienheureux ceux u qui tournent leurs coeurs vers vous ».
1. Rom. VIII, 10. — 2. I Cor. XV, 28. — 3. Ps. LXXXIV, 9.
11. « Toutefois sa grâce qui sauve est près de ceux qui le craignent 1». Plusieurs le craignaient jadis dans le peuple juif. Sur toute la terre on adorait des idoles; on craignait les démons, et non le Seigneur; les Juifs seuls craignaient Dieu. Mais d’où venait cette crainte? Dans l’Ancien Testament, on craignait que Dieu ne soumît à la domination des ennemis, qu’il n’enlevât les terres, qu’il ne ravageât les vignes par la grêle, qu’il ne frappât les épouses de stérilité, qu’il n’enlevât les enfants. Ces promesses charnelles enchaînaient des âmes faibles, et les retenaient dans la crainte de Dieu; mais lui-même était proche de ceux qui le craignaient pour ces biens. Le païen demandait quelque terre au démon, le juif demandait quelque terre à Dieu; la demande était la même, et non celui à qui on l’adressait. Le juif demandait ce que le païen demandait, et toutefois il différait du païen, en ce qu’il invoquait celui qui avait tout fait. Et Dieu était proche des Juifs, loin des idolâtres: et néanmoins il jeta les yeux sur ceux qui étaient éloignés, comme sur ceux qui étaient proches, selon ces paroles de l’Apôtre: « Il est venu prêcher la paix à vous qui étiez éloignés, et la paix à ceux qui étaient proches 2 ». Quels sont les proches, selon lui? Les Juifs, parce qu’ils adoraient un seul Dieu. Selon lui encore, quels étaient les peuples éloignés? Les Gentils, parce qu’ils avaient abandonné le Créateur pour adorer leurs propres oeuvres. Car ce n’est point par les lieux, mais par les affections que l’on s’éloigne de Dieu. Aimes-tu Dieu? tu es près de lui. Le hais-tu? tu es éloigné. Dans un même lieu, lu peux être auprès de Dieu, ou loin de lui. Voilà donc, mes frères, ce qu’a vu le Prophète; bien qu’il ait vu la miséricorde de Dieu s’étendre en général sur tous les hommes, il a compris que Dieu avait pour les Juifs une affection toute particulière, et il s’écrie: « Toutefois, j’écouterai ce que dira en moi le Seigneur Dieu, parce qu’il annoncera la paix à son peuple ». Et son peuple ne sera pas seulement formé du peuple juif, il sera recruté parmi les nations. « Car le Seigneur fera entendre des paroles de paix sur ses fidèles, sur ceux dont le coeur se tourne vers lui », et sur tous ceux qui dans tous les lieux de la terre doivent se convertir à lui de tout leur coeur. « Toutefois son salut est proche de
1. Ps. LXXXIV, 10. — 2. Ephés. II, 17.
ceux qui le craignent, et sa gloire habitera notre terre »; c’est-à-dire que ta principale gloire habitera dans la terre natale du Prophète; parce que c’est là que commencera la prédication du Christ. De là vinrent les Apôtres envoyés tout d’abord; de là les Prophètes là fut le temple de Dieu, où l’on sacrifiait au vrai Dieu; là les Patriarches, là encore celui qui est né de la race d’Abraham, le Christ s’est manifesté, là il est apparu; de là est la vierge Marie qui a enfanté le Christ. C’est la terre que ses pieds ont parcourue, qu’il a illustrée de ses miracles. Enfin il a fait à ce peuple cet honneur de répondre à la chananéenne qui lui demandait le salut de sa fille: « Je ne suis envoyé que vers les brebis d’Israël, qui se sont égarées 1». Voilà ce qu’envisage le Prophète, quand il s’écrie: « Toutefois son salut est près de ceux qui le craignent, et sa gloire habitera notre terre ».
