Archive pour la catégorie 'fête du Seigneur'

FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR XXe JOURNÉE DE LA VIE CONSACRÉE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

10 février, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2016/documents/papa-francesco_20160202_omelia-vita-consacrata.html

FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR XXe JOURNÉE DE LA VIE CONSACRÉE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique vaticane

Mardi 2 février 2016

Devant notre regard, se déroule un fait simple, humble et grand : Jésus est conduit par Marie et Joseph au temple de Jérusalem. C’est un enfant comme tant d’autres, comme tous, mais il est unique : c’est le Fils unique venu pour tous. Cet enfant nous a apporté la miséricorde et la tendresse de Dieu : Jésus est le visage de la miséricorde du Père. C’est l’icône que l’Évangile nous offre au terme de l’année de la vie consacrée, une année vécue avec tant d’enthousiasme. Celle-ci, comme un fleuve, se jette à présent dans la mer de la miséricorde, dans cet immense mystère d’amour dont nous faisons l’expérience avec le jubilé extraordinaire. La fête d’aujourd’hui, en particulier en Orient, est appelée fête de la rencontre. En effet, dans l’Évangile qui a été proclamé, nous voyons diverses rencontres (cf. Lc 2, 22-40). Dans le temple, Jésus vient à notre rencontre et nous allons à sa rencontre à Lui. Nous contemplons la rencontre avec le vieux Siméon, qui représente l’attente fidèle d’Israël et l’exultation du cœur pour l’accomplissement des antiques promesses. Nous admirons également la rencontre avec Anne, la prophétesse âgée qui en voyant l’Enfant exulte de joie et de louange à Dieu. Siméon et Anne sont l’attente et la prophétie, Jésus est la nouveauté et l’accomplissement : Il se présente à nous comme la surprise de Dieu éternelle ; dans cet enfant né pour tous se rencontrent le passé, fait de mémoire et de promesses, et l’avenir, plein d’espérance. Nous pouvons voir en cela le début de la vie consacrée. Les personnes consacrées, hommes et femmes, sont tout d’abord appelées à être des hommes et des femmes de la rencontre. En effet, la vocation ne démarre pas d’un projet que nous avons étudié « à un bureau », mais d’une grâce du Seigneur qui nous rejoint, à travers une rencontre qui change la vie. Celui qui rencontre vraiment Jésus ne peut pas rester semblable à celui qu’il était avant. Il est la nouveauté qui rend toutes les choses nouvelles. Celui qui vit cette rencontre devient témoin et rend possible la rencontre pour les autres; et il devient également le promoteur de la culture de la rencontre, évitant l’autoréférentialité qui nous renferme sur nous- mêmes. Le passage de la lettre aux Hébreux, que nous venons d’écouter, nous rappelle que Jésus lui-même, pour venir à notre rencontre, n’a pas hésité à partager notre condition humaine : « Puisque les enfants avaient en commun le sang et la chair, lui aussi y participa pareillement » (v. 14). Jésus ne nous a pas sauvés « de l’extérieur », il n’est pas resté en dehors de notre drame, mais il a voulu partager notre vie. Les personnes consacrées sont appelées à être un signe concret et prophétique de cette proximité de Dieu, de ce partage de la condition de fragilité, de péché et de blessures de l’homme de notre temps. Toutes les formes de vie consacrées, chacune selon ses caractéristiques, sont appelées à être en état permanent de mission, en partageant « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de ceux qui souffrent » (Gaudium et spes, n. 1). L’Évangile nous dit aussi que « le père et la mère de Jésus étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui » (v. 33). Joseph et Marie conservent l’étonnement de cette rencontre pleine de lumière et d’espérance pour tous les peuples. Et nous aussi, comme chrétiens et comme personnes consacrées, nous sommes les gardiens de leur étonnement. Un étonnement qui demande à être toujours renouvelé; faites attention aux habitudes dans la vie spirituelle ; attention à cristalliser nos charismes en une doctrine abstraite: les charismes des fondateurs — comme je l’ai dit d’autres fois — ne sont pas à sceller dans des bouteilles, ne sont pas des pièces de musée. Nos fondateurs ont été animés par l’Esprit et n’ont pas eu peur de se salir le mains dans la vie quotidienne, avec les problèmes des personnes, en parcourant avec courage les périphéries géographiques et existentielles. Ils ne se sont pas arrêtés devant les obstacles et les incompréhensions des autres, car ils ont conservé dans leur cœur l’étonnement de la rencontre avec le Christ. Ils n’ont pas apprivoisé la grâce de l’Évangile ; ils ont toujours eu dans leur cœur une saine inquiétude pour le Seigneur, un désir poignant de l’apporter aux autres, comme l’ont fait Marie et Joseph au temple. Nous aussi, nous sommes appelés aujourd’hui à accomplir des choix prophétiques et courageux. Pour finir, la fête d’aujourd’hui nous apprend à vivre la gratitude pour la rencontre avec Jésus et pour le don de la vocation à la vie consacrée. Remercier, rendre grâces : Eucharistie. Comme cela est beau quand nous rencontrons le visage heureux de personnes consacrées, peut-être déjà âgées comme Siméon ou Anne, contentes et pleines de gratitude pour leur vocation. Il s’agit d’un mot qui peut synthétiser tout ce que nous avons vécu au cours de cette année de la vie consacrée : gratitude pour le don de l’Esprit Saint, qui anime toujours l’Église à travers les divers charismes. L’Évangile se conclut par cette expression : « L’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui » (v. 40). Puisse le Seigneur Jésus, par l’intercession maternelle de Marie, grandir en nous, et accroître en chacun le désir de la rencontre, la préservation de l’étonnement et la joie de la gratitude. D’autres personnes seront alors attirées par sa lumière, et pourront rencontrer la miséricorde du Père. À l’issue de la célébration, le Pape a improvisé les paroles suivantes sur le parvis de la basilique : Chers frères et sœurs consacrés, merci beaucoup ! Vous avez participé à l’Eucharistie, et malgré la fraîcheur du temps, votre cœur brûle ! Merci de terminer ainsi, tous ensemble, cette année de la vie consacrée. Et allez de l’avant ! Chacun de nous a une place, a un travail dans l’Église. S’il vous plaît, n’oubliez pas la première vocation, le premier appel. Gardez-en la mémoire ! C’est avec cet amour avec lequel vous avez été appelés que le Seigneur continue aujourd’hui à vous appeler. Ne rabaissez pas, ne rabaissez pas cette beauté, cet étonnement du premier appel. Et ensuite continuez à travailler. Cela est beau ! Continuez. Il y a toujours quelque chose à faire. La chose principale est de prier. La « moelle » de la vie consacrée est la prière : prier ! Et vieillir ainsi, mais vieillir comme le bon vin ! Je vous dis une chose. J’aime beaucoup rencontrer ces religieuses ou ces religieux âgés, mais avec des yeux brillants, car le feu de la vie spirituelle brûle en eux. Il ne s’est pas éteint, ce feu ne s’est pas éteint ! Allez de l’avant aujourd’hui, chaque jour, et continuez à travailler et à envisager le lendemain avec espérance, en demandant toujours au Seigneur qu’il nous envoie de nouvelles vocations, ainsi notre œuvre de consécration pourra aller de l’avant et bien semer. Que ceux qui viennent après nous puissent recevoir l’héritage que nous leur laisserons.

À présent, adressons une prière à la Vierge. Je vous salue Marie… [Bénédiction].

Bonne soirée et priez pour moi !

LA SAINTE RENCONTRE OU PRÉSENTATION DU CHRIST AU TEMPLE

1 février, 2016

http://www.spiritualite-orthodoxe.net/sainte_rencontre_orthodoxie.html

LA SAINTE RENCONTRE OU PRÉSENTATION DU CHRIST AU TEMPLE

Tropaire de la fête: Ton 1: Réjouis-toi, Pleine de grâce, Mère de Dieu et Vierge! De toi a resplendi le Soleil de justice, Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres. Et toi, juste vieillard Siméon sois dans la joie! Car tu as reçu dans tes bras le Libérateur de nos âmes, Celui qui nous donne la Résurrection

Sainte Rencontre Sainte Rencontre -Collection Ourmedia On nomme aussi la fête « la sainte rencontre » ou « hypapanthe » du grec «aller au-devant». La fête est appelée également la chandeleur car elle se fêtait à la lumière des chandelles pour exprimer le témoignage de Siméon sur Jésus-Christ: « lumière pour la révélation aux nations ». On la nomme aussi la fête de la Purification parce que, quarante jours après la naissance du Seigneur, la Vierge vint au Temple se purifier, selon la loi de Moïse. Jésus fut présenté au Temple par Marie et Joseph, il rencontra le vieillard Siméon et la prophétesse Anne qui se trouvaient alors dans le Temple. La Sainte Rencontre est celle de Dieu et de son peuple, elle préfigure la rencontre liturgique. « Chaque âme devrait être un Temple de Dieu, où Marie apporte Jésus. Et chacun de nous, comme Siméon, devrait prendre l’enfant dans ses bras et dire au Père: «Mes yeux ont vu ton salut». La prière de Siméon, «laisse ton serviteur s’en aller en paix», ne signifie pas seulement que celui qui a vu Jésus et l’a tenu dans ses bras peut maintenant quitter cette vie, mourir en paix. Elle signifie encore pour nous que, ayant vu et touché le Sauveur, nous sommes délivrés de la servitude du péché et nous pou­vons nous éloigner en paix du royaume du mal. » Extrait de : L’An de grâce du Seigneur, Père Lev Gillet, Editions du Cerf.

La présentation de Jésus au Temple Homélie par S.B. Patriarche Daniel Trois grandes vérités L’Église a fait correspondre le texte de l’Évangile Luc 2:21-36 à la fête nommés la Présentation du Seigneur Jésus-Christ au Temple. Ce texte évangélique nous expose trois grandes vérités: Tout d’abord que les gens ont attendu avec foi pendant des siècles l’arrivée du Messie, dans l’espérance et avec beaucoup de patience. Deuxièmement, l’Évangile nous explique que le juste Siméon a prédit que l’Enfant en bas âge Jésus qui était amené au Temple était « pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, et comme un signe qui provoquera la contradiction « . Et il dit à la Mère de Dieu que « une épée te transpercera – de sorte que soient révélés les raisonnements de beaucoup « . Le juste Siméon prophétise donc sur le Mystère de la Croix du Christ et de Sa Passion, mais aussi sur Sa mère, la Vierge Marie, qui verra son Fils crucifié et tué. Troisièmement, l’Évangile nous montre que nous préparons notre rencontre avec Dieu par le jeûne et la prière. Ceci est l’enseignement que Sainte Anne la prophétesse exprime le mieux. Elle représente les gens Justes qui sont proches de l’Église, qui nuit et jour jeûnent et prient.

