Archive pour la catégorie 'Saints: mémoire optionnelle'

BENOÎT XVI – SAINT COLOMBAN, UN SAINT « EUROPÉEN » – 23 NOVEMBRE

23 novembre, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20080611.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 11 juin 2008  

SAINT COLOMBAN, UN SAINT « EUROPÉEN » – 23 NOVEMBRE

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais parler du saint abbé Colomban, l’Irlandais le plus célèbre du bas Moyen-Age:  il peut à juste titre être appelé un saint « européen », parce que comme moine, missionnaire et écrivain, il a travaillé dans divers pays de l’Europe occidentale. Avec les Irlandais de son époque, il été conscient de l’unité culturelle de l’Europe. Dans une de ses lettres, écrite vers l’an 600 et adressée au Pape Grégoire le Grand, on trouve pour la première fois l’expression « totius Europae – de toute l’Europe », avec une référence à la présence de l’Eglise sur le continent (cf. Epistula I, 1). Colomban était né vers 543 dans la province de Leinster, dans le sud-est de l’Irlande. Eduqué chez lui par d’excellents maîtres qui l’orientèrent vers l’étude des arts libéraux, il s’en remit ensuite à la conduite de l’abbé Sinell de la communauté de Cluain-Inis, dans le nord de l’Irlande, où il put approfondir l’étude des Saintes Ecritures. A l’âge de vingt ans environ, il entra dans le monastère de Bangor dans le nord-est de l’île, où se trouvait l’abbé Comgall, un moine très célèbre pour sa vertu et sa rigueur ascétique. En pleine harmonie avec son abbé, Colomban pratiqua avec zèle la discipline sévère du monastère, en menant une vie de prière, d’ascèse et d’études. Il y fut également ordonné prêtre. La vie à Bangor et l’exemple de l’abbé influèrent sur la conception du monachisme que Colomban mûrit avec le temps et diffusa ensuite au cours de sa vie. A l’âge d’environ cinquante ans, suivant l’idéal ascétique typiquement irlandais de la « peregrinatio pro Christo », c’est-à-dire de se faire pèlerin pour le Christ, Colomban quitta l’île pour entreprendre avec douze compagnons une œuvre missionnaire sur le continent européen. En effet, nous devons avoir à l’esprit que la migration de peuples du nord et de l’est avait fait retomber dans le paganisme des régions entières déjà christianisées. Autour de l’an 590, le petit groupe de missionnaires accosta sur la côte bretonne. Accueillis avec bienveillance par le roi des Francs d’Austrasie (la France actuelle), ils demandèrent uniquement une parcelle de terre non-cultivée. Ils obtinrent l’antique forteresse romaine d’Annegray, en ruine et abandonnée, désormais recouverte par la forêt. Habitués à une vie de privation extrême, les moines réussirent en quelques mois à construire sur les ruines le premier monastère. Ainsi, leur réévangélisation commença a avoir lieu tout d’abord à travers le témoignage de leur vie. En même temps que la nouvelle culture de la terre, commença également une nouvelle culture des âmes. La renommée de ces religieux étrangers qui, en vivant de prière et dans une grande austérité, construisaient des maisons et défrichaient la terre, se répandit très rapidement en attirant des pèlerins et des pénitents. Beaucoup de jeunes demandaient à être accueillis dans la communauté monastique pour vivre, à leur manière, cette vie exemplaire qui renouvelle la culture de la terre et des âmes. Très vite la fondation d’un second monastère fut nécessaire. Il fut édifié à quelques kilomètres de distance, sur les ruines d’une antique ville thermale, Luxeuil. Le monastère allait ensuite devenir le centre du rayonnement monastique et missionnaire de tradition irlandaise sur le continent européen. Un troisième monastère fut érigé à Fontaine, à une heure de route plus au nord. Colomban  vécut  pendant  environ vingt ans à Luxeuil. C’est là que le saint écrivit pour ses disciples la Regula monachorum – qui fut pendant un certain temps plus répandue en Europe que celle de saint Benoît -, qui trace l’image idéale du moine. C’est la seule règle monastique irlandaise ancienne aujourd’hui en notre possession. Il la compléta avec la Regula coenobialis, une sorte de code pénal pour les infractions des moines, avec des punitions assez surprenantes pour la sensibilité moderne, et qui ne s’expliquent que par la mentalité de l’époque et du contexte. Avec une autre œuvre célèbre intitulée De poenitentiarum misura taxanda, écrite également à Luxeuil, Colomban introduisit sur le continent la confession et la pénitence privées et répétées; elle fut appelé la pénitence « tarifée » en raison de la proportion entre la gravité du péché et le type de pénitence imposée par le confesseur. Ces nouveautés éveillèrent le soupçon des évêques de la région, un soupçon qui se transforma en hostilité lorsque Colomban eut le courage de les critiquer ouvertement en raison des mœurs de certains d’entre eux. L’occasion saisie pour manifester ce différend fut la dispute sur la date de Pâques:  l’Irlande suivait en effet la tradition orientale en opposition avec la tradition romaine. Le moine irlandais fut convoqué en 603 à Chalon-sur-Saône pour rendre compte devant un synode de ses habitudes relatives à la pénitence et à la Pâque. Au lieu de se présenter au synode, il envoya une lettre dans laquelle il minimisait la question en invitant les Pères synodaux à discuter non seulement du problème de la date de Pâques, un problème mineur selon lui, « mais également de toutes les règles canoniques nécessaires que beaucoup – chose plus grave – ne respectent pas » (cf. Epistula II, 1). Dans le même temps, il écrivit au Pape Boniface IV – comme quelques années plus tôt, il s’était adressé à Grégoire le Grand (cf. Epistula I) – pour défendre la tradition irlandaise (cf. Epistula III). Intransigeant comme il l’était sur toute question morale, Colomban entra par la suite en conflit avec la maison royale, parce qu’il avait reproché avec dureté au roi Théodoric ses relations adultérines. Il en naquit un réseau d’intrigues et de manœuvres au niveau personnel, religieux et politique qui, en l’an 610, se traduisit par un décret d’expulsion de Luxeuil contre Colomban et tous les moines d’origine irlandaise, qui furent condamnés à un exil définitif. Ils furent escortés jusqu’à la mer et embarqués aux frais de la cour vers l’Irlande. Mais le navire s’échoua non loin de la plage et le capitaine, y voyant un signe du ciel, renonça à l’entreprise et, de peur d’être maudit par Dieu, ramena les moines sur la terre ferme.  Ceux-ci  au  lieu  de rentrer à Luxeuil, décidèrent d’entamer une nouvelle œuvre d’évangélisation. Ils s’embarquèrent sur le Rhin et remontèrent le fleuve. Après une première étape à Tuggen près du lac de Zurich, ils se rendirent dans la région de Bregenz près du lac de Constance pour évangéliser les Allemands. Mais peu de temps après, Colomban, à cause d’événements politiques peu favorables à son œuvre, décida de traverser les Alpes avec la plupart de ses disciples. Seul un moine du nom de Gallus demeura; à partir de son monastère se  développera  ensuite  la  célèbre  abbaye de Saint-Gall, en Suisse. Arrivé en Italie, Colomban trouva un accueil bienveillant auprès de la cour royale lombarde, mais il dut immédiatement affronter de grandes difficultés:  la vie de l’Eglise était déchirée par l’hérésie arienne qui prévalait encore chez les Lombards et par un schisme qui avait éloigné la majeure partie des Eglises d’Italie du Nord de la communion avec l’Evêque de Rome. Colomban prit place avec autorité dans ce contexte, en écrivant un libelle contre l’arianisme et une lettre à Boniface IV pour le convaincre d’effectuer certains pas décisifs en vue d’un rétablissement de l’unité (cf. Epistula V). Lorsque le roi des Lombards, en 612 ou 613, lui assigna un terrain à Bobbio, dans la vallée de la Trebbia, Colomban fonda un nouveau monastère qui allait par la suite devenir un centre de culture comparable à celui très célèbre de Montecassino. C’est là qu’il finit ses jours:  il mourut le 23 novembre 615 et c’est à cette date qu’il est fêté dans le rite romain jusqu’à nos jours. Le message de saint Colomban se concentre en un ferme rappel à la conversion et au détachement des biens terrestres en vue de l’héritage éternel. Avec sa vie ascétique et son comportement sans compromis face à la corruption des puissants, il évoque la figure sévère de saint Jean Baptiste. Son austérité, toutefois, n’est jamais une fin en soi, mais ce n’est que le moyen de s’ouvrir librement à l’amour de Dieu et de répondre avec tout son être aux dons reçus de Lui, en reconstruisant ainsi en lui l’image de Dieu, en défrichant dans le même temps la terre et en renouvelant la société humaine. Je cite de ses Instructiones:  « Si l’homme utilise correctement cette faculté que Dieu a accordée à son âme, alors il sera semblable à Dieu. Rappelons-nous que nous devons lui rendre tous les dons qu’il a déposés en nous lorsque nous étions dans la condition originelle. Il nous a enseigné la manière de le faire avec ses commandements. Le premier d’entre eux est celui d’aimer le Seigneur de tout notre cœur, parce qu’il nous a aimés lui le premier, depuis le commencement des temps, avant même que nous venions à la lumière de ce monde » (cf. Instr. XI). Ces paroles, le saint irlandais les incarna réellement dans sa propre vie. Homme de grande culture – il composa également des poésies en latin et un livre de grammaire -, il se révéla riche de dons de grâce. Il fut un inlassable bâtisseur de monastères ainsi qu’un prédicateur pénitentiel intransigeant, en dépensant toute son énergie pour nourrir les racines chrétiennes de l’Europe en train de naître. Avec son énergie spirituelle, avec sa foi, avec son amour pour Dieu et pour le prochain, il devint réellement un des Pères de l’Europe:  il nous montre encore aujourd’hui où sont les racines desquelles peut renaître notre Europe.

SAINT MELCHISÉDECH, ROI DE SALEM ET PRÊTRE DU DIEU TRÈS HAUT. FÊTE LE 26 AOÛT.

26 août, 2015

http://reflexionchretienne.e-monsite.com/pages/vie-des-saints/aout/melchisedech-roi-ancien-testament-fete-le-26-aout.html

SAINT MELCHISÉDECH, ROI DE SALEM ET PRÊTRE DU DIEU TRÈS HAUT. FÊTE LE 26 AOÛT.

Melchisédek, Roi, Ancien Testament

Roi de Salem et Prêtre du Dieu Très Haut, qui Bénit Abraham à son retour d’une expédition victorieuse en présentant au Seigneur un Sacrifice Saint, une Offrande sans tache, préfigurant ainsi Le Christ, Roi de Justice, Prêtre pour l’éternité. L’Église en fait commémoraison au Martyrologe de ce jour.
Au livre de la Genèse chap 14
18 Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très Haut. Hébreux, chap 7

1 En effet, ce Melchisédek, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très Haut, qui alla au-devant d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, qui le Bénit,
2 et à qui Abraham donna la dîme de tout, qui est d’abord roi de justice, d’après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix,
3 qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n’a ni commencement de jours ni fin de vie, mais qui est rendu semblable au Fils de Dieu, ce Melchisédek demeure sacrificateur à perpétuité.
Commémoraison de Saint Melchisédek, roi de Salem et Prêtre du Dieu Très Haut, qui Bénit Abraham à son retour d’une expédition victorieuse en présentant au Seigneur un Sacrifice Saint, une offrande sans tache, préfigurant ainsi Le Christ, Roi de Justice, Prêtre pour l’éternité.
Martyrologe romain.
Melchisédech ou Melki-Tsedeq, « Roi charitable », est un personnage biblique qui apparaît très brièvement dans l’histoire d’Abraham telle que la rapporte notamment le livre de la Genèse.
Dans différentes littératures il porte les titres de « roi de justice », de « roi de Salem » (Paix), de « Roi du monde »…
Dans ces descriptions il apparait comme représentant l’autorité ultime sur Terre. La littérature moderne, religieuse ou ésotérique, attache beaucoup de mystère à ce personnage et à sa fonction.

Dans la Genèse
Revenant d’une campagne victorieuse, Abraham rencontre ce mystérieux personnage dont on ne sait rien de plus :
« Melchisédech, roi de Salem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Dieu très haut. Il prononça cette bénédiction : « Béni soit Abraham par le Dieu très haut qui créa ciel et terre, et béni soit le Dieu Très Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains ». Et Abraham lui donna la dîme de tout. »
— Livre de la Genèse 14
Le nom de Melchisédech apparaît à nouveau dans le livre des Psaumes :
« Le Seigneur l’a juré dans un serment irrévocable : Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melchisédech. »
— Psaume 110

Melchisédech dans le Christianisme
L’épître aux Hébreux (7, 1-3) évoque à nouveau cette figure symbolique du Christ, « Prêtre selon l’ordre de Melchisédech ».
L’Église catholique romaine fait référence à Melchisédech dans la Prière Eucharistique : Et comme il t’a plu d’accueillir les présents d’Abel le Juste, le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melchisédech ton Grand-Prêtre, en signe du Sacrifice parfait, regarde cette offrande avec Amour, et dans ta bienveillance, accepte-la.
Melchisédech est surtout pour le Christianisme le premier Prêtre à mettre en place l’Offrande du pain et du vin, symboles toujours utilisés aujourd’hui.

Melchisédech dans le Judaïsme
Selon certains commentateurs de la Torah, comme Rachi, il s’agirait de Sem, le père des sémites, fils de Noé. En effet, Sem étant crédité d’une vie de 610 ans, il a ainsi pu rencontrer Abraham.

BENOÎT XVI – LES ÉPOUX PRISCILLE ET AQUILAS – JUILLET 8

8 juillet, 2015

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070207.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 7 février 2007

