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V. LA PÂQUE DU CHRIST ET LA NÔTRE

10 mai, 2016

http://www.cenaclesauges.ch/diary9/88LaPaqueDuChristEtLaNotre.htm

V. LA PÂQUE DU CHRIST ET LA NÔTRE

1. PÂQUE : PASSAGE DE L’HUMANITÉ VERS DIEU
Pâque vient de l’hébreu Pessah, qui contient le sens de Passage. Passage du peuple hébreu de la servitude à la liberté, passage à travers les eaux de la mer Rouge, Passage de Jésus par la souffrance, la mort, vers la vie.
· L’Évangile de Jean présente l’œuvre de salut accomplie par Jésus Christ comme une Pâque, le Passage qu’accomplit Jésus de ce monde au Père, passage de la mort à la vie : Jn 13, 1 : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin ». L’Heure de Jésus, c’est l’Heure de la Pâque, l’heure de l’alliance nouvelle, des noces de l’agneau.
· Une partie des épîtres de Paul présentent le salut accompli par le Christ comme le retour de l’humanité à Dieu.. L’humanité sauvée est comme un corps dont le Christ est la tête :
Col 1, 18 : « Il est la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le Principe, le Premier-Né d’entre les morts ».
Le Christ est prémices de notre résurrection :
- 1 Co 15, 20 : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis » : les prémices sont les premiers fruits, ce qui anticipe et annonce le reste de la récolte.
Jésus, qui est le Nouvel Adam, récapitule, rassemble en sa personne toute l’humanité
- 1 Co 15, 22 : « De même que tous meurent en Adam, tous revivront dans le Christ »
De même qu’Adam a été principe de mort pour l’humanité, le Christ est principe de vie pour toute l’humanité
· Dans ce retour de l’humanité à Dieu, le Christ qui est la Tête retourne le premier, mais d’une certaine manière, nous retournons avec lui. La résurrection est un peu comme la naissance d’un enfant : lorsque la tête a passé, on sait que le reste du corps va suivre. Nous sommes dans le long enfantement à la vie de ressuscité : « Jusqu’à ce jour, la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 22).
Puisque le Christ est le Nouvel Adam (le principe de l’humanité renouvelée, recréée), il nous contient tous en lui, nous sommes déjà morts et ressuscités en lui, mais en prémices, en semence
2. RM 6 : PLONGÉS DANS LA MORT ET LA RÉSURRECTION DU CHRIST
Rm 6, 3-11 : il s’agit du plus grand exposé baptismal de tout le NT. Tout le passage est construit sur le couple Mort – Vie.
Pour bien comprendre ce texte, il faut se rappeler que le verbe baptiser vient du grec baptô, qui signifie plonger, immerger. Être baptisé c’est donc être plongé. Plongé dans la mort et la résurrection du Christ.
3. « Plongés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été plongés »
4. « Nous avons été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi dans une vie nouvelle », afin que nous vivions aussi dans une vie de ressuscité. La plongée par immersion dans l’eau du baptême nous ensevelit dans la mort du Christ, d’où nous ressortons par la résurrection avec lui. Cette résurrection devrait se traduire par une vie nouvelle. Le baptême nous incorpore au Christ, nous fait participer à son être, à sa vie de ressuscité.
// Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts »
V. 5. Utilise l’image de la greffe : « Car si c’est un même être (littéralement une même plante) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable ».
Par le baptême, nous devenons un même être en croissance avec le Christ. Nous sommes comme greffés sur lui, greffés sur son Corps mystique qui est l’Église.
8. Nous appelle à vivre conformément à ce que nous sommes : « Considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus. »
CLAUDE DUCCAROZ : « Encore faut-il que nous vivions comme des… vivants, et non pas comme des condamnés à mort. Exister comme des êtres promis à l’éternité, c’est s’engager en volontaires dans toutes les batailles pour la vie, déjà en ce monde-ci. Nous ne pouvons pas laisser champ libre aux forces de mort qui gangrènent notre société. Parce qu’il y eut Pâques, parce que nous sommes les enfants de la résurrection, il nous faut lutter pour la vie sur tous ses fronts. »
· Pour résumer ce passage de la lettre aux Romains, le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ. Il nous fait passer spirituellement avec le Christ par la mort et la résurrection. Ce passage nous introduit dans une vie nouvelle, il fait de nous un même être en croissance avec le Christ. Nous sommes comme greffés sur le Christ. Il nous invite à vivre en conformité avec ce que nous sommes.
3. LA RÉSURRECTION : DÉJÀ POUR AUJOURD’HUI
CONFÉRENCE ÉPISCOPALE FRANÇAISE : «Il semble qu’on ne demande pas d’abord au christianisme une parole sur l’au-delà, si pertinente soit-elle, dans son ordre. Si le christianisme veut se présenter comme porteur de salut, il est mis au défi, aujourd’hui, de donner sens d’abord à l’avant-mort, c’est-à-dire à toute cette période qui commence dès que la santé de quelqu’un est très sérieusement menacée, avec ce long cortège de souffrances, d’appréhensions, de luttes incertaines. Il ne suffit plus au christianisme d’être porteur d’une promesse de bonheur pour l’au-delà; ou, plutôt, cette espérance doit en quelque sorte faire la preuve de sa validité en s’enracinant dans l’immédiat, dans une possibilité de vie renouvelée, de vie sauvée, au moment même où se présente l’éventualité de la mort et où tout se trouve remis en cause: c’est là qu’on attend aujourd’hui le christianisme[MM1]».
· La résurrection n’est pas seulement pour nous une réalité future, mais une réalité déjà présente. Il est vrai qu’elle n’est pas encore pleinement accomplie en chacun jusqu’au passage par la mort corporelle. Nous sommes entre le déjà et le pas encore. Rm 6 exprimait bien ce déjà de la résurrection. Mais il se retrouve dans d’autres textes :
Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts ». Croire en Jésus, croire en Dieu, c’est déjà être ressuscité, c’est accueillir en soi cette vie de Dieu qui ne passera pas.
Jn 5, 21 : « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, il est passé de la mort à la vie ».
Jn 6, 54 : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour ». Ce passage exprime bien le déjà et le pas encore de la résurrection. La vie éternelle est déjà là, mais elle doit encore arriver à sa plénitude dans les cieux.
Le cardinal SUENENS a écrit en 1963 un texte d’inspiration johannique qui met en évidence le déjà de la résurrection : «La vie éternelle commence dès ici-bas. [...] On ne comprend rien au sens chrétien de l’existence tant qu’on ne réalise pas l’union entre ses deux phases : la phase terrestre, toute provisoire, et la phase céleste, définitive. Entre les deux, il n’y a pas de rupture : c’est la même vie divine qui commence ici-bas dans la foi et qui s’achève dans l’éclat de la vision glorieuse du ciel. A la mort, la croissance de cette vie cesse, mais son dynamisme éclate et s’épanouit au grand jour».
4. ZUNDEL : LA VIE ÉTERNELLE EST AU-DEDANS DE VOUS
Selon Zundel, la vie éternelle n’apparaît pas tant comme une consolation future rendant plus supportable la vie présente, mais comme une exigence pour aujourd’hui. Dans la pensée de Zundel, notre vie comporte deux dimensions, auxquelles correspondent deux sortes de morts:
- A sa dimension physiologique correspond la mort physique ou biologique. L’univers physique est comme le placenta de notre condition corporelle : c’est lui qui nous permet de vivre en nous procurant l’oxygène, l’eau, la nourriture, le soleil, etc.
Le corps est pour ainsi dire le cordon ombilical qui nous relie à cet univers physique. La mort n’est que la rupture de ce cordon.
- L’être humain comporte aussi une dimension spirituelle, et cette dimension spirituelle n’est pas atteinte par la mort physiologique. Par contre, l’homme peut être vivant biologiquement, et être atteint de mort spirituelle. Celle-ci consiste en une «mort-vivante de l’être», en une «absence», un vide, un non-être, une mort avant la mort, une mort avant même de vivre (cf. Mt 8, 22). Mais si nous sommes vivants spirituellement, la mort biologique n’est alors que la rupture du cordon ombilical qui nous relie à l’univers physique. Cette mort, mettant un terme à la gestation qu’est l’existence terrestre, constitue une naissance à la vie définitive, un passage du monde visible au monde invisible faisant continuer sous une forme transfigurée la vie déjà commencée ici-bas.
Selon Zundel, la vie éternelle, ou sur-vie, commence sur cette terre : nous ne serons vivants éternellement que si nous sommes réellement vivants aujourd’hui. La vie éternelle commence en ce monde, elle est au-dedans de nous, tout comme le Royaume de Dieu (Lc 17, 20-21):
«La vie éternelle: on y est déjà ou pas du tout; on y est ou on n’y sera jamais. [...] « La vie éternelle est au-dedans de vous »». «Il ne s’agit pas, en effet, de connaître le lieu où nous irons après la mort, il ne s’agit aucunement d’un après dans le temps ou dans l’espace, il s’agit d’un au-delà qui est au-dedans. Cela veut dire qu’il s’agit de vaincre la mort ici-bas, dès aujourd’hui, tellement que le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort[MM2]».
Cette vie éternelle n’est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est un au-delà de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même.
· Entrer dans la vie éternelle, c’est devenir vivants dès ici-bas, c’est vivre dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’attendre la vie éternelle, mais d’y entrer dès maintenant : «Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ».
Cette vie éternelle n’est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est un au-delà de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même. Il s’agit d’une intériorité permettant d’être présents à une Présence en nous.
Selon Zundel, entrer dans la vie éternelle, c’est devenir vivants dès ici-bas, c’est vivre dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’attendre la vie éternelle, mais d’y entrer dès maintenant: «Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être[MM3]». Devenir la vie éternelle, c’est choisir la vie et refuser la mort (Dt 30, 15-20). C’est devenir pleinement soi-même, transfigurer son existence, accepter de se faire pleinement Homme, en refusant les actes qui ne sont pas à la hauteur de sa dignité. Devenir la vie éternelle, c’est faire de son existence une symphonie d’amour, de cet amour qui est plus fort que la mort.
Si nous sommes réellement vivants ici-bas, l’être humain est déjà tout entier immergé dans l’immortalité, la mort n’est alors plus qu’un passage : «La mort elle-même, dans cette perspective, cesse d’être une contrainte puisque, tout à l’opposé, elle est simplement à la charnière du monde visible et du monde invisible, l’envol d’un être qui ne dépend plus de rien parce qu’il est tout entier porté dans l’oblation de son amour[MM4]».
· Certains saints ont leur corps qui ne s’est pas décomposé après leur mort ; on peut voir cela comme un signe de cette vie éternelle qui avait rempli tout leur être.
5. PAS ENCORE…
Mais il est vrai que nous sommes en attente d’un accomplissement. Nous attendons le jour où Dieu essuiera toute larme de nos yeux
· (Rm 6, 5) « Si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable »
· Le rapport entre le Déjà et Pas encore est un peu comme le rapport entre la graine semée et l’arbre qui pousse après. Ce rapport est bien exprimé en 1 Co 15, 20-22 ; 35-49 : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (…) De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ (…) Mais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit du blé, soit quelque autre plante. Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier (…) Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité (…) On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force. On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel… Le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second lui vient du ciel. »
6. SOMMES-NOUS DÉJÀ NÉS ? ACTUALISER EN NOUS LE MYSTÈRE PASCAL
L’être humain peut faire de ses infirmités, maladies, échecs, il peut faire de toutes ses épreuves des étapes initiatiques, en faire une actualisation du mystère pascal Mort / Résurrection. (cf. OLIVIER CLÉMENT, Tychique 142, p. 25)
· Le terme initiation au sens large désigne les divers rites, souvent éprouvants, par lesquels un adolescent ou un postulant est soumis pour être admis dans une communauté ou un groupement. Les rites d’initiation se situent souvent aux moments clefs de l’existence humaine et signifient la mort à un état de vie ainsi que le passage ou la naissance à un nouvel état de vie meilleur (Passage de l’adolescence à l’âge adulte) Ils existent dans pratiquement toutes les religions, ainsi que toutes les cultures. Certaines cultures n’ont pas de crises, parce qu’il y a des étapes initiatiques)
Selon M. Eliade, « tous ces rituels et symbolismes du « passage » expriment une conception spécifique de l’existence humaine : une fois né, l’homme n’est pas encore achevé; il doit naître une deuxième fois, spirituellement; il devient homme complet en passant d’un état imparfait, embryonnaire, à l’état parfait d’adulte. En un mot, on peut dire que l’existence humaine arrive à la plénitude par une série de rites de passage, en somme d’initiations successives [MM5]».
Je répète : L’être humain peut faire de ses infirmités, maladies, échecs, il peut faire de toutes ses épreuves des étapes initiatiques, en faire une actualisation du mystère pascal Mort / Résurrection. Faire de chacune de ces étapes une naissance à la vie divine, à la vie de ressuscité.
· Les douleurs que nous éprouvons sont les douleurs de l’enfantement. Elles sont les signes que quelque chose est en train de se passer ; signes que quelque chose, quelqu’un est en train de naître en nous.
Je rappelle les paroles du philosophe J.-F. MALHERBE : «La vie humaine n’est-elle pas comme une grossesse? Quelque chose (quelqu’un?) vit en nous, grandit, nous bouscule, force notre étonnement [...]. Quelque chose qui, pour apparaître au grand jour, nous contracte, nous fait souffrir [...]. La souffrance de notre vie peut nous aveugler au point que nous refusons de voir ce qui tente de naître en nous [MM6]».
· Une fois nés, nous ne sommes pas encore achevés. Nous sommes appelé à naître à nous-mêmes, naître spirituellement, naître à la vie de ressuscité, « naître d’en haut » comme disait Jésus à Nicodème. Cela peut être un accouchement de toute une vie. Et Jésus est en nous « l’accoucheur de notre propre humanité » (C. Duccaroz).
7. LE SALUT (SÔTERIA)
Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous apporte le Salut. St Paul : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est le Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Jésus l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10, 9).
Pour bien saisir le sens du mot Salut, que l’on comprend souvent de manière très restrictive, il est bien de remonter aux langues d’origine de l’Écriture.
Le terme sôteria grec ne signifie pas seulement le contraire de la perdition. Être sauvé, ce n’est pas seulement ne pas être perdu. Le terme contient une certaine idée de perfection, de plénitude : le salut, c’est l’intégrité, la santé parfaite du corps et de l’âme, l’immunité de tout défaut et de toute maladie. Le salut, c’est donc la plénitude de vie. Jésus a dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance ». Le salut, c’est donc cette vie en abondance que Jésus veut nous donner.
Jésus à la Cananéenne : « Ta foi t’a sauvée » = guérison physique
Le salut, c’est l’homme vivant pleinement de la vie de Dieu, l’homme parfaite image et ressemblance de Dieu.
Il est intéressant de relever que dans l’Évangile écrit en Syriaque, qui était une langue très proche de l’araméen que parlait Jésus, le terme sauver n’existe pas : il est exprimé par le verbe vivifier.

