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L’HEURE ET LA GLOIRE

5 juillet, 2018

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ancienne horloge à Prague

L’HEURE ET LA GLOIRE

Théologie

Approfondir

Le terme  » heure  » est employé vingt-six fois dans le Quatrième évangile. Il exprime quelquefois l’heure que l’on peut mesurer chronologiquement : ainsi il y a douze heures dans la journée (11,9) ; les premiers disciples rencontrent Jésus à la dixième heure (1,39), la Samaritaine va puiser de l’eau à la sixième heure (4,6), le fils du fonctionnaire royal est guéri à la septième heure (4,52), etc. Les dimensions symbolique ou métaphorique de ces références ne sont pas absentes, mais l’usage premier reste celui d’un horaire de la journée.

L’Heure
Cependant, l’évangéliste utilise le plus souvent le mot  » heure  » pour indiquer un temps qu’une horloge ne pourrait pas mesurer. La plupart des traductions l’écrivent alors avec une majuscule. Cette Heure fait référence au moment de l’accomplissement du projet de salut de Dieu et, pour le Quatrième évangile, ce temps de Dieu se réalise à la crucifixion. C’est l’Heure du retour de Jésus vers le Père (13,1), donc celui de l’élévation (3,14 ; 12,32-33).
Dans le Livre des signes, ce terme apparaît déjà aux noces de Cana, quand Jésus dit à sa mère que son Heure n’est pas encore arrivée (2,4). Bien des éléments de ce texte (Jn 2,1-12) préparent le moment  » crucial  » où l’Heure sera là, l’heure paradoxale de la gloire sur la croix (Jn 19,25-27.34). Dans les deux épisodes, La mère de Jésus est présente, et nous pouvons rapprocher l’eau transformée en vin du sang et de l’eau qui sortent du côté du crucifié. Cela nous aide à comprendre la croix comme l’Heure où le sang versé est le bon vin donné en abondance.
Alors que Jésus est à Jérusalem, on ne réussit pas à l’arrêter, tant que son Heure n’est pas encore arrivée (7,30, voir aussi 8,20). Mais quand les Grecs demandent à Philippe de voir Jésus, celui-ci répond que l’Heure est là (12,23), qu’il veut la vivre, car il est venu pour cette Heure (12,27).
Dans le discours après la Cène, cependant, l’Heure ne fait pas seulement référence à la mort de Jésus sur la croix mais aux persécutions que subiront les disciples et à leur mort (16,2.4). Elle est mise en relation avec l’enfantement et permet de parler de la mort sur la croix comme d’un accouchement douloureux précédent la joie de la naissance (16,21). Elle est le temps où Jésus ne parlera plus du Père à ses disciples par comparaisons, mais ouvertement. Elle est malheureusement marquée par l’abandon des disciples (16,32). Toutefois, Jésus ne sera pas seul. Le Père est avec lui. Jésus prie donc son Père en reconnaissant que l’Heure est venue (17,1). C’est finalement à partir de cette Heure (dans les deux sens du terme) que le Disciple aimé reçoit la mère de Jésus comme sa propre mère (19,27).

La gloire
On peut également donner à la deuxième partie de l’évangile le titre de  » Livre de la gloire « , car l’Heure est le moment de la  » glorification  » (12,23).
Dans la Bible, la gloire est un attribut de Dieu. Elle se manifeste dans la nuée, le feu et la lumière (Ex 24,15-16 ; Ez 1,28). Elle remplit la terre (Is 6,3 ; Ps 108,2) et se trouve associée avec la sainteté et les œuvres du Seigneur (Ex 14,21-22 ; Is 6,3 ; Ps 19,2) qui rend justice et donne le salut (Ez 39,21 ; Ps 79,9).
Le terme  » gloire  » et le verbe  » glorifier  » sont employés plus d’une trentaine de fois dans le Quatrième évangile. Celui-ci affirme, dès le Prologue, que la gloire de Dieu est visible dans le Logos incarné (Jn 1,14). C’est donc bien de Dieu et non des hommes que Jésus reçoit la gloire. Il l’affirme lui-même (5,41) et accuse ses interlocuteurs de rechercher une gloire humaine au lieu de recevoir celle de Dieu (5,44).
La gloire de Dieu n’est pas une question de solennité, d’honneurs et d’admiration. La gloire vient de Dieu lui-même, et elle se communique par son amour. Ainsi l’amour du Père pour le Fils attribue à ce dernier la gloire du Père (Jn 17,24). Quand, dans sa prière, Jésus demande au Père de le glorifier, il parle aussi de glorifier le Père (17,1.4.5) et témoigne de cette façon d’un don réciproque ou amour mutuel. Mais l’amour du Père et du Fils ne les replie pas sur eux-mêmes, il se traduit par le don de la gloire aux disciples de telle façon que ceux-ci pourront entrer dans l’amour et la communion du Père et du Fils (17,22).
Par le signe de Cana, Jésus manifeste sa gloire et amène les disciples à croire en lui (Jn 2,11). Mais le vin abondant des noces oriente le lecteur vers la croix où s’exprime la plénitude de l’amour manifesté par Jésus aux siens (Jn 13,1) et se révèle comme le lieu de la glorification. La mort au Golgotha n’est donc pas un échec. De fait, au moment où Judas sort pour aller livrer son maître, Jésus ne parle pas de malheur, mais de gloire :  » Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ; si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire  » (Jn 13,31-32).
L’évangile se termine sur les bords du lac de Galilée (Jn 21), mais cet épisode ne met pas un point final à la Bonne Nouvelle. Le Ressuscité, en effet, indique à Pierre qu’il pourra à son tour glorifier Dieu. Il l’invite par un solennel  » Suis-moi  » (Jn 21,19) à marcher sur ses traces jusqu’à la mort que le disciple pourra vivre comme glorification.

Bernadette Escaffre, SBEV / Éd. du Cerf,Cahier Évangile n° 146 (décembre 2008) « Évangile de J.-C. selon St Jean. 2 – Le Livre de l’Heure (Jn 13–21) », pages 4-6.

