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LA FOI À LA VÉRITÉ DE L’ÉGLISE

16 mai, 2017

http://www.revue-kephas.org/03/2/editorial.html

LA FOI À LA VÉRITÉ DE L’ÉGLISE

Abbé Bruno Le Pivain

L’expression se trouve dans le catéchisme du concile de Trente, qui commente l’article du Credo : « Je crois la sainte Église catholique, la communion des saints. »

L’Église, mystère de foi
Deux « considérations » rappelaient aux pasteurs l’importance de la prédication sur ce neuvième article du Symbole. Les voici, dans le style de l’époque, qui ne s’embarrasse certes pas de circonlocutions :
« La première, c’est que, suivant la remarque de saint Augustin, les prophètes ont parlé plus clairement et plus longuement de l’Église que de Jésus-Christ, car ils prévoyaient qu’il y aurait beaucoup plus d’erreurs volontaires et involontaires sur ce point que sur le mystère de l’Incarnation. En effet, il ne devait point manquer d’impies pour prétendre, à l’imitation du singe qui veut faire croire qu’il est homme, pour prétendre avec autant d’orgueil que de méchanceté, qu’eux seuls sont catholiques, que l’Église catholique est parmi eux, et seulement parmi eux.
La seconde considération, c’est que celui qui aura gravé profondément dans son cœur la foi à la vérité de l’Église, n’aura pas de peine à éviter le terrible danger de l’hérésie. On n’est pas hérétique par le fait seul qu’on pèche contre la foi, mais parce qu’on méprise l’autorité de l’Église, et qu’on s’attache avec opiniâtreté à des opinions mauvaises. »
D’où l’on retient trois éléments essentiels :
1 – L’existence, la nature, les missions de l’Église, avant d’être une réalité accessible à la raison, relèvent essentiellement de la lumière de la foi, laquelle ne contraint pas la raison de l’extérieur (ou ce n’est plus la foi, ni la raison), mais la libère de l’intérieur.
2 – Parmi les articles de foi, le mystère de l’Église tient une place centrale, au point qu’il est médiateur non seulement dans l’ordre de la grâce, par les sacrements, mais dans celui de la connaissance des vérités de foi, en disposant droitement l’intelligence et la volonté.
3 – Ce mystère se situe dans la parfaite continuité de celui de l’Incarnation. Achopper sur l’Église, c’est buter sur le « scandale de l’Incarnation ». L’Église, c’est bien le Christ, « répandu et communiqué ».
On s’interroge un peu partout aujourd’hui dans l’Église sur l’attitude à adopter devant la situation inédite à laquelle l’ont conduite tant les bouleversements de la modernité que sa propre évolution. On suppute à l’envi, sur tous les tons et tous les modes, à propos des « restructurations », des « recompositions », des « réaménagements », des « réévaluations ».
Existe-t-il une crise de la foi dans nos pays d’ancienne chrétienté ? Ce serait naviguer dans les galaxies interplanétaires que d’en nier l’évidence, ou même d’en minimiser la profondeur. On voudrait ici exposer que cette crise se concentre en quelque sorte sur une crise de la foi à la vérité de l’Église, à la vérité sur la nature de l’Église. C’est une pratique malheureusement assez répandue, à l’heure où l’accidentel, le sensationnel, le dramatique font recette, de considérer « le contexte actuel » de l’Église comme déterminant au point de prendre plus d’importance que l’Église elle-même, de considérer la maladie, ou la « crise », plus que le corps lui-même, qui ici reste le Corps mystique. La crise, en effet, n’ayant d’existence que par défaut, c’est l’être lui-même, c’est la personne de l’Église, qu’il faut d’abord considérer. Cet état de fait permet de mieux prendre la mesure du caractère providentiel (de pro-videre, voir en avant) du dernier concile dans son insistance résolue à placer le mystère de l’Église au cœur de sa démarche et de sa réflexion.
Les trois regards
Comment regarder l’Église ? C’est la question que se pose le cardinal Journet dans les premières pages de sa Théologie de l’Église, dont voici les traits essentiels :
« L’Église est une réalité dans le monde. Elle s’offre à la rencontre de tous, mais tous ne la connaissent pas. On peut, en effet, porter sur elle trois regards différents. C’est le troisième seulement qui la révèle. »1 Ici, le grand théologien suisse, à l’instar du passage cité plus haut du catéchisme romain comme de la constitution dogmatique Lumen gentium (Lumière des nations, qui désigne le Christ, et en lui, l’Église), étaye son approche en faisant le lien immédiat avec les « trois façons possibles de regarder Jésus ».
Il distingue en premier lieu ceux qui « l’ont rencontré et n’ont su voir en lui qu’un homme parmi les autres », qui « l’ont croisé sur les chemins de Palestine sans le deviner », et qui, finalement, n’ont pas « dépassé l’écorce des choses »… « N’est-il pas ce Jésus, fils de Joseph dont nous connaissons le père et la mère ? » (Jn 6, 42) Viennent ensuite ceux qui « ont porté sur le Christ un regard plus pénétrant », qui « ont perçu dans son enseignement une sagesse surprenante » et « dans la sainteté de sa vie quelque chose d’unique », qui ont lu « dans les faits dont il était l’auteur, le signe d’une puissance qui n’est pas celle de l’homme. » « Ils ont vu le miracle de Jésus. Mais ils n’ont pas songé au mystère de Jésus. »… « Pour les uns, il est Jean-Baptiste, pour d’autres Elie, pour d’autres encore Jérémie ou l’un des prophètes. » (Mt 16, 13–14) Certains, enfin, « purent lever sur Jésus le regard de la foi surnaturelle. Ils ont cru au mystère du Verbe fait chair. Par surcroît s’est expliqué à leurs yeux le miracle de sa vie. » C’est l’apôtre Pierre, « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! », et c’est Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Ainsi de l’Église. Il y a d’abord « le regard de l’observateur superficiel, du statisticien, de l’historien des religions quand il se borne à faire œuvre descriptive », qui peut, de l’extérieur, « décrire son type de gouvernement, ses structures, son enseignement et ses usages cultuels, son sacrifice, ses sacrements et ses prières liturgiques ou paraliturgiques. » Apparaissent ensuite ceux qui savent « reconnaître la qualité des valeurs qui signalent l’Église catholique », et voient « dans sa constance, dans son unité et son universalité, dans ses effets de sainteté, un ensemble de caractères extraordinaires, en quelque sorte miraculeux. » Et Journet de citer Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, comme on pourrait le faire de Chateaubriand avec Le génie du christianisme ou bien d’autres. Et puis : « Il y a enfin un troisième regard sur l’Église. Le regard de la foi. L’Église apparaît alors dans son mystère, dans sa réalité profonde, comme le Corps du Christ, habité par l’Esprit-Saint, qui la dirige et demeure en elle comme son Hôte. L’église mystère de foi, voilà ce que l’assemblée des chrétiens proclame chaque dimanche solennellement : Credo unam sanctam catholicam et apostolicam Ecclesiam. A la lumière de la foi s’explique par surcroît le caractère miraculeux extérieurement constatable de cette société religieuse et s’éclaire le paradoxe vivant qu’elle ne cesse d’être pour l’étonnement du monde. »
Faut-il donc, comme parfois le bon éducateur, « pour bien voir, savoir fermer les yeux » ? Faut-il ignorer les statistiques, mépriser le langage de la réalité, cesser de réfléchir, s’abandonner mollement à la tentation récurrente du fidéisme ? C’est inutile. Simplement prendre toute la réalité, à chacun de ses degrés, telle qu’elle est, non telle qu’on la voudrait. « De quoi s’agit-il ? », avait coutume de lancer Foch à ses officiers d’état-major devant la carte déployée.
De trois écueils
Quittons un instant Journet pour voir, a contrario, les écueils qui guettent l’observateur chez le chrétien. On en relèvera trois principaux, en contrepoint de sa triple distinction. La particularité du regard de foi est de pouvoir tout intégrer, y compris les réalités très concrètes, en fournissant à la raison, qui possède le sien propre, un principe de réflexion supérieur, qu’on appelle d’ordinaire le sensus fidei, lequel est mesuré par le sensus Ecclesiae. En effet, le caractère personnel de la foi, l’adhésion à Dieu dans le Christ Jésus, ne va pas sans un deuxième aspect, tout aussi essentiel, ainsi présenté par le Cardinal Ratzinger : « Il n’y a pas de foi sans Église. Henri de Lubac a montré que le ‘Je’ de la confession de foi chrétienne n’est pas le ‘Je’ isolé de l’individu, mais le ‘Je’ collectif de l’Église. Quand je dis ‘Je crois’, cela veut dire que je dépasse les frontières de ma subjectivité pour m’intégrer au ‘Je’ de l’Église, en même temps que je m’intègre à son savoir dépassant les limites du temps. »2 La foi ne va ni sans la Tradition portée et continuée par le magistère vivant, ni sans la communion qui en est le fruit et la garantie d’authenticité.
La nature a horreur du vide : lorsque faiblit le sensus Ecclesiae, un autre principe viendra fortifier la volonté, sinon éclairer la raison. Par commodité, on parlera d’une vision sociologique, d’une vision politicienne (non politique), d’une vision spiritualiste.
Sociologique. Ici, les chiffres sont rois. Comme il faut les faire parler selon un point de vue d’ordinaire prédéterminé, il faut aussi les choisir. Le principe d’autorité reste le magistère médiatique. Les discours du pape sont triés suivant la dialectique droite-gauche, ignorés si l’on éprouve quelque difficulté à les cataloguer. Les « tendances » ou les « courants » sont considérés comme des blocs en opposition dans lesquels il faut à force faire entrer tout événement ou toute prise de position.
Politicienne. La science politique, fort utile dans son ordre propre, peut jouer de mauvais tours quand elle s’aventure en des continents qui lui sont des terra incognita. La tentation est grande de développer toute une argumentation savamment peaufinée sur les tenants et les aboutissants de la crise de l’Église ou au contraire de son embellie significative (vue de ci ou de là, en arrière ou en avant), de gloser sur les perspectives à venir (plutôt que de prêter ses bras aux semailles et à la moisson), de choisir, non plus dans les chiffres (l’approche est plus instruite), mais dans l’histoire, lue « partiellement », l’évidence rassurante de l’acuité singulière de son propre jugement. Le magistère ici, c’est la liberté de conscience au sens des Lumières, qu’aucune autorité, et spécialement pas l’autorité légitime, ne doit contraindre, pour que puissent en profiter ceux qui pensent déjà « bien ». Le cadre, ce ne sont plus les grands media, mais plutôt les groupes de pensée, les « tendances » particulières où fleurissent les maîtres à penser (n’est pas Socrate qui veut) jaloux de leur influence intellectuelle sur des groupes particuliers.
Spiritualiste. Sa devise est maritime : « Pas de vagues ! » Alors que la vision politicienne, intellectualiste, en tient plutôt pour le « Tout va mal, je sais pourquoi et vous l’explique de nouveau », celle-ci préfère le « Tout va bien, je sais pourquoi et ne vous en dis rien ». Ceux-là n’ont en général pas de responsabilités, ou pas celles que devraient leur promettre leurs capacités, ceux-ci portent le faix d’une charge sereinement acceptée qui les oblige au devoir de réserve et leur commande de rassurer les foules. Ce n’est plus tant le jugement propre que l’amour-propre, voire le respect humain, qui paralyse la liberté dans la réflexion.
L’Église, la foi et les vocations
Ce numéro de Kephas vous propose un dossier sur l’Église, la situation de la foi en général, la question des vocations en particulier. Sur ce point, qui niera le caractère d’urgence de la situation, détaillée dans le « cri d’alarme » opportunément lancé par le Fr. T.-D. Humbrecht dans l’hebdomadaire Famille chrétienne,3 qui commence sur ce simple constat : « Cette année en France, le nombre de vocations a baissé de moitié. »
L’esprit de ce dossier tient en trois mots : voir (en détaillant les données, les faits, les statistiques), comprendre (en les analysant, en ayant recours à l’enseignement de l’histoire, en confrontant les points de vue), croire (en laissant en tout la primauté au regard de foi).
Il n’est nul besoin de services de renseignements pour constater, ainsi que le soulignait le Saint-Père en octobre 2000, qu’« aujourd’hui plus que jamais, l’humanité est à la croisée des chemins. » L’Église, en particulier, se trouve dans une situation inédite, très variable suivant les continents, qui laisse présager des bouleversements non négligeables, ou tout au moins une forte évolution, notamment dans les pays au tissu autrefois chrétien. Nous n’avons pas l’ambition ici de jouer les pythies.
Par exemple, qui seront les prêtres de demain dans les diocèses de France ? Viendront-ils de Pologne, d’Afrique ou d’Amérique du sud ? Faut-il « miser » sur le prêtre diocésain et se méfier des communautés nouvelles (qu’elles soient de style plus ancien ou plus charismatique) comme d’une menace pour l’unité ? Faut-il au contraire faire du tissu diocésain table rase et inventer la mission en voyant dans ces communautés l’Arche du salut ? Faut-il encore retrouver les Ordres plus anciens ? Allons-y pour un oracle : dans quelques années, la question ne se posera plus.
Certes, les diocèses, en contrepartie de leur grande stabilité, doivent faire face à l’immobilisme des structures, plus pesant quand les hommes se font plus rares pour les supporter. Certes aussi, les communautés nouvelles de toutes tendances, comme corollaire de leur rapide expansion, connaissent très habituellement des difficultés notables de croissance. Certes enfin, les différences culturelles sont parfois notables, au point de susciter de part et d’autre appréhensions et méfiances dans un « corps de métier » d’ordinaire très conservateur (quel que soit ce qu’on y conserve) et peu aventurier. Ici et là, malgré tout, le nombre n’est pas pléthorique et les chiffres sont têtus.
La communion, vérité de l’Église
Alors ? C’est l’Église, c’est la foi à la vérité de l’Église qui, par-delà toutes les supputations essayées, les éventuelles suspicions ou les blessures, reste toujours d’actualité, d’une brûlante actualité, parce qu’elle est évangélique, parce qu’elle a fait ses preuves et qu’elle demeure en ce domaine la seule vérité que n’atteindra jamais l’injure du temps. Cette vérité, nous la prolongeons dans notre Credo par un mot qui en dit toute la substance : communion. Je crois la sainte Église catholique, la communion des saints. Laquelle communion est essentiellement eucharistique, sacramentelle pour se prolonger en communion de charité : « Il est encore une autre espèce de communion à considérer dans l’Église. La charité en est le principe. […] Pour marquer cette communion de biens dans l’Église, nos saints Livres emploient souvent la comparaison si juste des membres du corps humain. »4
« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21)
En commentant ces mots de la prière sacerdotale du Christ, le pape Jean-Paul II écrivait dans l’exhortation apostolique Christifideles laici : « Cette communion est le mystère même de l’Église, comme le rappelle le Concile Vatican II, par le mot bien connu de saint Cyprien : “L’Église universelle apparaît comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint.”5 »6
Quelques lignes plus loin, cette affirmation sans équivoque : « L’ecclésiologie de communion est l’idée centrale et fondamentale des documents du Concile. » C’est la substance même du mystère de l’Église, tel que l’a mis en lumière le concile Vatican II.