8. SIGNIFICATION DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
Selon Tertullien, «la chair est le pivot du salut[MM7]». La foi à «résurrection de la chair» fait partie du Symbole des Apôtres, c’est que l’objet est d’importance et même essentiel. Cette foi exprimée dans le Credo se fonde sur la foi au Dieu créateur qui, s’il a façonné l’homme au premier jour, est en mesure de le recréer au dernier jour, dans toutes ses dimensions.
Pour éviter des malentendus, il est utile de rappeler la signification du terme «chair» dans l’anthropologie sémitique : la chair ne se réduit pas au corps purement biologique; elle n’est jamais considérée de façon péjorative ou méprisante, contrairement à une certaine anthropologie grecque. Le terme désigne la globalité de la personne[MM8], dans sa condition de créature, de faiblesse et de mortalité. La «résurrection de la chair» signifie ainsi la résurrection de la globalité de l’être, dans toutes ses dimensions, corporelles, psychiques et spirituelles. Elle signifie la résurrection du Moi lui-même avec toute son histoire. Cette résurrection comporte une double dimension de rupture et de continuité:
- La transformation de notre corps terrestre en corps céleste comporte une dimension de rupture radicale, une création nouvelle. Cette rupture rend en partie vaine notre tentation de projeter nos schémas terrestres dans l’au-delà. Cette dimension de rupture est fortement soulignée par St Paul en 1 Co 15, 35-57, pour éviter que la résurrection de la chair ne soit comprise de manière trop matérialiste en prenant à la lettre la prophétie d’Ezéchiel au ch. 37. Il ne s’agit pas d’un retour à un état antérieur, ce n’est pas de notre substance biologique qui est ressuscitée: il y a création nouvelle. St Paul insiste sur les différences: corps terrestre – corps céleste; corruption – incorruptibilité; faiblesse – force; corps psychique – corps spirituel; mortel – immortel.
- Mais cette création nouvelle ne se fait pas à partir de rien: elle se fonde sur notre existence terrestre. C’est là qu’intervient la dimension de continuité. La foi en la résurrection de la chair tend à valoriser le vécu historique de l’homme. Ainsi que l’exprime F. J. Nocke, «ce n’est pas uniquement le Moi tout nu de l’homme qui est sauvé à travers la mort, ce qui laisserait définitivement de côté toute son histoire terrestre, et rendrait insignifiantes toutes ses relations aux autres humains; résurrection corporelle veut dire que l’histoire d’une vie et toutes les relations faites au cours de cette histoire parviennent à leur achèvement et appartiennent définitivement à l’homme ressuscité[MM9]». Si, comme le rappelait Zundel, la vie éternelle est au-dedans de nous, si elle commence ici bas, il est plus facile de comprendre le lien entre les deux facettes de notre existence. Tout notre vécu terrestre, notre histoire sainte, nos sourires, nos larmes, nos affections, nos amitiés, parce qu’ils ont un prix inestimable à ses yeux, sont recueillis par Dieu. Rien de ce que l’homme a aimé authentiquement n’est perdu. Tout ce qui, au cours de l’existence terrestre, a contribué à constituer la «graine», est appelé à éclore de façon complètement transfigurée dans le Royaume.
Cette affirmation du Credo est aussi une valorisation du corps, et du rôle que celui-ci joue dans l’existence. Zundel exprime remarquablement la valeur celui-ci: «Notre corps, le corps humain, a une immense noblesse, il a une vocation divine, éternelle, et peut-être nous ne faisons ici que l’apprentissage de cette vie totale où l’accord sera entièrement réalisé, et où le corps vraiment ne sera plus du tout d’aucune manière gesticulation vitale, mais l’expression de la générosité et de l’amour[MM10]». Selon Zundel, le corps n’est pas seulement le cordon ombilical qui nous relie à l’univers physique, mais il est aussi le clavier de l’esprit[MM11]. Ce n’est qu’à travers notre corporéité que Dieu peut nous rejoindre. Inversement, ce n’est qu’à travers notre corporéité que peut s’exprimer aux yeux du monde la dimension spirituelle intérieure. La vie éternelle doit prendre racine dans notre corps même. Nous sommes appelés à humaniser notre corps, ou à le spiritualiser, ce qui revient au même: il ne sera vraiment humain que s’il a acquis une dimension spirituelle, s’il s’est imprégné de l’amour de Dieu[MM12]. Nous sommes invités, selon la recommandation de St Paul, à glorifier Dieu dans notre corps qui a été sauvé par le Christ et qui est temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19-20).
Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

RM 6, 3-10 : LE BAPTÊME : PASSAGE DE LA MORT À LA VIE AVEC LE CHRIST

3. Baptisés (plongés) dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés (plongés).
4. Nous avons donc été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle.
5. Car si c’est un même être (plante) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous les serons aussi par une résurrection semblable.
6. Comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché, pour que nous cessions d’être asservis au péché.
7. Car celui qui est mort est affranchi du péché.
8. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui,
9. Nous savons en effet que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur lui. 10. Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu.
11. Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus.

1 CO 15, 20-22 ; 35-49 : LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

« Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (…)
De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ (…)
Mais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ?
Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit du blé, soit quelque autre plante. Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier (…)
Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité (…) On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force. On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel (…) Le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second lui vient du ciel. »

[MM1] L’homme d’aujourd’hui en face de la mort, Documents épiscopat n° 10, mai 1982, p. 3:
[MM2] « L’expérience de la mort », op. cit., p. 53.
[MM3] M. ZUNDEL, in M. DONZÉ, « Vie dans l’esprit, vie éternelle », op. cit., p. 127.
[MM4]Ibidem
[MM5] Le sacré et le profane, Paris, 1965, p. 153.
[MM6] « Souffrances humaines et absence de Dieu », in G. DURAND, J.-F. MALHERBE, Vivre avec la souffrance
[MM7] De resurrectione carnis, 8, 2.
[MM8] La signification est proche du sôma grec, dans Rm 12, 1: «offrir vos corps, vos personnes, tout votre être en hostie vivante». Voir la note h intéressante de la BJ en 1 Co 15, 44, sur la résurrection du corps.
[MM9] Eschatologie, Düsseldorf, 1982, p. 123, cité en H. KÜNG, op. cit., p. 158.
[MM10] M. ZUNDEL, in M. DONZÉ, « Vie dans l’esprit, vie éternelle », op. cit., p. 128.
[MM11] Cf. « L’expérience de la mort », op. cit., p. 55.
[MM12] [1] Un texte de Zundel sur la mort de St François, dans Croyez-vous en l’homme?, Paris, 1956, p.121-122, exprime merveilleusement cette humanisation du corps: «La mort de saint François est ici, selon le voeu d’un de ses disci­ples specchio e lume: miroir et lumière. Le consentement à la mort est, en lui, si entier et si paisible que l’on imagine difficile­ment une intégration plus parfaite. Il n’y a plus chez lui le moin­dre conflit entre la chair et l’esprit. La biologie est passée tout entière du côté de la lumière qui transparaît en elle. Elle a perdu ses limites et ses adhérences, sa pesanteur et sa gravitation égocen­trique. Elle n’est plus que l’enveloppe ténue qui rattache, à peine, à l’arbre terrestre, le fruit qui a mûri au soleil de Dieu. Il suffira d’un souffle pour que la fine pellicule se fissure et qu’il tombe en l’éternité en laquelle il s’est changé. Un dernier appel, une der­nière aspiration et tout est consommé. La dépouille qui gît mainte­nant sur la cendre, dans le crépuscule sonore dont l’alouette est le chant, respire la paix de l’offrande où la chair est dépassée. Ins­trument d’une liberté qui n’a cessé de grandir, elle a fini par s’identifier avec elle pour ne plus conspirer qu’à son accomplisse­ment. Déliée, par cet achèvement même, des déterminismes qui lui donnèrent sa figure dès le sein maternel, elle semble disponible pour une nouvelle création où elle recevra le visage de l’esprit, qui s’est dégagé d’elle pour se la mieux unir en la libérant de soi».

VEILLÉE PASCALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (2010)

25 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20100403_veglia-pasquale.html

VEILLÉE PASCALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

(Il devrait être l’année c)

Basilique Saint-Pierre

Samedi Saint, 3 avril 2010

Images de la célébration

Chers frères et sœurs,

Une ancienne légende juive, tirée du livre apocryphe : « La vie d’Adam et Ève », raconte que, pendant sa dernière maladie, Adam aurait envoyé son fils Set avec Ève dans la région du Paradis pour prendre l’huile de la miséricorde, afin d’être oint de celle-ci et ainsi être guéri. Après toutes les prières et les larmes des deux à la recherche de l’arbre de la vie, l’Archange Michel apparaît pour leur dire qu’ils n’obtiendraient pas l’huile de l’arbre de la miséricorde et qu’Adam devrait mourir. Plus tard, des lecteurs chrétiens ont ajouté à cette communication de l’Archange une parole de consolation. L’Archange aurait dit qu’après 5.500 ans, serait venu l’aimable Roi Christ, le Fils de Dieu, et qu’il aurait oint avec l’huile de sa miséricorde tous ceux qui auraient cru en Lui. « L’huile de la miséricorde, d’éternité en éternité, sera donnée à tous ceux qui devront renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Alors le fils de Dieu, riche d’amour, le Christ, descendra dans les profondeurs de la terre et conduira ton père au Paradis, auprès de l’arbre de la miséricorde ». Dans cette légende, devient visible toute l’affliction de l’homme face à son destin de maladie, de souffrance et de mort, qui nous a été imposé. La résistance que l’homme oppose à la mort apparaît évidente : quelque part – ont pensé à maintes reprises les hommes – il doit bien y avoir l’herbe médicinale contre la mort. Tôt ou tard, il devrait être possible de trouver le remède non seulement contre telle ou telle maladie, mais contre la véritable fatalité – contre la mort. En somme, le remède de l’immortalité devrait exister. Aujourd’hui aussi les hommes sont à la recherche de cette substance curative. La science médicale actuelle s’efforce, non d’exclure à proprement parler la mort, mais d’en éliminer toutefois le plus grand nombre possible de causes, de la reculer toujours plus ; de procurer une vie toujours meilleure et plus longue. Mais réfléchissons encore un instant : qu’en serait-il vraiment, si l’on parvenait, peut-être pas à exclure totalement la mort, mais à la reculer indéfiniment, à parvenir à un âge de plusieurs centaines d’années ? Serait-ce une bonne chose ? L’humanité vieillirait dans une proportion extraordinaire, il n’y aurait plus de place pour la jeunesse. La capacité d’innovation s’éteindrait et une vie interminable serait, non pas un paradis, mais plutôt une condamnation. La véritable herbe médicinale contre la mort devrait être différente. Elle ne devrait pas apporter simplement un prolongement indéfini de la vie actuelle. Elle devrait transformer notre vie de l’intérieur. Elle devrait créer en nous une vie nouvelle, réellement capable d’éternité : elle devrait nous transformer au point de ne pas finir avec la mort, mais de commencer seulement avec elle en plénitude. La nouveauté et l’inouï du message chrétien, de l’Évangile de Jésus-Christ, était et est encore maintenant ce qui nous est dit : oui, cette herbe médicinale contre la mort, ce vrai remède de l’immortalité existe. Il a été trouvé. Il est accessible. Dans le Baptême, ce remède nous est donné. Une vie nouvelle commence en nous, une vie nouvelle qui mûrit dans la foi et n’est pas effacée par la mort de la vie ancienne, mais qui, seulement alors, est portée pleinement à la lumière. À cela certains, peut-être beaucoup, répondront : le message, je le perçois certes, mais la foi me manque. De même, qui veut croire, demandera : mais en est-il vraiment ainsi ? Comment devons-nous nous l’imaginer ? Comment se réalise cette transformation de la vie ancienne, si bien que se forme en elle la vie nouvelle qui ne connaît pas la mort. Encore une fois, un écrit juif ancien peut nous aider à avoir une idée de ce processus mystérieux qui débute en nous au Baptême. On y raconte que l’ancêtre Énoch est enlevé jusqu’au trône de Dieu. Mais il eut peur devant les glorieuses puissances angéliques et, dans sa faiblesse humaine, il ne put contempler le Visage de Dieu. « Alors Dieu dit à Michel – ainsi continue le livre d’Énoch – : « Prends Énoch et ôte-lui ses vêtements terrestres. Oint-le d’huile douce et revêt-le des habits de gloire ! » Et Michel m’ôta mes vêtements, il m’oint d’huile douce, et cette huile était plus qu’une lumière radieuse… Sa splendeur était semblable aux rayons du soleil. Lorsque je me vis, j’étais comme un des êtres glorieux » (Ph. Rech, Inbild des Kosmos, II 524). C’est précisément cela – le fait d’être revêtu du nouvel habit de Dieu – qui se produit au Baptême ; c’est ce que nous dit la foi chrétienne. Certes, ce changement de vêtements est un parcours qui dure toute la vie. Ce qui se produit au Baptême est le début d’un processus qui embrasse toute notre vie – nous rend capable d’éternité, de sorte que, dans l’habit de lumière de Jésus Christ, nous pouvons apparaître devant Dieu et vivre avec Lui pour toujours. Dans le rite du Baptême, il y a deux éléments dans lesquels cet événement s’exprime et devient visible également comme une exigence pour notre vie ultérieure. Il y a tout d’abord le rite des renoncements et des promesses. Dans l’Église primitive, celui qui devait recevoir le Baptême se tournait vers l’occident, symbole des ténèbres, du coucher du soleil, de la mort et donc de la domination du péché. Celui qui devait recevoir le Baptême se tournait dans cette direction et prononçait un triple « non » : au diable, à ses pompes et au péché. Par cet étrange parole « pompes », c’est-à-dire le faste du diable, était indiquée la splendeur de l’ancien culte des dieux et de l’ancien théâtre, où l’on éprouvait du plaisir à voir des personnes vivantes déchiquetées par des bêtes féroces. Ce triple refus était ainsi le refus d’un type de culture qui enchaînait l’homme à l’adoration du pouvoir, au monde de la cupidité, au mensonge, à la cruauté. C’était un acte de libération de l’imposition d’une forme de vie, qui se présentait comme un plaisir et qui, toutefois, poussait à la destruction de ce qui, dans l’homme, sont ses meilleures qualités. Ce renoncement – avec un déroulement moins dramatique – constitue aujourd’hui encore une partie essentielle du baptême. En lui, nous ôtons les « vêtements anciens» avec lesquels on ne peut se tenir devant Dieu. Ou mieux : nous commençons à les quitter. Ce renoncement est, en effet, une promesse dans laquelle nous tenons la main du Christ, afin qu’il nous guide et nous revête. Quels que soient les « vêtements » que nous enlevons, quelle que soit la promesse que nous prononçons, on rend évident quand nous lisons au cinquième chapitre de la Lettre aux Galates, ce que Paul appelle les « œuvres de la chair » – terme qui signifie justement les vêtements anciens que nous devons quitter. Paul les désigne de cette manière : « débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre » (Ga 5, 19ss). Ce sont ces vêtements que nous enlevons ; ce sont les vêtements de la mort. Puis celui qui allait être baptisé dans l’Église primitive se tournait vers l’orient – symbole de la lumière, symbole du nouveau soleil de l’histoire, nouveau soleil qui se lève, symbole du Christ. Celui qui va être baptisé détermine la nouvelle direction de sa vie : la foi dans le Dieu trinitaire auquel il se remet. Ainsi Dieu lui-même nous revêt de l’habit de lumière, de l’habit de la vie. Paul appelle ces nouveaux « vêtements » « fruit de l’Esprit » et il les décrit avec les mots suivants : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5, 22). Dans l’Église primitive, celui qui allait être baptisé était ensuite réellement dépouillé de ses vêtements. Il descendait dans les fonts baptismaux et il était immergé trois fois – symbole de la mort qui exprime toute la radicalité de ce dépouillement et de ce changement de vêtement. Cette vie, qui, de toutes façons est vouée à la mort, celui qui va recevoir le baptême la remet à la mort, avec le Christ, et, par Lui, il se laisse entraîner et élever à la vie nouvelle qui le transforme pour l’éternité. Puis, remontant des eaux baptismales, les néophytes étaient revêtus du vêtement blanc, du vêtement de lumière de Dieu, et ils recevaient le cierge allumé en signe de la nouvelle vie dans la lumière que Dieu lui-même avait allumée en eux. Ils le savaient : ils avaient obtenu le remède de l’immortalité qui, à présent, au moment de recevoir la sainte communion, prenait pleinement forme. En elle, nous recevons le Corps du Seigneur ressuscité et nous sommes, nous aussi, attirés dans ce Corps, si bien que nous sommes déjà protégés en Celui qui a vaincu la mort et qui nous porte à travers la mort. Au cours des siècles, les symboles sont devenus moins nombreux, mais l’évènement essentiel du Baptême est toutefois resté le même. Il n’est pas seulement un bain, encore moins un accueil un peu complexe dans une nouvelle association. Il est mort et résurrection, une renaissance à la vie nouvelle. Oui, l’herbe médicinale contre la mort existe. Le Christ est l’arbre de la vie, rendu à nouveau accessible. Si nous nous conformons à Lui, alors nous sommes dans la vie. C’est pourquoi nous chanterons, en cette nuit de la Résurrection, de tout notre cœur l’alléluia, le cantique de la joie qui n’a pas besoin de paroles. C’est pourquoi Paul peut dire aux Philippiens : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie » (Ph 4, 4). La joie ne peut se commander. On peut seulement la donner. Le Seigneur ressuscité nous donne la joie : la vraie vie. Désormais, nous sommes pour toujours gardés dans l’amour de Celui à qui il a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre (cf. Mt 28, 18). Sûrs d’être exaucés, demandons donc, par la prière sur les offrandes que l’Église élève en cette nuit : Avec ces offrandes, Seigneur, reçois les prières de ton peuple ; fais que le sacrifice inauguré dans le Mystère pascal nous procure la guérison éternelle. Amen.

