Archive pour la catégorie 'Temps de Carême'

 » MON DIEU, MON DIEU, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNÉ ?

6 mars, 2017

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1361.html

 » MON DIEU, MON DIEU, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNÉ ?

« Théologie

Approfondir
D’après Marc et Matthieu, Jésus meurt en criant le début du Ps 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?  » Où est Dieu ?
D’après les évangélistes Marc et Matthieu, Jésus meurt en criant le début du Ps 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Bien des croyants sont troublés par cette interrogation ultime. Le salut est-il loin du crucifié ? Où est Dieu ? Libre réflexion sur des questions qui provoquent la foi.
Jésus de Nazareth, le Christ de Dieu, meurt et le ciel est vide. L’homme qui nommait Dieu « Père » tourne son être vers Lui au moment du grand passage, et le Père n’est pas là. L’a-t-il abandonné ? Celui qui en Galilée et à Jérusalem parlait comme Dieu, celui qui parlait de Dieu, celui qui, en inventant les paraboles, montrait le Royaume de Dieu, révélait le visage de Dieu, celui-là meurt dans un cri qui est prière ; dans sa mort il fait sienne la prière de son peuple.

Scandale et folie
Scandale et folie, voilà la mort de Jésus le Christ en croix. Depuis ce jour, les chrétiens sont familiers de la croix du Christ ; mais le scandale est toujours là, croix plantée sur nos chemins. Depuis ce jour, les chrétiens se sont habitués à entendre, à lire, à proclamer cette Parole mais ils ne supportent pas plus que l’antique psalmiste le silence de Dieu, ils ne supportent pas qu’Il reste loin. Et pourtant le Dieu de Job, le Dieu du Serviteur souffrant, le Dieu des exilés à Babylone est le Dieu du silence.
Le Dieu de nos pères, le Dieu « Père » est un Dieu absent, un Dieu qui reste loin. La première page de la Genèse nous le montre : Dieu crée par sa Parole et, en même temps, il s’éloigne de la création, il s’absente, il abandonne, le septième jour, la création belle et bonne. Dieu abandonne l’humain, mâle et femelle, à lui-même. Loin de l’infantiliser, de le garder sous sa dépendance, Dieu se retire pour que l’être humain ait sa place. On le sait, être un homme ou une femme c’est mesurer dans sa chair, dans son cœur, dans son intelligence, l’absence de l’autre ; mesurer, par la parole, l’absence de l’autre ; mesurer la différence qui sépare de l’autre, cette différence qui sépare et qui, seule, rend l’unité possible. Être croyant c’est mesurer dans sa chair, dans son cœur, dans son intelligence, l’absence de Dieu ; être croyant c’est se tourner vers celui qui est loin, vers le Tout Autre.

La mort volée
La mort de Jésus n’aurait pu être qu’un fait divers relégué aux oubliettes de l’histoire, la mort banale d’un innocent, or elle est la mort du seul Juste. On lui vole jusqu’au sens de sa mort : il est condamné pour blasphème (contre Dieu, contre le Temple) et non pas lapidé mais cloué, hors les murs, au poteau de l’infamie avec, au dessus de la tête, une inscription qui se veut dérisoire. Pire, on lui vole même le sens de son dernier cri : les passants croient qu’il appelle Élie. Seul un homme ne se trompe pas : le centurion romain anonyme de l’Évangile de Marc. Dans l’homme qui expire, abandonné par ses disciples, rejeté dans sa prédication, l’homme qui crie vers le ciel vide, il reconnaît : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15, 39).
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri est la prière du Juste, cri de Révélation, parole vers Dieu, parole qui humanise, Parole de Dieu.

Voici l’homme
En dehors du centurion, un autre romain a prononcé une parole décisive ; l’Église ne cesse de rappeler son nom dans le Credo : Ponce Pilate. Dans l’Évangile de Jean, Pilate a ce mot terrible : « Ecce homo, voici l’homme » ; voici l’homme tel qu’il est, voici un homme qui va mourir, voici l’être pour la mort. Terrible parole : elle juge et condamne, elle classe, se résigne, prononce une sentence qui se veut dérisoire ; elle déshumanise car elle montre du doigt, désolidarise un humain de tous les autres, divise, diabolise. Terribles paroles que nous prononçons quand défilent les images des camps d’exterminations nazis ou cambodgiens, des massacres de la région des Grands Lacs africains, quand nous évoquons la guerre au Sud Soudan ou l’assassinat d’un enfant. « Ecce homo », disons-nous : « voici l’homme, ce qu’il fait, ce qu’il peut faire ». Et nous ajoutons : « Mais Seigneur, nous ne sommes pas comme cela, pas comme eux, nous sommes ici ensemble à regarder la télévision, pas comme eux, ces assassins, ces monstres… » Paroles qui croient juger les autres et qui nous jugent. Et nous nous lavons les mains…
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?… Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. »

Abaissement
L’être humain explique, dissèque, argumente, dénonce, se met en avant, se justifie, se croit juste. Dieu, lui, se tait. Dans cette absence qui n’est pas indifférence il se révèle comme le Tout Autre, il se révèle comme Parole sur fond de silence. Il n’est pas un Dieu bavard qui dit tout, explique tout, a son avis sur tout ! Il n’est surtout pas un Dieu qui explique le mal… Et si le Dieu du Christ était ce Dieu qui se tait, qui parle peu ? Un Dieu qui croit que l’homme est adulte, un Dieu Père, un Dieu qui refuse la fusion, un Dieu qui veut la séparation, la liberté de ses enfants ?
Nous le croyons en Église : Dieu s’est abaissé pour se révéler ; après Paul, avec Paul, les théologiens ont nommé cet abaissement d’un mot étrange : kénose (d’un mot grec qui signifie « se dépouiller, se vider de soi-même »). Le Christ, Parole de Dieu, est kénose. L’homme de Nazareth a vécu plusieurs dizaines d’années, et de cette vie, il ne reste que quelques paroles, quelques gestes, quelques journées ; le reste est effacé, à jamais enseveli, pur passé. Le Christ Parole de Dieu a parlé et parce que nous sommes négligents, oublieux, peu attentionnés, cette Parole est presque oubliée. Dieu a parlé, Dieu nous a parlé et il ne nous reste que quelques bribes ; La Parole de Dieu a pris le risque d’être trahie, d’être néantisée, de sombrer.
Le Christ Jésus meurt, la Parole va s’éteindre : « Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis… » Mort scandaleuse, paroles scandaleuses pour la foi, et pourtant, en même temps, mort d’un homme qui révèle Dieu, parole divine qui révèle l’homme.

Le cri
Qui donc est Dieu ? Dieu de l’exode ou Dieu de l’exil ? Dieu qui agit avec puissance ou Dieu qui se tait ? Il est tout à la fois celui qui laisse son fils s’enfoncer dans la mort et celui qui va répondre. Son fils est un homme qui meurt sur une croix et un homme que Dieu a ressuscité.
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?… Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. » L’angoisse résonne vers le ciel, prière lancée dans le silence, hurlement dans les nuits de nos hôpitaux, dans les solitudes de nos maisons de retraites, sur les barbelés des camps de la mort. La Parole de Dieu meurt dans ce souffle, cette prière. Qui donc est Dieu ? Dieu des vivants, Dieu qui meurt sur une croix ? Dieu de Moïse ou Dieu de Job ? Qui donc est Jésus de Nazareth : le prophète des Béatitudes qui s’adresse aux foules ou l’homme seul face à Pilate ? Qui donc est Jésus le Christ : l’homme mort qu’on ensevelit dans un tombeau neuf ou celui qu’on prend pour le jardinier ? Qui donc est l’homme ?
Le cri du Ps 22 est le cri solidaire du Christ avec chaque homme, chaque femme, chaque enfant, le cri de l’homme qui souffre et qui meurt ; cri de l’homme qui n’attend pas une réponse automatique de Dieu ; cri vers Dieu, vers Dieu Père, vers le Tout-Autre, le Dieu qui me surprend et qui m’apprend à vivre, le Dieu silence qui me parle. Le cri du Ps 22 déroute : Dieu n’est pas celui que j’imagine, pas le Dieu dont je rêve… Dans le crucifié, nous reconnaissons notre Dieu.

BENOÎT XVI – MERCREDI DES CENDRES (2011)

