Archive pour la catégorie 'Saints Évangéliste'

PAPE FRANÇOIS – FÊTE DE SAINT MARC ÉVANGÉLISTE (25 avril 2017)

24 avril, 2018

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Saint Marc L’Evangeliste

PAPE FRANÇOIS – FÊTE DE SAINT MARC ÉVANGÉLISTE (25 avril 2017)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Messe pour Tawadros II

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 018 du 04 mai 2017)

A quelques jours du voyage en Egypte, le Pape a offert la Messe «pour mon frère Tawadros II, patriarche d’Alexandrie des Coptes». «Aujourd’hui est la fête de saint Marc évangéliste, fondateur de l’Eglise d’Alexandrie», a dit le Pape, en demandant «la grâce que le Seigneur bénisse nos deux Eglises par l’abondance de l’Esprit Saint». Les paroles de Marc «à la fin de l’Evangile» (16, 15-20), proposées par la liturgie du jour, ont été le fil conducteur de la méditation du Pape: «Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création». Dans ce mandat, «il y a la mission que Jésus donne aux disciples: la mission d’annoncer l’Evangile, de proclamer l’Evangile». C’est une invitation à «sortir, aller». Les chrétiens sont appelés à «sortir pour annoncer, et c’est dans cette sortie que se déroule, se joue la vie du prédicateur: il n’est pas en lieu sûr, il n’y a pas d’assurance-vie pour les prédicateurs». «Tout d’abord: allez, sortez», parce que «l’Evangile, l’annonce de Jésus Christ, se fait toujours en sortie, toujours en chemin». Et «tant en chemin physique qu’en chemin spirituel ou en chemin de la souffrance: pensons à l’annonce de l’Evangile de tant de malades qui offrent leurs douleurs pour l’Eglise, pour les chrétiens». Ce sont des personnes qui «sortent d’elles-mêmes». Mais «comment est le style de cette annonce?». «Saint Pierre, qui a été le maître de Marc, est très clair dans la description de ce style: «Revêtez-vous tous d’humilité dans vos rapports mutuels». L’Evangile doit être annoncé avec humilité, parce que le Fils de Dieu s’est humilié, il s’est anéanti: le style de Dieu est celui-ci, ce n’est pas un autre». Il faut de «l’humilité: l’Evangile ne peut être annoncé par le pouvoir humain, il ne peut être annoncé avec l’esprit de grimper et d’aller plus haut, non! Cela n’est pas l’Evangile!». L’humilité est nécessaire «parce que nous apportons une annonce d’humiliation, de gloire, mais à travers l’humiliation». Et «l’annonce de l’Evangile subit la tentation; la tentation du pouvoir, de l’orgueil, des nombreuses mondanités qui existent et qui nous conduisent à prêcher ou à réciter». Oui, «parce qu’un Evangile édulcoré, sans force, un Evangile sans le Christ crucifié et ressuscité n’est pas une prédication». « L’annonce de l’Evangile, si elle est vraie, subit la tentation». «Si un chrétien qui dit annoncer l’Evangile par la parole ou par le témoignage, n’est jamais tenté», le diable ne s’en préoccupe pas «et si le diable ne se préoccupe pas, c’est parce que nous ne lui posons pas de problèmes, parce que nous prêchons une chose qui ne sert pas». Voilà pourquoi «dans la véritable prédication, il y a toujours un peu de tentation et aussi de persécution». En somme, «style d’humilité, chemin — parce que l’on sort — chemin de tentation, mais l’espérance» ne doivent jamais manquer. En effet, Pierre écrit: «Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle, dans le Christ, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera». Et «ce sera précisément le Seigneur qui nous reprendra, qui nous donnera la force, parce que c’est ce que Jésus a promis quand il a envoyé les apôtres». « Que le Seigneur nous donne cette grâce, à nous tous baptisés, de prendre la voie de l’évangélisation avec humilité, avec confiance en Lui-même, en annonçant le véritable Evangile: “Le Verbe s’est fait chair”».

 

MESSAGE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II … À L’OCCASION DE LA FÊTE DE SAINT LUC (18.10)

17 octobre, 2017

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MESSAGE DU SAINT PÈRE JEAN PAUL II … À L’OCCASION DE LA FÊTE DE SAINT LUC