12. « La miséricorde et la vérité se sont rencontrées 2 ». La vérité s’est trouvée en notre terre dans la personne des Juifs, et la miséricorde en la terre des Gentils. Où était en effet la vérité? Dans les oracles de Dieu. Où était la miséricorde? En ceux qui avaient abandonné leur Dieu pour se tourner vers les démons. Mais Dieu les a-t-il méprisés? Il a dit au contraire: Appelez ces hommes qui fuient au loin, et qui se séparent de moi par de longs espaces; qu’on les appelle, qu’ils me trouvent, alors que je les cherche, puisqu’ils ne veulent point me chercher. Donc « la miséricorde et la vérité se sont rencontrées; la justice et la paix se sont embrassées ». Fais la justice, et tu auras la paix; afin que la justice et la paix s’embrassent en toi. Sans l’amour de la justice, tu n’auras aucune paix. La justice et la paix se tiennent et s’embrassent, et faire la justice, c’est rencontrer la paix qui l’embrasse. Ce sont deux amies, et toi, sans faire l’une, tu voudrais peut-être posséder l’autre. Il n’est personne pour ne point désirer la paix, mais tous ne veulent point faire la justice. Demandez à tous les hommes: Voulez-vous la paix? Le genre humain tout entier n’aura que cette réponse: Je la veux, je la désire, je la souhaite, je l’aime. Aime encore la justice, parce que la justice et la paix sont deux amies qui se tiennent embrassées. Si tu n’aimes point l’amie de la paix, cette paix ne t’aimera point, et ne
1. Matth. XV, 24. — 2. Ps. LXXXIII, 11.
viendra pas en toi. Qu’y a-t-il de grand à désirer la paix? Tout méchant aime la paix, car la paix est un bien. Mais fais la justice, parce que la justice et la paix s’embrassent et ne sont point en désaccord, A quoi bon être en guerre,avec la justice? La justice te dit: Ne vole point, et tu n’entends pas; Ne commets point l’adultère, et tu ne veux pas entendre; Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux point qu’on te fasse; ne dis pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te dise. Tu es l’ennemi de mon amie intime, te répond la paix, à quoi bon me chercher? Je suis l’amie de la justice, et je fuis quiconque est l’ennemi de cette amie. Veux-tu donc arriver à la paix? Fais les oeuvres de la justice, De là vient cette parole d’un autre psaume: « Détourne-toi du mal, et fais le bien » (c’est là aimer la justice); et quand lu auras évité le mal et fait le bien, « cherche la paix, et puis suis-la 1 ». Car alors tu ne la chercheras pas longtemps, mais elle se présentera d’elle-même à toi, afin d’embrasser la justice.
13. « La vérité est née de la terre, et la justice a regardé du ciel 2». « La vérité est née de la terre », c’est le Christ qui est né d’une femme. « La vérité est née de la terre », c’est le Fils de Dieu issu de la chair. Qu’est-ce que la vérité? Le Fils de Dieu. Qu’est-ce que la terre? La chair. Cherche d’où est le Christ, et tu verras que « la vérité est née de la terre ». Mais cette vérité née de la terre était avant- la terre, et c’est par elle que le ciel et la terre ont été faits. Mais afin que la justice regardât du ciel, c’est-à-dire, afin que les hommes fussent justifiés par la grâce divine, la vérité est née de la vierge Marie, afin de pouvoir offrir pour tous ceux qui devront être sanctifiés le sacrifice auguste, le sacrifice de sa passion, le sacrifice de la croix. Or, comment offrir un sacrifice pour nos péchés sans mourir? Et comment mourir, s’il n’a reçu un corps mortel? C’est-à-dire que le Christ n’eût pu mourir, s’il n’eût pris une chair sujette à la mort. Le Verbe ne meurt point, la divinité ne meurt point, la vertu, la sagesse de Dieu ne meurt point. Comment sans mourir eût-il offert une victime expiatoire? Comment mourir, s’il n’eût eu une chair? Comment se revêtir d’une chair, si la vérité ne germe de la terre? « La vérité a germé de la terre, et la justice a regardé du haut des cieux.»
