Archive pour la catégorie 'Temps de Pâques'

HOMÉLIES DU 6E DIMANCHE DE PÂQUES, A

19 mai, 2017

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HOMÉLIES DU 6E DIMANCHE DE PÂQUES, A

Ac 8, 5-8, 14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21

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Dans le long discours de Jésus après la Cène, comme on le voit encore dans l’évangile de ce jour, il est beaucoup question de « monde ». Aujourd’hui, ce mot est parfois utilisé à tort et à travers. Ce qui se comprend, car le même terme peut exprimer des réalités différentes, voire même contradictoires. De même, les mots de l’Evangile disent souvent autre chose que les définitions de notre langage courant. Il faut alors être attentif au contexte qui seul permet de faire le bon choix du sens. Or, que dit l’Evangile ? Jésus vient dans le monde et il est haï par le monde… Les apôtres sont envoyés dans le monde et le monde les prend en haine, parce que tout en étant du monde, ils ne sont pas du monde… Et cependant, ils sont tellement du monde et leur mission est tellement liée au monde que Jésus ne veut surtout pas les retirer du monde… C’est beaucoup de « monde » !
Pour S. Jean, ce monde auréolé de mal représente ceux qui se refusent à croire en Jésus et qui s’opposent au message de son Evangile. Il ne s’agit donc pas du monde de la création, ni de l’ensemble de l’humanité ou de ce que l’on peut appeler « le monde des humains ». Ce n’est pas la société séculière ou profane qui serait mauvaise, par rapport au monde religieux qui serait bon. Il s’agit finalement d’un esprit, d’une mentalité qui n’est pas liée à un lieu, mais que chacun peut avoir et garder en soi. L’humanité en général, et chacun de nous en particulier, a son côté ombre et son côté lumière. Un ermite peut avoir l’esprit du monde en plein désert et l’on peut avoir l’esprit du Christ et en vivre très concrètement au cœur du monde.
La manière dont on perçoit et dont on comprend le monde est extrêmement importante, car le comportement du croyant et sa spiritualité en dépendent beaucoup.
Si l’on fait une lecture fondamentaliste de la Bible, c’est-à-dire si l’on prend tout à la lettre, sans tenir compte du contexte et de l’ensemble de la révélation, certains textes peuvent conduire à jeter sur le monde, en tant qu’humanité, un regard pessimiste et méfiant.
Alors, toute la création matérielle, toutes les réalités charnelles, toutes les conquêtes de la sciences et les fruits de la raison, sont jugés, si pas tous mauvais, au moins toujours suspects et dangereux. Alors, ce monde fait peur, il apparaît comme une menace pour la foi.
D’où, certaines spiritualités de fuite du monde, qui ont fait dire à certaines époques qu’il n’y avait pas de véritable sainteté possible pour des laïcs, empêtrés dans la vie du siècle. De telles spiritualités engendrent aisément des esprits sectaires, qui s’enferment volontiers dans des ghettos, qui cultivent une orthodoxie pure et dure, à l’abri d’un monde que l’on couvre d’imprécations en attendant qu’il disparaisse. C’est ce qu’on retrouve dans la plupart des sectes et certaines communautés intégristes.
A l’opposé, si l’on tient compte de l’ensemble de l’enseignement évangélique et de la vie de Jésus, cela donne une spiritualité non plus de fuite, mais d’incarnation dans le monde concret tel qu’il est et tel qu’il vit dans l’aujourd’hui de chaque époque.
Autrement dit, le monde s’inscrit toujours à l’intérieur d’un projet divin et inspire la spiritualité qu’il convient de pratiquer quotidiennement. C’est le levain que l’on mélange résolument à la pâte, au lieu de le garder au frigo, à l’abri.
C’est pourquoi, il y a eu très souvent dans le passé et encore aujourd’hui, des relations difficiles, tendues et parfois agressives, entre foi et monde, foi et raison, foi et sciences, foi et modernité. Comme si la foi pouvait être gênée, mise en péril ou contredite par la raison, la science et le progrès, qui sont aussi des dons de Dieu.
Grâce à Dieu, nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Au moins dans son enseignement, l’Eglise ne boude pas la modernité au nom de la foi. Elle veut, au contraire, se rendre présente et attentive aux requêtes de ce monde vers lequel elle est envoyée, et c’est là qu’elle rejoint les questions fondamentales de l’être humain (1). Mais demeure toujours, pour l’Eglise comme pour chacun de nous, la tentation de la peur des changements, des nouveautés, et du repli frileux sur le passé.
Et pourquoi, finalement, les apôtres et après eux les chrétiens, sont-ils mis à part ? Pourquoi sont-ils haïs du monde ? Qu’est-ce qui les distingue de ce monde ? La fidélité à ses commandements. Un terme dur, qui évoque d’abord l’ordre et la discipline, l’injonction et la contrainte. Ne s’agit-il pas d’un frein aux élans créateurs, voire même une atteinte à la liberté ? Nous voici confrontés au monde des prescriptions et des règles, des lois et des préceptes ? Une chape de plomb.
Même si Jésus parle de SES commandements, nous verrons défiler sur nos petits écrans intérieurs le décalogue gravé par Moïse dans la pierre. En oubliant qu’avant d’être pétrifiées dans une lettre, ils sont d’abord des paroles d’Alliance, et donc des paroles d’Amour, qui révèlent un esprit, s’incarnent et se prouvent par un comportement. C’est pourquoi la Loi, enfermée dans la prison de sa lettre a la raideur des certitudes et le masque bariolé de vérités uniformément définitives. L’esprit, au contraire, est un souffle qui bouscule, transforme et inspire. Il pousse plus en avant et vers le haut. Il transforme même les cœurs de pierre en cœurs de chair, et la peur paralysante en dynamique confiance.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE PÂQUES, A

12 mai, 2017

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HOMÉLIE DU 5E DIMANCHE DE PÂQUES, A

Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12

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le visage du Christ

Si vous cherchez dans l’annuaire officiel des téléphones, celui des CCP ou des ASBL, un groupe dénommé « Les adeptes de la voie », vous ne le trouverez pas. Même sur Internet, je n’ai trouvé que l’Adepte de la Voie du Saphir et la Voie du Phénix… Il est vrai qu’il peut exister sous une autre étiquette. On peut d’ailleurs faire partie des adeptes de la Voie sans le savoir.
Après la mort de Jésus, ses nouveaux disciples se sont appelés précisément les adeptes de la Voie, tout simplement parce qu’il s’était présenté lui-même comme étant la Voie, le Chemin… Il n’est pas seulement un nouveau guide, ni même une nouvelle manière de marcher, mais la route elle-même. En somme, Jésus prend la place occupée dans la Bible par la Loi. Celle des Dix Paroles de vérité et de vie, taillées dans la pierre. Les dix commandements. Avec Jésus, cette Parole de Dieu devient quelqu’un, la Parole incarnée. Une parole qui ne change pas, qui doit être proclamée pour être traduite et pratiquée dans une vie quotidienne qui, elle, ne cesse d’évoluer et de changer.
La première lecture nous apprend ainsi que les apôtres sont bien au service de la Parole. Ils ne peuvent pas la délaisser. Cependant, ils cumulent toutes les responsabilités et tous les services de la communauté, y compris les activités sociales. Mais la communauté va grandir, la situation se complique et les problèmes se multiplient. Il faudra donc en même temps agir en conformité avec l’esprit de l’Evangile et s’adapter à une situation tout à fait nouvelle. Autrement dit, il faut régulièrement réformer et innover pour rester fidèle.
Ce qui compte, c’est l’objectif à atteindre, quitte à modifier les méthodes et les moyens en fonction des problèmes et des époques. C’est pourquoi, par exemple, le Concile a rappelé que « l’Esprit Saint pousse l’Eglise à se renouveler, à se rajeunir, à se mettre à jour. C’est lui qui inspire les innovations indispensables pour qu’elle assure fidèlement ses priorités et ses missions ».
La lettre de Pierre, elle aussi, a inspiré le Concile pour rendre à l’Eglise son véritable nom de « peuple de Dieu », et même « peuple de prêtres ». Quant aux baptisés, ils sont des « pierres spirituelles », parce que taillées, façonnées par la Parole du Seigneur. Jadis, le Temple, bâti avec des pierres, permettait aux croyants de se rassembler pour entrer en communion avec Dieu par le culte et l’offrande des sacrifices d’animaux ou de produits de la terre. Maintenant, c’est l’espace de l’humanité tout entier qui est le vrai Temple. La pierre de fondation, c’est le Christ, dira S. Matthieu. La pierre sur laquelle chacun doit bâtir sa vie par la foi. Voilà pourquoi les chrétiens sont des pierres vivantes, intégrées à la construction du temple spirituel qui est l’Eglise.
Désormais cependant, il ne suffit plus d’accomplir des rites extérieurs, d’offrir des sacrifices d’animaux. Les vrais sacrifices sont spirituels. Ils s’expriment en offrande d’amour, en service des frères et sœurs en humanité. « J’étais un étranger, et vous m’avez recueilli. Nu et vous m’avez vêtu. Affamé et vous m’avez nourri » (Mt 25, 35). Voilà le vrai culte en esprit et en vérité… Et Dieu sait si les nus et les affamés sont légion, sans être étrangers pour autant.
Ainsi, le Chemin n’est pas simplement une religion, une mise en forme de textes de lois et de règlements, puisque Jésus nous dit que la loi c’est lui. Nous ne pouvons pas non plus posséder la vérité tout entière. Elle n’a pas de propriétaire, puisque Jésus nous dit qu’il est lui-même la vérité. La vérité n’est donc pas un système abstrait, ni un objet de connaissance qu’il suffit d’étudier, de retenir et de conserver. Elle n’est pas un ensemble de vérités à croire, ni une panoplie de dogmes. C’est essentiellement quelqu’un, qui est toujours à chercher, à découvrir, à rencontrer, à mieux connaître, à faire connaître. Plus fort encore, connaître Jésus, c’est déjà connaître le Père. C’est même déjà le voir, car les œuvres de Jésus sont les siennes. Et nous pouvons le voir aussi et le reconnaître à l’œuvre dans tous ceux et celles qui luttent contre les forces de mort, de haine et d’injustice, dans tous ceux et celles qui se font fraternellement proches de tous les blessés et les abîmés de notre société. C’est dans ces œuvres là qu’il est toujours vivant et agissant, reconnaissable.
Il ne suffit donc pas de chanter « bonne nouvelle pour les pauvres », ni de rompre le pain eucharistique. C’est à nous tous et à chacun d’entre nous d’être concrètement une Bonne Nouvelle pour les pauvres et les opprimés, en partageant « notre pain » avec eux.
Pour vivre nous-mêmes la résurrection, la proclamer et en témoigner, il s’agit donc de « faire mourir en soi tout égoïsme, tout désir de possession, toute envie de domination, toute violence ». Et, dans le même mouvement « faire naître et vivre en soi le pardon, le partage, l’amour donné, l’espérance, la joie et la vie ». Voilà le portrait robot d’un être nouveau, c’est-à-dire d’un(e) ressuscité(e).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES A – HOMÉLIES

6 mai, 2017

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QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES A – HOMÉLIES

7 mai 2017

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Le bon berger

Mais qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. qui est cet homme, Jésus ? Depuis le premier jour, tous ont cherché à donner une réponse à cette question. réponses les plus diverses ont été données. Certaines très favorables, d’autres, au contraire déformantes ou haineuses, selon l’idéologie de celui qui les donne. Chaque année encore, des centaines de livres paraissent, concernant Jésus. Certains de ces livres ont une vocation scientifique et font une étude critique, et c’est normal. D’autres au contraire, reflètent la personnalité de ceux qui les écrivent, et chaque fois il y a quelque chose de partiel, et même de partial. On a dit aussi Jésus homosexuel ou marié à Marie-Madeleine, ou réincarné. Bref, un tas de choses plus ou moins farfelues.
Mais, est-ce qu’on peut le connaître vraiment ? Jésus nous dit aujourd’hui : « Mes brebis me connaissent, comme moi je les connais, personnellement. » Et il se met en opposition avec ceux qu’il appelle des voleurs et des égorgeurs. Ceux qui prétendent diriger les hommes et leur conscience. Et lui, il dit : Mais moi, vous me connaissez. Il n’est pas un étranger qui s’introduit par ruse. Que veut-il dire ?
Notre époque a connu des faux-bergers, de ceux dont le Christ dit qu’ils sont voleurs, rapaces, meurtriers. Parmi les hommes politiques, le XXe siècle aura connu un führer, un duce, un caudillo, un « petit père des peuples », un « conducator », in « lider maximo de la revolucion », pour n’en citer que quelques-uns, qui, au nom de leur idéologie, ont voulu mener des foules, des nations, des races, des classes sociales. Ils les ont toujours conduit à la mort, à des exterminations.
Mais il y a aussi tous ces hommes qui, au nom de leur idéologie religieuse, veulent séduire les foules. Dieu sait si, aujourd’hui, les sectes prolifèrent dans toutes les religions. Beaucoup d’hommes ont besoin de se sécuriser, de trouver une sécurité, même dans des affirmations simplistes, sans esprit critique. L’essentiel, c’est qu’on suive, qu’on marche aveuglément. Jésus dit : « Faites attention. Ayez suffisamment d’esprit critique pour ne pas suivre n’importe qui. »
Et il donne les critères du bon berger qu’il est C’est un chemin de liberté qu’il nous ouvre. Toutes les images qu’il emploie sont des images de liberté : la porte qui s’ouvre pour aller et venir, entrer et sortir, sans jamais enfermer. La route, sur laquelle il nous guide. La grande image, c’est sans cesse le retour à l’histoire de la libération d’Egypte. Dieu va intervenir pour ouvrir la porte de la maison d’esclavage, pour faire passer la mer, et ensuite, conduire les Hébreux, avec toutes les possibilités qu’a chaque membre de ce peuple de garder sa liberté, au point de rejeter Dieu pour une idole (le veau d’or).
Mais, me direz-vous, comment Jésus Christ, s’il veut être notre guide, ne va-t-il pas un peu opprimer nos consciences humaines ? Je crois que c’est une histoire d’amour. La connaissance d’une personne, vous le savez, est totalement différente de la connaissance scientifique, qui exige des preuves. On est attiré par quelqu’un et, pour reprendre un mot de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Eh bien, c’est cela, l’amour de Jésus et des brebis. Jésus nous invite à regarder dans la même direction que lui. Et c’est ainsi que nous serons libres. C’est à nous, une fois que le sens nous est donné, d’inventer notre démarche. Chacun de nous, sans directives. Il nous dit simplement de regarder tous les hommes comme nos frères. Il nous dit de regarder Dieu comme notre Père. Là, nous sommes sûrs d’être sur un chemin de liberté. Il ne violera jamais notre conscience.
Voulez-vous, frères, que nous nous demandions sincèrement comment nous pourrons être témoins du Christ par notre liberté de pensée et par notre manière de vivre la fraternité. Il est venu « pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance ».

