Archive pour octobre, 2018

BENOT XVI – Commmoration de tous les fidles dfunts (2.11.11)

31 octobre, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20111102.html

imm fr commemorazione-dei-defunti

Rsurrection de la mort

BENOT XVI – Commmoration de tous les fidles dfunts (2.11.11)

AUDIENCE GNRALE

Salle Paul VI

Mercredi 2 novembre 2011

Chers frres et surs !

Aprs avoir clbr la solennit de tous les saints, lEglise nous invite aujourdhui commmorer tous les fidles dfunts, tourner notre regard vers les nombreux visages qui nous ont prcds et qui ont conclu leur chemin terrestre. Au cours de lAudience daujourdhui, je voudrais donc vous proposer quelques penses simples sur la ralit de la mort qui pour nous, chrtiens, est illumine par la Rsurrection du Christ, et pour renouveler notre foi dans la vie ternelle.
Comme je le disais dj hier au cours de lAnglus, nous nous rendons ces jours-ci au cimetire pour prier pour les personnes chres qui nous ont quitts, nous allons en quelque sorte leur rendre visite pour leur exprimer, une fois de plus, notre affection, pour les sentir encore proches, en rappelant galement, de cette faon, un article du Credo : dans la communion des saints existe un lien troit entre nous, qui marchons encore sur cette terre, et nos nombreux frres et surs qui ont dj atteint lternit.
Depuis toujours, lhomme se proccupe de ses morts et tente de leur donner une deuxime vie travers lattention, le soin, laffection. Dune certaine faon, on veut conserver leur exprience de vie ; et, paradoxalement, cest prcisment des tombes devant lesquelles se bousculent les souvenirs que nous dcouvrons la faon dont ils ont vcu, ce quils ont aim, ce quils ont craint, ce quils ont espr, et ce quils ont dtest. Celles-ci reprsentent presque un miroir de leur monde.
Pourquoi en est-il ainsi ? Car, bien que la mort soit souvent un thme presque interdit dans notre socit, et que lon tente constamment de chasser de notre esprit la seule ide de la mort, celle-ci concerne chacun de nous, elle concerne lhomme de tout temps et de tout lieu. Et devant ce mystre, tous, mme inconsciemment, nous cherchons quelque chose qui nous invite esprer, un signe qui nous apporte un rconfort, qui nous ouvre un horizon, qui offre encore un avenir. Le chemin de la mort, en ralit, est une voie de lesprance et parcourir nos cimetires, comme lire les inscriptions sur les tombes, signifie accomplir un chemin marqu par lesprance dternit.
Mais nous nous demandons : pourquoi prouvons-nous de la crainte face la mort ? Pourquoi une grande partie de lhumanit ne sest-elle jamais rsigne croire quau-del de la mort, il ny pas pas simplement le nant ? Je dirais quil existe de multiples rponses : nous prouvons une crainte face la mort car nous avons peur du nant, de ce dpart vers quelque chose que nous ne connaissons pas, qui nous est inconnu. Il existe alors en nous un sentiment de rejet parce que nous ne pouvons pas accepter que tout ce qui a t ralis de beau et de grand au cours dune existence tout entire soit soudainement effac, tombe dans labme du nant. Et surtout, nous sentons que lamour appelle et demande lternit et il nest pas possible daccepter que cela soit dtruit par la mort en un seul moment.
De plus, nous prouvons de la crainte lgard de la mort car, lorsque nous nous trouvons vers la fin de notre existence, existe la perception quun jugement est exerc sur nos actions, sur la faon dont nous avons men notre vie, surtout sur les zones dombre que nous savons souvent habilement liminer ou que nous nous efforons deffacer de notre conscience. Je dirais que cest prcisment la question du jugement qui est souvent lorigine de la proccupation de lhomme de tous les temps pour les dfunts, de lattention pour les personnes qui ont compt pour lui et qui ne sont plus ses cts sur le chemin de la vie terrestre. Dans un certain sens, les gestes daffection et damour qui entourent le dfunt sont une faon de le protger dans la conviction quils ne demeurent pas sans effet sur le jugement. Cest ce que nous pouvons constater dans la majorit des cultures qui caractrisent lhistoire de lhomme.
Aujourdhui, le monde est devenu, tout au moins en apparence, beaucoup plus rationnel, ou mieux, la tendance sest diffuse de penser que chaque ralit doit tre affronte avec les critres de la science exprimentale, et qugalement la grande question de la mort on ne doit pas tant rpondre avec la foi, mais en partant de connaissances exprimentables, empiriques. On ne se rend cependant pas suffisamment compte que, prcisment de cette manire, on a fini par tomber dans des formes de spiritisme, dans la tentative davoir un contact quelconque avec le monde au-del de la mort, presque en imaginant quil y existe une ralit qui, la fin, serait une copie de la ralit prsente.
Chers amis, la solennit de la Toussaint et la commmoration de tous les fidles dfunts nous disent que seul celui qui peut reconnatre une grande esprance dans la mort, peut aussi vivre une vie partir de lesprance. Si nous rduisons lhomme exclusivement sa dimension horizontale, ce que lon peut percevoir de manire empirique, la vie elle-mme perd son sens profond. Lhomme a besoin dternit et toute autre esprance est trop brve, est trop limite pour lui. Lhomme nest explicable que sil existe un Amour qui dpasse tout isolement, mme celui de la mort, dans une totalit qui transcende aussi lespace et le temps. Lhomme nest explicable, il ne trouve son sens profond, que sil y a Dieu. Et nous savons que Dieu est sorti de son loignement et sest fait proche, quil est entr dans notre vie et nous dit : Je suis la rsurrection et la vie. Qui croit en moi, mme s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (Jn 11, 25-26).
Pensons un moment la scne du Calvaire et coutons nouveau les paroles que Jsus, du haut de la Croix, adresse au malfaiteur crucifi sa droite : En vrit, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis (Lc 23, 43). Pensons aux deux disciples sur la route dEmmas, quand, aprs avoir parcouru un bout de chemin avec Jsus Ressuscit, ils le reconnaissent et partent sans attendre vers Jrusalem pour annoncer la Rsurrection du Seigneur (cf. Lc 24, 13-35). Les paroles du Matre reviennent lesprit avec une clart renouvele : Que votre cur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Pre, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous prparer une place (Jn 14, 1-2). Dieu sest vraiment montr, il est devenu accessible, il a tant aim le monde qu’il a donn son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie ternelle (Jn 3, 16), et dans lacte damour suprme de la Croix, en se plongeant dans labme de la mort, il la vaincue, il est ressuscit et nous a ouvert nous aussi les portes de lternit. Le Christ nous soutient travers la nuit de la mort quIl a lui-mme traverse; il est le Bon Pasteur, la direction duquel on peut se confier sans aucune crainte, car Il connat bien la route, mme dans lobscurit.
Chaque dimanche, en rcitant le Credo, nous raffirmons cette vrit. Et en nous rendant dans les cimetires pour prier avec affection et avec amour pour nos dfunts, nous sommes invits, encore une fois, renouveler avec courage et avec force notre foi dans la vie ternelle, ou mieux, vivre avec cette grande esprance et la tmoigner au monde : derrire le prsent il ny a pas le rien. Cest prcisment la foi dans la vie ternelle qui donne au chrtien le courage daimer encore plus intensment notre terre et de travailler pour lui construire un avenir, pour lui donner une esprance vritable et sre. Merci.

TOUSSAINT – LE SAINT, GARDIEN DE LA NOSTALGIE DU CIEL

30 octobre, 2018

https://www.qumran2.net/parolenuove/commenti.php?mostra_id=41105

imm ciottoli e fr

Toussaint

(Traduction Google de l’italien)

TOUSSAINT – LE SAINT, GARDIEN DE LA NOSTALGIE DU CIEL

Don Luca Garbinetto

Assis sur la montagne, avec ses disciples ses cts, Jsus regarde la foule. Ce devait tre un regard d’une tendresse poignante. Les mots qui suivent dgagent lmotion du Pre, qui pntre dans le cur du Fils avec une lumire perturbatrice: celle du paradis! C’est l’Esprit qui suggre. Jamais comme dans les batitudes, le ciel et la terre manifestent l’intersection de leur recherche mutuelle
Jsus voit les gens, son peuple, qui est toute l’humanit, et a une secousse de dsir et d’espoir: « Oh, comme j’aimerais que vous soyez tous dj comme a! », Semble vouloir dire, alors qu’il annonce le chemin de la flicit. ‘Oh, comme j’aimerais que le feu soit dj allum et consum!’. Le feu de la saintet, qui fait de nous, comme Dieu, le seul vraiment saint.
C’est prcisment dans la rencontre des dsirs, ou plutt du dsir intime, que rside le mystre de la saintet. Dieu veut rencontrer l’homme et Jsus s’assoit pour pouvoir converser avec lui, comme il l’avait fait il y a bien longtemps sous les feuilles du jardin. Et l’homme, au plus profond de lui-mme, veut rencontrer Dieu, se laisse pntrer par son regard. Cest dans lincompltude de sa propre personne que rside la possibilit de la saintet, qui concide avec loccasion donne Dieu de demeurer et de sapproprier lespace de vide qui fait de nous des cratures et rend authentique la filiation.
Les pauvres, les affligs, mais aussi les doux et les misricordieux, comme les curs purs, sont des hommes et des femmes qui laissent sortir le cri le plus profond et le plus original des larmes de leur vie intrieure: pas plus ou pas seulement la ncessit d’une rponse immdiate, mais le dsir que Quelqu’un soit prsent jamais dans cette ncessit constitutive. Les bienheureux sont des tres dsireux, qui ont russi se dbarrasser des peurs superficielles ou des aspirations distraites et aller l’essentiel: « De Toi, mon Dieu, j’ai un dsir infini ».
Les artisans de paix, les affams et les justes, ceux qui sont perscuts pour son nom sont ceux qui ont motiv la lutte de ce dsir. Parce que ce n’est pas une propension sereine et pacifique l’autre. La vie elle-mme gnre une confrontation et une tension avec une limite personnelle, mais aussi historique et relationnelle. Le dsir de vivre en Dieu, de le laisser vivre en nous pour qu’il devienne sa transparence, pour tisser la relation vitale avec sa prsence n’est pas automatique et l’abri de la tentation. La saintet est le choix conscient et fidle de lutter contre toutes les forces qui loignent ou, pire encore, dforment et camouflent le visage authentique du Bien-aim. ‘Je veux te connatre, mon Dieu, pour me connatre en toi’.
Et ainsi, dans cette dynamique de relation, qui plonge dans des horizons de beaut inattendus, mme au beau milieu des preuves de la vie quotidienne – bien connus de Dieu: aprs tout, le premier bienheureux est Jsus de Nazareth – la joie s’ensuit que cela devient un jaillissement de ne pas retenir. Aucun bonheur n’est donn pour la complaisance. Ce n’est pas l’orgueil de la perfection qu’un homme humble peut apporter au monde, mais le tmoignage d’une plnitude qui dborde dans le style des relations, dans la manire de se mettre voix, dans les regards emprunts au Seigneur. Le bonheur, la saintet est contagieuse de la sienne. Ceux qui sont infects, ou du moins sous le choc, le ralisent. Cependant, de la part de la partie intresse, le bienheureux et le saint demeurent le travail ncessaire pour poursuivre la lutte et se sentir toujours un peu plus absents: non pas du perfectionnisme, mais de sa prsence, qui voudrait dj de nos jours une totale et prenne. Par consquent, le saint, invariablement missionnaire de lAmour, frappe surtout la nostalgie irrpressible du paradis. Nostalgie qui sent le paradis, ici et maintenant, la chose la plus simple et la plus ordinaire qu’il soit appel vivre

