Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS'

PAPE FRANÇOIS – EN POURSUIVANT L’EXPLICATION DU DÉCALOGUE, NOUS ARRIVONS AUJOURD’HUI À LA SEPTIÈME PAROLE: «TU NE VOLERAS PAS».

15 novembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2018/documents/papa-francesco_20181107_udienza-generale.html

imm fr Donatello (attr.), Madonna and Child

Donatello, Madonna and Child

PAPE FRANÇOIS – EN POURSUIVANT L’EXPLICATION DU DÉCALOGUE, NOUS ARRIVONS AUJOURD’HUI À LA SEPTIÈME PAROLE: «TU NE VOLERAS PAS».

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 7 novembre 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En poursuivant l’explication du Décalogue, nous arrivons aujourd’hui à la Septième Parole: «Tu ne voleras pas».
En écoutant ce commandement, nous pensons au thème du vol et au respect de la propriété des autres. Il n’existe pas de culture dans laquelle le vol et l’appropriation de biens soient licites; en effet, la sensibilité humaine est très susceptible en ce qui concerne la défense de la possession.
Mais il vaut la peine de nous ouvrir à une lecture plus ample de cette Parole, en nous concentrant sur le thème de la propriété des biens à la lumière de la sagesse chrétienne.
Dans la doctrine sociale de l’Eglise, on parle de destination universelle des biens. Qu’est-ce que cela signifie? Ecoutons ce que dit le Catéchisme: «Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité pour qu’elle en prenne soin, la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits (cf. Gn 1, 26-29). Les biens de la création sont destinés à tout le genre humain» (n. 2402). Et encore: «La destination universelle des biens demeure primordiale, même si la promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son exercice» (n. 2403).[1]
Mais la Providence n’a pas établi un monde «en série», il y a des différences, des conditions diverses, des cultures diverses, ainsi on peut vivre en subvenant aux besoins les uns des autres. Le monde est riche de ressources pour assurer à tous les biens primaires. Pourtant, un grand nombre vit dans une indigence scandaleuse et les ressources, utilisées sans critère, se détériorent. Mais il n’y a qu’un seul monde! Il n’y a qu’une seule humanité![2] La richesse du monde est aujourd’hui entre les mains d’une minorité, de peu de personnes et la pauvreté, et même la misère et la souffrance entre les mains de nombreuses personnes, de la majorité.
Si la faim existe sur terre, ce n’est pas par manque de nourriture! Au contraire, en raison des exigences du marché, on va parfois jusqu’à la détruire, la jeter. Ce qui manque est un esprit d’entreprise libre et clairvoyant, qui assure une production adéquate, et une organisation solidaire et qui assure une distribution équitable. Le Catéchisme dit encore: «L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes: en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres» (n. 2404). Toute richesse, pour être bonne, doit avoir une dimension sociale.
C’est dans cette perspective qu’apparaît la signification positive et vaste du commandement «tu ne voleras pas». «La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence» (ibid.). Personne n’est le maître absolu des biens: c’est un administrateur des biens. La possession est une responsabilité: «Mais je suis riche de tout…» — c’est une responsabilité que tu as. Et tout bien soustrait à la logique de la Providence de Dieu est trahi, il est trahi dans son sens le plus profond. Ce que je possède vraiment est ce que je sais donner. Telle est la mesure pour juger de la façon dont je parviens à gérer les richesses, bien ou mal; cette parole est importante: ce que je possède vraiment est ce que je sais donner. Si je sais donner, je suis ouvert, alors je suis riche non seulement de ce que je possède, mais également dans la générosité, la générosité également comme un devoir de donner la richesse afin que tous y participent. En effet, si je n’arrive pas à donner quelque chose, c’est parce que cette chose me possède, elle a un pouvoir sur moi et j’en suis esclave. La possession des biens est une occasion pour les multiplier avec créativité et les utiliser avec générosité, et ainsi croître dans la charité et dans la liberté.
Le Christ lui-même, bien qu’étant Dieu, «ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais il s’anéantit lui-même» (Ph 2, 6-7) et nous a enrichis par sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9).
Tandis que l’humanité s’essouffle pour avoir plus, Dieu la rachète en se faisant pauvre: cet Homme crucifié a payé pour tous un prix inestimable de la part de Dieu le Père, «riche en miséricorde» (Ep 2, 4; cf. Jc 5, 11). Ce qui nous rend riches, ce ne sont pas les biens, mais l’amour. Nous avons souvent entendu ce que le peuple de Dieu dit: «Le diable entre par les poches». On commence par l’amour pour l’argent, la soif de posséder; puis vient la vanité: «Ah, je suis riche et je m’en vante»; et, à la fin, l’orgueil et la vanité. Voilà la façon d’agir du diable en nous. Mais la porte d’entrée sont les poches.
Chers frères et sœurs, encore une fois, Jésus Christ nous dévoile le sens plénier des Ecritures. «Tu ne voleras pas» signifie: aime avec tes biens, profites des moyens que tu as pour aimer comme tu peux. Alors, ta vie devient bonne et la possession devient véritablement un don. Parce que la vie n’est pas le temps pour posséder, mais pour aimer. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le Collège Fénelon-Sainte Marie de Paris. Notre vie n’est pas faite pour posséder mais pour aimer. Efforçons-nous, frères et sœurs, de faire du bien, autant que possible, avec les biens que nous possédons. Notre vie sera bonne et nos biens deviendront un don pour tous. Que Dieu vous bénisse !

[1] Cf. Enc. Laudato si’, n. 67: «Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures; car, en définitive, “au Seigneur la terre” (Ps 24, 1), à lui appartiennent “la terre et tout ce qui s’y trouve” (Dt 10, 14). Pour cette raison, Dieu dénie toute prétention de propriété absolue: “La terre ne sera pas vendue avec perte de tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes” (Lv 25, 23)».
[2] Cf. Saint Paul VI, Enc. Populorum progressio, n. 17: «Mais chaque homme est membre de la société: il appartient à l’humanité tout entière. Ce n’est pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier. [...] Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous et nous ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir».

PAPE FRANÇOIS – cinquième parole du Décalogue, «Tu ne tueras pas» (17.10.18)

24 octobre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2018/documents/papa-francesco_20181017_udienza-generale.html