LES ÉPOUX PRISCILLE ET AQUILAS – JUILLET 8

Chers frères et soeurs,

En faisant un nouveau pas dans cette sorte de galerie de portraits des premiers témoins de la foi chrétienne, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous prenons aujourd’hui en considération un couple d’époux. Il s’agit des conjoints Priscille et Aquilas, qui se trouvent dans le groupe des nombreux collaborateurs qui ont entouré l’apôtre Paul, que j’avais déjà brièvement mentionnés mercredi dernier. Sur la base des informations en notre possession, ce couple d’époux joua un rôle très actif au temps des origines post-pascales de l’Eglise.
Les noms d’Aquilas et de Priscille sont latins, mais l’homme et la femme qui les portent étaient d’origine juive. Cependant, au moins Aquilas provenait géographiquement de la diaspora de l’Anatolie septentrionale, qui s’ouvre sur la Mer Noire – dans la Turquie actuelle -, alors que Priscille, dont le nom se trouve parfois abrégé en Prisca, était probablement une juive provenant de Rome (cf. Ac 18, 2). C’est en tout cas de Rome qu’ils étaient parvenus à Corinthe, où Paul les rencontra au début des années 50; c’est là qu’il s’associa à eux car, comme nous le raconte Luc, ils exerçaient le même métier de fabricants de toiles ou de tentes pour un usage domestique, et il fut même accueilli dans leur maison (cf. Ac 18, 3). Le motif de leur venue à Corinthe avait été la décision de l’empereur Claude de chasser de Rome les Juifs résidant dans l’Urbs. L’historien Romain Suétone nous dit, à propos de cet événement, qu’il avait expulsé les Juifs car « ils provoquaient des tumultes en raison d’un certain Crestus » (cf. « Les vies des douze Césars, Claude », 25). On voit qu’il ne connaissait pas bien le nom – au lieu du Christ, il écrit « Crestus » – et qu’il n’avait qu’une idée très confuse de ce qui s’était passé. Quoi qu’il en soit, des discordes régnaient à l’intérieur de la communauté juive autour de la question de savoir si Jésus était ou non le Christ. Et ces problèmes constituaient pour l’empereur un motif pour expulser simplement tous les juifs de Rome. On en déduit que les deux époux avait déjà embrassé la foi chrétienne à Rome dans les années 40, et qu’ils avaient à présent trouvé en Paul quelqu’un non seulement qui partageait cette foi avec eux – que Jésus est le Christ – mais qui était également un apôtre, appelé personnellement par le Seigneur Ressuscité. La première rencontre a donc lieu à Corinthe, où ils l’accueillent dans leur maison et travaillent ensemble à la fabrication de tentes.
Dans un deuxième temps, ils se rendirent en Asie mineure, à Ephèse. Ils jouèrent là un rôle déterminant pour compléter la formation chrétienne du juif alexandrin Apollos, dont nous avons parlé mercredi dernier. Comme il ne connaissait que de façon sommaire la foi chrétienne, « Priscille et Aquilas l’entendirent, ils le prirent à part et lui exposèrent avec plus d’exactitude la Voie de Dieu » (Ac 18, 26). Quand, à Ephèse, l’Apôtre Paul écrit sa Première Lettre aux Corinthiens, il envoie aussi explicitement avec ses propres salutations celles d’ »Aquilas et Prisca [qui] vous saluent bien dans le Seigneur, avec l’Eglise qui se rassemble chez eux » (16, 19). Nous apprenons ainsi le rôle très important que ce couple joua dans le milieu de l’Eglise primitive: accueillir dans leur maison le groupe des chrétiens locaux, lorsque ceux-ci se rassemblaient pour écouter la Parole de Dieu et pour célébrer l’Eucharistie. C’est précisément ce type de rassemblement qui est appelé en grec « ekklesìa » – le mot latin est « ecclesia », le mot français « église » – qui signifie convocation, assemblée, regroupement. Dans la maison d’Aquilas et de Priscille, se réunit donc l’Eglise, la convocation du Christ, qui célèbre là les saints Mystères. Et ainsi, nous pouvons précisément voir la naissance de la réalité de l’Eglise dans les maisons des croyants. Les chrétiens, en effet, jusque vers le III siècle, ne possédaient pas leurs propres lieux de culte: dans un premier temps, ce furent les synagogues juives, jusqu’à ce que la symbiose originelle entre l’Ancien et le Nouveau Testament ne se défasse et que l’Eglise des Gentils ne soit obligée de trouver sa propre identité, toujours profondément enracinée dans l’Ancien Testament. Ensuite, après cette « rupture », les chrétiens se réunissent dans les maisons, qui deviennent ainsi « Eglise ». Et enfin, au III siècle, naissent de véritables édifices de culte chrétien. Mais ici, dans la première moitié du I et du II siècle, les maisons des chrétiens deviennent véritablement et à proprement parler des « églises ». Comme je l’ai dit, on y lit ensemble les Saintes Ecritures et l’on célèbre l’Eucharistie. C’est ce qui se passait, par exemple, à Corinthe, où Paul mentionne un certain « Gaïus vous salue, lui qui m’a ouvert sa maison, à moi et à toute l’Eglise » (Rm 16, 23), ou à Laodicée, où la communauté se rassemblait dans la maison d’une certaine Nympha (cf. Col 4, 15), ou à Colosse, où le rassemblement avait lieu dans la maison d’un certain Archippe (cf. Phm 1, 2).
De retour à Rome, Aquilas et Priscille continuèrent à accomplir cette très précieuse fonction également dans la capitale de l’Empire. En effet, Paul, écrivant aux Romains, envoie précisément ce salut: « Saluez Prisca et Aquilas, mes coopérateurs dans le Christ Jésus; pour me sauver la vie ils ont risqué leur tête, et je ne suis pas seul à leur devoir de la gratitude: c’est le cas de toutes les Eglises de la gentilité; saluez aussi l’Eglise qui se réunit chez eux » (Rm 16, 3-5). Quel extraordinaire éloge des deux conjoints dans ces paroles! Et c’est l’apôtre Paul lui-même qui le fait. Il reconnaît explicitement en eux deux véritables et importants collaborateurs de son apostolat. La référence au fait d’avoir risqué la vie pour lui est probablement liée à des interventions en sa faveur au cours d’un de ses emprisonnements, peut-être à Ephèse même (cf. Ac 19, 23; 1 Co 15, 32; 2 Co 1, 8-9). Et le fait qu’à sa gratitude, Paul associe même celle de toutes les Eglises des gentils, tout en considérant peut-être l’expression quelque peu excessive, laisse entrevoir combien leur rayon d’action a été vaste, ainsi, en tous cas que leur influence en faveur de l’Evangile.
La tradition hagiographique postérieure a conféré une importance particulière à Priscille, même s’il reste le problème de son identification avec une autre Priscille martyre. Dans tous les cas, ici, à Rome, nous avons aussi bien une église consacrée à Sainte Prisca sur l’Aventin que les catacombes de Priscille sur la Via Salaria. De cette façon se perpétue la mémoire d’une femme, qui a été certainement une personne active et d’une grande valeur dans l’histoire du christianisme romain. Une chose est certaine: à la gratitude de ces premières Eglises, dont parle saint Paul, doit s’unir la nôtre, car c’est grâce à la foi et à l’engagement apostolique de fidèles laïcs, de familles, d’époux comme Priscille et Aquilas, que le christianisme est parvenu à notre génération. Il ne pouvait pas croître uniquement grâce aux Apôtres qui l’annonçaient. Pour s’enraciner dans la terre du peuple, pour se développer de façon vivante, était nécessaire l’engagement de ces familles, de ces époux, de ces communautés chrétiennes, et de fidèles laïcs qui ont offert l’ »humus » à la croissance de la foi. Et c’est toujours et seulement ainsi que croît l’Eglise. En particulier, ce couple démontre combien l’action des époux chrétiens est importante. Lors-qu’ils sont soutenus par la foi et par une forte spiritualité, leur engagement courageux pour l’Eglise et dans l’Eglise devient naturel. Leur vie commune quotidienne se prolonge et en quelque sorte s’élève en assumant une responsabilité commune en faveur du Corps mystique du Christ, ne fût-ce qu’une petite partie de celui-ci. Il en était ainsi dans la première génération et il en sera souvent ainsi.
Nous pouvons tirer une autre leçon importante de leur exemple: chaque maison peut se transformer en une petite Eglise. Non seulement dans le sens où dans celle-ci doit régner le typique amour chrétien fait d’altruisme et d’attention réciproque, mais plus encore dans le sens où toute la vie familiale sur la base de la foi, est appelée à tourner autour de l’unique domination de Jésus Christ. Ce n’est pas par hasard que dans la Lettre aux Ephésiens, Paul compare la relation matrimoniale à la communion sponsale qui existe entre le Christ et l’Eglise (cf. Eph 5, 25-33). Nous pourrions même considérer que l’Apôtre façonne indirectement la vie de l’Eglise tout entière sur celle de la famille. Et en réalité, l’Eglise est la famille de Dieu. Nous honorons donc Aquilas et Priscille comme modèles d’une vie conjugale engagée de façon responsable au service de toute la communauté chrétienne. Et nous trouvons en eux le modèle de l’Eglise, famille de Dieu pour tous les temps.

LE 17 MARS, MÉMOIRE DE SAINT PATRICK, EVÊQUE ET ILLUMINATEUR DE L’IRLANDE

16 mars, 2015

http://calendrier.egliseorthodoxe.com/sts/stsmars/mars17bis.html

LE 17 MARS, MÉMOIRE DE SAINT PATRICK, EVÊQUE ET ILLUMINATEUR DE L’IRLANDE

St Patrick Cet apôtre de l’extrême Occident naquit en Grande-Bretagne vers l’an 383, au sein d’une famille celte romanisée et depuis longtemps chrétienne. Fils de prêtre, son père, Calpurnius, était Diacre et avait en même temps la charge de décurion1. Il possédait un domaine (villa) prospère et laissa son fils passer ses premières années dans la frivolité, sans grand souci des choses de Dieu. Lorsque Patrick eut seize ans, il fut capturé, avec de nombreux autres habitants de la région, par des pirates et vendu en Irlande à un propriétaire terrien qui lui assigna la garde de ses troupeaux dans la montagne. Les rigueurs de l’exil en cette terre étrangère et presque entièrement adonnée au paganisme, et le contact avec la nature tournèrent son coeur vers Dieu, et il commença à mener une vie de pénitence, passant ses jours et la plus grande partie de ses nuits dans la prière, à genoux sur la terre gelée ou détrempée par les pluies, sans en ressentir aucune gêne, tant son âme était remplie de divines consolations.
Au bout de six années de cette captivité qui était devenue paradis de délices, il entendit une nuit une voix qui lui disait : « Tu as bien fait de jeûner et de prier, Dieu a entendu ta prière, va maintenant, retourne dans ta patrie, ton bateau est prêt! » Plein de confiance, il prit alors la fuite et, marchant au hasard pendant plus de 320 kilomètres, il parvint à un port et s’embarqua sur un bateau de marchands païens. Au bout de trois jours, ils débarquèrent sur une terre déserte et inconnue22 et se mirent en marche, à la recherche d’une habitation. Ils errèrent pendant près d’un mois en proie à la faim, et finalement demandèrent à Patrick d’intercéder auprès de son Dieu pour les sauver. Dès que le jeune chrétien éleva les mains, un troupeau de porcs apparut et les hommes purent en abattre pour se rassasier. Après diverses tribulations, Patrick parvint à regagner sa patrie, où il fut de nouveau enlevé par des pirates, mais il retrouva la liberté au bout de deux mois, conformément à une prédiction qu’il avait reçue.
Ayant regagné la demeure familiale, il eut une nouvelle vision un personnage céleste du nom de Victorius se présenta devant lui en montrant un paquet de lettres. Ouvrant la première, il lut : « Voix de l’Irlande! Saint garçon, nous te prions de venir encore marcher parmi nous. » Et il crut alors entendre la voix des hommes de la forêt de Foclut, où il avait passé ses années de captivité. Ressentant en lui l’appel de Dieu, il décida de se préparer à évangéliser ces barbares, après avoir complété au préalable sa formation ecclésiastique négligée dans sa jeunesse. Il se rendit alors en Gaule, séjourna dans divers centres monastiques, en particulier à Lérins, et demeura pendant près de quinze ans à Auxerre pour suivre l’enseignement de Saint Germain (cf. 31 juillet), qui l’ordonna Diacre.
Lorsque Saint Germain revint de sa mission en Angleterre où il avait lutté contre les hérétiques pélagiens (429), il ramena des nouvelles sur le grand besoin de missionnaires pour la terre d’Irlande. Saint Pallade3, Diacre de Rome, fut alors consacré Evêque par le Pape Célestin 1er(431) dans le but de gouverner et d’organiser les Chrétiens dispersés d’Irlande. Mais celui-ci se heurta immédiatement à de grandes difficultés, il fonda seulement trois Eglises et fut surpris par la mort au bout de quelques mois. Saint Patrick reçut alors la consécration épiscopale des mains de Saint Germain, avec mission d’évangéliser les barbares d’Irlande. Il était en effet bien préparé à cette tâche, non seulement par l’appel de Dieu, mais aussi parce qu’il connaissait bien la langue et les moeurs de ces peuplades. Se souvenant de ses péchés de jeunesse, il hésita à accepter l’Ordination, mais une nouvelle vision vint lui confirmer que telle était la volonté du Seigneur.
A la tête d’une petite troupe de Clercs, il débarqua dans l’île, à ]`endroit même où Saint Pallade était lui aussi arrivé, et il se rendit sans tarder à une grande assemblée que tenaient périodiquement les chefs de clans. Il prêcha intrépidement le Christ devant ces farouches guerriers et parvint à en convertir quelques-uns, obtenant ainsi la conversion de leurs peuples, et des terrains pour y fonder des Eglises et des Monastères. Il parcourut toute l’Irlande, surtout dans sa partie nord, proclamant infatigablement la parole de Dieu, en s’adressant de préférence d’abord aux chefs de clans et aux rois locaux. C’est ainsi qu’il put convertir les rois de Dublin, de Munster et les sept fils du roi de Connaught. Il se heurtait partout à l’opposition des druides, qui usaient contre l’Apôtre de leurs sortilèges magiques, mais par la puissance de Dieu, Patrick les réduisait à limpuissance et il en convertit même certains qui devinrent des Prêtres pieux et zélés pour l’évangélisation de leurs frères. Après avoir prêché dans le royaume d’Oriel, il fonda un Monastère à Armagh, qui fut le centre de ses voyages missionnaires et devint par la suite le siège archiépiscopal de l’Irlande. Affrontant violences, menaces et dangers de toutes sortes dans un mépris complet de lui-même et sans faire aucun cas de ses capacités personnelles, Patrick traversait ces terres inhospitalières en laissant Dieu parler par son intermédiaire. Bien qu’il dédaignât les artifices de l’éloquence, sa parole, tout imprégnée de références et de citations de l’Ecriture Sainte, avait une force divine pour amener au Christ non seulement le peuple mais aussi les bardes qui, se faisant moines, mirent au service de l’Evangile leurs talents poétiques et composèrent des hymnes si belles que les Anges se penchaient, dit-on, du haut du Ciel pour les écouter. Ordonnant Prêtres et Evêques, Saint Patrick organisa la nouvelle Eglise, en respectant avec sagesse les caractères originaux du peuple irlandais. Ses Evêques n’avaient pas en général leur siège dans les cités mais dans les monastères, lesquels connurent dans les générations suivantes un essor considérable et firent de l’Irlande une nouvelle Thébaïde, d’où sortirent quantité de moines, hardis missionnaires et voyageurs infatigables, qui contribuèrent grandement à la ré-évangélisation de l’Europe après les invasions barbares4.
Qu’il soit en séjour dans un de ces monastères-évêchés ou en voyage, Saint Patrick ne manquait jamais à l’accomplissement de sa règle quotidienne de prière, qui consistait en la récitation complète du Psautier, avec tous les Cantiques de l’Ancien Testament et d’autres textes inspirés comme l’Apocalypse de Saint Jean. Il faisait cent fois le signe de croix à chaque heure du jour, et quand il rencontrait une croix sur son chemin, il descendait de son char pour se prosterner devant elle. Dans ces tournées missionnaires, il faillit plus d’une fois être tué par ses opposants, mais l’Ange de son Eglise le tirait du danger pour le profit des fidèles. Lui qui avait connu les souffrances de la servitude, il se faisait le défenseur des populations en proie aux incursions des pirates, et il excommunia Coroticus, le chef d’une horde bretonne, qui, débarquant au milieu d’une peuplade baptisée la veille, avait massacré plusieurs néophytes et en avait capturé d’autres pour les vendre en esclaves. Quelques mois après Coroticus, qui avait refusé de se repentir, fut frappé d’aliénation mentale et mourut dans le désespoir.
Parvenu à l’âge de quatre-vingts ans, Saint Patrick se retirant un peu au bout de trente années d’épiscopat, écrivait dans sa Confession « Je le confesse à mon Seigneur et je ne rougis pas en Sa présence depuis que je L’ai connu dans ma jeunesse, l’amour de Dieu a grandi en moi, et jusqu’à présent, par la grâce du Seigneur, j’ai gardé la Foi ( … ). Lui qui a si souvent pardonné ma sottise et ma négligence pour répondre à ce que l’Esprit m’inspirait, a eu pitié de moi en faveur de milliers et de milliers d’hommes, parce qu’Il voyait que je Lui étais disponible. Plaise à Dieu que mes fils me dépassent en oeuvres plus élevées et en fruits de salut ! Ce sera ma gloire, car « un fils sage est la gloire de son père » (Prov. 10:1). Mes bien-aimés, c’est vous et non vos richesses que j’ai recherchés. Ce qui m’avait été donné gratuitement, je l’ai distribué de même. A vous vos biens, à moi les fatigues et les dangers, et je suis allé vers vous et partout à cause de vous, même jusqu’aux régions où. nul n’était jamais venu baptiser. Par la grâce de Dieu, j’ai tout accompli avec vigilance et de grand coeur pour votre salut ( … ). Le Christ Seigneur fut pauvre pour nous, et moi, pauvre et malheureux, je m’attends chaque jour à être assassiné, pris au piège ou réduit en servitude; mais, à cause des promesses du ciel, je ne redoute rien de tout cela, me jetant moi-même dans les mains de Dieu tout-puissant qui m’a choisi pour cette mission (…). Comment Lui rendrais-je tous Ses bienfaits envers moi? et s’il m’est arrivé de réaliser quelque oeuvre bonne pour mon Dieu que j’aime, que nul ne dise que c’est l’ignorant que je suis qui l’a faite, mais que ce fut un don de Dieu. Je Lui demande de m’accorder de verser mon sang pour Son Nom, dussé-je être privé de sépulture et que mon cadavre, déchiré en lambeaux, fût abandonné en pâture aux oiseaux de proie et aux bêtes féroces »5.
Avant son repos, qui lui avait été annoncé par Dieu, Patrick entreprit une dernière tournée d’inspection. Apercevant au bord du chemin un buisson qui brûlait sans se consumer, il s’approcha et entendit un Ange qui lui annonçait, entre autres promesses, qu’il devrait juger le peuple irlandais au dernier jour. Il retourna à Saul, en Uldie, et s »endormit en paix, accompagné par les hymnes des Armées célestes, le 17 mars 461. On plaça ensuite son corps sur un char traîné par deux boeufs sauvages qui s’arrêtèrent dans un endroit où l’on creusa sa sépulture et qui fut appelé par la suite Down-Patrick6
L’Irlande devenue, grâce aux labeurs de Saint Patrick, l’île des saints, le vénère avec ferveur comme son principal protecteur et lui a consacré plus de deux cents églises. Son culte se répandit aussi largement dans tout l’Occident.

1. Membre de l’administration locale responsable de la perception des impôts.
2. Selon certains il s’agirait d’une région de Gaule récemment dévastée par les barbares. selon d’autres plus probablement d’une région de Grande-Bretagne.
3. Mémoire le 6 juillet.
4. Cf. en particulier les notices de St Columba d’lona (9 juin) et de St Colomban de Luxeuil (21 nov.).
5. St Patrick, Confession, 44-59 (SC 249, 118-128).
6. Une tradition irlandaise rapporte que peu avant son repos le Saint visita Sainte Brigitte (cf. le1er fév.) et lui demanda de tisser le linceul dans lequel il fut inhumé.

