Archive pour la catégorie 'méditation'

HUMILITÉ – PAR ENZO BIANCHI

20 mai, 2019

https://www.monasterodibose.it/fr/priere/lexique-spirituel/1179-humilite

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Jésus lave les pieds des disciples

HUMILITÉ – PAR ENZO BIANCHI

Les mots de la spiritualité

L’humilité n’est pas tant une vertu à acquérir qu’un abaissement à subir; donc l’humilité est avant tout humiliation
L’humilité est une vertu suspecte. Ce mot arrive à nous chargé d’un lourd héritage, qui en a fait une vertu individuelle, le but de la recherche d’auto-perfectionnement de l’individu. Par ailleurs, l’humilité apparaît synonyme d’auto-anéantissement de la créature face à Dieu qui est tout, et de diminution de soi face aux autres; ce que l’on ressent aujourd’hui comme une attitude non plus adéquate au Dieu qui n’écrase pas l’humain, mais le prend en charge et le valorise. Parfois, l’humilité semble encore se référer à une attitude «postiche», celle qui consiste à se montrer inférieur à ce que l’on est et à ce que l’on vaut. Les psychologues lui préfèrent certainement le vocable «authenticité» (dont le sens, en fin de compte, n’est pas très éloigné de la signification du terme ancien humilitas). Quant à Nietzsche, il situe l’humilité dans le cadre d’une recherche religieuse de consolation de notre propre impuissance. Mais l’humilité n’est pas seulement suspecte; elle est peut-être aussi dangereuse. Il est dangereux de prêcher l’humilité et d’en faire une loi, parce qu’il convient d’évaluer la compréhension que peuvent en avoir les différentes personnes. Elle risquerait probablement de ne pas même égratigner ceux qui ont un «moi surdimensionné» et de recevoir un accueil non équilibré auprès de ceux qui se repaissent d’un «moi amoindri».
Mais avant tout, nous devons nous demander: qu’est-ce que l’humilité? Les multiples définitions qu’en a données la tradition chrétienne nous amènent à en saisir le caractère relatif: relatif, donc, à la diversité des personnes et des libertés personnelles. La définition la plus attestée, et qui en saisit le mieux le caractère propre, ne la voit pas tant comme une vertu que comme la base et la possibilité de toutes les autres vertus. «L’humilité est la mère, la racine, la nourrice, le fondement, le lien de toutes les autres vertus» dit Jean Chrysostome; et on comprend, en ce sens, qu’Augustin puisse voir «en elle seule, l’entière discipline chrétienne» (Sermon 351,3,4). Il faut alors soustraire l’humilité à la subjectivité et aux pratiques de dévotion, et se rappeler qu’elle naît du Christ, qui est le magister humilitatis (maître de l’humilité), selon l’expression d’Augustin. Mais Christ est maître d’humilité dans la mesure où «il nous enseigne à vivre» (Tite 2,12), en nous conduisant à une connaissance réaliste de nous-mêmes. Ainsi l’humilité est la courageuse connaissance de soi devant Dieu, et devant le Dieu qui a manifesté son humilité dans l’abaissement du Fils, dans la kénose qui l’a conduit jusqu’à la mort en croix. Mais, dans la mesure où elle est une authentique connaissance de soi, l’humilité est une blessure portée à notre narcissisme, parce qu’elle nous ramène à ce que nous sommes en réalité, à notre humus, à notre condition de créature, et elle nous conduit de cette manière dans le chemin de notre humanisation, pour nous amener à devenir homo. Voilà l’humilité: «O homme, reconnais que tu es homme; toute ton humilité consiste dans le fait de te connaître» (Augustin).
Lorsque l’homme a appris l’humilité auprès de celui qui est «doux et humble de cœur» (Matthieu 11,29), celle-ci fait de lui le terreau sur lequel la grâce peut développer sa fécondité. Parce que l’homme connaît sa condition de créature, et les limites qui y sont liées, parce qu’il connaît par conséquent aussi sa situation de pécheur, et qu’il sait simultanément qu’il a tout reçu de Dieu et qu’il est aimé malgré son caractère limité et sa négativité, l’humilité devient en lui une volonté de soumission à Dieu et à ses frères, dans l’amour et la gratitude. Oui, l’humilité est relative à l’amour et à la charité. «Là où est l’humilité, là aussi est la charité» affirme Augustin, à qui fait écho un philosophe contemporain: «L’humilité dispose à la grâce; mais elle n’est pas elle-même cette grâce, car c’est la charité qui est cette grâce» (Vladimir Jankélévitch). En ce sens, elle est aussi un élément essentiel à la vie en commun; et ce n’est pas un hasard si le Nouveau Testament fait constamment résonner l’appel de l’apôtre aux membres de ses communautés à «se revêtir d’humilité dans les rapports mutuels» (1 Pierre 5,5; Colossiens 3,12), à «estimer, par charité, les autres supérieurs à soi» (Philippiens 2,3), à «ne pas se complaire dans l’orgueil», mais à être «attirés plutôt par ce qui est humble» (Romains 12,16): ce n’est que de cette manière que peut se produire l’édification communautaire, qui est toujours le partage des faiblesses et des pauvretés de chacun. Ce n’est que de cette manière que peut être combattu et défait l’orgueil, qui est «le grand péché» (Psaume 19,14), ou mieux peut-être: le grand aveuglement qui empêche que l’on se voie soi-même en vérité, et qui empêche que l’on voie dans leur vérité les autres et Dieu. D’avantage qu’un effort d’auto-diminution, l’humilité est alors un événement qui jaillit de la rencontre entre le Dieu manifesté en Christ et une créature bien précise. Dans la foi, l’humilité de Dieu révélée par le Christ (cf. Philippiens 2,8: «il s’humilia soi-même») devient humilité de l’homme.
Certes, pour que naisse la vraie humilité, pour que l’humilité soit aussi vérité, pour que l’on parvienne a adhérer à la réalité en obéissant avec reconnaissance à Dieu, il faut souvent l’expérience de l’humiliation. Pour nous, nous humilier, dans la liberté et par amour, est une opération difficile, et il nous est presque impossible de l’accomplir de manière pure: il y a en effet une certaine humilité qui est le prétexte pour une vanité redoublée… Pour cela, l’humilité n’est pas tant une vertu à acquérir qu’un abaissement à subir; donc l’humilité est avant tout humiliation. Une humiliation qui provient des autres, surtout de ceux qui nous sont plus proches; une humiliation qui provient de la vie qui nous contredit et nous inflige la défaite; une humiliation qui provient de Dieu, qui est capable, au travers de sa grâce, de nous humilier et de nous élever comme personne d’autre ne peut le faire. L’humiliation, plus que tout, est le lieu où l’on peut se connaître soi-même en vérité et apprendre l’obéissance, comme Christ «apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance» (Hébreux 5,8); et parmi ce qu’il souffrit: «l’infamie et l’opprobre» (cf. Hébreux 12,2; 13,13). L’humiliation est l’événement par lequel on parvient au fond de notre propre abysse, en brisant notre cœur (cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies, «d’un cœur broyé et humilié, Dieu, tu n’as point de mépris», Psaume 51,19). Alors, grâce à cette expérience, on peut répéter avec vérité les mots du psalmiste: «Un bien pour moi, que d’être humilié, afin d’apprendre tes volontés» (Psaume 119,71).

Tiré de ENZO BIANCHI, Les mots de la vie intérieure, Paris, Cerf, 2000.

L’EXPÉRIENCE DE L’ALIÉNATION, PRÉLUDE À LA REDÉCOUVERTE DE DIEU?

29 novembre, 2018

 http://www.scourmont.be/Armand/writings/interiorite.htm

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Les voies d’une intériorité retrouvée

Conférence de Dom Armand Veilleux, de l’abbaye cistercienne de Mistassini [1]

L’EXPÉRIENCE DE L’ALIÉNATION, PRÉLUDE À LA REDÉCOUVERTE DE DIEU?