 

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE PÂQUES

25 mars, 2016

http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE PÂQUES

27/03/2016

Les lectures du jour http://levangileauquotidien.org/main.php?module=read&date=2016-03-27&language=FR

Au matin de Pâques Il faisait sombre dans le cœur de Marie Madeleine et dans le cœur des apôtres. Pendant trois ans, ils avaient suivi Jésus et avaient mis en lui toute leur foi, toute leur confiance et tout leur amour. Ils pensaient qu’avec lui, une ère nouvelle était née, une ère de liberté, de justice et de bonheur. Mais voilà que depuis deux jours tout est fini. Jésus est mort sur la croix le vendredi soir et c’est la fin d’une belle aventure. Il fait souvent bien sombre aussi dans notre cœur. Dans notre vie, il y a parfois des échecs, des épreuves, des souffrances. Pour certains c’est le chômage, pour d’autres l’accident, la longue maladie, le découragement. Quand tout va mal, on se dit que ça ne sert à rien de continuer et on a envie de tout abandonner. Mais voilà qu’en ce jour de Pâques, quelque chose de nouveau est en train de se passer. Jésus n’est plus dans son tombeau. Le linceul est toujours là, soigneusement plié. Il n’y a pas de trace d’un désordre qui aurait pu être provoqué par des violeurs de sépulture. Alors Jean croit en ce signe avant même d’avoir vu. Puis ce sont les onze apôtres qui voient Jésus leur apparaître, puis les disciples d’Emmaüs, Marie-Madeleine et d’autres encore…Alors c’est la fête, c’est l’espérance qui renaît ; c’est la joie qui éclate. Non, la mort de Jésus n’est pas une fin mais un passage. La grande aventure va reprendre de plus belle et rien ne pourra l’arrêter. Tout le livre des Actes des Apôtres est là pour en témoigner. Pour nous, aujourd’hui, c’est une bonne nouvelle. Cet événement de Pâques nous dit que nous ne devons jamais nous avouer vaincus. Les échecs, les contrariétés, les difficultés ne doivent pas nous bloquer. Ils sont pour nous l’occasion de repartir d’une autre manière. Oui, un nouveau départ est toujours possible. Les apôtres ont connu cela. Pierre qui avait renié Jésus par trois fois aurait pu se dire : « Maintenant, c’est fini, je ne suis plus bon à rien ; personne ne voudra me faire confiance… » Or voilà que Jésus lui-même va venir à lui et il va lui redonner toute sa confiance. Il lui confiera la responsabilité de son Eglise. C’est ainsi que Pierre va devenir un homme nouveau (renouvelé). Pour s’en rendre compte, il suffit de lire son discours dans la première lecture. De même, les autres apôtres qui avaient abandonné Jésus au moment où il avait le plus besoin d’eux pensaient bien que tout était fini. Eux aussi, Jésus va les rejoindre, non pour leur faire des reproches mais pour leur donner sa paix. Eux aussi vont devenir des hommes nouveaux et ressuscités. Par la suite, ils partiront proclamer la Bonne nouvelle. Ils ne reculeront ni devant les persécutions, ni devant la mort pour remplir la mission que Jésus leur a confiée. Croire en Jésus ressuscité, c’est croire en des rebondissements possibles, c’est croire en ce nouveau départ de Pâques. Cela veut dire que nous sommes invités à regarder notre vie, nos échecs, nos souffrances à la lumière de événement de Pâques. Le Christ ressuscité veut nous entraîner tous dans sa victoire. Désormais, rien ne peut nous séparer de son amour. Pour lui, il n’y a jamais de situation désespérée. Vivre en ressuscité, c’est faire confiance en Dieu ; c’est être assuré que le monde ne va pas vers la mort mais qu’il est appelé à la vie. C’est être persuadé qu’à tout instant, je peux, devant Dieu, me relever ; Nous sommes tous aimés de Dieu, tels que nous sommes, malgré nos torpeurs, nos désabusements, malgré nos péchés et nos reniements. Vivre en ressuscité c’est aller dire aux autres qu’ils peuvent aussi se relever et marcher vers la lumière. Ils sont tous enfants de Dieu au même titre que chacun de nous. Les uns et les autres sont dignes de Dieu. Lui-même les veut près de lui pour toujours. En ce dimanche, de nombreux baptêmes sont célébrés dans la plupart des églises du monde entier. Des enfants, des jeunes, des adultes entrent dans la grande famille des chrétiens. Pour eux aussi c’est un nouveau départ. Toutes ces personnes qui sont baptisées en ce jour s’engagent sur la même route que nous ; sur cette route, ce n’est pas toujours facile ; comme nous, ils connaîtront le doute, le découragement. Les multiples activités font qu’on ne prend pas toujours le temps de s’arrêter, de prendre du temps pour retrouver le Seigneur. Mais aujourd’hui, nous sommes interpellés : tous les enfants qui vont être baptisés ont besoin de notre témoignage ; ils ont besoin de sentir que Jésus ressuscité c’est quelqu’un d’important pour nous, qu’il est vraiment la lumière de notre vie. Si nous voulons que nos communautés chrétiennes soient vivantes, il faut qu’elles soient vraiment missionnaires. Un chrétien qui n’aurait pas le souci de témoigner de sa foi ne serait plus un disciple de Jésus Christ. La foi ne se développe que si elle est transmise à d’autres. Pour rassembler son peuple dispersé et lui redonner l’espérance, Dieu a besoin de nous. Il ne nous appelle pas seuls mais avec les autres car il compte sur nous pour le faire savoir. Le Christ compte sur notre témoignage à la place qui est la nôtre. Il désire que nous soyons porteurs de cette bonne nouvelle auprès de tous ceux qui nous entourent.

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 27/03/2016)

LE JEUDI SAINT: QUAND A EU LIEU LA DERNIÈRE CÈNE DE JÉSUS ?

23 avril, 2015

http://www.christusrex.org/www1/ofm/easter/Jeudisaint.html

LE JEUDI SAINT: QUAND A EU LIEU LA DERNIÈRE CÈNE DE JÉSUS ?

Don Ariel Alvarez Valdés

(Traduit de l’espagnol par C. Bertrand)

La position de S. Jean

Le Jeudi saint, tous les catholiques du monde célèbrent le souvenir de la dernière Cène, au cours de laquelle Jésus institua l’eucharistie, lava les pieds à ses apôtres et nous laissa son commandement de l’amour. Le jour suivant, le vendredi, à 3 h de l’après-midi, il mourait cloué en croix.
Mais quand eut lieu réellement cette Cène? Pour bien poser le problème, il convient de tenir compte d’une façon de concevoir les jours qui est propre aux juifs. Alors que pour nous le jour commence à zéro h, c’est-à-dire à minuit, il commence, pour les juifs, la veille au soir, vers 17 h. Le lundi commence le dimanche soir, le mardi le lundi soir et ainsi de suite.
L’Évangile de S. Jean nous apprend que la fête de la Pâque, durant laquelle Jésus mourut, tomba cette année-là le jour du sabbat (19,31). Cela étant, les juifs devaient consommer l’agneau pascal dans la nuit du vendredi. Mais, comme Jésus savait que le vendredi, à 3 h de l’après-midi, il serait mort et ne pourrait donc pas manger la Pâque avec ses disciples à la date officiellement prévue, il le fit un jour plus tôt, dans la nuit du jeudi. C’est pourquoi S. Jean nous dit que Jésus célébra la dernière Cène « avant la fête de la Pâque » (13,1), c’est-à-dire dans la soirée du jeudi, date qui a été retenue traditionnellement dans notre liturgie.

Le point de vue différent des trois autres
Les trois autres évangélistes, tout en étant d’accord avec Jean pour dire que Jésus mourut un vendredi, à 3 h de l’après-midi (Mt 27,62; Mc 15,42; Lc 23,54), affirment cependant qu’au moment où il célébra la Cène, la fête de la Pâque était déjà en cours.
Ainsi, Matthieu et Marc soutiennent que Jésus et ses disciples se réunirent pour manger la Pâque, « le premier jour des azymes, où l’on immolait l’agneau pascal » (Mt 26,17; Mc 14,12). Et Luc, plus explicite encore, assure que le Seigneur se mit à table, lors de « la fête des azymes, appelée la Pâque » (22,1.7.14.). Le jour des « azymes » était le premier des 7 jours durant lesquels se prolongeait la fête de la Pâque.
Il est donc clair que, pour les trois évangiles synoptiques, Jésus célébra la Cène avec ses apôtres, le jour même de la Pâque. Puis, il fut arrêté et mourut crucifié, le jour suivant, alors que se déroulait la très solennelle fête de la Pâque.

