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CANONISATION DE CHARBEL MAKHLUOF (mf 24 luglio) – HOMÉLIE DU PAPE PAUL VI – 1977

24 juillet, 2017

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CANONISATION DE CHARBEL MAKHLUOF (mf 24 luglio) – HOMÉLIE DU PAPE PAUL VI

Saint-Charbel

photo originale

Dimanche, 9 octobre 1977

Vénérables Frères et chers Fils,

L’Eglise entière, de l’Orient à l’Occident, est invitée aujourd’hui à une grande joie. Notre cœur se tourne vers le Ciel, où nous savons désormais avec certitude que saint Charbel Makhlouf est associé au bonheur incommensurable des Saints, dans la lumière du Christ, louant et intercédant pour nous. Nos regards se tournent aussi là où il a vécu, vers le cher pays du Liban, dont Nous sommes heureux de saluer les représentants: Sa Béatitude le Patriarche Antoine Pierre Khoraiche, avec nombre de ses Frères et de ses Fils maronites, les représentants des autres rites catholiques, des orthodoxes, et, au plan civil, la Délégation du Gouvernement et du Parlement libanais que Nous remercions chaleureusement.
Votre pays, chers Amis, avait déjà été salué avec admiration par les poètes bibliques, impressionnés par la vigueur des cèdres devenus symboles de la vie des justes. Jésus lui-même y est venu récompenser la foi d’une femme syro-phénicienne: prémices du salut destiné à toutes les nations. Et ce Liban, lieu de rencontre entre l’orient et l’Occident est devenu de fait la patrie de diverses populations, qui se sont accrochées avec courage à leur terre et à leurs fécondes traditions religieuses. La tourmente des récents événements a creusé des rides profondes sur son visage, et jeté une ombre sérieuse sur les chemins de la paix. Mais vous savez notre sympathie et notre affection constantes: avec vous, Nous gardons la ferme espérance d’une coopération renouvelée, entre tous les fils du Liban.
Et voilà qu’aujourd’hui, nous vénérons ensemble un fils dont tout le Liban, et spécialement l’Eglise maronite, peuvent être fiers: Charbel Makhlouf. Un fils bien singulier, un artisan paradoxal de la paix, puisqu’il l’a recherchée à l’écart du monde, en Dieu seul, dont il était comme enivré. Mais sa lampe, allumée au sommet de la montagne de son ermitage, au siècle dernier, a brillé d’un éclat toujours plus grand, et l’unanimité s’est faite rapidement autour de sa sainteté. Nous l’avions déjà honoré en le déclarant bienheureux le 5 décembre 1965, au moment de la clôture du Concile Vatican II. Aujourd’hui, en le canonisant et en étendant son culte à l’ensemble de l’Eglise, Nous donnons en exemple, au monde entier, ce valeureux moine, gloire de l’ordre libanais maronite et digne représentant des Eglises d’Orient et de leur haute tradition monastique.
Il n’est point nécessaire de retracer en détail sa biographie, d’ailleurs fort simple. II importe du moins de noter à quel point le milieu chrétien de son enfance a enraciné dans la foi le jeune Youssef – c’était son nom de baptème -, et l’a préparé à sa vocation: famille de paysans modestes, travailleurs, unis; animés d’une foi robuste, familiers de la prière liturgique du village et de la dévotion à Marie; oncles voués à la vie érémitique, et surtout mère admirable, pieuse et mortifiée jusqu’au jeûne continuel. Ecoutez les paroles que l’on rapporte d’elle après la séparation de son fils: «Si tu ne devais pas être un bon religieux, je te dirais: Reviens à la maison. Mais je sais maintenant que le Seigneur te veut à son service. Et dans ma douleur d’être séparée de toi, je lui dis, résignée: Qu’il te bénisse, mon enfant, et fasse de toi un saint» (P. PAUL DAHER, Charbel, un homme ivre de Dieu, Monastère S. Maron d’Annaya, Jbail Liban, 1965, p. 63). Les vertus du foyer et l’exemple des parents constituent toujours un milieu privilégié pour l’éclosion des vocations.
Mais la vocation comporte toujours aussi une décision très personnelle du candidat, où l’appel irrésistible de la grâce compose avec sa volonté tenace de devenir un saint: «Quitte tout, viens! Suis-moi!» (Ibid. p. 52; cfr. Marc. 10, 32). A vingt-trois ans, notre futur saint quitte en effet son village de Gégà-Kafra et sa famille pour ne plus jamais y revenir. Alors, pour le novice devenu Frère Charbel, commence une formation monastique rigoureuse, selon la règle de l’ordre libanais maronite de Saint Antoine, au monastère de Notre-Dame de Mayfouk, puis à celui plus retiré de Saint-Maron d’Annaya, après sa profession solennelle, il suit des études théologiques à Saint-Cyprien de Kfifane, reçoit l’ordination sacerdotale en 1859; il mènera ensuite seize ans de vie communautaire parmi les moines d’Annaya et vingt-trois ans de vie complètement solitaire dans l’ermitage des Saints Pierre et Paul dépendant d’Annaya. C’est là qu’il remet son âme à Dieu la veille de Noël 1898, à soixante-dix ans.
Que représente donc une telle vie? La pratique assidue, poussée à l’extrême, des trois vœux de religion, vécus dans le silence et le dépouillement monastiques: d’abord la plus stricte pauvreté pour ce qui est du logement, du vêtement, de l’unique et frugal repas journalier des durs travaux manuels dans le rude climat de la montagne; une chasteté qu’il entoure d’une intransigeance légendaire; enfin et surtout une obéissance totale à ses Supérieurs et même à ses confrères, au règlement des ermites aussi, traduisant sa soumission complète à Dieu. Mais la clé de cette vie en apparence étrange est la recherche de la sainteté, c’est-à-dire la conformité la plus parfaite au Christ humble et pauvre, le colloque quasi ininterrompu avec le Seigneur, la participation personnelle au sacrifice du Christ par une célébration fervente de la messe et par sa pénitence rigoureuse jointe à l’intercession pour les pécheurs. Bref, la recherche incessante de Dieu seul, qui est le propre de la vie monastique, accentuée par la solitude de la vie érémitique.
Cette énumération, que les hagiographes peuvent illustrer de nombreux faits concrets, donne le visage d’une sainteté bien austère, n’est-ce pas? Arrêtons-nous sur ce paradoxe qui laisse le monde moderne perplexe, voire irrité; on admet encore chez un homme comme Charbel Makhlouf une héroïcité hors de pair, devant laquelle on s’incline, retenant surtout sa fermeté au-dessus de la normale. Mais n’est-elle pas «folie aux yeux des hommes», comme s’exprimait déjà l’auteur du livre de la Sagesse? Même des chrétiens se demanderont: le Christ a-t-il vraiment exigé pareil renoncement, lui dont la vie accueillante tranchait avec les austérités de Jean-Baptiste? Pire encore, certains tenants de l’humanisme moderne n’iront-ils pas, au nom de la psychologie, jusqu’à soupçonner cette austérité intransigeante, de mépris, abusif et traumatisant, des saines valeurs du corps et de l’amour, des relations amicales, de la liberté créatrice, de la vie en un mot?
Raisonner ainsi, dans le cas de Charbel Makhlouf et de tant de ses compagnons moines ou anachorètes depuis le début de l’Eglise, c’est manifester une grave incompréhension, comme s’il ne s’agissait que d’une performance humaine; c’est faire preuve d’une certaine myopie devant une réalité autrement profonde. Certes, l’équilibre humain n’est pas à mépriser, et de toute façon les Supérieurs, l’Eglise doivent veiller à la prudence et à l’authenticité de telles expériences. Mais prudence et équilibre humains ne sont pas des notions statiques, limitées aux éléments psychologiques les plus courants ou aux seules ressources humaines. C’est d’abord oublier que le Christ a exprimé lui-même des exigences aussi abruptes pour ceux qui voudraient être ses disciples: «Suis-moi . . . et laisse les morts enterrer leurs morts» (Luc. 9, 59-60). «Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple» (Ibid. 14, 26). C’est oublier aussi, chez le spirituel, la puissance de l’âme, pour laquelle cette austérité est d’abord un simple moyen, c’est oublier l’amour de Dieu qui l’inspire, l’Absolu qui l’attire; c’est ignorer la grâce du Christ qui la soutient et la fait participer au dynamisme de sa propre Vie. C’est finalement méconnaître les ressources de la vie spirituelle, capable de faire parvenir à une profondeur, à une vitalité, à une maîtrise de l’être, à un équilibre d’autant plus grands qu’il n’ont pas été recherchés pour eux-mêmes: « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît» (Matth. 6, 32).
Et de fait, qui n’admirerait, chez Charbel Makhlouf, les aspects positifs que l’austérité, la mortification, l’obéissance, la chasteté, la solitude ont rendus possibles à un degré rarement atteint? Pensez à sa liberté souveraine devant les difficultés ou les passions de toutes sortes, à la qualité de sa vie intérieure, à l’élévation de sa prière, à son esprit d’adoration manifesté au cœur de la nature et surtout en présence du Saint-Sacrement, à sa tendresse filiale pour la Vierge, et à toutes ces merveilles promises dans les béatitudes et réalisées à la lettre chez notre saint: douceur, humilité, miséricorde, paix, joie, participation, dès cette vie, à la puissance de guérison et de conversion du Christ. Bref l’austérité, chez lui, l’a mis sur le chemin de la sérénité parfaite, du vrai bonheur; elle a laissé toute grande la place à l’Esprit Saint.
Et d’ailleurs, chose impressionnante, le peuple de Dieu ne s’y est pas trompé. Dès le vivant de Charbel Makhlouf, sa sainteté rayonnait, ses compatriotes, chrétiens ou non, le vénéraient, accouraient à lui comme au médecin des âmes et des corps. Et depuis sa mort, la lumière a brillé plus encore au-dessus de son tombeau: combien de personnes, en quête de progrès spirituel, ou éloignées de Dieu, ou en proie à la détresse, continuent à être fascinées par cet homme de Dieu, en le priant avec ferveur, alors que tant d’autres, soi-disant apôtres, n’ont laissé aucun sillage, comme ceux dont parle l’Ecriture (Sap. 5, 10; Epistola ad Missam).
Oui, le genre de sainteté pratiqué par Charbel Makhlouf est d’un grand poids, non seulement pour la gloire de Dieu, mais pour la vitalité de l’Eglise. Certes, dans l’unique Corps mystique du Christ, comme dit saint Paul (Cfr. Rom. 12, 4-8), les charismes sont nombreux et divers; ils correspondent à des fonctions différentes, qui ont chacune leur place indispensable. Il faut des Pasteurs, qui rassemblent le peuple de Dieu et y président avec sagesse au nom du Christ. Il faut des théologiens qui scrutent la doctrine et un Magistère qui y veille. Il faut des évangélisateurs et des missionnaires qui portent la parole de Dieu sur toutes les routes du monde. Il faut des catéchètes qui soient des enseignants et des pédagogues avisés de la foi: c’est l’objet du Synode actuel. Il faut des personnes qui se vouent directement à l’entraide de leurs frères . . . Mais il faut aussi des gens qui s’offrent en victimes pour le salut du monde, dans une pénitence librement acceptée, dans une prière incessante d’intercession, comme Moïse sur la montagne, dans une recherche passionnée de l’Absolu, témoignant que Dieu vaut la peine d’être adoré et aimé pour lui-même. Le style de vie de ces religieux, de ces moines, de ces ermites n’est pas proposé à tous comme un charisme imitable; mais à l’état pur, d’une façon radicale, ils incarnent un esprit dont nul fidèle du Christ n’est dispensé, ils exercent une fonction dont l’Eglise ne saurait se passer, ils rappellent un chemin salutaire pour tous.
Permettez-Nous, en terminant, de souligner l’intérêt particulier de la vocation érémitique aujourd’hui. Elle semble d’ailleurs connaître un certain regain de faveur que n’explique pas seulement la décadence de la société, ni les contraintes que celle-ci fait peser. Elle peut d’ailleurs prendre des formes adaptées, à condition qu’elle soit toujours conduite avec discernement et obéissance.
Ce témoignage, loin d’être une survivance d’un passé révolu, Nous apparaît très important, pour notre monde, comme pour notre Eglise.
Bénissons le Seigneur de nous avoir donné saint Charbel Makhlouf, pour raviver les forces de son Eglise, par son exemple et sa prière. Puisse le nouveau saint continuer à exercer son influence prodigieuse, non seulement au Liban, mais en Orient et dans l’Eglise entière! Qu’il intercède pour nous, pauvres pécheurs, qui, trop souvent, n’osons pas risquer l’expérience des béatitudes qui conduisent pourtant à la joie parfaite! Qu’il intercède pour ses frères de l’ordre libanais maronite, et pour toute I’Eglise maronite, dont chacun connaît les mérites et les épreuves! Qu’il intercède pour le cher pays du Liban, qu’il l’aide à surmonter les difficultés de l’heure, à panser les plaies encore vives, à marcher dans l’espérance! Qu’il le soutienne et l’oriente sur la bonne et juste voie, comme nous le chanterons tout à l’heure! Que sa lumière brille au-dessus d’Annaya, ralliant les hommes dans la concorde et les attirant vers Dieu, qu’il contemple désormais dans la félicité éternelle! Amen!