*

En lançant voici deux ans cette revue, nous l’avions placée sous le patronage de sainte Catherine de Sienne. Voici quelques semaines, lors d’un pèlerinage inopiné et bienvenu dans la Ville éternelle, avec les époux Gardeil, voici que nous avons pu présenter Kephas au Saint-Père, l’espace d’un instant. C’était le jour de la sainte Catherine de Sienne. Nous permettez-vous simplement de vous faire part de ce clin d’œil de la Providence pour partager notre action de grâces ?
La croisée des chemins… Nous y sommes depuis que le Christ a étendu les bras sur le bois de la Croix. C’est aussi la Croix qui structure l’Église, depuis qu’elle est née du côté ouvert du Rédempteur. Que conclure ? « Unissons-nous à cette prière de feu de sainte Catherine de Sienne qui invite ceux qui aiment l’Église à former un contrefort de prière autour de ses murs. O très doux amour, écrit-elle, tu as vu en toi la nécessité de la sainte Église, et le remède dont elle a besoin, et tu le lui as donné : c’est-à-dire la prière de tes serviteurs, dont tu veux faire un mur, sur lequel appuyer les murs de la sainte Église et auxquels la clémence de ton Esprit Saint infuse des désirs de feu pour sa réforme. »7

Ch. Journet, Théologie de l’Église, DDB 1958, p. 11. Les citations suivantes sont à suivre aux pages 11–13.
J. Ratzinger, Transmission de la foi et sources de la foi, Conférence du 16 janvier 1983 à Paris.
« Famille chrétienne » no 1319 à 1322, 26 avril au 23 mai 2003.
Catéchisme du concile de Trente.
Vatican II, Constitution dogmatique Lumen gentium, n. 4.
Jean-Paul II, Exhortation apostolique Christifideles laici, 30 décembre 1988, n. 18.
Raniero Cantalamessa, Carême 2003 à Rome.

L’ÂME ET LE CORPS DANS LEUR ÉTROITE UNION SONT EN RAPPORT À DIEU – TERTULLIEN

2 mai, 2017

http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20000908_tertulliano_fr.html

L’ÂME ET LE CORPS DANS LEUR ÉTROITE UNION SONT EN RAPPORT À DIEU – TERTULLIEN

La Résurrection de la chair, 8 – 9.

« La chair est l’axe du salut: lorsque l’âme est choisie par Dieu en vue de ce salut, c’est la chair qui fait que l’âme peut être ainsi choisie par Dieu. Mais la chair aussi est lavée pour que l’âme soit purifiée, la chair reçoit l’onction pour que l’âme soit consacrée, la chair est marquée d’un signe pour que l’âme soit protégée ; la chair est couverte de l’ombre de l’imposition des mains pour que l’âme soit illuminée par l’esprit, la chair se nourrit du corps et du sang du Christ pour que l’âme se repaisse de la force de Dieu. On ne peut donc séparer dans le salaire ce que le travail réunit. Car même les sacrifices agréables à Dieu, je veux dire les luttes de la chair et de l’âme, les jeûnes, les repas différés et frugaux, et les haillons qui sont l’accompagnement de tels exercices, c’est la chair qui les offre à son propre préjudice. La virginité également, le veuvage, la continence cachée dans le secret du mariage et une expérience conjugale unique sont des offrandes à Dieu prises sur les biens de la chair.
Et maintenant, que penses-tu d’elle, lorsque, traînée en public et offerte à la haine de tous, elle lutte au nom de la foi, quand, dans les prisons, son existence est tourmentée par la ténébreuse privation de la lumière, l’exil loin du monde, la crasse, les mauvaises odeurs, une nourriture corrompue, sans même la liberté de dormir, liée qu’elle est à son lit, blessée même par sa couche, et quand la voici maintenant en pleine lumière, déchirée par les instruments de torture, et finalement détruite par les supplices, qui s’efforce de payer le Christ de retour en mourant pour lui, et, en vérité, sur la même croix souvent, voire sous les coups d’inventions plus cruelles encore? Très heureuse, et très glorieuse vraiment, cette chair qui peut se présenter devant le Christ, notre Seigneur, avec une dette qui consiste à ne plus lui devoir autre chose que d’avoir cessé d’être en dette avec lui, se trouvant ainsi d’autant plus liée que libérée!
Donc, pour reprendre la question dans son ensemble, cette chair que Dieu a, de ses mains, fabriquée à l’image de Dieu, qu’il a animée de son souffle à la ressemblance de sa propre vitalité, qu’il a mise à la tête de toute sa création pour qu’elle habite avec elle, en recueille les fruits, ait sur elle tout pouvoir, qu’il a revêtue de ses mystères et de ses enseignements, dont il aime la pureté, dont il agrée les mortifications, dont les souf­frances ont du prix à ses yeux, cette chair ne ressuscitera-t-elle pas, elle qui à tant de titres appartient à Dieu ? II est exclu, absolument exclu, que l’ouvrage de ses mains, l’objet de sa sollicitude, le réceptacle de son souffle, la reine de sa création, l’héritière de sa libéralité, le prêtre de son culte, le soldat qui combat pour la défense de sa parole, la sœur du Christ, Dieu l’abandonne à la mort éternelle! Nous savons que Dieu est bon (Matt.19, 17 : Luc18, 19) ; son Christ nous enseigne en outre qu’il est le seul très bon. Celui qui prescrit l’amour, à son égard d’abord, puis à l’égard du prochain, fait aussi ce qu’il enseigne (Matt. 22, 37) : il aime la chair, qui lui est si proche de tant de façons ; il est vrai qu’elle est faible : mais « c’est dans la faiblesse que la force trouve son accomplissement » (II Cor. 12, 9), infirme, « mais seuls les malades ont besoin de médecin » (Luc 5, 31), basse, mais « ce sont ceux qui sont abaissés qu’il faut revêtir des plus grands honneurs » (1 Cor. 12, 23), perdue, mais « Je suis venu, dit-il, pour sauver ce qui était perdu » (Luc 19, 10), pécheresse, mais : « Je préfère, dit-il, le salut du pécheur à sa mort » (Ez. 18, 23), condamnée, mais : « Je le frapperai et je le guérirai » (Deut.32, 39). Pourquoi réprouves-tu dans la chair ce qui est attente de Dieu, ce qui est espérance de Dieu? Car Dieu honore en apportant secours.