La solution « Qumran »
C’est un problème déjà classique que celui de concilier les points de vue divergents des Évangiles et de vérifier si Jésus célébra sa dernière Cène la nuit même de la Pâque (vendredi), comme l’assurent les Synoptiques, ou le jour précédent (jeudi), comme l’écrit S. Jean. Diverses solutions ont été proposées au long des siècles, mais aucune n’a réussi à convaincre.
Il a fallu attendre la découverte, en 1947, des manuscrits de Qumran. Avec ces manuscrits, il semble bien qu’une nouvelle possibilité ait été offerte de résoudre le problème de manière satisfaisante.
En quoi consistent les manuscrits de Qumran? Ils font partie d’une ancienne bibliothèque du premier siècle avant J.-C., appartenant à une secte juive dite des Esséniens. Parmi les nombreux livres que contenait cette bibliothèque, on en découvrit deux (le Livre des Jubilés et le Livre d’Hénoch) qui révélèrent qu’au temps de Jésus, on se référait non pas à un seul, mais à deux calendriers distincts. L’un, désigné sous le nom de calendrier « solaire », était basé sur le cours du soleil. Il comptait 364 jours et les mois y étaient répartis de façon que les fêtes importantes tombent un mercredi. C’est ainsi que le jour du nouvel an était toujours un mercredi; de même, la fête des Tabernacles et celle de la Pâque.
Pourquoi, dans ce calendrier, l’année commençait-elle toujours un mercredi? Parce que, selon la Genèse, lorsque Dieu créa le monde, ce fut en ce quatrième jour (mercredi) qu’il fit le soleil, la lune et les étoiles, et c’est à partir d’alors que commença le cours du temps.
Le changement de calendrier
Ce calendrier fut en usage chez les juifs, durant de nombreux siècles. En effet, dans les livres de l’Ancien Testament, nous pouvons constater que les dates, les chronologies, la fête de la Pâque (toujours fixée au mercredi) et les autres festivités sont réglées par le calendrier solaire.
Mais, selon la nouvelle hypothèse, deux cents ans avant J.-C., les prêtres du Temple de Jérusalem auraient décidé de changer ce calendrier et d’en adopter un autre, basé à la fois sur le cours du soleil et sur celui de la lune, et appelé de ce fait « lunisolaire ». Ce calendrier était plus exact, vu qu’il comptait 365 jours. Il s’y trouvait cependant une variante: la fête de la Pâque y pouvait figurer n’importe quel jour de la semaine.
Petit à petit, le nouveau calendrier se répandit parmi le peuple. Mais à cette époque il fallait beaucoup de temps aux changements pour s’imposer. C’est ce qui explique le fait que, deux cents ans plus tard, au temps de Jésus, bon nombre de gens continueront de suivre l’ancien calendrier et de célébrer les fêtes aux jours fixés par lui. Même parmi les juifs, certains, tels les Esséniens de Qumran, refusèrent immédiatement d’adopter le nouveau calendrier, estimant qu’il constituait une altération inadmissible de la loi de Moïse. Ils restèrent fidèles à l’observance du calendrier primitif, comme on peut le constater en lisant leur « Manuel de Discipline », trouvé également à Qumran et où il est écrit: « Que l’on ne s’écarte point d’un pas en dehors de ce que dit la Parole de Dieu, concernant ses temps. Que les dates fixées par elle ne soient pas avancées et qu’aucune de ses fêtes ne soit retardée ».
Tous les deux avaient raison
Ainsi donc, du temps de Jésus, deux calendriers étaient en vigueur. L’un, le plus ancien, suivi par les classes populaires, et où le repas de la Pâque était toujours fixé au mercredi (c’est-à-dire à la soirée du mardi). L’autre, adopté par le sacerdoce officiel et par les classes les plus élevées, et où la fête de la Pâque pouvait tomber n’importe quel jour de la semaine. L’année où mourut Jésus, cette fête tomba précisément un samedi.
Cela étant, si nous supposons que Jésus, se référant au calendrier le plus ancien, célébra la dernière Cène avec ses apôtres le mardi soir, c’est-à-dire le jour où les gens du peuple prenaient, eux aussi, le repas pascal, la contradiction qu’on relève dans les Évangiles disparaît automatiquement.
En effet, si Jésus l’a célébrée le mardi, les évangiles synoptiques peuvent affirmer que cet événement a eu lieu « le jour même de Pâque », car ils se réfèrent au calendrier ancien. Quant à S. Jean, qui suit le calendrier officiel, il nous dit que Jésus célébra la Cène « avant la fête de la Pâque ». Les Synoptiques ont raison. S. Jean, également.
Trop peu de temps pour tant d’événements
La nouvelle hypothèse, suivant laquelle Jésus mourut un vendredi, comme l’affirment les quatre Évangiles, mais célébra la Cène le mardi précédent, non seulement élimine les contradictions qu’on relève chez ceux-ci, mais permet de résoudre d’autres difficultés, admises par tous les exégètes.
Une de celles-ci réside dans le nombre d’épisodes vécus par Jésus en si peu de temps. De fait, si la dernière Cène a eu lieu le jeudi et le crucifiement le vendredi après-midi, nous ne disposons que de 18 heures à peine pour y répartir tous les événements de la Passion.
Nous savons en effet qu’après son arrestation au jardin de Gethsémani, Jésus fut conduit chez Anne, l’ex-grand prêtre, dans la demeure duquel se déroula le premier interrogatoire (Jn 18,12). Puis on l’emmena, ligoté, chez Caïphe, le grand prêtre en charge (Jn 18,14). Là il fallut attendre que se réunisse le Sanhédrin, tribunal suprême de justice des juifs, dont faisaient partie tous les grands prêtres, les anciens et les scribes (Mc 14,53). Au cours de cette réunion nocturne, on tenta de trouver de faux témoins qui accuseraient Jésus; ce qui s’avéra laborieux, car les témoignages de ceux qui déposaient contre lui ne concordaient pas (Mc 14,55-59). Ensuite, on lui fit subir toutes sortes de vexations: coups, crachats, railleries (Mc 14,65). Au lever du jour, les 71 membres du Sanhédrin se réunirent pour la seconde fois (Mc 15,1). C’est alors qu’ils auraient décidé de condamner Jésus à mort.
Le long procès romain
Mais les choses ne se terminèrent pas là. après le procès religieux, on traîna Jésus devant Pilate, le gouverneur civil (Lc 23,1); l’entrevue dut être assez longue. Il y eut d’abord, entre le Préfet romain et les Juifs, une rencontre au cours de laquelle ces derniers présentèrent leurs accusations. Vint ensuite un interrogatoire de Jésus, à huis-clos, puis la déclaration d’innocence par Pilate et, à nouveau, des accusations insistantes de la part des juifs.
Afin de se débarrasser de l’accusé, qu’il estimait innocent, Pilate décida de l’envoyer à Hérode Antipas, gouverneur de Galilée, vu que Jésus, en tant que galiléen, relevait de sa juridiction (Lc 23,7). Cette entrevue dut, elle aussi, se prolonger un certain temps: l’Évangile dit, en effet, qu’Hérode posa beaucoup de questions à Jésus (Lc 23,9), avant de le renvoyer finalement à Pilate (Lc 23,11).
Le gouverneur romain se vit alors contraint de convoquer une nouvelle fois les grands prêtres, les magistrats et tout le peuple. Suite à un second entretien avec Jésus, il décida de soumettre à l’avis du peuple la libération éventuelle de celui-ci ou de Barabbas. Entre-temps, sa femme lui envoya un message, l’invitant à ne rien faire contre Jésus, car, durant la nuit, elle avait eu des cauchemars à propos de ce jugement. Mais, face à l’insistance de la foule, il se résolut à libérer Barabbas (Mt 27,11-25). Alors, se succédèrent la flagellation, le couronnement d’épines, les dernières tentatives de Pilate pour libérer Jésus et finalement la sentence et le lent cheminement jusqu’au Calvaire (Mt 27,27-31).
Et tout cela se serait déroulé entre la nuit du jeudi et l’après-midi du vendredi.
La nouvelle répartition
On s’en rend compte, il est absolument impossible de répartir sur si peu de temps tous les faits que nous venons de mentionner. Par contre, si l’on adopte la nouvelle date proposée pour la dernière Cène, tout s’arrange beaucoup mieux, de la manière suivante:
Mardi: dans la soirée, Jésus célèbre la Pâque. Ensuite, il va prier au mont des Oliviers, où il est arrêté. De là, il est conduit chez le grand prêtre.
Mercredi: dans la matinée, a lieu la première session du Sanhédrin, qui procède à l’audition des témoins. La nuit, Jésus la passe dans la prison des juifs.
Jeudi: seconde délibération matinale du Sanhédrin et condamnation à mort de Jésus, que l’on emmène aussitôt chez Pilate. Celui-ci l’interroge puis l’envoie à Hérode. Jésus passe la nuit dans la prison des Romains.
Vendredi: au cours de la matinée, Pilate reçoit Jésus pour la deuxième fois. Après quoi, il le fait flageller et couronner d’épines, puis il prononce la sentence et le livre aux juifs pour être crucifié. A 3 h de l’après-midi, Jésus meurt en croix.
Un jugement conforme à la Loi
La nouvelle hypothèse qui situe la dernière Cène le mardi, présente encore un autre avantage. En nous référant à la Mishna (livre sacré des juifs qui contient la législation complémentaire de l’Ancien Testament), nous pouvons constater que toute une série de lois auraient été violées, si nous nous en tenons à la date traditionnelle.
En effet, la législation juive exigeait que tout jugement se fasse de jour. Si Jésus avait célébré la Pâque le jeudi, il faudrait supposer que le Sanhédrin a siégé durant la nuit. C’eût été illégal. D’ailleurs, il est peu probable que les membres du Sanhédrin et les témoins se soient déjà trouvés réunis, pour siéger à cette heure de la nuit, sans avoir la certitude que Jésus serait appréhendé. Par contre, si la Cène a eu lieu le mardi, on peut présumer que les sessions se déroulèrent dans la matinée du mercredi et du jeudi.
La Mishna défend en outre de condamner à mort un coupable, la veille du Sabbat ou d’une fête. Selon le comput traditionnel, Jésus aurait été condamné à mort par le Sanhédrin, le vendredi matin, veille du sabbat et de la fête de la Pâque. Mais, suivant la nouvelle théorie, cette condamnation aurait eu lieu le jeudi matin, donc un jour et demi avant la Pâque et le sabbat.
La Loi juive défendait enfin de condamner quelqu’un à mort, dans les 24 heures consécutives à son arrestation, afin d’éviter que l’échauffement des esprits n’influence cette décision. Selon la chronologie brève, Jésus fut condamné à mort, quelques heures à peine après son arrestation. Mais selon la chronologie longue, il aurait été arrêté le mardi soir et condamné le vendredi matin, dans le délai prévu par la loi.
Si les juifs condamnèrent Jésus, sous prétexte qu’il avait violé la Loi, il ne paraît guère probable qu’au cours du jugement, ils aient eux-mêmes transgressé d’une manière si grossière cette Loi qu’ils prétendaient défendre.

Le silence des jours
D’autres détails, de moindre importance, deviennent eux aussi plus compréhensibles, si nous situons la dernière Cène, le mardi et la mort de Jésus, le vendredi.
Ainsi, par exemple, les Évangiles font le récit des événements qui ont marqué les derniers jours de Jésus, jusqu’en la soirée du mardi; mais ils ne disent rien de ce qui s’est passé le mercredi et le jeudi. Ce mystérieux silence a donné à penser que Jésus aurait vécu ces jours avec ses apôtres, dans l’intimité. En fait, nous savons maintenant qu’il les vécut en prison, comme une étape de sa longue Passion.
La tradition le confirme
La tradition, enfin, nous apporte une bonne confirmation de cette nouvelle hypothèse concernant la dernière Cène.
En effet, dans l’Église primitive, les chrétiens, on le sait, jeûnaient les mercredis et les vendredis. Cette coutume avait probablement son origine dans une tradition qui considérait le mercredi comme le jour de l’arrestation de Jésus et le vendredi comme le jour de sa mort.
De même, dans un ancien écrit du IIe siècle, appelé Didachè (catéchèse) des Apôtres, nos lisons: « Après avoir mangé la Pâque, le mardi dans la soirée, nous (les apôtres) nous sommes rendus au mont des Oliviers, et c’est au cours de la nuit qu’ils s’emparèrent du Seigneur. Le jour suivant, donc le mercredi, il demeura sous bonne garde dans la maison du grand prêtre… »
L’évêque Victorin de Pettau, mort vers 304, nous a laissé un texte où il dit: « Le Christ fut arrêté le quatrième jour (mardi soir, mercredi pour les juifs). Nous jeûnons le mercredi, en souvenir de sa captivité. Nous jeûnons le vendredi, en souvenir de sa Passion ».
Un autre évêque, Épiphanie de Salamine (Chypre), qui mourut en 403, écrit également: « Le Seigneur fut arrêté alors que commençait le mercredi (mardi soir), et il fut crucifié le vendredi ».
L’hypothèse selon laquelle la dernière Cène eut lieu le mardi soir, repose donc sur une tradition très ancienne, qui remonte au moins au IIIe siècle.

Fidèle jusqu’à la fin
L’Église, se référant à l’Évangile de Jean, a toujours commémoré la dernière Cène le Jeudi saint. Faudra-t-il, tenant compte de la nouvelle hypothèse (mardi), modifier la liturgie de la Semaine sainte? Non, bien sûr! La liturgie, dans l’Église, a une finalité pédagogique et non pas historique. De même que nous célébrons la naissance de Jésus, le 25 décembre, tout en sachant que cette date n’est pas historiquement certaine, nous pouvons continuer à célébrer la Dernière Cène le Jeudi saint, l’essentiel étant ici de tirer un profit spirituel de cette célébration.
La Passion du Christ fut beaucoup plus longue que nous ne le pensons généralement. Elle dura, non pas quelques heures, mais plusieurs jours. Ce qui prouve que sa mort ne fut pas le dénouement brutal de l’effervescence d’une foule excitée et irréfléchie qui, en quelques heures, décida d’en finir avec lui, mais fut la mise à exécution d’un projet prémédité, auquel les autorités juives et romaines, et le peuple tout entier donnèrent leur consentement.
La Passion du Christ apparaît ainsi entourée de circonstances bien plus dramatiques et plus terrifiantes que celles sur lesquelles nous avions coutume de méditer. Elle révèle aussi, avec une plus grande clarté, l’inexorable volonté du Seigneur d’aller jusqu’au bout, malgré les durs tourments qu’on lui infligea durant quatre jours, en vue de briser sa résistance. Jésus ne fut pas fidèle pendant quelques heures seulement, mais pendant tout le temps que dura sa Passion. Nous aussi, qui sommes ses disciples, nous ne pouvons pas nous contenter d’être fidèles, un moment. Nous devons l’être jusqu’au bout.