27 février, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110309.html

BENOÎT XVI – MERCREDI DES CENDRES

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, marqués par le symbole austère des cendres, nous entrons dans le temps de carême, en commençant un itinéraire spirituel qui nous prépare à célébrer dignement les mystères pascals. La cendre bénie, imposée sur notre tête, est un signe qui nous rappelle notre condition de créatures, nous invite à la pénitence et à intensifier l’engagement de conversion pour suivre toujours plus le Seigneur.
Le carême est un chemin, qui consiste à accompagner Jésus qui monte à Jérusalem, lieu de l’accomplissement de son mystère de passion, de mort et de résurrection; il nous rappelle que la vie chrétienne est un «chemin» à parcourir, qui consiste moins en une loi à observer que dans la personne même du Christ à rencontrer, à accueillir, à suivre. En effet, Jésus nous dit: «Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive» (Lc 9, 23). C’est-à-dire qu’il nous dit que pour arriver avec Lui à la lumière et à la joie de la résurrection, à la victoire de la vie, de l’amour, du bien, nous devons nous aussi nous charger de la croix de chaque jour, comme nous y exhorte une belle page de l’Imitation du Christ: «Prenez donc votre Croix et suivez Jésus, et vous parviendrez à l’éternelle félicité. Il vous a précédés portant sa Croix (Jn 19, 17) et il est mort pour vous sur la Croix afin que vous aussi vous portiez votre Croix, et que vous aspiriez à mourir sur la Croix. Car si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui; et si vous partagez ses souffrances, vous partagerez sa gloire» (Livre 2, chap. 12, n. 2). Dans la Messe du premier dimanche de carême, nous prions: «O Dieu, notre Père, avec la célébration de ce carême, signe sacramentel de notre conversion, accorde à tes fidèles de croître dans la connaissance du mystère du Christ et de témoigner de Lui par une digne conduite de vie» (Collecte). Il s’agit d’une invocation que nous adressons à Dieu car nous savons que Lui seul peut convertir notre cœur. Et c’est surtout dans la Liturgie, dans la participation aux saints mystères, que nous sommes conduits à parcourir ce chemin avec le Seigneur; nous devons nous mettre à l’école de Jésus, reparcourir les événements qui nous ont apporté le salut, mais pas comme une simple commémoration, un souvenir des faits passés. Dans les actions liturgiques, le Christ se rend présent à travers l’œuvre de l’Esprit Saint, les événements salvifiques deviennent actuels. Il existe un mot-clé qui revient souvent dans la liturgie pour indiquer cela: le mot «aujourd’hui»; et celui-ci doit être entendu dans son sens originel et concret, et non pas métaphorique. Aujourd’hui, Dieu révèle sa loi et il nous est donné de choisir entre le bien et le mal, entre la vie et la mort (cf. Dt 30, 19); aujourd’hui «le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez à l’Evangile» (Mc 1, 15); aujourd’hui le Christ est mort sur le Calvaire et il est ressuscité d’entre les morts; il est monté au ciel et siège à la droite du Père; aujourd’hui, l’Esprit Saint nous est donné; aujourd’hui est le temps favorable. Participer à la liturgie signifie alors plonger sa vie dans le mystère du Christ, parcourir un chemin dans lequel nous entrons dans sa mort et sa résurrection pour avoir la vie.
Dans les dimanches de carême, de manière tout à fait particulière en cette année liturgique du cycle a, nous sommes amenés à vivre un itinéraire baptismal, comme à reparcourir le chemin des catéchumènes, de ceux qui se préparent à recevoir le Baptême, pour raviver en nous ce don et pour faire en sorte que notre vie retrouve les exigences et les engagements de ce sacrement, qui est à la base de notre vie chrétienne. Dans le Message que j’ai envoyé pour ce carême, j’ai voulu rappeler le lien particulier qui lie le Temps quadragésimal au Baptême. Depuis toujours, l’Eglise associe la Veillée pascale à la célébration du Baptême: en lui se réalise ce grand mystère en raison duquel l’homme, mort au péché, participe à la vie nouvelle dans le Christ ressuscité et reçoit l’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts (cf. Rm 8, 11). Les lectures que nous écouterons dans les dimanches à venir et auxquelles je vous invite à prêter une attention particulière, sont reprises de la tradition antique, qui accompagnait le catéchumène dans la découverte du Baptême: elles sont la grande annonce de ce que Dieu fait dans ce Sacrement, une extraordinaire catéchèse baptismale adressée à chacun de nous. Le premier dimanche, appelé Dimanche de la tentation, parce qu’il présente les tentations de Jésus dans le désert, nous invite à renouveler notre décision définitive pour Dieu et à affronter avec courage la lutte qui nous attend pour lui demeurer fidèles. Il y a toujours cette nécessité de décision, de résister au mal, de suivre Jésus. En ce dimanche, l’Eglise, après avoir entendu le témoignage des parrains et des catéchistes, célèbre l’élection de ceux qui sont admis aux sacrements pascals. Le deuxième dimanche est dit d’Abraham ou de la Transfiguration. Le baptême est le sacrement de la foi et de la filiation divine; comme Abraham, père des croyants, nous aussi, nous sommes invités à partir, à sortir de notre terre, à quitter les sécurités que nous nous sommes construites, pour placer notre confiance en Dieu; le but s’entrevoit dans la transfiguration du Christ, le Fils bien-aimé, dans lequel nous aussi nous devenons «fils de Dieu». Les dimanches suivants, le baptême est présenté à travers les images de l’eau, de la lumière et de la vie. Le troisième dimanche nous fait rencontrer la Samaritaine (cf. Jn 4, 5-42). Comme Israël lors de l’Exode, nous aussi dans le Baptême nous avons reçu l’eau qui sauve; Jésus, comme il le dit à la Samaritaine, a une eau de vie, qui étanche toutes les soifs; cette eau c’est son Esprit lui-même. L’Eglise, en ce dimanche, célèbre le premier scrutin des catéchumènes, et pendant la semaine, elle leur remet le Symbole: la profession de foi, le Credo. Le quatrième dimanche nous fait réfléchir sur l’expérience de l’«Aveugle de naissance» (cf. Jn 9, 1-41). Dans le Baptême, nous sommes libérés des ténèbres du mal et nous recevons la lumière du Christ pour vivre en fils de la lumière. Nous aussi devons apprendre à voir la présence de Dieu sur le visage du Christ et ainsi la lumière. Dans le chemin des catéchumènes est célébré le second scrutin. Enfin, le cinquième dimanche nous présente la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45). A travers le Baptême, nous sommes passés de la mort à la vie et nous sommes à présent en mesure de plaire à Dieu, de faire mourir le vieil homme pour vivre de l’Esprit du Ressuscité. Pour les catéchumènes, le troisième scrutin est célébré et au cours de la semaine leur est remise la prière du Seigneur: le Notre Père.
Cet itinéraire quadragésimal que nous sommes invités à parcourir au cours du carême se caractérise, dans la tradition de l’Eglise, par certaines pratiques: le jeûne, l’aumône et la prière. Le jeûne signifie l’abstinence de nourriture, mais il comprend d’autres formes de privation pour une vie plus sobre. Mais tout cela n’est pas encore la pleine réalité du jeûne: c’est le signe extérieur d’une réalité intérieure, de notre engagement, avec l’aide de Dieu, de nous abstenir du mal et de vivre de l’Evangile. Personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu.
Le jeûne, dans la tradition chrétienne, est ensuite étroitement lié à l’aumône. Saint Léon le Grand enseignait dans l’un de ses discours sur le carême: «Ce que chaque chrétien est tenu de faire en chaque moment, il doit à présent le pratiquer avec une plus grande sollicitude et dévotion, pour que s’accomplisse la règle apostolique du jeûne quadragésimal qui consiste dans l’abstinence non seulement de la nourriture, mais aussi et surtout des péchés. Ensuite, on ne peut associer aucune œuvre plus utile que l’aumône à ces saints jeûnes que l’on doit respecter, celle-ci embrassant de nombreuses bonnes œuvres sous le nom unique de “miséricorde”. Le domaine des œuvres de miséricorde est immense. Il n’y a pas que les riches et ceux qui ont des possessions qui peuvent faire du bien aux autres avec l’aumône, mais aussi ceux de condition modeste et pauvre. Ainsi, inégaux dans les biens de la richesse, tous peuvent être égaux dans les sentiments de piété de l’âme» (Discours 6 sur le carême, 2: pl 54, 286). Saint Grégoire le Grand rappelait, dans sa Règle pastorale, que le jeûne est rendu saint par les vertus qui l’accompagnent, en particulier par la charité, par chaque geste de générosité, qui donne aux pauvres et aux indigents le fruit d’une privation (cf. 19, 10-11).
En outre, le carême est un temps privilégié pour la prière. Saint Augustin dit que le jeûne et l’aumône sont «les deux ailes de la prière» qui lui permettent de prendre plus facilement son élan et de parvenir jusqu’à Dieu. Il affirme: «De cette manière, notre prière, faite en humilité et en charité, dans le jeûne et dans l’aumône, dans la tempérance et dans le pardon des offenses, en donnant de bonnes choses et en ne rendant pas les mauvaises, en s’éloignant du mal et en faisant le bien, recherche la paix et l’obtient. Avec les ailes de ces vertus, notre prière vole de manière assurée et est conduite plus facilement jusqu’au ciel, où le Christ notre paix nous a précédés» (Sermon 206, 3 sur le carême: pl 38, 1042). L’Eglise sait qu’en raison de notre faiblesse, il est difficile d’être en silence pour se présenter devant Dieu et prendre conscience de notre condition de créatures qui dépendent de Lui et de pécheurs ayant besoin de son amour: c’est pourquoi, en ce carême, elle nous invite à une prière plus fidèle et intense et à une méditation prolongée sur la Parole de Dieu. Saint Jean Chrysostome nous exhorte: «Embellis ta maison de modestie et d’humilité avec la pratique de la prière. Rends ton habitation splendide avec la lumière de la justice: orne tes murs avec les bonnes œuvres comme une patine d’or pur et, à la place des murs et des pierre précieuses, place la foi et la magnanimité surnaturelle, en mettant au dessus de tout, sur le faîte, la prière pour parfaire la décoration de tout l’ensemble. Ainsi, tu prépares une demeure digne pour le Seigneur, ainsi, tu l’accueilles dans un palais splendide. Il t’accordera de transformer ton âme en temple de sa présence» (Homélie 6 sur la prière: pg 64, 446).
Chers amis, sur ce chemin quadragésimal, soyons attentifs à saisir l’invitation du Christ à le suivre de manière plus décidée et cohérente, en renouvelant la grâce et les engagements de notre baptême, pour abandonner le vieil homme qui est en nous et nous revêtir du Christ, afin d’arriver renouvelés à la Pâque et pouvoir dire avec saint Paul: «Je vis mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20). Bon chemin de carême à tous! Merci!

L’ENTRÉE DE JÉSUS À JÉRUSALEM

17 mars, 2016

http://www.garriguesetsentiers.org/article-l-entree-de-jesus-a-jerusalem-71773159.html

L’ENTRÉE DE JÉSUS À JÉRUSALEM

Publié le 15 avril 2011 par G&S

(Matthieu 21,1-11 ; Marc 11,1-11 ; Luc 19,28-38 ; Jean 12,12-16)

Chers amis Internautes, nous voici à quelques jours de la fête catholique dite des Rameaux, qui se situe liturgiquement une semaine exactement avant Pâques. Pour tenter de vous faire mesurer pleinement sa portée symbolique à la lumière du Premier Testament, je m’en tiendrai à l’évangéliste le plus « juif », Matthieu, dont on découvrira une fois de plus qu’il s’attache assidument à relire les événements du Nouveau Testament à la lumière du Premier. Cette démarche lui est coutumière, comme aux autres évangélistes, mais il est le seul à la pratiquer et à l’expliciter autant. Le parallèle avec la fête juive de Souccot, appelée aussi Fête des Tentes, ou des cabanes, que j’ai évoqué il y a maintenant cinq ans (déjà !) dans l’article Les tentes des Rameaux est généralement expliqué par le fait que Matthieu 21,8 dit que les gens coupaient des branches aux arbres et en jonchaient le chemin (Marc 11,8 parle de jonchées de verdure qu’ils coupaient dans les champs ; Jean 12,13 de rameaux des palmiers ; Luc ne parle que de manteaux). Le texte qui définit cette fête se trouve dans le livre de la Bible nommé Vayiqra (le Lévitique des bibles en français) 23,39-43 : Le quinzième jour du septième mois, lorsque vous aurez récolté les produits du pays, vous célébrerez la fête du Seigneur pendant sept jours. Le premier jour repos et le huitième jour repos. Le premier jour vous prendrez le fruit de l’arbre de la beauté, des rameaux de palmier, des branches d’arbres touffus et des saules du torrent, et vous vous réjouirez face au Seigneur votre Dieu pendant sept jours. Vous fêterez ainsi une fête pour le Seigneur sept jours par an : règle éternelle pour vos générations. Au septième mois vous la fêterez. Vous habiterez sept jours dans des tentes. Tous les autochtones d’Israël habiteront dans des tentes, afin que vos générations connaissent que j’ai fait habiter sous des tentes les fils d’Israël quand je les ai fait sortir du pays d’Égypte, moi le Seigneur votre Dieu. Mon projet est de vous parler de deux points importants…   L’ânesse, l’ânon et la citerne Entrée Jésus Jérusalem avec anonL’épisode commence quand Jésus approche de Jérusalem et dit à deux de ses disciples : « Rendez-vous au village qui est en face de vous ; et aussitôt vous trouverez,à l’attache, une ânesse avec son ânon près d’elle ; détachez-la et amenez-les-moi. » (Matthieu 21,5) Matthieu 21,5 (contrairement aux autres évangiles) assume dans son récit l’incohérence apparente d’écrire que Jésus entre dans Jérusalem assis à la fois sur une ânesse et sur un ânon, en citant explicitement mais partiellement et approximativement Zacharie 9,9-12 : Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne et sur un ânon, le petit des ânesses. Malheureusement, il n’y a pratiquement aucune bible qui suit Zacharie dans l’incohérence apparente de ce texte, où il est pourtant bien écrit ’al-chamor ve’al-’aiyr?, sur un âne et sur un ânon ! Ni la B.J., i.e. la Bible de Jérusalem (un âne, un ânon alors qu’elle met le « et » dans sa traduction de l’évangile de Matthieu !) ni la TOB (un âne, un ânon tout jeune), ni Segond (sur un âne, sur un âne), ni la Bible du Rabbinat (sur un âne, le petit de l’ânesse), ni même Chouraqui (un âne ou un ânon)) Il n’y a que le chanoine Crampon, il y a un siècle, qui a osé : monté sur un âne, et sur un poulain, petit d’une ânesse ! De toute façon, le lecteur attentif comprend que Matthieu a voulu rapporter l’entrée de Jésus à Jérusalem à l’arrivée duRoi de Sion annoncée par le prophète Zacharie. Mais il ne faut jamais s’arrêter dès qu’on trouve quelque chose d’intéressant dans un texte ; il faut toujours lire la suite. Celle de la prophétie de Zacharie vaut la peine : Quant à toi (fille de Sion), à cause de l’alliance conclue dans le sang, je renverrai tes captifs de la citerne où il n’y a pas d’eau. Revenez vers la place forte, captifs de l’espoir. Cette prophétie parle d’une citerne où il n’y a pas d’eau et à ce propos la B.J. met en note : une citerne sert de geôle, c’est le symbole de Babylone… Peut-être ! Mais c’est aussi – et surtout – la même expression, avec le même mot hébreu (bor), qu’en Genèse 37,24, dans l’histoire de Joseph et de ses frères qui veulent le faire périr : ils le jetèrent dans la citerne ; cette citerne était vide, sans eau (trad. Rabbinat). Cette phrase de Zacharie nous mène donc à Juda, le 4e fils de Jacob, celui qui a suggéré à ses frères de vendre Joseph plutôt que de le laisser mourir dans la citerne et donc, en quelque sorte, de le « renvoyer de la citerne où il n’y a pas d’eau ». Et, comme par hasard, en cherchant s’il n’y a pas d’autres ânesse et ânon dans la Bible, de préférence attachés (car aucun détail n’est inutile dans la Bible !) on retrouve le même Juda, 4e fils de Jacob, en Genèse 49. À la fin de ce livre, juste avant sa mort, Jacob livre son testament à ses fils et les bénit, dans un long discours qui commence et se termine ainsi : Jacob appela ses fils et dit : « Réunissez-vous, que je vous annonce ce qui vous arrivera à la fin des temps. Rassemblez-vous, écoutez, fils de Jacob, écoutez Israël, votre père » […] Voilà ce que leur dit leur père, quand il les a bénis. Il les bénit, chacun selon sa bénédiction (Genèse 49,1-2.28). Les paroles de Jacob sont une bénédiction de Patriarche, donc une parole créatrice, une parole qui annonce et qui crée ce qui arrivera. Or, en bénissant Juda Jacob lui dit (Genèse 49,8-12) : « Juda, toi, tes frères te loueront, ta main est sur la nuque de tes ennemis et les fils de ton père s’inclineront devant toi. Tu es un jeune lion, ô Juda […] Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, ni le bâton de chef d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Shiloh à qui les peuples obéiront. Il attache à la vigne son âne, au cep le petit de son ânesse, etc. » On note : – que Juda est annoncé comme étant la souche de la lignée royale au sein du peuple hébreu. D’ailleurs, dans les généalogies de leurs évangiles, Matthieu et Luc feront descendre Jésus de Juda, en ligne directe.