A L’ARCHEVÊQUE-ÉVÊQUE DE PADOUE

A mon Vénéré Frère
Antonio MATTIAZZO
Archevêque-Evêque de Padoue

1. Parmi les titres de gloire de cette Eglise, une grande signification doit être attribuée au rapport particulier qui la lie à la mémoire de l’évangéliste Luc, dont – selon la tradition – elle conserve les reliques dans la splendide basilique Sainte-Justine: trésor précieux et don véritablement singulier, parvenu à travers un chemin providentiel. En effet, saint Luc – selon d’antiques témoignages – mourut en Béotie et fut enterré à Thèbes. De là, comme le rapporte saint Jérôme (cf. De viris ill., VI, I), ses restes furent transportés à Constantinople, dans la basilique des Saints-Apôtres. Par la suite, selon des sources que les recherches historiques mettent à jour actuellement, ils furent transférés à Padoue.
Une occasion propice pour raviver l’attention et la vénération pour cette « présence », qui s’enracine dans l’histoire chrétienne de cette ville, est à présent offerte par la reconnaissance du corps du saint Evangéliste, ainsi que par le Congrès international qui lui est consacré. On a voulu donner à celui-ci une inspiration oecuménique significative, soulignée également par le fait que l’Archevêque orthodoxe de Thèbes, Hieronymos, a demandé de pouvoir recevoir un fragment des reliques, pour le déposer là où, aujourd’hui encore, est vénéré le premier sépulcre de l’Evangéliste.
Les célébrations qui se déroulent à l’occasion du Congrès susmentionné offrent un nouvel élan, afin que cette Eglise bien-aimée qui est à Padoue redécouvre le véritable trésor que saint Luc nous a laissé: l’Evangile et les Actes des Apôtres.
En me réjouissant pour l’engagement pris dans ce sens, je désire m’arrêter brièvement sur certains aspects du message de Luc, afin que cette communauté puisse en tirer des orientations et un encouragement pour son chemin spirituel et pastoral.
2. Ministre de la Parole de Dieu (cf. Lc 1, 2), Luc nous introduit à la connaissance de la lumière discrète, et en même temps pénétrante, qui s’en dégage, en illuminant la réalité et les événements de l’histoire. Le thème de la Parole de Dieu, fil conducteur qui traverse les deux écrits qui composent l’oeuvre de Luc, unifie également les deux époques considérées, le temps de Jésus et le temps de l’Eglise. Racontant presque l’ »histoire de la Parole de Dieu », le récit de Luc en suit la diffusion, de la Terre Sainte jusqu’aux extrémités du monde. Le chemin proposé par le troisième Evangile est profondément marqué par l’écoute de cette parole qui, comme une semence, doit être accueillie avec bonté et ouverture de coeur, en surmontant les obstacles qui l’empêchent de prendre racine et de porter du fruit (cf. Lc 8, 4-15).
Un aspect important souligné par Luc est le fait que la parole de Dieu croît mystérieusement et s’affirme également à travers la souffrance et dans un contexte d’oppositions et de persécutions (cf. Ac 4, 1-31; 5, 17-42; passim.). La parole présentée par saint Luc est appelée à devenir, pour chaque génération, un événement spirituel capable de renouveler l’existence. La vie chrétienne, suscitée et soutenue par l’Esprit, est un dialogue interpersonnel qui se fonde précisément sur la parole que le Dieu vivant nous adresse, en nous demandant de l’accueillir sans réserve dans notre esprit et notre coeur. Il s’agit en définitive de devenir des disciples disposés à écouter avec sincérité et disponibilité le Seigneur, à l’exemple de Marie de Béthanie, qui « a choisi la meilleure part » car « assise aux pieds du Seigneur [elle] écoutait sa parole » (cf. Lc 10, 38-42).
Dans cette perspective, je désire encourager, dans le programme pastoral de cette Eglise bien-aimée, la proposition des « Semaines bibliques », l’apostolat biblique et les pèlerinages en Terre Sainte, le lieu où la Parole s’est faite chair (cf. Jn 1, 14). Je voudrais également encourager chacun – les prêtres, les religieux, les religieuses, les laïcs – à pratiquer et à promouvoir la lectio divina, jusqu’à ce que la méditation de l’Ecriture Sainte devienne une partie essentielle de sa propre vie.
3. « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Lc 9, 23).
Pour Luc, être chrétien signifie suivre Jésus sur la voie qu’il parcourt (Lc 19, 57; 10, 38; 13, 22; 14, 25). C’est Jésus lui-même qui prend l’initiative et qui appelle à le suivre, et il le fait de façon décidée, incomparable, en révélant ainsi son identité hors du commun, son mystère de Fils, qui connaît le Père et le révèle (cf. Lc 10, 22). A l’origine de la décision de suivre Jésus se trouve l’option fondamentale en faveur de sa Personne. Si l’on n’a pas été fasciné par le visage du Christ, il est impossible de le suivre avec fidélité et constance, également parce que Jésus marche sur une voie difficile, qu’il pose des conditions extrêmement exigeantes et qu’il se dirige vers un destin paradoxal, celui de la Croix. Luc souligne que Jésus n’aime pas les compromis et demande l’engagement de toute la personne, un détachement ferme de toute nostalgie du passé, des conditionnements familiaux et de la possession des biens matériels (cf. Lc 9, 57-62; 14, 26-33).
L’homme sera toujours tenté d’atténuer ces exigences radicales et de les adapter à ses propres faiblesses, où bien d’abandonner le chemin qu’il a entrepris. Mais c’est précisément sur ce point que se décide l’authenticité et la qualité de la vie de la communauté chrétienne. Une Eglise qui vit dans le compromis serait comme le sel qui perd sa saveur (cf. Lc 14, 34-35).
Il faut s’abandonner à la puissance de l’Esprit, capable de communiquer la lumière, et surtout l’amour pour le Christ; il faut s’ouvrir à la fascination intérieure que Jésus exerce sur les coeurs qui aspirent à l’authenticité, en fuyant les demi-mesures. Cela est certes difficile pour l’homme, mais devient possible avec la grâce de Dieu (cf. Lc 18, 27). D’autre part, si suivre le Christ implique que l’on porte chaque jour la Croix, celle-ci devient à son tour un arbre de vie qui conduit à la résurrection. Luc, qui accentue les exigences radicales liées au fait de suivre le Christ, est également l’Evangéliste qui décrit la joie de ceux qui deviennent des disciples du Christ (cf. Lc 10, 20; 13, 17; 19, 6.37; Ac 5, 41; 8, 39; 13, 48).
4. On connaît l’importance que Luc accorde, dans ses récits, à la présence et à l’action de l’Esprit, à partir de l’Annonciation, lorsque le Paraclet descend sur Marie (cf. Lc 1, 35), jusqu’à la Pentecôte, lorsque les Apôtres, inspirés par le don de l’Esprit, reçoivent la force nécessaire pour annoncer dans le monde entier la grâce de l’Evangile (cf. Ac 1, 8; 2, 1-4). C’est l’Esprit Saint qui modèle l’Eglise. Saint Luc a décrit sous les traits de la première communauté chrétienne le modèle que l’Eglise de tous les temps doit refléter: il s’agit d’une communauté unie « en un seul coeur et une seule âme », assidue dans l’écoute de la Parole de Dieu; une communauté qui vit de prière, qui rompt avec joie le pain eucharistique, qui ouvre son coeur aux nécessités des indigents, jusqu’à partager avec eux ses bien matériels (Ac 2, 42-47; 4, 32-37). Chaque renouveau ecclésial devra puiser à cette source inspiratrice le secret de son authenticité et de sa fraîcheur.
A partir de l’Eglise mère de Jérusalem, l’Esprit ouvre les horizons et pousse les Apôtres et les Témoins à atteindre Rome. En arrière-plan de ces deux villes se déroule l’histoire de l’Eglise primitive, une Eglise qui croît et se développe malgré les oppositions qui la menacent de l’extérieur et les crises qui, de l’intérieur, en ralentissent le chemin. Mais, dans tout ce parcours, ce qui importe réellement à Luc est de présenter l’Eglise dans l’essence de son mystère: celui-ci est constitué par la présence éternelle du Seigneur Jésus qui, agissant en celle-ci à travers la force de son Esprit, lui communique réconfort et courage face aux épreuves du chemin au cours de l’histoire.
5. Selon une pieuse tradition, Luc est considéré comme le peintre de l’image de Marie, la Vierge Mère. Mais le véritable portrait que Luc trace de la Mère de Jésus est celui qui ressort des pages de son oeuvre: dans des scènes devenues familières au Peuple de Dieu, il trace une image éloquente de la Vierge. L’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation au Temple, la vie dans la maison de Nazareth, la dispute avec les docteurs et la disparition de Jésus, ainsi que la Pentecôte, ont fourni une vaste matière, au cours des siècles, à la création incessante des peintres, des sculpteurs, des poètes et des musiciens.
Il a donc été prévu, de façon opportune, d’effectuer au cours du Congrès international une réflexion sur le thème de l’art et, dans le même temps, une exposition riche d’oeuvres précieuses a été organisée.
Ce qu’il est toutefois le plus important de saisir est que, à travers des scènes de vie mariale, Luc nous introduit dans l’intériorité de Marie, en nous faisant découvrir, dans le même temps, sa fonction unique dans l’histoire du salut.
Marie est celle qui prononce le « fiat », un « oui » personnel et total à la proposition de Dieu, se définissant la « Servante du Seigneur » (Lc 1, 38). Cette attitude de totale adhésion à Dieu et de disponibilité inconditionnée à sa Parole constitue le modèle le plus élevé de la foi, l’anticipation de l’Eglise comme communauté de croyants.
La vie de foi croît et se développe en Marie dans la méditation sapientielle des paroles et des événements de la vie du Christ (cf. Lc 2, 19.51). Elle « médite dans son coeur » pour comprendre le sens profond des paroles et des faits, l’assimiler et ensuite le communiquer aux autres.
Le Chant du Magnificat (cf. Lc 1, 46-55) manifeste une autre caractéristique importante de la « spiritualité » de Marie: Elle incarne la figure du pauvre, capable de placer totalement sa confiance en Dieu, qui abat les trônes des puissants et élève les humbles.
Luc nous décrit également la figure de Marie dans l’Eglise des premiers temps, en nous la montrant présente au Cénacle dans l’attente de l’Esprit Saint: « Tous [les onze Apôtres] d’un même coeur étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14).
Le groupe rassemblé dans le Cénacle constitue comme la cellule souche de l’Eglise. En son sein, Marie joue un double rôle; d’une part, elle intercède pour la naissance de l’Eglise à travers l’oeuvre de l’Esprit Saint; de l’autre, elle communique à l’Eglise naissante son expérience de Jésus.
L’oeuvre de Luc propose ainsi à l’Eglise qui est à Padoue un encouragement efficace pour valoriser la « dimen-sion mariale » de la vie chrétienne sur le chemin à la suite du Christ.
6. Une autre dimension essentielle de la vie chrétienne et de l’Eglise, sur laquelle le récit de Luc projette une vive lumière, est celle de la mission évangélisatrice. Luc indique le fondement éternel de cette mission, c’est-à-dire l’unicité et l’universalité du salut opéré par le Christ (cf. Ac 4, 12). L’événement salvifique de la mort-résurrection du Christ ne conclut pas l’histoire du salut, mais marque le début d’une nouvelle phase, caractérisée par la mission de l’Eglise, appelée à communiquer les fruits du salut opéré par le Christ à toutes les nations. C’est pour cette raison que Luc ajoute à l’Evangile, comme une conséquence logique, l’histoire de la mission. C’est le Ressuscité lui-même qui donne aux Apôtres le « mandat » missionnaire: « Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures, et il leur dit: « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins. Et voici que moi je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en-haut »" (Lc 24, 45-48).
La mission de l’Eglise commence lors de la Pentecôte « à Jérusalem », pour s’étendre « jusqu’aux extrémités de la terre ». Jérusalem n’indique pas seulement un lieu géographique. Elle a plutôt pour signification le point central de l’histoire du salut. L’Eglise ne part pas de Jérusalem pour l’abandonner mais pour greffer sur l’olivier d’Israël les nations païennes (cf. Rm 11, 17).
La tâche de l’Eglise est d’apporter dans l’histoire le levain du Royaume de Dieu (cf. Lc 13, 20-21). Une tâche exigeante qui est décrite dans les Actes des Apôtres comme un itinéraire difficile et mouvementé, mais confié à des « témoins » plein d’enthousiasme, d’esprit d’entreprise et de joie, disposés à souffrir et à donner leur vie pour le Christ. Cette énergie intérieure leur est communiquée par la communion de vie avec le Ressuscité et par la force de l’Esprit que donne celui-ci.
Quelle grande ressource peut constituer pour l’Eglise qui est à Padoue la confrontation incessante avec le message de l’Evangéliste, dont elle conserve la dépouille mortelle!
7. A la lumière de cette vision de Luc, je souhaite que cette communauté diocésaine, totalement docile au souffle de l’Esprit, sache témoigner avec une audace créative de Jésus-Christ, que ce soit sur son propre territoire, ou, selon sa belle tradition, dans la coopération missionnaire avec les Eglises d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.
Que cet engagement missionnaire puisse trouver un élan supplémentaire au cours de cette Année jubilaire, qui célèbre les deux mille ans de la naissance du Christ et appelle l’Eglise à un profond renouveau de vie. C’est précisément l’Evangile de Luc qui rapporte le discours avec lequel Jésus, dans la Synagogue de Nazareth, proclame « l’année de grâce du Seigneur », en annonçant le salut comme libération, guérison, bonne nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 14-20). L’Evangéliste lui-même présentera ensuite la force salvatrice de l’amour miséricordieux du Sauveur dans des pages touchantes, comme celle de la brebis égarée et du fils prodigue (cf. Lc 15).
Notre époque a plus que jamais besoin de cette annonce. J’exprime donc mon fervent encouragement à cette communauté, pour que l’engagement pour la nouvelle évangélisation soit toujours plus fort et incisif. J’exhorte également à poursuivre et à développer les initiatives oecuméniques qui ont été entreprises avec plusieurs Eglises orthodoxes en termes de collaboration au niveau des oeuvres de charité, de la culture théologique, de la pastorale. Que le Congrès international sur saint Luc constitue une étape significative sur le chemin de cette Eglise, en l’aidant à s’enraciner toujours davantage dans le terrain de la Parole de Dieu et à s’ouvrir, avec un élan renouvelé, à la communion et à la mission.
Avec ces voeux, je vous donne de tout coeur, Vénéré Frère, ainsi qu’à ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux, une Bénédiction apostolique spéciale.