MORT ET RÉSURRECTION (Ph 2, 6-11)

15 avril, 2015

http://www.spiritains.org/pub/esprit/archives/art1941.htm

MORT ET RÉSURRECTION

P. Lucien Deiss

Nous entrons dans la contemplation du mystère pascal par une grande porte que nous ouvre le Père Lucien Deiss, l’hymne de Saint Paul dans l’Epitre aux Philippiens :  » Jésus, de condition divine…  » Ph 2, 6-11

Grégorien et Parole de Dieu
Jadis, avant la réforme liturgique de Vatican 11, un des sommets de l’Office de la semaine Sainte. culminait dans le chant de l’antienne  » Christus factus est pro nobis « . Quelques 120 voix jeunes, entre 20 et 25 ans, chantant le grégorien dans notre scolasticat avec une virile beauté: célébration d’une intense splendeur! La première partie de l’antienne, dans une mélodie grave et solennelle, invite à la contemplation du Christ  » obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix.  » La seconde partie, dans une envolée exultante et jubilante célèbre sa résurrection et sa seigneurie universelle:  » C’est pourquoi Dieu l’a exalté…  » Le grégorien se mettait au service du mystère, les neumes acclamaient la Parole de Dieu selon l’hymne aux Philippiens 2, 6-11.
Certaines communautés, depuis la réforme liturgique, n’ont pas pu sauvegarder la richesse de leur grégorien. En retour, elles ont récupéré un trésor d’une incomparable beauté celui de la Parole de Dieu dans son intégralité. Le texte en effet, d’une émouvante splendeur, est une hymne que Paul cite dans sa lettre aux Philippiens 2, 6-11. L’exégèse allemande l’appelle « Christuslied », chant du Christ . On la divise tout naturellement en deux parties, et les commentateurs subdivisent ordinairement chaque partie en trois strophes. La voici dans une traduction qui veut imiter autant que possible la superbe splendeur de l’original grec que cite Paul :
Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais lui-même s’anéantit prenant condition d’esclave, devenant semblable aux hommes.
Et s’étant comporté comme un homme il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom
Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au plus haut des cieux
sur la terre et dans les enfers,
Et que toute langue proclame : le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père.
Parole de Dieu et grégorien soulignent donc, chacun à sa manière, la révélation du mystère de Jésus.
Une des premières professions de foi
La lettre aux Philippiens date des années 53. La mort même de Jésus remonte aux années 30. Cette lettre fut donc rédigée quelques 23 années après la mort de Jésus. L’hymne représente ainsi une des premières professions de foi de la communauté primitive. C’est une merveille de simplicité et de force:  » Le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père  » .
« Tel est le caractère fascinant et énigmatique de ce joyau de la foi chrétienne primitive qu’il n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. » L’une des sources les plus proches semble être le quatrième chant du Serviteur de Yahvé selon Is 52,13 à 53,12. Ce chant célèbre le Serviteur, homme de douleur écrasé par la souffrance pour les péchés de son peuple, exalté ensuite comme son Fils pour son sacrifice (Is 53,10-12). On peut ajouter à cette source le thème du Nouvel Adam . Jésus est « de condition divine », littéralement « dans la forme de Dieu » (2,6). Or dans le vocabulaire biblique grec, le mot « forme » équivaut à « image ». Adam, créé à l’image de Dieu (Gn 1,27) cherche à devenir son égal. D’où sa chute. Jésus, lui qui est Fils de Dieu, n’a pas gardé jalousement le rang qui l’égalait à son Père . Il a choisi l’humilité et l’obéissance. D’où son exaltation.
En suivant le texte mot à mot
Le texte de l’hymne est particulièrement riche et dense. On donne ici, comme pour toucher le texte primitif, la transposition littérale de l’original grec.
Première partie ( 2,6-8)
Verset 6 :  » Lui (= le Christ) se trouvant en forme de Dieu, ne retint pas comme une proie d’être égal à Dieu « .
La lourdeur de la phrase s’explique par le désir d’évoquer l’image du Christ en tant nouvel Adam. Le premier Adam en effet se laissa séduire précisément par la tentation de devenir égal à Dieu:  » Vous serez comme des dieux  » (Gn 3,5), lui avait promis le démon. Le Christ , lui, réalise l’égalité avec Adam, mais au coeur même de son humilité. Nouvel Adam, il restaure ainsi l’image de Dieu en toute l’humanité.
Verset 7.  » Mais lui-même s’anéantit ( littéralement : se vida)  » prenant forme d’esclave, devenant semblable aux hommes . Quant à son aspect, il fut reconnu comme un homme.
 » Il s’anéantit  » nous comprenons : il renonça à ce qui lui appartenait en tant que Dieu, c’est-à-dire l’infinie splendeur de sa divinité. « Prenant forme d’esclave »: le mot  » esclave  » y rend servilement le grec  » doulos  » mais peut paraître trop fort dans le contexte. Il semble préférable de le rendre par le terme de  » serviteur  » On se souviendra que dans le vocabulaire de l’Ancien Testament, le serviteur peut resplendir d’une certaine noblesse en tant apparaît comme l’image et le remplaçant de son maître. C’est bien dans cette noblesse d’amour entre serviteur et maître qu’il faut comprendre la relation entre Jésus et son Père. C’est aussi dans cette noblesse d’amour que nous sommes nous-mêmes serviteurs du Père .
L’hymne affirme avec force la réalité de l’humanité de Jésus. Elle barre ainsi la route à tout docétisme. Cette hérésie, à l’oeuvre dès les premiers temps de l’Eglise, prétendait que Jésus n’était pas vraiment homme mais n’avait que la ressemblance humaine (dokein, ressembler). Elle pensait ainsi enlever le caractère scandaleux à l’incarnation et sauvegarder en même temps l’impassibilité divine: Dieu ne peut pas souffrir. Mais elle ruinait en même temps le mystère de l’incarnation de Dieu au milieu de la pauvreté humaine. Telle est la distance abyssale entre l’humilité de la condition humaine et l’infinie splendeur de la divinité. Telle est justement aussi l’infini de l’amour de Dieu pour nous.
Verset 8.  » il s’abaissa lui-même, devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort de la croix. « 
Cette troisième strophe proclame l’humiliation extrême de Jésus et son obéissance parfaite dans sa mort sur la croix. Elle évoque l’image émouvante du Serviteur de Yahvé, homme de douleurs , familier de la souffrance (Is 53,43), portant le poids de nos péchés et souffrant pour nos fautes. L’affirmation fondamentale dans la théologie paulinienne selon laquelle c’est par le péché que souffrance et mort sont entrées dans le monde (Rm 5,12) n’est pas niée dans l’hymne, elle n’est simplement pas reprise. Il y a donc possibilité dans le message chrétien d’évoquer souffrance et mort simplement comme liées à la condition humaine.
Relevons enfin la beauté de l’adjectif hypèkoos, obéissant, du verbe
hypakouein obéir et du substantif hypakoè, obéissance. Ces mots sont formés du verbe akouein, du préfixe hypo, dessous, d’où  » écouter en penchant la tête  » (Bailly). L’obéissance de Jésus, comme l’obéissance chrétienne , n’est pas l’exécution servile de la volonté d’un maître intraitable, mais bien l’humble écoute de la Parole de Dieu en penchant la tête en signe de vénération et d’amour. Au coeur de sa souffrance, dans l’agonie de sa mort, cette obéissance d’amour fut la seule réponse de Jésus à son Père. Elle est aussi pour nous aujourd’hui notre seule réponse.

Deuxième partie ( 2, 9-11)
Verset 9 : « C’est pourquoi aussi Dieu l’a exalté et lui (a donné) par grâce le nom celui au-dessus de tout nom. »
La première partie présentait Jésus comme sujet de la phrase, on s’attendait donc à ce que la seconde partie proclamât sa résurrection. En fait, la résurrection, toujours présente, n’est même pas mentionnée ici. L’hymne préfère parler plutôt de l’exaltation de Jésus. Elle célèbre donc non pas simplement le retour à la vie du Seigneur , mais bien son entrée dans la gloire du Père. Elle souligne non pas un mérite du Christ, mais un don gratuit, une grâce (echarisato) du Père. Elle s’enracine dans l’amour merveilleux du Père. C’est lui, le Père, qui est au centre de sa louange.
Verset 10:  » Afin que dans le nom de Jésus tout genou fléchisse (dans ) les cieux, et les terres et sous les terres. « 
Dans l’univers biblique le nom n’est pas d’abord indication de l’identité de la personne, mais bien la révélation de ce qu’est sa personne devant Dieu. On peut donc affirmer ainsi que le nom de Dieu, comprenons : Dieu lui-même, habitait le Temple ( Dt 12,5). C’est pour cela que le fidèle de la Première Alliance évitait de prononcer le nom de Dieu pour ne pas se trouver comme par surprise devant le Dieu d’infinie majesté. Il remplaçait ce nom par des équivalences comme « Tout-Puissant » ou  » Très Haut « . Le nom « Yahvé » lui-même fut révélé a Moïse au Sinaï ( Ex 3,14) . Il représentait au coeur de l’Ancien Testament la richesse de son amour.
Le fidèle de la Nouvelle Alliance au contraire aime prononcer le nom de Jésus . Ce nom est proclamation de son salut. Il signifie en effet selon l’hébreu « Yéhoshua » : Yahvé sauve . C’est ce que l’ange avait expliqué à Joseph quand il lui avait demandé d’accueillir chez lui l’enfant de son épouse Marie :  » Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés  » (Mt 15, 21).
Verset 11 : « Et que toute langue proclame que Seigneur (est) Jésus Christ pour la gloire de Dieu le Père
Le texte reprend l’acclamation de l’Eglise primitive qui est en même temps sa profession de foi: « Jésus Christ (est) Seigneur! » On notera l’inversion des mots  » Seigneur (est) Jésus Christ » pour souligner avec puissance la seigneurie de Jésus. Elle devait être familière à la communauté primitive ( cf. Col 2,9)
Cette finale renvoie à l’hymne citée en Is 45, 20-25. Dans cette hymne Dieu apparaît comme Dieu unique, juste et sauveur » devant qui se rassemblent toutes les nations et devant qui tout genou doit fléchir. Telle est bien la seigneurie de Dieu le Père, telle est également la seigneurie de Jésus.
Au coeur de la foi chrétienne se trouve donc la profession de foi en la seigneurie de Jésus « à la gloire de Dieu le Père ». Cette gloire du Père, c’est d’être reconnu et aimé , d’abord et essentiellement en tant que Père de Jésus, puis, à travers lui, de toute la création, donc de toute beauté, de tout amour, de toute joie.
En conclusion nous voyons là une hymne unique dans la littérature du Nouveau Testament, éblouissante de simplicité et d’optimisme théologique, parfaitement adaptée à notre époque ! Elle évite même de mentionner le péché de l’homme et du rachat de ce péché par la croix et préfère célébrer plutôt l’invitation de toute l’humanité, par le Christ, à la louange du Père. La résurrection ellemême de Jésus n’est pas décrite comme sa levée du séjour des morts après l’ignominie de la croix, mais bien comme son exaltation  » à la gloire de Dieu le Père.  » Aucune invitation non plus n’est faite pour présenter une prière de demande ni non plus une louange ou une action de grâce, mais il est évident que la seule réponse qui puisse être faite est cette louange ou cette action de grâce. Dieu est infinité d’amour. Toute son action dans le monde ne peut être qu’expression de son amour. Notre vie elle-même ne peut être que réalisation de ce à quoi nous avons été prédestinés, c’est-à-dire à être des vivantes  » louanges de sa gloire  » (Ep 1,5).
Nous réalisons cet idéal en marchant à la suite de Jésus, en vivant dans l’humilité devant le Père, en lui obéissant « jusqu’à la mort », c’est-à-dire en acceptant chaque instant de notre vie comme une offrande à son amour. Ainsi cette hymne s’incarne-t-elle au coeur de notre vie.