BX FRA’ ANGELICO (GIOVANNI DE FIESOLE) – PRÊTRE O.P. ET PEINTRE († 1455)

18 février, 2015

http://reflexionchretienne.e-monsite.com/pages/vie-des-saints/fevrier/bienheureux-fra-angelico-frere-precheur-italien-et-peintre-1455-fete-le-18-fevrier.html

BX FRA’ ANGELICO (GIOVANNI DE FIESOLE)

PRÊTRE O.P. ET PEINTRE († 1455)

Fra’ Angelico, dans le siècle Guido di Pietro, naît en 1387 à Vicchio di Mugello (Toscane, Italie).
Son éducation artistique se déroule à Florence à l’époque de Lorenzo Monaco et Gherardo Starnina.
Du premier, il reprend l’usage de couleurs accentuées et peu naturelles, mais aussi une lumière très forte qui annule les ombres et participe au mysticisme des scènes sacrées, thèmes qu’on retrouve dans ses miniatures et dans ses premières compositions.
En 1418 il entre chez les Dominicains Observants au Couvent Saint-Dominique à Fiesole. Il commence sa carrière comme enlumineur dans le scriptorium du Couvent.
Il réalise la décoration d’un autel pour la chapelle Gherardini de l’église Santo Stefano à Florence.
Le triptyque de Saint Pierre Martyr est daté d’environ 1425.
En 1427, il est ordonné Prêtre.
En 1430 il peint l’Annonciation, une œuvre où apparaissent de nouvelles techniques inspirées de Masaccio.
Pour la première fois est utilisée une lumière diaphane qui enveloppe la composition, exaltant les couleurs et les masses plastiques des figures, et unifie l’image.
Entre 1430 et 1433 il réalise le Jugement Dernier, encore très influencé par le style de Lorenzo Monaco, mais le rythme des plans démontre un intérêt naissant pour l’organisation en perspective de l’espace.
Entre 1434 et 1435 il peint a tempera sur bois.
En 1436, les Dominicains de Fiesole s’installent au Couvent San Marco à Florence, récemment reconstruit par Michelozzo.
L’Angelico, aidé parfois d’assistants, peint de nombreuses fresques pour le cloître, le chapitre et une vingtaine de cellules.
Les travaux sont dirigés par son ami St Antonin de Florence.
Invité à Rome par le Pape Eugène IV, il peint une chapelle. En 1447 il se rend à Orvieto pour peindre la nouvelle chapelle de la Cathédrale en collaboration avec son élève Benozzo Gozzoli.
De 1449 à 1452, Fra’ Angelico est Prieur de son Couvent.
Il meurt à Rome le 18 Février 1455 dans le Couvent de Santa Maria sur la Minerve, où il est enterré.
C’est seulement après sa mort qu’il est appelé ‘Beato Angelico’.
« Fra’ Giovanni fut un homme simple et de mœurs très saintes. Il ne cessa de pratiquer la peinture et ne voulut jamais faire que des sujets religieux.
Il aurait pu être riche mais il ne s’en soucia point. Il fut d’une profonde humanité, sobre, menant une vie chaste, et échappa ainsi aux pièges du monde.
Jamais les frères ne l’ont vu en colère; il avait coutume d’admonester ses amis avec un simple sourire.
Avec une gentillesse incroyable, il disait à tous ceux qui lui demandaient une œuvre de se mettre d’accord avec le Prieur, et qu’ensuite il ne manquerait pas de les satisfaire.
Nul autre n’offre des Saints qui aient autant l’air de Saints. Il ne retoucha et ne transforma jamais aucune de ses peintures.
Il n’aurait jamais touché ses pinceaux sans avoir auparavant récité une Prière. » (Giorgio Vasari).
La représentation du mystère pour l’Angelico ne peut se réduire à une simple figuration, car la finalité de la peinture, objet matériel en soi, est contradictoire avec le désir de représenter l’immatériel absolu, c’est-à-dire le Divin.
La peinture de l’Angelico est profondément liée aux réflexions théologiques menées à l’époque autour de l’œuvre de Saint Thomas d’Aquin par les Dominicains florentins.
Il ne peignit jamais d’autres visages que ceux du Seigneur, de la Vierge, des Saints et des anges.
Saint Jean-Paul II (Karol Józef Wojtyla, 1978-2005), qui l’a Béatifié le 03 Octobre 1982, et déclaré Patron Universel des artistes le 18 Février 1984, a défini son œuvre comme “une Prière peinte”.
Lecture.
Fra Angelico chanta la gloire de Dieu par toute sa vie, ce Dieu qu’il portait comme un trésor au plus profond de son cœur et qu’il exprimait dans ses œuvres d’art.
Il est resté dans la mémoire de l’Église et dans l’histoire de la culture comme un extraordinaire artiste-religieux.
Fils spirituel de saint Dominique, par son pinceau il exprima sa « somme » des mystères divins, comme Thomas d’Aquin l’énonça en langage théologique.
Dans ses œuvres les couleurs et les formes « se prosternent vers le temple saint de Dieu » et proclament une exceptionnelle action de grâces à son Nom.
La fascination particulièrement mystique de la peinture de fra Angelico nous oblige à nous arrêter émerveillés devant son génie et à nous exclamer avec le psalmiste :
« Que Dieu est bon pour les hommes au cœur pur ! » (Jean-Paul II, Homélie du 18 Février 1984).

Prière.
 » Par un don merveilleux de ton Amour, ô Dieu, le Bienheureux Fra Angelico a contemplé et enseigné avec une active ferveur les mystères de ton Verbe.
Par son intercession, accorde-nous à nous qui t’avons déjà connu par la Foi, de Contempler la Beauté de ta Gloire. Par Notre Seigneur Jésus-Christ. « 

CALIXTE: ÉTYM. GRECQUE : DE KALLISTOS, LE PLUS BEAU.

13 octobre, 2014

http://goyet.free.fr/StCalixte.htm

CALIXTE: ÉTYM. GRECQUE : DE KALLISTOS, LE PLUS BEAU.

Calixte Ier, Saint (155-222), Pape et Martyr (217-222)
Romain, né vers 155 dans les quartiers du Transtévère, ancien esclave d’un chrétien, Calixte (ou Calliste) gère la banque de son ancien maître, celui qui l’a affranchi, à Rome, mais ses procédés pour renflouer la caisse et éviter la faillite le conduisent au tribunal où il est condamné aux mines de Sardaigne.
Libéré avec d’autres chrétiens grâce à l’intervention de Marcia, la maîtresse de l’empereur Commode, il revint à Rome vers 190, étudie la théologie, lit la Bible et porte secours aux chrétiens nécessiteux. Ordonné diacre, il est ensuite nommé conseiller principal du pape Zéphirin et chargé de l’organisation des cimetières chrétiens romains : C’est à lui que l’on doit la construction sous la voie Appienne, des Catacombes Sainte-Calixte, premier cimetière chrétien officiel où reposent les martyrs et tous les papes (sauf lui) ayant vécu au IIIe siècle.
Elu pape pour succéder à Zéphirin en 217, Calixte a le souci d’adapter l’Eglise aux conditions de son époque. Bon et indulgent par-dessus tout, il fait prévaloir, contre les rigoristes, l’usage d’admettre au sacrement de réconciliation tous les pécheurs sans exception, quelle que soit la gravité de leurs fautes. Il permet à des adultères repentants ainsi qu’aux anciens apostats, les lapsi (qui avaient renié leur foi sous la torture ou la menace) de recevoir la sainte communion. Il est dès lors l’objet de très vives attaques d’un grand théologien traditionaliste, Hippolyte, qui n’hésite pas à se dresser en antipape en se faisant élire par des dissidents. Calixte définit l’unité divine et la distinction entre le Père et le Fils. Il facilite aussi, malgré la loi civile en vigueur, les mariages entre femmes libres et esclaves. Il est assassiné au Transtévère au cours d’une émeute antichrétienne en l’an 222. Sa tombe sera retrouvée au cimetière Calépode, via Aurelia, à Rome, en 1961. 235.
Le pontificat de Calixte est très important, surtout de par sa politique d’indulgence et de pardon, face à la ligne d’extrême rigueur et de dureté d’Hippolyte. Calixte resta fidèle à la tradition de l’Eglise ancienne, mais l’adapta à son époque et à la société dans laquelle il vivait.

Catacombes de Saint Calixte
Le complexe de St. Calixte, entre le second et le troisième mille de la via Appia Antique, est constitué d’espaces de cimetières en surface, avec des annexes que l’on peut dater de la fin du IIè siècle après Jésus–Christ, à l’origine indépendant les uns des autres il furent ensuite reliés entre eux pour former un unique et très vaste ensemble de catacombes communautaires. L’ensemble a pris le nom du pape St. Calixte, martyr (217 – 222), celui–ci, avant son pontificat, fut nommé par le pape Zéphirin (199 – 217 ) à l’administration du cimetière. Ce cimetière était celui de l’Eglise de Rome, lieu de sépulture de nombreux pontifes et martyrs. Des nombreuses structures qui occupaient l’espace sur terre, il ne reste de visible actuellement que deux édifices funéraires en forme d’abside : La tricora orientale et celle occidentale. Cette dernière accueillait probablement les sépultures du pape Zéphirin et du martyr Tartisius. Une des plus anciennes et importante zone de la catacombe est celle des Papes et de Ste Cécile : le long d’une galerie de cette zone s’ouvrent les cubiculum dits « des sacrements » (premières décennies, IIIé siècle après Jésus–Christ), là figurent des peintures parmi les plus anciennes des catacombes. Dans une crypte de la zone furent enterrés presque tous les papes du IIIè siècle : Pontien, Anthère, Fabien, Lucius, Etienne, Sixte II, Denis, Félix et Eutichien. Près de la crypte des Papes se trouve celle de Ste. Cécile, à laquelle on attribue un culte surtout à l’époque du haut Moyen âge. Les autres zones des catacombes importantes sont : celle du pape Corneille (215–253), mort en exil à Civitavecchia, celle du pape St. Miltiade (311–314), celle des papes St. Caïus (283–296) et St. Eusèbe (309) et celle dénommée « libérienne », à cause des nombreuses inscriptions qui datent de l’époque du pape St. Libère (352–366)
Les Catacombes, comme on l’a souligné à plusieurs reprises, présentent une grande importance en rapport avec le Jubilé de l’an deux mille. Le retour aux origines, par le moyen des plus anciens cimetières imaginés par les premiers chrétiens, s’insère parfaitement dans le projet de la  » nouvelle évangélisation « , qui engage l’Eglise tout entière sur la route du troisième millénaire. Les Catacombes, tout en présentant le visage éloquent de la vie chrétienne des premiers siècles, constituent une permanente école de la foi, d’espérance et de charité. Elles parlent de la solidarité qui unissait les frères dans la foi : les offrandes de chacun permettaient la sépulture de tous les défunts, même des plus indigents qui ne pouvaient pas se permettre les frais d’acquisition et d’installation de leur tombe. Le terme même de coemeteria,  » dortoirs « , dit que les Catacombes étaient considérées de véritables lieux de repos communautaire, où tous les frères chrétiens, indépendamment de leur titre et de leur profession, dormaient dans une proximité large et solidaire, dans l’attente de la résurrection finale. Ce n’étaient pourtant pas des lieux tristes ; ils étaient décorés de fresques, de mosaïques et de sculptures, comme pour égayer les méandres obscurs et anticiper pars des images de fleurs, d’oiseaux et d’arbres la vision du paradis attendu à la fin des temps. La formule significative :  » in pace « , qui revient souvent sur les tombeaux des chrétiens, résume bien leur espérance. Beaucoup de tombeaux des martyrs sont encore gardés à l’intérieur des Catacombes et des générations de fidèles sont venus prier devant eux. Les pèlerins du Jubilé de l’an deux mille, eux aussi, se rendront au tombeaux des martyrs et, adressant leurs prières aux antique champions de la foi, ils tourneront leur pensée vers les  » nouveaux martyrs « , vers les chrétiens qui dans un passé récent et de nos jours encore, ont été et sont encore victimes de violence, d’injustices, d’incompréhension parce qu’ils veulent rester fidèles au Christ et à son Evangile. Dans le silence des Catacombes, le pèlerin de l’an deux mille peut retrouver ou raffermir sa propre identité religieuse par une sorte d’itinéraire spirituel qui, partant des premiers témoins de la foi, le mène jusqu’aux raisons et aux exigences de la nouvelle évangélisation « . ( L’Osservatore Romano 17 janvier 1998 )

Saint Calixte, Le seizième de nos papes (Article de Christiane MALLARMÉ dans  » Le Monde Chrétien  » Octobre 2001)
Il s’appelait Calixte et c’était un esclave chrétien qui devint – destinée exceptionnelle – le pape de l’indulgente bonté. On pense qu’il est né vers 155 et mort en 222 à Rome. Doté d’une très grande intelligence, son maître Carpophore, qui reconnaissait son habileté naturelle, lui avait donné à gérer une banque qui s’occupait de son propre argent et de celui d’autres chrétiens. Malheureusement, l’argent fut perdu, on ne sait comment, puis ce fut la faillite et, pour cette raison, Calixte fut condamné aux travaux forcés dans les mines de Sardaigne. La maîtresse de l’empereur Commode, Marcia, chrétienne de cœur, le connaissait et obtint sa grâce. Calixte se retira alors loin de Rome et alla s’établir à Autium où il vécut une dizaine d’années grâce à la pension que lui versait le pape Victor Ier (189-199). Il secourait les chrétiens dans le besoin et s’adonnait à l’étude des saintes écritures. Affranchi, Calixte (que certain appellent Calliste) fonda le cimetière chrétien sis sur la voie Appienne (cimetière connu aujourd’hui sous le nom de Saint Calliste). Ce cimetière contenait, entre autres, les corps de la plupart des évêques de Rome du IIIe siècle. Calixte devint ensuite l’archidiacre du pape saint Zéphyrin (199-217).
Celui-ci apprécia les talents de son protégé, se prit d’une grande amitié pour lui et même l’employa comme conseiller.
A la mort de Zéphyrin en 217, il ne fallait pas, pour gouverner l’Église, à une époque si tourmentée, un pasteur moins sage ni moins vaillant. Calixte fut élu pape et autorisa, à l’encontre de la loi civile, les mariages entre esclaves et personnes libres, et rendit le jeûne des Quatre-Temps, qui remontait aux apôtres, obligatoire dans toute l’Église. L’oraison disait :  » Chaque année, nous faisons pénitence à l’arrivée de chaque saison. Que les sacrifices de nos corps et de nos âmes vous soient agréables, Seigneur Jésus.  »
Hippolyte, talentueux Grec alexandrin érudit, un autre candidat, l’accusa d’être un mauvais pape parce qu’il accordait trop facilement le pardon aux pécheurs. En effet, la politique de Calixte était si indulgente qu’elle irritait les rigoristes : il admettait à la communion des meurtriers et les adultères repentants, conservait des évêques qui regrettaient sincèrement des péchés mortels, et assouplissait les normes d’entrée au catéchuménat. La controverse conduisit au schisme. Hippolyte, se déclara antipape.
De nombreuse conversions s’opérèrent sous le pontificat de saint Calixte. La persécution ayant éclaté, il se réfugia avec dix de ses prêtres dans la maison de Pontien. La maison fut bientôt envahie par des soldats qui reçurent des ordres leur défendant de laisser entrer des vivres. Pendant quatre jours, Calixte fut privé de toute nourriture mais le jeûne et la prière lui donnèrent des forces nouvelles. Le préfet, redoublant de cruauté, donna l’ordre de le frapper chaque matin à coups de bâton et de tuer quiconque essayerait de l’aider. Mais parmi les soldats qui veillaient à la garde de Calixte, il y avait un certain Privatus, qui soufrait beaucoup d’un ulcère. Il demanda sa guérison au saint qui lui dit :  » Si vous croyez de tout cœur en Jésus-Christ et recevez le baptême au nom de la sainte Trinité, vous serez guéri  » Aussitôt apres l’administration du baptême, le soldat fut guéri. Le préfet eut connaissance de cette conversion et fit fouetter à mort Privatus.
De la mort de Calixte, on ne connaît pas exactement les circonstances. Il semble avoir été tué dans une émeute, soit décapité, soit défenestré par des excités. Enterré sur la voie Aurélienne, il fut vénéré comme martyr à partir du IVe siècle. La plupart des informations le concernant viennent de son ennemi Hippolyte et d’un autre opposant, Tertullien, dont voici un texte ou il expose sa thèse avant de la réfuter :  » Mais, disent-ils, Dieu est bon, très bon. Il est compatissant, il aime à pardonner. Il faut donc que les enfants de Dieu soient, eux aussi, miséricordieux et pacifiques, qu’ils se pardonnent réciproquement, comme le Christ nous a pardonné, et que nous ne jugions pas de peur d’être jugés.  » D’une extrême habileté, d’une grande humanité, d’une foi ardente en Dieu, Calixte se heurta aux opinions de l’époque. Il est fêté le 14 octobre.

Saint Calixte Ier Pape et Martyr (+ 222) (Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950.)
A la mort de saint Zéphirin, Calixte, Romain, fut élevé au Siège apostolique. Il ne fallait point, pour gouverner l’Église, à une époque si tourmentée, un pasteur moins sage ni moins vaillant. Il rendit le jeûne des Quatre-Temps, qui remontait aux Apôtres, obligatoire dans toute l’Église.
C’est sous son règne que l’on commença à bâtir des temples chrétiens, qui furent détruits dans les persécutions suivantes. Il fit creuser le cimetière souterrain de la voie Appienne, qui porte encore aujourd’hui son nom et qui renferme tant de précieux souvenirs, entre autres le tombeau de sainte Cécile, la crypte de plusieurs Papes, des peintures qui attestent la conformité de la foi primitive de l’Église avec sa foi actuelle.
De nombreuses conversions s’opérèrent sous le pontificat de saint Calixte. La persécution ayant éclaté, il se réfugia, avec dix de ses prêtres, dans la maison de Pontien. La maison fut bientôt enveloppée par des soldats qui reçurent la défense d’y laisser rentrer aucune espèce de vivres. Pendant quatre jours, le Pape Calixte fut privé de toute nourriture; mais le jeûne et la prière lui donnaient des forces nouvelles. Le préfet, redoublant de cruauté, donna l’ordre de frapper chaque matin le prisonnier à coups de bâton, et de tuer quiconque essayerait de pénétrer pendant la nuit dans sa maison.
Une nuit, le prêtre martyr Calépode, auquel Calixte avait fait donner une sépulture honorable, apparut au Pontife et lui dit: « Père, prenez courage, l’heure de la récompense approche; votre couronne sera proportionnée à vos souffrances. »
Parmi les soldats qui veillaient à la garde du prisonnier, il y avait un certain Privatus, qui souffrait beaucoup d’un ulcère; il demanda sa guérison à Calixte, qui lui dit: « Si vous croyez de tout coeur en Jésus-Christ et recevez le baptême au nom de la Sainte Trinité, vous serez guéri. – Je crois, reprit le soldat, je veux être baptisé, et je suis sûr que Dieu me guérira. » Aussitôt après l’administration du baptême, l’ulcère disparut sans laisser de trace. « Oui, s’écrie le nouveau chrétien, le Dieu de Calixte est le seul vrai Dieu; les idoles seront jetées aux flammes, et le Christ régnera éternellement! » Le préfet eut connaissance de cette conversion et fit fouetter Privatus jusqu’à la mort. Par son ordre, Calixte, une grosse pierre au cou, fut jeté de la fenêtre d’une maison dans un puits.

