L’EXULTET, CHANTER L’ÉVÉNEMENT PASCAL

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L’EXULTET, CHANTER L’ÉVÉNEMENT PASCAL

Proclamé auprès du cierge pascal après la procession des lumières, l’Exultet débute par « Exultez de joie multitude des anges » (forme longue) et « Qu’éclate dans le ciel la joie des anges » (forme courte). Plusieurs versions avec répons d’assemblée sont simples à mettre en œuvre si un diacre, prêtre ou chantre s’y entend quelque peu en musique et, par sa voix, transmet beauté et joie de la résurrection : « Qu’éclate… » I 111 – 1 ou « Exultet de Berthier IL 20 – 18, « Exultet » de Keur Moussa IL 20 – 18 – 2, « Exultet » de Gouzes M 120. A défaut de cantor, le texte, simplement psalmodié, rendra la proclamation plus solennelle que s’il est lu. Agnès Minier Exultet !

Nous te louons, splendeur du Père. Jésus, Fils de Dieu. Qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Qu’éclate de partout la joie du monde Qu’éclate dans l’Eglise la joie des fils de Dieu La lumière éclaire l’Eglise, La lumière éclaire la terre, peuples, chantez ! Voici pour tous les temps l’unique Pâque, Voici pour Israël le grand passage, Voici la longue marche vers la terre de liberté ! Ta lumière éclaire la route, Dans la nuit ton peuple s’avance, libre, vainqueur ! Voici maintenant la Victoire, Voici pour Israël le grand passage, Voici la longue marche vers la terre de liberté ! Ta lumière éclaire la route, Dans la nuit ton peuple s’avance, libre, vainqueur ! Voici maintenant la Victoire, Voici la liberté pour tous les peuples, Le Christ ressuscité triomphe de la mort. Ô nuit qui nous rend la lumière, Ô nuit qui vit dans sa Gloire le Christ Seigneur ! Amour infini de notre Père, suprême témoignage de tendresse, Pour libérer l’esclave, tu as livré le Fils ! Bienheureuse faute de l’homme, Qui valut au monde en détresse le seul Sauveur ! Victoire qui rassemble ciel et terre, Victoire où Dieu se donne un nouveau peuple Victoire de l’Amour, victoire de la Vie. Ô Père, accueille la flamme, Qui vers toi s’élève en offrande, feu de nos cœurs ! Que brille devant toi cette lumière ! Demain se lèvera l’aube nouvelle D’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils ! Et que règnent la Paix, la Justice et l’Amour, Et que passent tous les hommes De cette terre à ta grande maison, par Jésus Christ !

HOMÉLIE 4E DIMANCHE DE CARÊME

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4E DIMANCHE DE CARÊME

DIMANCHE 15 MARS 2015

FAMILLE DE SAINT JOSEPH

HOMÉLIE – MESSE

Le récit de la rencontre de Jésus avec Nicodème suit immédiatement celui de l’expulsion des vendeurs du Temple, que nous avons médité dimanche dernier. Par cette action prophétique, Jésus s’était opposé ouvertement au parti des grands prêtres et autres notables appartenant au parti des Sadducéens. Ceux-ci gouvernaient le Temple de Jérusalem et la vie religieuse du peuple, mais la légitimité de leur pouvoir était contestée par les Pharisiens. Il n’est dès lors pas impossible que la démarche de Nicodème ait une dimension « politique » : peut-être venait-il suggérer à ce Maître de plus en plus populaire, de se rallier à la cause de son parti dont il semblait épouser les positions. Pour les pharisiens en effet, ce ne sont pas les sacrifices du Temple, mais l’observance de la Loi qui conduit au salut. Voilà pourquoi Nicodème annonce en préambule : « L’acte prophétique que tu as posé dans le Temple, nous a confirmé dans notre opinion : “tu es un maître qui vient de la part de Dieu ». Certes la remarque est pertinente ; cependant Nicodème doit encore découvrir que Jésus n’est pas un commentateur particulièrement inspiré de la Loi ancienne, mais qu’il vient instaurer la Loi nouvelle de l’Esprit. Contrairement aux pharisiens, Notre-Seigneur ne promet pas le salut au prix d’une observance scrupuleuse des préceptes ; mais il invite tous ceux qui croient en lui, à accueillir gratuitement la vie nouvelle qu’il leur offre de la part du Père : « c’est par grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (2nd lect.). Car « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a envoyé son Fils unique dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Ibid.).
La Loi nous condamne en dénonçant notre péché ; la foi nous sauve en nous incorporant en celui qui non seulement accomplit parfaitement la Loi d’amour dans tous ses faits et gestes, mais qui offre également dans le Temple de son corps et en notre nom, le sacrifice parfait qui nous rétablit dans l’Alliance. En son Fils Jésus-Christ, Dieu a ouvert devant nous une voie nous permettant d’« échapper au jugement » ; à condition bien sûr que nous fixions nos yeux avec amour et reconnaissance sur celui qui accepta d’être « élevé » sur la croix « afin que tout homme qui croit, obtienne par lui la vie éternelle ». Voilà pourquoi l’Eglise nous invite à nous réjouir au cœur même de ce Carême, en ce dimanche dit du « laetare » – d’après la première parole de l’antienne d’ouverture : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés de l’abondance de sa joie » (Is 66, 10-11).
La justice de la foi ne nous est cependant pas simplement imputée : la justification est une nouvelle création en Jésus-Christ ; elle est participation à la vie divine dans l’Esprit, et devrait dès lors se manifester en des œuvres qui sont reconnaissables comme « des œuvres de Dieu ». Croire ne saurait se limiter à une attitude passive : il s’agit de choisir concrètement le camp de la Lumière – ce qui implique de nous arracher à « nos œuvres mauvaises » pour adhérer au Christ. C’est donc à un exode que nous sommes conviés : en son Fils, « le Seigneur, le Dieu du ciel » (1ère lect.) est intervenu avec puissance dans le cours de l’histoire ; nous tous qui faisons partie de son peuple, il nous convoque à Jérusalem (cf. 1ère lect.) pour y rebâtir la ville sainte sur la Pierre angulaire : le Christ Jésus Notre-Seigneur. Si par le passé nous avons « multiplié les infidélités en imitant toutes les pratiques sacrilèges des nations païennes » (Ibid.), aujourd’hui il ne doit plus en être ainsi : « Nous qui étions morts par suite de nos fautes, Dieu dans sa miséricorde nous a fait revivre avec le Christ ; il nous a recréés en lui, pour que nos actes soient conformes à la voie qu’il a tracée pour nous et que nous devons suivre » (2nd lect.), « afin que nos œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu ».
Il nous faut donc apprendre à vivre dans la mémoire continuelle de Dieu, de ce qu’il a fait pour nous en son Christ. Dieu est Maître de l’histoire : il peut tout faire concourir au bien de ceux qui l’aiment et se confient à lui. Tout comme il s’est servi du roi païen Cyrus pour ramener son peuple sur sa terre afin qu’il lui bâtisse un Temple, ainsi pourra-t-il tirer profit de tous les événements de notre vie, y compris de notre péché, pour nous attirer jusqu’à lui. A travers l’image du Serpent de bronze, l’Evangile de ce jour nous apprend en effet que loin d’être un obstacle à l’action de Dieu, le péché est tout au contraire l’endroit décisif où le don de Dieu se communique dans toute sa plénitude. A condition que nous acceptions d’exposer notre péché au grand jour de la miséricorde, au lieu de le cacher dans les retranchements de notre conscience enténébrée. C’est en levant les yeux vers le Christ élevé en croix, que nous pouvons voir notre péché dans la lumière de la miséricorde divine et que nous pouvons pressentir le sens du verset de l’Exultet que nous chanterons dans la nuit pascale : « Heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! » – comprenons : heureuse faute qui nous valut la révélation de l’infinie miséricorde de Dieu à notre égard. Comment ne pas nous émerveiller devant un tel Amour, qui dans un seul et même élan, pardonne, recrée et donne part à sa propre vie : « à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ ; avec lui il nous a ressuscités ; avec lui il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus » (2nd lect.). Telle est « la richesse infinie de sa grâce » par laquelle le Père a voulu que nous, pécheurs, devenions bien réellement ses enfants, rassemblés par son Fils unique pour partager dans l’Esprit, un même amour et une même vie.

« Seigneur apprends-nous à vivre de la mémoire de tes bienfaits. Puissions-nous ne jamais oublier le don que tu nous fais en ton Fils Jésus-Christ, et laisser la grâce divine dont nous sommes héritiers, produire en abondance son fruit de justice, de paix et de joie : “Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n’élève ton Nom au sommet de ma joie” (Ps 136). »
Père Joseph-Marie

LE BIG BANG DE LA NOUVELLE CRÉATION, RACONTÉ PAR LE PAPE BENOÎT XVI

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LE BIG BANG DE LA NOUVELLE CRÉATION, RACONTÉ PAR LE PAPE BENOÎT XVI

« Avec la résurrection de Jésus, Dieu a dit de nouveau: Que la lumière soit! ». L’homélie de la veillée pascale dans la nuit du 7 avril 2012, à la basilique Saint-Pierre

par Benoît XVI

Chers frères et sœurs !

Pâques est la fête de la nouvelle création. Jésus est ressuscité et ne meurt plus. Il a enfoncé la porte vers une vie nouvelle qui ne connaît plus ni maladie ni mort. Il a pris l’homme en Dieu lui-même. « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » avait dit Paul dans la première lettre aux Corinthiens (15, 50). L’écrivain ecclésiastique Tertullien, au III siècle, en référence à la résurrection du Christ et à notre résurrection avait l’audace d’écrire : « Ayez confiance, chair et sang, grâce au Christ vous avez acquis une place dans le Ciel et dans le royaume de Dieu » (CCL II 994). Une nouvelle dimension s’est ouverte pour l’homme. La création est devenue plus grande et plus vaste. Pâques est le jour d’une nouvelle création, c’est la raison pour laquelle en ce jour l’Église commence la liturgie par l’ancienne création, afin que nous apprenions à bien comprendre la nouvelle. C’est pourquoi, au début de la Liturgie de la Parole durant la Vigile pascale, il y a le récit de la création du monde.
En relation à cela, deux choses sont particulièrement importantes dans le contexte de la liturgie de ce jour. En premier lieu, la création est présentée comme un tout dont fait partie le phénomène du temps. Les sept jours sont une image d’une totalité qui se déroule dans le temps. Ils sont ordonnés en vue du septième jour, le jour de la liberté de toutes les créatures pour Dieu et des unes pour les autres. La création est donc orientée vers la communion entre Dieu et la créature ; elle existe afin qu’il y ait un espace de réponse à la grande gloire de Dieu, une rencontre d’amour et de liberté. En second lieu, durant la Vigile pascale, du récit de la création, l’Église écoute surtout la première phrase : « Dieu dit : ‘Que la lumière soit’ ! » (Gen 1, 3). Le récit de la création, d’une façon symbolique, commence par la création de la lumière. Le soleil et la lune sont créés seulement le quatrième jour. Le récit de la création les appelle sources de lumière, que Dieu a placées dans le firmament du ciel. Ainsi il leur ôte consciemment le caractère divin que les grandes religions leur avaient attribué. Non, ce ne sont en rien des dieux. Ce sont des corps lumineux, créés par l’unique Dieu. Ils sont en revanche précédés de la lumière par laquelle la gloire de Dieu se reflète dans la nature de l’être qui est créé.
Qu’entend par là le récit de la création ? La lumière rend possible la vie. Elle rend possible la rencontre. Elle rend possible la communication. Elle rend possible la connaissance, l’accès à la réalité, à la vérité. Et en rendant possible la connaissance, elle rend possible la liberté et le progrès. Le mal se cache. La lumière par conséquent est aussi une expression du bien qui est luminosité et créé la luminosité. C’est le jour dans lequel nous pouvons œuvrer. Le fait que Dieu ait créé la lumière signifie que Dieu a créé le monde comme lieu de connaissance et de vérité, lieu de rencontre et de liberté, lieu du bien et de l’amour. La matière première du monde est bonne, l’être même est bon. Et le mal ne provient pas de l’être qui est créé par Dieu, mais existe en vertu de la négation. C’est le « non ».
A Pâques, au matin du premier jour de la semaine, Dieu a dit de nouveau : « Que la lumière soit ! ». Auparavant il y avait eu la nuit du Mont des Oliviers, l’éclipse solaire de la passion et de la mort de Jésus, la nuit du sépulcre. Mais désormais c’est de nouveau le premier jour – la création recommence entièrement nouvelle. « Que la lumière soit ! », dit Dieu, « et la lumière fut ». Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort. Le bien est plus fort que le mal. L’amour est plus fort que la haine. La vérité est plus forte que le mensonge. L’obscurité des jours passés est dissipée au moment où Jésus ressuscite du tombeau et devient, lui-même, pure lumière de Dieu. Ceci, toutefois, ne se réfère pas seulement à lui ni à l’obscurité de ces jours. Avec la résurrection de Jésus, la lumière elle-même est créée de façon nouvelle. Il nous attire tous derrière lui dans la nouvelle vie de la résurrection et vainc toute forme d’obscurité. Il est le nouveau jour de Dieu, qui vaut pour nous tous.
Mais comment cela peut-il arriver ? Comment tout cela peut-il parvenir jusqu’à nous de façon que cela ne reste pas seulement parole, mais devienne une réalité dans laquelle nous sommes impliqués ? Par le sacrement du Baptême et la profession de foi, le Seigneur a construit un pont vers nous, par lequel le nouveau jour vient à nous. Dans le Baptême, le Seigneur dit à celui qui le reçoit : « Fiat lux » – que la lumière soit. Le nouveau jour, le jour de la vie indestructible vient aussi à nous. Le Christ te prend par la main. Désormais tu seras soutenu par lui et tu entreras ainsi dans la lumière, dans la vraie vie. Pour cette raison, l’Église primitive a appelé le Baptême « photismos » – illumination.
Pourquoi ? L’obscurité vraiment menaçante pour l’homme est le fait que lui, en vérité, est capable de voir et de rechercher les choses tangibles, matérielles, mais il ne voit pas où va le monde et d’où il vient. Où va notre vie elle-même. Ce qu’est le bien et ce qu’est le mal. L’obscurité sur Dieu et sur les valeurs sont la vraie menace pour notre existence et pour le monde en général. Si Dieu et les valeurs, la différence entre le bien et le mal restent dans l’obscurité, alors toutes les autres illuminations, qui nous donnent un pouvoir aussi incroyable, ne sont pas seulement des progrès, mais en même temps elles sont aussi des menaces qui mettent en péril nous et le monde. Aujourd’hui nous pouvons illuminer nos villes d’une façon tellement éblouissante que les étoiles du ciel ne sont plus visibles. N’est-ce pas une image de la problématique du fait que nous soyons illuminés ? Sur les choses matérielles nous savons et nous pouvons incroyablement beaucoup, mais ce qui va au-delà de cela, Dieu et le bien, nous ne réussissons plus à l’identifier. C’est pourquoi, c’est la foi qui nous montre la lumière de Dieu, la véritable illumination, elle est une irruption de la lumière de Dieu dans notre monde, une ouverture de nos yeux à la vraie lumière.
Chers amis, je voudrais enfin ajouter encore une pensée sur la lumière et sur l’illumination. Durant la Vigile pascale, la nuit de la nouvelle création, l’Église présente le mystère de la lumière avec un symbole tout à fait particulier et très humble : le cierge pascal. C’est une lumière qui vit en vertu du sacrifice. Le cierge illumine en se consumant lui-même. Il donne la lumière en se donnant lui-même. Ainsi il représente d’une façon merveilleuse le mystère pascal du Christ qui se donne lui-même et ainsi donne la grande lumière. En second lieu, nous pouvons réfléchir sur le fait que la lumière du cierge est du feu. Le feu est une force qui modèle le monde, un pouvoir qui transforme. Et le feu donne la chaleur. Là encore le mystère du Christ se rend à nouveau visible. Le Christ, la lumière est feu, il est la flamme qui brûle le mal transformant ainsi le monde et nous-mêmes. « Qui est près de moi est près du feu », exprime une parole de Jésus transmise par Origène. Et ce feu est en même temps chaleur, non une lumière froide, mais une lumière dans laquelle se rencontrent la chaleur et la bonté de Dieu.
Le grand hymne de l’Exultet, que le diacre chante au début de la liturgie pascale, nous fait encore remarquer d’une façon très discrète un autre aspect. Il rappelle que ce produit, la cire, est du en premier lieu au travail des abeilles. Ainsi entre en jeu la création tout entière. Dans la cire, la création devient porteuse de lumière. Mais, selon la pensée des Pères, il y a aussi une allusion implicite à l’Église. La coopération de la communauté vivante des fidèles dans l’Église est presque semblable à l’œuvre des abeilles. Elle construit la communauté de la lumière. Nous pouvons ainsi voir dans la cire un rappel fait à nous-mêmes et à notre communion dans la communauté de l’Église, qu’elle existe afin que la lumière du Christ puisse illuminer le monde.
Prions le Seigneur à présent de nous faire expérimenter la joie de sa lumière, et prions-le, afin que nous-mêmes nous devenions des porteurs de sa lumière, pour qu’à travers l’Église la splendeur du visage du Christ entre dans le monde. Amen.