LA PÂQUE, LE PASSAGE DU SEIGNEUR

19 mars, 2015

http://www.comayala.es/Proyecto/frances/lapaque.htm

LA PÂQUE, LE PASSAGE DU SEIGNEUR

1.La Pâque n´est plus ce qu´elle fut. Il faut la récupérer. Fêter la Pâque suppose assumer l´essentiel des deux traditions: de la pâque juive qui fête (dans le passé ) la sortie d´Égypte et (dans le présent) le passage de l´oppression à la liberté: Dieu passe en sauvant; et de la pâque chrétienne qui fête (dans le passé) le passage du Christ de ce monde vers le Père et (au présent) son passage au milieu de nous comme Seigneur de l´histoire : il passe en apportant le salut. Avant le quatrième siècle , il n´y a qu´une célébration qui a lieu le soir de pâque. Nous pouvons nous demander ce que signifient les paroles de Jésus, aujourd´hui: allez nous préparer la Pâque (Lc 22,8).
2. La pâque juive est fêtée dans une ambiance familiale, dans les maisons, dans le cadre d´un repas, avec du mouton: Vous le garderez jusqu´au quatorzième jour de ce mois, et toute l´assemblée de la communauté d´Israël l´égorgera au crépuscule (Ex 6; cf. 12,1-5). La pâque juive est un dîner avec des lectures et des psaumes (récit de l´exode, Ps 113-118; cf. Mc 14,26). Le pain azyme (de même que les herbes amères) est un symbole des difficultées vécues. C´est le pain des persécutés, le pain de la misère et de la hâte, le pain qu´il fallut emporter et cuire avant sa fermentation. Le rituel juif le dit ainsi: Voici le pain de misère que nos ancêtres ont mangé en Égypte, que celui qui en aura besoin vienne fêter la pâque. L´exode est une expérience d´une valeur permanente: le Dieu vivant, qui agit dans l´histoire, ouvre un chemin de libération pour celui qui est opprimé. Le croyant, reconnaissant et plein d´espoir, élève la coupe du salut (Ps 116,13; Lc 22,20).
3. Dans le cadre juif de la pâque, chacun raconte son histoire: et, tous ensemble fêtent l´histoire commune d´Israël: en répètant un refrain ( dayenou: cela nous aurait suffi), ils proclament l´action libératrice de Dieu: Il nous a comblé de tants de faveurs!.. S´il avait simplement divisé la mer pour nous sans nous l´avoir fait passer à pied sec, cela nous aurait suffi… S´il nous avait donné la loi sans entrer dans le pays d´Israël, cela nous aurait suffi. S´il nous avait fait entrer dans le pays d´Israël sans bâtir la maison d´Élection pour nous, cela nous aurait suffi.
4. Dans les premiers siècles, la pâque chrétienne est précédée d´un jeûne court et rigoureux (un jour, deux ou davantage), qui provient d´une interprétation littérale du passage évangélique où l´on demande à Jésus pourquoi ses disciples ne jeûnent pas. Le jour où ils seront privés de la présence de Jésus, alors ils jeûneront (Mt 9,15), mais d´une façon différente. Ce qui souille l´homme ce n´est pas ce qui entre par la bouche mais ce qui sort du coeur (cf. Mc 7,5-23). Sur ce sens-là porte la question: quel genre de jeûne devons-nous faire pour fêter la Pâque? Du reste, il est significatif que Jésus, l´Agneau de Dieu, (Jn 1,29), ait été sacrifié le jour de la préparation de la Pâque (19,14: 1 Co 5,7).
5. Une réalité fondamentale que nous n´arrivons pas à comprendre est la suivante: la veillée pascale est la célébration de la Pâque tout entière. La pâque n´est pas seulement la passion et la résurrection considérés comme deux événements successifs. C´est le passage de l´un à l´autre, des ténébres à la lumière, de la mort à la vie, de la tristesse à la joie (Jn 16,20). C´est une veillée. Par conséquent on va veiller (cf. Ex 112,42) avec les lampes allumées (Mt 25,4) et le contenu de cette veillée est, en premier lieu, la Parole de Dieu (vivante et abondante), et ensuite l´eucharistie (action de grâces).
6. Des témoignages très anciens (La Lettre des Apôtres au milieu du IIème siècle et la Didacalie au IIIème siècle) nous montrent une veillée fêtée pendant toute la nuit jusqu´au chant du coq; par conséquent, elle commençait au crépuscule et finissait après minuit avec l´eucharistie. Â un moment donné, surtout à l´époque du catéchuménat (IIIème et IVème siècles) la veillée pascale finit par inclure la célébration du baptême (cf. Rm 6,3-11). On discuta beaucoup au IIème siècle à cause de la date: les communautés de l´Asie Mineure fêtaient la Pâque le 14 Nisan, de même que les Juifs et les premiers disciples; le reste de l´Église le faisait la nuit du samedi au dimanche et mettait en relief la résurrection. Victor, évêque de Rome, proclama l´excommunication . Mais Irénée de Lyon et Polycrates d´Éphèse, ainsi que les évêques d´Asie, lui rappelèrent la tradition écclésiastique: Polycarpe d´ Esmine et Anicète de Rome ( passant outre ces différences d´opinion) étaient en communion (Eusèbe de C. HEV,24,17).
7. La Didascalie décrit la veillée pascale de la façon suivante: Vous vous réunirez et veillerez, et pendant toute la nuit vous veillerez avec des prières et des larmes, vous lirez les prophètes et les évangiles et les psaumes, dans la crainte et le tremblement avec des prières, jusqu´à la troisième heure de la nuit qui suit le samedi. Alors vous romprez le jeûne, vous offrirez le sacrifice et vous mangerez et vous serez heureux dans la joie et l´allègresse, puisque le Christ, les primices de notre résurrection, a ressuscité.
8. Vers la fin du IVème siècle apparaît déjà la tradition du triduum saint, dans lequel on fête les aspects successifs du mystère pascal. Saint Ambroise dit: C´est le triduum saint … pendant lequel (le Christ) a souffert, s´est reposé et est ressuscité (Ep. 23,12-13:Pl 16,1030). Saint Augustin met en relation le passage de Jonas dans la baleine avec le triduum pendant lequel le Seigneur est mort et est ressuscité: vendredi, samedi, dimanche (De consensu Evang.,3,66: Pl 34,1199).
9. À partir du Vème siècle, le catéchuménat, ainsi que l´aspect baptismal de la veillée pascale disparaissent progressivement. On essaie, alors, de pallier ce défaut au moyen d´un élargissement du symbolisme rituel: bénédiction du feu, du cierge, de l´eau. Cette phase symbolique fut bientôt suivie de la phase dramatique, quand, sous l´influence de la litturgie de Jérusalem, on scénifie les circonstances de la passion.
10. Déjà au Vème siècle, le dimanche qui inaugure la Semaine Sainte, la liturgie orientale fête l´entrée messianique de Jésus à Jérusalem tandis que la liturgie romaine (avec Saint Léon le Grand) inclut déjà la passion (mercredi et vendredi saint aussi). D´un autre côté, Saint Augustin répond à une question sur ce qu´on devait faire le jeudi saint: la règle d´or est de suivre les pratiques de l´Église dans laquelle on se trouve (Ep.54,5:Pl 32,202). Depuis le VIIIème siècle, une nouvelle conception du triduum s´impose dans l´église latine, le triduum avant la Pâque: jeudi, vendredi et samedi. Peu à peu, la dégradation de la Pâque avance. Pie V (1566) défend de célébrer la messe l´après midi, ce qui fait que l´office de la veillée pascale est avancé au matin du samedi . Cependant, le 9 février 1951 la Congrégation des Rites décide de restaurer la veillée pascale.
11. Malgré toutes les réformes (de 1955 et de 1970) il existe encore des problèmes: le dimanche des rameaux, on mêle l´entrée messianique avec la passion, et, en plus, on évite la dénonciation du temple, qui explique la mort de Jésus (Mc 11,18); le Jeudi Saint, le lavement des pieds l´emporte sur la Cène (Jn 13,-17; 1 Co 11,23-26); le Vendredi Saint, on néglige l´impressionante Parole de la croix (Ps 22); dans la veillée pascale, la rénovation des promesse baptismales est insuffisante et uniquement formelle; le déficit actuel d´évangélisation des baptisés demande quelquechose de plus: un processus d´inspiration catéchuménale qui puisse aider à découvrir ce que le baptême signifie vraiment; finalement, on ne met pas en relief le dynamisme indivisible du mystère pascal ( le passage de l´oppression à la liberté, de la mort à la vie) et, la Pâque n´est plus ce qu´elle fut.
12. Quel que soit le moment où on le célèbre, avant la fête de Pâques (Jn 13,1), le premier jour de la semaine (Jn 20,1), huit jours après (Jn 20,26), pendant quarante jours (Ac 1,3), pendant cinquante jours (2,1), chaque semaine (20,7; Ap1,10), pendant toute l´année, le fait fondamental est celui-ci: Ce Jésus que vous, vous avez crucifié, est le Seigneur (Ac 2,36) . Nous aussi, nous pouvons reconnaître sa présence et son action à de multiples signes (1Co 15,16;Jn 21,7), qui se produisent comme fruits de la Pâque. Sa Pâque, son passage, a inauguré, pour le monde entier, l´aube d´un nouveau jour qui ne finira jamais.

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – 2009 – Octave de Pâques

30 mai, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090415_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 15 avril 2009 – Octave de Pâques

Chers frères et sœurs,
L’Audience générale traditionnelle du mercredi est empreinte aujourd’hui d’une joie spirituelle, qu’aucune souffrance ni peine ne peuvent effacer, car c’est une joie qui jaillit de la certitude que le Christ, par sa mort et sa résurrection, a définitivement triomphé sur le mal et sur la mort. « Le Christ est ressuscité! Alléluia! » chante l’Eglise en fête. Et ce climat de fête, ces sentiments typiques de Pâques, se prolongent non seulement au cours de cette semaine – l’Octave de Pâques – mais s’étendent au cours des cinquante jours qui vont jusqu’à la Pentecôte. Le mystère de Pâques embrasse même toute la durée de notre existence.
En ce temps liturgique, les références bibliques et les invitations à la méditation, qui nous sont offertes pour approfondir la signification et la valeur de Pâques, sont véritablement nombreuses. La « via crucis » que, au cours du Saint Triduum, nous avons reparcourue avec Jésus jusqu’au Calvaire, en en revivant la douloureuse Passion est devenue, au cours de la solennelle Veillée de Pâques, une « via lucis » réconfortante, un chemin de lumière et de renaissance spirituelle, de paix intérieure et de solide espérance. Après les pleurs, après le désarroi du Vendredi saint, suivi par le silence chargé d’attente du Samedi saint, à l’aube du « premier jour après le sabbat » a retenti avec vigueur l’annonce de la Vie qui a vaincu la mort:  « Dux vitae mortuus / regnat vivus – le Seigneur de la vie était mort; mais à présent, vivant, il triomphe! » La nouveauté bouleversante de la résurrection est si importante que l’Eglise ne cesse de la proclamer, en prolongeant son souvenir en particulier chaque dimanche, jour du Seigneur et Pâque hebdomadaire du peuple de Dieu. Nos frères orientaux, comme pour souligner ce mystère de salut qui enveloppe notre vie quotidienne, appellent le dimanche en russe « jour de la résurrection » (voskrescénje).
Il est donc fondamental pour notre foi et pour notre témoignage chrétien de proclamer la résurrection de Jésus de Nazareth comme un événement réel, historique, attesté par de nombreux témoins faisant autorité. Nous l’affirmons avec force car, à notre époque également, il ne manque pas de personnes qui cherchent à en nier l’historicité, en réduisant le récit évangélique à un mythe, en reprenant et en présentant des théories anciennes et déjà utilisées comme nouvelles et scientifiques. Certes, la résurrection n’a pas été pour Jésus un simple retour à la vie terrestre précédente, mais elle a été le passage à une dimension profondément nouvelle de vie, qui nous concerne nous aussi, qui touche toute la famille humaine, l’histoire et tout l’univers. Cet événement a changé l’existence des témoins oculaires, comme le démontrent les récits évangéliques et les autres écrits néotestamentaires; il s’agit d’une annonce que des générations entières d’hommes et de femmes au cours des siècles ont écoutée avec foi et ont témoignée, souvent au prix de leur sang, à travers le martyre. Cette année également, cette bonne nouvelle retentit à Pâques, de façon immuable et toujours nouvelle, dans tous les lieux de la terre:  Jésus mort en croix est ressuscité, il vit glorieux car il a vaincu le pouvoir de la mort. Telle est la victoire de la Pâque! Tel est notre salut! Et avec saint Augustin, nous pouvons chanter:  « La résurrection du Christ est notre espérance! ».
C’est vrai:  la résurrection de Jésus fonde notre solide espérance et illumine tout notre pèlerinage terrestre, y compris l’énigme humaine de la douleur et de la mort. La foi dans le Christ crucifié et ressuscité est le cœur de tout le message évangélique, le noyau central de notre « Credo ». Nous pouvons trouver une expression faisant autorité de ce « Credo » essentiel dans un passage célèbre des écrits de saint Paul, contenu dans la Première Lettre aux Corinthiens (15, 3-8), où l’Apôtre, pour répondre à certaines personnes de la communauté de Corinthe qui, paradoxalement, proclamaient la résurrection de Jésus, mais niaient celle des morts, transmet fidèlement ce que lui-même avait reçu de la première communauté apostolique concernant la mort et la résurrection du Seigneur.
Il commence par une affirmation presque péremptoire:  « Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée; cet Evangile, vous l’avez reçu, et vous y restez attaché, vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants » (vv. 1-2). Il ajoute aussitôt qu’il leur a transmis ce que lui-même a reçu. Suit alors l’épisode que nous avons écouté au début de notre rencontre. Saint Paul présente tout d’abord la mort de Jésus et apporte à un texte aussi dépouillé, deux ajouts à la nouvelle que « le Christ est mort ». Le premier ajout est:  il est mort « pour nos péchés »; le deuxième est:  « conformément aux Ecritures » (v. 3). L’expression « conformément aux Ecritures » place l’événement de la résurrection du Seigneur en relation avec l’histoire de l’Alliance vétérotestamentaire de Dieu avec son peuple, et nous fait comprendre que la mort du fils de Dieu appartient au tissu de l’histoire du salut, et que c’est même d’elle que cette histoire tire sa logique et sa véritable signification. Dans le mystère pascal s’accomplissent les paroles de l’Ecriture, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un événement qui porte en soi un logos, une logique:  la mort du Christ témoigne que la Parole de Dieu s’est faite jusqu’au fond « chair », « histoire » humaine. Comment et pourquoi ceci a eu lieu, se comprend à partir du deuxième ajout que saint Paul apporte:  le Christ est mort « pour nos péchés ». Avec ces paroles, le texte de saint Paul semble reprendre la prophétie d’Isaïe contenue dans le Quatrième chant du Serviteur de Dieu (cf. Is 53, 12). Le Serviteur de Dieu « s’est livré lui-même jusqu’à la mort », a porté « le péché des multitudes », et intercédant pour les « criminels », il a pu apporter le don de la réconciliation des hommes entre eux et des hommes avec Dieu:  sa mort met donc fin à la mort; le chemin de la Croix conduit à la Résurrection.
Dans les versets qui suivent, l’Apôtre s’arrête ensuite sur la résurrection du Seigneur. Il dit que le Christ « est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures ». De nombreux exégètes entrevoient dans l’expression:  « Il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures » un rappel significatif de ce que nous lisons dans le Psaume 16, où le Psalmiste proclame:  « Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption » (v. 10). Il s’agit de l’un des textes de l’Ancien Testament, cités aux débuts du christianisme, pour démontrer le caractère messianique de Jésus. Etant donné que selon l’interprétation juive, la corruption commençait après le troisième jour, la parole de l’Ecriture s’accomplit en Jésus qui ressuscite le troisième jour, c’est-à-dire avant que ne commence la corruption. Saint Paul, transmettant fidèlement l’enseignement des Apôtres, souligne que la victoire du Christ sur la mort a lieu à travers la puissance créatrice de la Parole de Dieu. Cette puissance divine apporte espérance et joie:  c’est en définitive le contenu libérateur de la révélation pascale. Dans la Pâque, Dieu se révèle lui-même et révèle la puissance de l’amour trinitaire qui anéantit les forces destructrices du mal et de la mort.

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE BENOÎT XVI – PÂQUES 2012

10 avril, 2012

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/urbi/documents/hf_ben-xvi_mes_20120408_urbi-easter_fr.html

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE BENOÎT XVI

PÂQUES 2012

Dimanche, 8 avril 2012

Chers frères et sœurs de Rome et du monde entier !