L’homme contemporain éprouve une grande difficulté à faire l’expérience de la présence de Dieu. De par sa formation religieuse il était habitué à rencontrer un Dieu immuable et intemporel à l’intérieur d’une existence stable rythmée par des temps de prière réguliers. Or il se retrouve aujourd’hui projeté dans des situations toujours nouvelles et changeantes qui ne laissent guère de place à l’expérience de l’immutabilité divine. Aussi son expérience est plus souvent celle de l’absence de Dieu que celle de sa présence. C’est en ce sens que Martin Buber parlait déjà en son temps de l’ « éclipse » de Dieu.
Et pourtant nous savons que l’homme n’a même pas à se mettre en présence de Dieu pour le rencontrer. Dieu nous est en effet plus présent que nous ne le sommes à nous-mêmes. Saint Paul dit que c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non, nous ne pouvons jamais ne pas être en sa présence. Celle-ci nous habite puisque notre vie est une participation à la vie divine, que notre respiration est une participation au souffle de vie déposé par Dieu en l’homme au matin de la création. Cette présence habite tous les hommes qui nous entourent, tout comme elle habite l’ensemble de l’univers fécondé par l’ombre de l’Esprit et travaillé par l’attente de la pleine adoption des fils de Dieu.
Si notre expérience de Dieu est le plus souvent celle de son absence que celle de sa présence, ce ne peut donc être que parce que nous sommes absents de nous- mêmes, et que nous vivons à la superficie de notre être et de la réalité qui nous entoure, emportés que nous sommes par le flot des situations changeantes et sans contact avec la réalité immuable qui les sous-tend.
Un phénomène capital : l’aliénation
Le problème de la présence ou de l’absence de Dieu n’est donc pas un problème théologique, mais un problème anthropologique. Et c’est un problème qui ne peut être résolu par un simple appel à la bonne volonté individuelle et à l’effort personnel. Il a des dimensions sociales, étant donné que nos diverses situations collectives peuvent aussi bien favoriser une rencontre de Dieu que la rendre pratiquement impossible.
Dieu est certes au coeur de chacune de nos situations collectives et individuelles, comme Yahvé a accompagné son peuple élu, fidèlement, à travers les péripéties de son histoire. Si nous n’arrivons pas, bien souvent, à faire, de nos jours, l’expérience de sa présence, c’est sans doute que nous vivons avec une acuité nouvelle ce phénomène que Marx et les psychologues modernes nous ont appris à connaître sous de nouveaux jours, mais qui est un phénomène aussi vieux que l’humanité ; l’aliénation.
Obligé de se resituer constamment face à de nouveaux contextes et à de nouvelles conditions de vie, l’homme contemporain éprouve beaucoup la difficulté et parfois l’impossibilité de trouver, de conserver ou de retrouver son identité. En tant que collectivité, nous semblons avoir largement perdu le contact avec nos racines intérieures ; nos systèmes de valeurs ont été bouleversés et nous retrouvons difficilement la voie de l’intériorité. Perdus clans le dédale des questions qui nous assaillent et nous tourmentent, nous ne trouvons plus le chemin conduisant au « questionneur que nous sommes.
Si paradoxal que cela puisse paraître, c’est peut-être cette expérience aiguë de l’aliénation qui nous ouvrira la voie vers une redécouverte de l’intériorité perdue au cours de l’euphorie du développement industriel et technique. Si l’expérience de l’aliénation a évidemment des effets négatifs, elle peut avoir aussi des effets positifs. Car l’homme découvre les véritables dimensions de son être aussi bien à travers ses tensions intérieures et ses frustrations qu’à travers sa vertu, et sa piété ; aussi bien à travers ses angoisses qu’à travers sa certitude de posséder la vérité. Il y a en l’homme une aspiration vers le dépassement et une attraction vers le néant. Et il est nécessaire de faire l’expérience de l’une et de l’autre. Les deux expériences sont préalables à l’expérience de Dieu.
C’est, bien sûr, une expérience dramatique de passer à travers la présente aliénation collective qui se manifeste dans des phénomènes tels que, sur le plan individuel, l’instabilité psychologique, le retard de la maturation, l’attrait de la drogue et des autres évasions ; et, sur le plan social, la résistance croissante à tout ordre social et l’anarchie, d’un côté, aussi bien que la poussée totalitaire, de l’autre. Ces réalités que la présente négociation du front commun nous rend aussi tangibles qu’on puisse le désirer, ont l’avantage de nous révéler les tragédies cachées et intérieures de notre civilisation. Sous toutes ses formes cette expérience d’aliénation peut donc être comprise comme une révélation de l’ambiguïté que tout homme porte au fond de son coeur et qui ternit au moins quelque peu chacune de ses actions.
Saint Paul nous avait parlé de cette ambiguïté : Je fais le mai que je ne veux pas et je ne fais pas le bien que je veux. Et toute l’attente messianique et eschatologique de la spiritualité judéo-chrétienne avait été sous-tendue jusqu’à notre époque par une conscience de la déchéance de l’homme de sa dignité primitive et par le besoin d’une transformation rédemptrice. Dans l’euphorie d’une transformation sociale et d’un progrès technique accélérés, l’homme occidental a perdu à notre époque ce sens du péché et cette conscience d’un besoin de rédemption. Aveuglé par un sens exagéré du progrès, il a été empêché de reconnaître les forces négatives et aliénantes à l’œuvre dans le monde nouveau qu’il. est en train de créer. Le chaos actuel nous ramène heureusement à plus de réalisme sur nous-mêmes et sur notre situation.
Sur le chemin de retour à l’intériorité, c’est donc d’abord non pas la présence de Dieu mais celle des forces du mal que l’homme rencontre. Et cela est normal. Le Christ, après son baptême, est conduit au désert pour y être tenté par Satan ; et les premiers moines s’enfonçaient au coeur du désert non pas d’abord pour y trouver un bienheureux repos dans les consolations d’une union sentie avec Dieu, mais bien plutôt pour aller affronter sur son propre terrain le prince des ténèbres, à la suite et aux côtés du Christ. Pour nous, aujourd’hui, qui aspirons à faire l’expérience de la présence de Dieu au coeur d’un monde en continuelle mutation et en état de profondes convulsions, notre premier pas pour y arriver est peut-être de savoir identifier les forces démoniaques à l’œuvre dans notre société. D’ailleurs, alors que nous avons cessé de parler de Satan, il est significatif qu’il ait fait sa rentrée fracassante dans la littérature, le théâtre et le cinéma (Rosemary’s Baby, L’Exorcisme, Les enfants du sabbat d’Anne. Hébert, etc.).
Les symboles…
Pour poursuivre cette voie d’exploration à l’intérieur de notre existence, vers une plus grande intériorité, nous avons besoin de symboles qui sont les structures d’interprétation de notre existence et de l’univers. Sans leur secours, l’homme se retrouve vite au coeur d’un univers sans signification, où il n’y a que des faits juxtaposés et où il est lui-même simplement l’un de ces faits. Toutes les grandes religions du passé, reconnaissant l’aliénation foncière de l’homme d’avec lui-même et d’avec la réalité, avaient élaboré tout un univers de symboles et de mythes par lesquels l’homme puisse entrer en contact avec Tes forces vives du cosmos et avec Dieu, et transformer en forces libératrices et en expériences salvatrices sa situation d’aliénation. La tradition judéo- chrétienne avait assumé plusieurs de ces grands symboles collectifs fondamentaux. Beaucoup de ces symboles sont à la base de la vie sacramentaire et de la spiritualité chrétienne. C’est par exemple celui de la mort et de la résurrection ou encore celui de la marche, de la voie, récupéré par Mao-Tsé-Tung et qui a conféré une dimension proprement mystique à sa « Longue Marche ». Il me semble important qu’après une période de rationalisme et de soi-disant réalisme, nous retrouvions, dans une sorte de « seconde naïveté », le contact avec ce monde du sacré qu’est le monde des symboles. …
…les disciplines
Mais un univers de symboles, de rites, de révélations serait incapable de réaliser une guérison de l’aliénation intérieure et extérieure de l’homme sans le secours de disciplines spirituelles pouvant lui permettre de faire l’expérience de son propre être et de la réalité divine.. Les grandes religions asiatiques ont été à cet égard d’une richesse inégalée, qu’il s’agisse des diverses formes de yogas de la tradition hindoue ou bien du zen ou encore des méthodes chinoises du Taoïsme ou du Confucianisme.
La tradition chrétienne a connu elle aussi ses formes de discipline spirituelle basées sur l’enseignement des Pères et l’ascèse des premiers moines. Ces méthodes ont certes un fondement surnaturel profond, mais leur base naturelle, c’est-à-dire la base physique et psychologique est beaucoup plus faible que celle des grandes disciplines spirituelles d’Asie. C’est pourquoi on peut se réjouir de voir se manifester en Occident une découverte des méthodes orientales, en même temps qu’un renouveau timide des méthodes chrétiennes de prière et de méditation. Aucune de ces méthodes n’est cependant facile. On est souvent porté à les utiliser comme de simples « techniques », alors qu’elles sont, de leur nature, avant tout un mode de vie, de pensée et d’être d’une exigence extrême. La façon dont beaucoup d’Occidentaux les utilisent les vide de leur sens religieux et les réduit à n’être plus que des moyens faciles de concentration, surtout lorsqu’il s’agit de formes aussi commercialisées, appauvries et occidentalisées que la Méditation Transcendantale.
…le maître spirituel
Pour arriver à une véritable présence à soi et à Dieu une autre médiation s’est toujours avérée nécessaire, à côté de ces disciplines et des symboles — celle d’un maître spirituel. En ce domaine également nous pouvons avoir beaucoup à apprendre au contact des grandes traditions orientales qui rejoignent souvent l’enseignement et l’expérience des Pères du désert. Quelques grands maîtres incarnent de nos jours, en Amérique, ce charisme de la direction spirituelle. On pourrait mentionner le Swami Saccidananda dans la tradition yoga, Sazuki Roshi du Mount Maldy Zen Center dans la tradition Zen, et le Guru Bativedanta dans la tradition de dévotion hin­doue. Rabbi Abraham Heschel représente ce charisme dans la tradition juive hassidique et dans le catholicisme on pourrait signaler des hommes comme Jean Vanier et, par le passé, un Thomas Merton qui eut une influence personnelle sur un nombre extraordinaire de personnes. Si Von veut avoir un exemple à la fois extrêmement charmant et profond de direction spirituelle à notre époque, il faut lire la sagesse du chaman indien du Mexique, Juan Matus, rapportée par son disciple Carlos Castaneda.
Encore une fois, ces trois médiations : les structures d’interprétation que sont les symboles, les disciplines et enfin le maître spirituel nous conduisent, sur la voie de l’intériorité, d’abord vers une conscience plus vive de nos ambiguïtés personnelles. Elles nous permettent ainsi -d’assumer avec tendresse et miséricorde les ambiguïtés, les confusions, les médiocrités, les tensions et les contradictions de notre époque. Elles nous rendent aussi possible d’en discerner avec sérénité les aspects démoniaques.
Des questions angoissantes pour le christianisme et les grandes religions
Nous avons déifié le processus historique et le développement technique au point d’en faire de véritables idoles. C’est là une perversion très subtile de quelque chose de fondamental dans notre tradition religieuse judéo-chrétienne. Le Peuple d’Israël a toujours fait l’expérience de Yahvé comme celle de Dieu intervenant dans l’histoire. Chez les prophètes le jour du Seigneur qui vient polarise tous les événements de l’histoire. Et l’on retrouve la même attente dans la Marana tha final de l’Apocalypse de Jean. Ce jour du Seigneur est décrit comme une période de paix et d’abondance ; il signifiera un changement profond dans la constitution même du monde. En ce jour-là le lion et l’agneau reposeront ensemble, l’enfant mettra sa main sur le trou de la vipère, les épées seront transformées en socs de charrues et toutes les nations viendront à la montagne du Seigneur.