UN MURMURE DANS LME : LE SILENCE DE DIEU

29 octobre, 2018

https://opusdei.org/fr-fr/article/un-murmure-de-lame-le-silence-de-dieu/

imm engod-ideas_jesus_WEB - Copia

Jsus est la pleine expression du cur de Dieu Pre

UN MURMURE DANS LME : LE SILENCE DE DIEU

Le silence est souvent le lieu o Dieu nous attend, pour que nous soyons capables de lcouter, lui, plutt que dentendre le bruit de notre propre voix.

LA LUMIRE DE LA FOI
4 juin 2018

Opus Dei – Un murmure dans lme : le silence de Dieu
Le livre de lExode rapporte que Dieu est apparu Mose au mont Sina dans lclat de sa gloire : toute la montagne tremblait violemment. Mose parlait et Dieu lui rpondait dans le tonnerre et les clairs (Ex 19, 16-22). Le peuple tout entier coutait, fort impressionn par le pouvoir et la majest de Dieu. Mme si dautres thophanies semblables ont marqu lhistoire dIsral[1], la plupart du temps Dieu sest manifest son peuple par dautres voies : non pas dans un clat de lumire, mais dans le silence, dans lobscurit.
Quelques sicles aprs Mose, le prophte Elie, fuyant la reine Jzabel, emprunte une nouvelle fois sous limpulsion de Dieu le chemin de la montagne sainte. Cach dans une grotte, le prophte contemple les mmes signes que dans la thophanie de lExode : le tremblement de terre, louragan, le feu. Or, Dieu ny tait pas. Aprs le feu, lcrivain sacr dit quil y eut le son dun silence subtil . lie, se voilant le visage avec son manteau, est sorti la rencontre de Dieu. Cest alors que Dieu lui a parl (cf. 1 R 19, 9-18). Le texte hbreu dit littralement quil entendit le bruit ou la voix dun silence (demama) subtil .
LA DIFFICULT SAISIR LA PROXIMIT DE DIEU, SPCIALEMENT DANS LES SITUATIONS DIFFICILES DE LA VIE, EST UNE EXPRIENCE COMMUNE AUX CROYANTS ET AUX NON-CROYANTS, MME SI ELLE PREND DES FORMES DIVERSES CHEZ LES UNS ET LES AUTRES.
La version grecque des Septante et la Vulgate ont traduit un murmure doux , probablement pour viter la contradiction apparente entre bruit et voix dune part et silence de lautre. Or ce que le mot demama signifie est prcisment le silence. Par ce mot, lauteur sacr suggre donc que le silence nest pas vide mais rempli de la prsence divine. Le silence protge le mystre [2], le mystre de Dieu. Lcriture nous invite entrer dans ce silence si nous voulons rencontrer Dieu.
Comme le murmure que nous entendons venant de lui est subtil !
Cependant, cette faon de parler de la part de Dieu prsente des difficults pour nous. Les psaumes laffirment clairement : Dieu, ne reste pas muet, plus de repos, plus de silence, Dieu ! (Ps 83, 2). Pourquoi caches-tu ta face ? (Ps 44, 25). Que les paens ne disent : O est leur Dieu? (Ps 115, 2). Par le biais du texte sacr, Dieu met ces questions sur nos lvres et dans notre cur : il veut que nous les lui adressions et que nous les mditions dans la forge de la prire, car elles sont importantes. Dun ct, elles concernent directement la voie par laquelle il se rvle habituellement, sa logique : elles nous aident chercher son visage, elles nous apprennent couter sa voix. De lautre, elles montrent que la difficult saisir la proximit de Dieu, spcialement dans les situations difficiles de la vie, est une exprience commune aux croyants et aux non-croyants, mme si elle prend des formes diverses chez les uns et les autres. La foi et la vie de la grce ne rendent pas Dieu vident ; le croyant peut exprimenter lui aussi labsence apparente de Dieu. CELUI QUI POSSDE EN VRIT LA PAROLE DE JSUS PEUT ENTENDRE MME SON SILENCE, AFIN DTRE PARFAIT, AFIN DAGIR PAR SA PAROLE ET DE SE FAIRE CONNATRE PAR SON SILENCE (SAINT IGNACE D’ANTIOCHE)
Pourquoi Dieu se tait-il ? Souvent, les critures nous prsentent son silence, son loignement, comme une consquence de linfidlit de lhomme. Cest ainsi quil le dit dans le Deutronome : Ce peuple est sur le point de se prostituer en suivant des dieux du pays tranger o il va pntrer. Il mabandonnera et rompra lalliance que jai conclue avec lui. [] Et moi, oui, je cacherai ma face en ce jour, cause de tout le mal quil aura fait, en se tournant vers dautres dieux. (Dt 31, 16-18). Le pch, lidoltrie est comme un voile qui recouvre Dieu et nous empche de le voir, comme un bruit qui le rend inaudible. Dieu attend alors avec patience, derrire cet cran que nous interposons entre lui et nous, en guettant le moment opportun de venir notre rencontre ? Je naurai plus pour vous un visage svre, car je suis misricordieux (Jr 3, 12).
Dieu ne se tait donc pas. Cest plutt nous qui lempchons de parler ou qui ne lcoutons pas, parce quil y a trop de bruit dans notre vie. Il nexiste pas seulement la surdit physique, qui isole lhomme en grande partie de la vie sociale. Il existe galement un affaiblissement de la capacit auditive lgard de Dieu, dont nous souffrons particulirement notre poque. Tout simplement, nous narrivons plus lentendre, trop de frquences diffrentes parasitent nos oreilles. Ce que lon dit de lui nous semble prscientifique, et ne semble plus adapt notre temps. Avec laffaiblissement de la capacit auditive ou mme la surdit lgard de Dieu, nous perdons naturellement galement notre capacit de parler avec lui ou lui. De cette faon, toutefois, nous perdons une perception dcisive. Nos sens intrieurs courent le danger de steindre. Avec la disparition de cette perception, ltendue de notre rapport avec la ralit en gnral est galement limite de faon drastique et dangereuse. [3]
Cela dit, parfois il ne sagit pas de la surdit humaine lgard de Dieu ; on dirait plutt que Dieu ncoute pas, quil demeure passif. Le livre de Job, par exemple, montre que les prires du juste dans ladversit peuvent rester quelque temps sans rponse de sa part. Nous nen saisissons quun faible cho (Jb 26, 14). Lexprience quotidienne de tous montre aussi quel point le besoin de recevoir un mot ou une aide de Dieu se trouve comme en suspens. La misricorde de Dieu, dont les critures et la catchse chrtienne parlent tant, peut tre difficile percevoir pour celui qui traverse des circonstances douloureuses, marques par la maladie ou linjustice, dans lesquelles mme ses prires semblent nobtenir aucune rponse. Pourquoi Dieu ncoute-t-il pas ? Pourquoi, sil est un Pre, ne me vient-il pas en aide, alors quil pourrait le faire ? Lloignement de Dieu, lobscurit et les doutes sur lui, sont de nos jours plus intenses que jamais ; mme nous, qui nous efforons dtre de bons croyants, nous avons souvent la sensation quen ralit Dieu nous a chapp des mains. Ne nous demandons-nous pas frquemment sil est toujours submerg dans limmense silence de ce monde ? Navons-nous pas parfois limpression que, aprs une longue rflexion, nous navons que des mots, alors que la ralit de Dieu se trouve plus lointaine que jamais ?[4]
Au cur de la Rvlation, plus encore que dans nimporte quelle exprience, nous trouvons lhistoire de Jsus qui nous fait entrer plus profondment dans le mystre du silence de Dieu. Jsus, le vrai juste, le serviteur fidle, le Fils bien-aim, na pas t pargn des tourments de la passion et de la Croix. En rponse sa prire Gethsmani un ange a t envoy pour le rconforter mais non pour le dlivrer de sa torture imminente. Nous sommes aussi surpris par le fait que Jsus a repris sur la Croix quelques mots du psaume 22 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mas-tu abandonn, insoucieux de me sauver, malgr les mots que je rugis ? (Ps 22, 2). Que celui qui na pas connu le pch (2 Co 5, 21) ait fait une telle exprience de la souffrance met bien en vidence que la douleur marquant parfois dramatiquement la vie des hommes ne doit pas tre interprte comme un signe de rprobation de la part de Dieu, pas plus que son silence comme une absence ou un loignement.
Dieu se fait connatre par son silence
En passant ct dun aveugle-n, les aptres posent une question qui rvle une mentalit assez rpandue lpoque : Qui a pch, lui ou ses parents, pour quil soit n aveugle ? (Jn 9, 1). De nos jours, une telle question semblerait assez trange mais, tout bien considr, elle nest pas tellement loigne de la pense actuelle qui voit dans la souffrance, quelle quelle soit, une sorte de destin aveugle face auquel seule la rsignation est possible une fois que toutes les tentatives pour lviter ont chou. Jsus corrige les aptres : Ni lui ni ses parents nont pch, mais cest afin que soient manifestes en lui les uvres de Dieu (Jn 9, 3). Dieu demeure parfois en silence, apparemment inactif et indiffrent notre sort, parce quil veut se frayer un chemin dans notre me. Ainsi seulement, nous pouvons comprendre par exemple quil ait permis la souffrance de saint Joseph dans son incertitude sur la maternit inattendue de Marie (cf. Mt 1, 18-20), alors quil aurait pu tout programmer diffremment. Dieu prparait saint Joseph quelque chose de grand. Il ne trouble jamais la joie de ses enfants que pour leur en prparer une plus grande et plus sre [5]
DIEU DEMEURE PARFOIS EN SILENCE, APPAREMMENT INACTIF ET INDIFFRENT NOTRE SORT, PARCE QUIL VEUT SE FRAYER UN CHEMIN DANS NOTRE ME
