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POURQUOI CERTAINS PSAUMES CONTIENNENT-ILS DES EXPRESSIONS FORTES ET VIOLENTES? COMMENT POUVONS-NOUS PRIER AVEC CES PSAUMES?

7 mai, 2019

https://www.diocesitn.it/site/come-e-possibile-pregare-contro-3-marzo-2019/

fr greek church

greek church

Comment est-il possible de prier « contre »? (3 mars 2019)

(google traduction de l’italien)

POURQUOI CERTAINS PSAUMES CONTIENNENT-ILS DES EXPRESSIONS FORTES ET VIOLENTES? COMMENT POUVONS-NOUS PRIER AVEC CES PSAUMES?

Oui, en effet, la violence, le châtiment, la vengeance de Dieu ou des croyants représentent un obstacle pour ceux qui ne se sont pas encore familiarisés avec la prière des Psaumes. Comment est-il possible de rester fidèle à l’Évangile, qui appelle au pardon et à la prière des ennemis, puis de contredire cette fidélité en invoquant le châtiment de Dieu pour eux?
Déjà au IIe siècle, des chrétiens étrangers à la tradition juive et au jeûne de la sensibilité biblique se sont trouvés désorientés, au point que l’un d’entre eux (un certain Marcione) a proposé d’éliminer de l’Ancien Testament les Écritures chrétiennes et référence aux punitions, à la violence ou à la vengeance de la part de Dieu. L’Église n’a pas partagé cette proposition, elle l’a plutôt mise de côté.
comme erronés et conservés dans son « bagage » de foi irremplaçable, les Écritures du Nouveau ainsi que celles de l’Ancien Testament (y compris les Psaumes).
En fait, les Psaumes n’offrent pas seulement des expressions de prière; ils représentent une école, un apprentissage pour quiconque a l’intention de prier avec foi (constamment), plutôt qu’une simple religiosité (presque toujours occasionnelle et occasionnelle). Oui, même les psaumes aux expressions fortes et violentes ont quelque chose à enseigner aux croyants. En eux, celui qui a subi l’injustice raconte et livre à Dieu, sans honte ni honte, les sentiments négatifs de son cœur. De plus, chaque chrétien en fait l’expérience: certaines offenses, surtout si lourdes, assiégent et brûlent l’esprit et le cœur, au point que même dans la prière, on ne peut pas s’en débarrasser … Mais pourquoi s’en débarrasser? Pourquoi ne pas les laisser aller à Dieu juste pendant la prière? Dieu pour sa part, qui sait et
il scrute le cœur de l’homme, il n’est pas du tout scandalisé, également parce que, en lui cédant ses propres désirs de vengeance, il renonce à les exécuter personnellement
et à chaque jugement. Après tout, ces psaumes consacrent le principe selon lequel, même face à l’injustice et au mal qui ont été subis, le croyant renonce à sa propre justice et ne cède pas à la tentation de répondre au mal par le mal, à la violence par la violence , mais laissez faire la justice de Dieu.
Voici ce qu’en dit Enzo Bianchi: « Face à la perversité qui opère dans l’histoire, les » prières contre les adversaires et les ennemis « sont l’outil des pauvres, des opprimés, des justes persécutés: ils interviennent avec leurs cris, vu que pour eux il n’y a pas d’autres espaces! Une prière qui n’exprime pas ces sentiments serait très peu biblique et plutôt idéologique, donc hypocrite, loin d’une relation authentique et vivante avec Dieu: envers lui, il crie, crie parfois, ainsi que le désespoir, la violence subie (Jésus crie sur la croix!). Ce serait une prière loin de l’histoire et du vrai mal qui la traverse, des vrais méchants et méchants qui sont le tyran omnipotent qui fait rage sur le scénario du monde. Certes, ce sont parfois des moyens excessifs; mais qui peut jamais les peser et les condamner, si vous ne vous êtes pas trouvé dans la même situation de violence que celle que vous avez subie? Que crierions-nous dans de telles situations? Et surtout: pourrions-nous crier devant Dieu pour l’invoquer? « 
J’ai l’impression que même l’individualisme typique de la culture de notre temps constitue un obstacle pour se familiariser avec le langage des Psaumes. En fait, même si leur langage est à la première personne du singulier («je»), en réalité, la prière n’est jamais l’expression d’un «moi» individualiste, indifférent aux difficultés, aux souffrances et aux malheurs des autres. En plus de son nom, le croyant qui prie avec les Psaumes doit être conscient de le faire au nom de tous, y compris et surtout de ceux qui sont opprimés par de telles épreuves, qu’ils n’ont même plus la capacité de s’exprimer de manière se lamenter …
Il faudra aussi que quelqu’un leur parle! Ici, sur cet horizon de foi « solidaire et fraternelle », même les expressions fortes et violentes des Psaumes ont pleinement le droit d’être acceptées et partagées.

don Piero Rattin

 

BENOÎT XVI « la prière chrétienne comme une véritable rencontre personnelle avec Dieu »

2 avril, 2019

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120530.html

the iron choros at center of the cryot (lien ou site)

les choros de fer au centre de la cryot

BENOÎT XVI « la prière chrétienne comme une véritable rencontre personnelle avec Dieu »

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 30 mai 2012

Chers frères et sœurs,

au cours de ces catéchèses, nous méditons sur la prière dans les lettres de saint Paul et nous essayons de percevoir la prière chrétienne comme une véritable rencontre personnelle avec Dieu le Père, dans le Christ, par l’intermédiaire de l’Esprit Saint. Aujourd’hui, au cours de cette rencontre, entrent en dialogue le «oui» fidèle de Dieu et l’«amen» confiant des chrétiens. Je voudrais souligner cette dynamique, en m’arrêtant sur la deuxième lettre aux Corinthiens. Saint Paul envoie cette lettre passionnée à une Eglise qui a mis plusieurs fois en doute son apostolat, et il ouvre son cœur afin que les destinataires soient rassurés sur sa fidélité au Christ et à l’Evangile. Cette deuxième Lettre aux Corinthiens commence par l’une des prières de bénédiction les plus profondes du Nouveau Testament. Elle récite: «Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort. Dans toutes nos détresses, il nous réconforte; ainsi, nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu» (2 Co 1, 3-4).
Paul vit donc une grande épreuve, il a dû traverser de nombreuses difficultés et douleurs, mais il n’a jamais cédé au découragement, soutenu par la grâce et par la proximité du Seigneur Jésus Christ, pour lequel il était devenu apôtre et témoin en remettant entre ses mains son existence. Précisément pour cela, Paul commence cette Lettre par une prière de bénédiction et d’action de grâce à l’égard de Dieu, car à aucun moment de sa vie d’apôtre du Christ, le soutien du Père miséricordieux, du Dieu de toute consolation ne lui a fait défaut. Il a souffert terriblement, il le dit précisément dans cette Lettre, mais dans toutes ces situations, où aucune autre voie ne semblait s’offrir, il a reçu la consolation et le réconfort de Dieu. Pour annoncer le Christ, il a subi également des persécutions, jusqu’à être enfermé en prison, mais il s’est toujours senti intérieurement libre, animé par la présence du Christ et désireux d’annoncer la parole d’espérance de l’Evangile. Ainsi, de prison, il écrit à Timothée, son fidèle collaborateur. Enchaîné, il écrit: «Mais on n’enchaîne pas la Parole de Dieu! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus Christ, avec la gloire éternelle» (2 Tm 2, 9b-10). Dans ses souffrances pour le Christ, il fait l’expérience du réconfort de Dieu. Il écrit: «De même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même, par le Christ, nous sommes largement réconfortés» (2 Co 1, 5).
Dans la prière de bénédiction qui introduit la deuxième Lettre aux Corinthiens domine ainsi, à côté du thème de la douleur, le thème de la consolation, qu’il ne faut pas comprendre comme un simple réconfort, mais surtout comme un encouragement et une exhortation à ne pas se laisser vaincre par l’épreuve et par les difficultés. C’est une invitation à vivre toute situation en union avec le Christ, qui assume sur lui toute la souffrance et le péché du monde pour apporter lumière, espérance, rédemption. Et ainsi, Jésus nous rend capables de réconforter à notre tour ceux qui traversent toutes sortes d’épreuves. La profonde union avec le Christ dans la prière, la confiance en sa personne, conduisent à la disponibilité de partager les souffrances et les épreuves des frères. Paul écrit: «Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle» (2 Co 11, 29). Ce partage ne naît pas d’une simple bienveillance, ni uniquement de la générosité humaine ou de l’esprit d’altruisme, mais jaillit de la consolation du Seigneur, du soutien inébranlable de «cette puissance extraordinaire [qui] ne vient pas de nous, mais de Dieu» (2 Co 4, 7).
Chers frères et sœurs, notre vie et notre chemin sont souvent marqués par des difficultés, des incompréhensions, des souffrances. Nous le savons tous. Dans la relation fidèle avec le Seigneur, dans la prière constante, quotidienne, nous pouvons nous aussi, concrètement, sentir la consolation qui vient de Dieu. Et cela renforce notre foi, parce que cela nous fait faire l’expérience de manière concrète du «oui» de Dieu à l’homme, à nous, à moi, dans le Christ; cela fait sentir la fidélité de son amour, qui va jusqu’au don de son Fils sur la Croix. Saint Paul affirme: «Le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons annoncé parmi vous, Silvain, Timothée et moi, n’a pas été à la fois “oui” et “non”; il n’a jamais été que “oui”. Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur “oui” dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons “amen”, notre “oui”, pour la gloire de Dieu» (2 Co 1, 19-20). Le «oui» de Dieu n’est pas tronqué, il n’est pas entre «oui» et «non», mais il est un simple et très sûr «oui». Et à ce «oui», nous répondons avec notre «oui», avec notre «amen» et ainsi sommes-nous assurés dans le «oui» de Dieu.
La foi n’est pas prioritairement une action humaine, mais un don gratuit de Dieu, qui s’enracine dans sa fidélité, dans son «oui», qui nous fait comprendre comment vivre notre existence en l’aimant Lui et nos frères. Toute l’histoire du salut est une révélation progressive de cette fidélité de Dieu, malgré nos infidélités et nos reniements, dans la certitude que «les dons de Dieu et son appel sont irrévocables», comme le déclare l’Apôtre dans la Lettre aux Romains (11, 29).
Chers frères et sœurs, la façon d’agir de Dieu — bien différente de la nôtre — nous apporte consolation, force et espérance parce que Dieu ne retire pas son «oui». Face aux différends dans les relations humaines, souvent aussi familiaux, nous sommes portés à ne pas persévérer dans l’amour gratuit, qui coûte engagement et sacrifice. En revanche, Dieu ne se lasse pas de nous, il ne se lasse jamais d’être patient avec nous et avec son immense miséricorde il nous précède toujours, il vient le premier à notre rencontre, ce «oui» qui est le sien est absolument fiable. Dans l’événement de la Croix, il nous offre la mesure de son amour, qui ne calcule pas et qui n’a pas de mesure. Saint Paul dans sa Lettre à Tite écrit: «Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes» (Tt 3, 4). Et pour que ce «oui» se renouvelle chaque jour «il nous a consacrés, il a mis sa marque sur nous, et il nous a fait une première avance sur ses dons» (2 Co 1, 21b-22).
C’est en effet l’Esprit Saint qui rend continuellement présent et vivant le «oui» de Dieu en Jésus Christ et crée dans notre cœur le désir de le suivre pour entrer totalement, un jour, dans son amour, lorsque nous recevrons une demeure non construite par des mains humaines dans les cieux. Il n’y a personne qui ne soit touché et interpellé par cet amour fidèle, capable d’attendre aussi ceux qui continuent à répondre avec le «non» du refus ou du durcissement du cœur. Dieu nous attend, il nous cherche toujours, il veut nous accueillir dans la communion avec Lui-même pour donner à chacun de nous la vie, l’espérance et la paix en plénitude.
Sur le «oui» fidèle de Dieu se greffe l’«amen» de l’Eglise qui retentit dans chaque action de la liturgie: «amen» est la réponse de la foi qui termine toujours notre prière personnelle et communautaire, et qui exprime notre «oui» à l’initiative de Dieu. Dans la prière, nous répondons souvent par habitude avec notre «amen», sans en saisir la signification profonde. Ce terme dérive de ‘aman qui, en hébreu et en araméen, signifie «rendre stable», «consolider» et, en conséquence, «être certain», «dire la vérité». Si nous regardons l’Ecriture Sainte, nous voyons que cet «amen» est prononcé à la fin des psaumes de bénédiction et de louange, comme, par exemple, dans le Psaume 41: «Dans mon innocence tu m’as soutenu et rétabli pour toujours devant ta face. Béni sois le Seigneur, Dieu d’Israël, depuis toujours et pour toujours! Amen! Amen!» (vv. 13-14). Ou bien il exprime l’adhésion à Dieu au moment où le peuple d’Israël revient plein de joie de l’exil babylonien et prononce son «oui», son «amen» à Dieu et à sa Loi. Dans le Livre de Néhémie on raconte que, après ce retour «Esdras ouvrit le livre; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit: “Amen! Amen!”» (Ne 8, 5-6).
Dès le début, l’«amen» de la liturgie juive est donc devenu l’«amen» des premières communautés chrétiennes. Et le livre de la liturgie chrétienne par excellence, l’Apocalypse de saint Jean, commence par l’«amen» de l’Eglise: «A lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père, à lui gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen» (Ap 1, 5b-6). Il en est de même dans le premier chapitre de l’Apocalypse. Et ce même livre se termine par l’invocation «Amen, viens, Seigneur Jésus» (Ap 22, 21).
Chers amis, la prière est la rencontre avec une Personne vivante à écouter et avec qui dialoguer; c’est la rencontre avec Dieu qui renouvelle sa fidélité inébranlable, son «oui» à l’homme, à chacun de nous, pour nous apporter son réconfort au milieu des tempêtes de la vie et nous faire vivre, unis à Lui, une existence pleine de joie et de bien, qui trouvera son accomplissement dans la vie éternelle.
Dans notre prière nous sommes appelés à dire «oui» à Dieu, à répondre par cet «amen» de l’adhésion, de la fidélité de toute notre vie à Lui. Cette fidélité nous ne pouvons jamais la conquérir avec nos propres forces, elle n’est pas seulement le fruit de notre engagement quotidien; celle-ci vient de Dieu et est fondée sur le «oui» du Christ, qui affirme: ma nourriture est de faire la volonté du Père (cf. Jn 4, 34). C’est dans ce «oui» que nous devons entrer, entrer dans ce «oui» du Christ, dans l’adhésion à la volonté de Dieu, pour parvenir avec saint Paul à affirmer que ce n’est pas nous qui vivons, mais que c’est le Christ lui-même qui vit en nous. Alors, l’«amen» de notre prière personnelle et communautaire enveloppera et transformera toute notre vie, une vie de consolation en Dieu, une vie plongée dans l’Amour éternel et inébranlable. Merci.