J’oserais dire:si ces malheurs n’étaient pas arrivés à la chair, la bonté, la grâce, la miséricorde, toute la puissance bienfaisante de Dieu eussent été sans objet. »

Prière:
Seigneur Dieu, ton Divin Fils s’est incarné dans le sein très pur de la Vierge Marie et a voulu prendre sur Lui toute la faiblesse de la condition humaine excepté le péché. Accorde-nous la grâce de suivre son exemple pour, qu’à travers sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, nous puissions ressusciter à la vie éternelle. Nous te le demandons par Jésus-Christ, ton Fils, qui vit et règne avec Toi dans l’unité du Saint Esprit et est Dieu pour les siècles des siècles. Amen

Par l’Athénée Pontifical « Regina Apostolorum »

LA FOI COMME RÉPONSE À UN APPEL

22 février, 2017

http://www.interbible.org/interBible/source/rencontres/2013/ren_130120.html

LA FOI COMME RÉPONSE À UN APPEL

Le cycle des origines ou des récits fondateurs étant clos (Genèse 1-11), commence alors la grande fresque de l’histoire du salut. Dieu entre dans l’histoire et s’adresse à Abraham : Yahvé dit à Abram : Va et quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père, vers le pays que je te ferai voir, de sorte que je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je rendrai grand ton nom pour être une bénédiction, je bénirai ceux qui te béniront et réprouverai qui te maudira de sorte que se béniront par toi tous les clans de la terre. Abram s’en alla comme le lui avait dit Yahvé et Lot s’en alla avec lui (Gn 12, 1-4a).
La tradition interprétera cette intervention divine dans la vie d’Abraham comme un récit de vocation. Mais si on le compare à d’autres récits de vocation (Moïse, Jérémie), on n’y trouve pas d’énoncé de mission ni d’objection de la part de l’appelé. Abraham sera une bénédiction (ce qui peut être associé à une mission), mais celle-ci contient en elle-même son efficacité à la mesure de l’accueil qu’on réservera à Abraham.
Abraham est placé devant la promesse d’un pays et d’une descendance. C’est en fait le rêve de tout semi-nomade : s’établir dans l’espace et établir la pérennité de son nom. Son obéissance ne s’exprime pas en parole mais par une mise en route. L’auteur de la Lettre aux Hébreux saisit bien la nature du rapport d’Abraham avec Dieu : Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait (He 11,8). Abraham est appelé à la foi : telle est sa vocation. On peut en énumérer quatre caractéristiques.
Abraham est appelé comme individu, mais il est mis en relation avec une multitude d’autres personnes: avec son peuple, mais aussi avec le monde en­tier. Toutes les familles de la terre seront bénies en lui. Dans chaque vocation, il y donc un rapport entre le personnel et l’universel. Abraham est appelé pour tous et non en parallèle avec d’autres appelés. Les autres, par contre, seront ap­pelés par Dieu en solidarité avec Abraham, le premier appelé.
La vocation d’Abraham a un caractère générique, du fait qu’elle est une vocation de départ. C’est un début, et comme pour tout début, on ne peut sa­voir d’avance le parcours qui conduira à la réalisation du projet, ni quelle forme il prendra. Il est demandé à Abraham d’avoir confiance et de prendre la route, de cheminer dans la foi sans trop savoir où sa foi le conduira. Il marche sur la seule base de sa confiance en Dieu. Il ne lui est pas demandé de rassembler un peuple, comme Yahvé le demandera à Moïse. Il lui est juste dit qu’un peuple naîtra de sa foi. Abraham ne verra pas cependant le fruit de sa foi.
L’expérience de l’appel d’Abraham est une invitation. Il était libre de partir. S’il n’était pas parti, Abraham aurait probablement poursuivi son petit train-train quotidien. Du point de vue de l’histoire du salut, il n’y aurait pas eu la création d’un peuple croyant, car la situation préalable du monde, décrite par l’auteur yahviste, est plutôt lamentable. Le fossé n’avait cessé de s’élargir entre les hommes et Dieu. Dieu ne menace Abraham d’aucun châtiment, s’il ne part pas. Il lui montre un avenir, mais Abraham est libre de le saisir. Plus tard, avec la conclusion de l’alliance avec Moïse, le caractère obligatoire de l’alliance sera plus apparent, car il y aura un enjeu important: accepter l’alliance, c’est vivre; la refuser, c’est mourir. Il faut choisir et en accepter les conséquences. L’appel que Dieu lance à Abraham, « tend à le rendre responsable au sujet de son avenir et de celui de son peuple », comme l’écrit le cardinal Martini (Bible et vocation, Médiaspaul, p. 41). Abraham est lié au destin d’autres personnes.
L’appel d’Abraham provoque une rupture avec le passé. L’idée d’un re­tour en arrière est exclue de l’expérience d’Abraham. Cette vocation de départ est un aller simple; c’est une marche vers l’avenir avec un détachement de la précédente manière de vivre. Les pérégrinations d’Abraham le conduiront toujours de l’avant. Il ne retournera jamais en Mésopotamie quand la famine se fera sentir en Canaan. Au niveau de son pèlerinage de foi, Abraham ne répétera jamais le passé; sa route est toujours neuve.

Yves Guillemette, ptre

LA COMPRÉHENSION ET LA FOI

7 février, 2017

http://www.lelivredevie.com/les-regles-de-l-existence/la-comprehension-et-la-foi.php

LA COMPRÉHENSION ET LA FOI

(1) Au-dessus de tout, l’homme doit veiller sur l’ensemble des êtres que Dieu a placés sous ses pieds.

Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, dit David,
La Lune et les étoiles que tu as créées :
Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ?
Et le Fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui ?
Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu,
Et tu l’as couronné de gloire et de magnificence.
Tu lui as donné la domination sur les oeuvres de tes mains,
Tu as tout mis sous ses pieds,
Les brebis comme les boeufs,
Et les animaux des champs,
Les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
Tout ce qui parcourt le sentier des mers.
Éternel, notre Seigneur !
Que ton nom est magnifique sur toute la Terre !

Tirée des psaumes, cette citation exprime la grandeur humaine. Toutefois, vous seuls, les élus, en mesurez les profondeurs. En effet, attribuant le sens de la vie au hasard qui aurait fait évoluer la bête en homme, et croyant que le Seigneur Dieu qui crée toutes choses est une légende, les athées ne peuvent nullement avancer dans la connaissance. Comment alors pourraient-ils savoir que les hommes sont de peu inférieurs aux anges ? Au rang des insensés ils sont, à leur rang ils resteront.

Sur les aptitudes des élus
(2) Vous convenez maintenant qu’il faut peu de réflexions sur l’activité de la matière pour comprendre la formation des satellites, des planètes, du Soleil et de toutes les étoiles. Il est pour cela incontestable que l’homme saint d’esprit peut appréhender le cycle perpétuel de la matière et faire envoler le mystère de l’éternité, comme nous l’avons fait. Après quoi, il sait que l’âme est le fruit du vécu, destinée à des renaissances. Il perçoit l’existence de l’âme comme il perçoit l’existence du Soleil, c’est-à-dire à partir de tout ce qui amène à elle. Ce qui met alors un terme à la mort. Ainsi, devant lui, ne reste que la vie éternelle, qu’il acquiert aisément en s’élevant jusqu’au Créateur.
(3) Veillez alors à ne point vous mésestimer, vous qui faites cette ascension, parce que vous êtes comme moi : ce que je vois, vous le verrez ; ce que je fais, vous le ferez ; et là où je suis, vous y viendrez. Interrogez celui qui escalade une montagne jusqu’à son sommet. Il vous dira que d’en haut et dans la pureté des cimes, il voit toutes choses fort loin. Il en est de même pour celui qui s’élève jusqu’au sommet de la montagne de l’Éternel, depuis lequel il voit d’en haut ce qui ne peut être vu d’en bas. Et c’est là où vous me rejoindrez avant d’aller dans le royaume, car le rachat de votre âme dépend de cette élévation, que chacun de vous, les circoncis, peut effectuer avec facilité.

Sur l’identité des enfants de Dieu
(4) Vous devez aussi savoir que la foi n’est pas suffisante pour ouvrir les yeux et ressusciter, parce que seule la compréhension de la science de Dieu réalise ce prodige. Et c’est après avoir ressuscité que vous irez dans le royaume où vous ne pourrez plus mourir. Si donc vous mourez conformément à ma mort et ressuscitez conformément à ma résurrection, la mort ne pourra plus vous atteindre. Cela aussi l’Écriture en témoigne.
(5) Mais si vous ne parvenez pas à vous convaincre que je suis le premier-né d’entre vous, comment pourrez-vous savoir qui vous êtes sur Terre ? Vous ignorerez alors pourquoi le royaume annoncé arrive aujourd’hui. Et c’est aussi en raison de cela que Jean dit, dans son épître :
Et maintenant, petits enfants (c’est vous), demeurez en lui, afin que, lorsqu’il paraîtra, nous ayons de l’assurance, et qu’à son avènement nous ne soyons pas confus et éloignés de lui.
Puis il ajoute par ailleurs :
Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est.

(6) Indépendamment du fait qu’il annonce, là aussi, la venue du Fils, Jean parlerait-il de la sorte s’il avait assisté à l’avènement de Jésus autrement que par l’esprit ? Cet avènement, dont le but est d’emmener les circoncis de coeur sous de nouveaux cieux, ne peut se produire que le jour où l’homme peut saisir sa propre nature. Ceux qui s’éclairent ce jour-là comprennent en effet qu’ils sont semblables au Fils, parce qu’ils voient qu’il est lui-même semblable à tous les hommes et le plus moyen d’entre eux. Faites donc de lui votre bannière et votre salut, parce qu’il est le maître de justice que le monde devait recevoir pour le jour où la Terre serait visitée. Et vous êtes arrivés dans ce jour-là.