MESSAGE DE BENOÎT XVI AUX JEUNES DU MONDE ENTIER

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MESSAGE DE BENOÎT XVI AUX JEUNES DU MONDE ENTIER

Journée mondiale de la Jeunesse 2012, dimanche des Rameaux

ROME, mardi 27 mars 2012 (ZENIT.org) – « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » : ce verset de l’Epître de saint Paul aux Philippiens est le thème du message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la Jeunesse 2012, dimanche des Rameaux, 1er avril.
Message de Benoît XVI :
« Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4)
Chers jeunes,
Je suis heureux de pouvoir à nouveau m’adresser à vous à l’occasion de la XXVIIème Journée Mondiale de la Jeunesse. Le souvenir de la rencontre de Madrid, en août dernier, reste très présent à mon esprit. Ce fut un temps de grâce exceptionnel au cours duquel Dieu a béni les jeunes présents, venus du monde entier. Je rends grâce à Dieu pour tout ce qu’il a fait naître lors de ces journées, et qui ne manquera pas de porter du fruit à l’avenir pour les jeunes et pour les communautés auxquelles ils appartiennent. A présent nous sommes déjà orientés vers le prochain rendez-vous de Rio de Janeiro en 2013, qui aura pour thème « Allez, de toutes les nations faites des disciples ! » (cf. Mt 28, 19).
Cette année, le thème de la Journée Mondiale de la Jeunesse nous est donné par une exhortation de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4). La joie, en effet, est un élément central de l’expérience chrétienne. Et au cours de chaque Journée Mondiale de la Jeunesse, nous faisons l’expérience d’une joie intense, la joie de la communion, la joie d’être chrétiens, la joie de la foi. C’est une des caractéristiques de ces rencontres. Et nous voyons combien cette joie attire fortement : dans un monde souvent marqué par la tristesse et les inquiétudes, la joie est un témoignage important de la beauté de la foi chrétienne et du fait qu’elle est digne de confiance.
L’Eglise a pour vocation d’apporter au monde la joie, une joie authentique qui demeure, celle que les anges ont annoncé aux bergers de Bethléem la nuit de la naissance de Jésus (cf. Lc 2, 10) : Dieu n’a pas seulement parlé, il n’a pas seulement accompli des signes prodigieux dans l’histoire de l’humanité, Dieu s’est fait tellement proche qu’il s’est fait l’un de nous et a parcouru toutes les étapes de la vie humaine. Dans le difficile contexte actuel, tant de jeunes autour de vous ont un immense besoin d’entendre que le message chrétien est un message de joie et d’espérance ! Aussi, je voudrais réfléchir avec vous sur cette joie, sur les chemins pour la trouver, afin que vous puissiez en vivre toujours plus profondément et en être les messagers autour de vous.
1. Notre cœur est fait pour la joie
L’aspiration à la joie est imprimée dans le cœur de l’homme. Au-delà des satisfactions immédiates et passagères, notre cœur cherche la joie profonde, parfaite et durable qui puisse donner du “goût” à l’existence. Et cela est particulièrement vrai pour vous, parce que la jeunesse est une période de continuelle découverte de la vie, du monde, des autres et de soi-même. C’est un temps d’ouverture vers l’avenir où se manifestent les grands désirs de bonheur, d’amitié, de partage et de vérité et durant lequel on est porté par des idéaux et on conçoit des projets.
Chaque jour, nombreuses sont les joies simples que le Seigneur nous offre : la joie de vivre, la joie face à la beauté de la nature, la joie du travail bien fait, la joie du service, la joie de l’amour sincère et pur. Et si nous y sommes attentifs, il y a de nombreux autres motifs de nous réjouir : les bons moments de la vie en famille, l’amitié partagée, la découverte de ses capacités personnelles et ses propres réussites, les compliments reçus des autres, la capacité de s’exprimer et de se sentir compris, le sentiment d’être utile à d’autres. Il y a aussi l’acquisition de nouvelles connaissance que nous faisons par les études, la découverte de nouvelles dimensions par des voyages et des rencontres, la capacité de faire des projets pour l’avenir. Mais également lire une œuvre de littérature, admirer un chef d’œuvre artistique, écouter ou jouer de la musique, regarder un film, tout cela peut produire en nous de réelles joies.
Chaque jour, pourtant, nous nous heurtons à tant de difficultés et notre cœur est tellement rempli d’inquiétudes pour l’avenir, qu’il nous arrive de nous demander si la joie pleine et permanente à laquelle nous aspirons n’est pas une illusion et une fuite de la réalité. De nombreux jeunes s’interrogent : aujourd’hui la joie parfaite est-elle vraiment possible ? Et ils la recherchent de différentes façons, parfois sur des voies qui se révèlent erronées, ou du moins dangereuses. Comment distinguer les joies réellement durables des plaisirs immédiats et trompeurs ? Comment trouver la vraie joie dans la vie, celle qui dure et ne nous abandonne pas, même dans les moments difficiles ?
2. Dieu est la source de la vraie joie
En réalité, les joies authentiques, que ce soient les petites joies du quotidien comme les grandes joies de la vie, toutes trouvent leur source en Dieu, même si cela ne nous apparaît pas immédiatement. La raison en est que Dieu est communion d’amour éternel, qu’il est joie infinie qui n’est pas renfermée sur elle-même mais qui se propage en ceux qu’il aime et qui l’aiment. Dieu nous a créés par amour à son image afin de nous aimer et de nous combler de sa présence et de sa grâce. Dieu veut nous faire participer à sa propre joie, divine et éternelle, en nous faisant découvrir que la valeur et le sens profond de notre vie réside dans le fait d’être accepté, accueilli et aimé de lui, non par un accueil fragile comme peut l’être l’accueil humain, mais par un accueil inconditionnel comme est l’accueil divin : je suis voulu, j’ai ma place dans le monde et dans l’histoire, je suis aimé personnellement par Dieu. Et si Dieu m’accepte, s’il m’aime et que j’en suis certain, je sais de manière sûre et certaine qu’il est bon que je sois là et que j’existe.
C’est en Jésus Christ que se manifeste le plus clairement l’amour infini de Dieu pour chacun. C’est donc en lui que se trouve cette joie que nous cherchons. Nous voyons dans les Evangiles comment chaque événement qui marque les débuts de la vie de Jésus est caractérisé par la joie. Lorsque l’ange Gabriel vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle deviendra la mère du Sauveur, il commence par ces mots : « Réjouis-toi ! » (Lc 1, 28). Lors de la naissance du Christ, l’ange du Seigneur dit aux bergers : « Voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. » (Lc 2, 11) Et les mages qui cherchaient le nouveau-né, « quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie ». (Mt 2, 10) Le motif de cette joie est donc la proximité de Dieu, qui s’est fait l’un de nous. C’est d’ailleurs ainsi que l’entendait saint Paul quand il écrivait aux chrétiens de Philippes: « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! Laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie ! Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » (Ph 4, 4-5) La première cause de notre joie est la proximité du Seigneur, qui m’accueille et qui m’aime.
En réalité une grande joie intérieure naît toujours de la rencontre avec Jésus. Nous le remarquons dans de nombreux épisodes des Evangiles. Voyons par exemple la visite que Jésus fit à Zachée, un collecteur d’impôt malhonnête, un pécheur public auquel Jésus déclare « il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ». Et Zachée, comme saint Luc le précise, « le reçut avec joie » (Lc 19, 5-6). C’est la joie d’avoir rencontré le Seigneur, de sentir l’amour de Dieu qui peut transformer toute l’existence et apporter le salut. Zachée décide alors de changer de vie et de donner la moitié de ses biens aux pauvres.
A l’heure de la passion de Jésus, cet amour se manifeste dans toute sa grandeur. Dans les derniers moments de sa vie sur la terre, à table avec ses amis, il leur dit : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. (…) Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 9.11) Jésus veut introduire ses disciples et chacun d’entre nous dans la joie parfaite, celle qu’il partage avec son Père, pour que l’amour dont le Père l’aime soit en nous (cf. Jn 17, 26). La joie chrétienne est de s’ouvrir à cet amour de Dieu et d’être possédé par lui.
Les Evangiles nous racontent que Marie-Madeleine et d’autres femmes vinrent visiter le tombeau où Jésus avait été déposé après sa mort et reçurent d’un ange l’annonce bouleversante de sa résurrection. Elles quittèrent vite le tombeau, comme le note l’Evangéliste, « tout émues et pleines de joie » et coururent porter la joyeuse nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue !» (Mt 28, 8-9). C’est la joie du salut qui leur est offerte : le Christ est vivant, il est celui qui a vaincu le mal, le péché et la mort. Et il est désormais présent avec nous, comme le Ressuscité, jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28, 20). Le mal n’a pas le dernier mot sur notre vie. Mais la foi dans le Christ Sauveur nous dit que l’amour de Dieu est vainqueur.
Cette joie profonde est un fruit de l’Esprit Saint qui fait de nous des fils de Dieu, capables de vivre et de goûter sa bonté, en nous adressant à lui avec l’expression “Abba”, Père (cf. Rm 8 ,15). La joie est le signe de sa présence et de son action en nous.
3. Garder au cœur la joie chrétienne
A présent nous nous demandons : comment recevoir et garder ce don de la joie profonde, de la joie spirituelle ?
Un Psaume dit : « Mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur » (Ps 36, 4). Et Jésus explique que « le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44). Trouver et conserver la joie spirituelle procède de la rencontre avec le Seigneur, qui demande de le suivre, de faire un choix décisif, celui de tout miser sur lui. Chers jeunes, n’ayez pas peur de miser toute votre vie sur le Christ et son Evangile : c’est la voie pour posséder la paix et le vrai bonheur au fond de notre cœur, c’est la voie de la véritable réalisation de notre existence de fils de Dieu, créés à son image et à sa ressemblance.
Mettre sa joie dans le Seigneur : la joie est un fruit de la foi, c’est reconnaître chaque jour sa présence, son amitié : « Le Seigneur est proche » (Ph 4,5). C’est mettre notre confiance en lui, c’est grandir dans la connaissance et dans l’amour pour lui. L’“Année de la foi”, dans laquelle nous allons bientôt entrer, nous y aidera et nous encouragera. Chers amis, apprenez à voir comment Dieu agit dans vos vies, découvrez-le caché au cœur des événements de votre quotidien. Croyez qu’il est toujours fidèle à l’alliance qu’il a scellé avec vous au jour de votre Baptême. Sachez qu’il ne vous abandonnera jamais. Et tournez souvent les yeux vers lui. Sur la croix, il a donné sa vie par amour pour vous. La contemplation d’un tel amour établit en nos cœurs une espérance et une joie que rien ne peut vaincre. Un chrétien ne peut pas être triste quand il a rencontré le Christ qui a donné sa vie pour lui.
Chercher le Seigneur, le rencontrer dans notre vie signifie également accueillir sa Parole, qui est joie pour le cœur. Le prophète Jérémie écrit : « Quand tes paroles se présentaient je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur » (Jr 15,16). Apprenez à lire et à méditer l’Ecriture Sainte, vous y trouverez la réponse aux questions profondes de vérité qui habitent votre cœur et votre esprit. La Parole de Dieu nous fait découvrir les merveilles que Dieu a accomplies dans l’histoire de l’homme et elle pousse à la louange et à l’adoration, pénétrées par la joie : « Venez crions de joie pour le Seigneur,… prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits » (Ps 94, 1.6).
La liturgie est par excellence le lieu où s’exprime cette joie que l’Eglise puise dans le Seigneur et transmet au monde. Ainsi chaque dimanche, dans l’Eucharistie, les communautés chrétiennes célèbrent le Mystère central du Salut : la mort et la résurrection du Christ. C’est le moment fondamental du cheminement de tout disciple du Seigneur, où se rend visible son Sacrifice d’amour. C’est le jour où nous rencontrons le Christ Ressuscité, où nous écoutons sa Parole et nous nourrissons de son Corps et de son Sang. Un Psaume proclame : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 24). Et dans la nuit de Pâques, l’Eglise chante l’Exultet, expression de joie pour la victoire du Christ Jésus sur le péché et sur la mort : « Exultez de joie, multitude des anges… sois heureuse aussi, notre terre, irradiée de tant de feux… entends vibrer dans ce lieu saint l’acclamation de tout un peuple ! ». La joie chrétienne naît de se savoir aimé d’un Dieu qui s’est fait homme, qui a donné sa vie pour nous, a vaincu le mal et la mort ; et c’est vivre d’amour pour lui. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, jeune carmélite, écrivait : « Jésus, ma joie, c’est de t’aimer ! » (Pn 45, 21 janvier 1897).
4. La joie de l’amour
Chers amis, la joie est intimement liée à l’amour : ce sont deux fruits de l’Esprit inséparables (cf. Ga 5, 23). L’amour produit la joie et la joie est une forme d’amour. La bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, faisant écho aux paroles de Jésus : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35), disait : « La joie est une chaîne d’amour, pour gagner les âmes. Dieu aime qui donne avec joie. Et celui qui donne avec joie donne davantage ». Et le Serviteur de Dieu Paul VI écrivait : « En Dieu lui-même, tout est joie parce que tout est don » (Exhort. Ap. Gaudete in Domino, 9 mai 1975).
En pensant aux différents aspects de votre vie, je voudrais vous dire qu’aimer requiert de la constance et de la fidélité aux engagements pris. Cela vaut d’abord pour les amitiés : nos amis attendent de nous que nous soyons sincères, loyaux et fidèles, parce que l’amour vrai est persévérant surtout dans les difficultés. Cela vaut aussi pour le travail, les études et les services que vous rendez. La fidélité et la persévérance dans le bien conduisent à la joie, même si elle n’est pas toujours immédiate.
Pour entrer dans la joie de l’amour, nous sommes aussi appelés à être généreux, à ne pas nous contenter de donner le minimum, mais à nous engager à fond dans la vie, avec une attention particulière pour les plus pauvres. Le monde a besoin d’hommes et de femmes compétents et généreux, qui se mettent au service du bien commun. Engagez-vous à étudier sérieusement ; cultivez vos talents et mettez-les dès à présent au service du prochain. Cherchez comment contribuer à rendre la société plus juste et plus humaine, là où vous êtes. Que dans votre vie tout soit guidé par l’esprit de service et non par la recherche du pouvoir, du succès matériel et de l’argent.
A propos de générosité, je ne peux pas ne pas mentionner une joie particulière : celle qui s’éprouve en répondant à la vocation de donner toute sa vie au Seigneur. Chers jeunes, n’ayez pas peur de l’appel du Christ à la vie religieuse, monastique, missionnaire ou au sacerdoce. Soyez certains qu’il comble de joie ceux qui, lui consacrant leur vie dans cette perspective, répondent à son invitation à tout laisser pour rester avec lui et se dédier avec un cœur indivis au service des autres. De même, grande est la joie qu’il réserve à l’homme et à la femme qui se donnent totalement l’un à l’autre dans le mariage pour fonder une famille et devenir signe de l’amour du Christ pour son Eglise.
Je voudrais mentionner un troisième élément pour entrer dans la joie de l’amour : faire grandir dans votre vie et dans la vie de votre communauté la communion fraternelle. Il y a un lien étroit entre la communion et la joie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’exhortation de saint Paul est un pluriel : il ne s’adresse pas à chacun individuellement, mais affirme « soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4). C’est seulement ensemble, en vivant la communion fraternelle, que nous pouvons faire l’expérience de cette joie. Le livre des Actes des Apôtres décrit ainsi la première communauté chrétienne : « Ils partageaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur » (Ac 2, 46). Vous aussi, engagez- vous pour que les communautés chrétiennes puissent être des lieux privilégiés de partage, d’attention et de prévenance les uns envers les autres.
5. La joie de la conversion
Chers amis, pour vivre la vraie joie, il faut aussi repérer les tentations qui vous en éloignent. La culture actuelle pousse souvent à rechercher des objectifs, des réalisation et des plaisirs immédiats, favorisant plus l’inconstance que la persévérance dans l’effort et la fidélité aux engagements. Les messages que vous recevez vous poussent à entrer dans la logique de la consommation en vous promettant des bonheurs artificiels. Or l’expérience montre que l’avoir ne coïncide pas avec la joie : beaucoup de personnes ne manquant pourtant d’aucun bien matériel sont souvent affligées par la désespérance, la tristesse et ressentent la vacuité de leur vie. Pour rester dans la joie, nous sommes invités à vivre dans l’amour et la vérité, à vivre en Dieu.
La volonté de Dieu, c’est que nous soyons heureux. C’est pour cela qu’il nous donné des indications concrètes pour notre route : les Commandements. En les observant nous trouvons le chemin de la vie et du bonheur. Même si à première vue ils peuvent apparaître comme un ensemble d’interdictions, presque un obstacle à la liberté, en réalité si nous les méditons un peu plus attentivement à la lumière du Message du Christ, ils sont un ensemble de règles de vie essentielles et précieuses qui conduisent à une existence menée selon le projet de Dieu. A l’inverse, et nous l’avons constaté tant de fois, construire en ignorant Dieu et sa volonté provoque la déception, la tristesse et le sens de l’échec. L’expérience du péché comme refus de le suivre, comme offense à son amitié, jette une ombre dans notre cœur.
Si parfois le chemin du chrétien est difficile et l’engagement de fidélité à l’amour du Seigneur rencontre des obstacles et même des chutes, Dieu, dans sa miséricorde, ne nous abandonne pas. Il nous offre toujours la possibilité de retourner à lui, de nous réconcilier avec lui, de faire l’expérience de la joie de son amour qui pardonne et accueille à nouveau.
Chers jeunes, recourez souvent au Sacrement de Pénitence et de Réconciliation ! C’est le sacrement de la joie retrouvée. Demandez à l’Esprit Saint la lumière pour savoir reconnaître votre péché et la capacité de demander pardon à Dieu en vous approchant souvent de ce sacrement avec constance, sérénité et confiance. Le Seigneur vous ouvrira toujours les bras, il vous purifiera et vous fera entrer dans sa joie : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit » (Lc 15, 7).
6. La joie dans les épreuves
Une question, toutefois, pourrait encore demeurer dans notre cœur : peut-on réellement vivre dans la joie au milieu des épreuves de la vie, surtout les plus douloureuses et mystérieuses ? Peut-on vraiment affirmer que suivre le Seigneur et lui faire confiance nous procure toujours le bonheur ?
La réponse nous est donnée par certaines expériences de jeunes comme vous, qui ont trouvé dans le Christ justement, la lumière capable de donner force et espérance, même dans les situations les plus difficiles. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati (1901-1925) a traversé de nombreuses épreuves dans sa brève existence, dont une concernant sa vie sentimentale qui l’avait profondément blessé. Justement dans ce contexte, il écrivait à sa sœur : « Tu me demandes si je suis joyeux. Comment pourrais-je ne pas l’être ? Tant que la foi me donnera la force, je serai toujours joyeux ! Chaque catholique ne peut pas ne pas être joyeux (…) Le but pour lequel nous sommes créés nous indique la voie parsemée aussi de multiples épines, mais non une voie triste : elle est joie même à travers la souffrance » (Lettre à sa sœur Luciana, Turin, 14 février 1925). Et le Bienheureux Jean Paul II, en le présentant comme modèle, disait de lui : « C’était un jeune avec une joie entraînante, une joie qui dépassait toutes les difficultés de sa vie » (Discours aux jeunes, Turin, 13 avril 1980).
Plus proche de nous, la jeune Chiara Badano (1971-1990), récemment béatifiée, a expérimenté comment la douleur peut être transfigurée par l’amour et être mystérieusement habitée par la joie. Agée de 18 ans, alors que son cancer la faisait particulièrement souffrir, Chiara avait prié l’Esprit Saint, intercédant pour les jeunes de son mouvement. Outre sa propre guérison, elle demandait à Dieu d’illuminer de son Esprit tous ces jeunes, de leur donner sagesse et lumière. « Ce fut vraiment un moment de Dieu, écrit-elle. Je souffrais beaucoup physiquement, mais mon âme chantait. » (Lettre à Chiara Lubich, Sassello, 20 décembre 1989). La clé de sa paix et de sa joie était la pleine confiance dans le Seigneur et l’acceptation de la maladie également comme une mystérieuse expression de sa volonté pour son bien et celui de tous. Elle répétait souvent : « Si tu le veux Jésus, je le veux moi aussi ».
Ce sont deux simples témoignages parmi tant d’autres qui montrent que le chrétien authentique n’est jamais désespéré et triste, même face aux épreuves les plus dures. Et ils montrent que la joie chrétienne n’est pas une fuite de la réalité, mais une force surnaturelle pour affronter et vivre les difficultés quotidiennes. Nous savons que le Christ crucifié et ressuscité est avec nous, qu’il est l’ami toujours fidèle. Quand nous prenons part à ses souffrances, nous prenons part aussi à sa gloire. Avec lui et en lui, la souffrance est transformée en amour. Et là se trouve la joie (Cf. Col 1, 24).
7. Témoins de la joie
Chers amis, pour terminer, je voudrais vous exhorter à être missionnaires de la joie. On ne peut pas être heureux si les autres ne le sont pas : la joie doit donc être partagée. Allez dire aux autres jeunes votre joie d’avoir trouvé ce trésor qui est Jésus lui-même. Nous ne pouvons pas garder pour nous la joie de la foi : pour qu’elle puisse demeurer en nous, nous devons la transmettre. Saint Jean l’affirme : « Ce que nous avons vu et entendu nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous [...] Tout ceci nous vous l’écrivons pour que notre joie soit complète » (1 Jn 1, 3-4).
Parfois, une image du Christianisme est donnée comme une proposition de vie qui opprimerait notre liberté et irait à l’encontre de notre désir de bonheur et de joie. Mais ceci n’est pas la vérité ! Les chrétiens sont des hommes et des femmes vraiment heureux parce qu’ils savent qu’ils ne sont jamais seuls et qu’ils sont toujours soutenus par les mains de Dieu ! Il vous appartient, surtout à vous, jeunes disciples du Christ, de montrer au monde que la foi apporte un bonheur et une joie vraie, pleine et durable. Et si, parfois, la façon de vivre des chrétiens semble fatiguée et ennuyeuse, témoignez, vous les premiers, du visage joyeux et heureux de la foi. L’Evangile est la “bonne nouvelle” que Dieu nous aime et que chacun de nous est important pour lui. Montrez au monde qu’il en est ainsi !
Soyez donc des missionnaires enthousiastes de la nouvelle évangélisation ! Allez porter à ceux qui souffrent, à ceux qui cherchent, la joie que Jésus veut donner. Portez-la dans vos familles, vos écoles et vos universités, vos lieux de travail et vos groupes d’amis, là où vous vivez. Vous verrez qu’elle est contagieuse. Et vous recevrez le centuple : pour vous-même la joie du salut, la joie de voir la Miséricorde de Dieu à l’œuvre dans les cœurs. Et, au jour de votre rencontre définitive avec le Seigneur, il pourra vous dire : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître ! » (Mt 25, 21)
Que la Vierge Marie vous accompagne sur ce chemin. Elle a accueilli le Seigneur en elle et elle l’a annoncé par un chant de louange et de joie, le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46-47). Marie a pleinement répondu à l’amour de Dieu par une vie totalement consacrée à lui dans un service humble et total. Elle est appelée “cause de notre joie” parce qu’elle nous a donné Jésus. Qu’elle vous introduise à cette joie que nul ne pourra vous ravir !