Comment l’Esprit saint inspire les justes L’Évangile est très utile spirituellement pour ceux désirant comprendre comment l’Esprit Saint, qui a inspiré le juste Siméon et la prophétesse Anne à attendre pendant des dizaines d’années l’arrivée du Messie, peut aussi agir dans l’âme des fidèles qui patientent pour que s’accomplisse la promesse de salut, de l’union de l’homme avec Dieu. Ainsi, le juste Siméon est nommé « le Destinataire de Dieu « dans le calendrier de notre Église. Il nous montre comment nous pouvons être les destinataires de Dieu aussi. Nous voyons que l’Évangile selon Saint Luc décrit ce serviteur du Temple comme un homme juste, craignant Dieu. Le mot « juste » dans l’Ancien Testament n’était pas appliqué à la justice humaine, mais plutôt à l’homme qui obéit aux paroles de Dieu et accomplit Sa volonté dans sa vie, qui a compris que la parole de Dieu est un guide pour la vie de l’homme. C’est pourquoi les Psaumes disent: « Dieu, j’ai obéi à vos paroles », à savoir aux conseils pour améliorer la vie de l’homme de Dieu. Le Juste est un homme dont la foi est forte et qui vit selon la volonté de Dieu. L’homme fidèle est l’homme Juste. L’homme pieux est aussi l’homme Juste dans les Saintes Écritures. C’est pourquoi le juste Siméon avait l’habitude de passer son temps dans la prière obéissant aux paroles de Dieu et à ses commandements. La tradition de l’Église dit qu’il était un des 70 hommes sages qui ont contribué à la traduction de la sainte Écriture. Cependant, il était aussi un serviteur du Temple qui attendait l’arrivée du Messie, le Christ de Dieu. L’Évangile ne nous dit pas quel âge il avait, mais seulement qu’il était très vieux. Ainsi, nous voyons qu’il vit parce que l’Esprit saint lui a dit qu’il ne mourrait pas jusqu’à ce qu’il ait vu le Christ Notre Seigneur, qu’il ne décéderait pas avant qu’il n’ait rencontré le Dieu-Homme, c’est à dire le Fils de Dieu qui a s’est fait homme par amour pour les hommes. Nous voyons comment la promesse se concrétise pour le juste Siméon , comment l’espérance devient communion ou rencontre avec Dieu.

Les élus qui attendent le Seigneur mais rien du monde Saint Siméon Saint Siméon le juste – Image de la collection Ourmedia Le juste de l’Ancien Testament n’attend pas quelque chose, mais quelqu’un: « le juste Siméon et la prophétesse Anne représentent tous les élus qui attendent le Seigneur, comme le Psaume 40 dit: « j’ai attendu patiemment le Seigneur ». Le Juste de l’Ancien Testament, est représenté par Siméon en raison de sa patience, sa piété, sa foi et son espérance et parce qu’il n’attendait pas quelque chose, mais Quelqu’un: « J’ai attendu patiemment le Seigneur ». Il n’attendait pas que lui sont donné quelque chose de mieux dans ce monde. Ils n’attendait pas un avantage, des dons de Dieu mais Dieu Lui-même, qui est la source de vie et de tous les dons. Ainsi, « j’ai attendu patiemment le Seigneur » signifie que j’attendais pour le rencontrer ». C’est pourquoi quand la promesse de l’Esprit saint se concrétise, le juste Siméon reçoit dans ses bras affaiblis par le temps Celui qui porte l’Univers entier, toutes les galaxies, Dieu le Créateur du ciel et de la terre, comme un enfant en bas âge. Il dit : « Maintenant, Maître, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, celui que tu as préparé devant tous les peuples, lumière pour la révélation aux nations et gloire de ton peuple, Israël ». Comme l’Évangile selon Saint Luc le dit, dès le moment où il a rencontré Dieu il l’a glorifié et a dit: « Maintenant, Maître, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix « . Le juste Siméon prophétise sur la Croix Nous voyons ici que le juste Siméon est un Prophète aussi. Il voit l’avenir de cet enfant qu’il reçoit dans ses bras. Il sait qu’Il est le Sauveur. Jeshoua signifie que Dieu sauve, Jésus signifie que Dieu sauve. « Car mes yeux ont vu ton salut » signifie Celui par qui le salut vient.  » Celui que tu as préparé devant tous les peuples » signifie que Christ, le Seigneur, n’est pas venu seulement pour les gens d’Israël, mais pour toutes les nations. C’est pourquoi il ajoute « devant tous les peuples » ou « lumière pour la révélation aux nations ». Alors il ajoute « et gloire de ton peuple, Israël ». Et il bénit le justes Joseph et la Vierge Marie, la Mère de l’Enfant en bas âge Jésus. Alors, après qu’il eu béni Dieu, il bénit aussi ceux considérés comme les parents de l’enfant. Le juste Joseph était le père adoptif de Jésus, mais la Mère de Dieu était la mère qui a donné naissance. Il les bénit et ensuite il prophétisa que cet Enfant « est pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, et comme un signe qui provoquera la contradiction » et « une épée te transpercera (la Mère de Dieu) – de sorte que soient révélés les raisonnements de beaucoup », à savoir l’épée de la peine, de la souffrance d’une mère qui voit son Fils crucifié et mourir sur la croix. Le juste Siméon associe « la Gloire d’Israël » à la Croix de la Passion, parce que Christ a été condamné, qu’il a été crucifié et qu’il est mort pour les hommes, pour lesquels il est venu. Ainsi, nous voyons dans le juste Siméon un prophète qui lie la gloire et la Croix ensemble parce que la gloire ne peut pas être atteinte sans porter la Croix. La gloire appartient à la Résurrection, mais la Résurrection a été atteinte par la Croix. Ainsi, le juste Siméon représente, comme nous avons déjà dit, la période d’attente des justes et des prophètes de l’Ancien Testament. C’est pourquoi les mots prononcés dans le Temple de Jérusalem font partie des Vêpres Orthodoxes. À la fin de cette office il est dit « Et maintenant Seigneur, tu peux laisser aller en paix ton serviteur, parce que mes yeux ont vu le salut qui vient de toi… », montrant que les Vêpres symbolisent la période d’attente du Messie. Les Matines symbolisent l’aube de l’arrivée de Jésus, Sa Nativité à Bethléem, Son enfance et Sa jeunesse, non connues par les gens jusqu’à Son baptême; tandis que le début de Son économie dans le monde est représentée par la Divine Liturgie. Ainsi, nous voyons une relation entre notre culte et l’histoire du salut. Le culte Orthodoxe représente le temps béni à travers l’attente, la prière et le jeûne.

La prophétesse Anne La prophétesse Anne était une femme qui restait dans le Temple et la prière, comme l’Évangile dit, la nuit et le jour, non jour et nuit. Ainsi, les veilles ont été faites particulièrement la nuit, car tandis que les autres se reposent l’homme fidèle prie. Il se repose dans la prière, dans la communion avec Dieu qui donne le vrai repos à l’homme. Nous voyons dans cette prophétesse, la fille de Fanuel de la nation d’Asher, une représentation de toutes les femmes fidèles, qui prient et jeûnent dans le silence et font beaucoup de bien à l’Église par la prière. Anne se joint à l’éloge que le juste Siméon fait à l’Enfant Jésus, parce que l’Évangile dit qu’elle a aussi parlé de l’Enfant Jésus et du salut qu’Israël attendait. Il est très intéressant que l’Évangéliste Saint Luc révèle son âge, alors qu’il ne le fait pas pour Siméon. Il dit qu’elle a vécu seulement sept ans avec son mari avant qu’il ne meurt, qu’elle ne s’est jamais remariée et qu’elle est alors une veuve âgée de 84. Cette explication est très intéressante parce qu’il montre que la prophétesse Anne était fidèle tant à son mari qu’à Dieu. Elle a tellement aimé son mari que lorsqu’elle est devenue veuve elle n’en a jamais pris un autre, mais a voulu consacrer toute sa vie à Dieu par le jeûne et la prière. Par le Primat de l’Église Orthodoxe roumaine, le Patriarche Daniel, 2 février 2013. © Traduit de l’anglais au français par Spiritualité Orthodoxe © .

Luc 2:21-36. Jésus est présenté dans le temple 21 Quand huit jours furent accomplis, il fut circoncis et on lui donna le nom de Jésus, celui que l’ange avait indiqué avant sa conception. 22 Et, quand les jours de leur purification furent accomplis selon la loi de Moïse, ils l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur – 23 suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle né le premier de sa mère sera consacré au Seigneur – 24 et pour offrir en sacrifice une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes, selon ce qui est dit dans la loi du Seigneur. Syméon et l’enfant Jésus 25 Or il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit saint était sur lui. 26 Il avait été divinement averti, par l’Esprit saint, qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. 27 Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient l’enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qui était en usage d’après la loi, 28 il le prit dans ses bras, bénit Dieu et dit : 29 Maintenant, Maître, tu laisses ton esclave s’en aller en paix selon ta parole. 30 Car mes yeux ont vu ton salut, 31 celui que tu as préparé devant tous les peuples, 32 lumière pour la révélation aux nations et gloire de ton peuple, Israël. 33 Son père et sa mère s’étonnaient de ce qu’on disait de lui. 34 Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : Celui-ci est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, et comme un signe qui provoquera la contradiction 35 – et, toi-même, une épée te transpercera – de sorte que soient révélés les raisonnements de beaucoup. Anne, la prophétesse 36 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge. Après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité, 37 elle était restée veuve ; âgée de quatre-vingt-quatre ans, elle ne s’éloignait pas du temple et prenait part au culte, nuit et jour, par des jeûnes et des prières. 38 Elle aussi survint à ce moment même ; elle louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption de Jérusalem. 39 Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. 40 Or l’enfant grandissait et devenait fort ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

 

FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR 2013 – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

1 février, 2016

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MESSE AVEC LES MEMBRES DES INSTITUTS DE VIE CONSACRÉE ET DES SOCIÉTÉS DE VIE APOSTOLIQUE EN LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR – XVIIe JOURNÉE DE LA VIE CONSACRÉE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique vaticane

Samedi 2 février 2013

Chers frères et sœurs !