1. Ps. XXXIII, 15.— 2. Id. LXXXIV, 12.
14. Un autre sens que l’on pourrait donner à ces paroles: « La vérité a germé de la terre »; c’est la confession qui est née de l’homme. O homme, tu étais pécheur. O terre, qui as entendu quand tu as péché: « Tu es terre, et tu retourneras en terre 1 »; que la vérité naisse de toi, afin que la justice regarde du ciel. Comment la vérité naîtra-t-elle de toi, pécheur, de toi, injuste? Confesse tes péchés, et la vérité germera de toi. Mais si dans ton injustice tu prétends être juste, comment la vérité peut-elle venir de toi? Au contraire, si dans ton injustice tu avoues que tu es injuste, « La vérité a germé de la terre». Ecoute ce publicain qui prie dans le temple, bien loin du pharisien, et qui n’ose lever les yeux au ciel, mais qui se frappe la poitrine en disant: « Seigneur, soyez-moi propice, à moi pécheur »; c’est « la vérité qui germe de la terre »; puisqu’un homme a confessé ses fautes. Voyez ensuite: « Je vous déclare », dit le Sauveur, « que ce publicain retourna chez lui beaucoup plus juste que le pharisien; car tout homme qui s’élève sera humilié, et tout homme qui s’humilie sera élevé 2. La vérité germe de la terre » par l’aveu des fautes; « et la justice a regardé du ciel »; de sorte que le publicain sortit plus juste que le pharisien. Et pour vous faire comprendre que la vérité consiste principalement dans l’aveu des fautes, l’évangéliste saint Jean a dit: « Si nous disons que nous n’avons aucun péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous ». Ecoutez-le nous dire ensuite comment la vérité germe de la terre, afin que la justice regarde du haut du ciel: « Si nous confessons nos péchés, Dieu est juste et fidèle, pour nous les remettre et nous purifier de nos crimes 3 ». La vérité a « donc germé de la terre, et la justice a regardé du haut du ciel ». Quelle justice a regardé d’en haut, sinon celle de Dieu qui disait: Pardonnons à cet homme qui ne se pardonne pas à lui-même? Oublions ses fautes, puisqu’il ne les oublie point. Il s’applique à s’en châtier, appliquons-nous à l’en délivrer. « La vérité a germé de la terre, et la justice a regardé d’en haut ».
15. « Car le Seigneur répandra la douceur, et notre terre donnera son fruit 4». Nous n’avons plus qu’un verset, écoutez sans ennui
1. Gen. III, 19. — 2. Luc, XVIII, 13, 14.— 3. I Jean, I, 8, 9.— 4. Ps. XXXIV, 13.
ce que je vais dire. Ecoutez, mes frères, écoutez, je vous en supplie, une importante vérité; soyez attentifs à cette vérité que vous devez savoir, emportez-la avec vous, et que la parole de Dieu ne soit point dans vos coeurs une semence inutile. « La vérité a germé de la terre », dit le Prophète, ou la confession est sortie de l’homme pécheur; « et la justice a regardé d’en haut ». C’est-à-dire que le Seigneur Dieu a donné la justification à celui qui avouait ses fautes, afin que l’impie sache bien qu’il ne peut devenir juste que par la grâce de celui à qui il avoue ses fautes, et par sa foi en celui qui justifie l’impie 1. Tu peux donc avoir des péchés; mais un bon fruit, tu le tiendras de celui-là seul à qui tu confesses tes fautes. Aussi après avoir dit: « La vérité a germé de la terre, et la justice a regardé d’en haut »; le Prophète ajoute: « Le Seigneur répandra la douceur, et la terre donnera son fruit », comme si nous lui demandions: Que veut-il dire par ces paroles: « La justice a regardé d’en haut? » Regardons-nous donc nous-mêmes, et si nous ne trouvons en nous que des péchés, détestons nos péchés, et désirons la justice, Dès que nous commencerons à détester nos péchés, cette haine du péché nous rendra semblables à Dieu; car nous haïrons ce qu’il hait lui-même. Mais dès que tu auras commencé à haïr tes fautes et à les confesser, et que les plaisirs coupables te solliciteront et t’emporteront aux choses frivoles, gémis devant Dieu; confesse-lui tes fautes, et tu mériteras qu’il t’écoute et te fasse trouver le plaisir dans le bien, tes délices à faire des oeuvres de justice, bonheur plus suave que tu n’en trouvais d’abord dans le péché. Ainsi ta joie était dans les excès de la table, elle sera dans la sobriété; tu éprouvais un bonheur à voler, à prendre aux autres ce que tu n’avais pas, tu le trouveras à donner ton bien à celui qui n’a rien; le ravisseur aimera à donner, l’amateur des théâtres deviendra amateur de la prière; au lieu de fredonner les chansons badines, les refrains adultères, tu aimeras de chanter les hymnes de Dieu, de courir à l’église comme tu courais au théâtre. D’où vient ce plaisir si pur, sinon de Dieu qui a répandu sa douceur, et notre terre a donné son fruit?» Comprenez en effet cette pensée: voici que je vous ai annoncé la parole de Dieu; j’ai répandu
