Archive pour la catégorie 'Temps liturgique: la Semaine Sainte'

BENOÎT XVI – LA SEMAINE SAINTE (2009)

12 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090408.html

BENOÎT XVI – LA SEMAINE SAINTE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 8 avril 2009

Chers frères et sœurs,

La Semaine Sainte, qui pour nous chrétiens est la semaine la plus importante de l’année, nous offre l’opportunité de nous plonger dans les événements centraux de la Rédemption, de revivre le Mystère pascal, le grand Mystère de la foi. A partir de demain après-midi, avec la Messe in Coena Domini, les rites liturgiques solennels nous aideront à méditer de manière plus vive la passion, la mort et la résurrection du Seigneur pendant les jours du saint Triduum pascal, foyer de toute l’année liturgique. Puisse la grâce divine ouvrir nos cœurs à la compréhension du don inestimable qu’est le salut que nous a obtenu le sacrifice du Christ. Ce don immense, nous le trouvons merveilleusement raconté dans un célèbre hymne contenu dans la Lettre aux Philippiens (cf. 2, 6-11), que nous avons plusieurs fois médité au cours du Carême. L’Apôtre reparcourt de manière à la fois essentielle et efficace, tout le mystère de l’histoire du salut, évoquant l’orgueil d’Adam qui, bien que n’étant pas Dieu, voulait être comme Dieu. Et il oppose cet orgueil du premier homme, que nous ressentons tous un peu au fond de nous, à l’humilité du vrai Fils de Dieu qui, en devenant homme, n’hésita pas à prendre sur lui toutes les faiblesses de l’être humain, à l’exception du péché, et alla jusqu’aux profondeurs de la mort. A cette descente dans l’ultime profondeur de la passion et de la mort suit son exaltation, la vraie gloire, la gloire de l’amour qui est allé jusqu’au bout. Et c’est pourquoi il est juste – comme le dit Paul – que « tout, au nom de Jésus, s’agenouille au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus Christ qu’il est le Seigneur » (2, 10-11). Saint Paul fait allusion par ces mots à une prophétie d’Isaïe où Dieu dit: Je suis le Seigneur, que tout s’agenouille devant moi au plus haut des cieux et sur la terre (cf. Is 45, 23). Cela – dit Paul – vaut pour Jésus Christ. Lui réellement, dans son humilité, dans la vraie grandeur de son amour, est le Seigneur du monde et devant lui réellement tout s’agenouille.
Combien ce mystère est à la fois merveilleux et surprenant! Nous ne méditons jamais suffisamment cette réalité. Jésus, tout en étant Dieu, ne voulut pas faire de ses prérogatives divines une possession exclusive; il ne voulut pas faire usage du fait d’être Dieu, de sa dignité glorieuse et de sa puissance, comme instrument de triomphe et signe de distance par rapport à nous. Au contraire, « il se vida lui-même » en assumant la misérable et faible condition humaine – Paul utilise à cet égard un verbe grec très fort pour indiquer la kénosis, cette descente de Jésus. La forme (morphé) divine se cacha en Christ sous la forme humaine, c’est-à-dire sous notre réalité marquée par la souffrance, par la pauvreté, par nos limites humaines et par la mort. Le partage radical et vrai de notre nature, partage en toute chose à l’exception du péché, le conduisit jusqu’à cette frontière qui est le signe de notre finitude, la mort. Mais tout cela n’a pas été le fruit d’un mécanisme obscur ou d’une aveugle fatalité: ce fut plutôt son libre choix, par adhésion généreuse au dessein salvifique du Père. Et la mort au devant de laquelle il alla – ajoute l’apôtre – fut celle de la croix, la plus humiliante et dégradante que l’on puisse imaginer. Tout cela le Seigneur de l’univers l’a accompli par amour pour nous: par amour il a voulu « se vider lui-même » et se faire notre frère; par amour il a partagé notre condition, celle de tout homme et de toute femme. Un grand témoin de la tradition orientale, Théodoret de Cyr, écrit à ce propos: « Etant Dieu et Dieu par nature et ayant l’égalité avec Dieu, il n’a pas estimé que ce fût quelque chose de grand, comme le font ceux qui ont reçu quelque honneur supérieur à leurs mérites, mais cachant ses mérites, il a choisi l’humilité la plus profonde et il a pris la forme d’un être humain » (Commentaire à l’épître aux Philippiens, 2, 6-7).
Prélude au Triduum pascal, qui commencera demain – comme je le disais – avec les rites suggestifs de l’après-midi du Jeudi saint, la Messe chrismale solennelle est célébrée dans la matinée par l’évêque avec son presbyterium, et au cours de celle-ci sont renouvelées ensemble les promesses sacerdotales prononcées le jour de l’Ordination. C’est un geste d’une grande valeur, une occasion plus que jamais propice où les prêtres réaffirment leur fidélité au Christ qui les a choisis comme ses ministres. Cette rencontre sacerdotale prend en outre une signification particulière, parce qu’elle est en quelque sorte une préparation à l’Année sacerdotale, que j’ai souhaitée à l’occasion du 150 anniversaire de la mort du saint Curé d’Ars et qui débutera le 19 juin prochain. Toujours au cours de la Messe chrismale seront bénites l’huile des malades et l’huile des catéchumènes, et sera consacré le Chrême. Ce sont des rites à travers lesquels sont symbolisées la plénitude du sacerdoce du Christ et celle de la communion ecclésiale qui doit animer le peuple chrétien, réuni pour le sacrifice eucharistique et vivifié dans l’unité par le don de l’Esprit Saint.
Dans la Messe de l’après-midi, appelée in Coeni Domini, l’Eglise commémore l’institution de l’Eucharistie, le sacerdoce ministériel et le commandement nouveau de la charité, laissé par Jésus à ses disciples. Saint Paul offre l’un des témoignages les plus antiques de ce qui est survenu dans le Cénacle, la veille de la passion du Seigneur: « La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus – écrit-il, au début de l’an cinquante, se fondant sur un texte qu’il avait reçu du cercle du Seigneur lui-même – prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit: « Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi »" (1 Co 11, 23-25). Des paroles chargées de mystère, qui manifestent avec clarté la volonté du Christ: sous les espèces du pain et du vin, Il se rend présent avec son Corps donné et avec son sang versé. C’est le sacrifice de l’alliance nouvelle et définitive offerte à tous, sans distinction de race et de culture. Et de ce rite sacramentel, qu’il remet à l’Eglise comme preuve suprême de son amour, Jésus constitue ministres ses disciples et tous ceux qui poursuivront son ministère au cours des siècles. Le Jeudi saint constitue donc une invitation renouvelée à rendre grâce à Dieu pour le don suprême de l’Eucharistie, qu’il faut accueillir avec dévotion et adorer avec une foi vivante. Pour cela, l’Eglise encourage, après la célébration de la Messe, à veiller en présence du Très Saint Sacrement, en rappelant l’heure triste que Jésus passa dans la solitude et la prière au Gethsémani, avant d’être arrêté et d’être ensuite condamné à mort.
Nous arrivons ainsi au Vendredi saint, jour de la Passion et de la crucifixion du Seigneur. Chaque année, en nous tenant en silence devant Jésus cloué au bois de la croix, nous ressentons combien les paroles qu’Il a prononcées la veille, au cours de la Dernière Cène, sont pleines d’amour. « Ceci est mon sang de l’Alliance, répandu pour la multitude » (cf. Mc 14, 24). Jésus a voulu offrir sa vie en sacrifice pour la rémission des péchés et de l’humanité. Comme devant l’Eucharistie, ainsi, devant la passion et la mort de Jésus sur la Croix, le mystère devient insondable pour la raison. Nous nous trouvons face à quelque chose qui humainement, pourrait paraître absurde: un Dieu qui non seulement se fait homme, avec tous les besoins de l’homme, non seulement souffre pour sauver l’homme en se chargeant de toute la tragédie de l’humanité, mais qui meurt pour l’homme.
La mort du Christ rappelle l’accumulation de douleurs et de maux qui pèsent sur l’humanité de tout temps: le poids écrasant de notre mort, la haine et la violence qui aujourd’hui encore, ensanglantent la terre. La passion du Seigneur se poursuit dans la souffrance des hommes. Comme l’écrit à juste titre Blaise Pascal: « Jésus sera à l’agonie jusqu’à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps » (Pensées, 553). Si le Vendredi saint est un jour plein de tristesse, il est donc dans le même temps un jour plus que jamais propice pour restaurer notre foi, renforcer notre espérance et le courage de porter chacun notre croix avec humilité, confiance et abandon en Dieu, assurés de son soutien et de sa victoire. La liturgie de ce jour chante: O Crux, ave, spes unica – « Salut, ô croix, unique espérance! ».
Cette espérance s’alimente dans le grand silence du Samedi saint, dans l’attente de la Résurrection de Jésus. En ce jour, les Eglises sont dépouillées et aucun rite liturgique particulier n’est prévu. L’Eglise veille en prière comme Marie et avec Marie, en partageant les mêmes sentiments de douleur et de confiance en Dieu. On recommande à juste titre de demeurer au cours de toute la journée dans un climat de prière, favorable à la méditation et à la réconciliation; on encourage les fidèles à avoir recours au sacrement de la Pénitence, pour pouvoir participer réellement renouvelés aux fêtes de Pâques.
Le recueillement et le silence du Samedi saint nous conduiront dans la nuit à la Veillée pascale solennelle, « mère de toutes les veillées », lorsque s’élèvera dans toutes les églises et communautés le chant de la joie pour la résurrection du Christ. Une fois de plus, la victoire de la lumière sur les ténèbres, de la vie sur la mort, sera proclamée, et l’Eglise se réjouira dans la rencontre avec son Seigneur. Nous entrerons ainsi dans le climat de la Pâque de Résurrection.
Chers frères et sœurs, préparons-nous à vivre intensément le Saint Triduum, pour participer toujours plus profondément au Mystère du Christ. La Sainte Vierge nous accompagne sur cet itinéraire, elle qui a suivi en silence le Fils Jésus jusqu’au Calvaire, en prenant part avec une grande peine à son sacrifice, coopérant ainsi au mystère de la Rédemption et devenant Mère de tous les croyants (cf. Jn 19, 25-27). Avec elle, nous entrerons dans le Cénacle, nous demeurerons au pied de la Croix, nous veillerons idéalement auprès du Christ mort en attendant avec espérance l’aube du jour radieux de la résurrection. Dans cette perspective, je forme dès à présent à votre égard les vœux les plus cordiaux pour une heureuse et sainte Pâque, avec vos familles, vos paroisses et vos communautés.