Dans son récit de l’enfance de Jésus, saint Luc souligne que Marie et Joseph étaient fidèles à la loi du Seigneur. Avec une profonde dévotion, ils accomplissent tout ce qui est prescrit après la naissance d’un garçon premier-né. Il s’agit de deux prescriptions très anciennes : l’une concerne la mère et l’autre l’enfant nouveau-né. Pour la femme, il est prescrit de s’abstenir des pratiques rituelles pendant quarante jours, et d’offrir ensuite un double sacrifice : un agneau en holocauste, et un pigeon ou une tourterelle pour le péché ; mais si la femme est pauvre, elle peut offrir deux tourterelles ou deux pigeons (cf. Lv 12, 1-8). Saint Luc précise que Marie et Joseph offrirent le sacrifice des pauvres (cf. 2, 24), pour souligner que Jésus est né dans une famille de gens simples, humble mais très croyante : une famille appartenant aux pauvres d’Israël, qui forment le véritable peuple de Dieu. Pour le fils premier-né, qui, selon la loi de Moïse, est la propriété de Dieu, le rachat était en revanche prescrit et établi au moyen de l’offre de cinq sicles, à payer à un prêtre n’importe où. Ceci pour faire éternellement mémoire du fait qu’au temps de l’Exode, Dieu épargna les premiers-nés des juifs (cf. Ex 13, 11-16). Il est important d’observer que pour ces deux actes — la purification de la mère et le rachat de l’enfant — il n’était pas nécessaire d’aller au Temple. Pourtant, Marie et Joseph veulent tout accomplir à Jérusalem, et saint Luc montre comment toute la scène converge vers le Temple, et se concentre ensuite sur Jésus qui y entre. Et voici que, précisément à travers les prescriptions de la Loi, l’événement principal devient un autre, c’est-à-dire la « présentation » de Jésus au Temple de Dieu, qui signifie l’acte d’offrir le Fils du Très-Haut au Père qui l’a envoyé (cf Lc 1, 32.35). Ce récit de l’évangéliste trouve un écho dans les paroles du prophète Malachie que nous avons entendues au début de la première lecture : « “Voici que je vais envoyer mon messager, pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ; et l’Ange de l’alliance que vous désirez, le voici qui vient !” dit le Seigneur… Il purifiera les fils de Lévi… et ils deviendront pour le Seigneur ceux qui présentent l’offrande selon la justice » (3, 1.3). Il est clair qu’on ne parle pas ici d’un enfant, et pourtant, cette parole trouve un accomplissement en Jésus, parce que « soudain », grâce à la foi de ses parents, Il a été amené au Temple ; et dans l’acte de sa « présentation », ou de son « offrande » personnelle à Dieu le Père, transparaît clairement le thème du sacrifice et du sacerdoce, comme dans le passage du prophète. L’enfant Jésus, qui est tout de suite présenté au Temple, est le même qui, une fois adulte, purifiera le Temple (cf. Jn 2, 13-22 ; Mc 11, 15, 19) et surtout, fera de lui-même le sacrifice et le prêtre suprême de la Nouvelle Alliance. Telle est également la perspective de la Lettre aux Hébreux, dont un passage a été proclamé dans la deuxième lecture, de sorte que le thème du nouveau sacerdoce est renforcé : un sacerdoce — celui inauguré par Jésus — qui est existentiel : « Car du fait qu’il a lui-même souffert par l’épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés » (He 2, 18). Et ainsi, nous trouvons également le thème de la souffrance, très accentué dans le passage de l’Évangile, lorsque Syméon prononce sa prophétie sur l’Enfant et sur la Mère : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, et toi-même [Marie], une épée te transpercera l’âme ! » (Lc 2, 34-35). Le « salut » que Jésus apporte à son peuple, et qu’il incarne en lui-même, passe par la croix, par la mort violente qu’Il vaincra et transformera avec le sacrifice de la vie par amour. Ce sacrifice est déjà entièrement annoncé dans le geste de présentation au Temple, un geste certainement motivé par les traditions de l’Ancienne Alliance, mais intimement animé par la plénitude de la foi et de l’amour qui correspond à la plénitude des temps, à la présence de Dieu et de son Saint Esprit en Jésus. L’Esprit, en effet, plane sur toute la scène de la Présentation de Jésus au Temple, en particulier sur la figure de Syméon, mais également d’Anne. C’est l’Esprit « Paraclet », qui apporte le « réconfort » d’Israël et anime les pas et les cœurs de ceux qui l’attendent. C’est l’Esprit qui suggère les paroles prophétiques de Syméon et d’Anne, paroles de bénédiction, de louange à Dieu, de foi dans son Consacré, d’action de grâce parce que finalement nos yeux peuvent voir et nos bras embrasser « son salut » (cf. 2, 30). « Lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël » (2, 32) : c’est ainsi que Syméon définit le Messie du Seigneur, au terme de son chant de bénédiction. Le thème de la lumière, qui fait écho au premier et au second poème du Serviteur du Seigneur dans le Deutéro-Isaïe (cf. Is 42, 6 ; 49, 6), est fortement présent dans cette liturgie. En effet, elle s’est ouverte par une procession à laquelle ont participé les supérieurs généraux et les supérieures générales des Instituts de vie consacrée ici représentés, qui ont porté des cierges allumés. Ce signe, propre à la tradition liturgique de cette fête, est très expressif. Il manifeste la beauté et la valeur de la vie consacrée comme reflet de la lumière du Christ ; un signe qui rappelle l’entrée de Marie dans le Temple : la Vierge Marie, la Consacrée par excellence, portait dans ses bras la Lumière même, le Verbe fait chair, venu dissiper les ténèbres de ce monde avec l’amour de Dieu. Chers frères et sœurs consacrés, vous avez tous été représentés dans ce pèlerinage symbolique qui, en l’Année de la foi, exprime encore plus votre rassemblement dans l’Église, pour être confirmés dans la foi et renouveler le don de vous-mêmes à Dieu. A chacun de vous et à vos Instituts, j’adresse avec affection mes salutations les plus cordiales et je vous remercie de votre présence. Dans la lumière du Christ, à travers les multiples charismes de vie contemplative et apostolique, vous coopérez à la vie et à la mission de l’Église dans le monde. Dans cet esprit de reconnaissance et de communion, je voudrais vous adresser trois invitations, afin que vous puissiez entrer pleinement dans cette « porte de la foi » qui est toujours ouverte pour nous (cf. Lettre apost. Porta fidei, n. 1). Je vous invite en premier lieu à alimenter une foi capable d’illuminer votre vocation. Je vous exhorte pour cela à vous rappeler, comme dans un pèlerinage intérieur, du « premier amour » par lequel Seigneur Jésus Christ a réchauffé votre cœur, non par nostalgie, mais pour alimenter cette flamme. Et pour cela, il faut demeurer avec Lui, dans le silence de l’adoration ; et ainsi, réveiller la volonté et la joie d’en partager la vie, les choix, l’obéissance de la foi, la béatitude des pauvres, la nature radicale de l’amour. À partir toujours à nouveau de cette rencontre d’amour, vous quittez tout pour être avec Lui et vous placer comme Lui au service de Dieu et des frères (cf. Exhort. apost. Vita consecrata, n. 1). En second lieu, je vous invite à une foi qui sache reconnaître la sagesse de la faiblesse. Dans les joies et dans peines du temps présent, quand la dureté et le poids de la croix se font sentir, ne doutez pas que la kénose du Christ est déjà victoire pascale. Précisément dans la limite et dans la faiblesse humaine, nous sommes appelés à vivre la conformation au Christ dans une orientation radicale qui anticipe, dans la mesure possible du temps, la perfection eschatologique (ibid., nn. 16). Dans les sociétés de l’efficacité et de la réussite, votre vie marquée par la « minorité » et par la faiblesse des petits, par l’empathie avec ceux qui n’ont pas de voix, devient un signe évangélique de contradiction. Enfin, je vous invite à renouveler la foi qui fait de vous des pèlerins vers l’avenir. De par sa nature, la vie consacrée est un pèlerinage de l’esprit, à la recherche d’un Visage qui parfois se manifeste et parfois se voile, i>«« Faciem tuam, Domine, requiram » (Ps 26, 8). Que cela soit le désir constant de votre cœur, le critère fondamental qui guide votre chemin, tant dans les petites étapes quotidiennes que dans les décisions les plus importantes. Ne vous unissez pas aux prophètes de malheur qui proclament la fin ou le non sens de la vie consacrée dans l’Eglise de nos jours ; mais revêtez-vous plutôt de Jésus Christ et revêtez les armes de lumière — comme exhorte saint Paul (cf. Rm 13, 11-14) — en demeurant éveillés et vigilants. Saint Chromace d’Aquilée écrivait : « Puisse le Seigneur éloigner de nous ce péril, afin que jamais nous ne nous laissions appesantir par le sommeil de l’infidélité ; mais qu’il nous accorde sa grâce et sa miséricorde, afin que nous puissions toujours veiller en Lui étant fidèles. En effet, notre fidélité peut veiller dans le Christ » (Sermon/i> 32, 4). Chers frères et sœurs, la joie de la vie consacrée passe nécessairement par la participation à la Croix du Christ. Il en a été ainsi pour la Très Sainte Vierge Marie. Sa souffrance est la souffrance du cœur qui ne fait qu’un avec le Cœur du Fils de Dieu, transpercé par amour. Que de cette blessure jaillisse la lumière de Dieu, et qu’également des souffrances, des sacrifices, du don d’eux-mêmes que les personnes consacrées vivent par amour de Dieu et des autres, rayonne la même lumière qui évangélise les nations. En cette Fête, je souhaite en particulier à vous, personnes consacrées, que votre vie ait toujours le goût de la parrhésie évangélique, afin qu’en vous, la Bonne nouvelle soit vécue, témoignée, annoncée et resplendisse comme Parole de vérité (cf. Lettre apost. Porta fidei, 6). Amen.

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (2011)

2 janvier, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110106_epifania.html

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (2011)