(7) Dès le départ, je vous ai fait comprendre que la venue de cet homme (du Schilo) se produit le moment venu dans chaque monde du ciel, sans quoi ce monde périrait. Et, bien qu’il soit placé à la tête du monde par les prophètes, ce fils, que le Très-Haut a oint, est un homme accessible par quiconque.
(8) Si je reparle de vous tous les élus et du Fils, c’est afin que la gloire de Dieu éclate sur la Terre entière ; car sa gloire est la manifestation de son peuple, et la pâque assurément ! J’ai longuement expliqué que la pâque consiste à manger l’agneau et à effectuer le passage du monde de ténèbres dans le monde de lumière qui commence. Voilà pourquoi vous devez manger le pain du ciel que le Fils représente en lui-même (comme si vous mangiez sa chair) et boire ses paroles (comme si vous buviez son sang), car tout est vrai dans sa bouche.
(9) C’est pourquoi, ce n’est nullement pour l’un de ceux qui règnent, ni pour quiconque d’autre, qu’il est écrit dans le quarante-cinquième psaume :

Ton trône, ô Dieu, est à toujours ;
Le sceptre de ton règne est un sceptre d’équité.
Tu aimes la justice, et tu hais la méchanceté :
C’est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t’a oint
D’une huile de joie, par privilège sur tes collègues.

Effectivement, celui que le prophète appelle Dieu, comme Dieu, aime la justice et hait la méchanceté. Et ceux qu’il vient combattre avec son épée à double tranchant en mesureront les effets. Peut-être sauront-ils alors pourquoi Josué (le chef des hébreux) se prosterne en personne devant cet homme qui se tient soudainement debout devant lui, son épée nue dans la main, et auquel il demande :

Es-tu des nôtres ou de nos ennemis ? Il répondit : Non, mais je suis le chef
de l’armée de l’Éternel, j’arrive maintenant. Et Josué tomba le visage
contre terre et se prosterna à nouveau.
Certes, je ne vous demande point d’agir de même, vous qui êtes semblables au Fils, car vous connaissez encore mieux que Josué celui qui vient combattre le monde avec son épée. Comprenez seulement le sens de ce qui est montré ici par l’Écriture.

Sur l’homme et la femme
(10) Toutefois, pour que votre résurrection soit accomplie et que le nouveau monde devienne réalité, vous devez également avoir une compréhension parfaite des caractéristiques de l’homme et de la femme que Dieu se choisit. Tout d’abord, pour définir leur nature et leur caractère, revenons momentanément en arrière, pour nous apercevoir qu’ils sont comparables à l’image du courant créatif, composé d’un côté par l’apport et de l’autre par la dépense. En cela, on peut comparer Adam au Soleil qui apporte, et Eve à la planète qui dépense. On reconnaît ainsi les éléments distinctifs propres à chacun d’eux, ainsi que le tout qu’ils forment ensemble et qui leur permet de procréer.
(11) Il a été longuement expliqué que sans dépense il ne peut y avoir d’apport et que sans apport il ne peut y avoir de dépense, et que tous deux sont le principe d’existence des astres et des êtres. Par conséquent, il n’y a aucune supériorité ou infériorité de l’une de ces deux parties de sens contraires et similaires. Il ne faut donc pas voir la femme inférieure à l’homme ou l’homme inférieur à la femme, d’autant que de telles pensées ne peuvent être que la manifestation d’une grande déficience du raisonnement.
(12) Certes, l’homme est supérieur à la femme pour porter des sacs de grains, et la femme est supérieure à l’homme pour faire des ouvrages délicats, car leur rôle dans la vie est complémentaire. Le fameux principe d’existence avec lequel nous avons démontré l’univers, indique à qui veut le voir que, dans leur couple, l’homme est esprit et la femme est vie. C’est d’ailleurs parce qu’il en est bien ainsi que, partout où il n’y a point de femmes, tout semble mort. Mais parce qu’elle est vie, il est naturel qu’elle soit davantage attachée aux choses matérielles dont elle a immédiatement besoin pour sa famille, qu’à l’étude des choses spirituelles qui incombe davantage à l’homme auquel elle se confie. Ainsi, la femme se préoccupe plus des choses immédiates que des choses à venir qui concernent davantage son époux. Ce qui, parfois, peut les entraîner dans quelques petits malentendus…
(13) Remarquez avec attention que l’homme produit ce dont sa famille a besoin (comme le fait le Soleil), et que la femme reçoit ce qu’il lui donne et qu’elle prépare pour tous les siens (comme le fait la terre). On voit ainsi que la femme est le pivot de la famille. C’est pourquoi l’homme produit et apporte, tandis que la femme reçoit et dépense, même pour enfanter. Telle est leur condition. Et tout est bien ainsi, car il s’agit de l’ordre originel dans lequel, à la manière des astres, chacun trouve sa place, son rôle, sa joie.

Sur le polissage des mœurs
(14) Étant Adam que Dieu appelle sur le soir, je connais Eve. C’est pourquoi je dis que la femme n’est vraiment heureuse que lorsqu’elle se trouve sous les regards de l’homme dont elle est éprise et sous l’aile protectrice duquel elle se range pour fonder une famille. Il s’agit là d’un besoin essentiel de la femme, qui découle de l’ordre même du principe d’existence.
(15) Mais, dans ce monde de confusion, j’ai constaté que beaucoup d’hommes employaient parfois des méthodes singulières pour exercer quelque autorité sur leur épouse. Je vis, selon les peuples, les uns enfermer leur femme et leurs filles de peur qu’elles ne s’éloignent, d’autres les couvrir d’un sac de la tête aux pieds pour qu’on ne puisse voir leurs formes et leur visage ; et un très grand nombre, en tous pays, avoir moins de considération pour la femme qu’ils n’en avaient pour le bétail. Je vis cela dans ce monde qui s’achève, et que les femmes se désespéraient de ne point voir leur seigneur dans leur mari.
(16) Si les filles n’étaient pas conduites sur les sentiers de la corruption, mais dans les voies de Dieu, nul n’aurait besoin d’avoir recours à de telles pratiques, car la femme qui craint Dieu est toujours exemplaire dans sa conduite. Vous donc les fils de Sion, vous devez beaucoup changer pour que vos épouses trouvent en vous celui auprès duquel il fait bon vivre. Car vous les entraîniez bien souvent dans ce qui leur occasionnait souffrance et amertume. En obéissant à vos pasteurs de néant et à tous ceux qui gouvernent, vous faisiez mourir leurs enfants sous leurs yeux ; et vous les emmeniez dans les brumes jusqu’à ce qu’elles se retrouvent seules, désespérées et sans devenir. Tout cela augmentait la douleur de leur grossesse, parce qu’elles éprouvaient beaucoup d’angoisse d’enfanter dans un monde de ténèbres, voué à disparaître. Et c’est bien ce que Dieu prédit à Eve au matin du monde, lorsqu’il lui dit qu’il augmenterait les douleurs de ses grossesses pour s’être laissée séduire par les paroles enchanteresses du serpent ; et pour avoir, après cela, entraîné son mari à faire ce qu’il ne faut pas.
(17) C’est pourquoi, vous les femmes insouciantes, si vous aviez écouté Dieu et non ceux qui s’emparent de vos enfants dès leur naissance, aujourd’hui vous n’enfanteriez pas dans la douleur, mais dans la joie. Et pour être constamment à la recherche de ceux qui perdent le monde, vous êtes grandement coupables de ce qui arrive. Cela, parce que vous n’avez d’yeux que pour les riches et ceux qui sont élevés, alors qu’ils sont les pires hommes que la Terre ait enfantés. C’est pourquoi, bien que je vous pardonne vos péchés, sachez que vous n’êtes point étrangères aux malheurs qui s’abattent sur le monde. Ne pouviez-vous lire les psaumes, Ésaïe, les proverbes, et la loi, disant : tu ne mentiras point ? Tu ne convoiteras point ce qui appartient à autrui ? Tu ne commettras point d’adultère ? Apparemment, ce n’est point ce que vous pratiquiez lorsque vous convoitiez les maris de vos semblables, malgré la souffrance que cela occasionnait sur vos soeurs, en faisant de leurs petits enfants des victimes innocentes.
(18) On ne bâtit pas sa demeure sur le malheur d’autrui, femmes, car quiconque fait cela est maudit de Dieu. Je ne vous accable pas. Je montre pourquoi beaucoup d’entre vous sont devenues insensibles aux maux d’autrui, vénales, effrontées, impudiques, orgueilleuses, hautaines, jalouses, médisantes, et desquelles il faut se méfier ! Cupides et insatiables, ces femmes-là ne pensent désormais qu’à l’argent, au paraître, à la séduction et aux plaisirs de la chair. Et bien que je parle ainsi, je ne salis pas vos visages ; je les lave au contraire, parce qu’ils en ont besoin au soir du monde. Si le Fils ne le fait pas, qui le fera ? Et s’il ne le faisait, qu’adviendrait-il de vous ?
(19) La récolte de ce monde n’aura pas lieu, femmes, il n’a aucun fruit à vous donner. Et Ésaïe vous le dit haut et fort :

Femmes insouciantes,
Levez-vous, écoutez ma voix !
Filles indolentes,
Prêtez l’oreille à ma parole !
Dans un an et quelques jours,
Vous tremblerez, indolentes ;
Car c’en est fait de la vendange,
La récolte n’arrivera pas.
Soyez dans l’effroi, insouciantes !
Tremblez, indolentes !
Déshabillez-vous, mettez-vous à nu
Et ceignez vos reins !

(20) Ésaïe est en colère contre vous, et il n’a pas tort. Mais pourquoi dit-il que vous tremblerez dans un an et quelques jours et que c’en est fait de la vendange ? Parce que cette parole, qui fut écrite hier pour être entendue aujourd’hui, indique que vous tremblerez dans les jours qui suivent l’avènement du Fils de l’homme. L’année qui suit ma venue dans le monde, est une année de grâce de la part du Seigneur, une année de calme pour que l’homme lève les yeux de ses travaux et me regarde. C’est après qu’il tremble ; et c’est pour la même raison qu’il est écrit que la Terre tremble lorsque le Fils est crucifié. Et vous les femmes, vous n’y êtes pas étrangères. Je vous pardonne volontiers cependant, parce que vous n’aviez pas conscience de ce que vous faisiez dans ces temps de l’ignorance où personne ne discernait rien. Aussi, ne craignez pas, les prophètes vous gourmandent pour vous faire lever et vous sauver. Ceignez donc vos reins comme Ésaïe vous le demande, et ne persistez pas dans les voies des fils de la perdition. Pensez à la circoncision du coeur de l’homme pour ne plus vous tromper dans vos choix, car tout ce qui n’est pas du domaine du coeur est accessoire.
(21) Pour connaître Dieu, il faut connaître toute la vérité comme je l’enseigne dans le temple. C’est pourquoi beaucoup sont dignes de mon pardon aujourd’hui, même si elles ont mâchuré leurs joues et leur front. Marie est donc le nom de toutes les circoncises de coeur qui, aujourd’hui, naissent de Sion. Si donc vous portez la grâce du Père sur vos visages, en étant douces, discrètes, dévouées, avenantes, zélées, pleines d’allant, croyantes, exemplaires dans le langage, la tenue et la conduite, ne craignez rien d’ici la fin ; vous êtes des filles du ciel que Dieu protège jalousement.
(22) Cependant, il vous faut savoir que le Père se détourne de celles qui ne cultivent pas leur féminité et qui veulent gouverner, car cette façon d’être est contraire au principe d’existence et à son ordre. La planète commande-t-elle le Soleil ? Il n’en est rien. Et cela doit être semblable pour les femmes envers les hommes, sinon elles sont contre nature et vont à la perdition.
(23) Soyez donc comme celles que je décris et qui sont féminines, désireuses d’apprendre, délicates, fidèles, vaillantes, belles à contempler et humbles comme les petits enfants ; parce que c’est ainsi qu’on appartient au peuple de Dieu et au monde des anges ! Eloignez-vous alors de celles qui s’évaluent à un prix fort élevé, et qui sont versatiles, volages, indiscrètes ; et aussi de celles qui commettent l’adultère. Tenez-vous pareillement à l’écart de celles qui affirment qu’on ne vit qu’une fois et qui perdent leur âme avec de telles pensées, car elles croient alors que tout est permis. Ce sont ces femmes-là qui nuisent au monde car, en piétinant les valeurs, elles tarissent les sources du bonheur.