imm fr

corner prayer 

PAPE FRANÇOIS – cinquième parole du Décalogue, «Tu ne tueras pas» (17.10.18)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 17 octobre 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais aujourd’hui poursuivre la catéchèse sur la cinquième parole du Décalogue, «Tu ne tueras pas». Nous avons déjà souligné que ce commandement révèle qu’aux yeux de Dieu, la vie humaine est précieuse, sacrée et inviolable. Personne ne peut mépriser la vie d’autrui ou la sienne; en effet, l’homme porte en lui l’image de Dieu et il est l’objet de son amour infini, quelle que soit la condition dans laquelle il a été appelé à l’existence.
Dans le passage évangélique que nous venons d’écouter, Jésus nous révèle un sens encore plus profond de ce commandement. Il affirme que, devant le tribunal de Dieu, la colère contre un frère est aussi une forme d’homicide. C’est pourquoi l’apôtre Jean écrira: «Quiconque hait son frère est un homicide» (1 Jn 3, 15). Mais Jésus ne s’arrête pas à cela, et dans la même logique, il ajoute que l’insulte et le mépris peuvent aussi tuer. Nous sommes habitués à insulter, c’est vrai. L’insulte vient à nos lèvres comme on respire. Et Jésus nous dit: «Arrête-toi, parce que l’insulte fait mal, elle tue». Le mépris. «Mais moi… ces gens, celui-ci, je le méprise». Et il s’agit d’une façon de tuer la dignité d’une personne. Il serait beau que cet enseignement de Jésus entre dans l’esprit et dans le cœur, et que chacun de nous dise: «Je n’insulterai jamais personne». Ce serait une belle intention, parce que Jésus nous dit: «Regarde, si tu méprises, si tu insultes, si tu hais, c’est un homicide».
Aucun code humain, en effet, ne compare des actes aussi différents en leur attribuant le même degré de jugement. Et de manière cohérente, Jésus invite même à interrompre l’offrande du sacrifice dans le temple si on se souvient qu’un frère est fâché avec nous, pour aller le chercher et se réconcilier avec lui. Nous aussi, quand nous allons à la Messe, nous devrions avoir cette attitude de réconciliation avec les personnes avec lesquelles nous avons eu des problèmes. Même si nous avons pensé du mal d’elles, si nous les avons insultées. Mais très souvent, alors que nous attendons que le prêtre vienne dire la Messe, on bavarde un peu et on parle mal des autres. Il ne faut pas le faire. Pensons à la gravité de l’insulte, du mépris, de la haine: Jésus les met sur le même plan que tuer.
Qu’entend dire Jésus, en étendant jusqu’à ce point la cinquième parole? L’homme a une vie noble, très sensible, et il possède un moi caché tout aussi important que son être physique. En effet, pour blesser l’innocence d’un enfant, il suffit d’une phrase inopportune. Pour blesser une femme, il suffit d’un geste de froideur. Pour briser le cœur d’un jeune, il est suffisant de lui refuser la confiance. Pour anéantir un homme, il suffit de l’ignorer. L’indifférence tue. C’est comme dire à une autre personne: «Tu es mort pour moi», parce que tu l’as tué dans ton cœur. Ne pas aimer est le premier pas pour tuer; et ne pas tuer est le premier pas pour aimer.
Dans la Bible, au début, on lit cette phrase terrible sortie de la bouche du premier homicide, Caïn, après que le Seigneur lui demande où est son frère. Caïn répond: «Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère?» (Gn 4, 9)1. C’est ainsi que parlent les assassins: «Cela ne me regarde pas», «Ce sont tes affaires», et d’autres choses semblables. Essayons de répondre à cette question: sommes-nous les gardiens de nos frères? Oui, nous le sommes! Nous sommes les gardiens les uns des autes! Et c’est la route de la vie, c’est la route pour ne pas tuer.
La vie humaine a besoin d’amour. Et quel est l’amour authentique? C’est celui que le Christ nous a montré, c’est-à-dire la miséricorde. L’amour dont nous ne pouvons pas nous passer est celui qui pardonne, qui accueille celui qui nous a fait du mal. Personne d’entre nous ne peut survivre sans la miséricorde, nous avons tous besoin du pardon. Donc, si tuer signifie détruire, supprimer, éliminer quelqu’un, alors ne pas tuer voudra dire prendre soin, valoriser, inclure. Et aussi pardonner.
Personne ne doit se faire d’illusion en pensant: «Tout va bien, parce que je ne fais rien de mal». Un minéral ou une plante ont ce type d’existence, en revanche, un homme non. Une personne — un homme ou une femme — non. A un homme ou à une femme, il est demandé davantage. Il faut faire le bien, préparé pour chacun de nous, chacun le sien, qui nous fait devenir nous-mêmes jusqu’au bout. «Tu ne tueras pas» est un appel à l’amour et à la miséricorde, c’est un appel à vivre selon le Seigneur Jésus, qui a donné sa vie pour nous et qui est ressuscité pour nous. Une fois, nous avons répété tous ensemble, ici sur la place, une phrase d’un saint à ce propos. Cela nous aidera peut-être: «Ne pas faire de mal est une bonne chose. Mais ne pas faire le bien n’est pas bien». Nous devons toujours faire du bien. Aller au-delà.
Lui, le Seigneur, qui, en s’incarnant, a sanctifié notre existence; Lui, qui par son sang l’a rendue inestimable; Lui, «l’auteur de la vie» (Ac 3, 15), grâce à qui chacun est un don du Père. En Lui, dans son amour plus fort que la mort, et par la puissance de l’Esprit que le Père nous donne, nous pouvons accueillir la Parole «Tu ne tueras pas» comme l’appel le plus important et essentiel: c’est-à-dire que ne pas tuer signifie un appel à l’amour.

Je suis heureux de saluer les pèlerins venus de France et de divers pays francophones, en particulier des pèlerins de Chambéry et de Nancy, avec leurs évêques Mgr Ballot et Mgr Papin, tous les jeunes présents, ceux de Versailles, de Paris, de Fougères, de Bucquoy, de Rouen et d’Évreux, ainsi que des pèlerins de Namur. Puissions-nous accueillir en Jésus, dans son amour plus fort que la mort, et par le don de l’Esprit du Père, le commandement « tu ne tueras pas ». C’est l’appel le plus important et le plus essentiel de nos vies : l’appel à l’amour ! Que Dieu vous bénisse !

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2259: «L’Ecriture, dans le récit du meurtre d’Abel par son frère Caïn (cf. Gn 4, 8-12), révèle, dès les débuts de l’histoire humaine, la présence dans l’homme de la colère et de la convoitise, conséquences du péché originel. L’homme est devenu l’ennemi de son semblable. Dieu dit la scélératesse de ce fratricide: “Qu’as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa bouche pour prendre de ta main le sang de ton frère”(Gn 4, 10-11)».

PAPE FRANÇOIS « miséricorde et consolation »

23 octobre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2016/documents/papa-francesco_20160316_udienza-generale.html

imm fr Dieu, miséricorde et amour - Copia

Dieu, miséricorde et amour

PAPE FRANÇOIS « miséricorde et consolation »