Cette perspective historique du salut, cette tension dynamique vers le jour à venir éclaire toute la tradition occidentale et fi est même impossible de comprendre en dehors d’elle tous les mouvements politiques et sociaux du monde occidental. Cela est extrêmement clair, par exemple, dans la révolution bolchévique qui s’est considérée comme l’incarnation du dynamisme historique des siècles et s’est donné pour mission l’abolition d’un monde révolu et la libération définitive de l’homme par l’établissement d’un mode nouveau et supérieur d’existence. On retrouve la même mystique dans toutes les utopies révolutionnaires de notre époque, aussi bien que dans nos démocraties libérales. C’est la base du messianisme américain enraciné dans la conviction que l’Amérique, née d’une Europe décadente, était la dernière grande espérance pour amener l’humanité à une nouvelle naissance.
L’ère de « l’homo oeconomicus »
Mais un tournant décisif s’est opéré au début de notre époque. Dans toutes les cultures du passé, quoique sous diverses formes, la grande aspiration religieuse de l’homme consistait dans l’expérience spirituelle de la présence divine et dans la participation à la vie de Dieu. Or, le sens aigu du développement ontologique avec Hegel, du développement social avec Marx, du développement physiologique avec Darwin et de la perception de l’homme contemporain comme une transition vers le surhomme avec Nietzsche a conduit à placer la religion de l’homme non plus dans l’expérience de la présence de Dieu mais dans l’expérience d’un monde terrestre autonome devant arriver à sa perfection simplement par la transformation sociale de l’homme lui- même et par la maîtrise scientifique et technique de son environnement. La science et les idéaux sociaux sont devenus les substituts de la mystique. Avec cette dimension mystique et son efficacité extérieure la science a pu prétendre offrir à la fois une analyse de la condition humaine et une façon de transformer celle-ci.
Cette évolution historique nous a fait déboucher sur une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, celle de l’homo oeconomicus. La préoccupation ultime de l’homme est désormais placée dans les réalisations matérielles. Ceci est très clair par exemple dans notre société québécoise où toutes les politiques gouvernementales sont élaborées en fonction de priorités économiques et où les revendications syndicales véhiculent exactement la même philosophie. Nous vivons donc dans un contexte social et culturel explicitement et profondément athée. Et cela n’est pas sans lourdes conséquences pour quiconque aspire encore à vivre l’expérience de la présence de Dieu.
Des questions angoissantes se posent alors et ne peuvent être éludées. S’il est vrai qu’existe une incompatibilité entre Dieu et Mammon, est-il possible de prétendre prier, de prétendre vivre de la présence de Dieu au sein d’une société vendue à l’idole de l’homo œconomicus sans se dissocier explicitement de ses structures idolâtriques ? Nos compromissions collectives avec des aspects matérialistes et athées de notre organisation sociale et politique ne sont-elles pas la cause d’une certaine anémie spirituelle ? L’expérience de la présence de Dieu est-elle possible sans pauvreté ? Le peu de résultats récoltés par l’Église malgré une dépense énorme d’énergie ne provient-il pas de son inféodation non- critique à un type de société dont les structures nient l’expérience de Dieu ?
L’impasse actuelle du christianisme
De fait, toutes les grandes religions sont arrivées de nos jours à une impasse. Cette impasse n’est pas le résultat de l’avènement d’un monde séculier et laïque. C’est plutôt l’inverse qui s’est produit, car à la fin du 18ème et au début du 19ème siècle, on constate que toutes les grandes traditions spirituelles sont arrivées à un état d’essoufflement et de déclin. C’est aussi vrai du protestantisme que du catholicisme ou du judaïsme. C’est également vrai pour l’Inde aussi bien que pour la Chine et l’Islam.
Le caractère propre de l’impasse où se trouve le christianisme vient précisément de la dimension historique de son expérience de Dieu. Alors que le monde asiatique dans son ensemble était caractérisé par une expérience de Dieu statique et en quelque sorte a-tem­porelle, le monde biblique et, à sa suite, tout le monde occidental dans son ensemble avait été saisi et projeté en avant par une ardente attente eschatologique : attente qui plaçait la signification ultime de l’homme dans un événement futur vers lequel tout le cours du temps est orienté. L’homme doit donc alors situer sa recherche de soi et sa recherche de Dieu au sein même d’une évolution historique. Le problème de la découverte de soi réside dans l’acceptation du présent fragmentaire comme une simple étape par laquelle le développement historique doit passer dans son cheminement vers son accomplissement. Toute identification à l’une ou l’autre de ces étapes est impossible. Un ajustement constant est requis à de nouvelles situations émotives aussi bien qu’à de nouvelles structures sociales et à de nouveaux modes de relation à l’ordre divin et à l’ordre cosmique. À mesure qu’approche l’eschaton augmente aussi la tension historique et s’accroît la difficulté pour l’homme de s’adapter à des situations continuellement changeantes. C’est pourquoi, selon Thomas Berry, du River­dale Center for Religious Research, l’un des grands besoins de notre temps est de ralentir le processus du changement temporel par l’accroissement d’une conscience spatiale. Alors que le temps est fragmentaire, l’espace est complet. Alors que le temps est actif, l’espace est contemplatif. Et alors que le temps est orienté vers un pôle d’attraction dans l’avenir, l’espace possède son propre centre de repos. Qui dit conscience temporelle dit anxiété, et qui dit conscience spatiale dit sérénité. Cette conscience spatiale est de plus en plus nécessaire pour faire l’expérience de la présence de Dieu.
La tentation de la fuite et le défi de la solitude
Cette redécouverte d’une conscience spatiale ne doit cependant pas signifier un refus de la réalité comme processus évolutif. C’est ce qui est arrivé au début de l’époque moderne. Les hommes religieux ont senti que l’évolution du monde devenait trop rapide et trop radicale. Ils sont descendus du train et ont pris refuge dans la tranquillité de mouvements religieux tels que le Jansénisme, le Quiétisme, le Piétisme, les Quakers, etc. Et c’est à cause de cette démission, parce qu’il n’y avait plus en son sein d’instance critique, que le monde moderne a pu et a dû s’établir sur des bases laïques et athées. Nous payons chèrement cette démission aujour­d’hui, et pourtant nous sommes constamment tentés de faire la même chose. Il se pourrait bien que des mouvements spirituels dans lesquels nous semblons parfois investir tous nos espoirs impliquent un tel refus de travailler activement à la création d’une société nouvelle.
Il reste toutefois que les espaces que l’homme moderne a à conquérir sont avant tout ses espaces intérieurs. C’est précisément sa préoccupation pour les espaces extérieurs, pour les réalités mesurables et modifiables techniquement qui l’a asséché. Et pour explorer les espaces intérieurs de nos vies, il est important d’y établir de vastes zones de solitude. Cette solitude peut prendre bien des formes. La plus simple et la plus commune consiste à payer à l’intériorité une dîme sur notre temps, c’est-à-dire à se réserver périodiquement quelques heures ou quelques jours pour se retrouver seul avec soi et avec Dieu, ou encore avec quelques amis, en dehors de ses préoccupations et de ses lieux habituels. Ce qui. constitue une sorte d’environnement de rechange.
Une deuxième forme de solitude consiste en ce qu’on pourrait appeler une période de transformation ou encore le stade du « cocon » par allusion au cocon dans lequel la chrysalide se prépare à devenir papillon. Plus notre environnement évolue rapidement, plus nous avons aussi besoin, périodiquement, de ces périodes d’intégration pour assumer les expériences des mois ou des années écoulées, et arriver à une nouvelle conscience de notre identité. Beaucoup de personnes sont arrêtées dans leur développement humain et ne parviennent jamais à leur véritable identité pour n’avoir pas eu le courage ou la possibilité de prendre ainsi à un certain moment un recul par rapport aux activités et aux rôles qu’elles avaient remplis jusque-là, ou encore pour n’avoir pas trouvé dans leur communauté (familiale, religieuse ou autre) le support nécessaire à une telle maturation.
La troisième forme de solitude est celle de la créativité. Elle caractérise l’interaction de l’artiste avec la matière qu’il transforme ou encore l’interaction d’un leader avec le groupe dont il a la responsabilité.
On sera sans doute porté à faire remarquer que, de nos jours, à la suite du développement de la psychanalyse, et surtout des découvertes de Jung sur l’inconscient, de même que sous l’influence de certaines méthodes orientales de méditation, nous avons fait de grands progrès sur la voie de l’intériorité. C’est peut- être vrai, mais il y a aussi de sérieuses nuances à apporter à une telle affirmation. Nous ne devons pas tendre seulement à une intériorité psychologique, qui nous fait pénétrer dans notre inconscient, mais surtout à une intériorité spirituelle qui, elle, débouche sur la conscience. C’est elle qui nous ouvre à la prière, ou plutôt c’est elle qui est prière, puisque la prière chrétienne consiste à faire consciemment nôtre le gémissement de l’Esprit du Christ en nous, dont parle saint Paul aux Romains.
Le Christ n’a pas, dans l’Évangile, fait de longues dissertations sur la prière. Il a plutôt témoigné de sa propre expérience de la Présence de Dieu. Il nous a parlé de son Père ; il nous a dit que son Père et lui étaient un ; que tout ce que lui demandait son Père il le faisait et qu’il ne nous disait rien qu’il n’ait reçu de son Père. Il nous a promis que si nous l’aimions et observions ses commandements le Père et lui viendraient et feraient en nous leur demeure. Il nous a également promis de nous envoyer son Esprit qui nous enseignerait toutes choses. Au-delà de toutes les médiations humaines, qui sont nécessaires, le chemin de l’intériorité est pour nous concrètement le Christ, dans l’Esprit, et ce chemin mène au Père.
Or, le Christ nous a donné un autre enseignement bien précis sur son mode de présence à nos vies. Il nous a appris qu’il demeurait présent d’une façon privilégiée dans les pauvres et les petits, les laissés-pour­’compte et les opprimés. « Ce que vous aurez fait pour les plus petits d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait. Au jour du jugement il nous dira : J’ai eu faim et vous m’avez, donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais seul et en prison et vous m’avez visité, etc. Ou bien il devra nous dire : J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, etc. La contemplation chrétienne, qui va bien au-delà de la theoria grecque, doit donc intégrer, pour être vraie, deux formes complémentaires de rencontre du Christ : la rencontre de la personne même du Verbe au plus profond du coeur et la rencontre du Christ dans l’homme en besoin d’amour et en quête de libération, avec lequel le Christ s’est identifié. Aujourd’hui comme au temps des Prophètes, le problème de la prière est fondamentalement un problème de justice sociale. Inutile de se compter des blagues. La prière véritable ne saurait coexister avec des situations de compromis avec l’injustice individuelle ou collective. La prière chrétienne, l’expérience de la présence du Christ ne saurait en définitive exister sans une forme ou l’autre d’engagement aux côtés des pauvres et des démunis. Une Église riche ne saurait être une Église priante.
L’intériorité dont j’ai parlé tout au long de cet exposé comme d’un chemin menant à l’expérience de la présence de Dieu ne peut donc pas être conçue comme une sorte de nirvana en dehors des préoccupations et des angoisses de nos frères humains. Le vrai contemplatif, au contraire, c’est-à-dire celui qui, quel que soit son état de vie, a connu l’expérience de la rencontre de Dieu en pénétrant au fond de son être, au-delà de sa misère, de son angoisse, de son espoir et de son désespoir, y a aussi découvert le vrai visage de tous les êtres. Il est devenu un homme vraiment catholique au sens profond du mot et vraiment œcuménique. Il accepte et aime non seulement sa propre communauté, sa province, sa culture, ses amis, mais est au contraire capable d’embrasser dans son amitié toute l’humanité. Tl n’est pas lié à son propre système de valeurs au point de ne pas comprendre et accepter ceux qui ont des systèmes différents. Il ne voit pas les diverses manifestations de la vérité dans leur opposition mais dans leur complémentarité. Il est un artisan de paix rayonnant autour de lui la présence de Dieu. Il est ce que Gandhi appelait un « passeur de frontières ». Ce sont de tels hommes dont notre société a grandement besoin. Ce sont de tels hommes que nous sommes appelés à être et que nous serons dans la mesure où nous serons présents à la présence de Dieu en nous.

