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LA PÂQUE DE L’HÉBREU JÉSUS

20 mars, 2018

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Pesach

LA PÂQUE DE L’HÉBREU JÉSUS

Traduction Google d’italien

La ville dans laquelle Jésus et ses hommes sont arrivés au terme de leur voyage, et où, pour la première fois, Jésus a été témoin d’un sacrifice sacré, est encombrée de fidèles venus de toute communauté juive, même de l’étranger. Jules Isaac écrit: « … Vous écoutez toutes les langues, la foule envahit tout, submerge tout … ». Un demi-siècle après le Christ, l’historien Josèphe parlera de deux ou trois millions de pèlerins. Dans ce cas aussi, ce chiffre ne doit pas être pris à la lettre, mais indique seulement une grande foule. Puisque la population de Jérusalem s’élevait alors à 270 000 âmes, on peut supposer au plus un nombre doublé.
Qui, d’ailleurs, représentait déjà une participation énorme. Les pèlerins qui ne pouvaient pas trouver une place dans des maisons privées campaient dans les rues ou autour de la ville. « Donc, toujours écrit J. Isaac, une des tentes a été ajoutée à la ville de pierre ».
Dans une atmosphère festive, religieuse et nationale, les Juifs rassemblés dans leur capitale ont célébré un événement décisif dans leur histoire: l’exode d’Egypte, et un moment particulièrement important pour leur culte. La Pâques célébrée à Jérusalem est peut-être le moment culminant de la vie juive en Palestine, où une tradition très ancienne a été reprise et animée par la fusion de deux fêtes différentes.
« Mon père était un Araméen errant: il est descendu en Egypte, il est resté là comme un étranger avec peu de gens et il est devenu une grande, forte et nombreuse nation … ».
Ce passage du Deutéronome (26.5) hante encore l’esprit de ceux qui, à l’époque du second Temple, se réunissaient à Jérusalem pour Pâques, comme celui de certains Juifs contemporains.
Cela indique que Pâques existait déjà, sous une forme plus pastorale, avant même l’esclavage en Egypte. A l’origine c’était la fête de la prima-vera qui, au moment de l’équinoxe, évoquait les jours de la création.
Dit Philon le Juif: « A cette époque, les éléments de la nature étaient résolus à s’ordonner harmonieusement entre eux. Le ciel était couvert de splendeur par le soleil, la lune et la trajectoire de toutes les étoiles, planètes et étoiles fixes. Il est embelli avec les différentes espèces de plantes, le vert qui couvrait les vallées et les montagnes, partout un sol riche et fertile faisait germer les fleurs. Pour se souvenir de la création, chaque année Dieu fait revenir le printemps et fait germer les plantes et les fleurs.
Dans le calendrier normal, le mois de Nissan est le septième de l’année. Mais à cause de l’éveil de la nature qui s’y produit et de l’appel à la création, à l’époque de Jésus, religieusement parlant, il était considéré comme le premier. Alors que celle de Tishri marque la nouvelle année civile, Nissan marque le début de l’année religieuse. La même Bible, d’ailleurs, la désigne comme première.
Pâques, comme les autres fêtes juives, rappelle le rythme naturel des saisons et de la vie pastorale menée par ces nomades Aramèis qui devinrent, après l’esclavage de l’Égypte et après le Sinaï, les peuples du monothéisme.
Plus tard, la tradition a réuni les deux parties. D’une part la pesah, ou Pâques proprement dite, c’est-à-dire la fête du passage, évoquant la libération et le départ des Juifs vers le mont Sion et le pays de Canaan; de l’autre, hag ha-massot, la fête des pains sans levain, c’est-à-dire ce pain sans levain que les Juifs nourrissaient de leur fuite précipitée d’Egypte. La fusion entre la tradition pastorale la plus éloignée et deux événements mémorables dans l’histoire juive imprègne l’atmosphère festive qui entoure Jésus et sa famille.
Il a donc assisté aux préparatifs de la fête. Il a vu l’énorme foire aux bestiaux qui a été apportée à Jérusalem depuis les collines environnantes et les épices des caravanes de Mésopotamie. Mais, à partir de midi, chaque travail a cessé.
La foule se rend au marché pour acheter les bêtes destinées aux sacrifices ou à la consommation domestique, ainsi que les herbes et les épices nécessaires au repas du seder. A la troisième heure, la trompette des Lévites annonce à la ville que le moment est venu de commencer les sacrifices.
Comme tous les premiers-nés d’Israël, Jésus aussi jeûne, pour racheter, avec cette abstinence, la mort du premier-né de l’Egypte, décrétée par Dieu pour forcer Pharaon à laisser partir son peuple.
Peu de temps après le sacrifice, il participera lui aussi au déjeuner de Pâques, appelé en Europe seder, mais que les communautés méditerranéennes appellent haggadah, à partir du titre de l’histoire faite par le chef de la famille lors de son développement.
En principe, ce repas rituel est fait à la maison. Les pèlerins qui ont pu être hébergés par des familles locales en consomment avec leurs invités; d’autres dans la rue, sur les places ou à la campagne. « Quand la nuit tombe, dit Haïm Schauss, des milliers d’agneaux sont torréfiés dans les cours des maisons, dans les rues, autour des tentes. Personne n’est seul à cette heure, pas même les plus pauvres et délaissée. Maîtres et serviteurs, hommes et femmes, jeunes et vieux, tous habillés, ils sont maintenant égaux et frères, couché sur les oreillers comme elle verse de l’eau et le vin et fait circuler le pot avec la viande, le pain sans levain et des herbes amères « .
C’est ainsi que Jésus participe à son premier déjeuner de Pâques à Jérusalem, auquel beaucoup d’autres suivront.
La cérémonie de Pâques sera en effet évoquée sept fois par les Evangiles.
Deux fois dans celui de Luc: le premier, à l’occasion du voyage à Jérusalem (2.41), le second pour la dernière Pâque célébrée par Jésus avant la Passion (22.14):
 » Ses parents allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de Pâques, quand Jésus avait douze ans, ils remontaient, selon la coutume … etc. ».
« … j’ai ardemment désiré manger cette Pâques avec vous avant ma passion … ».
Matthieu parle deux fois de Pâques, mais seulement de la dernière célébrée par Jésus. 26.17, décrit la préparation du repas de Pâques, à savoir le Seder, faite par les disciples le jour des pains sans levain:
 » Le premier jour des pains sans levain, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent: » Où veux-tu que nous te préparions pour manger Pâques?  » … etc. »
Au c. 26.30 on parle à la place du « chant des psaumes », dont l’ensemble forme le hallel, l’ un des points forts de la liturgie pascale.
Marco, au début du c. 14, évoque aussi Pâques et la fête des azymes célébrés ensemble: « … Pendant ce temps deux jours manquaient pour Pâques et les Azzimi … ».
Et enfin, l’Evangile de Jean signale deux fois l’approche de la fête de Pâques, l’appelant « la fête des Juifs », célébrée par Jésus à son arrivée en Galilée:  » C’était près de Pâques, la fête des Juifs … » ( 6.4); et encore, après la résurrection de Lazare: « … Et beaucoup de la région sont allés à Jérusalem avant Pâques pour se purifier … » (11.55).
La fête de l’éveil et de la libération d’Egypte marque ainsi la vie d’un adolescent Jésus, puis de Jésus comme missionnaire, comme celle de tout Juif.
Les fêtes de Pâques durent sept jours. Les deux premiers sont entièrement festifs, impliquant l’interdiction de tout travail ou mouvement, autorisé dans les quatre suivants; le dernier est encore entièrement festif. Cette subdivision de la semaine de Pâques en trois moments distincts nous permet de mieux comprendre l’itinéraire du voyage vers Jérusalem, comme le dit l’Évangile de Luc.
Les trois jours préliminaires de la marche se terminent précisément la veille de Pâques, au moment précis où le sacrifice rituel commence la fête. Les deux suivants, à savoir le premier et le second séjour à Jérusalem, correspondent aux deux premières vacances, au cours desquelles Jésus et ses disciples suivent les offices sacrés du temple, et l’enfant, qui prépare son bar-miswah, est interrogé. des médecins. Dans les quatre suivants, ceux d’un demi-parti, toujours selon Luc, le retour à Nazareth aurait dû avoir lieu.
En effet, après le premier jour de marche, réalisant l’absence de Jésus, Marie et Joseph étaient retournés à Jérusalem, le trouvant « au bout de trois jours » dans le temple: ce qui signifie que les quatre demi-partis prévus pour le retour avaient plutôt passé dans la ville. Et les trouvant, bien que Luc ne spécifie rien, on peut raisonnablement supposer qu’ils sont restés là jusqu’à la fin de la semaine.
La liturgie de Pâques commence la veille avec le seder qui, vingt ans plus tard, deviendra la dernière Cène pour Jésus.
Ce repas est toujours l’un des moments les plus caractéristiques de la religiosité juive, l’une des plus révélatrices de la vocation d’Israël. Apparemment, c’est un repas normal, et les conversations qui y sont faites, bien que rituelles, ne diffèrent pas beaucoup des simples conversations familiales.
Cependant, dans son authenticité et son réalisme, et alors qu’il semble considérer Dieu comme un invité, le seder évoque la sacralité du monde et de la vie et la mission historique du peuple de Dieu.
Avant de servir pour leur subsistance, les aliments sont consacrés par des bénédictions qui révèlent leur caractère sacré. En effet, en vertu d’un symbolisme très direct, certains évoquent même les vicissitudes qui attendent un peuple destiné à une mission qui l’isolera du reste de l’humanité. Certains moments du dîner, certains gestes, certains mots, rappellent enfin le grand événement historique: la libération de l’Egypte, la traversée du désert, dont se souvient ou, plutôt, qui se réactive de temps en temps.
Tout cela crée une atmosphère simple et engageante, caractéristique de la religiosité juive, et qui, à l’époque de Jésus, la distinguait sans doute de celle des occupants païens. L’intervention de Dieu dans l’histoire est toujours accomplie par des moyens naturels. Les miracles, le cas échéant, se produisent sans bouleverser les lois de la nature, seulement en s’insérant au point précis où ces lois semblent hésiter sur le cours à prendre. Le miracle, signe de Dieu, peut influencer l’ordre de son univers, mais ne le contredit pas.
Le dîner de Pâques commence normalement. Prenant sa place à la table, le chef de la famille prononce la bénédiction rituelle sur le vin, dont les invités prennent une première gorgée. Trois autres tasses circuleront pendant le dîner: chacun de ces gestes a une signification particulière et est précédé d’une bénédiction spéciale.
La première coupe se réfère au qiddush (sanctification de la fête); le second à la haggadah (libération de l’Egypte); le troisième accompagne l’action de remerciement à la fin du repas; le quatrième, enfin, est celui du hallel, les psaumes de louange qui concluent la cérémonie de cette soirée fatidique, significative pour de nombreux aspects de notre destin …
« … Je lèverai la coupe de la libération et j’invoquerai le nom du Seigneur … » (Ps 116).
En fait, la tradition rapporte l’utilisation des quatre coupes aux quatre expressions utilisées par la Torah au moment de la promesse de Dieu à Moïse, pour libérer Israël de l’esclavage (Ex 6: 6-7):
« Je te ferai sortir du pays d’Egypte, je te délivrerai de l’ esclavage, je te sauverai de ton bras tendu, je te prendrai comme mon peuple ».
Ensuite, le cerfeuil et le persil est plongé dans l’eau salée ou de vinaigre dit: « Heureux celui qui a créé les fruits de la terre » est un premier appel à l’amertume de la vie, si souvent vécue par Israël.
Le pain azyme est alors partagé entre les convives, réservant une petite portion qui, enveloppée dans un linge, sera consommée à la fin du repas, avec le fruit.
Si ces simples gestes préliminaires ont rien qui met en évidence la solennité singulière de ce repas pris en commun, la conversation rituelle qui suit – la Haggadah – évoquera le grand événement historique dont la Pâque commémore. Le chef de famille prend alors le rôle du journaliste, alors que le plus jeune des personnes présentes – le « enfant sage » – il poser les questions qui doivent exprimer sa jeunesse merveille. Ainsi, le repas de Pâques devient une cérémonie domestique destinée à la formation religieuse des jeunes. Avec les moyens les plus simples, et sans l’ombre d’un accent, la haggadah atteint souvent le sublime.
Le père de la famille commence le dialogue rituel montrant aux invités un morceau de pain sans levain et disant:
« Ceci est le pain de la pauvreté que nos ancêtres mangeaient dans le pays d’Egypte Ceux qui ont faim viennent manger:.. Ceux qui ont besoin de Pâques et de faire venir cette année comme esclaves, l’an prochain les hommes libres. »
À ce stade, le plus jeune de la famille demande:
« Pourquoi cette nuit est différent des autres? Parce que les autres jours, nous mangeons du pain sans levain ou pain au levain, comme nous voulons, et ce soir à la place que du pain sans levain? Parce que d’autres nuits que nous mangeons toutes sortes de légumes, et ce soir seulement des herbes amères? Parce que d’autres nous ne trempons rien dans le vin, et ce soir nous le faisons deux fois – pourquoi les autres nuits s’asseoir ou se pencher, et au lieu de se reposer ce soir?
Les réponses Père évoquaient alors la libération de l’ Egypte, selon l’histoire de l’ Exode (12.1 et suiv.): « Nous étions esclaves de Pharaon en Egypte, et le Seigneur notre Père nous a libérés de la servitude à la main Bras puissant et tendu … etc; « .
À la fin de la narration, le père lève la coupe et conclut.
« … Et c’est cette promesse qui nous a soutenus, ainsi que nos pères, parce qu’aucun ennemi n’a essayé de nous exterminer, mais beaucoup l’ont fait, mais le Saint-béni soit-il – nous sauve de leurs mains ».
Ici, de nos jours, une chanson d’origine incertaine, appelée le Dayenu (« Ça aurait été assez») est dialoguée entre les invités . Le fonctionnaire énumère, à partir du verset en vers, les actes de Dieu en faveur de son peuple, et les convives répondent chaque fois « dayenu », « il aurait suffi »:
Combien Dieu nous a remplis de miracles!