PRIÈRE, ÉCHO DE L’ANGOISSE DE L’HOMME DE TERESA DELLA CROCE *

26 mars, 2019

http://www.usminazionale.it/05-2004/dellacroce.htm

fr  la madonna e due gruppi oranti

Marie et Jésus et deux groupes de fidèles

(google traduction de l’italien)

PRIÈRE, ÉCHO DE L’ANGOISSE DE L’HOMME DE TERESA DELLA CROCE *

Une appréhension inquiète, un lieu de boue habituel pour notre époque, trouve son fondement dans les cendres. Penché en avant, chargé de certitudes stupéfiantes, rassasié de doutes, l’homme s’expose à peine, comme de l’argile, à la morsure du silence, aux goulots d’étranglement de l’attente de découvrir en lui la stabilité de la terre cuite, de la maturité dans l’Esprit. Anxiété qui gonfle l’utérus 1 c’est le symptôme le plus évident de ce malaise intérieur, que peu de gens savent nommer. Des bruits, des lumières, de l’agitation, de la manie, des souffrances comme des étincelles glissent vers le haut, tandis que nos sens se retrouvent tous près des rochers de la frénésie de la vie quotidienne. Celui qui ne parvient pas à suivre sa paresse et migre d’un sentiment à l’autre lie ou sépare les pensées faibles est impérieusement rejeté par celui-ci. Il faut trouver le courage de nier une réalité faite d’apparence, de vide, de barques de roseaux qui ne gardent pas la véhémence des vagues. Il est urgent de récupérer tout ce qui fait de l’homme le maître du temps et non l’esclave des modes, des coutumes, des traditions évidentes, la paille sèche balayée dans une conjoncture par le vent de nouveautés exaspérées. Dans ce tourbillon de troubles, l’homme a peur du silence, de l’inconnu, de la peur de s’arrêter, de la peur de s’arrêter. Il a peur, peur de ce qu’il n’est pas capable de dominer, de contrôler et de gérer, comme l’attente et la solitude. Peur de l’inconnu, de l’insaisissable qui recouvre l’esprit. Lorsqu’il sent quelque chose au-dessus de lui, nourriture de tourment pour chaque jour de sa vie, afin de ne pas faire grandir l’inquiétude, avec des remèdes de tranquillité, il s’étire à la recherche de quelqu’un qui sait et peut lui donner la paix. Un fossé s’ouvre alors sur le carrefour existentiel. Peut choisir. Une rituelle exacte commence souvent, le plus souvent faite de prières courtes et granuleuses, de médailles et de petites images, de bougies allumées ajoutées aux amulettes; la Bible à portée de main et les signes de croix marquent des jugements vagues pour tout ce qui tourne autour de moments de panique qui s’emparent de la pitié. Dans ce cas, l’angoisse, la peur, la peur sont le bruissement de l’action quotidienne. Mais plus rarement, s’il écoute, il entre en contact avec lesouvenir de Dieu .
Je me suis souvenu de Dieu et je me suis réjoui
L’homme voit sa propre faiblesse, en fait l’expérience et apprend à la connaître. Saint Isaac proclame ce Bienheureux 2 et ajoute: « L’homme qui a appris à mesurer la mesure de sa propre faiblesse a atteint la perfection de l’humilité » 3 . Il est disposé à écouter le shofar qui, pour tous, résonne du retour au dialogue avec Dieu, de l’appel à la prière 4 , de la mémoire des dieux.
Dans la chaleur de la sérénité, dans les bassins de l’anxiété, il ressent le besoin d’être fasciné par l’Absolu et de s’autoriser des moments de vie solitaire à trouver un équilibre intérieur dans le calme, dans cette tranquillité qui n’est plus un état de une âme qui passe, mais plutôt un mode de vie, un état de vie, c’est précisément le passage « intérieur » de troubles, d’agitation, de découragement, dans le sentiment de se sentir en contact avec la recherche passionnée de ce qui vit en nous, le seulement calme: paix en Dieu. Invitation à arrêter: « Stop! et sachez que je suis Dieu  » (Psaume 46).
Tais-toi et tu seras tranquille où que tu vives
La recherche de la tranquillité, pour esichia est importante pour la prière. Les pères du désert recommandent le silence: ne fermez pas les lèvres, mais gardez l’esprit tranquille pour ne pas être submergé par les bruits, les nombreuses voix, les échos de distractions. Esprit solitaire, car ce n’est que dans la solitude que le silence peut parler et faire des merveilles. Et la solitude a sa place propre qui est la figure concrète de la garde d’une dimension intérieure: la cellule, la pièce la plus intime dans laquelle on s’organise pour la rencontre avec Dieu.Le souvenir constant et habituel de Dieu, la prière ont leur jaillit de l’immobilisme assidu au lieu du silence.
Teresa de Lisieux raconte: « Enfant, j’allais derrière mon lit, dans un coin que je pouvais facilement fermer avec un rideau et j’y pensais, je cherchais Dieu » 5 . La vacare Deo, percevant son absence et la cherchant dans la prière, est elle-même une réponse à un appel, une écoute incessante et vigilante qui n’interfère pas avec les diaphragmes immobiles de la dureté de l’audition, mais s’ouvre à la voix qui vit au plus profond de nous: Père notre 6 .
L’écoute appelle à la vigilance et à l’humilité
Tous les hommes calmes ne sont pas humbles, mais tous les hommes humbles sont calmes. L’homme de notre époque, au contraire, est agité, parle de l’usure des mots, ne comprend pas et ne tolère pas l’écoute, un espace de liberté pour parler aux autres. Et sa non-écoute l’amène à utiliser le langage de l’astuce qui crée des conflits, des incompréhensions, des injustices, des pensées tourmentantes, des drames profonds, à camper au bord de son cœur en ruine et de son esprit dépourvu de sagesse pour se ronger dans cette folie implacable. qui submerge et persécute … Il semble difficile et difficile d’atteindre le silence de toutes les pensées. La garde du cœur requiert vigilance et humilité. La garde de l’esprit est un exercice difficile. La vigilance sur son propre territoire, car le sentiment ne dépasse pas la compréhension ou la volonté,
Humilité de s’accueillir comme une argile mêlée d’esprit, adhérant à la terre, mais portée par le souffle de l’éternel sur des chemins de vérité. Privé de cette habitude , l’homme sirote l’iniquité comme de l’eau douce, il ne trouve plus son visage et cherche frénétiquement des flaques dans lesquelles se refléter dans l’espoir de se retrouver. L’humilité fait de l’homme une créature sereine, qui n’a pas besoin de se vanter, une créature qui réconcilie la réconciliation avec la vie et avec lui-même, une créature capable d’écouter et donc de prononcer des paroles sages, une créature capable de prier.
L’humilité oblige l’autre à faire le tour de mes idées et à ajouter les siennes, laissant la porte de ma pièce secrète grande ouverte en m’invitant, m’invitant à vivre avec un cœur ouvert, et je me retrouve en proie au dialogue d’amour, de prière, de me dire et de me faire dire de Dieu, de l’homme, au pays de ma nudité 7 .
Sans humilité, la prière s’abîme dans un monologue, plonge dans l’abîme des incohérences quotidiennes et de la sclérose de la pauvreté que nous sommes. Nous ne pouvons que nous approcher de Dieu en respirant l’ humus de notre péché. Par l’humilité, nous faisons l’expérience de la distance qui nous sépare de lui et amour de Dieu pour l’homme. Nous abordons ensuite le Mystère en laissant nos solitudes sans route, nos veilles passées dans un tourment sans espoir, ébloui par la nuit de la présomption. Rappelez-vous Isaac de Ninive: « Quand dans la prière vous vous mettez devant Dieu, votre pensée devient simple … Dieu, voyant vos désirs, la pureté de vos pensées qui reposent en lui et non en vous, votre espoir confiant, vous apportera ce pouvoir impénétrable et vous aurez conscience de le posséder. La conscience de ce pouvoir a permis à certains d’affronter les flammes sans crainte, d’autres de marcher sur l’eau avec la certitude de ne pas sombrer  » 8 .
Ce pouvoir extraordinaire, cette humilité, est à la fois source et fruit de la prière. S’ouvre à Dieu et à l’homme. Il s’ouvre à la pro-existence, être là pour l’autre, pour offrir l’espoir d’un amour qui sait se rendre présent. Cela se produit non seulement avec ceux que nous rencontrons et avec qui nous vivons, mais avec ceux qui « vont » spirituellement dans le secret de la prière.
Au moins souvent dans la vie
Combien de fois notre prière laisse notre regard se poser sur le mal du monde, oublie la croix de Christ: nous nous rendons au désespoir. Nous ne pouvons rencontrer que des bêtises si, accroupis au bord du mal, comme des spectateurs inexpérimentés, nous brisons les réseaux de déception dans la pêche d’une petite œuvre de bienfaisance. Du rivage du mal, il n’y a pas d’autre solution que de pleurer et de se lamenter. La distance de Dieu, la rébellion de l’intelligence obstinée de l’homme, la revendication de son autonomie, ont affecté l’histoire des hommes qui, du plus profond d’un sentiment transcendé, devient «une voix qui crie l’homme à son dernier souffle: aujourd’hui, s’il vous plaît » 9 .
On a la présomption de pouvoir prier pour le mal qui nous afflige, nous écrase, nous dévore, sans considérer la croix de Christ, ne fournissant que notre douleur. Si nous apprenons à prier avant le crucifix, nous voyons l’amour de Dieu pour l’homme, le Christ devient notre prière, c’est le cœur de la prière.
Apprenons à remercier pour tout 10 : pour les tribulations et les souffrances, pour tout ce qui nous arrive et pour notre soeur, pour notre frère, car nous devons entrer dans le royaume avec beaucoup de souffrances 11 , réconfortées par la foi qui nous permet de voir  » les premières lumières du sabbat  » (Lc 23,54). Soucieux de ces mots: « Ton frère sera ressuscité » (Jn 11,23), l’homme de tous les temps sera capable de construire des camps d’amour dans le travail des activités les plus ordinaires, dans l’exécution de tâches quotidiennes, dans la sanctification de la réalité, en prière d’aujourd’hui et d’attente qui n’a plus de mots.
Aujourd’hui, s’il vous plaît (He 4: 7)
Dans un monde d’ombres et de silence, dans lequel les voix – l’une derrière l’autre – mettent fin à leur race effrénée, dans ce monde intérieur qui assaille, saisit et piège insidieusement la pensée dans un sentiment monstrueux, la beauté de l’intégrité L’humain ne peut que raconter l’invitation brûlante à se libérer des chaînes de soi, pour retracer le chemin de la distance et revenir à la source. Convoquez-vous aujourd’hui. La métanoïa est un don de Dieu, l’origine et le fruit des œuvres de la foi, d’abord la prière.
Parfois, la douleur laisse des signes inoubliables que seule la présence assidue de la prière peut guérir. Il est plus facile de revenir en arrière que de continuer, car le souvenir des échecs, des angoisses et des peurs est un expert en précision. « Je me suis écrasé au cours des temps dont j’ignore l’ordre, et mes pensées, ces entrailles intimes de mon âme, sont déchirées par de multiples tumultes ».Expérience d’un homme symbolique, Agostino, qui a lu le secret de Dieu sur les rochers d’une vie qui a été découverte dans la prière, sur les chemins de son intériorité, après s’être dispersée dans une quête étrangère à son être. C’est l’expérience de l’homme de tous les temps. Incroyable cet homme qui n’arrête jamais de découvrir! Un mystère de plénitude et de fragilité, une parabole d’un voyage qui le mène de lui-même à la découverte de son sens. Il vit, mais ne peut définir sa vie, si ce n’est en écrivant des pages d’histoire, des pages sacrées ou des pages maudites, des pages qu’il déchire et des pages qu’il reconstruit.