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 16 mars 2016

Chers frères et sœurs, bonjour,

Dans le livre du prophète Jérémie, les chapitres 30 et 31 sont dits « Livres de la Consolation », parce qu’en eux, la miséricorde de Dieu se présente dans toute sa capacité de réconforter et d’ouvrir le cœur des affligés à l’espérance. Aujourd’hui, nous voulons nous aussi écouter ce message de consolation.
Jérémie s’adresse aux Israélites qui ont été déportés en terre étrangère et annonce le retour dans leur patrie. Ce retour est le signe de l’amour infini de Dieu le Père qui n’abandonne pas ses enfants, mais qui en prend soin et les sauve. L’exil a été une expérience dévastatrice pour Israël. Sa foi avait vacillé car en terre étrangère, sans le temple, sans le culte, après avoir vu le pays détruit, il était difficile de continuer à croire en la bonté du Seigneur. Je pense à la proche Albanie et à la façon dont, après tant de persécutions et de destructions, elle a réussi à se relever dans la dignité et dans la foi. C’est aussi ce qu’avaient souffert les Israélites lors de l’exil.
Nous aussi, nous pouvons vivre parfois une sorte d’exil, lorsque la solitude, la souffrance, la mort nous font penser que nous avons été abandonnés par Dieu. Combien de fois avons-nous entendu cette phrase : « Dieu m’a oublié ». Ce sont des personnes qui souffrent et qui se sentent abandonnées. Et combien de nos frères, en revanche, vivent en ce temps une situation réelle et dramatique d’exil, loin de leur patrie, ayant encore devant les yeux les ruines de leurs maisons, dans leur cœur la peur et souvent, malheureusement, la douleur pour la perte de personnes chères ! Dans ces cas, on peut se demander : où est Dieu ? Comment est-il possible que tant de souffrance puisse s’abattre sur des hommes, des femmes et des enfants innocents ? Et lorsqu’ils tentent d’entrer ailleurs, on leur ferme la porte. Et ils sont là, à la frontière, parce que tant de portes et tant de cœurs sont fermés. Les migrants d’aujourd’hui qui souffrent du froid, sans nourriture et ne peuvent entrer, ne font pas l’expérience de l’accueil. Je suis si heureux lorsque j’apprends que les pays, les gouvernants, ouvrent leur cœur et leurs portes !
Le prophète Jérémie nous donne une première réponse. Le peuple exilé pourra revoir sa terre et faire l’expérience de la miséricorde du Seigneur. C’est la grande annonce de réconfort: Dieu n’est pas absent non plus aujourd’hui, dans ces situations dramatiques, Dieu est proche, et accomplit de grandes œuvres de salut pour ceux qui ont confiance en Lui. On ne doit pas céder au désespoir, mais continuer à être certains que le bien vainc le mal et que le Seigneur essuiera toutes les larmes et nous libérera de toutes les peurs. C’est pourquoi Jérémie prête sa voix aux paroles d’amour de Dieu pour son peuple : « D’un amour éternel je t’ai aimée, / aussi t’ai-je maintenu ma faveur. / De nouveau je te bâtirai et tu seras rebâtie, / vierge d’Israël. / De nouveau tu te feras belle, avec tes tambourins, / tu sortiras au milieu des danses joyeuses » (31, 3-4).
Le Seigneur est fidèle, il n’abandonne pas au désespoir. Dieu aime d’un amour sans fin, que pas même le péché ne peut freiner, et grâce à Lui, le cœur de l’homme est comblé de joie et de réconfort.
Le rêve réconfortant du retour dans la patrie continue dans les paroles du prophète qui, s’adressant à ceux qui retourneront à Jérusalem, dit : « Ils viendront, criant de joie, sur la hauteur de Sion, / ils afflueront vers les biens de Yahvé / le blé, le vin et l’huile, / les brebis et les bœufs ; / ils seront comme un jardin bien arrosé, / ils ne languiront plus » (31, 12).
Dans la joie et dans la reconnaissance, les exilés reviendront à Sion, en gravissant la montagne sacrée vers la maison de Dieu, et ainsi, ils pourront à nouveau élever des hymnes et des prières au Seigneur qui les a libérés. Ce retour à Jérusalem et à ses biens est décrit par un verbe qui signifie littéralement « affluer, couler ». Le peuple est vu, dans un mouvement paradoxal, comme un fleuve en crue qui coule vers les hauteurs de Sion, en remontant vers le sommet du mont. Une image audacieuse pour dire combien la miséricorde du Seigneur est grande !
La terre, que le peuple avait dû abandonner, était devenue la proie des ennemis et désolée. À présent, en revanche, elle reprend vie et refleurit. Et les exilés eux-mêmes seront comme un jardin irrigué, comme une terre fertile. Israël, ramenée dans sa patrie par son Seigneur, assiste à la victoire de la vie sur la mort et de la bénédiction sur la malédiction.
C’est ainsi que le peuple est fortifié et consolé par Dieu. Ce mot est important : consolé ! Les rapatriés reçoivent la vie d’une source qui les irrigue gratuitement.
Le psaume nous dit que lorsqu’ils retournèrent dans leur patrie, un grand sourire apparut sur leur bouche ; c’est une joie si grande ! C’est le don que le Seigneur veut faire aussi à chacun de nous, avec son pardon qui convertit et réconcilie.
Le prophète annonce alors la plénitude de la joie et, toujours au nom de Dieu, proclame : « Je changerai leur deuil en allégresse, / je les consolerai, je les réjouirai après leurs peines » (32, 13).
Le prophète Jérémie nous a donné l’annonce, en présentant le retour des exilés comme un grand symbole de la consolation donnée au cœur qui se convertit. Le Seigneur Jésus, pour sa part, a accompli ce message du prophète. Le véritable retour radical de l’exil et la lumière réconfortante après l’obscurité de la crise de la foi se réalise à Pâques, dans l’expérience pleine et définitive de l’amour de Dieu, amour miséricordieux qui donne la joie, la paix et la vie éternelle.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes des lycées et des collèges. Alors que nous continuons notre chemin vers Pâques, j’invite chacun à s’approcher du Seigneur, en particulier en recevant le Sacrement de la réconciliation, afin d’expérimenter sa miséricorde et de connaître la paix et la joie. Que Dieu vous bénisse.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (sur le jour du repos) 12.9.2018

19 septembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2018/documents/papa-francesco_20180912_udienza-generale.html

imm fr dieu-donne-les-tables-de-la-loi-mose-10-638

Genèse 2,1-4 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (sur le jour du repos) 12.9.2018

Mercredi 12 septembre 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous revenons une fois de plus sur le troisième commandement, celui sur le jour du repos. Le Décalogue, promulgué dans le livre de l’Exode, est répété dans le livre du Deutéronome de façon à peu près identique, à l’exception de cette Troisième Parole, dans laquelle apparaît une différence précieuse: tandis que dans l’Exode, le motif de repos est la bénédiction de la création, dans le Deutéronome, en revanche, il commémore la fin de l’esclavage. Ce jour-là, l’esclave doit se reposer comme le maître, pour célébrer la mémoire de la Pâque de libération.
En effet, les esclaves, par définition, ne peuvent pas se reposer. Mais il existe de nombreux types d’esclavage, tant extérieur qu’intérieur. Il y a les contraintes extérieures, comme les oppressions, les vies séquestrées par la violence et par d’autres types d’injustice. Il existe également les prisons intérieures qui sont, par exemple, les blocages psychologiques, les complexes, les limites caractérielles et autres. Le repos existe-t-il dans ces conditions? Un homme reclus ou opprimé peut-il quand même rester libre? Et une personne tourmentée par des difficultés intérieures peut-elle être libre?
En effet, il y a des personnes qui, même en prison, vivent une grande liberté d’âme. Pensons, par exemple, à saint Maximilien Kolbe, ou au cardinal Van Thuan, qui transformèrent de sombres oppressions en lieux de lumière. Tout comme il existe des personnes marquées par de grandes fragilités intérieures qui connaissent toutefois le repos de la miséricorde et savent le transmettre. La miséricorde de Dieu nous libère. Et quand tu rencontres la miséricorde de Dieu, tu as une grande liberté intérieure et tu es également capable de la transmettre. C’est pour cela qu’il est si important de s’ouvrir à la miséricorde de Dieu pour ne pas être esclaves de nous-mêmes.
Qu’est-ce que la véritable liberté? Consiste-t-elle dans la liberté de choix? Celle-ci est certainement une partie de la liberté, et nous nous engageons afin qu’elle soit assurée à tout homme et femme (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 73). Mais nous savons bien que pouvoir faire ce que l’on désire ne suffit pas à être véritablement libres, et pas même heureux. La véritable liberté est beaucoup plus.
En effet, il existe un esclavage qui enchaîne plus qu’une prison, plus qu’une attaque de panique, plus qu’une imposition de toute sorte: c’est l’esclavage de son propre ego [1]. Ces gens qui, toute la journée, se regardent dans le miroir pour voir leur ego. Et leur ego est plus grand que leur corps. Ils sont esclaves de leur ego. L’ego peut devenir un bourreau qui torture l’homme où qu’il soit et qui lui procure l’oppression la plus profonde, celle qui s’appelle «péché», qui n’est pas la banale violation d’un code, mais l’échec de l’existence et la condition d’esclaves (cf. Jn 8, 34).[2] Le péché est, à la fin, dire et faire l’ego. «Je veux faire cela, et peu m’importe s’il y a une limite, s’il y a un commandement, peu m’importe également s’il y a l’amour».
L’ego, par exemple, pensons-y, dans les passions humaines: le gourmand, le luxurieux, l’avare, le coléreux, l’envieux, le paresseux, l’orgueilleux — et ainsi de suite — sont esclaves de leurs vices, qui les tyrannisent et les tourmentent. Il n’existe pas de trêve pour le gourmand, parce que la gourmandise est l’hypocrisie de l’estomac, qui est plein, mais qui veut faire croire qu’il est vide. L’estomac hypocrite nous rend gourmands. Nous sommes esclaves d’un estomac hypocrite. Il n’y a pas de trêve pour le gourmand et le luxurieux qui doivent vivre de plaisir; l’anxiété de posséder détruit l’avare, il amasse toujours de l’argent, en faisant du mal aux autres; le feu de la colère et le ver de l’envie détruisent les relations. Les écrivains disent que l’envie faire devenir le corps et l’âme jaunes, comme quand une personne est atteinte d’hépatite: elle devient jaune. Les envieux ont l’âme jaune, parce qu’ils ne peuvent jamais avoir la fraîcheur de l’âme saine. L’envie détruit. L’acédie qui évite tout effort rend incapables de vivre; l’égocentrisme — l’ego dont je parlais — orgueilleux creuse un fossé entre soi et les autres.
Chers frères et sœurs, qui donc est le véritable esclave? Qui est celui qui ne connaît pas de repos? Celui qui n’est pas capable d’aimer! Et tous ces vices, ces péchés, cet égoïsme, nous éloignent de l’amour et nous rendent incapables d’aimer. Nous sommes esclaves de nous-mêmes et nous ne pouvons pas aimer, parce que l’amour va toujours vers les autres.
Le troisième commandement, qui invite à célébrer la libération dans le repos, est pour nous chrétiens prophétie du Seigneur Jésus, qui brise l’esclavage intérieur du péché pour rendre l’homme capable d’aimer. Le véritable amour est la véritable liberté: détachée de la possession, elle reconstruit les relations, elle sait accueillir et valoriser le prochain, elle transforme en don joyeux tout effort et rend capables de communion. L’amour rend libres également en prison, même si nous sommes faibles et limités.
Voilà la liberté que nous recevons de notre Rédempteur, notre Seigneur Jésus Christ.