Sur la prière
(24) Ce n’est qu’en sachant ce que l’on est, que l’on sait ce que l’on fait. C’est pourquoi, vous tous qui naissez de Sion derrière moi, je vous montre qui vous êtes et vous place sur la voie avec des commandements simples, afin que vous ne détruisiez plus la Terre et vos âmes. Toutefois, ce n’est pas moi, mais Dieu qui sonde vos coeurs et qui guidera vos pieds jusque dans son royaume. Vous devez alors prier le Père seul, et non son fils ni personne d’autre.
(25) Et quand vous priez Dieu de vous aider à surmonter un moment difficile, faites-le en secret, à l’abri des regards. N’agissez pas comme les hypocrites religieux qui font semblant de prier le Père en remuant les lèvres et en déformant leur visage, pour qu’on les observe et que l’on voit combien est douloureuse leur foi et immense leur souffrance… Ces gens-là, le Fils les méprise et le Père les abomine ! Je vous montre ce qu’il en est pour que Dieu exauce vos prières. Sinon, il ne vous entendra pas, il détournera de vous ses regards, comme il le fait envers ces hypocrites. Mais si vous avez toujours le coeur et l’esprit de votre jeunesse, et si vous aimez Dieu de toute votre âme, alors, avant même que vous lui demandiez quelque chose, vous serez exaucés.
(26) La prière consiste à s’adresser au Père avec déférence, secrètement et sans intermédiaire. Et quand on le sollicite, il faut le faire en silence, sans feindre et avec humilité. Pour cela, il n’existe ni heure, ni jour, ni édifice, ni lieu, ni pays particulier pour prier Dieu. Mais que celui qui ne l’aime pas d’un coeur pur, ne le prie pas, car c’est Sa colère qu’il attirerait sur lui ! Sachez donc que la prière est toujours individuelle et jamais collective, et que seule est entendue celle qui est faite avec sincérité et en secret. C’est pourquoi ceux qui prient en se donnant en spectacle, n’entreront pas dans le royaume d’où ils sont exclus.

Sur les devoirs envers Dieu
(27) Les personnes qui font semblant de prier Dieu, sont aussi celles qui veulent toujours descendre dans les profondeurs de la vie, sans même en connaître la surface ! Vous n’êtes pas sur Terre pour vous abîmer l’esprit dans ce qui est du ressort du Créateur, ni pour connaître la vie qui est en vous, mais pour profiter de tout ce qui est bon. Or, dans ce monde agité et sans lumière, beaucoup s’enferment dans des murs au nom d’une religion ou d’une conviction, pour méditer et servir Dieu, disent-ils ! Mais vous, les élus, écoutez-moi ! Si vous aviez un frère ou une soeur qui s’enferme de la sorte pour servir votre père, en quoi le servirait-il ? Et comment votre père les regarderait-il ? Non, ceux qui se retirent ainsi du monde, en vivant hommes avec hommes et femmes avec femmes, ou qui se retirent du monde pour vivre seuls, ne sont pas des serviteurs de Dieu. Ce sont au contraire des paresseux et des lâches qui préfèrent abandonner les leurs et s’abstenir de tout, plutôt que de fonder une famille pour l’Éternel.
(28) Celui qui veut servir Dieu, commence par épouser l’une de ses filles. Celui-là ne se retire pas loin du monde et ne s’abstient pas d’agir ; car s’il commet une faute il la corrige, s’il pèche il se repent, et s’il commet une mauvaise action par inadvertance, la loi est là pour le redresser. Son âme ne risque pas de se perdre, alors qu’elle se meurt en n’ayant pas à choisir entre le bien et le mal. En effet, avec quel vécu les ermites peuvent-ils former les précieuses écritures de l’âme qui sont destinées à la vie éternelle ? En contemplant leurs souliers ? En chantant des cantiques ? En se parfumant le crâne ? Il les fallait assurément, mais seulement pour que le Fils montre qu’ils font partie du néant et que dans le néant ils resteront. Car, que font-ils d’extraordinaire, et de quoi le Père peut-il leur savoir gré ? Ils se sont retirés, mais pour s’exclure du royaume et de la vie éternelle. Si donc ils persistent et ne se repentent, les portes du royaume leur resteront fermées.
(29) Adam et Eve doivent s’épouser pour fonder une famille. Ne pas le faire, c’est rester seul, dépourvu de toute utilité, jusqu’au point de préférer la mort. Ce qui en conduit beaucoup à dire : Je ne sers à rien sur cette Terre ! Ou bien : Que la vie est difficile ! Ou encore : Comment dois-je vivre ? N’était-ce pas vos cris ? Pour que cela cesse, Dieu m’envoie pour vous éclairer sur le masculin et le féminin, et pour vous donner une loi qui fait descendre la paix sur le monde entier. Acceptez donc ma venue, et ne mésestimez pas les conseils que je vous donne.

TRAITEMENT DE RACINE

30 janvier, 2017

https://centre-biblique.ch/echanges/1995/1995-1-b.htm

TRAITEMENT DE RACINE

Quand une dent est cariée et que la racine est déjà attaquée, le dentiste ne se contente pas de nettoyer la carie et de poser un amalgame. Il traite aussi la racine. Si une jambe cassée est mal remise, un emplâtre ne sert à rien, même s’il est porté longtemps. L’os doit être recassé, puis remis en place correctement. Il en est de même dans le domaine spirituel. Lorsqu’un chrétien commet un péché, un changement de comportement, voire un changement de sentiment, ne rétablit pas la situation.
Contrairement à d’autres livres, la Parole de Dieu ne cherche jamais à atténuer le péché. Il faut traiter le mal à la racine. Abraham en a fait l’expérience. Il a quitté Béthel (la maison de Dieu) pour aller en Egypte, en dehors de la terre promise. Après son aventure malheureuse dans un pays où il n’avait rien à faire, il dût reprendre son pèlerinage au point de départ, à Béthel où il retrouva la communion avec Dieu, pas ailleurs (Gen. 13. 3 et 4). Il vainquit ensuite le roi de Sodome et reçut de grandes promesses.
Après la défaite des Israélites à Aï, Josué a dû tirer au sort pour découvrir Acan, le vrai responsable de la catastrophe, et révéler sa convoitise. Lors d’une nouvelle attaque contre Aï, le peuple put enfin obtenir la victoire (Josué 7 et 8).

Le diagnostic
C’est du plus profond de nous-mêmes que viennent toutes sortes de mauvaises choses. Sans l’aide du Seigneur, nous sommes incapables par nous-mêmes de connaître les motifs qui nous font agir. David l’avait bien compris quand il disait : « Qui est-ce qui comprend ses erreurs ? » (Ps. 19. 12) et « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon coeur ; éprouve-moi, et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps 139, 23 et 24).
Nos coeurs peuvent contenir des « racines d’amertume » dont nous n’avons même plus conscience après les avoir longtemps refoulées (Héb. 12. 15). Et même si un premier examen ne révèle rien, nous pouvons demander à Dieu de nous purifier de nos fautes cachées, c’est-à-dire de celles dont nous ne sommes pas conscients (Ps. 19. 12).
Nous savons que la plupart des maladies ont une période d’incubation durant laquelle aucun symptôme ne se manifeste. Il en est de même avec le péché (Jac. 1. 14 et 15). Les dégâts que nous pouvons constater ne sont souvent que la manifestation finale d’un péché qui a travaillé longtemps dans nos coeurs.
Pour juger les causes premières, nous avons besoin d’un examen du coeur. Si un bateau prend une mauvaise direction, le capitaine peut la corriger petit à petit par des coups de barre. Il en va autrement dans le domaine spirituel. Les mauvaises pensées de nos coeurs ne peuvent pas être corrigées par des changements de comportement progressifs.
Mais, direz-vous, le temps s’écoule dans une seule direction, inexorablement ; il est impossible de revenir au point de départ. Cela est vrai dans plusieurs cas. Certains événements sont irréversibles. Par exemple, les paroles, bonnes ou mauvaises, ne peuvent jamais être reprises. Réfléchissons au cas de l’apôtre Pierre. Il a renié son Maître (cela restera toujours écrit dans les évangiles), mais le Seigneur lui a tout pardonné dans sa grâce infinie (cela aussi ne pourra jamais être effacé).
Peut-être direz-vous encore : Comment juger les causes premières si je n’en suis pas responsable ? Le prophète Daniel a connu une telle situation. C’est en étant solidaire des péchés de son peuple et en les confessant qu’il a pu implorer la miséricorde de Dieu. La démarche de Daniel était si juste que l’ange Gabriel vint vers lui pour éclairer son intelligence avant même qu’il eût achevé sa supplication (Dan. 9), comme si Dieu voulait lui épargner une confession complète des péchés de ses pères. Il ne peut y avoir de vraie humiliation sans une juste évaluation de la situation. Il ne peut y avoir de paix sans un juste jugement.
Les pharisiens s’attachaient aux causes secondes (Matt. 23). Ils regardaient au comportement de leurs concitoyens et les jugeaient. Le Seigneur pointe un doigt accusateur sur leur hypocrisie. L’apôtre Jean expose toujours d’une manière admirable les principes fondamentaux. Il résume ainsi le triple péché à la source de tous les autres : la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’orgueil de la vie (1 Jean 2. 16). Que de pensées impures refoulées en prêchant la morale aux autres ! Combien de fois voilons-nous notre orgueil spirituel par une controverse théologique !
Les visites chez un médecin ne sont pas limitées aux cas de maladie. A partir d’un certain âge, les contrôles périodiques de santé s’imposent. L’apôtre Paul écrivait aux Corinthiens : « Que chacun s’éprouve soi-même…Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés » (1 Cor. 11. 28, 31). Mais attention, ne confondons pas un examen de soi-même avec le fait d’être occupé de soi-même.