Armand VEILLEUX, o.c.s.o.

[1] Cette conférence a été donnée à Chicoutimi, durant la rencontre annuelle des animateurs de pastorale des universités francophones de l’Est du Canada, du 9 au 13 mai 1976.

 

UN MURMURE DANS L’ÂME : LE SILENCE DE DIEU

29 octobre, 2018

https://opusdei.org/fr-fr/article/un-murmure-de-lame-le-silence-de-dieu/

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Jésus est la pleine expression du cœur de Dieu Père

UN MURMURE DANS L’ÂME : LE SILENCE DE DIEU

Le silence est souvent le « lieu » où Dieu nous attend, pour que nous soyons capables de l’écouter, lui, plutôt que d’entendre le bruit de notre propre voix.

LA LUMIÈRE DE LA FOI
4 juin 2018

Opus Dei – Un murmure dans l’âme : le silence de Dieu
Le livre de l’Exode rapporte que Dieu est apparu à Moïse au mont Sinaï dans l’éclat de sa gloire : toute la montagne tremblait violemment. Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre et les éclairs (Ex 19, 16-22). Le peuple tout entier écoutait, fort impressionné par le pouvoir et la majesté de Dieu. Même si d’autres théophanies semblables ont marqué l’histoire d’Israël[1], la plupart du temps Dieu s’est manifesté à son peuple par d’autres voies : non pas dans un éclat de lumière, mais dans le silence, dans l’obscurité.
Quelques siècles après Moïse, le prophète Elie, fuyant la reine Jézabel, emprunte une nouvelle fois sous l’impulsion de Dieu le chemin de la montagne sainte. Caché dans une grotte, le prophète contemple les mêmes signes que dans la théophanie de l’Exode : le tremblement de terre, l’ouragan, le feu. Or, Dieu n’y était pas. Après le feu, l’écrivain sacré dit qu’il y eut « le son d’un silence subtil ». Élie, se voilant le visage avec son manteau, est sorti à la rencontre de Dieu. C’est alors que Dieu lui a parlé (cf. 1 R 19, 9-18). Le texte hébreu dit littéralement qu’il entendit « le bruit ou la voix d’un silence (demama) subtil ».
LA DIFFICULTÉ À SAISIR LA PROXIMITÉ DE DIEU, SPÉCIALEMENT DANS LES SITUATIONS DIFFICILES DE LA VIE, EST UNE EXPÉRIENCE COMMUNE AUX CROYANTS ET AUX NON-CROYANTS, MÊME SI ELLE PREND DES FORMES DIVERSES CHEZ LES UNS ET LES AUTRES.
La version grecque des Septante et la Vulgate ont traduit « un murmure doux », probablement pour éviter la contradiction apparente entre bruit et voix d’une part et silence de l’autre. Or ce que le mot demama signifie est précisément le silence. Par ce mot, l’auteur sacré suggère donc que le silence n’est pas vide mais rempli de la présence divine. « Le silence protège le mystère »[2], le mystère de Dieu. L’Écriture nous invite à entrer dans ce silence si nous voulons rencontrer Dieu.
Comme le murmure que nous entendons venant de lui est subtil !
Cependant, cette façon de parler de la part de Dieu présente des difficultés pour nous. Les psaumes l’affirment clairement : « Ô Dieu, ne reste pas muet, plus de repos, plus de silence, ô Dieu ! » (Ps 83, 2). « Pourquoi caches-tu ta face ? » (Ps 44, 25). Que les païens ne disent : “Où est leur Dieu?”» (Ps 115, 2). Par le biais du texte sacré, Dieu met ces questions sur nos lèvres et dans notre cœur : il veut que nous les lui adressions et que nous les méditions dans la forge de la prière, car elles sont importantes. D’un côté, elles concernent directement la voie par laquelle il se révèle habituellement, sa logique : elles nous aident à chercher son visage, elles nous apprennent à écouter sa voix. De l’autre, elles montrent que la difficulté à saisir la proximité de Dieu, spécialement dans les situations difficiles de la vie, est une expérience commune aux croyants et aux non-croyants, même si elle prend des formes diverses chez les uns et les autres. La foi et la vie de la grâce ne rendent pas Dieu évident ; le croyant peut expérimenter lui aussi l’absence apparente de Dieu.« CELUI QUI POSSÈDE EN VÉRITÉ LA PAROLE DE JÉSUS PEUT ENTENDRE MÊME SON SILENCE, AFIN D’ÊTRE PARFAIT, AFIN D’AGIR PAR SA PAROLE ET DE SE FAIRE CONNAÎTRE PAR SON SILENCE » (SAINT IGNACE D’ANTIOCHE)
Pourquoi Dieu se tait-il ? Souvent, les Écritures nous présentent son silence, son éloignement, comme une conséquence de l’infidélité de l’homme. C’est ainsi qu’il le dit dans le Deutéronome : « Ce peuple est sur le point de se prostituer en suivant des dieux du pays étranger où il va pénétrer. Il m’abandonnera et rompra l’alliance que j’ai conclue avec lui. […] Et moi, oui, je cacherai ma face en ce jour, à cause de tout le mal qu’il aura fait, en se tournant vers d’autres dieux. » (Dt 31, 16-18). Le péché, l’idolâtrie est comme un voile qui recouvre Dieu et nous empêche de le voir, comme un bruit qui le rend inaudible. Dieu attend alors avec patience, derrière cet écran que nous interposons entre lui et nous, en guettant le moment opportun de venir à notre rencontre ? « Je n’aurai plus pour vous un visage sévère, car je suis miséricordieux » (Jr 3, 12).
Dieu ne se tait donc pas. C’est plutôt nous qui l’empêchons de parler ou qui ne l’écoutons pas, parce qu’il y a trop de bruit dans notre vie. « Il n’existe pas seulement la surdité physique, qui isole l’homme en grande partie de la vie sociale. Il existe également un affaiblissement de la capacité auditive à l’égard de Dieu, dont nous souffrons particulièrement à notre époque. Tout simplement, nous n’arrivons plus à l’entendre, trop de fréquences différentes parasitent nos oreilles. Ce que l’on dit de lui nous semble préscientifique, et ne semble plus adapté à notre temps. Avec l’affaiblissement de la capacité auditive ou même la surdité à l’égard de Dieu, nous perdons naturellement également notre capacité de parler avec lui ou à lui. De cette façon, toutefois, nous perdons une perception décisive. Nos sens intérieurs courent le danger de s’éteindre. Avec la disparition de cette perception, l’étendue de notre rapport avec la réalité en général est également limitée de façon drastique et dangereuse. »[3]
Cela dit, parfois il ne s’agit pas de la surdité humaine à l’égard de Dieu ; on dirait plutôt que Dieu n’écoute pas, qu’il demeure passif. Le livre de Job, par exemple, montre que les prières du juste dans l’adversité peuvent rester quelque temps sans réponse de sa part. « Nous n’en saisissons qu’un faible écho » (Jb 26, 14). L’expérience quotidienne de tous montre aussi à quel point le besoin de recevoir un mot ou une aide de Dieu se trouve comme en suspens. La miséricorde de Dieu, dont les Écritures et la catéchèse chrétienne parlent tant, peut être difficile à percevoir pour celui qui traverse des circonstances douloureuses, marquées par la maladie ou l’injustice, dans lesquelles même ses prières semblent n’obtenir aucune réponse. Pourquoi Dieu n’écoute-t-il pas ? Pourquoi, s’il est un Père, ne me vient-il pas en aide, alors qu’il pourrait le faire ? « L’éloignement de Dieu, l’obscurité et les doutes sur lui, sont de nos jours plus intenses que jamais ; même nous, qui nous efforçons d’être de bons croyants, nous avons souvent la sensation qu’en réalité Dieu nous a échappé des mains. Ne nous demandons-nous pas fréquemment s’il est toujours submergé dans l’immense silence de ce monde ? N’avons-nous pas parfois l’impression que, après une longue réflexion, nous n’avons que des mots, alors que la réalité de Dieu se trouve plus lointaine que jamais ?[4]
Au cœur de la Révélation, plus encore que dans n’importe quelle expérience, nous trouvons l’histoire de Jésus qui nous fait entrer plus profondément dans le mystère du silence de Dieu. Jésus, le vrai juste, le serviteur fidèle, le Fils bien-aimé, n’a pas été épargné des tourments de la passion et de la Croix. En réponse à sa prière à Gethsémani un ange a été envoyé pour le réconforter mais non pour le délivrer de sa torture imminente. Nous sommes aussi surpris par le fait que Jésus a repris sur la Croix quelques mots du psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, insoucieux de me sauver, malgré les mots que je rugis ? » (Ps 22, 2). Que celui qui n’a pas connu le péché (2 Co 5, 21) ait fait une telle expérience de la souffrance met bien en évidence que la douleur marquant parfois dramatiquement la vie des hommes ne doit pas être interprétée comme un signe de réprobation de la part de Dieu, pas plus que son silence comme une absence ou un éloignement.
Dieu se fait connaître par son silence
En passant à côté d’un aveugle-né, les apôtres posent une question qui révèle une mentalité assez répandue à l’époque : « Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 1). De nos jours, une telle question semblerait assez étrange mais, tout bien considéré, elle n’est pas tellement éloignée de la pensée actuelle qui voit dans la souffrance, quelle qu’elle soit, une sorte de destin aveugle face auquel seule la résignation est possible une fois que toutes les tentatives pour l’éviter ont échoué. Jésus corrige les apôtres : « Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu » (Jn 9, 3). Dieu demeure parfois en silence, apparemment inactif et indifférent à notre sort, parce qu’il veut se frayer un chemin dans notre âme. Ainsi seulement, nous pouvons comprendre par exemple qu’il ait permis la souffrance de saint Joseph dans son incertitude sur la maternité inattendue de Marie (cf. Mt 1, 18-20), alors qu’il aurait pu tout « programmer » différemment. Dieu préparait saint Joseph à quelque chose de grand. Il « ne trouble jamais la joie de ses enfants que pour leur en préparer une plus grande et plus sûre »[5]
DIEU DEMEURE PARFOIS EN SILENCE, APPAREMMENT INACTIF ET INDIFFÉRENT À NOTRE SORT, PARCE QU’IL VEUT SE FRAYER UN CHEMIN DANS NOTRE ÂME
Saint Ignace d’Antioche écrit que « celui qui possède en vérité la parole de Jésus peut entendre même son silence, afin d’être parfait, afin d’agir par sa parole et de se faire connaître par son silence »[6]. Le silence de Dieu est souvent pour l’homme le « lieu », la possibilité et la prémisse pour écouter Dieu au lieu de s’écouter soi-même. Sans la voix silencieuse de Dieu dans la prière, « le “moi” humain finit par se fermer sur lui-même, et la conscience, qui devrait être l’écho de cette voix de Dieu, risque de se réduire au reflet du moi, si bien que le dialogue intérieur devient un monologue en donnant lieu à mille autojustifications »[7]. En y pensant calmement, si Dieu parlait et intervenait constamment dans notre vie pour résoudre nos problèmes, ne faudrait-il pas admettre que nous banaliserions facilement sa présence ? Que nous finirions, comme les deux fils de la parabole (cf. Lc 15, 11-32), par préférer nos intérêts à la joie de vivre avec lui ?
« Le silence est capable de creuser un espace intérieur au plus profond de nous-mêmes, pour y faire habiter Dieu, pour que sa Parole demeure en nous, pour que l’amour pour lui s’enracine dans notre esprit et notre cœur, et anime notre vie »[8]. Grâce à ses recherches et à une prière confiante dans les difficultés, l’homme se libère de l’autosuffisance, met en action ses ressources intérieures et voit se renforcer ses relations de communion avec les autres. Le silence de Dieu, le fait qu’il n’intervient pas toujours rapidement pour résoudre nos affaires selon nos préférences, réveille le dynamisme de la liberté humaine, appelle l’homme à prendre bien en main sa vie ou celle des autres, ainsi que leurs besoins concrets. C’est pourquoi la foi est « la force, qui en silence et sans bruit change le monde et le transforme en Royaume de Dieu, c’est la foi et l’expression de la foi, c’est la prière. […] Dieu ne peut pas changer les choses sans notre conversion, et notre véritable conversion commence avec le “cri” de l’âme, qui implore le pardon et le salut »[9].
Dans les enseignements de Jésus, la prière apparaît comme un dialogue filial entre l’homme et le Père du Ciel, dans lequel la demande occupe une place très importante (cf. Lc 11, 5-11 ; Mt 7, 7-11). L’enfant sait que son Père l’écoute toujours, mais ce qui lui est garanti est moins une porte de sortie pour sa souffrance ou sa maladie que le don de l’Esprit Saint (Lc 11, 13). La réponse de Dieu pour venir en aide à l’homme est le Don de l’Esprit-Amour. Cela peut nous sembler insuffisant, mais c’est un don bien plus précieux et fondamental que toute solution humaine à nos problèmes. C’est un don qui doit être accueilli dans la foi filiale qui n’élimine pas l’effort personnel à l’heure de faire face aux difficultés. Avec Dieu, les « vallées obscures » que nous devons parfois traverser ne s’éclairent pas automatiquement ; nous devons poursuivre le chemin, peut-être avec peur mais dans la confiance : « Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 22, 4).
SI DIEU PARLAIT ET INTERVENAIT CONSTAMMENT DANS NOTRE VIE POUR RÉSOUDRE NOS PROBLÈMES, NE FAUDRAIT-IL PAS ADMETTRE QUE NOUS BANALISERIONS FACILEMENT SA PRÉSENCE ?
Les modalités de l’action de Dieu, éveillant la détermination et la confiance en l’homme, peuvent se reconnaître à la façon dont il s’est révélé dans l’histoire. Pensons à Abraham. Il quitte son pays et se met en route vers une terre inconnue, en se fiant à la promesse divine, sans savoir où Dieu voulait le conduire (cf. Gn 12, 1-4). Pensons aussi à la confiance du peuple d’Israël dans le salut de Dieu, y compris lorsque tous les espoirs humains semblaient s’effondrer (cf. Est 4, 17a-17kk) ; ou à la fuite sereine de la Sainte Famille en Égypte (cf. Mt 2, 13-15), lorsque Dieu semble se soumettre aux caprices d’un roitelet… En ce sens, se figurer que la foi était plus facile pour les témoins de la vie de Jésus ne correspond pas à la réalité, étant donné qu’eux aussi ont dû prendre la décision sérieuse de croire ou de ne pas croire en lui, de reconnaître en lui la présence et l’action de Dieu[10]. De nombreux passages du Nouveau Testament montrent clairement qu’une telle décision n’était pas évidente[11].
Hier comme aujourd’hui, même si la Révélation de Dieu offre d’authentiques signes de crédibilité, le voile de l’inaccessibilité de Dieu ne se lève pas complètement et ses silences continuent de défier l’homme. « L’existence humaine est un chemin de foi et, en tant que tel, avance davantage dans l’ombre que dans la lumière, non sans moments d’obscurité, mais également d’intenses ténèbres. Tant que nous nous trouvons ici-bas, notre relation avec Dieu a lieu davantage dans l’écoute que dans la vision »[12]. Tout cela n’est pas uniquement la manifestation du fait que Dieu sera toujours plus grand que notre intelligence, mais aussi la conséquence d’une logique faite d’appels et de réponses, de dons gratuits et de tâches, selon laquelle il entend conduire notre histoire : l’histoire universelle et l’histoire personnelle de chacun. Au bout du compte, un lien réciproque existe entre la façon dont Dieu se révèle et la liberté de l’homme, créé à son image. La Révélation de Dieu demeure dans un clair-obscur permettant à la liberté de faire son choix, celui de s’ouvrir à lui ou de se refermer sur son autosuffisance. Dieu est « un Roi avec un cœur de chair comme le nôtre ; l’auteur de l’univers et de chacune de ses créatures, qui n’impose pas sa domination mais mendie un peu d’amour en nous montrant en silence les plaies de ses mains »[13]
L’ombre du silence
Dans sa prière sur la Croix — « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mt 27, 46 — Jésus « « fait sien ce cri de l’humanité qui souffre de l’apparente absence de Dieu et porte ce cri au cœur du Père. En priant ainsi dans cette ultime solitude avec toute l’humanité, Il nous ouvre le cœur de Dieu »[14]. En effet, après les lamentations, le psaume avec lequel Jésus adresse sa clameur au Père ouvre la voie à un horizon d’espérance (cf. Ps 22, 20-32)[15]; un horizon qu’il a sous les yeux, même au milieu de son agonie. « Entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46), dit-il au Père avant d’expirer. Jésus sait que le don de sa vie ne tombe pas dans le vide, qu’il va changer l’histoire pour toujours, même s’il semble que le mal et la mort ont le dernier mot. Son silence sur la Croix l’emporte sur les cris de ceux qui le condamnent. « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5).
JÉSUS SAIT QUE LE DON DE SA VIE NE TOMBE PAS DANS LE VIDE, QU’IL VA CHANGER L’HISTOIRE POUR TOUJOURS, MÊME S’IL SEMBLE QUE LE MAL ET LA MORT ONT LE DERNIER MOT
« La foi signifie aussi croire en lui, croire qu’il nous aime vraiment, qu’il est vivant, qu’il est capable d’intervenir mystérieusement, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie. C’est croire qu’il marche victorieux dans l’histoire […] que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde, et qu’il se développe çà et là, de diverses manières »[16]. Par ses silences, Dieu fait grandir chez les siens la foi et l’espérance : il les fait « nouveaux » et, avec eux, « il fait toutes choses nouvelles ». Il revient donc à chacun et à chacune de répondre au doux silence de Dieu par un silence attentif, un silence qui écoute, afin de découvrir « la façon mystérieuse dont le Seigneur agit » dans notre cœur, et « quelle est l’ombre, […] quel est le style de l’Esprit Saint pour couvrir notre mystère. Cette ombre en nous, dans notre vie, s’appelle silence. Le silence est précisément l’ombre qui couvre le mystère de notre relation avec le Seigneur, de notre sainteté et de nos péchés »[17]