LE 24 JUILLET, FÊTE LITURGIQUE DE SAINT CHARBEL – LE SAINT « PADRE PIO » DES LIBANAIS

24 juillet, 2014

http://www.zenit.org/fr/articles/le-saint-padre-pio-des-libanais

LE SAINT « PADRE PIO » DES LIBANAIS

LE 24 JUILLET, FÊTE LITURGIQUE DE SAINT CHARBEL

Rome, 24 juillet 2013 (Zenit.org) Renzo Allegri

« S’il était vivant aujourd’hui, il catalyserait l’attention des médias et la Nasa se mettrait à l’analyser. On le passerait au scanner comme les momies égyptiennes et son ADN susciterait le plus haut intérêt. On dépenserait des kgs de paroles sur le mystère qui l’entoure et même les meilleurs détectives engagés à découvrir les secrets de son être seraient obligés de jeter l’éponge.»
C’est en ces termes que Patrizia Cattaneo, écrivain et journaliste parle du moine libanais, Charbel Makhlouf (1828-1898), membre de l’Eglise maronite, mort il y a plus d’un siècle, proclamé saint par Paul VI en 1977, et dont c’est la fête liturgique ce 24 juillet.
« L’existence de saint Charbel sur terre est constellée de faits et phénomènes inexplicables, de phénomènes extraordinaires qui se sont manifestés et se manifestent encore autour de sa tombe », ajoute Patrizia Cattaneo. « Et on dirait que saint Charbel, durant cette période historique, très douloureuse pour le Moyen Orient, troublée par les guerres, attentats, haines, a intensifié son activité thaumaturgique, comme s’il avait voulu attirer l’attention des gens sur les valeurs spirituelles, sur les réalités surnaturelles que les événements des guerres auraient voulu effacer ».
Patrizia Cattaneoa a écrit divers ouvrages sur saint Charbel. Elle a aussi fondé une association culturelle liée à son nom, dont l’objectif est de « promouvoir tout ce qui touche au saint libanais ».
Brièvement, qui est saint Charbel?
Patrizia Cattaneoa – C’est un grand saint libanais, membre de l’église catholique maronite. Il a vécu dans le plus grand secret et n’a rien laissé d’écrit, ni lettres, ni réflexions et encore moins de journal spirituel, qui nous permette de lever le moindre voile sur ses relations intimes avec Dieu. Mais les « signes » de sa grandeur spirituelle abondent. Sa « biographie céleste » est en perpétuel croissance. Le saint vit et œuvre activement en Dieu. On peut dire que, mort, il vit et parle à travers tant de miracles, et qu’il le fait surtout aujourd’hui, à notre époque.
Que sait-on de la famille de saint Charbel et de son existence avant son entrée au monastère ?
Il est le fils cadet de cinq enfants nés d’Antoun Makhlouf et Brigitta Al-Chidiac. Il est né le 8 mai 1828, sous le nom de Youssef, dans un village du Liban, Bqaakafra, qui se trouve à 1800 mètres au-dessus de la « Sainte Vallée », appelée ainsi en raison de toutes les implantations monastiques qui la peuplent et sont les plus anciennes de la région. De nombreux ermites vivaient dans ses grottes et l’esprit ascétique qui s’en dégageait imprégnait toute la vallée.
Les parents de Youssef étaient très pieux, en particulier sa mère. Son père travaillait la terre et élevait des bêtes. En 1831, l’armée ottomane réquisitionna son âne, pour transporter les récoltes de l’émir jusqu’au port de Byblos. Une fièvre pernicieuse l’emporta sur le chemin du retour et Youssef n’avait que trois ans lorsqu’il devint orphelin de son père.
Deux ans plus tard, sa mère se remaria avec un petit propriétaire terrien qui devint prêtre sous le nom religieux d’Abdel Ahad. Chez les maronites, à l’instar d’autres communautés de rite oriental, les hommes mariés peuvent eux aussi devenir prêtres et exercer leur ministère. Abdel Ahad devint le curé de Bqaakafra, et était aussi de maître d’école du village. Youssef devint un élève de son « beau-père » prêtre, qui était une personne très cultivée et très pieuse et fut son plus grand guide spirituel.
Quand Youssef décida-t-il de quitter le monde pour se consacrer à la vie d’ermite ?
A 23 ans. Tout jeune enfant déjà, sa nature le portait à la contemplation et à la solitude. Il se confessait et communiait souvent. Il priait continuellement et avait toujours avec lui son livre de prières. Sa tâche quotidienne était de conduire la vache au pré, mais il aimait se tenir à l’écart de ses camarades qui faisaient paître leur troupeaux comme lui, pour consacrer son temps à la prière. Ses camarades l’appelaient « le saint ». Il disait à sa vache : « Attends que j’ai fini de prier, car je ne peux pas te parler et parler avec Dieu en même temps, Il a la priorité ! ». Deux oncles maternels, ermites dans la Sainte vallée, favorisèrent chez lui cette vocation. Mais sa mère, par grande affection peut-être, entravait cette inclination qu’il avait. Ainsi, une nuit, à l’âge de 23 ans, Youssef suivit ce que lui disait son cœur et quitta la maison familiale pour entrer au couvent de Maifouq comme novice. Sa mère le chercha et le supplia de rentrer à la maison mais le jeune homme fut inébranlable.
Quelles furent les grandes étapes de sa vie au monastère ?
Après s’être enfui de chez lui, Youssef affronta l’année de son noviciat, « une année d’essai », et pour sa nouvelle vie religieuse prit le nom de Charbel, en l’honneur d’un martyr d’Antioche, mort en 121 et vénéré par l’Eglise orientale. Charbel, en syriaque, signifie « histoire de Dieu ».
Au monastère de Maifouq, Fra Charbel apprit les règles de la vie religieuse. Son obéissance exemplaire le distinguait des autres novices. Mais ce monastère ne correspondait pas à ses attentes de solitude et de silence. Il demanda alors à ses supérieurs d’être transféré dans un monastère plus isolé et fut envoyé au couvent Saint-Maron d’Annaya, de l’Ordre libanais maronite.
En 1853, après ses vœux solennels, Charbel fut envoyé à l’institut théologique de Kfifane, pour se préparer au sacerdoce. Là, pendant cinq ans, il fut l’élève d’un grand théologien, Nimatullah Al-Hardini, qui fut aussi un grand saint, élevé à la gloire des autels en 2004. Ce personnage extraordinaire, qui avait une culture théologique démesurée, transmit au jeune homme non seulement son amour profond pour la théologie, mais surtout son amour de Dieu et pour la vie ascétique.
A la fin de ses études et après son ordination sacerdotale en 1859, Charbel rentra au monastère d’Annaya, où il passa seize années d’une vie monastique exemplaire, se gagnant une réputation de saint grâce à ses excellentes vertus et son obéissance légendaire « plus angélique qu’humaine ». En 1875 il obtint l’autorisation de retirer à l’ermitage des Saints Pierre et Paul, juste à côté du monastère d’Annaya, où il passa les années les plus intenses de sa communion avec Dieu et mourut le 24 décembre 1898.
Dans les différentes biographies de ce saint, on parle le beaucoup de phénomènes charismatiques, de prodiges, de miracles…
Les prodiges commencèrent quand le saint était moine à Annaya. Un de ses confrères déclara: « Tout ce qu’on lit dans les biographies des saints est inférieur à ce que, de mes yeux, j’ai vu accomplir par le père Charbel ». Les gens de toute confession religieuse couraient lui demander de bénir les champs, les maisons, leur bétail, les malades et les prodiges pleuvaient, abondamment. Le saint connaissait les faits à distance et il avait le don de scruter les consciences. Son supérieur un jour lui ordonna de bénir le garde-manger où les provisions étaient maigres, et les jarres se remplirent aussitôt de blé et d’huile. Durant les fréquentes invasions de criquets, cause de famine et de mort, seuls les champs bénis par le saint échappaient aux ravages. Sa bénédiction conjura la mort d’élevages entiers de vers à soie qui étaient pour le couvent et la population leur ressource première. Il faudrait des pages et des pages pour énumérer tous les prodiges attribués à saint Charbel quand il était encore en vie.
Quelles étaient les vertus les plus caractéristiques de saint Charbel ?
Difficile de choisir. Son engagement dans l’ascèse était total et continu. Il s’infligeait tout le temps des mortifications, comme le jeûne permanent, les veillées incessantes, le travail durant la maladie, le refus de médicaments. Il se nourrissait et dormait très peu, mais travaillait vaillamment dans les champs comme un condamné aux travaux forcés. Il ne parlait que si on le lui ordonnait et ou par nécessité, à voix basse, sans regarder son interlocuteur, tenait toujours son capuchon sur les yeux et les yeux baissés. Il sortait du monastère seulement quand son supérieur lui ordonnait de rendre visite aux malades ou de célébrer des baptêmes et des funérailles. Quand le supérieur était absent, il obéissait à quiconque lui donnait un ordre. Même un indigent n’aurait jamais accepté sa nourriture, son lit et ses vêtements. Mais sa pauvreté la plus grande était de masquer sa richesse spirituelle. La messe constituait le cœur de sa journée, il s’y préparait longtemps et très soigneusement. Il priait tout le temps et restait à genoux pendant des heures au pied du tabernacle. Un jour, un éclair frappa l’ermite, incendia la nappe de l’autel et brula l’ourlet de son habit, mais le saint était si absorbé dans sa prière qu’il ne s’aperçut de rien.
Que se passa-t-il après sa mort ?
Il expira la veille de Noël en 1898. On l’enterra le lendemain dans la fosse commune du monastère. Pendant quelques mois une lumière brillante et mystérieuse, visible dans toute la vallée, sortit chaque nuit de sa tombe. Il n’y avait pas encore le courant électrique dans ces endroits-là et le spectacle était impressionnant. La réputation de sainteté de Charbel attirait beaucoup de gens, ainsi, quelques mois après la sépulture ils décidèrent de transférer le corps à l’intérieur du couvent.
En ouvrant le sépulcre, ils découvrirent que ce corps était encore intact et flexible, comme celui d’une personne en train de dormir. Un liquide visqueux sortait de ses pores, semblable au plasma qui sort des plaies d’une personne vivante, et l’on découvrit que ce liquide avait d’extraordinaires propriétés thaumaturgiques. Ce phénomène, absolument inexplicable dura 79 ans, autrement dit jusqu’en 1977, l’année de sa canonisation. « Je n’ai jamais vu ni rien lu sur un tel cas dans aucun livre de médecine », déclara le docteur Georges Chokrallah, qui fut un témoin au procès de béatification de Charbel. « Poussé par la curiosité scientifique, j’ai cherché à découvrir le secret de ce corps et de ce liquide. Après les avoir examinés pendant environ 17 ans, deux ou trois fois par an, mon opinion personnelle, basée sur l’étude et l’expérience, c’est qu’ils étaient imbibés d’une force surnaturelle mystérieuse ».
Pourquoi dit-on que 1950 fut « l’année de Charbel » ?
Parce que cette année-là, les phénomènes surnaturels relatifs au père Charbel connurent une véritable explosion. Pour l’Eglise, 1950 était une Année Sainte. Et il fut décidé à cette occasion d’exposer la dépouille de l’ermite à la vénération des fidèles. La tombe fut ouverte en présence d’un comité officiel. A partir de ce moment-là, les miracles se multiplièrent démesurément et en quelques mois le couvent en enregistra plus de deux milles.
Cette année-là un prêtre, arrivé en pèlerinage à Annaya, fit une photo de groupe devant l’ermite. Quand il développa le négatif, il s’aperçut que sur cette photo il y avait une personne qui n’était pas là au moment de la prise: c’était l’image du saint, comme l’identifia quelqu’un qui l’avait connu. Une image précieuse car le père Charbel n’avait jamais été photographié par quiconque quand il était en vie. Et de cette image « miraculeuse » on a fait son portrait officiel aujourd’hui connu.
Vous avez connu des personnes qui ont été « miraculées » par saint Charbel ?
Plusieurs. Un des cas les plus déconcertants est celui d’une libanaise qui a maintenant 74 ans : Nohad Al-Chami. Une femme illettrée mais dont la foi était riche. Le 9 janvier 1993, elle eut une attaque cérébrale. Une double occlusion de la carotide lui entraina une paralysie de la partie gauche du corps. Elle resta neuf jours en thérapie intensive à l’hôpital de Byblos, et tout le monde était inquiet parce qu’elle ne réagissait pas aux soins. Une intervention chirurgicale avait un moment été exclue car considérée trop risquée. En attendant elle fut renvoyée chez elle. Elle avait de graves difficultés à parler, à bouger et ne pouvait se nourrir qu’à la paille. Ses enfants commencèrent à prier saint Charbel. Ils frictionnèrent le cou de leur mère avec une mixture de terre et d’huile bénite provenant de la tombe du saint.
Le 22 janvier au soir, Nohad rêva de deux moines enveloppés dans une grande lumière qui s’approchaient de son lit. L’un des deux dit : « Je suis saint Charbel et je suis ici pour t’opérer ». Nohad eut peur, mais le saint avait déjà commencé l’intervention. Tandis que ses doigts incisaient sa gorge, la femme sentit une douleur lancinante. Enfin saint Maron, l’autre moine, arrangea l’oreiller derrière son dos et l’aida à s’asseoir sur son lit, puis il lui tendit un verre d’eau, l’invitant à boire sans la paille. Nohad hésitait mais saint Marron lui dit: « Nous t’avons opérée. Maintenant tu peux te lever, boire et marcher ». La femme se réveilla en sursaut et se retrouva assise sur son lit, comme dans le rêve.
Elle se leva toute seule sans difficulté et se dirigea vers la salle de bain. En se regardant dans la glace elle vit deux coupures de douze centimètres de chaque côté du cou, fermées par des points de suture, d’où sortait encore le fil chirurgical. Sa gorge et ses vêtements étaient tout tachés de sang. Elle alla tout de suite réveiller son mari qui sauta du lit affolé. Les difficultés de langage aussi avaient disparu, ainsi Nohad put raconter ce qui s’était passé en parlant normalement. Le matin, accompagnée par son mari, elle se rendit au monastère d’Annaya pour remercier saint Charbel et rapporter les faits au supérieur. Les médecins ensuite certifièrent sa guérison inexplicable.
La nouvelle du miracle se répandit comme un éclair, et les gens commencèrent à affluer chez elle. Craignant pour sa santé, le médecin et le curé lui conseillèrent d’aller s’installer momentanément chez son fils, mais saint Charbel lui apparut en songe et la prévint : « Je t’ai laissé les cicatrices pour le bon vouloir de Dieu, pour que tout le monde puisse les voir, surtout ceux qui se sont éloignés de Dieu et de l’Eglise, afin qu’ils retrouvent la foi. Je te demande de te rendre à l’ermitage tous les 22 du mois, date anniversaire de ta guérison, pour participer à la messe. Là je suis toujours présent ». Depuis, le 22 du mois, Nohad se rendit avec son mari à l’ermitage d’Annaya, pour participer aux fonctions liturgiques. Les gens peuvent voir sur son cou les cicatrices rougies et sanguinolentes. Les pèlerins qui participent à l’événement se comptent par milliers, ils sont de toutes confessions et viennent de tous les coins du Liban et du monde, nombreuses sont aussi les conversions après ce témoignage.
Ce fait, qui est le plus éclatant, a été étudié par divers médecins. En 2002 une échographie à la carotide révéla que Nohad avait subi une véritable intervention chirurgicale bilatérale, que ses artères sont en bon état et que l’ictus n’a pas endommagé le cerveau.

Traduction d’Océane Le Gall

SAINT DEMETRIUS – 9 AVRIL

9 avril, 2014

http://nominis.cef.fr/

SAINT DEMETRIUS – 9 AVRIL

martyr à Sirmium en Dalmatie (4ème s.)
Démétrios ou Dimitri.

Après saint Georges, il est le plus célèbre martyr militaire de l’Orient, d’où son nom de « mégalomartyr ». Diacre à Sirmium en Dalmatie, il souffrit le martyre sous Dioclétien. Il est mentionné dans la liturgie byzantine.
Son culte fut extrêmement populaire en Orient. Le diocèse de Gap en France voulut même se l’annexer en en faisant son premier évêque. D’autres en font un martyr du premier siècle. En fait, il y eut au quatrième siècle un saint Démétrios, martyr à Thessalonique, qui bénéficia de l’enjolivement de la piété populaire. On en fit un soldat chrétien et fier de l’être, on en fit même le proconsul de Grèce et de Macédoine. Dénoncé comme fauteur de troubles, il fut condamné à lutter dans l’arène contre un gladiateur plus robuste que lui; l’on vit arriver, avec lui, un jeune garçon nommé Nestor, frêle et courageux, qui d’un geste mit à mort ce géant. Dépité, l’empereur présent, fit mettre à mort l’enfant et Dimitri. De son corps se mit à jaillir une huile odoriférante et miraculeuse.
Au martyrologe romain au 9 avril: À Sirmium en Pannonie, saint Démétrius, martyr.