Du Vatican, le 15 octobre 2000

 

BENOÎT XVI – (SUR L’ÉVANGILE DE LUC)

19 octobre, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120215.html

BENOÎT XVI – (SUR L’ÉVANGILE DE LUC)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 15 février 2012

Chers frères et sœurs,

A notre école de prière, mercredi dernier, j’ai parlé de la prière de Jésus sur la Croix tirée du psaume 22 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Je voudrais à présent continuer de méditer sur la prière de Jésus sur la croix, à l’approche de sa mort, je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur le récit que nous rencontrons dans l’Evangile de saint Luc. L’évangéliste nous a transmis trois paroles de Jésus sur la croix, dont deux — la première et la troisième — sont des prières adressées de façon explicite au Père. La deuxième, en revanche, est constituée par la promesse faite à celui appelé le bon larron, crucifié avec Lui; en effet, répondant à la prière du larron, Jésus le rassure : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43). Dans le récit de Luc, se mêlent ainsi de façon suggestive les deux prières que Jésus mourant adresse au Père et la supplique qui lui est adressée par le pécheur repenti. Jésus invoque le Père et écoute la prière de cet homme qui est souvent appelé latro poenitens, « le larron repenti ».
Arrêtons-nous sur ces trois prières de Jésus. Il prononce la première immédiatement après avoir été cloué sur la croix, tandis que les soldats se partagent ses vêtements comme triste récompense de leur service. Dans un certain sens, c’est par ce geste que se conclut l’épisode de la crucifixion. Saint Luc écrit : « Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : “Père, pardonne-leur: ils ne savent pas ce qu’ils font”. Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort » (23, 33-34). La première prière que Jésus adresse au Père est d’intercession: il demande le pardon pour ses bourreaux. Par cela, Jésus accomplit en première personne ce qu’il avait enseigné dans le discours de la montagne, lorsqu’il avait dit : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Lc 6, 27) et qu’il avait également promis à ceux qui savent pardonner : « Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Dieu très-haut » (v. 35). A présent, sur la croix, non seulement il pardonne ses bourreaux, mais il s’adresse directement au Père en intercédant en leur faveur.
Cette attitude de Jésus trouve une «imitation» émouvante dans le récit de la lapidation de saint Etienne, premier martyr. En effet, Etienne, désormais proche de la fin, « se mit à genoux et s’écria d’une voix forte : “Seigneur, ne leur compte pas ce péché”. Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort » (Ac 7, 60) : tels ont été ses derniers mots. La comparaison entre la prière de pardon de Jésus et celle du protomartyr est significative. Saint Etienne s’adresse au Seigneur ressuscité et demande que sa mise à mort — un geste clairement défini à travers l’expression « ce péché » — ne soit pas imputée à ses lapidateurs. Jésus s’adresse au Père sur la croix et demande non seulement le pardon pour ceux qui l’ont crucifié, mais il offre également une lecture de ce qui s’est passé. En effet, selon ses paroles, les hommes qui le crucifient « ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 24). Il invoque donc l’ignorance, le fait de « ne pas savoir » comme motif de la demande de pardon au Père, car cette ignorance laisse ouvert le chemin de la conversion, comme il advient d’ailleurs dans les paroles que prononcera le centurion à la mort de Jésus : « Sûrement, cet homme, c’était un juste » (v. 47), c’était le Fils de Dieu. « Il est une consolation pour tous les temps et pour tous les hommes que, aussi bien à ceux qui ignorent — les bourreaux —, qu’à ceux qui savent — ceux qui l’avaient condamné —, le Seigneur fasse de leur ignorance la base de la demande de pardon. il la voit comme une porte qui peut nous ouvrir à la conversion » (Jésus de Nazareth, ii).
La deuxième parole de Jésus sur la croix rapportée par saint Luc est une parole d’espérance, c’est la réponse à la prière d’un des deux hommes crucifiés avec Lui. Le bon larron en présence de Jésus rentre en lui-même et se repent, il se rend compte qu’il se trouve devant le Fils de Dieu, qui rend visible le Visage même de Dieu, et il le prie : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne » (v. 42). La réponse du Seigneur à cette prière va bien au-delà de sa requête ; en effet il lui dit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v. 43). Jésus est conscient d’entrer directement dans la communion avec le Père et de rouvrir à l’homme la voie pour le Paradis de Dieu. Ainsi, à travers cette réponse il donne la ferme espérance que la bonté de Dieu peut nous toucher même au dernier instant de la vie et la prière sincère, même après une vie d’erreur, trouve les bras ouverts du Père bon qui attend le retour du fils.
Mais arrêtons-nous sur les derniers mots de Jésus mourant. L’Evangéliste raconte : « Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché. Le rideau du Temple se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : “Père, entre tes mains je remets mon esprit”. Et après avoir dit cela, il expira » (vv. 44-46). Certains aspects de cette narration sont différents par rapport au cadre offert par Marc et par Matthieu. Les trois heures d’obscurité chez Marc ne sont pas décrites, tandis que chez Matthieu, elles sont reliées à une série d’événements apocalyptiques, comme le tremblement de terre, l’ouverture des sépulcres, les morts qui ressuscitent (cf. Mt 27, 51-53). Chez Luc, les heures d’obscurité ont pour cause l’éclipse du soleil mais, à ce moment-là, il advient aussi que le rideau du temple se déchire. Ainsi, le récit de Luc présente deux signes, d’une certaine manière parallèles, dans le ciel et dans le temple. Le ciel perd sa lumière, la terre s’effondre, tandis que dans le temple, lieu de la présence de Dieu, se déchire le voile qui protège le sanctuaire. La mort de Jésus est caractérisée explicitement comme un événement cosmique et liturgique; en particulier, elle marque le début d’un nouveau culte, dans un temple qui n’est pas construit par les hommes, parce qu’il est le Corps lui-même de Jésus mort et ressuscité, qui réunit les peuples et les unit au sacrement de son Corps et de son Sang.
La prière de Jésus, en ce moment de souffrance — « Père, entre tes mains je remets mon esprit » — est un cri puissant de confiance extrême et totale à Dieu. Cette prière exprime la pleine conscience de ne pas être abandonné. L’invocation initiale — « Père » — rappelle sa première déclaration d’enfant à douze ans. Lorsque que pendant trois jours il était resté dans le temple de Jérusalem, dont le voile s’est à présent déchiré. Et lorsque ses parents lui avaient exprimé leur inquiétude, il avait répondu : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être » (Lc 2, 49). Du début jusqu’à la fin, ce qui détermine complètement la sensibilité de Jésus, sa parole, son action, c’est la relation unique avec le Père. Sur la croix, il vit pleinement, dans l’amour, cette relation filiale avec Dieu, qui anime sa prière.
Les paroles prononcées par Jésus, après l’invocation « Père », reprennent une expression du Psaume 31 : « En tes mains je remets mon esprit » (Ps 31, 6). Mais ces paroles ne sont pas une simple citation, elles manifestent plutôt une ferme décision : Jésus « se remet » au Père dans un acte d’abandon total. Ces paroles sont une prière d’« offrande », pleine de confiance dans l’amour de Dieu. La prière de Jésus face à la mort est dramatique comme elle l’est pour chaque homme, mais, dans le même temps, elle est parcourue par ce calme profond qui naît de la confiance dans le Père et de la volonté de se remettre totalement à Lui. A Gethsémani, alors qu’il était entré dans la lutte finale et dans la prière plus intense et qu’il allait être « livré aux mains des hommes » (Lc 9, 44), sa sueur était devenue « comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre » (Lc 22, 44). Mais son cœur était pleinement obéissant à la volonté du Père, et c’est pourquoi « un ange du ciel » était venu le réconforter (cf. Lc 22, 42-43). A présent, pendant les derniers instants, Jésus s’adresse au Père en disant quelles sont réellement les mains auxquelles Il remet toute son existence. Avant son départ pour le voyage vers Jérusalem, Jésus avait insisté avec ses disciples : « Mettez-vous bien en tête ce que je vous dis là : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9, 44). Alors que la vie va le quitter, Il scelle dans la prière sa dernière décision : Jésus s’est laissé livrer « aux mains des hommes », mais c’est dans les mains du Père qu’Il remet son esprit ; ainsi — comme l’affirme l’évangéliste Jean — tout est accompli, l’acte suprême d’amour est accompli jusqu’au bout, jusqu’à la limite et au-delà de la limite.
Chers frères et sœurs, les paroles de Jésus sur la croix lors des derniers instants de sa vie terrestre offrent des indications exigeantes pour notre prière, mais elles l’ouvrent également à une confiance sereine et à une ferme espérance. Jésus qui demande au Père de pardonner ceux qui le crucifient, nous invite au geste difficile de prier également pour ceux qui nous font du tort, qui nous ont porté atteinte, en sachant toujours pardonner, afin que la lumière de Dieu puisse illuminer leur cœur ; et il nous invite à vivre, dans notre prière, la même attitude de miséricorde et d’amour dont Dieu fait preuve à notre égard : « Pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », disons-nous chaque jour dans le « Notre Père ». Dans le même temps, Jésus, qui au moment extrême de la mort se remet totalement entre les mains de Dieu le Père, nous communique la certitude que, pour autant que les épreuves soient dures, les problèmes difficiles, la souffrance lourde, nous ne tomberons jamais en-dehors des mains de Dieu, ces mains qui nous ont créés, qui nous soutiennent et qui nous accompagnent sur le chemin de l’existence, car elles sont guidées par un amour infini et fidèle. Merci

BENOÎT XVI – SAINT MATTHIEU, 21 SEPTEMBRE

21 septembre, 2015

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060830.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 30 août 2006

MATTHIEU, 21 SEPTEMBRE

Chers frères et soeurs,

En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd’hui sur Matthieu. En vérité, décrire entièrement sa figure est presque impossible, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Cependant, ce que nous pouvons faire n’est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d’en établir le profil que l’Evangile nous transmet.
Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie « don de Dieu ». Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise: « le publicain » (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l’homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite: « Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit: « Suis-moi ». L’homme se leva et le suivit » (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l’appel de l’homme assis à son bureau de publicain, mais ils l’appellent « Levi ». Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l’église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît: dans le passage qui précède immédiatement le récit de l’appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l’on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c’est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément « au bord du lac » (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.
Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l’Evangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l’époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l’argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C’est pour ces motifs que, plus d’une fois, les Evangiles parlent à la fois de « publicains et pécheurs » (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de « publicains et de prostituées » (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46: ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l’un d’eux, Zachée, comme le « chef des collecteurs d’impôts et [...] quelqu’un de riche » (Lc 19, 2), alors que l’opinion populaire les associait aux « voleurs, injustes, adultères » (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux: Jésus n’exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu’il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu’il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante: « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17).
La bonne annonce de l’Evangile consiste précisément en cela: dans l’offrande de la grâce de Dieu au pécheur! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d’humble confiance dans la miséricorde divine: alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, « le publicain… n’osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis! »". Et Jésus commente: « Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe: celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d’accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative: il observe que c’est seulement dans le récit de certains appels qu’est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu’ils pêchent, Matthieu précisément alors qu’il lève l’impôt. Il s’agit de fonctions peu importantes – commente Jean Chrysostome – « car il n’y a rien de plus détestable que le percepteur d’impôt et rien de plus commun que la pêche » (In Matth. Hom.: PL 57, 363). L’appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu’elles effectuent un travail ordinaire.
Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l’appel de Jésus: « il se leva et le suivit ». La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l’appel. Cela signifiait pour lui l’abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu’être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent: aujourd’hui aussi, il n’est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la « sequela » de Jésus, comme c’est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour: « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). C’est précisément ce que fit Matthieu: il se leva et le suivit! Dans cette action de « se lever », il est légitime de lire le détachement d’une situation de péché et, en même temps, l’adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.
Rappelons enfin que la tradition de l’Eglise antique s’accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, Evêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l’an 130. Il écrit: « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (in Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L’historien Eusèbe ajoute cette information: « Matthieu, qui avait tout d’abord prêché parmi les juifs, lorsqu’il décida de se rendre également auprès d’autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l’Evangile qu’il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ » (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l’Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l’Evangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d’une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée.

