Archive pour la catégorie 'Ancien Testament: Le Profète'

LE DIEU DU LIVRE D’ISAÏE

2 juillet, 2015

http://www.croire.com/Definitions/Bible/Isaie/Le-Dieu-du-livre-d-Isaie

LE DIEU DU LIVRE D’ISAÏE

Le livre d’Isaïe est composé de trois parties distinctes qui se rapportent à des périodes différentes de l’histoire d’Israël.

Ces périodes sont tellement éloignées dans le temps que l’on a très vite compris qu’Isaïe ne pouvait être l’auteur de l’ensemble du livre. De façon assez classique, on distingue le premier Isaïe (ou «proto Isaïe»), qui couvre les 39 premiers chapitres, le second Isaïe (ou «deutéro-Isaïe») qui commence au chapitre 40 pour s’achever au chapitre 55 et enfin le troisième Isaïe (ou «trito-Isaïev) qui comprend les chapitres 55 à 66. La première partie (chapitres 1 à 39) recueille des prophéties qui ont eu lieu «à l’époque où Osias, Yotam, Achaz puis Ezéchias étaient rois de Juda» (1, 1), soit entre 781 et 687 avant Jésus Christ. Après une période d’accalmie des puissances proches, l’Assyrie devient menaçante. Le prophète lit dans l’histoire qui se déroule sous ses yeux l’action de Dieu qui punit son peuple infidèle afin de le corriger et de le ramener à lui. Les alliances et les défaites sont autant d’occasions de mettre en garde le roi et le peuple contre des calculs purement humains et de court terme. Peu à peu, face à l’effondrement de tout espoir – Samarie est prise en 721 et Juda paie tribut en 701 – apparaît la promesse messianique qui défie tous les temps, toutes les puissances et tous les calculs. La seconde partie (chapitres 40 à 54) est aussi appelée «livre de la consolation d’Israël». Nous sommes désormais au temps de l’exil, après la prise de Jérusalem en 587 par les armées du roi Nabuchodonosor. Babylone a remplacé l’Assyrie mais la ville est prise, les habitants ont été déportés et vivent en exil dans la capitale ennemie. Face à cette défaite radicale, le prophète assure que le Dieu d’Israël continue à veiller sur son peuple. Ce Dieu n’est d’ailleurs pas seulement le Dieu d’Israël mais celui de tout le genre humain. Le monothéisme universel s’affirme et l’attente messianique se précise : celui qui était déjà décrit dans le premier livre comme «un enfant né d’une femme» (Isaïe, 7, 14), devient le serviteur mystérieux décrit dans quatre petits tableaux poétiques que l’on appelle les «chants du Serviteur» (Isaïe 42, 1-7 ; 49, 1-6 ; 50, 4-9 ; 52, 13-53, 12). De façon tout à fait déroutante, ce serviteur n’a aucun des attributs de la puissance royale ou divine, bien au contraire : il semble tirer sa puissance de sa fragilité et de son humilité. Enfin la troisième partie (chapitres 55 à 66) concerne la période qui suit le retour d’exil, soit entre 537 et 520. Les Juifs reviennent dans la province de Juda. Pourtant ce retour si longtemps attendu, espéré comme un aboutissement, s’avère bien plus difficile que prévu. Les nouveaux arrivants sont considérés par ceux qui sont restés au pays comme des usurpateurs. Le prophète doit, une fois de plus, redonner l’espérance, réconcilier, apaiser. Il reprend, console, admoneste mais, surtout, il fait briller Jérusalem comme la ville du Dieu, le phare de toutes les nations, le lieu de l’espérance eschatologique. Ainsi, face à l’effondrement successifs de tous les espoirs terrestres, face aux querelles internes, l’auteur du livre d’Isaïe trouve dans la foi une réponse originale : Le Dieu d’Israël se révèle et s’affirme comme le Dieu des nations, un Dieu plus «éthique» que politique, qui se laisse chercher par l’homme droit et juste, qui se révèle dans le faiblesse et se vit dans l’espérance d’un salut pour tous les hommes.

Jean-Pierre Rosa – 2014 Croire.com

LES COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – Isaïe 5 , 1 – 7

3 octobre, 2014

http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/commentaires-de-marie-noelle-thabut/

LES COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Isaïe 5 , 1 – 7

1 Je chanterai pour mon ami
le chant du bien-aimé à sa vigne.
Mon ami avait une vigne
sur un coteau plantureux.
2 Il en retourna la terre et en retira les pierres,
pour y mettre un plant de qualité.
Au milieu, il bâtit une tour de garde
et creusa aussi un pressoir.
Il en attendait de beaux raisins,
mais elle en donna de mauvais.
3 Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,
soyez donc juges entre moi et ma vigne !
4 Pouvais-je faire pour ma vigne
plus que je n’ai fait ?
J’attendais de beaux raisins,
pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?
5 Eh bien, je vais vous apprendre
ce que je vais faire de ma vigne :
enlever sa clôture
pour qu’elle soit dévorée par les animaux,
ouvrir une brèche dans son mur
pour qu’elle soit piétinée.
6 J’en ferai une pente désolée ;
elle ne sera ni taillée ni sarclée,
il y poussera des épines et des ronces ;
J’interdirai aux nuages
d’y faire tomber la pluie.
7 La vigne du Seigneur de l’univers,
c’est la maison d’Israël.
Le plant qu’il chérissait,
ce sont les hommes de Juda.
Il en attendait le droit,
et voici l’iniquité ;
il en attendait la justice,
et voici les cris de détresse.