« Surrexit Christus, spes mea » – « Le Christ, mon espérance, est ressuscité » (Séquence pascale).

Que parvienne à vous tous la voix joyeuse de l’Église, par les paroles que l’ancien hymne met sur les lèvres de Marie Madeleine, la première à rencontrer Jésus ressuscité le matin de Pâques. Elle courut chez les autres disciples et, le cœur tout battant, elle leur annonça : « J’ai vu le Seigneur ! » (Jn 20, 18). Nous aussi, qui avons traversé le désert du Carême et les jours douloureux de la Passion, faisons place aujourd’hui au cri de victoire : « Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! ».

Tout chrétien revit l’expérience de Marie de Magdala. C’est une rencontre qui change la vie : la rencontre avec un Homme unique, qui nous fait expérimenter toute la bonté et la vérité de Dieu, qui nous nous libère du mal, non pas d’une manière superficielle, momentanée, mais il nous en libère radicalement, nous guérit de tout et nous restitue notre dignité. Voici pourquoi Madeleine appelle Jésus « mon espérance » : car c’est Lui qui l’a fait renaître, lui a donné un nouvel avenir, une existence bonne, libérée du mal. « Le Christ, mon espérance » signifie que tout mon désir de bien trouve en Lui une possibilité réelle : avec Lui, je peux espérer que ma vie sera bonne, et qu’elle sera pleine, éternelle, car c’est Dieu-même qui s’est fait proche jusqu’à entrer dans notre humanité.
Toutefois, comme les autres disciples, Marie de Magdala a dû voir Jésus rejeté par les chefs du peuple, arrêté, flagellé, condamné à mort et crucifié. Voir la Bonté en personne soumise à la méchanceté humaine, la Vérité raillée par le mensonge, la Miséricorde insultée par la vengeance, a dû être insupportable. Avec la mort de Jésus, l’espérance de ceux qui avaient mis leur confiance en Lui semblait perdue. Mais cette foi ne s’est jamais évanouie totalement : surtout dans le cœur de la Vierge Marie, la Mère de Jésus, la petite flamme est restée allumée d’une manière vive, même dans l’obscurité de la nuit. Dans ce monde, l’espérance ne peut pas ne pas tenir compte de la dureté du mal. Ce n’est pas seulement le mur de la mort qui lui fait obstacle, mais plus encore, ce sont les pointes acérées de la jalousie et de l’orgueil, du mensonge et de la violence. Jésus est passé par cet enlacement mortel, pour nous ouvrir le passage vers le Royaume de la vie. Il y eut un moment où Jésus apparaissait vaincu : les ténèbres avaient couvert la terre, le silence de Dieu était total et l’espérance, une parole qui semblait désormais vaine.
Et voici qu’à l’aube du jour après le sabbat, on a trouvé le sépulcre vide. Jésus se montre ensuite à Madeleine, aux autres femmes, aux disciples. La foi renaît plus vive et plus forte que jamais, désormais invincible, car fondée sur une expérience décisive : « La mort et la vie s’affrontèrent / en un duel prodigieux. / Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne ». Les signes de la résurrection attestent la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la miséricorde sur la vengeance : « Le sépulcre du Christ vivant, / la gloire du Christ ressuscité, / et les anges ses témoins, / le suaire et ses vêtements ».
Chers frères et sœurs ! Si Jésus est ressuscité, alors – et seulement alors – est arrivé quelque chose de vraiment nouveau, qui change la condition de l’homme et du monde. Alors Lui, Jésus, est quelqu’un en qui nous pouvons avoir absolument confiance, et non pas seulement dans son message, mais vraiment en Lui, parce que le Ressuscité n’appartient pas au passé, mais Il est présent aujourd’hui, vivant. Le Christ est espérance et réconfort particulièrement pour les communautés chrétiennes qui sont les plus éprouvées par des discriminations et des persécutions à cause de leur foi. Et par son Église, Il est présent comme force d’espérance, proche de toutes les situations humaines de souffrance et d’injustice.
Puisse le Christ ressuscité donner espérance au Moyen-Orient, afin que toutes les composantes ethniques, culturelles et religieuses de cette Région collaborent pour le bien commun et le respect des droits humains. En Syrie, particulièrement, que cesse l’effusion de sang et que soit entrepris sans délai le chemin du respect, du dialogue et de la réconciliation, comme le souhaite la communauté internationale. Que les nombreux réfugiés, provenant de ce pays et ayant besoin d’aide humanitaire, trouvent l’accueil et la solidarité qui puissent soulager leurs pénibles souffrances. Que la victoire pascale encourage le peuple irakien à ne ménager aucun effort pour avancer sur le chemin de la stabilité et du développement. Qu’en Terre Sainte, Israéliens et Palestiniens reprennent avec courage le processus de paix.
Puisse le Seigneur, victorieux du mal et de la mort, soutenir les communautés chrétiennes du Continent africain, leur donner espérance pour affronter les difficultés, les rendre promotricesde paix et artisanesdu développement des sociétés auxquelles elles appartiennent.
Puisse Jésus Ressuscité réconforter les populations de la Corne de l’Afrique en proie à la souffrance et favoriser leur réconciliation ; qu’il aide la Région des Grands Lacs, le Soudan et le Sud-Soudan, en donnant à leurs habitants la force du pardon. Au Mali, qui traverse un délicat moment politique, puisse le Christ Glorieux accorder la paix et la stabilité. Au Nigeria qui, ces derniers temps, a été le théâtre d’attaques terroristes sanglantes, que la joie pascale donneles énergies nécessaires pour recommencer à construire une société pacifique et respectueuse de la liberté religieuse de tous ses citoyens.

Bonne fête de Pâques à tous !

MESSE CHRISMALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (5 avril 2012)

10 avril, 2012

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2012/documents/hf_ben-xvi_hom_20120405_messa-crismale_fr.html

MESSE CHRISMALE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique vaticane

Jeudi Saint, 5 avril 2012

Chers frères et sœurs!

En cette messe nos pensées se tournent vers le moment où l’Évêque, par l’imposition des mains et la prière, nous a fait entrer dans le sacerdoce de Jésus Christ, de sorte que nous soyons « consacrés dans la vérité » (Jn 17, 19), comme Jésus, dans sa Prière sacerdotale, a demandé pour nous à son Père. Il est lui-même la Vérité. Il nous a consacrés, c’est-à-dire remis pour toujours à Dieu, afin que, à partir de Dieu et en vue de lui, nous puissions servir les hommes. Mais sommes-nous aussi consacrés dans la réalité de notre vie ? Sommes-nous des hommes qui agissent à partir de Dieu et en communion avec Jésus Christ ? Avec cette question le Seigneur se tient devant nous, et nous nous tenons devant lui. « Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes, en étant fidèles aux engagements attachés à la charge ministérielle que vous avez reçue au jour de votre Ordination sacerdotale ? » C’est ainsi qu’après cette homélie, j’interrogerai individuellement chacun de vous et aussi moi-même. Par là, deux choses s’expriment surtout : ce qui est demandé c’est un lien intérieur, ou mieux, une configuration au Christ, et en ceci nécessairement un dépassement de nous-mêmes, un renoncement à ce qui est seulement nôtre, à la si vantée autoréalisation. Il est demandé que nous, que moi, je ne revendique pas ma vie pour moi-même, mais que je la mette à la disposition d’un autre – du Christ. Que je ne demande pas : qu’est-ce que j’en retire pour moi ?, mais : qu’est-ce que je peux donner moi pour lui et ainsi pour les autres ? Ou encore plus concrètement : comment doit se réaliser cette configuration au Christ, lequel ne domine pas, mais sert ; il ne prend pas, mais il donne – comment doit-elle se réaliser dans la situation souvent dramatique de l’Église d’aujourd’hui ? Récemment, un groupe de prêtres dans un pays européen a publié un appel à la désobéissance, donnant en même temps aussi des exemples concrets sur le comment peut s’exprimer cette désobéissance, qui devrait ignorer même des décisions définitives du Magistère – par exemple sur la question de l’Ordination des femmes, à propos de laquelle le bienheureux Pape Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur. La désobéissance est-elle un chemin pour renouveler l’Église ? Nous voulons croire les auteurs de cet appel, quand ils affirment être mus par la sollicitude pour l’Église ; être convaincus qu’on doit affronter la lenteur des Institutions par des moyens drastiques pour ouvrir des chemins nouveaux – pour ramener l’Église à la hauteur d’aujourd’hui. Mais la désobéissance est-elle vraiment un chemin ? Peut-on percevoir en cela quelque chose de la configuration au Christ, qui est la condition nécessaire de tout vrai renouvellement, ou non pas plutôt seulement l’élan désespéré pour faire quelque chose, pour transformer l’Église selon nos désirs et nos idées ?
Mais ne simplifions pas trop le problème. Le Christ n’a-t-il pas corrigé les traditions humaines qui menaçaient d’étouffer la parole et la volonté de Dieu ? Oui, il l’a fait, pour réveiller de nouveau l’obéissance à la vraie volonté de Dieu, à sa parole toujours valable. La vraie obéissance lui tenait justement à cœur, contre l’arbitraire de l’homme. Et n’oublions pas : il était le Fils, avec l’autorité et la responsabilité singulières de révéler l’authentique volonté de Dieu, pour ouvrir ainsi la route de la parole de Dieu vers le monde des gentils. Et enfin : il a concrétisé son envoi par sa propre obéissance et son humilité jusqu’à la Croix, rendant ainsi sa mission crédible. Non pas la mienne, mais ta volonté : c’est la parole qui révèle le Fils, son humilité et en même temps sa divinité, et qui nous indique la route.
Laissons-nous interroger encore une fois : est-ce qu’avec de telles considérations n’est pas défendu, en fait, l’immobilisme, le durcissement de la tradition ? Non. Celui qui regarde l’histoire de l’époque post-conciliaire, peut reconnaître la dynamique du vrai renouvellement, qui a souvent pris des formes inattendues dans des mouvements pleins de vie et qui rend presque tangibles la vivacité inépuisable de la sainte Église, la présence et l’action efficace du Saint Esprit. Et si nous regardons les personnes, dont sont nés et naissent ces fleuves frais de vie, nous voyons aussi que pour une nouvelle fécondité il est nécessaire d’être remplis de la joie de la foi ; sont aussi nécessaires la radicalité de l’obéissance, la dynamique de l’espérance et la force de l’amour.
Chers amis, il reste clair que la configuration au Christ est la condition nécessaire et la base de tout renouvellement. Mais peut-être que la figure du Christ nous apparaît parfois trop élevée et trop grande, pour pouvoir oser en prendre les mesures. Le Seigneur le sait. C’est pourquoi, il a pourvu à des « traductions » dans des ordres de grandeur plus accessibles et plus proches de nous. Pour cette raison justement, Paul sans timidité a dit à ses communautés : imitez-moi, mais j’appartiens au Christ. Il était pour ses fidèles une « traduction » du style de vie du Christ, qu’ils pouvaient voir et à laquelle ils pouvaient adhérer. À partir de Paul, tout au long de l’histoire il y a eu continuellement de telles « traductions » du chemin de Jésus en figures historiques vivantes. Nous prêtres nous pouvons penser à une grande foule de saints prêtres, qui nous précèdent pour nous indiquer la route : à commencer par Polycarpe de Smyrne et Ignace d’Antioche, en passant par les grands pasteurs comme Ambroise, Augustin et Grégoire le Grand, jusqu’à Ignace de Loyola, Charles Borromée, Jean-Marie Vianney, jusqu’aux prêtres martyrs du vingtième siècle et enfin jusqu’au Pape Jean-Paul II qui dans l’action et dans la souffrance nous a été un exemple dans la configuration au Christ, comme « don et mystère ». Les saints nous indiquent comment fonctionne le renouvellement et comment nous pouvons nous mettre à son service. Et ils nous font aussi comprendre que Dieu ne regarde pas aux grands nombres et aux succès extérieurs, mais rapporte ses victoires dans l’humble signe du grain de moutarde.
Chers amis, je voudrais encore brièvement m’arrêter à deux mots-clés du renouvellement des promesses sacerdotales, qui devraient nous pousser à réfléchir en ce moment de la vie de l’Église et de notre vie personnelle. Il y a avant tout le souvenir du fait que nous sommes – comme s’exprime Paul – « intendants des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1), et que nous incombe le ministère de l’enseignement, le (munus docendi), qui est une partie de cette intendance des mystères de Dieu, où il nous montre son visage et son cœur, pour se donner lui-même à nous. Dans la rencontre des Cardinaux à l’occasion du récent Consistoire, divers Pasteurs, sur la base de leur expérience, ont parlé d’un analphabétisme religieux qui se répand dans notre société si intelligente. Les éléments fondamentaux de la foi, que dans le passé chaque enfant connaissait, sont toujours moins connus. Mais pour pouvoir vivre et aimer notre foi, pour pouvoir aimer Dieu et donc devenir capables de l’écouter de façon juste, nous devons savoir ce que Dieu nous a dit ; notre raison et notre cœur doivent être touchés par sa parole. L’Année de la foi, le souvenir de l’ouverture du Concile Vatican II, il y a 50 ans, doivent être pour nous une occasion d’annoncer le message de la foi avec un zèle nouveau et avec une nouvelle joie. Naturellement, nous le trouvons de manière fondamentale et essentielle dans la Sainte Écriture, que nous ne lirons et méditerons jamais assez. Mais en cela nous faisons tous l’expérience d’avoir besoin d’aide pour la transmettre avec rectitude dans le présent, afin qu’elle touche vraiment notre cœur. Cette aide nous la trouvons en premier lieu dans la parole de l’Église enseignante : les textes du Concile Vatican II et le Catéchisme de l’Église catholique sont des instruments essentiels qui nous indiquent de manière authentique ce que l’Église croit à partir de la Parole de Dieu. Et naturellement en fait partie aussi tout le trésor des documents que le Pape Jean-Paul II nous a donné et qui est encore loin d’avoir été exploité jusqu’au bout.
Toute notre annonce doit se mesurer sur la parole de Jésus Christ : « Mon enseignement n’est pas le mien » (Jn 7, 16). Nous n’annonçons pas des théories et des opinions privées, mais la foi de l’Église dont nous sommes des serviteurs. Mais ceci naturellement ne doit pas signifier que je ne soutiens pas cette doctrine de tout mon être et que je ne suis pas fixé solidement en elle. Dans ce contexte me vient souvent à l’esprit la parole de saint Augustin : qu’est ce qui est aussi mien que moi-même ? qu’est-ce qui est aussi peu mien que moi-même ? Je ne m’appartiens pas à moi-même et je deviens moi-même justement par le fait que je vais au-delà de moi-même et par le dépassement de moi-même je réussis à m’insérer dans le Christ et dans son Corps qui est l’Église. Si nous ne nous annonçons pas nous-mêmes et si intérieurement nous sommes devenus tout un avec Celui qui nous a appelés comme ses messagers si bien que nous sommes modelés par la foi et que nous la vivons, alors notre prédication sera crédible. Je ne fais pas de la réclame pour moi-même, mais je me donne moi-même. Le Curé d’Ars n’était pas un savant, un intellectuel, nous le savons. Mais par son annonce il a touché les cœurs des gens, parce que lui-même avait été touché au cœur.
Le dernier mot-clé que je voudrais encore évoquer s’appelle le zèle pour les âmes (animarum zelus). C’est une expression démodée qui aujourd’hui n’est presque plus utilisée. Dans certains milieux, le mot âme est même considéré comme un mot prohibé, parce que – dit-on – il exprimerait un dualisme entre corps et âme, divisant l’homme à tort. L’homme est certainement une unité, destiné avec son corps et son âme à l’éternité. Mais ceci ne peut signifier que nous n’avons plus une âme, un principe constitutif qui garantit l’unité de l’homme dans sa vie et au-delà de sa mort terrestre. Et naturellement comme prêtres nous nous préoccupons de l’homme tout entier, justement aussi de ses nécessités physiques – des affamés, des malades, des sans-toit. Toutefois, nous ne nous préoccupons pas seulement du corps, mais aussi des besoins de l’âme de l’homme : des personnes qui souffrent en raison de la violation du droit ou d’un amour détruit ; des personnes qui se trouvent dans l’obscurité à propos de la vérité ; qui souffrent de l’absence de vérité et d’amour. Nous nous préoccupons du salut des hommes dans leur corps et dans leur âme. Et en tant que prêtres de Jésus Christ, nous le faisons avec zèle. Les personnes ne doivent jamais avoir la sensation que nous accomplissons consciencieusement notre horaire de travail, mais qu’avant et après nous nous appartenons seulement à nous-mêmes. Un prêtre ne s’appartient jamais à lui-même. Les personnes doivent percevoir notre zèle, par lequel nous donnons un témoignage crédible pour l’Évangile de Jésus Christ. Prions le Seigneur de nous remplir de la joie de son message, afin qu’avec un zèle joyeux nous puissions servir sa vérité et son amour. Amen.