Basilique Vaticane

Jeudi 6 janvier 2011

Chers frères et sœurs,

En la solennité de l’Epiphanie, l’Eglise continue à contempler et à célébrer le mystère de la naissance de Jésus sauveur. La fête d’aujourd’hui souligne en particulier la destination et la signification universelles de cette naissance. Se faisant homme dans le sein de Marie, le Fils de Dieu est venu non seulement pour le peuple d’Israël, représenté par les pasteurs de Bethléem, mais également pour l’humanité tout entière, représentée par les Mages. Et c’est précisément sur les Mages et sur leur chemin à la recherche du Messie (cf. Mt 2, 1-12) que l’Eglise nous invite aujourd’hui à méditer et à prier. Dans l’Evangile, nous avons entendu que ces derniers, arrivés de l’Orient à Jérusalem, demandent: «Où est le roi des juifs qui vient de naître? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui» (v. 2). Quel genre de personnes étaient-ils et de quelle sorte d’étoile s’agissait-il? C’était probablement des sages qui scrutaient le ciel, mais non pour chercher à «lire» l’avenir dans les astres, ou éventuellement pour en tirer un profit; c’était plutôt des hommes «à la recherche» de quelque chose de plus, à la recherche de la véritable lumière, qui soit en mesure d’indiquer la voie à parcourir dans la vie. C’était des personnes assurées que dans la création, il existe ce que nous pourrions définir la «signature» de Dieu, une signature que l’homme peut et doit tenter de découvrir et déchiffrer. La manière de mieux connaître ces Mages et de comprendre leur désir de se laisser guider par les signes de Dieu est peut-être de s’arrêter pour analyser ce qu’ils trouvent, sur leur chemin, dans la grande ville de Jérusalem. Ils rencontrèrent tout d’abord le roi Hérode. Il était certainement intéressé par l’enfant dont parlaient les Mages; mais pas dans le but de l’adorer, comme il veut le laisser croire en mentant, mais pour le supprimer. Hérode était un homme de pouvoir, qui ne voyait dans l’autre qu’un rival à combattre. Au fond, si nous réfléchissons bien, Dieu aussi lui apparaît comme un rival, et même un rival particulièrement dangereux, qui voudrait priver les hommes de leur espace vital, de leur autonomie, de leur pouvoir; un rival qui indique la route à parcourir dans la vie et qui empêche ainsi de faire tout ce que l’on veut. Hérode entend de ses experts en Ecritures Saintes les paroles du prophète Michée (5, 1), mais son unique pensée est le trône. Alors, Dieu lui-même doit être voilé et les personnes doivent se réduire à être de simples pions à déplacer sur le grand échiquier du pouvoir. Hérode est un personnage qui ne nous est pas sympathique et que nous jugeons instinctivement de façon négative en raison de sa brutalité. Mais nous devrions nous demander: peut-être existe-t-il quelque chose d’Hérode en nous? Peut-être nous aussi, parfois, voyons-nous Dieu comme une sorte de rival? Peut-être nous aussi sommes-nous aveugles devant ses signes, sourds à ses paroles, parce que nous pensons qu’il pose des limites à notre vie et ne nous permet pas de disposer de notre existence à notre gré? Chers frères et soeurs, quand nous voyons Dieu de cette manière, nous finissons par être insatisfaits et mécontents, car nous ne nous laissons pas guider par Celui qui est à la base de toutes les choses. Nous devons ôter de notre esprit et de notre coeur l’idée de la rivalité, l’idée que laisser place à Dieu constitue une limite pour nous-mêmes; nous devons nous ouvrir à la certitude que Dieu est l’amour tout-puissant qui n’ôte rien, qui ne menace pas, et qui est au contraire l’Unique capable de nous offrir la possibilité de vivre en plénitude, d’éprouver la vraie joie. Les Mages rencontrent ensuite les savants, les théologiens, les experts qui savent tout sur les Saintes Ecritures, qui en connaissent les interprétations possibles, qui sont capables d’en citer par cœur chaque passage et qui sont donc une aide précieuse pour ceux qui veulent parcourir la voie de Dieu. Toutefois, affirme saint Augustin, ils aiment être des guides pour les autres, ils indiquent la voie, mais ils ne marchent pas, ils restent immobiles. Pour eux, les Saintes Ecritures deviennent une sorte d’atlas à lire avec curiosité, un ensemble de paroles et de concepts à examiner et sur lesquels discuter doctement. Mais nous pouvons à nouveau nous demander: n’existe-t-il pas aussi en nous la tentation de considérer les Saintes Ecriture, ce trésor très riche et vital pour la foi de l’Eglise, davantage comme un objet d’étude et de discussion des spécialistes, que comme le Livre qui indique la juste voie pour parvenir à la vie? Je pense que, comme je l’ai exposé dans l’exhortation apostolique Verbum Domini, devrait toujours à nouveau naître en nous la profonde disposition à voir la parole de la Bible, lue dans la Tradition vivante de l’Eglise (n. 18), comme la vérité qui nous dit ce qu’est l’homme et comment il peut se réaliser pleinement, la vérité qui est la voie à parcourir quotidiennement, avec les autres, si nous voulons construire notre existence sur le roc et non sur le sable. Et nous en venons ainsi à l’étoile. Quel type d’étoile était celle que les Mages ont vue et suivie? Au cours des siècles, cette question a été l’objet de discussion entre les astronomes. Kepler, par exemple, considérait qu’ils s’agissait d’une «nova» ou d’une «supernova», c’est-à-dire de l’une de ces étoiles qui normalement diffusent une faible lumière, mais qui peuvent à l’improviste connaître une violente explosion interne qui produit une lumière exceptionnelle. Ce sont assurément des choses intéressantes, mais qui ne nous conduisent pas à ce qui est essentiel pour comprendre cette étoile. Nous devons revenir au fait que ces hommes cherchaient les traces de Dieu; ils cherchaient à lire sa «signature» dans la création; ils savaient que «les cieux proclament la gloire de Dieu» (Ps 19, 2); c’est-à-dire qu’ils étaient certains que Dieu peut être entrevu dans la création. Mais, en hommes sages, ils savaient également que ce n’est pas avec un télescope quelconque, mais avec l’acuité des yeux de la raison à la recherche du sens ultime de la réalité et avec le désir de Dieu animé par la foi, qu’il est possible de le rencontrer, ou mieux qu’il devient possible que Dieu s’approche de nous. L’univers n’est pas le résultat du hasard, comme certains veulent nous le faire croire. En le contemplant, nous sommes invités à y lire quelque chose de profond: la sagesse du Créateur, l’inépuisable imagination de Dieu, son amour infini pour nous. Nous ne devrions pas permettre que notre esprit soit limité par des théories qui n’arrivent toujours qu’à un certain point et qui — à tout bien considérer — ne sont pas du tout en opposition avec la foi, mais ne réussissent pas à expliquer le sens ultime de la réalité. Dans la beauté du monde, dans son mystère, dans sa grandeur et dans sa rationalité, nous ne pouvons que lire la rationalité extérieure, et nous ne pouvons manquer de nous laisser guider par celle-ci jusqu’à l’unique Dieu, créateur du ciel et de la terre. Si nous avons ce regard, nous verrons que Celui qui a créé le monde et celui qui est né dans une grotte à Bethléem et qui continue à habiter parmi nous dans l’Eucharistie, sont le même Dieu vivant, qui nous interpelle, qui nous aime, qui veut nous conduire à la vie éternelle. Hérode, les experts en Ecritures, l’étoile. Mais suivons le chemin des Mages qui parviennent à Jérusalem. Au dessus de la grande ville, l’étoile disparaît, on ne la voit plus. Qu’est-ce que cela signifie? Dans ce cas aussi, nous devons lire le signe en profondeur. Pour ces hommes, il était logique de chercher le nouveau roi dans le palais royal, où se trouvaient les sages conseillers de la cour. Mais, probablement à leur grand étonnement, ils durent constater que ce nouveau-né ne se trouvait pas dans les lieux du pouvoir et de la culture, même si dans ces lieux leur étaient offertes de précieuses informations sur lui. Ils se rendirent compte en revanche que, parfois, le pouvoir, même celui de la connaissance, barre la route à la rencontre avec cet Enfant. L’étoile les guida alors à Bethléem, une petite ville; elle les guida parmi les pauvres, parmi les humbles, pour trouver le Roi du monde. Les critères de Dieu sont différents de ceux des hommes; Dieu ne se manifeste pas dans la puissance de ce monde, mais dans l’humilité de son amour, cet amour qui demande à notre liberté d’être accueilli pour nous transformer et nous permettre d’arriver à Celui qui est l’Amour. Mais pour nous aussi les choses ne sont pas si différentes que ce qu’elles étaient pour les Mages. Si on nous demandait notre avis sur la façon dont Dieu aurait dû sauver le monde, peut-être répondrions-nous qu’il aurait dû manifester tout son pouvoir pour donner au monde un système économique plus juste, dans lequel chacun puisse avoir tout ce qu’il veut. En réalité, cela serait une sorte de violence sur l’homme, car cela le priverait d’éléments fondamentaux qui le caractérisent. En effet, il ne serait fait appel ni à notre liberté, ni à notre amour. La puissance de Dieu se manifeste de manière complètement différente: à Bethléem, où nous rencontrons l’apparente impuissance de son amour. Et c’est là que nous devons aller, et c’est là que nous retrouvons l’étoile de Dieu. Ainsi nous apparaît très clairement un dernier élément important de l’épisode des Mages: le langage de la création nous permet de parcourir un bon bout de chemin vers Dieu, mais il ne nous donne pas la lumière définitive. A la fin, pour les Mages, il a été indispensable d’écouter la voix des Saintes Ecritures: seules celles-ci pouvaient leur indiquer la voie. La Parole de Dieu est la véritable étoile qui, dans l’incertitude des discours humains, nous offre l’immense splendeur de la vérité divine. Chers frères et sœurs, laissons-nous guider par l’étoile, qui est la Parole de Dieu, suivons-la dans notre vie, en marchant avec l’Eglise, où la Parole a planté sa tente. Notre route sera toujours illuminée par une lumière qu’aucun autre signe ne peut nous donner. Et nous pourrons nous aussi devenir des étoiles pour les autres, reflet de cette lumière que le Christ a fait resplendir sur nous. Amen.

LE SENS DE LA TRANSFIGURATION – HOMÉLIE PAR S.B. PATRIARCHE DANIEL

6 août, 2015

http://www.spiritualite-orthodoxe.net/transfiguration_christ_orthodoxie.html

La Transfiguration de Jésus, selon l’Eglise orthodoxe: la matière est transfigurée dans le Royaume de Dieu, elle est transformée, atténuée, spiritualisée – 6 août, fête fixe- l’enseignement par une homélie du Patriarche Daniel, Primat de l’Église Orthodoxe Roumaine.

LE SENS DE LA TRANSFIGURATION

HOMÉLIE PAR S.B. PATRIARCHE DANIEL

Le Nouvel Adam, par l’obéissance jusqu’à la mort, une mort jusque sur la Croix, a montré au monde la gloire à laquelle est appelé l’homme créé à l’image de Dieu glorieux et éternel.

La Transfiguration de Jésus-Christ, notre Sauveur, selon la compréhension des Saints Pères de l’Église, nous montre non seulement la gloire de Sa Résurrection des morts le troisième jour, mais aussi la gloire avec laquelle Il vient pour juger les vivants et les morts à la fin des temps. C’est pourquoi la fête est célébrée au cours du dernier mois de l’année de l’Église, car l’année liturgique se termine le 31 août et commence le 1 septembre.
Le dernier mois de l’année ecclésiastique relate les choses suprêmes avant la parousie du Seigneur à la fin du monde. Cette fête a été prévue le sixième jour, pas le septième, puisque l’homme a été créé le sixième jour. Si dans le Paradis Adam avait obéi à Dieu et n’avait pas péché, il aurait atteint la gloire du Royaume de Dieu.
Le Nouvel Adam, par l’obéissance jusqu’à la mort, une mort jusque sur la Croix, a montré au monde la gloire à laquelle est appelé l’homme créé à l’image de Dieu glorieux et éternel.
La Transfiguration est un moment prophétique elle-même.
La Transfiguration est en elle-même un moment prophétique . Elle nous montre dès maintenant la gloire du Royaume des Cieux quand ceux qui auront cru en Christ et l’auront aimé atteindront la gloire de la Très Sainte Trinité. C’est le but de l’Église.
La Transfiguration du Seigneur nous montre l’avenir suprême pour ceux qui croient en Christ: la gloire et la joie du Royaume des Cieux. C’est pourquoi l’icône Orthodoxe nous montre les saints avec un halo de lumière ou sur un fond d’or, pour nous montrer qu’ils sont déjà dans le Royaume des Cieux où ils nous attendent, priant pour nous afin que nous atteignions la gloire du Royaume des cieux.
Pourquoi les églises sont-elles construites dans un endroit élevé?
Ayant appris de cette Transfiguration sainte de notre Sauveur Jésus Christ, que la Loi et les Prophètes sont rassemblés en Lui et que les Apôtres voient en Jésus Christ l’avenir de ceux qui croient en Dieu et l’aiment, mais aussi puisque le Christ a été crucifié sur la Montagne de Golgotha, il a été décidé que les églises devraient toujours être construites dans un lieu haut placé.
Il a été transfiguré sur une montagne et Il s’est élevé aux Cieux du Mont des Oliviers. Ainsi, il faut monter vers l’Église et non pas en descendre. L’Église est un Tabor, une colline du Golgotha, aussi bien que la montagne de la rançon pour l’échange de notre vie coupable contre la vie sainte lumineuse.
La matière est transfigurée dans le Royaume de Dieu.
Pourquoi les quatre Évangiles ne nous disent jamais rien de la couleur de la peau et des cheveux de notre Sauveur Jésus-Christ. Aucun Évangile ne nous dit à quoi le visage de Jésus-Christ ressemblait, en tant qu’homme, ou quelle était la couleur de ses cheveux. Pourquoi ? Parce que le visage de l’homme vivant sur la terre change, il est provisoire, pour qu’il soit transformé au Royaume des Cieux.
Le seul passage où les Évangiles disent comment est le visage du Christ, est le moment de la Transfiguration, car il est comme nous le verrons dans l’éternité, dans la gloire, à savoir que la matière devient intérieure à l’esprit, alors que maintenant l’esprit est caché dans la matière.
La matière est transfigurée dans le Royaume de Dieu: elle est transformée, atténuée, spiritualisée, dès lors que l’esprit ou l’âme lumineuse règne sur le corps. Ainsi, la Transfiguration de Jésus Christ, notre Sauveur, nous montre Son visage Éternel qui nous appelle à Lui..
Par le Primat de l’Église Orthodoxe roumaine, le Patriarche Daniel. Homélie de la Transfiguration, 6 août 2012.© Traduit de l’anglais au français par Spiritualité Orthodoxe.

MOÏSE ET ÉLIE DANS LA TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

6 août, 2015

http://www.jba.gr/French/Mo%C3%AFse-et-%C3%89lie-dans-la-transfiguration-du-Seigneur.htm

MOÏSE ET ÉLIE DANS LA TRANSFIGURATION DU SEIGNEUR

Anastasios Kioulachoglou

Le passage de la transfiguration du Seigneur constitue une autre archive source de confusion quant au débat consistant à savoir si les morts sont actuellement vivants aujourd’hui ou non. Dans cette archive nous trouvons Moïses et Élie apparaissant ensemble avec le Seigneur. À partir de ce passage, certaines personnes en concluent que ces prophètes devaient avoir été en vie afin d’apparaître dans la scène de la transfiguration. Comme nous pourrons le voir à partir d’un examen minutieux du texte, ce n’était pas le cas. L’enregistrement de la transfiguration se trouve dans l’évangile de Matthieu, du verset 1 au verset 9 (nous pouvons également le trouver dans les évangiles de Marc et de Luc). Nous pouvons y lire:

Matthieu 17:1-9
«Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec lui. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus: Seigneur, il est bon que nous soyons ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection: écoutez-le! Lorsqu’ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d’une grande frayeur. Mais Jésus, s’approchant, les toucha, et dit: levez-vous, n’ayez pas peur! Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre: ne parlez à personne de cette VISION, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts.»
Il apparaît clairement dans ce passage que Moïse et Élie eurent une conversation avec Jésus. La question est donc: cela signifie-t-il que ces deux prophètes étaient vivants? Nous trouvons les éléments explicites suivants concernant Moïse, dans Deutéronome 34:5-6.