PAPE FRANÇOIS – Catéchèse sur les commandements: 6. Respectez le nom du Seigneur. (Titre italien)

5 septembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2018/documents/papa-francesco_20180822_udienza-generale.html

XIR171507

création du monde, Bible-de-Souvigny

PAPE FRANÇOIS – Catéchèse sur les commandements: 6. Respectez le nom du Seigneur. (Titre italien)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 22 août 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous continuons les catéchèses sur les commandements et nous abordons aujourd’hui le commandement: «Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7). Nous lisons à juste titre cette Parole comme l’invitation à ne pas offenser le nom de Dieu et à éviter de l’utiliser de manière inopportune. Cette claire signification nous prépare à approfondir davantage ces paroles précieuses, à ne pas invoquer le nom de Dieu en vain, de manière inopportune.
Ecoutons mieux. La version «Tu n’invoqueras pas» traduit une expression qui signifie littéralement, en hébreu comme en grec, «tu ne prendras pas sur toi, tu ne prendras pas en charge».
L’expression «en vain» est plus claire et signifie: «à vide, vainement». Elle fait référence à une enveloppe vide, à une forme privée de contenu. C’est la caractéristique de l’hypocrisie, du formalisme et du mensonge, de l’utilisation des mots ou de l’invocation du nom de Dieu, mais à vide, sans vérité.
Dans la Bible, le nom est la vérité intime des choses et surtout des personnes. Le nom représente souvent la mission. Par exemple, Abraham dans la Genèse (cf. 17, 5) et Simon Pierre dans les Evangiles (cf. Jn 1, 42) reçoivent un nom nouveau pour indiquer le changement de direction de leur vie. Et connaître vraiment le nom de Dieu conduit à la transformation de sa propre vie: à partir du moment où Moïse connaît le nom de Dieu, son histoire change (cf. Ex 3, 13-15).
Le nom de Dieu, dans les rites juifs, est solennellement proclamé le jour du Grand Pardon, et le peuple est pardonné car, au moyen du nom, on entre en contact avec la vie même de Dieu, qui est miséricorde.
Alors «prendre sur soi le nom de Dieu» signifie assumer en nous sa réalité, entrer dans une relation forte, dans une relation étroite avec Lui. Pour nous, chrétiens, ce commandement est le rappel à nous souvenir que nous sommes baptisés «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», comme nous l’affirmons chaque fois que nous faisons sur nous-mêmes le signe de la croix, pour vivre nos actions quotidiennes dans une communion sincère et réelle avec Dieu, c’est-à-dire dans son amour. Et à ce propos, de faire le signe de la croix, je voudrais réaffirmer une nouvelle fois: enseignez aux enfants à faire le signe de la croix. Avez-vous vu comment les enfants le font? On dit aux enfants: «Faites le signe de la croix», ils font quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Ils ne savent pas faire le signe de la croix! Enseignez-leur à faire le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le premier acte de foi d’un enfant. Un devoir pour vous, un devoir à faire: enseigner aux enfants à faire le signe de la croix.
On peut se demander: est-il possible d’invoquer sur soi le nom de Dieu de manière hypocrite, comme une formalité, à vide? La réponse est malheureusement positive: oui, c’est possible. On peut vivre une relation fausse avec Dieu. Jésus le disait à propos de ces docteurs de la loi; ces derniers faisaient des choses, mais ils ne faisaient pas ce que Dieu voulait. Ils parlaient de Dieu, mais ils ne faisaient pas la volonté de Dieu. Et le conseil que donne Jésus est: «Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font». On peut vivre une relation fausse avec Dieu, comme ces gens. Et cette parole du Décalogue est précisément l’invitation à une relation avec Dieu qui ne soit pas fausse, sans hypocrisie, à une relation dans laquelle nous nous confions à Lui avec tout ce que nous sommes. Au fond, tant que nous ne risquons pas notre existence avec le Seigneur, en touchant du doigt qu’en Lui se trouve la vie, nous ne faisons que des théories.
Tel est le christianisme qui touche les cœurs. Pourquoi les saints sont-ils capables de toucher les cœurs? Parce que non seulement les saints parlent, mais ils bouleversent! Notre cœur est bouleversé quand une personne sainte nous parle, nous dit les choses. Et ils en sont capables, parce chez les saints, nous voyons ce que notre cœur désire profondément: l’authenticité, des relations véritables, la radicalité. Et cela se voit également chez ces «saints de la porte à côté» qui sont, par exemple, les nombreux parents qui donnent à leurs enfants l’exemple d’une vie cohérente, simple, honnête et généreuse.
Si les chrétiens qui assument le nom de Dieu sans fausseté se multiplient — en mettant ainsi en acte la première demande du Notre Père, «que ton nom soit sanctifié» —, l’annonce de l’Eglise est davantage écoutée et apparaît plus crédible. Si notre vie concrète manifeste le nom de Dieu, on voit combien le baptême est beau et quel grand don est l’Eucharistie! Quelle union sublime existe entre notre corps et le Corps du Christ: le Christ en nous et nous en Lui! Unis! Cela n’est pas de l’hypocrisie, c’est la vérité. Cela n’est pas parler ou prier comme un perroquet, c’est prier avec le cœur, aimer le Seigneur.
Depuis la croix du Christ, personne ne peut se mépriser lui-même et penser du mal de sa propre existence. Personne et jamais! Quoi qu’il ait fait. Car le nom de chacun de nous est chargé sur les épaules du Christ. Il nous porte! Cela vaut la peine de prendre sur nous le nom de Dieu, car Lui a pris la charge de notre nom jusqu’au bout, également du mal qui est en nous. Il l’a pris en charge pour nous pardonner, pour mettre son amour dans notre cœur. C’est pour cela que Dieu proclame dans ce commandement: «Prends-moi sur toi, parce que je t’ai pris sur moi».
Quiconque peut invoquer le saint nom du Seigneur, qui est Amour fidèle et miséricordieux, dans chaque situation où il se trouve. Dieu ne dira jamais «non» à un cœur qui l’invoque sincèrement. Et revenons aux devoirs à faire à la maison: enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française venant de France et d’autres pays. Comme l’ont fait les saints, que notre vie manifeste le nom de Dieu en vérité, sans hypocrisie ; l’annonce de l’Eglise sera de cette manière plus crédible. Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS – La menace du commérage (2.9.13)