MARTIN DE TOURS – 11 NOVEMBRE

10 novembre, 2015

http://nouvl.evangelisation.free.fr/leblanc_martin_de_tours.htm

MARTIN DE TOURS – 11 NOVEMBRE

Évêque, Apôtre des Gaules (316-400)  

Remarque préalable: Nous connaissons la vie de saint Martin grâce à Sulpice Sévère, ami de Paulin de Nole, dont la cécité fut guérie par notre saint d’aujourd’hui. Saint Martin de Tours, souvent appelé Martin le Miséricordieux, l’un des plus grands saints de France, serait né, en 316 ou 317, à Sabaria, ou Savaria de Pannonie, aujourd’hui Szombathely dans l’actuelle Hongrie. Mais il est mort à Candes le 8 novembre 397. C’est l’un des saints les plus connus de la chrétienté, et, en France, de nombreux villages portent son nom. Le père de Martin, originaire de Pavie, en Italie était un officier supérieur chargé de l’administration de l’armée romaine. C’est peut-être pour cela que Martin porte ce nom: Martin signifiant « voué à Mars », le dieu de la guerre. À cette époque, la Chrétienté se développait beaucoup, et Martin enfant eut certainement de nombreux contacts avec des chrétiens; vers l’âge de 10 ans, Martin voulut se convertir au christianisme car il se sentait déjà attiré par le Christ. Le père de Martin vécut très mal cette conversion, car, militaire de haut niveau il était voué au culte de l’Empereur, et son fils aurait dû conserver ce culte. Aussi força-t-il Martin à entrer dans l’armée dès l’âge de quinze ans. Dès lors, Martin suivit son père au gré des affectations de la garnison. Cependant, Martin, fils d’officier, bénéficiait du grade de circitor avec une double solde. Le rôle de Martin, circitor, était d’inspecter les postes de garde et d’assurer la surveillance de nuit de la garnison. Il possédait alors un esclave qu’il traitait comme son propre frère. Notons que Martin ne dépassera jamais le grade de sous-officier. Bientôt Martin fut affecté en Gaule. Et c’est là qu’eut lieu l’acte le plus spectaculaire et connu de saint Martin. Au cours d’une de ses rondes, un soir d’hiver 338, à Amiens, il partagea son manteau avec un déshérité transi de froid. Martin ne pouvait rien faire d’autre, car il n’avait déjà plus de solde, l’ayant généreusement distribuée. La nuit suivante le Christ lui apparut en songe vêtu de ce même pan de manteau. Martin avait 18 ans. La tradition indique que le reste du manteau, appelé « cape » sera placé plus tard, à la vénération des fidèles, dans une pièce dont le nom est à l’origine du mot: chapelle, cappella en italien, chapel en anglais, Kapelle en allemand). On raconte aussi que la cape de saint Martin de Tours, fut envoyée comme relique à la Chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle pour Charlemagne, et qu’elle était emportée lors des batailles et portée en bannière. La cape de saint Martin serait aussi à l’origine du mot « Capet »  nom de la dynastie des Rois de France. Saint Martin est vraiment le symbole de l’unité franque. Nous sommes en mars 354. C’est l’époque des grandes invasions germaniques, et les Barbares sont aux portes de l’Empire romain. Martin va donc participer à la campagne sur le Rhin, contre les Alamans, à Civitas Vangionum, en Rhénanie. Ses convictions religieuses lui interdisant de verser le sang, il refusa de se battre, mais, pour prouver qu’il n’était pas un lâche et qu’il croyait à la Providence et à la protection divine, il proposa de servir de bouclier humain. Il fut enchaîné et exposé à l’ennemi mais, pour une raison inexpliquée, les Barbares demandèrent la paix. Selon Sulpice Sévère, Martin servira encore deux années dans l’armée romaine, puis il se fera baptiser à Pâques, toujours en garnison à Amiens. En 356, Martin, qui a 40 ans, peut quitter l’armée; il se rend à Poitiers pour rejoindre  Hilaire, évêque de la ville depuis 350, et se mettre à son service. Tous les deux, Hilaire et Martin, avaient le même âge et appartenaient à l’aristocratie. Mais le statut de Martin: ancien homme de guerre, l’empêchait de devenir prêtre. Alors Hilaire forma Martin qui deviendra simplement exorciste, la fonction d’exorciste étant alors considérée comme inférieure et humiliante. La Chrétienté était, à cette époque, déchirée par divers courants de pensée antagonistes dont l’arianisme qui niait la divinité du Christ, contrairement aux trinitaires de l’Église romaine. Or les ariens étaient très influents auprès du pouvoir romain décadent qui se cherchait une foi nouvelle. C’est ainsi qu’Hilaire, un trinitaire, fut victime de ses ennemis, politiques et religieux; tombé en disgrâce il fut exilé. Martin fut alors averti en songe, qu’il devait rejoindre ses parents afin de les convertir. Martin les rejoignit en Pannonie, en Hongrie, ou en Illyrie: on ne sait pas très bien. Il réussit à convertir sa mère mais son père resta étranger à la foi de Martin qui partit s’installer à Milan, en Italie, pour essayer de retrouver Hilaire, alors en exil. Chassé de Milan par les ariens, Martin partit s’isoler sur l’île de Gallinaria, sur la côte ligure. Enfin, en 360, Martin, qui avait 44 ans, put revenir en France pour rejoindre saint Hilaire, libéré. Sur les conseils d’Hilaire, Martin s’installa comme ermite près de Poitiers. Des disciples étant venus le rejoindre, Martin fonda le monastère de Ligugé, premier Monastère d’Occident qui fut le principal lieu de l’activité d’évangélisation de saint Martin pendant dix ans. C’est là qu’il accomplit ses premiers miracles se faisant ainsi reconnaître par le peuple comme un saint homme. Puis, Martin fut élu évêque de Tours. Comment cela put-il se faire? Comme Martin avait d’abord refusé l’épiscopat, les habitants de Tours l’enlevèrent et le proclamèrent évêque le 4 juillet 371, sans son consentement. Alors Martin se soumit en pensant qu’il s’agissait là sans aucun doute de la volonté divine; mais il ne modifia rien à son train de vie. Il créa, près de Tours, le monastère de Marmoutier, qui eut pour règle une extrême  pauvreté, la mortification et la prière. Le monastère de Marmoutier était construit en bois; Martin vivait dans une cabane de bois dans laquelle, dit-on, il repoussait les apparitions diaboliques et conversait avec les anges et les saints. C’est cette vie faite de courage viril et militaire que Martin imposa à sa communauté. Marmoutier, centre de formation pour l’évangélisation des campagnes, compta rapidement quatre-vingt moines et devint la principale base de propagation du christianisme en Gaule.   Martin fonda également les premières églises rurales de la Gaule, tout en sillonnant une partie de l’Europe: Allemagne, Luxembourg, Suisse, Espagne… Martin, escorté de ses moines et de ses disciples, en grande partie pour des raisons de sécurité, parcourut les campagnes, à pied ou à dos d’âne, pour les évangéliser. En effet, à cette époque les campagnes étaient toujours païennes: aussi Martin faisait-il détruire les temples et les idoles. Là où il ne pouvait pas aller, il envoyait ses moines. On remplaçait les sanctuaires païens par des églises ou des ermitages. Comme rien de fâcheux ne leur arrivait, les païens, émerveillés, en conclurent que le vrai Dieu était celui des chrétiens. Il est impossible de passer ici, sous silence, l’épisode de la condamnation pour magie, de Priscillien, l’évêque d’Avila. Martin de Tours était présent à Trèves, en 385, lorsque des évêques d’Espagne demandèrent à l’empereur Maxime la condamnation de Priscillien. Rejoint par Ambroise de Milan, Martin demanda la grâce pour les disciples de Priscillien, et l’obtint. Pourtant, ce qui suit nous paraît assez obscur; en effet, Martin de Tours refusa dès lors de participer aux assemblées épiscopales, ce qui, avec ses efforts pour sauver de la mort Priscillien, le fit suspecter d’hérésie. Cependant, nous savons que le pape Sirice s’élèvera contre les procédés de Maxime. Et, plus tard, l’empereur Théodose 1er déclara nulles les décisions de Maxime dans cette affaire. Nous sommes en 397. Martin est appelé à Candes pour réconcilier des clercs.  Malgré son grand âge, 84 ans, Martin s’y rend. Son intervention est couronnée de succès, mais le lendemain, 8 novembre 397, épuisé par sa vie de soldat du Christ, Martin meurt à Candes, sur un lit de cendre comme mouraient les saints hommes. Immédiatement, disputé par les Poitevins et les Tourangeaux, le corps de Martin est subtilisé par ces derniers et rapidement reconduit, par le fleuve, la Loire, jusqu’à Tours où il fut enterré le 11 novembre 397. Nota: Moine-évêque, missionnaire, Apôtre de la Gaule et d’une partie de l’Europe, Saint Martin est le premier saint vénéré sans avoir subi le martyre. Aujourd’hui plus de 236 communes portent son nom en France, et plus de 4 000 églises sont placées sous son vocable; son nom de baptême est devenu le nom de famille le plus fréquent de France.

*****

Nous allons maintenant vous donner quelques détails intéressants sur la vie de saint Martin, dont certains sont assez étonnants. Ainsi, après la mort de Martin à Candes, on transporta son corps à Tours. Une légende raconte que les fleurs se mirent à éclore en plein novembre, au passage de son corps sur la Loire, entre Candes et Tours. Ce phénomène étonnant donnera naissance à l’expres-sion “été de la saint Martin”. Hier, nous avons découvert l’extraordinaire vie de saint Martin. Aujourd’hui, nous allons nous arrêter sur quelques faits étonnants, que certains d’entre nous pourraient appeler des fioretti. – Traversant les Alpes, Martin fut un jour attaqué par des brigands. L’un des voleurs lui demanda s’il avait peur. Martin lui répondit qu’il n’avait jamais eu autant de courage et qu’il plaignait les brigands. Et il se mit à leur expliquer l’Évangile. Les voleurs le délivrèrent et l’un d’eux demanda à Martin de prier pour lui. – Un jour, voyant des oiseaux se disputer des poissons, il expliqua à ses disciples que les démons se disputaient les âmes des chrétiens de la même façon. C’est ainsi que l’on donna à ces oiseaux pécheurs le nom de martin-pécheurs. – Selon la légende, saint Martin portant la bonne parole sur les côtes flamandes, aurait perdu son âne parti brouter ailleurs, pendant qu’il tentait d’évangéliser les pêcheurs d’un petit village qui deviendra Dunkerque. À la nuit tombée, les enfants du pays le retrouvèrent dans les dunes, en train de manger des chardons et des oyats, plantes utilisées pour fixer les dunes sablonneuses. Pour les remercier, saint Martin transforma toutes les petites crottes de l’âne en brioches, les craquandoules. – La puissance de saint Martin sur les démons était extraordinaire. Martin portait à l’idolâtrie des coups dont elle ne se relevait pas; aussi Martin était-il souvent en proie aux attaques des démons. Un jour, à Trèves, il chassait le démon chez un serviteur du proconsul Tétradius; celui-ci se convertit. Entrant, un autre jour, dans une maison, il y aperçut un démon à l’aspect épouvantable. Martin lui commanda de s’en aller; mais le démon prit possession d’un homme qui fut transformé en bête furieuse, prête à mordre quiconque approcherait. Indigné, le saint va vers lui, met ses doigts dans la bouche du possédé et interpelle l’esprit impur: si tu as quelque puissance, dévore cette main que j’étends sur toi! Le démon prit alors la fuite, comme si la main de l’évêque dégageait des flammes.

***** Maintenant nous allons rapporter quelques miracles: – Près de Chartres, Martin obtint du Seigneur la résurrection d’un enfant mort, qu’une maman éplorée lui présentait. Elle était accompagnée d’une grande foule de païens qui tous se convertirent. – Nous voici à Ligugé. Pendant une absence de Martin, un jeune catéchumène meurt. À son retour, trois jours plus tard, bouleversé par la douleur de ses disciples, Martin va prier près du corps du catéchumène. II supplie le Seigneur de lui rendre la vie. Le jeune homme revient à la vie et raconte son expérience dans l’au-delà après sa mort. Sulpice Sévère, le biographe de saint Martin affirme qu’il avait lui-même assisté à plusieurs miracles. En voici quelques-uns, choisis au hasard. – Arrivé un jour, dans un village païen, l’évêque Martin  décida d’abattre l’arbre sacré. Les paysans s’y opposèrent. Alors Martin fut attaché, sur sa propre demande, à l’arbre, du côté où celui-ci devait nécessairement s’abattre; mais l’arbre tomba du côté opposé, sauvant le saint qu’il devait écraser. Bouleversée par ce miracle, toute la communauté païenne se convertit. – Un autre jour, l’évêque mit le feu à un temple païen; les flammes, poussées par le vent, menaçaient de s’attaquer à une maison voisine. Martin monta sur le toit et supplia le Ciel d’épargner cette maison; aussitôt les flammes se détournèrent. – Alors qu’il était en voyage, Martin fut attaqué par un brigand qui allait le percer de son épée; à ce moment-même, le malfaiteur tomba à la renverse. Effrayé, il s’enfuit. A Trèves, l’évêque guérit une jeune fille paralytique qui se mourait, en lui versant quelques gouttes d’huile bénite, dans la bouche. Aux portes de Paris, Martin rencontra un lépreux horriblement défiguré; il le prit dans ses bras et l’embrassa. Aussitôt, le lépreux fut guéri.