« Les crocs des loups au milieu desquels le Christ a envoyé son disciple Démétrios ont, par leurs morsures, ouvert en son corps des sources par lesquelles une grande allégresse s’écoule sur le troupeau du Christ. » (Saint Grégoire Palamas – Eloge de Démétrios)

SAINTE MARIE L’ÉGYPTIENNE – 1 AVRIL – PAR SAINT SOPHRONE, PATRIARCHE DE JÉRUSALEM

1 avril, 2014

http://www.pagesorthodoxes.net/saints/marie-egyptienne.htm

SAINTE MARIE L’ÉGYPTIENNE – 1 AVRIL

PAR SAINT SOPHRONE, PATRIARCHE DE JÉRUSALEM

La vie de sainte Marie l’Égyptienne est un des plus remarquables exemples de conversion et de pénitence de toute l’histoire chrétienne. La mémoire de cette sainte est célébrée solennellement le cinquième dimanche du Grand Carême, ainsi que le 1er avril. Sa vie, écrite par saint Sophrone de Jérusalem (550-638), est lue pendant l’office du Grand Canon de saint André de Crête, le jeudi de la quatrième semaine du grand Carême, et un tropaire en son honneur y est chanté à la fin de chaque ode du Grand Canon.
La mémoire de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et grand défenseur de la foi orthodoxe contre les hérésies du VIIe siècle, est célébrée le 10 mars et celle de saint Zosime le 4 avril.

LES MIRACLES DE DIEU
PÈRE ZOSIME
LA RENCONTRE INATTENDUE
LE RÉCIT D’UNE PÉCHERESSE
LE VŒU ET LE REPENTIR
LA SAINTE COMMUNION
LE DERNIER SOUHAIT
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LES MIRACLES DE DIEU
Sceller le secret du roi est bien, révéler les faits de l’action divine est louable. Telles furent les paroles de l’Ange à Tobie après le miracle de la guérison de sa cécité et après tous les dangers qu’il traversa et dont il se libéra par sa piété.
Ne pas garder les secrets du roi est chose dangereuse et effrayante ; taire les miracles de Dieu est dangereux pour l’âme. C’est pourquoi, mû par la crainte de taire ce qui est divin, et me remémorant le châtiment promis à l’esclave qui, ayant reçu de son maître un talent, l’a enfoui dans la terre et a, sans aucun profit, caché ce qui lui avait été donné pour le faire fructifier, – je ne tairai pas le saint récit parvenu jusqu’à nous. Que nul n’hésite à me croire, moi qui ai écrit ce que j’ai entendu ; que nul ne pense que j’invente des fables, subjugué par la grandeur des miracles. Que Dieu me préserve de mentir et de falsifier un récit dans lequel est cité son saint Nom. Il n’est pas raisonnable, à mon sens, de nourrir des pensées peu élevées, indignes de la grandeur du Verbe fait homme et de ne pas avoir foi en ce qui est dit ici. S’il se trouve des lecteurs qui, surpris par cette merveilleuse parole, se refusent à y croire, que Dieu leur soit miséricordieux ; car, songeant à la faiblesse de la nature humaine, ils considèrent comme invraisemblables les miracles relatés sur les hommes. Mais j’aborde le récit des faits survenus dans notre génération, tel que me l’a conté un homme pieux qui, dès son enfance, a été habitué à la Sainte Parole. Et que l’on ne dise pas, pour justifier l’incrédulité, qu’il est impossible de nos jours d’observer de tels miracles. Car la grâce du Père, se déversant d’une génération sur l’autre par le canal des âmes saintes, crée des amis de Dieu et des prophètes, ainsi que l’enseigne Salomon. Mais il est temps de commencer ce saint récit.

PÈRE ZOSIME
Il y avait dans les monastères de Palestine un homme remarquable par sa vie et sa parole, élevé depuis son plus jeune âge dans la pratique des exercices de la vie monacale et du bien. Son nom était Zosime. Que nul ne pense qu’il s’agit là de ce Zosime qui fut naguère convaincu de croyances contraires à l’orthodoxie. Non, c’était un tout autre Zosime et, bien qu’ils portassent tous deux le même nom, il y avait entre eux une grande différence. Le Zosime dont je parle était orthodoxe et faisait dès le début son salut dans un des monastères de Palestine, où il s’était entraîné dans toutes les pratiques de la vie monastique et exercé à toutes les austérités. Il suivait en tout les règles léguées par les maîtres sur la voie de cet athlétisme spirituel et en avait lui-même trouvé d’autres en s’efforçant de soumettre sa chair à l’esprit. Ainsi n’a-t-il pas manqué son but : la renommée de sa vie spirituelle devint telle que de nombreuses personnes venaient le trouver des monastères proches ou éloignés pour puiser dans son enseignement un exemple et une règle. Mais, ayant tant œuvré durant sa vie active, le vieillard n’abandonnait cependant pas le souci de la parole divine, qu’il cultivait tant en se couchant et en se levant qu’en tenant entre ses mains le travail dont il vivait. Et si tu désires connaître quelle était la nourriture qui le soutenait, – eh bien, sa seule et continuelle occupation était de chanter à Dieu et de méditer sa Sainte Parole. On dit que ce vieillard, inspiré par Dieu, fut souvent favorisé de visions divines, selon la parole du Seigneur : « Ceux qui ont purifié leur chair et veillent inlassablement sur leur âme, auront des visions, éclairés par le Très-Haut, et y trouveront le gage de la béatitude qui les attend ».
Zosime racontait, qu’à peine sevré du sein maternel, il fut amené dans ce monastère et s’y adonna aux exercices ascétiques. Il fut ensuite tourmenté par l’idée de sa perfection en tout et pensa qu’il n’avait nul besoin de l’enseignement de qui que ce soit. Il commença à raisonner ainsi : « Y a-t-il au monde un moine susceptible de m’être utile et de m’apprendre quelque chose de nouveau, un exercice ascétique que je ne connaisse pas et que je n’aie déjà accompli ? Se trouvera-t-il parmi les sages du désert un homme qui me soit supérieur par sa vie et ses méditations ? » Telles étaient les pensées du vieillard, lorsqu’il lui fut dit : « Zosime, tu t’es exercé honorablement dans la mesure des forces humaines, tu as suivi la voie ascétique de manière louable, mais nul parmi les hommes n’a atteint la perfection et la tâche qui attend l’homme est plus grande que celle qu’il a déjà accomplie, bien que vous ne le sachiez pas. Pour que tu apprennes combien nombreuses sont les autres voies de salut, quitte ton pays natal, la maison de ton père – comme Abraham, illustre parmi les Patriarches — et rends-toi au monastère près du Jourdain ! »
Obéissant à l’injonction, le vieillard quitta immédiatement le monastère où il avait vécu depuis son enfance et, arrivé sur les rives du Jourdain, — la sainte rivière, — il se dirigea vers le monastère qui lui avait été désigné par Dieu. Ayant poussé de la main la porte du monastère, il vit d’abord le frère-portier qui le conduisit auprès du Supérieur. En le recevant, ce dernier remarqua son aspect et son maintien pieux – il s’était prosterné en entrant selon l’usage et avait dit une prière. Le Supérieur lui demanda : « D’où viens-tu, mon frère, et pourquoi es-tu venu trouver d’humbles vieillards ? » Zosime répondit : « D’où suis-je, il n’est nul besoin d’en parler. Je suis venu pour le profit de mon âme. J’ai entendu sur vous bien des choses louables et remarquables, qui peuvent rapprocher l’âme de Dieu ». Le Supérieur lui dit : « Dieu seul, qui guérit la faiblesse humaine, nous ouvrira, mon frère, à toi et à nous sa volonté divine et nous apprendra à faire ce qu’il convient. L’homme ne peut guère aider l’homme, si chacun ne s’observe continuellement et ne fait ce qu’il doit d’un esprit éclairé, ayant Dieu pour aide dans sa tâche. Mais si, comme tu le dis, l’amour de Dieu t’a poussé à venir nous trouver, nous, humbles vieillards, alors reste avec nous, et le Bon Pasteur, qui a donné sa vie pour nous sauver et qui connaît le nom de ses brebis, nous accordera à tous la grâce du Saint-Esprit. » Ainsi parla le Supérieur et Zosime, après s’être de nouveau prosterné et s’être recommandé à ses prières, dit « Amen » et resta au monastère.
Il y vit des vieillards honorables par leur vie et leurs méditations, animés d’une foi ardente, œuvrant pour le Seigneur. Leurs chants étaient inlassables, leurs prières duraient toute la nuit. Ils avaient toujours du travail entre les mains, des psaumes aux lèvres. Pas une parole inutile, pas une pensée pour les choses d’ici bas : les bénéfices, calculés annuellement, et les soucis des besognes terrestres ne leur étaient même pas connus de nom. Leur unique préoccupation était de parvenir à rendre leur corps semblable à un cadavre, de se détacher complètement du monde et de tout ce qu’il comprend. Leur aliment inépuisable était la Sainte Parole. Ils n’accordaient au corps que la nourriture strictement indispensable : du pain et de l’eau, car chacun d’eux brûlait d’une sainte ardeur. En voyant cela, Zosime, comme il le disait lui-même, profitait grandement de cet enseignement et accélérait sa course en avant, car il avait trouvé des compagnons qui cultivaient avec zèle le jardin de Dieu.
Bien des jours passèrent ainsi et vint enfin l’époque à laquelle il est recommandé aux chrétiens de faire carême, afin de se préparer à saluer dignement la sainte Passion et la Résurrection du Christ. Les portes du monastère demeuraient toujours fermées, permettant ainsi aux moines de s’exercer dans le calme. Elles ne s’ouvraient que lorsqu’une nécessité absolue obligeait un moine à sortir de l’enceinte. Cette région était déserte et non seulement inaccessible aux moines des alentours, mais même inconnue d’eux. Ce monastère avait une règle qui, je pense, était la raison pour laquelle Dieu y fit venir Zosime. Quelle était cette règle et comment était-elle observée ? – je vais vous le dire immédiatement. Le premier Dimanche de Carême on célébrait à l’église comme à l’accoutumé la Sainte Eucharistie et chacun communiait. Ensuite, comme d’habitude, les moines prenaient quelque nourriture. Puis, tous se rassemblaient à l’église et, après avoir prié avec ferveur, les vieillards se prosternaient et s’embrassaient mutuellement, ils se prosternaient et embrassaient également le Supérieur et chacun demandait aux autres de prier pour lui et d’être son compagnon dans la lutte qui l’attendait.
Les portes du monastère s’ouvraient alors et, au chant du psaume : « Le Seigneur est mon illumination et mon Sauveur, qui craindrai-je ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie, qui redouterai-je ? » les moines sortaient du monastère. Un ou deux moines demeuraient cependant au cloître, non pas pour garder leurs biens (ils ne possédaient rien qui puisse tenter les voleurs), mais pour ne pas laisser le monastère sans offices. Chaque moine emportait avec lui la nourriture qu’il pouvait et voulait prendre. L’un prenait un peu de pain, l’autre des figues, celui-ci des dattes, celui-là des graines macérées dans de l’eau. Le dernier, enfin, n’avait rien d’autre que son corps et les pauvres vêtements qui le couvraient et, lorsque celui-ci réclamait sa nourriture, il mangeait les plantes qu’il trouvait dans le désert. Ils avaient en outre pour règle (qui était strictement observée par tous) d’ignorer entre eux leur manière de vivre et de pratiquer le jeûne. Traversant immédiatement le Jourdain, ils se dispersaient dans le désert loin les uns des autres. Si, par hasard, l’un d’eux apercevait de loin un frère s’avançant dans sa direction, il s’éloignait immédiatement de lui. Chacun vivait seul en présence de Dieu, mangeant peu et chantant inlassablement des psaumes.
Ayant ainsi passé tout le Carême, ils revenaient au monastère une semaine avant la Résurrection du Sauveur, lorsque l’Église a établi de fêter avec des rameaux la première annonce de la grande fête. Chacun rentrait au monastère chargé des fruits de sa conscience, qui savait comment il avait œuvré et de quel labeur il avait jeté la semence en terre. Nul ne s’inquiétait de savoir comment l’autre s’était acquitté de sa tâche. Telle était la règle du monastère, règle qui était strictement observée. Chacun d’eux, durant son séjour dans le désert, luttait contre lui-même face à l’Arbitre de ce combat – Dieu, sans chercher à plaire aux hommes ni à pratiquer le jeûne devant leurs yeux. Car tout ce qui est fait dans le but de plaire aux hommes, non seulement ne profite pas à son auteur, mais se trouve parfois être pour lui la raison d’un grave châtiment.
Se conformant aux règles du monastère, Zosime traversa également le Jourdain, emportant avec lui un peu de nourriture et les humbles vêtements qui le couvraient. Il traversait le désert en priant et mangeait lorsque sa nature l’exigeait. Il dormait la nuit, s’arrêtant là, où le surprenait le crépuscule. Au matin, il reprenait sa route, brûlant du désir d’aller de plus en plus loin. Il voulait, disait-il, pénétrer jusqu’au cœur du désert, dans l’espoir d’y trouver un père qui y habitât et qui serait susceptible d’apaiser sa faim spirituelle : Et il marchait inlassablement, comme s’il se hâtait vers un gîte bien connu de tous. Il marchait déjà depuis vingt jours, lorsque vers le soir il s’arrêta et, se tournant vers l’Orient, il dit sa prière habituelle. Il interrompait toujours sa route régulièrement et se reposait quelque peu de ses fatigues tantôt en demeurant debout et en chantant des psaumes, tantôt en s’agenouillant pour la prière.