Deutéronome 34:5-6
«Moïse, serviteur de l’Éternel, mourut là, dans le pays de Moab, selon l’ordre de l’Éternel. Et l’Éternel l’enterra dans la vallée, au pays de Moab, vis-à-vis de Beth-Peor.»
Et Dieu déclara dans Josué 1:2
«Moïse, mon serviteur, est mort.»
Selon l’étude de l’article principal, les morts ne sont pas vivants actuellement. Ils dorment en attendant la résurrection. Le seul qui était mort et est en vie aujourd’hui est le Seigneur Jésus Christ que Dieu a ressuscité d’entre les morts. Par conséquent, Moïse ne pouvait pas être vivant et parler physiquement à Jésus le jour de la transfiguration. Des résurrections n’eurent pas lieu et, ainsi, Moïse n’était pas vivant ce jour. Que se passa-t-il donc dans la transfiguration? Le mot clé nous permettant de comprendre ce passage est le mot «vision» que nous trouvons dans Matthieu 17:9, où Jésus dit à ses disciples de «ne parler à personne de cette vision.» Le moment où Moïse et Élie parlèrent à Jésus constituait une vision surnaturelle et elle ne requiert donc pas, ni ne signifie pas, que ces deux prophètes furent vivants à ce moment. Nous pouvons comprendre ce fait plus clairement en étudiant les occurrences du mot traduit comme «vision» dans le Nouveau Testament. Le mot grec pour vision est «όραμα” (horama).
Occurrences du mot «horama» — vision dans le Nouveau Testament

Le cas de Paul et d’Ananias
Nous pouvons lire dans Acte 9:10-12
«Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Le Seigneur lui dit dans une vision: Ananias! Il répondit: me voici, Seigneur! Et le Seigneur lui dit: lève-toi, va dans la rue qu’on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie, et il a vu en vision un homme du nom d’Ananias, qui entrait, et qui lui imposait les mains, afin qu’il recouvre la vue.»
Paul a vu Ananias dans une vision sans même que ce dernier ne le sache! Le Seigneur l’annonça ultérieurement à Ananias. Autrement dit, le fait qu’une personne apparaisse dans une vision ne signifie pas que celle-ci est présente physiquement. Dieu peut utiliser son image pour communiquer un message à quelqu’un, mais cela ne signifie pas que cette personne est présente au moment de la vision. Au contraire, le fait que Moïse et Élie soient apparus dans la vision de la transfiguration ne signifie pas qu’ils étaient présents physiquement, ni qu’ils étaient vivants au moment même de la vision.

Le cas de Pierre et la nappe avec les animaux variés
Actes 11:5-10 (voir également Actes 10:17 et Actes 10:19)
«Il [Pierre] dit: J’étais dans la ville de Joppé, et, pendant que je priais, je tombai en extase et j’eus une vision: un objet, semblable à une grande nappe attachée par les quatre coins, descendait du ciel et vint jusqu’à moi. Les regards fixés sur cette nappe, j’examinai, et je vis les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles, et les oiseaux du ciel. Et j’entendis une voix qui me disait: Lève-toi, Pierre, tue et mange. Mais je dis: non, Seigneur, car jamais rien de souillé ni d’impur n’est entré dans ma bouche. Et pour la seconde fois la voix se fit entendre du ciel: ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé. Cela arriva jusqu’à trois fois; puis tout fut retiré dans le ciel.
La grande nappe, tombée des cieux ainsi que son contenu a été présentée à Pierre dans une VISION. Nous comprenons tous en lisant ce passage que Dieu n’a pas vraiment apparaître physiquement tous ces animaux, ni ne les a mis sur une table ou ne les a présenté à Pierre. Nous comprenons en lisant le mot «vision» que ce que Pierre a vu était quelque chose que Dieu lui a présenté et ne nécessitait pas la présence physique des animaux. Nous pouvons en tirer la même conclusion que précédemment avec Ananias: le fait que quelque chose ou quelqu’un apparaît dans une vision ne demande pas sa présence physique dans la vision. Il s’agit d’une image que Dieu donne pour communiquer un message à celui à qui il présente la vision.
De la même façon, nous devons comprendre que le fait que Moïses et Élie apparurent dans la vision de la transfiguration ne signifie pas que ces deux prophètes étaient vivants ou physiquement présents dans la vision.

Le cas de Pierre et de sa délivrance de la prison
Actes 12:6-10
«La nuit qui précéda le jour où Hérode allait le faire comparaître, Pierre, lié de deux chaînes, dormait entre deux soldats; et des sentinelles devant la porte gardaient la prison. «Et voici, un ange du Seigneur survint, et une lumière brilla dans la prison. L’ange réveilla Pierre, en le frappant au côté, et en disant: lève-toi promptement! Les chaînes tombèrent de ses mains. Et l’ange lui dit: mets ta ceinture et tes sandales. Et il fit ainsi. L’ange lui dit encore: enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi. Pierre sortit, et le suivit, ne sachant pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, et s’imaginant avoir une vision. Lorsqu’ils eurent passé la première garde, puis la seconde, ils arrivèrent à la porte de fer qui mène à la ville, et qui s’ouvrit d’elle-même devant eux; ils sortirent, et s’avancèrent dans une rue. Aussitôt l’ange quitta Pierre.»
Ceci n’est PAS une vision. Un ange vint, réveilla littéralement Pierre et le délivra de la prison. Ceci demanda la présence physique de l’ange. Observons maintenant ce que Pierre pensa initialement:
«L’ange lui dit encore: enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi. Pierre sortit, et le suivit, ne sachant pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, et s’imaginant avoir une vision.»
Pierre songea premièrement avoir eu à faire à une vision, à une situation irréelle. Ceci établit un contraste entre une vision et la réalité: cette incidence ayant été une vision, elle n’aurait pas été physiquement réelle. Si elle avait été physiquement réelle, ce ne serait pas une vision. La vision d’Ananias guérissant Paul dans une vision n’était pas physiquement réelle, c’est-à-dire, Ananias n’était pas présent et n’a pas réellement guéri Paul au moment de la vision. Toutefois, la venue d’Ananias, frappant à la porte de Paul, apposant ses mains sur ses yeux et le guérissant n’était plus une vision, mais était un événement bien réel.
En appliquant cette logique à ce qu’il advint lors de la transfiguration du Seigneur, il nous est annoncé qu’il s’agissait d’une vision, c’est-à-dire de quelque chose que Dieu a présenté, un message que Dieu a voulu faire passer et il était important que Moïse et Élie se trouvent dans ce message. Mais Dieu n’eut pas à rendre ces prophètes physiquement vivants afin de les avoir présents dans la vision. Leur apparence dans cette vision ne nécessitait pas leur présence physique là-bas.

Le cas de Paul et de l’homme de Macédoine
Actes 16:9-10
«Pendant la nuit, Paul eu une vision: Un Macédonien lui apparut, et lui fit cette prière: Passe en Macédoine, secours-nous! Après cette vision de Paul, nous cherchâmes aussitôt à nous rendre en Macédoine, concluant que le Seigneur nous appelait à y annoncer la bonne nouvelle.»
Ce Macédonien parcourut-il ce chemin de Macédoine et se tint-il là littéralement? Aucun d’entre nous ne le pense. N’est-ce pas? Nous comprenons tous que dans le texte déclarant qu’il apparut dans une vision, il n’était pas présent physiquement au sens littéral. De la même façon, au risque de nous répéter, il apparaît de nouveau clairement qu’Élie et Moïse n’étaient pas réellement présents dans la vision de la transfiguration. Dieu peut faire apparaître tous ceux ou toutes les choses qu’il désire dans une vision afin de faire passer son message. Ce qui est présent dans une vision ne doit être en aucune façon présent ici.

«La parole du Seigneur à Paul»
Actes 18:9-11
«Le Seigneur dit à Paul en vision pendant la nuit: Ne crains point; mais parle, et ne te tais point, 10 car je suis avec toi, et personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal; parle, car j’ai un peuple nombreux dans cette ville. Il y demeura un an et six mois, enseignant parmi les Corinthiens la parole de Dieu.»
La personne parlant ici revêt une grande importance, car il s’agit du Seigneur Jésus Christ. Cette personne EST VIVANTE, car Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. Il est le seul mort qui est actuellement vivant et il apparut à Paul dans une vision lui déclarant de continuer à prêcher l’évangile à Corinthe. Je n’ai aucune raison, qu’elle quelle soit, d’argumenter afin de savoir si oui ou non Jésus était présent, car Jésus est VIVANT et possède un corps spirituel avec des capacités surnaturelles. Il s’agit d’un cas bien différent du nôtre.

Le cas de Moïse et du buisson ardent
Actes 7:31
«Moïse, voyant cela [le buisson ardent], fut étonné de cette apparition [du grec horama]; et, comme il s’approchait pour examiner, la voix du Seigneur se fit entendre.»
Il s’agit du seul cas où le mot «horama» est traduit par «apparition» et non pas «vision». En lisant l’archive détaillée de cet incident dans l’Exode, nous pouvons voir que «Dieu l’appela [Moïse] du milieu du buisson» (Exode 3:4) et une conversation y prit place entre Dieu et Moïse (voir l’Exode, chapitres 3 et 4). Certaines visions apparaissent à la nuit, dans le sommeil, comme ce fut le cas du Seigneur disant à Paul de continuer de prêcher à Corinthe dans le cas de la vision utilisant le Macédonien que le Seigneur utilisa pour transmettre son passage. D’autres surviennent en phase d’éveil, comme ce fut le cas de Pierre et de la nappe recouverte d’animaux variés. Il est important de comprendre qu’une vision est un moyen surnaturel que Dieu peut choisir afin de communiquer un message à son peuple. Le fait que quelque chose apparaisse dans une vision ne signifie pas qu’elle est physiquement présente. Ce qui apparaît dans une vision est important en relation avec le message que Dieu souhaite transmettre. C’est une partie du message. Les visions peuvent également m’apparaître ou vous être présentées. Car il est dit dans Actes 2:17:

Actes 2:17
«Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair; vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions [Du grec horaseis tiré de la même racine qu'horama], et vos vieillards auront des songes. «
Nous comprenons que ces visions constituent des messages surnaturels que Dieu peut nous présenter et quelques soit les éléments impliqués, ils n’ont pas à être physiquement présents, ni à exister physiquement pour que nous puissions les voir.
Nous pouvons poursuivre et examiner l’utilisation du mot «vision» dans l’Ancien Testament, mais je pense que nous allons épuiser le sujet. Nous savons à partir des écritures que Moïse et Élie apparurent dans la transfiguration de ce qui constituait une vision. À partir de ce que nous avons étudié, il est évident — je l’espère — que le fait qu’ils apparaissent dans une vision ne nécessite pas, ni ne signifie pas qu’ils étaient vivants au moment de la vision.