Saint Ignace dAntioche crit que celui qui possde en vrit la parole de Jsus peut entendre mme son silence, afin dtre parfait, afin dagir par sa parole et de se faire connatre par son silence [6]. Le silence de Dieu est souvent pour lhomme le lieu , la possibilit et la prmisse pour couter Dieu au lieu de scouter soi-mme. Sans la voix silencieuse de Dieu dans la prire, le moi humain finit par se fermer sur lui-mme, et la conscience, qui devrait tre lcho de cette voix de Dieu, risque de se rduire au reflet du moi, si bien que le dialogue intrieur devient un monologue en donnant lieu mille autojustifications [7]. En y pensant calmement, si Dieu parlait et intervenait constamment dans notre vie pour rsoudre nos problmes, ne faudrait-il pas admettre que nous banaliserions facilement sa prsence ? Que nous finirions, comme les deux fils de la parabole (cf. Lc 15, 11-32), par prfrer nos intrts la joie de vivre avec lui ?
Le silence est capable de creuser un espace intrieur au plus profond de nous-mmes, pour y faire habiter Dieu, pour que sa Parole demeure en nous, pour que lamour pour lui senracine dans notre esprit et notre cur, et anime notre vie [8]. Grce ses recherches et une prire confiante dans les difficults, lhomme se libre de lautosuffisance, met en action ses ressources intrieures et voit se renforcer ses relations de communion avec les autres. Le silence de Dieu, le fait quil nintervient pas toujours rapidement pour rsoudre nos affaires selon nos prfrences, rveille le dynamisme de la libert humaine, appelle lhomme prendre bien en main sa vie ou celle des autres, ainsi que leurs besoins concrets. Cest pourquoi la foi est la force, qui en silence et sans bruit change le monde et le transforme en Royaume de Dieu, cest la foi et lexpression de la foi, cest la prire. [] Dieu ne peut pas changer les choses sans notre conversion, et notre vritable conversion commence avec le cri de lme, qui implore le pardon et le salut [9].
Dans les enseignements de Jsus, la prire apparat comme un dialogue filial entre lhomme et le Pre du Ciel, dans lequel la demande occupe une place trs importante (cf. Lc 11, 5-11 ; Mt 7, 7-11). Lenfant sait que son Pre lcoute toujours, mais ce qui lui est garanti est moins une porte de sortie pour sa souffrance ou sa maladie que le don de lEsprit Saint (Lc 11, 13). La rponse de Dieu pour venir en aide lhomme est le Don de lEsprit-Amour. Cela peut nous sembler insuffisant, mais cest un don bien plus prcieux et fondamental que toute solution humaine nos problmes. Cest un don qui doit tre accueilli dans la foi filiale qui nlimine pas leffort personnel lheure de faire face aux difficults. Avec Dieu, les valles obscures que nous devons parfois traverser ne sclairent pas automatiquement ; nous devons poursuivre le chemin, peut-tre avec peur mais dans la confiance : Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi (Ps 22, 4).
SI DIEU PARLAIT ET INTERVENAIT CONSTAMMENT DANS NOTRE VIE POUR RSOUDRE NOS PROBLMES, NE FAUDRAIT-IL PAS ADMETTRE QUE NOUS BANALISERIONS FACILEMENT SA PRSENCE ?
Les modalits de laction de Dieu, veillant la dtermination et la confiance en lhomme, peuvent se reconnatre la faon dont il sest rvl dans lhistoire. Pensons Abraham. Il quitte son pays et se met en route vers une terre inconnue, en se fiant la promesse divine, sans savoir o Dieu voulait le conduire (cf. Gn 12, 1-4). Pensons aussi la confiance du peuple dIsral dans le salut de Dieu, y compris lorsque tous les espoirs humains semblaient seffondrer (cf. Est 4, 17a-17kk) ; ou la fuite sereine de la Sainte Famille en gypte (cf. Mt 2, 13-15), lorsque Dieu semble se soumettre aux caprices dun roitelet En ce sens, se figurer que la foi tait plus facile pour les tmoins de la vie de Jsus ne correspond pas la ralit, tant donn queux aussi ont d prendre la dcision srieuse de croire ou de ne pas croire en lui, de reconnatre en lui la prsence et laction de Dieu[10]. De nombreux passages du Nouveau Testament montrent clairement quune telle dcision ntait pas vidente[11].
Hier comme aujourdhui, mme si la Rvlation de Dieu offre dauthentiques signes de crdibilit, le voile de linaccessibilit de Dieu ne se lve pas compltement et ses silences continuent de dfier lhomme. Lexistence humaine est un chemin de foi et, en tant que tel, avance davantage dans lombre que dans la lumire, non sans moments dobscurit, mais galement dintenses tnbres. Tant que nous nous trouvons ici-bas, notre relation avec Dieu a lieu davantage dans lcoute que dans la vision [12]. Tout cela nest pas uniquement la manifestation du fait que Dieu sera toujours plus grand que notre intelligence, mais aussi la consquence dune logique faite dappels et de rponses, de dons gratuits et de tches, selon laquelle il entend conduire notre histoire : lhistoire universelle et lhistoire personnelle de chacun. Au bout du compte, un lien rciproque existe entre la faon dont Dieu se rvle et la libert de lhomme, cr son image. La Rvlation de Dieu demeure dans un clair-obscur permettant la libert de faire son choix, celui de souvrir lui ou de se refermer sur son autosuffisance. Dieu est un Roi avec un cur de chair comme le ntre ; lauteur de lunivers et de chacune de ses cratures, qui nimpose pas sa domination mais mendie un peu damour en nous montrant en silence les plaies de ses mains [13]
Lombre du silence
Dans sa prire sur la Croix Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi mas-tu abandonn (Mt 27, 46 Jsus fait sien ce cri de lhumanit qui souffre de lapparente absence de Dieu et porte ce cri au cur du Pre. En priant ainsi dans cette ultime solitude avec toute l’humanit, Il nous ouvre le cur de Dieu [14]. En effet, aprs les lamentations, le psaume avec lequel Jsus adresse sa clameur au Pre ouvre la voie un horizon desprance (cf. Ps 22, 20-32)[15]; un horizon quil a sous les yeux, mme au milieu de son agonie. Entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23, 46), dit-il au Pre avant dexpirer. Jsus sait que le don de sa vie ne tombe pas dans le vide, quil va changer lhistoire pour toujours, mme sil semble que le mal et la mort ont le dernier mot. Son silence sur la Croix lemporte sur les cris de ceux qui le condamnent. Voici que je fais toutes choses nouvelles (Ap 21, 5).
JSUS SAIT QUE LE DON DE SA VIE NE TOMBE PAS DANS LE VIDE, QUIL VA CHANGER LHISTOIRE POUR TOUJOURS, MME SIL SEMBLE QUE LE MAL ET LA MORT ONT LE DERNIER MOT
La foi signifie aussi croire en lui, croire quil nous aime vraiment, quil est vivant, quil est capable dintervenir mystrieusement, quil ne nous abandonne pas, quil tire le bien du mal par sa puissance et sa crativit infinie. Cest croire quil marche victorieux dans lhistoire [] que le Rgne de Dieu est dj prsent dans le monde, et quil se dveloppe et l, de diverses manires [16]. Par ses silences, Dieu fait grandir chez les siens la foi et lesprance : il les fait nouveaux et, avec eux, il fait toutes choses nouvelles . Il revient donc chacun et chacune de rpondre au doux silence de Dieu par un silence attentif, un silence qui coute, afin de dcouvrir la faon mystrieuse dont le Seigneur agit dans notre cur, et quelle est lombre, [] quel est le style de lEsprit Saint pour couvrir notre mystre. Cette ombre en nous, dans notre vie, sappelle silence. Le silence est prcisment lombre qui couvre le mystre de notre relation avec le Seigneur, de notre saintet et de nos pchs [17]

Marco Vanzini Carlos Ayxel

HOMLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNE B FILS DE DAVID, JSUS, PRENDS PITI DE MOI !

26 octobre, 2018

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-30e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-B-Fils-de-David-Jesus-prends-pitie-de-moi-_a858.html

imm fr xx

fils de David, Jsus, prends piti de moi !

HOMLIE POUR LE 30E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNE B FILS DE DAVID, JSUS, PRENDS PITI DE MOI !

Textes: Jrmie 31, 7-9, Hbreux 5, 1-6 et Marc 10, 46b-52 .

Dans lvangile de ce jour, on voit Jsus luvre et que fait-il? Il fait voir un aveugle, il fait resplendir pour lui la lumire du jour. Dieu agit de mme avec lglise et avec chaque personne. Ce sera le thme de notre mditation aujourdhui : Le Seigneur fait resplendir la lumire .

I Un soutien tenace qui ne se dment pas
Regardons pour commencer le texte de Jrmie qui annonce une claircie lumineuse pour le peuple dIsral qui vient de connatre 70 ans de tnbres dans lexil Babylone. Le texte lu se termine ainsi : Je suis un pre pour Isral, phram est mon fils an . Le retour des Juifs exils Babylone est un moment dallgresse et de joie. Cest la lumire dun jour nouveau qui se lve.
Par les prophtes de l’Ancien Testament, Dieu annonce quil fait une alliance nouvelle, une alliance dans les curs. Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’terai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair dit-il par lintermdiaire du prophte zchiel (zchiel 36, 26).
Cest pourquoi, le psalmiste chante dans le psaume 125 qui a t choisi comme psaume responsorial : Quand le Seigneur ramena les captifs Sion, nous tions comme en rve! Alors notre bouche tait pleine de rires, nous poussions des cris de joie.
Vous voyez combien laction du Seigneur dans la vie des siens fait resplendir en eux une lumire qui les pntre, les remplit de joie et de confiance. Ainsi le Seigneur en se montrant proche deux les invite aller de lavant sur un chemin damour qui rassemble laveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouche comme le dit le prophte Jrmie et on pourrait continuer le jeune et le vieux, lhomme et la femme, les parents et les enfants, les riches et les pauvres etc. Rassembls, ils ne formeront dsormais quune seule famille dont Dieu est le Pre.
Ce beau texte de la premire lecture tire du prophte Jrmie permet de relire celui de lvangile avec des yeux nouveaux .