QUAND DIEU NE RÉPOND PAS. UNE RÉFLEXION BIBLIQUE SUR LE SILENCE DE DIEU (Recension)

25 juin, 2018

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crucifix en bois, Santa Croce sull’Arno

QUAND DIEU NE RÉPOND PAS. UNE RÉFLEXION BIBLIQUE SUR LE SILENCE DE DIEU (Recension)

Approfondir
Recension du livre de Pierre Coulange : « Quand Dieu ne répond pas. Une réflexion biblique sur le silence de Dieu », par Roselyne Dupont-Roc.

Pierre Coulange
Quand Dieu ne répond pas. Une réflexion biblique sur le silence de Dieu
« Lire la Bible » 182, Éd. du Cerf, Paris, 2013, 238 p.,

Membre de Notre-Dame-de-Vie (Vénasque), le théologien Pierre Coulange (P.C.) aborde ici un thème difficile entre tous : le silence de Dieu. Un silence qui fait naître chez le croyant le doute et même la révolte, une absence qui nourrit bien des athéismes. P.C. l’aborde délibérément en bibliste, mais il propose d’abord un état de la question dans la philosophie et la littérature contemporaine. En quelques paragraphes rapides et clairs, il balaie le paysage qui va de Dostoïevski à Camus, Sartre et Comte-Sponville : le silence de Dieu devant l’excès de la souffrance et du mal met en cause radicalement l’existence d’un Dieu d’amour. La grande critique de Hans Jonas est rappelée : après Auschwitz, il faut renoncer à l’un des attributs de Dieu, sa toute-puissance ; sa bonté et son intelligibilité deviennent impossibles à tenir ensemble. Il faut admettre un Dieu impuissant ou énigmatique, un Dieu qui s’est retiré pour laisser place à l’homme. En face de ce constat, P.C. pose aussitôt les éléments de sa propre thèse, le fil rouge qui traversera tout son travail : et si le silence de Dieu était aussi le lieu de sa révélation ? Était aussi une expression de sa Parole pour l’homme ? S’il nous revenait de le dépasser et de l’entendre ?
Autrement dit, le silence ne dit pas l’absence ou l’inexistence ; telle est d’ailleurs la problématique biblique, où le silence de Dieu, toujours, est en attente d’interprétation. P.C. interroge alors les différentes approches que la Bible parcourt : le « Dieu qui se cache » (Is 45), attribut du Dieu lui-même inaccessible, échappant toujours à notre compréhension ; le silence de transcendance qui appelle à discerner Dieu dans l’ordre de la création où la Sagesse vient à la rencontre des hommes ; le silence de l’incomparable grandeur qui convoque l’homme à la contemplation. Mais aussi le silence de Dieu, douloureux, inexplicable, au cœur du drame et de la souffrance. Au-delà du livre de Job, c’est le cri – sans réponse aucune – du livre des Lamentations : « Toute la force du livre est dans cette honnêteté brutale concernant la voix manquante » (p. 90). Mais c’est aussi la fuite et le silence du bien-aimé dans le Cantique qui aiguisent le désir et la quête éperdue de l’épouse. C’est l’expérience collective, dramatique, d’Israël en exil. Enfin, le silence qui révèle la providence attentive et discrète de Dieu, et ne se découvre qu’au terme d’une longue aventure humaine, celle de Ruth ou celle de Jacob : « Le Seigneur était là et je ne le savais pas » (Gn 28,16). Jésus, à son tour, saura garder le silence pour que la foi creuse son chemin. Le livre s’achève, comme on s’y attendait, sur le silence de Dieu devant la mort de Jésus en croix, le cri angoissé du Fils auquel répond la douleur silencieuse du Père.
Nécessairement rapides, les analyses des très nombreux textes que P.C. traverse sont documentées et pertinentes, et présentent des ouvertures originales ; il dialogue avec plusieurs exégètes et spécialistes contemporains, sans oublier les lectures de certains Pères de l’Église ou des grands mystiques (Jean de la Croix, Thérèse d’Avila), et jusqu’aux théologiens, Hans Urs von Balthasar et Joseph Ratzinger (cités sans être discutés). D’un bout à l’autre, la thèse est mise à l’épreuve : le silence est inhérent à l’expérience de Dieu, Dieu qui agit dans le secret, aiguise le désir, affine le regard, laisse advenir la liberté de chaque homme. Car le caractère caché de Dieu (Deus absconditus) fait partie de sa transcendance et requiert de la part de l’homme le cheminement de la foi et le respect du mystère.
Il n’est pas certain que le livre nous convainque jusqu’au bout. Mais s’agit-il de convaincre ? Ou plutôt d’inciter chacun à reprendre le texte biblique pour y suivre à la trace la présence cachée de Dieu qui se dit au cœur dans « une voix de fin silence », et ne répond, peut-être, qu’au-delà du désert et de la mort ?

Roselyne Dupont-Roc

« JE SUIS UN DIEU JALOUX… « 

4 mai, 2016

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« JE SUIS UN DIEU JALOUX… « 

Théologie   « Yahvé est un Dieu jaloux »…  « Tu ne prosterneras pas devant un autre dieu, / car Yhwh, Jaloux est son Nom. Il est un Dieu jaloux » (Ex 34,14). Cette formulation abrupte du premier commandement se situe à l’intérieur du petit ensemble législatif (Ex 34,11-26) intégré au récit du renouvellement d’alliance (Ex 34,10-28), de rédaction deutéronomiste, qui suit la trahison du veau d’or et la rupture d’alliance symbolisée par le bris des tables. Ex 34,14 fait partie de « ces paroles sur la base desquelles l’alliance est à nouveau conclue » (Ex 34,27). La formulation de cet interdit est incisive, comme le montre la disposition en chiasme (abcb’a') :

