Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS'

PAPE FRANÇOIS – PETITE ET GRANDE BEAUTÉ

9 juillet, 2018

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Héron cendré (Bible)

PAPE FRANÇOIS – PETITE ET GRANDE BEAUTÉ

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Vendredi 13 novembre 2015

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 48 du 26 novembre 2015)

« Ne jamais sombrer dans l’idolâtrie des immanences et dans l’idolâtrie des habitudes » et viser au contraire « toujours plus loin: de l’immanence regarder la transcendance et des habitudes regarder l’habitude finale, qui sera la contemplation de la gloire de Dieu ». Avec la certitude que si « la vie est belle, le crépuscule aussi sera très beau ». Telles sont les recommandations, pour ne pas sombrer dans ces deux idolâtries, suggérées par le Pape, qui s’est inspiré du psaume 18, proposé par la liturgie. Dans cette prière, « nous avons répété: “les cieux narrent la gloire de Dieu”: sa gloire, sa beauté, l’unique beauté qui demeure pour toujours ». Au contraire, « les deux lectures — aussi bien celle du livre de la Sagesse (13, 1-9), que celle de l’Évangile (Lc 17, 26-37) — nous parlent de gloires humaines, même d’idolâtrie ». En particulier, « la première lecture parle de la beauté de la création : elle est belle ! Dieu a fait de belles choses ! ». Mais immédiatement, « il souligne l’erreur, la faute de ces gens qui, dans ces belles choses, n’ont pas été capables de regarder au-delà, c’est-à-dire vers la transcendance ». Oui, ce sont sans aucun doute des choses « belles en elles-mêmes, elles ont leur autonomie de beauté dans ce cas », mais ces hommes « n’ont pas reconnu que cette beauté est une marque d’une autre beauté plus grande qui nous attend ». C’est la « beauté de Dieu ». Cependant, on lit dans le livre de la Sagesse que ces hommes « fascinés » par la beauté des « choses créées par Dieu ont fini par les prendre pour des “dieux”. C’est précisément “l’idolâtrie de l’immanence” ». Ils ont pensé que « ces choses sont sans au-delà et qu’elles sont si belles que ce sont des dieux », justement. Mais ainsi, « ils se sont attachés à cette idolâtrie ; ils sont frappés de stupeur par leur pouvoir et leur énergie ». Sans penser, au contraire, « à la grande supériorité de leur souverain, parce que Celui qui les a créées est principe et auteur de la beauté ». « C’est une idolâtrie que de regarder les nombreuses beautés sans penser qu’il y aura un crépuscule », mais « le crépuscule aussi a sa beauté ». Et nous courons tous « le danger » d’avoir « cette idolâtrie d’être attachés aux beautés d’ici-bas, sans la transcendance ». C’est justement « l’idolâtrie de l’immanence: nous croyons que les choses sont comme elles sont, qu’elles sont presque divines, qu’elles ne finiront jamais ». Et « nous oublions le crépuscule ». « L’autre idolâtrie est celle des habitudes ». Dans l’extrait évangélique du jour, « Jésus, en parlant du dernier jour, précisément du crépuscule, dit : “Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme : On mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche” ». En somme, « tout est habituel, la vie est ainsi : nous vivons ainsi, sans penser au déclin de cette façon de vivre ». Mais « cela aussi est une idolâtrie : être attaché aux habitudes, sans penser que cela prendra fin ». Et « l’Église nous fait regarder la fin de ces choses ». Ainsi, « même les habitudes peuvent être pensées comme des dieux ». Donc, « l’idolâtrie » consiste à penser que « la vie est ainsi », au point d’avancer par habitude. Et « de même que la beauté finira dans une autre beauté, notre habitude finira dans une éternité, dans une autre habitude. Mais il y a Dieu ! ». Voilà alors que « l’Église nous prépare, cette semaine, à la fin de l’année liturgique et nous fait penser précisément à la fin des choses créées ». Oui, « elles seront transformées, mais il y a un conseil que Jésus nous donne dans cet Évangile d’aujourd’hui : “Ne pas revenir en arrière, ne pas regarder en arrière” ». Et « prendre l’exemple de la femme de Lot ».