HOMÉLIE DE LA MESSE « IN COENA DOMINI »

11 avril, 2017

http://michelsteinmetz.blogspot.it/2015/04/homelie-de-la-messe-in-coena-domini-2.html

Michel STEINMETZ

mercredi 1 avril 2015

HOMÉLIE DE LA MESSE « IN COENA DOMINI » – 2 AVRIL 2015

Le Christ est paradoxalement grand quand il s’abaisse. Il tient sa gloire de l’amour qui le pousse à « prendre la condition de serviteur » (Ph 2). Au moment d’entrer dans sa Passion, Jésus explique par deux gestes le sens de tout ce qui va advenir. Il résume de manière saisissante l’ensemble de son enseignement, de l’annonce du Royaume à venir, des miracles accomplis sur les routes de Palestine. Deux gestes qui prépareront le cœur, encore lent à croire, des disciples pour qu’ils puissent le reconnaître, Ressuscité, et s’en faire les témoins. Deux gestes qui ne pourront se comprendre que par l’amour qui les préside. Deux gestes encore qui supposeront, pour les recevoir, la communion – c’est-à-dire la participation – à sa mort pour avoir part à sa résurrection.
Ces deux gestes, quels sont-ils ? Ce sont ceux que la liturgie nous donnent de célébrer ensemble ce soir et qui marquent, pour nous aussi, notre entrée dans le mystère pascal. Le lavement des pieds, tout d’abord, et l’institution de l’eucharistie ensuite.

Au cours de ce dernier repas, et alors que le démon est déjà à l’œuvre, que les forces du mal et de la mort se liguent pour le vaincre, Jésus « se lève de table, dépose son vêtement, prend un ligne qu’il se noue à la ceinture » (Jn 13). Il passe devant chacun des apôtres, se met à genoux devant eux et leur lave les pieds. Ce geste inouï, celui de l’esclave devant son maître, suscite l’indignation de Pierre, le premier d’entre eux. Comment lui, leur Seigneur et Maître – nous le chantions en entrant dans la célébration tout à l’heure, comment Lui pourrait-il s’abaisser ainsi ? Ce soir, il ne leur est pas donné de comprendre ce geste. Il leur faut seulement en garder le souvenir. Demain, au pied de la croix, bouleversés et effrayés, ils commenceront à saisir la folie de cet amour qui renverse tous les schémas des bien-pensants. Ce soir, il ne nous est peut-être pareillement impossible de consentir à nous abaisser de la sorte, alors il nous faut aussi nous souvenir que cet amour-là nous sauve. Si le Christ consent à s’abaisser devant chacun de nous, comment ne pas en faire autant ? Avec le lavement des pieds, Jésus pose un geste d’hospitalité. Laver les pieds de chacun des douze, c’est inviter ses disciples à entrer dans ce même mystère. Jésus offre l’hospitalité à ses douze disciples à l’intérieur du mouvement de dépouillement unique chemin vers le Père. Jésus ne leur a pas lavé les mains mais les pieds, ces pieds de missionnaires qui porteront, s’ils y consentent, la bonne nouvelle à travers le monde. Leur décision d’aller par le monde entier au nom de Jésus passera par leurs pieds, ces pieds que Jésus a lavés. « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

Ce geste et celui de la dernière Cène dont nous venons d’entendre le récit dans la lettre aux Corinthiens nous parlent du même mystère : avant qu’on ne mette la main sur lui, Jésus offre librement sa vie dans un mouvement d’abaissement, d’humiliation, de kénose qui le conduit à la croix. Enlevant son vêtement, Jésus manifeste une dépossession de soi en vue du Royaume. Quand il rompt le pain, il donne le signe de son corps qui sera partagé, disloqué dans ses jointures sur la croix. Sa vie est désormais arrivée à son accomplissement. Quand il se donne tout entier, quand il est prêt à verser son sang pour nous, apparaît sa toute-puissance. Aux yeux du monde, cela passe pour un échec. Avec les yeux de la foi, celle qui nous fait proclamer avec joie et fierté « la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il revienne » quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous comprenons mieux qu’une vie toute donnée est une vie plus forte. Une vie plus féconde, plus généreuse, plus épanouie.

Jésus, entraîne-nous dans ton amour déraisonnable. Apprends-nous à aimer comme tu nous as aimés. Apprends-nous à communier à ta vie dans le don de notre propre vie.

AMEN.
Michel STEINMETZ †

LE JEUDI SAINT: QUAND A EU LIEU LA DERNIÈRE CÈNE DE JÉSUS

18 avril, 2016

http://www.christusrex.org/www1/ofm/san/TSsion015.html

LE JEUDI SAINT: QUAND A EU LIEU LA DERNIÈRE CÈNE DE JÉSUS ?

La position de S. Jean

Le Jeudi saint, tous les catholiques du monde célèbrent le souvenir de la dernière Cène, au cours de laquelle Jésus institua l’eucharistie, lava les pieds à ses apôtres et nous laissa son commandement de l’amour. Le jour suivant, le vendredi, à 3 h de l’après-midi, il mourait cloué en croix. Mais quand eut lieu réellement cette Cène? Pour bien poser le problème, il convient de tenir compte d’une façon de concevoir les jours qui est propre aux juifs. Alors que pour nous le jour commence à zéro h, c’est-à-dire à minuit, il commence, pour les juifs, la veille au soir, vers 17 h. Le lundi commence le dimanche soir, le mardi le lundi soir et ainsi de suite. L’Évangile de S. Jean nous apprend que la fête de la Pâque, durant laquelle Jésus mourut, tomba cette année-là le jour du sabbat (19,31). Cela étant, les juifs devaient consommer l’agneau pascal dans la nuit du vendredi. Mais, comme Jésus savait que le vendredi, à 3 h de l’après-midi, il serait mort et ne pourrait donc pas manger la Pâque avec ses disciples à la date officiellement prévue, il le fit un jour plus tôt, dans la nuit du jeudi. C’est pourquoi S. Jean nous dit que Jésus célébra la dernière Cène « avant la fête de la Pâque » (13,1), c’est-à-dire dans la soirée du jeudi, date qui a été retenue traditionnellement dans notre liturgie.

Le point de vue différent des trois autres Les trois autres évangélistes, tout en étant d’accord avec Jean pour dire que Jésus mourut un vendredi, à 3 h de l’après-midi (Mt 27,62; Mc 15,42; Lc 23,54), affirment cependant qu’au moment où il célébra la Cène, la fête de la Pâque était déjà en cours. Ainsi, Matthieu et Marc soutiennent que Jésus et ses disciples se réunirent pour manger la Pâque, « le premier jour des azymes, où l’on immolait l’agneau pascal » (Mt 26,17; Mc 14,12). Et Luc, plus explicite encore, assure que le Seigneur se mit à table, lors de « la fête des azymes, appelée la Pâque » (22,1.7.14.). Le jour des « azymes » était le premier des 7 jours durant lesquels se prolongeait la fête de la Pâque. Il est donc clair que, pour les trois évangiles synoptiques, Jésus célébra la Cène avec ses apôtres, le jour même de la Pâque. Puis, il fut arrêté et mourut crucifié, le jour suivant, alors que se déroulait la très solennelle fête de la Pâque.