- qu’en plus de l’âne (que Matthieu appelle ânesse !) et de l’ânon attachés qu’on recherchait, la bénédiction pour Juda mentionne la venue d’un certain Shiloh. Qui est donc ce Shiloh, à côté duquel passent toutes les bibles chrétiennes (et d’autres) ?   Le Shiloh Ce Shiloh de Genèse 49,10 donne lieu aux interprétations les plus diverses. La B.J. le traduit par tribut ; la TOB par celui (!), Segond et Crampon par le Schilo (ce qui ne nous avance pas vraiment !). Amis lecteurs, vous pouvez ici interrompre un instant votre lecture pour lire ou relire l’article Jésus porteur de Paix ou d’épée ? où je traite des racines du mot shiloh, dans lequel la bible du Rabbinat voit le Pacifique (racine shalam, faire la paix), mais où on peut certainement voir aussi l’Envoyé (racine shalach, envoyer et particulièrement, comme dit le dictionnaire Sander et Trenel, envoyer en mission) : c’est donc Jésus pour les chrétiens. Pour sa part, Jérôme, le Père de l’Église qui a écrit la Vulgate, version latine de la Bible, a traduit par : donec veniat qui mittendus est : jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, ce qui m’a confirmé dans mon intuition ! Malheureusement, la Néo-Vulgate de 1979 traduit par : donec veniat ille cuius est : jusqu’à ce que vienne celui qui est à lui, ce qui n’a plus rien à voir avec le Shilo ! La lecture qu’on peut faire de l’épisode de l’entrée de Jésus à Jérusalem est donc que Jésus accomplit la prophétie de Zacharie – en tant que Roi – et la prophétie sur Juda (et sa lignée) – en tant que Messie – à son arrivée à Jérusalem, et alors se demander s’il n’y a pas un lien entre le Shiloh, l’Envoyé et la piscine de Siloé (hébreu Shiloach) à Jérusalem, où, à la fin des fêtes de Souccot, se déroule la procession de Simrat Torah ! Car c’est ce jour et ce rite-là qui sont évoqués en Jean 7,37 : Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et il boira, celui qui croit en moi ! » selon le mot de l’Écriture : de son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui. Et, immédiatement après la discussion qui s’ensuit, Jésus envoie (c’est le cas de le dire) l’aveugle-né se laver à la piscine de Shiloach, dont Jean précise que son nom signifie Envoyé (9,7)… o O o Terminons cette brève étude en survolant quelques mots utilisés dans le texte évangélique. Les manteaux : Les gens étendirent leurs manteaux sur le chemin (Matthieu 21,8) C’est l’attitude d’accueil d’un roi de Juda : Aussitôt, tous prirent leurs manteaux et les étendirent sous lui, à même les degrés; ils sonnèrent du cor et crièrent : « Jéhu est roi ! » (2Rois 9,13 ; Jéhu a détrôné Ozochias, roi de Juda, vers 841…). Noter qu’il n’y a aucun jeu de mots avec Jésus (car Jéhu est Yéhou en hébreu) ! Hosanna : les foules criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom de Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Hosanna, hoshiy’ah na’, signifie : sauve ou donne le salut, de grâce ! Cf. L’article Alleluia ! Hosanna ! Amen ! Les qualificatifs donnés à Jésus : – fils de David, qui est une appellation royale – qui vient au nom du Seigneur, et l’envoyé, qui sont des appellations messianiques ! Tout cela rappelle Psaume 118,25-26 : ’ana’ adonaï hoshiy’ah na’, de grâce, Seigneur ! donne le salut, de grâce !, suivi de : baroukh haba’ beshem adonaï, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur… Le Psaume 118 est le dernier Psaume du Hallel ; son sous-titre est Liturgie pour la fête des Tentes… On peut donc raisonnablement penser : – que Jésus est entré à Jérusalem pour la fête de Souccot, à l’automne… – que donc Jésus est resté six mois à Jérusalem avant d’y mourir sur une croix – et que donc que le retournement des foules contre Jésus, au printemps, dont on dit qu’il s’est fait en quatre jours (entre les Rameaux et le Jeudi-saint), a en fait pris six mois… La foule (si foule il y avait !) des « juifs » qui avaient salué Jésus comme Roi à l’automne et la foule (si foule il y avait !) des « juifs » au moment du procès de Jésus (si c’était la même, ce qui est plus qu’improbable !) n’était donc pas aussi versatile qu’on nous l’a appris et rabâché depuis notre catéchisme et jusqu’à maintenant dans bien des églises… Portes levez vos frontons, élevez-vous portails antiques, qu’il entre le roi de gloire !  (Psaume 24,7)

René Guyon

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CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

16 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20100328_palm-sunday.html

CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Place Saint-Pierre

XXVe Journée Mondiale de la Jeunesse

Dimanche 28 mars 2010

Chers frères et sœurs,

chers jeunes!