Yhwh (a)  / Jaloux (b)  / est son Nom (c) / un Dieu jaloux (b’) / Lui (a’) Les parties externes (a et a’) se correspondent (« Yhwh », « Lui »), ainsi que les parties médianes (b et b’) avec la reprise du mot « jaloux ». Au centre : le terme « Nom ». Ce chiasme s’accompagne de trois procédés rhétoriques qui ne sont pas sans portée théologique : d’abord la mise en relief du nom de Yhwh par le biais d’un casus pendens ; ensuite l’inversion à l’intérieur de la première proposition : le prédicat « jaloux » placé avant le sujet, « le nom » ; enfin la correspondance entre Yhwh et « Lui ». Cette écriture soignée dit assez l’importance que le rédacteur veut donner à cette déclaration divine. Arrêtons-nous d’abord au casus pendens : placé en tête, le nom divin Yhwh n’a pas de fonction grammaticale dans la phrase. Cette donnée est associée au fait que dans la première proposition, le prédicat est placé avant le sujet et qu’ainsi le terme « Nom » se trouve au milieu de la formulation. Or, dans la Bible, le Nom renvoie à la réalité de l’être même de Dieu. Il faut en conclure que le propre de Dieu est d’être » jaloux », ce que confirme la seconde proposition. La correspondance entre Yhwh et le pronom « Lui » souligne avec force cette conclusion : non seulement Yhwh s’appelle « Jaloux », mais il est réellement un Dieu jaloux. Comme, en même temps, le Nom dit la présence pour la rencontre, la déclaration divine d’Ex 34,14b retentit comme un avertissement solennel, voire comme une menace. Dans le premier commandement du décalogue, Yhwh disait déjà : « Moi, Yhwh ton Dieu, je suis un Dieu jaloux » (Dt 5,9 ; Ex 20,5). Ex 34,14 renchérit sur cette déclaration déjà quelque peu subversive : le propre de Dieu est d’être jaloux. En Ex 34, l’expression ‘él-qanna’ « Dieu jaloux », est donc rattachée, elle aussi, au premier commandement : le v. 14 vise le culte des « autres dieux » ; en Ex 34,15-16, la prostitution renvoie au service cultuel de ces mêmes dieux et, en Ex 34,17, l’interdiction des images concerne le culte des idoles. N’oublions pas cependant que le renouvellement d’alliance (Ex 34,10-28) à l’intérieur duquel ces prescriptions sont insérées a été rendu nécessaire par la rupture d’alliance, conséquence de l’érection du veau (Ex 32). Or, cette statue se veut une représentation de Yhwh : « Fête en l’honneur de Yhwh », proclame Aaron (Ex 32,5). Dans l’unité rédactionnelle d’Ex 32-34, cette image de Yhwh se trouve ainsi placée au rang des idoles païennes. Elle pervertit tellement la conception orthodoxe de Yhwh qu’elle équivaut pratiquement à une idolâtrie : la représentation a pour visée de maîtriser cette puissance imprévisible qu’est devenue Yhwh aux yeux des Israélites. C’est là « le grand péché d’Israël » (Ex 32,21.30-31), expression aussi rare que solennelle. La présentation de Dieu qu’implique la formulation d’Ex 34,14 connote donc l’intolérance de Yhwh qui ne peut supporter de rivaux et qui refuse d’être rabaissé au rang d’une divinité païenne. Il ne faut pas pour autant oublier que cette formule « Yhwh, un Dieu jaloux » résonne dans un contexte de renouvellement d’alliance qui repose sur le pardon (34,9) et sur la miséricorde (34,5-7) que Yhwh vient de révéler dans la grande théophanie du Sinaï.

 Bernard Renaud, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 149 (septembre 2009), « Un Dieu jaloux entrre colère et amour », pages 28-29.

 

LES TROIS HYMNES DE LUC : BENEDICTUS, MAGNIFICAT, NUNC DIMITTIS

14 mars, 2016

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LES TROIS HYMNES DE LUC : BENEDICTUS, MAGNIFICAT, NUNC DIMITTIS  

Commencer Trois prières de Luc 1-2 sont passées dans la prière de l’Église…  

Trois prières de Luc 1-2 sont passées dans la prière de l’Église : le Benedictus ou bénédiction avec Zacharie , le Magnificat ou action de grâce avec Marie et le Nunc dimittis ou prière confiante avec Syméon.

L’histoire du peuple de Dieu est accomplie Ces trois prières débordent largement le cadre des récits de Luc 1-2. Zacharie, Marie et Syméon sont témoins de l’action de Dieu dans l’histoire, à travers les naissances des deux enfants : Jean et Jésus (1,47.69; 2,30). Luc signale que chacun de ces témoins parle sous l’action de l’Esprit Saint (1,35.67; 2,27). Ils sont les chantres du salut de Dieu promis et espéré par tout un peuple : Israël est mentionné dans chaque hymne, en 1,54.68; 2,32. Ce salut qui « visite » Israël est une marque de la fidélité de Dieu à son peuple dont il « se souvient » (1,54.72). En un mot, l’alliance (1,72) conclue entre Dieu et Abraham, confirmée dans la personne du roi David, image du messie à venir, chantée enfin par les prophètes espérant la consolation, la libération d’Israël (1,68; 2,25), cette alliance est pleinement manifestée avec la naissance d’un « astre » nouveau (1,78), le messie. Et pourtant, tout commence… Comme Anne, la stérile qui avait donné naissance à Samuel (1 S 2,1-lo), Marie célèbre la grandeur du Seigneur qui comble ceux qui le servent (Lc 1,48.54). Elle est pour le nouveau peuple de Dieu, ce qu’était Anne pour Israël : une image et un modèle de confiance et de service de Dieu. Marie annonce les Béatitudes. Zacharie emprunte aux Psaumes les images du salut d’Israël, pour célébrer l’astre qu’est le Christ (1,78). Les v.76-77 semblent un ajout orientant le regard, non plus sur le messie, mais sur son précurseur, Jean-Baptiste. Il prépare le peuple de Dieu à accueillir « la connaissance du salut par le pardon des péchés » (v. 77). Au terme de la chaîne des prophètes d’Israël, il sera le premier témoin du messie. Syméon, enfin, ouvre l’évangile de Luc à sa dimension universelle : « Car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples » (2,31). Bien qu’il attende la consolation d’Israël et salue le Messie comme « gloire d’Israël », il le déclare aussi « lumière pour éclairer les païens ». Par lui, Luc annonce déjà les missions de Paul, dans les Actes des Apôtres. Ces trois hymnes, peut-être déjà chantées par l’Eglise primitive, annoncent chaque jour le grand commencement inauguré en Marie, un commencement toujours nouveau.