 

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES A

29 avril, 2017

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(Emmanus)

HOMÉLIE DU 3E DIMANCHE DE PÂQUES A

Ac 2, 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35

Pouvez-vous imaginer des disciples qui marchent et parlent avec leur maître pendant plusieurs heures et sans le reconnaître ? La question peut être posée. Mais nous ne disposons pas de DVD sur l’événement. De toute manière, la réponse n’a aucune importance, parce que le récit de Luc n’appartient pas à la catégorie de l’histoire, ni à celle du reportage, ni à celle du roman. Par contre, il est conditionné par des préoccupations théologiques, catéchétiques et liturgiques. Ce que Luc veut nous expliquer, c’est le chemin qu’il faut parcourir pour accéder à la foi. Ce qui nous vaut une catéchèse sur le sens profond et la dynamique de la célébration eucharistique.
Voyez ces deux disciples pèlerins. Ils disposent d’un certain nombre de certitudes : Jésus est bien mort. Il a même été enseveli. Ils ont appris que des femmes avaient trouvé son tombeau vide. Ce que, d’après leurs dires, les apôtres ont contrôlé et confirmé, en ajoutant : Mais lui, ils ne l’ont pas vu. Et tout ce dont ils avaient rêvé est anéanti. Il y a de quoi être découragé et même déprimé.
Or, nous-mêmes, bien que nous proclamions chaque dimanche : « Le troisième jour, il est ressuscité des morts et monté aux cieux », il nous arrive d’être tristes ou découragés en avalant les kilomètres de notre pèlerinage terrestre. D’ailleurs, les motifs de déceptions ne manquent pas. Du côté de Dieu ou du Christ, c’est le silence. Côté du Royaume de justice et de paix, ce n’est guère brillant. Ce Royaume de Dieu dès ici-bas, annoncé, promis, inauguré, n’en finit pas d’être enseveli sous un torrent d’orgueil, d’injustices, d’intolérances et de violence. Les justes sont persécutés, les artisans de paix assassinés. Les faibles et les pauvres exploités. Et, tous les jours, des innocents paient pour les coupables. L’orage et la tempête font aussi des dégâts dans nos cœurs et nos consciences. Mais, nous apprend Luc, nous sommes souvent aveuglés. Nous ne reconnaissons pas le Christ à nos côtés. Nous ne reconnaissons pas l’Esprit à l’œuvre. Nos cœurs sont lents à croire. Nous ne comprenons pas, ou nous comprenons mal. Alors, que faire ? pour que nos yeux s’ouvrent sur  » tout ce qui concerne Jésus « .
Et bien, explique l’évangéliste, il faut creuser les textes saints au-delà de la croûte des mots, pour atteindre la substance du message avec les yeux du cœur. Il nous faut brouter et ruminer les Ecritures. Ou, si vous voulez, creuser et labourer le champ biblique, pour y découvrir le trésor caché. Ou, peut-être, imiter les petits oiseaux qui picorent le grain sans se décourager. (D’ailleurs, l’Ecriture, la Parole, se mange plus qu’elle ne se lit).
La première conséquence de cette marche côte à côte, en découvrant les Ecritures, c’est que le Cœur commence à brûler. Et l’on a vraiment envie de poursuivre avec lui le chemin, et même de rester avec lui, invité à sa table ou à la nôtre. C’est alors que les écailles commencent à tomber, que les yeux s’ouvrent, et que l’on découvre dans le partage du pain, dans la communion des cœurs et des esprits, une manifestation du Ressuscité. A ce moment-là, on ne doit plus le voir, il disparaît. C’est une présence dans l’absence, puisque Luc nous dit : Dès qu’ils le reconnurent, il n’était plus là. Evidemment, puisque c’est le signe qui témoigne de la présence. Et c’est aux yeux de la foi qu’il nous apparaît.
Résultat final : Les deux compagnons se lèvent, se tapent au moins deux heures de marche, pour aller annoncer, partager, puis incarner la Bonne Nouvelle.
Jérusalem-Emmaüs et retour, c’est la rencontre et le rassemblement eucharistique dominical. Le Christ nous rejoint dans l’assemblée, peut-être fatigués, amorphes, découragés, affaiblis par le doute. Alors, il nous renvoie aux Ecritures. Il nous les explique, pour éclairer et augmenter notre foi, ranimer notre espérance, stimuler la dynamique évangélique. Il nous invite aussi à rendre grâce, à changer de regard, à le reconnaître dans le signe éloquent du partage du pain. Un partage que nous sommes invités à prolonger et à incarner dans celui des biens de la terre, dans les gestes de miséricorde et de pardon, d’amour véritable et de paix authentique. C’est pourquoi, il nous envoie en mission de témoignage, non seulement pour raconter ce qui se passe sur notre route, mais comment on peut reconnaître la présence du Ressuscité, pas seulement dans la fraction du pain, mais dans tous les autres partages avec ceux et celles qui ont faim de justice et de respect, de compréhension et de pardon.
Vivez ensemble fraternellement, nous dit-il. Vivez en solidarité. Et moi, au milieu de vous, je suis, et je resterai. C’est ainsi que tout partage devient signe de sa présence. Toute victoire de l’amour, de la solidarité, de la paix, et de la vie sur la violence et sur la mort, nous entraîne dans un processus de résurrection. C’est comme un accouchement continu, qui nous fait entrer chaque fois et de plus en plus dans une vie nouvelle.
Pour garder le message d’Emmaüs en mémoire, je vous confie un souvenir de voyage… Dans la chapelle catholique de l’Université d’Evanston (près de Chicago), l’autel est entouré de deux tabernacles identiques, sans portes. L’un pour la Parole, l’autre pour le Pain. Le Livre et le Pain, rassemblés. La Parole se fait chair, se fait Vie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

 

PAPE FRANÇOIS 19 (CHRIST RESSUSCITÉ, NOTRE ESPÉRANCE) (cf. 1 Co 15)

26 avril, 2017

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PAPE FRANÇOIS 19 (CHRIST RESSUSCITÉ, NOTRE ESPÉRANCE) (cf. 1 Co 15)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 19 avril 2017

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Descente aux enfers (Basilique San Clemente, Rome)