Une chanson de vendanges devenue chant de noces
Cela commence comme une chanson de vendanges : « Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. »
La vigne, en Israël, est chose précieuse ! Et tout le monde sait quels soins patients et attentifs elle requiert de la part du vigneron. Si bien qu’une chanson de vendanges vantant la sollicitude du vigneron était devenue une chanson de noces : on invitait le jeune époux à prodiguer autant de soins à son épouse.
Les noces, image de l’Alliance de Dieu avec son peuple
Le prophète Isaïe, à son tour, reprend la même chanson, mais cette fois pour parler de l’Alliance entre Dieu et Israël. De la chanson de vendanges devenue chant de noces, il a tiré une véritable parabole. Ses auditeurs ne s’y tromperont donc pas, il ne s’agit pas d’une simple chanson de vendanges, ni même de fête de mariage !
D’ailleurs, c’est le prophète lui-même qui déchiffre la parabole. « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda ». Quant aux fruits, Isaïe est tout aussi clair : le bon raisin attendu, c’est le droit et la justice ; le mauvais raisin, c’est ce qu’il appelle « l’iniquité, et les cris de détresse ».
Les mauvais fruits de cette vigne
Dans la suite de ce chapitre, il précise ses reproches : « Malheur ! Ceux-ci joignent maison à maison, champ à champ, jusqu’à prendre toute la place et à demeurer seuls au milieu du pays »… C’est la recherche égoïste de l’argent et de la propriété qui est visée ici. Et cette insouciance des riches pour le malheur des pauvres qui caractérise souvent les périodes prospères : « Levés de bon matin, ils courent après les boissons fortes, et jusque tard dans la soirée, ils s’échauffent avec le vin. La harpe et la lyre, le tambourin et la flûte accompagnent leurs beuveries, mais ils ne regardent pas ce que fait le Seigneur et ne voient pas ce que ses mains accomplissent » (Is 5, 8-12).
Il y a pire encore, c’est la perversion de la justice : « Malheur ! Ils déclarent BIEN le mal et MAL le bien. Ils font de l’obscurité la lumière et de la lumière l’obscurité. Ils font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui est amer… Ils justifient le coupable pour un présent (autrement dit, les juges se font acheter) et ils refusent à l’innocent sa justification » (Is 5, 20).
Que fait le vigneron mal récompensé de ses efforts ? Il finit par admettre que la terre est trop mauvaise et il abandonne l’entreprise. Le beau carré bien ordonnancé sera vite redevenu un terrain vague où pousseront des épines et des ronces, comme dit Isaïe.
C’est toujours la même leçon : dès qu’on s’éloigne de la fidélité aux commandements, on fait fausse route et le peuple créé pour que tous ses membres soient heureux et libres, devient le règne de tous les égoïsmes et de tous les vices ; et cela se termine toujours mal. Tout comme un beau carré de vigne laissé à l’abandon devient la proie des bêtes sauvages.
La colère du vigneron
Ce qui est troublant, une fois de plus, dans ce message du prophète c’est qu’Isaïe attribue à Dieu lui-même l’exercice du châtiment : le vigneron de la parabole d’Isaïe ne se contente pas de laisser faire le cours des choses ; c’est lui-même qui enlève la clôture et ouvre une brèche dans le mur pour que la vigne soit piétinée et dévorée par les animaux…
En réalité, comme dimanche dernier, avec le prophète Ezéchiel, nous sommes à une étape de la pédagogie de Dieu. Avec Isaïe, nous sommes même avant Ezéchiel, donc à une époque où l’on dit volontiers que Dieu punit nos mauvaises actions ; à une époque surtout où on n’est pas débarrassé de l’idolâtrie : et donc pour le prophète, il s’agit avant tout d’affirmer qu’il n’existe qu’une puissance au monde ; aucune autre divinité n’est à craindre. Dans tout ce qui nous arrive, c’est vers le Dieu d’Israël qu’il faut se tourner. Lui, le Saint d’Israël, est totalement étranger à toutes les bassesses et les injustices des hommes. Ceux-ci n’ont donc aucune chance de survie s’ils ne changent pas de vie.
Là Isaïe fait la grosse voix, pourrait-on dire, mais n’oublions pas que le même Isaïe, plus tard, quand il faudra remonter le moral des troupes, reprendra son chant de la vigne avec d’autres couplets : « Ce jour-là chantez la vigne délicieuse. Moi, le SEIGNEUR, j’en suis le gardien, à intervalles réguliers je l’arrose. De peur qu’on y fasse irruption, je la garde nuit et jour. Je ne suis plus en colère… » (Is 27, 2-4a).
Notre chance à nous, deux mille cinq cents ans plus tard, c’est de savoir que Dieu n’est jamais en colère !
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Compléments
- A propos de la vigne : entendons-nous bien, quand on pense à la vigne, il ne s’agit pas d’un seul pied, mais d’un carré de vigne : ce qui veut dire déjà un lopin de terre bien à soi. Puisqu’elle exige des soins constants, elle signifie culture, installation ; tout le monde se souvient de Noé, le premier vigneron. La vigne est le premier arbre cultivé, premier signe de civilisation après le déluge : Gn 9, 20-22 ; cela veut dire aussi période de paix, où l’on est assuré de pouvoir travailler sa terre encore le lendemain.
Pendant toute la traversée du désert, évidemment, il ne sera plus question de vigne et c’est l’un des reproches que l’on fait à Moïse, justement, quand on perd le moral : « Pourquoi nous avez-vous fait monter d’Egypte et nous avez-vous amenés en ce triste lieu ? Ce n’est pas un lieu pour les semailles ni pour le figuier, la vigne ou le grenadier ; il n’y a même pas d’eau à boire » (Nb 20, 5).
A l’inverse, lorsque Moïse organisa une première mission de reconnaissance dans la terre de Canaan que Dieu lui avait promise, les explorateurs furent aussitôt impressionnés par la richesse des vignobles ; c’était la saison des premiers raisins. « Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eshkol (au Nord d’Hébron) où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche. Ils y prirent aussi des grenades et des figues ». (Nb 13, 23). Désormais, quand on veut parler d’une période de bonheur et de prospérité, on dit « Juda et Israël habitèrent en paix, chacun sous sa vigne et sous son figuier, pendant toute la vie du roi Salomon » (1 R 5, 5 ). De même, quand on parle du règne de Dieu dans l’avenir, le règne de la paix et de la justice, on dit : « On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre. Ils demeureront chacun sous sa vigne et sous son figuier » (Mi 4, 4).
- Isaïe 5, 6 : Epines et ronces : « Il adviendra, en ce jour-là, que tout lieu où il y avait mille ceps de vigne, valant mille pièces d’argent, deviendra épines et ronces. On y viendra avec des flèches et un arc, car tout le pays deviendra épines et ronces ». (Isaïe 7, 23-24). On ne peut pas s’empêcher de penser aux épines et aux chardons qui envahissent le sol après la faute d’Adam. (Gn 3, 18).
- En Israël, la métaphore de la vigne va très loin : le pressoir est présenté comme une image du jugement.

LE MESSAGE DU PROPHETE AGGEE – 16 DÉCEMBRE

16 décembre, 2013

http://www.bible-notes.org/article-417-le-message-du-prophete-aggee.html

LE MESSAGE  DU PROPHETE AGGEE – 16 DÉCEMBRE    

 Une prophétie adressée, avec celle de Zacharie, au résidu revenu de la captivité à Babylone, à un moment crucial relaté par le livre d’Esdras Un message destiné à atteindre la conscience et le coeur d’un peuple qui cherche ses aises Un message qui a aussi une voix pour nous, chrétiens