LA RENCONTRE INATTENDUE
Et voici que, pendant qu’il chantait les yeux fixés au ciel, il vit, à droite de l’éminence sur laquelle il se trouvait, se profiler comme l’ombre d’un corps humain. D’abord, il pensa être victime d’une vision démoniaque et sursauta même. Mais, s’étant signé pour chasser sa frayeur (sa prière était déjà terminée), il tourna son regard et vit, en effet, un être s’avancer en direction du sud. Cet être était nu, noir de corps comme s’il avait été brûlé par l’ardeur du soleil ; ses cheveux étaient blancs comme du lin et courts, ne descendant pas au-delà du cou. L’ayant vu, Zosime, comme en proie à une forte joie, se mit à courir dans la direction où s’éloignait la vision. Sa joie était immense. Pas une seule fois, durant tous ces jours, il n’avait aperçu ni figure humaine, ni oiseau, ni animal terrestre, ni même une ombre. Il cherchait à savoir qui était l’être qui lui était apparu et d’où il venait, dans l’espoir que lui seraient révélés quelques grands mystères.
Mais, lorsque le spectre aperçut de loin Zosime, il se mit à fuir rapidement dans le désert. Et Zosime, oubliant sa vieillesse, ne songeant même plus aux fatigues de la route, s’efforçait de rejoindre le fugitif. Il le rattrapait, l’autre le fuyait. Mais Zosime était plus rapide et bientôt la distance diminua entre eux. Lorsque Zosime s’en approcha suffisamment pour que sa voix pût être entendue, il se mit à crier en pleurant : « Pourquoi fuis-tu devant un vieillard pécheur ? Serviteur de Dieu, attends-moi, qui que tu sois, je t’en conjure au nom de Dieu, pour l’amour duquel tu vis dans ce désert. Attends l’homme faible et indigne que je suis, je t’en conjure par la récompense que tu en espères. Arrête-toi, prie pour moi et donne-moi ta bénédiction, au nom du Seigneur, qui ne méprise personne ». Ainsi parlait Zosime et ils couraient tous deux dans une région qui ressemblait au lit d’un torrent desséché. Mais je pense qu’il n’y a jamais eu de torrent en ce lieu et que le sol avait naturellement cet aspect.
Lorsqu’ils atteignirent cet endroit, l’être qui fuyait y descendit, puis remonta sur la rive opposée du ravin, tandis que Zosime fatigué et incapable de poursuivre sa course, s’arrêta de ce côté, accentuant ses larmes et ses supplications, qui pouvaient maintenant être entendues de près. Alors le fugitif fit entendre sa voix : « Père Zosime, pardonne-moi, pour l’amour de Dieu ; je ne puis me retourner et te montrer ma face. Je suis femme et nue, comme tu la vois ; mon sexe n’est pas voilé. Mais si tu veux exaucer la prière d’une pécheresse, lance-moi ton vêtement pour que je puisse en couvrir ma faiblesse féminine et me tourner vers toi pour recevoir ta bénédiction ». L’effroi et la stupeur confondirent Zosime avouait-il, lorsqu’il s’entendit appeler par son nom. Mais, étant homme de vive intelligence et habitué aux manifestations de la puissance de Dieu, il comprit que la femme ne l’aurait pas appelé par son nom sans l’avoir jamais vu auparavant, ni en avoir entendu parler, si elle ne possédait pas le don de clairvoyance.
Il s’exécuta donc immédiatement et, enlevant son vieux manteau monastique il le lança à la femme qui en couvrit sa nudité. Se tournant alors vers Zosime elle dit : « Pourquoi Zosime, as-tu désiré voir une pécheresse ? Que veux-tu voir ou apprendre de moi, pour ne pas avoir craint d’assumer une telle fatigue ? »
Il s’agenouilla en demandant la bénédiction d’usage ; elle se prosterna également. Ils restèrent ainsi prosternés à terre, chacun implorant la bénédiction de l’autre et les seuls mots que chacun d’eux prononçait étaient : « Donne-moi ta bénédiction ».
Au bout d’un long moment, la femme dit à Zosime : « Père Zosime, c’est à toi qu’il appartient de bénir et de prier. Tu es honoré de la dignité de prêtre, depuis de nombreuses années tu officies devant l’autel et présentes à Dieu l’offrande des Saints Dons ». Ces paroles augmentèrent encore l’effroi du vieillard ; il se mit à trembler, son corps se couvrit de sueur, il gémit et sa voix se brisa. Enfin, reprenant son souffle à grand peine, il dit à la femme : « Oh, mère habitée par le Divin Esprit, il apparaît de ta façon de vivre que tu demeures près de Dieu et que tu es déjà presque morte pour ce monde. Évidente est également la Grâce qui t’est accordée par le Seigneur, puisque tu m’as appelé par mon nom et as reconnu ma qualité de prêtre sans m’avoir jamais vu auparavant. La Grâce se reconnaît non au rang, mais aux dons spirituels. Donne-moi donc ta bénédiction, pour l’amour de Dieu, et prie pour moi, qui ai besoin de ton intercession ». Alors, cédant au désir du vieillard, la femme dit : « Béni soit Dieu, qui veille au salut des hommes et des âmes ». Zosime répondit « Amen » et tous deux se relevèrent. La femme dit au vieillard : « Pourquoi es-tu venu, homme, trouver une pécheresse ? Pour quelle raison as-tu voulu voir une femme dépourvue de toute vertu ? Du reste, tu as été amené ici par la grâce du Saint-Esprit, afin d’assurer à mon intention un service opportun. Dis-moi, comment vit maintenant le monde chrétien ? Et les rois ? Comment est gouvernée l’Église ? » Zosime lui répondit : « Par les saintes prières, ma mère, le Christ nous a donné à tous une paix durable. Mais exauce l’humble requête d’un vieillard et prie pour le monde entier et pour moi, pauvre pécheur, afin que mon séjour en ce désert ne reste pas sans fruit pour moi ». Elle lui répondit : « Il t’appartient à toi, père Zosime, au prêtre, de prier pour moi et pour tous. Car à cela tu as été appelé. Mais, puisque nous devons faire preuve d’obéissance, je ferai volontiers ce que tu me commandes ».
Ceci dit, elle se tourna vers l’Orient, regarda vers le ciel et, en levant les bras, commença à prier. Zosime ne distinguait pas les mots, de sorte qu’il ne pouvait comprendre sa prière. Il demeurait là, disait-il, tout tremblant, les yeux au sol, sans dire un mot.
Et il jura, invoquant Dieu pour témoin, que lorsque la prière de la femme lui parut longue, il leva les yeux et vit : la femme s’était élevée d’un coude au-dessus du sol et demeurait ainsi debout dans les airs en priant. Son émoi devint encore plus grand et, n’osant proférer une parole, il tomba à terre en répétant inlassablement : « Seigneur, pardonne-moi ».
Pendant qu’il était prosterné à terre, le vieillard fut assailli par le doute : « Ne serait ce pas un esprit et cette prière ne serait-elle pas simulée ? » Cependant, la femme se retourna et releva le vieillard en disant : « Pourquoi doutes-tu de moi, mon Père, et pourquoi penses-tu que je simule la prière ? Sache, homme, que je suis pécheresse, bien que je sois protégée par le saint baptême. Je ne suis pas un esprit, mais de la terre et de la cendre – une simple chair. Je n’ai rien de spirituel. » À ces mots, elle traça le signe de la croix sur son front et ses yeux, sa bouche et sa poitrine en disant : « Mon Père, que Dieu nous préserve du malin et de ses œuvres, car dur est le combat qu’il mène contre nous. »
Ayant entendu et vu cela, le vieillard retomba à terre en pleurant et étreignit les jambes de la femme en disant : « Je te conjure au nom du Christ notre Dieu, né de la Vierge Marie et pour l’amour duquel tu t’es résignée à cette nudité, pour l’amour duquel tu as tant mortifié ta chair, ne cache pas de ton esclave qui tu es, d’où tu viens, quand et comment tu es venue dans ce désert ? Révèle-moi tout, afin que soit connue l’action merveilleuse de Dieu. La sagesse cachée et les trésors enfouis – de quelle utilité peuvent-ils être ? Dis-moi tout, je t’en conjure. Car, en parlant, tu n’agiras pas par vanité, mais pour me faire voir la vérité, à moi, pauvre et indigne pécheur. J’ai foi que Dieu, au service duquel tu vis, m’a amené dans ce désert pour me montrer ses voies à ton égard. Il n’est pas en notre pouvoir de nous opposer aux desseins de Dieu. S’il n’entrait pas dans la volonté du Christ, notre Dieu, de te révéler, toi et ton ascèse, il n’aurait permis à personne de te voir et ne m’aurait pas donné la force d’accomplir un tel trajet, à moi qui n’ai jamais souhaité et n’ai jamais osé quitter ma cellule ».

LE RÉCIT D’UNE PÉCHERESSE
Le père Zosime parla longtemps ; enfin la femme lui dit en le relevant : « Je suis gênée, mon Père, de te révéler la honte de mes actes, pardonne-moi pour l’amour de Dieu. Mais puisque tu as déjà vu la nudité de mon corps, je te révélerai également mes actes, afin que tu saches de quelle honte est remplie mon âme. Et si je me suis refusée jusqu’à présent à te raconter ma vie, ce n’est pas pour fuir la vanité, comme tu le supposes, car de quoi pourrais-je me glorifier, moi qui fus le vase de prédilection de Satan ? Je sais également que lorsque je commencerai mon récit, tu t’enfuiras comme on fuit un serpent, car tes oreilles ne pourront supporter l’horreur de ma conduite. Mais je te dirai tout, sans rien celer, en te suppliant de prier pour moi, afin que Dieu me soit miséricordieux lors du Jugement dernier ». Le vieillard pleurait, la femme commença son récit :
« Mon pays natal, frère, est l’Égypte. Du vivant de mes parents, alors que j’avais douze ans, j’ai renié leur amour et suis venue à Alexandrie. J’ai honte de me remémorer comment j’ai perdu ma chasteté et me suis ensuite adonnée avec une frénésie insatiable à la luxure. Il est plus décent de noter cela brièvement, afin que tu connaisses mon vice et mon indignité. J’ai vécu près de dix sept ans en étant, pour ainsi dire, le bûcher du vice d’un peuple entier – mais ceci non par esprit de lucre, je te dis bien toute la vérité. Souvent, lorsqu’on voulait me payer, je refusais l’argent. J’agissais ainsi dans le but d’obliger le plus grand nombre possible d’hommes à me rechercher ; j’accomplissais bénévolement ce qui m’était agréable. Ne pense pas que j’étais riche et que je refusais l’argent pour cette raison. Je vivais d’aumônes, parfois je gagnais un peu d’argent en filant du lin ; mais j’étais possédée par un désir inassouvissable et une passion indomptable de me rouler dans la fange. Pour moi, c’était la vie ; j’estimais que toute souillure de la nature était la vie.
« Ainsi vivais-je. Puis, un jour d’été, je vis une multitude de Libyens et d’Égyptiens courir en direction de la mer. Je demandai à un passant : « Où courent ces gens ? » Il me répondit : « Tout le monde part pour Jérusalem afin d’assister à l’Exaltation de la Sainte Croix, qui, selon la coutume, doit avoir lieu dans quelques jours. » Je lui dis : « Ne me prendraient-ils pas avec eux si j’en exprimais le désir ? » – « Personne ne s’y opposera, si tu as de l’argent pour payer ton voyage et tes vivres ». Je lui dis : « En fait, je n’ai ni argent, ni vivres. Mais j’irai moi aussi à Jérusalem en montant à bord d’un des bateaux. Ils me nourriront, qu’ils le veuillent ou non. J’ai un corps ; ils le prendront en paiement de la traversée. » L’envie me vint de partir (pardonne-moi, mon Père), afin de trouver davantage d’amants pour assouvir mon vice. Je t’avais bien dit, Père Zosime, de ne pas m’obliger à te révéler ma honte. Je crains – Dieu en est témoin – de t’offenser et de souiller l’air par mes paroles ».
Zosime, dont les larmes mouillaient abondamment le sol, répondit : « Parle, pour l’amour de Dieu, parle et n’interromps pas le fil d’un récit à ce point édifiant ». Elle reprit donc son récit : « Ce jeune homme rit en entendant mes paroles éhontées et partit. Quant à moi, abandonnant là le rouet que je portais alors avec moi, je courus vers la mer, où tout le monde allait en hâte. Apercevant des jeunes gens debout sur le rivage – une dizaine environ, peut-être un peu plus, – pleins de force et alertes, – je les estimais aptes à servir à mes desseins. Certains d’entre eux semblaient encore attendre d’autres voyageurs, tandis que leurs compagnons étaient déjà montés à bord. Sans vergogne, comme à l’ordinaire, je me mêlai à leur groupe. « Prenez-moi avec vous, dis-je. Je ne serai pas de trop pour vous ». J’ajoutai quelques mots encore pires, provoquant le rire général. Quant à eux, voyant mon consentement au vice, ils me prirent avec eux et m’emmenèrent sur leur bateau. Bientôt arrivèrent ceux qu’on attendait et nous partîmes.
Ce qui se passa ensuite, comment te le dire ? Quelle bouche décrira, quelles oreilles entendront ce qui se passa à bord pendant la traversée ? Par surcroît, je contraignais les malheureux même contre leur gré. Il n’y eut pas un aspect du vice, – qui puisse ou non être exprimé par des mots, – que je n’aie enseigné à ces malheureux. Je me demande, mon Père, comment les flots ont pu tolérer notre inconduite ! Comment la terre ne s’est-elle pas entrouverte, comment l’enfer n’a-t-il pas englouti vivante celle qui a pris tant d’âmes dans ses filets ! Mais je pense que Dieu cherchait mon repentir, car il ne souhaite pas la mort du pécheur, mais attend généreusement son amendement. C’est ainsi que nous atteignîmes Jérusalem. Je passai tous les jours qui nous séparaient de la fête en ville ; mes occupations étaient les mêmes que sur le bateau, sinon pires. Je ne me contentai pas des jeunes gens que j’avais connus durant la traversée et qui m’avaient aidée à faire le voyage, mais je recrutai à ces œuvres de nombreux hommes parmi les habitants et les étrangers.
Le jour de l’Exaltation de la Sainte Croix s’était déjà levé que je courais encore après les jeunes gens. À l’aube, je vis que tout le monde se hâtait vers l’église ; j’y courus aussi. J’arrivai ainsi jusqu’au parvis. Lorsque survint l’heure de la Cérémonie, je m’efforçai de pénétrer en même temps que le flot humain me bousculait en se dirigeant vers l’entrée de l’église. À grand peine et très pressée, je parvins finalement jusqu’à la porte par laquelle apparaissait aux fidèles la Sainte-Croix. Lorsque je mis le pied sur le seuil de l’église que tous franchissaient sans encombre, une force inconnue me retint, m’empêchant de passer. Je fus de nouveau repoussée et me retrouvai seule, isolée sous le porche.

LE VŒU ET LE REPENTIR
Trois fois, quatre fois, je répétai la manœuvre, jusqu’à ce que, fatiguée, j’eus perdu la force de me démener dans la foule et de supporter ses coups. Je m’écartai et restai debout dans un angle du porche. À grand peine commençai-je entrevoir la raison qui m’empêchait de pénétrer et d’apercevoir la Sainte et Vivifiante Croix. Mon cœur s’ouvrit à la parole de salut et je compris que l’indignité de mes actes me barrait l’entrée de l’église. Je commençai à pleurer et à me lamenter en me frappant la poitrine. Tout en pleurant, j’aperçus au-dessus de moi une icône de la Vierge. Je lui dis, en la fixant du regard : « Sainte Vierge, qui donna sa chair à Dieu le Verbe, je sais, je sais qu’il est indécent qu’une femme aussi impure et vicieuse contemple ton icône, Vierge très Sainte et pure, à toi, qui a préservé ton corps et ton âme de toute impureté et de toute souillure. Vicieuse comme je le suis, je dois à juste titre inspirer la colère et la répulsion à ta pureté. Si, comme je l’ai entendu dire, Dieu, qui naquit de toi, s’est fait homme pour amener les humains au repentir, viens en aide à une femme solitaire, qui ne peut attendre d’aide de personne. Ordonne que l’entrée de l’église me soit ouverte, ne me prive pas de la possibilité de contempler la Croix sur laquelle fut cloué en chair Dieu que tu mis au monde et sur laquelle il versa son Sang pour mon rachat. Ordonne que me soit rendue possible la sainte prosternation devant la Croix. Je t’invoque comme sûre garante devant Dieu, ton Fils, que je ne souillerai plus jamais ce corps par un accouplement honteux, mais, sitôt que j’aurai vu la Sainte Croix de ton Fils, je renoncerai au monde et à tout ce qu’il contient et me retirerai là où tu me l’ordonneras et me conduiras, Sainte Garante de mon salut ».
« Ainsi parlai-je et, ayant, semble-t-il, acquis quelque espoir dans une foi ardente, encouragée par la miséricorde de la Sainte Mère de Dieu, je quittai la place où je priai. Je me mêlai de nouveau à la foule qui entrait à l’église ; personne ne me bousculait plus, ne me repoussait plus, personne ne m’empêchait de m’approcher davantage des portes de l’église. En proie à la crainte et à l’agitation, je tremblais. Arrivée près de la porte qui m’était demeurée fermée jusque là, je sentis que la force qui m’empêchait d’entrer auparavant m’ouvrait à présent la voie, j’entrai sans difficulté et me trouvai au milieu de l’enceinte sacrée. Je fus admise à contempler la Sainte Croix et entrevis les voies de Dieu ; je vis comment le Seigneur reçoit les repentants. Je me prosternai et, après avoir embrassé cette sainte terre, je me précipitai, vers la sortie, me hâtant vers ma Sainte Garante. Je retournai à la place où j’avais fait mon vœu et, m’agenouillant devant la Très Sainte Vierge, je lui dis :
« Oh, Mère miséricordieuse, tu as montré sur moi ton amour de genre humain. Tu n’as pas repoussé la prière d’une femme indigne. J’ai vu la gloire que nous ne voyons pas, nous, pauvres malheureux – et c’est justice. Gloire à Dieu, qui reçoit par toi le repentir des pécheurs. De quoi pourrai-je me souvenir ou parler encore ? Il est temps, Très Sainte Vierge, que j’accomplisse mon vœu. Et maintenant, conduis-moi où tu le désires. Sois la Monitrice de mon salut, conduis-moi par la main sur le sentier du repentir. « À ces mots, j’entendis une voix venant d’en haut : « Si tu traverses le Jourdain, tu y trouveras un glorieux repos ». Entendant cette voix et ne doutant pas qu’elle ait retenti pour moi, je me mis à pleurer et m’écirai en m’adressant à la Sainte Mère de Dieu : « Sainte Vierge, ne m’abandonne pas ». Je sortis alors du porche et me mis en route.
Quelqu’un, à la sortie, me donna trois pièces de monnaie en disant : « Prends cela, petite mère. » J’achetai alors trois pains que j’emportai avec moi comme un don du ciel. Je demandai au marchand de pain : « Où est le chemin pour le Jourdain ? » On m’indiqua la porte de la ville qui y conduisait, je la franchis en courant et commençai ma route en pleurant. Je demandai mon chemin aux passants et, ayant marché le reste de la journée, (il était trois heures, je crois, lorsque j’aperçus la Sainte Croix), j’atteignis enfin, au crépuscule, l’église de Saint-Jean-Baptiste, non loin du Jourdain. Je fis une prière dans cette église et je descendis immédiatement jusqu’au Jourdain ; je baignai mon visage et mes mains dans ses saintes eaux. Je reçus la Sainte Communion à l’église du Précurseur, mangeai la moitié d’un pain et bus un peu d’eau du Jourdain. Je passai la nuit allongée sur le sol. Au matin, ayant découvert une petite embarcation, je me rendis sur l’autre rive et priai de nouveau la Reine des Cieux de me conduire où elle le désirait. Je me retrouvai donc dans ce désert et, depuis lors et jusqu’à ce jour, je m’éloigne et fuis, vivant ici dans la recherche constante de Dieu qui préserve ceux qui l’implorent du découragement et des tempêtes. »
Zosime lui demanda : « Depuis combien d’années, ma mère, demeures-tu dans ce désert ? » La femme répondit : « Quarante sept ans se sont écoulés, me semble-t-il, depuis que j’ai quitté la ville Sainte ». Zosime demanda : « Quelle nourriture trouves-tu ici ? » La femme dit : « J’avais deux pains et demi lorsque je traversai le Jourdain. Bientôt ils devinrent durs comme de la pierre. Petit à petit je les terminai. » Zosime demanda : « Est-il possible que tu aies pu vivre tant d’années sans souffrir d’un si brusque changement d’existence ? » La femme répondit : « Tu me questionnes sur des choses, Zosime, dont je tremble de parler. S’il me fallait revivre en mémoire tous les dangers que j’ai vaincus, toutes les mauvaises visions qui ont troublé ma pensée, je crains qu’ils ne m’assaillent de nouveau ». Zosime dit : « Ne me cache rien ; je t’ai priée de tout me dire sans réticence. »
Elle continua : « Crois-moi, mon Père, j’ai vécu dix sept ans dans ce désert en luttant contre les animaux sauvages – mes désirs forcenés. Dès que je m’apprêtais à prendre quelque nourriture, j’aspirais à manger de la viande ou du poisson, si abondants en Égypte. Je désirais boire du vin, que j’aimais tant – j’en buvais beaucoup au temps où je vivais dans le monde. Ici, je n’avais même pas d’eau et souffris horriblement de la soif. J’étais également torturée par un désir ardent de chanter les chansons grivoises du démon que j’avais apprises naguère. Je me frappais immédiatement la poitrine en pleurant et me remettais en mémoire le serment que j’avais fait en me retirant dans le désert. Je revoyais en pensée l’icône de la Vierge qui m’avait reçue, je l’implorais et la suppliais de chasser les visions qui torturaient mon âme. Lorsque j’eus suffisamment pleuré en me frappant la poitrine de toutes mes forces, je voyais une clarté m’éclairer de toutes parts. Puis, après l’orage, survenait une longue période d’accalmie.
« Et que puis-je te dire, mon père, des pensées qui me poussaient vers la luxure ? Un feu s’allumait dans mon pauvre cœur ; il me brûlait tout entière et réveillait en moi la soif des enlacements. Dès que cette tentation s’emparait de moi, je me jetais à terre, mouillais le sol de mes larmes comme si ma Sainte Garante eût apparu devant mes yeux et me menaçât de châtier le crime. Je ne me relevais (cela durait parfois un jour et une nuit) que lorsque la douce clarté m’illuminait et chassait les visions qui me hantaient.
J’ai toujours dirigé ma pensée vers ma Sainte Garante en implorant son secours pour celle qui se noyait dans les flots du désert. Elle a été mon Aide et la Marraine de mon salut. Ainsi ai-je vécu dix-sept ans au milieu de mille dangers. Depuis et jusqu’à ce jour, ma Protectrice me soutient en toute circonstance et semble me conduire par la main ».
Zosime demanda : « Est-il possible que tu n’aies pas manqué de nourriture et de vêtements ? » Elle répondit : « Ayant fini les pains dont je t’ai parlé, je me suis nourrie pendant dix-sept ans des herbes et de tout ce que l’on peut trouver dans le désert. Quant aux vêtements que je portais lorsque j’ai traversé le Jourdain, ils se sont déchirés et usés. J’ai beaucoup souffert du froid, de même que de la chaleur torride de l’été : tantôt j’étais brûlée par le soleil, tantôt je tremblais de froid et, souvent, tombant sur le sol, j’y demeurais allongée sans respiration ni mouvement. J’ai lutté contre de nombreuses adversités et de terribles tentations. Mais, depuis cette époque et jusqu’à ce jour, la Providence a protégé mon âme de pécheresse et mon pauvre corps par les voies les plus variées. Lorsque je pense de quels maux m’a sauvé le Seigneur, j’y trouve un aliment spirituel et un espoir de salut. Je me nourris et me vêtis de la parole de Dieu, Maître de toutes choses… et,  » à défaut de vêtements, ceux qui auront rejeté les voiles du péché, se vêtiront de pierre « . »
Zosime constatant qu’elle citait les saintes Écritures – Moïse et Job – lui demanda : « Tu as lu les psaumes et autres livres ? » Elle sourit à ces mots et dit au vieillard : « Crois-moi, je n’ai pas même vu figure humaine depuis le jour où j’ai traversé le Jourdain, sauf toi aujourd’hui. Je n’ai vu ni bête, ni aucun être vivant depuis que j’ai connu ce désert. Je n’ai jamais lu de livres. Je n’ai même jamais entendu quelqu’un chanter ou lire un livre. Mais la Parole Divine, vivante et agissante, donne elle-même à l’homme toutes les connaissances. Voici la fin de mon récit. De même que je t’en ai prié au début, je te conjure encore maintenant, au nom du Verbe, de prier le Seigneur pour moi, pauvre pécheresse ». Ceci dit et ayant mis fin à son récit elle se prosterna devant le vieillard, qui s’écria avec des sanglots dans la voix : « Béni soit Dieu, qui a créé sans compter ce qui est grand et merveilleux, admirable et surprenant ! Béni soit Dieu qui m’a montré comment il comble ceux qui le craignent. En vérité, Seigneur, tu m’abandonnes pas ceux qui te recherchent ».