***** On pourrait multiplier les exemples. Ce charisme de guérison fit de Martin un digne successeur des apôtres. Mais poursuivons. Quand Martin percevait une résistance exceptionnelle, de la part des païens, à ses efforts d’évangélisation, il avait recours à son arme favorite, la pénitence. Se revêtant d’une haire à même la peau, il se couvrait de cendres, priait et jeûnait pendant trois jours. C’est ainsi qu’il convertit le village de Levroux, dans le Berri, dont les habitants s’étaient enrichis par des pratiques occultes maléfiques. Au bout des trois jours, des anges lui ordonnèrent de retourner dans ce lieu d’abominations. Les habitants y étaient comme paralysés. Martin détruisit leur temple et les idoles. Revenus de leur engourdissement, les païens reconnurent dans ces événements un signe du Ciel et devinrent chrétiens. Nous terminerons par une petite  remarque: durant les trois premiers siècles de son existence, l’Église s’était surtout répandue dans les zones urbaines. La chrétienté d’alors  était essentiellement constituée de gens modestes, artisans, commerçants, esclaves affranchis. Par contre, les paysans et beaucoup d’aristocrates étaient, pour des raisons d’ailleurs très différentes, réfractaires à la foi chrétienne. Dans les campagnes, le paganisme et les superstitions étaient si profondément ancrées que le mot « paganus », paysan, avait fini par désigner les païens. Et le dernier refuge du paganisme, ce sera la campagne.

Paulette Leblanc

BENOÎT XVI – CLAIRE D’ASSISE – 11 AOÛT

11 août, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100915.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 15 septembre 2010

CLAIRE D’ASSISE – 11 AOÛT

Chers frères et sœurs,

L’une des saintes les plus aimées est sans aucun doute sainte Claire d’Assise, qui vécut au XIIIe siècle, et qui fut contemporaine de saint François. Son témoignage nous montre combien l’Eglise tout entière possède une dette envers des femmes courageuses et riches de foi comme elle, capables d’apporter une impulsion décisive au renouveau de l’Eglise.
Qui était donc Claire d’Assise? Pour répondre à cette question, nous possédons des sources sûres: non seulement les anciennes biographies, comme celles de Thomas de Celano, mais également les Actes du procès de canonisation promu par le Pape quelques mois seulement après la mort de Claire et qui contiennent les témoignages de ceux qui vécurent à ses côtés pendant longtemps.
Née en 1193, Claire appartenait à une riche famille aristocratique. Elle renonça à la noblesse et à la richesse pour vivre dans l’humilité et la pauvreté, adoptant la forme de vie que François d’Assise proposait. Même si ses parents, comme cela arrivait alors, projetaient pour elle un mariage avec un personnage important, à 18 ans, Claire, à travers un geste audacieux inspiré par le profond désir de suivre le Christ et par son admiration pour François, quitta la maison paternelle et, en compagnie de son amie, Bona de Guelfuccio, rejoignit en secret les frères mineurs dans la petite église de la Portioncule. C’était le soir du dimanche des Rameaux de l’an 1211. Dans l’émotion générale, fut accompli un geste hautement symbolique: tandis que ses compagnons tenaient entre les mains des flambeaux allumés, François lui coupa les cheveux et Claire se vêtit d’un habit de pénitence en toile rêche. A partir de ce moment, elle devint l’épouse vierge du Christ, humble et pauvre, et se consacra entièrement à Lui. Comme Claire et ses compagnes, d’innombrables femmes au cours de l’histoire ont été fascinées par l’amour pour le Christ qui, dans la beauté de sa Personne divine, remplit leur cœur. Et l’Eglise tout entière, au moyen de la mystique vocation nuptiale des vierges consacrées, apparaît ce qu’elle sera pour toujours: l’Epouse belle et pure du Christ.
L’une des quatre lettres que Claire envoya à sainte Agnès de Prague, fille du roi de Bohême, qui voulut suivre ses traces, parle du Christ, son bien-aimé Epoux, avec des expressions nuptiales qui peuvent étonner, mais qui sont émouvantes: «Alors que vous le touchez, vous devenez plus pure, alors que vous le recevez, vous êtes vierge. Son pouvoir est plus fort, sa générosité plus grande, son apparence plus belle, son amour plus suave et son charme plus exquis. Il vous serre déjà dans ses bras, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses… lui qui a mis sur votre tête une couronne d’or arborant le signe de la sainteté» (Première Lettre: FF, 2862).
En particulier au début de son expérience religieuse, Claire trouva en François d’Assise non seulement un maître dont elle pouvait suivre les enseignements, mais également un ami fraternel. L’amitié entre ces deux saints constitue un très bel et important aspect. En effet, lorsque deux âmes pures et enflammées par le même amour pour le Christ se rencontrent, celles-ci tirent de leur amitié réciproque un encouragement très profond pour parcourir la voie de la perfection. L’amitié est l’un des sentiments humains les plus nobles et élevés que la Grâce divine purifie et transfigure. Comme saint François et sainte Claire, d’autres saints également ont vécu une profonde amitié sur leur chemin vers la perfection chrétienne, comme saint François de Sales et sainte Jeanne-Françoise de Chantal. Et précisément saint François de Sales écrit: «Il est beau de pouvoir aimer sur terre comme on aime au ciel, et d’apprendre à s’aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement dans l’autre. Je ne parle pas ici du simple amour de charité, car nous devons avoir celui-ci pour tous les hommes; je parle de l’amitié spirituelle, dans le cadre de laquelle, deux, trois ou plusieurs personnes s’échangent les dévotions, les affections spirituelles et deviennent réellement un seul esprit» (Introduction à la vie de dévotion, III, 19).
Après avoir passé une période de quelques mois auprès d’autres communautés monastiques, résistant aux pressions de sa famille qui au début, n’approuvait pas son choix, Claire s’établit avec ses premières compagnes dans l’église Saint-Damien où les frères mineurs avaient préparé un petit couvent pour elles. Elle vécut dans ce monastère pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort, survenue en 1253. Une description directe nous est parvenue de la façon dont vivaient ces femmes au cours de ces années, au début du mouvement franciscain. Il s’agit du compte-rendu admiratif d’un évêque flamand en visite en Italie, Jacques de Vitry, qui affirme avoir trouvé un grand nombre d’hommes et de femmes, de toute origine sociale, qui «ayant quitté toute chose pour le Christ, fuyaient le monde. Ils s’appelaient frères mineurs et sœurs mineures et sont tenus en grande estime par Monsieur le Pape et par les cardinaux… Les femmes… demeurent ensemble dans divers hospices non loin des villes. Elle ne reçoivent rien, mais vivent du travail de leurs mains. Et elles sont profondément attristées et troublées, car elles sont honorées plus qu’elles ne le voudraient, par les prêtres et les laïcs» (Lettre d’octobre 1216: FF, 2205.2207).
Jacques de Vitry avait saisi avec une grande perspicacité un trait caractéristique de la spiritualité franciscaine à laquelle Claire fut très sensible: la radicalité de la pauvreté associée à la confiance totale dans la Providence divine. C’est pour cette raison qu’elle agit avec une grande détermination, en obtenant du Pape Grégoire IX ou, probablement déjà du Pape Innocent III, celui que l’on appela le Privilegium Paupertatis (cf. FF, 3279). Sur la base de celui-ci, Claire et ses compagnes de Saint-Damien ne pouvaient posséder aucune propriété matérielle. Il s’agissait d’une exception véritablement extraordinaire par rapport au droit canonique en vigueur et les autorités ecclésiastiques de cette époque le concédèrent en appréciant les fruits de sainteté évangélique qu’elles reconnaissaient dans le mode de vie de Claire et de ses consœurs. Cela montre que même au cours des siècles du Moyen âge, le rôle des femmes n’était pas secondaire, mais considérable. A cet égard, il est bon de rappeler que Claire a été la première femme dans l’histoire de l’Eglise à avoir rédigé une Règle écrite, soumise à l’approbation du Pape, pour que le charisme de François d’Assise fût conservé dans toutes les communautés féminines qui étaient fondées de plus en plus nombreuses déjà de son temps et qui désiraient s’inspirer de l’exemple de François et de Claire.
Dans le couvent de Saint-Damien, Claire pratiqua de manière héroïque les vertus qui devraient distinguer chaque chrétien: l’humilité, l’esprit de piété et de pénitence, la charité. Bien qu’étant la supérieure, elle voulait servir personnellement les sœurs malades, en s’imposant aussi des tâches très humbles: la charité en effet, surmonte toute résistance et celui qui aime accomplit tous les sacrifices avec joie. Sa foi dans la présence réelle de l’Eucharistie était si grande que, par deux fois, un fait prodigieux se réalisa. Par la seule ostension du Très Saint Sacrement, elle éloigna les soldats mercenaires sarrasins, qui étaient sur le point d’agresser le couvent de Saint-Damien et de dévaster la ville d’Assise.
Ces épisodes aussi, comme d’autres miracles, dont est conservée la mémoire, poussèrent le Pape Alexandre IV à la canoniser deux années seulement après sa mort, en 1255, traçant un éloge dans la Bulle de canonisation, où nous lisons: «Comme est vive la puissance de cette lumière et comme est forte la clarté de cette source lumineuse. Vraiment, cette lumière se tenait cachée dans la retraite de la vie de clôture et dehors rayonnaient des éclats lumineux; elle se recueillait dans un étroit monastère, et dehors elle se diffusait dans la grandeur du monde. Elle se protégeait à l’intérieur et elle se répandait à l’extérieur. Claire en effet, se cachait: mais sa vie était révélée à tous. Claire se taisait mais sa renommée criait» (FF, 3284). Et il en est véritablement ainsi, chers amis: ce sont les saints qui changent le monde en mieux, le transforment de manière durable, en insufflant les énergies que seul l’amour inspiré par l’Evangile peut susciter. Les saints sont les grands bienfaiteurs de l’humanité!
La spiritualité de sainte Claire, la synthèse de sa proposition de sainteté est recueillie dans la quatrième lettre à sainte Agnès de Prague. Sainte Claire a recours à une image très répandue au Moyen âge, d’ascendance patristique, le miroir. Et elle invite son amie de Prague à se refléter dans ce miroir de perfection de toute vertu qu’est le Seigneur lui-même. Elle écrit: «Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s’attacher jusqu’au fond de son cœur [au Christ], à celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d’admirer la beauté, dont l’amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d’en haut. Tout cela puisqu’il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. Ce miroir, contemple-le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n’arrête d’y contempler ton apparence afin que… tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient… En ce miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable charité» (Quatrième lettre: FF, 2901-2903).
Reconnaissants à Dieu qui nous donne les saints qui parlent à notre cœur et nous offrent un exemple de vie chrétienne à imiter, je voudrais conclure avec les mêmes paroles de bénédiction que sainte Claire composa pour ses consœurs et qu’aujourd’hui encore les Clarisses, qui jouent un précieux rôle dans l’Eglise par leur prière et leur œuvre, conservent avec une grande dévotion. Ce sont des expressions où émerge toute la tendresse de sa maternité spirituelle: «Je vous bénis dans ma vie et après ma mort, comme je peux et plus que je le peux, avec toutes les bénédictions par lesquelles le Père des miséricordes pourrait bénir et bénira au ciel et sur la terre les fils et les filles, et avec lesquelles un père et une mère spirituelle pourraient bénir et béniront leurs fils et leurs filles spirituels. Amen» (FF, 2856).

UN PORTRAIT : SAINT IRÉNÉE DE LYON

28 juillet, 2015

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UN PORTRAIT : SAINT IRÉNÉE DE LYON