« Ainsi dit l’Eternel des armées : Considérez bien vos voies » (Agg. 1 : 5, 7 ; 2 : 15, 18). Aggée fait partie, avec Zacharie et Malachie, des trois prophètes suscités durant la période qui suit la captivité de Juda pendant soixante-dix ans à Babylone. Nous ne connaissons rien de son histoire personnelle Il est mentionné deux fois dans Esdras. S’il avait connu le premier temple (« la première gloire » – 2 : 3), il avait au moins 80 ans au moment où il prophétise. Il était certainement plutôt âgé, mais il partageait son service avec Zacharie, qui est appelé un jeune homme (Zach. 2 : 4). Le ministère que Dieu leur a confié avait pour but de réveiller les affections du résidu pour le Seigneur. C’était expressément pour bâtir la Maison de Dieu qu’un résidu avait été délivré de Babylone. Le désir constant de Dieu d’habiter au milieu de son peuple ressort dans toute l’Ecriture. Le premier appel d’Aggée date de la seconde année du roi Darius. Deux mois après, Zacharie, dont le message a une portée plus étendue, commence également à se faire entendre. En se référant aux dates indiquées, on comprend que toutes les prophéties d’Aggée ont été prononcées pendant une courte période de quatre mois. Il s’adresse d’abord aux responsables, à Zorobabel, le gouverneur et à Joshua, le premier grand sacrificateur après l’exil (il est souvent parlé de lui dans Zacharie). Ils sont des types prophétiques du Seigneur, qui Lui seul exercera simultanément la royauté et la sacrificature (Zach. 6 : 13). Une prophétie adressée, avec celle de Zacharie, au résidu revenu de la captivité à Babylone, à un moment crucial relaté par le livre d’Esdras L’étude soigneuse du livre d’Esdras permet de comprendre à quel moment Aggée a été envoyé (Esd. 5 : 1). Après le retour d’un résidu relativement peu nombreux (un peu moins de cinquante mille personnes), l’autel a été reconstruit avant tout, sur le même emplacement et les fêtes sont à nouveau célébrées ! La seconde année, ils posent les fondements d’un nouveau temple, forcément beaucoup plus restreint. La comparaison que les plus âgés sont en mesure de faire avec la beauté du premier temple provoque des larmes de tristesse qui se mêlent à celles de la joie générale en voyant le nouveau temple s’ébaucher (Esd. 3 : 12-13) ! Mais le grand danger était qu’il devienne, après un engouement initial, « comme rien » à leurs yeux. C’est un danger très actuel ! Il est toujours difficile pour nos coeurs d’admettre que le travail de Dieu s’accomplit dans la faiblesse, en sorte « que personne ne se glorifie devant Dieu…  celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (1 Cor. 1 : 29-31). Bientôt, hélas, le travail de construction va être, et pour longtemps, interrompu : seize ans au moins, semble-t-il. Un manque d’énergie, une certaine apathie, se manifestent au milieu du peuple de Dieu, confronté en même temps à l’opposition déterminée de ses ennemis. Ceux-ci ont commencé par proposer au résidu de Juda de l’aider, mais celui-ci a refusé noblement (Esd. 4 : 3) ; alors ces Samaritains (Esd. 4 : 1, 9-10) – le verset 2 permet de les identifier – rendent lâches les mains du peuple de Juda, afin qu’ils aient peur de bâtir. De faux rapports sont envoyés au roi de Perse dans le but avéré d’arrêter le travail de la reconstruction. Ils répètent même avec mensonge que les murailles s’achèvent (Esd. 4 : 12, 13, 16), signe que la révolte est proche. Ils affirment : « à cause de cela, tu n’auras plus de possession de ce côté du fleuve » (Esd. 4 : 12, 13, 16). Ces Samaritains avaient pourtant été eux-mêmes déportés, mais ils montrent la même lâcheté que ces Juifs qui disaient : « Nous n’avons pas d’autre roi que César » pour obtenir de Pilate qu’il permette la crucifixion de Jésus (Jean 19 : 17). En fait, il faudra attendre l’intervention de Néhémie, 13 ans après, pour que les murailles soient enfin réparées. Au bout de quelque temps, les intrigues de ces ennemis sont couronnées de succès : Artaxerxès donne l’ordre de cesser de bâtir le temple (Esd. 4 : 21-24).  Toutefois, Dieu permet qu’un roi plus favorable, Darius, monte bientôt sur le trône. C’est à ce moment-là que l’Esprit de Dieu appelle Aggée et Zacharie à commencer leur service prophétique. Ils doivent s’occuper d’une chose primordiale : l’état moral du peuple. L’un et l’autre vont engager les hommes du peuple à juger leur conduite et à reprendre, repentants, la construction. Les menaces dont ils ont été les objets ne sont qu’un mauvais prétexte : les prophètes ne les mentionnent même pas. Un message destiné à atteindre la conscience et le coeur d’un peuple qui cherche ses aises  un message de reproche propre à réveiller le résidu de sa somnolence  En fait le résidu s’était montré très négligent depuis le commencement de la reconstruction du temple. Ce peuple – Dieu ne dit pas « mon peuple » – devenu apathique, déclare, peut-être à voix basse : « Le temps n’est pas venu, le temps de la maison de l’Eternel pour la bâtir » (Agg. 1 : 2). Combien de fois, de nos jours,  entend-on ce genre d’excuse au milieu de la profession chrétienne ! Les Juifs qui en avaient les moyens usaient de leurs ressources et de leurs capacités personnelles pour s’édifier de belles demeures soigneusement décorées (Phil. 2 : 21). Or la maison de l’Eternel était dévastée (1 : 4) ; elle restait inachevée. Leur conduite égoïste était la preuve de leur indifférence à l’égard des intérêts divins, conduite si différente de celle de David (Ps 132 : 3-5). En conséquence, la bénédiction du Seigneur, un élément essentiel pour la prospérité spirituelle dans notre vie, faisait défaut ; même le fruit de leur travail sur la terre s’en ressentait (Ps. 127 : 1-3). Leurs récoltes, en particulier, étaient devenues très médiocres. Aggée les avertit que ces signes de malédiction étaient consécutifs au déplaisir que l’Eternel éprouvait en voyant sa maison délaissée, à l’abandon. Il leur fait remarquer : « Vous avez semé beaucoup et vous rentrez peu ; vous mangez et vous n’êtes pas rassasiés ; vous buvez mais vous n’en avez pas assez (Deut. 28 : 38-39) ; vous vous vêtez, mais personne n’a chaud ; et celui qui travaille pour des gages, travaille pour les mettre dans une bourse trouée (1 : 6). Beaucoup d’activité, d’efforts, mais une très maigre récolte ; la rosée et la pluie étaient retenues ! Que de désappointements ! Si la Maison de Dieu est négligée, la faim spirituelle n’est pas apaisée, la soif spirituelle n’est pas étanchée ; les affections pour Christ sont refroidies et finalement, comment pourrait-on escompter une « riche entrée » (2 Pier. 1 : 11) ? La négligence dans les choses de Dieu conduit toujours à la même déception. Mais n’oublions jamais que le Seigneur discipline celui qu’Il aime (Héb. 12 : 5-6). Chers lecteurs chrétiens, c’est aujourd’hui le temps de bâtir la maison de Dieu, l’Assemblée du Dieu vivant (1 Tim. 3 : 15). Il faut s’occuper des âmes, de ces pierres vivantes édifiées sur le seul fondement, Jésus Christ. Or, que de fois notre manque de zèle et d’amour va de pair avec le souci excessif de notre confort, un désir de se ménager, d’éviter le plus possible l’opprobre de Christ ! Comme ceux auxquels Aggée s’adresse, nous avons grand besoin de bien considérer nos voies (1 : 5, 7 ; Lam. 3 : 40).). La Parole adresse  cette exhortation à chacun d’entre nous. Dieu s’était proposé d’atteindre, par le moyen de ses prophètes, la conscience et le coeur de son peuple attiédi, occupé à rechercher ses aises et devenu de ce fait négligent (Amos 6 : 4-6). Mais la portée de ce message dépasse de beaucoup la période où Aggée vivait ; ses exhortations gardent la même valeur pour le peuple de Dieu jusqu’à la venue du Seigneur !   - l’assurance de la présence du Seigneur donnée au peuple qui a obéi à l’appel divin Le prophète a repris les fils de Juda et, chose remarquable et enviable, ils ont tous écouté « la voix de l’Eternel leur Dieu ». Pas de voix discordante ! Heureux ceux qui se comportent comme eux, aujourd’hui encore. Leur esprit a été réveillé et ils reviennent travailler à la maison de l’Eternel des armées, leur Dieu, assistés par les prophètes (Esd. 5 : 2 ; Agg. 1 : 12). Tout ceci a lieu exactement « le vingt-quatrième jour du sixième mois, en la seconde année du roi Darius » (Agg. 1 : 14-15). Tout est soigneusement noté dans les annales du ciel ; rien n’échappe à notre Dieu : Il retient tout ce qui a son approbation.  « Je suis avec vous, dit l’Eternel » (v. 13 ; Matt. 28 : 20). Que de bénédictions sont contenues dans cette courte déclaration !  Le résidu reçoit ainsi l’assurance du secours divin et de sa délivrance ; il en résulte un puissant réveil pour travailler à la Maison de Dieu.  - un encouragement à « être fort », à persévérer en pensant à la venue du Messie Une nouvelle révélation est alors faite à Aggée, « le messager de l’Eternel », un mois plus tard. Il leur transmet cette fois des exhortations, mais aussi des encouragements. Ils doivent monter à la montagne, apporter du bois. Tout cela suppose des efforts : ils pourraient se décourager à nouveau ! Soyez forts ! Travaillez ! Bâtissez ! recommande l’Eternel. Il s’agit de Sa gloire, Il y prend plaisir. « Je suis avec vous », leur redit-Il : promesse suprême qui soutient leur foi – et la nôtre – au milieu de la faiblesse la plus grande qui soit (Agg. 2 : 4).  La Parole, selon laquelle Il a fait alliance avec eux à leur sortie d’Egypte, et son Esprit demeurent avec eux. Ils n’ont pas lieu de craindre (Agg. 2 : 5 ; Esd. 5 : 5). Ces ressources bénies sont aussi les nôtres. Ne vivons-nous pas, comme Aggée, dans un temps de ruine ? Or le Saint Esprit, Personne divine, est venu habiter dans chaque membre du corps de Christ (Eph. 2 : 22). Il les guide dans toute la vérité, leur annonce ce qui va arriver et prend de ce qui est à Christ pour le leur communiquer (Jean 16 : 16). Ce n’est pas un Esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de conseil (2 Tim. 1 : 7). Le prophète leur parle du Messie – qui est aussi notre Seigneur – comme étant « l’objet du désir de toutes les nations », notre espérance (Agg. 2 : 7). Dans peu de temps, Il ébranlera toutes ces nations, tous leurs majestueux édifices, religieux ou non. Par contre Sa Maison sera remplie de la gloire de Dieu, elle reviendra y habiter (Ezé. 43 : 2, 4-5). Cette dernière gloire sera plus grande que la première – celle du temple de Salomon – admiré par tous ceux qui montaient adorer à Jérusalem ! Même les disciples du Seigneur se montrent sensibles à ce qui avait une si grande apparence et Il les reprend : le temple, devenu une caverne de voleurs, allait être détruit (Marc 13 : 1-2). Ce passage est cité dans l’épître aux Hébreux (12 : 25-29). La terre et le ciel actuels vont passer, mais le peuple de Dieu est lié à un royaume inébranlable. Auparavant, le Seigneur reviendra – il s’agit ici de son apparition en gloire et de son règne millénial – et dans ce lieu, « il donnera la paix » (Agg. 2 : 9).  - un appel à la conscience du résidu afin qu’il manifeste la sainteté pratique et l’obéissance Dans un nouveau message, le prophète parle de la sainteté pratique, sans laquelle Dieu ne peut approuver aucun travail. Une double question est posée aux sacrificateurs (v. 11-13). Elle confirme ce principe général. Nos contacts, parfois délibérés et sans précaution, avec un monde entièrement souillé par le péché ne le purifieront pas ! N’est-ce pas pourtant une idée courante ? Tout au contraire, nous serons inévitablement contaminés, si nous nous attardons ou formons des liens dans ce monde mauvais (1 Cor. 15 : 33 ; Nom. 19 : 11). L’exhortation est la même aujourd’hui : cessons de mal faire, apprenons à bien faire. Il faut se retirer de l’iniquité (2 Tim. 2 : 19). Le peuple avait constaté que son refus de consacrer son temps au service du Seigneur avait eu des conséquences douloureuses (Agg. 2 :16-17 ; Deut. 28 : 22). Or maintenant l’Eternel annonce un changement complet « dès ce jour et dorénavant. Il a lieu le vingt-quatrième jour du neuvième mois », car le temple a été fondé (v. 18) ! Dès ce jour, je bénirai, promet l’Eternel : la prospérité est assurée, malgré l’absence de semence, qui pourtant semble indispensable, du point de vue humain, pour espérer une récolte, qui sera même abondante (v. 19)  Mais là où les droits divins sont respectés, là où se tient un enfant de Dieu qui s’applique à marcher dans la justice pratique, la promesse du Seigneur Jésus aux siens s’accomplira. Recherchons donc premièrement le royaume de Dieu et toutes ces choses – celles qui sont nécessaires à la vie présente – nous seront données par-dessus (Matt. 6 : 33).   – un dernier encouragement, apportant des certitudes à Zorobabel et au peuple  En dernier message, reçu le jour même, contient des paroles de grâce adressées à Zorobabel. C’était un instrument dans la main de Dieu pour amener le peuple à obéir à Sa Parole. Son nom signifie : « né à Babylone » et son nom chaldéen, Sheshbatsar, se traduit, paraît-il par : « joyeux dans la tribulation » (Esd. 1 : 8). L’Eternel a des promesses en réserve pour ce pauvre réchappé de l’exil. Il avait dû être réveillé deux fois, ce qui est aussi souvent notre cas (Esd. 1 ; 5 : 1-2 ; Agg. 1 : 14) ! Le Seigneur va ébranler les cieux et la terre, renverser et détruire, mais « en ce jour-là », Il prendra Zorobabel, qu’Il appelle : « Mon serviteur ». Il sera mis à l’abri, entouré de soins particuliers. Dieu mettra sur lui comme un cachet, car Il l’a choisi. En Orient, un cachet est un objet de valeur (Cant. 8 : 6). Il porte le signe de l’identité de son possesseur ou même son image. On peut reconnaître dans ce descendant de David, un type de Christ, le libérateur établi par Dieu pour régner sur Israël. Au-delà de Zorobabel, l’Esprit de Dieu a en vue l’exaltation du Seigneur Jésus. Portons-nous de manière évidente devant tous l’empreinte de Christ ?     UN MESSAGE QUI A AUSSI UNE VOIX POUR NOUS, CHRÉTIENS Il y a un parallèle entre l’histoire de ce résidu et les jours actuels. Pendant de longs siècles, l’Eglise a été moralement dominée par l’esprit de ce monde. Certes, il y a eu un grand nombre de vrais croyants, fidèles selon la lumière qu’ils avaient reçue ; dans un jour à venir, ils marcheront avec Christ en vêtements blancs et recevront leur récompense. Toutefois l’Eglise professante, dans son ensemble a été et reste assujettie aux principes corrupteurs de ce monde, semblables à ceux de l’idolâtrie qui régnait à Babylone. Toutefois, par un travail remarquable de l’Esprit de Dieu, au début du dix-neuvième siècle, le peuple de Dieu a retrouvé les grandes vérités concernant Christ et l’Eglise. Un certain nombre de croyants, avec le désir de marcher selon la vérité, se sont séparés des systèmes humains qui, à des degrés divers, mettent de côté la vérité quant à Christ et à l’Assemblée. Ils ont abandonné les traditions, les coutumes des hommes, et tous les rites et les cérémonies inventés par eux. Ils se sont rassemblés autour de Christ, reconnaissant sa place comme chef de l’Assemblée et au Saint Esprit, la sienne, comme habitant au milieu de cette Assemblée. Mais leur prospérité spirituelle dépendait entièrement de la manière dont ces vérités seraient maintenues. Or l’énergie spirituelle a beaucoup diminué. Délivrés des hérésies grossières, nous risquons fort de ne plus respecter les grands principes de la Maison de Dieu. Nous pouvons sortir de la corruption de la chrétienté et pourtant ne pas sortir vers Lui hors du camp (Héb. 13 : 13). Ainsi se forment des rassemblements de croyants indépendants. Alors on ne marche pas dans la reconnaissance du seul Corps, dont Christ est la tête, et de la Maison où l’Esprit habite. Ainsi, on peut même devenir une simple mission évangélique, en laissant échapper peu à peu toutes les vérités retrouvées par grâce. Construire est une activité positive. Il est juste de se séparer de ce que la Parole de Dieu condamne, de se retirer du mal et de se purifier des vases à déshonneur. Mais il faut aussi poursuivre « la justice, la foi, l’amour et la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur » (2 Tim. 2 : 22). Mettons en pratique les grandes vérités concernant la Maison de Dieu : la sainteté, la dépendance et la soumission à Dieu. Un témoignage positif sera alors rendu à la grâce de Dieu ; Lui-même alors sera adoré « en esprit et en vérité » (Jean 4 : 24). La Parole de Dieu, telle qu’Il la fit entendre par le prophète Aggée, s’adresse à nous aussi, « encore maintenant » (Joël 2 : 12). Si nous prenons conscience de nos manquements, elle aura sûrement une voix pressante pour notre conscience et notre coeur.              