S’il nous avait amenés d’Egypte
sans juger les Égyptiens …
dayenu

S’il avait frappé leur premier-né à la mort
sans livrer leurs biens …
dayenu

S’il nous avait donné leurs biens
sans ouvrir la mer devant nous …
dayenu

S’il avait ouvert la mer devant nous
sans nous laisser la traverser avec des pieds secs …
dayenu

S’il avait submergé nos ennemis
sans assurer notre survie dans le désert pendant quarante ans …
dayenu

S’il avait fourni notre subsistance
dans le désert sans nourrir la manne …
dayenu

S’il nous avait nourri de manne
sans nous donner le repos du sabbat …
dayenu

S’il nous avait accordé le reste du sabbat
sans nous conduire au pied du mont Sion …
dayenu

S’il nous avait conduits au pied du mont Sion
sans nous donner la loi …
dayenu

S’il nous avait donné la loi
sans nous introduire dans la terre d’Israël …
dayenu

S’il nous avait introduits dans la terre d’Israël
sans ériger pour nous le Temple de la Maison d’élection) …
dayenu

Comment devons-nous donc rendre grâce à Dieu pour les nombreuses faveurs qu’il nous a données!
Après diverses explications et commentaires bibliques sur l’agneau de Pâques, le pain azyme et les herbes amères, le chef de famille prononce l’affirmation solennelle, l’un des moments culminants du seder
« De génération en génération, chacun de nous a le devoir de se considérer comme ayant été libéré personnellement de l’esclavage d’Egypte, car il est écrit: Tu donneras cette explication à ton fils: c’est dans ce but que l’Éternel a agi dans le mien. quand il m’a fait sortir d’Egypte (Ex 13: 8). Maintenant, nos pères ont non seulement été libérés, mais nous aussi étions: le Saint – béni soit-il – nous a délivré avec eux, comme il est écrit: Il nous a fait sortir d’Egypte pour nous conduire ici et nous donner la terre promise à nos pères (Deut 6,23).
Nous tenons donc à remercier, chanter, la louange, la gloire, exaltent, célébrer, bénir, exalter et l’honorer qui, pour nous et pour nos pères ont fait toutes ces merveilles. Il nous a conduits de l’esclavage à la liberté, de la désolation à la joie, du deuil à la fête, des ténèbres à la lumière, de la servitude au salut. Chantons lui une nouvelle chanson, alleluja! « -
Ainsi se termine la première partie du seder. Le déjeuner est ensuite servi. accompagné des bénédictions habituelles sur le vin et les ablutions des mains, plus celles sur le pain sans levain et les herbes amères. La troisième coupe de vin est alors ivre, reposant sur le coude gauche (l’attitude du propriétaire par rapport à celle des esclaves). La coupe destinée au prophète Élie est aussi remplie de vin, et la porte est ouverte pour permettre à l’envoyé de Dieu et au pauvre d’entrer et de partager la table.
Enfin, après la récitation des psaumes de louange, la prière d’adoration déjà mentionnée (nishmat kol haj) est lue .
La cérémonie se termine en buvant la quatrième coupe. Au seder proprement dit, il faut suivre la lecture de certains passages bibliques et de certains chants, dont le plus populaire est le Tchad Gadyà, ou Canto del capretto. Composée en araméen, la langue utilisée en Palestine à l’époque de Jésus, cette comptine populaire a été écrite longtemps après le second Temple.
Cette chanson populaire est aussi une exaltation de la vie, montrant que quiconque menace d’être détruit. Et c’est aussi une allégorie de l’histoire universelle: les diverses forces qui ont combattu pour la domination du monde au cours des siècles, et qui ont si souvent tenté d’asservir ou de détruire Israël, finissent par s’anéantir elles-mêmes: tandis que les plus faibles de l’enfant – il subsistera toujours.
« L’enfant acheté par mon père pour deux deniers … » symbolise en fait le peuple d’Israël, que Dieu a gagné avec les deux tablettes de la Loi.
Le jour suivant, Marie, Joseph et Jésus assistent au bureau le premier jour de Pâques.
Comme chaque fête juive, ce bureau reprend les prières de la synagogue tous les samedis, avec l’ajout de textes spéciaux.
Dans ce premier rite qui aide dans le Temple, lors d’une cérémonie qui sans aucun doute l’exalte et le dérange, Jésus est peut-être particulièrement frappé par certaines phrases qui, comme en témoignent les Évangiles, puis affioriranno dans sa prédication.
Dans l’amidah, par exemple, il pourrait considérer en particulier l’annonce de la libération messianique: «Vous enverrez à votre postérité un rédempteur, au nom de votre amour et de votre gloire».
D’ autres bénédictions ont des thèmes qu’il a également répété un jour, comme celui qui apporte l’ humilité: « Heureux vous qui domine l’arrogant », ou celui qui chante la miséricorde de Dieu envers les déshérités: « Béni soit Dieu qui couvre le nu » .
Dans la prière de Moïse , l’homme de Dieu, il y a des mots appliqués aux idolâtres, que Jésus reprendra métaphoriquement pour désigner les incrédules: « Ils ont une bouche , mais ne peuvent pas parler, les yeux et ne pas voir, les oreilles et entendent pas … » Ecoutez également psaume (1 15) qui inspirera plus tard le commencement du Notre Père:  » Pas à nous, Seigneur, mais à toi seul sois gloire! ».
Dans l’hymne de David, enfin, nous utilisons une expression, le reste habituelle dans les textes prophétiques, en particulier dans Ezéchiel, qui, exalté et transfiguré, souvent dans retentisse la prédication de Jésus: « Le Fils de l’ homme. » Indiquant initialement la condition humaine commune, il deviendra dans les Évangiles le synonyme du Messie, ou même de Dieu lui-même.
Au cours de ce premier office de Pâques, certains thèmes inspirants, certains termes de vocabulaire, qui seront ceux de Jésus demain, doivent donc être définis.
La réalisation du rite conduit à l’évocation historique de la liberté reconquise et de l’intervention de Dieu dans la libération d’Israël. Après les premières bénédictions, le bureau vise donc à son objet particulier, célébré par Moïse dans le Cantique de la mer Rouge (Ex 1: 5): « Je chante au Seigneur, qui a montré un grand et miséricordieux: il jeté dans la mer cheval et cavalier … « etc.
Il s’ensuit, comme dans tous les offices juifs, la lecture de la Torah. La paracha du premier jour de Pâques est tirée des chapitres de l’Exode qui rappellent la sortie d’Égypte (chapitre 12). La lecture suivante, la haftarah, est prise par le prophète Giosué (3.5 ss). Voici le point culminant:
« Josué dit au peuple: » Sanctifiez-vous, car demain, le Seigneur accomplira des merveilles parmi vous. « Puis il dit aux prêtres: » Apportez l’Arche de l’Alliance et passez devant le peuple … « Et le Seigneur dit à Joshua: « Aujourd’hui, je commencerai à vous glorifier aux yeux de tout Israël, afin qu’ils sachent que, comme j’ai été avec Moïse, je serai avec vous maintenant . »
L’histoire est donc toujours présente et vivante dans ce bureau de Pâques, comme dans toutes les fêtes d’Israël: l’histoire, dont le flux est pérenne, mais qui pour un juif du temps de Jésus – et pour Jésus lui-même – constitue le fondement de chaque action sacrée.
Pendant la semaine de Pâques, un autre haftarah évoque l’un des moments les plus impressionnants du message prophétique: la vision d’Ezéchiel (Ez 31.1-14): « La main du Seigneur était sur moi, et le Seigneur m’a fait sortir dans l’esprit et m’a placé dans la plaine pleine d’ossements secs … « etc.
Malgré la pompe, qui l’émerveille sans doute, la cérémonie de Pâques donne à Jésus l’impression d’un équilibre atteint entre le ciel et la terre: l’annonce de la vie à venir et l’exaltation du terrestre. Au moment de lire la loi, il est proclamé:
« Dis-nous ta sainteté, afin que nous puissions obtenir, outre une vie heureuse ici, la béatitude éternelle dans le futur … ».
Presque en même temps , ils sont récités les derniers versets du Psaume 115: « Ce n’est pas les morts qui louent le Seigneur, ni ceux qui descendent dans la fosse, mais nous qui sommes en vie, nous donner la louange au Seigneur, maintenant et pour toujours Alléluia.! »

1 Traité par: R. Aron,Così a prié les Hébreux,Marietti, 1992

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V. LA PÂQUE DU CHRIST ET LA NÔTRE

10 mai, 2016

http://www.cenaclesauges.ch/diary9/88LaPaqueDuChristEtLaNotre.htm

V. LA PÂQUE DU CHRIST ET LA NÔTRE

1. PÂQUE : PASSAGE DE L’HUMANITÉ VERS DIEU
Pâque vient de l’hébreu Pessah, qui contient le sens de Passage. Passage du peuple hébreu de la servitude à la liberté, passage à travers les eaux de la mer Rouge, Passage de Jésus par la souffrance, la mort, vers la vie.
· L’Évangile de Jean présente l’œuvre de salut accomplie par Jésus Christ comme une Pâque, le Passage qu’accomplit Jésus de ce monde au Père, passage de la mort à la vie : Jn 13, 1 : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin ». L’Heure de Jésus, c’est l’Heure de la Pâque, l’heure de l’alliance nouvelle, des noces de l’agneau.
· Une partie des épîtres de Paul présentent le salut accompli par le Christ comme le retour de l’humanité à Dieu.. L’humanité sauvée est comme un corps dont le Christ est la tête :
Col 1, 18 : « Il est la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le Principe, le Premier-Né d’entre les morts ».
Le Christ est prémices de notre résurrection :
- 1 Co 15, 20 : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis » : les prémices sont les premiers fruits, ce qui anticipe et annonce le reste de la récolte.
Jésus, qui est le Nouvel Adam, récapitule, rassemble en sa personne toute l’humanité
- 1 Co 15, 22 : « De même que tous meurent en Adam, tous revivront dans le Christ »
De même qu’Adam a été principe de mort pour l’humanité, le Christ est principe de vie pour toute l’humanité
· Dans ce retour de l’humanité à Dieu, le Christ qui est la Tête retourne le premier, mais d’une certaine manière, nous retournons avec lui. La résurrection est un peu comme la naissance d’un enfant : lorsque la tête a passé, on sait que le reste du corps va suivre. Nous sommes dans le long enfantement à la vie de ressuscité : « Jusqu’à ce jour, la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8, 22).
Puisque le Christ est le Nouvel Adam (le principe de l’humanité renouvelée, recréée), il nous contient tous en lui, nous sommes déjà morts et ressuscités en lui, mais en prémices, en semence
2. RM 6 : PLONGÉS DANS LA MORT ET LA RÉSURRECTION DU CHRIST
Rm 6, 3-11 : il s’agit du plus grand exposé baptismal de tout le NT. Tout le passage est construit sur le couple Mort – Vie.
Pour bien comprendre ce texte, il faut se rappeler que le verbe baptiser vient du grec baptô, qui signifie plonger, immerger. Être baptisé c’est donc être plongé. Plongé dans la mort et la résurrection du Christ.
3. « Plongés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été plongés »
4. « Nous avons été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi dans une vie nouvelle », afin que nous vivions aussi dans une vie de ressuscité. La plongée par immersion dans l’eau du baptême nous ensevelit dans la mort du Christ, d’où nous ressortons par la résurrection avec lui. Cette résurrection devrait se traduire par une vie nouvelle. Le baptême nous incorpore au Christ, nous fait participer à son être, à sa vie de ressuscité.
// Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts »
V. 5. Utilise l’image de la greffe : « Car si c’est un même être (littéralement une même plante) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable ».
Par le baptême, nous devenons un même être en croissance avec le Christ. Nous sommes comme greffés sur lui, greffés sur son Corps mystique qui est l’Église.
8. Nous appelle à vivre conformément à ce que nous sommes : « Considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus. »
CLAUDE DUCCAROZ : « Encore faut-il que nous vivions comme des… vivants, et non pas comme des condamnés à mort. Exister comme des êtres promis à l’éternité, c’est s’engager en volontaires dans toutes les batailles pour la vie, déjà en ce monde-ci. Nous ne pouvons pas laisser champ libre aux forces de mort qui gangrènent notre société. Parce qu’il y eut Pâques, parce que nous sommes les enfants de la résurrection, il nous faut lutter pour la vie sur tous ses fronts. »
· Pour résumer ce passage de la lettre aux Romains, le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ. Il nous fait passer spirituellement avec le Christ par la mort et la résurrection. Ce passage nous introduit dans une vie nouvelle, il fait de nous un même être en croissance avec le Christ. Nous sommes comme greffés sur le Christ. Il nous invite à vivre en conformité avec ce que nous sommes.
3. LA RÉSURRECTION : DÉJÀ POUR AUJOURD’HUI
CONFÉRENCE ÉPISCOPALE FRANÇAISE : «Il semble qu’on ne demande pas d’abord au christianisme une parole sur l’au-delà, si pertinente soit-elle, dans son ordre. Si le christianisme veut se présenter comme porteur de salut, il est mis au défi, aujourd’hui, de donner sens d’abord à l’avant-mort, c’est-à-dire à toute cette période qui commence dès que la santé de quelqu’un est très sérieusement menacée, avec ce long cortège de souffrances, d’appréhensions, de luttes incertaines. Il ne suffit plus au christianisme d’être porteur d’une promesse de bonheur pour l’au-delà; ou, plutôt, cette espérance doit en quelque sorte faire la preuve de sa validité en s’enracinant dans l’immédiat, dans une possibilité de vie renouvelée, de vie sauvée, au moment même où se présente l’éventualité de la mort et où tout se trouve remis en cause: c’est là qu’on attend aujourd’hui le christianisme[MM1]».
· La résurrection n’est pas seulement pour nous une réalité future, mais une réalité déjà présente. Il est vrai qu’elle n’est pas encore pleinement accomplie en chacun jusqu’au passage par la mort corporelle. Nous sommes entre le déjà et le pas encore. Rm 6 exprimait bien ce déjà de la résurrection. Mais il se retrouve dans d’autres textes :
Col 2, 12 : « Ensevelis avec lui lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru à la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts ». Croire en Jésus, croire en Dieu, c’est déjà être ressuscité, c’est accueillir en soi cette vie de Dieu qui ne passera pas.
Jn 5, 21 : « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, il est passé de la mort à la vie ».
Jn 6, 54 : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour ». Ce passage exprime bien le déjà et le pas encore de la résurrection. La vie éternelle est déjà là, mais elle doit encore arriver à sa plénitude dans les cieux.
Le cardinal SUENENS a écrit en 1963 un texte d’inspiration johannique qui met en évidence le déjà de la résurrection : «La vie éternelle commence dès ici-bas. [...] On ne comprend rien au sens chrétien de l’existence tant qu’on ne réalise pas l’union entre ses deux phases : la phase terrestre, toute provisoire, et la phase céleste, définitive. Entre les deux, il n’y a pas de rupture : c’est la même vie divine qui commence ici-bas dans la foi et qui s’achève dans l’éclat de la vision glorieuse du ciel. A la mort, la croissance de cette vie cesse, mais son dynamisme éclate et s’épanouit au grand jour».
4. ZUNDEL : LA VIE ÉTERNELLE EST AU-DEDANS DE VOUS
Selon Zundel, la vie éternelle n’apparaît pas tant comme une consolation future rendant plus supportable la vie présente, mais comme une exigence pour aujourd’hui. Dans la pensée de Zundel, notre vie comporte deux dimensions, auxquelles correspondent deux sortes de morts:
- A sa dimension physiologique correspond la mort physique ou biologique. L’univers physique est comme le placenta de notre condition corporelle : c’est lui qui nous permet de vivre en nous procurant l’oxygène, l’eau, la nourriture, le soleil, etc.
Le corps est pour ainsi dire le cordon ombilical qui nous relie à cet univers physique. La mort n’est que la rupture de ce cordon.
- L’être humain comporte aussi une dimension spirituelle, et cette dimension spirituelle n’est pas atteinte par la mort physiologique. Par contre, l’homme peut être vivant biologiquement, et être atteint de mort spirituelle. Celle-ci consiste en une «mort-vivante de l’être», en une «absence», un vide, un non-être, une mort avant la mort, une mort avant même de vivre (cf. Mt 8, 22). Mais si nous sommes vivants spirituellement, la mort biologique n’est alors que la rupture du cordon ombilical qui nous relie à l’univers physique. Cette mort, mettant un terme à la gestation qu’est l’existence terrestre, constitue une naissance à la vie définitive, un passage du monde visible au monde invisible faisant continuer sous une forme transfigurée la vie déjà commencée ici-bas.
Selon Zundel, la vie éternelle, ou sur-vie, commence sur cette terre : nous ne serons vivants éternellement que si nous sommes réellement vivants aujourd’hui. La vie éternelle commence en ce monde, elle est au-dedans de nous, tout comme le Royaume de Dieu (Lc 17, 20-21):
«La vie éternelle: on y est déjà ou pas du tout; on y est ou on n’y sera jamais. [...] « La vie éternelle est au-dedans de vous »». «Il ne s’agit pas, en effet, de connaître le lieu où nous irons après la mort, il ne s’agit aucunement d’un après dans le temps ou dans l’espace, il s’agit d’un au-delà qui est au-dedans. Cela veut dire qu’il s’agit de vaincre la mort ici-bas, dès aujourd’hui, tellement que le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous serons vivants avant la mort[MM2]».
Cette vie éternelle n’est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est un au-delà de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même.
· Entrer dans la vie éternelle, c’est devenir vivants dès ici-bas, c’est vivre dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’attendre la vie éternelle, mais d’y entrer dès maintenant : «Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ».
Cette vie éternelle n’est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est un au-delà de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même. Il s’agit d’une intériorité permettant d’être présents à une Présence en nous.
Selon Zundel, entrer dans la vie éternelle, c’est devenir vivants dès ici-bas, c’est vivre dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’attendre la vie éternelle, mais d’y entrer dès maintenant: «Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être[MM3]». Devenir la vie éternelle, c’est choisir la vie et refuser la mort (Dt 30, 15-20). C’est devenir pleinement soi-même, transfigurer son existence, accepter de se faire pleinement Homme, en refusant les actes qui ne sont pas à la hauteur de sa dignité. Devenir la vie éternelle, c’est faire de son existence une symphonie d’amour, de cet amour qui est plus fort que la mort.
Si nous sommes réellement vivants ici-bas, l’être humain est déjà tout entier immergé dans l’immortalité, la mort n’est alors plus qu’un passage : «La mort elle-même, dans cette perspective, cesse d’être une contrainte puisque, tout à l’opposé, elle est simplement à la charnière du monde visible et du monde invisible, l’envol d’un être qui ne dépend plus de rien parce qu’il est tout entier porté dans l’oblation de son amour[MM4]».
· Certains saints ont leur corps qui ne s’est pas décomposé après leur mort ; on peut voir cela comme un signe de cette vie éternelle qui avait rempli tout leur être.
5. PAS ENCORE…
Mais il est vrai que nous sommes en attente d’un accomplissement. Nous attendons le jour où Dieu essuiera toute larme de nos yeux
· (Rm 6, 5) « Si c’est un même être avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable »
· Le rapport entre le Déjà et Pas encore est un peu comme le rapport entre la graine semée et l’arbre qui pousse après. Ce rapport est bien exprimé en 1 Co 15, 20-22 ; 35-49 : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (…) De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ (…) Mais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit du blé, soit quelque autre plante. Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier (…) Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité (…) On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force. On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel… Le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second lui vient du ciel. »
6. SOMMES-NOUS DÉJÀ NÉS ? ACTUALISER EN NOUS LE MYSTÈRE PASCAL
L’être humain peut faire de ses infirmités, maladies, échecs, il peut faire de toutes ses épreuves des étapes initiatiques, en faire une actualisation du mystère pascal Mort / Résurrection. (cf. OLIVIER CLÉMENT, Tychique 142, p. 25)
· Le terme initiation au sens large désigne les divers rites, souvent éprouvants, par lesquels un adolescent ou un postulant est soumis pour être admis dans une communauté ou un groupement. Les rites d’initiation se situent souvent aux moments clefs de l’existence humaine et signifient la mort à un état de vie ainsi que le passage ou la naissance à un nouvel état de vie meilleur (Passage de l’adolescence à l’âge adulte) Ils existent dans pratiquement toutes les religions, ainsi que toutes les cultures. Certaines cultures n’ont pas de crises, parce qu’il y a des étapes initiatiques)
Selon M. Eliade, « tous ces rituels et symbolismes du « passage » expriment une conception spécifique de l’existence humaine : une fois né, l’homme n’est pas encore achevé; il doit naître une deuxième fois, spirituellement; il devient homme complet en passant d’un état imparfait, embryonnaire, à l’état parfait d’adulte. En un mot, on peut dire que l’existence humaine arrive à la plénitude par une série de rites de passage, en somme d’initiations successives [MM5]».
Je répète : L’être humain peut faire de ses infirmités, maladies, échecs, il peut faire de toutes ses épreuves des étapes initiatiques, en faire une actualisation du mystère pascal Mort / Résurrection. Faire de chacune de ces étapes une naissance à la vie divine, à la vie de ressuscité.
· Les douleurs que nous éprouvons sont les douleurs de l’enfantement. Elles sont les signes que quelque chose est en train de se passer ; signes que quelque chose, quelqu’un est en train de naître en nous.
Je rappelle les paroles du philosophe J.-F. MALHERBE : «La vie humaine n’est-elle pas comme une grossesse? Quelque chose (quelqu’un?) vit en nous, grandit, nous bouscule, force notre étonnement [...]. Quelque chose qui, pour apparaître au grand jour, nous contracte, nous fait souffrir [...]. La souffrance de notre vie peut nous aveugler au point que nous refusons de voir ce qui tente de naître en nous [MM6]».
· Une fois nés, nous ne sommes pas encore achevés. Nous sommes appelé à naître à nous-mêmes, naître spirituellement, naître à la vie de ressuscité, « naître d’en haut » comme disait Jésus à Nicodème. Cela peut être un accouchement de toute une vie. Et Jésus est en nous « l’accoucheur de notre propre humanité » (C. Duccaroz).
7. LE SALUT (SÔTERIA)
Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous apporte le Salut. St Paul : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est le Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Jésus l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Rm 10, 9).
Pour bien saisir le sens du mot Salut, que l’on comprend souvent de manière très restrictive, il est bien de remonter aux langues d’origine de l’Écriture.
Le terme sôteria grec ne signifie pas seulement le contraire de la perdition. Être sauvé, ce n’est pas seulement ne pas être perdu. Le terme contient une certaine idée de perfection, de plénitude : le salut, c’est l’intégrité, la santé parfaite du corps et de l’âme, l’immunité de tout défaut et de toute maladie. Le salut, c’est donc la plénitude de vie. Jésus a dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance ». Le salut, c’est donc cette vie en abondance que Jésus veut nous donner.
Jésus à la Cananéenne : « Ta foi t’a sauvée » = guérison physique
Le salut, c’est l’homme vivant pleinement de la vie de Dieu, l’homme parfaite image et ressemblance de Dieu.
Il est intéressant de relever que dans l’Évangile écrit en Syriaque, qui était une langue très proche de l’araméen que parlait Jésus, le terme sauver n’existe pas : il est exprimé par le verbe vivifier.