II Un aveugle qui voit
En effet, laveugle de Jricho, le fils de Time, Bartime, que Jsus rencontre sur son chemin vers Jrusalem cest chacun et chacune de nous, cest aussi la communaut des fidles, lglise.
Regardons la scne de plus prs. Laveugle au bord de la route saisit que le brouhaha qui lentoure est d quelque chose de spcial. On lui dit que cest Jsus qui passe. Il en a entendu parler et que fait-il? Il se met crier sa foi en lui. Il linterpelle dans sa dtresse en lui demandant de le soutenir. Fils de David, Jsus, prends piti de moi !
Le brouhaha devient plus grand. On tente de le faire taire et Jsus dit Appelez-le . Laveugle court vers Jsus et lorsque celui-ci lui demande Que veux-tu que je fasse pour toi? , il scrie : Rabbouni cest--dire Matre, que je vois . Jsus lui rpond Va, ta foi ta sauv et, guri, lhomme suit Jsus.
La rponse de Jsus claire toute cette scne qui nest pas une gurison banale car elle nous transporte sur le registre de lAlliance avec Dieu qui se ralise en Jsus. Cette alliance qui gurit les corps comme ici, est premirement une alliance qui gurit les curs et le chemin pour y entrer est celui de la foi.

III Une foi qui claire
Comme les yeux de laveugle se sont ouverts sur la lumire, la foi ouvre en nous un espace de lumire qui resplendit. Cette lumire de la foi nest pas comme la lumire naturelle. Elle dpend de nos choix et de notre libert. Cest nous de crier vers Dieu comme Bartime Seigneur, aie piti de moi , de Lui prsenter nos limites, nos pauvrets, nos pchs, Sans cette implication de notre part, il manque un partenaire lalliance que Dieu propose.
La lumire de la foi aussi est porteuse de liens non seulement avec Dieu et avec Jsus son Envoy, mais entre nous, croyants et non-croyants, gens du centre et gens de priphries , comme le dit le pape Franois, car aucune personne nest mise de ct par le Pre.
Enfin, elle construit la communaut des croyants. En effet, un chrtien nest jamais seul dans sa foi. Il la reoit comme une bndiction et la partage avec ses frres et surs comme nous le faisons en ce moment. Sans la communaut, impossible de durer dans sa foi car celle-ci est toujours celle de lglise que je partage avec mes frres et surs et avec les pasteurs que sont le pape, les vques et les prtres.
Cest ainsi que le Seigneur fait resplendir sa lumire, une lumire dont notre monde a tant besoin. Dans les tracas et les questionnements, face aux drives possibles et relles, devant les guerres et les conflits, le chrtien et sa communaut peuvent regarder avec confiance vers leur Dieu qui, comme il la fait autrefois, peut faire revenir et rassembler ceux et celles qui sont loigns.
Pour vivre la communaut, la communion fraternelle, nous pouvons compter, comme le dit la Lettre aux Hbreux dans la seconde lecture, sur un grand prtre, le Christ Jsus, qui est en mesure de comprendre ceux qui pchent par ignorance ou par garement , qui est lui aussi rempli de faiblesse, mais qui a reu de Dieu la mission dintercder toujours pour nous auprs du Pre. Nous avons ainsi lassurance que nous ne sommes jamais abandonns quoiquil arrive.

Conclusion
Notre clbration eucharistique dominicale nous fait entrer dans ce mouvement doffrande du Christ son Pre. Cest en nous unissant lui par le Pain et le Vin devenus son Corps et son Sang que nous pouvons nous aussi offrir nos vies la gloire de Dieu et ainsi permettre que la lumire de Dieu resplendisse autour de nous.
Que cette messe soit pour nous un moment de remise Dieu avec une confiance comme celle de laveugle de Jricho. Et je suis sr que nous entendrons alors le Seigneur nous dire Va ta foi ta sauv .

Amen!

Mgr Hermann Gigure P.H.
Facult de thologie et de sciences religieuses
de lUniversit Laval
Sminaire de Qubec

PAPE FRANOIS – cinquime parole du Dcalogue, Tu ne tueras pas (17.10.18)

24 octobre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2018/documents/papa-francesco_20181017_udienza-generale.html

imm fr

corner prayer

PAPE FRANOIS – cinquime parole du Dcalogue, Tu ne tueras pas (17.10.18)

AUDIENCE GNRALE

Mercredi 17 octobre 2018

Chers frres et surs, bonjour!

Je voudrais aujourdhui poursuivre la catchse sur la cinquime parole du Dcalogue, Tu ne tueras pas. Nous avons dj soulign que ce commandement rvle quaux yeux de Dieu, la vie humaine est prcieuse, sacre et inviolable. Personne ne peut mpriser la vie dautrui ou la sienne; en effet, lhomme porte en lui limage de Dieu et il est lobjet de son amour infini, quelle que soit la condition dans laquelle il a t appel lexistence.
Dans le passage vanglique que nous venons dcouter, Jsus nous rvle un sens encore plus profond de ce commandement. Il affirme que, devant le tribunal de Dieu, la colre contre un frre est aussi une forme dhomicide. Cest pourquoi laptre Jean crira: Quiconque hait son frre est un homicide (1 Jn 3, 15). Mais Jsus ne sarrte pas cela, et dans la mme logique, il ajoute que linsulte et le mpris peuvent aussi tuer. Nous sommes habitus insulter, cest vrai. Linsulte vient nos lvres comme on respire. Et Jsus nous dit: Arrte-toi, parce que linsulte fait mal, elle tue. Le mpris. Mais moi… ces gens, celui-ci, je le mprise. Et il sagit dune faon de tuer la dignit dune personne. Il serait beau que cet enseignement de Jsus entre dans lesprit et dans le cur, et que chacun de nous dise: Je ninsulterai jamais personne. Ce serait une belle intention, parce que Jsus nous dit: Regarde, si tu mprises, si tu insultes, si tu hais, cest un homicide.
Aucun code humain, en effet, ne compare des actes aussi diffrents en leur attribuant le mme degr de jugement. Et de manire cohrente, Jsus invite mme interrompre loffrande du sacrifice dans le temple si on se souvient quun frre est fch avec nous, pour aller le chercher et se rconcilier avec lui. Nous aussi, quand nous allons la Messe, nous devrions avoir cette attitude de rconciliation avec les personnes avec lesquelles nous avons eu des problmes. Mme si nous avons pens du mal delles, si nous les avons insultes. Mais trs souvent, alors que nous attendons que le prtre vienne dire la Messe, on bavarde un peu et on parle mal des autres. Il ne faut pas le faire. Pensons la gravit de linsulte, du mpris, de la haine: Jsus les met sur le mme plan que tuer.
Quentend dire Jsus, en tendant jusqu ce point la cinquime parole? Lhomme a une vie noble, trs sensible, et il possde un moi cach tout aussi important que son tre physique. En effet, pour blesser linnocence dun enfant, il suffit dune phrase inopportune. Pour blesser une femme, il suffit dun geste de froideur. Pour briser le cur dun jeune, il est suffisant de lui refuser la confiance. Pour anantir un homme, il suffit de lignorer. Lindiffrence tue. Cest comme dire une autre personne: Tu es mort pour moi, parce que tu las tu dans ton cur. Ne pas aimer est le premier pas pour tuer; et ne pas tuer est le premier pas pour aimer.
Dans la Bible, au dbut, on lit cette phrase terrible sortie de la bouche du premier homicide, Can, aprs que le Seigneur lui demande o est son frre. Can rpond: Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frre? (Gn 4, 9)1. Cest ainsi que parlent les assassins: Cela ne me regarde pas, Ce sont tes affaires, et dautres choses semblables. Essayons de rpondre cette question: sommes-nous les gardiens de nos frres? Oui, nous le sommes! Nous sommes les gardiens les uns des autes! Et cest la route de la vie, cest la route pour ne pas tuer.
La vie humaine a besoin damour. Et quel est lamour authentique? Cest celui que le Christ nous a montr, cest--dire la misricorde. Lamour dont nous ne pouvons pas nous passer est celui qui pardonne, qui accueille celui qui nous a fait du mal. Personne dentre nous ne peut survivre sans la misricorde, nous avons tous besoin du pardon. Donc, si tuer signifie dtruire, supprimer, liminer quelquun, alors ne pas tuer voudra dire prendre soin, valoriser, inclure. Et aussi pardonner.
Personne ne doit se faire dillusion en pensant: Tout va bien, parce que je ne fais rien de mal. Un minral ou une plante ont ce type dexistence, en revanche, un homme non. Une personne un homme ou une femme non. A un homme ou une femme, il est demand davantage. Il faut faire le bien, prpar pour chacun de nous, chacun le sien, qui nous fait devenir nous-mmes jusquau bout. Tu ne tueras pas est un appel lamour et la misricorde, cest un appel vivre selon le Seigneur Jsus, qui a donn sa vie pour nous et qui est ressuscit pour nous. Une fois, nous avons rpt tous ensemble, ici sur la place, une phrase dun saint ce propos. Cela nous aidera peut-tre: Ne pas faire de mal est une bonne chose. Mais ne pas faire le bien nest pas bien. Nous devons toujours faire du bien. Aller au-del.
Lui, le Seigneur, qui, en sincarnant, a sanctifi notre existence; Lui, qui par son sang la rendue inestimable; Lui, lauteur de la vie (Ac 3, 15), grce qui chacun est un don du Pre. En Lui, dans son amour plus fort que la mort, et par la puissance de lEsprit que le Pre nous donne, nous pouvons accueillir la Parole Tu ne tueras pas comme lappel le plus important et essentiel: cest--dire que ne pas tuer signifie un appel lamour.