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous nous rencontrons aujourd’hui dans la lumière de la Pâque, que nous avons célébrée et que nous continuons à célébrer avec la liturgie. C’est pourquoi, dans notre itinéraire de catéchèses sur l’espérance chrétienne, je désire aujourd’hui vous parler du Christ Ressuscité, notre espérance, tel que le présente saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (cf. chap. 15).
L’apôtre veut résoudre une problématique qui était certainement au cœur des discussions de la communauté de Corinthe. La résurrection est le dernier thème affronté dans la lettre, mais probablement, par ordre d’importance, il est le premier: tout repose en effet sur ce présupposé.
En s’adressant à ses chrétiens, Paul part d’un fait irréfutable, qui n’est pas le résultat de la réflexion d’un homme sage quelconque, mais un fait, un simple fait qui a eu lieu dans la vie de certaines personnes. Le christianisme naît de là. Ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas un système philosophique, mais c’est un chemin de foi qui part d’un événement, témoigné par les premiers disciples de Jésus. Paul le résume de cette manière: Jésus est mort pour nos péchés, il fut enseveli, et le troisième jour, il est ressuscité et il est apparu à Pierre et aux Douze (cf. 1 Co 15, 3-5). Tel est le fait: il est mort, il est enseveli, il est ressuscité et il est apparu. C’est à dire que Jésus est vivant! Tel est le noyau du message chrétien.
En annonçant cet événement, qui est le noyau central de la foi, Paul insiste surtout sur le dernier élément du mystère pascal, c’est-à-dire sur le fait que Jésus est ressuscité. En effet, si tout avait fini avec la mort, nous aurions en Lui un exemple de dévouement suprême, mais cela ne pourrait pas engendrer notre foi. Il a été un héros. Non! Il est mort, mais il est ressuscité. Parce que la foi naît de la résurrection. Accepter que le Christ soit mort, et qu’il soit mort crucifié, n’est pas un acte de foi, c’est un fait historique. En revanche, croire qu’il est ressuscité, cela l’est. Notre foi naît le matin de Pâques. Paul fait une liste des personnes auxquelles Jésus apparut (cf. vv. 5-7). Nous avons là une petite synthèse de tous les récits pascals et de toutes les personnes qui sont entrées en contact avec le Ressuscité. En haut de la liste, il y a Céphas, c’est-à-dire Pierre, et le groupe des Douze, ensuite les «cinq cents frères», dont un grand nombre pouvaient encore rendre leur témoignage, ensuite Jacques est cité. Le dernier de la liste — comme le moins digne de tous — est lui-même. Paul dit de lui-même: «Comme un avorton» (cf. v. 8).
Paul utilise cette expression parce que son histoire personnelle est dramatique: il n’était pas un enfant de chœur, mais un persécuteur de l’Eglise, orgueilleux de ses propres convictions; il se sentait un homme abouti, avec une idée très claire de ce qu’était la vie avec ses devoirs. Mais dans ce cadre parfait — tout était parfait chez Paul, il savait tout — dans ce cadre parfait de sa vie, eut lieu un jour ce qui était absolument imprévisible: la rencontre avec Jésus ressuscité, sur le chemin de Damas. Là, il n’y eut pas seulement un homme qui tombe à terre: il y eut une personne saisie par un événement qui devait bouleverser le sens de sa vie. Et le persécuteur devint apôtre, pourquoi? Parce que j’ai vu Jésus vivant! J’ai vu Jésus Christ ressuscité! C’est le fondement de la foi de Paul, comme de la foi des autres apôtres, comme de la foi de l’Eglise, comme de notre foi.
Qu’il et beau de penser que le christianisme est essentiellement cela! Ce n’est pas tant notre recherche à l’égard de Dieu — une recherche, à la vérité, si tâtonnante —, mais plutôt la recherche de Dieu à notre égard. Jésus nous a pris, il nous a saisis, il nous a conquis pour ne plus nous laisser. Le christianisme est grâce, il est surprise, et c’est pourquoi il présuppose un cœur capable d’émerveillement. Un cœur fermé, un cœur rationaliste est incapable d’émerveillement, et ne peut pas comprendre ce qu’est le christianisme. Parce que le christianisme est grâce, et la grâce se perçoit seulement et, de plus, elle se rencontre dans l’émerveillement de la rencontre.
Alors, même si nous sommes pécheurs — nous le sommes tous —, si nos intentions de bien sont restées sur le papier, ou bien si, en regardant notre vie, nous nous apercevons que nous avons accumulé tant d’échecs… Le matin de Pâques, nous pouvons faire comme ces personnes dont parle l’Evangile: aller au tombeau du Christ, voir la grande pierre roulée et penser que Dieu est en train de réaliser pour moi, pour nous tous, un avenir inattendu. Aller à notre tombeau: nous en avons tous un petit en nous. Aller là, et voir que Dieu est capable de ressusciter de là. Là, il y a le bonheur, là, il y a la joie, la vie, où tous pensaient qu’il n’y avait que la tristesse, la défaite et les ténèbres. Dieu fait grandir ses fleurs les plus belles au milieu des pierres les plus sèches.
Etre chrétiens signifie ne pas partir de la mort, mais de l’amour de Dieu pour nous, qui a vaincu notre ennemi implacable. Dieu est plus grand que le néant, et une bougie allumée suffit pour vaincre la plus obscure des nuits. Paul s’écrie, faisant écho aux prophètes: «O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon?» (v. 55). En ces jours de Pâques, nous portons ce cri dans notre cœur. Et si on nous demande la raison de notre sourire donné et de notre partage patient, alors nous pourrons répondre que Jésus est encore là, qu’il continue à être vivant parmi nous, que Jésus est encore ici, qu’il continue à être vivant, que Jésus est ici, sur la place, avec nous: vivant et ressuscité.

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES, A

20 avril, 2017

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HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE PÂQUES, A