 

PAPE FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE(…sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu.)

14 juin, 2018

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Moïse et Aaron, les Dix Commandements

PAPE FRANÇOIS (…sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 13 juin 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

C’est aujourd’hui la fête de saint Antoine de Padoue. Qui de vous s’appelle Antoine? Un applaudissement à tous les «Antoine». Nous commençons aujourd’hui un nouvel itinéraire de catéchèses sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu. Pour l’introduire, nous partons du passage que nous venons d’entendre: la rencontre entre Jésus et un homme — un jeune homme — qui, à genoux, lui demande comme pouvoir recevoir en héritage la vie éternelle (cf. Mc 10, 17-21). Et dans cette question, il y a le défi de toute existence, et également de la nôtre: le désir d’une vie pleine, infinie. Mais comment faire pour y arriver? Quel sentier parcourir? Vivre véritablement, vivre une existence noble… Combien de jeunes cherchent à «vivre» et se détruisent ensuite en courant derrière des choses éphémères.
Certains pensent qu’il est préférable d’étouffer cet élan — l’élan de vivre — parce qu’il est dangereux. Je voudrais dire, en particulier aux jeunes: notre pire ennemi, ce ne sont pas les problèmes concrets, aussi sérieux et dramatiques soient-ils: le danger le plus grand de la vie est un mauvais esprit d’adaptation qui n’est pas douceur ou humilité, mais médiocrité, pusillanimité[1]. Un jeune médiocre est-il un jeune qui a un avenir ou pas? Non! Il reste là, il ne grandit pas, il n’aura pas de succès. La médiocrité ou la pusillanimité. Ces jeunes qui ont peur de tout: «Non, moi je ne suis pas comme ça…». Ces jeunes n’iront pas de l’avant. Douceur, force, et pas de pusillanimité, pas de médiocrité. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati — qui était un jeune — disait qu’il faut vivre, pas vivoter[2]. Les médiocres vivotent. Vivre avec la force de la vie. Il faut demander au Père céleste pour les jeunes d’aujourd’hui le don de la saine inquiétude. Mais à la maison, dans vos maisons, dans chaque famille, quand on voit un jeune qui est assis toute la journée, parfois, son père et sa mère pensent: «Mais il est malade, il a quelque chose», et ils l’emmènent chez le médecin. La vie du jeune est d’aller de l’avant, d’être inquiet, la saine inquiétude, la capacité de ne pas se contenter d’une vie sans beauté, sans couleur. Si les jeunes ne sont pas affamés de vie authentique, je me pose la question: où ira l’humanité? Ou ira l’humanité avec des jeunes tranquilles et pas inquiets?
La question de cet homme de l’Evangile que nous avons entendu est en chacun de nous: comment se trouve la vie, la vie en abondance, le bonheur? Jésus répond: «Tu connais les commandements» (v. 19), et cite une partie du décalogue. C’est un processus pédagogique, par lequel Jésus veut conduire à un lieu précis; en effet, il est déjà clair, à partir de sa question, que cet homme n’a pas une vie pleine, il cherche davantage et est inquiet. Que doit-il donc comprendre? Il dit: «Maître, tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse» (v. 20).
Comment passe-t-on de la jeunesse à la maturité? Quand on commence à accepter ses propres limites. On devient adulte quand on relativise et que l’on prend conscience de «ce qui manque» (cf. v. 21). Cet homme est contraint de reconnaître que tout ce qu’il peut «faire» ne dépasse pas un certain «toit», ne dépasse pas une certaine limite.
Comme il est beau d’être des hommes et des femmes! Comme notre existence est précieuse! Pourtant, il y a une vérité que, dans l’histoire des derniers siècles, l’homme a souvent refusé, avec des conséquences tragiques: la vérité de ses limites.
Jésus, dans l’Evangile, dit quelque chose qui peut nous aider: «N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir» (Mt 5, 17). Le Seigneur Jésus offre son accomplissement, il est venu pour cela. Ce jeune homme devait arriver au seuil d’un saut, où l’on ouvre la possibilité de cesser de vivre de soi-même, des ses œuvres, de ses biens et — précisément parce que manque la vie en plénitude — tout quitter pour suivre le Seigneur[3]. A bien y voir, dans l’invitation finale de Jésus — immense, merveilleuse — il n’y a pas la proposition de la pauvreté, mais de la richesse, la véritable richesse: «Une seule chose te manque: va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis, viens, suis-moi» (v. 21).
Qui, pouvant choisir entre un original et une copie, choisirait la copie? Voilà le défi: trouver l’original de la vie, pas la copie. Jésus n’offre pas de substituts, mais une vie véritable, un amour véritable, une richesse véritable! Comment les jeunes pourront-ils nous suivre dans la foi s’ils ne nous voient pas choisir l’original, s’ils nous voient habitués aux demi-mesures? Il est laid de trouver des chrétiens de demi-mesure, des chrétiens — permettez-moi l’expression — «nains»; ils grandissent jusqu’à une certaine taille, puis ils cessent; des chrétiens avec le cœur rapetissé, fermé. Il est laid de trouver cela. Il faut l’exemple de quelqu’un qui m’invite à un «au-delà», à un «plus», à grandir un peu. Saint Ignace l’appelait le «magis», le «feu, la ferveur de l’action, qui secoue les endormis»[4].
La route de ce qui manque passe par ce qu’il y a. Jésus n’est pas venu abolir la Loi ou les Prophètes, mais il est venu pour accomplir. Nous devons partir de la réalité pour faire le saut dans «ce qui manque». Nous devons scruter l’ordinaire pour nous ouvrir à l’extraordinaire.
Dans ces catéchèses, nous prendrons les deux tables de Moïse, en tant que chrétiens, en prenant Jésus par la main, pour passer des illusions de la jeunesse au trésor qui est au ciel, en marchant derrière Lui. Nous découvrirons, dans chacune de ces lois, antiques et sages, la porte ouverte du Père qui est aux cieux afin que le Seigneur Jésus, qui l’a franchie, nous accueille dans la vie véritable. Sa vie. La vie des fils de Dieu.
Je salue cordialement les pèlerins provenant de France et du Canada ainsi que d’autres pays francophones. Je salue en particulier les jeunes du lycée Paul Mélizan de Marseille et les fidèles du sanctuaire de Montligeon. Chers amis, n’ayez pas peur de prendre la main de Jésus pour marcher à sa suite. Il vous conduira sur le chemin de la vraie vie. Que Dieu vous bénisse!