SAINT MARC L’EVANGELISTE – 25 AVRIL

25 avril, 2015

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SAINT MARC L’EVANGELISTE – 25 AVRIL

ÉCRIT PAR SYNAXAIRE COPTE

Saint Marc l’Évangéliste, est l’un des soixante dix disciples de notre Seigneur Jésus Christ et rédacteur d’un des quatre Évangiles, naquit trois ans après la naissance du Christ, de parents juifs qui s’établirent plus tard en Palestine. La maison de Saint Marc était celle où Jésus se réunissait avec les Apôtres et où Il célébra avec eux la Pâque. C’est aussi dans sa maison que les Apôtres étaient réunis lorsque le Saint Esprit descendit le jour de la Pentecôte. Ainsi la maison de Saint Marc est bien connue dans toutes les Églises Apostoliques comme la première église du monde.
Il est disciple évangéliste des apôtres Pierre et Paul et l’auteur de l’Évangile selon Marc du Nouveau Testament.
Son Évangile est le second du Nouveau Testament et le premier des trois évangiles dits « synoptiques » avec l’Évangile selon Matthieu et l’Évangile selon Luc.
Il devient le disciple de l’apôtre évangéliste Paul de Tarse qu’il suit avec son oncle Barnabé dans le premier voyage de Paul en Asie Mineure. Mais auparavant il part avec Paul et Barnabé évangéliser l’île de Chypre. Barnabé est en effet d’origine chypriote. A Paphos, alors capitale de l’île, ils convertissent le proconsul romain Sergius Paulus. Saul, qui prend désormais le nom de Paul, devient le chef de la mission à la place de Barnabé et décide de quitter Chypre pour la ville de Pergé en Asie mineure.
Sur la route de Perge, il s’oppose à Paul et repart pour Jérusalem. Cinq ans plus tard environ, au début des années 50, Marc retrouvera Paul et Barnabé à Antioche. A Barnabé qui voudrait reprendre son neveu dans la mission, Paul oppose un refus : cette fois Marc et Barnabé le quittent pour aller évangéliser Chypre, tandis que Paul repart pour l’Asie Mineure avec Silas. Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard (vers l’an 62) que Marc retrouve Paul alors prisonnier à Rome. Marc est devenu le disciple, le secrétaire et le compagnon inséparable de l’apôtre Pierre avec qui il a évangélisé les juifs de Judée. Il dirige alors des communautés juives de Rome. Paul le nommera dès lors « son collaborateur ». Il est l’interprète en latin de Pierre et il participe aux travaux apostoliques de celui-ci. Il évangélise et convertit les païens de Rome, leur explique la culture juive, traduit les écrits bibliques araméen et hébraïque en latin et rédige le second évangile sous la dictée des souvenirs de Pierre aux alentours de l’an 65 durant la captivité puis le martyre de Paul par les autorités romaines.
Il quitte l’Italie pour retourner évangéliser dans la Pentapole et en Égypte où il fonde l’Église d’Alexandrie, dont il devient le premier évêque.
Il est capturé et martyrisé par les idolâtres irrités de ses nombreuses conversions et meurt en martyr de la chrétienté en 67 (29 Barmoudah). Ses reliques furent conservées dans une petite chapelle du petit port de pêche de Bucoles proche d’Alexandrie où il avait souffert le martyr.
Près du tombeau de Saint Marc furent ensevelis tous les patriarches qui lui ont succédé jusqu’à Saint Pierre, le dernier des martyrs en 311.
Entre 815 et 828, la ville de Venise en Italie se cherche un nouveau puissant protecteur céleste pour la protéger pour remplacer saint Théodore et rivaliser avec Rome et son saint patron saint Pierre. Deux marchands vénitiens se débrouillent pour aller voler ses reliques dans la petite chapelle où elle se trouve depuis sa mort. La basilique Saint-Marc de Venise est spécialement construite pour l’occasion et il devient ainsi le saint patron de la Sérénissime avec son lion comme symbole de la ville. Marc était venu évangéliser la région par bateau et avait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à la Cité des Doges. Un ange lui était apparu et lui avait alors dit ces mots : Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos.

Saint Marc l’Evangéliste est le premier Primat de l’Eglise Copte Orthodoxe d’Alexandrie. Ses reliques ont été restituées à l’Égypte à la demande du Pape Cyrille IV en 1975. Depuis, Saint Marc reposent aujourd’hui sous l’autel de la Cathédrale portant son nom au Caire.

SAINT LUC ÉVANGÉLISTE – 18 OCTOBRE

17 octobre, 2014

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SAINT LUC ÉVANGÉLISTE – 18 OCTOBRE

Redécouvrir l’évangéliste Saint Luc (historien, médecin, peintre et évangéliste)

« Luc est né à Antioche. L’on ignore s’il était païen ou juif non croyant. Il exerçait la profession de médecin. Cet homme cultivé connaissait la langue grecque. Il se présente comme écrivain, soucieux de vérité historique. La visée théologique d’un missionnaire de la fin du 1e siècle apparaît cependant derrière la construction littéraire de ses écrits. Luc a réalisé un travail d’écrivain qui révèle sa capacité d’écrire une œuvre harmonieuse. Sur le plan de l’écriture, Luc est l’écrivain le plus doué des évangélistes.
Ses écrits, parus dans les années 60, font partie des trois évangiles dits « synoptiques ». Les deux autres évangiles ont été réalisés par Matthieu et Marc. »
(Le pape Jean Paul II)

1 – Luc, un homme avec plusieurs cordes à son arc, mais qui ne dit rien de lui.
Qui est Luc ?
Historien, médecin, peintre… Luc, un homme avec plusieurs cordes à son arc, mais qui ne dit rien de lui. Luc est le compagnon de Paul. Il est l’auteur du 3e évangile et des Actes de Apôtres. Il adresse ces deux textes à un certain Théophile. C’est aussi l’évangéliste qui raconte la naissance et l’enfance de Jésus.
Luc historien
Luc n’a pas connu Jésus pendant sa vie terrestre. Son évangile et les Actes des Apôtres qui s’achèvent avec l’arrivée de Paul à Rome forme un tout. Ils ont été rédigés autour des années 60. Luc écrit une biographie de Jésus, puis l’histoire des premiers chrétiens.
Dans le prologue de son évangile, il présente la manière dont il travaille. Comme un historien, il a mené l’enquête de manière à présenter des faits reconnus dans lesquels, il veut que son lecteur reconnaisse l’œuvre de Dieu. «Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début des témoins oculaires et serviteurs de la Parole, après m’être informé exactement de tout depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus.»
Il recommence dans le prologue des Actes des Apôtres. Toujours dans les Actes, il présente les différents lieux où le christianisme est annoncé : à Jérusalem, en Judée, en Samarie jusqu’aux extrémités de la terre (Actes 1,8). Il agit en reporter : il énonce des faits, les illustrent et montrent leurs cohérences.
Celui qui raconte l’enfance de Jésus
Luc donne une place importante à Marie. Les récits de l’enfance de Jésus sont racontés de son point de vue. Elle est celle qui a vu l’amour de Dieu. Il fait d’elle la première messagère de la Bonne Nouvelle.
Luc commence par raconter la naissance de Jean-Baptiste parce que, pour lui, l’histoire de Jésus commence avec celui qui le précède. Puis vient l’annonce faite à Marie : «Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils : tu lui donneras le nom de Jésus» (Luc 1, 31). Marie questionne, dialogue avec l’ange et finalement dit oui : «je suis la servante du Seigneur. Qu’il m’advienne selon sa parole» (Luc 1, 38). Le signe donné à Marie est la naissance proche attendue par Elisabeth. Elle part la rejoindre. Les histoires de Jean-Baptiste et de Jésus se mêlent quand Elisabeth et Marie se rencontrent (la Visitation). De cette rencontre surgit une prière : le Magnificat, le chant d’action de grâce de Marie. A cette prière, une autre vient comme en écho : celle de Zacharie, mari d’Elisabeth, lors de la naissance de Jean-Baptiste.
Luc nous donne ensuite quelles informations sur Joseph. Il est issu de la maison et de la famille de David. C’est la raison pour laquelle il quitte Nazareth où il est installé, pour Bethléem, ville de David, pour se faire recenser comme le demande l’empereur César Auguste.
Jésus naît à Bethléem. Ce sont les bergers gardant leurs troupeaux qui seront les premiers à recevoir la nouvelle : «Aujourd’hui, vous est né un Sauveur» (Luc 2, 11). On apprend également que huit jours après sa naissance, Jésus est circoncis, puis, un peu plus tard présenté au temple. C’était la coutume de consacrer le premier d’une famille au Seigneur.
Le récit de Jésus à douze ans qui discute avec les docteurs de la loi du Temple de Jérusalem est fait uniquement par Luc. Cela lui permet de marquer une étape dans la vie de Jésus et de montrer qu’il est humain. «Il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes» (Luc 2, 52). Il est à la fois vrai homme et vrai Dieu.
Luc a vécu au cours du 1er siècle, il est grec. Il est né à Antioche (dans l’actuelle Turquie), ville connue à cette époque pour ses écoles dans tout l’Orient.
Luc rencontre Paul et se convertit. Il devient son fidèle collaborateur et l’accompagne dans ses déplacements à partir de 51. Paul le décrit comme un éminent médecin : «notre cher médecin» (lettre aux Colossiens 4, 14). Vers l’an 56, Luc est envoyé à Corinthe par Paul. Lorsque Paul est mis en prison à Rome, une première fois en 61, une seconde en 65 ou 66, Luc partage sa captivité. Quand Paul est décapité, Luc quitte Rome. On ne sait plus grand chose de sa vie ensuite.
Luc, médecin
Il est le seul des quatre Evangélistes à décrire les maladies avec une précision médicale, pour désigner par exemple la localisation d’une paralysie et pour utiliser des termes médicaux. Vers la fin du Moyen-Age, les médecins l’adoptent comme leur saint patron. A partir du 15ème siècle, la rentrée en Faculté de Médecine se fait le jour de la fête de saint Luc, le 18 octobre. Les médecins militaires, aussi bien dans leurs hôpitaux qu’en opérations, fêtent la saint Luc.
Luc est renommé également comme peintre de la Vierge, peut-être parce qu’il est celui qui décrit avec le plus d’attention Marie. Certains tableaux en Syrie et à Rome, sont dit peints par lui. Il arrive que sur des gravures ou des peintures du XVe siècle, Luc soit représenté à la fois en écrivain (évangéliste) et en peintre ; et quelquefois, avec les habits du médecin. Actuellement quelques établissements médicaux et quelques galeries de peintures portent le nom de Luc.
Les représentations de Luc
Les plus anciennes représentations de Luc le montrent écrivant son évangile. La tradition a donné comme symbole à Luc, un taureau. Le début de son évangile (Luc 1, 9) s’ouvre sur Zacharie au temple – lieu dans la Bible des sacrifices.
On le représente aussi, selon une tradition, en train de peindre la sainte Vierge.