SBEV. Stéphane Aulard

LA CONVERSION DE PAUL RACONTÉE PAR L’AUTEUR DES ACTES DES APÔTRES

25 janvier, 2016

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LA CONVERSION DE PAUL RACONTÉE PAR L’AUTEUR DES ACTES DES APÔTRES

Dans le livre des Actes des Apôtres il y a trois récits de la conversion de Paul. Le premier (Ac 9) est fait par le narrateur, les deux autres (Ac 22 et 26) par Paul lui-même. Ces trois récits relatent la même intervention de Dieu sur le chemin de Damas, mais comportent un certain nombre de divergences. Que disent ces trois récits ? Leur répétition montre tout d’abord l’importance que l’auteur accorde à la conversion de Paul. Leurs divergences sont autant de clins d’oeils adressés au lecteur et d’invitations à en chercher le sens. Avec son génie de conteur, Luc nous invite à entrer progressivement dans le mystère de la conversion de Paul.

À l’approche de Damas Le premier récit de conversion (Ac 9) relate l’aller-retour de Saul (le nom de Paul au début du récit) de Jérusalem à Damas. Mandaté par le grand prêtre, Saul arrive devant Damas en persécuteur sanguinaire. Mais, aux portes de la ville le Seigneur l’attend. Le lieu a une certaine importance. Il est en effet un endroit symbolique, un lieu de passage mais aussi de jugement. Les rois grecs, quand ils visitaient leur royaume, s’arrêtaient aux portes des villes pour écouter les doléances de leurs sujets et leur rendre justice. Ce n’est pas pour rien que, dans l’œuvre de Luc, beaucoup de choses se passent aux portes des villes. Jésus ressuscite un jeune homme aux portes de Naïn, il guérit un aveugle aux portes de Jéricho, il pleure sur Jérusalem à l’approche de la ville… L’épisode de la porte de Damas est bien une scène de jugement. Saul en effet rencontre le Seigneur, qui est à la fois le juge et la victime et qui lui demande des comptes. L’interrogatoire est bref et la sentence immédiate. Elle révèle la vraie nature du persécuteur : il est aveugle. Cependant elle n’écrase pas le condamné. Elle le relève au contraire et lui indique le chemin de la conversion. Saul doit faire confiance à une communauté : « On te dira ce que tu dois faire ». Les témoins de la scène ne voient personne mais entendent la voix. Saul, lui, a-t-il vu le ressuscité ? Pour le moment nous ne le savons pas. Terrassé par le Seigneur et aveuglé par sa lumière, Saul entre maintenant dans la ville, conduit par la main de ses compagnons. Il en sortira ballotté dans un panier le long des remparts de la ville.

Il est l’instrument choisi La deuxième intervention divine se passe chez un disciple de Jésus, Ananie, à qui le Seigneur communique son projet sur Saul : « Cet homme est l’instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites. » Nous lecteurs, nous assistons à cette scène et nous savons maintenant à quoi Saul est destiné. Mais comment Saul va-t-il le savoir ? Par Ananie, en principe, qui devrait logiquement lui communiquer le message divin. Mais Ananie ne le fait pas. Observons bien ce qui se passe. Ananie va trouver Saul dans la maison de Judas. Il lui impose les mains et le guérit, mais il ne transmet pas le message reçu. Nous sommes donc dans une situation étrange : les lecteurs savent quelque chose que le héros principal de cette histoire ignore. Cet effet littéraire n’est pas gratuit. Il montre que Saul n’est pas une simple marionnette entre les mains de Dieu. Ce dernier a un projet sur Saul, mais il ne lui impose pas. Il lui laisse du temps pour qu’il le découvre par lui-même

Il a vu le Seigneur Saul se rend maintenant à Jérusalem. Il quitte le groupe de disciples qui l’ont accueilli pour la première fois pour rencontrer le groupe des apôtres. Une boucle est bouclée. Paul est revenu à son point de départ, mais il ne fréquente plus les mêmes personnes. De l’entourage du grand prêtre, il est passé dans le cercle des chrétiens. Quand il se présente à Jérusalem Barnabas dit aux apôtres que Saul « a vu le Seigneur qui lui a parlé ». Le narrateur de cette histoire s’efface donc devant un membre de la communauté chrétienne et lui laisse le soin d’interpréter l’événement du chemin de Damas et de révéler aux apôtres, et aussi à nous les lecteurs, que Saul a bien vu le Seigneur ressuscité. Les apparitions du Seigneur ne sont pas d’abord un fait observable par un historien. Ils sont d’abord l’objet d’un témoignage de croyant.

Mettez-moi Saul à part pour une œuvre Au chapitre 13 des Actes, Saul est à Antioche. L’Esprit Saint demande à la communauté de le mettre à part, avec Barnabé, pour « une œuvre » qu’il ne définit pas. Nous avons le même phénomène littéraire que plus haut. Nous, lecteurs, savons à quoi Saul est destiné, mais Saul ne le sait toujours pas. Il va donc de synagogue en synagogue annoncer Jésus ressuscité. Devant l’opposition des Juifs, il décide de se tourner vers les païens. Apparemment il a décidé cela par lui-même, en accord avec Barnabas. Il a enfin découvert ce à quoi il était destiné. L’Esprit Saint lui a laissé le temps. Au retour de mission il rend compte à la communauté de « l’œuvre » qu’il vient d’accomplir : « Ouvrir aux païens les portes de la foi » (Ac 14,27). Sous la forme du récit Luc vient de nous montrer comment Dieu avait un projet sur Paul mais n’a pas tiré les ficelles. Il l’a laissé trouver par lui-même son chemin. Initiative humaine et plan de Dieu peuvent faire bon ménage.

Deuxième récit de conversion Le deuxième récit de conversion (Ac 22) est fait par Paul lui-même dans le Temple de Jérusalem. Devant la foule juive, il raconte les événements du chemin de Damas. À part quelques variantes secondaires, Paul reprend les mêmes éléments que nous avons déjà entendus. Mais il apporte deux précisions. Ananie d’abord transmet le message à Paul qui doit être témoin du Christ « devant tous les hommes », donc également devant les païens. Et Paul raconte ensuite qu’il a eu une vision dans le Temple de Jérusalem au cours de laquelle le Seigneur lui a dit : « Va, c’est au loin, vers les nations païennes, que je vais, moi, t’envoyer . » Le lecteur apprend donc par la bouche de Paul des choses qu’il ne savait pas. Ainsi Paul n’a pas décidé par lui-même de passer aux païens. Il a été encouragé par le Seigneur en personne. Et cette vision s’est déroulée au Temple. On remarque la portée symbolique de ce lieu.