Je suis heureux de saluer les plerins venus de France et de divers pays francophones, en particulier des plerins de Chambry et de Nancy, avec leurs vques Mgr Ballot et Mgr Papin, tous les jeunes prsents, ceux de Versailles, de Paris, de Fougres, de Bucquoy, de Rouen et dvreux, ainsi que des plerins de Namur. Puissions-nous accueillir en Jsus, dans son amour plus fort que la mort, et par le don de lEsprit du Pre, le commandement tu ne tueras pas . Cest lappel le plus important et le plus essentiel de nos vies : lappel lamour ! Que Dieu vous bnisse !

[1] Cf. Catchisme de lEglise catholique, 2259: LEcriture, dans le rcit du meurtre dAbel par son frre Can (cf. Gn 4, 8-12), rvle, ds les dbuts de lhistoire humaine, la prsence dans lhomme de la colre et de la convoitise, consquences du pch originel. Lhomme est devenu lennemi de son semblable. Dieu dit la sclratesse de ce fratricide: Quas-tu fait? La voix du sang de ton frre crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa bouche pour prendre de ta main le sang de ton frre(Gn 4, 10-11).

PAPE FRANOIS « misricorde et consolation »

23 octobre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2016/documents/papa-francesco_20160316_udienza-generale.html

imm fr Dieu, misricorde et amour - Copia

Dieu, misricorde et amour

PAPE FRANOIS « misricorde et consolation »

AUDIENCE GNRALE

Mercredi 16 mars 2016

Chers frres et surs, bonjour,

Dans le livre du prophte Jrmie, les chapitres 30 et 31 sont dits Livres de la Consolation , parce quen eux, la misricorde de Dieu se prsente dans toute sa capacit de rconforter et douvrir le cur des affligs lesprance. Aujourdhui, nous voulons nous aussi couter ce message de consolation.
Jrmie sadresse aux Isralites qui ont t dports en terre trangre et annonce le retour dans leur patrie. Ce retour est le signe de lamour infini de Dieu le Pre qui nabandonne pas ses enfants, mais qui en prend soin et les sauve. Lexil a t une exprience dvastatrice pour Isral. Sa foi avait vacill car en terre trangre, sans le temple, sans le culte, aprs avoir vu le pays dtruit, il tait difficile de continuer croire en la bont du Seigneur. Je pense la proche Albanie et la faon dont, aprs tant de perscutions et de destructions, elle a russi se relever dans la dignit et dans la foi. Cest aussi ce quavaient souffert les Isralites lors de lexil.
Nous aussi, nous pouvons vivre parfois une sorte dexil, lorsque la solitude, la souffrance, la mort nous font penser que nous avons t abandonns par Dieu. Combien de fois avons-nous entendu cette phrase : Dieu ma oubli . Ce sont des personnes qui souffrent et qui se sentent abandonnes. Et combien de nos frres, en revanche, vivent en ce temps une situation relle et dramatique dexil, loin de leur patrie, ayant encore devant les yeux les ruines de leurs maisons, dans leur cur la peur et souvent, malheureusement, la douleur pour la perte de personnes chres ! Dans ces cas, on peut se demander : o est Dieu ? Comment est-il possible que tant de souffrance puisse sabattre sur des hommes, des femmes et des enfants innocents ? Et lorsquils tentent dentrer ailleurs, on leur ferme la porte. Et ils sont l, la frontire, parce que tant de portes et tant de curs sont ferms. Les migrants daujourdhui qui souffrent du froid, sans nourriture et ne peuvent entrer, ne font pas lexprience de laccueil. Je suis si heureux lorsque japprends que les pays, les gouvernants, ouvrent leur cur et leurs portes !
Le prophte Jrmie nous donne une premire rponse. Le peuple exil pourra revoir sa terre et faire lexprience de la misricorde du Seigneur. Cest la grande annonce de rconfort: Dieu nest pas absent non plus aujourdhui, dans ces situations dramatiques, Dieu est proche, et accomplit de grandes uvres de salut pour ceux qui ont confiance en Lui. On ne doit pas cder au dsespoir, mais continuer tre certains que le bien vainc le mal et que le Seigneur essuiera toutes les larmes et nous librera de toutes les peurs. Cest pourquoi Jrmie prte sa voix aux paroles damour de Dieu pour son peuple : Dun amour ternel je tai aime, / aussi tai-je maintenu ma faveur. / De nouveau je te btirai et tu seras rebtie, / vierge dIsral. / De nouveau tu te feras belle, avec tes tambourins, / tu sortiras au milieu des danses joyeuses (31, 3-4).
Le Seigneur est fidle, il nabandonne pas au dsespoir. Dieu aime dun amour sans fin, que pas mme le pch ne peut freiner, et grce Lui, le cur de lhomme est combl de joie et de rconfort.
Le rve rconfortant du retour dans la patrie continue dans les paroles du prophte qui, sadressant ceux qui retourneront Jrusalem, dit : Ils viendront, criant de joie, sur la hauteur de Sion, / ils afflueront vers les biens de Yahv / le bl, le vin et lhuile, / les brebis et les bufs ; / ils seront comme un jardin bien arros, / ils ne languiront plus (31, 12).
Dans la joie et dans la reconnaissance, les exils reviendront Sion, en gravissant la montagne sacre vers la maison de Dieu, et ainsi, ils pourront nouveau lever des hymnes et des prires au Seigneur qui les a librs. Ce retour Jrusalem et ses biens est dcrit par un verbe qui signifie littralement affluer, couler . Le peuple est vu, dans un mouvement paradoxal, comme un fleuve en crue qui coule vers les hauteurs de Sion, en remontant vers le sommet du mont. Une image audacieuse pour dire combien la misricorde du Seigneur est grande !
La terre, que le peuple avait d abandonner, tait devenue la proie des ennemis et dsole. prsent, en revanche, elle reprend vie et refleurit. Et les exils eux-mmes seront comme un jardin irrigu, comme une terre fertile. Isral, ramene dans sa patrie par son Seigneur, assiste la victoire de la vie sur la mort et de la bndiction sur la maldiction.
Cest ainsi que le peuple est fortifi et consol par Dieu. Ce mot est important : consol ! Les rapatris reoivent la vie dune source qui les irrigue gratuitement.
Le psaume nous dit que lorsquils retournrent dans leur patrie, un grand sourire apparut sur leur bouche ; cest une joie si grande ! Cest le don que le Seigneur veut faire aussi chacun de nous, avec son pardon qui convertit et rconcilie.
Le prophte annonce alors la plnitude de la joie et, toujours au nom de Dieu, proclame : Je changerai leur deuil en allgresse, / je les consolerai, je les rjouirai aprs leurs peines (32, 13).
Le prophte Jrmie nous a donn lannonce, en prsentant le retour des exils comme un grand symbole de la consolation donne au cur qui se convertit. Le Seigneur Jsus, pour sa part, a accompli ce message du prophte. Le vritable retour radical de lexil et la lumire rconfortante aprs lobscurit de la crise de la foi se ralise Pques, dans lexprience pleine et dfinitive de lamour de Dieu, amour misricordieux qui donne la joie, la paix et la vie ternelle.
Je salue cordialement les plerins de langue franaise, en particulier les jeunes des lyces et des collges. Alors que nous continuons notre chemin vers Pques, jinvite chacun sapprocher du Seigneur, en particulier en recevant le Sacrement de la rconciliation, afin dexprimenter sa misricorde et de connatre la paix et la joie. Que Dieu vous bnisse.

HOMLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNE B LES FILS DE ZBDE

19 octobre, 2018

http://www.hgiguere.net/Homelie-pour-le-29e-dimanche-du-temps-ordinaire-Annee-B-Les-fils-de-Zebedee_a857.html

per fr e ciottoli quel bisognodi posti d'onore seguire-gesu - Copia

ce besoin de lieux d’honneur pour suivre Jsus

HOMLIE POUR LE 29E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNE B LES FILS DE ZBDE

Textes: Isae 53, 10-11, Hbreux 4, 14-16 et Marc 10, 42-45.

Les textes de la Parole de Dieu aujourdhui nous rappellent ce qu’on pourrait appeler la loi fondamentale du Royaume de Dieu qui est aussi celle de la communaut chrtienne et de l’glise dans le monde.
On connat bien le commandement de l’amour fraternel au cur du message de Jsus (Jean 13, 34-35), mais celui-ci est inoprant s’il ne se joint pas celui, tout aussi fondamental, que nous propose Jsus aujourd’hui qui est la loi du service .

I – Un malentendu profond
Regardez la dmarche de Jacques et Jean, fils de Zbde. Ils n’ont rien compris aux enseignements de Jsus qui leur a expliqu plusieurs fois que sa mission tait d’aller vers les brebis perdues, de servir la volont de salut de son Pre pour toute l’humanit sans faire d’exception.
La scne que nous avons dans l’vangile d’aujourd’hui nous les montre au sortir d’une discussion avec les autres aptres pour savoir qui est le plus grand (Marc 9, 33 et suivants). Au cours de cette discussion, les aptres se voient chacun sur un sige autour de Jsus trnant comme un roi temporel puissant. Ils se voient ainsi aux premiers rangs de sa cour royale. Jacques et Jean veulent s’assurer d’tre non seulement aux premiers rangs, mais d’tre l’un sa droite et l’autre sa gauche .
Et la rponse de Jsus fait clater le malentendu au coeur de la discussion des aptres : Oui, dit Jsus vous serez avec moi si vous me suivez jusqu’ donner votre vie comme moi . Ses mots exacts sont : Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, recevoir le baptme dans lequel je vais tre plong ?
Jsus pense aux outrages, eux aux honneurs.
Jsus pense au gibet o il sera lev, eux pensent des trnes.
Jsus pense donner sa vie pour tous, eux veulent s’lever aux dpens de tous.
Et on pourrait continuer. Malentendu profond.
Pour dissiper tout malentendu auprs de Jacques et de Jean ainsi qu’auprs des autres aptres qui s’offusquaient en pensant que Jacques et Jean auraient des places spciales dans le Royaume de Jsus, Jsus y va de prcisions qui sont retenir et qui constituent cette loi fondamentale du service dont je parlais en commenant.