Le chemin de l’existence, cette réparation aujourd’huice qui semble déchiré depuis toujours est la merveilleuse aventure de la prière. Rendre l’homme à lui-même, quelle tâche supérieure? Rendez-le à la beauté, au bien, à ce qui est vrai et ne finit pas. C’est un voyage de recherche dans lequel l’homme demande à ne pas partir pour ne pas se perdre, un chemin dans lequel l’homme fait confiance à un autre homme, aussi fragile qu’il soit en tant que fils de l’homme, sauveur pour lui en tant que Fils de Dieu: un homme qui peut lui montrer le chemin du retour. Cette expérience est aussi une prière. La personne qui regarde regarde, observe et acquiert la capacité de voir. C’est la prière qui transforme le regard, pour ouvrir la conscience à la précarité de la vie, à la plénitude de la communion avec le vivant et avec Dieu. oeil clair, esprit éveillé. Celui qui ne se retire pas de la conversion, mais persévère dans la prière, sait voir Dieu, sait le reconnaître dans les Écritures, dans la table de la Parole et du Pain, en toutes choses.. « L’âme purifiée par les passions et illuminée par la contemplation des dernières choses habite en Dieu et sa prière est vraie » 12 .
Qui prie, ressemble à un explorateur
« Dieu a créé l’homme en tant qu ‘ » explorateur  » (Qo 1,13) pour marcher vers la vérité et ne rien laisser au hasard malgré le chantage constant du doute » (FR 21) . Appelés à franchir les limites d’une connaissance naturelle et sensorielle, par la foi et des œuvres de la foi 13 , l’homme perdu, sceptique et incroyant peut retrouver la confiance dans sa capacité à refléter 14 critique sur des données réelles, et le sens de la vie : Qui sont-ils? D’où je viens? Où est-ce que je vais Pourquoi le mauvais? La capacité métaphysique de l’homme fait de lui un homme en prière qui lève les yeux et vole vers la vérité 15. Le moteur de ce vol est la prière.
Pour répondre à la question troublante de signification qui se cache dans sa vie, la personne humaine cherche à acquérir une connaissance profonde et réaliste de elle-même, de son potentiel et de ses limites, ainsi qu’une certaine conscience de sa propre personnalité afin de guider à la réalisation de ses idéaux, de manière constructive, toutes les énergies à sa disposition 16 .
Par une prière assidue, la personne se voit orientée vers le bien absolu, cet effort « découle de l’intuition et de l’expérience de la créaturalité et des limites de la personne qui aspire à se dépasser pour atteindre la plénitude de sa propre personnalité » 17 . La prière assimile progressivement les valeurs librement choisies, ordonnées pour rechercher le dépassement de soi et non pour le plaisir, tend naturellement à son but ultime, Dieu, le bien souhaitable en lui-même, digne d’être aimé, recherché, la liberté infinie en auquel il trouve sa liberté en tant que fils dans le Fils: »Nous recevons de lui, qui est la norme concrète et parfaite de toute activité morale, la liberté d’accomplir la volonté de Dieu et d’accomplir notre destin en tant que fils libres du Père » 18 .
Libre et fragile, ouvert à l’Absolu mais tenté par le parent, l’homme qui prie, intériorisant les valeurs éternelles en vue d’une réponse personnelle toujours plus riche à l’amour du Seigneur, assume la responsabilité de sa vie par des choix libres et conscients réponse à l’appel que Dieu adresse à chacun. En fait « Dieu n’a pas voulu créer un musée, mais un univers vivant et libre, créé ou discrédité. Chacune est la source d’un pouvoir créateur, la source d’un possible dépassement, capable de faillir à sa dignité » 19 .
Prière par vocation
Appelée à se transcender, la personne humaine peut disperser cette impulsion vitale profonde dans une horizontalité de possession et un épanouissement immédiat qui l’enferme dans la barrière de ressources évidentes et l’exclut de la possibilité de tirer de nouvelles forces d’un potentiel qui lui est inconnu, mais de son patrimoine constituant . Élu par vocation à ruminer dans le cœur la parole que comme une graine qui germe à la contemplation est une force invoquant l’Esprit et la parole avec laquelle Dieu parle à sa créature, l’homme de prière est celui qui s’applique à la lecture aimante des Écritures. L’homme, si, après avoir purifié son cœur, il reçoit la parole de Dieu et y habite (voir 2Gv 9), il émet de bonnes pensées pour que les commandements de Dieu demeurent en lui  » 20 . C’est la fécondité d’une prière authentique. Dans le secret d’une vie abondante, marquée par l’action de grâce et la question, de la supplication à la contemplation, la prière conduit à l’atteinte de la plénitude, de la maturité, pour devenir ce pour quoi nous sommes nés: hommes et femmes unifiés par le don de l’Esprit .
Un modèle de développement d’une vie de prière qui guide l’action peut être celui de la spirale: chaque phase absorbe les phases précédentes et progresse vers un niveau d’intégration plus élevé. Un modèle qui exprime la continuité dynamique. C’est un chemin « intelligent », tracé par la grâce qui trouve la disponibilité intérieure et s’ouvre à une vie sans fin, le visage de Dieu en nous, une eau vive qui murmure son propre nom provenant des sources pures de l’être. Ensuite, nous pouvons rendre « notre homme » visible. Théophile d’Antioche l’a écrit dans son dialogue avec le païen de son temps: « Si tu me dis: » Montre-moi ton Dieu « , je pourrais te répondre: » Montre-moi ton homme et je te montrerai mon Dieu «  » 21. Le visage de l’homme a en soi les traits de son créateur. La prière nous permet de voir le visage de Dieu dans nos frères et sœurs avec des yeux brillants .
La relation dans laquelle chaque personne trouve la plénitude de son propre être est celle avec le divin, donc avec un tu qui n’est pas égal, mais qui est à l’origine de son existence, la source à partir de laquelle il doit être reçu, Celui qu’il prie . Ce n’est pas l’altérité horizontale, la sphère dans laquelle la créature trouve son accès à Dieu, mais la verticale. Ce n’est qu’après avoir défini les limites de sa propre autonomie vis-à-vis de Celui qui l’a créé, que par la prière, que l’homme peut déchiffrer, à la face de son frère et de sa soeur, l’image de Dieu 22 .
A ce stade , nous pouvons savoir où il est allé se cacher un homme qui n’a pas mis en place son être Dominus de ses propres pensées, des sentiments, des expériences, mais elle est restée modérée, harnaché dans une prière des mots, des sons et petit coeur … où est allé à la rencontre d’une personne qui se reflète dans la flaque de possession et échappe à un engagement de justice … où un être humain qui, au lieu de protéger la création, ses frères et ses sœurs, a tenté de les exproprier leur dignité de se sentir maître.
Plénitude de la vie
Le commandement de l’amour, une synthèse admirable de la shekinah (présence) de Dieu, réalisée dans le Christ, verbum salutis , sera toujours l’objet séduisant de la volonté du priant , le charme irrésistible qui le mène au telos de son voyage: la communion parfaite avec Dieu, avec des frères et des soeurs. « La nature intelligente de la personne humaine peut et doit atteindre la perfection. Ceci, par la sagesse, attire doucement l’esprit à rechercher et à aimer le vrai et le bien; l’homme qui en mange est conduit à travers le visible vers l’invisible »(GS 15). Dans la folie de la croix, le secret du mystère est enfermé là où le paradoxe de l’amour qui désarme parle du Père miséricordieux et nous réconforte sur le chemin de la vie pour nous confier à lui, sachant que « nous restons dans la nuit mais sous les étoiles » .
Au-delà de toutes les énigmes, des inconnus, de la tortuosité, des courbes du destin humain dans le monde, la vérité sur l’homme que Dieu a écrite dans les pages d’une histoire extraordinaire du salut est affirmée dans l’expérience d’une nouvelle humanité, celle du Christ, dans laquelle chaque personne est appelée à participer pleinement à la vie de Dieu (2Pt 1,4). Dans l’agitation créatrice de l’homme, générée par la conscience de la limite de la temporalité, bat ce qui est le plus profondément humain: le désir de retourner à la Source de sa propre image, la nostalgie d’être réuni avec Celui de qui il a reçu l’empreinte d’être . Cette nostalgie est une prière.
La personne humaine est vraiment un être visité, une demeure ouverte à l’hospitalité au nom de cette ressemblance avec Dieu qui la rend capable de préserver l’authenticité de la vie, devenant pour les choses, les événements, les personnes, une icône de la prière. La biographie de l’homme est une croissance jusqu’à ce qu’il s’identifie à la parole que Dieu a prononcée sur lui, une Parole de vie qui ne s’efface jamais. La personne humaine reste l’environnement privilégié de la rencontre avec l’Être.
… en guise de conclusion
L’expérience du sommeil qui s’enlève chaque nuit nous rappelle que l’on peut aller de l’imperfection à l’accomplissement, en être le miroir, non pas pour anéantir la nuit, mais pour y reposer, non plus en tant qu’homo dormiens, celui qui ne s’interroge jamais, qui vit sans intérêts, qui ne veut pas voir ou entendre, qui ne se laisse pas toucher, qui vit dans la peur, superficiellement plus que dans la profondeur, et pour la peur quantifie les prières, qui sont confrontées dans les événements à rester dans une position horizontale, somnolant … mais comme un homo vigilans, le vrai priant, celui qui est toujours présent pour lui-même et pour les autres, pour son travail et son service, celui qui, de façon responsable, ne s’épuise pas immédiatement, mais sait se mesurer à l’attente longue et patiente, celui qui exprime le tout qui se trouve dans chaque fragment de sa vie, celui qui n’a plus peur de se sentir vulnérable, car il sait que les blessures de son humanité peuvent être transformées en fentes à travers lesquelles la vie entre dans le temps qui passe, une vie qui, réalisant enfin sa fin, chante à l’Amour avec son « cœur blessé » , enveloppé dans une « flamme qui consomme et ne donne aucune douleur » et qui est prêt à « casser la toile » pour la rencontrer définitivement .La souffrance n’est plus un fardeau de désordre, mais un poids ordonné, le poids doux de la limite, protégé par la « délicieuse peste » et toujours ouvert à la « rencontre douce » : « Le Bien-aimé est la montagne, les vallées solitaires et riches de ‘ombre … c’est comme une nuit calme, très proche de l’aube du matin, musique silencieuse, solitude sonore … Qui peut guérir mon cœur blessé? … c’est une flamme qui consume et ne fait pas souffrir! O bien-aimé, brise la toile à la douce rencontre «  .