Ac 2, 42-47 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Le Christ est ressuscité ! Heureuse mais bouleversante nouvelle. Et après ? C’est le temps du « croire sans voir », celui des « envoyés », messagers et porteurs de vie, de pardon et de paix. Des libérateurs. Temps aussi des fondateurs de communautés, qui seront chacune et ensemble l’Eglise, Corps du Christ, signes fragiles mais déjà perceptibles d’un monde nouveau, inauguré, mais encore à faire. A venir et cependant déjà présent.
èSur le terrain, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ vainqueur de la mort et le souffle de l’Esprit ne provoquent pas pour autant des raz-de-marée. La poignée de re-nés, envoyés en mission, se heurtent d’emblée à un monde où se mêlent l’hostilité, la moquerie, l’indifférence ou l’opposition. Pour surmonter les obstacles et assurer la percée de l’Evangile, la Parole devra être confirmée par des actes et des signes, « afin que le monde croie ». Une nécessité fondamentale et « incontournable », d’autant plus que la pierre d’angle sur laquelle tout repose est précisément celle « qu’ont rejetée les bâtisseurs » (Ps 117). Il faudra donc des garanties en béton.
Certes, la foi déplace les montagnes et rien ne résiste à l’Esprit. Mais il est tout aussi vrai que le disciple n’est pas au-dessus du Maître. « Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront ». De même, si « l’esprit est prompt, la chair est faible ». Cependant, dans la logique de l’incarnation, utopie et réalisation sont faits pour s’entendre et vivre en harmonie. Le royaume définitif se bâtit dans le provisoire. Et le chemin de la sainteté n’est autre que celui de notre pèlerinage ordinaire qu’il nous faut parcourir les deux pieds sur la terre et les yeux fixés sur Jésus Christ, « lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore » (2e lecture).
Le livre des Actes des Apôtres nous révèle sans le moindre complexe et en toute humilité les grandeurs et les servitudes de l’incarnation. La séduisante noblesse de l’idéal, les décevantes imperfections et même les perversions de la pratique.
Aujourd’hui, saint Luc « nous donne d’entrevoir la nouvelle humanité à laquelle tous les humains de bonne volonté sont appelés ». L’Eglise en est l’archétype, le modèle. L’édifice repose sur quatre piliers ou quatre fidélités : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la participation aux prières. Une fraternité, précise saint Luc, qui incite au partage des biens matériels, pour subvenir aux besoins de tous. Dans le concret de l’existence, ce n’est pas là une mince affaire. Nous en sommes témoins chaque jour. Et cela se passe aussi « près de chez nous ». C’est ainsi qu’à Bruxelles est née l’agence immobilière sociale (AIS) « Frédéric Ozanam » (1). Une association au statut légal, dont la vocation consiste en la gestion de biens immobiliers pour loger les familles les plus démunies.
A tous les niveaux et à toutes les époques, l’authenticité de l’Eglise, sa fidélité au Christ et son rayonnement, vont dépendre de ses quatre colonnes. Négliger la Parole, c’est se priver de sève et de lumière. Pas de fidélité au Christ si ceux et celles qui se réclament de lui n’harmonisent pas leurs différences dans l’unité d’un corps. Pas de fidélité au Christ sans une persévérance dans la fraction du pain, « le premier jour de la semaine, car c’est alors que Jésus rend visite aux siens, sous les signes qui le révèlent et le voilent en même temps ». C’est ce jour-là qu’il leur apporte le cadeau du pardon des péchés et celui de la paix, de la joie et de son Esprit qui les envoie en mission. Une célébration qui ne relève pas de l’obligation mais de la nécessité vitale. Encore faut-il que la liturgie du pain rompu se prolonge et s’incarne dans le partage des talents et des biens, sous peine d’être réduite à une pieuse dévotion qui ne serait plus qu’un semblant de foi. Et c’est encore la Parole, entendue et accueillie, qui inspire la véritable prière où la contemplation et l’action sont unies « pour le meilleur et pour le pire ».
C’est toujours aux quatre piliers et aux quatre fidélités que reviennent les prophètes, les réformateurs et les fondateurs, quand ils veulent rendre à l’Eglise familiale, paroissiale, locale ou universelle, son véritable visage et la puissance de son rayonnement. Tout grand progrès, a-t-on dit, « est dû à l’utopie réalisée ».

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 – 2008

BENOÎT XVI – OCTAVE DE PÂQUES (2011)

18 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110427.html

BENOÎT XVI – OCTAVE DE PÂQUES (2011)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 27 avril 2011

Chers frères et sœurs,

En ces premiers jours du Temps de Pâques, qui se prolonge jusqu’à la Pentecôte , nous sommes encore emplis de la fraîcheur et de la joie nouvelle que les célébrations liturgiques ont portées dans nos cœurs. Par conséquent, je voudrais aujourd’hui réfléchir avec vous brièvement sur la Pâque , cœur du mystère chrétien. Tout, en effet, part de là: le Christ ressuscité d’entre les morts est le fondement de notre foi. A partir de la Pâque rayonne, comme d’un centre lumineux, incandescent, toute la liturgie de l’Eglise, tirant d’elle son contenu et sa signification. La célébration liturgique de la mort et de la résurrection du Christ n’est pas une simple commémoration de cet événement, mais elle est son actualisation dans le mystère, pour la vie de chaque chrétien et de toute communauté ecclésiale, pour notre vie. En effet, la foi dans le Christ ressuscité transforme l’existence, en opérant en nous une résurrection continuelle, comme l’écrivait saint Paul aux premiers croyants: «Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur; conduisez-vous en enfants de lumière; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité» (Ep 5, 8-9).
Comment pouvons-nous alors faire devenir «vie» la Pâque ? Comment toute notre existence intérieure et extérieure peut-elle assumer une «forme» pascale? Nous devons partir de la compréhension authentique de la résurrection de Jésus: un tel événement n’est pas un simple retour à la vie précédente, comme il le fut pour Lazare, pour la fille de Jaïre ou pour le jeune de Naïm, mais c’est quelque chose de complètement nouveau et différent. La résurrection du Christ est l’accès vers une vie non plus soumise à la caducité du temps, une vie plongée dans l’éternité de Dieu. Dans la résurrection de Jésus commence une nouvelle condition du fait d’être hommes, qui éclaire et transforme notre chemin de chaque jour et ouvre un avenir qualitativement différent et nouveau pour toute l’humanité. C’est pourquoi saint Paul non seulement relie de manière inséparable la résurrection des chrétiens à celle de Jésus (cf. 1 Co 15, 16.20), mais il indique également comment on doit vivre le mystère pascal dans le quotidien de notre vie.
Dans la Lettre aux Colossiens, il dit: «Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre» (3, 1-2). A première vue, en lisant ce texte, il pourrait sembler que l’Apôtre entend favoriser le mépris des réalités terrestres, en invitant alors à oublier ce monde de souffrances, d’injustices, de péchés, pour vivre à l’avance dans un paradis céleste. La pensée du «ciel» serait dans ce cas une sorte d’aliénation. Mais pour saisir le véritable sens de ces affirmations pauliniennes, il suffit de ne pas les séparer de leur contexte. L’Apôtre précise très bien ce qu’il entend par «les choses d’en haut», que le chrétien doit rechercher, et «les choses de la terre», dont il doit se garder. Voilà tout d’abord les «choses de la terre» qu’il faut éviter: «Mortifiez donc — écrit saint Paul — vos membres terrestres: fornication, impureté, passion coupable, mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie» (3,5-6). Mortifier en nous le désir insatiable de biens matériels, l’égoïsme, racine de tout péché. Donc, lorsque l’Apôtre invite les chrétiens à se détacher avec décision des «choses de la terre», il veut clairement faire comprendre ce qui appartient au «vieil homme» dont le chrétien doit se dépouiller, pour se revêtir du Christ.
De même qu’il a énoncé clairement les choses sur lesquelles il ne faut pas fixer son cœur, saint Paul nous indique tout aussi clairement quelles sont les «choses d’en haut» que le chrétien doit en revanche rechercher et goûter. Elles concernent ce qui appartient à l’«homme nouveau», qui s’est revêtu du Christ une fois pour toutes dans le baptême, mais qui a toujours besoin de se renouveler «à l’image de son Créateur» (Col 3, 10). Voilà comment l’Apôtre des Nations décrit ces «choses d’en haut»: «Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement [...] Et puis, par dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection» (Col 3, 12-14). Saint Paul est donc bien loin d’inviter les chrétiens, chacun de nous, à fuir le monde dans lequel Dieu nous a placés. Il est vrai que nous sommes citoyens d’une autre «cité» dans laquelle se trouve notre véritable patrie, mais nous devons parcourir chaque jour sur terre le chemin vers cet objectif. En participant dès à présent à la vie du Christ ressuscité, nous devons vivre en tant qu’hommes nouveaux dans ce monde, au cœur de la cité terrestre.
Et cela est le chemin non seulement pour nous transformer nous-mêmes, mais pour donner à la cité terrestre un visage nouveau qui favorise le développement de l’homme et de la société selon la logique de la solidarité, de la bonté, dans le respect profond de la dignité propre de chacun. L’Apôtre nous rappelle quelles sont les vertus qui doivent accompagner la vie chrétienne; au sommet, il y a la charité, à laquelle toutes les autres sont liées comme à la source et à la matrice. Elle résume et englobe «les choses du ciel»: la charité qui, avec la foi et l’espérance, représente la grande règle de vie du chrétien et en définit la nature profonde.
La Pâque apporte donc la nouveauté d’un passage profond et total d’une vie soumise à l’esclavage du péché à une vie de liberté, animée par l’amour, force qui abat toutes les barrières et construit une nouvelle harmonie dans son cœur et dans le rapport avec les autres et avec les choses. Chaque chrétien, de même que chaque communauté, s’il vit l’expérience de ce passage de résurrection, ne peut manquer d’être un ferment nouveau dans le monde, en se donnant sans réserve pour les causes les plus urgentes et les plus justes, comme le démontrent les témoignages des saints à toute époque et en tout lieu. Les attentes de notre temps sont nombreuses également: nous, chrétiens, en croyant fermement que la résurrection du Christ a renouvelé l’homme sans l’exclure du monde dans lequel il construit son histoire, nous devons être les témoins lumineux de cette vie nouvelle que la Pâque nous a apportée. La Pâque est donc un don à accueillir toujours plus profondément dans la foi, pour pouvoir œuvrer dans toutes les situations, avec la grâce du Christ, selon la logique de Dieu, la logique de l’amour. La lumière de la résurrection du Christ doit pénétrer dans notre monde, doit parvenir comme message de vérité et de vie à tous les hommes à travers notre témoignage quotidien.
Chers amis, Oui, le Christ est vraiment ressuscité! Nous ne pouvons pas garder uniquement pour nous la vie et la joie qu’Il nous a données dans sa Pâque, mais nous devons les donner à ceux que nous approchons. Tel est notre devoir et notre mission: faire renaître dans le cœur du prochain l’espérance là où il y a le désespoir, la joie là où il y a la tristesse, la vie là où il y a la mort. Témoigner chaque jour de la joie du Seigneur ressuscité signifie vivre toujours de «façon pascale» et faire retentir l’annonce joyeuse que le Christ n’est pas une idée ou un souvenir du passé, mais une Personne qui vit avec nous, pour nous et en nous, et avec Lui, pour Lui et en Lui, nous pouvons faire l’univers nouveau (cf. Ap 21, 5).