2 – Évangile selon saint Luc
L’Évangile selon saint Luc (kata Lukas, où kata signifie selon) a pour auteur Luc (médecin et, selon la légende, peintre, compagnon de saint Paul). Il n’a pas connu lui-même le Christ, durant son ministère public. Il a également composé les Actes des Apôtres, qui sont la suite de son évangile. Les deux livres sont pareillement dédiés à “Théophile” (personnage réel, ou peut-être fictif, figure de l’ “ami de Dieu”, Théo-phile).
Les deux ouvrages ont été rédigés probablement dans les années 60, avant la destruction du Temple (en 70), et avant le martyre des saints apôtres Pierre et Paul à Rome (en 64 ou 67).
Avec l’Évangile selon saint Marc et l’Évangile selon saint Matthieu, il fait partie des évangiles dits synoptiques. C’est le plus long de nos quatre évangiles, retenus dans le Nouveau Testament.
Il y a deux traditions relatives à l’auteur du Troisième Évangile.
L’une, orale, fut transmise par Gégoire le grand puis Théophylacte jusqu’à Jacques de Voragine et Anne Catherine Emmerich: L’évangéliste n’était autre que le compagnon anonyme de Cléopas. Épiphane de Salamine lui donnait pour nom Nathanaël [1]
L’autre, scripturaire, voyait en lui le compagnon de Paul. Saint Irénée note dans son Adversus Haereses (vers 180): “De son côté, Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l’Évangile que prêchait celui-ci.” (Adv. Hae. III, Prologue)
Un ancien prologue grec de l’évangile de Luc, daté de la fin du second siècle, décrivait ainsi la genèse de cet évangile, et son auteur: “Luc était un syrien d’Antioche, médecin de profession, disciple des apôtres, et plus tard un accompagnateur de Paul jusqu’à son martyre. Il servit le Seigneur sans divertissement, sans femme et sans enfants. Il mourut à l’âge de 84 ans, en Béotie, rempli du Saint Esprit.” Ce prologue poursuit: “Quoique des évangiles existassent déjà, celui selon Matthieu, composé en Judée, et celui selon Marc en Italie, il fut incité par le Saint Esprit, et composa cet évangile entièrement dans la région avoisinant l’Achaïe; il rend très clair dans le prologue que les autres (évangiles) avaient été écrits avant le sien [...] Plus tard le même Luc écrivit les Actes des Apôtres.” (Cf. Joseph A.Fitzmyer, The Gospel according to Luke, I-IX, 1981, page 38-39).
De même le Canon de Muratori (document romain du milieu du IIe s.) : “Troisièmement, le livre de l’évangile selon Luc. Ce Luc était médecin. Après l’Ascension du Christ, Paul l’ayant pris pour second à cause de sa connaissance du droit, il écrivit avec son assentiment ce qu’il jugeait bon.” Il continue: “Cependant lui non plus ne vit pas le Seigneur dans la chair. Et par conséquent selon ce dont il avait pu s’informer il commença à le dire à partir de la Nativité de Jean.”
Saint Paul de Tarse se réfère à Luc en Col 4,14 où il l’appelle “le cher médecin”; de même dans l’épître à Philémon (24) où Luc se trouve en compagnie de Marc, pendant la première captivité romaine de Paul, et dans la deuxième à Timothée (4,11): “Seul Luc est avec moi.” Luc pourrait avoir été, sous les directives de Paul, le rédacteur des épîtres dites pastorales (1 Tm ; 2 Tm ; Tt). En effet, on croit y reconnaître son style.

Les trois cantiques
C’est dans Luc que l’on trouve les trois célèbres cantiques, repris dans la liturgie des heures :
• Le Benedictus (ou cantique de Zacharie)
• Le Magnificat (ou cantique de Marie)
• Le Nunc dimittis (ou cantique de Siméon)

Marie livrant ses souvenirs, soit à l’apôtre Jean soit directement à l’évangéliste Luc, affirme à deux reprises qu’ “elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur.” (Lc 2,19; cf. 2,51). Si elle a conservé tous ces souvenirs, c’était pour la postérité. Si elle les a médités, c’est qu’elle a dû chanter bien souvent dans son cœur les cantiques qui y sont contenus. Toute cette poésie est emplie de réminiscences bibliques. Effectivement, si de tels souvenirs sont parvenus à la connaissance de Luc, et à la nôtre, ce ne peut être que par Marie.
Luc, l’évangéliste de la miséricorde
L’analyse des sources de l’Évangile selon saint Luc met en évidence son originalité.
Saint Irénée a puissamment résumé, dans une page célèbre (cf. Adv. Hae. III, 14, 3), la nouveauté de l’évangile de Luc. Il recoupe notre exposé du précédent titre.
Luc en personne, dans son Prologue, a précisé sa méthode et sa préoccupation première.
“Puisque plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé exactement de tout depuis les origines d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile.” (Lc 1,1-3).
Théophile devait être un éditeur de Rome par lequel Luc a publié son double ouvrage de l’évangile et des Actes (cf. Ac 1,1), mais aussi un chrétien fervent qui, en l’espèce, nous représente tous.
Luc a décidé de suivre l’exemple de plusieurs confrères : Matthieu l’apôtre qui (en hébreu ?), avait publié l’enseignement du Seigneur et plusieurs de ses faits et gestes. Marc l’interprète et le confident de Pierre et qui lui-même avait assisté, au sortir de l’enfance, à la Passion du Sauveur et qui avait fréquenté, chez sa mère, les apôtres et la première communauté chrétienne.
Philippe enfin, le diacre et compagnon d’Étienne, qui, selon une hypothèse, entreprenait avec l’aide de Luc de confectionner un évangile original reprenant les logia de Matthieu, mais qu’il n’écrirait et ne publierait qu’après le départ pour Rome de Luc et de Paul.
Luc a interrogé les “témoins oculaires et [les] serviteurs de la Parole”, ceux de la première génération qui avaient connu le Seigneur: avant tous Jean, l’apôtre, et même la mère de Jésus, ainsi que les “frères du Seigneur”: Jacques, Simon et Jude, et avec eux toute l’Église de Jérusalem, héritière au premier chef de la pensée et de la mémoire de Jésus le Nazaréen. Il enquêta sur place en Palestine, profitant de son séjour forcé et prolongé dans la patrie du Christ. Philippe et Luc, dans leurs investigations, travaillèrent en commun avec Paul, puisqu’il nous est précisé que ce dernier pouvait recevoir librement dans sa prison (cf. Ac 24,23).
Luc est allé aux sources, ainsi qu’aux documents originaux, comme lui-même l’affirme avec insistance. Il l’a fait en historien consciencieux, même si son œuvre demeure artisanale à bien des égards, comme l’analyse l’a montré.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec les autres synoptiques, on observe sur le vif l’activité d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une manière qui lui est propre, évitant ou atténuant tout ce qui peut froisser, ou bien ce qui serait peu compréhensible au lecteur, ménageant les personnes des apôtres, ou les excusant, interprétant les termes obscurs, ou précisant la géographie.
En vrai “scriba mansuetudinis Christi”, écrivain de la mansuétude du Christ (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs (15,1.7.10), à raconter des scènes de pardon (7,36-50). Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et pour les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités (16,19-31).
Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde (13,6-9). Il faut seulement qu’on se repente. Ici Luc tient à répéter l’exigence d’un détachement décisif et absolu des richesses (14,25-33).
On notera les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière (18,1-8) et l’exemple qu’en a donné Jésus (6,12).
Enfin comme chez saint Paul, et dans les Actes (suites de l’évangile), l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne (4,1; 24,49).
Ceci avec l’atmosphère de reconnaissance et d’allégresse spirituelle qui enveloppe tout le troisième évangile achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche.