Marco Vanzini – Carlos Ayxelá

LA PAIX ET L’ESPÉRANCE

4 octobre, 2018

http://nouvl.evangelisation.free.fr/leblanc_paix_et_esperance.htm

imm diario

(image pour La paix de Christ)

LA PAIX ET L’ESPÉRANCE

Paulette Leblanc

(Je ne connais pas du tout l’auteur, cela me semble intéressant)

De plus en plus de français réfléchissent sur la paix, et beaucoup ne savent plus quoi penser.… Pourtant le constat des événements actuels est inévitable. On ne peut pas nier l’évidence et la question qui se pose inévitablement est : Comment peut-on espérer encore et en faisant quoi ? De plus en plus de jeunes cherchent à manifester leur indignation, mais il me semble que c’est très insuffisant : il faut aller au fond des choses et ne pas craindre de dire la vérité. J’étais une scientifique, mais depuis 20 ans que je suis en retraite, il y a bien des choses que je ne peux suivre que très vaguement. Il en est ainsi pour ce qui concerne la mécanique quantique et la théorie des cordes. Or parfois, le Seigneur nous envoie des intuitions, des éclairages inattendus qui nous conduisent à la véritable espérance et à l’amour.
Les lignes qui suivent ont besoin d’être précisées, mais mon émerveillement est tel que je dois vous le partager ; certes, il est encore mal exprimé, mais nos amis lecteurs auront une suite… Je ne vous donne aujourd’hui que quelques aperçus d’une réflexion qui m’étonne encore et dont je dois vous faire bénéficier :
L’Ancien Testament prépare le Nouveau. Et le Nouveau Testament révèle la paix, le pardon, la justice, la volonté d’amour de Dieu qui n’est que bonheur et que les apôtres, rappelant les paroles de Jésus appellent les Béatitudes. Avec Jésus, tout est amour ; avec les vrais chrétiens aussi. Partout, dans le monde, et depuis Jésus, ce sont les chrétiens qui, par amour et pour répondre à son appel : « Allez dans le monde enseignez, enseignez, faites des disciples… » ont créé et continuent à créer, des écoles, des dispensaires, des hôpitaux… Pourtant, ce sont toujours les chrétiens que l’on persécute… Pourquoi ?
Les persécutions, Jésus les a expérimentées le premier. Et Il nous a avertis : « Comme ils M’ont persécutés, ils vous persécuteront. » Pourquoi persécute-t-on seulement ceux qui font le bien ? Et pourquoi certains persécutés abjurent-ils leur foi pour aller vers les persécuteurs ? Par peur ? Par désespoir ? Par crainte d’être tués ce qui est toujours très courant ? Probablement. Alors, presque insensiblement, de nombreux chrétiens s’éloignent de leur foi et se mettent à vivre et à penser comme les païens. C’est ce qui arriva au début du christianisme, et l’apôtre Jacques ne craignit pas de dénoncer ces fautes en des termes durs mais pleins de vérité, car jamais on ne doit renoncer à l’amour et à la paix du cœur.
La paix du cœur, c’est la paix de Jésus, la paix qu’Il nous donne, sa paix qu’Il nous a laissée. Aimez-vous les uns les autres répète sans cesse Jésus. Mais pourquoi tant de personnes ne connaissent-elles pas la paix du cœur ? Réfléchissons un peu.

*****
La paix du cœur est toujours difficile à obtenir à cause de nos péchés. Le monde est dur, et spontanément nous nous révoltons, nous nous fâchons, nous essayons de raisonner, mais nos constats nous déconcertent. Et nous jugeons, sévèrement. Et comme rien ne change, surtout dans un monde sans Dieu, c’est la révolte, la haine, la jalousie, et la guerre. Pourtant notre cœur souffre, car Dieu n’est pas aimé.
Dieu n’est pas aimé! C’est cela qui brise mon cœur. À cela il faut ajouter les nombreuses erreurs que des responsables de notre Église ont commises. Et cela tout au long des siècles. Mais pourquoi ? Il me semble que la raison principale de ces erreurs, c’est que l’on a oublié que Dieu doit être le Premier servi.
Les hommes sont les œuvres de Dieu, précieuses à son cœur, mais fragiles vue leur complexité. Cela Dieu le sait, mais l’homme ne le sait pas tant qu’il n’a pas pris conscience de cette fragilité. Aussi Dieu donne-t-Il à Adam une première consigne : ne pas manger le fruit d’un arbre. La faiblesse d’Adam et d’Ève va bientôt se révéler à eux-mêmes : trompés par Satan ils vont manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Désormais ils mourront ; et les anges vont les chasser du paradis terrestre ; mais Dieu ne les abandonnera pas malgré les apparences : les hommes, en effet, doivent absolument connaître leur faiblesse humaine liée à leur condition d’êtres de chair et d’esprit.
Les différentes mythologies se rejoignent toutes : loi de Dieu d’abord ; puis le péché par excès de désir : on veut toujours plus. Et toujours sous-jacents : la jalousie et le rejet de la Loi. Les hommes rejettent la Loi et tombent dans le malheur et dans la mort. C’est alors que l’on détecte l’importance vitale de la Loi de Dieu et de la pureté du cœur. Au fond, Jésus fin psychologue et grand philosophe, a compris tout cela et l’a exprimé dans les béatitudes qui sont en fait les résultats de l’application de la Loi de Dieu. Jésus parle deux fois du bonheur de ceux que l’on persécute et insiste en disant “Heureux les miséricordieux !” Or, les miséricordieux, ce sont ceux qui ont souffert à cause des autres, mais qui pardonnent comme Dieu pardonne, car Dieu aime.
Résumons-nous :
Dieu seul EST. Dieu seul sait ce qu’Il a fait. Dieu seul connaît et pour éduquer les hommes libres très fragiles car matière et esprit, Il donne sa Loi, son mode d’emploi de la création. Il y a entre Dieu et les hommes une unité incroyable. Dieu est et Il fait ; et les hommes sont en Dieu, dans sa Pensée divine qui est Amour. Dieu veut que les hommes L’aiment et pour cela Il les fait libres. Les hommes libres et capables d’aimer, libres et en Dieu venant de Dieu. Cela nous ne pouvons même pas l’imaginer et encore moins le comprendre. Dieu est trop grand et éternel.
Aujourd’hui, il n’est pas facile, lorsqu’on est trop clairvoyant de garder son espérance intacte. Et sans le vouloir, j’écris un mot sur un papier : l’union à Dieu d’abord. S’unir à Dieu, c’est écouter Dieu, L’entendre, Le trouver, Le rencontrer, L’adorer, L’aimer, vivre avec Lui. Mais qui est Dieu ? Il nous est absolument impossible de “dire” Dieu, car nous ne Le “voyons”, nous ne Le “pensons” qu’avec notre humanité qui n’a rien à voir avec la divinité.
Dieu est au-delà du présent humain. Dieu EST Présent et Éternel, et ce qui est passé ou est aujourd’hui ou sera demain pour nous, est constamment présent pour Dieu, car il n’y a pas de temps pour Dieu, le temps étant aussi une créature. Dieu ! Qui est Dieu ? Je tremble, et mon esprit défaille ; je ne sais pas. Je suis en Dieu, je baigne en Dieu et pourtant je ne Le connais pas, mais je Le cherche… Dieu seul me guide. Et curieusement j’ai comme peur, et pourtant je désire Dieu, j’aime Dieu car il y a Jésus qui est à ma portée. Bien que Dieu, Jésus est “à ma taille”, et dans mon temps, car Incarné, il est dans le temps tout en étant hors du temps. Ce mystère nous ne pourrons jamais le comprendre car nous sommes dedans.
Ainsi, chaque homme, créature de Dieu, en Dieu, impuissant et totalement dépendant de Lui, chaque homme n’a qu’un seul moyen de rencontrer et d’aimer Dieu : observer ses commandements d’amour. Je dois écouter Dieu, tendre l’oreille de mon cœur et entendre Jésus nous dire : “Aimez-vous les uns les autres.” Jésus ne cesse de nous parler pour nous ramener à la paix, sa paix, celle qu’Il nous donne.
Quand on n’aime pas, c’est Babel. Toute l’histoire des hommes tourne autour de Babel qu’ils ne cessent de reconstruire. Car l’histoire de tous les peuples anciens nous montre les hommes se combattre, et quand ils ne combattent plus, c’est pour reconstruire Babel. Et nous, nous qui vivons au XXIème siècle, nous agissons de la même façon. Prenons quelques exemples : au XIXème siècle, voici la franc-maçonnerie gouvernant “les lumières” et conduisant à la Révolution qui met en évidence deux catégories d’hommes : d’une part les riches, cultivés, instruits, travailleurs généralement, mais, ayant perdu Dieu, et devenus les exploiteurs des autres. Ces autres, les exploités sont les pauvres, délaissés, livrés à eux-mêmes et à leurs instincts : paresse, vices, abandon, et manipulables à souhait. Il était facile alors à la classe riche d’utiliser ces pauvres gens pour accomplir les tâches ignobles que les études sur la Révolution française nous révèlent de plus en plus. Raison principale : tous avaient abandonné Dieu.
Ensuite on assiste à la même chose avec la révolution industrielle. Nouveaux enrichissements et nouvelles exploitations. Et de nos jours nous avons assisté aux désastres du communisme et du nazisme : horribles tours de Babel qui se sont effondrées elles aussi. Aujourd’hui nous vivons les crises du socialisme et du libéralisme: Babel s’effondre encore. Et la cause est toujours la même : Dieu a été chassé, et les chrétiens sont toujours persécutés. Et quand il n’y a plus Dieu, il n’y a plus d’amour, et le péché règne. C’est comme si l’on assistait à la permanence du péché originel.
Pourquoi tout cela ? Pourquoi Dieu laisse-t-il faire ? Pourtant Il savait, de toute éternité, ce qui allait arriver ; alors ? C’est que Dieu veut être aimé et Il nous laisse libres de répondre à son amour, seule condition de notre bonheur. Il laisse notre liberté Le choisir, Lui et sa sainte Volonté, donc le bonheur, ou le refus de sa Loi qui conduit au malheur. Mais Dieu ne peut pas détruire sa création, car l’Amour est aussi pardon et miséricorde. Dieu pardonnera, mais en attendant, que de souffrances pour tous les hommes…
Et voici l’essentiel :
Feuilletant une revue, je lis, dans un article concernant les particules constituant la matière, quelques lignes sur la théorie des cordes, théorie qui vise à unifier la description du monde de l’infiniment petit : celui des particules élémentaires, et le monde de l’infiniment grand : celui des galaxies ou des amas de galaxies. Ces lignes m’ont bouleversée car elles rejoignent plus ou moins mon intuition profonde concernant la constitution de la matière et sa place en Dieu. Voici : “Selon cette théorie, il n’y aurait pas mille et une sorte de particules élémentaires dans l’univers : il n’y en aurait qu’une. Cette particule fondamentale serait une corde vibrante, analogue à celle d’un violon, dont les harmoniques – ses différents modes de vibration – constitueraient toutes les particules que nous connaissons, ainsi que d’autres qui n’ont pas encore été détectées. Autrement dit : toute la matière pourrait être décrite par une corde unique présentant une infinité de modes de vibration.”
Ainsi, il existerait une unité complète entre Dieu et sa création, entre la substance de Dieu et ce qui constitue notre matière. Dieu Est et Il est UN. Et la base de ce qui nous constitue est également un. La création baigne en Dieu. De sa propre substance Dieu crée la matière par conséquent nous aussi. Et Il veut que nous L’aimions ; donc, ayant pris ce qui vient de Lui pour nous fabriquer, Dieu nous fait libres pour que nous puissions L’aimer. C’est très clair. Mais alors le péché ? Dieu le permet car nous sommes libres. Mais ceux qui pêchent sont toujours de Dieu, et forcément ils reviendront à Dieu grâce à sa miséricorde et à la capacité qu’Il nous a donnée, de demander pardon. D’où la naissance de notre espérance. Reste notre esprit qui “meut” notre matière. Et là il faut encore revenir à la science moderne qui détecte constamment des forces nouvelles dans ce que nous appelions autrefois “le vide”, le vide physique qui n’existerait donc pas. Ces forces que nos savants ne savent pas encore préciser, sont-elles, en réalité l’Esprit de Dieu ?
Incontestablement la science moderne nous rapproche de plus en plus de Dieu. Elle nous fait comprendre la réalité fondamentale de la Présence de Jésus dans son Eucharistie. La nature de la matière est toujours la même quelles que soient ses apparences. Ainsi Jésus peut changer de formes, mais c’est toujours Lui qui est présent. Ses “cordes” invisibles vibrent toujours pour nous, même si nous, nous ne voyons qu’une hostie consacrée. Ces choses, encore très nouvelles, sont difficiles à exprimer. Mais ce qui est certain, c’est que la science moderne fortifie notre foi et fait naître notre espérance. Et elle nous fait comprendre mieux nos liens avec notre Créateur. Oui, dans notre monde, nous sommes obligés de constater les immenses dégâts commis par le péché des hommes. Ce redoutable constat est obligatoire, on ne peut pas le nier, mais voici que la science moderne nous conduit à l’espérance, tant que nous sommes sur la terre.