8. SIGNIFICATION DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
Selon Tertullien, «la chair est le pivot du salut[MM7]». La foi à «résurrection de la chair» fait partie du Symbole des Apôtres, c’est que l’objet est d’importance et même essentiel. Cette foi exprimée dans le Credo se fonde sur la foi au Dieu créateur qui, s’il a façonné l’homme au premier jour, est en mesure de le recréer au dernier jour, dans toutes ses dimensions.
Pour éviter des malentendus, il est utile de rappeler la signification du terme «chair» dans l’anthropologie sémitique : la chair ne se réduit pas au corps purement biologique; elle n’est jamais considérée de façon péjorative ou méprisante, contrairement à une certaine anthropologie grecque. Le terme désigne la globalité de la personne[MM8], dans sa condition de créature, de faiblesse et de mortalité. La «résurrection de la chair» signifie ainsi la résurrection de la globalité de l’être, dans toutes ses dimensions, corporelles, psychiques et spirituelles. Elle signifie la résurrection du Moi lui-même avec toute son histoire. Cette résurrection comporte une double dimension de rupture et de continuité:
- La transformation de notre corps terrestre en corps céleste comporte une dimension de rupture radicale, une création nouvelle. Cette rupture rend en partie vaine notre tentation de projeter nos schémas terrestres dans l’au-delà. Cette dimension de rupture est fortement soulignée par St Paul en 1 Co 15, 35-57, pour éviter que la résurrection de la chair ne soit comprise de manière trop matérialiste en prenant à la lettre la prophétie d’Ezéchiel au ch. 37. Il ne s’agit pas d’un retour à un état antérieur, ce n’est pas de notre substance biologique qui est ressuscitée: il y a création nouvelle. St Paul insiste sur les différences: corps terrestre – corps céleste; corruption – incorruptibilité; faiblesse – force; corps psychique – corps spirituel; mortel – immortel.
- Mais cette création nouvelle ne se fait pas à partir de rien: elle se fonde sur notre existence terrestre. C’est là qu’intervient la dimension de continuité. La foi en la résurrection de la chair tend à valoriser le vécu historique de l’homme. Ainsi que l’exprime F. J. Nocke, «ce n’est pas uniquement le Moi tout nu de l’homme qui est sauvé à travers la mort, ce qui laisserait définitivement de côté toute son histoire terrestre, et rendrait insignifiantes toutes ses relations aux autres humains; résurrection corporelle veut dire que l’histoire d’une vie et toutes les relations faites au cours de cette histoire parviennent à leur achèvement et appartiennent définitivement à l’homme ressuscité[MM9]». Si, comme le rappelait Zundel, la vie éternelle est au-dedans de nous, si elle commence ici bas, il est plus facile de comprendre le lien entre les deux facettes de notre existence. Tout notre vécu terrestre, notre histoire sainte, nos sourires, nos larmes, nos affections, nos amitiés, parce qu’ils ont un prix inestimable à ses yeux, sont recueillis par Dieu. Rien de ce que l’homme a aimé authentiquement n’est perdu. Tout ce qui, au cours de l’existence terrestre, a contribué à constituer la «graine», est appelé à éclore de façon complètement transfigurée dans le Royaume.
Cette affirmation du Credo est aussi une valorisation du corps, et du rôle que celui-ci joue dans l’existence. Zundel exprime remarquablement la valeur celui-ci: «Notre corps, le corps humain, a une immense noblesse, il a une vocation divine, éternelle, et peut-être nous ne faisons ici que l’apprentissage de cette vie totale où l’accord sera entièrement réalisé, et où le corps vraiment ne sera plus du tout d’aucune manière gesticulation vitale, mais l’expression de la générosité et de l’amour[MM10]». Selon Zundel, le corps n’est pas seulement le cordon ombilical qui nous relie à l’univers physique, mais il est aussi le clavier de l’esprit[MM11]. Ce n’est qu’à travers notre corporéité que Dieu peut nous rejoindre. Inversement, ce n’est qu’à travers notre corporéité que peut s’exprimer aux yeux du monde la dimension spirituelle intérieure. La vie éternelle doit prendre racine dans notre corps même. Nous sommes appelés à humaniser notre corps, ou à le spiritualiser, ce qui revient au même: il ne sera vraiment humain que s’il a acquis une dimension spirituelle, s’il s’est imprégné de l’amour de Dieu[MM12]. Nous sommes invités, selon la recommandation de St Paul, à glorifier Dieu dans notre corps qui a été sauvé par le Christ et qui est temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19-20).
Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

RM 6, 3-10 : LE BAPTÊME : PASSAGE DE LA MORT À LA VIE AVEC LE CHRIST

3. Baptisés (plongés) dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés (plongés).
4. Nous avons donc été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle.
5. Car si c’est un même être (plante) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous les serons aussi par une résurrection semblable.
6. Comprenons-le, notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché, pour que nous cessions d’être asservis au péché.
7. Car celui qui est mort est affranchi du péché.
8. Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui,
9. Nous savons en effet que le Christ une fois ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n’exerce plus de pouvoir sur lui. 10. Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu.
11. Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus.

1 CO 15, 20-22 ; 35-49 : LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

« Le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis (…)
De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ (…)
Mais dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ?
Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit du blé, soit quelque autre plante. Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier (…)
Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité (…) On est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force. On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel (…) Le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second lui vient du ciel. »

[MM1] L’homme d’aujourd’hui en face de la mort, Documents épiscopat n° 10, mai 1982, p. 3:
[MM2] « L’expérience de la mort », op. cit., p. 53.
[MM3] M. ZUNDEL, in M. DONZÉ, « Vie dans l’esprit, vie éternelle », op. cit., p. 127.
[MM4]Ibidem
[MM5] Le sacré et le profane, Paris, 1965, p. 153.
[MM6] « Souffrances humaines et absence de Dieu », in G. DURAND, J.-F. MALHERBE, Vivre avec la souffrance
[MM7] De resurrectione carnis, 8, 2.
[MM8] La signification est proche du sôma grec, dans Rm 12, 1: «offrir vos corps, vos personnes, tout votre être en hostie vivante». Voir la note h intéressante de la BJ en 1 Co 15, 44, sur la résurrection du corps.
[MM9] Eschatologie, Düsseldorf, 1982, p. 123, cité en H. KÜNG, op. cit., p. 158.
[MM10] M. ZUNDEL, in M. DONZÉ, « Vie dans l’esprit, vie éternelle », op. cit., p. 128.
[MM11] Cf. « L’expérience de la mort », op. cit., p. 55.
[MM12] [1] Un texte de Zundel sur la mort de St François, dans Croyez-vous en l’homme?, Paris, 1956, p.121-122, exprime merveilleusement cette humanisation du corps: «La mort de saint François est ici, selon le voeu d’un de ses disci­ples specchio e lume: miroir et lumière. Le consentement à la mort est, en lui, si entier et si paisible que l’on imagine difficile­ment une intégration plus parfaite. Il n’y a plus chez lui le moin­dre conflit entre la chair et l’esprit. La biologie est passée tout entière du côté de la lumière qui transparaît en elle. Elle a perdu ses limites et ses adhérences, sa pesanteur et sa gravitation égocen­trique. Elle n’est plus que l’enveloppe ténue qui rattache, à peine, à l’arbre terrestre, le fruit qui a mûri au soleil de Dieu. Il suffira d’un souffle pour que la fine pellicule se fissure et qu’il tombe en l’éternité en laquelle il s’est changé. Un dernier appel, une der­nière aspiration et tout est consommé. La dépouille qui gît mainte­nant sur la cendre, dans le crépuscule sonore dont l’alouette est le chant, respire la paix de l’offrande où la chair est dépassée. Ins­trument d’une liberté qui n’a cessé de grandir, elle a fini par s’identifier avec elle pour ne plus conspirer qu’à son accomplisse­ment. Déliée, par cet achèvement même, des déterminismes qui lui donnèrent sa figure dès le sein maternel, elle semble disponible pour une nouvelle création où elle recevra le visage de l’esprit, qui s’est dégagé d’elle pour se la mieux unir en la libérant de soi».