Extraits
Lc 1,26-28 : Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, vers une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. Etant entré où elle était, il lui dit : ” Salut, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous…”
Lc 2,4-7 : Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter s’accomplit, et elle mit au monde son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.
Lc 2,44-47 : Pensant qu’il était avec la caravane, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils s’en retournèrent à Jérusalem en le recherchant. Or, au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses.
Lc 13,34-35 : “Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés ! Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule sa couvée sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! Voici que votre maison va vous être laissée (déserte). Je vous le dis, vous ne me verrez plus que ne [soit venu quand] vous direz : Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! “
Lc 22,60-62 : Pierre dit : ” Homme, je ne sais ce que tu dis. ” Et à l’instant, comme il parlait encore, un coq chanta. Et le Seigneur, s’étant retourné, arrêta son regard sur Pierre, et Pierre se souvint de la parole du Seigneur, comme il lui avait dit : ” Avant que le coq ait chanté aujourd’hui, tu me renieras trois fois. ” Et étant sorti, il pleura amèrement.

3 – L’œuvre de Saint Luc :
L’oeuvre de Luc, calquée sur les livres des Rois ?
Dans le Nouveau Testament, c’est l’évangéliste Luc qui raconte le plus nettement l’ascension de Jésus. Il le fait même à deux reprises : une fois à la fin de son évangile (Lc 24, 50-53), puis au début des Actes des Apôtres, second tome, en quelque sorte, de son évangile.
Depuis longtemps, les exégètes ont remarqué la proximité entre l’oeuvre de Luc et ce que l’on nomme les cycles d’Elie et d’Elisée aux livres des Rois (1R 17 – 2 R 1 pour Elie, 2 R 2-13 pour Elisée). Luc aime calquer ses récits, ou certains de ses récits, sur ces grands modèles bibliques. Et la figure d’Elie, dans son immense stature de prophète, lui permet une approche du mystère de Jésus. Mais Jésus est plus grand qu’Elie, Luc ne cessera de le montrer. Ainsi trouve-t-on, dans la finale de l’évangile de Luc et le début des Actes, des récits qui reprennent les grands et beaux textes concernant Elie et son disciple.
L’ascension de Jésus
Nous tenons ainsi de Luc deux récits de l’Ascension de Jésus. Le premier, à la fin de son évangile, est christologique : il parle de Jésus. Venu de Dieu, il repart vers lui. Il est le Fils. L’accent du texte porte donc sur l’identité de Jésus : “Il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Et il advint, comme il les bénissait, qu’il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Pour eux, s’étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le Temple à louer Dieu” (Luc 24, 50-53).
Le second récit ouvre les Actes des Apôtres. Il raconte encore l’Ascension de Jésus, mais porte un accent différent. La pointe du récit est alors ecclésiologique : il dit qui est le disciple et quelle est sa mission. Il parle de la naissance de l’Eglise, constituée de disciples fragiles, que l’Esprit de Dieu emporte dans son souffle pour les envoyer jusqu’au bout du monde (Actes 1, 8). Telle est en effet la mission que Jésus leur donne au moment de son départ. Désormais ils sont pleinement apôtres, c’est-à-dire envoyés : « Vous allez recevoir, dit Jésus, une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8). Le relais leur est passé, c’est désormais le temps de l’Eglise.

Un langage théologique
Après ces paroles, poursuit le récit des Actes, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Actes 1, 9-11).
Ainsi Jésus s’élève et disparaît dans une nuée. L’image de la nuée est présente tout au long de la Bible pour évoquer la présence mystérieuse de Dieu auprès de son peuple. C’est dans une nuée que le Seigneur accompagne son peuple à la sortie d’Egypte, dans le passage de la mer et la marche au désert. Et sous la forme d’une colonne de feu, la nuit ! Une nuée entoure Jésus et ses disciples à la Transfiguration. C’est le signe de la présence et d’une révélation de Dieu. Et c’est bien sûr aussi vers le ciel que Jésus est emporté, puisque le ciel est ce lieu d’en haut, le lieu de Dieu.
Le langage des peintres
Notre habitude du langage des évangiles nous met aussi en alerte lorsque le récit évoque deux hommes vêtus de blanc. Comme à la résurrection ! Le blanc est la couleur de Dieu, le chiffre deux celui du témoignage parfait, confirmé par cette double présence.
L’Assomption de Marie
Ce que la Bible exprime dans une dimension spatiale est avant tout une vision ou une compréhension théologique. La théologie s’exprimera en termes semblables pour évoquer le mystère de Marie. Comprenant que Marie, mère de Jésus, est en même temps Mère de Dieu, elle exprimera en des images forgées au creuset biblique, sa proximité infinie de Dieu. Marie sera dite Immaculée conception, épargnée absolument par le péché. Et le langage de la foi dira de même que Marie ne meurt pas, mais qu’elle est emportée auprès de Dieu.
L’Assomption n’est pas plus un voyage stratosphérique que l’Ascension de Jésus. La théologie orientale, utilisant d’autres images, parle de la Dormition de Marie. Les peintres l’ont également magnifiquement représentée, à grand renfort de fleurs printanières surgissant en abondance : Marie n’est pas morte, elle dort, de ce sommeil dans lequel veille la vie de Dieu tout entière.

4 – Saint Luc évangéliste, historien et peintre
Luc est né à Antioche. L’on ignore s’il était païen ou juif non croyant. Il exerçait la profession de médecin. Cet homme cultivé connaissait la langue grecque. Il se présente comme écrivain, soucieux de vérité historique. La visée théologique d’un missionnaire de la fin du 1e siècle apparaît cependant derrière la construction littéraire de ses écrits. Luc a réalisé un travail d’écrivain qui révèle sa capacité d’écrire une oeuvre harmonieuse. Sur le plan de l’écriture, Luc est l’écrivain le plus doué des évangélistes.
Ses écrits, parus dans les années 60, font partie des trois évangiles dits « synoptiques ». Les deux autres évangiles ont été réalisés par Matthieu et Marc.
Luc est l’auteur du livre des Actes des Apôtres qui suit les quatre Evangiles dans le Nouveau Testament. Il distingue clairement le temps de Jésus et celui des débuts de l’Église et est le seul évangéliste qui apporte des précisions sur l’enfance de Jésus. L’évangile selon Saint Luc peut être divisé en trois grandes parties :
- Le ministère de Jésus en Galilée
- De la Galilée à Jérusalem
- A Jérusalem.
Luc veut montrer que l’histoire de Jésus et celle de l’Église constituent l’accomplissement des promesses qui avaient été faites dans l’Ancien Testament.
Sa conversion fit suite à sa rencontre avec Paul de Tarse dont il devint le principal disciple. Il accompagna Paul de Tarse lors de son deuxième voyage missionnaire aux environs de l’an 49. Ils se retrouvent ensuite à Philippes. Lorsque Paul de Tarse fut décapité, Luc quitta Rome.
Luc fut également peintre et iconographe de la Vierge Marie. Plusieurs artistes l’ont représenté ainsi et nous vous invitons à lire, page suivante, l’histoire de la vierge noire vénérée en Pologne.
Le taureau est le symbole de l’évangéliste saint Luc dans notre tradition chrétienne.
Cet animal représente la puissance de travail dans l’imaginaire humain.

5 – SAINT LUC : L’Evangéliste (Patron des peintres et des médecins) fêté le 18 octobre
LUC naquit à Antioche en Syrie. Il était grec de naissance et médecin de profession.
Luc fut un des premiers à être convertis. Plus tard, il devint le compagnon missionnaire de saint Paul pendant une partie de son deuxième et troisième voyage. Il prit soin de Paul lors de son incarcération à Césarée et à Rome. Paul en parle comme étant “le plus attentionné des médecins” et comme étant aussi “un travailleur acharné”. Avec Paul, il s’embarqua sur un bateau les menant de Troas à la Macédoine et demeura pendant sept ans à Philippes, partageant les naufrages et les périls du voyage jusqu’à Rome. En lisant les épîtres de Paul, nous apprenons que Luc est demeuré son compagnon fidèle.
Luc est l’auteur du troisième Evangile écrit avant l’an 63. Il a aussi écrit les Actes des Apôtres. Son symbole est le boeuf car celui-ci représente l’animal du sacrifice et on le retrouve dans son Evangile avec l’histoire de Zacharie le prêtre, offrant le sacrifice à Dieu. Luc parle de la prêtrise du Christ. Il mentionne aussi les oeuvres merveilleuses de Dieu lors de la construction de son Eglise et des événements et miracles qui eurent lieu de par saint Paul et auxquels il fut lui-même témoin.
Les icônes de Saint Luc (Biographie selon le Monastère Orthodoxe des Saints Elie et Elisée)
D’après la tradition, ce fut Saint Luc qui, le premier, exécuta trois Images de la sainte Mère de Dieu portant dans ses bras l’Enfant Dieu. Il les soumit à l’approbation de la Sainte Vierge, alors qu’elle était encore en vie. Celle-ci accueillit avec joie ces Saintes Images et dit: « Que la grâce de Celui qui a été enfanté par moi, soit en elles! ». Par la suite, Saint Luc, représenta en Image les Saints Apôtres et transmit à l’Eglise cette pieuse et Sainte Tradition de la vénération des Icônes du Christ et de ses Saints.
Saint Luc était originaire de la ville d’Antioche la Grande. De noble naissance, il excellait en particulier dans les domaines de la science médicale et de l’art pictural. Sous le règne de l’empereur Claude (vers 42 ap. J.C.), alors qu’il dispensait ses soins aux malades de la région de Thèbes en Béotie, il rencontra l’Apôtre Paul, dont les paroles de feu le convainquirent que la vérité absolue qu’il recherchait depuis tant d’années se trouvait effectivement chez les disciples de Jésus-Christ. Après avoir été séparé de son maître, Luc retourna en Grèce pour y proclamer l’Evangile. Il se fixa à nouveau dans la région de Thèbes, où il mourut dans la paix à l’âge de quatre-vingts ans.
Voulant rendre gloire à son fidèle serviteur, Dieu fit couler de son tombeau un liquide miraculeux, qui guérissait les maladies des yeux de ceux qui s’en oignaient avec foi. C’est ainsi que même après sa mort, Saint Luc continua d’exercer la médecine. De longues années plus tard (3 mars 357), l’empereur Constance, fils du Grand Constantin fit transporter la Relique du Saint à Constantinople par l’intermédiaire de Saint Artémios, duc d’Egypte, et la fit déposer sous l’Autel de l’église des Saints-Apôtres, auprès des Saintes Reliques des Apôtres André et Timothée.
Selon des traditions, Saint Luc a peint à trois reprises la Vierge, ouvrant la voie aux icônes peintes. C’est à l’une de ces icônes, acquise en Palestine par la femme de Théodose II et rapportée à Constantinople, que remonterait le type, très populaire, de la “Vierge Hodigitria”, Vierge qui indique la Voie (le Christ enfant sur le bras gauche, la main droite ramenée devant le buste, désignant le Christ).
Plusieurs icônes sont traditionnellement attribuées à Saint Luc. Entre autres, les icônes Russes de la Vierge de Vladimir, de Jérusalem, de Tikhvine, de Smolensk, ainsi que, en Pologne, la Vierge de Czestochowa. Les icônes russes de la Vierge correspondent à des compositions iconographiques différentes.