LA SAINTE COMMUNION
Retenant le vieillard, la femme ne lui permit pas de se prosterner devant elle, mais dit : « Je te conjure au nom du Christ notre Seigneur et Dieu, de ne révéler à personne ce que tu viens d’entendre, tant que Dieu ne m’aura pas délivrée de cette terre. Et maintenant, pars en paix et, l’année prochaine, tu me reverras et je te verrai de nouveau, si Dieu miséricordieux te conserve la vie. Serviteur de Dieu, fais ce que je vais te demander maintenant : au Grand Carême de l’année prochaine, ne traverse pas le Jourdain comme il est de coutume dans votre monastère ». Zosime fut surpris de constater qu’elle connaissait même les règles de son monastère, mais ne prononça pas d’autre parole que : « Gloire à Dieu, qui combe ceux qui l’aiment ». La femme continua : « Demeure au monastère, mon Père ; même si tu le voulais, il te sera impossible d’en sortit. Mais, au crépuscule du jour où l’on commémore la Cène, prends à mon intention dans un vase sacré digne d’un tel dépôt, une parcelle de la Chair et du Sang vivifiants du Christ, apporte les ici et attends moi sur la rive du Jourdain la plus proche des lieux habités, afin que je puisse recevoir la Sainte Communion. Depuis que j’ai communié à l’église du Précurseur avant de traverser le Jourdain et jusqu’à ce jour, je n’ai pas approché de la Sainte Table. Mais maintenant j’y aspire avec un irrésistible amour. C’est pourquoi je te demande et te supplie d’accéder à ma requête – apporte-moi les Saints et vivifiants Dons à l’aube du jour où le Seigneur fit participer ses Disciples à la Sainte Cène. Et dis au Père Jean, Supérieur du monastère où tu demeures :  » Observe-toi et observe ton troupeau, il se passe chez vous des choses qui demandent à être corrigées  » ». Mais je désire que tu lui dises cela non pas maintenant, mais lorsque le Seigneur te le suggérera. Prie pour moi ! » À ces mots, la femme disparut dans les profondeurs du désert. Zosime s’agenouilla, embrassa le sol sur lequel s’étaient posés ses pieds et rendit gloire et grâce à Dieu. Traversant de nouveau le désert, il revint au monastère le jour même où les autres moines y faisaient leur rentrée.
Toute l’année il garda le silence, n’osant révéler à personne ce qu’il avait vu. Mais, en lui-même, il priait Dieu de lui montrer de nouveau le visage désiré. Il se tourmentait et s’impatientait à l’idée du long délai que représente une année et souhaitait que sa durée fût, si possible, ramenée à un jour. Lorsque arriva le Dimanche qui commence le Carême, les moines sortirent du monastère après les prières d’usage en chantant des psaumes. Quant à Zosime, il fut retenu par la maladie : il brûlait de fièvre. Il se rappela alors les paroles de la sainte : « Même si tu le voulais, il te sera impossible de quitter le monastère ».
Bien des jours passèrent ; puis, se relevant de maladie, il demeura au monastère. Mais, lorsque les moines revinrent au cloître, le Jeudi Saint, il fit ce qui lui avait été ordonné. Déposant dans un petit ciboire une parcelle de la Sainte Chair et du Sang du Christ, notre Dieu, il mit dans un panier quelques figues, des dattes ainsi qu’une faible quantité de lentilles trempées dans de l’eau, et sortit du monastère tard dans la soirée. Arrivé sur les bords du Jourdain, il s’y assit en attendant la venue de la sainte. Elle tardait à venir, mais Zosime ne dormait pas et ne quittait pas le désert des yeux, attendant l’arrivée souhaitée. Assis sur le sol, le vieillard pensait : « Mon indignité l’a-t-elle empêchée de venir ? Ou est-elle venue et, ne me trouvant pas, s’en est-elle retournée ? » En parlant ainsi, il se mit à pleurer ; en pleurant, il gémit, leva les yeux au ciel et commença à prier : « Seigneur, permets-moi de revoir encore ce que j’ai été admis à contempler une fois. Ne me laisse pas repartir en emportant la preuve de mes péchés ». Ayant prié et pleuré ainsi, il eut une autre pensée : « Et qu’arrivera-t-il si elle vient ? Il n’y a pas de barque. Comment traversera-t-elle le Jourdain pour venir me rejoindre moi, l’indigne ? Oh, pauvre et malheureux que je suis ! Qui m’a privé – mais ce n’est que justice – d’un tel bienfait ? »
Et pendant qu’il réfléchissait ainsi, la sainte femme arriva et s’arrêta de l’autre côté du Jourdain. Zosime se leva, se réjouissant et rendant grâce à Dieu. Et de nouveau lui vint la pensée qu’elle ne pourrait pas traverser le Jourdain. Alors il la vit tracer le signe de la Sainte Croix au-dessus du fleuve (il faisait clair de lune, disait-il), s’avancer aussitôt sur l’eau et marcher sur les vagues dans sa direction. Mais lorsqu’il voulut se prosterner devant elle, elle l’en empêcha, en lui craint tout en marchant sur l’eau : « Que fais-tu, mon Père, tu es prêtre et tu portes les Saints Dons ! » Il lui obéit et se releva. Sortant sur le rivage, elle dit au vieillard : « Bénis-moi, mon Père, bénis-moi ». Il lui répondit en tremblant (l’émotion s’était emparée de lui à la vue de la vision miraculeuse) : « En vérité, Dieu est fidèle, lui qui a promis que lui seront semblables tous ceux qui se purifieront dans la mesure de leurs forces. Gloire au Christ notre Dieu, qui m’a montré, par sa servante, à quel point je suis éloigné de la perfection ». La femme le pria de dire le Symbole des apôtres et l’Oraison Dominicale. Il commença, elle termina la prière et, selon la coutume, donna au vieillard le baiser de paix. Ayant communié, elle leva les bras au ciel, soupira en pleurant et s’écria : « Maintenant, Seigneur laisse ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut ».

LE DERNIER SOUHAIT
Puis elle dit au vieillard : « Pardonne-moi, mon père, et exauce un autre de mes désirs. Rentre au monastère à présent et que la grâce de Dieu te protège. Et l’année prochaine retourne de nouveau au torrent où je t’ai rencontré pour la première fois. Viens, pour l’amour de Dieu ; et tu me verras de nouveau, car telle est la volonté de Dieu ». Il lui répondit : « À dater de ce jour, je voudrais te suivre partout et toujours contempler ton saint visage. Exauce la seule prière d’un vieillard et prends un peu de la nourriture que j’ai apportée avec moi ». Ce disant, il lui montra son panier. Quant à elle, ayant effleuré les lentilles du bout de ses doigts et en ayant pris trois grains elle les porta à sa bouche. Elle dit que la Grâce de l’Esprit Saint suffit pour conserver la pureté de la substance de l’âme. Puis elle dit de nouveau au vieillard : « Prie pour moi, pour l’amour de Dieu, prie pour moi et souviens toi de la malheureuse que je suis ». Quant à lui, ayant effleuré les pieds de la sainte et l’ayant suppliée de prier pour l’Église, pour le monde et pour lui-même, il la laissa partir à regret et reprit le chemin du retour en pleurant et gémissant. Car il n’espérait guère vaincre l’invincible femme.
Quant à elle, ayant fait le signe de la croix au-dessus du Jourdain, elle s’avança sur l’eau et traversa la rivière comme précédemment. Le vieillard rentra au monastère rempli de joie et de crainte, se reprochant de n’avoir pas pensé à s’enquérir du nom de la sainte. Mais il espérait réparer cet oubli l’année suivante.
Un an après il retourna au désert, ayant observé tous les usages du monastère et se hâtant vers la vision miraculeuse.
Ayant traversé le désert et apercevant déjà certains indices de l’endroit qu’il cherchait, il regarde à droite, il regarde à gauche, fouillant partout des yeux comme un chasseur désireux de capturer l’animal préféré. Mais ne voyant aucun mouvement, il commença à verser des larmes. Dirigeant son regard vers le ciel, il pria : « Seigneur, montre-moi le pur trésor que tu as caché dans ce désert. Montre-moi, je t’en supplie, l’ange de chair dont le monde est indigne ». En priant ainsi, il arriva à la région dont l’aspect était celui d’un torrent desséché et, sur la rive opposée il vit la sainte étendue morte – tournée vers l’Orient – ses mains étaient croisées comme il convient. S’approchant d’elle, il couvrit de larmes les pieds de la bienheureuse ; il n’osa la toucher autrement.
Ayant pleuré longtemps et ayant récité les psaumes de circonstance, il dit la prière des morts et pensa : « Ne conviendrait-il pas d’inhumer le corps de la sainte ? À moins que cela ne lui déplaise ? » À cet instant il aperçut près de la tête de la morte ces mots tracés sur le sol : « Père Zosime, enterre à cet endroit le corps de l’humble Marie, restitue la poussière à la poussière, après avoir prié le Seigneur pour moi, morte au mois de Farmouphy égyptien, appelé avril en romain, le premier jour, dans la nuit même de la Passion du Seigneur, après avoir reçu la sainte Communion ». Ayant lu ces mots, le vieillard se réjouit d’avoir appris le nom de la Sainte. Il comprit qu’aussitôt après avoir communié sur les bords du Jourdain, la sainte s’était transportée à l’endroit où elle était morte. Cette distance, que Zosime mit vingt jours à parcourir avec peine, Marie la couvrit en une heure et rendit immédiatement son âme à Dieu.
Rendant gloire à Dieu et couvrant le corps de la défunte de ses larmes, il dit : « Il est temps, Zosime, de faire ce qui t’est ordonné. Mais comment pourras-tu creuser une tombe, malheureux, sans rien avoir en main ? » À cet instant il aperçut non loin de là un morceau de bois jeté dans le désert. Il le prit et commença à creuser. Mais la terre était sèche et ne cédait pas aux efforts du vieillard. Il se fatigua, transpirant abondamment. Soupirant du fond du cœur, il leva les yeux et vit un grand lion debout près de la dépouille de la sainte, dont il léchait les pieds. Apercevant le lion, le vieillard se mit à trembler de peur et ceci d’autant plus qu’il se souvint des paroles de Marie, qui affirmait n’avoir jamais rencontré de bêtes. Mais, se protégeant d’un signe de croix, il ne douta pas que le pouvoir de celle qui gîsait en ce lieu le protégerait. Le lion s’approcha de lui en témoignant de ses bonnes intentions par tous ses mouvements. Zosime lui dit : « La Glorieuse a ordonné d’inhumer son corps, mais je suis vieux et n’ai pas la force de creuser une tombe, je n’ai pas de pelle et ne peux retourner si loin pour apporter un coutil convenable ; fais donc ce travail avec tes griffes et rendons à la terre la dépouille mortelle de la sainte ». Il parlait encore que le lion avait déjà creusé avec ses pattes un trou suffisant pour enfouir le corps.
Le vieillard versa de nouvelles larmes sur les pieds de la sainte et, l’implorant de prier pour tous, il recouvrit son corps de terre en présence du lion. Le corps de la sainte était nu, n’était protégé que du manteau déchiré que lui avait lancé Zosime et dont Marie s’était couverte. Puis tous deux s’éloignèrent. Le lion, doux comme un agneau, s’enfonça dans le désert, Zosime retourna chez lui rendant gloire et grâce au Christ notre Dieu. Rentré au monastère, Zosime raconta tout aux moines, sans rien taire de ce qu’il avait entendu et vu. Il leur raconta tout en détail, depuis le commencement. Les moines témoignaient de leur étonnement devant les miracles de Dieu et commémoraient avec respect et amour la mémoire de la sainte. Quant au Supérieur, le Père Jean, il découvrit que quelques moines avaient besoin de s’amender ; aucune parole de la sainte ne demeura par conséquent inutile ou incomprise. Zosime mourut au monastère, ayant presque atteint l’âge de cent ans.
Les moines conservèrent la tradition de ces faits sans les inscrire et les proposaient en exemple édifiant à tous ceux qui voulaient bien les écouter. On n’a pas entendu dire jusqu’à ce jour que quelqu’un ait inscrit ces faits. Quant à moi, j’ai exposé par écrit ce qui m’a été transmis verbalement. D’autres ont peut-être décrit la vie de la sainte, – bien mieux et plus dignement que je ne l’ai fait – bien qu’aucun renseignement ne me soit parvenu à ce sujet. Pour ma part, j’ai, selon mes moyens, consigné par écrit cette relation en m’attachant à la vérité avant toute chose. Que Dieu, qui accorde sa grâce à ceux qui L’implorent, permette à ceux qui liront ce récit d’y trouver un profit spirituel en récompense pour la peine de celui qui a fait ce travail ; que Dieu l’admette là où demeure à présent la bienheureuse Marie (dont nous dépeignons ici la vie) avec tous ceux qui ont su plaire au Seigneur, auquel est dû tout honneur, toute Gloire et adoration avec son Père sans Commencement et le Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant et toujours dans les siècles des siècles. Amen.