L’Evangile de la bénédiction des rameaux, que nous écoutons ici réunis sur la place Saint-Pierre, commence par la phrase:  « Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem » (Lc 19, 28). Tout au début de la liturgie de ce jour, l’Eglise anticipe sa réponse à l’Evangile, en disant:  « Nous suivons le Seigneur ». Avec cela, le thème du Dimanche des Rameaux est clairement exprimé. Il s’agit de la « sequela ». Etre chrétiens signifie considérer le chemin de Jésus Christ comme le juste chemin pour être des hommes – comme le chemin qui conduit à l’objectif, à une humanité pleinement réalisée et authentique. Je voudrais répéter de manière particulière à tous les jeunes, garçons et filles, en cette XXV Journée mondiale de la jeunesse, qu’être chrétiens est un chemin, ou mieux:  un pèlerinage, un cheminement avec Jésus Christ. Un cheminement dans la direction qu’Il nous a indiquée et qu’il nous indique. Mais de quelle direction s’agit-il? Comment la trouver? La phrase de notre Evangile offre deux indications à cet égard. En premier lieu, elle dit qu’il s’agit d’une montée. Cela a tout d’abord une signification très concrète. Jéricho, où s’est déroulée la dernière partie du pèlerinage de Jésus, se trouve à 250 mètres sous le niveau de la mer, alors que Jérusalem – le but du chemin – se trouve à 740-780 mètres au-dessus du niveau de la mer:  une montée de presque mille mètres. Mais ce chemin extérieur est surtout une image du mouvement intérieur de l’existence, qui s’accomplit à la suite du Christ:  c’est une montée à la véritable hauteur permettant d’être des hommes. L’homme peut choisir un chemin facile et éloigner toute difficulté. Il peut aussi descendre vers le bas, la vulgarité. Il peut sombrer dans le marécage du mensonge et de la malhonnêteté. Jésus marche devant nous, et il se dirige vers le haut. Il nous conduit vers ce qui est grand, pur, il nous conduit vers l’air sain des hauteurs:  vers la vie selon la vérité; vers le courage qui ne se laisse pas intimider par la rumeur des opinions dominantes; vers la patience qui supporte et soutient l’autre. Il conduit vers la disponibilité pour les personnes qui souffrent, pour les laissés-pour-compte; vers la fidélité qui est du côté de l’autre, lorsque la situation devient difficile. Il conduit vers la disponibilité à apporter de l’aide; vers la bonté qui ne se laisse pas désarmer, même par l’ingratitude. Il nous conduit vers l’amour – il nous conduit vers Dieu. « Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem ». Si nous lisons cette parole de l’Evangile dans le contexte du chemin de Jésus dans son ensemble – un chemin qu’il poursuit précisément jusqu’à la fin des temps – nous pouvons découvrir dans l’indication de l’objectif « Jérusalem » différents niveaux. Il faut naturellement tout d’abord comprendre simplement le lieu « Jérusalem »:  c’est la ville où se trouve le Temple de Dieu, dont l’unicité devait rappeler l’unicité de Dieu lui-même. Ce lieu annonce donc tout d’abord deux choses:  d’une part, il dit que Dieu est un seul dans tout le monde, il dépasse immensément tous nos lieux et temps; il est ce Dieu auquel appartient toute la création. C’est le Dieu dont tous les hommes, au plus profond d’eux-mêmes, sont à la recherche et dont, d’une certaine façon, tous ont également connaissance. Mais ce Dieu s’est donné un nom. Il s’est fait connaître à nous, il a commencé une histoire avec les hommes; il a choisi un homme – Abraham – comme point de départ de cette histoire. Le Dieu infini est dans le même temps le Dieu proche. Lui, qui ne peut être enfermé dans aucun édifice, veut toutefois habiter parmi nous, être totalement avec nous. Si Jésus monte avec Israël en pèlerinage vers Jérusalem, Il y va pour célébrer la Pâque avec Israël:  le mémorial de la libération d’Israël – un mémorial qui, dans le même temps, est toujours espérance de la libération définitive, que Dieu donnera. Et Jésus va vers cette fête avec la conscience d’être Lui-même l’Agneau en qui s’accomplira ce que le Livre de l’Exode dit à cet égard:  un agneau sans défaut, mâle, qui, au coucher du soleil, devant les yeux des fils d’Israël, est immolé « comme rite perpétuel » (cf. Ex 12, 5-6. 14). Enfin, Jésus sait que sa vie ira au-delà:  la croix ne constituera pas sa fin. Il sait que son chemin déchirera le voile entre ce monde et le monde de Dieu; qu’Il montera jusqu’au trône de Dieu et réconciliera Dieu et l’homme dans son corps. Il sait que son corps ressuscité sera le nouveau sacrifice et le nouveau Temple; qu’autour de Lui, de la multitude des anges et des saints, se formera la nouvelle Jérusalem qui est dans le ciel et toutefois aussi déjà sur la terre, car dans sa passion Il a ouvert la frontière entre le ciel et la terre. Son chemin conduit au-delà de la cime du mont du Temple, jusqu’à la hauteur de Dieu lui-même:  telle est la grande montée à laquelle il nous invite tous. Il reste toujours auprès de nous sur la terre et il est toujours déjà parvenu auprès de Dieu, Il nous guide sur la terre et au-delà de la terre. Ainsi, dans l’amplitude de la montée de Jésus deviennent visibles les dimensions de notre « sequela » – l’objectif auquel il veut nous conduire:  jusqu’aux hauteurs de Dieu, à la communion avec Dieu; à l’être-avec-Dieu. Tel est le véritable objectif, et la communion avec Lui est le chemin. La communion avec Lui est une manière d’être en marche, une montée permanente vers la véritable hauteur de notre appel. Marcher avec Jésus est dans le même temps toujours un cheminement dans le « nous » de ceux qui veulent Le suivre. Il nous introduit dans cette communauté. Etant donné que le chemin jusqu’à la vraie vie, jusqu’à être des hommes conformes au modèle du Fils de Dieu Jésus Christ dépasse nos propres forces, ce cheminement comporte toujours également le fait que nous soyons portés. Nous nous trouvons, pour ainsi dire, dans une cordée avec Jésus Christ – avec Lui dans la montée vers les hauteurs de Dieu. Il nous tire et nous soutient. Se laisser intégrer dans cette cordée, accepter de ne pas pouvoir y arriver seuls, fait partie de cette « sequela » du Christ. Cet acte d’humilité, entrer dans le « nous » de l’Eglise; s’accrocher à la cordée, la responsabilité de la communion – ne pas arracher la corde en étant butés et pédants, fait partie de celle-ci. Croire humblement avec l’Eglise, ainsi qu’être accrochés à la cordée de la montée vers Dieu, est une condition essentielle de la « sequela ». Ne pas se comporter en patrons de la Parole de Dieu, ne pas courir derrière une idée erronée de l’émancipation, fait également partie du fait de se trouver dans l’ensemble de la cordée. L’humilité de l’ »être-avec » est essentielle à la montée. Que dans les sacrements nous nous laissions toujours prendre à nouveau par la main par le Seigneur, que nous nous laissions purifier et fortifier par Lui, que nous acceptions la discipline de la montée, même si nous sommes fatigués, fait également partie de celle-ci. Enfin, il nous faut encore dire:  la Croix fait partie de la montée vers la hauteur de Jésus Christ, de la montée jusqu’à la hauteur de Dieu. De même que dans les événements de ce monde on ne peut pas atteindre de grands résultats sans renonciation et un dur exercice, de même que la joie d’une grande découverte dans le domaine des connaissances ou d’une véritable capacité d’action est liée à la discipline, ou plutôt à la fatigue de l’apprentissage; le chemin vers la vie, vers la réalisation de la propre humanité, est lié à la communion avec Celui qui est monté à la hauteur de Dieu à travers la Croix. En dernière analyse, la Croix est l’expression de ce que signifie l’amour:  seul celui qui se perd, se trouve. Résumons:  la « sequela » du Christ demande, comme premier pas, de nous réveiller de la nostalgie pour être authentiquement des hommes, et ainsi de nous réveiller pour Dieu. Elle demande également que l’on entre dans la cordée de ceux qui montent, dans la communion de l’Eglise. Dans le « nous » de l’Eglise nous entrons en communion avec le « Toi » de Jésus Christ et nous rejoignons ainsi le chemin vers Dieu. En outre, il est demandé que l’on écoute la Parole de Jésus Christ et qu’on la vive:  dans la foi, l’espérance et l’amour. Ainsi, nous sommes en chemin vers la Jérusalem définitive et, dès à présent, d’une certaine manière, nous nous trouvons là, dans la communion de tous les saints de Dieu. Notre pèlerinage à la suite du Christ ne va pas vers une ville terrestre, mais vers la nouvelle Cité de Dieu, qui grandit au milieu de ce monde. Le pèlerinage vers la Jérusalem terrestre, toutefois, peut être précisément également pour nous, chrétiens, un élément utile pour ce voyage plus grand. J’ai moi-même attribué trois significations à mon pèlerinage en Terre Sainte de l’an dernier. Tout d’abord, j’avais pensé qu’à cette occasion, il peut nous arriver ce que Jean dit au début de sa Première Lettre:  ce que nous avons entendu, nous pouvons, d’une certaine façon, le voir et le toucher de nos propres mains (cf. 1 Jn 1, 1). La foi en Jésus Christ n’est pas une invention légendaire. Elle se base sur une histoire qui a véritablement eu lieu. Cette histoire, nous pouvons, pour ainsi dire, la contempler et la toucher. Il est émouvant de se trouver à Nazareth sur le lieu où l’Ange apparut à Marie et lui confia le devoir de devenir la Mère du Rédempteur. Il est émouvant de se trouver à Bethléem sur le lieu où le Verbe, s’étant fait chair, est venu habiter parmi nous; poser le pied sur le terrain saint où Dieu a voulu se faire homme et enfant. Il est émouvant de monter l’escalier vers le Calvaire jusqu’au lieu où Jésus est mort pour nous sur la Croix. Et de demeurer enfin devant le sépulcre vide; prier là où sa sainte dépouille a reposé et où, le troisième jour, eut lieu la résurrection. Suivre les chemins extérieurs de Jésus doit nous aider à marcher de façon plus joyeuse et avec une nouvelle certitude sur le chemin intérieur qu’Il nous a indiqué et qui est Lui-même. Lorsque nous nous rendons en Terre Sainte comme pèlerin, nous y allons toutefois également – et cela est le deuxième aspect – comme messagers de la paix, avec la prière pour la paix; avec l’invitation à tous de faire en ce lieu, qui porte dans son nom le mot « paix », tout le possible afin qu’il devienne véritablement un lieu de paix. Ainsi, ce pèlerinage est dans le même temps – c’est un troisième aspect – un encouragement pour les chrétiens à demeurer dans le pays de leurs origines et à s’y consacrer profondément pour la paix. Revenons une fois de plus à la liturgie du Dimanche des Rameaux. Dans la prière avec laquelle sont bénis les rameaux d’oliviers, nous prions afin que dans la communion avec le Christ, nous puissions apporter le fruit de bonnes œuvres. A partir d’une interprétation erronée de saint Paul, s’est développée de façon répétée, au cours de l’histoire et aujourd’hui encore, l’opinion selon laquelle les bonnes œuvres ne feraient pas partie de l’identité des chrétiens et que, dans tous les cas, elles seraient insignifiantes pour le salut de l’homme. Mais si Paul dit que les œuvres ne peuvent justifier l’homme, il ne s’oppose pas en cela à l’importance d’agir de façon droite et, si il parle de la fin de la Loi, il ne déclare pas dépassés et sans importance les Dix Commandements. Il n’est pas nécessaire à présent de réfléchir sur toute l’ampleur de la question qui intéressait l’Apôtre. Il est important de souligner qu’à travers le terme de « Loi », il n’entend pas les Dix Commandements, mais le style de vie complexe à travers lequel Israël devait se protéger contre les tentations du paganisme. Toutefois, le Christ a apporté Dieu aux païens. Cette forme de distinction ne leur est pas imposée. On leur donne uniquement le Christ comme Loi. Mais cela signifie l’amour pour Dieu et pour le prochain, et tout ce qui en fait partie. Les Commandements, qu’il faut lire de façon nouvelle et plus profonde à partir du Christ, appartiennent à cet amour, ces Commandements qui ne sont autres que les règles fondamentales du véritable amour:  d’abord, et comme principe fondamental l’adoration de Dieu, le primat de Dieu, qu’expriment les trois premiers Commandements. Ils nous disent:  sans Dieu, rien n’aboutit. C’est à partir de la personne de Jésus Christ que nous apprenons qui est ce Dieu et comment il est. Puis suivent la sainteté de la famille (quatrième Commandement), la sainteté de la vie (cinquième Commandement), l’ordre du mariage (sixième Commandement), l’ordre social (septième Commandement) et enfin la nature inviolable de la vérité (huitième Commandement). Tout cela est aujourd’hui de la plus grande actualité, et va précisément également dans le sens de saint Paul – si nous lisons entièrement ses Lettres. « Porter du fruit avec les bonnes œuvres »:  au début de la Semaine sainte, nous prions le Seigneur de nous donner à tous toujours plus de ce fruit. A la fin de l’Evangile pour la bénédiction des Rameaux, nous entendons l’acclamation par laquelle les pèlerins saluent Jésus aux portes de Jérusalem. C’est la parole du psaume 118 (117) que les prêtres proclamaient à l’origine de la Ville Sainte aux pèlerins, mais qui, entre temps, était devenue l’expression de l’espérance messianique:  « Béni soit au nom de Yahvé celui qui vient » (Ps 118 [117], 26; Lc 19, 38). Les pèlerins voient dans Jésus l’Attendu, celui qui vient au nom du Seigneur, et selon l’Evangile de saint Luc, ils ajoutent même un mot:  « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ». Et ils poursuivent par une acclamation qui rappelle le message des Anges à Noël, mais ils le modifient d’une manière qui fait réfléchir. Les Anges avaient parlé de la gloire de Dieu au plus haut des cieux et de la paix sur terre pour les hommes de bonne volonté. A l’entrée de la Ville sainte, les pèlerins disent:  « Paix dans le Ciel et gloire au plus haut des cieux! ». Ils ne savent que trop bien que sur terre, il n’y a pas de paix. Et ils savent que le lieu de la paix est le ciel – ils savent que cela fait partie de l’essence du ciel d’être un lieu de paix. Ainsi, cette acclamation est l’expression d’une peine profonde, et également une prière d’espérance:  que Celui qui vient au nom du Seigneur apporte sur terre ce qui est aux cieux. Que sa royauté devienne la royauté de Dieu, présence du ciel sur la terre. L’Eglise, avant la consécration eucharistique, chante la parole du Psaume avec laquelle Jésus est salué avant son entrée dans la Ville Sainte:  elle salue Jésus comme le Roi qui, venant de Dieu, au nom de Dieu, fait son entrée parmi nous. Aujourd’hui aussi, ce salut joyeux est toujours une prière et une espérance. Prions le Seigneur afin qu’il nous apporte le ciel:  la gloire de Dieu et la paix des hommes. Nous comprenons ce salut dans l’esprit de la demande de Notre Père:  « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel! ». Nous savons que le ciel est le ciel, le lieu de la gloire et de la paix, car c’est là que règne entièrement la volonté de Dieu. Et nous savons que la terre n’est pas le ciel tant que ne se réalise pas en elle la volonté de Dieu. Nous saluons, donc Jésus qui vient du ciel et nous le prions de nous aider à connaître et à faire la volonté de Dieu. Que la royauté de Dieu entre dans le monde et qu’il soit ainsi empli de la splendeur de la paix. Amen.