Paulette Leblanc

LE PARADIS DE DIEU EST LE COEUR DE L’HOMME

27 septembre, 2018

http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010717_alfonso-liguori_fr.html

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Fête des archanges 29 septembre

LE PARADIS DE DIEU EST LE COEUR DE L’HOMME

« Deliciae meae esse cum filiis hominum (Prov. VII,31). Le paradis de Dieu est, pour ainsi dire, le coeur de l’homme.
Dieu vous aime? Aimez-le. (…)

Prenez l’habitude de lui parler seul à seul, familièrement, avec confiance et amour, comme à un ami, le plus cher que vous ayez et qui vous aime le plus.
Et si c’est une grande erreur, comme on a dit, de traiter Dieu avec méfiance (…), c’est une erreur encore plus grande de penser que converser avec Dieu ne soit qu’ennui et amertume.
Non, ce n’est pas vrai : Non… habet amaritudinem conversatio illius, nec taedium convictus illius (parce que sa compagnie ne porte pas d’amertume, ni douleur sa convivence) (Sag. VIII, 16). Demandez-le aux âmes qui l’aiment d’un amour vrai et elles vous diront que dans les peines de leurs vies, elles ne trouvent de soulagement plus grand et plus vrai que dans la conversation amoureuse avec Dieu.
On ne vous demande pas encore une application mentale continue, telle que vous deviez oublier toutes vos affaires et vos divertissements.
Mais l’on vous demande que, sans délaisser vos occupations, vous fassiez envers Dieu ce que vous faites envers ceux qui vous aiment et que vous aimez.
Votre Dieu est toujours auprès de vous, bien plus, il est en vous: In ipso… vivimus, et movemur, et sumus (Actes XVII, 28).
Il n’y a pas de portier, si vous désirez lui parler; au contraire, Dieu aime que vous vous confiez à Lui.
Parlez-Lui de vos affaires, de vos projets, de vos peines, de vos peurs, et de tout ce qui vous appartient.
Faites-le surtout, comme je vous l’ai dit, en confiance et le coeur ouvert, parce que Dieu n’a pas coutume de parler à l’âme qui ne lui parle pas; en effet celle-ci, peu habituée à lui parler, comprendrait bien peu s’Il s’adressait à elle.
Dieu sans attendre que vous alliez à Lui, vous devance et se présente à vous, lorsque vous desirez son amour, portant alors les grâces et les remèdes dont vous avez besoin. Il attend seulement que vous lui parliez, pour vous montrer qu’il est proche de vous, prêt à vous écouter et à vous consoler (…)
Notre Dieu habite en haut des cieux, mais il ne dédaigne pas passer jour et nuit avec ses enfants fidèles et il leur fait partager ses divines consolations, dont une seule surpasse tous les délices de ce monde, et seul celui qui ne les a jamais goûtées, ne les désire pas. Gustate et videte quoniam suavis est Dominus (Ps XXXIII,9). »
Des “Oeuvres ascétiques” de St. Alphonse Marie de Ligure (CSSR, Rome 1933, Vol I, pp. 316-318).

Prière
O mon Jésus, aie pitié de moi. Je t’offre mon coeur ingrat, mais repenti. Oui, mon Rédempteur, je me repens surtout de t’avoir méprisé. Je m’en repens et je t’aime de toute mon âme.
Oui, mon Sauveur, mon Dieu, je t’aime, je t’aime. Ou plutôt, que ce soit toi qui me rappelles toujours combien tu as souffert pour moi, afin que je n’oublie plus de t’aimer. (de St. Alphonse M. de Ligure)

CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CHANT NOUVEAU – SAINT AUGUSTIN, ÉVÊQUE

25 septembre, 2018

http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010508_agostino-vescovo_fr.html

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CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CHANT NOUVEAU – SAINT AUGUSTIN, ÉVÊQUE

« Nous sommes invités à chanter au Seigneur un chant nouveau. L’homme nouveau connaît ce chant nouveau. Le chant est affaire de joie, et si nous y réfléchissons plus attentivement, il est affaire d’amour. Donc, celui qui sait aimer la vie nouvelle sait chanter le chant nouveau. Qu’est-ce que la vie nouvelle ? Nous y sommes invités à cause du chant nouveau. Car tout appartient au même royaume: l’homme nouveau, le chant nouveau, le testament nouveau. Donc l’homme nouveau chantera le chant nouveau et appartiendra au testament nouveau.
Chacun aime, mais on doit chercher quel est l’objet de cet amour. Par conséquent, on ne nous demande pas de renoncer à l’amour, mais de choisir ce que nous devons aimer. Mais que pourrons-nous choisir, si d’abord nous ne sommes choisis ? Écoutez l’Apôtre Jean : Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. Cherche comment l’homme peut aimer Dieu, et tu ne trouveras absolument rien d’autre que ceci : c’est Dieu le premier qui l’a aimé. Celui que nous avons aimé s’est donné lui-même, il s’est donné pour que nous ayons de quoi aimer. Qu’a-t’il donné pour que nous ayons de quoi aimer? Sachez plus clairement en écoutant l’Apôtre Paul, qui dit: L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs. D’où cela vient-il? de nous? de qui donc ? Par l’Esprit Saint qui nous a été donné.
Puisque nous avons une telle garantie, aimons Dieu de par Dieu. Écoutez cette parole plus explicite de saint Jean : Dieu est amour. Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Il ne suffit pas de dire : L’amour vient de Dieu. Mais qui d’entre nous oserait dire comme saint Jean : Dieu est amour ? Celui qui a dit cela savait ce qu’il avait en lui.
Dieu se donne à nous plus parfaitement. Aimez-moi, dit-il, et vous me possèderez; car vous ne pouvez m’aimer sans me posséder.
Ô mes frères! Ô mes fils! Enfants de l’Église catholique! Plantation sainte et céleste! Vous qui êtes régénérés dans le Christ et qui avez reçu la naissance d’en haut, écoutez-moi, ou plutôt écoutez par ma voix : Chantez au Seigneur un chant nouveau! Et bien, dis-tu, je chante! Tu chantes, oui, tu chantes, je l’entends. Mais il ne faut pas que ta vie porte témoignage contre tes paroles.
Chantez avec la voix, chantez avec le cœur, chantez avec la bouche, chantez par toute votre vie: Chantez au Seigneur un chant nouveau. Vous cherchez comment chanter celui que vous aimez? Car, sans aucun doute, tu veux chanter celui que tu aimes. Tu cherches quelles louanges lui chanter? Vous avez entendu: Chantez au Seigneur un chant nouveau. Vous cherchez où sont ses louanges? Sa louange est dans l’assemblée des fidèles. La louange de celui que l’on veut chanter, c’est le chanteur lui-même. Vous voulez dire les louanges de Dieu? Soyez ce que vous dites. Vous êtes sa louange, si vous vivez selon le bien. »

Des Homélies de saint Augustin, évêque (Serm. 34, 1-3.5-6; CCL 41, 424-426)

Prière
Seigneur, tu ouvres ton Royaume à ceux qui renaissent de l’eau et de l’Esprit : fais croître en eux la grâce pour que, déjà purifiés de leurs fautes, ils ne rendent vaine aucune de tes promesses. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen

Préparé par le Département de Théologie Spirituelle de
L’Université Pontificale de la Sainte-Croix

MÉDITATION DU VENDREDI SAINT (2014)

29 mars, 2018

http://www.chemindamourverslepere.com/archive/2014/04/18/meditation-du-vendredi-saint-5349629.html

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Église orthodoxe-grecque du Saint-Sépulcre, Jérusalem

MÉDITATION DU VENDREDI SAINT (2014)