Troisième récit de conversion Alors qu’il est en captivité à Césarée, la ville païenne, Paul raconte une troisième fois sa conversion. Ses interlocuteurs sont des descendants d’Hérode le Grand ainsi que le gouverneur romain Festus. Il y a de nouvelles variantes. Cette fois-ci il n’est plus question de la cécité temporaire de Paul ni du rôle d’Ananie. Plus question non plus de l’extase du Temple. Mais Paul parle de la rencontre avec le Nom de Jésus. Paul qui combattait ce Nom par tous les moyens l’a rencontré sur sa route, en travers de son chemin. Le Seigneur a parlé à Paul et lui dit : « Je t’ai destiné à être serviteur et témoin de la vision où tu viens de me voir ….Je t’envoie vers le peuple et les nations païennes pour leur ouvrir les yeux, les détourner des ténèbres vers la lumière… afin qu’ils reçoivent le pardon des péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés, par la foi en moi » (Ac 26,14-18). Maintenant tout est dit. Le narrateur du livre des Actes des Apôtres a laissé Paul faire lui-même le bilan de sa vie. La conversion et la vocation de l’ancien persécuteur forment un tout. Appartenant tout entier au Christ, il témoigne devant les Juifs et les païens. Ce que le Seigneur a annoncé à Ananie s’est accompli : « Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites » (Ac 9,15).

 

GN 2-3 : LE RÉCIT DU JARDIN

19 janvier, 2016

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GN 2-3 : LE RÉCIT DU JARDIN  – Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs…

Gn 2, 4 b Le jour où le SEIGNEUR Dieu fit la terre et le ciel, 5 il n’y avait encore sur la terre aucun arbuste des champs, et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car le SEIGNEUR Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol ; 6 mais un flux montait de la terre et irriguait toute la surface du sol. 7 Le SEIGNEUR Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. 8 Le SEIGNEUR Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y plaça l’homme qu’il avait formé. 9 Le SEIGNEUR Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. 10 Un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin ; de là il se partageait pour former quatre bras. 11 L’un d’eux s’appelait Pishôn ; c’est lui qui entoure tout le pays de Hawila où se trouve l’or 12 – et l’or de ce pays est bon – ainsi que le bdellium et la pierre d’onyx. 13 Le deuxième fleuve s’appelait Guihôn; c’est lui qui entoure tout le pays de Koush. 14 Le troisième fleuve s’appelait Tigre; il coule à l’orient d’Assour. Le quatrième fleuve, c’était l’Euphrate. 15 Le SEIGNEUR Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder. 16 Le SEIGNEUR Dieu prescrivit à l’homme: «Tu pourras manger de tout arbre du jardin, 17 mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir». 18 Le SEIGNEUR Dieu dit: «Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée». 19 Le SEIGNEUR Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu’il amena à l’homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l’homme avait pour nom «être vivant»; 20 l’homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée. 21 Le SEIGNEUR Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place. 22 Le SEIGNEUR Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena. 23 L’homme s’écria: «Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise». 24 Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair. 25 Tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte. Gn 3, 1 Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme: «Vraiment! Dieu vous a dit: Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin 2 La femme répondit au serpent: «Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, 3 mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir». 4 Le serpent dit à la femme: «Non, vous ne mourrez pas, 5 mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais». 6 La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. 7 Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes. 8 Or ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour. L’homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin. 9 Le SEIGNEUR Dieu appela l’homme et lui dit : «Où es-tu»? 10 Il répondit: «J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché». 11 – «Qui t’a révélé, dit-il, que tu étais nu? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais prescrit de ne pas manger»? 12 L’homme répondit : «La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé». 13 Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme: «Qu’as-tu fait là»! La femme répondit: «Le serpent m’a trompée et j’ai mangé». 14 Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent: «Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. 15 Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon». 16 Il dit à la femme: «Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances; c’est péniblement que tu enfanteras des fils. Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera». 17 Il dit à Adam: «Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, 18 il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. 19 A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras». 20 L’homme appela sa femme du nom d’Eve – c’est-à-dire La Vivante, – car c’est elle qui a été la mère de tout vivant. 21 Le SEIGNEUR Dieu fit pour Adam et sa femme des tuniques de peau dont il les revêtit. 22 Le SEIGNEUR Dieu dit: «Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. Maintenant, qu’il ne tende pas la main pour prendre aussi de l’arbre de vie, en manger et vivre à jamais»! 23 Le SEIGNEUR Dieu l’expulsa du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été pris. 24 Ayant chassé l’homme, il posta les chérubins à l’orient du jardin d’Eden avec la flamme de l’épée foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie.

 

LE MYSTÈRE DU TEMPS. COMMENTAIRE DE QOHÉLETH 3,1-15

26 octobre, 2015

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LE MYSTÈRE DU TEMPS. COMMENTAIRE DE QOHÉLETH 3,1-15

Commentaire au fil du texte   Commencer

Voilà peut-être la réflexion biblique la plus développée sur le mystère du temps. Les premiers mots du livre de Qohélet donnent le ton : Tout est vanité ! (Qo 1,2). La vie de l’être humain se déploie sans qu’il puisse peser sur son devenir. Que lui reste-t-il ? Dans la vie, bonheur et malheur se côtoient, à part égale. Pour ne pas subir, l’homme doit agir, mais Qohélet prévient : Quel profit y a-t-il pour l’homme de tout le travail qu’il fait sous le soleil ? (Qo 1,3). Aucun, puisque Dieu a fixé un temps pour tout. Une des conséquences logiques serait de profiter de la vie comme elle vient en prenant soin d’éviter chagrin et souffrance. Ce pessimisme est compensé par l’affirmation répétée que Dieu est la providence du monde et des hommes. Le bien-être de l’être humain est un don de Dieu. Pour aujourd’hui. Le poème de Qohélet 3 se déroule dans cette perspective : réflexion sur la dualité du temps (v.2-8), puis application au travail de l’homme (v.9-15)