BENOÎT XVI («Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11, 1).) (2011)

10 janvier, 2018

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110504.html

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BENOÎT XVI («Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11, 1).) (2011)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 mai 2011

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais entamer une nouvelle série de catéchèses. Après les catéchèses sur les Pères de l’Eglise, sur les grands théologiens du Moyen-âge, sur les grandes figures de femmes, je voudrais à présent choisir un thème qui nous tient tous très à cœur: le thème de la prière, de manière spécifique la prière chrétienne, la prière que nous a enseignée Jésus et que continue à nous enseigner l’Eglise. C’est en Jésus en effet que l’homme devient capable de s’approcher de Dieu avec la profondeur et l’intimité du rapport de paternité et de filiation. Avec les premiers disciples, avec une humble confiance, nous nous adressons alors au Maître et nous Lui demandons: «Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11, 1).
Lors des prochaines catéchèses, en nous approchant de la Sainte Ecriture, de la grande tradition des Pères de l’Eglise, des Maîtres de spiritualité, de la Liturgie, nous voulons apprendre à vivre encore plus intensément notre relation avec le Seigneur, dans une sorte d’«école de prière». Nous savons bien, en effet, que la prière ne doit pas être considérée comme allant de soi: il faut apprendre à prier, comme en acquérant toujours à nouveau cet art; même ceux qui sont très avant dans la vie spirituelle sentent toujours le besoin de se mettre à l’école de Jésus pour apprendre à prier avec authenticité. Nous recevons la première leçon du Seigneur à travers Son exemple. Les Evangiles nous décrivent Jésus en dialogue intime et constant avec le Père: c’est une communion profonde de celui qui est venu dans le monde non pour faire sa volonté, mais celle du Père qui l’a envoyé pour le salut de l’homme.
Dans cette première catéchèse, comme introduction, je voudrais proposer quelques exemples de prière présents dans les cultures antiques, pour relever comment, pratiquement toujours et partout celles-ci se sont adressées à Dieu.
Je commence par l’ancienne Egypte, par exemple. Ici, un homme aveugle, demandant à la divinité de lui rendre la vue, atteste quelque chose d’universellement humain, qui est la pure et simple prière de requête de la part de qui se trouve dans la souffrance, cet homme prie: «Mon cœur désire te voir… Toi qui m’as fait voir les ténèbres, crée pour moi la lumière. Fais que je te voie! Penche sur moi ton visage aimé» (A. Barucq – F. Daumas, Hymnes et prières de l’Egypte ancienne, Paris 1980). Fais que je te voie; c’est là le cœur de la prière!
Dans les religions de la Mésopotamie dominait un sentiment de culpabilité mystérieux et paralysant, mais sans qu’il soit privé pour autant de l’espérance de rachat et de libération de la part de Dieu. Ainsi pouvons-nous apprécier cette supplication de la part d’un croyant de ces anciens cultes, qui résonne ainsi: «Ô Dieu qui es indulgent même pour la faute la plus grave, absous mon péché…. Regarde Seigneur, ton esclave épuisé, et souffle sur lui ta brise: sans attendre pardonne-lui. Allège ta sévère punition. Libéré de mes liens, fais que je recommence à respirer; brise mes chaînes, défaits mes liens» (M.-J. Seux, Hymnes et prières aux Dieux de Babylone et d’Assyrie, Paris 1976). Autant d’expressions qui démontrent comment l’homme, dans sa recherche de Dieu, a eu l’intuition, même confusément, d’un côté de sa faute, de l’autre de l’aspect de la miséricorde et de la bonté divine.
Au sein de la religion païenne, dans la Grèce antique, on assiste à une évolution très significative: les prières, tout en continuant d’invoquer l’aide divine pour obtenir la faveur céleste dans toutes les circonstances de la vie quotidienne et pour obtenir des bénéfices matériels, s’orientent progressivement vers les requêtes les plus désintéressées, qui permettent à l’homme croyant d’approfondir sa relation avec Dieu et de devenir meilleur. Par exemple, le grand philosophe Platon cite une prière de son maître, Socrate, considéré à juste titre comme l’un des fondateurs de la pensée occidentale. Socrate priait ainsi: «… donnez-moi la beauté intérieure de l’âme! Quant à l’extérieur, je me contente de celui que j’ai, pourvu qu’il ne soit pas en contradiction avec l’intérieur, que le sage me paraisse riche, et que j’aie seulement autant, d’or qu’un sage peut en supporter, et en employer» (Œuvres i. Phèdre 279c). Il voudrait avant tout avoir une beauté intérieure et être sage, et non pas riche d’argent.
Dans ces superbes chefs-d’œuvre de la littérature de tous les temps que sont les tragédies grecques, aujourd’hui encore, après vingt-cinq siècles, lues, méditées et représentées, sont contenues des prières qui expriment le désir de connaître Dieu et d’adorer sa majesté. L’une de celles-ci dit: «Ô toi qui donnes le mouvement à la terre, et qui en même temps résides en elle, qui que tu sois, Jupiter, impénétrable à la vue des mortels, nécessité de la nature, ou intelligence des hommes, je te rends hommage; car, par des voies secrètes, tu gouvernes toutes les choses humaines selon la justice» (Euripide, Les Troyennes, 884-886). Dieu demeure un peu vague et toutefois, l’homme connaît ce Dieu inconnu et prie celui qui guide les destinées de la terre.
Chez les Romains également, qui constituèrent ce grand Empire dans lequel naquit et se diffusa en grande partie le christianisme des origines, la prière, même si elle est associée à une conception utilitariste et fondamentalement liée à la demande de protection divine sur la vie de la communauté civile, s’ouvre parfois à des invocations admirables en raison de la ferveur de la piété personnelle, qui se transforme en louange et en action de grâces. En est témoin un auteur de l’Afrique romaine du iie siècle après Jésus Christ, Apulée. Dans ses écrits, il manifeste l’insatisfaction de ses contemporains à l’égard de la religion traditionnelle et le désir d’un rapport plus authentique avec Dieu. Dans son chef-d’œuvre intitulé Les métamorphoses, un croyant s’adresse à une divinité féminine à travers ces paroles: «Divinité sainte, source éternelle de salut, protectrice adorable des mortels, qui leur prodigues dans leurs maux l’affection d’une tendre mère; pas un jour, pas une nuit, pas un moment ne s’écoule qui ne soit marqué par un de tes bienfaits» (Apulée de Madaure, Métamorphoses, xi, 25).
Pendant la même période, l’empereur Marc-Aurèle — qui était un philosophe qui réfléchissait sur la condition humaine — affirme la nécessité de prier pour établir une coopération fructueuse entre action divine et action humaine. Il écrit dans ses Souvenirs/Pensées: «Qui te dit que les dieux ne nous aident pas également en ce qui dépend de nous? Commence donc à les prier et tu verras» (Dictionnaire de Spiritualité XII/2, col. 2213). Ce conseil de l’empereur philosophe a été effectivement mis en pratique par d’innombrables générations d’hommes avant le Christ, démontrant ainsi que la vie humaine sans la prière, qui ouvre notre existence au mystère de Dieu, devient privée de sens et de référence. En effet, dans chaque prière s’exprime toujours la vérité de la créature humaine, qui d’une part fait l’expérience de la faiblesse et de l’indigence, et demande donc de l’aide au Ciel, et de l’autre est dotée d’une dignité extraordinaire, car, en se préparant à accueillir la Révélation divine, elle se découvre capable d’entrer en communion avec Dieu.
Chers amis, dans ces exemples de prières des différentes époques et civilisations apparaît la conscience que l’être humain a de sa condition de créature et de sa dépendance d’un Autre qui lui est supérieur et source de tout bien. L’homme de tous les temps prie car il ne peut faire à moins de se demander quel est le sens de son existence, qui reste obscur et décourageant, s’il n’est pas mis en relation avec le mystère de Dieu et de son dessein sur le monde. La vie humaine est un mélange de bien et de mal, de souffrance imméritée et de joie et de beauté, qui nous pousse spontanément et irrésistiblement à demander à Dieu cette lumière et cette force qui puisse nous secourir sur la terre et ouvrir une espérance qui aille au-delà des frontières de la mort. Les religions païennes demeurent une invocation qui, de la terre, attend une parole du Ciel. L’un des derniers grands philosophes païens, qui vécut à une époque déjà pleinement chrétienne Proclus de Constantinople, donne voix à cette attente, en disant: «Inconnaissable, personne ne te contient. Tout ce que nous pensons t’appartient. Nos maux et nos biens sont en toi, chacune de nos aspirations dépend de toi, ô Ineffable, que nos âmes sentent présent, en t’élevant un hymne de silence» (Hymnes).
Dans les exemples de prière des différentes cultures, que nous avons pris en considération, nous pouvons voir un témoignage de la dimension religieuse et du désir de Dieu inscrit dans le cœur de chaque homme, qui trouvent leur accomplissement et leur pleine expression dans l’ancien et dans le Nouveau Testament. La Révélation, en effet, purifie et porte à sa plénitude l’aspiration originelle de l’homme à Dieu, en lui offrant, dans la prière, la possibilité d’une relation plus profonde avec le père céleste.
Au début de notre chemin dans l’«Ecole de la prière» nous voulons alors demander au Seigneur qu’il illumine notre esprit et notre cœur pour que la relation avec Lui dans la prière soit toujours plus intense, affectueuse et constante. Encore une fois, nous lui disons: «Seigneur, apprends-nous à prier» (Lc 11, 1).

L’EXPÉRIENCE DE L’ÉTERNITÉ DANS LA PRIÈRE PERSONNELLE

8 janvier, 2018

http://religion-orthodoxe.eu/article-l-experience-de-l-eternite-dans-la-priere-personnelle-61431485.html

en e fr St. Sophia's Greek Orthodox Church in Syracuse, NY - Copia

St. Sophia’s Greek Orthodox Church in Syracuse, NY

L’EXPÉRIENCE DE L’ÉTERNITÉ DANS LA PRIÈRE PERSONNELLE

par Père Macaire de Simonos Petra

« Que ce soit dans notre vie liturgique, comme dans l’expérience mystique de la prière, nous sommes appelés à « passer» (au sens étymologique de Pâques) de la mort à la vie et de la terre au ciel (1), « encore et encore », chaque jour jusqu’à la fin du monde. Lorsque dans le silence de la nuit, le moine ou le fidèle se tient devant le Dieu invisible comme s’il était visible, les puissances de leur âme rassemblées dans le cœur et repoussant avec effort tous souvenirs ou distractions de ce monde, il leur est donné de vivre aussi de manière encore plus intense, cette transfiguration du temps. Que la prière suive le rythme alternant de la respiration ou qu’elle soit prononcée durant l’intervalle entre inspiration et expiration, qui est comme un arrêt du temps, le but de la méthode, ou plutôt des différentes méthodes hésychastes, reste le même. Il s’agit de concentrer toute notre attention sur « l’éternité arrêtée au cœur de l’instant» (2) L’invocation du Nom béni du Dieu-homme, répétée inlassablement jour après jour, réveille en nous une sensibilité spirituelle à sa présence et à son ineffable douceur. Dans ces moments privilégiés, dont il est impossible d’évaluer la durée, où la prière s’arrête pour devenir écoute du Verbe au dedans de nous, l’intellect, dépouillé de toute pensée et de toute représentation, se trouve transféré dans un mode d’existence nouveau. Saisissant par la foi que le Royaume de Dieu approche et qu’il est déjà inauguré au dedans de nous, par la prière intérieure nous nous portons en avant, dans un élan de réponse plein d’amour extatique.
Chaque invocation du Nom de Jésus répétée humblement même pendant les activités de la journée, constitue un pas de plus à la rencontre du Seigneur. La pratique quotidienne de la prière de Jésus, qui prend sa source dans la communion eucharistique et dépend étroitement de notre participation à la vie liturgique de l’Église, est donc expérience vécue de l’éternité au cœur du temps. Nous restons êtres de chair et de sang, prisonniers du temps et de ses contingences, faibles et impuissants à comprendre les mystères divins, et pourtant nous sommes à la fois hommes nouveaux, recréées à l’image du Second Adam, et par la grâce et la miséricorde du Seigneur, nous pouvons goûter à la vie éternelle cachée dans le Nom divin.
La temporalité qui était la marque de notre chute est devenue, en Jésus-Christ « une aile » qui nous porte vers les hauteurs, dans un élan sans fin vers l’éternité (3). »