Du Vatican, le 15 mars 2012
BENEDICTUS PP. XV

Homélie du Saint-Père pour la Veillée pascale: 1. « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24, 5-6).

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/2001/documents/hf_jp-ii_hom_20010414_easter-vigil_fr.html

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

pour la Veillée pascale

Samedi saint, 14 avril 2001

1. « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24, 5-6).

           Ces paroles de deux hommes « avec un vêtement éblouissant » rallument la confiance dans le cœur des femmes accourues au tombeau, de grand matin. Elles avaient vécu les événements tragiques qui avaient abouti à la crucifixion du Christ au Calvaire; elles avaient fait l’expérience de la tristesse et du désarroi. Cependant, à l’heure de l’épreuve, elles n’avaient pas abandonné leur Seigneur.

           Elles vont en cachette au lieu où Jésus avait été enseveli pour le revoir encore et pour l’embrasser une dernière fois. C’est l’amour qui les pousse; ce même amour qui les avait portées à le suivre sur les routes de Galilée et de Judée, jusqu’au Calvaire.

           Heureuses femmes ! Elles ne savaient pas encore que c’était l’aube du jour le plus important de l’histoire. Elles ne pouvaient pas savoir qu’elles, elles précisément, auraient été les premiers témoins de la résurrection de Jésus.

2.  « Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau » (Lc 24, 2).

           Ainsi raconte l’évangéliste Luc, et il ajoute: « Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus » (24, 3). D’un seul coup tout change. Jésus « n’est pas ici, il est ressuscité ». Cette annonce, qui a changé en joie la tristesse de ces pieuses femmes, résonne dans l’Église avec une puissance permanente au cours de cette Veillée pascale.

           Veillée singulière d’une nuit singulière. Veillée, mère de toutes les veillées, durant laquelle l’Église entière reste en attente auprès de la tombe du Messie, offert en sacrifice sur la Croix. L’Église attend et prie, écoutant à nouveau les Écritures qui parcourent à nouveau toute l’histoire du salut.

           Mais cette nuit, ce ne sont pas les ténèbres qui dominent, mais plutôt l’éclat d’une lumière inattendue, qui fait irruption avec l’annonce bouleversante de la résurrection du Seigneur. L’attente et la prière deviennent alors un chant de joie : « Exultet iam angelica turba caelorum… Qu’exulte le chœur des anges ! »

           La perspective de l’histoire se renverse totalement : la mort cède le pas à la vie. Une vie qui ne meurt plus. Dans la Préface nous chanterons tout à l’heure que le Christ « en mourant a détruit notre mort; en ressuscitant, il nous a rendu la vie ». Telle est la vérité que nous proclamons par nos paroles, mais surtout par notre existence. Il est vivant Celui que les femmes croyaient mort. Leur expérience devient la nôtre.

           Ô veillée remplie d’espérance, qui exprime en plénitude le sens du mystère ! Ô veillée riche de symboles, qui manifeste le cœur même de notre existence chrétienne ! Cette nuit, tout se résume prodigieusement en un seul nom, le nom du Christ ressuscité.

           Ô Christ, comment ne pas Te rendre grâce pour le don ineffable qu’en cette nuit tu nous prodigues ? Le mystère de ta mort et de ta résurrection se transmet à l’eau baptismale qui accueille l’homme ancien et charnel, et qui le rend pur de la jeunesse divine elle-même.

           Dans ton mystère de mort et de résurrection, nous nous plongerons dans un moment, en renouvelant nos promesses baptismales; en lui, seront plongés spécialement les six catéchumènes qui recevront le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie.

           Chers Frères et Sœurs catéchumènes, je vous salue avec une grande cordialité, et au nom de la Communauté ecclésiale je vous accueille avec une affection fraternelle. Vous venez de divers pays : du Japon, d’Italie, de Chine, d’Albanie, des États Unis d’Amérique et du Pérou.

           Votre présence exprime la multitude des cultures et des peuples qui ont ouvert leur cœur à l’Évangile. Pour vous aussi, comme pour tout baptisé, cette nuit la mort cède le pas à la vie. Le péché est enlevé et une existence toute nouvelle commence. Persévérez jusqu’à la fin dans la fidélité et dans l’amour. Et ne craignez pas devant les épreuves, parce que « ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus; sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir » (Rm 6, 9).

           Oui, chers Frères et Sœurs, Jésus est vivant et nous vivons en lui. Pour toujours. Voici le don de cette nuit, qui a définitivement révélé au monde la puissance du Christ, Fils de la Vierge Marie, qui nous a été donnée pour Mère au pied de la Croix.

           Cette veillée nous introduit dans un jour qui ne connaît pas de couchant. Jour de la Pâque du Christ, qui inaugure pour l’humanité un nouveau printemps d’espérance.

           « Haec dies quam fecit Dominus : exultemus et laetemur in ea – C’est le jour que fit le Seigneur : réjouissons-nous et exultons de joie ». Alléluia !

Paul Poupard, La Passion et la culture: Congrès International: Le Patrimoine de la Passion:

du site:

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/cultr/documents/rc_pc_cultr_16121999_doc_ii-1998-stu_en.html

LA PASSION ET LA CULTURE

Intervention de Son Éminence au Congrès International: Le Patrimoine de la Passion:
source inépuisable d’inspiration pour la culture. Hvar, Croatie, le 26 mars 1998.

Cardinal Paul POUPARD

C’est avec une profonde joie que j’ai accepté l’aimable invitation à participer à ce Congrès international « Le Patrimoine de la Passion: source inépuisable d’inspiration pour la culture ». Le sujet est à la fois original et utile. Original, car l’argument de la Passion n’est pas d’ordinaire abordé sur le plan culturel; utile, car il permet de découvrir la richesse du patrimoine spirituel et culturel des Peuples entrés en contact au cours de l’histoire avec l’Évangile. La connaissance du passé est inéluctable: elle devient inspiration pour le futur. La mémoire est l’espérance du futur. L’engagement des fidèles à traduire leur foi en de multiples expressions de la culture ne doit pas rester une expérience du passé, mais continuer aujourd’hui pour se poursuivre demain. La richesse de la foi —une foi priée, vécue et célébrée— alimente l’inspiration chrétienne pour interpréter et représenter la réalité de la vie moderne. Au regard du passé, les styles de vie, les modes et les techniques d’expression ont certes évolué, mais l’inspiration demeure la même: la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. « Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel, par l’Esprit-Saint Il a pris chair de la Vierge Marie et S’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour conformément aux Écritures et Il monta au ciel; Il est assis à la droite du Père ».

1. Le mot passion dérive de la parole latine passio. Le verbe pati signifie supporter, souffrir. Par ce terme, les chrétiens indiquent les souffrances de Jésus-Christ, mort en Croix à Jérusalem après avoir subi de nombreux outrages physiques et moraux.

Ce mot de passion est resté en usage dans les langues de tous les peuples qui ont accueilli le baptême. Nous le retrouvons, sauf quelques nuances, dans toutes les familles linguistiques européennes: latine, anglo-saxonne et slave. Ce fait, hautement significatif, révèle la diffusion du terme et la nécessité de mieux en approfondir la signification.

Le récit de la Passion de Jésus-Christ est rapporté par les quatre Évangélistes. A côté des références à la Passion présentes en d’autres passages de l’Évangile, les péricopes de la Passion demeurent les textes fondamentaux. Pour comprendre le sens profond de la réalité de la Passion de Jésus, trois mises au point me paraissent opportunes.

La première se réfère à la façon dont Jésus a affronté la mort. Pleinement conscient que la dramatique issue de sa vie terrestre provenait du refus de son ministère de la part des Juifs, Jésus n’a pas pour autant édulcoré la Mission reçue du Père d’annoncer et de témoigner la présence du Royaume de Dieu. En totale obéissance filiale, Il a accepté sa fin cruelle et l’a incorporée dans le Dessein salvifique du Père.

La valeur salvifique universelle du sacrifice de Jésus est soulignée dans l’Écriture Sainte. C’est le second aspect à rappeler. Les auteurs sacrés rapportent la Passion, non seulement comme un fait historique réellement advenu, mais comme un événement salvifique vécu par le Fils de Dieu dans l’histoire des hommes.

Les récits de la Passion, enfin, ne sont pas encore la conclusion de l’Évangile: la narration du tombeau vide et des apparitions du Crucifié ressuscité aux apôtres et aux disciples leur fait suite. Le mystère de la Passion et de la Mort de Jésus doit toujours être compris à la lumière de la Résurrection. L’humiliation du Fils de l’homme est ainsi transfigurée par sa glorification: « s’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Phil 2,7-9). La Passion est pour la Résurrection. La liturgie du Triduum pascal nous le rappelle: il ne constitue pas une simple préparation à la solennité de Pâques, mais il est vraiment, selon saint Augustin, le très saint Triduum du Christ crucifié, enseveli et ressuscité. Il commence à la Messe vespérale In Caena Domini qui ouvre les célébrations de la Bienheureuse Passion. Il porte le nom de Triduum pascal pour qu’il apparaisse plus évident que la Pâques du Christ ressort de sa mort et résurrection, c’est-à-dire de la nouveauté de vie qui surgit de la mort rédemptrice.