II – Des prcisions rvlatrices
La voici cette loi du service dans la communaut chrtienne : Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut tre le premier sera l’esclave de tous (Marc 10, 43-44).
Et quel est le fondement de cette loi du service ? C’est l’exemple et l’attitude mme de Jsus, l’Envoy du Pre, c’est parce que le Fils de l’homme n’est pas venu pour tre servi, mais pour servir, et donner sa vie en ranon pour la multitude . Dans cette rponse Jsus nous situe au coeur de sa mission salvatrice.
L’image du Serviteur souffrant que prsente Isae dans la premire lecture va merveille Jsus. Dans sa passion, il sera ce Serviteur souffrant et ainsi il justifiera les multitudes, il se chargera de leurs pchs . Cette mission Jsus l’a pleinement assume, et le soir du Jeudi-Saint, il a pos un geste que vous connaissez bien et qui illustre parfaitement le cur de sa mission : le lavement des pieds des aptres. saint Pierre qui se rebiffait, il dit Si je ne te lave pas, tu ne pourras avoir part avec moi et il conclut par ces mots : Cest un exemple que je vous ai donn : ce que jai fait pour vous, faites-le vous aussi . (Jean 13, 8 et 15)
La loi fondamentale du service dans le Royaume de Dieu, c’est un esprit nouveau, un renversement des perspectives auxquelles s’attendaient les aptres. Ils le comprendront parfaitement aprs la Rsurrection. Et nous le comprendrons, nous, en nous laissant habiter par l’Esprit de Jsus.

III – Application
En effet, il y a tout un chemin faire pour dvelopper cet esprit de service dont parle Jsus. Ce n’est pas vident dans notre monde d’aujourd’hui o la comptition a une si grande place et o les russites sociales, financires, professionnelles sont sur le devant de la scne. Alors qu’en est-il de cet appel de Jsus dans nos vies?
Pour nous, chrtiens-croyants, il s’agit d’une rgle absolue que nous ne mettons pas en doute. Elle s’applique non seulement aux ministres ordonns, diacres, prtres, vques, mais tous les fidles membres de la communaut chrtienne. L’glise n’en sera que plus belle lorsque tous et toutes s’efforceront d’incarner dans leur vie de tous les jours cette loi du service .
Cet idal du service demeure l’idal incontournable du disciple de Jsus. Il nous revient de chercher le vivre de diverses faons. Ce peut tre en privilgiant le service de sa famille, le service des concitoyens, l’aide des gens dans le besoin, la participation des associations impliques socialement etc. L’important nest pas ce que nous faisons, mais c’est le cur que nous y mettons car devenir disciple de Jsus c’est entrer dans une famille o il y a place pour tout le monde et o il y a de l’amour fraternel qui se sent et se voit.
Le pape Franois pour rpondre un journaliste qui, lors de sa confrence de presse sur lavion son retour de Philadelphie le 27 septembre 2015, lui demandait s’il se voyait comme une star s’est content de lui rpondre, selon lantique formule, le pape est le serviteur des serviteurs de Dieu . Quelle belle rponse et quel dfi aussi ! tre serviteur nest pas seulement la mission du pape, cest aussi celle de chaque personne baptise.

Conclusion
Frres et surs, dans cette clbration eucharistique dominicale, comme toutes les fois o nous sommes runis en son Nom , nous voulons rendre prsente la loi du service qui est au cur de la mission de Jsus. Cette mission envoie les disciples jusquaux extrmits de la terre.
Oui! allons servir, soutenu par Celui qui vient heureusement, par son Corps et son Sang, nous donner ainsi, lorsque nous le partageons, le moyen d’tre de plus en plus des disciples-missionnaires comme le souhaite le pape Franois dans son Exhortation apostolique La joie de lvangile au numro 120 : Tout chrtien est missionnaire dans la mesure o il a rencontr lamour de Dieu en Jsus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes disciples et missionnaires, mais toujours que nous sommes disciples-missionnaires . Amen!

Mgr Hermann Gigure, P.H.
Facult de thologie et de sciences religieuses
lUniversit Laval
Sminaire de Qubec
16 octobre 2018

SAINT LUC EVANGELISTE – 18 OCTOBRE (F) L’VANGLISTE ET SON PROJET D’CRITURE

17 octobre, 2018

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/exploration/2012/exp_120828.html

imm fr san luca patriarcato ortodosso di antiochia

SAINT LUC EVANGELISTE – 18 OCTOBRE (F) L’VANGLISTE ET SON PROJET D’CRITURE

Avec cette premire livraison de la rentre automnale, nous amorons la dcouverte de lvangile selon saint Luc. Cette srie compltera donc notre tour dhorizon des vangiles.

Ce ne sont pas les scnes dvangile qui manquent dans lalbum de notre mmoire religieuse. Si vous parcourez cet album, vous y trouverez sans doute un grand nombre de passages provenant de lvangile de Luc, en commenant par les rcits de lenfance de Jsus, notamment lannonciation Marie et la naissance de Jsus Bethlem. Mais qui ne connat pas la parabole de lenfant prodigue ou celle du bon Samaritain, le repas de Jsus chez Marthe et Marie, le crucifiement de Jsus entre deux brigands, la rencontre du Ressuscit par les deux disciples dEmmas et le rcit de lAscension. Et si on passe aux Actes des Aptres, du mme saint Luc, on connat bien le rcit de la Pentecte, le martyre dtienne et la conversion de Saul le perscuteur qui deviendra Paul lvanglisateur. Voil pour ce petit exercice de mmoire que vous pouvez continuer par vous-mme.
Lvangliste a ceci de particulier quil nous prsente dentre de jeu les objectifs de son projet dcriture : offrir aux lecteurs, reprsents par Thophile, un rcit ordonn des vnements entourant la vie et la mission de Jsus afin quils puissent constater la solidit des enseignements reus (cf. Lc 1, 1-4). Bien quils soient considrs comme des uvres littraires, les vangiles ne peuvent tre assimils des rcits biographiques, des livres dhistoire, des essais ou des ouvrages savants, mme si nous pouvons y dcouvrir quelques similitudes avec ces types douvrages familiers. Il est indniable quils renferment des lments biographiques sur Jsus, des donnes historiques, des rflexions thologiques. Mais Luc prcise que son objectif, qui est sans doute partag par les autres vanglistes, se situe un autre niveau.
Pour emprunter une formule de plus en plus frquente dans notre glise, osons comparer lvangile un parcours de catchse qui favorise lducation continue des personnes qui ont mis leur foi dans le Christ, grce une premire annonce de lvangile. Ainsi Luc se propose de consolider la foi de son cher Thophile, un amant de Dieu comme lindique son nom, en lui racontant ce que lui-mme a reu de la tradition des aptres, les tmoins oculaires de Jsus, depuis les dbuts de son ministre jusqu sa rsurrection, et qui sont devenus, par la puissance de lEsprit, les serviteurs de la Parole.
Luc propose Thophile un parcours dans la vie et lenseignement de Jsus qui se subdivise en 5 parties : une introduction constitue par les rcits denfance jusquau baptme de Jsus, suivie de quatre priodes.

1. Introduction : 1, 1 4, 13
Lenfance de Jean Baptiste et de Jsus : 1-2
La prparation du ministre de Jsus : la prdication de Jean Baptiste : 3, 1-20
Le baptme de Jsus, la gnalogie et lenracinement de Jsus dans lhistoire universelle, la tentation au dsert : 3, 21-4,13.

2. Premire priode : Jsus exerce son ministre en Galile : 4, 14 9, 50
Le commencement de la prdication dans la synagogue de Nazareth : 4, 14-30
Lannonce de lvangile du salut par des activits de gurison et denseignement, dont le discours dans la plaine : 4, 31 9, 50.

3. Deuxime priode : Jsus entreprend sa monte vers Jrusalem : 9, 51 19, 27
Les pivots de lexistence chrtienne : lamour du prochain, la prire, la primaut de la Parole, la confiance en la Providence : 9, 51 13, 21
Le cur de lvangile : la misricorde de Dieu envers ceux qui sont perdus; les obstacles au salut, le danger des richesses, le conflit avec les autorits, le discernement des signes de la venue du Fils de lhomme : 13, 22 19, 27.

4. Troisime priode : le ministre de Jsus Jrusalem : 19, 28 21, 38
Lentre du Messie Jrusalem : 19, 28-40
Lenseignement au Temple : 19, 41 21, 38

5. Quatrime priode : la passion et la rsurrection : 22 24
La passion et la mort de Jsus : 22, 1 23, 56
La rsurrection et lascension : 24

Yves Guillemette, ptre

SAINT IGNACE D’ANTIOCHE – 17 Octobre (m)

16 octobre, 2018

http://reflexionchretienne.e-monsite.com/pages/vie-des-saints/octobre/saint-ignace-d-antioche-eveque-patriarche-d-antioche-martyr-docteur-de-l-eglise-c-115-fete-le-17-octobre.html

saint-ignace-d-antioche.22

La Lgende dore du Bienheureux Jacques de Voragine nouvellement traduite en franais avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’abb J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathdrale d’Amiens, douard Rouveyre, diteur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii

SAINT IGNACE

Ignace est ainsi nomm, de ignem patiens, c’est--dire qu’il a endur le feu de lAmour Divin.
Saint Ignace fut disciple de Saint Jean et vque d’Antioche. On dit qu’il adressa la Sainte Vierge une lettre conue en ces termes:
A Marie Porte-Christ, Ignace son dvou. Vous avez d fortifier et consoler en moi le nophyte et le disciple de votre Jean. J’ai appris en effet de votre Jsus des choses admirables dire, et j’ai t stupfait en les entendant.
Or, j’attends de vous, qui avez toujours t unie d’amiti avec lui, et qui tiez de tous ses secrets, que vous massuriez la vrit de tout ce que j’ai entendu.
Une autre leon ajoute ce qui suit: Je vous ai dj crit plusieurs fois, et vous ai demand des explications.
Adieu, et que les nophytes qui sont avec moi reoivent force de vous, par vous et en vous.
Alors la bienheureuse Vierge Marie, mre de Dieu, lui rpondit: A Ignace, son disciple chri, lhumble servante de Jsus-Christ.
Les choses que vous avez apprises et entendues de Jean, touchant Jsus, sont vraies ; croyez-les, tudiez-les, attachez-vous fermement ce que vous avez promis Jsus-Christ, et conformez-y vos murs et votre vie.
Je viendrai avec Jean, vous voir et ceux qui sont avec vous. Soyez ferme et agissez avec les principes de la Foi, pour ‘que la violence de la perscution ne vous branle pas, mais que votre esprit soit fort et, ravi en Dieu voire sauveur; ainsi soit-il *.
* Ces deux lettres sont-elles authentiques? Les auteurs anciens disent oui, les modernes disent non. Ce qu’il y a de certain c’est qu’elles remontent une trs haute antiquit.
Or, Saint Ignace jouissait d’une autorit si grande que Denys lui-mme, le disciple de laptre Saint Paul, qui fut si profond en philosophie et si accompli dans la science divine, citait les paroles de Saint Ignace comme une autorit, pour prouver ce qu’il avanait.
En son livre des Noms divins, il rapporte que quelques-uns voulaient rejeter le nom d’amour en disant que dans les choses divines il y avait plutt dilection qu’amour; il dit, en voulant montrer que ce mot d’Amour devait tre employ en tout dans les choses divines :
Le divin Ignace a crit : Mon amour a t crucifi. On lit dans lHistoire tripartite (Liv. X, ch. IX.) que Saint Ignace entendt les anges chanter des Antiennes sur- une montagne, et ds lors il ordonna qu’on chanterait ds Antiennes dans lglise et qu’on entonnerait des Psaumes sur les Antiennes.
Aprs avoir longuement pri le Seigneur pour la paix de lglise, Saint Ignace redoutant le pril, non pour lui, mais pour les faibles, alla au-devant de lempereur Trajan, qui commena rgner lan 100, alors qu’ son retour, aprs une victoire, il menaait de mort tous les Chrtiens; il dclara ouvertement qu’il tait lui-mme Chrtien.
Trajan le fit charger de chanes, le confia dix soldats et ordonna de le conduire Rome en le menaant de, le jeter en pture aux btes.
Or, pendant le trajet, Ignace prparait des lettres, destines toutes les glises et, les confirmait dans la Foi de Jsus-Christ.
Il y en avait une pour lglise de Rome, ainsi que le rapporte lHistoire ecclsiastique, dans laquelle il priait qu’on ne fit rien pour, empcher son martyre.
Voici ses paroles: De la Syrie jusqu’ Rome, je combats avec les btes par mer et par terre, le jour et la nuit, li et attach au milieu de dix lopards (ce sont les soldats qui, me gardent), dont la cruaut augmente en raison du bien que je leur fais: mais leur cruaut est mon instruction.
O btes salutaires, qui me sont rserves ! Quand viendront-elles ? Quand seront-elles lches ? Quand leur sera-t-il permis de se nourrir de mes chairs ?
Je les inviterai me dvorer, je les prierai pour qu’elles ne craignent pas de toucher mon corps, comme elles lont fait d’autres.
Je ferai plus, si elles tardent trop, je leur ferai violence, je me mettrai dans leur gueule.
Pardonnez-moi, je vous prie ; je sais ce qui mest avantageux. Qu’on runisse contre moi le feu, les croix, les btes, que mes os soient broys, que tous les membres de mon corps soient mis en pices, que tous les tourments invents par le diable soient amasss sur moi, pourvu que je mrite d’tre uni Jsus-Christ.
Arriv Rome et amen devant Trajan, cet empereur lui dit: Ignace, pourquoi fais-tu rvolter Antioche et convertis-tu mon peuple la Chrtient?
Ignace lui rpondit : Plt Dieu que je puisse te convertir aussi, afin que tu jouisses toujours d’une autorit inbranlable.
Trajan lui dit : Sacrifie mes Dieux et tu seras le premier de tous les prtres.
Ignace rpondit: Je ne sacrifierai point tes dieux, et je n’ambitionne pas la dignit que tu moffres. Tu pourras faire de moi tout ce que tu veux, mais jamais tu ne me changeras.
Brisez-lui les paules, reprit Trajan, avec des fouets plombs, dchirez-lui les cts et frottez ses blessures avec des pierres aigus.
Il resta immobile au milieu de tous les tourments, et Trajan dit ; Apportez des charbons ardents, et faites-le marcher dessus les pieds nus.
Ignace lui dit : Ni le feu ardent, ni leau bouillante ne pourront teindre en moi la Charit de J-C.
Trajan ajouta C’est malfice cela, de ne point cder aprs de pareilles tortures.
Ignace lui rpondit: Nous autres Chrtiens, nous n’usons pas de malfices, puisque dans notre loi, nous devons ter la vie aux enchanteurs c’est vous, au contraire, qui usez de malfices, vous qui adorez des idoles.
Trajan reprit; Dchirez-lui le dos avec des ongles de fer, et mettez du sel dans ses plaies. Ignace lui dit : Les souffrances de la vie prsente n’ont point de proportion avec la gloire venir.
Trajan insista: Enlevez-le, attachez-le avec des chanes de fer un poteau, gardez-le au fond d’un cachot, laissez-le sans boire ni manger et dans trois jours, donnez-le dvorer aux btes.
Le troisime jour donc tant venu, lEmpereur, le Snat et tout le peuple s’assemblrent pour voir lvque d’Antioche combattre les btes, et Trajan dit :
Puisque Ignace est superbe et contumace, liez-le et lchez deux lions sur lui afin qu’il ne reste rien de sa personne.
Alors Saint Ignace dit au peuple prsent : Romains, qui assistez ce spectacle, je n’ai pas travaill pour rien.
Si je souffre, ce n’est pas pour avoir commis des crimes, mais c’est pour ma pit envers Dieu.
Ensuite il se mit dire, ainsi que le rapporte lHistoire ecclsiastique : Je suis le froment de J.-C., je serai moulu par les dents des btes afin de devenir un pain pur.
En entendant ces mots, lempereur dit: La patience des chrtiens est grande; quel est celui des Grecs qui en endurerait autant pour son Dieu ?
Ignace rpondit : Ce n’a pas t par ma vertu, mais avec laide de Dieu que j’ai support ces tourments.
Alors Saint Ignace provoqua les lions pour qu’ils accourussent le dvorer. Deux lions furieux accoururent donc et ne firent que ltouffer sans toucher aucunement sa chair.
Trajan, cette vue, se retira dans une grande admiration en donnant lordre de ne pas empcher que lon vint enlever les restes du martyr.
C’est pourquoi les chrtiens prirent son corps et lensevelirent avec honneur.
Quand Trajan eut reu une lettre, par laquelle Pline le jeune recommandait vivement les Chrtiens que lempereur immolait, il fut afflig, de ce qu’il avait fait endurer Ignace, et ordonna qu’on ne rechercht plus les Chrtiens, mais que s’il en tombait quelqu’un entre les mains de la justice, il ft puni.
On lit encore que Saint Ignace, au milieu de tant de tourments, ne cessait d’invoquer le nom de J.-C.
Comme ses bourreaux lui demandaient pourquoi il rptait si souvent ce nom, il dit : Ce nom, je le porte crit dans mon cur ; c’est la raison pour laquelle je ne puis cesser de linvoquer.
Or, aprs sa mort, ceux qui lavaient entendu parler ainsi voulurent s’assurer du fait; ils tent donc son cur de son corps, le coupent en deux, et trouvent ces mots gravs en lettres d’or au milieu : J.-C.
Ce qui donna la Foi plusieurs.
Saint Bernard parle ainsi de ce Saint, dans son commentaire sur le Psaume : Qui habitat. Le grand Saint Ignace fut llve du disciple que Jsus aimait ; il fut martyr aussi et ses prcieuses reliques enrichirent notre pauvret.
Dans plusieurs lettres qu’il adressa Marie, il la salue du nom de Porte-Christ : c’est un bien grand titre de dignit et une recommandation d’un immense honneur!

BENOT XVI – SAINTE THRSE DE JSUS (2011) 15 octobre

15 octobre, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110202.html

imm it

BENOT XVI – SAINTE THRSE DE JSUS (2011)