DIMANCHE 29 SEPTEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE – AMOS 6, 1…7

27 septembre, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 29 SEPTEMBRE : COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE - AMOS 6, 1…7

1 Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem,
 et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
4 Couchés sur des lits d’ivoire,
 vautrés sur leurs divans,
 ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau,
 les veaux les plus tendres ;
5 ils improvisent au son de la harpe,
 ils inventent, comme David, des instruments de musique ;
6 ils boivent le vin à même les amphores,
 ils se frottent avec des parfums de luxe,
 mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
7 C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés,
 ils seront les premiers des déportés ;
 et la bande des vautrés n’existera plus.

Dans la Bible, Amos est le premier prophète « écrivain », comme on dit, c’est-à-dire qu’il est le premier dont il nous reste un livre. D’autres grands prophètes antérieurs sont restés très célèbres : Elie par exemple ou Elisée, ou Natan… mais on ne possède pas leurs prédications par écrit. On a seulement des souvenirs de leur entourage. Amos a prêché vers 780–750 av. J.C. Combien de temps ? On ne le sait pas. Il a certainement été amené à dire des choses qui n’ont pas plu à tout le monde puisqu’il a fini par être expulsé sur dénonciation au roi. Vous vous rappelez que, originaire du Sud, il a prêché dans le Nord à un moment de grande prospérité économique. La semaine dernière, nous avions lu, déjà, un texte de lui, reprochant à certains riches de faire leur richesse au détriment des pauvres. Il suffit de lire le passage d’aujourd’hui pour imaginer le luxe qui régnait en Samarie : « Couchés sur des lits d’ivoire, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe… ils se frottent avec des parfums de luxe… ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël »… la politique de l’autruche, en somme. Les gouvernants ne savent pas ou ne veulent pas savoir qu’une terrible menace pèse sur eux. « Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ».
Il est vrai que, a posteriori, l’histoire nous apprend que cette confortable inconscience a été durement secouée quelques années plus tard. « Ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus. » C’est très exactement ce qui s’est passé. On n’a pas écouté ce prophète de malheur qui essayait d’alerter le pouvoir et la classe dirigeante, et même on l’a fait taire en se débarrassant de lui. Mais ce qu’il craignait est arrivé.
 C’est donc aux riches et aux puissants, aux responsables que le prophète Amos s’adresse ici. Que leur reproche-t-il au juste ? C’est la première phrase qui nous donne la clé : « Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. » Manière de dire : vous êtes bien au chaud, tout contents dans votre confort et même votre luxe… eh bien moi, je ne partage pas votre inconscience, je vous plains. Je vous plains parce que vous n’avez rien compris : vous êtes comme des gens qui se mettraient sous leur couette pour ne pas voir le cyclone arriver. Le cyclone, ce sera l’écroulement de toute cette société, quelques années plus tard, l’écrasement par les Assyriens, la mort de beaucoup d’entre vous et la déportation de ceux qui restent… « Je vous plains », dit sur ce ton-là, c’est quelque chose qu’on n’aime pas entendre !
 « Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie »… Mais, où est le mal ? Le mal, c’est de fonder sa sécurité sur ce qui passe : quelques succès militaires passagers, la prospérité économique, et les apparences de la piété… pour ne pas déplaire à Dieu et à son prophète. Ils se vantent même de leurs réussites, ils croient en avoir quelque mérite, alors que tout leur vient de Dieu. Or la seule sécurité d’Israël, c’est la fidélité à l’Alliance… C’est la grande insistance de tous les prophètes : rappelez-vous Michée (qui prêchera quelques années plus tard à Jérusalem) « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien… rien d’autre que de pratiquer le droit, rechercher la justice et marcher humblement avec ton Dieu ». C’est juste le contraire à Samarie ; pire encore, ils sont hypocrites : quand ils offrent des sacrifices, ils transforment le repas qui suit en beuverie… car les repas que Amos décrit sont probablement des repas sacrés, comme il y en avait après certains sacrifices. Maintenant, ces repas sont sacrilèges, et n’ont plus grand chose à voir avec l’Alliance.
 Ce qui fait la difficulté de ce passage, c’est sa concision : car, pour comprendre ces quelques lignes, il faut avoir en tête la prédication prophétique dans son ensemble ; la logique d’Amos, comme celle de tous les prophètes est la suivante : le bonheur des hommes et des peuples passe inévitablement par la fidélité à l’Alliance avec Dieu ; et fidélité à l’Alliance veut dire justice sociale et confiance en Dieu. Dès que vous vous écartez de cette ligne de conduite, tôt ou tard, vous êtes perdus.
 C’est précisément sur ces deux points que Amos a des choses à redire : la justice sociale, on sait ce qu’il en pense, il suffit de relire le chapitre de la semaine dernière où il reprochait à certains riches de faire leur fortune sur le dos des pauvres ; et dans le texte d’aujourd’hui, les repas de luxe qu’on nous décrit ne profitent évidemment pas à tout le monde ; quant à Dieu, on n’a plus besoin de lui… croit-on ; pire, on fait des simulacres de cérémonie ; comme le dit Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi » (Is 29, 13). Il est probable qu’Amos, ce prophète venu d’ailleurs, puisqu’il venait du Sud, avait le regard d’autant plus aiguisé sur les faiblesses du royaume du Nord ; car au Sud, on ne connaissait pas encore une période aussi faste, et on conservait encore le style de vie des origines d’Israël ; tandis qu’au Nord, nous avons vu la semaine dernière que le règne de Jéroboam II était une période plus brillante. Mais la croissance économique exigeait une grande vigilance dans la transformation de la société. Malheureusement on s’éloignait de plus en plus de l’idéal des origines : au début, la Loi défendait l’égalité entre tous les citoyens et prévoyait donc la distribution égale de la terre entre tous. Or Samarie se couvrait de palais luxueux, construits par certains aux dépens des autres ; quand on s’était bien enrichi, grâce au commerce florissant, par exemple, on avait vite fait d’exproprier un petit propriétaire ; et nous avons vu que certains plus pauvres en étaient réduits à l’esclavage ; c’était notre texte de dimanche dernier.
 L’archéologie apporte d’ailleurs sur ce point des précisions très intéressantes : alors qu’au dixième siècle, les maisons étaient toutes sur le même modèle et représentaient des trains de vie tout-à-fait identiques, au huitième siècle, au contraire, on distingue très bien des quartiers riches et des quartiers pauvres. Fini le bel idéal de la Terre Sainte, avec une société sans classes.
 A bon entendeur, salut : si nous voulons être fidèles aujourd’hui à ce que représentait pour les hommes de la Bible l’idéal de la terre sainte, il nous est bon de relire le prophète Amos. 

Dimanche 27 janvier : commentaires de Marie Noëlle Thabut – premiere lecture: Néhémie 8, 1-4a. 5-6. 8-10

25 janvier, 2013

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Dimanche 27 janvier : commentaires de Marie Noëlle Thabut

PREMIERE LECTURE – Néhémie 8, 1-4a. 5-6. 8-10

Quand arriva la fête du septième mois,
1 tout le peuple se rassembla comme un seul homme
 sur la place située devant la Porte des eaux.
 On demanda au scribe Esdras
 d’apporter le livre de la Loi de Moïse,
 que le SEIGNEUR avait donnée à Israël.
2 Alors le prêtre Esdras apporta la Loi en présence de l’assemblée,
 composée des hommes, des femmes,
 et de tous les enfants en âge de comprendre.
 C’était le premier jour du septième mois.
3 Esdras, tourné vers la place de la Porte des eaux,
 fit la lecture dans le livre,
 depuis le lever du jour jusqu’à midi,
 en présence des hommes, des femmes,
 et de tous les enfants en âge de comprendre :
 tout le peuple écoutait la lecture de la Loi.
4 Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois,
 construite tout exprès.
5 Esdras ouvrit le livre ; 
 tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée.
 Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout.
6 Alors Esdras bénit le SEIGNEUR, le Dieu très grand,
 et tout le peuple, levant les mains, répondit :
 « Amen ! Amen ! »
 Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le SEIGNEUR,
 le visage contre terre.
8 Esdras lisait (un passage) dans le livre de la loi de Dieu,
 puis les lévites traduisaient, donnaient le sens,
 et l’on pouvait comprendre.
9 Néhémie, le gouverneur,
 Esdras, qui était prêtre et scribe,
 et les lévites qui donnaient les explications,
 dirent à tout le peuple :
 « Ce jour est consacré au SEIGNEUR votre Dieu !
 Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » » 
 Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi.
10 Esdras leur dit encore :
 « Allez, mangez des viandes savoureuses,
 buvez des boissons aromatisées,
 et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt.
 Car ce jour est consacré à notre Dieu !
 Ne vous affligez pas :
 la joie du SEIGNEUR est votre rempart ! »

Nous qui n’aimons pas les liturgies qui durent plus d’une heure, nous serions servis ! Debout depuis le lever du jour jusqu’à midi ! Tous comme un seul homme, hommes, femmes et enfants ! Et tout ce temps à écouter des lectures en hébreu, une langue qu’on ne comprend plus. Heureusement, le lecteur s’interrompt régulièrement pour laisser la place au traducteur qui redonne le texte en araméen, la langue de tout le monde à l’époque, à Jérusalem. Et le peuple n’a même pas l’air de trouver le temps long : au contraire tous ces gens pleurent d’émotion et ils chantent, ils acclament inlassablement « AMEN » en levant les mains. Esdras, le prêtre, et Néhémie, le gouverneur, peuvent être contents : ils ont gagné la partie ! La partie, l’enjeu si l’on veut, c’est de redonner une âme à ce peuple. Car, une fois de plus, il traverse une période difficile. Nous sommes à Jérusalem vers 450 av. J.C. L’Exil à Babylone est fini, le Temple de Jérusalem est enfin reconstruit, (même s’il est moins beau que celui de Salomon), la vie a repris. Vu de loin, on pourrait croire que tout est oublié. Et pourtant, le moral n’y est pas. Ce peuple semble avoir perdu cette espérance qui a toujours été sa caractéristique principale. La vérité, c’est qu’il y a des séquelles des drames du siècle précédent. On ne se remet pas si facilement d’une invasion, du saccage d’une ville… On en garde des cicatrices pendant plusieurs générations. Il y a les cicatrices de l’Exil lui-même et il y a les cicatrices du retour. Car, avec l’Exil à Babylone on avait tout perdu et le retour tant espéré n’a finalement pas été magique, nous l’avons vu souvent. Je n’y reviens pas.