VEILLÉE PASCALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (2010)

25 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20100403_veglia-pasquale.html

VEILLÉE PASCALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

(Il devrait être l’année c)

Basilique Saint-Pierre

Samedi Saint, 3 avril 2010

Images de la célébration

Chers frères et sœurs,

Une ancienne légende juive, tirée du livre apocryphe : « La vie d’Adam et Ève », raconte que, pendant sa dernière maladie, Adam aurait envoyé son fils Set avec Ève dans la région du Paradis pour prendre l’huile de la miséricorde, afin d’être oint de celle-ci et ainsi être guéri. Après toutes les prières et les larmes des deux à la recherche de l’arbre de la vie, l’Archange Michel apparaît pour leur dire qu’ils n’obtiendraient pas l’huile de l’arbre de la miséricorde et qu’Adam devrait mourir. Plus tard, des lecteurs chrétiens ont ajouté à cette communication de l’Archange une parole de consolation. L’Archange aurait dit qu’après 5.500 ans, serait venu l’aimable Roi Christ, le Fils de Dieu, et qu’il aurait oint avec l’huile de sa miséricorde tous ceux qui auraient cru en Lui. « L’huile de la miséricorde, d’éternité en éternité, sera donnée à tous ceux qui devront renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Alors le fils de Dieu, riche d’amour, le Christ, descendra dans les profondeurs de la terre et conduira ton père au Paradis, auprès de l’arbre de la miséricorde ». Dans cette légende, devient visible toute l’affliction de l’homme face à son destin de maladie, de souffrance et de mort, qui nous a été imposé. La résistance que l’homme oppose à la mort apparaît évidente : quelque part – ont pensé à maintes reprises les hommes – il doit bien y avoir l’herbe médicinale contre la mort. Tôt ou tard, il devrait être possible de trouver le remède non seulement contre telle ou telle maladie, mais contre la véritable fatalité – contre la mort. En somme, le remède de l’immortalité devrait exister. Aujourd’hui aussi les hommes sont à la recherche de cette substance curative. La science médicale actuelle s’efforce, non d’exclure à proprement parler la mort, mais d’en éliminer toutefois le plus grand nombre possible de causes, de la reculer toujours plus ; de procurer une vie toujours meilleure et plus longue. Mais réfléchissons encore un instant : qu’en serait-il vraiment, si l’on parvenait, peut-être pas à exclure totalement la mort, mais à la reculer indéfiniment, à parvenir à un âge de plusieurs centaines d’années ? Serait-ce une bonne chose ? L’humanité vieillirait dans une proportion extraordinaire, il n’y aurait plus de place pour la jeunesse. La capacité d’innovation s’éteindrait et une vie interminable serait, non pas un paradis, mais plutôt une condamnation. La véritable herbe médicinale contre la mort devrait être différente. Elle ne devrait pas apporter simplement un prolongement indéfini de la vie actuelle. Elle devrait transformer notre vie de l’intérieur. Elle devrait créer en nous une vie nouvelle, réellement capable d’éternité : elle devrait nous transformer au point de ne pas finir avec la mort, mais de commencer seulement avec elle en plénitude. La nouveauté et l’inouï du message chrétien, de l’Évangile de Jésus-Christ, était et est encore maintenant ce qui nous est dit : oui, cette herbe médicinale contre la mort, ce vrai remède de l’immortalité existe. Il a été trouvé. Il est accessible. Dans le Baptême, ce remède nous est donné. Une vie nouvelle commence en nous, une vie nouvelle qui mûrit dans la foi et n’est pas effacée par la mort de la vie ancienne, mais qui, seulement alors, est portée pleinement à la lumière. À cela certains, peut-être beaucoup, répondront : le message, je le perçois certes, mais la foi me manque. De même, qui veut croire, demandera : mais en est-il vraiment ainsi ? Comment devons-nous nous l’imaginer ? Comment se réalise cette transformation de la vie ancienne, si bien que se forme en elle la vie nouvelle qui ne connaît pas la mort. Encore une fois, un écrit juif ancien peut nous aider à avoir une idée de ce processus mystérieux qui débute en nous au Baptême. On y raconte que l’ancêtre Énoch est enlevé jusqu’au trône de Dieu. Mais il eut peur devant les glorieuses puissances angéliques et, dans sa faiblesse humaine, il ne put contempler le Visage de Dieu. « Alors Dieu dit à Michel – ainsi continue le livre d’Énoch – : « Prends Énoch et ôte-lui ses vêtements terrestres. Oint-le d’huile douce et revêt-le des habits de gloire ! » Et Michel m’ôta mes vêtements, il m’oint d’huile douce, et cette huile était plus qu’une lumière radieuse… Sa splendeur était semblable aux rayons du soleil. Lorsque je me vis, j’étais comme un des êtres glorieux » (Ph. Rech, Inbild des Kosmos, II 524). C’est précisément cela – le fait d’être revêtu du nouvel habit de Dieu – qui se produit au Baptême ; c’est ce que nous dit la foi chrétienne. Certes, ce changement de vêtements est un parcours qui dure toute la vie. Ce qui se produit au Baptême est le début d’un processus qui embrasse toute notre vie – nous rend capable d’éternité, de sorte que, dans l’habit de lumière de Jésus Christ, nous pouvons apparaître devant Dieu et vivre avec Lui pour toujours. Dans le rite du Baptême, il y a deux éléments dans lesquels cet événement s’exprime et devient visible également comme une exigence pour notre vie ultérieure. Il y a tout d’abord le rite des renoncements et des promesses. Dans l’Église primitive, celui qui devait recevoir le Baptême se tournait vers l’occident, symbole des ténèbres, du coucher du soleil, de la mort et donc de la domination du péché. Celui qui devait recevoir le Baptême se tournait dans cette direction et prononçait un triple « non » : au diable, à ses pompes et au péché. Par cet étrange parole « pompes », c’est-à-dire le faste du diable, était indiquée la splendeur de l’ancien culte des dieux et de l’ancien théâtre, où l’on éprouvait du plaisir à voir des personnes vivantes déchiquetées par des bêtes féroces. Ce triple refus était ainsi le refus d’un type de culture qui enchaînait l’homme à l’adoration du pouvoir, au monde de la cupidité, au mensonge, à la cruauté. C’était un acte de libération de l’imposition d’une forme de vie, qui se présentait comme un plaisir et qui, toutefois, poussait à la destruction de ce qui, dans l’homme, sont ses meilleures qualités. Ce renoncement – avec un déroulement moins dramatique – constitue aujourd’hui encore une partie essentielle du baptême. En lui, nous ôtons les « vêtements anciens» avec lesquels on ne peut se tenir devant Dieu. Ou mieux : nous commençons à les quitter. Ce renoncement est, en effet, une promesse dans laquelle nous tenons la main du Christ, afin qu’il nous guide et nous revête. Quels que soient les « vêtements » que nous enlevons, quelle que soit la promesse que nous prononçons, on rend évident quand nous lisons au cinquième chapitre de la Lettre aux Galates, ce que Paul appelle les « œuvres de la chair » – terme qui signifie justement les vêtements anciens que nous devons quitter. Paul les désigne de cette manière : « débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre » (Ga 5, 19ss). Ce sont ces vêtements que nous enlevons ; ce sont les vêtements de la mort. Puis celui qui allait être baptisé dans l’Église primitive se tournait vers l’orient – symbole de la lumière, symbole du nouveau soleil de l’histoire, nouveau soleil qui se lève, symbole du Christ. Celui qui va être baptisé détermine la nouvelle direction de sa vie : la foi dans le Dieu trinitaire auquel il se remet. Ainsi Dieu lui-même nous revêt de l’habit de lumière, de l’habit de la vie. Paul appelle ces nouveaux « vêtements » « fruit de l’Esprit » et il les décrit avec les mots suivants : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5, 22). Dans l’Église primitive, celui qui allait être baptisé était ensuite réellement dépouillé de ses vêtements. Il descendait dans les fonts baptismaux et il était immergé trois fois – symbole de la mort qui exprime toute la radicalité de ce dépouillement et de ce changement de vêtement. Cette vie, qui, de toutes façons est vouée à la mort, celui qui va recevoir le baptême la remet à la mort, avec le Christ, et, par Lui, il se laisse entraîner et élever à la vie nouvelle qui le transforme pour l’éternité. Puis, remontant des eaux baptismales, les néophytes étaient revêtus du vêtement blanc, du vêtement de lumière de Dieu, et ils recevaient le cierge allumé en signe de la nouvelle vie dans la lumière que Dieu lui-même avait allumée en eux. Ils le savaient : ils avaient obtenu le remède de l’immortalité qui, à présent, au moment de recevoir la sainte communion, prenait pleinement forme. En elle, nous recevons le Corps du Seigneur ressuscité et nous sommes, nous aussi, attirés dans ce Corps, si bien que nous sommes déjà protégés en Celui qui a vaincu la mort et qui nous porte à travers la mort. Au cours des siècles, les symboles sont devenus moins nombreux, mais l’évènement essentiel du Baptême est toutefois resté le même. Il n’est pas seulement un bain, encore moins un accueil un peu complexe dans une nouvelle association. Il est mort et résurrection, une renaissance à la vie nouvelle. Oui, l’herbe médicinale contre la mort existe. Le Christ est l’arbre de la vie, rendu à nouveau accessible. Si nous nous conformons à Lui, alors nous sommes dans la vie. C’est pourquoi nous chanterons, en cette nuit de la Résurrection, de tout notre cœur l’alléluia, le cantique de la joie qui n’a pas besoin de paroles. C’est pourquoi Paul peut dire aux Philippiens : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie » (Ph 4, 4). La joie ne peut se commander. On peut seulement la donner. Le Seigneur ressuscité nous donne la joie : la vraie vie. Désormais, nous sommes pour toujours gardés dans l’amour de Celui à qui il a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre (cf. Mt 28, 18). Sûrs d’être exaucés, demandons donc, par la prière sur les offrandes que l’Église élève en cette nuit : Avec ces offrandes, Seigneur, reçois les prières de ton peuple ; fais que le sacrifice inauguré dans le Mystère pascal nous procure la guérison éternelle. Amen.

 

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE PÂQUES

25 mars, 2016

http://preparonsdimanche.puiseralasource.org/

HOMÉLIE DU DIMANCHE DE PÂQUES

27/03/2016

Les lectures du jour http://levangileauquotidien.org/main.php?module=read&date=2016-03-27&language=FR

Au matin de Pâques Il faisait sombre dans le cœur de Marie Madeleine et dans le cœur des apôtres. Pendant trois ans, ils avaient suivi Jésus et avaient mis en lui toute leur foi, toute leur confiance et tout leur amour. Ils pensaient qu’avec lui, une ère nouvelle était née, une ère de liberté, de justice et de bonheur. Mais voilà que depuis deux jours tout est fini. Jésus est mort sur la croix le vendredi soir et c’est la fin d’une belle aventure. Il fait souvent bien sombre aussi dans notre cœur. Dans notre vie, il y a parfois des échecs, des épreuves, des souffrances. Pour certains c’est le chômage, pour d’autres l’accident, la longue maladie, le découragement. Quand tout va mal, on se dit que ça ne sert à rien de continuer et on a envie de tout abandonner. Mais voilà qu’en ce jour de Pâques, quelque chose de nouveau est en train de se passer. Jésus n’est plus dans son tombeau. Le linceul est toujours là, soigneusement plié. Il n’y a pas de trace d’un désordre qui aurait pu être provoqué par des violeurs de sépulture. Alors Jean croit en ce signe avant même d’avoir vu. Puis ce sont les onze apôtres qui voient Jésus leur apparaître, puis les disciples d’Emmaüs, Marie-Madeleine et d’autres encore…Alors c’est la fête, c’est l’espérance qui renaît ; c’est la joie qui éclate. Non, la mort de Jésus n’est pas une fin mais un passage. La grande aventure va reprendre de plus belle et rien ne pourra l’arrêter. Tout le livre des Actes des Apôtres est là pour en témoigner. Pour nous, aujourd’hui, c’est une bonne nouvelle. Cet événement de Pâques nous dit que nous ne devons jamais nous avouer vaincus. Les échecs, les contrariétés, les difficultés ne doivent pas nous bloquer. Ils sont pour nous l’occasion de repartir d’une autre manière. Oui, un nouveau départ est toujours possible. Les apôtres ont connu cela. Pierre qui avait renié Jésus par trois fois aurait pu se dire : « Maintenant, c’est fini, je ne suis plus bon à rien ; personne ne voudra me faire confiance… » Or voilà que Jésus lui-même va venir à lui et il va lui redonner toute sa confiance. Il lui confiera la responsabilité de son Eglise. C’est ainsi que Pierre va devenir un homme nouveau (renouvelé). Pour s’en rendre compte, il suffit de lire son discours dans la première lecture. De même, les autres apôtres qui avaient abandonné Jésus au moment où il avait le plus besoin d’eux pensaient bien que tout était fini. Eux aussi, Jésus va les rejoindre, non pour leur faire des reproches mais pour leur donner sa paix. Eux aussi vont devenir des hommes nouveaux et ressuscités. Par la suite, ils partiront proclamer la Bonne nouvelle. Ils ne reculeront ni devant les persécutions, ni devant la mort pour remplir la mission que Jésus leur a confiée. Croire en Jésus ressuscité, c’est croire en des rebondissements possibles, c’est croire en ce nouveau départ de Pâques. Cela veut dire que nous sommes invités à regarder notre vie, nos échecs, nos souffrances à la lumière de événement de Pâques. Le Christ ressuscité veut nous entraîner tous dans sa victoire. Désormais, rien ne peut nous séparer de son amour. Pour lui, il n’y a jamais de situation désespérée. Vivre en ressuscité, c’est faire confiance en Dieu ; c’est être assuré que le monde ne va pas vers la mort mais qu’il est appelé à la vie. C’est être persuadé qu’à tout instant, je peux, devant Dieu, me relever ; Nous sommes tous aimés de Dieu, tels que nous sommes, malgré nos torpeurs, nos désabusements, malgré nos péchés et nos reniements. Vivre en ressuscité c’est aller dire aux autres qu’ils peuvent aussi se relever et marcher vers la lumière. Ils sont tous enfants de Dieu au même titre que chacun de nous. Les uns et les autres sont dignes de Dieu. Lui-même les veut près de lui pour toujours. En ce dimanche, de nombreux baptêmes sont célébrés dans la plupart des églises du monde entier. Des enfants, des jeunes, des adultes entrent dans la grande famille des chrétiens. Pour eux aussi c’est un nouveau départ. Toutes ces personnes qui sont baptisées en ce jour s’engagent sur la même route que nous ; sur cette route, ce n’est pas toujours facile ; comme nous, ils connaîtront le doute, le découragement. Les multiples activités font qu’on ne prend pas toujours le temps de s’arrêter, de prendre du temps pour retrouver le Seigneur. Mais aujourd’hui, nous sommes interpellés : tous les enfants qui vont être baptisés ont besoin de notre témoignage ; ils ont besoin de sentir que Jésus ressuscité c’est quelqu’un d’important pour nous, qu’il est vraiment la lumière de notre vie. Si nous voulons que nos communautés chrétiennes soient vivantes, il faut qu’elles soient vraiment missionnaires. Un chrétien qui n’aurait pas le souci de témoigner de sa foi ne serait plus un disciple de Jésus Christ. La foi ne se développe que si elle est transmise à d’autres. Pour rassembler son peuple dispersé et lui redonner l’espérance, Dieu a besoin de nous. Il ne nous appelle pas seuls mais avec les autres car il compte sur nous pour le faire savoir. Le Christ compte sur notre témoignage à la place qui est la nôtre. Il désire que nous soyons porteurs de cette bonne nouvelle auprès de tous ceux qui nous entourent.

Jean Compazieu, prêtre de l’Aveyron ( 27/03/2016)

LE JEUDI SAINT: QUAND A EU LIEU LA DERNIÈRE CÈNE DE JÉSUS ?

23 avril, 2015

http://www.christusrex.org/www1/ofm/easter/Jeudisaint.html

LE JEUDI SAINT: QUAND A EU LIEU LA DERNIÈRE CÈNE DE JÉSUS ?