Le remède
On ne peut lutter contre les mauvaises herbes en arrachant leurs feuilles. Il faut extirper la racine. C’est donc dans le coeur, dans l’être intérieur, que le traitement doit être appliqué.
Confesser ses péchés, mais aussi vouloir changer de direction (se repentir) sont les deux actes nécessaires et indissociables qui permettent d’obtenir la guérison de notre être intérieur. « Veux-tu être guéri ? » demandait Jésus à un malade (Jean 5. 6). Sans notre volonté pour être guéris, le Seigneur ne peut rien faire.
Nous devons confesser nos péchés à Dieu, mais aussi à ceux à qui nous avons fait tort, ce qui est souvent plus difficile. Que de malheurs seraient évités si les péchés entre frères étaient confessés ! Remarquez que, dans son enseignement sur la confession et le pardon (Matt. 18), le Seigneur souligne davantage l’attitude de l’offensé que celle de l’offenseur.
Si nous manquons de force ou de volonté pour nous appliquer ce traitement, nous pouvons en parler à un frère ou à une soeur en qui nous avons toute confiance. Des pasteurs et des aides sont donnés à l’assemblée pour assister ceux qui connaissent des difficultés, par exemple, celle de retrouver la communion avec Dieu.

La guérison
Ce que Dieu veut opérer n’est pas une amélioration de notre condition morale et spirituelle, mais une guérison totale. Dès le début de son ministère, le Seigneur guérissait toute sorte de maladies. Il ne traitait pas quelques maux superficiels, il rétablissait entièrement tous les malades qu’on lui apportait (Matt. 4. 23 et 24).

Conclusion
Considérons bien nos voies (Agg. 1. 5), évaluons la direction que prend notre vie et revenons au point de départ. Avons-nous pris une orientation où l’orgueil, la chair et l’incrédulité se manifestent ? Le Seigneur restaure tous ceux qui sont assez humbles et honnêtes pour demander et recevoir son pardon.

M. Horisberger

 

TRAVAILLER EN CHERCHANT DIEU SEUL – Bienheureux Luigi Orione

7 janvier, 2017

http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010731_luigi-orione_fr.html

TRAVAILLER EN CHERCHANT DIEU SEUL

« Hier, je me trouvais dans la chambre d’un bon prêtre et là, mon regard est tombé sur ces paroles: Dieu seul!
Mon regard à ce moment-là était rempli de fatigues et de douleurs, mon esprit repensait à tant de journées d’anxiété comme celles d’hier, et, sur le tourbillon de tant d’angoisses, sur le ton confus de tant de soupirs, cela me semblait être la bonne voix aimable de mon ange: Dieu seul !, âme desolée, Dieu seul!
Sur une fenêtre, il y avait un cyclamen; plus en avant, un couloir où quelques prêtres méditaient pieusement et, encore au-delà, un crucifix, un cher et vénéré crucifix qui me rappelait de belles années inoubliables, et c’est là que s’arrêta mon regard rempli de larmes, aux pieds du Seigneur. Et il me semblait que l’âme se reprenait, et qu’une voix paisible et confortante descendait de ce coeur transpercé et m’invitait à m’élever, à confier mes douleurs à Dieu et à prier.

Quel doux silence plein de paix…! et dans le silence Dieu Seul! Je continuais à me répéter Dieu seul!

Il me semblait percevoir une atmosphère bénéfique et calme entourant mon âme!… Je vis alors derrière moi la raison de mes peines présentes: au lieu de chercher à plaire à Dieu seul! dans mon travail, cela faisait des années que je mendiais la louange des hommes, et j’étais dans une recherche continuelle, dans l’angoisse de trouver quelqu’un qui puisse me voir, m’apprécier, m’applaudir. Je conclus au-dedans de moi: ici aussi, il faut commencer une vie nouvelle: travailler en cherchant Dieu seul!
Le regard de Dieu est comme une rosée qui fortifie, comme un rayon lumineux qui féconde et dilate: travaillons donc sans vacarme et sans trêve, travaillons sous le regard de Dieu, de Dieu seul!
Le regard humain est comme un rayon brûlant qui fait pâlir les couleurs, même les plus résistantes: ce serait dans notre cas comme un souffle de vent gelé qui plie, courbe, endommage la tige encore tendre de cette pauvre petite plante.
Chaque action faite pour faire du tapage et pour être vu, perd sa fraîcheur aux yeux du Seigneur: elle est comme une fleur passée de main en main et qui est à peine présentable. (…)
Dieu Seul! Oh, comme il est utile et consolant de vouloir Dieu seul pour témoin! Dieu seul est la sainteté au degré le plus élevé! Dieu seul est la certitude la plus fondée d’entrer un jour au ciel.
Dieu seul, mes enfants, Dieu seul! »
De “L’oeuvre de la Divine Providence” du Bienheureux Luigi Orione (1872-1940) (3 septembre 1899).

Prière
Fais, ô mon Dieu, que toute ma pauvre vie soit un unique cantique de divine charité sur la terre, parce que je veux qu’elle soit – par ta grâce, ô Seigneur – un unique cantique de divine charité au ciel!

(du Bienheureux Luigi Orione)

SHALOM, EIRÉNÊ : DEUX MOTS POUR DIRE LA PAIX

22 août, 2016

http://www.garriguesetsentiers.org/2015/03/shalom-eirene-deux-mots-pour-dire-la-paix.html

SHALOM, EIRÉNÊ : DEUX MOTS POUR DIRE LA PAIX

Publié le 25 mars 2015 par Garrigues et Sentiers

Aujourd’hui, en Israël, le mot paix, shalom, emplit la vie quotidienne : au lieu de demander « Comment ça va ? » on dit « Ma shlomha ? » « Quelle est ta paix ? » Il s’agit donc de cheminer, chaque jour, en paix. Qu’est-ce que cela implique ? Dans Ecclésiaste 3,8, « il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix ». En raison du libre arbitre de l’homme, il est inévitable que la guerre doive arriver avant la paix. Mais n’ayons pas peur. Job (25,2) témoigne que le Seigneur « fait la paix dans ses hauteurs ». En fait, si nous sommes reliés au Seigneur, nous marchons dans la paix qu’Il a faite, dans ses hauteurs. Ainsi, la paix se trouve-t-elle après avoir mis de l’ordre dans sa vie, après s’être réconcilié avec ses ennemis, après être entré dans le silence, dans la prière Ainsi, plusieurs litanies de la liturgie orthodoxe commencent par : « En paix, prions le Seigneur ». Mais il faut être vigilant en revenant d’un état de paix ; ainsi Abshalom, le fils de David dont le nom signifie fils de la paix, voulut supplanter son père et fut un homme de violence, qui périt dans la violence. Que s’est-il passé ? Il s’était installé dans « sa » paix, son égo. Son demi-frère Salomon dont le nom signifie « sa paix », entendons la paix du Seigneur, reconnaissant que tout vient de Lui, avait demandé, plutôt que la puissance, la sagesse. C’est pourquoi il fut un homme de paix. Notre Seigneur Jésus dit : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive » (Matthieu 10,34). Le glaive évoque l’épée qu’est le Verbe de Dieu ; cela nous amène au Psaume 85,11 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ». La vérité et la paix sont d’ordre angélique tandis que l’amour et la justice sont proches de la nature humaine. Le mot amour traduit ici Hesed, qui veut dire aussi bonté. La joie vient quand l’amour et la vérité se rencontrent, et quand la paix et la justice s’embrassent (c’est-à-dire s’unissent). Ainsi la justice devient-elle une alliée de la paix : si nous pratiquons la voie de la justice, aimant l’autre autant que nous-mêmes, dépassant notre « égo », nous construisons la paix. « C’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les calomnies » (Matthieu 15,19-20). Cela rend l’âme malade. Le Seigneur Jésus, Lui, ayant pleinement accompli la Justice, au moment de sa passion, peut dire à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14,27). Dans le monde, la paix s’acquiert en faisant des cadeaux et des concessions, ou en utilisant la force, la police, la torture morale ou physique, pour enrayer toute agitation, que se soit simple désordre, fantaisie, ou carrément révolte, révolution. Le Christ nous acquiert la paix par le don de soi – ce qui vainc totalement le diable. Pour saint Séraphin de Sarov, ermite en Russie (1759-1833), « il n’y a rien au-dessus de la paix du Christ, par laquelle sont détruits les assauts des esprits aériens et terrestres. » C’est après sa résurrection que notre Seigneur Jésus Christ confirme : « La paix soit avec vous » (Luc 24,36 ; Jean 20,21.26). « Allons dans la paix du Christ », dit le prêtre à la fin de la messe. Avons-nous vraiment abandonné le monde : nos père et mère, et notre amour-propre ? À nous, cela n’est pas possible. En Christ, cela le devient. Il faut parfois des années, mais comme l’a recommandé Saint Séraphin de Sarov : « Acquiers la paix intérieure et des âmes, par milliers, trouveront auprès de toi le salut ».

Élisabeth Hériard

MÉDITATION SUR LA FÊTE DE LA LA DORMITION DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU AVEC LE PÈRE LEV GILLET

13 août, 2016

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/La-Dormition-de-la-tres-sainte-Mere-de-Dieu-dans-la-tradition-hagiographique_a354.html?com

( Plusieurs autres écrits très belles et intéressantes sur la Dormition de Marie , sur le même blog et le même lien )

MÉDITATION SUR LA FÊTE DE LA LA DORMITION DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU AVEC LE PÈRE LEV GILLET

La troisième des grandes fêtes d’été est la commémoration de la mort de la Bienheureuse Vierge Marie, appelée en langage liturgique la  » Dormition  » de Notre-Dame [64]. C’est, du point de vue liturgique, la plus importante des fêtes de la Vierge. Elle est précédée par un jeûne de deux semaines, le  » Carême de la Mère de Dieu « , analogue à celui qui précède la fête de Saint Pierre et Saint Paul ; ce carême commence le 1er août et dure jusqu’au 14 août inclus. La fête elle-même a lieu le 15 août(*).