 Le miracle, c’est que cette période fut terrible, oui, mais très féconde : car la foi d’Israël a survécu à cette épreuve. Non seulement ce peuple a gardé sa foi intacte pendant l’Exil au milieu de tous les dangers d’idolâtrie, mais il est resté un peuple et sa ferveur a grandi ; et cela grâce aux prêtres et aux prophètes qui ont accompli un travail pastoral inlassable. Ce fut par exemple une période intense de relecture et de méditation des Ecritures. Un de leurs objectifs, bien sûr, pendant les cinquante ans de l’Exil, c’était de tourner tous les espoirs vers le retour au pays.
 Du coup, la douche froide du retour n’en a été que plus dure. Car, du rêve à la réalité, il y a quelquefois un fossé… Le grand problème du retour, nous l’avons vu avec les textes d’Isaïe de la Fête de l’Epiphanie et du deuxième dimanche du temps ordinaire, c’est la difficulté de s’entendre : entre ceux qui reviennent au pays, pleins d’idéal et de projets et ceux qui se sont installés entre temps, ce n’est pas un fossé, c’est un abîme. Ce sont des païens, pour une part, qui ont occupé la place et leurs préoccupations sont à cent lieues des multiples exigences de la loi juive.
 Depuis le retour, le problème est autre. On sait que ce sont des païens, pour une part, qui se sont installés à Jérusalem pendant la déportation de ses habitants. Et leurs préoccupations sont à cent lieues des multiples exigences de la loi juive.
 On se souvient que la reconstruction du Temple s’est heurtée à leur hostilité, et les moins fervents de la communauté juive ont été bien souvent tentés par le relâchement ambiant. Ce qui inquiète les autorités, c’est ce relâchement religieux, justement ; et il ne cesse de s’aggraver à cause de très nombreux mariages entre Juifs et païens ; impossible de préserver la pureté et toutes les exigences de la foi dans ce cas. Alors Esdras, le prêtre, et Néhémie, le laïc, vont unir leurs efforts. Ils obtiennent tous les deux du maître du moment, le roi de Perse, Artaxerxès, une mission pour reconstruire les murailles de la ville et pleins pouvoirs pour reprendre en main ce peuple. Car on est sous domination perse, il ne faut pas l’oublier.
 Esdras et Néhémie vont donc tout faire pour redresser la situation : il faut relever ce peuple, lui redonner le moral. Car la communauté juive a d’autant plus besoin d’être soudée qu’elle est désormais quotidiennement en contact avec le paganisme ou l’indifférence religieuse. Or, dans l’histoire d’Israël l’unité du peuple s’est toujours faite au nom de l’Alliance avec Dieu ; les points forts de l’Alliance, ce sont toujours les mêmes : la Terre, la Ville Sainte, le Temple, et la Parole de Dieu. La Terre, nous y sommes ; la ville sainte, Jérusalem, Néhémie le gouverneur va en achever la reconstruction ; le Temple, lui, est déjà reconstruit ; reste la Parole : on va la proclamer au cours d’une gigantesque célébration en plein air.
 Tous les éléments sont réunis et on a soigné la mise en scène : c’est très important. La date elle-même a été choisie avec soin : on a repris la coutume des temps anciens, une grande fête à l’occasion de ce qui était alors la date du Nouvel An, « le premier jour du septième mois ». Et on a construit pour l’occasion une tribune en bois qui domine le peuple : c’est de là que le prêtre et les traducteurs font la proclamation. Quant à l’homélie, bien sûr, elle invite à la fête. Mangez, buvez, c’est un grand jour puisque c’est le jour de votre rassemblement autour de la Parole de Dieu. Le temps n’est plus aux larmes, fussent-elles d’émotion.
 Retenons la leçon : pour ressouder leur communauté, Esdras et Néhémie ne lui font pas la morale, ils lui proposent une fête autour de la parole de Dieu. Rien de tel pour revivifier le sens de la famille que de lui proposer régulièrement des réjouissances !

Dimanche 2 décembre: commentaires de Marie Noëlle Thabut sur Jérémie 33, 14 – 16

30 novembre, 2012

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Dimanche 2 décembre: commentaires de Marie Noëlle Thabut

PREMIERE LECTURE – Jérémie 33, 14 – 16

14 Parole du SEIGNEUR.
 Voici venir des jours
 où j’accomplirai la promesse de bonheur
 que j’ai adressée à la maison d’Israël
 et à la maison de Juda :
15 En ces jours-là, en ce temps-là,
 je ferai naître chez David un Germe de justice,
 et il exercera dans le pays le droit et la justice.
16 En ces jours-là, Juda sera délivré,
 Jérusalem habitera en sécurité,
 et voici le nom qu’on lui donnera :
 « Le SEIGNEUR est notre Justice. »

« Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda. » Le prédicateur qui parle ici n’est pas le prophète Jérémie. Il est son fils spirituel, et parce qu’il est son fils spirituel, ses prédications ont été conservées dans le livre de Jérémie lui-même. En un moment où ses contemporains sont tentés de désespérer de l’avenir, il leur rappelle les propos de Jérémie quelques siècles plus tôt. Il leur dit « Vous vous souvenez de la promesse que vous a transmise Jérémie de la part de Dieu, eh bien, gardez confiance, elle va bientôt se réaliser. » Et qu’avait dit Jérémie ? « Je ferai naître chez David un Germe de justice ». En langage biblique, cela voulait dire « un nouveau roi, descendant de David, va naître et régner à Jérusalem ».
 Déjà, au temps de Jérémie, il était bien difficile d’y croire. Et au temps de son fils spirituel, plus encore. Parlons d’abord de l’époque de Jérémie. Le roi David était mort depuis bien longtemps et sa dynastie (on l’appelait l’arbre de Jessé) semblait définitivement éteinte. Car le roi Nabuchodonosor avait déporté successivement à Babylone les deux derniers rois de Jérusalem (vers 600 av.J.C). Désormais, la ville était occupée, le Temple détruit, le pays dévasté, la population décimée. La plupart des survivants avaient été faits prisonniers et emmenés en exil à Babylone : après la longue marche forcée entre Jérusalem et Babylone, la petite colonie juive semblait condamnée à mourir là-bas, loin du pays. Et l’on pouvait se poser bien des questions : Israël serait-il bientôt rayé de la carte ? Qu’étaient donc devenues les belles promesses des prophètes ? Depuis Natan qui avait annoncé à David et à sa descendance une royauté éternelle, on rêvait du roi idéal qui instaurerait la sécurité, la paix, la justice pour tous. Devait-on, à tout jamais, s’interdire de rêver ?
 C’est alors que l’Esprit-Saint avait soufflé à Jérémie le langage de l’espoir ; il commençait par cette formule bien connue : « Parole du SEIGNEUR ». Je m’y arrête un instant : lorsque la prédication d’un prophète commence par la formule « Parole du SEIGNEUR », il faut être particulièrement attentif. Cela veut dire que ce qui suit est difficile à croire ou à comprendre pour les auditeurs. Si un prophète prend la peine de préciser qu’il s’agit bien d’une parole du Seigneur, et non pas seulement de lui-même, c’est parce que ses contemporains sont découragés. Et toute parole d’espoir leur paraît un pieux mensonge ! Pourquoi sont-ils découragés ? Parce que la période est rude, parce que le bonheur promis par Dieu à son peuple depuis Abraham semble s’éloigner tous les jours davantage, parce que le trône de Jérusalem est désespérément vacant…
 Jérémie continuait : « Voici venir des jours où je ferai naître chez David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda (c’est la région autour de Jérusalem) sera délivré, Jérusalem habitera en sécurité, et voici le nom qu’on lui donnera : Le SEIGNEUR est notre Justice. »
 C’est donc justement à ce moment précis où le peuple juif était privé de roi, et où la royauté (et la Promesse qui s’y attache depuis David) semblait définitivement éteinte que le prophète osait proclamer : contre toute apparence, la promesse faite par Dieu à David se réalisera. Un nouveau roi viendra qui fera régner la justice. Et alors Jérusalem, dont le nom signifie « Ville de la Paix » remplira sa vocation. Notre prophète allait même encore plus loin puisqu’il disait « la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda » comme si ces deux royaumes ne faisaient qu’un ; or, à l’époque de Jérémie, il y avait bien longtemps que le royaume de Salomon avait été divisé en deux royaumes distincts, plus souvent ennemis que frères, Israël et Juda ; et depuis les conquêtes assyriennes le royaume d’Israël dont la capitale était Samarie a été rayé de la carte. Et notre prophète osait parler de réunification ! C’est un pur défi au bon sens, mais c’est cela la foi ! Belle leçon d’espérance et bel exemple de ce qu’est une parole prophétique : celle qui, dans les jours sombres, annonce la lumière.
 Le fils spirituel de Jérémie, celui que nous lisons aujourd’hui, prêche en un temps tout aussi troublé. Les siècles ont passé, mais le Messie n’a toujours pas vu le jour. A vrai dire, on ne sait pas très bien quand ces lignes ont été écrites, mais on pense qu’il s’agit de la prédication d’un auteur très tardif de l’Ancien Testament, probablement au deuxième siècle av.J.C. (Plus tard, son discours a été inséré dans le livre du prophète Jérémie, au chapitre 33).1
 Il commence par la formule dont je parlais en commençant : « Parole du Seigneur » et on comprend maintenant mieux la suite ; il dit : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda. » Cette promesse de bonheur, c’est celle que son illustre prédécesseur, le prophète Jérémie a prononcée à Jérusalem quelques siècles auparavant, dans un autre moment de découragement.
 Nous ne connaissons donc pas le nom de ce prédicateur qui reprend les propos de Jérémie plusieurs siècles après lui. Ce qui est admirable, c’est que dans une nouvelle période morose, ce prophète anonyme rappelle à ses contemporains les promesses de Dieu annoncées quelques siècles auparavant par Jérémie. « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël… » Le secret de l’espérance invincible des croyants tient en ces quelques mots : notre attente n’est pas du domaine du rêve, mais de la promesse de Dieu. Lui, le fidèle, saura faire naître un nouveau germe sur l’arbre de Jessé.
 A vrai dire, il nous arrive à nous aussi, de connaître le découragement. Depuis des siècles et des siècles, c’est toujours la même question : pourquoi la paix, l’harmonie, la fraternité dont nous rêvons, semblent-elles inaccessibles, en un mot pourquoi le Royaume de Dieu tarde-t-il tant à s’installer ? Il est bien vrai que le retard dans la venue du royaume de Dieu est un défi pour notre foi et pour la foi de tous les croyants de tous les temps.
 Rassurons-nous : notre foi s’appuie sur deux raisons absolument invincibles : la première c’est que Dieu ne peut pas manquer à une promesse… Mais surtout : et c’est le dernier mot de ce texte : « Le SEIGNEUR est notre justice. » Cela, c’est la meilleure raison de ne jamais perdre l’espoir. Si nous comptions sur nos propres forces pour transformer le monde, l’entreprise semble bien perdue d’avance… Mais justement, la merveilleuse nouvelle de ce texte, c’est que la justice qui règnera à Jérusalem et sur toute la terre ne sera pas au bout de nos efforts : elle viendra de Dieu lui-même !