Un des symboles les plus éloquents de la Passion est la Croix. A la lumière de la Résurrection, elle devient le signe de la victoire du Seigneur sur la mort et sur le péché. Aussi la Croix est-elle dressée dans les églises, les maisons et les lieux publics où les chrétiens se réunissent, comme aux carrefours des villages et des cités. Elle est portée autour du cou. La croix fait partie de la vie de l’homme et elle est le chemin spécifique du chrétien: « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Lc 9, 23-24).

2. Les premières communautés chrétiennes ont ressenti dès les origines l’urgence de vivre selon la logique pascale. Le mystère de la Passion, Mort et Résurrection de Jésus, célébré dans l’Eucharistie dominicale et spécialement au cours du Triduum pascal, trouve dans le martyre, puis le monachisme, deux formes d’application particulièrement éloquentes.

La participation à la Passion du Christ revêt diverses formes au cours des siècles. Le rapport entre le martyre et le Christ crucifié est trop manifeste pour qu’il y ait lieu d’y insister. Saint Luc assimile la mort d’Étienne à celle de Jésus (Ac 7, 59-60; Lc 23, 34-46). Saint Ignace d’Antioche et saint Polycarpe en sont de bonnes illustrations. Sainte Blandine va au martyre, « comme invitée à un repas de noces » (Eusèbe, Hist. Eccl. 1, 55).

Au martyr qui donne sa vie en une seule fois succède le moine qui immole la sienne chaque jour. Les Pères n’hésitent pas à qualifier les moines de martyrs du temps de paix (Hilaire d’Arles, Vie de saint Honorat 57, 3): la mortification quotidienne est équiparée au martyre (saint Athanase, Vie de saint Antoine 46; saint Jérôme, Ep. 108, 31). Les ascètes sont appelés « disciples de la croix » car ils « portent dans leur corps la passion du Christ » (Saint Basile, Ep. 223, 2).

La mortification, qui conforme la vie du moine à celle du Crucifié (saint Jean Cassien, Institutions 4, 34-35), conduit à une mort mystique, à un martyre qui « ne diffère pas du martyre physique » (Eutychius de Constantinople, De Pasch. et Euchar. 5).

Les réformes monastiques des Xe et XIe siècles accentuent l’orientation vers l’humanité du Christ et sa passion. La mystique de la Passion, après avoir été assimilée au martyre et à la mortification des ascètes, trouve une nouvelle formulation dans la « contemplation de la passion du Seigneur ». Le moine prie Jésus de « blesser des flèches embrasées de son amour » l’âme qui le cherche, désirant lui être spirituellement uni sur la croix, en compagnie de la Vierge (Jean de Fécamp, Méditations 7-8). Saint Anselme de Cantorbéry manifeste une attirance de compassion: il regarde la plaie du côté pour avoir l’âme « transpercée de la douleur la plus aiguë »; il voudrait charger la croix sur ses épaules pour sentir « le poids de l’immense charité ».

Saint Bernard apporte des éléments nouveaux dans la mystique de la Passion: il enseigne que l’âme, par la méditation et l’imitation du Crucifié, parvient dans la charité à l’union intime et personnelle avec le Verbe incarné. L’école de la charité (schola caritatis) est aussi école du Christ (schola Christi). L’Amour crucifié pénètre l’âme, la brûle et la consume jusqu’à la faire mourir à elle-même: ce martyre intérieur conduit à l’union mystique entre le Christ et l’âme qui cherche Dieu. Pour Guillaume de Saint-Thierry, la passion, « les opprobres, les crachats, les soufflets, la mort en croix » parlent le langage de la charité. Jésus nous fait comprendre en quoi consiste l’amour, lorsqu’il donne sa vie pour nous, nous aimant jusqu’au bout. La méditation de la Passion équivaut à une communion spirituelle, puisque l’Eucharistie appelle la « memoria passionis » et l’union intime avec le Christ (Ep. ad fratres de Monte Dei 115).

Au XIIe siècle, la chrétienté perçoit que Jésus est né pauvre, a vécu pauvre, est mort pauvre et nu sur la croix. Elle renoue ainsi avec la tradition patristique qui a toujours vu un rapport étroit entre la « sequela crucis » et la pratique de la pauvreté. Robert d’Arbrissel et saint Norbert soulignent que le Christ s’est préparé à la mort en laissant tout ce qu’il avait sur terre: sa bourse aux mains du traître, son Église à Pierre, son corps aux disciples dans le Sacrement, les disciples à Dieu, ses habits aux soldats, son corps mortel à ceux qui le mettent en croix. Son dernier bien, sa mère, il la remet aux hommes.

Peu d’hommes ont eu une expérience de la passion aussi intense et prolongée que le Poverello d’Assise. Saint François est l’image du Christ souffrant, « cloué à la croix en corps et en esprit ». Le baiser au lépreux, image de Jésus couvert de plaies, change « toute amertume en douceur ». L’aspiration au martyre développe en lui le désir ardent de mourir sur la croix avec le Christ; la stigmatisation transcrit en sa chair que son livre est le Crucifié en qui il désire « se transformer par son amour débordant » (saint Bonaventure, Legenda maior 9, 2). Sainte Claire répète que son unique désir est de rester sur la croix avec le Christ pauvre, « dont l’étreinte procure un bonheur sans fin » (Lettre à Agnès de Bohème 1). Les premiers compagnons de François sont persuadés que seul celui qui se dépouille de toutes les choses de la terre et « monte sur la croix avec le Christ » (cf. Dante, Paradis XI, 70) peut espérer l’union mystique avec le Verbe incarné. Saint Antoine de Padoue veut, « avec les pieds de l’amour », parcourir jusqu’au bout le chemin de la croix.

Au XIVe siècle, sainte Angèle de Foligno revit le drame de la Passion et en décrit les scènes avec un réalisme impressionnant: « Tout cela, je l’ai souffert pour toi ». Même réalisme dans les visions de Brigitte de Suède, surtout celle qu’elle eut à Jérusalem, dans l’église de la Passion. Catherine de Sienne emprunte trois « escaliers » célèbres: le premier jusqu’aux « pieds transpercés », le second jusqu’au « côté ouvert » et le troisième jusqu’à la « bouche, où le fiel a mis son amertume ». Alors l’âme se repose sur la croix, « heureuse et douloureuse » (Le Dialogue 49-76).

La Vita Jesu Christi de Ludolphe de Saxe suit simplement l’Évangile, les commentaires des Pères et des auteurs monastiques.

La Devotio moderna est orientée vers la méditation et l’imitation de la vie et Passion du Seigneur. Thomas a Kempis propose une série de méditations et de prières sur la vie et la passion du Christ (Opera, éd. M.J. Pohl, t. 5, Fribourg, 1905).

Saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels consacre une semaine à méditer la Passion. Ce n’est qu’après s’être rangé résolument sous l’Étendard du Christ et s’être enrôlé à la suite du Christ que le retraitant se voit proposer la méditation de la Passion: comme le Christ, le disciple passera de la passion à la gloire de la résurrection.

Pour saint Jean de la Croix, l’imitation du Crucifié dans son obéissance à la volonté du Père est indispensable pour qui veut atteindre à la perfection. La croix, entendue comme engagement continu à la souffrance, est la « porte étroite », la seule qui donne accès à la divine Sagesse.

Nous n’oublions pas les autres manifestations quotidiennes qui témoignent de la grande influence du mystère Pascal sur les fidèles, leur vie spirituelle, familiale et sociale.

L’importance attribuée aux célébrations du Triduum pascal, centre et sommet de l’année liturgique, apparaît clairement déjà dans l’exigence des chrétiens du IIIe siècle de prolonger la célébration du mystère pascal pendant cinquante jours. Par la suite, l’Église institue une préparation adéquate à la fête de Pâques, le Carême, avec toutes ses étapes de développement, transformation et réorganisation jusqu’à l’aggiornamento du Concile Vatican II.

Je voudrais rappeler quelques expressions traditionnelles de ces temps forts pour illustrer une fois encore l’influence de la Passion, Mort et Résurrection du Seigneur sur la vie des chrétiens et de l’Église. Je m’appuierai sur le trinôme de la prière, du jeûne et de l’aumône, indiqué par Jésus lui-même (Cf. Mt 6, 1-18).

La prière, personnelle et communautaire, s’intensifie en carême. L’Église demande à chaque chrétien de se confesser et de communier au moins une fois l’an, généralement à Pâques. Il n’était pas rare autrefois d’imposer une pénitence publique ou une réconciliation visible entre les membres d’une communauté. Ces faits étaient préparés avec soin par des célébrations liturgiques, d’intenses moments de méditation et une prédication appropriée. Parmi les nombreuses prières nées de la contemplation du Mystère pascal, la dévotion si répandue du Chemin de Croix tient une place de choix. Dom Marmion disait à ses moines: « je suis convaincu qu’en dehors des sacrements et des actes de la liturgie, il n’y a pas de pratique plus utile pour les âmes que le Chemin de Croix fait avec dévotion » (Le Christ dans ses mystères 14).

Les récits de la Passion étaient chantés, illustrés, dramatisés, accompagnés par des représentations appropriées dans les églises ou autour des lieux sacrés. Le philosophe Étienne Gilson était saisi par de tels spectacles où « l’artiste perpétue pour nous le spectacle charnel que Dieu a voulu donner » (La Passion). L’étude du développement de la musique et des représentations dramatiques théâtrales et artistiques s’élargit avec la vie des saints et en particulier des martyrs incorporés plus intimement à la Passion de leur Maître. Le Père de la littérature croate, Marko Marulic (1450-1524), profondément inséré dans la Mort et Résurrection du Seigneur, en tire l’inspiration de ses œuvres, aussi bien en langue latine que croate.

Quant à l’influence sur les mœurs, la pratique du jeûne et des conseils relatifs aux aliments à consommer ou à éviter pendant le Carême et surtout le vendredi, jour de la passion de Notre Seigneur, est éloquente. Il convient de rappeler la bénédiction des aliments le jour de la Résurrection. Le jour de Pâques perdure l’habitude de consommer l’agneau en famille, signe de l’Agneau immolé pour nous. Les chrétiens portent des Rameaux de palmiers et d’oliviers, bénis durant la procession du dimanche des rameaux, dans leurs propres maisons, les champs et sur les lieux de travail. Il y eut ensuite une invitation constante à la sobriété dans les comportements durant le Carême, comme par exemple à ne pas célébrer des noces trop fastueuses. De la nuit du Jeudi saint jusqu’à la veille de la Résurrection, en souvenir du séjour du Seigneur dans le tombeau, les cloches des églises ne sonnaient plus. Parmi les rites de la veillée pascale, qui ont influencé la culture religieuse, nous pouvons rappeler, par exemple, la liturgie de la lumière et en particulier la bénédiction du feu nouveau, la préparation du cierge pascal et la proclamation de l’annonce pascale: Exultet!

L’invitation à pratiquer l’aumône a poussé de nombreux hommes et de nombreuses femmes à se dépenser toujours plus en faveur des pauvres. Divers ordres religieux d’hommes ou de femmes assistent les malades, nourrissent les affamés, aident les nécessiteux: c’est que sur leur visage ils reconnaissent les traits divins de Jésus-Christ souffrant et mourant pour nous: « dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). La volonté de maintenir vivante la mémoire de la Passion Glorieuse du Christ par de nombreuses confréries, comme à Séville ou en Sicile, est à relever: particulièrement actives durant la Semaine Sainte, elles sont engagées tout au long de l’année en faveur de l’évangélisation et de la promotion humaine, sous l’inspiration du message des Béatitudes.

Oui, la Passion glorieuse est devenue source de la culture chrétienne. Cette constatation ne doit pas nous surprendre puisque la religion est à l’origine de la culture et en accompagne le devenir historique au cours des millénaires. Elle est nécessaire pour la naissance d’une vraie culture et son absence en rend impossible le plein développement. Au point de vue étymologique, culte et culture ont même racine: ils proviennent du verbe latin colo qui signifie travailler, cultiver, exercer. La culture imprégnée de la Passion est chrétienne parce qu’inséparablement unie au Serviteur souffrant et glorifié, Jésus-Christ, notre Sauveur.

3. Parmi les peuples slaves, les Croates sont les premiers à avoir accueilli le Mystère pascal. Le Pape Jean-Paul II l’a relevé lors de sa visite historique en Croatie en 1994: « Tu es le Christ! Parmi les peuples slaves, les Croates ont fait les premiers cette profession de foi » (« Homélie à Zagreb », Documentation Catholique 2102 [1994] 887).

Vos ancêtres ont vécu en un pays où, par la grâce de Dieu, le Christianisme a fleuri dès les temps apostoliques. Saint Paul rappelle que son disciple Tite s’est rendu en Dalmatie (2 Tim 4, 10). Votre terre regorge du souvenir du Christianisme des premiers siècles, comme le montrent les basiliques paléo-chrétiennes, les nombreux monuments et les recherches archéologiques. Mais bien plus précieuse pour vous est la mémoire de vos martyrs demeurés fidèles au Christ jusqu’à l’effusion du sang et qu’a commémorés le Saint-Père: saint Quirinus, évêque de Siscia; les saints Eusèbe et Pollionus, respectivement évêque et lecteur de Cibale, les saints Venantius et Domnius de Salona, ainsi que saint Maur de Parentium.

C’est par de telles racines que le Christianisme a pu s’étendre parmi le peuple Croate. Comme les autres peuples chrétiens, il a été pénétré par le message pascal et s’est laissé profondément marquer et façonner en tous les domaines de la vie. Le présent congrès indiquera avec plus de précision l’influence du christianisme sur la culture croate et les nations voisines.

Je voudrais seulement souligner combien vos saints sont marqués du mystère pascal. Deux ont subi le sort du maître: Saint Nikola Taveliæ (1341-1391) à Jérusalem et Saint Marko Kri_evèanin (1558-1619) à Košice en Slovaquie. Saint Léopold Bogdan Mandiæ (1866-1942) est devenu l’apôtre de la réconciliation entre les hommes et Dieu par son assiduité au confessionnal. Ces saints représentent la multitude innombrable de ces hommes et de ces femmes de votre patrie qui ont vécu la vocation chrétienne jusqu’à l’héroïcité du martyre.

4. Nous approchons de la fin du second millénaire de christianisme. Le Saint-Père nous invite à nous préparer au grand Jubilé de l’Année Sainte et il a consacré 1998 au Saint-Esprit. Nous sommes conviés à redécouvrir « sa présence sanctificatrice à l’intérieur de la communauté des disciples du Christ » (Exhortation apostolique Tertio millenio adveniente n°  44).

Notre siècle a vu la prétention humaine de construire la société sans tenir compte de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ et de bâtir une société en opposition à l’Évangile. Le résultat fut tragique: les deux idéologies antichrétiennes du nazisme et du communisme ont semé destructions spirituelles et matérielles et de nombreuses victimes. Aujourd’hui, nous pouvons compter avec plus de précision les millions de morts des camps de concentration, de travail ou de rééducation, plus de 80 millions, selon le Livre noir du Communisme, publié récemment à Paris.

Ces idéologies destructrices de la personne se sont abattues sur votre pays, y causant destructions, souffrances et pertes humaines. En de tels moments tragiques, les nouveaux et intrépides témoins de Jésus-Christ et de l’Évangile ne vous ont jamais manqué. La figure la plus prestigieuse demeure celle du Cardinal archevêque de Zagreb, Alojzije Stepinac, « un authentique homme d’Église, disposé au sacrifice suprême plutôt que de renier sa foi », selon l’émouvant et vibrant hommage que lui a rendu le Saint-Père (Homélie aux Vêpres, Zagreb).

Ce sont les hommes configurés à Jésus-Christ qui indiquent le chemin à suivre pour la construction d’une société plus juste et humaine. Le chemin est celui du don total de soi, du renoncement à l’égoïsme et du service désintéressé du prochain. C’est la voie de la Passion qui débouche sur une vie nouvelle personnelle et communautaire: « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24).

Les hommes apprennent peu de l’histoire! Ils recourent encore à la force pour imposer leur volonté ou régler les conflits. Les guerres récentes en Croatie, Bosnie-Herzégovine, au Rwanda, au Congo ou au Sierra Leone le démontrent de manière éloquente. Les chrétiens pourtant ne doivent jamais se décourager. Guidés par l’Esprit-Saint qui est l’Esprit du Seigneur ressuscité, ils sont appelés à proposer de nouveau le Mystère pascal et par la parole et par leurs actes: c’est l’engagement de la Nouvelle Évangélisation.