 

SOLENNITÉ DE L’ASCENSION – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

14 mai, 2015

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/1979/documents/hf_jp-ii_hom_19790524_seminari-ingl-roma.html

(Je l’espère bien faire les choses de la date de la fête, en Italie est dimanche prochain)

SOLENNITÉ DE L’ASCENSION – AUJOURD’HUI EN FRANCE ET AUX ETATS-UNIS

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II AUX ÉTUDIANTS DES SÉMINAIRES ANGLAIS DE ROME

24 mai 1979

Chers fils et frères et amis en Jésus-Christ,

A l’occasion de cette fête de l’Ascension le Pape est heureux d’offrir le saint Sacrifice Eucharistique avec vous et pour vous. Je suis heureux de me trouver avec les étudiants et le staff du vénérable Collège Anglais l’année durant laquelle se célèbre son quatrième centenaire. Et je me sens aujourd’hui, de manière toute particulière, spirituellement proche de vous, de vos parents et familles et de tous les fidèles d’Angleterre et du Pays de Galles — de tous ceux qui sont unis dans la foi de Pierre et de Paul, dans la foi de Jésus-Christ. Les traditions de générosité et de fidélité dont la vie dans votre Collège a donné l’exemple pendant quatre cents ans sont présentes à mon cœur ce matin. Vous êtes venus offrir vos remerciements et vos prières à Dieu pour ce qu’il a, de sa grâce, accompli dans le passé et pour trouver la force d’aller de l’avant — sous la protection de la Vierge bénie — avec la ferveur de vos prédécesseurs dont un grand nombre ont donné leur vie pour la foi catholique.
J’adresse aussi cordialement un salut de bienvenue aux nouveaux prêtres du Collège Pontifical Beda. Pour vous également ceci est un moment particulier pour vous engager à poursuivre les idéaux de votre Patron, saint Bède le Vénérable que vous commémorerez demain. Je salue avec la même cordialité vos supérieurs et vos compagnons d’étude.
Avec joie et animés de nouvelles résolutions pour l’avenir, réfléchissons un moment sur le grand mystère que célèbre la liturgie d’aujourd’hui. Toute la pleine signification de 1′ Ascension du Christ est exprimée dans les lectures de la Sainte Ecriture. La richesse de ce mystère est contenue dans ces deux affirmations : « Jésus donna ses instructions… » puis « Jésus prit place… ».
Selon la Divine Providence — dans l’éternel dessein du Père — l’heure était venue pour le Christ de quitter la terre. Il allait prendre congé de ses apôtres et, avec eux, de Marie sa Mère, mais non sans leur avoir d’abord donné ses instructions. Les apôtres avaient maintenant une mission à accomplir conformément aux instructions laissées par Jésus, et ces instructions étaient à leur tour l’expression fidèle de la volonté du Père.
Ces instructions indiquaient avant tout que les apôtres devaient attendre l’Esprit Saint qui était le don du Père. Il devait être absolument clair dès le début que la source de la force des apôtres était le Saint-Esprit. C’est l’Esprit qui guide l’Eglise sur les voies de la vérité, l’Evangile doit être propagé par la puissance de Dieu et non par la sagesse ou la puissance de l’homme.
En outre, selon ces instructions, les apôtres étaient chargés de proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Et ils devaient baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Comme Jésus, ils devaient parler clairement du Royaume de Dieu et du salut. Les apôtres devaient rendre témoignage du Christ « jusqu’aux confins de la terre ». L’ Eglise primitive comprit parfaitement ces instructions et c’est ainsi qu’elle inaugura l’ère missionnaire. Et chaque communauté savait que cette ère ne prendrait fin que le jour où le même Jésus qui était monté au ciel, serait revenu.
Les paroles de Jésus constituèrent pour l’Eglise un trésor qu’il fallait garder en dépôt et proclamer, méditer et vivre. Et, en même temps, l’Esprit Saint enracina dans l’Eglise un charisme apostolique qui avait pour objet de garder intacte cette révélation. Par ces paroles Jésus allait vivre toujours dans son Eglise : « Je suis avec vous pour toujours ». Et la communauté ecclésiale tout entière prit ainsi conscience de la nécessité de la fidélité aux instructions de Jésus, au dépôt de la foi. Cette sollicitude devait se transmettre de générations en générations — jusqu’à nos propres jours. C’est à cause de ce principe que j’ai dit récemment à vos propres Recteurs que « la première priorité pour les séminaires aujourd’hui est l’enseignement de la Parole de Dieu dans toute sa pureté et toute son intégrité. La parole de Dieu — et seulement la parole de Dieu — est à la base de tout ministère, de toute activité pastorale de toute action sacerdotale. L’autorité de la parole de Dieu a constitué la base dynamique du Concile Vatican II et Jean XXIII l’a mis en évidence dans son discours d’ouverture : ‘Le souci principal du Concile œcuménique — a-t-il dit — sera celui-ci — que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit toujours plus effectivement gardé et enseigné’ (Discours du 11 octobre 1962). Et si les séminaristes de cette génération doivent être préparés de manière adéquate à prendre en charge l’héritage et le défi de ce Concile, il faut avant tout les former à la Parole de Dieu, au ‘dépôt sacré de la doctrine chrétienne’  » (Discours du 3 mars 1979). Oui, chers fils, notre plus grand défi est d’être fidèles aux instructions du Seigneur Jésus.
Et la seconde réflexion sur la signification de l’Ascension est basée sur cette phrase : « Jésus prit sa place… ». Après avoir subi l’humiliation de sa passion, Jésus prit sa place à la droite de Dieu. Il prit sa place avec le Père éternel. Mais ainsi il pénétra dans les cieux comme notre Tête ». Et là-haut, selon l’expression de Léon le Gand « la gloire de la Tête » devint « l’espoir du corps » (cf. Sermos de Ascensione Domini). Jésus a pris pour toute l’éternité sa place comme « le premier-né parmi de nombreux frères » (Rm 8, 29). En raison de notre nature nous sommes près de Dieu dans le Christ. Et, comme homme, le Seigneur Jésus est vivant pour toute l’éternité pour intercéder près de son Père en notre faveur (cf. He 7, 25). Et en même temps, du haut de son trône de gloire, Jésus envoie à toute son Eglise un message d’espérance et une invitation à la sainteté.
Par les mérites de Jésus et grâce à son intercession près de son Père, nous sommes capables d’obtenir en lui la justice et la sainteté de vie. L’Eglise peut rencontrer des difficultés, l’Évangile peut subir des échecs, mais comme Jésus est assis à la droite du Père, l’Eglise ne sera jamais vaincue. La puissance du Christ glorifié, du Fils bien-aimé du Père éternel n’a pas de limites et surabonde pour défendre chacun de nous et nous tous dans la fidélité de notre dévouement au Royaume de Dieu et dans la générosité de notre célibat. L’efficacité de l’Ascension du Christ touche chacun de nous dans les réalités concrètes de nos vies quotidiennes. A cause de ce mystère, l’Eglise tout entière a pour vocation d’attendre « dans une joyeuse espérance la venue de notre Sauveur, Jésus-Christ ».
Chers Fils, soyez imprégnés de l’espérance qui est si fortement une part du mystère de l’Ascension de Jésus. Soyez profondément convaincus de la victoire et du triomphe du Christ sur le péché et la mort. Ayez conscience que la puissance du Christ est plus grande que notre faiblesse, plus grande que la faiblesse du monde entier. Tâchez de comprendre et de partager la joie que Marie a éprouvée en sachant que son Fils avait pris sa place près de son Père qu’il aimait infiniment. Et aujourd’hui renouvelez votre foi dans la promesse de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est parti pour nous préparer une place, de sorte qu’il pourra revenir et nous prendre avec lui.
Voilà le mystère de l’Ascension de notre Chef. Rappelons-nous toujours : « Jésus a donné ses instructions » et ensuite « Jésus a pris sa place ».

Amen.

 

EVE ET MARIE (LITURGIE BYZANTINE)

24 mars, 2015

http://it.mariedenazareth.com/1251.0.html?&L=0

EVE ET MARIE (LITURGIE BYZANTINE)

Dans la liturgie byzantine, le thème de Marie, « nouvelle Eve » est constant :

Déchus de l’éternelle demeure et tombés de façon impie dans la mort, nous avons été de nouveau rappelés par toi, car tu es la Mère du Rédempteur et tu nous a donné de courir à la patrie première.
(18 avril, Théotokion de la 9e ode)

En m’inspirant de m’égaler au Créateur, l’affreux serpent m’emmena prisonnier. Par toi, O très pure, je suis rappelé et vraiment divinisé, car tu enfantas, O mère de Dieu, celui qui nous divinise.
(4 décembre, 2e canon des matines, Théotokion de la 1e ode)

Tu [Jésus] devins le nouvel Adam à la place du premier, né de la Vierge qui prenant place de la première mère, Rédempteur et Sauveur de tous ; contre la mort, tu es vie et vraiment immortel.
Aussi sachant que celle qui t’enfanta est vraiment mère de Dieu, nous la proclamons bienheureuse, comme il est juste.
(2 août, Théotokion du 4e ode)

Par la maladie et la désobéissance, Eve introduit la malédiction.
Par la fécondité de ton sein, Vierge Mère, la bénédiction s’épanouit dans le monde ; aussi nous te magnifions.
(Hirmos pour de très nombreux offices)

Eve par son intempérance introduisit la mort ; tu nous apportas la vie par ta pure virginité.
(3e ton, dimanche, complies, 5e stichère de la 4e ode)

La condamnation de l’antique malédiction a pris fin par ta médiation, O Vierge sans tache, car le Seigneur apparaissant sur toi a fait fleurir la bénédiction dans sa grande bonté, O seule parure des mortels.
(6e ton, vendredi, 2e canon des matines, 2e stichère de la 3e ode)

Le prince des anges fut envoyé du ciel dire le « Réjouis-toi » à la Théotokos ; te voyant incarné, Seigneur, il s’étonna et lui cria ainsi avec une voix incorporelle :
Réjouis-toi par qui brilla la joie ;
Réjouis-toi, par qui va cesser la malédiction ;
Réjouis-toi, anaclèse d’Adam ;
Réjouis-toi, délivrance des larmes d’Eve [...]
Réjouis-toi, par qui la création est renouvelée ;
Réjouis-toi par qui le créateur devient petit enfant.
Réjouis-toi, épouse inépousée.
(Ikos 1)

Salut, ô très Pure de qui vint le Pasteur, le Très Haut qui revêtit la peau d’Adam, me renouvela dans ton sein, moi l’homme entier.
(30 novembre, 2e canon des matines, Théotokion de la 7e ode)

Extraits de : Textes liturgiques de l’édition grecque officielle, cités dans Joseph LEDIT, Marie dans la liturgie de Byzance, ed. Beauchesne, Paris 1976, pp. 46-63

HISTOIRE DE L’ANGELUS – LE MESSAGE DE L’ANGE À MARIE

24 mars, 2015

http://www.regard.eu.org/articles/Archeologie/TXT.complet.archeo/HDLALMDLAAM.php

HISTOIRE DE L’ANGELUS – LE MESSAGE DE L’ANGE À MARIE

(extrait du passionnant ouvrage de Jean Fournée )

D’où vient la prière de l’Angélus ? Comment s’est-elle formée ? Comment s’est-elle répandue au point de devenir une des dévotions les plus populaires jusqu’à nos jours ? Le texte intégral de ce petit ouvrage, première étude publiée sur ce sujet, est disponible à la librairie Pierre Tequi, 82 rue Bonaparte – 75006 Paris, Téléphone 01.40.46.72.90 et Télécopie 01.40.46.72.93 – 60 pages – 11×18 – F39 avec port et emballage – Serviam est en mesure d’assurer bénévolement le secrétariat des commandes en faveur de ses adhérents : retourner en page d’accueil, cliquer sur le bouton  » pour nous contacter  » et passez votre demande en messagerie…
Serviam remercie vivement les Editions Pierre Tequi pour leur aimable accord de reproduction des extraits qui suivent.
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Petite Histoire de l’Angélus
Les origines de l’Angélus sont assurément liées à la diffusion de l’Ave Maria comme prière privée. Rappelons que l’Ave Maria ne comporta d’abord que la salutation de l’ange Gabriel et celle d’Elisabeth, selon le texte de saint Luc (I, 28 et 42) :

Réjouis-toi, pleine de grâce
Le Seigneur est avec toi
Bénies es-tu entre les femmes
Et béni le fruit de ton sein !