Notes :
1- Canon de Pâques, Hirmos de la 1 ère ode.
2 – Acathiste du Buisson Ardent, ikos 2.
3 – St Grégoire de Nysse, Sur la Perfection 8,1
in »Entrée dans le troisième millénaire ou passage à l’éternité »
Lettre aux amis des monastères St Antoine Le Grand et Protection de la Mère de Dieu (1999)

BENOÎT XVI – ART ET PRIÈRE (2011)

27 novembre, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110831.html

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corner prayer

BENOÎT XVI – ART ET PRIÈRE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Castel Gandolfo

Mercredi 31 août 2011

Chers frères et sœurs,

Ces derniers temps, j’ai rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour chaque chrétien de trouver du temps pour Dieu, pour la prière, parmi les nombreuses préoccupations qui remplissent nos journées. Le Seigneur lui-même nous offre de nombreuses occasions pour que nous nous souvenions de Lui. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter brièvement sur l’une des voies qui peuvent nous conduire à Dieu et nous aider également à le rencontrer: c’est la voie des expressions artistiques, qui font partie de la via pulchritudinis — «voie de la beauté» — dont j’ai parlé à plusieurs reprises et dont l’homme d’aujourd’hui devrait retrouver la signification la plus profonde.
Il vous est sans doute parfois arrivé, devant une sculpture ou un tableau, les vers d’une poésie ou en écoutant un morceau de musique, d’éprouver une émotion intime, un sentiment de joie, c’est-à-dire de ressentir clairement qu’en face de vous, il n’y avait pas seulement une matière, un morceau de marbre ou de bronze, une toile peinte, un ensemble de lettres ou un ensemble de sons, mais quelque chose de plus grand, quelque chose qui «parle», capable de toucher le cœur, de communiquer un message, d’élever l’âme. Une œuvre d’art est le fruit de la capacité créative de l’être humain, qui s’interroge devant la réalité visible, s’efforce d’en découvrir le sens profond et de le communiquer à travers le langage des formes, des couleurs, des sons. L’art est capable d’exprimer et de rendre visible le besoin de l’homme d’aller au-delà de ce qui se voit, il manifeste la soif et la recherche de l’infini. Bien plus, il est comme une porte ouverte vers l’infini, vers une beauté et une vérité qui vont au-delà du quotidien. Et une œuvre d’art peut ouvrir les yeux de l’esprit et du cœur, en nous élevant vers le haut.
Mais il existe des expressions artistiques qui sont de véritables chemins vers Dieu, la Beauté suprême, et qui aident même à croître dans notre relation avec Lui, dans la prière. Il s’agit des œuvres qui naissent de la foi et qui expriment la foi. Nous pouvons en voir un exemple lorsque nous visitons une cathédrale gothique: nous sommes saisis par les lignes verticales qui s’élèvent vers le ciel et qui attirent notre regard et notre esprit vers le haut, tandis que, dans le même temps, nous nous sentons petits, et pourtant avides de plénitude… Ou lorsque nous entrons dans une église romane: nous sommes invités de façon spontanée au recueillement et à la prière. Nous percevons que dans ces splendides édifices, est comme contenue la foi de générations entières. Ou encore, lorsque nous écoutons un morceau de musique sacrée qui fait vibrer les cordes de notre cœur, notre âme est comme dilatée et s’adresse plus facilement à Dieu. Il me revient à l’esprit un concert de musiques de Jean Sébastien Bach, à Munich , dirigé par Leonard Berstein. Au terme du dernier morceau, l’une des Cantate, je ressentis, non pas de façon raisonnée, mais au plus profond de mon cœur, que ce que j’avais écouté m’avait transmis la vérité, la vérité du suprême compositeur, et me poussait à rendre grâce à Dieu. A côté de moi se tenait l’évêque luthérien de Munich et, spontanément, je lui dis: «En écoutant cela, on comprend que c’est vrai; une foi aussi forte est vraie, de même que la beauté qui exprime de façon irrésistible la présence de la vérité de Dieu. Mais combien de fois des tableaux ou des fresques, fruit de la foi de l’artiste, dans leurs formes, dans leurs couleurs, dans leur lumière, nous poussent à tourner notre pensée vers Dieu et font croître en nous le désir de puiser à la source de toute beauté. Ce qu’a écrit un grand artiste, Marc Chagall, demeure profondément vrai, à savoir que pendant des siècles, les peintres ont trempé leur pinceau dans l’alphabet coloré qu’est la Bible. Combien de fois, alors, les expressions artistiques peuvent être des occasions de nous rappeler de Dieu, pour aider notre prière ou encore la conversion du cœur! Paul Claudel, célèbre poète, dramaturge et diplomate français, ressentit la présence de Dieu dans la Basilique Notre-Dame de Paris, en 1886, précisément en écoutant le chant du Magnificat lors de la Messe de Noël. Il n’était pas entré dans l’église poussé par la foi, il y était entré précisément pour chercher des arguments contre les chrétiens, et au lieu de cela, la grâce de Dieu agit dans son cœur.
Chers amis, je vous invite à redécouvrir l’importance de cette voie également pour la prière, pour notre relation vivante avec Dieu. Les villes et les pays dans le monde entier abritent des trésors d’art qui expriment la foi et nous rappellent notre relation avec Dieu. Que la visite aux lieux d’art ne soit alors pas uniquement une occasion d’enrichissement culturel — elle l’est aussi — mais qu’elle puisse devenir surtout un moment de grâce, d’encouragement pour renforcer notre lien et notre dialogue avec le Seigneur, pour nous arrêter et contempler — dans le passage de la simple réalité extérieure à la réalité plus profonde qu’elle exprime — le rayon de beauté qui nous touche, qui nous «blesse» presque au plus profond de notre être et nous invite à nous élever vers Dieu. Je finis par une prière d’un Psaume, le psaume 27: «Une chose qu’au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de savourer la douceur du Seigneur, de rechercher son palais» (v. 4). Espérons que le Seigneur nous aide à contempler sa beauté, que ce soit dans la nature ou dans les œuvres d’art, de façon à être touchés par la lumière de son visage, afin que nous aussi, nous puissions être lumières pour notre prochain. Merci.[Vidéo]

 

Chers frères et sœurs,

Ces derniers temps, j’ai rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour chaque chrétien de trouver du temps pour Dieu, pour la prière, parmi les nombreuses préoccupations qui remplissent nos journées. Le Seigneur lui-même nous offre de nombreuses occasions pour que nous nous souvenions de Lui. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter brièvement sur l’une des voies qui peuvent nous conduire à Dieu et nous aider également à le rencontrer: c’est la voie des expressions artistiques, qui font partie de la via pulchritudinis — «voie de la beauté» — dont j’ai parlé à plusieurs reprises et dont l’homme d’aujourd’hui devrait retrouver la signification la plus profonde.
Il vous est sans doute parfois arrivé, devant une sculpture ou un tableau, les vers d’une poésie ou en écoutant un morceau de musique, d’éprouver une émotion intime, un sentiment de joie, c’est-à-dire de ressentir clairement qu’en face de vous, il n’y avait pas seulement une matière, un morceau de marbre ou de bronze, une toile peinte, un ensemble de lettres ou un ensemble de sons, mais quelque chose de plus grand, quelque chose qui «parle», capable de toucher le cœur, de communiquer un message, d’élever l’âme. Une œuvre d’art est le fruit de la capacité créative de l’être humain, qui s’interroge devant la réalité visible, s’efforce d’en découvrir le sens profond et de le communiquer à travers le langage des formes, des couleurs, des sons. L’art est capable d’exprimer et de rendre visible le besoin de l’homme d’aller au-delà de ce qui se voit, il manifeste la soif et la recherche de l’infini. Bien plus, il est comme une porte ouverte vers l’infini, vers une beauté et une vérité qui vont au-delà du quotidien. Et une œuvre d’art peut ouvrir les yeux de l’esprit et du cœur, en nous élevant vers le haut.
Mais il existe des expressions artistiques qui sont de véritables chemins vers Dieu, la Beauté suprême, et qui aident même à croître dans notre relation avec Lui, dans la prière. Il s’agit des œuvres qui naissent de la foi et qui expriment la foi. Nous pouvons en voir un exemple lorsque nous visitons une cathédrale gothique: nous sommes saisis par les lignes verticales qui s’élèvent vers le ciel et qui attirent notre regard et notre esprit vers le haut, tandis que, dans le même temps, nous nous sentons petits, et pourtant avides de plénitude… Ou lorsque nous entrons dans une église romane: nous sommes invités de façon spontanée au recueillement et à la prière. Nous percevons que dans ces splendides édifices, est comme contenue la foi de générations entières. Ou encore, lorsque nous écoutons un morceau de musique sacrée qui fait vibrer les cordes de notre cœur, notre âme est comme dilatée et s’adresse plus facilement à Dieu. Il me revient à l’esprit un concert de musiques de Jean Sébastien Bach, à Munich , dirigé par Leonard Berstein. Au terme du dernier morceau, l’une des Cantate, je ressentis, non pas de façon raisonnée, mais au plus profond de mon cœur, que ce que j’avais écouté m’avait transmis la vérité, la vérité du suprême compositeur, et me poussait à rendre grâce à Dieu. A côté de moi se tenait l’évêque luthérien de Munich et, spontanément, je lui dis: «En écoutant cela, on comprend que c’est vrai; une foi aussi forte est vraie, de même que la beauté qui exprime de façon irrésistible la présence de la vérité de Dieu. Mais combien de fois des tableaux ou des fresques, fruit de la foi de l’artiste, dans leurs formes, dans leurs couleurs, dans leur lumière, nous poussent à tourner notre pensée vers Dieu et font croître en nous le désir de puiser à la source de toute beauté. Ce qu’a écrit un grand artiste, Marc Chagall, demeure profondément vrai, à savoir que pendant des siècles, les peintres ont trempé leur pinceau dans l’alphabet coloré qu’est la Bible. Combien de fois, alors, les expressions artistiques peuvent être des occasions de nous rappeler de Dieu, pour aider notre prière ou encore la conversion du cœur! Paul Claudel, célèbre poète, dramaturge et diplomate français, ressentit la présence de Dieu dans la Basilique Notre-Dame de Paris, en 1886, précisément en écoutant le chant du Magnificat lors de la Messe de Noël. Il n’était pas entré dans l’église poussé par la foi, il y était entré précisément pour chercher des arguments contre les chrétiens, et au lieu de cela, la grâce de Dieu agit dans son cœur.
Chers amis, je vous invite à redécouvrir l’importance de cette voie également pour la prière, pour notre relation vivante avec Dieu. Les villes et les pays dans le monde entier abritent des trésors d’art qui expriment la foi et nous rappellent notre relation avec Dieu. Que la visite aux lieux d’art ne soit alors pas uniquement une occasion d’enrichissement culturel — elle l’est aussi — mais qu’elle puisse devenir surtout un moment de grâce, d’encouragement pour renforcer notre lien et notre dialogue avec le Seigneur, pour nous arrêter et contempler — dans le passage de la simple réalité extérieure à la réalité plus profonde qu’elle exprime — le rayon de beauté qui nous touche, qui nous «blesse» presque au plus profond de notre être et nous invite à nous élever vers Dieu. Je finis par une prière d’un Psaume, le psaume 27: «Une chose qu’au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c’est d’habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de savourer la douceur du Seigneur, de rechercher son palais» (v. 4). Espérons que le Seigneur nous aide à contempler sa beauté, que ce soit dans la nature ou dans les œuvres d’art, de façon à être touchés par la lumière de son visage, afin que nous aussi, nous puissions être lumières pour notre prochain. Merci.