Don Ariel Alvarez Valdés

(Traduit de l’espagnol par C. Bertrand)

La position de S. Jean

Le Jeudi saint, tous les catholiques du monde célèbrent le souvenir de la dernière Cène, au cours de laquelle Jésus institua l’eucharistie, lava les pieds à ses apôtres et nous laissa son commandement de l’amour. Le jour suivant, le vendredi, à 3 h de l’après-midi, il mourait cloué en croix.
Mais quand eut lieu réellement cette Cène? Pour bien poser le problème, il convient de tenir compte d’une façon de concevoir les jours qui est propre aux juifs. Alors que pour nous le jour commence à zéro h, c’est-à-dire à minuit, il commence, pour les juifs, la veille au soir, vers 17 h. Le lundi commence le dimanche soir, le mardi le lundi soir et ainsi de suite.
L’Évangile de S. Jean nous apprend que la fête de la Pâque, durant laquelle Jésus mourut, tomba cette année-là le jour du sabbat (19,31). Cela étant, les juifs devaient consommer l’agneau pascal dans la nuit du vendredi. Mais, comme Jésus savait que le vendredi, à 3 h de l’après-midi, il serait mort et ne pourrait donc pas manger la Pâque avec ses disciples à la date officiellement prévue, il le fit un jour plus tôt, dans la nuit du jeudi. C’est pourquoi S. Jean nous dit que Jésus célébra la dernière Cène « avant la fête de la Pâque » (13,1), c’est-à-dire dans la soirée du jeudi, date qui a été retenue traditionnellement dans notre liturgie.

Le point de vue différent des trois autres
Les trois autres évangélistes, tout en étant d’accord avec Jean pour dire que Jésus mourut un vendredi, à 3 h de l’après-midi (Mt 27,62; Mc 15,42; Lc 23,54), affirment cependant qu’au moment où il célébra la Cène, la fête de la Pâque était déjà en cours.
Ainsi, Matthieu et Marc soutiennent que Jésus et ses disciples se réunirent pour manger la Pâque, « le premier jour des azymes, où l’on immolait l’agneau pascal » (Mt 26,17; Mc 14,12). Et Luc, plus explicite encore, assure que le Seigneur se mit à table, lors de « la fête des azymes, appelée la Pâque » (22,1.7.14.). Le jour des « azymes » était le premier des 7 jours durant lesquels se prolongeait la fête de la Pâque.
Il est donc clair que, pour les trois évangiles synoptiques, Jésus célébra la Cène avec ses apôtres, le jour même de la Pâque. Puis, il fut arrêté et mourut crucifié, le jour suivant, alors que se déroulait la très solennelle fête de la Pâque.

La solution « Qumran »
C’est un problème déjà classique que celui de concilier les points de vue divergents des Évangiles et de vérifier si Jésus célébra sa dernière Cène la nuit même de la Pâque (vendredi), comme l’assurent les Synoptiques, ou le jour précédent (jeudi), comme l’écrit S. Jean. Diverses solutions ont été proposées au long des siècles, mais aucune n’a réussi à convaincre.
Il a fallu attendre la découverte, en 1947, des manuscrits de Qumran. Avec ces manuscrits, il semble bien qu’une nouvelle possibilité ait été offerte de résoudre le problème de manière satisfaisante.
En quoi consistent les manuscrits de Qumran? Ils font partie d’une ancienne bibliothèque du premier siècle avant J.-C., appartenant à une secte juive dite des Esséniens. Parmi les nombreux livres que contenait cette bibliothèque, on en découvrit deux (le Livre des Jubilés et le Livre d’Hénoch) qui révélèrent qu’au temps de Jésus, on se référait non pas à un seul, mais à deux calendriers distincts. L’un, désigné sous le nom de calendrier « solaire », était basé sur le cours du soleil. Il comptait 364 jours et les mois y étaient répartis de façon que les fêtes importantes tombent un mercredi. C’est ainsi que le jour du nouvel an était toujours un mercredi; de même, la fête des Tabernacles et celle de la Pâque.
Pourquoi, dans ce calendrier, l’année commençait-elle toujours un mercredi? Parce que, selon la Genèse, lorsque Dieu créa le monde, ce fut en ce quatrième jour (mercredi) qu’il fit le soleil, la lune et les étoiles, et c’est à partir d’alors que commença le cours du temps.
Le changement de calendrier
Ce calendrier fut en usage chez les juifs, durant de nombreux siècles. En effet, dans les livres de l’Ancien Testament, nous pouvons constater que les dates, les chronologies, la fête de la Pâque (toujours fixée au mercredi) et les autres festivités sont réglées par le calendrier solaire.
Mais, selon la nouvelle hypothèse, deux cents ans avant J.-C., les prêtres du Temple de Jérusalem auraient décidé de changer ce calendrier et d’en adopter un autre, basé à la fois sur le cours du soleil et sur celui de la lune, et appelé de ce fait « lunisolaire ». Ce calendrier était plus exact, vu qu’il comptait 365 jours. Il s’y trouvait cependant une variante: la fête de la Pâque y pouvait figurer n’importe quel jour de la semaine.
Petit à petit, le nouveau calendrier se répandit parmi le peuple. Mais à cette époque il fallait beaucoup de temps aux changements pour s’imposer. C’est ce qui explique le fait que, deux cents ans plus tard, au temps de Jésus, bon nombre de gens continueront de suivre l’ancien calendrier et de célébrer les fêtes aux jours fixés par lui. Même parmi les juifs, certains, tels les Esséniens de Qumran, refusèrent immédiatement d’adopter le nouveau calendrier, estimant qu’il constituait une altération inadmissible de la loi de Moïse. Ils restèrent fidèles à l’observance du calendrier primitif, comme on peut le constater en lisant leur « Manuel de Discipline », trouvé également à Qumran et où il est écrit: « Que l’on ne s’écarte point d’un pas en dehors de ce que dit la Parole de Dieu, concernant ses temps. Que les dates fixées par elle ne soient pas avancées et qu’aucune de ses fêtes ne soit retardée ».
Tous les deux avaient raison
Ainsi donc, du temps de Jésus, deux calendriers étaient en vigueur. L’un, le plus ancien, suivi par les classes populaires, et où le repas de la Pâque était toujours fixé au mercredi (c’est-à-dire à la soirée du mardi). L’autre, adopté par le sacerdoce officiel et par les classes les plus élevées, et où la fête de la Pâque pouvait tomber n’importe quel jour de la semaine. L’année où mourut Jésus, cette fête tomba précisément un samedi.
Cela étant, si nous supposons que Jésus, se référant au calendrier le plus ancien, célébra la dernière Cène avec ses apôtres le mardi soir, c’est-à-dire le jour où les gens du peuple prenaient, eux aussi, le repas pascal, la contradiction qu’on relève dans les Évangiles disparaît automatiquement.
En effet, si Jésus l’a célébrée le mardi, les évangiles synoptiques peuvent affirmer que cet événement a eu lieu « le jour même de Pâque », car ils se réfèrent au calendrier ancien. Quant à S. Jean, qui suit le calendrier officiel, il nous dit que Jésus célébra la Cène « avant la fête de la Pâque ». Les Synoptiques ont raison. S. Jean, également.
Trop peu de temps pour tant d’événements
La nouvelle hypothèse, suivant laquelle Jésus mourut un vendredi, comme l’affirment les quatre Évangiles, mais célébra la Cène le mardi précédent, non seulement élimine les contradictions qu’on relève chez ceux-ci, mais permet de résoudre d’autres difficultés, admises par tous les exégètes.
Une de celles-ci réside dans le nombre d’épisodes vécus par Jésus en si peu de temps. De fait, si la dernière Cène a eu lieu le jeudi et le crucifiement le vendredi après-midi, nous ne disposons que de 18 heures à peine pour y répartir tous les événements de la Passion.
Nous savons en effet qu’après son arrestation au jardin de Gethsémani, Jésus fut conduit chez Anne, l’ex-grand prêtre, dans la demeure duquel se déroula le premier interrogatoire (Jn 18,12). Puis on l’emmena, ligoté, chez Caïphe, le grand prêtre en charge (Jn 18,14). Là il fallut attendre que se réunisse le Sanhédrin, tribunal suprême de justice des juifs, dont faisaient partie tous les grands prêtres, les anciens et les scribes (Mc 14,53). Au cours de cette réunion nocturne, on tenta de trouver de faux témoins qui accuseraient Jésus; ce qui s’avéra laborieux, car les témoignages de ceux qui déposaient contre lui ne concordaient pas (Mc 14,55-59). Ensuite, on lui fit subir toutes sortes de vexations: coups, crachats, railleries (Mc 14,65). Au lever du jour, les 71 membres du Sanhédrin se réunirent pour la seconde fois (Mc 15,1). C’est alors qu’ils auraient décidé de condamner Jésus à mort.
Le long procès romain
Mais les choses ne se terminèrent pas là. après le procès religieux, on traîna Jésus devant Pilate, le gouverneur civil (Lc 23,1); l’entrevue dut être assez longue. Il y eut d’abord, entre le Préfet romain et les Juifs, une rencontre au cours de laquelle ces derniers présentèrent leurs accusations. Vint ensuite un interrogatoire de Jésus, à huis-clos, puis la déclaration d’innocence par Pilate et, à nouveau, des accusations insistantes de la part des juifs.
Afin de se débarrasser de l’accusé, qu’il estimait innocent, Pilate décida de l’envoyer à Hérode Antipas, gouverneur de Galilée, vu que Jésus, en tant que galiléen, relevait de sa juridiction (Lc 23,7). Cette entrevue dut, elle aussi, se prolonger un certain temps: l’Évangile dit, en effet, qu’Hérode posa beaucoup de questions à Jésus (Lc 23,9), avant de le renvoyer finalement à Pilate (Lc 23,11).
Le gouverneur romain se vit alors contraint de convoquer une nouvelle fois les grands prêtres, les magistrats et tout le peuple. Suite à un second entretien avec Jésus, il décida de soumettre à l’avis du peuple la libération éventuelle de celui-ci ou de Barabbas. Entre-temps, sa femme lui envoya un message, l’invitant à ne rien faire contre Jésus, car, durant la nuit, elle avait eu des cauchemars à propos de ce jugement. Mais, face à l’insistance de la foule, il se résolut à libérer Barabbas (Mt 27,11-25). Alors, se succédèrent la flagellation, le couronnement d’épines, les dernières tentatives de Pilate pour libérer Jésus et finalement la sentence et le lent cheminement jusqu’au Calvaire (Mt 27,27-31).
Et tout cela se serait déroulé entre la nuit du jeudi et l’après-midi du vendredi.
La nouvelle répartition
On s’en rend compte, il est absolument impossible de répartir sur si peu de temps tous les faits que nous venons de mentionner. Par contre, si l’on adopte la nouvelle date proposée pour la dernière Cène, tout s’arrange beaucoup mieux, de la manière suivante:
Mardi: dans la soirée, Jésus célèbre la Pâque. Ensuite, il va prier au mont des Oliviers, où il est arrêté. De là, il est conduit chez le grand prêtre.
Mercredi: dans la matinée, a lieu la première session du Sanhédrin, qui procède à l’audition des témoins. La nuit, Jésus la passe dans la prison des juifs.
Jeudi: seconde délibération matinale du Sanhédrin et condamnation à mort de Jésus, que l’on emmène aussitôt chez Pilate. Celui-ci l’interroge puis l’envoie à Hérode. Jésus passe la nuit dans la prison des Romains.
Vendredi: au cours de la matinée, Pilate reçoit Jésus pour la deuxième fois. Après quoi, il le fait flageller et couronner d’épines, puis il prononce la sentence et le livre aux juifs pour être crucifié. A 3 h de l’après-midi, Jésus meurt en croix.
Un jugement conforme à la Loi
La nouvelle hypothèse qui situe la dernière Cène le mardi, présente encore un autre avantage. En nous référant à la Mishna (livre sacré des juifs qui contient la législation complémentaire de l’Ancien Testament), nous pouvons constater que toute une série de lois auraient été violées, si nous nous en tenons à la date traditionnelle.
En effet, la législation juive exigeait que tout jugement se fasse de jour. Si Jésus avait célébré la Pâque le jeudi, il faudrait supposer que le Sanhédrin a siégé durant la nuit. C’eût été illégal. D’ailleurs, il est peu probable que les membres du Sanhédrin et les témoins se soient déjà trouvés réunis, pour siéger à cette heure de la nuit, sans avoir la certitude que Jésus serait appréhendé. Par contre, si la Cène a eu lieu le mardi, on peut présumer que les sessions se déroulèrent dans la matinée du mercredi et du jeudi.
La Mishna défend en outre de condamner à mort un coupable, la veille du Sabbat ou d’une fête. Selon le comput traditionnel, Jésus aurait été condamné à mort par le Sanhédrin, le vendredi matin, veille du sabbat et de la fête de la Pâque. Mais, suivant la nouvelle théorie, cette condamnation aurait eu lieu le jeudi matin, donc un jour et demi avant la Pâque et le sabbat.
La Loi juive défendait enfin de condamner quelqu’un à mort, dans les 24 heures consécutives à son arrestation, afin d’éviter que l’échauffement des esprits n’influence cette décision. Selon la chronologie brève, Jésus fut condamné à mort, quelques heures à peine après son arrestation. Mais selon la chronologie longue, il aurait été arrêté le mardi soir et condamné le vendredi matin, dans le délai prévu par la loi.
Si les juifs condamnèrent Jésus, sous prétexte qu’il avait violé la Loi, il ne paraît guère probable qu’au cours du jugement, ils aient eux-mêmes transgressé d’une manière si grossière cette Loi qu’ils prétendaient défendre.

Le silence des jours
D’autres détails, de moindre importance, deviennent eux aussi plus compréhensibles, si nous situons la dernière Cène, le mardi et la mort de Jésus, le vendredi.
Ainsi, par exemple, les Évangiles font le récit des événements qui ont marqué les derniers jours de Jésus, jusqu’en la soirée du mardi; mais ils ne disent rien de ce qui s’est passé le mercredi et le jeudi. Ce mystérieux silence a donné à penser que Jésus aurait vécu ces jours avec ses apôtres, dans l’intimité. En fait, nous savons maintenant qu’il les vécut en prison, comme une étape de sa longue Passion.
La tradition le confirme
La tradition, enfin, nous apporte une bonne confirmation de cette nouvelle hypothèse concernant la dernière Cène.
En effet, dans l’Église primitive, les chrétiens, on le sait, jeûnaient les mercredis et les vendredis. Cette coutume avait probablement son origine dans une tradition qui considérait le mercredi comme le jour de l’arrestation de Jésus et le vendredi comme le jour de sa mort.
De même, dans un ancien écrit du IIe siècle, appelé Didachè (catéchèse) des Apôtres, nos lisons: « Après avoir mangé la Pâque, le mardi dans la soirée, nous (les apôtres) nous sommes rendus au mont des Oliviers, et c’est au cours de la nuit qu’ils s’emparèrent du Seigneur. Le jour suivant, donc le mercredi, il demeura sous bonne garde dans la maison du grand prêtre… »
L’évêque Victorin de Pettau, mort vers 304, nous a laissé un texte où il dit: « Le Christ fut arrêté le quatrième jour (mardi soir, mercredi pour les juifs). Nous jeûnons le mercredi, en souvenir de sa captivité. Nous jeûnons le vendredi, en souvenir de sa Passion ».
Un autre évêque, Épiphanie de Salamine (Chypre), qui mourut en 403, écrit également: « Le Seigneur fut arrêté alors que commençait le mercredi (mardi soir), et il fut crucifié le vendredi ».
L’hypothèse selon laquelle la dernière Cène eut lieu le mardi soir, repose donc sur une tradition très ancienne, qui remonte au moins au IIIe siècle.