 

FAIRE PÉNITENCE ?

15 mars, 2016

http://jerusalem.cef.fr/fraternites/vivre-la-liturgie/temps-liturgique/careme/faire-penitence

FAIRE PÉNITENCE ?

Ce texte de Dom André Louf est extrait du «Sources Vives» n°108 : Jeûne & Pénitence   Dans le langage français usuel, le mot «pénitence», surtout s’il se trouve associé à l’expression qui fait le titre de cette contribution, évoque presque exclusivement la pénitence «corporelle», même dans la bouche de chrétiens pratiquants et militants. Comparé à l’extension du même mot dans le vocabulaire de la Bible, où celui-ci est la plupart du temps synonyme de «conversion», il s’agit là évidemment d’un regrettable rétrécissement de signification.   Pénitences ou pénitence ? L’approche du Carême, traditionnellement consacré à une recrudescence des «doses» de pénitence corporelle, ne simplifie d’ailleurs pas le problème, même si celles qui sont encore officiellement prescrites par l’Église ont été notablement allégées, pour ne pas dire qu’elles sont devenues évanescentes et que, dans la pratique, elles n’ont guère laissé de traces. Avec de bonnes raisons d’ailleurs. Et d’abord : connaissait-on seulement les bonnes raisons qu’il aurait fallu avoir pour accueillir un temps de pénitence où la mortification corporelle jouait un rôle aussi important — dans l’imaginaire au moins de beaucoup de croyants — et auquel on se résignait, non sans quelque fatalité, en «faisant le gros dos», si ce n’était en savourant d’avance la rupture de jeûne qui s’ensuivrait au matin de Pâques ? On était invité à faire preuve de générosité en s’infligeant quelques menues restrictions, peut-être en réparation pour ses péchés, ou à défaut — quelle preuve d’inconscience! — pour ceux des autres. Ou on s’empressait d’accumuler quelques mérites dont les fruits nous seraient restitués, intérêts compris, en temps opportun, à l’heure de la rétribution générale du Dernier Jour. Que certaines bonnes âmes se soient laissé tenter de la sorte et se soient livrées à des pénitences non sans éprouver quelque secrète satisfaction, ne pouvait pas ne pas susciter chez d’autres, moins sensibles à de tels penchants, le soupçon immanquablement dévastateur de masochisme. Quel «Dieu pervers» servions-nous donc, qui était à ce point intéressé à voir souffrir ses enfants, jusqu’à, dans leur zèle, s’infliger ces souffrances à eux-mêmes ?  D’autres motifs de pénitence étaient, bien sûr, de meilleure qualité, et d’ailleurs déjà attestés par la Tradition. Ce que l’on soustrait à ses propres besoins, souvent plus superflus que strictement nécessaires, peut être consacré aux besoins des vrais nécessiteux. L’on jeûne donc, afin de pouvoir donner aux pauvres. Ou bien, même si les pauvres sont loin et que notre jeûne ne pourrait aucunement remédier d’une façon significative à leur détresse, on se modère dans le manger et le boire pour marquer sa solidarité, en l’inscrivant concrètement dans sa propre chair. L’on pourrait aussi jeûner et se restreindre de bien d’autres façons pour protester contre les dérives d’une société de consommation et de ses innombrables et astucieux sortilèges : l’on jeûne alors pour devenir un vivant «signe de contradiction», dans l’espoir que certains du moins sauront en déchiffrer la portée. Apprivoiser le corps Dans tous ces cas, l’identification spontanée, faite par le sens commun, de la pénitence avec quelque restriction corporelle, est loin d’être privée d’une portée particulière même si la «conversion» touche aussi et principalement le cœur. Mais, sans craindre le paradoxe, on pourrait dire que la pénitence corporelle est importante précisément parce qu’elle affecte le corps. Et l’on pourrait ajouter : et parce qu’elle en devient d’autant plus incisive.  Non pas parce qu’il importerait de domestiquer ou de «mater» un corps trop porté à se rebeller contre l’esprit, ni pour l’exercer par un entraînement de type plus ou moins spartiate dans les petites choses, afin de pouvoir se montrer fort dans les grandes. De pareilles motivations nous feraient sortir de la grâce de l’évangile, et nous amèneraient sur des voies parallèles, apparemment semblables, mais qui, en fait, se terminent en impasses et en voies sans issues. Lorsque, dans la Première Lettre aux Corinthiens, saint Paul veut mettre en lumière la gravité particulière du péché de fornication par rapport aux autres péchés, il tire son argument du fait que la fornication affecte le corps, alors que les autres péchés lui demeurent extérieurs : or, «ne savez-vous pas, explique-t-il, que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps» (1 Co 6,18-20). C’est à cause de son importance particulière que le corps peut devenir instrument de péché, mais aussi être mis au service de la gloire de Dieu. Le poids qu’il peut prendre dans le péché, il le garde aussi lorsqu’il s’agit de revenir à Dieu par la pénitence. Celle-ci doit apprivoiser le corps pour le destiner au seul service de Dieu. Jeûner et veiller Pour s’arrêter un instant au jeûne, il est certain que la perspective de jeûner déclenche immanquablement tout un scénario qui n’affecte pas seulement les organes extérieurs qui seront plus ou moins affligés par lui, mais bouleverse aussi certaines régions profondes de l’âme. Et d’abord sous la forme de résistances plus ou moins tenaces, qui se reflètent dans l’opinion commune de nos contemporains à son sujet. Celles-ci sont à identifier et à analyser avec un œil critique. Est-il tellement certain, comme on l’entend affirmer fréquemment, que les générations actuelles ne peuvent supporter un jeûne qui ne se réduit d’ordinaire plus qu’à un modeste retard imposé au rassasiement de la faim, alors que l’état général des santés s’est considérablement amélioré dans nos pays ? Ou, pour convaincre des chrétiens, devrait-on en appeler à l’exemple de nos frères musulmans qui se dispensent allègrement de tels subterfuges pour échapper aux exigences d’un Ramadan autrement plus rigoureux ? Que cachent nos réticences et nos peurs ? Le jeûne s’attaque-rait peut-être à un certain désordre de nos besoins et de nos désirs, qui n’est pas sans lien avec le désordre du désir de Dieu en nous, qu’il arrive à occulter ou à travestir ? Et le fait de différer le repas pendant quelques heures — car le jeûne est essentiellement cela, et non pas le fait de moins manger tout en mangeant tout de suite — ne permettrait-il pas d’exprimer, par la faim corporelle et par le refus d’assouvir sur le champ un besoin sensible, qu’une faim beaucoup plus profonde nous tourmente aux racines de notre être, qui mérite d’être réveillée et prise en compte, pour être ensuite étalée et présentée en offrande d’attente devant le Seigneur ? La même question peut être posée au sujet des veilles de la nuit, ou de ce que nous essayons d’en sauvegarder par petits bouts le soir ou le matin. Sans nier que nos systèmes nerveux requièrent aujourd’hui peut-être davantage de sommeil, dont la mesure peut varier considérablement selon les âges et les personnes, ne pourrait-on pas retrouver le sens pédagogique, et comme thérapeutique, que contient cette présence consciente à soi, au monde et à Dieu, alors que l’univers est plongé dans l’inconscience du sommeil ? Ou pressentir comment la veille nous permet de nous exercer très concrètement au sacrement de l’attente de l’aube, qui est figure de celle du retour du Christ venant nous inonder de la lumière de sa Parousie ? Y a-t-il image plus éloquente du désir qui traverse et nourrit toute expérience spirituelle que cette vigie, à la fois dépouillée et parfaitement assurée, en attente des premières lueurs de l’aurore qui font progressivement pâlir les fenêtres des chevets de nos églises normalement tournés vers l’Orient ? Vigie dépouillée, car rien ne permet au veilleur d’en hâter le rythme, et cependant pleinement assurée, car rien ni personne ne pourrait empêcher que le matin ne finisse par éclater irrésistiblement. Et n’est-ce pas au nom du monde entier que, à chaque nuit et à chaque aurore qui progresse insensiblement mais sûrement, les moines, depuis des générations, ont attendu les Avènements successifs du Seigneur, suspensa exspectatione, «avec une attente en suspens», si on accepte cette traduction un peu libre, ou plus littéralement, «avec une attente qui est elle-même toute suspendue», comme la décrivit un cistercien du XIIe siècle, et qui «suspend» le veilleur tout entier à l’objet de son attente mystérieusement pressenti dans son cœur. Car, pour reprendre l’exégèse de saint Bernard, il y a trois Avènements du Christ. Le premier eut lieu dans la chair, au moment de l’Incarnation ; le troisième se produira à la fin des temps, lorsque le Seigneur reviendra dans la gloire ; le deuxième, qu’il appelle l’Avènement intermédiaire, a lieu continuellement dans l’Église d’aujourd’hui, au plus intime des cœurs des croyants. N’est-ce pas de cet Avènement-là que les «veilleurs dans la nuit» que sont les moines, ont reçu la charge particulière, et qu’ils ont la grâce de porter et d’inscrire dans leur chair ? Jusqu’à l’intérieur du cœur Comme tous les autres signes extérieurs de pénitence, le jeûne et la veille affectent en nous des racines qui n’ont pas encore été entièrement investies par la grâce. Ils ne font d’ailleurs que prolonger ceux de nos ancêtres dans la foi, que Jésus lui-même a voulu honorer durant son existence sur terre. Dans l’Ancien Testament, jeûner, se couvrir de cendres, marcher pieds nus, étaient des signes de repentir et de deuil : l’homme s’abaissait ainsi devant Dieu, dans l’espoir de toucher les entrailles de sa miséricorde. Prolongés jusqu’au cœur de la Nouvelle Alliance, et plus particulièrement pendant le Carême, lorsque nous avons les yeux fixés sur Pâques, ils n’ont d’autre signification que de rejoindre Jésus sur son chemin pascal qui fut, lui aussi, un chemin d’humilité et d’abaissement : «Il s’est humilié, nous rappelle saint Paul, en se faisant obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix» (Ph 2,8). Abaissement déjà d’un Dieu qui se fit homme, mais abaissement suprême de cet homme parmi les hommes, relégué parmi les malfaiteurs et traité comme un des leurs.  Les signes extérieurs de cet abaissement pascal ne sauraient suffire à eux seuls. Ils doivent aussi affecter notre cœur à l’intérieur. Un peu plus de jeûne, davantage de solitude et de silence, des moments plus fréquents pour la prière et l’intercession, tous ces gestes extérieurs de l’humilité ne vaudraient rien s’ils n’étaient pas une pédagogie au service de l’humilité du cœur, s’ils ne nous rendaient pas plus pauvres et plus petits devant Dieu. Heureusement, la grâce ne nous le permet pas autrement. S’engager dans un Carême peut, au premier abord, ne pas manquer d’attrait ou même sembler flatteur, mais y durer et y persévérer dans une plus grande séparation avec l’extérieur et dans le recueillement, parfois dans la sécheresse et l’ennui, peut vite apparaître vertigineux, dépassant du tout au tout nos pauvres forces. Ce n’est plus notre corps seul qui souffre alors, c’est notre cœur aussi qui est déchiré.  «Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements», nous dit le prophète Joël dans la liturgie du Mercredi des Cendres (Jl 2,13). Laisser déchirer notre cœur avec ses bonnes intentions et ses bons propos, avec sa générosité si bien intentionnée, mais de si courte échéance, c’est bien le but de toute pénitence corporelle. Notre cœur doit finir par y être brisé et humilié, pour devenir réceptif à la grâce : «D’un coeur brisé et humilié, mon Dieu, tu n’auras pas de mépris» (Ps 51,17). En se rappelant encore la suite du passage cité de Joël : «Déchirez vos cœurs.., et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour».  C’est dans ce creuset de l’humilité, d’une humilité non pas glorieusement conquise mais péniblement et petitement subie, que nous rejoignons Jésus, ou plutôt que Jésus nous rejoint, au seul endroit où il peut nous rejoindre, lui qui est venu non pour les justes, mais pour les pécheurs. Car c’est bien cette faiblesse-là, la nôtre, et ces péchés-là, les nôtres, qu’il est venu prendre sur lui pour nous les enlever. N’a-t-il pas été «crucifié dans la faiblesse», comme le rappelle saint Paul, pour être rendu «vivant par la puissance de Dieu» (2 Co 13,4) ?  Tel est le chemin de Pâques qui s’ouvre devant nous. Il ne monte pas, il descend. S’il est parfois raide et escarpé, c’est pour faciliter d’autant plus la descente. Il ne nous apprend ni à nous faire mal ni à nous dépasser nous-mêmes — nous y manquerions la rencontre avec Jésus — mais à nous vider de nous-mêmes, comme Jésus, et à accepter de rejoindre notre point d’extrême pauvreté, cette pauvreté que Jésus est venu étreindre, et où il voudrait que apprenions à mettre toute notre confiance, jusqu’à la folie, dans sa miséricorde. Le Carême nous revêt de l’humilité de Jésus. Avec lui, nous nous abaissons sous la puissante main de son Père, jusqu’au jour où, avec Jésus, il nous élèvera dans sa gloire. Car, comme le disait Isaac le Syrien, «l’humilité est le vêtement de Dieu».