BENOÎT XVI – (THÈME DE LA PRIÈRE 2011)

23 mai, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110504.html

BENOÎT XVI – (THÈME DE LA PRIÈRE 2011)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 mai 2011

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais entamer une nouvelle série de catéchèses. Après les catéchèses sur les Pères de l’Eglise, sur les grands théologiens du Moyen-âge, sur les grandes figures de femmes, je voudrais à présent choisir un thème qui nous tient tous très à cœur: le thème de la prière, de manière spécifique la prière chrétienne, la prière que nous a enseignée Jésus et que continue à nous enseigner l’Eglise. C’est en Jésus en effet que l’homme devient capable de s’approcher de Dieu avec la profondeur et l’intimité du rapport de paternité et de filiation. Avec les premiers disciples, avec une humble confiance, nous nous adressons alors au Maître et nous Lui demandons: «Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11, 1).
Lors des prochaines catéchèses, en nous approchant de la Sainte Ecriture, de la grande tradition des Pères de l’Eglise, des Maîtres de spiritualité, de la Liturgie, nous voulons apprendre à vivre encore plus intensément notre relation avec le Seigneur, dans une sorte d’«école de prière». Nous savons bien, en effet, que la prière ne doit pas être considérée comme allant de soi: il faut apprendre à prier, comme en acquérant toujours à nouveau cet art; même ceux qui sont très avant dans la vie spirituelle sentent toujours le besoin de se mettre à l’école de Jésus pour apprendre à prier avec authenticité. Nous recevons la première leçon du Seigneur à travers Son exemple. Les Evangiles nous décrivent Jésus en dialogue intime et constant avec le Père: c’est une communion profonde de celui qui est venu dans le monde non pour faire sa volonté, mais celle du Père qui l’a envoyé pour le salut de l’homme.
Dans cette première catéchèse, comme introduction, je voudrais proposer quelques exemples de prière présents dans les cultures antiques, pour relever comment, pratiquement toujours et partout celles-ci se sont adressées à Dieu.
Je commence par l’ancienne Egypte, par exemple. Ici, un homme aveugle, demandant à la divinité de lui rendre la vue, atteste quelque chose d’universellement humain, qui est la pure et simple prière de requête de la part de qui se trouve dans la souffrance, cet homme prie: «Mon cœur désire te voir… Toi qui m’as fait voir les ténèbres, crée pour moi la lumière. Fais que je te voie! Penche sur moi ton visage aimé» (A. Barucq – F. Daumas, Hymnes et prières de l’Egypte ancienne, Paris 1980). Fais que je te voie; c’est là le cœur de la prière!
Dans les religions de la Mésopotamie dominait un sentiment de culpabilité mystérieux et paralysant, mais sans qu’il soit privé pour autant de l’espérance de rachat et de libération de la part de Dieu. Ainsi pouvons-nous apprécier cette supplication de la part d’un croyant de ces anciens cultes, qui résonne ainsi: «Ô Dieu qui es indulgent même pour la faute la plus grave, absous mon péché…. Regarde Seigneur, ton esclave épuisé, et souffle sur lui ta brise: sans attendre pardonne-lui. Allège ta sévère punition. Libéré de mes liens, fais que je recommence à respirer; brise mes chaînes, défaits mes liens» (M.-J. Seux, Hymnes et prières aux Dieux de Babylone et d’Assyrie, Paris 1976). Autant d’expressions qui démontrent comment l’homme, dans sa recherche de Dieu, a eu l’intuition, même confusément, d’un côté de sa faute, de l’autre de l’aspect de la miséricorde et de la bonté divine.
Au sein de la religion païenne, dans la Grèce antique, on assiste à une évolution très significative: les prières, tout en continuant d’invoquer l’aide divine pour obtenir la faveur céleste dans toutes les circonstances de la vie quotidienne et pour obtenir des bénéfices matériels, s’orientent progressivement vers les requêtes les plus désintéressées, qui permettent à l’homme croyant d’approfondir sa relation avec Dieu et de devenir meilleur. Par exemple, le grand philosophe Platon cite une prière de son maître, Socrate, considéré à juste titre comme l’un des fondateurs de la pensée occidentale. Socrate priait ainsi: «… donnez-moi la beauté intérieure de l’âme! Quant à l’extérieur, je me contente de celui que j’ai, pourvu qu’il ne soit pas en contradiction avec l’intérieur, que le sage me paraisse riche, et que j’aie seulement autant, d’or qu’un sage peut en supporter, et en employer» (Œuvres i. Phèdre 279c). Il voudrait avant tout avoir une beauté intérieure et être sage, et non pas riche d’argent.
Dans ces superbes chefs-d’œuvre de la littérature de tous les temps que sont les tragédies grecques, aujourd’hui encore, après vingt-cinq siècles, lues, méditées et représentées, sont contenues des prières qui expriment le désir de connaître Dieu et d’adorer sa majesté. L’une de celles-ci dit: «Ô toi qui donnes le mouvement à la terre, et qui en même temps résides en elle, qui que tu sois, Jupiter, impénétrable à la vue des mortels, nécessité de la nature, ou intelligence des hommes, je te rends hommage; car, par des voies secrètes, tu gouvernes toutes les choses humaines selon la justice» (Euripide, Les Troyennes, 884-886). Dieu demeure un peu vague et toutefois, l’homme connaît ce Dieu inconnu et prie celui qui guide les destinées de la terre.
Chez les Romains également, qui constituèrent ce grand Empire dans lequel naquit et se diffusa en grande partie le christianisme des origines, la prière, même si elle est associée à une conception utilitariste et fondamentalement liée à la demande de protection divine sur la vie de la communauté civile, s’ouvre parfois à des invocations admirables en raison de la ferveur de la piété personnelle, qui se transforme en louange et en action de grâces. En est témoin un auteur de l’Afrique romaine du iie siècle après Jésus Christ, Apulée. Dans ses écrits, il manifeste l’insatisfaction de ses contemporains à l’égard de la religion traditionnelle et le désir d’un rapport plus authentique avec Dieu. Dans son chef-d’œuvre intitulé Les métamorphoses, un croyant s’adresse à une divinité féminine à travers ces paroles: «Divinité sainte, source éternelle de salut, protectrice adorable des mortels, qui leur prodigues dans leurs maux l’affection d’une tendre mère; pas un jour, pas une nuit, pas un moment ne s’écoule qui ne soit marqué par un de tes bienfaits» (Apulée de Madaure, Métamorphoses, xi, 25).
Pendant la même période, l’empereur Marc-Aurèle — qui était un philosophe qui réfléchissait sur la condition humaine — affirme la nécessité de prier pour établir une coopération fructueuse entre action divine et action humaine. Il écrit dans ses Souvenirs/Pensées: «Qui te dit que les dieux ne nous aident pas également en ce qui dépend de nous? Commence donc à les prier et tu verras» (Dictionnaire de Spiritualité XII/2, col. 2213). Ce conseil de l’empereur philosophe a été effectivement mis en pratique par d’innombrables générations d’hommes avant le Christ, démontrant ainsi que la vie humaine sans la prière, qui ouvre notre existence au mystère de Dieu, devient privée de sens et de référence. En effet, dans chaque prière s’exprime toujours la vérité de la créature humaine, qui d’une part fait l’expérience de la faiblesse et de l’indigence, et demande donc de l’aide au Ciel, et de l’autre est dotée d’une dignité extraordinaire, car, en se préparant à accueillir la Révélation divine, elle se découvre capable d’entrer en communion avec Dieu.
Chers amis, dans ces exemples de prières des différentes époques et civilisations apparaît la conscience que l’être humain a de sa condition de créature et de sa dépendance d’un Autre qui lui est supérieur et source de tout bien. L’homme de tous les temps prie car il ne peut faire à moins de se demander quel est le sens de son existence, qui reste obscur et décourageant, s’il n’est pas mis en relation avec le mystère de Dieu et de son dessein sur le monde. La vie humaine est un mélange de bien et de mal, de souffrance imméritée et de joie et de beauté, qui nous pousse spontanément et irrésistiblement à demander à Dieu cette lumière et cette force qui puisse nous secourir sur la terre et ouvrir une espérance qui aille au-delà des frontières de la mort. Les religions païennes demeurent une invocation qui, de la terre, attend une parole du Ciel. L’un des derniers grands philosophes païens, qui vécut à une époque déjà pleinement chrétienne Proclus de Constantinople, donne voix à cette attente, en disant: «Inconnaissable, personne ne te contient. Tout ce que nous pensons t’appartient. Nos maux et nos biens sont en toi, chacune de nos aspirations dépend de toi, ô Ineffable, que nos âmes sentent présent, en t’élevant un hymne de silence» (Hymnes).
Dans les exemples de prière des différentes cultures, que nous avons pris en considération, nous pouvons voir un témoignage de la dimension religieuse et du désir de Dieu inscrit dans le cœur de chaque homme, qui trouvent leur accomplissement et leur pleine expression dans l’ancien et dans le Nouveau Testament. La Révélation, en effet, purifie et porte à sa plénitude l’aspiration originelle de l’homme à Dieu, en lui offrant, dans la prière, la possibilité d’une relation plus profonde avec le père céleste.
Au début de notre chemin dans l’«Ecole de la prière» nous voulons alors demander au Seigneur qu’il illumine notre esprit et notre cœur pour que la relation avec Lui dans la prière soit toujours plus intense, affectueuse et constante. Encore une fois, nous lui disons: «Seigneur, apprends-nous à prier» (Lc 11, 1).

PAPE FRANÇOIS – LA PRIÈRE DE LOUANGE

25 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2014/documents/papa-francesco-cotidie_20140128.html

PAPE FRANÇOIS – LA PRIÈRE DE LOUANGE

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 28 janvier 2014

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 7 du 13 février 2014)

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la danse de Miriam

Difficile de justifier qui a honte de chanter la louange du Seigneur, alors qu’il se laisse ensuite aller à exulter bruyamment pour un but marqué par son équipe préférée. Tel est le sens de l’homélie de la Messe célébrée dans la chapelle Sainte-Marthe. Le Pape François s’est arrêté sur la description de la fête improvisée par David pour le retour de l’arche d’alliance telle que racontée dans la première lecture de la liturgie du jour (2 Samuel 6, 12-15 .17-19). Louer Dieu « est totalement gratuit », a-t-il dit. « Nous ne demandons pas, nous ne remercions pas. Nous louons : tu es grand. “Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit…”. De tout cœur nous disons ces mots. C’est aussi un acte de justice, parce qu’il est grand, il est notre Dieu. Pensons à une belle question que nous pouvons nous poser aujourd’hui : “Comment va ma prière de louange aujourd’hui ? Sais-je louer le Seigneur ? Ou lorsque je prie le Gloria ou le Sanctus je le fais uniquement avec la bouche et pas avec tout le cœur ? Que me dit David en dansant ? Et Sarah qui danse de joie ? Quand David entre en ville, une autre chose commence : une fête. La joie de la louange qui porte à la joie de la fête ». Une fête qui s’élargit ensuite à la famille, « chacun — c’est l’image proposée par le Pape — chez lui à manger le pain, à faire la fête ». Mais quand David rentre au Palais, il doit affronter les reproches et le mépris de Michal, la fille du roi Saul : « “Mais n’as-tu pas honte de ce que tu as fait ? Comment faire cette chose, danser devant tout le monde, toi le roi ? N’as-tu pas honte ?”. Moi je me demande combien de fois nous méprisons dans nos cœurs des personnes bonnes, des gens de bien qui louent le Seigneur » ainsi, de façon spontanée, comme cela leur vient, sans suivre des attitudes formelles. Mais dans la Bible, a rappelé le Pape, on lit « que Michal est restée stérile toute sa vie pour cela. Que veut dire la Parole de Dieu ici ? Que la joie, que la prière de louange nous rend féconds. Sarah dansait au grand moment de sa fécondité à quatre-vingt-dix ans ! La fécondité offre la louange au Seigneur ». L’homme et la femme qui louent le Seigneur, qui prient en louant le Seigneur — et quand ils le font ils sont heureux de le dire — et qui se ré- jouissent « quand ils chantent le Sanctus lors de la Messe » sont un homme et une femme féconds. En revanche, a ajouté le Pape, ceux qui « s’enferment dans la formalité d’une prière froide, mesurée », ainsi, ils finissent peut-être comme Michal, dans la stérilité de sa formalité. Pensons et imaginons David qui danse de toutes ses forces devant le Seigneur. Pensons qu’il est beau de faire une prière de louange.