BENOÎT XVI : SAINT MATTIEW – 21 SEPTEMBRE

22 septembre, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20060830_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 30 août 2006

SAINT MATTIEW – 21 SEPTEMBRE

Chers frères et soeurs,

En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd’hui sur Matthieu. En vérité, décrire entièrement sa figure est presque impossible, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Cependant, ce que nous pouvons faire n’est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d’en établir le profil que l’Evangile nous transmet.

Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie « don de Dieu ». Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise: « le publicain » (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l’homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite: « Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit: « Suis-moi ». L’homme se leva et le suivit » (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l’appel de l’homme assis à son bureau de publicain, mais ils l’appellent « Levi ». Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l’église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît: dans le passage qui précède immédiatement le récit de l’appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l’on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c’est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément « au bord du lac » (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.

Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l’Evangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l’époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l’argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C’est pour ces motifs que, plus d’une fois, les Evangiles parlent à la fois de « publicains et pécheurs » (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de « publicains et de prostituées » (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46: ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l’un d’eux, Zachée, comme le « chef des collecteurs d’impôts et [...] quelqu’un de riche » (Lc 19, 2), alors que l’opinion populaire les associait aux « voleurs, injustes, adultères » (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux: Jésus n’exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu’il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu’il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante: « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17).

La bonne annonce de l’Evangile consiste précisément en cela: dans l’offrande de la grâce de Dieu au pécheur! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d’humble confiance dans la miséricorde divine: alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, « le publicain… n’osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis! »". Et Jésus commente: « Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe: celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d’accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative: il observe que c’est seulement dans le récit de certains appels qu’est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu’ils pêchent, Matthieu précisément alors qu’il lève l’impôt. Il s’agit de fonctions peu importantes – commente Jean Chrysostome – « car il n’y a rien de plus détestable que le percepteur d’impôt et rien de plus commun que la pêche » (In Matth. Hom.: PL 57, 363). L’appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu’elles effectuent un travail ordinaire.

Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l’appel de Jésus: « il se leva et le suivit ». La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l’appel. Cela signifiait pour lui l’abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu’être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent: aujourd’hui aussi, il n’est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la « sequela » de Jésus, comme c’est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour: « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). C’est précisément ce que fit Matthieu: il se leva et le suivit! Dans cette action de « se lever », il est légitime de lire le détachement d’une situation de péché et, en même temps, l’adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.
Rappelons enfin que la tradition de l’Eglise antique s’accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, Evêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l’an 130. Il écrit: « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (in Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L’historien Eusèbe ajoute cette information: « Matthieu, qui avait tout d’abord prêché parmi les juifs, lorsqu’il décida de se rendre également auprès d’autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l’Evangile qu’il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ » (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l’Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l’Evangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d’une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée.

JÉSUS SELON MATTHIEU : LE MAÎTRE UNIQUE

29 mai, 2014

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1560.html

JÉSUS SELON MATTHIEU : LE MAÎTRE UNIQUE

Le Nouveau Testament commence avec l’évangile de Matthieu…

Le Nouveau Testament commence avec l’évangile de Matthieu. Il nous présent l’image de Jésus maître qui enseigne et qui forme ses disciples ; qui guérit et qui annonce le règne des cieux. Jésus est le nouveau Moïse. Il est le Messie annoncé par les prophètes.
L’évangile de Matthieu est bien placé. Avec ses nombreuses citations bibliques, il assure la transition avec l’Ancien Testament. Sans cesse, dans la bouche du narrateur ou placées dans celle de Jésus, reviennent des formules comme : « Il est écrit » ou « Il a été dit » ou « Pour que s’accomplisse ce qui a été dit par le prophète ». Matthieu dessine l’image de Jésus avec des éléments puisés dans la tradition. Ce qui figurait déjà, comme en filigrane, dans la Loi de Moïse et les écrits des prophètes se révèle maintenant dans sa plénitude. En Jésus les Écritures s’accomplissent.

Jésus, Dieu avec nous
Au premier chapitre de l’Évangile on trouve le récit de « l’origine de Jésus Christ » avec la citation d’Isaie : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit par Dieu avec nous. » Au dernier chapitre, Jésus ressuscité dit : « Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». L’évangile tout entier s’inscrit ainsi entre ces deux affirmations : Dieu est avec nous, en la personne de Jésus.

Le maître de la Loi
Dans l’évangile de Matthieu, Jésus commence son activité par un grand discours. Il choisit ses disciples, qui le suivent sans hésiter. Puis il monte sur la montagne, comme Moïse. Il s’assied, selon la coutume des maîtres en Israël et il enseigne. Trois longs chapitres sont consacrés à ce discours sur les principaux points d’une loi à la fois ancienne et nouvelle : « Je ne suis pas venu abroger la Loi ou les Prophètes, mais les accomplir ».
Les huit béatitudes, regroupées au début du texte, donnent le ton du discours : « Heureux les pauvres…les doux…ceux qui pleurent…les miséricordieux…;les artisans de paix…ceux qui sont persécutés pour la justice …  » C’est à la fois traditionnel et nouveau. Chaque proclamation, en effet, fait écho à ce qui se trouve déjà dans l’Écriture, mais en ordre dispersé, noyé au milieu d’autres textes qui affirment bien souvent le contraire. Les huit béatitudes, énoncées à la suite, se renforcent et s’éclairent mutuellement. Elles constituant une charte inédite, celle du Royaume des cieux.
Jésus les commente et enseigne une nouvelle façon d’être juste : « Vous avez appris qu’il a été dit….et moi je vous dis ». Il reprend les commandements de la Loi et, loin de les remettre en cause, il demande qu’ils soient mis en pratique jusqu’au bout, respectés non seulement à la lettre, mais dans leur esprit. La Loi interdit le meurtre. Jésus condamne aussi la colère contre un frère et l’injure destructrice.
Il ne s’oppose pas aux oeuvres traditionnelles de piété que sont l’aumône, la prière et le jeûne, bien au contraire. Mais il demande qu’elles soient pratiquées devant le Père des cieux et non pour s’attirer les louanges des hommes. Il invite à faire la vérité partout : dans la façon de croire, de juger et de vivre. Et tout cela, il le fait avec assurance et autorité en ne rabâchant pas ce qui a toujours été dit. Jésus est le maître de la Loi et non pas simple répétiteur.

Le médecin pour toute maladie
Dans l’évangile de Matthieu Jésus ne parle pas seulement, il agit. Il opère beaucoup de guérisons. Après l’enseignement sur la montagne, il purifie un lépreux. C’est le début de toute une série de guérisons : le serviteur du centurion, la belle-mère de Pierre, de nombreux démoniaques, dont deux Gadaréniens très dangereux, un paralysé, une femme souffrant d’hémorragies, deux aveugles, un possédé muet … Il associe les Douze à son pouvoir et leur donne autorité sur les esprits impurs pour qu’ils fassent comme lui : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons » (Mt 10,8). Matthieu insiste plusieurs fois sur le pouvoir de guérison de Jésus qui dépasse la simple guérison des corps. Quand Jésus partage le repas de Matthieu, le collecteur d’impôts, il déclare : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades …Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs »(Mt 9,12).
Ainsi va le Jésus de Matthieu, « proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité ». Parole et action. L’une ne va pas sans l’autre. Les foules s’émerveillent et disent : « Jamais rien de tel ne s’est vu en Israël ».

L’annonceur du Royaume des cieux
Le Royaume des cieux est le thème central de la prédication de Jésus. Il commence son ministère en annonçant : « Le Règne des cieux s’est approché »(4,17). Dans le discours sur la montagne il proclame : « Heureux les pauvres de coeur, car le Royaume des cieux est à eux ». « Heureux les persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux » (5,3.10). « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur’ pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté de son Père qui est aux cieux. » (7,21) Il enseigne à prier « Notre Père qui es aux cieux » (6,9).
Dans ses paraboles il dit que le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ (13,24), à une graine de moutarde (13,31), à du levain (13,33), à un trésor (13,44), etc. …Il invite ses disciples à devenir comme des enfants pour entrer dans le Royaume des cieux (18,1-5).
Remarquons que dans l’évangile de Matthieu, Jésus ne parle pas du Royaume de « Dieu » mais du Royaume des « Cieux ». L’auteur respecte ainsi la sensibilité de ses premiers lecteurs qui sont des chrétiens d’origine juive et qui répugnent à prononcer le nom divin.
Par ses paraboles, Jésus raconte le Royaume des cieux, si différent des royaumes de la terre. Par ses guérisons il l’inaugure en puissance. Par ses conseils à ses disciples il leur apprend à y vivre. Avec Jésus « le royaume des cieux s’est approché ».