[1] Les Pères parlent de pusillanimité (oligopsychìa). Saint Jean Damacène la définit comme «la crainte d’une action à exécuter» (Exposition exacte de la foi orthodoxe, II, 15) et saint Jean Climaque ajoute que «la pusillanimité est une disposition puérile, dans une âme qui n’est plus jeune» (L’échelle sainte, XX, 1, 2).
[2] Cf. Lettre à Isidoro Bonini, 27 février 1925.
[3] «L’œil a été créé pour la lumière, l’oreille pour les sons, chaque chose pour sa fin, et le désir de l’âme pour s’élancer vers le Christ» (Nicola Cabasilas, La vie en Christ, II, 90).
[4] Discours à la XXXVIe congrégation générale de la compagnie de Jésus, 24 octobre 2016: «Il s’agit du magis, de ce plus qui pousse Ignace à commencer des processus, à les accompagner et à en évaluer la réelle incidence dans la vie des personnes, en matière de foi ou de justice, ou bien de miséricorde et de charité».

PAPE FRANÇOIS (dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.)

4 juin, 2018

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Chagall, stained glass

PAPE FRANÇOIS (dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 19 août 2015

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir réfléchi sur la valeur de la fête dans la vie de la famille, nous nous arrêtons aujourd’hui sur l’élément complémentaire, qui est celui du travail. Tous deux font partie du dessein créateur de Dieu, la fête et le travail.
Le travail, dit-on communément, est nécessaire pour faire vivre la famille, faire grandir les enfants, pour assurer à ses proches une vie digne. La chose la plus belle que l’on puisse dire d’une personne sérieuse et honnête est: «C’est un travailleur», c’est vraiment quelqu’un qui travaille, c’est quelqu’un qui dans la communauté, ne vit pas aux crochets des autres. J’ai vu qu’il y a beaucoup d’Argentins aujourd’hui, je dis donc comme l’on dit chez nous: «No vive de arriba».
Et en effet, le travail, sous ses innombrables formes, à partir de celle au foyer, prend soin également du bien commun. Et où apprend-on ce style de vie laborieux? On l’apprend avant tout dans la famille. La famille éduque au travail par l’exemple des parents: le père et la mère qui travaillent pour le bien de la famille et de la société.
Dans l’Evangile, la Sainte Famille de Nazareth apparaît comme une famille de travailleurs, et Jésus lui-même est appelé «fils du charpentier» (Mt 13, 55) ou même «le charpentier» (Mc 6, 3). Et saint Paul ne manquera pas d’avertir les chrétiens: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus» (2 Th 3, 10). — C’est une bonne recette pour maigrir cela, on ne travaille pas, on ne mange pas! — L’apôtre se réfère de façon explicite au faux spiritualisme de certains qui, de fait, vivent aux crochets de leurs frères et sœurs «ne travaillant pas du tout» (2 Th 3, 11). L’occupation du travail et la vie de l’esprit, dans la conception chrétienne, ne sont en aucun cas en opposition entre eux. Il est important de bien comprendre cela! Prière et travail peuvent et doivent aller de pair en harmonie, comme l’enseigne saint Benoît. Le manque de travail nuit également à l’esprit, tout comme le manque de prière nuit également à l’activité pratique.