LA PRIÈRE DES PSAUMES

7 février, 2017

http://www.abbaye-tamie.com/communaute-tamie/la_liturgie/etudes_liturgie/la-priere-des-psaumes

LA PRIÈRE DES PSAUMES

Soeur Étienne Reynaud de Pradines

Le livre des Louanges
La prière des psaumes n’est pas réservée aux moines et aux moniales, c’est l’élément de base de la prière chrétienne, en tout cas de l’Église en prière.
Il faut reconnaître pourtant que les moines et moniales, plus que d’autres, ont mis la prière des psaumes au rang des observances privilégiées, célébrant sept fois le jour les louanges de Dieu. De même que la matrone romaine donnait à sa servante au début de la journée son pensum, c’est-à-dire une certaine quantité de laine à filer, de même saint Benoît donne-t-il à la communauté monastique un certain nombre de psaumes à dire, nuit et jour.
Mais comment la communauté se construit-elle en se tenant ainsi à la psalmodie ? La vie fraternelle «en présence des anges» serait-elle aussi angélique qu’elle en a l’air ? Ou est-ce que se tenir à la psalmodie ne maintiendrait pas plutôt la communauté dans une solidarité vraie avec le monde ?
Pour ne pas rester à une réflexion seulement théorique, j’ai choisi de faire appel à un pratiquant qui n’est pas pour nous un modèle mais un frère et un témoin crédible, Frère Christophe, moine de Tibhirine en Algérie, mort égorgé avec 6 de ses Frères le 21 mai 1996, dont je citerai plusieurs fois le Journal.

Psalmodier ensemble

L’introduction de la psalmodie en deux choeurs alternés dans les diverses Églises d’Orient et d’Occident est un fait important dans les annales de la liturgie. Il confirme que la liturgie est la prière «à l’état social», une prière qui correspond à la nature visible du Corps de l’Église. Ce n’est pas un exercice de piété individuel. La psalmodie donne à voir un espace organisé selon un dispositif qui peut varier selon les monastères, mais qui toujours sépare et réunit deux choeurs qui se renvoient alternativement les versets des psaumes. Le choeur décrit un espace qui est là mais qui n’est pas de là. Car, au milieu de la communauté qui prie, se tient «Quelqu’un» et entre elle et Lui, il y a du jeu ! La psalmodie donne à entendre une manifestation vocale la plus pro­che possible de la récitation parlée, entièrement régie par la parole poétique, dont l’unité de base et de sens est le verset ; par la bonne diction, sur une formule mélodique toujours répétée, des syllabes et des mots ; par le balancement des membres parallèles, l’harmonieuse succession des versets ou des strophes. La psalmodie est un exercice avant d’être un chant, une «discipline», c’est une manière de dire ensemble le psaume, c’est l’acte d’un corps priant d’une seule voix portée par un même souffle, selon le jeu d’une alternance à la fois régulière, alerte et calme. Dans la psalmodie, ce qui relève du rythme est premier. Rythme verbal fondé sur un parlé non routinier, qui mâche et goûte les mots sans avaler les syllabes, sans précipitation mais aussi sans lenteur ni mollesse qui engluent la parole. Une telle psalmodie est évidemment la manifestation vocale d’une manière de vivre, d’une vie régulière et commune, menée à un rythme soutenu et sur un mode qui articule trois pôles : chacun, tous ensemble et les uns et les autres. Déjà au XIIème siècle, en voyant une communauté psalmodier à l’unisson, Guillaume de Saint-Thierry ne pouvait retenir cette exclamation : «Les frères semblent offrir et consacrer à Dieu, pour une semblable consonance, une mélodie de vies, de mœurs, de bonnes affections, composées non point d’après les règles de la musique mais d’après celles de la charité». Nous savons bien ce que cette mélodie de vies exige de chacun au quotidien. Quand nous nous tenons debout pour psalmodier, il ne s’agit pas seulement de faire en sorte que notre esprit concorde avec notre voix, mais aussi de nous établir dans un juste rapport les uns aux autres. C’est cette vérité qui s’exprime à plusieurs reprises dans le Journal de Frère Christophe :
• « Impatience et agressivité non contenues à l’office. On me dira : c’est pas le lieu ni le moment. Plutôt : profiter du dire des psaumes et me laisser aller plus loin… jusqu’à cette force reçue de pouvoir dire ensemble Notre Père ».
• « Turbulences dans le choeur. Tenir bon : voix posée. On m’a demandé de servir à cette place. Ne pas me dérober trop vite… »
• « Hier soir, gros orage dans le chœur à Vêpres ! J’aspire, tu le sais, au Chant nouveau. Et personne n’a pu apprendre ce chant sinon les 144 000 rachetés du monde ».
On le voit, il faut parfois beaucoup de courage pour tenir bon, pour tenir ensemble à la psalmodie. Car même à l’office peuvent se manifester les turbulences, impatiences et agressivités qui existent dans la communauté. Le choeur est un lieu de conversion et Frère Christophe le note avec lucidité : « Je vois pour ma part que les lieux où la violence s’exprime au préjudice de l’un ou de l’autre, et de la communauté, sont aussi ceux où elle peut se convertir peu à peu : dans la liturgie, en chants et paroles priants, dans le travail en force dépensée, donnée dans la vie fraternelle en charité».

Psalmodier avec sagesse

Pratique communautaire, la psalmodie laisse à chacun la liberté de faire une expérience originale que l’on pourrait qualifier à la fois de psychosomatique, de spirituelle et de mystique. Si le Psautier a été si cher à la tradition chrétienne, c’est justement à cause de son extraordinaire pouvoir de modeler celui qui psalmodie à l’image du seul vrai Psalmiste, le Christ. « Psalmodiez avec sagesse » comme dit la Règle de saint Benoît, c’est psalmodier non seulement avec art, avec intelligence, avec zèle, avec goût, mais aussi avec profit ; « en profitant du dire des psaumes », comme l’écrit si bien Frère Christophe, pour se laisser travailler, guérir, transformer. Selon saint Athanase, évêque d’Alexandrie au IVème siècle, « celui qui psalmodie correctement règle son âme ». De fait, comme production vive, la psalmodie a un pouvoir stimulant et régulateur. C’est un exercice qui, en associant les mots au rythme et au chant, apaise et met de l’ordre dans l’âme. Les anciens ont été très sensibles à ce pouvoir qu’a la musique d’introduire de l’ordre, par la médiation du temps, de la respiration, du souffle; de « trou­bler l’être intérieur s’il est trop sec et de l’apaiser si l’émotion le submerge ». Mais la grâce propre au livre des Psaumes c’est surtout de révéler à chacun les mouvements de son âme. En effet, le Psautier possède en propre cette aptitude merveilleuse : les mouvements de chaque âme, les changements et redressements de celle-ci y sont enregistrés et décrits. Les psaumes permettent au coeur humain d’exprimer devant Dieu en toutes circonstances ce qui l’habite : désirs, plaintes, questions, peurs et même violence. Ils nous donnent le droit de parler à Dieu de notre existence concrète, à partir d’un corps désirant et fragile, c’est-à-dire comme Jésus parle dans son humanité. C’est en cela qu’ils exercent, selon saint Athanase, une fonction thérapeutique, si bien que l’on peut parler de la psalmodie comme d’une « psalmothérapie » ! « Les psaumes permettent au lecteur de saisir en chacun d’eux ses propres passions et sa psychologie et sur chaque problème la règle et la doctrine à suivre… il apprend ce qu’il lui faut dire et faire pour guérir son mal. Profiter du dire des psaumes, c’est, finalement, pour saint Athanase, se laisser travailler et traverser par le souffle qui les a inspirés et qui est l’Esprit même de Jésus priant filialement le Père. » En nous permettant d’avoir en nous les sentiments qui furent en lui aux jours de sa chair, la psalmodie nous rend littéralement conformes au Christ.
C’est en donnant maintenant la parole à Frère Christophe que je voudrais montrer à partir d’exemples concrets comment la psalmodie façonne jour après jour une existence conforme au Christ.
En la fête des Saints Innocents, le 28 décembre 1993 – quelques jours après la première incursion dans le monastère des hommes du GIA, la nuit de Noël, Frère Christophe écrit : « Au commun des martyrs… cette nuit, nous avons chanté le psaume 32. Le verset 11 m’a réveillé : Le plan du Seigneur demeure pour toujours, les projets de son coeur subsistent d’âge en âge. Et je lis la suite avec délice : Heureux (en marche) le peuple dont tu es le Seigneur.
En marche les humiliés du souffle. Oui, tu nous fais courir au chemin de tes ordres… Pas si facile à entendre bien. Nous sommes un corps à l’écoute ».
Un an après, le 29 décembre 1994, le lendemain de l’assassinat de quatre Pères Blancs à Tizi-Ouzou : « À Vigiles, j’ai chanté et j’ai reconnu ton chant, ta force sur mes lèvres (mon corps finira-t-il par s’accorder en toute justesse et beauté ?) : Guerrier valeureux, porte l’épée de noblesse et d’honneur. Ton honneur, c’est de courir au combat pour la justice, la clémence et la vérité ».
Au début de l’année 1995, alors que l’armée entoure le monastère pour le protéger « de son bras musclé , frère Christophe, continue de méditer sur la mort d’Alain, Jean, Charlie, Christian, tes disciples assassinés : J’ai à prier en ami pour vos assassins. Laudes : Face à mes ennemis s’ouvre ma bouche. Demander cette grâce de parole désarmée, nue, droite ».
Frère Christophe trouve dans les Psaumes chantés en situation liturgique les mots qui expriment et éclairent ce qu’il est en train de vivre dans la situation de violence en Algérie. Il en est impressionné – dirait saint Athanase – comme s’il parlait lui-même de lui-même. Il prononce des paroles qui semblent avoir été écrites pour lui et qui le concernent. Pour lui, psalmodier avec sagesse, c’est se laisser réveiller par un verset de psaumes qui prend tout à coup saveur d’Évangile et qu’il goûte avec délice ; c’est y reconnaître le chant du Christ sur ses propres lèvres et y accorder son cœur ; c’est le faire sien et en recevoir la grâce d’une parole désarmée, face à ses ennemis.

Une psalmodie solidaire

Je voudrais poursuivre en évoquant une autre expérience de la psalmodie comme acte lié à l’identité même de la communauté monastique. « Je vois bien, écrit Frère Christophe, que notre mode particulier d’existence – moines en communauté – eh bien, ça résiste, ça tient et ça vous maintient. Ainsi, pour détailler un peu, l’office : les mots des psaumes résistent, font corps avec la situation de violence, d’angoisse, de mensonge et d’injustice. Oui, il y a des ennemis. On ne peut pas nous contraindre à dire trop vite qu’on les aime, sans faire injure à la mémoire des victimes dont chaque jour le nombre s’accroît. Dieu saint, Dieu fort, viens à notre aide. Vite, au secours ! » Oui, les mots des psaumes résistent et c’est pour cela que la communauté monastique se tient au coeur de l’actualité la plus brûlante, celle dont parlent les journaux et la télévision. Plus profondément, dans le coeur du Christ, elle se tient dans une solidarité qui donne la parole aux humiliés, aux opprimés, aux pauvres.
C’est en moine psalmodiant que Frère Christian, prieur de Tibhrine, s’exprime dans le journal «La Croix» du 24 février 1994, peu après le massacre des douze techniciens croates égorgés à l’arme blanche près du monastère : « C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en bétail d’abattoir. Réveille-toi ! Pourquoi dors-tu Seigneur ? C’est ce psaume 43 qui accompagnait notre office, ce mercredi-là, comme les autres mercredis. Mais il prenait une actualité bouleversante. Nous venions tout juste d’apprendre le massacre de la veille au soir. Ignorant alors ce qui allait se passer, nous avions chanté, sans doute machinalement, un autre verset de psaume qui prenait sens tragiquement, là, à notre porte : Ne laisse pas la Bête égorger la Tourterelle, n’oublie pas sans fin la vie de tes pauvres ».
Frère Christophe, quelques jours plus tard dans son Journal, fait appel au même psaume pour inscrire l’actualité de la violence dans le monde et au plus près du monastère. Il le fait de telle manière qu’on saisit sur le vif le rapport fécond entre psalmodie au choeur et rumination des psaumes dans la prière continuelle, en lien avec les événements : « Jour après jour il faut continuer d’encaisser les coups de l’Adversaire. Dans la mosquée d’Hébron, l’ennemi a tout saccagé, il a rugi dans une assemblée de maronites au Liban, et autour de nous, la demeure de ton Nom – l’homme vivant – est profanée. On coupe les têtes, on égorge. Prier. À Jérusalem, au Liban, en Algérie, à Sarajevo… partout, c’est dangereux. Le priant est vulnérable, désarmé. » Voilà comment les mots d’un psaume, proférés de bouche durant l’office, font leur chemin dans le coeur du moine. Il s’est laissé gagner par ce qu’il a dit, et comme dans le coeur de Marie, la parole a pris chair.
Elle a pris ce jour-là, l’épaisseur de l’histoire tragique vécue par des hommes et des femmes à Jérusalem, au Liban, en Algérie, à Sarajevo, cette histoire humaine assumée par Jésus, l’Agneau égorgé – la Tourterelle du psaume 73 – désarmé et cependant pour toujours vainqueur de la Bête.
Et pour conclure ces quelques réflexions, je laisserai encore résonner les mots du psaume sur lesquels s’a­chève le Journal de frère Christophe, le 19 mars 1996, huit jours avant l’arrestation des sept Frères: « Saint Joseph. J’ai été heureux de présider l’Eucharistie. J’ai comme entendu la voix de Joseph m’invitant à chanter, avec lui et l’Enfant, le psaume 100 : Je chanterai justice et bonté… J’irai par le chemin le plus parfait. Quand viendras-tu jusqu’à moi… Je marcherai d’un coeur parfait ». La psalmodie fait entrer dans une longue lignée de priants, d’obscurs témoins d’une espérance. Invités à chanter avec eux et « l’Enfant », la communauté monastique et chacun de ses membres y puisent l’élan pour se hâter vers la partie céleste et y parvenir tous ensemble.