« L’âme de Jésus avait une soif aussi ardente des âmes, que son corps de l’eau du puits. Sa pensée s’étendait sur tous les siècles à venir, et il désirait avec ardeur multiplier la multitude des âmes rachetées. Hélas ! nous pouvons mesurer approximativement le tourment de la soif physique ; mais nous n’avons pas même une ombre qui puisse nous donner une idée de la réalité du tourment qu’endurait son âme. Si l’amour du Créateur pour les créatures qu’il a tirées du néant ne ressemble à aucun amour des anges ni des hommes, si l’espèce en est unique, si le degré en dépasse la portée de notre intelligence, ainsi en est-il de l’amour spirituel pour les âmes que renferme l’âme du Sauveur du monde. L’amour sauveur reste sans terme de comparaison, comme l’amour créateur. [...] Le tourment de cette soif était incomparablement bien plus cruel que celui de l’autre soif. Marie le vit, et cette vue même la transporta aussitôt, pour ainsi dire, dans un monde nouveau et inconnu de douleurs. Elle vit que cette seconde soif serait presque aussi peu satisfaite que l’autre. Elle vit comment, à ce moment, Jésus contemplait dans son âme la procession sans fin des hommes qui s’avançaient chaque jour, sans interruption, d’une aurore à l’autre, en portant avec eux dans l’enfer le caractère du baptême et le sceau du précieux sang de leur Rédempteur. Voyez ! maintenant même, alors que le Sauveur est mourant de soif, le larron impénitent ne veut pas lui donner à boire son âme souillée ! Ainsi allait-il en être à jamais. Marie voyait tout cela. [...] Comme lui elle avait soif des âmes, et son cœur défaillait en voyant que la soif de Jésus ne serait pas étanchée. Ô malheureux enfants que nous sommes ! Combien de nos âmes n’avons-nous pas tenues éloignées, qui ce jour-là auraient consolé la Mère et le Fils ! »

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Tableau de Pierre Paul Rubens (Source)

« Il ne faut pas que nous quittions la croix. Nous ne devons pas descendre du Calvaire avant d’être crucifiés, et que la croix et nous soyons devenus inséparables. Mais le Calvaire est le grand théâtre de l’impatience humaine. Beaucoup ont le courage de gravir la colline, portant bravement leur croix sur leurs épaules. Mais, quand ils arrivent au sommet, ils posent leur croix à terre et descendent dans la cité pour prendre part au reste de la fête avec le peuple. Quelques-uns se laissent dépouiller, mais ils se retirent alors, refusant de se laisser attacher à la croix. D’autres y sont cloués, mais se détachent avant l’élévation de la croix. Quelques-uns supportent le choc de l’élévation, puis descendent de la croix avant que les trois heures soient passées ; ceux-ci dès la première heure, ceux-là dans la seconde, d’autres, hélas ! au moment même où la troisième heure est près de sa fin. Hélas ! le monde est plein des déserteurs du Calvaire, et il en est tellement plein que la grâce prudente ou dédaigneuse semble peu s’inquiéter de les arrêter. Car la grâce ne crucifie nul homme malgré lui ; elle laisse ce travail au monde et il le fait traîtreusement ou tyranniquement. [...] Nous voulons bien que notre sanctification ressemble à une opération douloureuse, mais nous désirons que cette opération soit de courte durée ; nous ne pouvons attendre, si elle vient sous la forme d’une guérison graduelle… [...]

C’est seulement à l’aide de la grâce du silence que les saints portent de si lourdes croix. Une croix pour laquelle nous avons reçu de la sympathie, est bien plus lourde qu’elle ne l’était auparavant, ou il peut arriver que la sympathie nous ait énervés de telle sorte que le poids semble plus grand et la plaie plus douloureuse sur nos épaules. Le silence est l’atmosphère propre de la croix, comme le secret natal. Les meilleures croix sont secrètes, et nous pouvons être silencieux sous celles qui ne sont pas secrètes. Le silence crée réellement pour nous une sorte de secret, même en public. Car du moins nous pouvons cacher combien nous souffrons, si nous ne pouvons cacher tout à fait que nous souffrons. [...] D’une manière ou d’une autre, la sympathie humaine profane les opérations de la grâce. Elle mêle un élément avilissant à ce qui est divin : le Saint-Esprit s’en éloigne parce que c’est une chose qui « venant de la terre, est tout terrestre. » Le consolateur ne donne ses meilleures consolations qu’aux cœurs inconsolables… »

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« Mais il y a une vraie consolation, profondément cachée, il est vrai, et cependant à notre portée, dans ce renoncement à toute consolation humaine. C’est dans les ténèbres de la nature que nous trouvons réellement le voisinage de Jésus. C’est lorsque les créatures sont absentes que nous sommes soutenus dans l’embrassement sensible du Créateur. Les créatures apportent l’obscurité avec elles, partout où elles s’introduisent. Elles nous gênent toujours, interceptent les grâces, cachent Dieu, nous privent des consolations spirituelles, nous rendent languissants et irritables. Elles remplissent tellement nos sens extérieurs, que les sens intérieurs de nos âmes sont incapables d’agir. Nous désirons souvent que notre vie soit plus divine. Mais elle l’est en réalité plus que nous ne le croyons. C’est la douleur qui nous révèle cela… [...] Nous sommes avec Dieu, notre Créateur, notre Sauveur. il est tout à nous ; il est tel que nous l’a fait l’éloignement des créatures. Il était toujours là, toujours le même dans nos âmes ; seulement il était éclipsé par le faux éclat des créatures. Il paraît enfin dans la nuit comme les étoiles. La lune blanche du midi ne nous séduit pas par sa beauté, c’est seulement dans la nuit qu’elle nous charme. De même c’est l’obscurité d’un Calvaire spirituel qui répand sur nos âmes la douce clarté de notre admirable Sauveur. »

R.P. F.W. Faber (1814-1863), Le pied de la Croix ou les douleurs de Marie (ch. VI), Quatrième édition, Paris, Ambroise Bray, 1862.

 

LA SAINTETÉ: PROFESSEUR ALEXIS OSSIPOV

5 mars, 2018

https://orthodoxologie.blogspot.it/2010/02/alexis-ossipov-theologien-russe-de-quoi.html

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LA SAINTETÉ: PROFESSEUR ALEXIS OSSIPOV

Théologien russe

De quoi a besoin une personne pour devenir un saint et pourquoi l’Église ne peut-elle jamais reconnaître une personne comme sainte alors que la personne est encore vivante? Ces questions sont la pierre angulaire de la vie spirituelle chrétienne. Alexis Ossipov, professeur à l’académie spirituelle de Moscou et théologien de renom, va répondre à ces questions.
Comme nous le savons par l’Évangile, la première personne qui soit jamais entrée au ciel a été le larron (Luc 23:39-43), un voleur dont les mains étaient couvertes de sang. Il s’agit d’un fait étonnant sans équivalent dans aucune autre religion du monde. Alors, pourquoi l’homme a-t-il été sauvé?
L’Évangile est très clair à ce sujet. L’auteur du méfait a été sauvé parce qu’il s’est rendu compte que sa vie était pleine d’immondices, parce qu’il a senti qu’il n’était pas digne d’être sauvé, et à cause de son repentir sincère devant le Sauveur. Le larron était pleinement conscient et n’avait absolument aucun doute qu’il ne pouvait pas être là où l’homme sur la croix allait être. C’est pourquoi il a prononcé ces paroles, si incroyablement humbles dans son agonie terrible, en s’adressant au Christ, « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans Ton royaume » (Luc 23:42). Il n’a pas demandé le soulagement de la douleur ou la miséricorde, mais il a demandé au Seigneur de se souvenir de lui dans le lieu où il pensait qu’il ne serait jamais. C’est ce qui était suffisant pour être sauvé. En effet, comme le dit le Psaume, « un cœur brisé et contrit, ô Dieu, Tu ne le mépriseras pas » (Ps. 51:17). La vie d’un saint commence par faire attention à sa propre vie morale, à son état intérieur. Il faudrait comparer ses sentiments et ses aspirations avec les Commandements de l’Évangile, et la manière dont le Christ a agi. Cela révèle un tout nouveau monde à l’intérieur du cœur d’une personne, un monde étrange et inconnu qui souvent ne paraît pas très bon.
D’une part, nous sommes absolument sûrs que nous sommes gentils, intelligents, honnêtes, etc En un mot, que nous sommes bons et justes. C’est pourquoi il ne nous vient jamais à l’esprit que nous pourrions aboutir en dehors du Royaume des Cieux. Au contraire, nous pensons que nous allons certainement être là, au moins quelque part dans un « coin » du Ciel. Il se peut que je ne sois pas un grand saint, comme je me le dis souvent, mais je suis encore un croyant, un chrétien orthodoxe, je vais à l’église, je confesse mes péchés, et je reçois la Communion… Comment ne pas être sauvé? Je n’ai jamais tué ou volé, ou trompé mon épouse, ou violé les lois, de quoi d’autre ai-je besoin? Je me sens comme un saint légitime. J’ai juste besoin d’être canonisé, pendant que je suis encore en vie.
Mais d’un autre côté, si nous prêtons attention à nos paroles, à nos souhaits, à nos sentiments et nos attitudes à l’égard des amis et des ennemis, et si l’on compare tout cela avec ce que notre conscience nous dit et à ce que dit l’Evangile, nous commençons à voir les choses très différemment. Il s’avère que je ne puis m’empêcher de juger, d’envier, de me vanter, de trop manger, etc… Il y a tellement de choses je ne puis m’empêcher de faire, que je ne peux plus me voir comme une « bonne personne ». Même si je fais quelque chose de bien, c’est parce que je suis prétentieux ou calculateur. J’entends le grand nombre de péchés à la confession publique et je me rends compte que 99% des péchés de cette liste sont mes péchés. C’est-à-dire que je vois que je n’arrive pas à respecter les normes énoncées dans l’Evangile.
Peut-on devenir un saint déjà de son vivant? Pour répondre à cette question, nous devons comprendre que la sainteté, cela consiste à avoir le Saint-Esprit, un état qui peut changer souvent tout au long de la vie d’une personne, car Dieu seul ne connaît pas de changement. Ce n’est pas un oiseau que nous pouvons prendre et enfermer dans une cage afin qu’il ne puisse s’échapper. Mais cela consiste à surveiller son « vieil homme », à être vigilant dans le cœur et l’esprit, comme si nous étions les défenseurs d’une forteresse assiégée. Si les gardes de la forteresse font preuve de négligence, toute l’armée peut perdre la bataille. De même, il y eut des cas dans l’histoire du christianisme, où certains ascètes atteignirent les dons de prophétie ou de miracles, mais perdirent la concentration de leurs pensées et de leurs sentiments. En conséquence, ils ne furent plus capables de voir leurs « ennemis intérieurs », et de bien réfléchir à leurs réalisations, et beaucoup de ces personnes moururent spirituellement. Il y eut d’autres qui ne s’élevèrent dans leur sainteté dessus de la pureté d’un enfant. Saint Ignace (Bryanchaninov) citait saint Macaire le Grand qui a écrit qu’il y avait des âmes qui avaient reçu la grâce de Dieu, mais étant spirituellement inexpérimentées, comme des enfants, elles étaient tombées en s’éloignant de la sagesse qui est nécessaire pour un ascète véritable. Dans de nombreux monastères de tels startsy étaient appelés « saints mais non expérimentés », et les autres moines étaient réservés et prudents quand il s’agissait de les consulter.
C’est seulement en réalisant que nous sommes incapables de vaincre nos passions et nos péchés par nous-mêmes que nous pouvons obtenir l’humilité. C’est le début de la vie spirituelle juste. Car cela seulement nous fait perdre nos illusions sur nous-mêmes, révélant le véritable état de nos âmes, qui est si loin de la pureté de l’Évangile. Cela rend une personne en mesure de chercher le Sauveur, de se tourner vers le Christ. SaintPierre Damascène a déclaré: « Le premier signe que l’âme commence à s’améliorer, c’est quand on voit ses péchés innombrables comme le sable de la mer ». Je dois répéter que ce n’est que le commencement du chemin vers la sainteté. Mais s’il n’y a pas de commencement, il n’y a pas de suite.

Version Française Claude Lopez-Ginisty
d’après
UNPLEASANT DIAGNOSIS. The First Step to Sainthood.

QU’EST-CE QUE LE « DON DES LARMES » ? (interview)

27 février, 2018

http://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Vie-spirituelle/Qu-est-ce-que-le-don-des-larmes

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Les larmes de Dieu

QU’EST-CE QUE LE « DON DES LARMES » ? (interview)

Les larmes, c’est d’abord un signe de faiblesse, de souffrance, que l’on cache. Pourtant, la spiritualité médiévale parlait du « don des larmes »… De quoi s’agit-il ? La réponse d’Anne Lécu, religieuse, médecin en prison, auteur de l’essai Des larmes (Cerf).