Travailler — je le répète, sous d’innombrables formes — est le propre de la personne humaine. Cela exprime sa dignité d’être créée à l’image de Dieu. C’est pourquoi on dit que le travail est sacré. Et c’est pourquoi la gestion de l’emploi est une grande responsabilité humaine et sociale, qui ne peut être laissée aux mains de quelques-uns ou abandonnée à un «marché» sacralisé. Provoquer une perte d’emplois signifie provoquer un grave dommage social. Je suis triste lorsque je vois qu’il y a des gens sans travail, qui ne trouvent pas de travail et qui n’ont pas la dignité d’apporter de quoi manger à la maison. Et je me réjouis tant quand je vois que les gouvernants font beaucoup d’efforts pour trouver des postes de travail et pour faire en sorte que tous aient un travail. Le travail est sacré, le travail donne de la dignité à une famille. Nous devons prier afin que ne manque pas le travail dans une famille.
Donc le travail aussi, comme la fête, fait partie du dessein de Dieu Créateur. Dans le livre de la Genèse, le thème de la terre comme maison-jardin, confiée au soin et au travail de l’homme (2, 8.15), est anticipé par un passage très touchant: «Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. Toutefois, un flot montait de terre et arrosait toute la surface du sol» (2, 4b-6a). Ce n’est pas du romantisme, mais c’est la révélation de Dieu; et nous avons la responsabilité de la comprendre et de l’assimiler entièrement. L’encyclique Laudato si’, qui propose une écologie intégrale, contient également ce message: la beauté de la terre et la dignité du travail sont faites pour être unies. Elles vont de pair: la terre devient belle lorsqu’elle est travaillée par l’homme. Quand le travail se détache de l’alliance de Dieu avec l’homme et la femme, lorsqu’il se sépare de leurs qualités spirituelles, lorsqu’il est otage de la logique du seul profit et qu’il méprise les liens d’affection de la vie, l’avilissement de l’âme contamine tout: même l’air, l’eau, l’herbe, la nourriture… La vie civile se corrompt et l’habitat se détériore. Et les conséquences frappent surtout les plus pauvres et les familles les plus pauvres. L’organisation moderne du travail montre parfois une dangereuse tendance à considérer la famille comme une gêne, un poids, une passivité, pour la productivité du travail. Mais demandons-nous: quelle productivité? Et pour qui? Ce que l’on appelle la «ville intelligente» est sans aucun doute riche de services et d’organisation; mais, par exemple, elle est souvent hostile aux enfants et aux personnes âgées.
Parfois, l’intérêt de ceux qui projettent réside dans la gestion d’une main d’œuvre individuelle, pouvant être assemblée et utilisée ou mise au rebut selon l’intérêt économique. La famille est un banc d’essai important. Lorsque l’organisation du travail la retient en otage, ou en empêche même le chemin, alors nous sommes certains que la société humaine a commencé à travailler contre elle-même!
Les familles chrétiennes reçoivent de cette conjoncture un grand défi et une grande mission. Elles détiennent les fondements de la création de Dieu: l’identité et le lien de l’homme et de la femme, la génération des enfants, le travail qui domestique la terre et rend le monde habitable. La perte de ces fondements est un problème très grave, et dans la maison commune, il y a déjà trop de fissures! Cette tâche n’est pas facile. Parfois, les associations familiales peuvent avoir l’impression d’être comme David face à Goliath… Mais nous savons comment ce défi a fini! Cela exige de la foi et de l’audace. Que Dieu nous accorde d’accueillir avec joie et espérance son appel, en ce moment difficile de notre histoire, l’appel au travail pour conférer une dignité à soi-même et à sa famille. 