Soeur Étienne Reynaud
Moniale bénédictine de Pradines

BENOÎT XVI – (La primauté de la prière et de la Parole de Dieu) (Actes 6: 1-7) (titre italien)

24 octobre, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120425.html

BENOÎT XVI – (La primauté de la prière et de la Parole de Dieu) (Actes 6: 1-7) (titre italien)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 25 avril 2012

Chers frères et sœurs,

Dans la dernière catéchèse, j’ai montré que l’Église, depuis les débuts de son chemin, s’est trouvée à devoir affronter des situations imprévues, de nouvelles questions et urgences auxquelles elle a tenté d’apporter des réponses à la lumière de la foi, en se laissant guider par l’Esprit Saint. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter pour réfléchir sur une autre de ces situations, sur un problème sérieux que la première communauté chrétienne de Jérusalem a dû affronter et résoudre, comme nous le raconte saint Luc dans le sixième chapitre des Actes des apôtres, à propos de la pastorale de la charité envers les personnes seules et ayant besoin d’aide et d’assistance. La question n’est pas secondaire pour l’Église et risquait à ce moment-là de créer des divisions à l’intérieur de l’Église : le nombre des disciples, en effet, était en constante augmentation, mais les disciples de langue grecque commençaient à se plaindre des disciples de langue hébraïque parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution quotidienne (cf. Ac 6, 1). Face à cette urgence qui concernait un aspect fondamental dans la vie de la communauté, c’est-à-dire la charité envers les plus faibles, pauvres et sans défense, et la justice, les apôtres convoquent tout le groupe des disciples. Dans ce moment d’urgence pastorale, on est frappé par le discernement démontré par les apôtres. Ils se trouvent face à l’exigence primaire d’annoncer la Parole de Dieu selon le mandat du Seigneur, mais — même si c’est là l’exigence primaire de l’Église — ils considèrent avec tout autant de sérieux le devoir de la charité et de la justice, c’est-à-dire le devoir d’assister les veuves, les pauvres, de résoudre avec amour les situations de besoin où se trouvent leurs frères et sœurs, pour répondre au commandement de Jésus : aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés (cf. Jn 15, 12.17). Les deux réalités qui doivent vivre dans l’Église — l’annonce de la Parole, le primat de Dieu, et la charité concrète, la justice —, sont donc en train de créer des difficultés et il faut trouver une solution, pour que toutes deux puissent avoir leur place, leur relation nécessaire. La réflexion des apôtres est très claire, ils disent, comme nous l’avons entendu : « Il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole » (Ac 6, 2-4).
Deux choses apparaissent: d’abord, il existe à partir de ce moment-là dans l’Église un ministère de la charité. L’Église ne doit pas seulement annoncer la Parole, mais aussi réaliser la Parole, qui est charité et vérité. Et, deuxième point, ces hommes non seulement doivent jouir d’une bonne réputation, mais doivent être des hommes remplis d’Esprit Saint et de sagesse, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas seulement être des organisateurs qui savent « faire », mais ils doivent « faire » dans l’esprit de la foi avec la lumière de Dieu, avec la sagesse dans le cœur, et donc leur fonction aussi — bien que surtout pratique — est toutefois une fonction spirituelle. La charité et la justice ne sont pas seulement des actions sociales, mais sont des actions spirituelles réalisées à la lumière de l’Esprit Saint. Nous pouvons donc dire que cette situation est affrontée avec une grande responsabilité par les apôtres, qui prennent cette décision : sept hommes sont choisis ; les apôtres prient pour demander la force de l’Esprit Saint ; puis ils leur imposent les mains afin qu’ils se consacrent de façon particulière à cette diaconie de la charité. Ainsi, dans la vie de l’Église, dans les premiers pas qu’elle accomplit, se reflète, d’une certaine façon, ce qui était advenu au cours de la vie publique de Jésus, dans la maison de Marthe et de Marie à Béthanie. Marthe était prise tout entière par le service de l’hospitalité à offrir à Jésus et à ses disciples ; Marie, en revanche, se consacre à l’écoute de la Parole du Seigneur (cf. Lc 10, 38-42). Dans les deux cas, on n’oppose pas les moments de la prière et de l’écoute de Dieu, et l’activité quotidienne, l’exercice de la charité. Le rappel de Jésus : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part: elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 41-42), ainsi que la réflexion des apôtes : « Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole » (Ac 6, 4), montrent la priorité que nous devons accorder à Dieu. Je ne voudrais pas entrer maintenant dans l’interprétation de cette épisode Marthe-Marie. Quoi qu’il en soit, on ne doit pas condamner l’activité à l’égard du prochain, pour l’autre, mais il faut souligner qu’elle doit aussi être imprégnée intérieurement par l’esprit de contemplation. D’autre part, saint Augustin dit que cette réalité de Marie est une vision de notre situation au ciel, sur la terre nous ne pouvons donc jamais y parvenir complètement, mais un peu d’anticipation doit être présente dans toute notre activité. La contemplation de Dieu doit aussi être présente. Nous ne devons pas nous perdre dans l’activisme pur, mais nous laisser toujours aussi pénétrer dans notre activité par la lumière de la Parole de Dieu et ainsi apprendre la véritable charité, le véritable service pour l’autre, qui n’a pas besoin de tant de choses — il a assurément besoin des choses nécessaires — mais il a surtout besoin de l’affection de notre cœur, de la lumière de Dieu.
Saint Ambroise, en commentant l’épisode de Marthe et Marie, exhorte ainsi ses fidèles, et nous aussi : « Cherchons à avoir nous aussi ce qui ne peut pas nous être ôté, en prêtant à la parole du Seigneur une attention diligente, qui ne soit pas distraite : il arrive aussi aux semences de la parole céleste d’être emportées au loin, si elles sont semées le long de la route. Que le désir de savoir te stimule toi aussi, comme Marie : telle est l’œuvre la plus grande, la plus parfaite ». Et il ajoute que même « le soin du ministère ne doit pas distraire de la connaissance de la parole céleste », de la prière (Expositio Evangelii secundum Lucam, VII, 85 : pl 15, 1720). Les saints ont donc expérimenté une profonde unité de vie entre la prière et l’action, entre l’amour total pour Dieu et l’amour pour leurs frères. Saint Bernard, qui est un modèle d’harmonie entre contemplation et activité, dans le livre De consideratione, adressé au Pape Innocent ii pour lui offrir quelques réflexions à propos de son ministère, insiste précisément sur l’importance du recueillement intérieur, de la prière pour se défendre des dangers d’une activité excessive, quelle que soit la condition dans laquelle on se trouve et la tâche que l’on accomplit. Saint Bernard affirme que les occupations trop nombreuses, une vie frénétique, finissent souvent par endurcir le cœur et faire souffrir l’esprit (cf. ii, 3).
C’est un rappel précieux pour nous aujourd’hui, habitués à tout évaluer selon le critère de la productivité et de l’efficacité. Le passage des Actes des apôtres nous rappelle l’importance du travail — un véritable ministère est sans aucun doute créé —, de l’engagement dans les activités quotidiennes qui doivent être accomplies avec responsabilité et dévouement, mais également de notre besoin de Dieu, de sa direction, de sa lumière qui nous donnent force et espérance. Sans la prière quotidienne vécue avec fidélité, notre action devient vide, perd son âme profonde, se réduit à un simple activisme qui, à la fin, nous laisse insatisfaits. Il existe une belle invocation de la tradition chrétienne qu’il faut réciter avant toute activité, qui dit : «Actiones nostras, quæsumus, Domine, aspirando præveni et adiuvando prosequere, ut cuncta nostra oratio et operatio a te semper incipiat, et per te coepta finiatur », c’est-à-dire : « Inspire nos actions, Seigneur, et accompagne-les par ton assistance, pour que chacune de nos paroles et de nos actions possède toujours en toi son début et en toi son accomplissement ». Chaque pas de notre vie, chaque action, également de l’Eglise, doit être faite devant Dieu, à la lumière de sa Parole.
Dans la catéchèse de mercredi dernier, j’avais souligné la prière unanime de la première communauté chrétienne face à l’épreuve et la façon dont, précisément dans la prière, dans la méditation sur l’Écriture Sainte, elle a pu comprendre les événements qui avaient lieu. Lorsque la prière est alimentée par la Parole de Dieu, nous pouvons voir la réalité avec un regard neuf, avec les yeux de la foi et le Seigneur, qui parle à l’esprit et au cœur, donne une nouvelle lumière au chemin à tout moment et dans toutes les situations. Nous croyons dans la force de la Parole de Dieu et de la prière. La difficulté que vivait l’Église face au problème du service aux pauvres, à la question de la charité, est surmontée dans la prière, à la lumière de Dieu, de l’Esprit Saint. Les apôtres ne se limitent pas à ratifier le choix d’Étienne et des autres hommes, mais « après avoir prié, ils leur imposèrent les mains » (Ac 6, 6). L’évangéliste rappellera à nouveau ces gestes à l’occasion de l’élection de Paul et Barnabé, quand nous lisons : « après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent à leur mission » (Ac 13, 3). Il confirme à nouveau que le service concret de la charité est un service spirituel. Les deux réalités doivent aller de pair.
Avec le geste de l’imposition des mains, les apôtres confèrent un ministère particulier à sept hommes, afin que leur soit donnée la grâce correspondante. L’accent placé sur la prière — « après avoir prié », disent-ils — est important car il souligne précisément la dimension spirituelle du geste ; il ne s’agit pas simplement de conférer une charge comme c’est le cas dans une organisation sociale, mais il s’agit d’un événement ecclésial dans lequel l’Esprit Saint s’approprie sept hommes choisis par l’Église, en les consacrant dans la Vérité qui est Jésus Christ : Il est le protagoniste silencieux, présent dans l’imposition des mains, afin que les élus soient transformés par sa puissance et sanctifiés pour affronter les défis pratiques, les défis pastoraux. L’accent sur la prière nous rappelle en outre que ce n’est que du rapport intime avec Dieu cultivé chaque jour que naît la réponse au choix du Seigneur et qu’est confié chaque ministère dans l’Église.
Chers frères et sœurs, le problème pastoral qui a conduit les apôtres à choisir et à imposer les mains sur sept hommes chargés du service de la charité, pour se consacrer eux-mêmes à la prière et à l’annonce de la Parole, nous indique également le primat de la prière et de la Parole de Dieu qui toutefois, produit ensuite l’action pastorale. Pour les pasteurs, il s’agit de la forme de service première et plus précieuse à l’égard du troupeau qui leur est confié. Si les poumons de la prière et de la Parole de Dieu n’alimentent pas le souffle de notre vie spirituelle, nous risquons de suffoquer au milieu des mille choses de chaque jour: la prière est le souffle de l’âme et de la vie. Et il y a un autre rappel précieux que je voudrais souligner : dans le rapport avec Dieu, dans l’écoute de sa Parole, dans le dialogue avec Dieu, même lorsque nous nous trouvons dans le silence d’une église ou de notre chambre, nous sommes unis au Seigneur et à de nombreux frères et sœurs dans la foi comme un ensemble d’instruments qui, même dans leur individualité, élèvent à Dieu une unique grande symphonie d’intercession, d’action de grâce et de louange. Merci.

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