Beaucoup de traits de cette fête sont empruntés à d’autres fêtes de la Vierge. Ainsi l’évangile de matines est celui qui relate la visite de Marie à Élisabeth (Lc 1, 39-56). L’épître (Ph 2, 5-11) et l’évangile (Lc 10, 38-43 – 11, 27-28) de la liturgie sont ceux que nous lisons le 8 septembre, le jour de la Nativité de Marie ; nous prions nos lecteurs de se reporter à ce que nous avons déjà dit de ces textes [65]. On remarquera que les portions de l’Écriture lues le 15 août ne font aucune allusion à la mort de la Sainte Vierge. C’est dans les chants des vêpres et des matines qu’il faut chercher la signification particulière que l’Église attribue à la fête du 15 août.

Cette signification est double. Elle se trouve exactement exprimée dans cette phrase chantée aux vêpres :  » La source de vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l’échelle du ciel « . La première partie de la phrase –  » la source de vie est mise au sépulcre  » – indique que nous commémorons la mort de la très sainte Vierge. Si nous célébrons pieusement, chaque année, les anniversaires de la mort du Précurseur, des apôtres et des martyrs, à plus forte raison célébrons-nous la mort de la Mère de Dieu, qui est aussi notre mère, et qui dépasse en sainteté et en gloire tous les élus [66]. Mais la fête du 15 août est plus que la commémoraison de la mort de Marie. La deuxième partie de la phrase dit :  » … et son tombeau devient l’échelle du ciel « . La tombe de quiconque est mort dans le Christ est, d’une certaine manière, une échelle qui conduit au ciel. Cependant le cas de Marie est exceptionnel. Les textes liturgiques que nous chantons impliquent autre chose :  » Ouvrez larges vos portes et… accueillez la Mère de la lumière intarrissable… Car, en ce jour, le ciel ouvre son sein pour la recevoir… Les anges chantent ta très sainte Dormition… que nous fêtons avec foi… Que tout fils de la terre tressaille en esprit… et célébre dans la joie la vénérable Assomption de la Mère de Dieu « . On le voit, il ne s’agit pas seulement de la réception de l’âme de Marie dans le ciel. Quoique la fête du 15 août ne porte pas, dans le calendrier liturgique byzantin, le nom de fête de l’Assomption (comme c’est le cas dans l’Église latine), nos textes expriment la croyance en l’assomption corporelle de Marie. Selon cette croyance, le corps de Marie n’a pas connu la corruption qui suit la mort ; il n’est pas resté dans le tombeau ; Marie ressuscitée a été transportée au ciel par les anges (l’Assomption diffère de l’Ascension en ce que le Christ s’est élevé lui-même au ciel).

L’Assomption de Marie est située en dehors – et au-dessus – de l’histoire. La croyance en l’Assomption ne s’appuie ni sur un récit biblique, ni sur des témoignages historiques scientifiquement recevables [67]. Elle n’a été l’objet d’aucune définition dogmatique. L’Église n’a, jusqu’ici, imposé à aucun fidèle d’affirmer le fait de l’Assomption corporelle de Marie. Mais, si l’affirmation (intérieure ou extérieure) n’est pas exigée par l’Église, on peut dire que la conscience orthodoxe considérerait la négation active de l’Assomption non seulement comme une témérité, mais comme un blasphème. D’ailleurs, comment nier un fait qui n’est susceptible d’aucune vérification historique ? La croyance en l’Assomption ne se fonde pas sur des preuves documentaires. La conscience catholique, éclairée par le Saint-Esprit, s’est peu-à-peu persuadée que, si  » le salaire du péché, c’est la mort (Rm 6,23) « , Marie a dû remporter sur la mort une victoire spéciale [69]. Ainsi que Jésus (et toutes proportions gardées), elle a été glorifiée dans son corps. C’est cette glorification de la toute pure et toute sainte Mère de Dieu dans son âme et dans sa chair – et non point tel ou tel symbolisme matériel et telles ou telles circonstances historiques – qui constitue l’objet de la fête du 15 août.

L’Assomption est la fête, non seulement de Marie, mais de toute la nature humaine. Car, en Marie, la nature humaine a atteint sa fin. Une semaine après le début de l’année liturgique nous célébrons la naissance de la très Sainte Vierge. Deux semaines avant la fin de l’année liturgique, nous célébrons la mort et la glorification de Marie. Ainsi, associé et subordonné au cycle de la vie de Jésus, le cycle de la vie de Marie manifeste le destin et le développement d’une nature humaine entièrement fidèle à Dieu. Avec Marie, c’est le genre humain qui est emporté et reçu au ciel. Marie a des privilèges qui ne peuvent pas être les nôtres. Mais ce parfait épanouissement de la grâce en Marie, que nous admirons le 15 août, nous suggère quelle pourrait être la ligne de développement d’une âme qui s’appliquerait à faire fructifier en elle-même les grands dons reçus au cours de l’année liturgique, – le don de Noël, le don de Pâques, le don de la Pentecôte.

NOTES [64] Les origines de cette fête sot assez obscures. Elle était, en Palestine, célébrée le 15 août dès avant l’an 500. Les Égyptiens la célébraient aussi, mais le 18 janvier. L’observance du 18 janvier passa d’Égypte en Gaule au IV e siècle. Parmi les Grecs, les uns suivaient l’usage palestiniens, les autres l’usage égyptien. Au VII e siècle, l’empereur byzantin Maurice fixa définitivement la fête au 15 août.

AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX ?

6 juillet, 2016

http://www.revue-resurrection.org/Aime-et-fais-ce-que-tu-veux

AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX ?

Jean Lédion

« Aime et fais ce que tu veux ! » Cet adage augustinien [1] si souvent répété hors de son contexte, pourrait laisser croire que, pour Augustin, la vie chrétienne n’est pas une affaire d’observance puisqu’il s’agit en fait de vivre de charité. Or l’œuvre et la vie de l’évêque d’Hippone prouvent que c’est tout le contraire. Lorsque celui-ci se convertit à plus de trente ans, il ne se convertit pas à moitié, mais totalement. Et, lorsqu’à Pâques 387 il embrasse par le baptême la foi chrétienne, son désir est de la vivre de la manière la plus intégrale, c’est-à-dire sous sa forme la plus radicale, celle du monachisme. Déjà, à Cassissiacum, en 386, lorsqu’il se préparait au baptême [2], il commença à mener un début de vie communautaire avec ses amis, ses derniers élèves, son fils et sa mère. Mais nous ne savons que peu de choses des règles de vie qu’il pratiquait alors, ni celles qu’il instaura dans le premier monastère qu’il fonda en Afrique dans la maison paternelle. « Voici ce que nous prescrivons d’observer dans le monastère » C’est par ces quelques mots que commence la Règle de saint Augustin [3] sous sa forme la plus ancienne. Après une brève exhortation de quatre lignes, elle indique ensuite quels sont les préceptes que l’on doit observer dans le monastère : « Soyez assidus à prier aux heures et temps établis » (II, 1) ; « Au début du repas jusqu’à la fin vous devez écouter la lecture habituelle » (III, 2) ; « Quand vous sortez allez ensemble, lorsque vous êtes arrivés restez ensemble » (IV, 2) ; etc. Ainsi la vie d’Augustin va être délimitée par un certain nombre de prescriptions très terre-à-terre, comme celles que l’on vient de citer, qui vont l’accompagner toute sa vie puisque, même dans l’épiscopat, il continuera à vivre en moine, ayant transformé la maison épiscopale, où il était tenu de résider, en monastère de clercs.

La charité ne cherche pas ses propres intérêts Si l’on poursuit la lecture de la Règle (ce qui n’est pas long, dix pages d’un livre d’aujourd’hui), on s’aperçoit qu’au milieu du chapitre V, qui est sans doute le plus « technique » du point de vue monastique, Augustin élève le débat par un envol inattendu pour montrer dans quel esprit on doit mettre en pratique toutes ces observances terre-à-terre : En un mot, que nul d’entre vous ne fasse quoi que ce soit pour un profit personnel, mais que tous vos travaux soient accomplis pour l’utilité commune ; et cela avec un zèle plus grand et un élan plus assidu que si chacun de vous s’occupait de ses propres affaires et dans son intérêt propre. On dit, en effet, de la charité : Elle ne recherche pas ses propres intérêts (1.Co 13,5). Cela veut dire qu’elle fait passer les intérêts communs avant les intérêts personnels, et non pas les intérêts personnels avant les intérêts communs. Et pour cette raison, vous aurez la certitude d’avoir fait d’autant plus de progrès que vous aurez apporté plus de soin au bien commun qu’à vos intérêts personnels. Qu’ainsi l’usage indispensable de tous les biens passagers soit dominé par la charité qui demeure toute l’éternité. (V, 2) L’intérêt de ce passage est que, d’une part il est parfaitement accordé aux préceptes de la vie monastique mais que, d’autre part, il déborde très largement le cadre de cette vie monastique pour s’étendre à toute la vie chrétienne, notamment à celle qui s’écoule dans le monde.

La vie monastique est un carême permanent « Avant tout, vivez unanimes à la maison, ayant une seule âme et un seul cœur, tendus vers Dieu. N’est-ce pas la raison même de votre rassemblement ? » (I, 2). C’est par cette brève exhortation que débute la Règle, mais c’est aussi ce qu’Augustin demande à ses fidèles dans ses sermons pour le carême. Ainsi dans le sermon 205, 2 : « Vivez tous unanimes, tous, tant que dure ce pèlerinage terrestre… » Cette unanimité chez les chrétiens en Carême doit se traduire, comme dans la vie monastique, par leur assiduité à la prière, par l’écoute plus attentive de la parole de Dieu, par l’unanimité du comportement. Bien sûr, il est évident que le prédicateur ne pouvait pas demander à ses fidèles de se désapproprier de tous leurs biens comme l’avaient fait les « Serviteurs-de-Dieu-dans-le-monastère », mais de profiter du Carême pour faire des prodigalités envers les pauvres même s’ils n’ont pas l’intention de devenir pauvres eux-mêmes. On voit qu’ainsi les préceptes très simples de la Règle ont une portée beaucoup plus universelle. Celui qui veut vivre sérieusement sa vie chrétienne utilise le carême pour la radicaliser, comme le moine, par son choix de vie, a radicalisé la sienne. Dans les deux cas, l’observance des préceptes est là pour garantir l’authenticité de la démarche.