La solution « Qumran » C’est un problème déjà classique que celui de concilier les points de vue divergents des Évangiles et de vérifier si Jésus célébra sa dernière Cène la nuit même de la Pâque (vendredi), comme l’assurent les Synoptiques, ou le jour précédent (jeudi), comme l’écrit S. Jean. Diverses solutions ont été proposées au long des siècles, mais aucune n’a réussi à convaincre. Il a fallu attendre la découverte, en 1947, des manuscrits de Qumran. Avec ces manuscrits, il semble bien qu’une nouvelle possibilité ait été offerte de résoudre le problème de manière satisfaisante. En quoi consistent les manuscrits de Qumran? Ils font partie d’une ancienne bibliothèque du premier siècle avant J.-C., appartenant à une secte juive dite des Esséniens. Parmi les nombreux livres que contenait cette bibliothèque, on en découvrit deux (le Livre des Jubilés et le Livre d’Hénoch) qui révélèrent qu’au temps de Jésus, on se référait non pas à un seul, mais à deux calendriers distincts. L’un, désigné sous le nom de calendrier « solaire », était basé sur le cours du soleil. Il comptait 364 jours et les mois y étaient répartis de façon que les fêtes importantes tombent un mercredi. C’est ainsi que le jour du nouvel an était toujours un mercredi; de même, la fête des Tabernacles et celle de la Pâque. Pourquoi, dans ce calendrier, l’année commençait-elle toujours un mercredi? Parce que, selon la Genèse, lorsque Dieu créa le monde, ce fut en ce quatrième jour (mercredi) qu’il fit le soleil, la lune et les étoiles, et c’est à partir d’alors que commença le cours du temps.

Le changement de calendrier Ce calendrier fut en usage chez les juifs, durant de nombreux siècles. En effet, dans les livres de l’Ancien Testament, nous pouvons constater que les dates, les chronologies, la fête de la Pâque (toujours fixée au mercredi) et les autres festivités sont réglées par le calendrier solaire. Mais, selon la nouvelle hypothèse, deux cents ans avant J.-C., les prêtres du Temple de Jérusalem auraient décidé de changer ce calendrier et d’en adopter un autre, basé à la fois sur le cours du soleil et sur celui de la lune, et appelé de ce fait « lunisolaire ». Ce calendrier était plus exact, vu qu’il comptait 365 jours. Il s’y trouvait cependant une variante: la fête de la Pâque y pouvait figurer n’importe quel jour de la semaine. Petit à petit, le nouveau calendrier se répandit parmi le peuple. Mais à cette époque il fallait beaucoup de temps aux changements pour s’imposer. C’est ce qui explique le fait que, deux cents ans plus tard, au temps de Jésus, bon nombre de gens continueront de suivre l’ancien calendrier et de célébrer les fêtes aux jours fixés par lui. Même parmi les juifs, certains, tels les Esséniens de Qumran, refusèrent immédiatement d’adopter le nouveau calendrier, estimant qu’il constituait une altération inadmissible de la loi de Moïse. Ils restèrent fidèles à l’observance du calendrier primitif, comme on peut le constater en lisant leur « Manuel de Discipline », trouvé également à Qumran et où il est écrit: « Que l’on ne s’écarte point d’un pas en dehors de ce que dit la Parole de Dieu, concernant ses temps. Que les dates fixées par elle ne soient pas avancées et qu’aucune de ses fêtes ne soit retardée ».

Tous les deux avaient raison Ainsi donc, du temps de Jésus, deux calendriers étaient en vigueur. L’un, le plus ancien, suivi par les classes populaires, et où le repas de la Pâque était toujours fixé au mercredi (c’est-à-dire à la soirée du mardi). L’autre, adopté par le sacerdoce officiel et par les classes les plus élevées, et où la fête de la Pâque pouvait tomber n’importe quel jour de la semaine. L’année où mourut Jésus, cette fête tomba précisément un samedi. Cela étant, si nous supposons que Jésus, se référant au calendrier le plus ancien, célébra la dernière Cène avec ses apôtres le mardi soir, c’est-à-dire le jour où les gens du peuple prenaient, eux aussi, le repas pascal, la contradiction qu’on relève dans les Évangiles disparaît automatiquement. En effet, si Jésus l’a célébrée le mardi, les évangiles synoptiques peuvent affirmer que cet événement a eu lieu « le jour même de Pâque », car ils se réfèrent au calendrier ancien. Quant à S. Jean, qui suit le calendrier officiel, il nous dit que Jésus célébra la Cène « avant la fête de la Pâque ». Les Synoptiques ont raison. S. Jean, également.

Trop peu de temps pour tant d’événements La nouvelle hypothèse, suivant laquelle Jésus mourut un vendredi, comme l’affirment les quatre Évangiles, mais célébra la Cène le mardi précédent, non seulement élimine les contradictions qu’on relève chez ceux-ci, mais permet de résoudre d’autres difficultés, admises par tous les exégètes. Une de celles-ci réside dans le nombre d’épisodes vécus par Jésus en si peu de temps. De fait, si la dernière Cène a eu lieu le jeudi et le crucifiement le vendredi après-midi, nous ne disposons que de 18 heures à peine pour y répartir tous les événements de la Passion. Nous savons en effet qu’après son arrestation au jardin de Gethsémani, Jésus fut conduit chez Anne, l’ex-grand prêtre, dans la demeure duquel se déroula le premier interrogatoire (Jn 18,12). Puis on l’emmena, ligoté, chez Caïphe, le grand prêtre en charge (Jn 18,14). Là il fallut attendre que se réunisse le Sanhédrin, tribunal suprême de justice des juifs, dont faisaient partie tous les grands prêtres, les anciens et les scribes (Mc 14,53). Au cours de cette réunion nocturne, on tenta de trouver de faux témoins qui accuseraient Jésus; ce qui s’avéra laborieux, car les témoignages de ceux qui déposaient contre lui ne concordaient pas (Mc 14,55-59). Ensuite, on lui fit subir toutes sortes de vexations: coups, crachats, railleries (Mc 14,65). Au lever du jour, les 71 membres du Sanhédrin se réunirent pour la seconde fois (Mc 15,1). C’est alors qu’ils auraient décidé de condamner Jésus à mort.

Le long procès romain Mais les choses ne se terminèrent pas là. après le procès religieux, on traîna Jésus devant Pilate, le gouverneur civil (Lc 23,1); l’entrevue dut être assez longue. Il y eut d’abord, entre le Préfet romain et les Juifs, une rencontre au cours de laquelle ces derniers présentèrent leurs accusations. Vint ensuite un interrogatoire de Jésus, à huis-clos, puis la déclaration d’innocence par Pilate et, à nouveau, des accusations insistantes de la part des juifs. Afin de se débarrasser de l’accusé, qu’il estimait innocent, Pilate décida de l’envoyer à Hérode Antipas, gouverneur de Galilée, vu que Jésus, en tant que galiléen, relevait de sa juridiction (Lc 23,7). Cette entrevue dut, elle aussi, se prolonger un certain temps: l’Évangile dit, en effet, qu’Hérode posa beaucoup de questions à Jésus (Lc 23,9), avant de le renvoyer finalement à Pilate (Lc 23,11). Le gouverneur romain se vit alors contraint de convoquer une nouvelle fois les grands prêtres, les magistrats et tout le peuple. Suite à un second entretien avec Jésus, il décida de soumettre à l’avis du peuple la libération éventuelle de celui-ci ou de Barabbas. Entre-temps, sa femme lui envoya un message, l’invitant à ne rien faire contre Jésus, car, durant la nuit, elle avait eu des cauchemars à propos de ce jugement. Mais, face à l’insistance de la foule, il se résolut à libérer Barabbas (Mt 27,11-25). Alors, se succédèrent la flagellation, le couronnement d’épines, les dernières tentatives de Pilate pour libérer Jésus et finalement la sentence et le lent cheminement jusqu’au Calvaire (Mt 27,27-31). Et tout cela se serait déroulé entre la nuit du jeudi et l’après-midi du vendredi.