Le temps de l’être humain Les v. 2 à 8 déclinent la constatation de départ : Il y a un temps pour tout et un moment pour chaque chose sous le ciel. Qohélet développe 28 termes descriptifs des actes de la vie humaine. A première vue, il s’agit d’oppositions : l’un des termes exprime une action positive : enfanter, planter, guérir… ; l’autre une action négative : mourir, arracher le plant, tuer… Quelle est la logique de ces balancements ? Parfois, le premier des termes décrit une action positive, embrasser, chercher, enfanter, planter, parfois, une action négative, tuer, saper, pleurer… Ainsi, plutôt que d’opposition, il vaudrait mieux parler d’alternance. Il y a comme une fatalité du temps vécue dans une alternance. L’énumération prend en compte de multiples dimensions de la vie humaine. Toutes ? Une interprétation symbolique de ces 28 actions répondrait positivement (cf. encadré). A-t-on là l’expression d’une totalité : la vie et la mort, et tout ce qui existe entre ces deux pôles extrêmes ? On pourrait le penser s’il n’y avait des manques importants : par exemple, pas question de « jeûner » ou de « se marier ». Ainsi, il y a une totalité sans qu’il y ait totalité. C’est l’alternance qui compte, le fait de basculer d’une chose dans l’autre, plus que l’opposition. Cette alternance qui défile donne l’impression de l’inutilité de l’effort humain : pourquoi amasser des pierres si c’est pour les jeter ensuite ? Pourquoi planter si c’est pour arracher ? C’est comme si on n’avait rien fait. La mort pèse de tout son poids sur la vie, alors à quoi bon se remuer ? Contre ce pessimisme, remarquons que la litanie est encadrée par deux mots ouverts sur la vie et l’avenir : « enfanter » et « paix  » ! L’alternance des actions humaines n’aurait-elle pas simplement pour objectif de montrer l’importance du moment présent, de l’aujourd’hui ? Et le temps de l’homme ne serait-il pas autre chose que le balancement d’une action à l’autre ?

Le don de Dieu Au v. 9, nouvelle étape. Une question interrompt la litanie : Quel profit a l’artisan du travail qu’il fait ? Ou, pour le dire autrement : que reste-t-il de tout ce qui précède ? On a là presque une reprise du début du Livre (Qo 1,3). Mais intervient un nouveau personnage : Dieu. A travers le « faire » de Dieu, on va retrouver le « faire » de l’être humain. Une recherche s’élabore dont la conclusion est au v. 14 : Je sais tout ce que fait Dieu, cela durera toujours. Ainsi face à l’alternance, face à ce qui va et vient, il y a le « toujours » de Dieu, un temps différent dans lequel rien ne se perd. Le temps de Dieu donne sens au temps de l’homme. Que reste-t-il du travail humain ? Réponse : pour Dieu, tout. Une réponse qui ne peut être qu’en Dieu, même si l’homme l’a oubliée. Qohélet rapporte ce qu’il voit (v. 10-11). Il fait état de son expérience personnelle. Il voit un don de Dieu aux hommes : l’activité. C’est le don de vivre, d’appréhender la durée pour maîtriser le moment présent, mais apparemment, cela non plus ne sert à rien puisque l’homme est incapable de comprendre le sens de la vie. Qohélet ne rapporte pas seulement ce qu’il voit, il rapporte aussi ce qu’il sait (v. 12-15). Il met l’accent maintenant sur la confiance. Le savoir de Qohélet concerne le bonheur de l’homme et l’œuvre de Dieu. Avec une conviction forte : manger, boire, se réjouir, travailler, ce sont des dons de Dieu. Dieu veut donc le bonheur de l’homme. La joie dans la vie de tous les jours, n’est-ce pas un chemin pour trouver Dieu ? N’est-il pas vain de spéculer sur l’avenir ? Devant ce don de Dieu, la réaction juste de l’homme, c’est de craindre devant sa face. Finalement, chercher à comprendre le sens de sa vie, n’est-ce pas c’est se mettre à chercher Dieu ?

 » MIS À PART DÈS LE SEIN DE MA MÈRE  » – JÉRÉMIE ET PAUL

30 septembre, 2015

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 » MIS À PART DÈS LE SEIN DE MA MÈRE « 

Théologie

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Choisis par Dieu pour une mission divine, Jérémie et Paul sont « mis à part dès le sein maternel » : pour quels enjeux ?
Parmi les personnages bibliques choisis par Dieu pour une mission divine, Jérémie et Paul sont  » mis à part dès le sein maternel ». Si l’expression n’est pas utilisée pour Samson, Jean-Baptiste ou Jésus, les parallèles sont pourtant nombreux. Quels sont les enjeux de cette mise à part ? Comment éclaire-t-elle la mission donnée à l’élu ? Et quelle liberté réserve-t-elle à l’appelé ?
L’expression « mis à part » (ou « consacré » selon les traductions), signifie « choisi parmi un groupe pour être institué dans une mission ». Elle sous-entend une délimitation, une définition et une séparation. Dans l’Ancien Testament, elle qualifie la distinction entre le pur et l’impur, entre le profane et le sacré. Elle désigne également la mission confiée au peuple élu (Cf. Lv 20,26).

• Le choix de Dieu
La mise à part s’inscrit dans le mouvement de l’appel de Dieu. Pour Jérémie, Paul, Samson ou Jean-Baptiste, choisis dès le sein de leur mère, l’initiative du choix revient à Dieu de manière absolue. La perception d’un Dieu qui façonne sa créature dans le sein maternel, qui en connaît d’emblée toute l’existence (Cf. Ps 139), est placée ici au cœur de la vocation. Cette tradition est complétée dans le Psaume 51 (50) où l’élu de Dieu se reconnaît pécheur dès le sein de sa mère, et donc déjà placé sous le regard de Dieu. On peut parler d’une « prédestination » de la part de Dieu qui raisonne comme un appel à orienter et engager toute sa vie sur la voie qu’il nous ouvre.
La mise à part est liée aussitôt à une mission. C’est là son fondement et son but. Jérémie est mis à part dès le sein maternel car Dieu « fait (de lui) un prophète pour les nations « . De même, Paul est mis à part pour voir se révéler le Fils et l’annoncer aux païens. Jean-Baptiste, lui, reçoit la mission d’être prophète du Très-Haut, de marcher devant, sous le regard du Seigneur, et de préparer ses chemins (Lc 1,16.76).