La Passion a pénétré l’histoire de l’Europe entière. S’il en fait disparaître les empreintes, le continent européen non seulement perdra ses richesses culturelles, mais reniera son identité. Pourrions-nous imaginer une Europe sans cathédrale, sans église, sans ces signes architecturaux visibles de la Passion du Christ?

Je souhaite à votre Congrès d’apporter davantage de lumières encore sur l’influence vivifiante du Mystère pascal dans la culture croate et dans celle des peuples qui ont entendu la voix du Seigneur: « viens et suis moi » (Mc 10, 22): ils ont pris le chemin avec courage et détermination, convaincus avec Pierre que le Seigneur a seul les paroles de la Vie éternelle (cf. Jn 6, 68). En définitive, la Croix est symbole d’amour suprême. Comme le disait saint Thomas a Kempis: « la croix est le trésor inépuisable de l’Église, la croix est le bois de l’amour » Crux lignum caritatis.

L’effondrement du communisme permet à la Croatie et à d’autres pays de réfléchir en vérité et liberté sur son prestigieux passé, pour y déceler et reconnaître les éléments essentiels de son identité nationale et chrétienne. Ces bases portantes sont toujours valides et capables d’inspirer votre présent pour construire un avenir d’espérance et une civilisation de l’amour, au sein d’une Europe chrétienne et dans la symphonie d’une Europe des Nations.

Dans les récits de la Passion, Marie, la Mère de Jésus, occupe une place de choix. C’est à son intercession maternelle que nous confions vos travaux, reprenant la prière conclusive de l’Angelus que les chrétiens aiment répéter trois fois par jour: Gratiam tuam quaesumus Domine, mentibus nostris infunde: ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per Passionem Eius et Crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eundem Christum Dominum nostrum. Amen!

Chanté dans la nuit de Pâques, l’Exultet est la proclamation de la résurrection du Christ.

veille du Samedi Saint l’Exultet,

TEXTE FRANÇAIS

Chanté dans la nuit de Pâques, l’Exultet est la proclamation de la résurrection du Christ. 

Qu’exulte de joie dans le ciel la multitude des anges ! Chantez, serviteurs de Dieu, et que retentisse la trompette triomphale pour la victoire du grand Roi ! Réjouis-toi, ô notre terre, resplendissante d’une lumière éclatante, car il t’a prise en sa clarté et son règne a dissipé ta nuit ! Réjouis-toi, Eglise notre mère, toute remplie de sa splendeur, et que résonne l’acclamation du peuple des fils de Dieu !…

Vraiment il est juste et bon de proclamer à pleine voix ta louange, Dieu invisible, Père tout puissant, et de chanter ton Fils bien-aimé, Jésus Christ notre Seigneur. C’est lui qui a payé pour nous la dette encourue par Adam notre père, et qui a détruit en son sang la condamnation de l’ancien péché. Car voici la fête de la Pâque où l’Agneau véritable est immolé pour nous. Voici la nuit où tu as tiré de l’Egypte nos pères, les enfants d’Israël, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec ; nuit où le feu de la nuée lumineuse a repoussé les ténèbres du péché…

Ô nuit qui nous rend à la grâce et nous ouvre la communion des saints ; nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers. Heureuse faute d’Adam qui nous a valu un tel Rédempteur ! Ô nuit qui seule a pu connaître le temps et l’heure où le Christ est sorti vivant du séjour des morts ; ô nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)… Ô nuit bienheureuse, où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu.

Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père très Saint, le sacrifice du soir de cette flamme que l’Eglise t’offre par nos mains ; permets que ce cierge pascal, consacré à ton nom, brûle sans déclin en cette nuit et qu’il joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu’il brûle encore quand ce lèvera l’astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ ressuscité revenu des enfers, qui répand sur les hommes sa lumière et sa paix. Garde ton peuple, nous t’en prions, ô notre Père, dans la joie de ces fêtes pascales. Par Jésus Christ, ton Fils notre Seigneur, qui par la puissance de l’Esprit s’est relevé d’entre les morts et qui règne près de toi pour les siècles des siècles.
Amen !

TEXTE LATIN

Exultet iam angelica turba caelorum! Exultent divina mysteria, et pro tanti regis victoria tuba intonet salutaris. Gaudeat se tantis Tellus inradiata fulgoribus, et aeterni regis splendore lustrata, totius orbis se sentiat amisisse caliginem. Laetetur et Mater Ecclesia, tanti luminis adornata fulgore, et magnis populorum vocibus haec aula resultet. Quapropter adstantibus vobis, fratres carissimi, ad tam miram sancti huius luminis claritatem, una mecum, quaeso, Dei omnipotentis misericordiam invocate. Ut qui me, non meis meritis, intra levitarum numerum dignatus est adgregare, luminis sui gratia infundente, cerei huius laudem implere praecipitat. (..)

Vere qui dignum et iustum est invisibilem Deum omnipotentem Patrem, Filiumque unigenitum Dominum nostrum Iesum Christum, toto cordis ac mentis adfectu at voci ministerio personare, qui pro nobis aeterno Patri Adae debitum solvit et veteris piaculi cautionem pio cruore detersit. Haec sunt enim festa paschalium, in quibus verus ille agnus occiditur eiusque sanguis postibus consecratur. Haec nox est in qua primum patres nostros, filios Israel, educens de Aegypto, Rubrum mare sicco vestigio transire fecisti. Haec igitur nox est, quae peccatorum tenebras columnae inluminatione purgavit. Haec nox est, quae hodie per universum mundum in Christo credentes, a vitiis saeculi segregatos et caligine peccatorum, reddit gratiae, sociat sanctitati.

Haec nox est, in qua destructis vincolis mortis, Christus ab inferis victor ascendit. Nihil enim nobis nasci profuit, nisi redimi profuisset. O mira circa nos tuae pietatis dignatio! O inaestimabilis dilectio caritatis: ut servum redimeres, filius tradidisti! O certe necessarium Adae peccatum, quod Christi morte deletum est! O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem! O beata nox, quae sola meruit scire tempus et horam in qua Christus ab inferis resurrexit. Haec nox est, de qua scriptum est: Et nox ut dies inluminabitur, et: Nox inluminatio mea in deliciis meis. Huius igitur sanctificatio noctis fugat scelera, culpas lavat et reddit innocentiam lapsis, maestis laetitiam; fugat odia, concordiam parat et curvat imperia.

In huius igitur noctis gratia, suscipe, sancte Pater, incensi huius sacrificium vespertinum, quod tibi in hac cerei oblatione solemni, per ministrorum manus, de operibus apum, sacrosancta reddit Ecclesia. Sed iam columnae huius praeconia novimus, quam in honore Dei rutilans ingnis accendit. Qui licet divisus in partes, mutuati luminis detrimenta non novit: alitur liquantibus ceris quas in substantiam pretiosae huius lampadis apis mater eduxit. Apis ceteris, quae subiecta sunt homini animantibus antecellit. Cum sit minima corporis parvitate, ingentes animos angusto versat in pectore, viribus imbecilla sed fortis ingenio. Haec explorata temporum vice, cum canitiem pruinosa hiberna posuerint, et glaciale senium verni temporis moderata deterserint, statim prodeundi ad laborem cura succedit; dispersaque per agros, libratis paululum pinnibus, cruribus suspensis insidunt, prati ore legere flosculos; oneratis victualibus suis, ad castra remeant, ibique aliae inaestimabili arte cellulas tenaci glutino instruunt, aliae liquantia mella stipant, aliae vertunt flores in ceram, aliae ore natos fingunt, aliae collectis et foliis nectar includunt. O vere beata et mirabilis apis, cuius nec sexum masculi violant, foetus non quessant, nec filii destruunt castitatem; sicut sancta concepit virgo Maria, virgo peperit et virgo permansit. O vere beata nox, que expoliavit Aegyptos, ditavit Hebraeos; nox in qua terrenis caelestia iunguntur. Oramus te, Domine, ut cereus iste, in honore nominis tui consecratus, ad noctis huius caliginem destruendam indeficiens persevert. In odorem suavitatis acceptus, supernis luminaribus miseatur. Flammas eius Lucifer matutinus inveniat, ille inquam Lucifer qui nescit occasum; ille qui regressus ab inferis, humano generi sereno inluxit. Precamur ergo te, Domine (…)

Prière > Prières d’hier et d’aujourd’hui: Exultet !

 du site:

http://www.inxl6.org/article2932.php

Prière > Prières d’hier et d’aujourd’hui

Exultet !

Chanté dans la nuit de Pâques, l’Exultet est la proclamation de la résurrection du Christ.

Rubrique Prière inXL6
07/04/2007

Qu’exulte de joie dans le ciel la multitude des anges ! Chantez, serviteurs de Dieu, et que retentisse la trompette triomphale pour la victoire du grand Roi ! Réjouis-toi, ô notre terre, resplendissante d’une lumière éclatante, car il t’a prise en sa clarté et son règne a dissipé ta nuit ! Réjouis-toi, Eglise notre mère, toute remplie de sa splendeur, et que résonne l’acclamation du peuple des fils de Dieu !… Vraiment il est juste et bon de proclamer à pleine voix ta louange, Dieu invisible, Père tout puissant, et de chanter ton Fils bien-aimé, Jésus Christ notre Seigneur. C’est lui qui a payé pour nous la dette encourue par Adam notre père, et qui a détruit en son sang la condamnation de l’ancien péché. Car voici la fête de la Pâque où l’Agneau véritable est immolé pour nous. Voici la nuit où tu as tiré de l’Egypte nos pères, les enfants d’Israël, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec ; nuit où le feu de la nuée lumineuse a repoussé les ténèbres du péché…

Ô nuit qui nous rend à la grâce et nous ouvre la communion des saints ; nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers. Heureuse faute d’Adam qui nous a valu un tel Rédempteur ! Ô nuit qui seule a pu connaître le temps et l’heure où le Christ est sorti vivant du séjour des morts ; ô nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)… Ô nuit bienheureuse, où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu.

Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père très Saint, le sacrifice du soir de cette flamme que l’Eglise t’offre par nos mains ; permets que ce cierge pascal, consacré à ton nom, brûle sans déclin en cette nuit et qu’il joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu’il brûle encore quand ce lèvera l’astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ ressuscité revenu des enfers, qui répand sur les hommes sa lumière et sa paix. Garde ton peuple, nous t’en prions, ô notre Père, dans la joie de ces fêtes pascales. Par Jésus Christ, ton Fils notre Seigneur, qui par la puissance de l’Esprit s’est relevé d’entre les morts et qui règne près de toi pour les siècles des siècles.
Amen !

Exultet iam angelica turba caelorum! Exultent divina mysteria, et pro tanti regis victoria tuba intonet salutaris. Gaudeat se tantis Tellus inradiata fulgoribus, et aeterni regis splendore lustrata, totius orbis se sentiat amisisse caliginem. Laetetur et Mater Ecclesia, tanti luminis adornata fulgore, et magnis populorum vocibus haec aula resultet. Quapropter adstantibus vobis, fratres carissimi, ad tam miram sancti huius luminis claritatem, una mecum, quaeso, Dei omnipotentis misericordiam invocate. Ut qui me, non meis meritis, intra levitarum numerum dignatus est adgregare, luminis sui gratia infundente, cerei huius laudem implere praecipitat. (..)

Vere qui dignum et iustum est invisibilem Deum omnipotentem Patrem, Filiumque unigenitum Dominum nostrum Iesum Christum, toto cordis ac mentis adfectu at voci ministerio personare, qui pro nobis aeterno Patri Adae debitum solvit et veteris piaculi cautionem pio cruore detersit. Haec sunt enim festa paschalium, in quibus verus ille agnus occiditur eiusque sanguis postibus consecratur. Haec nox est in qua primum patres nostros, filios Israel, educens de Aegypto, Rubrum mare sicco vestigio transire fecisti. Haec igitur nox est, quae peccatorum tenebras columnae inluminatione purgavit. Haec nox est, quae hodie per universum mundum in Christo credentes, a vitiis saeculi segregatos et caligine peccatorum, reddit gratiae, sociat sanctitati.

Haec nox est, in qua destructis vincolis mortis, Christus ab inferis victor ascendit. Nihil enim nobis nasci profuit, nisi redimi profuisset. O mira circa nos tuae pietatis dignatio! O inaestimabilis dilectio caritatis: ut servum redimeres, filius tradidisti! O certe necessarium Adae peccatum, quod Christi morte deletum est! O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem! O beata nox, quae sola meruit scire tempus et horam in qua Christus ab inferis resurrexit. Haec nox est, de qua scriptum est: Et nox ut dies inluminabitur, et: Nox inluminatio mea in deliciis meis. Huius igitur sanctificatio noctis fugat scelera, culpas lavat et reddit innocentiam lapsis, maestis laetitiam; fugat odia, concordiam parat et curvat imperia.

In huius igitur noctis gratia, suscipe, sancte Pater, incensi huius sacrificium vespertinum, quod tibi in hac cerei oblatione solemni, per ministrorum manus, de operibus apum, sacrosancta reddit Ecclesia. Sed iam columnae huius praeconia novimus, quam in honore Dei rutilans ingnis accendit. Qui licet divisus in partes, mutuati luminis detrimenta non novit: alitur liquantibus ceris quas in substantiam pretiosae huius lampadis apis mater eduxit. Apis ceteris, quae subiecta sunt homini animantibus antecellit. Cum sit minima corporis parvitate, ingentes animos angusto versat in pectore, viribus imbecilla sed fortis ingenio. Haec explorata temporum vice, cum canitiem pruinosa hiberna posuerint, et glaciale senium verni temporis moderata deterserint, statim prodeundi ad laborem cura succedit; dispersaque per agros, libratis paululum pinnibus, cruribus suspensis insidunt, prati ore legere flosculos; oneratis victualibus suis, ad castra remeant, ibique aliae inaestimabili arte cellulas tenaci glutino instruunt, aliae liquantia mella stipant, aliae vertunt flores in ceram, aliae ore natos fingunt, aliae collectis et foliis nectar includunt. O vere beata et mirabilis apis, cuius nec sexum masculi violant, foetus non quessant, nec filii destruunt castitatem; sicut sancta concepit virgo Maria, virgo peperit et virgo permansit. O vere beata nox, que expoliavit Aegyptos, ditavit Hebraeos; nox in qua terrenis caelestia iunguntur. Oramus te, Domine, ut cereus iste, in honore nominis tui consecratus, ad noctis huius caliginem destruendam indeficiens persevert. In odorem suavitatis acceptus, supernis luminaribus miseatur. Flammas eius Lucifer matutinus inveniat, ille inquam Lucifer qui nescit occasum; ille qui regressus ab inferis, humano generi sereno inluxit. Precamur ergo te, Domine (…)Traduction : liturgie chorale du Peuple de Dieu

LE SECRET DE MARIE – De Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

d’un site su Grignon de Monfort que ait, il semble, tout le teste de ce Saint:

http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Montfort/secret.html

LE SECRET DE MARIE

SUR L’ESCLAVAGE DE LA SAINTE VIERGE

De Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

INTRODUCTION

I. Ame prédestinée, voici un secret que le Très-Haut m’a appris, et que je n’ai pu trouver en aucun livre ancien ni nouveau. Je vous le confie par le Saint-Esprit, à condition :

1 Que vous ne le confierez qu’aux personnes qui le méritent par leurs oraisons, leurs aumônes, mortifications, persécutions, et zèle du salut des âmes et détachement;
2 Que vous vous en servirez pour devenir sainte et céleste; car ce secret ne devient grand qu’à mesure qu’une âme en fait usage. Prenez bien garde de demeurer les bras croisés, sans travail; car mon secret vous deviendrait poison et serait votre condamnation…
3 A condition que vous remercierez Dieu, tous les jours de votre vie, de la grâce qu’il vous a faite de vous apprendre un secret que vous ne méritiez pas de savoir.

Et à mesure que vous vous en servirez dans les actions ordinaires de votre vie, vous en connaîtrez le prix et l’excellence que vous ne connaîtrez d’abord qu’imparfaitement, à cause de la multitude et [de] la grièveté de vos péchés et de vos attaches secrètes à vous-même.