3 septembre, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2013/documents/papa-francesco-cotidie_20130902.html

imm fr conscience et coeur dans la bible

conscience et coeur dans la bible

PAPE FRANÇOIS – La menace du commérage (2.9.13)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Lundi 2 septembre 2013

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 36 du 5 septembre 2013)

La langue, les commérages, les ragots sont des armes qui chaque jour assaillent la communauté humaine, en semant envie, jalousie et avidité du pouvoir. Avec elles, on peut en arriver à tuer une personne. C’est pourquoi parler de paix signifie aussi penser à tout le mal que l’on peut faire avec la langue.
C’est une profonde réflexion que propose le Pape François dans l’homélie de la Messe célébrée dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae, tradition reprise lundi 2 septembre.
Le Pape s’est inspiré du récit du retour de Jésus à Nazareth, tel qu’il est proposé par Luc (4, 16-30) dans un passage de l’Évangile parmi les plus « dramatiques », dans lequel — a dit le Pape — « on peut voir comment est notre âme » et comment le vent peut la faire tourner d’un côté à l’autre. À Nazareth, a expliqué le Pape, « tous attendaient Jésus. Ils voulaient le trouver. Et lui est allé trouver les siens. Pour la première fois, il revenait dans son village. Et eux l’attendaient parce qu’ils avaient entendu tout ce que Jésus avait fait à Capharnaüm, les miracles. Et quand commence la cérémonie, comme d’habitude, ils demandent à l’hôte de lire le livre. Jésus le fait et lit le livre du prophète Isaïe, qui était un peu la prophétie à son propos et c’est pourquoi il conclut la lecture en disant “Aujourd’hui s’accomplit cette écriture que vous avez écoutée” ».
La première réaction, a expliqué le Pape, a été très belle, tout le monde a apprécié. Mais ensuite, dans l’âme de certains, a commencé à s’insinuer le ver de l’envie et on a commencé à dire « Mais où a-t-il étudié celui-là ? N’est-ce pas le fils de Joseph ? Et nous connaissons toute sa parentèle. Mais dans quelle université a-t-il étudié ? ». Et ils ont commencé à prétendre qu’il fasse un miracle : ce n’est qu’alors qu’ils croiraient. « Ceux-là — a précisé le Pape — voulaient du spectacle : “Fais un miracle et nous croirons en toi”. Mais Jésus n’est pas un artiste ».
Jésus ne fit pas de miracles à Nazareth. Il souligna au contraire le peu de foi de qui demandait du « spectacle ». Et eux, a noté le Pape François, « sont rentrés dans une grande colère, ils se sont levés et ils poussaient Jésus jusqu’au mont pour le jeter et le tuer ». Ce qui avait commencé dans la joie menaçait de se conclure par un crime, l’assassinat de Jésus « par jalousie, par envie ». Mais il ne s’agit pas seulement d’un événement qui a deux mille ans, a souligné l’Évêque de Rome. « Cela arrive tous les jours — a-t-il dit — dans notre cœur, dans nos communautés » chaque fois que l’on accueille quelqu’un en parlant bien de lui le premier jour et puis de moins en moins jusqu’à arriver aux commérages presque jusqu’à l’« écorcher ». Celui qui, dans une communauté, cancane contre un frère finit par « vouloir le tuer », a souligné le Pape. « L’apôtre Jean — a rappelé le Saint-Père — dans la première lettre, chapitre 3, verset 15, nous dit cela : celui qui hait son frère dans son cœur est un assassin ». Et le Pape a immédiatement ajouté : « Nous sommes habitués aux commérages, aux ragots » et souvent nous transformons nos communautés et même notre famille en un « enfer » où se manifeste cette forme de criminalité qui conduit à « tuer son frère et sa sœur avec sa langue ».
« La Bible — a poursuivi le Pape — dit que le diable est entré dans le monde par jalousie. Une communauté, une famille peut être détruite par cette jalousie qu’enseigne le diable dans le cœur et fait que l’un parle mal de l’autre ». Et, se référant à ce qui advient ces derniers jours, il a souligné qu’il faut penser aussi à nos armes quotidiennes : « la langue, les commérages, les ragots ».
Ainsi, comment construire une communauté, s’est demandé le Pape ? De la manière « dont est construit le ciel » a-t-il répondu ; de la manière dont l’annonce la Parole de Dieu : « Vient la voix de l’archange, le son de la trompette de Dieu, le jour de la résurrection. Et il dit ensuite : et ainsi serons-nous pour toujours avec le Seigneur ». Donc « pour qu’il y ait la paix dans une communauté, dans une famille, dans un pays, dans le monde, nous devons commencer par être avec le Seigneur ». Et là où se trouve le Seigneur, il n’y a pas d’envie, il n’y a pas de criminalité, il n’y a pas de jalousies. Il y a la fraternité. Demandons cela au Seigneur : ne jamais tuer notre prochain avec notre langue et être avec le Seigneur comme nous tous serons au ciel ».

PAPE FRANÇOIS AUDIENCE 7.12.16 – (…thème de l’espérance chrétienne. Isaïe (40, 1-2.3-5).

30 août, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2016/documents/papa-francesco_20161207_udienza-generale.html

imm fr confort eduard Munch

Consolation, Eduard Munch

PAPE FRANÇOIS AUDIENCE 7.12.16 – (…thème de l’espérance chrétienne. Isaïe (40, 1-2.3-5).