 

SYMBOLISME DE LA CENDRE

10 février, 2016

http://www.dictionnairedessymboles.fr/article-symbolisme-de-la-cendre-102008147.html

SYMBOLISME DE LA CENDRE

Publié le 21 mars 2012 par Miss Dico

Résumé La cendre symbolise l’humilité, la mortification, la pénitence, l’annihilation, la régénérescence, la fertilité de la terre, le principe yang.

La cendre est le résidu d’un corps organique après sa calcination. Les cendres sont poussières inertes, sans vie car celle-ci s’en est allée avec l’extinction du feu. Elles se dispersent au vent et se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau. La cendre nous renvoie à notre peu d’importance, notre misérable et éphémère condition humaine. Elle nous invite à observer l’humilité devant l’Univers. La cendre est ce qui reste de ce qui a été vivant. L’absence de vie ne signifie pas obligatoirement la mort qui, elle, peut être considérée comme une autre forme de vie. La cendre représente le néant, ou plus exactement le ni-vivant-ni-mort, un état amorphe tel qu’il était avant la Création de l’univers selon différents mythes. Mais la cendre est aussi devenue, au XXe siècle, un symbole de destruction totale : une ville réduite en cendres par les bombardements, la Shoah et ses fours crématoires, les bombes nucléaires, toutes évoquent l’annihilation, la désolation et la mort à grande échelle, l’extermination, l’horreur. Le feu qui couve sous la cendre est un feu caché, le feu de vie invisible à nos yeux et qui est sacré. Dans ce cas, la cendre est encore chaude et maintient la vie, elle la protège. La cendre partage ici le symbolisme de la grotte et de la caverne, ainsi que de la matrice. Mais si l’on jette de l’eau sur cette cendre, le liquide éteint la braise et détruit le feu vital ; il ne laissera que de la matière inerte et froide. C’est pourquoi la tradition chinoise fait un distinguo entre cendre sèche et cendre humide. « Selon Lieu-Tseu, la vision de cendres humides était un présage de mort » [1]. Toutefois, dans de nombreuses cultures, la cendre humide garde tout son pouvoir de régénérescence. Les ascètes indiens couvrent leur corps de cendre humide. Cette cendre est la nourriture du dieu du Feu. La cendre est associée au principe yang, au soleil, à l’or, au feu, ainsi qu’à la sécheresse. Dans certains rituels, la cendre est utilisée pour obtenir la pluie [2]. L’eau est son élément opposé, mais aussi son complémentaire. Le feu symbolise l’Esprit, principe masculin ; l’eau symbolise l’Âme, principe féminin. Urne funéraire antiquePar le feu, le corps du défunt se réduit en cendres que l’on conserve dans une urne funéraire. C’est tout ce qui reste du mort après sa purification. Dans certaines culture, on mêle les cendres funéraires à de la nourriture, ou à une boisson pour absorber les vertus du mort [3]. Au Tibet, les lamas mélangent la cendre des saints à de l’argile pour en faire des statuettes de Bouddha. Autrefois, et encore de nos jours dans certaines régions du monde, avant de semer, les paysans versaient de la cendre dans leurs champs pour fertiliser le sol ; ils en mélangeaient aux grains des silos pour les prémunir de la putréfaction. On se servait de la cendre pour rendre le linge plus blanc. Elle est douce, fine, très légèrement abrasive,  absorbe et dissout les graisses, raisons pour lesquelles elle entrait autrefois dans la composition des lessives et du savon. La cendre nettoie, purifie. Elle sert aussi à rendre brillant certains métaux (cuivre, laiton, argent).

Religions Dans la Genèse, Abraham s’exprime ainsi : Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre (Gen. 18, 27), c’est-à-dire pas grand-chose. Poussière et cendre représentent ici l’humilité dont on doit faire preuve en s’adressant à Dieu. On trouve dans la Bible d’autres sens symboliques à la cendre, ceux de la mortification et de la pénitence. La coutume des peuples sémites (Hébreux, Arabes) de se répandre de la cendre sur la tête en signe de repentir est décrite dans le deuxième livre de Samuel – 13, 19 : Ammon fils de David viola sa sœur Tamar et la chassa de sa maison. Déshonorée, Tamar répandit de la cendre sur sa tête et déchira sa tunique de princesse. Le premier jour du carême chrétien, le mercredi des Cendres, le prêtre trace une croix sur le front des fidèles. Le rituel du mercredi des Cendres (jour de Mercure, Hermès) arrive après le jour de Mars, dieu de la guerre (le mardi) et révèle un symbolisme alchimique. Il symbolise la dissolution du corps [4]. Le carême, période de pénitence, culmine avec Pâques, jour de la Résurrection.

Alchimie En alchimie, la cendre, comme le sel, est une manifestation de l’albedo (l’œuvre au blanc), la « terre blanche foliée » issue de la combustion des impuretés. « Une fois le désir libéré de la compulsion, l’amertume peut devenir sagesse ». La cendre est la substance du « corps incorruptible » ou « diadème du cœur », la « simplicité paradoxale de la connaissance de soi » [5].

Le Phénix Renaître de ses cendres, tel le phénix, sous-entend que l’étincelle de vie est toujours présente dans la cendre. Elle est donc indestructible et permet la régénération. Le feu caché sous la cendre, incorruptible  est symboliquement similaire à cet os du talon du Christ nommé luz par les alchimistes [6].

 

 

MESSE, BÉNÉDICTION ET IMPOSITION DES CENDRES 2013 – PAPE BENOÎT XVI

9 février, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2013/documents/hf_ben-xvi_hom_20130213_ceneri.html

MESSE, BÉNÉDICTION ET IMPOSITION DES CENDRES

(les lectures sont les mêmes qui sont lus demain)

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Vaticane

MERCREDI DES CENDRES, 13 FÉVRIER 2013

Vénérés frères,

Chers frères et sœurs !