Les larmes ont-elles toujours la même signification ?
A. L. : Cela dépend des époques. Aujourd’hui, on pleure parfois pour des bêtises, et certains pleurent de joie. Les larmes vont de la tristesse à la joie, et comme Marie Madeleine quand Jésus l’appelle par son nom, on peut passer en un même moment d’un état à l’autre. Le rire a quelque chose de mécanique, tandis que les larmes dessinent une continuité dans la gamme des sentiments.

Vous dites dans votre livre que les larmes sont une sécrétion du corps. Est-ce que c’est à traiter, à soigner ?
A. L. : C’est la question. Aujourd’hui on a tendance à vouloir tout médicaliser, et on peut avoir la tentation de se dire qu’il faut supprimer les larmes, qui sont un signe de souffrance. C’est parfois le cas, mais pas toujours. Pour moi, les larmes sont d’abord un débordement, qui manifeste un excès de quelque chose. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’elles disent de la personne qui pleure, ce qu’elle-même a à entendre de ses propres larmes. On est souvent débordé par ses larmes. Il m’arrive de pleurer alors que je ne le voudrais pas.

Nos larmes sont très liées à ce qui nous arrive, à notre vie personnelle, psychologique ?
A. L. : A notre existence, à notre histoire, à notre passé, à notre manière d’être… Certains pleurent plus que d’autres, qui n’arrivent pas à extérioriser leur souffrance, et qui en souffrent et le disent. J’ai le souvenir d’une personne en prison qui était couverte de grosses plaques suintantes, et qui me disait : « Mon corps qui suinte, c’est mon âme qui pleure. » Il n’arrivait pas à pleurer. C’est plus triste finalement de ne pas arriver à pleurer, que de trop pleurer.

Dans les Ecritures, et même dans l’Ancien Testament, on pleure beaucoup.
A. L. : C’est parce que la Bible raconte notre histoire. Un frère dominicain que je connais dit qu’elle raconte ce qui se passe autour de nous dans un rayon de 5 m. Elle raconte donc forcément les émotions des gens, leurs conflits, leurs joies…
Les larmes de la Bible disent-elles quelque chose de particulier ?
A. L. : Elles disent que Dieu s’incarne dans nos vies, dans nos échecs, dans nos joies, dans nos rencontres…

Parce que Dieu a un rapport avec nos larmes ?
A. L. : Je le crois vraiment. Je crois que Dieu lui-même pleure. Le Christ pleure dans l’Evangile. Jésus s’est fait l’un de nous, aussi j’ai l’impression que nos larmes sont incluses dans les siennes. Il les porte. Quand il pleure, il pleure une fois pour toutes les larmes de tout le monde. Et si Dieu pleure, oui, il y a un rapport entre Dieu et les larmes. Les auteurs du Moyen-Age ne s’y sont pas trompés, puisqu’ils parlent du « don » des larmes.

Qu’est-ce c’est que ce fameux « don des larmes » ?
A. L. : Cela dit d’abord que les larmes sont à recevoir comme un cadeau. Elles sont un cadeau parce qu’elles signifient la présence de quelqu’un. Je pense que l’on ne pleure pas quand on est vraiment seul. Si l’on pleure et qu’on est seul, c’est qu’on pleure devant quelqu’un. Ce quelqu’un peut être Dieu, ce peut être aussi celui auquel on pense et qui s’est absenté ou qui est mort, mais qui est présent sous forme d’absence, si je puis dire. Celui qui est absolument déserté par ses proches ne pleure pas. Nous en avons tous fait l’expérience, quand nous sommes en présence d’une personne de confiance, nous nous mettons à pleurer. Un ami arrive, on se lâche et on se met à pleurer. Les larmes sont donc le signe d’une présence, c’est pourquoi elles sont un cadeau.

Cela veut dire qu’on pleure pour rien ?
A. L. : Ce n’est pas la question. Quand on relit les écrits des auteurs médiévaux, on trouve des larmes de contrition : on regrette ce qu’on a fait.

Les grands saints pleurent beaucoup sur leurs péchés.
A. L. : Sans aller chercher les grands saints, nous savons bien nous-mêmes que quand on a fait quelque chose qu’on aurait préféré ne pas faire et qu’on a blessé quelqu’un qu’on aime, les larmes, au moment où on les verse, sont une forme de libération.

Dans les récits de conversion aussi, de grandes larmes sont versées.
A. L. : Je pense que les larmes de conversion disent encore autre chose. Elles arrivent quand quelque chose dans notre vie est plus grand que nous-mêmes, quand notre vie est touchée par une transcendance. Les larmes de conversion sont des larmes de joie. Sans être de grands saints, et même peut-être hors de la foi, tout le monde peut faire cette expérience, quand on est devant une œuvre d’art qui nous émeut par exemple. Celui qui est amoureux et pleure de joie d’être dans les bras de sa compagne fait la même expérience, il est touché par plus grand que lui.

Cela aussi, on peut l’appeler « le don des larmes » ?
A. L. : Bien sûr ! C’est un cadeau ! Que nous le vivions ou non dans la foi, je pense que tout ce que nous vivons concerne Dieu. Sinon, Dieu ne s’est pas incarné en Jésus Christ.

Est-ce que c’est un don gratuit ?
A. L. : Oui, je crois qu’avec les larmes, on est dans le contraire de l’utile. On les verse quand on ne les cherche pas… Elles peuvent couler de colère, de fatigue, elles peuvent couler abondamment à des moments où l’on n’arrive pas à les retenir, parfois même on ne se rend pas compte qu’on pleure. Elles nous arrivent sans qu’on en ait la maîtrise, et quand on en a la maîtrise, on ne pleure plus ! J’aime parler de cadeau, parce qu’il nous arrive à tous de recevoir la présence de l’autre comme un cadeau. Et ça, c’est la présence de Dieu.

Ignace de Loyola, François d’Assise pleuraient abondamment…
A. L. : Saint Dominique aussi, qui pleurait la nuit parce que le sort des pécheurs l’inquiétait beaucoup. Dans la journée, il essayait d’être joyeux avec ceux qui étaient joyeux, et de pleurer avec ceux qui pleuraient. Ce qui est une belle image de la qualité de présence que nous pouvons avoir les uns pour les autres.
Et de la qualité des larmes aussi…
A. L. : C’est la même chose !

Quand on se sent débordé par ses larmes, sans raison particulière, que faut-il faire ?
A. L. : Rien.

On voit beaucoup de gens qui pleurent à la messe. A l’Eucharistie par exemple.
A. L. : Oui, et si vous leur posez la question, ils vous diront qu’ils sont très contents d’avoir pleuré.

Il y a donc un bienfait des larmes ?
A. L. : J’en suis sûre. Les médiévaux disaient qu’elles lavaient les yeux, elles avaient donc un rôle purificateur. Je crois vraiment que les larmes lavent les yeux. Quand on a la vue troublée par les larmes, on voit des choses qu’on ne verrait pas les yeux secs. C’est une antidote à la transparence.

C’est le médecin qui parle, là ?
A. L. : Non, c’est quelqu’un qui est exaspéré par la transparence ambiante. On imagine aujourd’hui qu’il faudrait tout savoir sur tout le monde, dans le milieu de la prison notamment, et que quand on saurait tout, on pourrait faire des choses pour les gens. Voir, ce serait savoir et donc pouvoir. Je pense que c’est une pure illusion, et je revendique l’opacité. Accepter de ne pas savoir, c’est la première des choses pour entrer en relation avec quelqu’un.

On pleure beaucoup en prison ?
A. L. : On pleure beaucoup et on se cache pour pleurer, par pudeur d’abord. En prison, on est toujours surveillé. On se cache donc aussi par crainte que l’on croie que vous ne vouliez vous suicider, et qu’on vous réveille du coup toutes les deux heures pour être sûr que vous dormez. Il m’est arrivé de recevoir une femme venue pleurer dans mon bureau parce qu’elle ne pouvait pas se permettre de pleurer dans le couloir. Les larmes, ça permet garder entre soi et les autres un certain mystère.

Propos recueillis par Sophie de Villeneuve

LA VRAIE BEAUTÉ DE JÉSUS

6 novembre, 2017

https://www.disciples-de-christ.org/fr/jesus-ce-celebre-inconnu/la-vraie-beaute-de-jesus

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Christ l’Époux

LA VRAIE BEAUTÉ DE JÉSUS

Par Joël Chédru le mardi, 11 décembre 2012.

Une petite fille, qui était assise sur les genoux de sa mamy lui posa cette question pour le moins surprenante : « Mamy, pourquoi ton visage est tout rayé ? » Bien sûr, cette réflexion d’une enfant peut faire sourire. Cette mamy d’un âge très avancé avait un visage sillonné de rides. Sans vouloir vexer qui que ce soit, nous savons très bien que la vieillesse n’embellit personne. Mais, comme l’a dit quelqu’un : « La vraie beauté, c’est celle du cœur ! »
La Bible dit : « Recherchez plutôt la beauté de l’être intérieur, la parure impérissable d’un esprit doux et paisible, qui est d’une grande valeur aux yeux de Dieu » (1 Pierre 3/4 Français courant).
Au gré de leur imagination, bien des artistes ont représenté Jésus au visage rayonnant d’une grande beauté. Mais aucun texte de l’Ecriture, qui est la vérité, ne nous laisse entendre cela. La Bible ne nous dit rien concernant l’aspect physique de Jésus, si ce n’est cette prophétie d’Esaïe qui nous le révèle tel qu’il est apparu à ses contemporains : « Il n’avait ni beauté ni éclat pour attirer nos regards et son aspect n’avait rien pour nous plaire » (53/2).
La Bible dit : « Il a paru comme un simple homme » (Philippiens 2/8). Voici ce qui est écrit sur ses contemporains, ceux qui habitaient à Nazareth où Jésus avait été élevé, et qui connaissaient bien sa famille : « Quand ils l’entendirent, ils étaient étonnés et disaient : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-ce pas le fils du charpentier ? N’est-ce pas Marie qui est sa mère ? Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? » (Marc 6/3). C’était un homme parmi les hommes, un Juif parmi les Juifs.
Ce n’est pas en compagnie de l’aristocratie et des grands de ce monde que l’on trouve le Fils de Dieu, mais plutôt au milieu de la souffrance et de la détresse humaines. Alors qu’il se trouve dans la synagogue de Nazareth le jour du sabbat, il se lève pour faire la lecture d’un passage des Ecritures :
« Ayant déroulé le livre du prophète Esaïe, il trouva l’endroit où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ; pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur » (Luc 4/17-19).
Dans le Psaume 45, qui est reconnu comme un Psaume messianique, à cause de sa description prophétique du Messie, et qui entrevoit le futur avènement du Roi des rois, du Messie d’Israël, Chef de l’Eglise et Sauveur du monde, nous lisons ces paroles : « Tu es le plus beau des fils de l’homme » (45/3).
Sa véritable beauté ne résidait pas dans son aspect physique, extérieur et visible de tous, mais dans sa véritable identité, dans sa nature, dans son caractère, dans sa sagesse, dans la noblesse de ses sentiments, dans sa grandeur d’âme, dans les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.
La beauté est par définition ce qui éveille un plaisir admiratif. On parlera de la beauté d’un paysage, d’un tableau, d’une œuvre d’art. La beauté, c’est aussi ce qui éveille l’admiration par ses qualités morales et intellectuelles. On parlera de la beauté d’un sentiment, d’un geste, d’une âme. Cette beauté évoque aussi une idée de noblesse, de supériorité morale. C’est en cela que Jésus est « le plus beau des fils de l’homme. »

« Il est saint, innocent, irréprochable, parfait »
(Hébreux 7/26-28).

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