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT – EVANGILE – SELON SAINT JEAN 20 , 1 – 9

17 avril, 2017

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/437669-commentaires-du-dimanche-16-avril/

COMMENTAIRES DE MARIE-NOËLLE THABUT – EVANGILE – SELON SAINT JEAN 20 , 1 – 9

dimanche 16 avril 2017

EVANGILE – selon saint Jean 20 , 1 – 9

1 Le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine se rend au tombeau
de grand matin ; c’était encore les ténèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
celui que Jésus aimait,
et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau
et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
3 Pierre partit donc avec l’autre disciple
pour se rendre au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau.
5 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
cependant il n’entre pas.
6 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges posés à plat,
7 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
8 C’est alors qu’entra l’autre disciple,
lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut.
9 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
que, selon l’Ecriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Jean note qu’il faisait encore sombre : la lumière de la Résurrection a troué la nuit ; on pense évidemment au Prologue du même évangile de Jean : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » au double sens du mot « saisir », qui signifie à la fois « comprendre » et « arrêter » ; les ténèbres n’ont pas compris la lumière, parce que, comme dit Jésus également chez Saint Jean « le monde est incapable d’accueillir l’Esprit de vérité » (Jn 14, 17) ; ou encore : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière » (Jn 3, 19) ; mais, malgré tout, les ténèbres ne pourront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller ; c’est toujours Saint Jean qui nous rapporte la phrase qui dit la victoire du Christ : « Soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).
Donc, « alors qu’il fait encore sombre », Marie de Magdala voit que la pierre a été enlevée du tombeau ; elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, (on suppose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. » Evidemment, les deux disciples se précipitent ; vous avez remarqué la déférence de Jean à l’égard de Pierre ; Jean court plus vite, il est plus jeune, probablement, mais il laisse Pierre entrer le premier dans le tombeau.
« Pierre entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. » Leur découverte se résume à cela : le tombeau vide et les linges restés sur place ; mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Pour Saint Jean, ces linges sont des pièces à conviction : ils prouvent la Résurrection ; au moment même de l’exécution du Christ, et encore bien longtemps après, les adversaires des Chrétiens ont répandu le bruit que les disciples de Jésus avaient tout simplement subtilisé son corps. Saint Jean répond : « Si on avait pris le corps, on aurait pris les linges aussi ! Et s’il était encore mort, s’il s’agissait d’un cadavre, on n’aurait évidemment pas enlevé les linges qui le recouvraient. »
Ces linges sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié ; son corps était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité ; Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré ; son corps ressuscité ne connaît plus d’entrave.
La dernière phrase est un peu étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
Jean a déjà noté à plusieurs reprises dans son évangile qu’il a fallu attendre la Résurrection pour que les disciples comprennent le mystère du Christ, ses paroles et son comportement. Au moment de la Purification du Temple, lorsque Jésus avait fait un véritable scandale en chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, l’évangile de Jean dit : « Lorsque Jésus se leva d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait parlé ainsi, et ils crurent à l’Ecriture ainsi qu’à la parole qu’il avait dite. » (Jn 2, 22). Même chose lors de son entrée triomphale à Jérusalem, Jean note : « Au premier moment, ses disciples ne comprirent pas ce qui arrivait, mais lorsque Jésus eut été glorifié, ils se souvinrent que cela avait été écrit à son sujet. » (Jn 12, 16).
Mais soyons francs : vous ne trouverez nulle part dans toute l’Ecriture une phrase pour dire que le Messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Ecriture revenait tout d’un coup à leur mémoire ; mais, tout d’un coup, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit Saint Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Ecritures ».
« Il vit et il crut. Jusque là, les disciples n’avaient pas vu que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts… » C’est parce que Jean a cru que l’Ecriture s’est éclairée pour lui : jusqu’ici combien de choses de l’Ecriture lui étaient demeurées obscures ; mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hésiter, alors tout devient clair : il relit l’Ecriture autrement et elle lui devient lumineuse. L’expression « il fallait » dit cette évidence. Comme disait Saint Anselme, il ne faut pas comprendre pour croire, il faut croire pour comprendre.
A notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la Résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la Résurrection : la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant !
———————————–
Compléments
– Jusqu’à cette expérience du tombeau vide, les disciples ne s’attendaient pas à la Résurrection de Jésus. Ils l’avaient vu mort, tout était donc fini… et, pourtant, ils ont quand même trouvé la force de courir jusqu’au tombeau… A nous désormais de trouver la force de lire dans nos vies et dans la vie du monde tous les signes de la Résurrection. L’Esprit nous a été donné pour cela. Désormais, chaque « premier jour de la semaine », nous courons, avec nos frères, à la rencontre mystérieuse du Ressuscité.
– C’est Marie-Madeleine qui a assisté la première à l’aube de l’humanité nouvelle ! Marie de Magdala, celle qui avait été délivrée de sept démons… elle est l’image de l’humanité tout entière qui découvre son Sauveur. Mais, visiblement, elle n’a pas compris tout de suite ce qui se passait : là aussi, elle est bien l’image de l’humanité !
Et, bien qu’elle n’ait pas tout compris, elle est quand même partie annoncer la nouvelle aux apôtres et c’est parce qu’elle a osé le faire, que Pierre et Jean ont couru vers le tombeau et que leurs yeux se sont ouverts. A notre tour, n’attendons pas d’avoir tout compris pour oser inviter le monde à la rencontre du Christ ressuscité.