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 Note
 1 – Pourquoi suppose-t-on que ces versets (Jr 33, 14-16) ne sont pas du prophète Jérémie ? Parce qu’ils figurent bien dans la Bible en hébreu, mais pas dans la traduction grecque dite des « Septante » réalisée vers 250 av.J.C. (à l’intention des très nombreux Juifs présents à Alexandrie qui ne comprenaient plus l’hébreu).
 Bien évidemment, on peut être certain que les traducteurs ont religieusement respecté le texte original et n’en ont certainement pas supprimé une ligne! Donc si un passage n’existe pas dans la Bible grecque, c’est qu’il ne figurait pas encore dans la Bible en hébreu au moment de la traduction. Or, la presque totalité du livre de Jérémie a été traduite, mais pas ces versets précis que nous lisons ici ; on en déduit que ce passage ne figurait pas encore dans la Bible hébraïque en 250 av.JC. et donc qu’il ne peut pas être de Jérémie lui-même qui est mort quelque part en Egypte trois cents ans auparavant. Ces versets auront été insérés dans le livre de Jérémie par un lointain fils spirituel. Ils n’en ont que plus de force : à une époque où la promesse semble peut-être irrémédiablement caduque, un prophète anonyme reprend un vieil oracle de Jérémie pour maintenir vivante la foi et l’espérance de ses frères.

 Compléments
 - On sait comment Saint Pierre répondait à des Chrétiens complètement découragés qui lui tenaient ce genre de discours : « Il y a une chose en tout cas, mes amis, que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard, mais il fait preuve de patience… » (2 Pi 3, 8 – 9). Eh bien, ce passage du livre de Jérémie est exactement de la même veine !
 - Les Juifs posaient donc la même question que les Chrétiens de Pierre, et que les Chrétiens que nous sommes. Une question du genre : « Vous y croyez encore, vous, que le monde est en marche vers le royaume ? » C’est la question que nous entendons souvent. Que répond Pierre ? Que répond le prophète ? Que devons-nous répondre, nous aujourd’hui ? Oui, c’est vrai, certaines apparences sont contraires, mais Dieu est Dieu, il est fidèle, donc c’est justement le moment de croire. C’est quand il fait nuit qu’il faut s’accrocher à sa foi. Et si Dieu a fait une promesse, nous sommes certains qu’il l’accomplira !
 - « Le SEIGNEUR est notre justice » : c’était le nom même du dernier roi de Jérusalem avant l’Exil, un nom qu’il n’avait guère honoré.

« Mon cœur se retourne en moi » (Os 11, 8), Le prophète Osée

6 août, 2012

http://www.collevalenza.it/Francese/Art005.htm

« Mon cœur se retourne en moi » (Os 11, 8)

Le prophète Osée

P. Aurelio Pérez fam

Le livre d’Osée est un moment clé dans la révélation de la miséricorde de Dieu dans l’Ancien Testament. Il mérite qui nous nous y arrêtons de façon particulière. Jésus lui-même le citera, dans l’évangile de Matthieu, deux fois (Mt 9, 13 ; 12, 7) un texte central d’Osée. « C’est la miséricorde que je veux et non des sacrifices » (Os 6, 6).

Comme l’Époux et l’épouse
Osée est le premier des prophètes qui a eu l’hardiesse de faire de l’amour humain, qui existe entre l’époux et l’épouse, le symbole de l’amour de Dieu à l’égard d’Israël et il a eu l’audace de concevoir le pacte entre Dieu et Israël comme une alliance nuptiale, un mariage d’amour, avec tout ce que, de fait, cela peut comporter d’intimité et de tension.
Or, cette interprétation se reflète dans son langage, riche de toute une terminologie d’amour qui se réfère à l’amour sponsal. Ainsi, par exemple, il parle du cœur, des fiançailles, de la fidélité, de la séduction, de la jalousie, de l’adultère, de la prostitution.
Comment Osée est-il arrivé à appliquer un symbolise aussi audacieux ? Il y est parvenu, non en inventant une parabole avec un but didactique, mais en partant de sa vie personnelle, celle d’un mariage malheureux, d’un amour trahi :
Quand le Seigneur commença à parler à Osée, il lui dit : »Va, prends une femme se livrant à la prostitution et des enfants de prostitution, car le pays ne fait que se prostitué en se détournant du Seigneur » (Os 1, 2).
Le Seigneur me dit encore : « Va de nouveau, aime une femme qui en aime un autre et commet l’adultère ; comme le Seigneur aime les fils d’Israël, alors qu’ils se tournent vers d’autres dieux » (Os 3, 1).
C’est en réfléchissant sur cette expérience dramatique de sa vie matrimoniale, qu’Osée arrive à saisir la sens symbolique, qui y est inhérent, et parvient à comprendre la mission que Dieu lui confie comme chantre et interprète de l’amour nuptial entre Dieu et Israël.
Le livre d’Osée est rempli d’une succession continue de manifestation de l’amour passionné, de menaces, de jalousie, de réprimandes et de plaintes contre l’infidélité, d’expressions pleines de tendresse et d’annonces de terribles châtiments, et à la fin vient une promesse de restauration. Il faut remarquer que chez Osée, comme chez tous les prophètes, la dernière parole est toujours une parole d’espérance, même dans les situations les plus dramatiques, parce que l’amour du Seigneur est plus fort que toute infidélité de l’homme.
Malgré tout, Dieu continue à aimer Israël, à rester fidèle ; Il ne l’abandonnera pas à son destin mais, poussé par sa compassion (c’est un retournement), il projette de le séduire à nouveau, de reconquérir son cœur, et dit : C’est pourquoi je vais la séduire, la conduire au désert et je parlerai à son cœur (Os 2, 16).
C’est dans cette tentative pour récupérer l’amour de l’épouse que s’insère le thème important du désert, comme voie de changement de penser.
Osée voit le désert comme le temps de la jeunesse d’Israël, un temps où, à travers les privations, l’insécurité quotidienne, il a vécu sa foi avec pureté, son abandon en Dieu, le temps où il reconnaissait en Lui son unique Epoux.
Ainsi, Osée veut nous montrer qu’à l’origine du chemin de conversion et de foi, il y a l’amour tendre et miséricordieux de Dieu, qui est durable, qui est fidèle.