1. Rom. IV, 5.
cette semence dans des coeurs bien préparés, des coeurs ouverts et sillonnés en quelque sorte par le soc de la confession; vous avez reçu cette semence avec piété, avec attention; repassez en vous-mêmes cette parole, brisez la glèbe afin de couvrir la semence; que les oiseaux ne l’enlèvent point, qu’elle germe dans vos coeurs. Mais si Dieu ne répand sa pluie, à quoi bon tout ce qui est semé? Tel est le sens de cette parole: « Le Seigneur répandra la douceur, et notre terre donnera son fruit ». Que le Seigneur vous visite, et dans le repos, et dans le négoce, et dans votre demeure, et dans votre lit, et dans vos repas, et dans vos entretiens, et dans vos promenades, qu’il visite vos coeurs, quand nous ne sommes point avec vous. Que la rosée du Seigneur descende eu vous et vivifie ce qui a été semé; et quand nous ne sommes point avec vous, soit que nous nous reposions en toute sécurité, soit que nous fassions autre chose, que Dieu veuille donner de l’accroissement à ce grain que nous avons répandu, afin que, en voyant plus tard la sainteté de votre vie, nous nous réjouissions de ce fruit de salut. « Le Seigneur a répandu la douceur, et notre terre a donné son fruit ».
16. « La justice marchera devant lui, il marquera ses pas dans la voie 1 ». Cette justice est celle qui résulte de l’aveu des péchés; et qui est aussi vérité. Car tu dois être juste envers toi-même, afin de te punir. Telle est la première justice de l’homme, de châtier le mal en toi, afin que Dieu te rende bon. Et comme c’est là le premier degré de la justice chez l’homme, c’est ce qui prépare à Dieu le chemin pour venir en toi, et tu lui ouvres cette voie, par la confession des péchés. De là vient que Jean, lorsqu’il baptisait dans l’eau, et qu’il voulait attirer à lui ceux qui se repentaient de leur vie passée, leur disait: « Préparez la voie au Seigneur, et rendez droits ses sentiers 2 ». Tu te plaisais dans ton péché, ô homme; que ton passé te déplaise, afin de pouvoir devenir ce que tu n’étais pas. « Préparez la voie au Seigneur »; que la justice marche devant toi, par l’aveu de tes fautes. Alors il viendra et te visitera, « parce qu’il marquera ses pas dans la voie ». Il trouvera en toi où poser ses pas, et y venir. Mais avant de confesser tes péchés, tu avais fermé en toi toute voie de Dieu, il n’y en avait aucune par où il pût venir. Confesser ta vie, c’est ouvrir la voie; et le Christ viendra, « et il marquera ses pas dans la voie », pour t’apprendre à marcher sur ses traces.
1. Ps. LXXXIV, 14 — 2. Matth. III, 3.

DIMANCHE 29 SEPTEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – AMOS 6, 1…7

27 septembre, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 29 SEPTEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE - AMOS 6, 1…7

1 Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem,
 et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
4 Couchés sur des lits d’ivoire,
 vautrés sur leurs divans,
 ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau,
 les veaux les plus tendres ;
5 ils improvisent au son de la harpe,
 ils inventent, comme David, des instruments de musique ;
6 ils boivent le vin à même les amphores,
 ils se frottent avec des parfums de luxe,
 mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
7 C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés,
 ils seront les premiers des déportés ;
 et la bande des vautrés n’existera plus.

Dans la Bible, Amos est le premier prophète « écrivain », comme on dit, c’est-à-dire qu’il est le premier dont il nous reste un livre. D’autres grands prophètes antérieurs sont restés très célèbres : Elie par exemple ou Elisée, ou Natan… mais on ne possède pas leurs prédications par écrit. On a seulement des souvenirs de leur entourage. Amos a prêché vers 780–750 av. J.C. Combien de temps ? On ne le sait pas. Il a certainement été amené à dire des choses qui n’ont pas plu à tout le monde puisqu’il a fini par être expulsé sur dénonciation au roi. Vous vous rappelez que, originaire du Sud, il a prêché dans le Nord à un moment de grande prospérité économique. La semaine dernière, nous avions lu, déjà, un texte de lui, reprochant à certains riches de faire leur richesse au détriment des pauvres. Il suffit de lire le passage d’aujourd’hui pour imaginer le luxe qui régnait en Samarie : « Couchés sur des lits d’ivoire, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe… ils se frottent avec des parfums de luxe… ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël »… la politique de l’autruche, en somme. Les gouvernants ne savent pas ou ne veulent pas savoir qu’une terrible menace pèse sur eux. « Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ».
Il est vrai que, a posteriori, l’histoire nous apprend que cette confortable inconscience a été durement secouée quelques années plus tard. « Ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus. » C’est très exactement ce qui s’est passé. On n’a pas écouté ce prophète de malheur qui essayait d’alerter le pouvoir et la classe dirigeante, et même on l’a fait taire en se débarrassant de lui. Mais ce qu’il craignait est arrivé.