Vraiment, celui-ci etait Fils de Dieu! – Vendredi Saint 2011, Père Cantalamessa

4 avril, 2012

http://www2.cantalamessa.org/fr/predicheView.php?id=425

Vraiment, celui-ci etait Fils de Dieu!

Père Cantalamessa

2011-04-22- Prédication du Vendredi Saint 2011 en la basilique Saint-Pierre

(anné liturgique A)

Dans sa Passion – écrit saint Paul à Timothée – le Christ Jésus « a rendu son beau témoignage » (1 Tm 6, 13). On se demande: témoignage de quoi ? Pas de la vérité de sa vie et de sa cause. Beaucoup sont morts, et meurent encore aujourd’hui, pour une mauvaise cause, pensant qu’elle est juste. La résurrection elle, oui, rend témoignage de la vérité du Christ: « Dieu a offert à tous une garantie sur Jésus, en le ressuscitant des morts », dira l’apôtre à l’Aréopage d’Athènes (Ac 17, 31).
La mort ne témoigne pas de la vérité, mais de l’amour du Christ. Ou plutôt, elle constitue la preuve suprême de cet amour: « Nul n’a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). On pourrait objecter qu’il existe un amour plus grand que donner sa vie pour ses amis, et c’est donner sa vie pour ses ennemis. C’est justement ce que Jésus a fait: « Le Christ est mort pour des impies, écrit l’apôtre dans l’Epître aux Romains. A peine, en effet, voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir ; mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Rm 5, 6-8). « Il nous a aimés alors que nous étions ses ennemis, pour faire de nous ses amis »[1].
Une certaine « théologie de la croix » unilatérale peut nous faire oublier l’essentiel. La croix n’est pas seulement jugement de Dieu sur le monde, réfutation de sa sagesse et révélation de son péché. Elle n’est pas le NON de Dieu au monde, mais son ‘OUI’ d’amour: « L’injustice, le mal comme réalité – écrit le Saint-Père dans son dernier livre sur Jésus –, ne peut pas être simplement ignoré, ne peut être laissé là. Il doit être éliminé, vaincu. C’est là seulement la vraie miséricorde. Et puisque les hommes n’en sont pas capables, Dieu lui-même s’en charge maintenant – c’est là la bonté ‘inconditionnelle’ de Dieu »[2].
Mais comment avoir le courage de parler de l’amour de Dieu, alors que se déroulent sous nos yeux tant de tragédies humaines, comme la catastrophe qui s’est abattue sur le Japon, ou les hécatombes en mer des dernières semaines? Ne pas en parler du tout ? Mais garder totalement le silence serait trahir la foi et ignorer le sens du mystère que nous célébrons.
Il y a une vérité qui doit être proclamée haut et fort le Vendredi Saint. Celui que nous contemplons sur la croix est Dieu « en personne ». Il est aussi l’homme Jésus de Nazareth, oui, mais celui-ci et le Fils du Père éternel ne sont qu’une seule et même personne. Tant qu’on ne reconnaîtra pas et qu’on ne prendra pas au sérieux le dogme de foi fondamental des chrétiens – la première définition dogmatique formulée à Nicée – à savoir que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, Dieu lui-même, de même nature que le Père, la souffrance humaine restera sans réponse.
On ne peut pas dire que « la demande de Job est restée sans réponse », ni que la foi chrétienne ne donne pas de réponse par rapport à la souffrance humaine, si au départ on refuse la réponse que celle-ci dit avoir. Que faire pour garantir à quelqu’un qu’une certaine boisson ne contient pas de poison ? La boire avant lui, devant lui! C’est ce que Dieu a fait avec les hommes. Il a bu le calice amer de la passion. La souffrance humaine ne peut donc pas être empoisonnée, ne peut être seulement négativité, perte, absurdité, si Dieu lui-même a choisi de la goûter. Au fond du calice, il doit y avoir une perle.
Le nom de la perle, nous le connaissons: résurrection! « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Rm 8, 18), et encore « Il essuiera toute larme de leurs yeux: de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21, 4).
Si la course pour la vie devait finir ici-bas, il y aurait vraiment de quoi désespérer à la pensée des millions et peut-être des milliards d’êtres humains qui partent avec un tel désavantage, cloués au point de départ par la pauvreté et le sous-développement, sans pouvoir même participer à la compétition. Mais il n’en est pas ainsi. La mort non seulement annule les différences, mais les renverse. « Or il advint que le pauvre mourut et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et on l’ensevelit, dans l’Hadès » (cf. Lc 16, 22-23). On ne peut pas appliquer de façon simpliste ce schéma à la réalité sociale, mais il est là pour nous avertir que la foi en la résurrection ne laisse personne dans la tranquillité de sa vie. Il nous rappelle que la formule « vivre et laisser vivre » ne doit jamais se transformer en « vivre et laisser mourir ».
La réponse de la Croix n’est pas seulement pour nous chrétiens, elle est pour tous, car le Fils de Dieu est mort pour tous. Il y a dans le mystère de la rédemption un aspect objectif et un aspect subjectif ; il y a le fait en soi et la prise de conscience, la réponse de foi à celui-ci. Le premier aspect s’étend au-delà du second. « L’Esprit Saint – dit un texte de Vatican II – offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. »[3].
Une façon d’être associé au mystère pascal est justement la souffrance: « Souffrir – écrivait Jean-Paul II au lendemain de son attentat et de la longue période d’alitement qui s’ensuivit – signifie devenir particulièrement réceptif, particulièrement ouvert à l’action des forces salvifiques de Dieu offertes à l’humanité dans le Christ »[4]. La souffrance, toute souffrance, mais particulièrement celle des innocents, met en contact de façon mystérieuse, « connue seulement de Dieu », avec la croix du Christ.
Après Jésus, ceux qui ont « rendu leur beau témoignage » et qui « ont bu le calice » sont les martyrs! Les récits de leur mort s’intitulaient au début « passio », passion, comme celui des souffrances de Jésus, que nous venons tout juste d’entendre. Le monde chrétien est revisité par l’épreuve du martyre que l’on pensait révolue avec la chute des régimes totalitaires athées. On ne peut passer sous silence leur témoignage. Les premiers chrétiens honoraient leurs martyrs. Les actions de leur martyre étaient lues et diffusées dans l’Eglise avec un immense respect. Aujourd’hui même, en ce Vendredi Saint 2011, dans un grand pays d’Asie, les chrétiens ont prié et marché en silence dans les rues pour conjurer la menace qui plane sur eux.
Il y a une chose qui distingue les actes authentiques des martyrs de ceux légendaires, forgés sur le papier après la fin des persécutions. Dans les premiers, il n’y a pour ainsi dire pas trace de polémique contre les persécuteurs ; l’attention tout entière est concentrée sur l’héroïsme des martyrs, non sur la perversité des juges et des bourreaux. Saint Cyprien ira jusqu’à ordonner aux siens de donner vingt-cinq monnaies d’or au bourreau qui lui tranchera la tête. Ils sont les disciples de celui qui est mort en disant: « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». « Le sang de Jésus – nous rappelle le Saint-Père dans son dernier livre – parle un autre langage que celui d’Abel (cf. He 12, 24): il n’exige ni vengeance ni punition, mais il est réconciliation »[5].
De même, le monde s’incline devant les témoins modernes de la foi. Ainsi s’explique le succès inattendu en France du film « Des hommes et des dieux », qui relate l’histoire des sept moines cisterciens massacrés à Tibhirine en mars 1996. Et comment ne pas être admiratifs des paroles écrites dans son testament par Shahbaz Bhatti, homme politique catholique tué pour sa foi, le mois dernier ? Son testament nous est laissé à nous aussi, ses frères dans la foi, et ce serait de l’ingratitude de le laisser vite tomber dans l’oubli.
« De hautes responsabilités au gouvernement – écrivait-il – m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux pas de positions de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerai comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour Lui je veux mourir ».
On a l’impression de réentendre le martyr Ignace d’Antioche, lorsqu’il venait à Rome pour subir le martyre. Mais le silence des victimes ne justifie pas l’indifférence coupable du monde face à leur sort. « Le juste périt, et personne ne s’en inquiète, les hommes pieux sont moissonnés, et nul n’y prend garde » (Is 57,1)!
Les martyrs chrétiens ne sont pas les seuls, nous l’avons vu, à souffrir et mourir autour de nous. Que pouvons-nous offrir à celui qui ne croit pas, en dehors de notre certitude de foi qu’il y a un rachat pour la souffrance ? Nous pouvons souffrir avec qui souffre, pleurer avec qui pleure (Rm 12,15). Avant d’annoncer la résurrection et la vie, devant le deuil des sœurs de Lazare, Jésus « pleura  » (Jn 11, 35). En ce moment, souffrir et pleurer, en particulier, avec le peuple japonais, qui vient de sortir d’une des plus effroyables catastrophes naturelles de l’histoire. Nous pouvons aussi dire à ces frères en humanité que nous admirons leur dignité et l’exemple de tenue et de solidarité mutuelle qu’ils ont donné au monde.
La mondialisation produit au moins cet effet positif: la souffrance d’un peuple devient la souffrance de tous, suscite la solidarité de tous. Elle nous offre l’occasion de découvrir que nous formons une seule famille humaine, liée dans le bien comme dans le mal. Elle nous aide à dépasser les barrières de race, de couleur et de religion. Comme dit le verset d’un de nos poètes italiens, « Hommes, paix! Sur la terre penchée il y a trop de mystère »[6].
Mais nous devons aussi tirer la leçon d’évènements comme celui que nous venons d’évoquer. Séismes, cyclones et autres catastrophes qui frappent en même temps coupables et innocents ne sont jamais un châtiment de Dieu. Affirmer le contraire, signifie offenser Dieu et les hommes. Mais ils constituent un avertissement: dans ce cas, l’avertissement à ne pas nous bercer d’illusions en pensant que la science et la technique suffiront à nous sauver. Si nous ne savons pas nous imposer des limites, celles-ci justement peuvent devenir, nous le voyons, la menace la plus grave de toutes.
Il y eut un tremblement de terre au moment de la mort du Christ: « Quant au centurion et aux hommes qui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent: ‘Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu » (Mt 27, 54). Mais un autre séisme encore « plus grand » se produisit au moment de sa résurrection. « Et voilà que se fit un grand tremblement de terre: l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit » (Mt 28,2). Il en sera toujours ainsi. A chaque tremblement de terre de mort succèdera un tremblement de terre de vie. Quelqu’un a dit: « Désormais seul un dieu peut nous sauver », « Nur noch ein Gott kann uns retten »[7]. Nous sommes assurés qu’il le fera car « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16).
Nous nous apprêtons à chanter avec une conviction renouvelée et une gratitude émue les paroles de la liturgie: « Ecce lignum crucis, in quo salus mundi pependit: Voici le bois de la croix, auquel a été suspendu le salut du monde. Venite, adoremus: venez, adorons-Le ».

[Traduit de l'italien par ZENIT]

[1] S. Agostino, Commento alla Prima Lettera di Giovanni 9,9 (PL 35, 2051).
[2] Cf. J. Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Editions du Rocher 2011, p. 157
[3] Gaudium et spes, 22.
[4] Salvifici doloris, 23.
[5] J. Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Editions du Rocher 2011, p.215.
[6] G. Pascoli, I due fanciulli (Les deux enfants).
[7] Antwort. Martin Heidegger im Gespräch, Pfullingen 1988.

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