Dans la Lettre de Cochabamba, une note renvoie à ces mots de saint Irénée : « À cause de son amour infini, le Christ est devenu ce que nous sommes, afin de faire de nous pleinement ce qu’il est. »
Parce qu’elle nous permet de toucher du doigt le monde des tout premiers chrétiens, la figure d’Irénée exerce aujourd’hui une certaine fascination. Au deuxième siècle, il est né et a grandi dans la ville de Smyrne, sur la côte ouest de l’actuelle Turquie, là où il entendit prêcher le vieil évêque Polycarpe, disciple de l’apôtre Jean. Irénée deviendra lui-même plus tard le deuxième évêque de Lyon.
Irénée a été l’un des premiers penseurs chrétiens à donner une forme systématique à ses idées. Les textes les plus importants qui nous soient parvenus de lui sont les cinq livres Contre les hérésies. On peut sentir en les lisant, malgré un accès difficile, combien il met l’accent sur des idées qui sont encore importantes pour nous. Au coeur de sa foi repose la conviction que le Dieu invisible, inconnu, créateur de tout, a tellement aimé l’humanité qu’il est devenu un être humain comme nous. En prenant chair en Jésus, Dieu a voulu partager sa propre vie éternelle avec chaque personne humaine, et cela sans que notre nature fragile et contradictoire soit submergée ou anéantie, mais bien au contraire accomplie. Tout ce que nous sommes a été promis depuis toujours à une plénitude, dans et par la communion en Dieu.
Irénée est l’auteur de cette remarquable phrase, si souvent citée : « La vie en l’homme est la gloire de Dieu, la vie de l’homme est la vision de Dieu. » qui pourrait être traduite ainsi : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu. » (C.H., livre 4, 20:7). Ce qui rend la pensée d’Irénée particulièrement attirante est cette notion de « vie ». Chaque être humain a le désir d’une vie en plénitude et en vérité. Si on parle souvent aujourd’hui d’« aliénation » ou d’« absurdité », c’est précisément à cause de cette prise de conscience que quelque chose d’important manque à notre vie, quelque chose à chercher au-delà ou au lieu des satisfactions instantanées des sociétés consuméristes. Nous sommes invités à entrer dans une vie qui est simplement l’amour que Dieu désire partager avec nous ; frère Roger l’a souvent dit : « Dieu ne peut que donner son amour. »
Pour Dieu comme pour nous, l’amour est un don de soi. Dès lors, pour Irénée, Noël n’est pas seulement la belle histoire de la naissance d’un enfant, mais surtout la clef qui ouvre le sens de la vie : « Telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en se mélangeant au Verbe et en recevant ainsi la filiation adoptive, devienne fils de Dieu. » (C.H. livre 3,19,1). Cela paraît tout à fait impossible. Toute définition du mot « Dieu » soulignera le fait que Dieu est complètement différent de tout ce que nous pouvons imaginer. De la même manière, toute définition de l’être humain a de fortes chances de mettre l’accent sur nos limites, notre fragilité et notre mortalité qui font obstacle à toute tentative de trouver un sens à la vie.
Sous-jacente à la pensée d’Irénée se trouve cette bouleversante affirmation qui vient de saint Jean : « Le Verbe s’est fait chair. » Exprimée dans les termes mêmes d’Irénée : « Le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre Seigneur, (…) à cause de son surabondant amour, s’est fait cela même que nous sommes afin de faire de nous cela même qu’il est. » (C.H., préface du livre 5) Les premiers chrétiens saisissaient comme par instinct l’unité de toutes choses. En tant qu’êtres humains nous faisons pleinement partie du monde matériel. Tout ce qui existe est créé et maintenu vivant par l’amour de Dieu, le créateur de toutes choses. L’acte de franchir l’immense gouffre qui le séparait du cosmos physique, en invitant l’être humain à une vie comme la sienne, Dieu ne l’a pas pensé après coup : c’était dès l’origine dans le projet de l’amour divin. Nous sommes aimés tels que nous sommes et pour ce que nous pouvons devenir dans la communion que Dieu nous offre. En partageant la lumière de l’amour éternel de Dieu, nous découvrons que nous sommes réellement faits pour une vie inespérée.

Dernière mise à jour : 19 février 2008

BENOÎT XVI – CATHERINE DE SIENNE, 29 AVRIL

29 avril, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20101124.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 24 novembre 2010

CATHERINE DE SIENNE, 29 AVRIL

Chers frères et sœurs,

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’une femme qui a eu un rôle éminent dans l’histoire de l’Eglise. Il s’agit de sainte Catherine de Sienne. Le siècle auquel elle vécut — le XIVe — fut une époque tourmentée pour la vie de l’Eglise et de tout le tissu social en Italie et en Europe. Toutefois, même dans les moments de grandes difficultés, le Seigneur ne cesse de bénir son peuple, suscitant des saints et des saintes qui secouent les esprits et les cœurs provoquant la conversion et le renouveau. Catherine est l’une de celles-ci et, aujourd’hui encore, elle nous parle et nous incite à marcher avec courage vers la sainteté pour être toujours plus pleinement disciples du Seigneur.
Née à Sienne, en 1347, au sein d’une famille très nombreuse, elle mourut dans sa ville natale en 1380. A l’âge de 16 ans, poussée par une vision de saint Dominique, elle entra dans le Tiers Ordre dominicain, dans la branche féminine dite des Mantellate. En demeurant dans sa famille, elle confirma le vœu de virginité qu’elle avait fait en privé alors qu’elle était encore adolescente, et se consacra à la prière, à la pénitence et aux œuvres de charité, surtout au bénéfice des malades.
Lorsque la renommée de sa sainteté se diffusa, elle fut protagoniste d’une intense activité de conseil spirituel à l’égard de toutes les catégories de personnes: nobles et hommes politiques, artistes et personnes du peuple, personnes consacrées, ecclésiastiques, y compris le Pape Grégoire XI qui à cette époque, résidait à Avignon, et que Catherine exhorta de façon énergique et efficace à revenir à Rome. Elle voyagea beaucoup pour solliciter la réforme intérieure de l’Eglise et pour favoriser la paix entre les Etats: c’est pour cette raison également, que le vénérable Jean-Paul II voulut la déclarer co-patronne de l’Europe: pour que le Vieux continent n’oublie jamais les racines chrétiennes qui sont à la base de son chemin et continue de puiser à l’Evangile les valeurs fondamentales qui assurent la justice et la concorde.
Catherine souffrit beaucoup, comme de nombreux saints. Certains pensèrent même qu’il fallait se méfier d’elle, au point qu’en 1374, six ans avant sa mort, le chapitre général des Dominicains la convoqua à Florence pour l’interroger. Il mirent à ses côtés un frère cultivé et humble, Raymond de Capoue, futur maître général de l’Ordre. Devenu son confesseur et également son «fils spirituel», il écrivit une première biographie complète de la sainte. Elle fut canonisée en 1461.
La doctrine de Catherine, qui apprit à lire au prix de nombreuses difficultés et à écrire à l’âge adulte, est contenue dans le Dialogue de la Divine Providence, ou Livre de la Divine Doctrine, chef d’œuvre de la littérature spirituelle, dans ses Lettres, et dans le recueil de Prières. Son enseignement contient une telle richesse qu’en 1970, le Serviteur de Dieu Paul VI, la déclara Docteur de l’Eglise, titre qui s’ajoutait à celui de co-patronne de la ville de Rome, par volonté du bienheureux Pie IX, et de patronne d’Italie, selon la décision du vénérable Pie XII.
Dans une vision qui ne s’effaça plus jamais du cœur et de l’esprit de Catherine, la Vierge la présenta à Jésus, qui lui donna un anneau splendide, en lui disant: «Moi, ton créateur et sauveur, je t’épouse dans la foi, que tu conserveras toujours pure jusqu’à ce que tu célèbres avec moi tes noces éternelles» (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 115, Sienne, 1998). Cet anneau ne demeura visible qu’à elle seule. Dans cet épisode extraordinaire, nous percevons le sens vital de la religiosité de Catherine et de toute spiritualité authentique: le christocentrisme. Le Christ est pour elle comme l’époux, avec lequel existe un rapport d’intimité, de communion et de fidélité; il est le bien-aimé au-delà de tout autre bien.
Cette union profonde avec le Seigneur est illustrée par un autre épisode de la vie de cette éminente mystique: l’échange du cœur. Selon Raymond de Capoue, qui transmit les confidences reçues de Catherine, le Seigneur Jésus lui apparut tenant dans la main un cœur humain rouge resplendissant, lui ouvrit la poitrine, l’y introduisit et dit: «Ma très chère petite fille, de même qu’un jour j’ai pris le cœur que tu m’offrais, voici à présent que je te donne le mien, et désormais, il prendra la place qu’occupait le tien» (ibid.). Catherine a vécu véritablement les paroles de saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20).
Comme la sainte de Sienne, chaque croyant ressent le besoin de s’uniformiser aux sentiments du Cœur du Christ pour aimer Dieu et son prochain, comme le Christ lui-même aime. Et nous pouvons tous laisser notre cœur se transformer et apprendre à aimer comme le Christ, dans une familiarité avec Lui nourrie par la prière, par la méditation sur la Parole de Dieu et par les Sacrements, en particulier en recevant fréquemment et avec dévotion la sainte communion. Catherine appartient elle aussi à ce groupe de saints eucharistiques, avec lesquels j’ai voulu conclure mon Exhortation apostolique Sacramentum caritatis (cf. n. 94). Chers frères et sœurs, l’Eucharistie est un don d’amour extraordinaire que Dieu nous renouvelle sans cesse pour nourrir notre chemin de foi, renforcer notre espérance, enflammer notre charité, pour nous rendre toujours plus semblables à Lui.
Autour d’une personnalité aussi forte et authentique commença à se constituer une véritable famille spirituelle. Il s’agissait de personnes fascinées par l’autorité morale de cette jeune femme dont la vie atteignait un niveau très élevé, et parfois impressionnées également par les phénomènes mystiques auxquels elles assistaient, comme les extases fréquentes. Beaucoup de gens se mirent à son service et considérèrent surtout comme un privilège d’être guidées spirituellement par Catherine. Ils l’appelaient «maman», car en tant que fils spirituels, ils puisaient en elle la nourriture de l’esprit.
Aujourd’hui aussi l’Eglise tire un grand bénéfice de l’exercice de la maternité spirituelle de nombreuses femmes, consacrées et laïques, qui nourrissent dans les âmes la pensée pour Dieu, qui renforcent la foi des personnes et qui orientent la vie chrétienne vers des sommets toujours plus élevés. «Je vous dis et je vous appelle mon fils — écrit Catherine en s’adressant à l’un de ses fils spirituels Giovanni Sabbatini —, dans la mesure où je vous mets au monde par des prières incessantes et mon désir auprès de Dieu, comme une mère met son fils au monde» (Recueil de lettres, Lettre n. 141: A dom Giovanni de’ Sabbatini). Elle avait l’habitude de s’adresser au frère dominicain Bartolomeo de Dominici par ces mots: «Bien-aimé et très cher frère et fils dans le doux Christ Jésus».
Un autre trait de la spiritualité de Catherine est lié au don des larmes. Celles-ci expriment une extrême et profonde sensibilité, la capacité à s’émouvoir et à éprouver de la tendresse. De nombreux saints ont eu le don des larmes, renouvelant l’émotion de Jésus lui-même, qui n’a pas retenu et caché ses pleurs devant le sépulcre de son ami Lazare et la douleur de Marie et de Marthe, et à la vue de Jérusalem, au cours de ses derniers jours terrestres. Selon Catherine, les larmes des saints se mélangent au Sang du Christ, dont elle a parlé avec un ton vibrant et des images symboliques très efficaces: «Rappelez-vous du Christ crucifié, Dieu et homme (…) Donnez-vous pour objet le Christ crucifié, cachez-vous dans les plaies du Christ crucifié, noyez-vous dans le sang du Christ crucifié» (Recueil de lettres, Lettre n. 21; A une personne que l’on ne nomme pas).
Nous pouvons ici comprendre pourquoi Catherine, bien que consciente des fautes humaines des prêtres, ait toujours éprouvé un très grand respect pour eux: ces derniers dispensent, à travers les sacrements et la Parole, la force salvifique du Sang du Christ. La sainte de Sienne a toujours invité les saints ministres, et également le Pape, qu’elle appelait «doux Christ de la terre», à être fidèles à leurs responsabilités, toujours et seulement animée par son amour profond et constant pour l’Eglise. Avant de mourir, elle dit: «Alors que je quitte mon corps, moi en vérité j’ai consommé et donné ma vie dans l’Eglise et pour la Sainte Eglise, ce qui m’est une grâce très particulière» (Raymond de Capoue, Sainte Catherine de Sienne, Legenda maior, n. 363).
Nous apprenons donc de sainte Catherine la science la plus sublime: connaître et aimer Jésus Christ et son Eglise. Dans le Dialogue de la Divine Providence celle-ci, à travers une image singulière, décrit le Christ comme un pont lancé entre le ciel et la terre. Celui-ci est formé de trois marches constituées par les pieds, par le côté et par la bouche de Jésus. En s’élevant grâce à ces marches, l’âme passe à travers les trois étapes de chaque voie de sanctification: le détachement du péché, la pratique de la vertu et de l’amour, l’union douce et affectueuse avec Dieu.
Chers frères et sœurs, apprenons de sainte Catherine à aimer avec courage, de manière intense et sincère, le Christ et l’Eglise. Faisons donc nôtres les paroles de sainte Catherine que nous lisons dans le Dialogue de la Divine Providence, en conclusion du chapitre qui parle du Christ-pont: «Par miséricorde, tu nous as lavés dans le Sang, par miséricorde, tu voulus converser avec les créatures. O fou d’amour! Il ne t’a pas suffi de t’incarner, mais tu voulus aussi mourir! (…) O miséricorde! Mon cœur étouffe en pensant à toi: car où que je me tourne, je ne trouve que miséricorde» (chap. 30). Merci.

* * *

Chers amis, puisse sainte Catherine de Sienne nous apprendre ainsi la science la plus sublime: aimer avec courage intensément et sincèrement Jésus Christ et aimer l’Eglise! Je salue cordialement les pèlerins francophones: bon séjour à tous!