PAPE FRANÇOIS – (…e voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance.)

24 mai, 2018

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PAPE FRANÇOIS – (…e voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance.)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 27 septembre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

En ce moment, nous parlons de l’espérance: mais aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance. Parce que l’espérance a ses ennemis: comme tout bien dans ce monde, elle a ses ennemis.
Et il m’est venu à l’esprit l’antique mythe du vase de Pandore: l’ouverture du vase déchaîne de nombreux malheurs pour l’histoire du monde. Mais peu de personnes se souviennent de la dernière partie de l’histoire, qui fait apparaître un rayon de lumière: après que tous les maux sont sortis du vase, un minuscule don semble se venger de tout ce mal qui se répand. Pandore, la femme qui devait conserver le vase, l’aperçoit en dernier: les Grecs l’appellent elpìs, ce qui signifie espérance.
Ce mythe nous raconte pourquoi l’espérance est si importante pour l’humanité. Ce n’est pas vrai que «tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir», comme on a l’habitude de le dire. Ce serait plutôt le contraire: c’est l’espérance qui soutient la vie, qui la protège, qui la conserve et la fait croître. Si les hommes n’avaient pas cultivé l’espérance, s’ils ne s’étaient pas accrochés à cette vertu, ils ne seraient jamais sortis des cavernes, et n’auraient pas laissé de trace dans l’histoire du monde. C’est ce qui peut exister de plus divin dans le cœur de l’homme.
Un poète français — Charles Péguy — nous a laissé des pages magnifiques sur l’espérance (cf. Le porche du mystère de la deuxième vertu). Il dit de façon poétique que Dieu ne s’étonne pas tant de la foi des êtres humains, ni de leur charité; mais ce qui le remplit véritablement d’émerveillement et d’émotion est l’espérance des gens: «Que ces pauvres enfants — écrit-il — voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux». L’image du poète rappelle les visages de tant de gens qui sont passés dans ce monde — paysans, ouvriers pauvres, migrants à la recherche d’un avenir meilleur — qui ont lutté de façon tenace malgré l’amertume d’un aujourd’hui difficile, rempli de tant d’épreuves, mais animé par la confiance que leurs enfants auraient eu une vie plus juste et plus sereine. Ils luttaient pour leurs enfants, ils luttaient dans l’espérance.
L’espérance est la poussée du cœur de celui qui part en quittant sa maison, sa terre, parfois sa famille et ses parents — je pense aux migrants —, pour chercher une vie meilleure, plus digne pour eux et pour leurs proches. Et c’est aussi la poussée dans le cœur de celui qui accueille: le désir de se rencontrer, de se connaître, de dialoguer… L’espérance est la poussée à «partager le voyage», parce que le voyage se fait à deux; ceux qui viennent sur notre terre, et nous qui allons vers leur cœur, pour les comprendre, pour comprendre leur culture, leur langue. C’est un voyage à deux, mais sans espérance, ce voyage ne peut pas se faire. L’espérance est la poussée à partager le voyage de la vie, comme nous le rappelle la campagne de la Caritas que nous inaugurons aujourd’hui. Mes frères, n’ayons pas peur de partager le voyage! N’ayons pas peur! N’ayons pas peur de partager l’espérance!