CHEMIN DE CROIX AU COLISÉE – MÉDITATIONS ET PRIÈRES DU CARDINAL JOSEPH RATZINGER

24 mars, 2016

http://www.vatican.va/news_services/liturgy/2005/via_crucis/fr/station_01.html

CHEMIN DE CROIX AU COLISÉE

(Je ne mets la première Station  je mets le lien à l’autre, cliquez sur les images

http://www.vatican.va/news_services/liturgy/2005/documents/ns_lit_doc_20050325_via-crucis_fr.html

VENDREDI SAINT 2005

MÉDITATIONS ET PRIÈRES DU CARDINAL JOSEPH RATZINGER

PREMIÈRE STATION

Jésus est condamné à mort 

/V. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. /R. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum. De l’Évangile selon saint Matthieu 27, 22-23.26

Pilate reprit : «Que ferais-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Messie?» Ils répondirent tous : «Qu’on le crucifie!» Il poursuivit : «Quel mal a-t-il donc fait?» Ils criaient encore plus fort : «Qu’on le crucifie!». Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et le leur livra pour qu’il soit crucifié.

MÉDITATION Le Juge du monde, qui reviendra un jour pour nous juger, est là, anéanti, déshonoré et sans défense face au juge de la terre. Pilate n’est pas totalement mauvais. Il sait que ce condamné est innocent; il cherche le moyen de le libérer. Mais Pilate est indécis. Et en définitive, sur le droit, il fait prévaloir sa position, il se fait prévaloir lui-même. Et les hommes qui vocifèrent et demandent la mort de Jésus ne sont pas non plus totalement mauvais. Beaucoup parmi eux, le jour de la Pentecôte, seront «remués jusqu’au fond d’eux-mêmes» (Ac 2, 37), quand Pierre leur dira : «Jésus de Nazareth – cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission – … vous l’avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens…» (Ac 2, 22s). Mais en cet instant, ils subissent l’influence de la foule. Ils vocifèrent parce que les autres vocifèrent, et ils vocifèrent comme les autres. Et ainsi, la justice est piétinée par lâcheté, par faiblesse, par peur du diktat de la mentalité dominante. La voix ténue de la conscience est étouffée par les vociférations de la foule. L’indécision, le respect humain confèrent leur force au mal.

PRIÈRE Seigneur, tu as été condamné à mort car la peur du regard des autres a étouffé la voix de la conscience. Tout au long de l’histoire, il en a toujours été ainsi, des innocents ont été maltraités, condamnés et tués. Combien de fois n’avons-nous pas, nous aussi, préféré le succès à la vérité, notre réputation à la justice ! Donne force, dans notre vie, à la voix ténue de la conscience, à ta voix. Regarde-moi comme tu as regardé Pierre après le reniement. Fais en sorte que ton regard pénètre nos âmes et indique à notre vie la direction. A ceux qui ont vociféré contre toi le Vendredi saint, tu as donné l’émotion du coeur et la conversion au jour de la Pentecôte. Et ainsi, tu nous as donné à tous l’espérance. Donne-nous aussi, toujours de nouveau, la grâce de la conversion.

Tous: Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem; sed libera nos a malo.

Stabat mater dolorosa iuxta crucem lacrimosa, dum pendebat Filius.

Debout, la Mère douloureuse près de la Croix était en larmes  devant son Fils suspendu.

 

 

HOMÉLIE DU VENDREDI SAINT

24 mars, 2016

http://dimancheprochain.org/3855-homelie-du-vendredi-saint/#more-3855

HOMÉLIE DU VENDREDI SAINT

Abbé Jean Compazieu 

Textes bibliques : LIRE

http://www.aelf.org/office-messe?date_my=29/03/2013

Ce Vendredi Saint nous révèle un Dieu qui nous aime sans mesure. Il n’a pas refusé son Fils unique. Il l’a livré pour sauver tous les hommes. Bien sûr, il n’a pas voulu  qu’il meure ainsi. Il a simplement voulu qu’il nous aime comme lui, le Père, nous aime. Le Christ nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Dans sa Passion c’est l’amour du Père qui est à l’œuvre. C’est la réussite du projet de Dieu annoncé dans la première lecture : « Mon serviteur réussira. » A première vue, cette réussite n’est pas très évidente. En effet, nous voyons une foule qui rejette Jésus. Puis il y a la croix, la mort atroce réservée aux esclaves. Mais le serviteur broyé deviendra le Sauveur de tous ses frères. C’est par la croix que Jésus est devenu cause du Salut éternel. Saint Jean nous présente la Passion comme une marche triomphale du Fils de Dieu vers son Père. Il nous faut la lire comme un récit de glorification. En lisant ce récit de la Passion, nous découvrons que Jésus a parfaitement conscience de ce qui va lui arriver. C’est lui qui donne librement sa vie : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » (Jn 10. 18) C’est lui qui interpelle Judas et non l’inverse.  En ce Vendredi Saint, nous nous tournons vers la croix du Christ et nous faisons silence. Nous ne demandons pas au Seigneur de comprendre ce trop grand mystère mais d’y communier. En cette année de la foi c’est une démarche absolument essentielle. Au cours de cette célébration, une grande prière universelle nous sera proposée pour le monde entier. C’est en effet pour tous les hommes de tous les temps que Jésus a donné sa vie. En ce jour, notre pensée et notre prière vont vers tant d’hommes et de femmes qui portent une croix douloureuse. Pour beaucoup cette croix s’appelle solitude, longue maladie, précarité… Nous n’oublions pas les victimes de la haine et de la violence des hommes, en particulier ceux qui sont retenus loin de chez eux contre leur volonté.  Nous pensons aussi aux chrétiens persécutés en Corée du Nord, en Chine et dans de nombreux autres pays. Beaucoup sont persécutés à cause de leur foi. Mais à travers ces petits, ces exclus, ces personnes qui souffrent, le Seigneur est là. Il se reconnaît dans celui qui a faim, celui qui est malade et seul, celui qui est persécuté. Il nous rejoint dans notre vie et notre mort pour que nous soyons avec lui dans sa résurrection. En ce Vendredi Saint, nous contemplons la gloire de Celui qui nous a aimés jusqu’au bout. Et avec toute l’Eglise, nous chantons et nous proclamons : « Victoire, tu règneras ; O Croix, tu nous sauveras. »

Sources : Revues signes, Feu Nouveau, Lectures bibliques des dimanches (A Vanhoye), Missel communautaire (André Rebré)

 

LE LAVEMENT DES PIEDS

23 mars, 2016

http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2009/clb_090410.html

LE LAVEMENT DES PIEDS

Question – Quelle est la signification du lavement des pieds chez les juifs, du temps de Jésus? Qui le pratiquait ? Quel sens Jésus donne-t-il à ce geste? (Philippe)