 

7 MARS – SAINTES FÉLICITÉ & PERPÉTUE, BIOGRAPHIE

6 mars, 2015

http://missel.free.fr/Sanctoral/03/07.php

7 MARS – SAINTES FÉLICITÉ & PERPÉTUE

BIOGRAPHIE

Lors de la persécution ordonnée par Septime-Sévère[1], Perpétue et Félicité furent arrêtée à Thuburbo, ville épiscopale de la Proconsulaire (aujourd’hui Tebourba, en Tunisie). Perpétue, âgée de vingt-deux ans, était patricienne ; elle était encore catéchumène et mère d’un tout jeune enfant. Félicité qui était esclave, était enceinte et elle accoucha d’une fille dans la maison. Malgré les supplications de son père qui l’implore de se soumettrez et malgré son angoisse d’avoir à priver son enfant de sa mère, Perpétue demeure ferme jusqu’au bout. Perpétue et Félicité sont martyrisées dans l’amphithéatrum Castrense de Carthage, le 7 mars 303, avec Saturus, Satuminus, Revocatus et Secundulus.
« Le jour se leva, où les martyrs allaient remporter la victoire, et ils sortirent de la prison pour s’avancer vers l’amphithéâtre comme s’ils allaient au ciel. Ils avaient des visages gais et radieux, et s’ils tremblaient, c’était de joie, non de peur. Perpétue, la première, fut frappée par les cornes d’une vache furieuse et tomba à la renverse. Puis elle se releva et voyant que Félicité avait été précipitée sur le sol, elle s’approcha, la prit par la main et l’aida à se redresser. Toutes deux demeurèrent debout. La cruauté du peuple s’apaisa et on les fit sortir par la porte des Vivants. Là, Perpétue fut accueillie par un certain Rustique, alors catéchumène qui était à son service et, comme si elle sortait du sommeil (tellement elle avait été ravie en extase), elle se mit à regarder autour d’elle et dit, à la surprise de tous : ‘ Quand donc serons-nous exposés à cette vache dont on parle ? ’ Et quand elle apprit que cela avait déjà eu lieu, elle ne le crut pas avant d’avoir reconnu sur son corps et sur ses vêtements les marques des coups. Alors, après avoir appelé son frère et ce catéchumène, elle les exhorta ainsi : ‘ Demeurez fermes dans la foi, aimez vous tous les uns les autres, et ne soyez pas ébranlés par nos souffrances ’. De même, Saturus, à une autre porte, s’adressait ainsi au soldat Pudens : ‘Finalement, comme je l’avais pensé et annoncé par avance, je n’ai vraiment rien souffert d’aucune bête jusqu’ici. Et maintenant, crois de tout ton coeur: voici que je vais au-devant du léopard, et par une seule de ses morsures je parviens au but ’. Et aussitôt, à la fin du spectacle, il fut livré à un léopard. A la première morsure, il fut tellement inondé de sang que le peuple, lorsqu’il revint, cria, comme si l’on était aux bains : ‘ Baigne-toi et bonne santé ! Baigne-toi et bonne santé ! ’ Ce cri témoignait qu’il avait reçu le second baptême, celui du sang. Et, certes, après un tel bain, il avait trouvé le salut. Alors il dit au soldat Pudens : ‘ Adieu, garde mon souvenir et garde la foi. Que tout cela, au lieu de t’ébranler, te fortifie ’. En même temps il lui demanda l’anneau qu’il portait au doigt et, après l’avoir plongé dans sa blessure, il le lui remit en héritage, lui laissant cette relique, ce mémorial de son sang. Puis, comme il est inanimé, on le jette avec les autres dans le local où l’on devait les égorger. Mais, comme le peuple les réclamait au milieu de l’arène pour être témoin oculaire de leur mise à mort en voyant l’épée s’enfoncer dans leurs corps, ils se levèrent d’eux-mêmes et se portèrent à l’endroit voulu par le peuple. Mais d’abord ils s’embrassèrent pour achever la célébration de leur martyre par le rite du baiser de paix. Tous reçurent le coup d’épée, immobiles et silencieux; en particulier Saturus qui rendit l’esprit le premier, lui qui était monté le premier à l’échelle de la vision de Perpétue, pour attendre celle-ci. Perpétue, quant à elle, devait faire l’expérience de la douleur: frappée entre les côtes, elle poussa un grand cri ; puis, comme la main du gladiateur débutant hésitait, elle la poussa elle-même sur sa gorge. Sans doute une telle femme ne pouvait-elle être mise à mort autrement, elle qui faisait peur à l’esprit mauvais: il fallait qu’elle-même le veuille ».
De temps immémorial les saintes Félicité et sainte Perpétue (citées au canon de la messe, première prière eucharistique) étaient honorées le 7 mars sous le rite simple ; en 1901, saint Pie X éleva leur fête au rite double et la fixa au 6 mars. Paul VI remit leur fête au 7 mars.

[1] Sous Septime Sévère (193-211), fondateur de la dynastie syrienne, s’annonce pour le christianisme une phase de développement inexorable. Des chrétiens occupent à la cour des positions influentes. Dans la dixième année de règne (202), l’Empereur change radicalement de position : un édit prescrit de graves peines pour ceux qui se convertissent au judaïsme et à la religion chrétienne. On ne peut comprendre le changement soudain de l’empereur que si on pense qu’il s’est rendu compte que les chrétiens s’unissent toujours plus fortement en une société religieuse universelle et organisée, dotée d’une grande capacité intime d’opposition qui, en vertu de la raison d’État, lui semble suspecte. Les dommages les plus importants seront encourus par Alexandrie et les communautés chrétiennes d’Afrique.

13 DÉCEMBRE – SAINTE LUCIE ET SAINTE ODILE

12 décembre, 2014

http://missel.free.fr/Sanctoral/12/13.php

13 DÉCEMBRE – SAINTE LUCIE ET SAINTE ODILE

Sommaire :

Du « choix » entre Sainte Lucie et Sainte Odile
Vie de Ste Lucie
Vie de Sainte Odile
Prières

Du « choix » entre Sainte Lucie et Sainte Odile

Chaque année, le curé qui accorde de l’importance au sanctoral est mis en demeure de choisir entre sainte Lucie et sainte Odile et, quelle que soit celle qu’il choisit de présenter, il s’attire la déception d’une partie de ses paroissiens qui ont de bonnes raisons, familiales ou régionales, de célébrer l’autre.
Il ne manquerait plus que les bretons veuillent fêter leur saint roi Josse qui se fit ermite, ou que les artésiens entendent célébrer leur saint évêque Aubert qui sauva leurs pères de la famine, que les nivernais veuillent rappeler la dédicace de leur cathédrale, que les auvergnats veuillent honorer la sainte recluse Vitalène dont saint Grégoire de Tours raconta la vie, ou que les cadurciens veuillent entendre la messe de leur saint évêque Ursize, voire que les gens d’Ile-de-France se souviennent la sainte moniale de Chelles, Elisabeth-Rose, qui fonda l’abbaye de Rozoy ; heureusement que la fête de sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal a été avancée d’un jour et que sont encore bienheureux les autres français montés sur les autels comme Ponce de Balmey, évêque de Belley, et le dominicain Jean Chauveneau que les protestants martyrisèrent.
Pourquoi ne pas célébrer ensemble sainte Lucie et sainte Odile ? En effet, pendant que l’Eglise chemine à travers l’Avent vers le fulgurent avènement du Soleil de Justice, toutes les deux sont, de singulière façon, les témoins de la lumière du Christ qui éclaire les nations, auquel elles ont parfaitement offert leur vie, l’une dans l’éclatant martyre sanglant et l’autre par l’obscure observance monastique. La brune vierge de Syracuse, Lucie, dont le nom est dérivé du latin lux (la lumière), qui préféra s’arracher les yeux pour goûter la lumière céleste plutôt que de jouir de la lumière terrestre annonce la blonde jeune fille d’Alsace, Odile, qui recouvra la vue lorsque, rejetée par ses parents des honneurs du monde, elle reçut, dans le baptême, la lumière de la foi. Si, pour la fête de la sicilienne, on allume des cierges qui annoncent l’approche du solstice et de la naissance du Christ, dans les attributs de l’alsacienne, on place un coq qui annonce le lever du jour et le triomphe de la lumière du Christ sur les ténèbres de la mort. Quand le propre de Syracuse, par l’intercession de sainte Lucie, nous fait demander à Dieu, d’être délivrés de tout aveuglement de l’esprit et du corps pour mériter plus facilement de contempler les biens célestes, le missel de Frissingue, par l’intercession de sainte Odile, supplie la clémence divine, de nous accorder la grâce de la lumière terrestre et la gloire de l’éternelle clarté. Jadis, au temps ténébreux de l’occupation allemande, l’Alsace espérait la lumière libératrice de la prière de sainte Odile qu’elle priait sur sur sa montagne, tandis que la Lorraine se confiait à sainte Lucie dont elle gardait les reliques à Ottange.
Prions donc ensemble sainte Lucie et saint Odile qui ne seront pas trop de deux, pour nous aider à bien recevoir le Divin Enfant de Noël. Puisse leur commune intercession nous obtenir davantage de grâces pour les pieux exercices de l’Avent : que leurs prières nous aident mieux voir les vérités que le Seigneur nous a révélées, à mieux observer les commandements qu’il nous a donnés et à mieux goûter les secours qu’il nous a préparés.

Vie de Sainte Lucie
Née en Sicile, d’une noble famille, vers la fin du III° siècle, sainte Lucie de Syracuse, refusa le mariage, se défit de tous ses biens en faveur des pauvres avant que se consacrer toute entière à Dieu. Pendant la persécution de Dioclétien, elle préféra mourir de la main du bourreau que de perdre sa virginité (304). Ayant été insensible au feu du bûcher, elle périt la gorge percée par une épée.

Vie de Sainte Odile
Le plus ancien document sur la vie de sainte Odile est un parchemin du X° siècle où un moine a noté ce que la tradition orale transmettait depuis près de deux cents ans, au Mont Saint Odile qui domine la plaine d’Alsace.
Au temps du roi mérovingien Childeric II, Aldaric, troisième duc d’Alsace, père de sainte Odile, tient sous son empire toute la vallée du Rhin, de Strasbourg à Bâle. Aldaric est un chrétien sincère, mais il s’arrache avec peine aux coutumes barbares, ses réactions sont impulsives et même dangereuses : pas de pardon pour qui l’offense. En 660, alors qu’il attendait avec impatience la naissance de son fils premier-né, lui naquit une petite fille aveugle. Son premier réflexe fut de vouloir la tuer, mais devant les pleurs de sa femme, Béreswinde, il accepta de lui laisser la vie à condition que le bébé disparût aussitôt. Béreswinde, bouleversée, se mit en quête d’une nourrice. Odile fut emmenée à Scherwiller, à une trentaine de kilomètres d’Obernai. Devant le beau linge du bébé et les soins particuliers dont il était entouré, les langues allaient bon train. Bientôt Odile ne fut plus en sécurité chez la nourrice et, à un an, dut reprendre la route pour Baume-les-Dames, près de Besançon, où elle franchit les portes d’un monastère.
Pendant toute son enfance, Odile était entourée du silence et de la paix des moniales qui essayaient de lui faire oublier sa cécité : elle apprit à se diriger seule dans le cloître, à reconnaître les appels de la cloche, à chanter par cœur les offices, faisant la joie de ses mères adoptives.
L’évêque Ehrhardt de Ratisbonne arriva un jour au monastère pour, dit-il, baptiser la petite aveugle. Devant la communauté, Ehrhardt prononça les paroles sacramentelles : « Odilia Je te baptise au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Odilia veut dire : soleil de Dieu. Au moment où l’eau coula sur son front, Odile ouvrit les paupières… elle voyait ! Après la guérison, l’évêque fit avertir Aldaric qui n’eut aucun geste de repentir. Il avait maintenant quatre fils et une fille, sa fille aînée était oubliée. Odile demeura donc à Palma chez les religieuses qui lui apprirent aussitôt à écrire et à lire dans les livres saints. La souffrance et la cécité l’avaient mûrie : elle faisait preuve d’une force d’âme et d’un détachement extraordinaires. Au fur et à mesure que les mois passaient, Odile sentait grandir en elle le désir de connaître sa famille. Certains voyageurs qui s’arrêtaient au monastère lui avaient déjà parlé de son frère Hugon qu’ils disaient aimable et généreux. Par l’intermédiaire d’un pèlerin, Odile lui fit parvenir une lettre qui émut Hugon au point qu’il osa affronter son père. L’heure du pardon n’avait pas encore sonné, Aldaric ne voulait pas revoir sa fille mais Hugon écrivit cependant à sa sœur de venir au château, pensant que la vue d’Odile ferait tomber la colère de son père. Hélas, à l’arrivée de sa fille aînée la colère d’Aldaric redoubla : il frappa Hugon qui mourut des suites des blessures. Ce fut le dernier accès de colère du terrible barbare qui, désespéré par la mort de son fils préféré, installa sa fille à Honenbourg et assura sa subsistance. Odile eut la patience de vivre ignorée des siens et se contente de ce que lui donnait son père qu’elle n’osait plus affronter. Elle ne vivait que pour les pauvres avec qui elle partageait ses maigres ressources. Peu à peu Aldaric se transforma et offrit à Odile le Honenbourg et toutes ses dépendances à condition qu’elle priât pour lui.
La jeune fille humiliée va devenir la célèbre Abbesse représentée par les statues et les tapisseries. Son cœur profond, son austère vertu, sa grande charité attirèrent plus de cent trente moniales et la plupart des membres de sa famille. Les travaux commencèrent rapidement pour transformer le Honenbourg en un monastère. Odile qui est une âme d’oraison, couvrit de chapelles tout le sommet de la colline dont la première fut dédiée à Notre-Dame, puis une autre à saint Jean-Baptiste qu’Odile vénérait particulièrement depuis son baptême. Un soir, la moniale chargée d’appeler ses compagnes pour l’office fut éblouie par une violente clarté : Odile conversait avec saint Jean-Baptiste. De jour, de nuit, par petits groupes qui se succédaient, les moniales chantaient sans cesse la louange de Dieu. L’Abbesse était la plus ardente à la prière ; elle aimait la mortification, mais elle était sage et prudente pour ses filles.
Peu de temps après la construction du monastère, Aldaric mourut. Avertie par une vision, Odile le sut en Purgatoire et se mit en prière jusqu’à ce que Notre-Seigneur lui apparût pour lui apprendre l’entrée de son père en Paradis. Une chapelle, dite des larmes, se dresse encore aujourd’hui sur la terrasse du couvent ; la tradition assure qu’une pierre creusée par les genoux de la sainte existe encore devant le maître-autel.
Le Honenbourg était le refuge des pauvres, des malheureux, des malchanceux et des pèlerins qui savaient y trouver bon accueil. Un vieillard tomba en montant vers le monastère. Odile le rencontra un moment plus tard et, comme pour le soulager, il fallait de l’eau, Odile implora le secours de Dieu, frappa le rocher et une source jaillit et ne tarira jamais. Mais la preuve était faite que tous ceux qui désiraient du secours ne pouvaient parvenir au sommet de la colline. Un autre monastère fut construit en bas. Aucun des deux couvents ne voulait se passer de la présence d’Odile qui allait donc du cloître du haut à celui du bas. En chemin elle aidait les éclopés et les infirmes. De toutes parts on venait la voir car on savait que ses mains étaient bénies. Parfois lorsqu’elle pansait des blessés ou des lépreux, les plaies se fermaient et les douleurs s’apaisaient. Sa préférence allait aux aveugles en souvenir de son infirmité. Elle présidait tout, elle prévoyait tout et s’intéressait à chacun en particulier.
Mais ses compagnes la voyaient de plus en plus lasse. Sentant la faiblesse la gagner, Odile se rendit à la chapelle Saint-Jean-Baptiste ; une dernière fois elle s’adressa à ses filles puis, à l’heure de l’office elle les envoya à l’église. Quand les moniales revinrent de l’office, Odile les avait quittées. Leur peine était grande d’autant plus que leur mère était partie sans avoir communié. Elles se mirent en prière et Odile revint à elle. Après les avoir réprimandées, l’Abbesse réclama le ciboire, se communia et quitta définitivement la terre, le 13 décembre 720.