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 7 décembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. C’est très important, parce que l’espérance ne déçoit pas. L’optimisme déçoit, l’espérance non! Nous en avons tant besoin, en ces temps qui paraissent obscurs, dans lesquels nous sommes parfois égarés devant le mal et la violence qui nous entourent, devant la douleur de tant de nos frères. Il faut de l’espérance! Nous nous sentons égarés et même un peu découragés, parce que nous sommes impuissants et il nous semble que cette obscurité ne finira jamais.
Mais il ne faut pas laisser l’espérance nous abandonner, parce que Dieu, avec son amour, marche avec nous. « J’espère, parce que Dieu est à mes côtés » : cela, nous pouvons tous le dire. Chacun de nous peut dire : « J’espère, j’ai de l’espérance, parce que Dieu marche à mes côtés ». Il marche et me tient par la main. Dieu ne nous laisse pas seuls. Le Seigneur Jésus a vaincu le mal et nous a ouvert la voix de la vie.
C’est pourquoi, en particulier en ce temps de l’Avent, qui est le temps de l’attente, au cours duquel nous nous préparons à accueillir une fois de plus le mystère réconfortant de l’Incarnation et la lumière de Noël, il est important de réfléchir sur l’espérance. Laissons le Seigneur nous enseigner ce que signifie espérer. Ecoutons donc les paroles de l’Ecriture Sainte, en commençant par le prophète Isaïe, le grand prophète de l’Avent, le grand messager de l’espérance.
Dans la deuxième partie de son livre, Isaïe s’adresse au peuple avec une annonce de consolation :

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
Parlez au cœur de Jérusalem
et criez-lui que son service est accompli,
que sa faute est expiée [...] ».
Une voix crie :
« Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit comblée,
toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée ;
alors la gloire de Yahvé se révélera
et toute chair, d’un coup, la verra,
car la bouche de Yahvé a parlé » (40, 1-2.3-5).

Dieu le Père console en suscitant des consolateurs, auxquels il demande de réconforter le peuple, ses fils, en annonçant que leur épreuve est terminée, que leur douleur est finie et que leur péché a été pardonné. C’est cela qui guérit le cœur affligé et effrayé. C’est pourquoi le prophète demande de préparer la voie au Seigneur, en s’ouvrant à ses dons et à son salut.
La consolation, pour le peuple, commence avec la possibilité de marcher sur la voie de Dieu, une voie nouvelle, rendue droite et pouvant être parcourue, une voie à préparer dans le désert, afin de pouvoir le traverser et de revenir dans sa patrie. Parce que le peuple auquel le prophète s’adresse vivait la tragédie de l’exil à Babylone, et à présent, en revanche, il s’entend dire qu’il pourra retourner sur sa terre, à travers une route rendue commode et large, sans vallée ni montagne qui rendent le chemin fatigant, une route aplanie dans le désert. Préparer cette route veut donc dire préparer un chemin de salut et de libération de tout obstacle et empêchement.
L’exil avait été un moment dramatique dans l’histoire d’Israël, quand le peuple avait tout perdu. Le peuple avait perdu sa patrie, sa liberté, sa dignité, et aussi sa confiance en Dieu. Il se sentait abandonné et sans espérance. Au contraire, voici l’appel du prophète qui rouvre le cœur à la foi. Le désert est un lieu dans lequel il est difficile de vivre, mais c’est précisément là que l’on pourra à présent marcher pour retourner non seulement dans sa patrie, mais revenir à Dieu, et recommencer à espérer et à sourire. Quand nous sommes dans l’obscurité, dans les difficultés, nous n’avons pas envie de sourire, et c’est précisément l’espérance qui nous enseigne à sourire pour trouver cette route qui conduit à Dieu. L’une des premières choses qui arrivent aux personnes qui se détachent de Dieu est que ce sont des personnes sans sourire. Peut-être sont-elles capables d’éclats de rire, elles en font l’un après l’autre, une blague, un éclat de rire… Mais il manque le sourire! Seule l’espérance donne le sourire : c’est le sourire de l’espérance de trouver Dieu.
La vie est souvent un désert, il est difficile de marcher dans la vie, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir belle et large comme une autoroute. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, il suffit de continuer à croire, toujours, malgré tout. Quand nous trouvons devant un enfant, peut-être pouvons-nous avoir beaucoup de problèmes et de difficultés, mais nous avons en nous le sourire, parce que nous sommes face à l’espérance : un enfant est une espérance! Et ainsi, nous devons savoir voir dans la vie le chemin de l’espérance qui nous conduit à trouver Dieu, Dieu qui s’est fait Enfant pour nous. Et cela nous fera sourire, cela nous donnera tout!
Ces paroles d’Isaïe sont ensuite précisément utilisées par Jean-Baptiste dans sa prédication qui invitait à la conversion. Il disait : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3, 3). C’est une voix qui crie là où il semble que personne ne puisse écouter — mais qui peut écouter dans le désert? —, qui crie dans l’égarement dû à la crise de la foi. Nous ne pouvons pas nier que le monde d’aujourd’hui vit une crise de la foi. On dit : « Je crois en Dieu, je suis chrétien » — « Je suis de cette religion… ». Mais ta vie est bien loin d’être chrétienne ; elle est bien loin de Dieu! La religion, la foi, est tombée dans une expression : « Est-ce que je crois? » — « Oui! ». Mais ici, il s’agit de revenir à Dieu, de convertir le cœur à Dieu et d’aller sur cette route pour le trouver. Il nous attend. Telle est la prédication de Jean-Baptiste : préparer. Préparer la rencontre avec cet Enfant qui nous redonnera le sourire. Quand Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus, c’est comme si les Israélites étaient encore en exil, parce qu’ils sont sous la domination romaine, qui les rend étrangers dans leur propre patrie, gouvernés par des occupants puissants qui décident de leurs vies. Mais la véritable histoire n’est pas celle faite par les puissants, mais celle faite par Dieu avec ses petits. La véritable histoire — celle qui restera pour l’éternité — est celle qu’écrit Dieu avec ses petits : Dieu avec Marie, Dieu avec Jésus, Dieu avec Joseph, Dieu avec les petits. Ces petits et simples que nous trouvons autour de Jésus qui naît : Zacharie et Elisabeth, âgés et frappés par la stérilité, Marie, jeune fille vierge promise en mariage à Joseph, les pasteurs, qui étaient méprisés et qui ne comptaient pas. Ce sont les petits, rendus grands par leur foi, les petits qui savent continuer à espérer. Et l’espérance est la vertu des petits. Les grands, les satisfaits, ne connaissent pas l’espérance ; ils ne savent pas ce que c’est.
Ce sont eux, les petits avec Dieu, avec Jésus, qui transforment le désert de l’exil, de la solitude désespérée, de la souffrance, en une route aplanie sur laquelle marcher pour aller à la rencontre de la gloire du Seigneur. Et nous venons au fait : laissons-nous enseigner l’espérance. Attendons avec confiance la venue du Seigneur, et quel que soit le désert de nos vies — chacun sait dans quel désert il marche — il deviendra un jardin fleuri. L’espérance ne déçoit pas!
Frères et sœurs, nous commençons une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. En ce temps de l’Avent, temps de l’attente, il est particulièrement important de réfléchir sur l’espérance. Dans son Livre, le prophète Isaïe adresse au peuple une annonce de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Dieu le Père console en suscitant des consolateurs à qui il demande d’encourager le peuple. Pour cela le prophète invite à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de salut. La consolation commence par la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu, un chemin à préparer dans le désert pour pouvoir retourner chez soi, un chemin de salut et de libération. Le désert est un lieu où il est difficile de vivre, mais on peut y marcher non seulement pour revenir chez soi, mais pour revenir à Dieu, espérer et sourire. La vie est souvent un désert, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir une autoroute belle et large. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, de continuer à croire, toujours, malgré tout. Et, comme nous le montrent ceux qui entourent Jésus à sa naissance, ce sont les petits, rendus grands par leur foi, qui savent continuer à espérer. Laissons-nous donc enseigner l’espérance, attendons avec confiance la venue du Seigneur et quel que soit le désert de nos vies, il deviendra un jardin florissant.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le collège Saint-Régis Saint-Michel, du Puy-en-Velay, et les membres du « service d’optimisation des homélies ». A la veille de la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, demandons-lui de nous aider à marcher dans l’espérance à la rencontre de son Fils et à accueillir avec joie sa venue. Que Dieu vous bénisse!