2. Avant de passer outre dans un désir empressé et naturel de connaître la vérité, dites dévotement, à genoux, l’Ave maris Stella et le Veni Creator, pour demander à Dieu la grâce de comprendre et goûter ce mystère divin…
A cause du peu de temps que j’ai pour écrire, et du peu que vous avez à lire je dirai tout en abrégé…I. NECESSITE D’UNE VRAIE DEVOTION A MARIE

A. LA GRACE DE DIEU EST ABSOLUMENT NECESSAIRE

3. Ame, image vivante de Dieu et rachetée du Sang précieux de Jésus-Christ, la volonté de Dieu sur vous est que vous deveniez sainte comme lui dans cette vie, et glorieuse comme lui dans l’autre. L’acquisition de la sainteté de Dieu est votre vocation assurée; et c’est là que toutes vos pensées, paroles et actions, vos souffrances et tous les mouvements de votre vie doivent tendre; ou vous résistez à Dieu, en ne faisant pas ce pour quoi il vous a créée et vous conserve maintenant. Oh! quel ouvrage admirable! la poussière changée en lumière, l’ordure en pureté, le péché en sainteté, la créature en le Créateur et l’homme en Dieu! O ouvrage admirable! je le répète, mais ouvrage difficile en lui-même et impossible à la seule nature; il n’y a que Dieu qui, par une grâce, et une grâce abondante et extraordinaire, puisse en venir à bout; et la création de tout l’univers n’est pas un si grand chef- d’oeuvre que celui-ci…

4. Ame, comment feras-tu? Quels moyens choisiras-tu pour monter où Dieu t’appelle? Les moyens de salut et de sainteté sont connus de tous, sont marqués dans l’Evangile, sont expliqués par les saints et nécessaires à tous ceux qui veulent se sauver et arriver à la perfection; tels sont: l’humilité de coeur, l’oraison continuelle, la mortification universelle, l’abandon à la divine Providence, la conformité à la volonté de Dieu.

5. Pour pratiquer tous ces moyens de salut et de sainteté, la grâce et le secours de Dieu est absolument nécessaire, et cette grâce est donnée à tous plus ou moins grande; personne n’en doute. Je dis: plus ou moins grande; car Dieu quoique infiniment bon, ne donne pas sa grâce également forte à tous, quoiqu’il la donne suffisante à tous. L’âme fidèle à une grande grâce fait une grande action, et avec un faible grâce fait une petite action. Le prix et l’excellence de la grâce donnée de Dieu et suivie de l’âme fait le prix et l’excellence de nos actions. Ces principes sont incontestables.

B. POUR TROUVER LA GRACE DE DIEU, IL FAUT TROUVER MARIE

6. Tout se réduit donc à trouver un moyen facile pour obtenir de Dieu la grâce nécessaire pour devenir saint; et c’est ce que je veux [vous] apprendre. Et, je dis que pour trouver la grâce de Dieu, il faut trouver Marie. Parce que:

7. 1 C’est Marie seule qui a trouvé grâce [devant] Dieu, et pour soi, et pour chaque homme en particulier. Les patriarches et les prophètes, tous les saints de l’ancienne loi n’ont pu trouver cette grâce.

8. 2 C’est elle qui a donné l’être et la vie à l’Auteur de toute grâce, et, à cause de cela, elle est appelée Mère de la grâce, Mater gratiae.

9. 3 Dieu le Père, de qui tout don parfait et toute grâce descend comme de sa source essentielle, en lui donnant son Fils, lui a donné toutes ses grâces, en sorte que, comme dit saint Bernard, la volonté de Dieu lui est donnée en lui et avec lui.

10. 4 Dieu l’a choisie pour la trésorière, l’économe et la dispensatrice de toutes ses grâces; en sorte que toutes ses grâces et tous ses dons passent par ses mains; et, selon le pouvoir qu’elle en a reçu, suivant saint Bernardin, elle donne à qui elle veut, comme elle veut, quand elle veut et autant qu’elle veut, les grâces du Père éternel, les vertus de Jésus- Christ et les dons du Saint-Esprit.

11. 5 Comme dans l’ordre naturel, il faut qu’un enfant ait un père et une mère, de même dans l’ordre de la grâce, il faut qu’un vrai enfant de l’Eglise ait Dieu pour père et Marie pour mère; et, s’il se glorifie d’avoir Dieu pour père, n’ayant point la tendresse d’un vrai enfant pour Marie, c’est un trompeur qui n’a que le démon pour père…

12. 6 Puisque Marie a formé le Chef des prédestinés, qui est Jésus-Christ, c’est à elle aussi de former les membres de ce chef, qui sont les vrais chrétiens: car une mère ne forme pas le chef sans les membres, ni les membres sans le chef. Quiconque donc veut être un membre de Jésus-Christ, plein de grâce et de vérité, doit être formé en Marie par le moyen de la grâce de Jésus-Christ, qui réside en elle en plénitude, pour être communiquée en plénitude aux vrais membres de Jésus- Christ et à ses vrais enfants.

13. 7 Le Saint-Esprit ayant épousé Marie, et ayant produit en elle, et par elle, et d’elle, Jésus-Christ, ce chef- d’oeuvre, le Verbe incarné, comme il ne l’a jamais répudiée, il continue à produire tous les jours en elle et par elle, d’une manière mystérieuse, mais véritable, les prédestinés.

14. 8 Marie a reçu de Dieu une domination particulière sur les âmes pour les nourrir et faire croître en Dieu. Saint Augustin dit même que dans ce monde les prédestinés sont tous enfermés dans le sein de Marie, et qu’ils ne viennent au monde que lorsque cette bonne Mère les enfante à la vie éternelle. Par conséquent, comme l’enfant tire toute sa nourriture de sa mère, qui la rend proportionnée à sa faiblesse, de même, les prédestinés tirent toute leur nourriture spirituelle et toute leur force de Marie.

15. 9 C’est à Marie que Dieu le Père a dit: In Jacob inhabita: Ma Fille, demeurez en Jacob, c’est-à-dire dans mes prédestinés figurés par Jacob. C’est à Marie que Dieu le Fils a dit: In Israel haereditare: Ma chère Mère, ayez votre héritage en Israel, c’est-à-dire dans les prédestinés. Enfin, c’est à Marie que le Saint-Esprit a dit: In electis meis mitte radices: Jetez, ma fidèle épouse, des racines en mes élus. Quiconque donc est élu et prédestiné, a la Sainte Vierge demeurant chez soi, c’est-à-dire dans son âme, et il la laisse y jeter les racines d’une profonde humilité, d’une ardente charité et de toutes les vertus…

16. 10 Marie est appelée par saint Augustin, et est, en effet, le monde [moule] vivant de Dieu, forma Dei, c’est-à- dire que c’est en elle seule que Dieu [fait] homme a été formé au naturel, sans qu’il lui manque aucun trait de la Divinité, et c’est aussi en elle seule que l’homme peut être formé en Dieu au naturel, autant que la nature humaine en est capable, par la grâce de Jésus-Christ.
Un sclupteur peut faire une figure ou un portrait au naturel de deux manières: 1 se servant de son industrie, de sa force, de sa science et de la bonté de ses instruments pour faire cette figure en une matière dure et informe; 2 il peut la jeter en moule. La première est longue et difficile et sujette à beaucoup d’accidents: il ne faut souvent qu’un coup de ciseau ou de marteau donné mal à propos pour gâter tout l’ouvrage. La seconde est prompte, facile et douce, presque sans peine et sans coûtage, pourvu que le moule soit parfait et qu’il représente au naturel; pourvu que la matière dont il se sert soit bien malléable, ne résistant aucunement à sa main.

17. Marie est le grand moule de Dieu, fait par le Saint- Esprit, pour former au naturel un Homme Dieu par l’union hypostatique, et pour former un homme Dieu par la grâce. Il ne manque à ce moule aucun trait de la divinité; quiconque y est jeté et se laisse manier aussi, y reçoit tous les traits de Jésus-Christ, vrai Dieu, d’une manière douce et proportionnée à la faiblesse humaine; sans beaucoup d’agonies et de travaux; d’une manière sûre, sans crainte d’illusion, car le démon n’a point eu et n’aura jamais d’accès en Marie, sainte et immaculée, sans ombre de la moindre tache de péché.

18. Oh! chère âme, qu’il y a de différence entre une âme formée en Jésus-Christ par les voies ordinaires de ceux qui, comme les sculpteurs, se fient en leur savoir-faire et s’appuient sur leur industrie, et entre une âme bien maniable, bien déliée, bien fondue, et qui, sans aucun appui sur elle- même, se jette en Marie et s’y laisse manier par l’opération du Saint-Esprit! Qu’il y a de taches, qu’il y a de défauts, qu’il y a de ténèbres, qu’il y a d’illusions, qu’il y a de naturel, qu’il y a d’humain dans la première âme; et que la seconde est pure, divine et semblable à Jésus-Christ!

19. Il n’y a point et il n’y aura jamais créature où Dieu soit plus grand, hors de lui-même et en lui-même, que dans la divine Marie, sans exception ni des bienheureux, ni des chérubins, ni des plus hauts séraphins, dans le paradis même… Marie est le paradis de Dieu et son monde ineffable, où le Fils de Dieu est entré pour y opérer des merveilles, pour le garder et s’y complaire. Il a fait un monde pour l’homme voyageur, c’est celui-ci; il a fait un monde pour l’homme bienheureux, et c’est le paradis; mais il en a fait un autre pour lui, auquel il a donné le nom de Marie; monde inconnu presque à tous les mortels ici-bas et incompréhensible à tous les anges et les bienheureux, là-haut dans le ciel, qui, dans l’admiration de voir Dieu si relevé et si reculé d’eux tous, si séparé et si caché dans son monde, la divine Marie, s’écrient jour et nuit: Saint, Saint, Saint.

20. Heureuse et mille fois heureuse est l’âme ici-bas, à qui le Saint-Esprit révèle le secret de Marie pour le connaître; et à qui il ouvre ce jardin clos pour y entrer, et cette fontaine scellée pour y puiser et boire à longs traits les eaux vives de la grâce! Cette âme ne trouvera que Dieu seul, sans créature, dans cette aimable créature; mais Dieu en même temps infiniment saint et relevé, infiniment condescendant et proportionné à sa faiblesse. Puisque Dieu est partout, on peut le trouver partout, jusque dans les enfers; mais il n’y a point de lieu où la créature puisse le trouver plus proche d’elle et plus proportionné à sa faiblesse qu’en Marie, puisque c’est pour cet effet qu’il y est descendu. Partout ailleurs, il est le Pain des forts et des anges; mais, en Marie, il est le Pain des enfants…

21. Qu’on ne s’imagine donc pas, avec quelques faux illuminés, que Marie, étant créature, elle soit un empêchement à l’union au Créateur: ce n’est plus Marie qui vit, c’est Jésus-Christ seul, c’est Dieu seul qui vit en elle. Sa transformation en Dieu surpasse plus celle de saint Paul et des autres saints, que le ciel ne surpasse la terre en élévation. Marie n’est faite que pour Dieu, et tant s’en faut qu’elle arrête une âme à elle-même, qu’au contraire elle la jette en Dieu et l’unit à lui avec d’autant plus de perfection que l’âme s’unit davantage à elle. Marie est l’écho admirable de Dieu, qui ne répond que: Dieu, lorsqu’on lui crie: Marie, qui ne glorifie que Dieu, lorsque, avec sainte Elizabeth, on l’appelle bienheureuse. Si les faux illuminés, qui ont été si misérablement abusés par le démon jusque dans l’oraison, avaient su trouver Marie, et par Marie Jésus et par Jésus Dieu, ils n’auraient pas fait de si terribles chutes. Quand on a une fois trouvé Marie, et, par Marie, Jésus, et par Jésus, Dieu le Père, on a trouvé tout bien, disent les saintes âmes: Inventa, etc. Qui dit tout n’excepte rien: toute grâce et toute amitié auprès de Dieu; toute sûreté contre les ennemis de Dieu, toute vérité contre le mensonge; toute facilité et toute victoire contre les difficultés du salut; toute douceur et toute joie dans les amertumes de la vie.

22. Ce n’est pas que celui qui a trouvé Marie par une vraie dévotion soit exempt de croix et de souffrances, tant s’en faut; il en est plus assailli qu’aucun autre, parce que Marie, étant la mère des vivants, donne à tous ses enfants des morceaux de l’Arbre de vie, qui est la croix de Jésus, mais c’est qu’en leur taillant de bonnes croix, elle leur donne la grâce de les porter patiemment et même joyeusement; en sorte que les croix qu’elle donne à ceux qui lui appartiennent sont plutôt des confitures ou des croix confites que des croix amères; ou, s’ils en sentent pour un temps l’amertume du calice qu’il faut boire nécessairement pour être ami de Dieu, la consolation et la joie, que cette bonne Mère fait succéder à la tristesse, les animent infiniment à porter des croix encore plus lourdes et plus amères.

C. UNE VRAIE DEVOTION A LA SAINTE VIERGE EST INDISPENSABLE

23. La difficulté est donc de savoir trouver véritablement la divine Marie, pour trouver toute grâce abondante. Dieu étant maître absolu peut communiquer par lui-même ce qu’il ne communique ordinairement que par Marie; on ne peut nier, sans témérité, qu’il ne le fasse même quelquefois, cependant, selon l’ordre que la divine Sagesse a établi, il ne se communique ordinairement aux hommes que par Marie dans l’ordre de la grâce, comme dit saint Thomas. Il faut, pour monter et s’unir à lui, se servir du même moyen dont il s’est servi pour descendre à nous, pour se faire homme et pour nous communiquer ses grâces; et ce moyen est une véritable dévotion à la Sainte Vierge.II. EN QUOI CONSISTE LA VRAIE DEVOTION A MARIE

A. PLUSIEURS VERITABLES DEVOTIONS A LA TRES-SAINTE VIERGE

24. Il y a, en effet, plusieurs véritables dévotions à la très Sainte Vierge: et je ne parle pas ici des fausses.

25. La première consiste à s’acquitter des devoirs du chrétien, évitant le péché mortel, agissant plus par amour que par crainte et priant de temps en temps la Sainte Vierge et l’honorant comme la Mère de Dieu sans aucune dévotion spéciale envers elle.

26. La seconde consiste à avoir pour la Sainte Vierge des sentiments plus parfaits d’estime, d’amour, de confiance et de vénération. Elle porte à se mettre des confréries du Saint Rosaire, du Scapulaire, à réciter le chapelet et le saint Rosaire, à honorer ses images et ses autels, à publier ses louanges et s’enrôler dans ses congrégations. Et cette dévotion, excluant le péché, est bonne, sainte et louable; mais elle n’est pas si parfaite et si capable de retirer les âmes des créatures et de les détacher d’elles-mêmes pour les unir à Jésus-Christ.

27. La troisiène dévotion à la Sainte Vierge, connue et pratiquée de très peu de personnes, est celle-ci que je vais découvrir.

B. LA PARFAITE PRATIQUE DE DEVOTION A MARIE

[1. En quoi elle consiste] 28. Ame prédestinée, elle consiste à se donner tout entier, en qualité d’esclave, à Marie et à Jésus par elle; ensuite, à faire toute chose avec Marie, en Marie, par Marie et pour Marie. J’explique ces paroles.

29. Il faut choisir un jour remarquable pour se donner, se consacrer et sacrifier volontairement et par amour, sans contrainte, tout entier, sans aucune réserve, son corps et son âme; ses biens extérieurs de fortune, comme sa maison, sa famille et ses revenus; ses biens intérieurs de l’âme, savoir: ses mérites, ses grâces, ses vertus et satisfactions. Il faut remarquer ici qu’on fait sacrifice, par cette dévotion, à Jésus par Marie, de tout ce qu’une âme a de plus cher et dont aucune religion n’exige le sacrifice, qui est le droit qu’on a de disposer de soi-même et de la valeur de ses prières, de ses aumônes, de ses mortification et satisfactions; en sorte qu’on en laisse l’entière disposition à la très Sainte Vierge, pour appliquer selon sa volonté à la plus grande gloire de Dieu qu’elle seule connaît parfaitement.

30. On laisse en sa disposition toute la valeur satisfactoire et impétratoire de ses bonnes oeuvres: ainsi, après l’oblation qu’on en a faite, quoique sans aucun voeu, on n’est plus maître de tout le bien qu’on a fait; mais la très Sainte Vierge peut l’appliquer, tantôt à une âme du purgatoire, pour la soulager ou délivrer, tantôt à un pauvre pécheur pour le convertir.

31. On met bien, par cette dévotion, ses mérites entre les mains de la Sainte Vierge; mais c’est pour les garder, les augmenter, les embellir, parce que nous ne pouvons nous communiquer les uns aux autres les mérites de la grâce sanctifiante, ni de la gloire… Mais on lui donne toutes ses prières et bonnes oeuvres, en tant qu’impétratoires et satisfactoires, pour les distribuer et appliquer à qui il lui plaira; et si, après s’être ainsi consacré à la Sainte Vierge, on désire soulager quelque âme du purgatoire… sauver quelque pécheur, soutenir quelqu’un de nos amis par nos prières, nos aumônes, nos mortifications, nos sacrifices, il faudra le lui demander humblement, et s’en tenir à ce qu’elle en déterminera, sans le connaître; étant bien persuadé que la valeur de nos actions, étant dispensée par la même main dont Dieu se sert pour nous dispenser ses grâces et ses dons, ils ne peuvent manquer d’être appliqués à sa plus grande gloire.