L’espérance n’est pas une vertu pour des gens qui ont l’estomac plein. Voilà pourquoi, depuis toujours, les pauvres sont les premiers porteurs de l’espérance. Et dans ce sens, nous pouvons dire que les pauvres, et les mendiants également, sont les protagonistes de l’Histoire. Pour entrer dans le monde, Dieu a eu besoin d’eux: de Joseph et de Marie, des pasteurs de Bethléem. Dans la nuit du premier Noël, il y avait un monde qui dormait, installé dans tant de certitudes acquises. Mais les humbles préparaient cachés la révolution de la bonté. Ils étaient pauvres de tout, certains étaient à peine un peu au-dessus du seuil de la survie, mais ils étaient riches du bien le plus précieux qui existe au monde, c’est-à-dire la volonté de changement.
Parfois, avoir tout eu de la vie est un malheur. Pensez à un jeune auquel on n’a pas enseigné la vertu de l’attente et de la patience, qui n’a dû suer pour rien, qui a brûlé les étapes et, à vingt ans, «sait déjà comment fonctionne le monde»; il a été destiné à la pire condamnation: celle de ne plus rien désirer. Voilà la pire condamnation. Fermer la porte aux désirs, aux rêves. On dirait un jeune, mais l’automne est déjà tombé sur son cœur. Ce sont les jeunes de l’automne.
Avoir une âme vide est le pire obstacle à l’espérance. C’est un risque dont personne ne peut se déclarer exempt; parce qu’il peut arriver d’être tentés contre l’espérance même si l’on parcourt le chemin de la vie chrétienne. Les moines de l’antiquité avaient dénoncé l’un des pires ennemis de la ferveur. Ils disaient: ce «démon de midi» qui sape une vie d’activité, précisément alors que le soleil brille dans le ciel. Cette tentation nous surprend quand on s’y attend le moins: les journées deviennent monotones et ennuyeuses, plus aucune valeur ne semble mériter d’effort. Cette attitude s’appelle l’acédie qui corrompt la vie de l’intérieur jusqu’à la laisser comme une enveloppe vide.
Quand cela arrive, le chrétien sait que cette condition doit être combattue, jamais acceptée passivement. Dieu nous a créés pour la joie et pour le bonheur, et non pour nous complaire dans des pensées mélancoliques. Voilà pourquoi il est important de conserver notre cœur, en nous opposant aux tentations de malheur, qui ne viennent certainement pas de Dieu. Et là où nos forces nous apparaîtraient faibles et le combat contre l’angoisse particulièrement difficile, nous pouvons toujours avoir recours au nom de Jésus. Nous pouvons répéter cette prière simple, dont nous trouvons une trace également dans les Evangiles, et qui est devenue le pivot de nombreuses traditions spirituelles chrétiennes: «Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié du pécheur que je suis!». Belle prière. «Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié du pécheur que je suis!». C’est une prière d’espérance, parce que je m’adresse à Celui qui peut ouvrir toutes grandes les portes, et résoudre le problème et me faire regarder l’horizon, l’horizon de l’espérance.
Frères et sœurs, nous ne sommes pas seuls pour combattre contre le désespoir. Si Jésus a vaincu le monde, il est capable de vaincre en nous tout ce qui s’oppose au bien. Si Dieu est avec nous, personne ne nous volera la vertu dont nous avons absolument besoin pour vivre. Personne ne nous volera l’espérance. Allons de l’avant!