• La réponse de l’élu
Pour accomplir sa mission, l’élu est supposé avoir une vie intime avec le Seigneur, une connaissance particulière. L’assurance de la présence du Seigneur avec lui ou de l’Esprit en lui, le rendra fidèle à sa mission. Sa fidélité ne lui vient pas d’une qualité personnelle qu’il détiendrait mais de sa capacité à accueillir la grâce de Dieu. Ainsi Jérémie se considère trop jeune ou incapable d’assumer sa mission au point de maudire le jour de sa naissance. Mais le Seigneur lui confirme son choix à plusieurs reprises pour lui ôter ses doutes. L’élu devient comme l’instrument du Seigneur.
La consécration réduirait-elle la liberté de l’élu, puisque sa mise à part a lieu dès le sein de sa mère ? Le Seigneur appelle et suscite une réponse de l’élu. Celui-ci accepte d’accueillir sa grâce, son Esprit, devenir son mandataire et rester fidèle en dépit de l’adversité rencontrée. Les réticences de Jérémie à l’encontre de l’appel divin montrent qu’entre Dieu et son envoyé, s’instaure un dialogue. La liberté de l’élu se situe non pas du côté de l’appel, mais du côté de sa réponse et de son consentement à faire la volonté de Dieu. L’appelé ne connaît pas d’emblée la mission qui lui est confiée. Il la découvrira progressivement, se laissera modeler par elle, et aura à l’accepter librement (ou y renoncer) à chaque instant. Elle s’inscrit dans le dessein de Dieu, lequel échappe à l’élu. C’est dans ce oui à la volonté de Dieu que se dit la liberté de l’appelé.
Jésus accomplit pleinement cette adhésion libre à la volonté du Père. Sa mise à part et sa mission sont exprimées dès l’Annonciation : le fruit du sein de Marie est saint et béni, recevra le nom de Jésus, sera grand et appelé fils du Très-Haut, recevra le trône de David son père et régnera pour toujours (Lc 1,31-32). Sa conception mystérieuse par l’action de l’Esprit Saint manifeste la volonté de Dieu. Sa mission accueillie et assumée, Jésus la vivra dans la connaissance intime du Père. Il priera pour la partager avec ceux que le Père lui a donnés et qu’il lui demande de consacrer alors (Jn 17). Mis à part et consacré pour la mission, Jésus vient accomplir et donner sens à toute vocation.

Christophe Raimbault.

QU’EST-CE QUE LA SAGESSE ?

18 août, 2015

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QU’EST-CE QUE LA SAGESSE ?

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La sagesse est avant tout un art de vivre, une façon de concevoir l’existence individuelle, familiale et sociale.
La sagesse est avant tout un art de vivre, une façon de concevoir l’existence individuelle, familiale et sociale.
La sagesse est populaire : l’expérience des anciens, transmise par les générations, est souvent condensée en phrases sentencieuses, dictons ou proverbes. Mais elle est aussi savante : elle suppose une certaine habitude de manier les idées; elle s’apprend dans les écoles et elle est souvent le fait de personnages importants (courtisans, par exemple), des scribes, plus que des travailleurs manuels.

Un art universel
C’est peut-être ce qui frappe le plus quand on aborde cette littérature : elle ne connaît pas de frontières. On a retrouvé bien des écrits de sagesse en Égypte comme en Mésopotamie. Les thèmes abordés – les grandes questions humaines – se retrouvent en ces différentes civilisations comme en Israël. On y traite du problème de la mort, de la souffrance, de la sanction, de l’amour, mais aussi des humbles réalités quotidiennes, de l’éducation des enfants, des qualités pour réussir dans la vie…

La sagesse en Israël
Comme chez les autres civilisations, la sagesse a du naître avec le peuple. Mais, au sein d’Israël, certains se révèlent particulièrement comme des sages, sans doute à cause de l’éducation qu’ils ont reçue.
Selon le livre des Juges, Abimélek réussit à s’imposer, pendant quelque temps, comme roi à Sichem (vers 1100 av. J.-C. ?). Un sage, Yotam, met alors ses compatriotes en garde contre toutes les injustices qui risquent d’être le fait des rois ; il le fait par une fable mettant en scène des arbres qui élisent comme roi… un buisson d’épines ! (Jg 9,7-20). C’est peut-être un des plus vieux exemples de la sagesse israélite.
Salomon (972-933 av. J.-C.) a laissé une grande réputation de sage. Selon la Bible (légendaire sur ce point ?), il aurait été en contact avec la cour égyptienne, ayant épousé une fille du pharaon, et il a certainement dû former des sages pour ses transactions commerciales avec les royaumes voisins. Un certain nombre de proverbes (dans le livre portant ce nom) lui sont attribués. Sa réputation était si grande que l’auteur du livre de la Sagesse, vers 50 avant J.-C., mettra son œuvre sous son patronage.
Durant toute l’époque royale, il y eut des sages. Un certain nombre de proverbes ont pu être composés a cette époque. Mais il reste que le grand moment de la sagesse se situe après le retour d’exil, de la fin du 6e siècle au 1er siècle av. J.-C. L’enseignement des sages d’Israël est d’emblée universel, reprenant les mêmes thèmes que leurs voisins. Mais si leur enseignement repose sur l’expérience, il se fonde avant tout sur leur foi en Dieu, maître de Sagesse.