Aujourd’hui, Mercredi des Cendres, nous commençons un nouveau chemin de Carême, un chemin qui se déroule pendant quarante jours et qui nous conduit à la joie de la Pâque du Seigneur, à la victoire de la Vie sur la mort. Suivant l’antique tradition romaine des stations de Carême, nous nous sommes réunis aujourd’hui pour la Célébration de l’Eucharistie. Cette tradition prévoit que la première statio ait lieu dans la Basilique Sainte Sabine sur la colline de l’Aventin. Les circonstances ont suggéré de se rassembler dans la Basilique vaticane. Ce soir, nous sommes nombreux autour de la Tombe de l’apôtre Pierre, pour demander aussi son intercession pour la marche de l’Église en ce moment particulier, renouvelant notre foi dans le Pasteur Suprême, le Christ Seigneur. Pour moi, c’est une occasion propice pour vous remercier tous, spécialement les fidèles du Diocèse de Rome, tandis que je m’apprête à conclure mon ministère pétrinien, et pour demander un souvenir particulier dans la prière. Les lectures qui ont été proclamées nous offrent des aspects qu’avec la grâce de Dieu nous sommes appelés à faire devenir des attitudes et des comportements concrets au cours de ce Carême. L’Église nous propose à nouveau, surtout, le rappel fort que le prophète Joël adresse au peuple d’Israël : « Parole du Seigneur : revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne les larmes et le deuil ! » (2,12). L’expression « de tout votre cœur » est soulignée. Elle signifie : du centre de nos pensées et sentiments, de la racine de nos décisions, de nos choix, de nos actions, dans un geste de liberté totale et radicale. Mais ce retour à Dieu est-il possible ? Oui, parce qu’il y a une force qui ne réside pas dans notre cœur, mais qui se dégage du cœur même de Dieu. C’est la force de sa miséricorde. Le prophète dit encore : « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (v.13). Le retour au Seigneur est possible comme « grâce », parce qu’il est œuvre de Dieu et fruit de la foi que nous mettons dans sa miséricorde. Ce retour à Dieu devient réalité concrète dans notre vie seulement lorsque la grâce du Seigneur pénètre dans l’intime et le secoue, nous donnant la force de « déchirer notre cœur ». C’est encore le prophète qui fait résonner de la part de Dieu ces paroles : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (v. 13). En effet, de nos jours aussi, beaucoup sont prêts à « déchirer leurs vêtements » devant les scandales et les injustices – naturellement commis par les autres –, mais peu semblent disponibles à agir sur leur propre « cœur », sur leur propre conscience et sur leurs intentions, laissant au Seigneur de transformer, renouveler et convertir. Ce « revenez à moi de tout votre cœur », ensuite, est un rappel qui implique non seulement chacun mais la communauté. Toujours dans la première lecture, nous avons écouté : « Sonnez de la trompette dans Jérusalem : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! » (v. 15.16). La dimension communautaire est un élément essentiel dans la foi et dans la vie chrétienne. Le Christ est venu « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (cf. Jn 11,52). Le « Nous » de l’Église est la communauté dans laquelle Jésus nous réunit tous ensemble (cf. Jn 12,32) : la foi est nécessairement ecclésiale. Et il est important de le rappeler et de le vivre en ce temps du Carême : que chacun soit conscient qu’il n’affronte pas seul le chemin de pénitence, mais avec beaucoup de frères et de sœurs, dans l’Église. Le prophète, enfin, s’arrête sur la prière des prêtres, qui, les larmes aux yeux, se tournent vers Dieu en disant : « N’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et à la moquerie des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” » (v. 17). Cette prière nous fait réfléchir sur l’importance du témoignage de foi et de vie chrétienne de chacun de nous et de nos communautés pour manifester le visage de l’Église et comment ce visage est, parfois, défiguré. Je pense en particulier aux coups portés contre l’unité de l’Église, aux divisions dans le corps ecclésial. Vivre le Carême dans une plus intense et évidente communion ecclésiale, dépassant les individualismes et les rivalités, est un signe humble et précieux pour ceux qui sont loin de la foi ou indifférents. « C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6,2). Les paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe résonnent aussi pour nous avec une urgence qui n’admet ni absence ni inertie. Le terme “maintenant” répété plusieurs fois dit que ce moment ne peut être manqué, il nous est offert comme une occasion unique et qui ne se répète pas. Et le regard de l’Apôtre se concentre sur le partage par lequel le Christ a voulu caractériser son existence, assumant tout l’humain jusqu’à se charger du péché même des hommes. La phrase de saint Paul est très forte : Dieu « l’a fait péché pour nous ». Jésus, l’Innocent, le Saint, « Celui qui n’avait pas connu le péché » (2 Co 5,21), se charge du poids du péché en en partageant avec l’humanité l’issue de la mort, et de la mort de la croix. La réconciliation qui nous est offerte a eu un prix très élevé, celui de la croix élevée sur le Golgotha, où le Fils de Dieu fait homme a été suspendu. Dans cette immersion de Dieu dans la souffrance humaine et dans l’abime du mal se trouve la racine de notre justification. Le « revenir à Dieu de tout votre cœur », sur notre chemin de Carême, passe par la Croix, le fait de suivre le Christ sur la route qui conduit au Calvaire, au don total de soi. C’est un chemin sur lequel on apprend chaque jour à sortir toujours plus de notre égoïsme et de nos fermetures, pour faire place à Dieu qui ouvre et transforme le cœur. Et saint Paul rappelle comment l’annonce de la Croix résonne jusqu’à nous grâce à la prédication de la Parole dont l’Apôtre lui-même est ambassadeur ; un rappel pour nous afin que ce chemin de Carême soit caractérisé par une écoute plus attentive et assidue de la Parole de Dieu, lumière qui éclaire nos pas. Dans la page de l’évangile de Matthieu, qui appartient à ce qu’on appelle le Discours sur la montagne, Jésus fait référence à trois pratiques fondamentales prévues par la Loi mosaïque : l’aumône, la prière et le jeûne ; ce sont aussi des indications traditionnelles du chemin de Carême pour répondre à l’invitation à « revenir à Dieu de tout son cœur ». Mais Jésus souligne comment c’est la qualité et la vérité du rapport à Dieu qui qualifie l’authenticité de chaque geste religieux. Par là il dénonce l’hypocrisie religieuse, le comportement qui veut paraître, les attitudes qui cherchent les applaudissements et l’approbation. Le vrai disciple ne sert pas lui-même ou le “public”, mais son Seigneur, dans la simplicité et la générosité : « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra » (Mt 6, 4.6.18). Alors, notre témoignage sera toujours d’autant plus incisif que nous rechercherons moins notre gloire et serons conscients que la récompense du juste est Dieu Lui-même, le fait d’être unis à Lui, ici-bas, sur le chemin de la foi, et, au terme de la vie, dans la paix et dans la lumière de la rencontre face à face avec Lui pour toujours (cf. 1 Co 13,12). Chers frères et sœurs, commençons confiants et pleins de joie l’itinéraire du Carême. Que résonne en nous avec force l’invitation à la conversion, à « revenir à Dieu de tout notre cœur », en accueillant sa grâce qui fait de nous des hommes nouveaux, avec cette nouveauté surprenante qui est participation à la vie-même de Jésus. Qu’aucun de nous, donc, ne soit sourd à cet appel, qui nous est aussi adressé dans le rite austère, à la fois si simple et si suggestif, de l’imposition des cendres, que nous allons accomplir. Que durant ce temps la Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle de chaque disciple authentique du Seigneur, nous accompagne. Amen !

 

HOMÉLIE DU CARDINAL ANDRÉ VINGT-TROIS – MERCREDI DES CENDRES 2013

9 février, 2016

http://www.notredamedeparis.fr/spip.php?article1779

HOMÉLIE DU CARDINAL ANDRÉ VINGT-TROIS – MERCREDI DES CENDRES

(Homélie, les lectures sont les mêmes qui sont lus demain)

PRONONCÉE LORS DE LA MESSE DU MERCREDI DES CENDRES 2013

Jl 2, 12-18 ; Ps 50, 3-6.12-14.17 ; 2 Co 5, 20 – 6, 2 ; Mt 6, 1.16-18

Frères et Sœurs,

Nous sommes invités à vivre ce Carême de l’année 2013 sous le signe de l’Année de la foi que le Saint Père a promulguée pour toute l’Église et à laquelle nous participons de différentes façons dans nos communautés. C’est dire que notre cheminement, à partir de ce jour d’ouverture du Carême jusqu’à Pâques, sera éclairé par cette Année de la foi et sera vécu comme un chemin d’approfondissement, d’épanouissement et de fécondité de notre foi. Si nous sommes invités par l’évangile de saint Matthieu à concentrer nos efforts de conversion sur la prière, le partage et le jeûne, nous n’oublions pas que ces démarches, comme l’évangile nous le rappelle, ne sont pas d’abord destinées à manifester notre sainteté aux yeux des hommes, mais à traduire notre disponibilité intérieure et personnelle devant Dieu qui connaît le secret des cœurs. Augmenter notre temps de prière, en tout cas le vivre de manière plus régulière. Augmenter notre capacité de partager, non seulement notre superflu mais aussi notre nécessaire avec ceux qui sont dans le besoin. Éprouver dans notre chair par le jeûne et la privation que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ces trois démarches de la prière, du partage et du jeûne visent à mettre notre cœur en disponibilité pour accueillir l’appel de Dieu et y répondre, et surtout à éprouver dans notre désir, dans l’utilisation des moyens dont nous disposons, dans l’orientation de notre vie, que Dieu est le seul nécessaire et que c’est Lui qui est le fondement de toute chose. Dans cette démarche de foi, la reconnaissance du Dieu Père de Miséricorde, comme nous l’indiquait le prophète Joël, nous fait prendre conscience que l’amour de Dieu, toujours disponible, déborde de toutes manières nos imperfections, nos limites et nos fautes. Celui vers lequel notre foi se tourne, celui que nous essayons de mieux connaître par l’engagement de la foi est en même temps celui qui constitue notre espérance : Dieu riche en miséricorde. C’est pourquoi saint Paul nous invite et nous exhorte à nous laisser réconcilier avec Lui, non pas d’abord parce que nous serions capables de rénover complétement notre manière de vivre, mais parce que Dieu veut nous réconcilier avec Lui, parce qu’il a pris l’initiative d’envoyer son fils en ce monde pour prendre sur lui-même le péché du monde, et ainsi nous délivrer du péché. Au nom du Christ, au nom de celui qui a pris sur lui le péché des hommes, nous sommes invités à nous laisser réconcilier avec Dieu, c’est-à-dire à laisser Dieu exercer sa miséricorde sur notre vie et à le laisser construire en nous une nouvelle manière de vivre. C’est dans la mesure où notre foi en cette puissance miséricordieuse de Dieu qui agit, et notre espérance qui nous tourne vers Lui pour accueillir son pardon, que notre charité peut se trouver renouvelée, développée, et s’exprimer d’une façon plus concrète et plus ample à travers tous les moments de notre existence. Cet appel à la conversion, cet appel à accueillir la miséricorde, cet appel à vivre une vie nouvelle, c’est maintenant qu’il nous est adressé. C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut. Évidemment nous ne sommes pas dupes de cette formulation. Depuis la mort et la résurrection de Jésus tout moment de notre vie est un moment favorable, et tous les jours de notre vie sont des jours du salut. Mais en ce jour où nous nous mettons en marche d’une façon plus délibérée vers un renouvellement de notre vie baptismale, cette exaltation du moment favorable et du jour du salut prennent une dimension particulière : c’est aujourd’hui, frères et sœurs, que nous sommes invités à entrer résolument dans le chemin de la foi, de l’espérance et de la charité. C’est pourquoi tout à l’heure, en vous imposant les cendres, je vous dirai la formule tirée de l’Évangile : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne nouvelle » (Mc 1, 15), parce que la foi en la Bonne nouvelle du salut, la foi au Christ venu prendre sur lui notre péché, la foi en ce temps favorable et ce jour du salut sont indissociables de notre conversion de vie. C’est parce que nous croyons en Dieu que nous sommes appelés à une vie nouvelle, et nous menons une vie nouvelle pour que notre foi se développe et porte davantage de fruit. La conversion est indissociable de la foi, sinon elle n’est qu’un effort moral pour perfectionner notre existence, elle succombe aux défauts que saint Matthieu soulignait dans son évangile : changer dans nos pratiques pour montrer aux hommes que nous sommes des justes. La conversion selon le Christ consiste au contraire à exprimer notre foi indéfectible en la miséricorde de Dieu, notre espérance inépuisable en l’actualité de sa miséricorde, par le changement qu’il produit en nos cœurs, et de nos cœurs à nos manières de vivre. Ce temps favorable, ce jour du salut, ce temps de la conversion pour croire à la Bonne nouvelle, oui c’est vraiment un temps de joie et c’est un temps d’exultation parce que chaque pas franchi dans la direction de la foi, de l’espérance et de la charité nous engage davantage dans le mystère de Dieu et nous fait éprouver davantage encore l’amour dont il aime chacun d’entre nous. « Sonnez de la trompette dans Jérusalem, prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple » (Jl 2, 15-16), voilà ce que le prophète demandait à Israël, voilà ce que Dieu nous demande aujourd’hui : vivre ce temps de grâce, ce jour du salut, dans la joie de l’espérance. Amen.

† André cardinal VINGT-TROIS Archevêque de Paris

BENOÎT XVI – MERCREDI DES CENDRES 2010

31 juillet, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2010/documents/hf_ben-xvi_aud_20100217.html

BENOÎT XVI – MERCREDI DES CENDRES 2010

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 17 février 2010

Mercredi des Cendres

Chers frères et sœurs!