VIE DE SAINT SOPHRONE PATRIARCHE DE JERUSALEM

11 mars, 2014

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VIE DE SAINT SOPHRONE PATRIARCHE DE JERUSALEM

(Saint Dimitri de Rostov)

Saint Sophronios, qui porte le nom de la chasteté, naquit à Damas de parents pieux, chastes, et de bon renom, Plinthos et Myra. Dès l’enfance, il mena une vie conforme à son nom, chérissant la sagesse spirituelle et gardant sans tâche sa pureté virginale. Ces deux vertus, la sagesse spirituelle et la pureté virginale, portent le nom de la chasteté, ou plutôt, comme dit Saint Jean Climaque, la chasteté est le nom de toutes les vertus. Et le chaste Sophronios en fut l’acquéreur zélé.
Il s’attela pour commencer à la philosophie de ce monde, et fit si bien qu’il reçut le titre de sophiste, c’est-à-dire de sage. En ce temps-là, ce titre était extrêmement honorable. Seuls les philosophes les plus éminents, comme jadis Libanius au temps de Saint Basile, étaient habilités à le porter.
Il voulut ensuite acquérir la sagesse spirituelle. Pour cela, il entreprit un interminable tour des monastères et ermitages du désert pour butiner ce qui est utile à l’âme chez les pères agréables à Dieu.
C’est ainsi qu’il parvint un jour dans la ville sainte de Jérusalem, puis, non loin d’elle, au monastère de Saint Théodose le Grand. Là, il fit la connaissance du moine Jean, surnommé Moschos, homme vertueux et versé dans les deux philosophies, extérieure et spirituelle. Sophronios s’attacha à Jean comme un fils à son père, ou plutôt comme un disciple à son maître, et le servit jusqu’à sa mort. Les deux hommes fréquentèrent de concert les monastères et les déserts. A l’occasion de chaque visite, le bienheureux Jean consignait dans son livre, le pré spirituel, les exploits des saints pères. Cet ouvrage magnifique fut cité par la suite au Septième Concile Oecuménique. Jean y donne souvent à Sophronios le titre de sophiste, et le considère comme son égal. Parfois même, il l’appelle maître ou père, car il n’était plus pour lui un disciple, mais un ami, un compagnon de route et de travail, un homme qu’il jugeait supérieur à lui-même, et dont il prédisait qu’il deviendrait un grand pasteur et une colonne inébranlable de l’Eglise du Christ.
Avant d’être tonsuré, Sophronios vécut assez longtemps en Palestine aux côtés de Jean, aussi bien dans le monastère de Saint Théodose le Grand, que dans un monastère de la vallée du Jourdain, fondé jadis par Saint Sabbas, qu’on appelait le nouveau monastère. Par la suite, sous la menace de l’invasion perse, les deux amis partirent pour Antioche la Grande.
A cette époque en effet, le roi des Perses Chosroès le Jeune partit en guerre contre les territoires grecs. Il faut se souvenir à ce propos que Phocas le Bourreau venait de tuer l’empereur Maurice et de ravir son trône. Or Maurice s’était montré le bienfaiteur de Chosroès, en le recueillant quand il avait été chassé de son pays, puis en utilisant les finances et les armées impériales pour le rétablir sur son trône. C’est ainsi qu’une paix forte et durable s’était instaurée entre la Perse et l’empire des Grecs. Apprenant la disparition de son bienfaiteur, Chosroès fut si amer qu’il brisa l’accord de paix, et entreprit de venger l’empereur Maurice. Les armées perses envahirent aussitôt de nombreux territoires comme la Syrie, la Phénicie, et la Palestine, et s’en emparèrent. C’est ainsi que les saints pères qui menaient la vie ascétique dans ces contrées durent abandonner leurs monastères et s’enfuir.
C’est dans ces pénibles circonstances que Jean et Sophronios quittèrent la ville sainte, juste avant qu’elle ne fût prise par les Perses. Ces derniers emmenèrent pour quatorze années de captivité le Patriarche Zacharie et la précieuse Croix du Seigneur, causant à tous les chrétiens une grande affliction et d’inconsolables regrets.
Dans la région d’Antioche, nos saints pères butinèrent de fleur en fleur, comme des abeilles diligentes, le miel des vertueux pères, récoltant pour le pré spirituel des récits propres à l’édification de l’âme, plus doux encore que le miel. Mais comme là aussi les armées perses approchaient, ils durent s’embarquer pour l’Egypte. Une fois en Alexandrie, ils agirent selon leur habitude, continuant à engranger pour les futures générations chrétiennes de nouvelles récoltes spirituelles, amassées chez des pères qu’ils virent de leurs yeux et entendirent de leurs oreilles.
Au moment de son entrée à Alexandrie, Saint Sophronios n’était pas encore tonsuré, comme en témoigne le soixante-neuvième chapitre du pré spirituel, dans lequel Jean s’exprime ainsi : « Nous arrivâmes, moi et mon frère le Seigneur Sophronios, qui n’était pas encore tonsuré. Nous nous rendîmes chez Abba Palladios, homme vertueux et serviteur de Dieu ». Plus loin, au cent dixième chapitre, il dit : « Moi et mon Seigneur Sophronios, nous allâmes à la Laure qui se trouve à quatre-vingts stades d’Alexandrie, chez un ancien vertueux, et nous lui dîmes :
- Seigneur Abba, dis-nous une parole ! Comment devons-nous vivre l’un avec l’autre, car le Seigneur Sophiste veut renoncer au monde et devenir moine ?
- Mes enfants, pour le salut de vos âmes, vous faites bien d’abandonner ce qui est du monde ! Restez dans votre cellule, gardez l’esprit dans l’hésychia, priez sans cesse, et conservez l’espérance en Dieu. Il vous donnera l’intelligence, et éclairera votre esprit ! »
Mais quelle étonnante vertu chez notre Père Sophronios qui, encore laïc, avait pris sur lui le labeur de voyager longuement de désert en monastère pour rechercher ce qui est utile à l’âme, et s’instruire sur la voie du salut ! Avant même d’être tonsuré, il était déjà un moine accompli dans toutes les vertus !
Sophronios fut tonsuré par son maître après une maladie qu’il pensait mortelle, et durant laquelle il eut une vision que raconte Jean au chapitre cent deux : « Mon frère, le sage Sophronios, devait mourir. Comme je me tenais près de lui avec Abba Jean le Scolastique, il nous dit :
- J’ai vu des vierges devant moi former un choeur et se réjouir en disant : Sophronios est le bienvenu ! Sophronios est couronné !
Les vierges se réjouissaient à son sujet en voyant qu’il portait le nom de la chasteté »
Une fois tonsuré et guéri, Sophronios redoubla d’ardeur pour son salut et celui des autres. Comme l’hérésie de Sévère se réveillait en Egypte, il s’opposa farouchement à la fausse doctrine avec son maître, utilisant sa profonde connaissance des Saintes Ecritures pour la controverse et la victoire sur les hérétiques. Pour cette raison, les deux saints étaient très chers au coeur de Sa Sainteté Jean le Miséricordieux, le Patriarche d’Alexandrie, qui les honorait comme des amis sincères et les consolait dans leurs difficultés.
Saint Jean le Miséricordieux avait la pieuse habitude de s’asseoir chaque mercredi et chaque vendredi aux portes d’une église pour écouter les besoins de chacun, apaiser les disputes et les désaccords, et rétablir la paix entre les hommes. Si d’aventure personne ne venait le trouver ces jours-là, le patriarche rentrait chez lui en larmes et disait : « Aujourd’hui, l’humble Jean n’a rien acquis, il n’a rien apporté à Dieu pour ses péchés ! » Alors le bienheureux Sophronios son ami le consolait : « En vérité, aujourd’hui tu devrais te réjouir, père, car tes brebis vivent en paix, sans dispute ni désaccord, comme les Anges de Dieu ! » On voit quel amour régnait entre Sophronios, son maître, et le saint patriarche…
Les deux moines étaient chaque jour en quête d’un enseignement nouveau qui aurait pu faire leur profit. Saint Jean cite cette anecdote : « Moi et mon Seigneur, le Sage Sophronios, nous nous rendîmes chez le philosophe Stéphane, qui demeure près de la route qui mène à l’église de la Toute-Sainte Mère de Dieu, édifiée jadis par le bienheureux Patriarche Euloge à l’orient du grand Tétraphyle. Il était midi lorsque nous arrivâmes à la maison du philosophe. Nous frappâmes à la porte et le portier nous dit :
- Mon maître se repose encore, attendez un peu !
Alors je dis à mon maître Sophronios :
- Allons vers le Tétraphyle et restons-y !
Cet endroit était très honoré des habitants d’Alexandrie. Ils disaient que le grand empereur Alexandre de Macédoine avait rapporté les reliques du Saint Prophète Jérémie et les avait déposées en ce lieu lorsqu’il fonda la ville. Lorsque nous y arrivâmes, nous ne trouvâmes personne hormis trois aveugles. Nous nous installâmes silencieusement auprès d’eux avec nos livres. Ces aveugles parlaient beaucoup :
- Ami, comment es-tu devenu aveugle ?
- J’étais capitaine de navire dans ma jeunesse. A force de regarder la mer en revenant d’Afrique, une cataracte se forma et je perdis la vue…
- Moi j’étais verrier. Un jour, je travaillai sans protection et me brûlai à cause de la force du feu, et je perdis la vue.
- Et moi, quand j’étais jeune, je haïssais le travail, et j’aimais vivre dans la paresse. Comme j’étais voluptueux et que je n’avais pas de quoi me nourrir, j’ai commencé à voler et à faire beaucoup de mal. Un jour je vis un mort qui portait de beaux vêtements : on le conduisait à la tombe. Je suivis les porteurs pour voir où on allait l’enterrer. Le mort fut enseveli près de l’église Saint-Jean. La nuit venue, j’ouvris le tombeau, j’y pénétrai, et je déshabillai le cadavre, ne lui laissant que sa tunique. En sortant du tombeau, ma mauvaise pensée me fit retourner prendre aussi la tunique, qui était fort belle. Misérable que je suis, je laissai le mort complètement nu ! Mais voilà que le mort se releva, s’assit devant moi, tendit ses bras, et m’arracha les yeux de ses doigts… Vous imaginez avec quelle grande difficulté je sortis du tombeau !
Ayant entendu cela, mon Seigneur Sophronios me fit signe et nous nous éloignâmes. Puis il me dit :
- En vérité, Abba Jean, il n’y pas d’autre chose à apprendre aujourd’hui, si ce n’est que celui qui fait le mal ne peut se cacher de Dieu ! »
Ainsi les deux saints avaient grand soucis de leur profit quotidien…
En Alexandrie, Sophronios rédigea le récit des miracles des saints martyrs Cyr et Jean. Il faut dire que ses yeux étant tombés malades, il s’était rendu auprès des reliques des Saints Anargyres pour prier avec foi, et avait obtenu la guérison dans leur église. Par la suite, il les remercia grandement et eut toujours beaucoup de zèle pour eux.
Après quelque temps, les Perses menacèrent aussi l’Egypte. Jean et Sophronios, encore contraints de fuir, entreprirent de le faire en compagnie du Patriarche Jean. Ils s’embarquèrent donc sur un navire. Le saint patriarche, qui était malade, mourut pendant le voyage dans sa ville natale d’Amathonte en Chypre. Sophronios le Sage composa son éloge funèbre, louant sa haute vie et ses aumônes.
Après les funérailles du patriarche, Jean et Sophronios partirent pour l’antique Rome, en compagnie de douze frères qui s’étaient joints à eux. Là ils vécurent plusieurs années, et Jean, qui était déjà avancé en âge, partit vers le Seigneur. Avant de mourir, il recommanda à son disciple bien aimé et fils spirituel de ne pas l’ensevelir à Rome, mais de le conduire jusqu’au Mont Sinaï dans un cercueil de bois. Si les barbares venaient à rendre le voyage impossible, Saint Sophronios avait pour mission de conduire le corps de son père en Palestine, pour l’enterrer au monastère de Saint Théodose, où il était devenu moine. Il en fut ainsi : Saint Sophronios imita le chaste Joseph de l’Ancien Testament, qui avait reconduit chez ses pères le corps de Jacob. Il prit le corps de Jean, et partit pour les terres grecques avec les frères. Parvenu à Ascalon, il entendit qu’il était impossible de se rendre au Sinaï à cause des barbares, aussi prit-il le chemin de Jérusalem, alors au pouvoir des Perses. Il enterra le corps de son père au monastère de Saint Théodose le Grand, et s’installa dans la ville sainte avec sa communauté.
Le trône patriarcal était occupé par le Patriarche Modeste, qui remplaçait le Patriarche Zacharie, prisonnier des Perses avec la Sainte Croix. Peu après l’arrivée de Sophronios à Jérusalem, Dieu voulut bien faire revenir le Patriarche Zacharie et la Sainte Croix à Jérusalem.
Le général Héraclius venait de tuer Phocas le Bourreau. S’étant emparé de l’empire, il était parti en guerre contre les Perses. Ayant vaincu les nombreuses armées de Chosroès, il occupa les villes perses pendant sept années. Il advint ensuite que Siroès, fils de Chosroès, assassina son père et prit le pouvoir en Perse. Siroès rechercha tout de suite la réconciliation avec l’empereur Héraclius. Dans les accords de paix qui suivirent, l’empereur Héraclius demanda en premier lieu qu’on rendît Jérusalem aux grecs, et avec elle la Sainte Croix et le Patriarche Zacharie. Et ainsi fut fait.
Après un exil de quatorze ans, la Sainte Croix revint à Jérusalem, portée en triomphe sur les épaules de l’empereur lui-même. Sa Sainteté le Patriarche Zacharie retrouva son trône. Quelques années plus tard, la Sainte Croix fut transportée à Constantinople, afin qu’un aussi précieux trésor ne fût pas dérobé une seconde fois aux chrétiens. Comme on le verra plus bas, la ville sainte ne tarda pas à retomber aux mains des barbares.
Après peu de temps, le Patriarche Zacharie émigra vers le Seigneur. Saint Modeste fut de nouveau son successeur, mais pour deux ans seulement. Après la mort de Saint Modeste, Saint Sophronios fut élu patriarche.
C’est à cette époque qu’apparut l’hérésie monothélite. Les monothélites, qui confessaient bien deux natures, divine et humaine, dans la personne du Christ, ne voyaient en Lui qu’une seule volonté et une seule énergie, niant ainsi que le Seigneur fût parfait dans Ses deux natures. Cette hérésie est décrite amplement dans la vie de Saint Maxime le Confesseur. Elle débuta chez le Patriarche d’Alexandrie Cyrus, qui convoqua un concile local et ordonna à tous de croire ainsi. Le Patriarche Serge de Constantinople l’imita, et après lui le Patriarche Pyrrhus, et d’autres encore, qui persécutèrent tous ceux qui ne voulaient pas adhérer à ce mensonge.
Sa Sainteté Sophronios, Patriarche de Jérusalem, résista beaucoup à cette fausse doctrine. Il convoqua chez lui un concile local, qui maudit l’hérésie monothélite. Puis il envoya partout les actes du concile, qui furent ensuite lus au Sixième Concile Oecuménique, approuvés par les Saints Pères, et acceptés comme dogmes de la Sainte Foi Orthodoxe.
Saint Sophronios composa encore beaucoup d’homélies, d’hymnes, d’enseignements utiles à l’Eglise, et également des vies de saints, comme celle de Sainte Marie l’Egyptienne, qui avait mené au désert une vie surpassant la nature, semblable à celle des anges. Il dirigea comme il convient l’Eglise de Dieu, ferma la bouche des hérétiques, et les chassa loin de son troupeau.
Mais voici qu’avec la permission de Dieu, une nouvelle invasion barbare s’abattit sur la Syrie et la Palestine. Il ne s’agissait plus cette fois des Perses, mais des Mahométans. Ces derniers s’emparèrent de Damas, puis ils mirent le siège devant Jérusalem, la ville de Dieu (Ceci advint après qu’en Syrie, l’armée grecque eût été vaincue et son général Serge abattu). Devant la menace, Sa Sainteté le Patriarche Sophronios s’enferma dans la ville sainte avec les chrétiens.
On a conservé l’homélie qu’il prononça le jour de la Nativité du Christ à l’intention des assiégés, dans laquelle, tel un nouveau Jérémie, il pleure la destruction des lieux saints permise par Dieu pour les péchés des hommes, et regrette de ne pas pouvoir célébrer la fête de la Nativité à Bethléem comme à son habitude. Les lieux en effet étaient entre les mains des Agarénéens.
A la fin de la deuxième année de siège, les chrétiens assiégés furent obligés de se rendre et de faire ouvrir les portes de la ville. Le Saint Patriarche Sophronios envoya une proposition de paix au prince agarénéen Omar, qui comportait comme premier point qu’aucune violence ne fût exercée à l’encontre de la foi chrétienne et de la Sainte Eglise de Dieu. Le prince Omar s’engageant à respecter totalement cet accord, on fit ouvrir les portes de la ville.
Mais Omar était hypocrite et malin. Il affecta la douceur et l’humilité de l’agneau, lui qui, à l’intérieur, n’était qu’un loup vorace. Revêtu de haillons en poils de chameau, il pénétra dans la ville et demanda tout de suite où se trouvait le temple de Salomon, où il avait l’intention de faire ses prières sacrilèges. Sa Sainteté Sophronios, qui était venu à sa rencontre, vit son accoutrement hypocrite et dit : « Voilà l’abomination de la désolation établie dans le lieu saint, comme l’a annoncé le prophète Samuel ! » Il pleura beaucoup avec tous les chrétiens, puis il exhorta le prince à quitter ses haillons pour des habits dignes de son rang. C’est ainsi que Jérusalem, la ville de Dieu, fut prise par les Agarénéens.
ais les chrétiens ne tardèrent pas à supporter de lourdes charges, car le prince impie ne respecta pas les accords de paix conclus avec Sa Sainteté le Patriarche Sophronios, et commença à les maltraiter. Saint Sophronios pleura beaucoup et pria Dieu d’arracher son âme à la terre des vivants, afin de ne plus voir les malheurs des chrétiens, et l’abomination de la désolation qui souillait les lieux saints. Bientôt entendu, il termina sa vie de tristesse et passa de cette Jérusalem terrestre pleine de larmes à la joyeuse Jérusalem Céleste, où reposent dans l’allégresse tous ceux qui sont avec le Christ Jésus notre Seigneur, à qui revient la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

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