Prières
O Seigneur qui avez guéri autrefois la petite Odile, faites maintenant qu’avec son secours, notre esprit demeure ouvert à vos desseins, et que notre âme reste toujours claire et limpide comme une source. Ainsi soit-il.

O sainte Lucie, servante et de Jésus l’amie,
avec tous les bien venus tu es en paradis en sus.
Des apôtres par la prédication tu as en Dieu dilection,
des docteurs par vraie doctrine tu as Jésus qui t’illumine,
des saints évêques et confesseurs tu as les joies et les honneurs
des vierges comme la marguerite en qui Jésus moult se délite.

Par pitié, par miséricorde, par charité que Dieu t’accorde
si te requiert que pour moi prie qui puisse avoir au ciel la vie
au très puissant Dieu, roi de gloire, qui a tous ceux en sa mémoire
qui sainte Lucie veulent servir et veulent leur corps asservir
a faire son plaisant service pour effacer péché et vice.

Veuille ma prière recevoir et de moi telle pitié avoir
que par ta grâce et la prière de sainte Lucie, ton amie chère,
a qui tu as tes dons promis que ses amis soient au ciel mis,
que telle vie puisse maintenir qu’avec elle au ciel venir
me fasse par son doux souvenir

 

27 AOÛT : SAINTE MONIQUE

26 août, 2014

http://viedessaints.free.fr/vds/monique.html

27 AOÛT : SAINTE MONIQUE

C’est en Afrique dans la ville de Tagaste, que Dieu plaça le berceau de notre sainte. Elle naquit l’an 332 et fut appelée Monique. Le nom de son père nous fut inconnu ; sa mère se nommait Faconda. Grâce aux soins de ses parents, qui étaient chrétiens, et à la surveillance d’une vieille servante toute dévouée à sa jeune maîtresse, Monique grandit dans la crainte et l’amour de Dieu ; c’était un lis de pureté. On put voir dès son enfance le degré éminent de sainteté qu’elle atteindrait un jour. Elle était encore toute petite qu’elle sortait déjà seule de la maison paternelle pour aller prier à l’église, au risque d’être réprimandée au retour. Quelquefois elle quittait ses compagnes de jeux : on la trouvait à genoux au pied de quelque arbre voisin. Souvent même, pendant la nuit, elle se levait et récitait à Dieu les prières que sa pieuse mère lui avait apprises.
Son cœur s’ouvrit de bonne heure aussi à l’amour des pauvres. Elle ne négligeait rien pour les secourir : elle donnait tout, jusqu’au pain qu’on lui servait à table ; elle le cachait dans son sein et le leur distribuait. C’était pour elle un bonheur de leur laver les pieds et de les servir autant qu’elle pouvait le faire à cet âge. Enfin on remarquait en elle une douceur et une paix inaltérables, vertus que nous lui verrons pratiquer jusqu’à l’héroïsme une fois épouse et mère.
Sortie de l’adolescence, elle fut demandée en mariage. Patrice, né à Tagaste comme Monique, et comme elle d’une famille noble, aspirait à sa main : il l’obtint. Il paraissait pourtant peu digne d’une telle alliance : un païen violent, brutal, libertin, voilà quel était le futur époux de Monique. Ajoutez à cela une différence d’âge considérable. Monique avait vingt deux ans, et Patrice plus du double. On serait tenté de se demander comment les parents de Monique consentirent à une union qui ne présageait que des tristesses, si on ne savait combien malheureusement les parents, même chrétiens, se font facilement illusion quand il s’agit de marier leurs enfants. Du reste, c’est sans doute ici un effet de la Providence divine, qui voulait que Monique méritât par d’amères douleurs d’être la mère de saint Augustin. Les épreuves ne manqueront pas. Elles viendront de Patrice lui-même, elles viendront aussi de la belle-mère, païenne comme son fils et comme lui d’une humeur violente, excitée encore contre sa belle-fille par les calomnies des servantes. Pauvre Monique ! la voilà isolée, malheureuse dès les premiers jours de son mariage ; mais c’est précisément ici qu’elle est admirable. C’est dans le creuset de la souffrance qu’on reconnaît les grandes âmes. Sachant qu’elle peut tout en Celui qui la fortifie, elle ne recule pas devant les difficultés, elle accepte dans toute son étendue sa douloureuse mission d’épouse. Elle comprend que Dieu l’a unie à Patrice pour le convertir ; elle se fait l’apôtre du petit monde qui l’entoure. Sa prédication, c’est l’exemple ; ses moyens de conversion, la douceur et la prière. Et quels exemples de vertu en effet ne donna-t-elle pas ? exemple de douceur vis à vis des emportements de Patrice, exemple de patience à l’endroit de ses infidélités ! Jamais une plainte ne sortit de sa bouche contre son mari, nous apprend saint Augustin, et pourtant comme elle souffrait ! comme elle pleurait ! et des larmes d’autant plus amères qu’elles étaient versées en secret. Elle se contentait de demander à Dieu la foi pour Patrice, car c’était là qu’il devait trouver la chasteté.
Ce fut au milieu de ces tristesses que, pour la consoler, Dieu la rendit mère à l’âge de vingt-deux ans. Elle mit au monde cet Augustin qu’elle devait enfanter une seconde fois, à la vie spirituelle, au prix de tant de larmes ; puis Navigius et Perpétua, dont la sainteté devait être plus tard dépassée par celle de leur frère aîné. Elle leur fit sucer à tous, avec son lait, le nom et l’amour de Jésus-Christ. De ses trois enfants elle fera trois saints, tant est puissante l’influence d’une mère ! Tout semble d’abord conspirer contre elle, et un père païen et une belle-mère païenne et des servantes menteuses. Mais tous ces obstacles ne tardent pas à s’évanouir devant sa douceur et sa résignation. La belle-mère se rend la première. Elle reconnaît la fausseté des calomnies de ses servantes. Les esclaves elles-mêmes laissent gagner leur cœur. « Alors je croyais, dit saint Augustin, ma mère croyait aussi, toute la maison croyait avec nous ; il n’y avait que mon père qui ne croyait pas. »
Sans doute saint Augustin croyait, mais le sang païen qu’il avait reçu de son père commençait à bouillonner dans ses veines. Que va-t-il devenir ? A cause de son éducation, le voilà loin de sa mère, à Epidaure, dans les premiers feux de la jeunesse. C’est là qu’au souffle des mauvaises lectures et des tristes impressions des théâtres, commence cet orage affreux qui éclate à Tagaste et qui s’achève à Carthage par la plus honteuse défaite. Pauvre mère, quel martyre ! Du moins pour répandre une goutte d’huile dans son cœur, Dieu permet que Patrice abjure la paganisme et fasse profession de la foi chrétienne.
Il en est ainsi jusqu’à la mort de Patrice : à mesure qu’Augustin s’éloigne, Monique voit son mari se rapprocher d’elle.
Cependant saint Augustin part pour Carthage, le cœur brûlé plus que jamais par le feu des passions. Ce départ pour une ville si pleine de périls, et pour l’esprit et pour le cœur d’Augustin, coûte bien des larmes à sa mère. Plût à Dieu que ce ne fût qu’une vaine crainte ! Mais hélas ! elle apprend bientôt la naissance d’Adéodat. Cette triste chute la rend inconsolable. On craint un instant pour sa vie ; elle triomphe enfin de la douleur ; c’était pour elle un soutien de voir Patrice s’associer à ses larmes. Patrice avait embrassé la foi chrétienne, sa vie devenait chaque jour plus parfaite. Tombé malade, il demande le baptême, le reçoit avec ferveur et s’endort chrétiennement entre les bras de l’ange que Dieu lui avait donné pour compagne.
Délivrée du lien du mariage, Monique prend un nouvel essor vers Dieu. Elle se retire plus complètement du monde ; ses mortifications sont plus austères ; son amour pour les pauvres, gêné pendant dix-sept ans, a maintenant un libre épanchement. Elle sert de mère aux orphelinx ; elle se fait la consolatrice des veuves et des femmes mariées déçues dans leurs rêves de bonheur. Le service des pauvres et la prière, voilà son unique occupation.
Mais d’autre part cette mort la laissait dans de vives inquiétudes vis-à-vis de son fils : Monique seule ne pouvait plus rien pour son éducation. Dieu, qui n’abandonne jamais ses serviteurs, vint à son secours. Un des principaux citoyens de Tagaste, un ami de Patrice, voyant la détresse de Monique, mit ses richesses à sa disposition. Augustin put donc continuer à Carthage ses brillantes études. Mais sa foi allait s’affaiblissant depuis le triomphe de ses passions. Il finit par abdiquer publiquement la foi de son enfance. Le voilà manichéen. Quelle fut alors la douleur de Monique, il serait difficile de le dire. « C’est un fleuve de larmes qui s’écoule par ses yeux ; c’est la douleur d’une mère qui a perdu son fils unique, ce sont les gémissements de Rachel, la mère rebelle à toutes les consolations… Images incomplètes ! » s’écrie encore Augustin !
Monique avait versé tant de larmes sur son fils libertin, que lui restait-il pour Augustin apostat ? C’est ici qu’elle se montre mère réellement chrétienne. Elle a le courage de le chasser loin d’elle et de lui interdire l’entrée de sa maison. Acte magnifique d’énergie chrétienne ; exemple admirable d’amour vrai, de cet amour selon le cœur de Dieu qu’une mère doit avoir pour son fils ! C’était une séparation bien dure pour elle qui chérissait tant Augustin. Dieu vient la consoler, lui seul le pouvait. Il lui envoie un songe qui lui présage sa conversion.
Une nuit donc, elle se voit debout sur une règle de bois. Et comme elle pleurait amèrement, un ange resplendissant de lumière, s’approchant d’elle, lui demande la cause de sa douleur.
- C’est la perte de mon fils que je déplore ainsi, dit-elle.
- Ne pleurez plus, répond l’ange, mettez votre esprit en repos ; ce fils est avec vous et en sûreté.
Alors se détournant elle voit, en effet, son fils debout, sur la même règle qu’elle.
Consolée par cette vision, Monique va aussitôt en faire le récit à son fils. Lui qui ne songeait point à se convertir :
- Courage ! ma mère, dit-il, voyez comme le ciel se prononce pour ma doctrine ; il vous promet qu’un jour vous la partagerez.
- Non, mon fils, reprend-elle avec assurance, il ne m’a point été dit : Vous serez où il est, mais : Il sera où vous êtes.
Cette réponse fit plus d’impression sur le jeune homme que le récit de la vision. Aussi, dès ce moment Monique s’adresse-t-elle aux hommes dont la doctrine était en réputation et les presse-t-elle instamment d’entrer en conférence avec son fils pour le ramener à la foi catholique. Mais la discussion, avec un esprit aussi puissant que celui dont Augustin donnait des preuves, n’est point facile à soutenir, et plus tard saint Ambroise, si l’on en croit certaines traditions, fera ajouter aux invocations des Litanies : A logica Augustini, libera nos, Domine. « De la logique d’Augustin, délivrez-nous, Seigneur. »
Comme donc sainte Monique pressait un évêque d’Afrique de travailler à convaincre son fils, celui-là la renvoya avec ces paroles :
« Allez en paix, il est impossible que le fils de tant de larmes périsse. »
La prophétie devait se réaliser, mais Monique ne se lasse point de tout mettre en œuvre pour en hâter l’accomplissement. Augustin conçoit le dessein de quitter Carthage, où il enseignait la rhétorique, pour se rendre à Rome et y montrer son génie. Sa mère essaye en vain de l’en détourner. Il part secrètement ; Monique n’hésite pas à s’embarquer pour l’aller rejoindre. La tempête s’élève et la mer semble pouvoir prendre le parti du démon. Mais tandis que les matelots pâlissent de terreur, intrépide au milieu des flots courroucés, Monique les rassure et prend leur place à l’aviron ; le navire ne peut périr, car le salut de son fils y est engagé. Que l’on aille après cela vanter l’intrépidité de César rassurant le nautonier ! Ce qu’il fit par ambition et par vanité est bien au-dessous de ce qu’une simple femme fait pour aller au secours de son fils exposé à perdre son âme.
Elle arrive à Rome. Son fils vient de partir pour Milan ; elle se précipite à sa poursuite et le rejoint. Des jours plus heureux se lèvent maintenant pour elle, des jours de résurrection et de gloire. Au contact de saint Ambroise, Augustin sent ses luttes intérieures s’apaiser peu à peu. Enfin il reçoit le baptême des mains de l’évêque de Milan. Il en sort tout transfiguré, c’est désormais saint Augustin. Une des grâces de son baptême fut sa vocation religieuse. Ce rêve le poursuit ; mais pourquoi exécuter un pareil dessein sur une terre étrangère ? Il se décide donc à retourner dans sa patrie avec ses amis et sa mère. Ils se mettent en route pour Ostie, où ils doivent s’embarquer. Mais Monique avait accompli son œuvre : Augustin était converti. Elle croyait se rendre à Ostie, elle allait au ciel. Avant qu’elle disparaisse, contemplons-la dans tout l’éclat de sa resplendissante beauté, assise auprès de saint Augustin au bord de la mer. Les yeux et le cœur en haut, elle passe en revue toute la création : la terre, la mer, les astres ; mais tout cela lui paraît passager ; elle monte plus haut, dans la région de l’éternel amour. C’est là qu’elle trouve le bonheur ; elle y reste ravie en extase. Ce n’est qu’en soupirant qu’elle descend vers le triste séjour de la terre. Après ce ravissement, désolée de se retrouver dans cette vallée de larmes, elle disait à saint Augustin : « Pourquoi suis-je ici-bas, mon fils, maintenant que mes espérances se sont réalisées ? Il était une seule chose pour laquelle je désirais vivre, c’était de vous voir chrétien et catholique. Bien plus, je vous vois mépriser le bonheur de ce monde pour le servir. Que fais-je donc ici ? » Monique, en effet, n’avait plus qu’à monter au ciel. Cinq jours après elle est prise d’un violent accès de fièvre. Elle sent sa fin prochaine. Elle recommande à son fils de se rappeler d’elle à l’autel du Seigneur, puis elle se recueille, elle se prépare à la venue de l’époux ; neuf jours s’écoulent ainsi. Enfin, comme on lui refusait la communion à cause de l’état de son estomac, un petit enfant entre dans sa chambre. Il s’approche de son lit, la baise à la poitrine, et aussitôt son âme s’envole vers le ciel. Monique n’était plus. Elle avait vécu cinquante-six ans. Augustin en avait trente-trois. C’était en l’année trois cent sept, au commencement de mai.