Réponse – Pour comprendre le petit rituel social du lavement des pieds, il faut le remettre dans son contexte moyen-oriental de l’époque de Jésus. La majeure partie de la population se déplace à pieds, chaussée de simples sandalettes de cuir, les pieds nus et sur des routes et chemins poussiéreux. Certains pouvaient se déplacer tout au plus sur un âne, mais ce dernier servait le plus souvent à porter les marchandises. Les chevaux étaient réservés aux soldats et les chars, aux plus riches. On peut encore voir aujourd’hui, comment se déplacent les bédouins du désert. Ils parcourent des centaines de kilomètres à pieds, tandis que leurs chameaux, lourdement chargés, transportent les marchandises.      Lorsqu’il parvenait à destination, le voyageur attendait de son hôte le petit rituel du lavement et rafraîchissement des pieds. Après de longues heures de marche, cette attention permettait de se détendre et de se débarrasser de la poussière du chemin qui collait à la peau. Cela me rappelle ce que font les randonneurs après de longues heures de marche en montagne. L’arrêt se fait généralement au bord d’un petit torrent. On en profite alors pour enlever les chaussures de montagnes et pour se tremper les pieds dans une eau bien fraîche. Il n’y a rien de plus agréable pour évacuer un peu la fatigue. Le rituel juif du lavement des pieds procède de la même logique, mais il appartient en plus aux lois de l’hospitalité. Cet aspect est souligné par Jésus qui s’adresse à Simon, le pharisien qui l’a invité (Lc 7,44-46). Il lui fait le reproche de ne l’avoir pas accueilli selon les règles, tandis que la femme qui pleure sur ses pieds, le fait à sa manière : « Tu vois cette femme? Je suis entré chez toi et tu ne m’as pas donné d’eau pour mes pieds; mais elle m’a lavé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.  Tu ne m’as pas reçu en m’embrassant; mais elle n’a pas cessé de m’embrasser les pieds depuis que je suis entré. Tu n’as pas répandu d’huile sur ma tête ; mais elle a répandu du parfum sur mes pieds. » La vie en société – dans le Judaïsme de l’époque de Jésus, comme dans toute société humaine organisée – obéit à des règles de bonne conduite et parmi elles, on trouve la possibilité donnée au visiteur de se rafraîchir et de se laver les pieds. Un autre exemple tiré de la Genèse (43,24) : « L’homme fit entrer tous les frères chez Joseph. On leur apporta de l’eau pour se laver les pieds et on donna du fourrage à leurs ânes. » (Voir aussi : Gn 18,4 ; 19,2 ; 24,32)      Pour être en mesure d’apprécier toute la signification qu’il prendra dans le geste de Jésus, il faut savoir que, dans la société juive plus aisée, ce geste est posé par le serviteur ou l’esclave dont c’est la charge. C’est une tâche considérée comme humiliante et elle est considérée – dans l’ordre de valeur hiérarchique des serviteurs de maison – comme la plus basse. C’est ce qui explique la réaction violente de Pierre qui voit son rabbi bien-aimé qui prend la position du dernier des serviteurs ou de l’esclave, devant ses propres disciples : Quoi! Tu veux me laver les pieds, toi le Seigneur et le maître!… Non! C’est inacceptable! C’est pas ta place, ni ton rôle! (d’après Jn 13,6) Pierre ne comprend pas. Il est profondément choqué quand il voit Jésus bousculer ainsi l’ordre et les usages d’une société, que lui, Pierre, a toujours respectés et tenus pour respectables. C’est vrai que Jésus ne déteste pas de bousculer un peu ses propres amis. Il est temps d’en venir à l’épisode du lavement des pieds      Vous trouvez l’épisode du lavement des pieds dans le récit qu’en fait Jean, l’évangéliste, au chapitre 13,1-20. Il est le seul à en parler et le situe au moment du dernier repas que Jésus prend avec ses disciples, la veille de sa passion. La tradition chrétienne le célèbre le soir du Jeudi-Saint, en même temps que l’institution de l’Eucharistie. L’évangéliste évoque sobrement l’événement. Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême… Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint. Il verse ensuite de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. (Jn 13,1-5)      Avant d’y réfléchir plus théologiquement, rappelons-nous à qui, dans la société juive, est dévolu ce service,  et prenons le temps d’imaginer la tête des disciples devant le geste de Jésus! Voilà que le maître vénéré, le Messie imaginé comme un chef de guerre victorieux de tous les ennemis d’Israël, prend le rôle du serviteur. Visiblement il ne se contente pas de faire de la figuration liturgique. Preuve en est la réaction de Pierre qui ne supporte pas l’idée de voir son maître s’abaisser ainsi devant lui: Toi, Seigneur, me laver les pieds! Une telle interpellation résume à elle seule le caractère scandaleux du geste de Jésus. De toutes ses forces, le disciple cherche à l’en dissuader. Ne devrait-il pas plutôt garder son rang? Une telle position est trop humiliante pour un homme tel que lui. Les repères habituels sont brouillés. Pour Pierre et de ses compagnons, la place du Messie Fils de Dieu est du côté des puissants, de ces personnes qui se font servir et non le contraire.      Jésus comprend la difficulté de son disciple. Un tel renversement de rôle est vraiment impensable à l’époque, tant il bouscule profondément l’ordre hiérarchique du monde. Alors il l’invite à la patience. Ce que je fais, tu ne peux le comprendre à présent, mais par la suite tu comprendras. Mais Pierre redouble d’indignation et refuse un tel abaissement: Me laver les pieds à moi! Jamais! La réponse de Jésus tombe alors comme le couperet: Si je ne te lave pas, tu ne peux avoir part avec moi! Le refus d’entrer dans la perspective de Jésus sépare le disciple de son maître et du bonheur de vivre en sa présence. Pierre comprend le risque de manquer quelque chose d’essentiel. Sans plus réfléchir, il se déclare prêt à se laisser laver les pieds, les mains et même la tête… Il tient de toutes ses forces à rester l’ami de Jésus, mais, de manière évidente, il ne comprend toujours pas le sens que Jésus donne à son geste. Entrons maintenant dans la signification donnée par Jésus à son geste      On le voit d’emblée : Jésus opère un changement complet de valeurs. Il n’a d’ailleurs jamais caché sa pensée. Il en a parlé plusieurs fois tout au long du chemin qu’ils ont parcouru ensemble, mais le message n’est pas encore passé. Il faut perdre sa vie, pour la gagner, disait-il, se faire le serviteur des autres, pour être grand, choisir la dernière place pour atteindre la première, devenir petit comme un enfant… Les disciples ont tous entendu ces paroles, visiblement sans trop y prêter attention. Mais lorsqu’ils voient leur Maître et Seigneur avec son linge et sa cruche pleine d’eau, ils ne comprennent plus. Cela n’est pourtant que la mise en pratique d’un des aspects les plus significatifs de son enseignement. On voit bien que, pour être comprise, la Parole doit être vécue par la personne qui la dit. Seul un témoignage vivant est crédible.      L’explication vient tout à la fin: Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous? Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous dites bien car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres… ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi! Si Jean place cette scène en lieu et place du récit de l’institution eucharistique, ce n’est certainement pas sans intention. Elle symbolise à ses yeux l’attitude de Jésus qui aima les siens jusqu’à l’extrême, et résume, dans le geste accompli, toute sa vie, jusqu’au don total de lui-même dans sa passion et sa mort. Le « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi ! » rejoint le « Faites ceci en mémoire de moi! » qui conclut les paroles propres à chaque récit de la Cène du Seigneur. Il n’est pas impossible que l’auteur du quatrième Évangile ait déjà vu, dans certaines dérives des célébrations eucharistiques de l’époque, un aspect qu’il fallait impérativement rappeler. Le récit, qu’il fait de cet événement, place le débat sur un plan beaucoup plus concret. On ne peut célébrer le repas du Seigneur sans se mettre au service les uns des autres. Reproduire, dans une telle célébration, les rapports de domination qui existent habituellement entre les hommes, revient à trahir l’enseignement du Maître. Dieu aux pieds de l’être humain      L’image mérite toute notre attention. Dans le tableau que le récit retrace, où se trouve Dieu, le Maître et le Seigneur, tel que le nomme la communauté chrétienne?  Il se tient courbé, aux pieds des disciples, revêtu de la tenue du serviteur, dans un geste presque désespéré pour se faire connaître en vérité. Le premier refus de Pierre met en évidence le caractère scandaleux de la scène et le nécessaire travail intérieur pour parvenir à en comprendre la signification. En Jésus, Dieu le Père céleste, le Créateur du ciel et de la terre, vient s’agenouiller devant l’être humain et se met à son service. Avouez-le! Le renversement de perspective est total! Dans l’imaginaire qui est le nôtre, Dieu est assis quelque part dans un Ciel inaccessible, sur un trône d’or et entouré de toute la cour céleste, souvent indifférent à tout ce qui nous arrive. Si vous n’en êtes pas convaincus, allez regarder les peintures murales des grandes églises. Pour parler de Lui, les peintres ont puisé leur inspiration davantage du côté des cours royales de l’époque que de l’évangile du lavement des pieds. Un Dieu qui s’abaisse à ce point, quitte son trône et change de rôle, voilà qui bouscule les idées reçues et devient même dangereux dans un monde où l’ordre hiérarchique doit être scrupuleusement respecté. La grandeur s’y mesure à l’or des palais, à la somptuosité de tentures et des robes et à l’éclat des couronnes royales. Dieu aux pieds de l’humain?  Vous n’y pensez pas! C’est choquant ! Le roi des rois de la terre sans sa couronne, voilà qui est tout simplement impensable!  Et pourtant, c’est la vision que l’évangéliste nous donne à méditer, n’en déplaise à tous ceux que cela dérange et qui voudraient que Dieu reste à sa place. Essayons de retrouver la signification que le récit a pris dans l’esprit des premiers chrétiens. A l’époque où s’écrivent les évangiles, les communautés sont bousculées par divers courants de pensée et mouvements d’opinion. Le caractère scandaleux de l’abaissement de Dieu, tel qu’il apparaît dans le message évangélique, frappe tous les esprits; l’image du Messie, serviteur souffrant provoque de la répulsion. Ce n’est pas sans raison si pendant quatre siècles, on ne trouve aucune figuration du Christ en croix dans l’iconographie chrétienne! Un tel supplice est à ce point odieux qu’il ne peut être représenté. Paul en est conscient. Dans la lettre qu’il écrit, au printemps 56, à l’église de Corinthe, il décide de ne parler avec eux que le langage de la croix. En 1 Co 1, 22-24, il dit ceci : Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse; mais nous, nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. On ne peut être plus clair.      La folie de Dieu révélé en Jésus, c’est son abaissement qui commence par la paille de son premier berceau, se poursuivra par toute une vie au service de ceux et celles qui entendront son appel. Elle prendra son ultime signification dans l’horreur de sa condamnation à mort et du supplice de la croix. Le chemin qu’il prend pour entrer en contact avec l’humain est celui de la kénose (Ph 2, 1-11) ou du dépouillement total de lui-même qui lui permet d’être, en contrepartie, ouverture totale à celui ou celle qui accepte de prendre son chemin. La faiblesse de Dieu est étroitement liée à la vulnérabilité de l’amour. Parce qu’il est, dans la totalité de son être, Amour, Dieu ne s’approche de l’être humain que dans l’extrême fragilité d’un amour offert gratuitement, avec la patience infinie de celui qui attend le moment favorable où il pourra le déclarer. Comme tout amour, celui de Dieu pour l’être humain est désarmé, livré sans défense à la réponse qu’il recevra, acceptation ou refus. Dieu est faible parce qu’il ne sait qu’aimer; même s’il est cloué sur une croix, il pardonne, considère que ses ennemis ne savent pas vraiment ce qu’ils font… Alors, si vous le recherchez, ne tournez pas votre regard vers les hauteurs du ciel ou la majesté des cathédrales. Vous ne l’y trouverez pas nécessairement. Il n’aime que les endroits habités par des cœurs capables d’aimer en retour. Regardez plutôt en bas, au plus profond de vous-mêmes. Il se tient là, à vos pieds, quêtant un regard, portant le fardeau que vous ne parvenez pas à déplacer, attentif à chacun de vos gestes, encore et toujours prêt à se donner à vous…      L’image est forte et prend l’exact contre-pied des rêves de grandeurs qui ont trop souvent habité l’Église au cours de son histoire. Pour Dieu et la gloire du roi ou de la cité, on a bâti des cathédrales fort belles et imposantes. Mais certaines d’entre elles regorgent d’or venu des Amériques et taché du sang des populations asservies et souvent massacrées pour assouvir la soif du pouvoir et de la domination. Comment demander aux Indiens du Mexique ou du Pérou de croire au Dieu serviteur, si l’Église se compromet avec le pouvoir qui les oppresse depuis des siècles? Comment un missionnaire venu d’Europe peut-il porter en Afrique le message d’un Dieu d’Amour, lorsqu’il vient de pays qui ont bâti leur fortune sur le commerce d’esclaves et, plus tard, sur la colonisation? Une parole d’amour portée à la pointe des fusils n’a plus aucun sens. Elle n’est plus qu’un alibi ou tout au plus une tentative de justification pour se donner bonne conscience. La relation qui s’est établie entre le christianisme et de nombreux peuples est restée, quelque part, profondément blessée par la violence des origines. Si Jésus s’installe ainsi aux pieds des plus petits et des plus pauvres, comment parler de lui autrement qu’en se mettant, à sa suite, aux pieds des plus pauvres et des miséreux que nous croisons dans tous les pays du monde?  Son chemin passe par le refus du pouvoir ou de la séduction des foules. Le signe qu’il donne nous fait comprendre sa vie et nous engage à ne jamais chercher Dieu ailleurs qu’aux pieds de chaque être humain. Cette image est toujours aussi scandaleuse et difficile à croire et à mettre en œuvre. Mais c’est bien là qu’il nous attend. Il en va de la vérité de tous nos gestes religieux. Seigneur, tu sais qu’il est choquant de te voir ainsi prendre la tenue de serviteur avec nous! Comme Pierre, j’aurais tendance à te dire de garder ton rang, de remonter sur ton trône ou de rentrer dans ton tabernacle d’or… Que ton amour accepte un tel abaissement à quelque chose d’inconcevable. Toi si proche, si disponible, entièrement donné à celui où celle qui te fera bon accueil. Un tel amour me dépasse. Je sais que jamais je ne parviendrai à en comprendre la profondeur, parce que je suis incapable d’une telle gratuité, d’un tel oubli de moi. Tout ce que je fais est travesti par mon désir de mainmise ou de pouvoir sur les gens. Apprends-moi, Seigneur, à me mettre au service de mes frères et sœurs, sans les mettre à mon service, à me donner, sans chercher à prendre, à aimer envers et contre tout, quel qu’en soit le prix. Si je n’y parviens pas du premier coup, sois patient avec moi. À ton école, je sais que j’apprendrai un jour à aimer comme toi tu nous as aimés.