L’observance au service de la charité Tous les préceptes contenus dans la Règle de saint Augustin ont pour but de favoriser la vie chrétienne commune de manière à amener ceux qui observent ces préceptes à vivre de plus en plus en ayant « un seul cœur » comme les fidèles de la primitive Église de Jérusalem (cf. Ac 4,32). C’est ce qu’un augustin du XVIIe siècle, le P. Ange Le Proust (1624-1697) a bien exprimé dans son Traité de la Règle de saint Augustin [4] : Sa vertu est la charité qui est une vertu commune, mais elle l’envisage d’un air singulier qui fait son esprit spécial (…) car saint Augustin fait tourner toutes les vertus à cette intention charitable de rendre la voie de la perfection évangélique facile au prochain, par un enchaînement des cœurs dans les liens d’une charité réciproque et d’une communauté qui ne vise qu’à unir et à lier ensemble sous un même joug les particuliers, pour porter les faix les uns des autres, se rendant ce joug suave, et sa charge légère (…) pour s’entrefaciliter leur salut (…).Ainsi, toute la fin de sa Règle est la facilité de la perfection évangélique. Son esprit c’est de prendre tellement le joug de Jésus-Christ sur nous, que nous nous le rendions mutuellement suave et nous fassions sa charge légère (…). Or ce fut ce dessein qui retira saint Augustin de l’ermitage et de la vie d’anachorète qu’il souhaitait si fort. Mais Dieu, dit-il, l’empêcha pour l’appliquer à ne vivre pas pour soi, mais pour les autres, et pour établir cette voie si utile, à attirer, attacher, et à soutenir les âmes et les cœurs par ce mutuel secours dans l’union à Dieu, en sorte que toute la Règle ne vise qu’à enseigner à chacun ce qu’ils doivent penser, dire et faire les uns aux autres, mutuellement, pour s’entregagner à Dieu. L’observance des préceptes aide donc l’homme à aimer son prochain non en l’enfermant dans un carcan, mais en l’aidant à se libérer du péché et en le rendant libre. C’est ce qu’à la fin de la Règle Augustin souhaite : Que le Seigneur vous accorde la grâce d’observer tous ces préceptes avec amour comme des amants de la beauté spirituelle, répandant par votre vie la bonne odeur du Christ non pas servilement, comme si nous étions encore sous la Loi, mais librement, puisque nous sommes établis dans la grâce. (VIII,1) Jean Lédion, marié, trois enfants. Diplôme d’ingénieur, docteur d’État ès Sciences Physiques. Enseignant dans une école d’ingénieurs à Paris.

[1] Traités sur la 1ère épitre de saint Jean, VII, 8 (par exemple). [2] Cf. Confessions livre IX, III. [3] Sur la question de la Régle on se reportera très utilement aux travaux de L.Verheijen : La Régle de saint Augustin (2 tomes), Paris 1967 ; Nouvelle approche de la Régle de saint Augustin. t. 1 : Vie Monastique, n°8, Bégrolles en Mauge (1980), t. 2 : Institut Historique Augustinien, Louvain (1988). [4] Cité par L. Verheijen in Nouvelle Approche…, op. cit., t. 1, pp. 15-17.

LE PUZZLE: UNE PARABOLE

28 juin, 2016

http://www.centre-biblique.ch/echanges/1998/1998-1-a.htm

LE PUZZLE: UNE PARABOLE

Qui n’a pas fait un puzzle une fois ou l’autre ? Peut-être même un 2000 pièces, avec patience et courage. Ayant choisi le support, on prend les bords et les angles, et le cadre est posé en quelques heures. Si cette première étape n’est pas terminée, il ne sert à rien de mettre beaucoup de pièces à l’intérieur. Il n’est pas facile de trouver le bon emplacement pour chaque pièce, il faut souvent reprendre, permuter. Chaque morceau d’un puzzle a une place précise qu’on ne change pas sans dégâts. Ensuite, on peut assembler des morceaux qui paraissent correspondre, et il en sort l’ébauche d’un visage, d’une maison ou de quelque objet connu. A un certain moment, l’ami qui s’approche n’y voit encore rien. Ses réflexions négatives ne sont pas propres à nous encourager. Et pourtant un jour, le puzzle est terminé ! L’Eglise du Seigneur est comme un puzzle

Son cadre Le cadre a été établi dès le début de la formation de l’Eglise. C’est le domaine de la foi : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus » (Gal. 3. 26). La grâce de Dieu est offerte à tous, mais seuls ceux qui l’acceptent font partie de la vraie Eglise de Christ. La foi en la personne et en l’oeuvre de Jésus mort et ressuscité pour nos péchés donne un salut éternel. Cette foi est accompagnée ou suivie de la confession et de la repentance. Les vraies pièces du puzzle correspondent à ces personnes. Au delà du pourtour, il peut se trouver des personnes religieuses qui diront peut-être : Je ne suis pas un païen, j’ai été baptisé. Ce qui compte pour Dieu, c’est l’état des coeurs : ont-ils été lavés par le sang de Jésus et régénérés par l’Esprit de Dieu ? Si tel n’est pas le cas, ils ne font pas partie de l’Eglise de Christ ; ils sont comme les pièces d’un autre puzzle qui ne trouvent pas leur place.

Sa formation L’assemblage des pièces se fait par petites zones. Un dessin se profile en un endroit, mais il faut lui trouver sa vraie place, et ce n’est pas toujours évident. Lorsqu’un deuxième motif prend forme, on est parfois plus perplexe encore, ne voyant pas comment ces deux groupes peuvent s’ajuster. Il manque les pièces qui feront apparaître clairement ce qui les unit. L’ouvrage continue patiemment, laissant voir toujours mieux quelle en sera la finalité. Il en est ainsi de l’Eglise sur la terre. En cours de formation, son visage ne laisse pas facilement voir une véritable beauté. Tant de groupes épars, de diversité, de morcellement ! Le puzzle n’est pas facile à rassembler. Si l’on essaie, il faut vite abandonner. Mais heureusement, cela ne nous appartient pas ! Le Seigneur poursuit son oeuvre avec patience. Il a aimé cette Eglise en se livrant pour elle jusqu’à la mort. Il la sanctifie pour lui, il la purifie en la lavant par le moyen de sa Parole. Bientôt, il se la présentera glorieuse, sans tache, ni ride, sainte et irréprochable (Eph. 5. 25-27). Dieu a établi son plan, et il l’accomplira. Le tableau final sera visible dans le ciel. Sur la terre on ne voit que les pièces disparates d’un puzzle en travail. De petits groupes peuvent être une faible anticipation de ce que sera le tableau complet, mais il y manque encore bien des éléments pour qu’ils puissent se joindre. Lorsqu’un puzzle est en cours de réalisation, il doit être protégé. Sans mauvaise intention, un étranger risque de tout gâter en y mettant la main. Et si un farceur y introduit de fausses pièces, ce n’est qu’à la fin de l’ouvrage que celles-ci pourront être ôtées. La parabole de l’ivraie semée parmi le blé donne cet enseignement (Matt. 13. 24-30). L’aide de quelqu’un peut parfois être acceptée, à condition que cette personne s’y applique sérieusement. Il en est ainsi au cours de la formation de l’Eglise. Comparée à une construction, elle est à la responsabilité de l’homme. Chacun y apporte les éléments que le Seigneur manifestera un jour. Les matériaux nobles comme l’or, l’argent ou les pierres précieuses, subsisteront ; les autres comme le bois, le foin ou le chaume seront détruits (1 Cor. 3. 12-15). L’ouvrage n’a aucune apparence avant d’être terminé. Ne nous érigeons pas en juges du travail d’autrui. Les récompenses viendront plus tard. Pour l’instant, ayons une vision anticipée du résultat de l’oeuvre parfaite de notre Sauveur.

Ce qu’on en voit aujourd’hui Même quand les pièces d’un puzzle sont encore en vrac avant d’être vendues, chacun sait qu’il s’agit d’un puzzle. Lorsqu’il est en cours de construction, bien que nul ne puisse en discerner le dessin final, on sait aussi que c’est un puzzle. Pourquoi a-t-on tant de peine à parler de l’unité de l’Eglise, corps de Christ sur la terre ? Elle est en formation et Dieu seul peut vraiment la connaître. Ne soulignons pas ce qui semble démentir cette unité, voyons plutôt ce qui en est la preuve. De la vision qu’on en a aujourd’hui résulte la réalité de notre témoignage : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous » (Jean 13. 35). Le Seigneur Jésus a parlé de l’unité des siens quand il a prié pour eux. Il demande d’abord à son Père de les garder afin, dit-il, « qu’ils soient un comme nous » (Jean 17. 11). Cette unité-là est garantie par Dieu le Père. Elle est inaltérable, étant basée sur l’oeuvre de Jésus accomplie à la croix. C’est l’unité de ses propres disciples et de tous ceux qui ont été ajoutés au cours des siècles. Ensuite, le Seigneur précise qui sont ceux pour lesquels il prie : « Je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole » (v. 20). Sachant que la dispersion des disciples dans le monde est inévitable, Jésus dit alors : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé » (v. 21). Cette unité-là n’est pas évidente pour le monde, un peu comme un puzzle en préparation. Cependant, une vérité est soulignée : « qu’eux aussi soient un en nous ». C’est donc en Jésus et en Dieu le Père que l’unité des croyants est établie. Dans la mesure où ils se tiennent près du Seigneur, ils peuvent aussi faire voir autour d’eux la nature identique qui les caractérise. Leurs différences ne sont pas effacées, mais utilisées par Dieu pour être complémentaires. Un peu comme les pièces d’un puzzle qui s’emboîtent les unes dans les autres.

L’ouvrage est bientôt complet Le but final sera atteint quand Jésus introduira son Eglise dans la gloire céleste. Alors tous seront dans une unité parfaite et le monde connaîtra que le Père a envoyé son Fils et qu’il a aimé ses rachetés du même amour que son Fils lui-même (v. 23). Le tableau merveilleux que présentera l’ensemble des rachetés du Seigneur, son Eglise bien-aimée, son Epouse pour l’éternité, sera tout à la gloire de Jésus qui sera, « dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thes. 1. 10). Chaque chrétien est une pièce du puzzle, mais chacun est aussi l’un des constructeurs. Ne nous permettons pas de préparer notre petite zone et de la placer où bon nous semble. Sa position dépend du plan d’ensemble et de sa relation avec les autres pièces. Aucun espace vide ne subsistera quand tout sera terminé. Pour l’instant, alors que l’image se concrétise, laissons le maître d’oeuvre attribuer à chacun sa place en faisant se joindre parfaitement toutes les pièces et tous les groupes de pièces. L’Eglise est comparée à un corps dont tous les membres et tous les organes ont leur place et leur fonction. Il est en formation sur la terre, mais il possède déjà les caractéristiques d’un organisme fonctionnel (1 Cor. 12). Il sera complet lorsque le Seigneur recueillera ses rachetés et que l’Assemblée lui sera unie comme le corps l’est à la Tête (Eph. 1. 22, 23). Pour qu’une église locale puisse déjà maintenant montrer quelque chose de l’image finale, elle se tiendra séparée du mal sous toutes ses formes et sera réunie au seul nom de Jésus (Matt. 18. 20).

F. Gfeller

 

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