Fidèle jusqu’à la fin
L’Église, se référant à l’Évangile de Jean, a toujours commémoré la dernière Cène le Jeudi saint. Faudra-t-il, tenant compte de la nouvelle hypothèse (mardi), modifier la liturgie de la Semaine sainte? Non, bien sûr! La liturgie, dans l’Église, a une finalité pédagogique et non pas historique. De même que nous célébrons la naissance de Jésus, le 25 décembre, tout en sachant que cette date n’est pas historiquement certaine, nous pouvons continuer à célébrer la Dernière Cène le Jeudi saint, l’essentiel étant ici de tirer un profit spirituel de cette célébration.
La Passion du Christ fut beaucoup plus longue que nous ne le pensons généralement. Elle dura, non pas quelques heures, mais plusieurs jours. Ce qui prouve que sa mort ne fut pas le dénouement brutal de l’effervescence d’une foule excitée et irréfléchie qui, en quelques heures, décida d’en finir avec lui, mais fut la mise à exécution d’un projet prémédité, auquel les autorités juives et romaines, et le peuple tout entier donnèrent leur consentement.
La Passion du Christ apparaît ainsi entourée de circonstances bien plus dramatiques et plus terrifiantes que celles sur lesquelles nous avions coutume de méditer. Elle révèle aussi, avec une plus grande clarté, l’inexorable volonté du Seigneur d’aller jusqu’au bout, malgré les durs tourments qu’on lui infligea durant quatre jours, en vue de briser sa résistance. Jésus ne fut pas fidèle pendant quelques heures seulement, mais pendant tout le temps que dura sa Passion. Nous aussi, qui sommes ses disciples, nous ne pouvons pas nous contenter d’être fidèles, un moment. Nous devons l’être jusqu’au bout.

MORT ET RÉSURRECTION (Ph 2, 6-11)

15 avril, 2015

http://www.spiritains.org/pub/esprit/archives/art1941.htm

MORT ET RÉSURRECTION

P. Lucien Deiss

Nous entrons dans la contemplation du mystère pascal par une grande porte que nous ouvre le Père Lucien Deiss, l’hymne de Saint Paul dans l’Epitre aux Philippiens :  » Jésus, de condition divine…  » Ph 2, 6-11

Grégorien et Parole de Dieu
Jadis, avant la réforme liturgique de Vatican 11, un des sommets de l’Office de la semaine Sainte. culminait dans le chant de l’antienne  » Christus factus est pro nobis « . Quelques 120 voix jeunes, entre 20 et 25 ans, chantant le grégorien dans notre scolasticat avec une virile beauté: célébration d’une intense splendeur! La première partie de l’antienne, dans une mélodie grave et solennelle, invite à la contemplation du Christ  » obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix.  » La seconde partie, dans une envolée exultante et jubilante célèbre sa résurrection et sa seigneurie universelle:  » C’est pourquoi Dieu l’a exalté…  » Le grégorien se mettait au service du mystère, les neumes acclamaient la Parole de Dieu selon l’hymne aux Philippiens 2, 6-11.
Certaines communautés, depuis la réforme liturgique, n’ont pas pu sauvegarder la richesse de leur grégorien. En retour, elles ont récupéré un trésor d’une incomparable beauté celui de la Parole de Dieu dans son intégralité. Le texte en effet, d’une émouvante splendeur, est une hymne que Paul cite dans sa lettre aux Philippiens 2, 6-11. L’exégèse allemande l’appelle « Christuslied », chant du Christ . On la divise tout naturellement en deux parties, et les commentateurs subdivisent ordinairement chaque partie en trois strophes. La voici dans une traduction qui veut imiter autant que possible la superbe splendeur de l’original grec que cite Paul :
Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais lui-même s’anéantit prenant condition d’esclave, devenant semblable aux hommes.
Et s’étant comporté comme un homme il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom
Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au plus haut des cieux
sur la terre et dans les enfers,
Et que toute langue proclame : le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père.
Parole de Dieu et grégorien soulignent donc, chacun à sa manière, la révélation du mystère de Jésus.
Une des premières professions de foi
La lettre aux Philippiens date des années 53. La mort même de Jésus remonte aux années 30. Cette lettre fut donc rédigée quelques 23 années après la mort de Jésus. L’hymne représente ainsi une des premières professions de foi de la communauté primitive. C’est une merveille de simplicité et de force:  » Le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père  » .
« Tel est le caractère fascinant et énigmatique de ce joyau de la foi chrétienne primitive qu’il n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. » L’une des sources les plus proches semble être le quatrième chant du Serviteur de Yahvé selon Is 52,13 à 53,12. Ce chant célèbre le Serviteur, homme de douleur écrasé par la souffrance pour les péchés de son peuple, exalté ensuite comme son Fils pour son sacrifice (Is 53,10-12). On peut ajouter à cette source le thème du Nouvel Adam . Jésus est « de condition divine », littéralement « dans la forme de Dieu » (2,6). Or dans le vocabulaire biblique grec, le mot « forme » équivaut à « image ». Adam, créé à l’image de Dieu (Gn 1,27) cherche à devenir son égal. D’où sa chute. Jésus, lui qui est Fils de Dieu, n’a pas gardé jalousement le rang qui l’égalait à son Père . Il a choisi l’humilité et l’obéissance. D’où son exaltation.
En suivant le texte mot à mot
Le texte de l’hymne est particulièrement riche et dense. On donne ici, comme pour toucher le texte primitif, la transposition littérale de l’original grec.
Première partie ( 2,6-8)
Verset 6 :  » Lui (= le Christ) se trouvant en forme de Dieu, ne retint pas comme une proie d’être égal à Dieu « .
La lourdeur de la phrase s’explique par le désir d’évoquer l’image du Christ en tant nouvel Adam. Le premier Adam en effet se laissa séduire précisément par la tentation de devenir égal à Dieu:  » Vous serez comme des dieux  » (Gn 3,5), lui avait promis le démon. Le Christ , lui, réalise l’égalité avec Adam, mais au coeur même de son humilité. Nouvel Adam, il restaure ainsi l’image de Dieu en toute l’humanité.
Verset 7.  » Mais lui-même s’anéantit ( littéralement : se vida)  » prenant forme d’esclave, devenant semblable aux hommes . Quant à son aspect, il fut reconnu comme un homme.
 » Il s’anéantit  » nous comprenons : il renonça à ce qui lui appartenait en tant que Dieu, c’est-à-dire l’infinie splendeur de sa divinité. « Prenant forme d’esclave »: le mot  » esclave  » y rend servilement le grec  » doulos  » mais peut paraître trop fort dans le contexte. Il semble préférable de le rendre par le terme de  » serviteur  » On se souviendra que dans le vocabulaire de l’Ancien Testament, le serviteur peut resplendir d’une certaine noblesse en tant apparaît comme l’image et le remplaçant de son maître. C’est bien dans cette noblesse d’amour entre serviteur et maître qu’il faut comprendre la relation entre Jésus et son Père. C’est aussi dans cette noblesse d’amour que nous sommes nous-mêmes serviteurs du Père .
L’hymne affirme avec force la réalité de l’humanité de Jésus. Elle barre ainsi la route à tout docétisme. Cette hérésie, à l’oeuvre dès les premiers temps de l’Eglise, prétendait que Jésus n’était pas vraiment homme mais n’avait que la ressemblance humaine (dokein, ressembler). Elle pensait ainsi enlever le caractère scandaleux à l’incarnation et sauvegarder en même temps l’impassibilité divine: Dieu ne peut pas souffrir. Mais elle ruinait en même temps le mystère de l’incarnation de Dieu au milieu de la pauvreté humaine. Telle est la distance abyssale entre l’humilité de la condition humaine et l’infinie splendeur de la divinité. Telle est justement aussi l’infini de l’amour de Dieu pour nous.
Verset 8.  » il s’abaissa lui-même, devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort de la croix. « 
Cette troisième strophe proclame l’humiliation extrême de Jésus et son obéissance parfaite dans sa mort sur la croix. Elle évoque l’image émouvante du Serviteur de Yahvé, homme de douleurs , familier de la souffrance (Is 53,43), portant le poids de nos péchés et souffrant pour nos fautes. L’affirmation fondamentale dans la théologie paulinienne selon laquelle c’est par le péché que souffrance et mort sont entrées dans le monde (Rm 5,12) n’est pas niée dans l’hymne, elle n’est simplement pas reprise. Il y a donc possibilité dans le message chrétien d’évoquer souffrance et mort simplement comme liées à la condition humaine.
Relevons enfin la beauté de l’adjectif hypèkoos, obéissant, du verbe
hypakouein obéir et du substantif hypakoè, obéissance. Ces mots sont formés du verbe akouein, du préfixe hypo, dessous, d’où  » écouter en penchant la tête  » (Bailly). L’obéissance de Jésus, comme l’obéissance chrétienne , n’est pas l’exécution servile de la volonté d’un maître intraitable, mais bien l’humble écoute de la Parole de Dieu en penchant la tête en signe de vénération et d’amour. Au coeur de sa souffrance, dans l’agonie de sa mort, cette obéissance d’amour fut la seule réponse de Jésus à son Père. Elle est aussi pour nous aujourd’hui notre seule réponse.

Deuxième partie ( 2, 9-11)
Verset 9 : « C’est pourquoi aussi Dieu l’a exalté et lui (a donné) par grâce le nom celui au-dessus de tout nom. »
La première partie présentait Jésus comme sujet de la phrase, on s’attendait donc à ce que la seconde partie proclamât sa résurrection. En fait, la résurrection, toujours présente, n’est même pas mentionnée ici. L’hymne préfère parler plutôt de l’exaltation de Jésus. Elle célèbre donc non pas simplement le retour à la vie du Seigneur , mais bien son entrée dans la gloire du Père. Elle souligne non pas un mérite du Christ, mais un don gratuit, une grâce (echarisato) du Père. Elle s’enracine dans l’amour merveilleux du Père. C’est lui, le Père, qui est au centre de sa louange.
Verset 10:  » Afin que dans le nom de Jésus tout genou fléchisse (dans ) les cieux, et les terres et sous les terres. « 
Dans l’univers biblique le nom n’est pas d’abord indication de l’identité de la personne, mais bien la révélation de ce qu’est sa personne devant Dieu. On peut donc affirmer ainsi que le nom de Dieu, comprenons : Dieu lui-même, habitait le Temple ( Dt 12,5). C’est pour cela que le fidèle de la Première Alliance évitait de prononcer le nom de Dieu pour ne pas se trouver comme par surprise devant le Dieu d’infinie majesté. Il remplaçait ce nom par des équivalences comme « Tout-Puissant » ou  » Très Haut « . Le nom « Yahvé » lui-même fut révélé a Moïse au Sinaï ( Ex 3,14) . Il représentait au coeur de l’Ancien Testament la richesse de son amour.
Le fidèle de la Nouvelle Alliance au contraire aime prononcer le nom de Jésus . Ce nom est proclamation de son salut. Il signifie en effet selon l’hébreu « Yéhoshua » : Yahvé sauve . C’est ce que l’ange avait expliqué à Joseph quand il lui avait demandé d’accueillir chez lui l’enfant de son épouse Marie :  » Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés  » (Mt 15, 21).
Verset 11 : « Et que toute langue proclame que Seigneur (est) Jésus Christ pour la gloire de Dieu le Père
Le texte reprend l’acclamation de l’Eglise primitive qui est en même temps sa profession de foi: « Jésus Christ (est) Seigneur! » On notera l’inversion des mots  » Seigneur (est) Jésus Christ » pour souligner avec puissance la seigneurie de Jésus. Elle devait être familière à la communauté primitive ( cf. Col 2,9)
Cette finale renvoie à l’hymne citée en Is 45, 20-25. Dans cette hymne Dieu apparaît comme Dieu unique, juste et sauveur » devant qui se rassemblent toutes les nations et devant qui tout genou doit fléchir. Telle est bien la seigneurie de Dieu le Père, telle est également la seigneurie de Jésus.
Au coeur de la foi chrétienne se trouve donc la profession de foi en la seigneurie de Jésus « à la gloire de Dieu le Père ». Cette gloire du Père, c’est d’être reconnu et aimé , d’abord et essentiellement en tant que Père de Jésus, puis, à travers lui, de toute la création, donc de toute beauté, de tout amour, de toute joie.
En conclusion nous voyons là une hymne unique dans la littérature du Nouveau Testament, éblouissante de simplicité et d’optimisme théologique, parfaitement adaptée à notre époque ! Elle évite même de mentionner le péché de l’homme et du rachat de ce péché par la croix et préfère célébrer plutôt l’invitation de toute l’humanité, par le Christ, à la louange du Père. La résurrection ellemême de Jésus n’est pas décrite comme sa levée du séjour des morts après l’ignominie de la croix, mais bien comme son exaltation  » à la gloire de Dieu le Père.  » Aucune invitation non plus n’est faite pour présenter une prière de demande ni non plus une louange ou une action de grâce, mais il est évident que la seule réponse qui puisse être faite est cette louange ou cette action de grâce. Dieu est infinité d’amour. Toute son action dans le monde ne peut être qu’expression de son amour. Notre vie elle-même ne peut être que réalisation de ce à quoi nous avons été prédestinés, c’est-à-dire à être des vivantes  » louanges de sa gloire  » (Ep 1,5).
Nous réalisons cet idéal en marchant à la suite de Jésus, en vivant dans l’humilité devant le Père, en lui obéissant « jusqu’à la mort », c’est-à-dire en acceptant chaque instant de notre vie comme une offrande à son amour. Ainsi cette hymne s’incarne-t-elle au coeur de notre vie.