 C’est donc aux riches et aux puissants, aux responsables que le prophète Amos s’adresse ici. Que leur reproche-t-il au juste ? C’est la première phrase qui nous donne la clé : « Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. » Manière de dire : vous êtes bien au chaud, tout contents dans votre confort et même votre luxe… eh bien moi, je ne partage pas votre inconscience, je vous plains. Je vous plains parce que vous n’avez rien compris : vous êtes comme des gens qui se mettraient sous leur couette pour ne pas voir le cyclone arriver. Le cyclone, ce sera l’écroulement de toute cette société, quelques années plus tard, l’écrasement par les Assyriens, la mort de beaucoup d’entre vous et la déportation de ceux qui restent… « Je vous plains », dit sur ce ton-là, c’est quelque chose qu’on n’aime pas entendre !
 « Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie »… Mais, où est le mal ? Le mal, c’est de fonder sa sécurité sur ce qui passe : quelques succès militaires passagers, la prospérité économique, et les apparences de la piété… pour ne pas déplaire à Dieu et à son prophète. Ils se vantent même de leurs réussites, ils croient en avoir quelque mérite, alors que tout leur vient de Dieu. Or la seule sécurité d’Israël, c’est la fidélité à l’Alliance… C’est la grande insistance de tous les prophètes : rappelez-vous Michée (qui prêchera quelques années plus tard à Jérusalem) « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien… rien d’autre que de pratiquer le droit, rechercher la justice et marcher humblement avec ton Dieu ». C’est juste le contraire à Samarie ; pire encore, ils sont hypocrites : quand ils offrent des sacrifices, ils transforment le repas qui suit en beuverie… car les repas que Amos décrit sont probablement des repas sacrés, comme il y en avait après certains sacrifices. Maintenant, ces repas sont sacrilèges, et n’ont plus grand chose à voir avec l’Alliance.
 Ce qui fait la difficulté de ce passage, c’est sa concision : car, pour comprendre ces quelques lignes, il faut avoir en tête la prédication prophétique dans son ensemble ; la logique d’Amos, comme celle de tous les prophètes est la suivante : le bonheur des hommes et des peuples passe inévitablement par la fidélité à l’Alliance avec Dieu ; et fidélité à l’Alliance veut dire justice sociale et confiance en Dieu. Dès que vous vous écartez de cette ligne de conduite, tôt ou tard, vous êtes perdus.
 C’est précisément sur ces deux points que Amos a des choses à redire : la justice sociale, on sait ce qu’il en pense, il suffit de relire le chapitre de la semaine dernière où il reprochait à certains riches de faire leur fortune sur le dos des pauvres ; et dans le texte d’aujourd’hui, les repas de luxe qu’on nous décrit ne profitent évidemment pas à tout le monde ; quant à Dieu, on n’a plus besoin de lui… croit-on ; pire, on fait des simulacres de cérémonie ; comme le dit Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi » (Is 29, 13). Il est probable qu’Amos, ce prophète venu d’ailleurs, puisqu’il venait du Sud, avait le regard d’autant plus aiguisé sur les faiblesses du royaume du Nord ; car au Sud, on ne connaissait pas encore une période aussi faste, et on conservait encore le style de vie des origines d’Israël ; tandis qu’au Nord, nous avons vu la semaine dernière que le règne de Jéroboam II était une période plus brillante. Mais la croissance économique exigeait une grande vigilance dans la transformation de la société. Malheureusement on s’éloignait de plus en plus de l’idéal des origines : au début, la Loi défendait l’égalité entre tous les citoyens et prévoyait donc la distribution égale de la terre entre tous. Or Samarie se couvrait de palais luxueux, construits par certains aux dépens des autres ; quand on s’était bien enrichi, grâce au commerce florissant, par exemple, on avait vite fait d’exproprier un petit propriétaire ; et nous avons vu que certains plus pauvres en étaient réduits à l’esclavage ; c’était notre texte de dimanche dernier.
 L’archéologie apporte d’ailleurs sur ce point des précisions très intéressantes : alors qu’au dixième siècle, les maisons étaient toutes sur le même modèle et représentaient des trains de vie tout-à-fait identiques, au huitième siècle, au contraire, on distingue très bien des quartiers riches et des quartiers pauvres. Fini le bel idéal de la Terre Sainte, avec une société sans classes.
 A bon entendeur, salut : si nous voulons être fidèles aujourd’hui à ce que représentait pour les hommes de la Bible l’idéal de la terre sainte, il nous est bon de relire le prophète Amos. 

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