11 AOÛT : SAINTE CLAIRE D’ASSISE

11 août, 2014

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11 AOÛT : SAINTE CLAIRE D’ASSISE

1193-1253, Cofondatrice avec saint François du second ordre franciscain, celui des Pauvres Dames, appelées aussi dans la suite Clarisses, première abbesse de Saint-Damien.

Sources
Les sources fondamentales d’une biographie de sainte Claire peuvent être réparties en quatre groupes :

les propres écrits de la sainte : sa correspondance, sa règle et son testament ;
les documents contemporains parmi lesquels les plus importants sont la règle du cardinal Hugolin, le privilège de pauvreté et la lettre de faire-part annonçant la mort de Claire ;
les biographies : la Legenda Sanctae Clarae virginis et la Vita di Santa Chiara ;
les documents relatifs à sa canonisation.
Tous ces textes ont fait l’objet d’une très bonne analyse critique (M. Fassbinder, Untersuchungen über die Quellen zum Leben der hl. Klara von Assisi, dans Franziskanische Studien, XXIII, 1936, p. 296-335). Nous nous arrêterons ici uniquement à ceux qui, mieux édités ou découverts seulement depuis la fin du XIXe siècle, ont amené les historiens récents à corriger certaines traditions au sujet de l’origine de sainte Claire, de la chronologie de son curriculum vitae, de quelques faits miraculeux rapportés à son actif. Tels sont :
la règle de sainte Claire ; l’original de la bulle Solet annuere d’Innocent IV (9 août 1253), qui confirme solennellement la règle, a été retrouvé en 1893 dans un coffret d’ébène placé dans le tombeau de la sainte ; il est actuellement conservé au monastère de Sainte-Claire à Assise ;
la lettre de faire-part de la mort de Claire, découverte dans un codex de la bibliothèque privée Landau de Florence et publiée par le Père Z. Lazzeri (Il processo de canonizzazione di Santa Chiara d’Assisi, appendice I, dans Archivum franc. hist., XIII, 1920, p. 494-499) ; elle émane de la chancellerie du cardinal Rainaldo, évêque d’Ostie ; c’est une brève biographie de sainte Claire ;
la Legenda Sanctae Clarae virginis ; l’édition de F. Pennacchi (Assise, 1910, in-8°, LXX-140 p.), qui dépasse celle des bollandistes (A. S., août, II, 754-768, avec Commentarius praevius du Père Cuper, ibid. 739-754) a remis en question plusieurs données traditionnelles ; elle se fonde sur le manuscrit 338 de la bibliothèque communale d’Assise, que l’éditeur juge être, sinon l’original, du moins la copie la plus proche du texte primitif ; la paternité de cette Légende est encore discutée : Pennachi et la plupart des historiens versés dans les questions franciscaines continuent à l’attribuer à Thomas de Calano, tandis que le Père Lazzeri tient pour saint Bonaventure ; quoi qu’il en soit, cette biographie révèle un auteur contemporain, écrivant deux ans seulement après la mort de Claire, s’appuyant à la fois sur les actes du procès de canonisation et sur les assertions de témoins immédiats ; un seul point à sa charge : sa propension à la crédulité ;
la Vita di Santa Chiara, par un franciscain toscan anonyme du début du XVIe siècle, qui a utilisé la Légende, les actes du procès de canonisation et la chronique de l’ordre ; elle a été publiée par le Père Lazzeri (La Vita di Santa Chiara, Quaracchi, 1920, in-8°, XIV-22 p.) ;
les actes du procès de canonisation ; nous n’en connaissons pas l’original, mais une traduction italienne du XVe siècle a été découverte, en 1920, dans la bibliothèque Landau de Florence, par B. Bughetti, O.F.M., et éditée par le Père Lazzeri (Archivum franc. hist., XIII, 1920, p. 403-507) ; c’est un document de la plus haute importance, qui en authentique plusieurs autres et apporte une solution à des questions douteuses.

Enfance et jeunesse de Claire,
jusqu’à la fondation du monastère de Saint-Damien
Claire naquit à Assise, en 1193 ou 1194. Son père, du prénom de Favarone, était probablement de la lignée des comtes de Coccorano. De ses ancêtres, le procès de canonisation livre les noms d’Offreduccio et de Bernardino ; ce qui a amené certains auteurs à parler de Messire Favarone d’Offreduccio de Bernardino. Un frère de Favarone s’appelait Scipio ou Cipio, d’où l’expression frater Rufinus Cipii, …consanguinus Sanctae Clarae, rencontrée dans un document littéraire franciscain (Chron. XXIV Generalium, cf. Anal. Franc., III, 46), qui a donné naissance à une interprétation erronée apparentant sainte Claire à une imaginaire famille de comtes de Scifi (déformation de Scipii) dénommés, au surplus, seigneurs de Sasso Rosso. Une tradition, qui remonte seulement au XVe siècle, la rattache, du côté maternel, aux Fiumi, de Sterpeto, famille d’authentique noblesse. La Légende rapporte que la mère de Claire, Ortolane, femme de grande piété, reçut mystérieusement, avant la naissance de l’enfant, le présage de sa haute destinée. Claire eut certainement deux sœurs cadettes, Agnès et Béatrice ; une généalogie, non absolument sûre, lui attribue deux aînés : un frère, Boson, et une sœur, Penenda.
En 1198, les troubles qui éclatèrent à Assise obligèrent les nobles, et notamment Favarone et Leonardo de Gislerio, seigneur de Sasso Rosso, à mettre leur famille en sécurité à Pérouse. Claire y vécut cinq ans. De retour à Assise en 1203, la fillette se tint à l’écart du monde, joignant une excessive réserve aux vertus d’amour pour les pauvres, de mortification et de piété, qui l’avaient déjà signalée à Pérouse.
Vers 1210, alors que ses parents songent pour elle à un riche mariage, Claire n’aspire qu’à une vie de renoncement et d’oraison. C’est alors qu’elle entendit, en l’église Saint-Georges à Assise, un sermon de François, le fondateur des Frères Mineurs. L’aide d’une amie, Bona de Guelfuccio, lui ménagea une entrevue avec le prédicateur ; des entretiens poursuivis pendant une année aboutirent à la décision définitive : le soir des Rameaux 1211 (1212 nouveau style), Claire, s’enfuyant de la maison par la « porte des morts » – celle qui, selon la coutume ombrienne, ne s’ouvre que devant les cercueils – se rendit à Sainte-Marie-des-Anges pour s’y consacrer totalement à Dieu. C’est Pacifica de Guelfuccio qui l’accompagna, cette fois ; Bona, craignant, et non sans raison, les représailles de la famille, s’était rendue à Rome sous prétexte d’y gagner les indulgences du carême.
François confia d’abord sa première « pauvre dame » aux Bénédictines de Saint-Paul, près de Bastia ; puis, après la tentative spectaculaire des parents pour reprendre la jeune fille, il la conduisit aux Bénédictines de Saint-Ange in Panzo, au sud-est de la ville. Seize jours plus tard, Agnès, qui n’avait que quinze ans, venait rejoindre sa sœur aînée (Voir Agnès d’Assise). quelques temps après, François transféra les deux sœurs dans les dépendances de Saint-Damien, la petite église qu’il avait autrefois restaurée de ses mains. Le premier monastère du second ordre franciscain était fondé.

L’abbesse de Saint-Damien
Nombreuses arrivèrent auprès de Claire et d’Agnès les jeunes filles séduites comme elles par l’idéal franciscain de renoncement et de pauvreté : Pacifica de Guelfuccio, Filippa, fille du seigneur de Sasso Rosso, Benvenuta de Pérouse, et bien d’autres dont les noms sont cités dans le procès de canonisation. Plus tard, Claire accueillera à Saint-Damien Ortolana, sa mère, et Béatrice, sa plus jeune sœur, ainsi que ses nièces Balbina et Amata de Coccorano.
Il fallait à cette communauté une abbesse. Le choix de François se porta sur Claire ; on était en 1214, elle n’avait que vingt et un ans, mais l’obéissance la contraignit à accepter une charge que son humilité lui a avait d’abord fait refuser. Dès lors, Claire fut pour ses filles un modèle et une mère : mille traits édifiants et charmants à la fois, consignés dans la Légende et dans les actes du procès de canonisation, témoignent de sa charité et de sa mortification, de son amour du silence et de la prière. Bientôt ses excès dans la pénitence délabrèrent sa santé. Dès l’âge de trente et un ou trente-deux ans, elle est atteinte d’une maladie qui la tenaillera jusqu’à la mort. Mais sa sainteté déjà est révélée par des miracles, tels ceux du pain qui se multiplie, de la cruche d’huile qui se remplit. En 1241, sa dévotion à l’eucharistie sauve le monastère, assailli par des Sarrasins à la solde de Frédéric II ; l’année suivante, la prière des Damianites donne à la ville d’Assise la victoire sur les troupes du capitaine Vitale d’Aversa. Plus merveilleuse est sa vie intérieure, dont quelques reflets transparaissent au dehors, telle l’extase qui la saisit une fois du jeudi saint au soir du vendredi saint.

La « petite plante » de saint François
Tel est le nom que Claire se donne dans son testament. De fait, François, qui avait précisé pour cette âme la vocation de haut renoncement à laquelle elle se sentait appelée, continua à la cultiver jusqu’à sa mort. À l’abbesse de Saint-Damien, il donna une courte Formula vitae, non point une règle à proprement parler, mais l’essence d’une règle pour le gouvernement des Pauvres Dames. Il la visitait et c’est, sans doute, une de leurs conversations tout enflammées de l’amour de Dieu que symbolise le légendaire récit du repas à Sainte-Marie-des-Anges, où la forêt parut embrasée aux yeux des habitants d’alentour. Par lui-même ou par des frères de son ordre, il dispensait aux Damianites la parole de Dieu. Alors qu’il hésitait entre la contemplation et la prédication, François recourut à Claire – en même temps qu’à Frère Sylvestre, l’ermite – pour connaître la volonté divine. Vers la fin de sa vie, lorsque, marqué des stigmates du Christ sur l’Alverne, il revint à Assise, Claire lui construisit une petite hutte de branchages pour qu’il pût se reposer dans le jardin de Saint-Damien. C’est là que, durant l’hiver 1224-25, fut composé l’hymne de louange à Dieu par les créatures, que nous appelons le Cantique du soleil ou Cantique des créatures. Peu avant sa mort, de la Portioncule où il s’était fait ramener, François envoya aux Damianites un ultime conseil, celui de « vivre toujours dans la vie très sainte d’imitation du Seigneur et dans la pauvreté ». Une de ses dernières volontés fut que son corps, lorsqu’on le transporterait à Assise pour les funérailles, fût porté dans l’église de Saint-Damien, afin que Claire et les Pauvres Dames pussent voir une dernière fois leur père.