Le maître et ses disciples
Les quatre évangiles montrent Jésus avec ses disciples, mais chacun à sa manière. Matthieu privilégie la relation enseignant-enseignés. Il aime noter que, lorsque Jésus se met à enseigner les foules, les disciples s’approchent de lui. À la différence de l’évangile de Marc et de Luc, Matthieu n’insiste pas sur l’incompréhension des disciples. Ils peuvent être des « hommes de peu de foi » (8,26 ; 14,31), mais ils sont quand même les modèles de tous les disciples qui suivront Jésus au fil des siècles.
À la fin de l’évangile, comme au début, Jésus les convoque sur une montagne pour leur donner ses dernières consignes : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples…leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit » (28,19). Ils ont à transmettre ce qu’ils ont entendu de la bouche même du Maître quand il était avec eux sur les routes de Palestine. Jésus les a formés. Il les quitte maintenant tout en ne les abandonnant pas : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

SBEV. Madeleine Le Saux

S. MARC, ÉVANGÉLISTE – 25 AVRIL

24 avril, 2014

http://www.cassicia.com/FR/Vie-de-saint-Marc-deuxieme-des-quatre-Evangelistes-Fete-le-25-avril-Il-fut-premier-Eveque-d-Alexandrie-Mort-martyr-en-68-No_518.htm

S. MARC, ÉVANGÉLISTE – 25 AVRIL

RÉSUMÉ :
Saint Marc, disciple de saint Pierre, est l’un des quatre Évangélistes qui écrivirent, sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, un abrégé de la vie de Jésus.
Son récit débute par la Mission de saint Jean-Baptiste dont « la voix se fait entendre dans le désert » ; on le représente avec un lion couché à ses pieds, parce que le lion, l’un des quatre animaux symboliques de la vision d’Ézéchiel, fait retentir le désert de ses rugissements. Il fut l’un des soixante-douze Disciples et alla en Égypte où, le premier, il annonça le Christ à Alexandrie. La prédication de son Évangile, que vint confirmer son martyre, le fit entrer dans la gloire où saint Jean à son tour nous le montre, sous le symbole de l’un des quatre animaux, assistant au triomphe de l’Agneau immolé.
Son corps fut transporté à Venise, et il en est le patron depuis le IXe siècle. Rome possède une église dédiée à saint Marc.

Saint Marc, Évangéliste et premier Évêque d’Alexandrie. Mort martyr en 68.
Saint Marc était probablement de la race d’Aaron ; il était né en Galilée. Il semble avoir fait partie du groupe des soixante-douze disciples du Sauveur ; mais il nous apparaît surtout dans l’histoire comme le compagnon fidèle de l’apostolat de saint Pierre. C’est sous l’inspiration du chef des Apôtres et à la demande des Chrétiens de Rome qu’il écrivit l’Évangile qui porte son nom.
Marc cependant ne suivit pas saint Pierre jusqu’à son glorieux martyre ; mais il reçut de lui la mission spéciale d’évangéliser Alexandrie, l’Égypte et d’autres provinces africaines. Le disciple ne faillit pas à sa tâche et porta aussi loin qu’il put, dans ces contrées, le flambeau de l’Évangile. Alexandrie en particulier devint un foyer si lumineux, la perfection chrétienne y arriva à un si haut point, que cette Église, comme celle de Jérusalem, ne formait qu’un cœur et qu’une âme dans le service de Jésus-Christ. La rage du démon ne pouvait manquer d’éclater. Les païens endurcis résolurent la mort du saint évangéliste et cherchèrent tous les moyens de s’emparer de lui.
Marc, pour assurer l’affermissement de son œuvre, forma un clergé sûr et vraiment apostolique, puis échappa aux pièges de ses ennemis en allant porter ailleurs la croix de Jésus-Christ.
Quelques années plus tard, il eut la consolation de retrouver l’Église d’Alexandrie de plus en plus florissante.
La nouvelle extension que prit la foi par sa présence, les conversions nombreuses provoquées par ses miracles, renouvelèrent la rage des païens. Il fut saisi et traîné, une corde au cou, dans un lieu plein de rochers et de précipices. Après ce long et douloureux supplice, on le jeta en prison, où il fut consolé, la nuit suivante, par l’apparition d’un Ange, qui le fortifia pour le combat décisif. Le Sauveur Lui-même parut bientôt devant lui tel qu’il L’avait connu dans Sa vie mortelle, et lui dit : « La paix soit avec toi, Marc, Mon évangéliste ! — Mon Seigneur Jésus-Christ ! » répondit le martyr. Et Jésus disparut, laissant Son disciple dans une grande joie. Le lendemain matin, les païens se rassemblèrent pour délibérer sur son sort, et ils décidèrent de renouveler jusqu’à la mort son premier supplice. Marc fut donc tiré de prison ; on lui mit une seconde fois la corde au cou, on le renversa et on le traîna en poussant des hurlements furieux. La victime, pendant cette épreuve douloureuse, remerciait Dieu et implorait Sa miséricorde. Enfin, broyé par les rochers où heurtaient ses membres sanglants, il expira en disant : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. »
C’était le 25 avril de l’an 68, saint Lin étant pape et Néron empereur.

LA LÉGENDE DE SAINT LUC, PREMIER ICONOGRAPHE DE LA VIERGE

18 février, 2014

http://www.histoire-russie.fr/icone/stluc.html

LA LÉGENDE DE SAINT LUC, PREMIER ICONOGRAPHE DE LA VIERGE

Luc était médecin  et évangéliste. Il fut le compagnon de Paul de Tarse et rédacteur d’un des quatres Evangiles canoniques.A l’époque (IVe siècle) où naît la légende le présentant comme l’auteur des portraits de la Vierge Marie, Mère de Jésus Christ, l’Église cherche à imposer l’aspect théologique de la « Theotokos » : la Mère de Dieu, celle dont le rôle fut prépondérant dans l’histoire du salut des hommes par la naissance du Sauveur. Dès le début de la chrétienté, une place particulière fut réservée à la mère du Dieu Vivant. En Russie elle est « Bogorodiza », traduction littérale de théotokos. Elle y sera priée surtout pour son intercession auprès de son fils. Les trois portraits décrits ci-après deviendront des modèles pour l’Église chrétienne d’abord et surtout pour l’Église orthodoxe. Ils donneront lieu à d’innombrables icônes de la Mère de Dieu, dérivées de ces premiers canons.  Il n’y a pas moins de 196 « Icônes miraculeuses de la Vierge » répertoriées dans le Calendrier Ecclésial publié chaque année par l’Eglise Orthodoxe Russe et fêtées sur tout le territoire. Fêtes auquelles il faut ajouter les offices traditionnels de la Nativité de la Vierge, sa Présentation au Temple, l’Annonciation, et la Dormition. L’évangéliste Luc aurait effectivement pu peindre Marie, habitant alors la maison de l’apôtre Jean à Damas. Cependant Marie aurait été à cette époque une très vieille dame. Il faut lucidement envisager l’hypothèse que ces trois portraits de jeune femme aient été en réalité réalisés en Egypte par un évêque de la Thébaïde, appelé Luc également. Le premier type est dit « Hodiguitria » ou « Celle qui montre le chemin » :  Marie est représentée de face, l’enfant sur ses genoux, une de ses mains maintient l’enfant et le désigne de l’autre main comme étant la voie à suivre. L’enfant a toujours un geste de bénédiction de la main droite et tient souvent dans son autre main le rouleau des textes saints, le plus souvent symbole des écrits de l’Ancien Testament annonçant sa venue par les prophètes. La célèbre Vierge de Vladimir est difficile à classer : mère et enfant ont la classique attitude « de tendresse » mais la Vierge par son geste de la main gauche désigne le Christ, comme on le voit dans les types « hodiguitria ».

Le deuxième type de Vierge est dite « La Miséricordieuse » ou « De tendresse » : Elle est appellée « Oumiliénié » ou Vierge de tendresse en russe  : l’enfant se réfugie dans les bras de sa mère, ou bien la regarde en s’accrochant à son manteau et lui tend la main.  La tête de Marie est tournée vers lui dans un geste très doux. La dénomination russe représente plus l’attendrissement de Jésus par l’intercession de sa mère auprès de lui.De très nombreuses variantes existent désormais Vierge de Khorsoum, du Prince Igor, du Don, de Yaroslav ou de Kazan (C’est la seule icône sur laquelle il n’y a qu’une seule main : la main du Christ qui bénit. Les autres mains ne sont pas visibles, elles sont sous les vêtements). Chaque icône présente des particularités tout en appartenant au même type et en respectant les canons de l’Eglise.

Le troisième type de Vierge est dit « Orante » ou Vierge en prière et la « Vierge du Signe » : Marie est de face, les mains levées invitant le fidèle à prier avec elle.  La « Blachernitissa » d’une hauteur de 5 mètres apparaissait dans l’abside de l’église Sainte Sophie de Kiev. Elle était vénérée sous le nom de « Mur indestructible ». En Russie apparaîtra une variante de la « Vierge orante » où l’enfant est  représenté sur sa poitrine et qui se nommera « Vierge du signe » (znaménié), en référence à la prophétie d’Isaïe citée dans l’Evangile de Saint-Matthieu : « Le Seigneur Lui-même vous donnera un signe : voici, une vierge concevra et elle enfantera un Fils que l’on appellera Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous ». Cette icône est la plus vénérée en Russie

On lui attribue la sauvegarde de Novgorod puis par la suite de Moscou, et donc de toute la Russie, depuis le XIIe siècle. Quoique fort endommagée, elle est l’objet de vénérations en Russie. Dans toutes les copies effectuées, les peintres reproduisent fidèlement la trace des flêches qui l’atteignirent lors de la bataille de Novgorod contre Souzdal. 

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