32. J’ai dit que cette dévotion consiste à se donner à Marie en qualité d’esclave. Il faut remarquer qu’il y a trois sortes d’esclavage. Le premier est l’esclavage de la nature; les hommes bons et mauvais sont esclaves de Dieu en cette manière.
Le second, c’est l’esclavage de contrainte; les démons et les damnés sont les esclaves de Dieu en cette manière. Le troisiène, c’est l’esclavage d’amour et de volonté; et c’est celui par lequel nous devons nous consacrer à Dieu par Marie, de la manière la plus parfaite dont une créature se puisse servir pour se donner à son Créatuer.

33. Remarquez encore qu’il y a bien de la différence entre un serviteur et un esclave. Un serviteur veut des gages pour ses services; l’esclave n’en a point. Le serviteur est libre de quitter son maître quand il voudra et il ne le sert que pour un temps; l’esclave ne le peut quitter justement, il lui est livré pour toujours. Le serviteur ne donne pas à son maître droit de vie et de mort sur sa personne; l’esclave se donne tout entier, en sorte que son maître pourrait le faire mourir sans qu’il en fût inquiété par la justice. Mais il est aisé de voir que l’esclave de contrainte a la plus étroite des dépendances, qui ne peut proprement convenir qu’à un homme envers son Créateur. C’est pourquoi les chrétiens ne font point de tels esclaves; il n’y a que les Turcs et les idolâtres qui en font de la sorte.

34. Heureuse et mille fois heureuse est l’âme libérale qui se consacre à Jésus par Marie, en qualité d’esclave d’amour, après avoir secoué par le baptême l’esclavage tyrannique du démon!

[2. Excellence de cette pratique] 35. Il me faudrait beaucoup de lumières pour décrire parfaitement l’excellence de cette pratique, et je dirai seulement en passant: 1 Que se donner ainsi à Jésus par les mains de Marie, c’est imiter Dieu le Père qui ne nous a donné son Fils que par Marie, et qui ne nous communique ses grâces que par Marie; c’est imiter Dieu le Fils qui n’est venu à nous que par Marie, et qui, nous ayant donné l’exemple pour faire comme il a fait, nous a sollicités à aller à lui par le même moyen par lequel il est venu à nous, qui est Marie; c’est imiter le Saint- Esprit qui ne nous communique ses grâces et ses dons que par Marie. N’est-il pas juste que la grâce retourne à son auteur, dit saint Bernard, par le même canal par lequel elle nous est venue?

36. 2 Aller à Jésus-Christ par Marie, c’est véritablement honorer Jésus-Christ, parce que c’est marquer que nous ne sommes pas dignes d’approcher de sa sainteté infinie directement par nous-mêmes, à cause de nos péchés, et que nous avons besoin de Marie, sa sainte Mère, pour être notre avocate et notre médiatrice auprès de lui, qui est notre médiateur. C’est en même temps s’approcher de lui comme de notre médiateur et notre frère, et nous humilier devant lui comme devant notre Dieu et notre juge: en un mot, c’est pratiquer l’humilité qui ravit toujours le coeur de Dieu…

37. 3 Se consacrer ainsi à Jésus par Marie, c’est mettre entre les mains de Marie nos bonnes actions qui, quoiqu’elles paraissent bonnes, sont très souvent souillées et indignes des regards et de l’acceptation de Dieu devant qui les étoiles ne sont pas pures. Ah! prions cette bonne Mère et Maîtresse que, ayant reçu notre pauvre présent, elle le purifie, elle le sanctifie, elle l’élève et l’embellisse de telle sorte qu’elle le rende digne de Dieu. Tous les revenus de notre âme sont moindres devant Dieu, le Père de famille, pour gagner son amitié et sa grâce, que ne serait devant le roi la pomme véreuse d’un pauvre paysan, fermier de sa Majesté, pour payer sa ferme. Que ferait le pauvre homme, s’il avait de l’esprit et s’il était bien venu auprès de la reine? Amie du pauvre paysan et respectueuse envers le roi, n’ôterait-elle pas de cette pomme ce qu’il y a de véreux et de gâté et ne la mettrait-elle pas dans un bassin d’or entouré de fleurs; et le roi pourrait-il s’empêcher de la recevoir, même avec joie, des mains de la reine qui aime ce paysan… Modicum quid offerre desideras? manibus Mariae tradere cura, si non vis sustinere repulsam. Si vous voulez offrir quelque chose à Dieu, dit saint Bernard, mettez-[le] dans les mains de Marie, à moins que vous ne vouliez être rebuté.

38. Bon Dieu que tout ce que nous faisons est peu de chose! Mais mettons-le dans les mains de Marie par cette dévotion. Comme nous nous serons donnés tout à fait à elle, autant qu’on se peut donner, en nous dépouillant de tout en son honneur, elle nous sera infiniment plus libérale, elle nous donnera « pour un oeuf un boeuf », elle se communiquera toute à nous avec ses mérites et ses vertus; elle mettra nos présents dans le plat d’or de sa charité; elle nous revêtira comme Rébecca fit Jacob, des beaux habits de son Fils aîné et unique Jésus- Christ, c’est-à-dire de ses mérites qu’elle a à sa disposition: et ainsi, comme ses domestiques et esclaves, après nous être dépouillés de tout pour l’honorer, nous aurons doubles vêtements: Omnes domestici ejus vestiti sunt duplicibus: vêtements, ornements, parfums, mérites et vertus de Jésus et Marie dans l’âme d’un esclave de Jésus et Marie dépouillé de soi-même et fidèle en son dépouillement.

39. 4 Se donner ainsi à la Sainte Vierge, c’est exercer dans le plus haut point qu’on peut la charité envers le prochain, puisque se faire volontairement son captif, c’est lui donner ce qu’on a de plus cher, afin qu’elle en puisse disposer à sa volonté en faveur des vivants et des morts.

40. 5 C’est par cette dévotion qu’on met ses grâces, ses mérites et vertus en sûreté, en faisant Marie la dépositaire et lui disant: « Tenez, ma chère Maîtresse, voilà ce que, par la grâce de votre Fils, j’ai fait de bien; je ne suis pas capable de le garder à cause de ma faiblesse et de mon inconstance, à cause du grand nombre et de la malice de mes ennemis qui m’attaquent jour et nuit. Hélas! si l’on voit tous les jours les cèdres du Liban tomber dans la boue, et des aigles, s’élevant jusqu’au soleil, devenir des oiseaux de nuit; mille justes de même tombent à ma gauche et dix mille à ma droite, mais, ma puissante et très puissante Princesse, gardez tout mon bien, de peur qu’on ne me le vole, tenez-moi, de peur que je ne tombe; je vous confie en dépôt tout ce que j’ai: Depositum custodi. – Scio cui credidi. Je sais bien qui vous êtes, c’est pourquoi je me confie tout à vous; vous êtes fidèle à Dieu et aux hommes, et vous ne permettrez pas que rien ne périsse de ce que [je] vous confie; vous êtes puissante, et rien ne peut vous nuire, ni ravir ce que vous avez entre les mains. » Ipsam sequens non devias; ipsam rogans non desperas; ipsam cogitans non erras; ipsa tenente, non corruis; ipsam protegente, non metuis; ipsa duce, non fatigaris; ipsa propitia, pervenis (Saint Bernard, Inter flores, cap. 135.) Et ailleurs: Detinet Filium ne percutiat; detinet diabolum ne noceat; detinet virtutes ne fugiant; detinet merita ne pereant; detinet gratiam ne effluat. Ce sont les paroles de Saint Bernard qui expriment en substance tout ce que je viens de dire. Quand il n’y aurait que ce seul motif pour m’exciter à cette dévotion, comme [étant] le moyen de me conserver et augmenter même dans la grâce de Dieu, je ne devrais respirer que feu et flammes pour elle.

41. 6 Cette dévotion rend une âme vraiment libre de la liberté des enfants de Dieu. Comme pour l’amour de Marie, on se réduit volontairement en l’esclavage, cette chère Maîtresse, par reconnaissance, élargit et dilate le coeur, et fait marcher à pas de géant dans la voie des commandements de Dieu. Elle ôte l’ennui, la tristesse et le scrupule. Ce fut cette dévotion que Notre-Seigneur apprit à la chère Agnés de Langeac, religieuse morte en odeur de sainteté, comme un moyen assuré pour sortir des grandes peines et perplexités où elle se trouvait: « Fais-toi, lui dit-il, esclave de ma Mère et prends la chaînette »; ce qu’elle fit; et dans le moment, toutes ses peines cessèrent.

42. Pour autoriser cette dévotion, il faudrait rapporter ici toutes les bulles et les indulgences des papes et les mandements des évêques en sa faveur, les confréries établies en son honneur, l’exemple de plusieurs saints et grands personnages qui l’ont pratiquée; mais je passe tout cela sous silence…

[3. Sa formule interieure et son esprit]
43. J’ai dit ensuite que cette dévotion consistait à faire toutes choses avec Marie, en Marie, par Marie et pour Marie.

44. Ce n’est pas assez de s’être donné une fois à Marie, en qualité d’esclave; ce n’est pas même assez de le faire tous les mois, et toutes les semaines: ce serait une dévotion toute passagère, et elle n’élèverait pas l’âme à la perfection où elle est capable de l’élever. Il n’y a pas beaucoup de difficulté à s’enrôler dans une confrérie, à embrasser cette dévotion et à dire quelques prières vocales tous les jours, comme elle prescrit; mais la grande difficulté est d’entrer dans l’esprit de cette dévotion qui est de rendre une âme intérieurement dépendante et esclave de la très Sainte Vierge et de Jésus par elle. J’ai trouvé beaucoup de personnes, qui, avec une ardeur admirable, se sont mises sous leur saint esclavage, à l’extérieur; mais j’en ai bien rarement trouvé qui en aient pris l’esprit et encore moins qui y aient persévéré.

Agir avec Marie

45. 1 La pratique essentielle de cette dévotion consiste à faire toutes ses actions avec Marie, c’est-à-dire à prendre la Sainte Vierge pour le modèle accompli de tout ce qu’on doit faire.

46. C’est pourquoi, avant d’entreprendre quelque chose, il faut renoncer à soi-même et à ses meilleures vues; il faut s’anéantir devant Dieu, comme de soi incapable de tout bien surnaturel et de toute action utile au salut; il faut recourir à la très Sainte Vierge, et s’unir à elle et à ses intentions, quoique inconnues; il faut s’unir par Marie aux intentions de Jésus-Christ, c’est-à-dire se mettre comme un instrument entre les mains de la très Sainte Vierge afin qu’elle agisse en nous, de nous et pour nous, comme bon lui semblera, à la plus [grande] gloire de son Fils, et par son Fils, Jésus, à la gloire du Père; en sorte qu’on ne prenne de vie intérieur et d’opération spirituelle que dépendamment d’elle…

Agir en Marie

47. 2 Il faut faire toute chose en Marie, c’est-à-dire qu’il faut s’accoutumer peu à peu à se recueillir au-dedans de soi- même pour y former une petite idée ou image spirituelle de la très Sainte Vierge. Elle sera à l’âme l’Oratoire pour y faire toutes ses prières à Dieu, sans crainte d’être rebutée; la Tour de David pour s’y mettre en sûreté contre tous ses ennemis; la Lampe allumée pour éclairer tout l’intérieur et pour brûler de l’amour divin; le Reposoir sacré pour voir Dieu avec elle; et enfin son unique Tout auprès de Dieu, son recours universel. Si elle prie, ce sera en Marie; si elle reçoit Jésus par la sainte communion, elle le mettra en Marie pour s’y complaire; si elle agit, ce sera en Marie; et partout et en tout elle produira des actes de renoncement à elle même…

Agir par Marie

48. 3 Il faut n’aller jamais à Notre-Seigneur que par son intercession et son crédit auprès de lui, ne se trouvant jamais seul pour le prier…

Agir pour Marie

49. 4 Il faut faire toutes ses actions pour Marie, c’est-à- dire qu’étant esclave de cette auguste Princesse, il faut qu’elle ne travaille plus que pour Elle, que pour son profit, que pour sa gloire, comme fin prochaine, et pour la gloire de Dieu, comme fin dernière. Elle [doit] donc en tout ce qu’elle fait, renoncer à son amour propre, qui se prend presque toujours pour fin d’une manière presque imperceptible, et répéter souvent du fond du coeur: O ma chère Maîtresse, c’est pour vous que je vais ici ou là, que je fais ceci ou cela, que je souffre cette peine ou cette injure!

50. Prends bien garde, âme prédestinée, de croire qu’il est plus parfait d’aller tout droit à Jésus, tout droit à Dieu dans ton opération et intention; si tu veux y aller sans Marie, ton opération, ton intention sera de peu de valeur; mais y allant par Marie, c’est l’opération de Marie en toi, et, par conséquent, elle sera très relevée et très digne de Dieu.

51. De plus, prends bien garde de te faire violence pour sentir et goûter ce que tu dis et fais: dis et fais tout dans la pure foi que Marie a eue sur la terre, qu’elle te communiquera avec le temps; laisse à ta Souveraine, pauvre petite esclave, la vue claire de Dieu, les transports, les joies, les plaisirs, les richesses, et ne prends pour toi que la pure foi, pleine de dégoûts, de distractions, d’ennuis, de sécheresse; dis: Amen, ainsi soit-il, à ce que fait Marie, ma Maîtresse, dans le ciel; c’est ce que fais de meilleur pour le présent…

52. Prends bien garde encore de te tourmenter si tu ne jouis pas sitôt de la douce présence de la Sainte Vierge en ton intérieur. Cette grâce n’est pas faite à tous; et quand Dieu en favorise une âme par grande miséricorde, il lui est bien aisé de la perdre si elle n’est pas fidèle à se recueillir souvent; et si ce malheur t’arrivait, reviens doucement et fais amende honorable à ta Souveraine.

[4. Les effets qu'elle produit dans l'âme fidèle] 53. L’expérience t’en apprendra infiniment plus que je ne t’en dis, et tu trouveras, si tu as été fidèle au peu que je t’ai dit, tant de richesse et de grâces en cette pratique que tu en seras surprise et ton âme sera toute remplie d’allégresse…

54. Travaillons donc, chère âme, et faisons en sorte que, par cette dévotion fidèlement pratiquée, l’âme de Marie soit en nous pour glorifier le Seigneur, que l’esprit de Marie soit en nous pour se réjouir en Dieu son Sauveur. Ce sont là les paroles de saint Ambroise: Sit in singulis anima Mariae ut magnificet Dominum, [sit] in singulis spiritus Mariae [ut] exultet in Deo… Et ne croyons pas qu’il y eut plus de gloire et de bonheur à demeurer dans le sein d’Abraham, qui est le Paradis, que dans le sein de Marie, puisque Dieu y a mis son trône. Ce sont les paroles du saint abbé Guerric: « Ne credideris majoris esse felicitatis habitare in sinu Abrahae, qui [vocatur] Paradisum, quam in sinu Mariae in quo Dominus thronum suum posuit. »

55. Cette dévotion, fidèlement pratiquée, produit une infinité d’effets dans l’âme. Mais le principal don que les âmes possèdent, c’est d’établir ici-bas la vie de Marie dans une âme, en sorte que ce n’est plus l’âme qui vit, mais Marie en elle, ou l’âme de Marie devient son âme, pour ainsi dire. Or, quand par une grâce ineffable, mais véritable, la divine Marie est Reine dans une âme, quelles merveilles n’y fait-elle point? Comme elle est l’ouvrière des grandes merveilles, particulièrement à l’intérieur, elle y travaille en secret, à l’insu même de l’âme qui, par sa connaissance détruirait la beauté de ses ouvrages…

56. Comme elle est partout Vierge féconde, elle porte dans tout l’intérieur où elle est la pureté de coeur et de corps, la pureté en ses intentions et ses desseins, la fécondité en bonnes oeuvres. Ne croyez pas, chère âme, que Marie, la plus féconde de toutes les créatures, et qui est allée jusqu’au point de produire un Dieu, demeure oiseuse en une âme fidèle. Elle la fera vivre sans cesse en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en elle. Filioli mei, quos iterum parturio donce formetur Christus in vobis (Gal 4,19), et si Jésus-Christ est aussi bien le fruit de Marie en chaque âme en particulier que par tout le monde en général, c’est particulièrement dans l’âme où elle est que Jésus-Christ est son fruit et son chef-d’oeuvre.