Le légendaire marial et les récits de Miracula, qui connurent une si grande vogue aux XIIème et XIIIème siècles, prouvent combien était répandue chez les fidèles la récitation angélique. On dit que les dévots de la Vierge accompagnaient même chaque Ave d’une génuflexion, ce qui pourrait fort bien être en rapport avec l’évolution iconographique de l’Annonciation. A l’époque romane, l’ange et Marie sont debout l’un devant l’autre. Au XIIIème siècle, l’ange s’agenouille devant elle.
Et c’est l’époque où se répand la pratique des trois Ave Maria. On dit que saint Antoine de Padoue (1195-1231) la recommandait vivement. Elle apparaît comme privilégiée dans les Révélations de sainte Metchilde de Helfta (1241-1298). Réciter ces trois Ave, le soir après complies, en méditant sur le mystère de l’Incarnation : c’est ce qu’aurait proposé saint Bonaventure lors d’un chapitre de l’ordre des Frères mineurs, en 1269.
Ce sont là des traditions parmi d’autres qui ont pour intérêt de montrer que l’institution du pieux exercice de l’Angélus s’est faite progressivement et qu’il faudra encore attendre quelques décennies pour lui voir adopter la forme que lui connaissait M. Olier . Retenons comme point de départ l’usage de la récitation quotidienne de trois Ave Maria.

L’Angélus d’abord prière du soir
On dit que saint Bonaventure (en 1269) eut bien soin de faire tinter la cloche pour appeler ses religieux et les fidèles d’alentour à réciter les trois Ave d’après complies. D’emblée la prière fut associée au tintement de la cloche. Il paraît même qu’au couvent des Frères mineurs d’Arrezo, elle était précédée de l’antienne Angelus locutus est Mariae (L’ange s’adressa à Marie).
Pendant longtemps, on s’en tint là. Aux XIVème et au XVème siècles, les témoignages sont nombreux et concordants.
A Lerida (en Catalogne), en 1308, on tinte trois fois la cloche pour l’Angélus post completorium (après complies), au crépuscule. Même usage dans les couvents franciscains de la province de Venise.
A la même époque, en Hongrie, les Ave du soir se disent aussi au son de la cloche. En 1314, le pape Clément V séjournant à Carpentras où était sa curie, demande que l’on sonne la cloche des Ave Maria après le chants des complies. Son successeur, Jean XXII, originaire de Cahors, approuve, par acte du 13 octobre 1318, la pratique de l’Angélus du soir, observée dans le diocèse de Saintes, l’introduit en Avignon et indulgencie les fidèles qui, entendant la cloche, réciteront à genoux trois Ave Maria.
Le 7 mai 1327, le même Jean XXII (alors âgé de 78 ans) écrit à son vicaire à Rome d’y introduire la même coutume (récitation à genoux de trois Ave), lors de la sonnerie du soir), à laquelle il attache une indulgence. C’est ce que rappellera le mini-concile tenu à Paris en mars 1344 par l’archevêque de Sens, en présence de cinq évêques, en consacrant son treizième et dernier canon à la recommandation de la pratique de l’Angélus à la fin de chaque journée.
On ne s’étonne pas que le pieux usage soit attesté en maints autres endroits à cette époque : par exemple en 1334 à Tréguier, en 1336 dans le Hainaut, en 1370 à Nantes, en 1378 dans le diocèse de la Mayenne, etc.
On fondit même les cloches destinées spécialement à tinter l’Angélus , comme indiquent leurs inscriptions..

Angélus du soir et le couvre-feu
Il y eut pas mal de conciles en Normandie au temps de Guillaume le Conquérant qui se plaisait à les convoquer et même à les présider.
Ainsi en fut-il à Caen, en 1061, où le duc fut assisté de l’archevêque Maurille, de Rouen, et de Lanfranc, alors prieur de l’abbaye du Bec.
C’est là que fut décidé d’instaurer le couvre-feu à travers le duché. Simplement règlement de police, dira-t-on. En fait, si le souci de la sécurité publique motivait la prescription, celle-ci faisait suite aux dispositions prises en 1047 au  » concile  » de Vaucelles  » (faubourg de Caen), où le jeune duc, venait de triompher d’une coalition armée, avait eu le souci de mettre en application la Paix de Dieu et les garanties de sécurité qu’elle apportait à ses sujets.
Or, il fut décidé à Caen, en 1061, que dans toutes les localités du duché, on sonnerait chaque soir la cloche pour inviter les gens à la prière, après quoi ils devraient rentrer chez eux et fermer leur porte. Simultanément, étaient prises de nouvelles mesures contre les auteurs de vols et d’agressions.
Ainsi a-t-on vu une relation d’origine entre la sonnerie du couvre-feu et celle de l’Angélus, d’autant que l’Angélus n’a d’abord été qu’une prière du soir. En fait, la prière ou les prières dont il est question à Caen en 1061 ne sont pas celles de l’Angélus, et les tintements de la cloche de la fin des complies dans les monastères n’ont rien à voir avec le couvre-feu.
Ce qu’on peut dire – et on l’a dit avec raison – c’est que la volée qui suit les tintements discontinus dans la sonnerie de l’Angélus, est peut-être une survivance de l’ancien couvre-feu médiéval. Quoi qu’il en soit, ce qui est vraiment spécifique de l’Angélus, ce n’est pas la sonnerie à la volée, mais les tintements, trois par trois, qui la précèdent.
Les intervalles entre les trois groupes de tintement devaient, en principe, à l’origine, donner le temps de réciter trois Ave. Il en était ainsi chez les Chartreux au XIVème. Au XVème, les bénédictins de la réforme de Bursfeld, qui compta jusqu’à 180 monastères en Allemagne, Belgique, Hollande et Danemark, avaient coutume à la fin des complies, après Pater, Ave, Credo, de se prosterner et de réciter trois Ave au tintement de la cloche.
A la même époque, les chanoines réguliers de Windesheim faisaient de même après le chant de l’antienne à la Vierge.
Mais, parmi les preuves historiques de la dissociation entre le tintement de l’Angélus et la sonnerie du couvre-feu, il en est une que rapporte W. Henrypour l’Angleterre. Elle concerne la ville de Somerset. En 1331, le doyen du Chapitre, Goddeley, ordonne de sonner trois coups, à trois intervalles rapprochés, sur la grosse cloche de la cathédrale, pour qu’on récite trois Ave, et cela peu de temps avant le couvre-feu.
Notons au passage que la récitation de la salutation angélique semble avoir été plus précocement répandue en Angleterre que sur le continent. D’ailleurs, la même avance se vérifie pour d’autres aspects de la piété mariale.

L’Angélus du Matin
Aussi n’est-il pas étonnant de voir les Anglais, dès le XIVème siècle, doubler l’Angélus du soir de celui du matin. Cela se fit d’abord dans les monastères à l’heure de prime. Puis les séculiers les imitèrent. Mais une certaine fantaisie s’instaure dans le contenu et les intentions de la prière mariale. Ainsi, en 1346, l’évêque de Bath (dans le Somerset) ordonne au clergé de sa cathédrale de réciter cinq Ave matin et soir pour les bienfaiteurs vivants et décédés. En 1399, l’archevêque de Cantorbery, Thomas Arundel, invite l’évêque de Londres à répéter le matin la sonnerie du soir et à faire réciter à ce moment par le clergé et les fidèles un Pater et cinq Ave.
Le  » doublement  » matutinal de la sonnerie du soir et des trois Ave avait déjà été adopté à pavie en 1330.
En France, en 1368, eut lieu à Lavaur (Tarn) un concile qui réunit treize évêques et fut présidé par Geoffroi de Vairolles, archevêque de Narbonne. On y prescrivit de réciter chaque matin cinq Pater en mémoire des Cinq Plaies du Christ et sept Ave pour rappeler les Sept Douleurs de Marie. Assurément cette prière du matin, même annoncée par la cloche, n’est plus étymologiquement un Angélus ; mais il est intéressant de noter, l’association, en 1368, de la dévotion aux Cinq-Plaies de Notre-Seigneur.
C’est assurément le siècle où se développe cet aspect de la piété mariale qui associe la vierge à la Passion du Christ. C’est le siècle où se diffuse le Speculum humanae salvationis, où l’on compose des hymnes sur les sept douleurs de Marie, où naît l’admirable Salve Mater Dolorosa.
En somme l’Angélus , malgré l’appellation, ne se fige pas dans une formulation immuable. Nous allons le voir, quand apparaîtra son extension au milieu du jour, et qu’il prendra la triple fréquence quotidienne qu’il a depuis lors..

L’Angélus de midi
Il semble que l’Angélus du milieu du jour, attesté à Omütz (aujourd’hui Olomouc, en Tchécoslovaquie) en 1413, à Mayence et à Cologne en 1423, ait d’abord été limité au vendredi et n’ait concerné que la dévotion à la Passion du Christ.
Par contre, en 1451, il est quotidien au monastère du Val des Écoliers, à Mons, dans le Hainaut. En 1456, le pape Calixte III, dont le souci majeur est de parer au danger turc, prescrit une croisade de prières et demande que les cloches tintent trois fois le jour et qu’à chaque fois l’on récite trois Pater et trois Ave.
La victoire de Belgrade (1456) sauve momentanément la chrétienté, mais les Turcs restent redoutables et menaçants.
Le roi Louis XI, en 1472, prescrit à tout son royaume l’extension de l’Angélus à midi, et demande qu’à cette heure-là l’intention de prières soit la paix. Aussi appelle-t-on l’Angélus de midi :  » l’Ave Maria de la paix « . Cette pratique de l’Angélus de midi fut indulgenciée en 1475 par le pape Sixte IV qui fut un grand pape marial : il favorisa tout particulièrement le culte liturgique de l’Immaculée Conception.
Dès lors, le triple Angélus avec sa triple sonnerie est attesté un peu partout en Occident : à Beauvais, à Tournai, à Liège, à Aix-la-Chapelle, en Angleterre… Et le pape Alexandre VI, qui fut loin d’être un saint, n’en confirma pas moins, en 1500, les dispositions de Calixte III.
A ces trois l’Angélus s’en ajoute pour les Chartreux un quatrième : un Angélus nocturne qu’ils récitent, au tintement de la cloche, après l’office des laudes.
Une coutume inspirée de l’Angélus est rapportée par l’abbé Decorde, historien du pays de Bray, concernant les religieuses du monastère de Clair-Ruissel, de l’ordre de Fontevrault, à Gaillefontaine (Seine-Maritime). En cas d’orage, une soeur parcourait le couvent en agitant une clochette et répétant Et verbum caro factum est (Et le Verbe s’est fait chair). A quoi les autres religieuses répondaient par un Ave Maria (Histoire du canton de Forges, p. 173).
Dans sa thèse de doctorat ès-lettres (1986) sur l’évêque Guillaume Briçonnet (1470-1534), le chanoine Michel Veissière rapporte une intéressante indication donnée en 1620 par Guy Bretonneau, généalogiste de la famille Briçonnet. Il s’agit d’une bulle du pape Léon X, du 27 février 1517, accordant des indulgences  » à tous ceux qui diront dévotement Pater noster et Ave Maria , lorsqu’ils entendront la cloche sonner à cet effect le matin soir et midy, ès diocèses de Meaulx et de Lodesve, et au faulxbourg de Sainct Germain des prèz lès Paris « . Cette bulle avait été accordée à la demande de l’évêque, dont le but, écrit Michel Veissière, était  » incontestablement, par le moyen de l’indulgence, de favoriser un authentique renouveau spirituel centré sur le Christ souffrant en compagnie de la Vierge Marie « . Il s’agissait là d’une des  » formes populaires de dévotion… à la portée des plus simples « , qui avaient la faveur de Mgr Briçonnet . On notera que la prière ne comporte à chaque tintement qu’un Pater et un Ave.
A la même époque, on peut lire, sous le titre De Ave Maria dicenda, une intéressante décision incluse dans les statuts synodaux de l’évêque Antoine d’Estaing (Angoulême, 1506-1523), publiés en 1972 dans les Mémoires de la Société historique et archéologique de la Charente (p. 259-316). Voici la traduction d’un passage du texte original latin :  » … Nous concédons à tous les fidèles de notre diocèse qui, à l’heure du matin, du midi et des complies, quand sonnera la cloche, se mettront à genoux pour dire trois Ave , avec dévotion et regret de leurs péchés, 40 jours d’indulgences… Cela sera annoncé par les archiprêtres, recteurs et vicaires aux messes dominicales « .
S’agenouiller au tintement de la cloche de l’Angélus : les Espagnols n’y manquaient jamais. Un paysan picard se rendant à Compostelle notait :  » Quand on sonne l’Angélus dans ces pays, en tel endroit que l’on se trouve, (il) faut se mettre à genoux. Ils y font mettre les étrangers, même de force en cas de résistance « .
C’est au XVIème que se fixa et se généralisa la forme de l’Angélus , tel que nous le récitions aujourd’hui. On le trouve dans un Petit Office de la Sainte Vierge (Officium parvum B.M.V.) imprimé à Rome au temps de saint Pie V (1566-1572), puis dans le Manuale catholicorum du jésuite saint Pierre Canisius (1521-1597), imprimé à Anvers en 1588. Dans nos livres de piété, l’Angélus porte, selon leur date de publication, soit la référence du pape Benoît XIV (14 septembre 1742), soit celle du pape Léon XIII (15 mars 1884). Ce fut Benoît XIV qui prescrivit de remplacer l’Angélus pendant le Temps Pascal par le Regina Coeli.
Le 25 mars 1918, en la fête de l’Annonciation, se fonda à Blois une association de l’Angélus pour les morts de la guerre. Dans son article du Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, l’abbé J. Bricout rapporte qu’en 1921, d’après l’Almanach catholique français, l’association groupait alors près de 50.000 adhérents, et qu’elle avait été approuvée par le pape Benoît XV et recommandée par l’épiscopat. .
Cette association prit un essor considérable après qu’elle eut été transférée à Versailles et canoniquement érigée par Mgr Gibier chez les cisterciens du 19 de la rue du Pont-Colbert, le 13 mars 1929. Pie XI l’enrichit d’indulgences. L’oeuvre, dont la fête fut fixée au jour de l’Annonciation, comportait une section réservée aux enfants de moins de 12 ans, les  » Benjamins de l’Angélus « . Tous les associés s’engageaient, bien entendu, à la récitation quotidienne de l’Angélus