Roland Bugnon

MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

23 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/1979/documents/hf_jp-ii_hom_19790412_cena-domini.html

MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR – HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Basilique Saint-Jean-de-Latran 12 avril 1979

1. L’Heure de Jésus est venue. L’heure où il passe de ce monde à son Père. Commence le Triduum Sacré. Le mystère pascal revêt comme chaque année son aspect liturgique et débute par cette messe, la seule qui dans l’année, porte le nom de « Coena Domini ». Après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, « il les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). La dernière Cène est précisément le témoignage de cet amour avec lequel le Christ, l’Agneau de Dieu, nous a aimés jusqu’à la fin. Ce soir-là, les fils d’Israël consommaient l’agneau, selon l’antique usage imposé par Moïse la veille de sa libération de l’esclavage d’Egypte. Jésus fit la même chose avec ses disciples, fidèle à la tradition qui était seulement « l’ombre des biens à venir » (He 10, 1), une préfiguration de la Nouvelle Alliance, de la Loi nouvelle. 2. Que signifie : « Il les aima jusqu’à la fin » ? Cela signifie : jusqu’à cet accomplissement qui adviendra le lendemain, le Vendredi saint. Ce jour-là, allait manifester combien Dieu a aimé le monde et comment il a poussé cet amour jusqu’à l’extrême limite du don, c’est-à-dire jusqu’à donner son Fils unique » (Jn 3, 16). Ce jour-là, Jésus a démontré qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). L’amour, du Père s’est révélé dans la donation de son Fils. La donation dans la mort ! Le Jeudi saint, le jour de la dernière Cène, est en quelque sorte, le prologue de cette donation : il en est l’ultime préparation. Et d’une certaine manière ce qui s’accomplit ce jour-là, va déjà au-delà de ce don. C’est vraiment le Jeudi saint, durant la dernière Cène, que se manifeste ce que veut dire : aimer jusqu’à la fin. Nous pensons, avec raison, qu’ »aimer jusqu’à la fin » veut dire jusqu’à la mort, jusqu’au dernier souffle. Mais la dernière Cène nous montre que, pour Jésus, « jusqu’à la fin », signifie « au-delà du dernier souffle. Au delà de la mort »? 3. Telle est en effet la signification de l’Eucharistie. La mort n’est pas sa fin, mais son commencement. L’Eucharistie part de la mort comme nous le dit saint Paul : « Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (l Co 11, 26) L’Eucharistie est fruit de cette mort. Elle la rappelle constamment. Elle la renouvelle sans cesse. Elle la signifie toujours. Elle la proclame. La mort qui est devenue le commencement de la nouvelle Venue : de la Résurrection à la Parousie, « Jusqu’à ce qu’il vienne ». La mort, qui est le « substrat » d’une vie nouvelle. Aimer jusqu’à la fin signifie donc pour le Christ : aimer moyennant la mort et au-delà de la barrière de la mort : aimer jusqu’aux extrêmes de l’Eucharistie ! 4. C’est exactement ainsi que Jésus a aimé, ce soir-là, ce dernier soir. Il a aimé « les siens » — ceux qui étaient alors avec lui, et tous ceux qui devaient hériter leur ministère. — Les paroles qu’il a prononcées sur le pain ; — Les paroles qu’il a prononcées sur la coupe pleine de vin ; — Les paroles que nous répétons aujourd’hui avec particulière émotion et que nous répétons toujours quand nous célébrons l’Eucharistie, constituent vraiment la révélation de cet amour par lequel il s’est une fois pour toutes, pour tous les temps et jusqu’à la fin des siècles, distribué lui-même. Avant même de se donner sur la Croix, comme « Agneau qui ôte les péchés du monde », il s’est distribué lui-même comme aliment et comme breuvage : pain et vin, afin « que nous ayons la vie, et l’ayons en abondance » (Jn 10, 10). C’est ainsi qu »‘il nous a aimés jusqu’à la fin ». C’est pourquoi il n’a pas hésité à s’agenouiller devant ses apôtres pour leur laver les pieds. Quand Pierre voulut s’y opposer, Il le convainquit de laisser faire. C’était là, en effet, une exigence particulière de la grandeur du moment. Ce lavement des pieds, cette purification, étaient nécessaires pour la Communion à laquelle ils allaient participer dès ce moment. Désormais, en se distribuant lui-même dans la communion eucharistique n’allait-il pas continuellement s’abaisser au niveau de cœurs humains si nombreux ? N’allait-il pas les servir toujours de cette manière « Eucharistie » veut dire « remerciement ». « Eucharistie » signifie également servir, se tendre vers l’homme, servir les cœurs humains. « Je vous ai donné l’exemple, pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous » (Jn 13, 15). Nous ne saurions être dispensateurs de l’Eucharistie, sinon en servant. 6. Voici, c’est la dernière Cène. Le Christ se prépare à partir en passant par la mort, et en passant par la mort, il s’apprête à demeurer. Ainsi sa mort est devenue le fruit mûr de l’amour : il nous a aimés « jusqu’à la fin ».