VEILLÉE PASCALE EN LA NUIT SAINTE 2017- HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

16 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2017/documents/papa-francesco_20170415_omelia-veglia-pasquale.html

VEILLÉE PASCALE EN LA NUIT SAINTE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique vaticane

Samedi saint, 15 avril 2017

« Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre » (Mt 28, 1). Nous pouvons imaginer ces pas… : le pas typique de celui qui va au cimetière, un pas fatigué de confusion, un pas affaibli de celui qui ne se convainc pas que tout soit fini de cette manière… Nous pouvons imaginer leurs visages pâles, baignés de larmes… Et la question : comment est-ce possible que l’Amour soit mort ?
À la différence des disciples, elles sont là – comme elles ont accompagné le dernier soupir du Maître sur la croix et puis Joseph d’Arimathie pour lui donner une sépulture – ; deux femmes capables de ne pas fuir, capables de résister, d’affronter la vie telle qu’elle se présente et de supporter la saveur amère des injustices. Et les voici, devant le sépulcre, entre la douleur et l’incapacité de se résigner, d’accepter que tout doive finir ainsi pour toujours.
Et si nous faisons un effort d’imagination, dans le visage de ces femmes, nous pouvons trouver les visages de nombreuses mères et grand-mères, le visage d’enfants et de jeunes qui supportent le poids et la douleur de tant d’injustices si inhumaines. Nous voyons reflétés en eux les visages de ceux qui, marchant par la ville, sentent la douleur de la misère, la douleur de l’exploitation et de la traite. En eux, nous voyons aussi les visages de ceux qui font l’expérience du mépris, parce qu’ils sont immigrés, orphelins de patrie, de maison, de famille ; les visages de ceux dont le regard révèle solitude et abandon, parce qu’ils ont les mains trop rugueuses. Elles reflètent le visage de femmes, de mères qui pleurent en voyant que la vie de leurs enfants reste ensevelie sous le poids de la corruption qui prive de droits et brise de nombreuses aspirations, sous l’égoïsme quotidien qui crucifie et ensevelit l’espérance de beaucoup, sous la bureaucratie paralysante et stérile qui ne permet pas que les choses changent. Dans leur douleur, elles ont le visage de tous ceux qui, en marchant par la ville, voient leur dignité crucifiée.
Dans le visage de ces femmes, il y a de nombreux visages, peut-être trouvons-nous ton visage et le mien. Comme elles, nous pouvons nous sentir poussés à marcher, à ne pas nous résigner au fait que les choses doivent finir ainsi. Certes, nous portons en nous une promesse et la certitude de la fidélité de Dieu. Mais aussi nos visages parlent de blessures, parlent de nombreuses infidélités – les nôtres et celles des autres – parlent de tentatives et de batailles perdues. Notre cœur sait que les choses peuvent être autres, mais sans nous en rendre compte, nous pouvons nous habituer à cohabiter avec le sépulcre, à cohabiter avec la frustration. De plus, nous pouvons arriver à nous convaincre que c’est la loi de la vie, en nous anesthésiant grâce à des évasions qui ne font rien d’autre qu’éteindre l’espérance mise par Dieu dans nos mains. Ainsi sont, tant de fois, nos pas, ainsi est notre marche, comme celle de ces femmes, une marche entre le désir de Dieu et une triste résignation. Ce n’est pas uniquement le Maître qui meurt : avec lui meurt notre espérance.
« Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre » (Mt 28, 2). Subitement, ces femmes ont reçu une forte secousse, quelque chose et quelqu’un a fait trembler la terre sous leurs pieds. Quelqu’un, encore une fois, est venu à leur rencontre pour leur dire : ‘‘N’ayez pas peur’’, mais cette fois-ci en ajoutant : ‘‘Il est ressuscité comme il l’avait dit’’. Et voici l’annonce dont, de génération en génération, cette Nuit nous fait le don : N’ayons pas peur, frères, il est ressuscité comme il avait dit ! La vie arrachée, détruite, annihilée sur la croix s’est réveillée et arrive à frémir de nouveau (Cf. R. Guardini, Il Signore, Milano, 1984, p. 501). Le fait que le Ressuscité frémit s’offre à nous comme un don, comme un cadeau, comme un horizon. Le fait que le Ressuscité frémit est ce qui nous est donné et qu’il nous est demandé de donner à notre tour comme force transformatrice, comme ferment d’une nouvelle humanité. Par la Résurrection, le Christ n’a pas seulement ôté la pierre du sépulcre, mais il veut aussi faire sauter toutes les barrières qui nous enferment dans nos pessimismes stériles, dans nos mondes de calculs conceptuels qui nous éloignent de la vie, dans nos recherches obsessionnelles de sécurité et dans les ambitions démesurées capables de jouer avec la dignité des autres.
Lorsque le Grand Prêtre, les chefs religieux en complicité avec les romains avaient cru pouvoir tout calculer, lorsqu’ils avaient cru que le dernier mot était dit et qu’il leur revenait de le déterminer, Dieu fait irruption pour bouleverser tous les critères et offrir ainsi une nouvelle possibilité. Dieu, encore une fois, vient à notre rencontre pour établir et consolider un temps nouveau, le temps de la miséricorde. C’est la promesse faite depuis toujours, c’est la surprise de Dieu pour son peuple fidèle : réjouis-toi, car ta vie cache un germe de résurrection, un don de vie qui attend d’être réveillé.
Et voici ce que cette nuit nous appelle à annoncer : le frémissement du Ressuscité, Christ est vivant ! Et c’est ce qui a changé le pas de Marie Madeleine et de l’autre Marie : c’est ce qui les fait repartir en hâte et les fait courir pour apporter la nouvelle (cf. Mt 28, 8) ; c’est ce qui les fait revenir sur leurs pas et sur leurs regards ; elles retournent en ville pour rencontrer les autres.
Comme avec elles, nous sommes entrés dans le sépulcre, ainsi avec elles, je vous invite à aller, à revenir en ville, à revenir sur nos propres pas, sur nos regards. Allons avec elles annoncer la nouvelle, allons… Partout où il semble que le tombeau a eu le dernier mot et où il semble que la mort a été l’unique solution. Allons annoncer, partager, révéler que c’est vrai : le Seigneur est vivant. Il est vivant et veut ressusciter dans beaucoup de visages qui ont enseveli l’espérance, ont enseveli les rêves, ont enseveli la dignité. Et si nous ne sommes pas capables de laisser l’Esprit nous conduire par ce chemin, alors nous ne sommes pas chrétiens.
Allons et laissons-nous surprendre par cette aube différente, laissons-nous surprendre par la nouveauté que seul le Christ peut offrir. Laissons sa tendresse et son amour guider nos pas, laissons le battement de son cœur transformer notre faible frémissement.