Aujourd’hui
On sait que chaque dimanche et chaque jour de fête, Jean-Paul II récite l’Angélus avec les Romains et les pèlerins groupés sur la place Saint-Pierre, et qu’il précède cette récitation d’une homélie mariale. Étant en dehors de Rome, il maintient volontiers cette double coutume (homélie et récitation de l’Angélus ) lors de ses déplacements, et cela en semaine.
Ainsi, lors de son voyage au Canada en 1984 : le 13 septembre à Halifax, le 16 à Winnipeg :  » En cette heure de midi, nous sommes réunis dans la cathédrale Sainte-Marie, pour réciter ensemble la prière de l’Angélus . Le Seigneur nous invite à faire une pause et en compagnie de la bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints à réfléchir au mystère de la Rédemption et à élever nos voix pour louer la Très Sainte Trinité « .
Et plus récemment, voici comment le Saint-Père s’est adressé à la foule avant de réciter l’Angélus , à Kigali, en Côte-d’Ivoire.

 » Cette prière que je récite tous les dimanches à Rome avec les pèlerins venus sur la place Saint-Pierre nous donne l’occasion d’approfondir notre lien spirituel avec la Vierge Marie qui précède tout le Peuple de dieu dans le pèlerinage de la foi. « 

CÉLÉBRATION DES VÊPRES DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE – (2011) BENOÎT XVI

2 février, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110202_vita-consacrata.html

CÉLÉBRATION DES VÊPRES DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Saint-Pierre

Mardi 2 février 2011

Chers frères et sœurs!

En la fête d’aujourd’hui, nous contemplons le Seigneur Jésus que Marie et Joseph présentent au temple «pour l’offrir au Seigneur» (Lc 2, 22). Dans cette scène évangélique se révèle le mystère du Fils de la Vierge, le consacré du Père, venu au monde pour accomplir fidèlement sa volonté (He 10, 5-7). Syméon l’indique comme «lumière pour éclairer les nations païennes» (Lc 2, 32) et annonce à travers des paroles prophétiques son offrande suprême à Dieu et sa victoire finale (cf. Lc 2, 32-35). C’est la rencontre des deux Testaments, l’Ancien et le Nouveau. Jésus entre dans l’antique temple, Lui qui est le nouveau Temple de Dieu: il vient visiter son peuple, en portant à son accomplissement l’obéissance à la Loi et en inaugurant les temps ultimes du salut.
Il est intéressant d’observer de près cette entrée de l’Enfant Jésus dans la solennité du temple, dans un grand «va-et-vient» de nombreuses personnes, prises par leurs occupations: les prêtres et les lévites avec leurs tours de service, les nombreux fidèles et pèlerins, désireux de rencontrer le Dieu saint d’Israël. Mais aucun de ceux-ci ne se rend compte de rien. Jésus est un enfant comme les autres, fils premier-né de deux parents très simples. Les prêtres sont eux aussi incapables de saisir les signes de la nouvelle présence particulière du Messie et Sauveur. Seules deux personnes âgées, Syméon et Anne, découvrent la grande nouveauté. Conduits par l’Esprit Saint, ils trouvent dans cet Enfant l’accomplissement de leur longue attente et veillée. Tous les deux contemplent la lumière de Dieu, qui vient illuminer le monde, et leur regard prophétique s’ouvre à l’avenir, comme annonce du Messie: «Lumen ad revelationem gentium!» (Lc 2, 32). Dans l’attitude prophétique des deux vieillards, c’est toute l’Ancienne Alliance qui exprime la joie de la rencontre avec le Rédempteur. A la vue de l’Enfant, Syméon et Anne ont l’intuition que c’est précisément lui qui est l’Attendu.
La présentation de Jésus au temple constitue une icône éloquente du don total de sa propre vie pour ceux qui, hommes et femmes, sont appelés à reproduire dans l’Eglise et dans le monde, à travers les conseils évangéliques, «les traits caractéristiques de Jésus — vierge, pauvre et obéissant» (Exhort. apos. post-syn. Vita consecrata, n. 1). C’est pourquoi la fête d’aujourd’hui a été choisie par le vénérable Jean-Paul II pour célébrer chaque année la Journée de la vie consacrée. Dans ce contexte, j’adresse un salut cordial et reconnaissant à Mgr João Braz de Aviz, que j’ai récemment nommé préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, ainsi qu’au secrétaire et aux collaborateurs. Je salue avec affection les supérieurs généraux présents et toutes les personnes consacrées.
Je voudrais proposer trois brèves pensées pour une réflexion à l’occasion de cette fête.
La première: l’icône évangélique de la Présentation de Jésus au temple contient le symbole fondamental de la lumière; la lumière qui, en partant du Christ, rayonne sur Marie et Joseph, sur Syméon et Anne et, à travers eux, sur tous. Les Pères de l’Eglise ont relié ce rayonnement au chemin spirituel. La vie consacrée exprime ce chemin de manière particulière, comme «filocalia», amour pour la beauté divine, reflet de la bonté de Dieu (cf. ibid., n. 19). Sur le visage du Christ resplendit la lumière de cette beauté. «L’Eglise contemple le visage transfiguré du Christ, pour être fortifiée dans la foi et ne pas risquer d’être désemparée devant son visage défiguré sur la Croix [...] elle est l’Epouse devant l’Epoux, elle participe à son mystère, elle est entourée de sa lumière. Cette lumière éclaire ses fils [...] Les personnes appelées à la vie consacrée font certainement une expérience unique de la lumière qui émane du Verbe incarné. En effet, la profession des conseils évangéliques fait d’eux des signes prophétiques pour la communauté de leurs frères et pour le monde» (ibid., n. 15).
En deuxième lieu, l’icône évangélique manifeste la prophétie, don de l’Esprit Saint. Syméon et Anne, en contemplant l’Enfant Jésus, entrevoient son destin de mort et de résurrection pour le salut de toutes les nations et annoncent ce mystère comme salut universel. La vie consacrée est appelée à ce témoignage prophétique, lié à sa double attitude contemplative et active. Aux personnes consacrées, hommes et femmes, il est en effet donné de manifester le primat de Dieu, la passion pour l’Evangile pratiqué comme forme de vie et annoncé aux pauvres et aux derniers de la terre. «En vertu de ce primat, rien ne peut être préféré à l’amour personnel pour le Christ et pour les pauvres en qui il vit. [...] La véritable prophétie naît de Dieu, de l’amitié avec lui, de l’écoute attentive de sa Parole dans les diverses étapes de l’histoire» (cf. ibid., n. 84). De cette manière, la vie consacrée, dans son vécu quotidien sur les routes de l’humanité, manifeste l’Evangile et le Royaume déjà présent et à l’œuvre.
En troisième lieu, l’icône évangélique de la présentation de Jésus au temple manifeste la sagesse de Syméon et d’Anne, la sagesse d’une vie totalement consacrée à la recherche du visage de Dieu, de ses signes, de sa volonté; une vie consacrée à l’écoute et à l’annonce de sa Parole. «“Faciem tuam, Domine, requiram”: ton visage, Yahvé, je cherche (Ps 26, 8) [...] La vie consacrée est dans le monde et dans l’Eglise le signe visible de cette recherche du visage du Seigneur et des voies qui conduisent à Lui (cf. Jn 14, 8) [...] La personne consacrée témoigne donc de l’engagement, joyeux et en même temps actif, de la recherche assidue et sage de la volonté divine» (cf. Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, Instruct. Le service de l’autorité et l’obéissance. Faciem tuam, Domine, requiram [2008], I).
Chers frères et sœurs, vous êtes des auditeurs assidus de la Parole, car chaque sagesse de vie naît de la Parole du Seigneur! Soyez les scrutateurs de la Parole, à travers la lectio divina, car la vie consacrée «naît de l’écoute de la Parole de Dieu et accueille l’Evangile comme règle de vie. Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant, est ainsi une “exégèse” vivante de la Parole de Dieu. L’Esprit Saint, grâce auquel la Bible a été écrite, est le même Esprit qui éclaire d’une lumière nouvelle la Parole de Dieu aux fondateurs et aux fondatrices. D’elle tout charisme est né et d’elle, toute règle veut être l’expression, en donnant vie à des itinéraires de vie chrétienne caractérisés par la radicalité évangélique» (Exhort. apos. post-syn. Verbum Domini, n. 83).
Nous vivons aujourd’hui, en particulier dans les sociétés les plus développées, une situation souvent marquée par une pluralité radicale, par une marginalisation progressive de la religion du domaine public, par un relativisme qui touche les valeurs fondamentales. Cela exige que notre témoignage chrétien soit lumineux et cohérent et que notre effort éducatif soit toujours plus attentif et généreux. Chers frères et sœurs, que votre action apostolique, en particulier, devienne un engagement de vie, qui accède, avec une passion persévérante, à la Sagesse comme vérité et comme beauté, «splendeur de la vérité ». Sachez orienter par la sagesse de votre vie, et avec confiance dans les possibilités inépuisables de la véritable éducation, l’intelligence et le cœur des hommes et des femmes de notre temps vers la «bonne vie de l’Evangile».
En ce moment, ma pensée s’adresse avec une affection particulière à toutes les personnes consacrées, hommes et femmes, dans chaque partie de la terre, et je les confie à la bienheureuse Vierge Marie:

O Marie, Mère de l’Eglise,
Je te confie toute la vie consacrée,
afin que tu obtiennes pour elle
la plénitude de la lumière divine:
qu’elle vive dans l’écoute
de la Parole de Dieu,
dans l’humilité de la sequela
de Jésus ton Fils et notre Seigneur,
dans l’accueil de la visite
de l’Esprit Saint,
dans la joie quotidienne
du magnificat,
pour que l’Eglise soit édifiée
par la sainteté de vie
de tes fils et de tes filles,
dans le commandement de l’amour.
Amen.

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