Comme le Père et l’enfant
Une autre image très éloquente que le prophète présente est celle du rapport Père-fils :
Quand Israël était jeune, je l’ai aimé, et d’Egypte j’ai appelé mon fils.
Masi plus je les appelais, plus ils s’éloignaient de moi ; ils ont sacrifié aux Baals ; c’est à des idoles taillées qu’ils ont brûlé des offrandes.
J’avais appris à marcher à Ephraïm, les prenant par les bras, mais ils n’ont pas reconnu que je prenais soin d’eux.
Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour, j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue et je lui tendais de quoi se nourrir.
Il ne retournera pas au pays d’Egypte ; Assour sera son roi. Car ils n’ont pas voulu se convertir.
L’épée tournoiera dans leurs villes, elle anéantira leurs défenses, elle dévorera leurs fils.
Mon peuple est dur à se convertir: appelé à regarder vers le haut, pas un seul ne s’élève.
Comment pourrais-je t’abandonner, Ephraïm, comment te livrerai-je, Israël ? Comment te traiterai-je comme Adma, te rendrai-je comme Cevoïm ? Mon cœur se retourne en moi, en même temps ma pitié s’est émue.
Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère, je ne reviendrai pas détruire Ephraïm; car je suis Dieu et non pas homme; Je suis le Saint au milieu de toi: je ne viendrai pas avec rage.
Ils suivront le Seigneur. Comme un lion il rugira; quand il se prendra à rugir, des fils accourront en tremblant de l’occident. De l’Egypte ils accourront en tremblant comme des moineaux, et du pays d’Assour comme des colombes, et je les ferai habiter dans leurs maisons – oracle du Seigneur. (Os 11, 1-11)
Le prophète sent que la sentence pour la faute a désormais été prononcée et l’exécution a déjà eu lieu, mais à l’improviste arrive quelque chose d’inattendu et de décisif : en Dieu explose un amour bouleversant.
Puisque Israël ne s’est pas revenu à son Dieu, c’est Dieu qui se tournera vers son peuple. Le Père incroyablement piteux commence une plainte dans laquelle il se montre vaincu par son propre amour :
« Mon cœur se retourne en moi ». Le verbe hébreu utilisé est « bouleverser » : c’est le verbe qui décrit les catastrophes.
Ce verbe qui devait décrire la catastrophe d’Israël comme punition, décrit au contraire une autre catastrophe, celle de l’effondrement du cœur de Dieu. A penser qu’Israël pourrait se renverser comme Sodome et comme Gomorrhe, comme Adma et Cévoïm, le cœur de Dieu se retourne, et ainsi il passe de la colère à la miséricorde et il ne se comporte pas comme un roi sévère mais comme un père : « Je suis le Saint au milieu de toi ».
Nous pouvons considérer ce texte comme une des affirmations les plus belles et grandes sur l’amour de Dieu, non seulement dans le livre d’Osée mais dans toute la littérature prophétique.
Si Dieu est l’époux et Israël l’épouse, si Dieu et le Père et Israël le fils, l’alliance devient un rapport d’amour et la loi suprême de l’alliance est l’amour seul. Osée condense, ainsi, tout son message dans ce verset – très significatif ! – que Jésus reprendra deux fois :
C’est l’amour que je veux et non le sacrifice,

La connaissance de Dieu plus que les holocaustes (Os 6, 6).

Ezechiel 2,2-5 – commentaires de Marie Noëlle Thabut

6 juillet, 2012

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

Dimanche 8 juillet : commentaires de Marie Noëlle Thabut

PREMIERE LECTURE – EZECHIEL 2, 2 – 5

2 L’Esprit vint en moi,
il me fit mettre debout,
et j’entendis le Seigneur qui me parlait ainsi :
3 « Fils d’homme je t’envoie vers les fils d’Israël,
vers ce peuple de rebelles qui s’est révolté contre moi.
Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères
se sont soulevés contre moi,
4 et les fils ont le visage dur,
et le coeur obstiné.
C’est à eux que je t’envoie, et tu leur diras :
Ainsi parle le Seigneur Dieu…
5 Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils refusent,
– car c’est une engeance de rebelles, –

ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. »
Rassurez-vous, les paroles que Dieu a adressées à Ezéchiel ne se sont pas limitées à ce que nous venons d’entendre ! Ce texte n’est qu’une toute petite partie du long récit de la vocation d’Ezéchiel, dans les premiers chapitres de son livre. A ne s’en tenir qu’aux quelques versets proposés pour ce dimanche, l’appel de Dieu semblerait un peu court et sévère ; aurait-il suffi à galvaniser Ezéchiel pour des années ? Mais c’est oublier dans quel climat ont résonné ces paroles. Quand Dieu envoie en mission, il donne toujours la force nécessaire : pour Ezéchiel, ce fut une vision grandiose, inoubliable dont le souvenir désormais soutiendrait tous ses efforts.
Nous sommes à Babylone, au tout début de l’Exil, avec la première vague des déportés chassés de Jérusalem par Nabuchodonosor en 597. Très loin, là-bas, sur la colline de Sion, le Temple est encore debout et Dieu y réside toujours puisqu’il l’a promis. Mais alors que reste-t-il aux exilés ? Désormais loin de Dieu, il ne leur reste que leurs yeux pour pleurer apparemment, en attendant des jours meilleurs.
Mais voilà que Dieu s’adresse à Ezéchiel, ici, bien loin de la mère-patrie et du Temple : c’est la première très Bonne Nouvelle de ce livre : Dieu n’est pas assigné à résidence à Jérusalem, il est également présent à Babylone, au bord du fleuve Kebar, là où est déporté son peuple. Ezéchiel voit les cieux s’ouvrir et le voilà plongé dans un univers de beauté indicible : plus tard il tentera bien de raconter sa vision, mais pour tous ceux qui n’y ont pas assisté, c’est proprement inimaginable : dans un univers de flammes, de feu, de pierres précieuses, de torches vivantes à visages d’hommes, d’animaux ailés, se déplaçait en tournoyant le chariot qui portait le trône de Dieu. Indicible, inracontable, peut-être, mais le feu qui émane du trône de Dieu vient d’embraser l’âme d’Ezéchiel, il est armé pour sa mission.
Laquelle promet d’être difficile : « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers ce peuple de rebelles qui s’est révolté contre moi. » On a peut-être un peu trop l’habitude de croire que le peuple en Exil à Babylone ne faisait qu’un autour de ses prêtres et de ses prophètes, dans la fidélité à la Loi et l’espérance du retour. En fait, si l’on en croit ce texte, les choses étaient moins simples. Il est probable que, là-bas, au contact de l’idolâtrie ambiante, les tentations d’abandonner la foi juive ont été très fortes. D’autant plus qu’en pareil cas, si l’on veut survivre loin du pays, il faut bien s’adapter. Certains pensent probablement que l’intransigeance n’est pas le bon plan.
Par ailleurs, à l’époque, une question se posait : si nous sommes le peuple vaincu, n’est-ce pas une preuve que notre Dieu est moins puissant que les autres ? Et, du coup, certains étaient tentés de changer de religion.
On devine à travers ces lignes que le prophète aura fort à faire, le mot « rebelles » revient plusieurs fois sous sa plume : « C’est une engeance de rebelles… Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi, et les fils ont le visage dur, et le coeur obstiné. » On pourrait diagnostiquer une « rébellion congénitale » en quelque sorte ! Thème connu bien avant Ezéchiel : déjà Moïse s’en plaignait : ce n’est pas un hasard s’il avait transformé le nom de l’étape de Rephidim dans le Sinaï en Massa et Meriba (épreuve et querelle) en souvenir des récriminations continuelles du peuple pendant l’Exode.
Des siècles plus tard, à l’orée de l’Exil, justement, méditant cette rude expérience de Moïse, le livre du Deutéronome lui faisait dire : « Souviens-toi, n’oublie pas que tu as irrité le SEIGNEUR ton Dieu dans le désert. Depuis le jour où tu es sorti d’Egypte, jusqu’à votre arrivée ici, vous avez été en révolte contre le SEIGNEUR… Et le SEIGNEUR m’a dit : Je vois ce peuple : eh bien ! C’est un peuple à la nuque raide ! » (Dt 9, 7. 13).
Dans le texte d’aujourd’hui, le reproche est particulièrement cinglant : car le peuple est comparé à Pharaon lui-même, le modèle de l’endurcissement du coeur ! (Au verset 4, quand le prophète dit : « les fils ont le coeur obstiné », il emploie exactement le même mot hébreu que celui qui avait caractérisé le roi d’Egypte dans le livre de l’Exode : « le coeur du Pharaon resta endurci » (Ex 7, 13). C’est donc la suprême injure. Voilà Ezéchiel bien prévenu ; et ce peuple est si rebelle que le prophète, à n’en pas douter, aura fort à faire pour se faire entendre et justifier son autorité ; c’est pourquoi il précise bien qu’il ne parle pas de lui-même : « L’Esprit vint en moi, il me fit mettre debout », et cette parole n’est pas la sienne ; il prend bien soin de préciser : Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu… Au verset suivant, Dieu invitera son porte-parole à garder courage : « Ecoute, fils d’homme, n’aie pas peur d’eux et n’aie pas peur de leurs paroles, tu es au milieu de contradicteurs et d’épines, tu es assis sur des scorpions ; n’aie pas peur de leurs paroles et ne t’effraie pas de leurs visages, car c’est une engeance de rebelles. Tu leur diras mes paroles, qu’ils t’écoutent ou qu’ils ne t’écoutent pas : ce sont des rebelles. » (Ez 2, 6).
Mais, précisément, à travers la gravité même des reproches adressés par Dieu à son peuple, on peut lire la deuxième très Bonne Nouvelle du texte de ce dimanche : ce peuple est dur et indocile, soit ; eh bien, même cela n’arrête pas la fidélité de Dieu à son Alliance : quelle que soit leur attitude, d’écoute ou de refus « ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » Traduisez, ils sauront que Dieu continue de leur parler, de les appeler.