Nous commençons aujourd’hui, mercredi des cendres, le chemin du carême: un chemin qui dure quarante jours et qui nous conduit à la joie de la Pâque du Seigneur. Sur cet itinéraire spirituel, nous ne sommes pas seuls, car l’Eglise nous accompagne et nous soutient dès le début à travers la Parole de Dieu, qui contient un programme de vie spirituelle et d’engagement pénitentiel, et avec la grâce des Sacrements.
Les paroles de l’apôtre Paul nous offrent une consigne précise: « Nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu [...] Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » (2 Co 6, 1-2). En vérité, dans la vision chrétienne de la vie, chaque moment doit se dire favorable et chaque jour doit se dire jour de salut, mais la liturgie de l’Eglise rapporte ces paroles d’une façon toute particulière au cours du temps de carême. C’est l’appel qui nous est adressé à travers le rite austère de l’imposition des cendres et qui s’exprime, dans la liturgie, par deux formules: « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile! » « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » qui nous fait justement comprendre que les quarante jours de préparation à Pâques doivent être un temps favorable et un temps de grâce.
Le premier appel est à la conversion, un mot qu’il faut prendre dans son extraordinaire gravité, en saisissant la surprenante nouveauté qu’elle libère. L’appel à la conversion, en effet, met à nu et dénonce la superficialité facile qui caractérise très souvent notre façon de vivre. Se convertir signifie changer de direction sur le chemin de la vie: non pas à travers un simple ajustement, mais à travers une véritable inversion de marche. La conversion signifie aller à contre-courant, le « courant » étant le style de vie superficiel, incohérent et illusoire, qui nous entraîne souvent, nous domine et nous rend esclaves du mal, ou tout au moins prisonniers d’une médiocrité morale. Avec la conversion, au contraire, on vise le haut degré de la vie chrétienne, on se confie à l’Evangile vivant et personnel, qui est le Christ Jésus. Sa personne est l’objectif final et le sens profond de la conversion, Il est le chemin sur lequel tous sont appelés à marcher dans la vie, se laissant éclairer par sa lumière et soutenir par sa force qui fait avancer nos pas. De cette façon, la conversion manifeste son visage le plus splendide et fascinant: il ne s’agit pas d’une simple décision morale, qui rectifie notre conduite de vie, mais d’un choix de foi, qui nous touche entièrement dans la communion intime avec la personne vivante et concrète de Jésus. Se convertir et croire à l’Evangile ne sont pas deux choses différentes, ou d’une certaine façon uniquement placées l’une à côté de l’autre, mais elles expriment la même réalité. La conversion est le « oui » total de celui qui remet son existence à l’Evangile, en répondant librement au Christ qui s’offre en premier à l’homme comme chemin, vérité et vie, comme celui qui seul le libère et le sauve. C’est précisément là le sens des premières paroles avec lesquelles, selon l’évangéliste Marc, Jésus ouvre la prédication de l’« Evangile de Dieu »: « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1, 15).
L’appel: « convertissez-vous et croyez à l’Evangile » ne se trouve pas seulement au début de la vie chrétienne, mais il en accompagne tous les pas, il demeure en se renouvelant et il se diffuse en se ramifiant dans toutes ses expressions. Chaque jour est un moment favorable et de grâce, car chaque jour nous invite à nous remettre entre les mains de Jésus, à avoir confiance en Lui, à demeurer en Lui, à en partager son style de vie, à apprendre de Lui l’amour véritable, à le suivre dans l’accomplissement quotidien de la volonté du Père, l’unique grande loi de la vie. Chaque jour, même lorsque ne manquent pas les difficultés et les épreuves, la lassitude et les chutes, même quand nous sommes tentés d’abandonner le chemin à la suite du Christ et de nous renfermer sur nous-mêmes, dans notre égoïsme, sans nous rendre compte de la nécessité que nous avons de nous ouvrir à l’amour de Dieu en Christ, pour vivre la même logique de justice et d’amour. Dans le récent Message pour le carême, j’ai voulu rappeler qu’« il faut être humble pour accepter que quelqu’un d’autre me libère de mon « moi » et me donne gratuitement en échange son « soi ». Cela s’accomplit spécifiquement dans les sacrements de la réconciliation et de l’Eucharistie. Grâce à l’amour du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l’amour (cf. Rm 13, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s’estime davantage débiteur que créancier parce qu’il a reçu plus que ce qu’il ne pouvait espérer » (cf. ORLF n. 6 du 9 février 2010).
Le moment favorable et de grâce du carême nous montre sa propre signification spirituelle également à travers l’antique formule: Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière, que le prêtre prononce lorsqu’il impose un peu de cendres sur notre tête. Nous sommes ainsi renvoyés aux débuts de l’histoire humaine, quand le Seigneur dit à Adam, après la faute des origines: « A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise » (Gn 3, 19). Ici, la parole de Dieu nous rappelle notre fragilité, et même notre mort, qui en est la forme extrême. Face à la peur innée de la fin, et encore davantage dans le contexte d’une culture qui, de tant de manières, tend à censurer la réalité et l’expérience humaine de la mort, la liturgie quadragésimale, d’une part, nous rappelle la mort en nous invitant au réalisme et à la sagesse, mais, d’autre part, nous pousse surtout à saisir et à vivre la nouveauté inattendue que la foi chrétienne transmet à la réalité de la mort elle-même.
L’homme est poussière et il retournera à la poussière, mais il est une poussière précieuse aux yeux de Dieu, parce que Dieu a créé l’homme en le destinant à l’immortalité. Ainsi, la formule liturgique: « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » trouve la plénitude de son sens en référence au nouvel Adam, le Christ. Le Seigneur Jésus lui aussi a librement voulu partager avec chaque homme le sort de la fragilité, en particulier à travers sa mort sur la croix; mais cette mort précisément, pleine de son amour pour le Père et pour l’humanité, a été le chemin de la glorieuse résurrection, à travers laquelle le Christ est devenu la source d’une grâce donnée à tous ceux qui croient en Lui et participent à la vie divine elle-même. Cette vie qui n’aura pas de fin est déjà en acte dans la phase terrestre de notre existence, mais elle sera portée à son accomplissement après la « résurrection de la chair ». Le petit geste de l’imposition des cendres nous révèle la richesse singulière de sa signification: c’est une invitation à parcourir le temps du carême comme une immersion plus consciente et plus intense dans le mystère pascal du Christ, dans sa mort et sa résurrection, à travers la participation à l’Eucharistie et à la vie de charité, qui naît de l’Eucharistie et dans laquelle elle trouve son accomplissement. Avec l’imposition des cendres nous renouvelons notre engagement à suivre Jésus, à nous laisser transformer par son mystère pascal, pour l’emporter sur le mal et faire le bien, pour faire mourir notre « vieil homme » lié au péché et faire naître l’« homme nouveau » transformé par la grâce de Dieu.
Chers amis! Tandis que nous nous apprêtons à entreprendre l’austère chemin du carême, nous voulons invoquer avec une confiance particulière la protection et l’aide de la Vierge Marie. Que ce soit elle, la première croyante en Christ, à nous accompagner au cours de ces quarante jours d’intense prière et de sincère pénitence, pour arriver à célébrer, purifiés et entièrement renouvelés dans l’intelligence et dans l’esprit, le grand mystère de la Pâque de son Fils.

Bon carême à tous!

Le mot carême vient du latin quadragesima qui veut dire quarantième.

26 mars, 2015

http://frederic.simon1.free.fr/careme.html

LE CARÊME

Le mot carême vient du latin quadragesima qui veut dire quarantième.

A notre époque le carême est la période de quarante six jours entre Mardi gras et le dimanche de Pâques , période pendant laquelle les chrétiens se préparent à la résurrection de Jésus-Christ. Le carême est un temps de conversion , de prière , de pénitence , de partage, de jeûne et d’abstinence. Le principe du jeûne va au delà du simple fait de se priver de nourriture ou d’autre chose, il signifie une volonté de rupture avec les contraintes du quotidien basique et marque une ambition de donner plus d’importance à la vie intérieure pour mieux se tourner vers Dieu. Mais les chrétiens restent appelés à fêter le christ le dimanche pendant cette période. Le jeûne est donc suspendu pendant les cinq dimanches du carême et le dimanche des rameaux. On retrouve ainsi la définition actuelle du carême, période de quarante jours de jeûne et d’abstinence pour se préparer à la fête de Pâques.

L’origine du carême remonterait vraisemblablement au temps des apôtres et serait liée à l’ancien rite de l’initiation. L’initiation chrétienne à l ‘époque est constituée par le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Les trois sacrements sont célébrés en même temps par l’évêque lors de la veillée pascale. En effet , baptiser vient d’un mot grec qui signifie  » plonger « ,  » immerger « . Lors de cette cérémonie le catéchumène est plongé trois fois dans l’eau ou on lui verse trois fois de l’eau sur la tête. Cette « plongée » symbolise son ensevelissement dans la mort du Christ d’où il sort par la résurrection avec lui (cf. Rm 6, 3-4 ; Col 2, 12), comme  » nouvelle créature  » (2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15). Il est donc logique qu’elle ait lieu lors de la veillée pascale.
Dans la Didaché ( Doctrine du seigneur transmise aux nations par les douze apôtres ), un texte qui daterait du premier siècle après Jésus Christ, on trouve déjà la prescription suivante : « Qu’avant le baptême jeûnent le baptisant, le baptisé et d’autres personnes qui le pourraient ; du moins ordonne au baptisé de jeûner un jour ou deux auparavant » ( VII,4 ). L’auteur précise même un peu plus loin « pour vous, jeûnez le mercredi et le vendredi » ( VIII,1 ) pour se démarquer de la loi juive qui demande le jeûne le lundi et le jeudi.
Le carême viendrait donc de la volonté de l’Eglise d’accompagner les catéchumènes dans leur jeûne.

La durée actuelle de quarante jours n’a été fixée que plus tard. Comme on l’a vu, l’extrait de la Didaché nous parle d’un ou deux jours. Tertullien, théologien du début du troisième siècle, écrit dans son ouvrage « Du jeûne ou contre les psychiques » « En effet, je vous vois non-seulement jeûner à Pâque et les jours où l’Epoux a été enlevé » ( Chapitre 13 ). Il fait référence ici au temps entre la mort et la résurrection de Jésus-Christ. La durée du carême aurait donc été non pas de quarante jours mais de quarante heures. A noter qu’au moment ou il écrit son livre Tertullien s’est converti à l’hérésie montaniste et ceux qu’il appelle les psychiques sont les chrétiens.
De son côté Irénée, évêque de Lyon, exhorte Victor l’évêque de Rome à ne pas exclure des églises entières parce que leurs pratiques du jeûne pascal même si elles sont hétérodoxes elles n’en sont pas moins très anciennes. Dans une lettre datée de 193 , il écrit : « Les différences se situent non seulement sur le jour mais sur la forme même du jeûne. Quelques-uns pensent qu’ils doivent jeûner un jour, d’autres deux jours, d’autres même plusieurs jours, tandis que d’autres additionnent quarante heures prises à la suite sur le jour et sur la nuit. ». ( lettre citée par Eusèbe de Césarée dans son Histoire Ecclésiastique V,24.12 )
Selon l’abbé Migne dans son dictionnaire des conciles, le temps du jeûne de carême était fixé à quarante jours dans toute l’Eglise au moment du concile de Nicée en 325.
Par contre, pour le rit ambrosien encore en vigueur dans le diocèse de Milan, la durée du carême est toujours de 36 jours. Le carême commence un dimanche , 6 semaines avant Pâques. Si l’on considère que c’est bien Saint Ambroise qui créa ce rit, cela montre que la durée du carême n’était pas encore de quarante jours dans certaines parties de la chrétienté au quatrième siècle.
Ce serait Saint Grégoire pape de 590 à 604 qui aurait fixé la durée du carême à 40 jours. Mais on est surpris de lire dans « La légende dorée » ouvrage de Jacques de Voragine rédigé entre 1261 et 1266 la phrase suivante :
« Observons que le carême contient quarante-deux jours, en comptant les dimanches; si on retranche les six dimanches, il reste trente-six jours d’abstinence qui forment la- dixième partie de toute l’année; l’année étant de 365 jours dont 36 est le dixième mais on ajoute les quatre jours qui précèdent pour avoir le nombre sacré de 40 jours que le Sauveur a consacrés par son jeûne »
On aurait donc, en définitive, deux notions : un « carême » de 6 semaines avant pâques et une période de jeûne de quarante jours avant pâques donc démarrant le mercredi des cendres.

 

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