Prophétisme et sagesse : deux voies vers Dieu
En simplifiant un peu, on pourrait voir dans le prophétisme et la sagesse deux voies différentes pour découvrir Dieu et, pour le chrétien, deux modes d’approche de l’Incarnation.
Chez les prophètes, la Parole de Dieu se présente, d’emblée, comme venant de Dieu. Moïse nous est présenté comme recevant cette Parole sur la montagne, au milieu des tonnerres. La Parole de Dieu s’empare des prophètes, elle les violente, ils ne peuvent lui résister (cf. Jr 20,7-9). En langage imagé, on pourrait parler d’un mouvement descendant. La Parole de Dieu descend du ciel; elle vient sur terre, parmi les hommes.
Pour les sages, la parole, la sagesse sont très clairement, au départ, parole d’hommes, sagesse très humaine. Le mouvement est ici ascendant : on comprendra peu à peu que cette sagesse qui est nôtre est aussi et d’abord Sagesse de Dieu, Quelqu’un partageant le trône de Dieu. Si nous sommes sages, c’est que Dieu a déposé un petit grain de « sagesse » à notre naissance : « le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur, pour les fidèles, elle a été créée avec eux dès le sein maternel » (Si 1,14). Ce sont donc tout l’effort humain, toute l’expérience des hommes, toute leur science qui se révèlent être venus de Dieu.
Pour le Nouveau Testament, présenter Jésus comme Parole, Verbe de Dieu, c’est insister sur son origine divine; cet être divin est vraiment devenu l’un d’entre nous. Le présenter comme Sagesse de Dieu, c’est peut-être d’abord nous montrer que toute la vie humaine est assumée en lui pour être divinisée.

Service Biblique catholique Evangile et Vie

 » MIS À PART DÈS LE SEIN DE MA MÈRE  » – (Jérémie et Paul)

30 juillet, 2015

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 » MIS À PART DÈS LE SEIN DE MA MÈRE « 

THÉOLOGIE

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Choisis par Dieu pour une mission divine, Jérémie et Paul sont « mis à part dès le sein maternel » : pour quels enjeux ?
Parmi les personnages bibliques choisis par Dieu pour une mission divine, Jérémie et Paul sont  » mis à part dès le sein maternel ». Si l’expression n’est pas utilisée pour Samson, Jean-Baptiste ou Jésus, les parallèles sont pourtant nombreux. Quels sont les enjeux de cette mise à part ? Comment éclaire-t-elle la mission donnée à l’élu ? Et quelle liberté réserve-t-elle à l’appelé ?
L’expression « mis à part » (ou « consacré » selon les traductions), signifie « choisi parmi un groupe pour être institué dans une mission ». Elle sous-entend une délimitation, une définition et une séparation. Dans l’Ancien Testament, elle qualifie la distinction entre le pur et l’impur, entre le profane et le sacré. Elle désigne également la mission confiée au peuple élu (Cf. Lv 20,26).

• Le choix de Dieu
La mise à part s’inscrit dans le mouvement de l’appel de Dieu. Pour Jérémie, Paul, Samson ou Jean-Baptiste, choisis dès le sein de leur mère, l’initiative du choix revient à Dieu de manière absolue. La perception d’un Dieu qui façonne sa créature dans le sein maternel, qui en connaît d’emblée toute l’existence (Cf. Ps 139), est placée ici au cœur de la vocation. Cette tradition est complétée dans le Psaume 51 (50) où l’élu de Dieu se reconnaît pécheur dès le sein de sa mère, et donc déjà placé sous le regard de Dieu. On peut parler d’une « prédestination » de la part de Dieu qui raisonne comme un appel à orienter et engager toute sa vie sur la voie qu’il nous ouvre.
La mise à part est liée aussitôt à une mission. C’est là son fondement et son but. Jérémie est mis à part dès le sein maternel car Dieu « fait (de lui) un prophète pour les nations « . De même, Paul est mis à part pour voir se révéler le Fils et l’annoncer aux païens. Jean-Baptiste, lui, reçoit la mission d’être prophète du Très-Haut, de marcher devant, sous le regard du Seigneur, et de préparer ses chemins (Lc 1,16.76).

• La réponse de l’élu
Pour accomplir sa mission, l’élu est supposé avoir une vie intime avec le Seigneur, une connaissance particulière. L’assurance de la présence du Seigneur avec lui ou de l’Esprit en lui, le rendra fidèle à sa mission. Sa fidélité ne lui vient pas d’une qualité personnelle qu’il détiendrait mais de sa capacité à accueillir la grâce de Dieu. Ainsi Jérémie se considère trop jeune ou incapable d’assumer sa mission au point de maudire le jour de sa naissance. Mais le Seigneur lui confirme son choix à plusieurs reprises pour lui ôter ses doutes. L’élu devient comme l’instrument du Seigneur.
La consécration réduirait-elle la liberté de l’élu, puisque sa mise à part a lieu dès le sein de sa mère ? Le Seigneur appelle et suscite une réponse de l’élu. Celui-ci accepte d’accueillir sa grâce, son Esprit, devenir son mandataire et rester fidèle en dépit de l’adversité rencontrée. Les réticences de Jérémie à l’encontre de l’appel divin montrent qu’entre Dieu et son envoyé, s’instaure un dialogue. La liberté de l’élu se situe non pas du côté de l’appel, mais du côté de sa réponse et de son consentement à faire la volonté de Dieu. L’appelé ne connaît pas d’emblée la mission qui lui est confiée. Il la découvrira progressivement, se laissera modeler par elle, et aura à l’accepter librement (ou y renoncer) à chaque instant. Elle s’inscrit dans le dessein de Dieu, lequel échappe à l’élu. C’est dans ce oui à la volonté de Dieu que se dit la liberté de l’appelé.
Jésus accomplit pleinement cette adhésion libre à la volonté du Père. Sa mise à part et sa mission sont exprimées dès l’Annonciation : le fruit du sein de Marie est saint et béni, recevra le nom de Jésus, sera grand et appelé fils du Très-Haut, recevra le trône de David son père et régnera pour toujours (Lc 1,31-32). Sa conception mystérieuse par l’action de l’Esprit Saint manifeste la volonté de Dieu. Sa mission accueillie et assumée, Jésus la vivra dans la connaissance intime du Père. Il priera pour la partager avec ceux que le Père lui a donnés et qu’il lui demande de consacrer alors (Jn 17). Mis à part et consacré pour la mission, Jésus vient accomplir et donner sens à toute vocation.

Christophe RAIMBAULT.

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