PAPE FRANÇOIS 22.8.18 – AUDIENCE GÉNÉRALE -«Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7).

29 août, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2018/documents/papa-francesco_20180822_udienza-generale.html

fee5b588bed46d02994239bff7z7--wood-the-icon-of-jesus-praying-in-the-garden-of-gethsemane

PAPE FRANÇOIS 22.8.18 – AUDIENCE GÉNÉRALE -«Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7).

Salle Paul VI

Mercredi 22 août 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous continuons les catéchèses sur les commandements et nous abordons aujourd’hui le commandement: «Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu» (Ex 20, 7). Nous lisons à juste titre cette Parole comme l’invitation à ne pas offenser le nom de Dieu et à éviter de l’utiliser de manière inopportune. Cette claire signification nous prépare à approfondir davantage ces paroles précieuses, à ne pas invoquer le nom de Dieu en vain, de manière inopportune.
Ecoutons mieux. La version «Tu n’invoqueras pas» traduit une expression qui signifie littéralement, en hébreu comme en grec, «tu ne prendras pas sur toi, tu ne prendras pas en charge».
L’expression «en vain» est plus claire et signifie: «à vide, vainement». Elle fait référence à une enveloppe vide, à une forme privée de contenu. C’est la caractéristique de l’hypocrisie, du formalisme et du mensonge, de l’utilisation des mots ou de l’invocation du nom de Dieu, mais à vide, sans vérité.
Dans la Bible, le nom est la vérité intime des choses et surtout des personnes. Le nom représente souvent la mission. Par exemple, Abraham dans la Genèse (cf. 17, 5) et Simon Pierre dans les Evangiles (cf. Jn 1, 42) reçoivent un nom nouveau pour indiquer le changement de direction de leur vie. Et connaître vraiment le nom de Dieu conduit à la transformation de sa propre vie: à partir du moment où Moïse connaît le nom de Dieu, son histoire change (cf. Ex 3, 13-15).
Le nom de Dieu, dans les rites juifs, est solennellement proclamé le jour du Grand Pardon, et le peuple est pardonné car, au moyen du nom, on entre en contact avec la vie même de Dieu, qui est miséricorde.
Alors «prendre sur soi le nom de Dieu» signifie assumer en nous sa réalité, entrer dans une relation forte, dans une relation étroite avec Lui. Pour nous, chrétiens, ce commandement est le rappel à nous souvenir que nous sommes baptisés «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», comme nous l’affirmons chaque fois que nous faisons sur nous-mêmes le signe de la croix, pour vivre nos actions quotidiennes dans une communion sincère et réelle avec Dieu, c’est-à-dire dans son amour. Et à ce propos, de faire le signe de la croix, je voudrais réaffirmer une nouvelle fois: enseignez aux enfants à faire le signe de la croix. Avez-vous vu comment les enfants le font? On dit aux enfants: «Faites le signe de la croix», ils font quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Ils ne savent pas faire le signe de la croix! Enseignez-leur à faire le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le premier acte de foi d’un enfant. Un devoir pour vous, un devoir à faire: enseigner aux enfants à faire le signe de la croix.
On peut se demander: est-il possible d’invoquer sur soi le nom de Dieu de manière hypocrite, comme une formalité, à vide? La réponse est malheureusement positive: oui, c’est possible. On peut vivre une relation fausse avec Dieu. Jésus le disait à propos de ces docteurs de la loi; ces derniers faisaient des choses, mais ils ne faisaient pas ce que Dieu voulait. Ils parlaient de Dieu, mais ils ne faisaient pas la volonté de Dieu. Et le conseil que donne Jésus est: «Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font». On peut vivre une relation fausse avec Dieu, comme ces gens. Et cette parole du Décalogue est précisément l’invitation à une relation avec Dieu qui ne soit pas fausse, sans hypocrisie, à une relation dans laquelle nous nous confions à Lui avec tout ce que nous sommes. Au fond, tant que nous ne risquons pas notre existence avec le Seigneur, en touchant du doigt qu’en Lui se trouve la vie, nous ne faisons que des théories.
Tel est le christianisme qui touche les cœurs. Pourquoi les saints sont-ils capables de toucher les cœurs? Parce que non seulement les saints parlent, mais ils bouleversent! Notre cœur est bouleversé quand une personne sainte nous parle, nous dit les choses. Et ils en sont capables, parce chez les saints, nous voyons ce que notre cœur désire profondément: l’authenticité, des relations véritables, la radicalité. Et cela se voit également chez ces «saints de la porte à côté» qui sont, par exemple, les nombreux parents qui donnent à leurs enfants l’exemple d’une vie cohérente, simple, honnête et généreuse.
Si les chrétiens qui assument le nom de Dieu sans fausseté se multiplient — en mettant ainsi en acte la première demande du Notre Père, «que ton nom soit sanctifié» —, l’annonce de l’Eglise est davantage écoutée et apparaît plus crédible. Si notre vie concrète manifeste le nom de Dieu, on voit combien le baptême est beau et quel grand don est l’Eucharistie! Quelle union sublime existe entre notre corps et le Corps du Christ: le Christ en nous et nous en Lui! Unis! Cela n’est pas de l’hypocrisie, c’est la vérité. Cela n’est pas parler ou prier comme un perroquet, c’est prier avec le cœur, aimer le Seigneur.
Depuis la croix du Christ, personne ne peut se mépriser lui-même et penser du mal de sa propre existence. Personne et jamais! Quoi qu’il ait fait. Car le nom de chacun de nous est chargé sur les épaules du Christ. Il nous porte! Cela vaut la peine de prendre sur nous le nom de Dieu, car Lui a pris la charge de notre nom jusqu’au bout, également du mal qui est en nous. Il l’a pris en charge pour nous pardonner, pour mettre son amour dans notre cœur. C’est pour cela que Dieu proclame dans ce commandement: «Prends-moi sur toi, parce que je t’ai pris sur moi».
Quiconque peut invoquer le saint nom du Seigneur, qui est Amour fidèle et miséricordieux, dans chaque situation où il se trouve. Dieu ne dira jamais «non» à un cœur qui l’invoque sincèrement. Et revenons aux devoirs à faire à la maison: enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française venant de France et d’autres pays. Comme l’ont fait les saints, que notre vie manifeste le nom de Dieu en vérité, sans hypocrisie ; l’annonce de l’Eglise sera de cette manière plus crédible. Que Dieu vous bénisse.