LA PÂQUE, LE PASSAGE DU SEIGNEUR

19 mars, 2015

http://www.comayala.es/Proyecto/frances/lapaque.htm

LA PÂQUE, LE PASSAGE DU SEIGNEUR

1.La Pâque n´est plus ce qu´elle fut. Il faut la récupérer. Fêter la Pâque suppose assumer l´essentiel des deux traditions: de la pâque juive qui fête (dans le passé ) la sortie d´Égypte et (dans le présent) le passage de l´oppression à la liberté: Dieu passe en sauvant; et de la pâque chrétienne qui fête (dans le passé) le passage du Christ de ce monde vers le Père et (au présent) son passage au milieu de nous comme Seigneur de l´histoire : il passe en apportant le salut. Avant le quatrième siècle , il n´y a qu´une célébration qui a lieu le soir de pâque. Nous pouvons nous demander ce que signifient les paroles de Jésus, aujourd´hui: allez nous préparer la Pâque (Lc 22,8).
2. La pâque juive est fêtée dans une ambiance familiale, dans les maisons, dans le cadre d´un repas, avec du mouton: Vous le garderez jusqu´au quatorzième jour de ce mois, et toute l´assemblée de la communauté d´Israël l´égorgera au crépuscule (Ex 6; cf. 12,1-5). La pâque juive est un dîner avec des lectures et des psaumes (récit de l´exode, Ps 113-118; cf. Mc 14,26). Le pain azyme (de même que les herbes amères) est un symbole des difficultées vécues. C´est le pain des persécutés, le pain de la misère et de la hâte, le pain qu´il fallut emporter et cuire avant sa fermentation. Le rituel juif le dit ainsi: Voici le pain de misère que nos ancêtres ont mangé en Égypte, que celui qui en aura besoin vienne fêter la pâque. L´exode est une expérience d´une valeur permanente: le Dieu vivant, qui agit dans l´histoire, ouvre un chemin de libération pour celui qui est opprimé. Le croyant, reconnaissant et plein d´espoir, élève la coupe du salut (Ps 116,13; Lc 22,20).
3. Dans le cadre juif de la pâque, chacun raconte son histoire: et, tous ensemble fêtent l´histoire commune d´Israël: en répètant un refrain ( dayenou: cela nous aurait suffi), ils proclament l´action libératrice de Dieu: Il nous a comblé de tants de faveurs!.. S´il avait simplement divisé la mer pour nous sans nous l´avoir fait passer à pied sec, cela nous aurait suffi… S´il nous avait donné la loi sans entrer dans le pays d´Israël, cela nous aurait suffi. S´il nous avait fait entrer dans le pays d´Israël sans bâtir la maison d´Élection pour nous, cela nous aurait suffi.
4. Dans les premiers siècles, la pâque chrétienne est précédée d´un jeûne court et rigoureux (un jour, deux ou davantage), qui provient d´une interprétation littérale du passage évangélique où l´on demande à Jésus pourquoi ses disciples ne jeûnent pas. Le jour où ils seront privés de la présence de Jésus, alors ils jeûneront (Mt 9,15), mais d´une façon différente. Ce qui souille l´homme ce n´est pas ce qui entre par la bouche mais ce qui sort du coeur (cf. Mc 7,5-23). Sur ce sens-là porte la question: quel genre de jeûne devons-nous faire pour fêter la Pâque? Du reste, il est significatif que Jésus, l´Agneau de Dieu, (Jn 1,29), ait été sacrifié le jour de la préparation de la Pâque (19,14: 1 Co 5,7).
5. Une réalité fondamentale que nous n´arrivons pas à comprendre est la suivante: la veillée pascale est la célébration de la Pâque tout entière. La pâque n´est pas seulement la passion et la résurrection considérés comme deux événements successifs. C´est le passage de l´un à l´autre, des ténébres à la lumière, de la mort à la vie, de la tristesse à la joie (Jn 16,20). C´est une veillée. Par conséquent on va veiller (cf. Ex 112,42) avec les lampes allumées (Mt 25,4) et le contenu de cette veillée est, en premier lieu, la Parole de Dieu (vivante et abondante), et ensuite l´eucharistie (action de grâces).
6. Des témoignages très anciens (La Lettre des Apôtres au milieu du IIème siècle et la Didacalie au IIIème siècle) nous montrent une veillée fêtée pendant toute la nuit jusqu´au chant du coq; par conséquent, elle commençait au crépuscule et finissait après minuit avec l´eucharistie. Â un moment donné, surtout à l´époque du catéchuménat (IIIème et IVème siècles) la veillée pascale finit par inclure la célébration du baptême (cf. Rm 6,3-11). On discuta beaucoup au IIème siècle à cause de la date: les communautés de l´Asie Mineure fêtaient la Pâque le 14 Nisan, de même que les Juifs et les premiers disciples; le reste de l´Église le faisait la nuit du samedi au dimanche et mettait en relief la résurrection. Victor, évêque de Rome, proclama l´excommunication . Mais Irénée de Lyon et Polycrates d´Éphèse, ainsi que les évêques d´Asie, lui rappelèrent la tradition écclésiastique: Polycarpe d´ Esmine et Anicète de Rome ( passant outre ces différences d´opinion) étaient en communion (Eusèbe de C. HEV,24,17).
7. La Didascalie décrit la veillée pascale de la façon suivante: Vous vous réunirez et veillerez, et pendant toute la nuit vous veillerez avec des prières et des larmes, vous lirez les prophètes et les évangiles et les psaumes, dans la crainte et le tremblement avec des prières, jusqu´à la troisième heure de la nuit qui suit le samedi. Alors vous romprez le jeûne, vous offrirez le sacrifice et vous mangerez et vous serez heureux dans la joie et l´allègresse, puisque le Christ, les primices de notre résurrection, a ressuscité.
8. Vers la fin du IVème siècle apparaît déjà la tradition du triduum saint, dans lequel on fête les aspects successifs du mystère pascal. Saint Ambroise dit: C´est le triduum saint … pendant lequel (le Christ) a souffert, s´est reposé et est ressuscité (Ep. 23,12-13:Pl 16,1030). Saint Augustin met en relation le passage de Jonas dans la baleine avec le triduum pendant lequel le Seigneur est mort et est ressuscité: vendredi, samedi, dimanche (De consensu Evang.,3,66: Pl 34,1199).
9. À partir du Vème siècle, le catéchuménat, ainsi que l´aspect baptismal de la veillée pascale disparaissent progressivement. On essaie, alors, de pallier ce défaut au moyen d´un élargissement du symbolisme rituel: bénédiction du feu, du cierge, de l´eau. Cette phase symbolique fut bientôt suivie de la phase dramatique, quand, sous l´influence de la litturgie de Jérusalem, on scénifie les circonstances de la passion.
10. Déjà au Vème siècle, le dimanche qui inaugure la Semaine Sainte, la liturgie orientale fête l´entrée messianique de Jésus à Jérusalem tandis que la liturgie romaine (avec Saint Léon le Grand) inclut déjà la passion (mercredi et vendredi saint aussi). D´un autre côté, Saint Augustin répond à une question sur ce qu´on devait faire le jeudi saint: la règle d´or est de suivre les pratiques de l´Église dans laquelle on se trouve (Ep.54,5:Pl 32,202). Depuis le VIIIème siècle, une nouvelle conception du triduum s´impose dans l´église latine, le triduum avant la Pâque: jeudi, vendredi et samedi. Peu à peu, la dégradation de la Pâque avance. Pie V (1566) défend de célébrer la messe l´après midi, ce qui fait que l´office de la veillée pascale est avancé au matin du samedi . Cependant, le 9 février 1951 la Congrégation des Rites décide de restaurer la veillée pascale.
11. Malgré toutes les réformes (de 1955 et de 1970) il existe encore des problèmes: le dimanche des rameaux, on mêle l´entrée messianique avec la passion, et, en plus, on évite la dénonciation du temple, qui explique la mort de Jésus (Mc 11,18); le Jeudi Saint, le lavement des pieds l´emporte sur la Cène (Jn 13,-17; 1 Co 11,23-26); le Vendredi Saint, on néglige l´impressionante Parole de la croix (Ps 22); dans la veillée pascale, la rénovation des promesse baptismales est insuffisante et uniquement formelle; le déficit actuel d´évangélisation des baptisés demande quelquechose de plus: un processus d´inspiration catéchuménale qui puisse aider à découvrir ce que le baptême signifie vraiment; finalement, on ne met pas en relief le dynamisme indivisible du mystère pascal ( le passage de l´oppression à la liberté, de la mort à la vie) et, la Pâque n´est plus ce qu´elle fut.
12. Quel que soit le moment où on le célèbre, avant la fête de Pâques (Jn 13,1), le premier jour de la semaine (Jn 20,1), huit jours après (Jn 20,26), pendant quarante jours (Ac 1,3), pendant cinquante jours (2,1), chaque semaine (20,7; Ap1,10), pendant toute l´année, le fait fondamental est celui-ci: Ce Jésus que vous, vous avez crucifié, est le Seigneur (Ac 2,36) . Nous aussi, nous pouvons reconnaître sa présence et son action à de multiples signes (1Co 15,16;Jn 21,7), qui se produisent comme fruits de la Pâque. Sa Pâque, son passage, a inauguré, pour le monde entier, l´aube d´un nouveau jour qui ne finira jamais.

BENOÎT XVI – AUDIENCE GÉNÉRALE – 2009 – Octave de Pâques

30 mai, 2013

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090415_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 15 avril 2009 – Octave de Pâques

Chers frères et sœurs,
L’Audience générale traditionnelle du mercredi est empreinte aujourd’hui d’une joie spirituelle, qu’aucune souffrance ni peine ne peuvent effacer, car c’est une joie qui jaillit de la certitude que le Christ, par sa mort et sa résurrection, a définitivement triomphé sur le mal et sur la mort. « Le Christ est ressuscité! Alléluia! » chante l’Eglise en fête. Et ce climat de fête, ces sentiments typiques de Pâques, se prolongent non seulement au cours de cette semaine – l’Octave de Pâques – mais s’étendent au cours des cinquante jours qui vont jusqu’à la Pentecôte. Le mystère de Pâques embrasse même toute la durée de notre existence.
En ce temps liturgique, les références bibliques et les invitations à la méditation, qui nous sont offertes pour approfondir la signification et la valeur de Pâques, sont véritablement nombreuses. La « via crucis » que, au cours du Saint Triduum, nous avons reparcourue avec Jésus jusqu’au Calvaire, en en revivant la douloureuse Passion est devenue, au cours de la solennelle Veillée de Pâques, une « via lucis » réconfortante, un chemin de lumière et de renaissance spirituelle, de paix intérieure et de solide espérance. Après les pleurs, après le désarroi du Vendredi saint, suivi par le silence chargé d’attente du Samedi saint, à l’aube du « premier jour après le sabbat » a retenti avec vigueur l’annonce de la Vie qui a vaincu la mort:  « Dux vitae mortuus / regnat vivus – le Seigneur de la vie était mort; mais à présent, vivant, il triomphe! » La nouveauté bouleversante de la résurrection est si importante que l’Eglise ne cesse de la proclamer, en prolongeant son souvenir en particulier chaque dimanche, jour du Seigneur et Pâque hebdomadaire du peuple de Dieu. Nos frères orientaux, comme pour souligner ce mystère de salut qui enveloppe notre vie quotidienne, appellent le dimanche en russe « jour de la résurrection » (voskrescénje).
Il est donc fondamental pour notre foi et pour notre témoignage chrétien de proclamer la résurrection de Jésus de Nazareth comme un événement réel, historique, attesté par de nombreux témoins faisant autorité. Nous l’affirmons avec force car, à notre époque également, il ne manque pas de personnes qui cherchent à en nier l’historicité, en réduisant le récit évangélique à un mythe, en reprenant et en présentant des théories anciennes et déjà utilisées comme nouvelles et scientifiques. Certes, la résurrection n’a pas été pour Jésus un simple retour à la vie terrestre précédente, mais elle a été le passage à une dimension profondément nouvelle de vie, qui nous concerne nous aussi, qui touche toute la famille humaine, l’histoire et tout l’univers. Cet événement a changé l’existence des témoins oculaires, comme le démontrent les récits évangéliques et les autres écrits néotestamentaires; il s’agit d’une annonce que des générations entières d’hommes et de femmes au cours des siècles ont écoutée avec foi et ont témoignée, souvent au prix de leur sang, à travers le martyre. Cette année également, cette bonne nouvelle retentit à Pâques, de façon immuable et toujours nouvelle, dans tous les lieux de la terre:  Jésus mort en croix est ressuscité, il vit glorieux car il a vaincu le pouvoir de la mort. Telle est la victoire de la Pâque! Tel est notre salut! Et avec saint Augustin, nous pouvons chanter:  « La résurrection du Christ est notre espérance! ».
C’est vrai:  la résurrection de Jésus fonde notre solide espérance et illumine tout notre pèlerinage terrestre, y compris l’énigme humaine de la douleur et de la mort. La foi dans le Christ crucifié et ressuscité est le cœur de tout le message évangélique, le noyau central de notre « Credo ». Nous pouvons trouver une expression faisant autorité de ce « Credo » essentiel dans un passage célèbre des écrits de saint Paul, contenu dans la Première Lettre aux Corinthiens (15, 3-8), où l’Apôtre, pour répondre à certaines personnes de la communauté de Corinthe qui, paradoxalement, proclamaient la résurrection de Jésus, mais niaient celle des morts, transmet fidèlement ce que lui-même avait reçu de la première communauté apostolique concernant la mort et la résurrection du Seigneur.
Il commence par une affirmation presque péremptoire:  « Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée; cet Evangile, vous l’avez reçu, et vous y restez attaché, vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants » (vv. 1-2). Il ajoute aussitôt qu’il leur a transmis ce que lui-même a reçu. Suit alors l’épisode que nous avons écouté au début de notre rencontre. Saint Paul présente tout d’abord la mort de Jésus et apporte à un texte aussi dépouillé, deux ajouts à la nouvelle que « le Christ est mort ». Le premier ajout est:  il est mort « pour nos péchés »; le deuxième est:  « conformément aux Ecritures » (v. 3). L’expression « conformément aux Ecritures » place l’événement de la résurrection du Seigneur en relation avec l’histoire de l’Alliance vétérotestamentaire de Dieu avec son peuple, et nous fait comprendre que la mort du fils de Dieu appartient au tissu de l’histoire du salut, et que c’est même d’elle que cette histoire tire sa logique et sa véritable signification. Dans le mystère pascal s’accomplissent les paroles de l’Ecriture, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un événement qui porte en soi un logos, une logique:  la mort du Christ témoigne que la Parole de Dieu s’est faite jusqu’au fond « chair », « histoire » humaine. Comment et pourquoi ceci a eu lieu, se comprend à partir du deuxième ajout que saint Paul apporte:  le Christ est mort « pour nos péchés ». Avec ces paroles, le texte de saint Paul semble reprendre la prophétie d’Isaïe contenue dans le Quatrième chant du Serviteur de Dieu (cf. Is 53, 12). Le Serviteur de Dieu « s’est livré lui-même jusqu’à la mort », a porté « le péché des multitudes », et intercédant pour les « criminels », il a pu apporter le don de la réconciliation des hommes entre eux et des hommes avec Dieu:  sa mort met donc fin à la mort; le chemin de la Croix conduit à la Résurrection.
Dans les versets qui suivent, l’Apôtre s’arrête ensuite sur la résurrection du Seigneur. Il dit que le Christ « est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures ». De nombreux exégètes entrevoient dans l’expression:  « Il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures » un rappel significatif de ce que nous lisons dans le Psaume 16, où le Psalmiste proclame:  « Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption » (v. 10). Il s’agit de l’un des textes de l’Ancien Testament, cités aux débuts du christianisme, pour démontrer le caractère messianique de Jésus. Etant donné que selon l’interprétation juive, la corruption commençait après le troisième jour, la parole de l’Ecriture s’accomplit en Jésus qui ressuscite le troisième jour, c’est-à-dire avant que ne commence la corruption. Saint Paul, transmettant fidèlement l’enseignement des Apôtres, souligne que la victoire du Christ sur la mort a lieu à travers la puissance créatrice de la Parole de Dieu. Cette puissance divine apporte espérance et joie:  c’est en définitive le contenu libérateur de la révélation pascale. Dans la Pâque, Dieu se révèle lui-même et révèle la puissance de l’amour trinitaire qui anéantit les forces destructrices du mal et de la mort.

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE BENOÎT XVI – PÂQUES 2012

10 avril, 2012

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/urbi/documents/hf_ben-xvi_mes_20120408_urbi-easter_fr.html

MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE BENOÎT XVI

PÂQUES 2012

Dimanche, 8 avril 2012

Chers frères et sœurs de Rome et du monde entier !

« Surrexit Christus, spes mea » – « Le Christ, mon espérance, est ressuscité » (Séquence pascale).

Que parvienne à vous tous la voix joyeuse de l’Église, par les paroles que l’ancien hymne met sur les lèvres de Marie Madeleine, la première à rencontrer Jésus ressuscité le matin de Pâques. Elle courut chez les autres disciples et, le cœur tout battant, elle leur annonça : « J’ai vu le Seigneur ! » (Jn 20, 18). Nous aussi, qui avons traversé le désert du Carême et les jours douloureux de la Passion, faisons place aujourd’hui au cri de victoire : « Il est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! ».