Le contexte de la dernière Cène ne suffirait-il pas à lui seul pour donner à Jésus le droit de nous dire à tous : « Ceci est mon commandement: que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12)?

BENOÎT XVI – LE TRIDUUM PASCAL (2008)

21 mars, 2016

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20080319.html

BENOÎT XVI – LE TRIDUUM PASCAL

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 19 mars 2008

Chers frères et sœurs,

Nous sommes à la veille du Triduum pascal. Les trois prochains jours sont couramment appelés « saints » car ils nous font revivre l’événement central de notre Rédemption; ils nous renvoient en effet au noyau essentiel de la foi chrétienne:  la passion, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Ce sont des jours que nous pourrions considérer comme un jour unique:  ils constituent le cœur et le point fondamental de toute l’année liturgique comme de la vie de l’Eglise. Au terme de l’itinéraire quadragésimal, nous nous apprêtons nous  aussi  à  entrer  dans  le  climat même dans lequel Jésus a vécu à Jérusalem. Nous voulons réveiller en nous la mémoire vivante des souffrances que le Seigneur a endurées pour nous et nous préparer à célébrer avec joie, dimanche prochain « la vraie Pâque, que le Sang du Christ a couverte de gloire, la Pâque lors de laquelle l’Eglise célèbre la Fête qui est à l’origine de toutes les fêtes », comme dit la préface pour le jour de Pâques dans le rite de saint Ambroise. Demain, Jeudi Saint, l’Eglise fait mémoire de la Dernière Cène au cours de laquelle le Seigneur, la veille de sa passion et de sa mort, a institué le sacrement de l’Eucharistie et celui du sacerdoce ministériel. Lors de cette même nuit, Jésus nous a laissé le commandement nouveau, « mandatum novum », le commandement de l’amour fraternel. Avant d’entrer dans le Saint Triduum, mais déjà en lien étroit avec lui, dans chaque communauté diocésaine aura lieu, demain matin, la messe chrismale, au cours de laquelle l’évêque et les prêtres du presbyterium diocésain renouvellent les promesses de l’ordination. Sont également bénies les huiles pour la célébration des sacrements:  l’huile des catéchumènes, l’huile des malades et le saint chrême. C’est un moment particulièrement important pour la vie de chaque communauté diocésaine qui, rassemblée autour de son pasteur, ressoude son unité et sa fidélité au Christ, unique Grand Prêtre Eternel. Le soir, au cours de la messe in Cena Domini, on fait mémoire de la Dernière Cène, quand le Christ s’est donné à nous tous comme nourriture de salut, comme remède d’immortalité:  c’est le mystère de l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Dans ce sacrement de salut, le Seigneur a offert et réalisé pour tous ceux qui croient en Lui, l’union la plus profonde possible entre notre vie et la sienne. Avec le geste humble et combien expressif du lavement des pieds, nous sommes invités à rappeler ce que le Seigneur fit à ses apôtres:  en leur lavant les pieds il proclama concrètement la primauté de l’amour, l’amour qui se fait service jusqu’au don de soi, anticipant ainsi également le sacrifice suprême de sa vie qui se consumera le lendemain sur le Calvaire. Selon une belle tradition, les fidèles terminent le Jeudi Saint par une veillée de prière et d’adoration eucharistique pour vivre plus profondément l’agonie de Jésus à Gethsémani. Le Vendredi Saint est la journée qui fait mémoire de la passion, de la crucifixion et de la mort de Jésus. Ce jour-là la liturgie de l’Eglise ne prévoit pas la célébration de la messe, mais l’assemblée chrétienne se recueille pour méditer sur le grand mystère du mal et du péché qui oppriment l’humanité, pour parcourir à nouveau, à la lumière de la Parole de Dieu et avec l’aide de gestes liturgiques émouvants, les souffrances du Seigneur qui expient ce mal. Après avoir écouté le récit de la passion du Christ, la communauté prie pour tous  les  besoins  de  l’Eglise  et  du monde, adore la Croix et communie, en consommant les hosties conservées lors de la messe in Cena Domini du jour précédent. Comme invitation supplémentaire pour méditer sur la passion et la mort du Rédempteur et pour exprimer l’amour et la participation des fidèles aux souffrances du Christ, la tradition chrétienne a institué diverses manifestations de piété populaire, processions et représentations sacrées, qui visent à imprimer toujours plus profondément  dans l’âme  des fidèles des sentiments de participation véritable au sacrifice rédempteur du Christ. Parmi elles figure la Via Crucis, exercice de piété qui, au fil des années, s’est enrichi de multiples expressions spirituelles et artistiques liées à la sensibilité des diverses cultures. Dans de nombreux pays, des sanctuaires portant le nom de « Calvaire » ont ainsi été fondés, vers lesquels on monte par un chemin escarpé qui rappelle le chemin douloureux de la Passion, pour permettre aux fidèles de participer à l’ascension du Seigneur vers le Mont de la Croix, le Mont de l’Amour poussé jusqu’à l’extrême. Le Samedi Saint est marqué par un profond  silence.  Les  Eglises  sont dépouillées et aucune liturgie particulière n’est prévue. Attendant le grand événement de la Résurrection, les croyants persévèrent avec Marie dans l’attente, en priant et en méditant. Nous avons en effet besoin d’un jour de silence pour méditer sur la réalité de la vie humaine, sur les forces du mal et sur la grande force du bien issue de la Passion et de la Résurrection du Seigneur. Une grande importance est accordée, en ce jour, à la participation au sacrement de la réconciliation, chemin indispensable pour purifier le cœur et se préparer à célébrer la Pâque, profondément renouvelés. Nous avons besoin, au moins une fois par an, de cette purification intérieure, de ce renouvellement de nous-mêmes. Ce samedi de silence, de méditation, de pardon, de réconciliation, débouche sur la Veillée pascale, qui introduit dans le dimanche le plus important de l’histoire, le dimanche de la Pâque du Christ. L’Eglise veille près du feu nouveau, béni, et médite la grande promesse, contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament, de la libération définitive de l’ancien esclavage du péché et de la mort. Au cœur de la nuit, le cierge pascal, symbole du Christ qui ressuscite glorieux, est allumé à partir du feu nouveau. Le Christ, lumière de l’humanité, dissipe les ténèbres du cœur et de l’esprit et illumine tout homme qui vient dans le monde. Près du cierge pascal résonne dans l’Eglise la grande annonce pascale:  le Christ est vraiment ressuscité, la mort n’a plus aucun pouvoir sur Lui. Par sa mort il a vaincu le mal pour toujours et a donné à tous les hommes la vie même de Dieu. Selon une ancienne tradition, au cours de la Veillée pascale, les catéchumènes reçoivent le baptême, pour souligner la participation des chrétiens au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. A partir de la merveilleuse nuit de Pâques, la joie, la lumière et la paix du Christ se répandent dans la vie des fidèles de chaque communauté chrétienne atteignant tous les points de l’espace et du temps. Chers frères et sœurs, en ces jours uniques, orientons résolument notre vie vers une adhésion généreuse et convaincue aux desseins du Père céleste; renouvelons notre « oui » à la volonté divine comme l’a fait Jésus avec le sacrifice de la croix. Les rites suggestifs du Jeudi Saint, du Vendredi Saint, le silence riche de prière du Samedi Saint et la Veillée pascale solennelle nous offrent l’opportunité d’approfondir le sens et la valeur de notre vocation chrétienne qui naît du Mystère pascal et de la concrétiser en nous mettant fidèlement à la suite du Christ en toute circonstance, comme Il l’a fait, jusqu’au don généreux de notre vie. Faire mémoire des mystères du Christ  signifie  aussi vivre dans une adhésion profonde et solidaire au moment présent de l’histoire, convaincus que ce que nous célébrons est une réalité vivante et actuelle. Portons donc dans notre prière les faits et les situations dramatiques qui, ces jours-ci, affectent un grand nombre de nos frères dans toutes les régions du monde. Nous savons que la haine, les divisions, la violence, n’ont jamais le dernier mot dans les événements de l’histoire. Ces jours réaniment en nous la grande espérance:  le Christ crucifié est ressuscité et a vaincu le monde. L’amour est plus fort que la haine, il a vaincu et nous devons nous associer à cette victoire de l’amour. Nous devons donc repartir du Christ et travailler en communion avec Lui pour un monde fondé sur la paix, sur la justice et sur l’amour. Dans cet engagement, qui nous concerne tous, laissons-nous guider par Marie qui a accompagné son divin Fils sur le chemin de la passion et de la croix et a participé, avec la force de la foi, à l’accomplissement de son dessein salvifique. Avec ces sentiments, je vous présente d’ores et déjà mes vœux les plus cordiaux de joyeuse et sainte Pâque à vous tous, à ceux qui vous sont chers et à vos communautés.