PAPE FRANÇOIS – L’ANGE ET L’ENFANT

18 juillet, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2015/documents/papa-francesco-cotidie_20151002_l-ange-et-l-enfant.html

imm fr (2)

PAPE FRANÇOIS – L’ANGE ET L’ENFANT

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Vendredi 2 octobre 2015

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 41 du 8 octobre 2015)

Pour ne jamais nous laisser seuls, Dieu a placé à côté de chacun de nous un ange gardien qui nous soutient, nous défend, nous accompagne dans la vie. C’est à nous de savoir accueillir sa présence en écoutant les conseils, avec la docilité d’un enfant, pour demeurer sur la bonne voie vers le paradis, forts de la sagesse populaire qui nous rappelle que le diable « fait les casseroles mais pas les couvercles ». C’est précisément à la mission d’« ambassadeurs de Dieu » des saints anges gardiens, le jour de leur mémoire liturgique, que François a consacré l’homélie de la Messe. Pour sa réflexion, le Pape est parti de la prière eucharistique iv, parce qu’« il y a une phrase qui nous fait réfléchir ». En effet, « nous disons au Seigneur : “Quand, par sa désobéissance, l’homme a perdu ton amitié, tu ne l’as pas abandonné” ». Et alors, « nous pensons au moment où Adam a été chassé du paradis : le Seigneur n’a pas dit “arrange-toi comme tu peux !”, il ne l’a pas laissé seul ». Du reste, Dieu « a toujours envoyé des aides : dans ce cas, on parle de l’aide des anges ». Le Pape a souligné qu’« aujourd’hui, la liturgie nous fait réfléchir sur cela, et aussi sur une forme particulière de compagnie, d’aide que le Seigneur nous a donnée à tous : les anges gardiens ». Chacun de nous « en a un; il en a un qui l’accompagne ». Et précisément « dans la prière, au début de la Messe, nous avons demandé la grâce que sur le chemin de la vie, nous soyons soutenus par son aide pour ensuite nous réjouir, avec eux, au ciel ». L’ange gardien « est toujours avec nous et cela est une réalité : c’est comme un ambassadeur de Dieu avec nous ». Ainsi, « quand, par exemple, nous commettons une méchanceté et que nous pensons » être seuls, nous devons nous rappeler qu’il n’en est rien, parce qu’« il est là ». D’où l’importance d’« avoir du respect pour sa présence » et d’« écouter sa voix, parce qu’il nous conseille ». C’est pourquoi, « quand nous entendons cette inspiration “Mais fais cela… c’est mieux… Il ne faut pas faire cela… ” », le bon conseil est de l’écouter et de ne pas se rebeller à l’ange gardien. « Mon nom est en lui », Et « il nous conseille, nous accompagne, marche avec nous au nom de Dieu ». C’est toujours le livre de l’Exode qui indique la meilleure attitude : « Si tu écoutes sa voix et tu fais ce que je te dirai, je serai l’ennemi de tes ennemis et l’adversaire de tes adversaires ». Mais « qu’est-ce que cela veut dire ? » . La réponse de Dieu est claire : « Je serai ton défenseur, mais je serai toujours là pour te défendre, te protéger. “Moi !” dit le Seigneur, mais parce que tu as écouté les conseils, l’inspiration de l’ange ». Dieu nous envoie l’ange pour nous libérer, pour éloigner la crainte, pour nous éloigner du malheur ». Il « demande seulement de l’écouter, de le respecter »; donc « seulement cela : respect et écoute ». Et « ce respect et cette écoute à l’égard de ce compagnon de route s’appelle docilité : le chrétien doit être docile à l’Esprit Saint », mais « la docilité à l’Esprit Saint commence par cette docilité aux conseils de ce compagnon de route ». C’est l’icône de l’enfant que Jésus choisit « quand il veut dire comment doit être un chrétien ». Ces paroles de Jésus signifient « que la docilité à l’égard de ce compagnon de route nous fait devenir comme des enfants : sans orgueil, il nous rend humbles; il nous rend petits; non pas suffisants comme celui qui est orgueilleux et vaniteux. Non, comme un enfant ! ». C’est « précisément cela la docilité qui nous rend grands et qui nous porte au ciel ». En concluant sa méditation, François a demandé au Seigneur « la grâce de cette docilité, d’écouter la voix de ce compagnon, de cet ambassadeur de Dieu qui est à nos côtés en son nom », afin que nous puissions être « soutenus par son aide, toujours en chemin ».

 

PAPE FRANÇOIS – PETITE ET GRANDE BEAUTÉ

9 juillet, 2018

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2015/documents/papa-francesco-cotidie_20151113_petite-et-grande-beaute.html

imm fr airone cenerino bibbias di corso d'este

Héron cendré (Bible)

PAPE FRANÇOIS – PETITE ET GRANDE BEAUTÉ

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Vendredi 13 novembre 2015

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 48 du 26 novembre 2015)

« Ne jamais sombrer dans l’idolâtrie des immanences et dans l’idolâtrie des habitudes » et viser au contraire « toujours plus loin: de l’immanence regarder la transcendance et des habitudes regarder l’habitude finale, qui sera la contemplation de la gloire de Dieu ». Avec la certitude que si « la vie est belle, le crépuscule aussi sera très beau ». Telles sont les recommandations, pour ne pas sombrer dans ces deux idolâtries, suggérées par le Pape, qui s’est inspiré du psaume 18, proposé par la liturgie. Dans cette prière, « nous avons répété: “les cieux narrent la gloire de Dieu”: sa gloire, sa beauté, l’unique beauté qui demeure pour toujours ». Au contraire, « les deux lectures — aussi bien celle du livre de la Sagesse (13, 1-9), que celle de l’Évangile (Lc 17, 26-37) — nous parlent de gloires humaines, même d’idolâtrie ». En particulier, « la première lecture parle de la beauté de la création : elle est belle ! Dieu a fait de belles choses ! ». Mais immédiatement, « il souligne l’erreur, la faute de ces gens qui, dans ces belles choses, n’ont pas été capables de regarder au-delà, c’est-à-dire vers la transcendance ». Oui, ce sont sans aucun doute des choses « belles en elles-mêmes, elles ont leur autonomie de beauté dans ce cas », mais ces hommes « n’ont pas reconnu que cette beauté est une marque d’une autre beauté plus grande qui nous attend ». C’est la « beauté de Dieu ». Cependant, on lit dans le livre de la Sagesse que ces hommes « fascinés » par la beauté des « choses créées par Dieu ont fini par les prendre pour des “dieux”. C’est précisément “l’idolâtrie de l’immanence” ». Ils ont pensé que « ces choses sont sans au-delà et qu’elles sont si belles que ce sont des dieux », justement. Mais ainsi, « ils se sont attachés à cette idolâtrie ; ils sont frappés de stupeur par leur pouvoir et leur énergie ». Sans penser, au contraire, « à la grande supériorité de leur souverain, parce que Celui qui les a créées est principe et auteur de la beauté ». « C’est une idolâtrie que de regarder les nombreuses beautés sans penser qu’il y aura un crépuscule », mais « le crépuscule aussi a sa beauté ». Et nous courons tous « le danger » d’avoir « cette idolâtrie d’être attachés aux beautés d’ici-bas, sans la transcendance ». C’est justement « l’idolâtrie de l’immanence: nous croyons que les choses sont comme elles sont, qu’elles sont presque divines, qu’elles ne finiront jamais ». Et « nous oublions le crépuscule ». « L’autre idolâtrie est celle des habitudes ». Dans l’extrait évangélique du jour, « Jésus, en parlant du dernier jour, précisément du crépuscule, dit : “Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme : On mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche” ». En somme, « tout est habituel, la vie est ainsi : nous vivons ainsi, sans penser au déclin de cette façon de vivre ». Mais « cela aussi est une idolâtrie : être attaché aux habitudes, sans penser que cela prendra fin ». Et « l’Église nous fait regarder la fin de ces choses ». Ainsi, « même les habitudes peuvent être pensées comme des dieux ». Donc, « l’idolâtrie » consiste à penser que « la vie est ainsi », au point d’avancer par habitude. Et « de même que la beauté finira dans une autre beauté, notre habitude finira dans une éternité, dans une autre habitude. Mais il y a Dieu ! ». Voilà alors que « l’Église nous prépare, cette semaine, à la fin de l’année liturgique et nous fait penser précisément à la fin des choses créées ». Oui, « elles seront transformées, mais il y a un conseil que Jésus nous donne dans cet Évangile d’aujourd’hui : “Ne pas revenir en arrière, ne pas regarder en arrière” ». Et « prendre l’exemple de la femme de Lot ».

 

12345...18