La cofondatrice du second ordre franciscain
Du vivant de François déjà, nombre de monastères s’étaient fondés se réclamant de l’esprit de Saint-Damien ; des communautés, obéissant jusqu’alors à une autre règle, demandaient leur incorporation au nouvel ordre. François avait confié à la sœur de Claire, Agnès, le couvent de Monticelli à Florence ; Claire envoya sa nièce Balbina fonder celui d’Arezzo ; son amie Pacifica, celui de Vallis Gloriae à Spello ; d’autres, à Pérouse, à Terni, à Spolète, à Volterra, à Pise, à Bologne, à Crémone, à Vérone, à Venise. Bientôt le second ordre s’introduisait à l’étranger, en Espagne, en France, en Allemagne, en Belgique ; à signaler particulièrement le monastère de Prague, que gouverna Agnès, fille de Primislas Ottokar Ier, roi de Bohême, et celui de Bruges, fondé par Ermentrude de Cologne.
La brève Formula vitae de saint François ne pouvait suffire à maintenir dans l’unité d’une même discipline tous ces monastères dispersés. Déjà, le cardinal Hugolin, protecteur du second ordre, avait obtenu d’Honorius III, en 1218, l’exemption, pour les Pauvres Dames, de la juridiction épiscopale ; en 1219, il leur donna une règle qui, suivant les récentes prescriptions du concile de Latran, se fondait sur celle d’un ordre préexistant, en l’occurrence celui de Saint-Benoît. Toutefois, en dehors des dispositions relatives aux trois vœux fondamentaux, toute liberté était laissée de suivre les observances propres au second ordre franciscain. Ces observances, Hugolin les rendit plus austères que dans l’ordre bénédictin : clôture stricte, silence perpétuel, jeûnes et mortification sont minutieusement codifiés. Le pape Honorius III donna son approbation par la bulle Sacrosancta du 9 décembre 1219.
D’aucuns ont imputé à Claire l’austérité de cette règle. L’étude des documents permet de croire qu’elle ne prit aucune part à sa rédaction. Sans doute, l’abbesse de Saint-Damien était portée – et depuis son enfance – à une mortification extraordinaire ; mais, imprégnée de l’esprit du Poverello, c’est sur la pauvreté qu’elle mit l’accent, sur la pauvreté absolue pour laquelle elle lutta jusqu’à sa mort. Elle revendiqua comme un privilège pour ses filles le droit de ne rien posséder jamais, pas plus en commun qu’en propre, et de vivre uniquement d’aumônes. L’examen attentif des sources a prouvé qu’elle obtint gain de cause auprès d’Innocent III. Grégoire IX, autrefois cardinal Hugolin, eût voulu mitiger cette disposition. En 1228, il discuta personnellement avec Claire la possibilité pour les couvents du second ordre d’accepter la possession de biens en commun ; il proposa même de la délier de son vœu d’absolue pauvreté, qu’il croyait être le seul obstacle à son adhésion, mais l’abbesse lui répondit : « Saint Père, déliez-moi de mes péchés, mais non point de l’obligation de suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Vaincu, le pape confirma le privilegium paupertatis, mais uniquement pour Saint-Damien, le 17 septembre 1228. Selon une étude plus récente, il semble que ces faits devraient être reportés à l’année 1231 (P. Pancratius, Het privilegie der armoede, dans Franc. leven, XXII, 1939, p. 176). Quand Innocent IV, le 6 août 1247, autorisa tous les monastères de Clarisses à posséder des revenus, Claire se retrancha derrière son privilège de pauvreté ; et lorsqu’elle même composa une règle pour les Pauvres Dames, elle y enchâssa la pratique de la pauvreté absolue pour tous les couvents de son ordre.
Aux observances en usage à Saint-Damien, conformes d’ailleurs à la Formula vitae, cette règle ajouta quelques prescriptions tirées de la règle d’Hugolin et de celle d’Innocent IV ; dans sa composition comme dans son expression, elle emprunte à la règle des Frères Mineurs de 1223, dont elle reproduit textuellement plusieurs passages. Le cardinal Rainaldo, évêque d’Ostie, alors protecteur du second ordre et, peut être, « rédacteur » de la règle, l’approuva le 16 septembre 1252 et obtint pour elle l’approbation papale. Claire eut le bonheur d’en recevoir la confirmation solennelle, sanction décisive et définitive, par la bulle Solet annuere, qu’un frère mineur, messager d’Innocent IV, lui apporta le 9 août 1253, deux jours avant sa mort.

La mort et la gloire posthume
Malade depuis près de trente ans, Claire, plus d’une fois, avait été aux portes du tombeau. En septembre 1252, on la croyait à toute extrémité ; elle vécut encore cependant jusqu’au début d’août 1253. Innocent IV, alors de passage à Assise, l’honora d’une visite personnelle au cours de laquelle l’abbesse mourante lui recommanda ses filles et leur si précieuse pauvreté. Les derniers instants de Claire, comme tant d’autres circonstances de sa vie, au dire de la Légende, s’accompagnèrent de merveilles célestes ; elle mourut le lundi 11 août 1253.
Le 18 octobre de cette même année, la bulle Gloriosus Deus d’Innocent IV confiait à l’évêque Barthélemy de Spolète la mission d’instruire le procès de canonisation. Les témoins entendus, les actes furent rédigés du 24 au 29 novembre 1253 ; moins de deux ans plus tard, le pape Alexandre IV, l’ancien cardinal Rainaldo, proclamait la nouvelle sainte en l’église d’Agnani, le 15 août 1255. Bientôt s’éleva en son honneur l’église de Sainte-Claire à Assise, où sa vie fut retracée par des disciples de Giotto, tandis que Simone Martini la représentait dans une fresque célèbre de l’église Saint-François.

 

DOMINIQUE DE GUZMAN – 6 AOÛT

7 août, 2014

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DOMINIQUE DE GUZMAN – 6 AOÛT

Dominique de Guzman est né à Caleruega, non loin de Silos, en Castille, en 1170.
Étudiant à Palencia, il se passionne pour l’Écriture Sainte, non seulement étudiée et méditée, mais mise en œuvre comme lors de cet hiver de famine où il vendit ses livres, ne pouvant plus « étudier sur des peaux mortes quand des hommes meurent de faim. »
En 1199, il rejoint la communauté de chanoines réguliers de la cathédrale d’Osma où, pendant six ans, il s’initie à la vie spirituelle et à la vie commune, sous la règle de saint Augustin en méditant les Conférences de Cassien. C’est là qu’il acquiert une grâce particulière de prière pour les pécheurs et les affligés ; là aussi que s’éveille en lui la passion de la Lumière et de la Vérité, pour lui, pour tous les hommes.
En 1201, il est sous-prieur de ce chapitre et collaborateur du nouvel évêque Diego d’Azevedo. À ce titre, il l’accompagne dans une ambassade dont le roi de Castille, Alphonse IX l’a chargé : ramener la fille du roi du Danemark pour son fils.
Deux expéditions s’avèrent nécessaires (1203-1204 et 1205-1206) au cours desquelles les voyageurs se trouvent confrontés à l’hérésie albigeoise en Languedoc. À Toulouse, Dominique passe la nuit à dialoguer avec son hôte cathare qui, au petit matin, confesse la foi catholique. Dès lors, le projet d’instruire le peuple de la vraie foi se forme dans son esprit.
Pour venir en aide à ceux qui méconnaissent le Christ, Diego demande au pape Innocent III à être déchargé de l’évêché d’Osma. Devant l’échec des cisterciens mandatés contre les hérétiques, le pape accepte en décembre 1206. Diego et Dominique partent alors, accompagnés de quelques légats cisterciens, à la manière des apôtres « deux par deux, à pied, sans bourse ni besace ».

Saint Dominique en Languedoc :
Juin1206, Diego et Dominique arrivent à Carcassonne, puis à Montréal, Fanjeaux, passant près de l’antique sanctuaire de Notre-Dame de Prouilhe.
Au cœur de la Sainte Prédication de Prouilhe, il a rassemblé, à la fin de l’année 1206, quelques femmes, presque toutes issues du catharisme ou de la noblesse de Fanjeaux. Il leur a confié la mission de soutenir par leur prière sa prédication et celle de ses compagnons.
En mars 1207 a lieu à Montréal la plus célèbre des disputes théologiques avec les Cathares auxquelles Dominique participe, selon la méthode de l’époque. Le thème est divisé en questions que prépare chaque protagoniste. Les discussions et conclusions se tiennent en public pour convaincre publiquement et solennellement les cathares d’hérésie. Les débats durent quinze jours. Dans chaque camp, des arbitres transcrivent les points de vue et rendent sentence.
La dispute de Montréal constitue un tournant pour les prédicateurs. À partir de ce moment, les missionnaires catholiques changent de méthode : après avoir d’abord évangélisé dans l’itinérance, chaque prédicateur reçoit en partage un « diète » (portion de territoire à évangéliser) dont il a la charge. Dominique s’établit alors à Prouilhe.
À Fanjeaux, dont il devient curé en 1214, Dominique conserve un pied-à-terre. On peut encore y voir la « maison de saint Dominique » dans le « Borget sant Doumenge », l’église paroissiale (bien que rebâtie vers 1280), le couvent des frères avec la chapelle du miracle, sans oublier le promontoire du « Seignadou ».
Sur le chemin qui mène de Prouilhe à Fanjeaux, la « croix du Sicaire » commémore la force de la foi de Dominique, prêt à mourir pour le Christ.
Trois monuments entre Carcassonne et Montréal attestent le souvenir de ses passages : la stèle du miracle des épis, celle du prodige de l’orage et la fontaine où il venait se désaltérer.
Plusieurs détails historiques permettent d’imaginer Dominique prêchant de village en village. Il est en route dès le matin, accompagné d’un frère. Le bâton à la main, il garde toujours avec lui l’évangile de saint Matthieu et les épîtres de saint Paul. Il porte une tunique grossière et rapiécée, en laine non teinte et marche souvent pieds nus. Il mendie son pain en arrivant dans un village. Quand il se met à prêcher, « il trouvait, dit un témoin, des accents si bouleversants que très souvent il s’émouvait lui-même jusqu’aux larmes et faisait pleurer ses auditeurs ».

Les débuts de l’Ordre et la mort de saint Dominique.
Dominique restera pendant près de dix ans en Lauragais. Bien souvent il prêche seul. Diego est mort en 1207. L’année suivante débute la croisade contre les Albigeois et les cisterciens de la première heure sont repartis dans leurs abbayes. Dominique refuse de convaincre autrement que par la force de la Parole…
Ce n’est qu’en avril 1215 que deux compagnons décident de s’adjoindre à lui en se liant par la profession religieuse. La petite communauté naissante s’installe à Toulouse dans la maison de l’un d’entre eux : Pierre Seilhan, avec l’assentiment de l’évêque Foulques. En janvier 1217, la nouvelle fondation est approuvée par le pape Honorius III qui confirme le nom et la mission des Prêcheurs : Dominique et ses compagnons sont désormais « frères de l’Ordre des Prêcheurs ». Le 15 août de cette même année, Dominique réunit les frères à Prouilhe : dans un geste prophétique, il les envoie deux par deux à travers l’Europe. Passant outre les craintes du petit groupe encore peu affermi, il déclare avec assurance : « Je sais ce que je fais ! Le bon grain porte du fruit quand on le dissémine et pourrit s’il demeure en tas ». De Bologne à l’Espagne, de l’Espagne à Bologne, à pied, prêchant le jour, priant la nuit, encourageant les frères et les sœurs, Dominique épuise ses forces au service de l’Evangile et des communautés qui se multiplient.
En 1220, il rédige les Constitutions qui règleront désormais l’organisation de la vie des frères. Leur mode de vie sera celui des pauvres pour le Christ : « ne parlant que de Dieu ou avec Dieu », ils iront sur les routes, mendiant leur pain, annonçant la Bonne Nouvelle de l’Evangile.
Lui-même rêve de partir encore plus loin, jusque vers les Cumans, ces païens de l’est de l’Europe dont il avait découvert l’existence lors de ses voyages vers le Danemark. Ce rêve, ce sont ses frères qui le réaliseront…
A Rome, au début de l’année 1221, il fonde le monastère de Saint-Sixte pour lequel il fait venir huit moniales de Prouilhe. Après le Chapitre de 1221, au début de l’été, il tombe malade. Il meurt le 6 août, entouré de ses frères, au couvent de Bologne où on l’a transporté. Et c’est là, sous les pieds de ses frères, qu’il est enseveli, selon sa demande.
Le Cardinal Hugolin, futur pape Grégoire IX, célèbre lui-même la sépulture. C’est lui encore qui le canonisera en 1237.
« Dieu lui avait donné une grâce spéciale envers les pécheurs, les pauvres, les affligés : il en portait les malheurs dans le sanctuaire intime de sa compassion. Une de ses demandes fréquentes et singulières à Dieu était qu’il lui donnât une charité véritable et efficace pour le salut de tous les hommes. »
Libellus 12, 13, Jourdain de Sax

 

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