MÉDITATION DU CARD. LUSTIGER: « LA NUIT DU JEUDI SAINT, PRIEZ LA NUIT ! »

7 mai, 2014

http://www.zenit.org/fr/articles/meditation-du-card-lustiger-la-nuit-du-jeudi-saint-priez-la-nuit

MÉDITATION DU CARD. LUSTIGER: « LA NUIT DU JEUDI SAINT, PRIEZ LA NUIT ! »

Extraits publiés sur le site du diocèse de Paris

12 avril 2001

ROME, Jeudi 12 avril 2001 (ZENIT.org) – « En cette anticipation de l´épreuve qui doit venir, désirez que la Passion nous soit douce : d´abord, le Salut reçu ! », invite l´archevêque de Paris, en ce Jeudi Saint.

« Je vous invite à prier les Jours Saints », c´est sous ce titre que les méditations du cardinal Jean-Marie Lustiger sont publiées par le site (http://catholique-paris.cef.fr). Nous reprenons ci-dessous les méditations pour le Jeudi Saint et pour le Vendredi Saint.
L´intégralité du texte est publié dans l´hebdo de l´Eglise de Paris: « Paris-Notre Dame » (Contact: ++ 33 (0)1 56 56 44 11).
La méditation du Jeudi saint s´achève par cette autre invitation: « La nuit du Jeudi Saint, priez la nuit ! »

Le Jeudi Saint
« Le mystère de la croix nous est déjà donné dans sa plénitude puisque le Christ offre et célèbre au Cénacle le sacrifice qu´il va accomplir le lendemain sur la Croix. Vraiment, c´est une bénédiction que l´institution de l´Eucharistie ait lieu avant la Passion. Le Seigneur nous instruit et donne d´abord à son Eglise, constituée par les Douze, la réalité sacramentelle de l´Amour, du pardon, de la Rédemption, le Sacrifice de l´Alliance nouvelle en son sang, avant de les entraîner, à sa suite, dans l´offrande de sa vie par le supplice de la croix. Comment réagirions-nous si nous étions face au Crucifié sans avoir d´abord reçu l´Eucharistie ? Probablement comme les passants qui, regardant la croix, sont pris dans les ténèbres (cf. Luc 23, 44), foudroyés par l´incompréhensible signe dressé entre ciel et terre.
L´attitude spirituelle du Jeudi Saint nous demande d´accepter la bénédiction que représente l´Eucharistie, dans la mémoire de la délivrance d´Israël. Dieu fait naître en nous la joie profonde de l´action de grâce. Demandez alors à Dieu, avec force, la grâce de le bénir dans l´Eucharistie et de recevoir le Corps livré et le Sang versé comme un don de paix, de bénédiction et de réconciliation.
En cette anticipation de l´épreuve qui doit venir, désirez que la Passion nous soit douce : d´abord, le Salut reçu ! Qu´elle nous soit communion et union au Christ, lui qui est « avec nous, tous les jours jusqu´à la fin des temps » (Mt 28, 20). Le mystère eucharistique nous est « transmis », nous dit saint Paul, pour constituer l´Eglise tout au long de l´Histoire.
- Le Christ nous donne son Corps et son Sang, vraie nourriture, vrai breuvage, Pain de Vie, gage de résurrection ultime.
- L´Esprit saisit nos corps mortels, nous donne la Vie, nous transfigure, nous divinise.
Voici, au-delà de notre sensibilité et de ses obscurcissements, le signe et le gage de la Présence du Seigneur donnée à son Eglise et gardée dans son Eglise par son acte liturgique.
Rendez grâce ce jour-là, même si, pour quelque motif que ce soit, votre peine est grande ! Ne vous laissez pas accabler. Avec le Christ, rendez grâce. Epousez l´action de grâce de tout le peuple de Dieu. Laissez-vous porter par cette vague d´action de grâce, par les psaumes du Hallel (113 à 118) que le Christ chante cette nuit-là. Laissez cette action de grâce monter de plus loin que vous et vous porter au-delà de vous-mêmes. Car, à ce moment-là, vous accomplissez le mystère sacerdotal du peuple de Dieu.
Le Jeudi Saint, il vaut la peine de méditer la trahison de Judas. Ne pas prendre ce récit avec horreur, mais comprendre par la foi que cette trahison est le signe déchiffrable de la réalité du péché – infidélité, rupture, division – qui mène le Christ à la Croix. Et, pourtant, Judas n´est pas d´un autre bois que les Onze. Judas demeure pour nous un frère aimé et perdu que nous ne devons pas exécrer. Si Pierre pleure et reçoit la miséricorde, Judas désespère et se détruit. Mais c´est le secret de Dieu de savoir où l´a conduit son désespoir et jusqu´où l´amour du Rédempteur va le chercher. Le Christ l´a aimé et est mort pour lui aussi. Le Christ, descendu aux enfers, a parcouru tous les abîmes de la mort. Judas, brebis perdue, aurait-il le pouvoir de se dérober au Bon Pasteur qui veut le retrouver ? La trahison de Judas nous permet de mesurer la gravité de notre péché, d´éclairer le véritable enjeu de nos choix face à l´amour du Christ. A cet égard, le verset 23 « Et eux (les Douze) se mirent à se demander quel était donc parmi eux celui qui allait faire cela » est remarquable. Tous se jugent donc capables de trahir ! Ils sont moins sûrs d´eux-mêmes que nous.

La nuit du Jeudi Saint, priez la nuit ! »

PAPE BENOÎT XV: VÉNÉRATION DU SAINT-SUAIRE – « Icône du Samedi Saint »

19 avril, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2010/may/documents/hf_ben-xvi_spe_20100502_meditazione-torino_fr.html

VISITE PASTORALE À TURIN

VÉNÉRATION DU SAINT-SUAIRE – « Icône du Samedi Saint »

MÉDITATION DU PAPE BENOÎT XVI

Dimanche 2 mai 2010

Chers amis,

C’est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière: sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l’Eglise, et même toute l’humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l’occasion de partager avec vous une brève méditation qui m’a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle: « Le mystère du Samedi Saint ».
On peut dire que le Saint-Suaire est l’Icône de ce mystère, l’Icône du Samedi Saint. En effet, il s’agit d’un linceul qui a enveloppé la dépouille d’un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l’après-midi. Le soir venu, comme c’était la Parascève, c’est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d’Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu’il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l’autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l’enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C’est ce que rapporte l’Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu’à l’aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l’image de ce qu’était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.
Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie: « Que se passe-t-il? Aujourd’hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort… Dieu s’est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».
Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s’est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait: « Dieu est mort! Et c’est nous qui l’avons tué! ». Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint: l’obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s’interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.
Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d’espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document « photographique », doté d’un « positif » et d’un « négatif ». Et en effet, c’est précisément le cas: le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n’appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n’appartient à personne » est entré l’Un, l’Unique qui l’a traversée avec les signes de sa Passion pour l’homme: « Passio Christi. Passio hominis ». Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l’intervalle unique et qu’on ne peut répéter dans l’histoire de l’humanité et de l’univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.
Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort: « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d’abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité, et seule la présence d’une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c’est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint: dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L’impensable a eu lieu: c’est-à-dire que l’Amour a pénétré « dans les enfers »: dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls: « Passio Christi. Passio hominis ».
Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l’obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d’une espérance nouvelle: la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu’en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images – c’est parce qu’en lui, elles ne voient pas seulement l’obscurité, mais également la lumière; pas tant l’échec de la vie et de l’amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l’amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire: du visage de cet « Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l’homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également – « Passio Christi. Passio hominis » – de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang; le sang d’un homme flagellé, couronné d’épines, crucifié et transpercé au côté droit. L’image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d’un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d’amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d’eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C’est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l’entendre, nous pouvons l’écouter, dans le silence du Samedi Saint.
Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l’image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d’amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d’espérance et de charité. Merci.

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