57. Enfin, Marie devient toute chose à cette âme auprès de Jésus-Christ: elle éclaire son esprit par sa pure foi. Elle approfondit son coeur par son humilité, elle l’élargit et l’embrase par sa charité, elle le purifie par sa pureté, elle l’anoblit et l’agrandit par sa maternité. Mais à quoi est-ce que je m’arrête? Il n’y a que l’expérience qui apprend ces merveilles de Marie, qui sont incroyables aux gens savants et orgueilleux, et même au commun des dévots et dévotes…

58. Comme c’est par Marie que Dieu est venu au monde pour la première fois, dans l’humiliation et l’anéantissement, ne pourrait-on pas dire aussi que c’est par Marie que Dieu viendra une seconde fois, comme toute l’Eglise l’attend, pour règner partout et pour juger les vivants et les morts? Savoir comment cela se fera, et quand cela se fera, qui est-ce qui le sait? Mais je sais bien que Dieu, dont les pensées sont plus éloignées des nôtres que le ciel ne l’est de la terre, viendra dans un temps et de la manière la moins attendue des hommes, même les plus savants et les plus intelligents dans l’Ecriture sainte, qui est fort obscure sur ce sujet.

59. L’on doit croire encore que sur la fin des temps. et peut-être plus tôt qu’on ne pense, Dieu suscitera de grands hommes remplis du Saint-Esprit et de celui de Marie, pour [par] lesquels cette divine Souveraine fera de grandes merveilles dans le monde, pour détruire le péché et établir le règne de Jésus-Christ, son Fils, sur celui du monde corrompu; et c’est par le moyen de cette dévotion à la très Sainte Vierge, que je ne fais que tracer et amoindrir par ma faiblesse, que ces saints personnages viendront à bout de tout…

5. Les pratiques extérieures

60. Outre la pratique intérieur de cette dévotion, dont nous venons de parler, il y en a d’extérieures qu’il ne faut pas omettre ni négliger…

La consécration et son renouvellement

61. La première, c’est de se donner à Jésus-Christ, en quelque jour remarquable, par les mains de Marie, de laquelle on se fait esclave, et de communier à cet effet, ce jour-là, et le passer en prières: laquelle consécration on renouvellera au moins tous les ans, au même jour.

L’offrande d’un tribut à la Sainte Vierge

62. La seconde pratique, c’est de donner tous les ans, au même jour, un petit tribut à la Sainte Vierge, pour lui marquer sa servitude et sa dépendance: ç’a toujours été l’hommage des esclaves envers leurs maîtres. Or, ce tribut [est] ou quelque mortification, ou quelque aumône ou quelque pélerinage, ou quelques prières. Le bienheureux Marin, au rapport de son frère, saint Pierre Damien, prenait la discipline publiquement tous les ans, au même jour, devant un autel de la Sainte Vierge. On ne demande ni conseille cette ferveur; mais, si l’on ne donne pas beaucoup à Marie, l’on doit au moins offrir ce qu’on lui présente avec un coeur humble et bien reconnaissant…

La célébration spéciale de la fête de l’Annonciation

63. La troisième est de célébrer tous les ans, avec une dévotion particulière, la fête de l’Annonciation, qui est la fête principale de cette dévotion, qui a été établie pour honorer et imiter la dépendance où le Verbe éternel se mit en ce jour, pour notre amour…

La récitation de la Petite Couronne et du Magnificat

64. La quatriènme pratique extérieure est de dire tous les jours, sans obligation à aucun péché, si l’on y manque, la Petite Couronne de la Très Sainte Vierge, composée de trois Pater et de douze Ave, et de réciter souvent le Magnificat, qui est l’unique cantique que nous ayons de Marie, pour remercier Dieu de ses bienfaits et pour en attirer de nouveaux; surtout, il ne faut pas manquer de le réciter après la sainte communion, pour action de grâces, comme le savant Gerson tient que la Sainte Vierge même faisait après la communion…

Le port de la chaînette

65. Le cinquième, c’est de porter une petite chaine bénite au cou, ou au bras, ou au pied, ou au travers du corps. Cette pratique peut absolument s’omettre, sans intéresser le fond de cette dévotion; mais cependant il serait pernicieux de la mépriser et condamner, et dangereux de la négliger… Voici les raisons qu’on a de porter cette marque extérieure:
1 pour se garantir des funestes chaînes du péché originel et actuel, dont nous avons été liés;
2 pour honorer les cordes et les liens amoureux dont Notre-Seigneur a bien voulu être garotté, pour nous rendre vraiment libres;
3 comme ces liens sont des liens de charité, traham eos in vinculis caritatis, c’est pour nous faire souvenir que nous ne devons agir que par le mouvement de cette vertu;
4 enfin, c’est pour nous faire ressouvenir de notre dépendance de Jésus et de Marie, en qualité d’esclave, qu’on a coutume de porter semblables chaînes. Plusieurs grands personnages, qui s’étaient faits esclaves de Jésus et de Marie, estimaient tant ces chaînettes qu’ils se plaignaient de ce qu’il ne leur était pas permis de les traîner publiquement à leur pied comme les esclaves des Turcs. O chaînes plus précieuses et plus glorieuses que les colliers d’or et de pierres précieuses de tous les empereurs, puisqu’elles nous lient à Jésus-Christ et à sa sainte Mère, et en sont les illustres marques et livrées!
Il faut remarquer qu’il est à propos que les chaînes, si elles ne sont pas d’argent, soient au moins de fer, à cause de la commodité… Il ne les faut jamais quitter pendant la vie, afin qu’elles nous puissent accompagner jusqu’au jour du jugement. Quelle joie, quelle gloire, quel triomphe pour un fidèle esclave, au jour du jugement, que ses os, au son de la trompette se lèvent de terre encore liés par la chaîne de l’esclavage, qui apparemment ne sera point pourrie! Cette seule pensée doit animer fortement un dévôt esclave à ne la jamais quitter, quelque incommode qu’elle puisse être à la nature.SUPPLEMENT

ORAISONS A JESUS ET A MARIE

ORAISON A JESUS

66. Mon aimable Jésus, permettez-moi de m’adresser à vous pour vous témoigner la reconnaissance où je suis de la grâce que vous m’avez faite, en me donnant à votre sainte Mère par la dévotion de l’esclavage, pour être mon avocate auprès de votre Majesté, et mon supplément universel dans ma très grande misère. Hélas! Seigneur, je suis si misérable que, sans cette bonne Mère, je serais infailliblement perdu. Oui, Marie m’est nécessaire auprès de vous, partout: nécessaire pour vous calmer dans votre juste colère, puisque je vous ai tant offensé tous les jours; nécessaire pour arrêter les châtiments éternels de votre justice que je mérite; nécessaire pour vous regarder, pour vous parler, vous prier, vous approcher et vous plaire; nécessaire pour sauver mon âme et celle des autres; nécessaire, en un mot, pour faire toujours votre sainte volonté et procurer en tout votre plus grande gloire. Ah! que ne puis-je publier par tout l’univers cette miséricorde que vous avez eue envers moi! Que tout le monde ne connait-[il] que, sans Marie, je serais déjà damné! Que ne puis-je rendre de dignes actions de grâces d’un si grand bienfait! Marie est en moi, haec facta es mihi. Oh! quel trésor! Oh! quelle consolation! Et je ne serais pas, après cela, tout à elle! Oh! quelle ingratitude, mon cher Sauveur! Envoyez-moi plutôt la mort que ce malheur m’arrive: car j’aime mieux mourir que de vivre sans être tout à Marie. Je l’ai mille et mille fois prise pour tout mon bien avec saint Jean l’Evangéliste, au pied de la croix et je me suis autant de fois donné à elle; mais, si je ne l’ai pas encore bien fait selon vos désirs, mon cher Jésus, je le fais maintenant comme vous le voulez que je le fasse; et si vous voyez en mon âme et mon corps quelque chose qui n’appartienne pas à cette auguste Princesse, je vous prie de me l’arracher et de le jeter loin de moi, puisque, n’étant pas à Marie, il est indigne de vous.

67. O Saint-Esprit! accordez-moi toutes ces grâces et plantez, arrosez et cultivez en mon âme l’aimable Marie, qui est l’Arbre de vie véritable, afin qu’il croisse, qu’il fleurisse et apporte du fruit de vie avec abondance. O Saint- Esprit! donnez-moi une grande dévotion et un grand penchant vers votre divine Epouse, un grand appui sur son sein maternel et un recours continuel à sa miséricorde, afin qu’en elle vous formiez en moi Jésus-Christ au naturel, grand et puissant, jusqu’à la plénitude de son âge parfait. Ainsi soit-il.

ORAISON A MARIE pour ses fidèles esclaves

68. Je vous salue, Marie, Fille bien-aimée du Père Eternel; je vous salue, Marie, Mère admirable du Fils; je vous salue, Marie, Epouse très fidèle du Saint-Esprit; je vous salue, Marie, ma chère Mère, mon aimable Maîtresse et ma puissante Souveraine, je vous salue, ma joie, ma gloire, mon coeur et mon âme! Vous êtes toute à moi par miséricorde, et je suis tout à vous par justice. Et je ne le suis pas encore assez: je me donne à vous tout entier de nouveau, en qualité d’esclave éternel, sans rien réserver pour moi ni pour autre. Si vous voyez encore en moi quelque chose qui ne vous apartienne pas, je vous supplie de le prendre en ce moment, et de vous rendre la Maîtresse absolue de mon pouvoir; de détruire et déraciner et d’y anéantir tout ce qui déplait à Dieu, et d’y planter, d’y élever et d’y opérer tout ce qui vous plaira. Et que la lumière de votre foi dissipe les ténèbres de mon esprit; que votre humilité profonde prenne la place de mon orgueil; que votre contemplation sublime arrête les distractions de mon imagination vagabonde; que votre vue continuelle de Dieu remplisse ma mémoire de sa présence; que l’incendie de la charité de votre coeur dilate et embrase la tiédeur et la froideur du mien; que vos vertus prennent la place de mes péchés; que vos mérites soient mon ornement et mon supplément devant Dieu. Enfin, ma très chère et bien-aimée Mère, faites, s’il se peut, que je n’aie point d’autre esprit que le vôtre pour connaître Jésus-CHrist et ses divines volontés; que je n’aie point d’autre âme que la vôtre pour louer et glorifier le Seigneur; que je n’aie point d’autre coeur que le vôtre pour aimer Dieu d’un amour pur et d’un amour ardent comme vous.

69. Je ne vous demande ni visions, ni révélations, ni goûts, ni plaisirs même spirituels. C’est à vous de voir clairement sans ténèbres; c’est à vous de goûter pleinement, sans amertume; c’est à vous de triompher glorieusement à la droite de votre Fils dans le ciel, sans aucune humiliation; c’est à vous de commander absolument aux anges et aux hommes et aux démons, sans résistance, et enfin de disposer, selon votre volonté, de tous les biens de Dieu, sans aucune réserve. Voilà, divine Marie, la très bonne part que le Seigneur vous a donnée et qui ne vous sera jamais ôtée; et ce qui me donne une grande joie. Pour ma part, ici-bas, je n’en veux point d’autre que celle que vous avez eue, savoir: de croire purement, sans rien goûter ni voir; de souffir joyeusement, sans consolation des créatures; de mourir continuellement à moi-même sans relâche; et de travailler fortement jusqu’à la mort, pour vous, sans aucun intérêt, comme le plus vil de vos esclaves. La seule grâce que je vous demande, par pure miséricorde, c’est que, tous les jours et moments de ma vie, je dise trois fois Amen: Ainsi soit-il, à tout ce que vous avez fait sur la terre, lorsque vous y viviez; Ainsi soit-il, à tout de que vous faites à présent dans le ciel; Ainsi soit- il, à tout ce que vous faites en mon âme, afin qu’il n’y ait que vous à glorifier pleinement Jésus en moi pendant le temps et l’éternite. Ainsi soit-il.LA CULTURE ET L’ACCROISSEMENT DE L’ARBRE DE VIE

AUTREMENT LA MANIRE DE FAIRE VIVRE
ET RÉGNER MARIE DANS NOS AMES.

1. Le Saint Esclavage d’amour. Arbre de vie.

70. Avez-vous compris, âme prédestinée, par l’opération du Saint-Esprit, ce que je viens de dire ? Remerciez-en Dieu! C’est un secret inconnu de presque tout le monde. Si vous avez trouvé le trésor caché dans le champ de Marie, la perle précieuse de l’Evangile, il faut tout vendre pour l’acquérir; il faut que vous fassiez un sacrifice de vous-même entre les mains de Marie, et vous perdre heureusement en elle pour y trouver Dieu seul. Si le Saint-Esprit a planté dans votre âme le véritable Arbre de vie, qui est la dévotion que je viens de vous expliquer, il faut que vous apportiez tous vos soins à le cultiver, afin qu’il donne son fruit en son temps. Cette dévotion est le grain de sénevé dont il est parlé dans l’Evangile, qui étant, ce semble, le plus petit de tous les grains, devient néanmoins bien grand et pousse sa tige si haut que les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les prédestinés, y font leur nid et y reposent à l’ombre dans la chaleur du soleil et s’y cachent en sûreté contre les bêtes féroces.

2. La manière de le cultiver.

Voici, âme prédestinée, la manière de le cultiver:

71. 1 Cet arbre, étant planté dans un coeur bien fidèle, veut être en plein vent, sans aucun appui humain; cet arbre, étant divin, veut toujours être sans aucune créature qui pourrait l’empêcher de s’élever vers son principe, qui est Dieu. Ainsi, il ne faut point s’appuyer de son industrie humaine ou de ses talents purement naturels, ou du crédit et de l’autorité des hommes: il faut avoir recours à Marie et s’appuyer [sur] son secours.

72. 2 Il faut que l’âme, où cet arbre est planté, soit sans cesse occupée comme un bon jardiner, à le garder et regarder. Car cet arbre, étant vivant et devant produire un fruit de vie, veut être cultivé et augmenté par un continuel regard et contemplation de l’âme; et c’est l’effet d’une âme parfaite d’y penser continuellement et d’en faire sa principale
occupation.

73. Il faut arracher et couper les chardons et les épines qui pourraient suffoquer cet arbre avec le temps ou l’empêcher d’apporter son fruit: c’est-à-dire qu’il faut être fidèle à couper et trancher, par la mortification et violence à soi- même, tous les plaisirs inutiles et vaines occupations avec les créatures, autrement crucifier sa chair, et garder le silence et mortifier ses sens.

74. 3 Il faut veiller à ce que les chenilles ne l’endommagent point. Ces chenilles sont l’amour-propre de soi- même et des ses aises, qui mangent les feuilles vertes et les belles espérances que l’Arbre avait du fruit: car l’amour de soi-même et l’amour de Marie ne s’accordent aucunement.

75. 4 Il ne faut pas laisser les bêtes en approcher. Ces bêtes sont les péchés, qui pourraient donner la mort à l’Arbre de vie par leur seul attouchement: il ne faut même pas que leur haleine donne dessus, c’est-à-dire les péchés véniels, qui sont toujours très dangereux si on ne s’en fait point de peine…

76. 5 Il faut arroser continuellement cet arbre divin, de ses communions, ses messes et autres prières publiques et particulières; sans quoi cet arbre cesserait de porter du fruit.

77. 6 Il ne faut pas se mettre en peine s’il est soufflé et secoué du vent, car il est nécessaire que le vent des tentations le souffle pour le faire tomber, que les neiges et les gelées l’entourent pour le perdre; c’est-à-dire que cette dévotion à la Sainte Vierge sera nécessairement attaquée et contredite; mais pourvu qu’on persévère à le cultiver, il n’y a rien à craindre.

3. Son fruit durable : Jésus-Christ.

78. Ame prédestinée, si vous cultivez ainsi votre Arbre de vie nouvellement planté par le Saint-Esprit en votre âme, je vous assure qu’en peu de temps il croîtra si haut que les oiseaux du ciel y habiteront, et il deviendra si parfait qu’enfin il donnera son fruit d’honneur et de grâce en son temps, c’est-à-dire l’aimable et l’adorable Jésus qui a toujours été et qui sera l’unique fruit de Marie. Heureuse une âme en qui Marie, l’Arbre de vie, est plantée; plus heureuse celle en qui elle est accrue et fleurie; très heureuse, celle en qui elle porte son fruit; mais la plus heureuse de toutes est celle qui goûte et conserve son fruit jusqu’à la mort et dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il. Qui tenet, teneat.

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