Tout chrétien revit l’expérience de Marie de Magdala. C’est une rencontre qui change la vie : la rencontre avec un Homme unique, qui nous fait expérimenter toute la bonté et la vérité de Dieu, qui nous nous libère du mal, non pas d’une manière superficielle, momentanée, mais il nous en libère radicalement, nous guérit de tout et nous restitue notre dignité. Voici pourquoi Madeleine appelle Jésus « mon espérance » : car c’est Lui qui l’a fait renaître, lui a donné un nouvel avenir, une existence bonne, libérée du mal. « Le Christ, mon espérance » signifie que tout mon désir de bien trouve en Lui une possibilité réelle : avec Lui, je peux espérer que ma vie sera bonne, et qu’elle sera pleine, éternelle, car c’est Dieu-même qui s’est fait proche jusqu’à entrer dans notre humanité.
Toutefois, comme les autres disciples, Marie de Magdala a dû voir Jésus rejeté par les chefs du peuple, arrêté, flagellé, condamné à mort et crucifié. Voir la Bonté en personne soumise à la méchanceté humaine, la Vérité raillée par le mensonge, la Miséricorde insultée par la vengeance, a dû être insupportable. Avec la mort de Jésus, l’espérance de ceux qui avaient mis leur confiance en Lui semblait perdue. Mais cette foi ne s’est jamais évanouie totalement : surtout dans le cœur de la Vierge Marie, la Mère de Jésus, la petite flamme est restée allumée d’une manière vive, même dans l’obscurité de la nuit. Dans ce monde, l’espérance ne peut pas ne pas tenir compte de la dureté du mal. Ce n’est pas seulement le mur de la mort qui lui fait obstacle, mais plus encore, ce sont les pointes acérées de la jalousie et de l’orgueil, du mensonge et de la violence. Jésus est passé par cet enlacement mortel, pour nous ouvrir le passage vers le Royaume de la vie. Il y eut un moment où Jésus apparaissait vaincu : les ténèbres avaient couvert la terre, le silence de Dieu était total et l’espérance, une parole qui semblait désormais vaine.
Et voici qu’à l’aube du jour après le sabbat, on a trouvé le sépulcre vide. Jésus se montre ensuite à Madeleine, aux autres femmes, aux disciples. La foi renaît plus vive et plus forte que jamais, désormais invincible, car fondée sur une expérience décisive : « La mort et la vie s’affrontèrent / en un duel prodigieux. / Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne ». Les signes de la résurrection attestent la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la miséricorde sur la vengeance : « Le sépulcre du Christ vivant, / la gloire du Christ ressuscité, / et les anges ses témoins, / le suaire et ses vêtements ».
Chers frères et sœurs ! Si Jésus est ressuscité, alors – et seulement alors – est arrivé quelque chose de vraiment nouveau, qui change la condition de l’homme et du monde. Alors Lui, Jésus, est quelqu’un en qui nous pouvons avoir absolument confiance, et non pas seulement dans son message, mais vraiment en Lui, parce que le Ressuscité n’appartient pas au passé, mais Il est présent aujourd’hui, vivant. Le Christ est espérance et réconfort particulièrement pour les communautés chrétiennes qui sont les plus éprouvées par des discriminations et des persécutions à cause de leur foi. Et par son Église, Il est présent comme force d’espérance, proche de toutes les situations humaines de souffrance et d’injustice.
Puisse le Christ ressuscité donner espérance au Moyen-Orient, afin que toutes les composantes ethniques, culturelles et religieuses de cette Région collaborent pour le bien commun et le respect des droits humains. En Syrie, particulièrement, que cesse l’effusion de sang et que soit entrepris sans délai le chemin du respect, du dialogue et de la réconciliation, comme le souhaite la communauté internationale. Que les nombreux réfugiés, provenant de ce pays et ayant besoin d’aide humanitaire, trouvent l’accueil et la solidarité qui puissent soulager leurs pénibles souffrances. Que la victoire pascale encourage le peuple irakien à ne ménager aucun effort pour avancer sur le chemin de la stabilité et du développement. Qu’en Terre Sainte, Israéliens et Palestiniens reprennent avec courage le processus de paix.
Puisse le Seigneur, victorieux du mal et de la mort, soutenir les communautés chrétiennes du Continent africain, leur donner espérance pour affronter les difficultés, les rendre promotricesde paix et artisanesdu développement des sociétés auxquelles elles appartiennent.
Puisse Jésus Ressuscité réconforter les populations de la Corne de l’Afrique en proie à la souffrance et favoriser leur réconciliation ; qu’il aide la Région des Grands Lacs, le Soudan et le Sud-Soudan, en donnant à leurs habitants la force du pardon. Au Mali, qui traverse un délicat moment politique, puisse le Christ Glorieux accorder la paix et la stabilité. Au Nigeria qui, ces derniers temps, a été le théâtre d’attaques terroristes sanglantes, que la joie pascale donneles énergies nécessaires pour recommencer à construire une société pacifique et respectueuse de la liberté religieuse de tous ses citoyens.

Bonne fête de Pâques à tous !

MESSE CHRISMALE – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI (5 avril 2012)

10 avril, 2012

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2012/documents/hf_ben-xvi_hom_20120405_messa-crismale_fr.html

MESSE CHRISMALE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique vaticane

Jeudi Saint, 5 avril 2012

Chers frères et sœurs!

En cette messe nos pensées se tournent vers le moment où l’Évêque, par l’imposition des mains et la prière, nous a fait entrer dans le sacerdoce de Jésus Christ, de sorte que nous soyons « consacrés dans la vérité » (Jn 17, 19), comme Jésus, dans sa Prière sacerdotale, a demandé pour nous à son Père. Il est lui-même la Vérité. Il nous a consacrés, c’est-à-dire remis pour toujours à Dieu, afin que, à partir de Dieu et en vue de lui, nous puissions servir les hommes. Mais sommes-nous aussi consacrés dans la réalité de notre vie ? Sommes-nous des hommes qui agissent à partir de Dieu et en communion avec Jésus Christ ? Avec cette question le Seigneur se tient devant nous, et nous nous tenons devant lui. « Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes, en étant fidèles aux engagements attachés à la charge ministérielle que vous avez reçue au jour de votre Ordination sacerdotale ? » C’est ainsi qu’après cette homélie, j’interrogerai individuellement chacun de vous et aussi moi-même. Par là, deux choses s’expriment surtout : ce qui est demandé c’est un lien intérieur, ou mieux, une configuration au Christ, et en ceci nécessairement un dépassement de nous-mêmes, un renoncement à ce qui est seulement nôtre, à la si vantée autoréalisation. Il est demandé que nous, que moi, je ne revendique pas ma vie pour moi-même, mais que je la mette à la disposition d’un autre – du Christ. Que je ne demande pas : qu’est-ce que j’en retire pour moi ?, mais : qu’est-ce que je peux donner moi pour lui et ainsi pour les autres ? Ou encore plus concrètement : comment doit se réaliser cette configuration au Christ, lequel ne domine pas, mais sert ; il ne prend pas, mais il donne – comment doit-elle se réaliser dans la situation souvent dramatique de l’Église d’aujourd’hui ? Récemment, un groupe de prêtres dans un pays européen a publié un appel à la désobéissance, donnant en même temps aussi des exemples concrets sur le comment peut s’exprimer cette désobéissance, qui devrait ignorer même des décisions définitives du Magistère – par exemple sur la question de l’Ordination des femmes, à propos de laquelle le bienheureux Pape Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur. La désobéissance est-elle un chemin pour renouveler l’Église ? Nous voulons croire les auteurs de cet appel, quand ils affirment être mus par la sollicitude pour l’Église ; être convaincus qu’on doit affronter la lenteur des Institutions par des moyens drastiques pour ouvrir des chemins nouveaux – pour ramener l’Église à la hauteur d’aujourd’hui. Mais la désobéissance est-elle vraiment un chemin ? Peut-on percevoir en cela quelque chose de la configuration au Christ, qui est la condition nécessaire de tout vrai renouvellement, ou non pas plutôt seulement l’élan désespéré pour faire quelque chose, pour transformer l’Église selon nos désirs et nos idées ?
Mais ne simplifions pas trop le problème. Le Christ n’a-t-il pas corrigé les traditions humaines qui menaçaient d’étouffer la parole et la volonté de Dieu ? Oui, il l’a fait, pour réveiller de nouveau l’obéissance à la vraie volonté de Dieu, à sa parole toujours valable. La vraie obéissance lui tenait justement à cœur, contre l’arbitraire de l’homme. Et n’oublions pas : il était le Fils, avec l’autorité et la responsabilité singulières de révéler l’authentique volonté de Dieu, pour ouvrir ainsi la route de la parole de Dieu vers le monde des gentils. Et enfin : il a concrétisé son envoi par sa propre obéissance et son humilité jusqu’à la Croix, rendant ainsi sa mission crédible. Non pas la mienne, mais ta volonté : c’est la parole qui révèle le Fils, son humilité et en même temps sa divinité, et qui nous indique la route.
Laissons-nous interroger encore une fois : est-ce qu’avec de telles considérations n’est pas défendu, en fait, l’immobilisme, le durcissement de la tradition ? Non. Celui qui regarde l’histoire de l’époque post-conciliaire, peut reconnaître la dynamique du vrai renouvellement, qui a souvent pris des formes inattendues dans des mouvements pleins de vie et qui rend presque tangibles la vivacité inépuisable de la sainte Église, la présence et l’action efficace du Saint Esprit. Et si nous regardons les personnes, dont sont nés et naissent ces fleuves frais de vie, nous voyons aussi que pour une nouvelle fécondité il est nécessaire d’être remplis de la joie de la foi ; sont aussi nécessaires la radicalité de l’obéissance, la dynamique de l’espérance et la force de l’amour.
Chers amis, il reste clair que la configuration au Christ est la condition nécessaire et la base de tout renouvellement. Mais peut-être que la figure du Christ nous apparaît parfois trop élevée et trop grande, pour pouvoir oser en prendre les mesures. Le Seigneur le sait. C’est pourquoi, il a pourvu à des « traductions » dans des ordres de grandeur plus accessibles et plus proches de nous. Pour cette raison justement, Paul sans timidité a dit à ses communautés : imitez-moi, mais j’appartiens au Christ. Il était pour ses fidèles une « traduction » du style de vie du Christ, qu’ils pouvaient voir et à laquelle ils pouvaient adhérer. À partir de Paul, tout au long de l’histoire il y a eu continuellement de telles « traductions » du chemin de Jésus en figures historiques vivantes. Nous prêtres nous pouvons penser à une grande foule de saints prêtres, qui nous précèdent pour nous indiquer la route : à commencer par Polycarpe de Smyrne et Ignace d’Antioche, en passant par les grands pasteurs comme Ambroise, Augustin et Grégoire le Grand, jusqu’à Ignace de Loyola, Charles Borromée, Jean-Marie Vianney, jusqu’aux prêtres martyrs du vingtième siècle et enfin jusqu’au Pape Jean-Paul II qui dans l’action et dans la souffrance nous a été un exemple dans la configuration au Christ, comme « don et mystère ». Les saints nous indiquent comment fonctionne le renouvellement et comment nous pouvons nous mettre à son service. Et ils nous font aussi comprendre que Dieu ne regarde pas aux grands nombres et aux succès extérieurs, mais rapporte ses victoires dans l’humble signe du grain de moutarde.
Chers amis, je voudrais encore brièvement m’arrêter à deux mots-clés du renouvellement des promesses sacerdotales, qui devraient nous pousser à réfléchir en ce moment de la vie de l’Église et de notre vie personnelle. Il y a avant tout le souvenir du fait que nous sommes – comme s’exprime Paul – « intendants des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1), et que nous incombe le ministère de l’enseignement, le (munus docendi), qui est une partie de cette intendance des mystères de Dieu, où il nous montre son visage et son cœur, pour se donner lui-même à nous. Dans la rencontre des Cardinaux à l’occasion du récent Consistoire, divers Pasteurs, sur la base de leur expérience, ont parlé d’un analphabétisme religieux qui se répand dans notre société si intelligente. Les éléments fondamentaux de la foi, que dans le passé chaque enfant connaissait, sont toujours moins connus. Mais pour pouvoir vivre et aimer notre foi, pour pouvoir aimer Dieu et donc devenir capables de l’écouter de façon juste, nous devons savoir ce que Dieu nous a dit ; notre raison et notre cœur doivent être touchés par sa parole. L’Année de la foi, le souvenir de l’ouverture du Concile Vatican II, il y a 50 ans, doivent être pour nous une occasion d’annoncer le message de la foi avec un zèle nouveau et avec une nouvelle joie. Naturellement, nous le trouvons de manière fondamentale et essentielle dans la Sainte Écriture, que nous ne lirons et méditerons jamais assez. Mais en cela nous faisons tous l’expérience d’avoir besoin d’aide pour la transmettre avec rectitude dans le présent, afin qu’elle touche vraiment notre cœur. Cette aide nous la trouvons en premier lieu dans la parole de l’Église enseignante : les textes du Concile Vatican II et le Catéchisme de l’Église catholique sont des instruments essentiels qui nous indiquent de manière authentique ce que l’Église croit à partir de la Parole de Dieu. Et naturellement en fait partie aussi tout le trésor des documents que le Pape Jean-Paul II nous a donné et qui est encore loin d’avoir été exploité jusqu’au bout.
Toute notre annonce doit se mesurer sur la parole de Jésus Christ : « Mon enseignement n’est pas le mien » (Jn 7, 16). Nous n’annonçons pas des théories et des opinions privées, mais la foi de l’Église dont nous sommes des serviteurs. Mais ceci naturellement ne doit pas signifier que je ne soutiens pas cette doctrine de tout mon être et que je ne suis pas fixé solidement en elle. Dans ce contexte me vient souvent à l’esprit la parole de saint Augustin : qu’est ce qui est aussi mien que moi-même ? qu’est-ce qui est aussi peu mien que moi-même ? Je ne m’appartiens pas à moi-même et je deviens moi-même justement par le fait que je vais au-delà de moi-même et par le dépassement de moi-même je réussis à m’insérer dans le Christ et dans son Corps qui est l’Église. Si nous ne nous annonçons pas nous-mêmes et si intérieurement nous sommes devenus tout un avec Celui qui nous a appelés comme ses messagers si bien que nous sommes modelés par la foi et que nous la vivons, alors notre prédication sera crédible. Je ne fais pas de la réclame pour moi-même, mais je me donne moi-même. Le Curé d’Ars n’était pas un savant, un intellectuel, nous le savons. Mais par son annonce il a touché les cœurs des gens, parce que lui-même avait été touché au cœur.
Le dernier mot-clé que je voudrais encore évoquer s’appelle le zèle pour les âmes (animarum zelus). C’est une expression démodée qui aujourd’hui n’est presque plus utilisée. Dans certains milieux, le mot âme est même considéré comme un mot prohibé, parce que – dit-on – il exprimerait un dualisme entre corps et âme, divisant l’homme à tort. L’homme est certainement une unité, destiné avec son corps et son âme à l’éternité. Mais ceci ne peut signifier que nous n’avons plus une âme, un principe constitutif qui garantit l’unité de l’homme dans sa vie et au-delà de sa mort terrestre. Et naturellement comme prêtres nous nous préoccupons de l’homme tout entier, justement aussi de ses nécessités physiques – des affamés, des malades, des sans-toit. Toutefois, nous ne nous préoccupons pas seulement du corps, mais aussi des besoins de l’âme de l’homme : des personnes qui souffrent en raison de la violation du droit ou d’un amour détruit ; des personnes qui se trouvent dans l’obscurité à propos de la vérité ; qui souffrent de l’absence de vérité et d’amour. Nous nous préoccupons du salut des hommes dans leur corps et dans leur âme. Et en tant que prêtres de Jésus Christ, nous le faisons avec zèle. Les personnes ne doivent jamais avoir la sensation que nous accomplissons consciencieusement notre horaire de travail, mais qu’avant et après nous nous appartenons seulement à nous-mêmes. Un prêtre ne s’appartient jamais à lui-même. Les personnes doivent percevoir notre zèle, par lequel nous donnons un témoignage crédible pour l’Évangile de Jésus Christ. Prions le Seigneur de nous remplir de la joie de son message, afin qu’avec un zèle joyeux nous puissions servir sa vérité et son amour. Amen.

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