 

BENOÎT XVI – L’OCTAVE DE PÂQUES

29 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070411.html

BENOÎT XVI – L’OCTAVE DE PÂQUES

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 11 avril 2007

Chers frères et sœurs!

Nous nous retrouvons aujourd’hui, après les célébrations solennelles de la Pâque, pour la rencontre habituelle du mercredi, et mon désir est tout d’abord de renouveler à chacun de vous mes vœux les plus fervents. Je vous remercie de votre présence si nombreuse et je rends grâce au Seigneur pour le beau soleil qu’il nous donne aujourd’hui. Au cours de la Veillée pascale, l’annonce suivante a retenti:  « Le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia! ». A présent, c’est lui-même qui nous parle:  « Je ne mourrai pas – proclame-t-il – je resterai en vie ». Il dit aux pécheurs:  « Recevez la rémission des péchés. En effet, c’est moi qui suis votre rémission ». Enfin, il répète à tous:  « Je suis la Pâque du salut, l’Agneau immolé pour vous, moi votre rachat, moi votre vie, moi votre résurrection, moi votre lumière, moi votre salut, moi votre roi. Moi, je vous montrerai le Père ». Ainsi s’exprime un écrivain du II siècle, Méliton de Sardes, en interprétant avec réalisme les paroles et la pensée du Ressuscité (Méliton de Sardes, Sur la Pâque, 102-103). Au cours de ces journées, la liturgie rappelle plusieurs rencontres que Jésus eut après sa résurrection:  avec Marie-Madeleine et les autres femmes qui étaient allées au sépulcre de bon matin, le jour suivant le samedi; avec les Apôtres réunis incrédules au Cénacle; avec Thomas et les autres disciples. Ces diverses apparitions constituent également pour nous une invitation à approfondir le message fondamental de la Pâque. Elles nous incitent à reparcourir l’itinéraire spirituel de ceux qui ont rencontré le Christ et qui l’ont reconnu lors des premiers jours après les événements pascals. L’évangéliste Jean rapporte que Pierre et lui-même, ayant entendu la nouvelle annoncée par Marie-Madeleine, étaient accourus, presque en compétition, vers le sépulcre (cf. Jn 20, 3sq). Les Pères de l’Eglise ont vu dans leur hâte à se presser vers la tombe vide une exhortation à l’unique compétition légitime entre les croyants:  la compétition dans la recherche du Christ. Et que dire de Marie-Madeleine? En pleurs, elle reste à côté de la tombe vide avec l’unique désir de savoir où l’on a emporté son Maître. Elle le retrouve et le reconnaît lorsqu’Il l’appelle par son nom (cf. Jn 20, 11-18). Nous aussi, si nous cherchons le Seigneur avec une âme simple et sincère, nous le rencontrerons, ce sera même Lui qui viendra à notre rencontre; il se fera reconnaître, il nous appellera par notre nom, c’est-à-dire qu’il nous fera entrer dans l’intimité de son amour. Aujourd’hui, Mercredi de l’Octave de Pâques, la liturgie nous fait méditer sur une aure rencontre singulière du Ressuscité, celle avec les deux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Alors qu’ils rentraient chez eux, inconsolables, le Seigneur se mit en marche avec eux sans qu’ils le reconnaissent. Ses paroles, commentant les Ecritures qui le concernaient, rendirent ardents le cœur des deux disciples qui, parvenus à destination, lui demandèrent de rester avec eux. A la fin, lorsqu’Il « prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna » (v. 30), leurs yeux s’ouvrirent. Mais à cet instant même, Jésus disparut de leur vue. Ils le reconnurent donc lorsqu’il disparut. Commentant cet épisode évangélique, saint Augustin observe:  « Jésus partage le pain, ils le reconnaissent. Alors, ne disons plus que nous ne connaissons pas le Christ ! Si nous croyons, nous le connaissons! Mieux encore, si nous croyons, nous l’avons! Ils avaient le Christ à leur table, nous l’avons dans notre âme! ». Et il conclut:  « Avoir le Christ dans son cœur représente beaucoup plus que l’avoir dans sa propre demeure:  en effet, notre cœur est plus proche de nous-mêmes que notre maison » (Discours 232, VII, 7). Cherchons vraiment à porter Jésus dans notre cœur. Dans le prologue des Actes des Apôtres, saint Luc affirme que le Seigneur ressuscité « c’est à eux [les apôtres] qu’il s’était montré vivant après sa Passion:  il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu » (1, 3). Il faut bien comprendre:  lorsque l’auteur saint dit « qu’il s’était montré vivant » cela ne veut pas dire que Jésus était revenu à la vie d’avant, comme Lazare. La Pâque que nous célébrons, observe saint Bernard, signifie « passage » et non « retour », car Jésus n’est pas revenu dans la situation précédente, mais « il a franchi une frontière vers une condition plus glorieuse », nouvelle et définitive. C’est pourquoi, il ajoute, « à présent, le Christ est vraiment passé à une vie nouvelle » (cf. Discours sur la Pâque). Le Seigneur avait dit à Marie-Madeleine:  « Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père » (Jn 20, 17). C’est une expression, qui nous surprend, surtout si on la compare avec ce qui se passe, en revanche, avec Thomas l’incrédule. Là, au Cénacle, ce fut le Ressuscité lui-même qui présenta ses mains et son côté à l’Apôtre pour qu’il les touche et en tire la certitude que c’était vraiment Lui (cf. Jn 20, 27). En réalité, les deux épisodes ne sont pas en opposition; au contraire, l’un aide à comprendre l’autre. Marie-Madeleine voudrait à nouveau avoir son Maître comme avant, considérant la croix comme un souvenir dramatique à oublier. Mais désormais il n’y a plus de place pour une relation avec le Ressuscité qui soit purement humaine. Pour le rencontrer il ne faut pas revenir en arrière, mais se mettre d’une nouvelle façon en relation avec Lui:  il faut aller de l’avant! C’est ce que souligne saint Bernard:  Jésus « nous invite tous à cette vie nouvelle, à ce passage… Nous ne verrons pas le Christ en nous tournant en arrière » (Discours sur la Pâque). C’est ce qui s’est passé pour Thomas. Jésus lui montre ses blessures non pour oublier la croix, mais pour la rendre inoubliable également à l’avenir. En effet, c’est vers l’avenir que le regard est désormais tourné. Le devoir du disciple est de témoigner de la mort et de la résurrection de son Maître et de sa vie nouvelle. C’est pourquoi Jésus invite son ami incrédule à « le toucher »:  il veut en faire un témoin direct de sa résurrection. Chers frères et sœurs, nous aussi, comme Marie Madeleine, Thomas et les autres apôtres, nous sommes appelés à être des témoins de la mort et de la résurrection du Christ. Nous ne pouvons pas garder la grande nouvelle pour nous. Nous devons l’apporter au monde entier:  « Nous avons vu le Seigneur! » (Jn 20, 25). Que la Vierge Marie nous aide à goûter pleinement la joie pascale, pour que, soutenus par la force de l’Esprit Saint, nous devenions capables de la diffuser à notre tour partout où nous vivons et nous œuvrons. Encore une fois, Bonne Pâques à vous tous!

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