AUDIENCE GNRALE

Salle Paul VI

Mercredi 2 fvrier 2011

Chers frres et surs,

Au cours des catchses que jai voulu consacrer aux Pres de lEglise et aux grandes figures de thologiens et de femmes du Moyen-ge, jai eu loccasion de marrter galement sur certains saints et saintes qui ont t proclams docteurs de lEglise en raison de leur minente doctrine. Aujourdhui, je voudrais commencer une brve srie de rencontres pour complter la prsentation des docteurs de lEglise. Et je commence par une sainte qui reprsente lun des sommets de la spiritualit chrtienne de tous les temps: sainte Thrse dAvila (de Jsus).
Elle nat Avila, en Espagne, en 1515, sous le nom de Teresa de Ahumada. Dans son autobiographie, elle mentionne elle-mme certains dtails de son enfance: la naissance de parents vertueux et craignant Dieu, au sein dune famille nombreuse, avec neuf frres et trois surs. Encore enfant, alors quelle navait pas encore 9 ans, elle a loccasion de lire les vies de certains martyrs, qui lui inspirent le dsir du martyre, si bien quelle improvise une brve fugue de chez elle pour mourir martyre et monter au Ciel (cf. Vie, 1, 4): Je veux voir Dieu dclare la petite fille ses parents. Quelques annes plus tard, Thrse parlera de ses lectures denfance, et affirmera y avoir dcouvert la vrit, quelle rsume dans deux principes fondamentaux: dun ct, le fait que tout ce qui appartient au monde ici bas passe et de lautre, que seul Dieu est pour toujours, toujours, toujours, un thme qui revient dans la trs clbre posie Que rien ne te trouble,/ que rien ne teffraie;/ tout passe. Dieu ne change pas:/ la patience obtient tout;/ celui qui possde Dieu/ ne manque de rien/ Dieu seul suffit!. Orpheline de mre lge de 12 ans, elle demande la Trs Sainte Vierge de lui servir de mre (cf. Vie, 1, 7).
Si, au cours de son adolescence, la lecture de livres profanes lavait conduite aux distractions dune vie dans le monde, lexprience comme lve des moniales augustiniennes de Sainte-Marie-des-Grces dAvila, ainsi que la lecture de livres spirituels, en particulier des classiques de la spiritualit franciscaine, lui enseignent le recueillement et la prire. A lge de 20 ans, elle entre au monastre carmlite de lIncarnation, toujours Avila; dans sa vie religieuse, elle prend le nom de Thrse de Jsus. Trois ans plus tard, elle tombe gravement malade, au point de rester quatre jours dans le coma, apparemment morte (cf. Vie, 5, 9). Mme dans la lutte contre ses maladies, la sainte voit le combat contre les faiblesses et les rsistances lappel de Dieu: Je dsirais vivre crit-elle car je le sentais, ce n’tait pas vivre que de me dbattre ainsi contre une espce de mort; mais nul n’tait l pour me donner la vie, et il n’tait pas en mon pouvoir de la prendre. Celui qui pouvait seul me la donner avait raison de ne pas me secourir; il m’avait tant de fois ramene lui, et je l’avais toujours abandonn (Vie, 8, 2) En 1543, sa famille sloigne: son pre meurt et tous ses frres migrent lun aprs lautre en Amrique. Au cours du carme 1554, lge de 39 ans, Thrse atteint le sommet de sa lutte contre ses faiblesses. La dcouverte fortuite de la statue dun Christ couvert de plaies marque profondment sa vie (cf. Vie, 9). La sainte, qui cette poque trouvait un profond cho dans les Confessions de saint Augustin, dcrit ainsi le jour dcisif de son exprience mystique: Le sentiment de la prsence de Dieu me saisissait alors tout coup. Il m’tait absolument impossible de douter qu’il ne ft au dedans de moi, ou que je ne fusse toute abme en lui (Vie, 10, 1).
Paralllement au mrissement de son intriorit, la sainte commence dvelopper concrtement l’idal de rforme de l’ordre du carmel: en 1562, elle fonde Avila, avec le soutien de l’vque de la ville, don Alvaro de Mendoza, le premier carmel rform, et peu aprs, elle reoit aussi l’approbation du suprieur gnral de l’ordre, Giovanni Battista Rossi. Dans les annes qui suivent, elle continue fonder de nouveaux carmels, dix-sept au total. La rencontre avec saint Jean de la Croix, avec lequel, en 1568, elle fonde Duruelo, non loin d’Avila, le premier couvent de carmlites dchausses, est fondamentale. En 1580, elle obtient de Rome l’rection en Province autonome pour ses carmels rforms, point de dpart de l’ordre religieux des carmlites dchausses. Thrse termine sa vie terrestre au moment o elle est engage dans l’activit de fondation. En 1582, en effet, aprs avoir fond le carmel de Burgos et tandis qu’elle est en train d’effectuer son voyage de retour Avila, elle meurt la nuit du 15 octobre Alba de Tormes, en rptant humblement ces deux phrases: A la fin, je meurs en fille de l’Eglise et L’heure est prsent venue, mon Epoux, que nous nous voyons. Une existence passe en Espagne, mais consacre l’Eglise tout entire. Batifie par le Pape Paul V en 1614 et canonise en 1622 par Grgoire XV, elle est proclame Docteur de l’Eglise par le Serviteur de Dieu Paul VI en 1970.
Thrse de Jsus n’avait pas de formation universitaire, mais elle a tir profit des enseignements de thologiens, d’hommes de lettres et de matres spirituels. Comme crivain, elle s’en est toujours tenu ce qu’elle avait personnellement vcu ou avait vu dans l’exprience des autres (cf. Prologue au Chemin de perfection), c’est--dire en partant de l’exprience. Thrse a l’occasion de nouer des liens d’amiti spirituelle avec un grand nombre de saints, en particulier avec saint Jean de la Croix. Dans le mme temps, elle se nourrit de la lecture des Pres de l’Eglise, saint Jrme, saint Grgoire le Grand, saint Augustin. Parmi ses uvres majeures, il faut rappeler tout d’abord son autobiographie, intitule Livre de la vie, qu’elle appelle Livre des Misricordes du Seigneur. Compose au Carmel d’Avila en 1565, elle rapporte le parcours biographique et spirituel, crit, comme l’affirme Thrse elle-mme, pour soumettre son me au discernement du Matre des spirituels, saint Jean d’Avila. Le but est de mettre en vidence la prsence et l’action de Dieu misricordieux dans sa vie: c’est pourquoi luvre rappelle souvent le dialogue de prire avec le Seigneur. C’est une lecture fascinante, parce que la sainte non seulement raconte, mais montre qu’elle revit l’exprience profonde de sa relation avec Dieu. En 1566, Thrse crit le Chemin de perfection, qu’elle appelle Admonestations et conseils que donne Thrse de Jsus ses moniales. Les destinataires en sont les douze novices du carmel de saint Joseph dAvila. Thrse leur propose un intense programme de vie contemplative au service de l’Eglise, la base duquel se trouvent les vertus vangliques et la prire. Parmi les passages les plus prcieux, figure le commentaire au Notre Pre, modle de prire. Luvre mystique la plus clbre de sainte Thrse est le Chteau intrieur, crit en 1577, en pleine maturit. Il s’agit dune relecture de son chemin de vie spirituelle et, dans le mme temps, d’une codification du droulement possible de la vie chrtienne vers sa plnitude, la saintet, sous l’action de l’Esprit Saint. Thrse fait appel la structure d’un chteau avec sept pices, comme image de l’intriorit de l’homme, en introduisant, dans le mme temps, le symbole du ver soie qui renat en papillon, pour exprimer le passage du naturel au surnaturel. La sainte s’inspire des Saintes Ecritures, en particulier du Cantique des cantiques, pour le symbole final des deux Epoux, qui lui permet de dcrire, dans la septime pice, le sommet de la vie chrtienne dans ses quatre aspects: trinitaire, christologique, anthropologique et ecclsial. A son activit de fondatrice des carmels rforms, Thrse consacre le Livre des fondations, crit entre 1573 et 1582, dans lequel elle parle de la vie du groupe religieux naissant. Comme dans son autobiographie, le rcit tend mettre en vidence l’action de Dieu dans luvre de fondation des nouveaux monastres.
Il nest pas facile de rsumer en quelques mots la spiritualit thrsienne, profonde et articule. Je voudrais mentionner plusieurs points essentiels. En premier lieu, sainte Thrse propose les vertus vangliques comme base de toute la vie chrtienne et humaine: en particulier, le dtachement des biens ou pauvret vanglique, et cela nous concerne tous; lamour des uns pour les autres comme lment essentiel de la vie communautaire et sociale; lhumilit comme amour de la vrit; la dtermination comme fruit de laudace chrtienne; lesprance thologale, quelle dcrit comme une soif deau vive. Sans oublier les vertus humaines: amabilit, vracit, modestie, courtoisie, joie, culture. En deuxime lieu, sainte Thrse propose une profonde harmonie avec les grands personnages bibliques et lcoute vivante de la Parole de Dieu. Elle se sent surtout en harmonie avec lpouse du Cantique des Cantiques et avec laptre Paul, outre quavec le Christ de la Passion et avec Jsus eucharistie.
La sainte souligne ensuite quel point la prire est essentielle: prier, dit-elle, signifie frquenter avec amiti, car nous frquentons en tte tte Celui qui, nous le savons, nous aime (Vie 8, 5). Lide de sainte Thrse concide avec la dfinition que saint Thomas dAquin donne de la charit thologale, comme amicitia quaedam hominis ad Deum, un type damiti de lhomme avec Dieu, qui le premier a offert son amiti lhomme; linitiative vient de Dieu (cf. Summa Theologiae -II, 21, 1). La prire est vie et se dveloppe graduellement en mme temps que la croissance de la vie chrtienne: elle commence par la prire vocale, elle passe par lintriorisation travers la mditation et le recueillement, jusqu parvenir lunion damour avec le Christ et avec la Trs Sainte Trinit. Il ne sagit videmment pas dun dveloppement dans lequel gravir les plus hautes marches signifie abandonner le type de prire prcdent, mais cest plutt un approfondissement graduel de la relation avec Dieu qui enveloppe toute la vie. Plus quune pdagogie de la prire, celle de Thrse est une vritable mystagogie: elle enseigne au lecteur de ses uvres prier en priant elle-mme avec lui; en effet, elle interrompt frquemment le rcit ou lexpos pour se lancer dans une prire.
Un autre thme cher la sainte est le caractre central de lhumanit du Christ. En effet, pour Thrse la vie chrtienne est une relation personnelle avec Jsus, qui atteint son sommet dans lunion avec Lui par grce, par amour et par imitation. Do limportance que celle-ci attribue la mditation de la Passion et lEucharistie, comme prsence du Christ, dans lEglise, pour la vie de chaque croyant et comme cur de la liturgie. Sainte Thrse vit un amour inconditionn pour lEglise: elle manifeste un vif sensus Ecclesiae face aux pisodes de division et de conflit dans lEglise de son temps. Elle rforme lOrdre des carmlites avec lintention de mieux servir et de mieux dfendre la Sainte Eglise catholique romaine , et elle est dispose donner sa vie pour celle-ci (cf. Vie 33, 5).
Un dernier aspect essentiel de la doctrine thrsienne, que je voudrais souligner, est la perfection, comme aspiration de toute la vie chrtienne et objectif final de celle-ci. La sainte a une ide trs claire de la plnitude du Christ, revcue par le chrtien. A la fin du parcours du Chteau intrieur, dans la dernire pice, Thrse dcrit cette plnitude, ralise dans linhabitation de la Trinit, dans lunion au Christ travers le mystre de son humanit.
Chers frres et surs, sainte Thrse de Jsus est une vritable matresse de vie chrtienne pour les fidles de chaque temps. Dans notre socit, souvent en manque de valeurs spirituelles, sainte Thrse nous enseigne tre des tmoins inlassables de Dieu, de sa prsence et de son action, elle nous enseigne ressentir rellement cette soif de Dieu qui existe dans la profondeur de notre cur, ce dsir de voir Dieu, de chercher Dieu, dtre en conversation avec Lui et dtre ses amis. Telle est lamiti qui est ncessaire pour nous tous et que nous devons rechercher, jour aprs jour, nouveau. Que lexemple de cette sainte, profondment contemplative et efficacement active, nous pousse nous aussi consacrer chaque jour le juste temps la prire, cette ouverture vers Dieu, ce chemin pour chercher Dieu, pour le voir, pour trouver son amiti et trouver ainsi la vraie vie; car rellement, un grand nombre dentre nous devraient dire: Je ne vis pas, je ne vis pas rellement, car je ne vis pas lessence de ma vie. Cest pourquoi, le temps de la prire nest pas du temps perdu, cest un temps pendant lequel souvre la voie de la vie, souvre la voie pour apprendre de Dieu un amour ardent pour Lui, pour son Eglise, cest une charit concrte pour nos frres. Merci.

12