PAPE FRANÇOIS (Baptême…les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux)

16 mai, 2018

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PAPE FRANÇOIS (…les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 2 mai 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En poursuivant ma réflexion sur le baptême, je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux.
Considérons tout d’abord l’eau, sur laquelle est invoquée la puissance de l’Esprit, afin qu’elle ait la force de régénérer et de renouveler (cf. Jn 3, 5 et Tt 3, 5). L’eau est matrice de vie et de bien-être, alors que son absence provoque la disparition de toute fécondité, comme cela arrive dans le désert; mais l’eau peut également être cause de mort, quand elle engloutit dans ses flots ou qu’en grande quantité elle renverse toute chose; enfin, l’eau a la capacité de laver, de nettoyer et de purifier.
A partir de ce symbolisme naturel, universellement reconnu, la Bible décrit les interventions et les promesses de Dieu à travers le signe de l’eau. Toutefois, le pouvoir de remettre les péchés ne se trouve pas dans l’eau elle-même, comme l’expliquait saint Ambroise aux nouveaux baptisés: «Tu as vu l’eau, mais toute eau ne guérit pas: l’eau qui guérit est celle qui a la grâce du Christ. […] L’action est celle de l’eau, l’efficacité celle de l’Esprit Saint» (De sacramentis 1, 15).
C’est pourquoi l’Eglise invoque l’action de l’Esprit sur l’eau, pour «que ceux qui recevront en elle le Baptême soient ensevelis avec le Christ dans la mort et, avec lui, ressuscitent à la vie éternelle» (Rituel du baptême de enfants, n. 60). La prière de bénédiction dit que Dieu a préparé l’eau «à être le signe du baptême» et elle rappelle les principales préfigurations bibliques: l’Esprit flottait sur les eaux des origines pour en faire des semences de vie (cf. Gn 1, 1-2); l’eau du déluge marqua la fin du péché et le début de la vie nouvelle (cf. Gn 7, 6-8, 22); à travers l’eau de la mer Rouge, les fils d’Abraham furent libérés de l’esclavage d’Egypte (cf. Ex 14, 15-31). En relation avec Jésus, on rappelle le baptême dans le Jourdain (cf. Mt 3, 13-17), le sang et l’eau versés de son côté (cf. Jn 19, 31-37), et le mandat aux disciples de baptiser tous les peuples au nom de la Trinité (cf. Mt 28, 19). Forts de cette mémoire, on demande à Dieu d’insuffler dans l’eau des fonts baptismaux la grâce du Christ mort et ressuscité (cf. Rituel du baptême des enfants, n. 60). Ainsi, cette eau est transformée en eau qui contient la force de l’Esprit Saint en elle. Et avec cette eau possédant la force de l’Esprit Saint, nous baptisons les personnes, nous baptisons les adultes, les enfants, tout le monde.
L’eau des fonts baptismaux étant sanctifiée, il faut préparer le cœur pour accéder au baptême. Cela a lieu lors du renoncement à satan et de la profession de foi, deux actes étroitement liés entre eux. Dans la mesure où je dis «non» aux suggestions du diable — celui qui divise — je suis en mesure de dire «oui» à Dieu qui m’appelle à me configurer à Lui dans les pensées et dans les œuvres. Le diable divise; Dieu unit toujours la communauté, les gens en un seul peuple. Il n’est pas possible d’adhérer au Christ en posant des conditions. Il faut se détacher de certains liens pour pouvoir en embrasser vraiment d’autres; ou tu es bien avec Dieu ou tu es bien avec le diable. C’est pourquoi la renonciation et l’acte de foi vont de pair. Il faut couper des ponts, en les laissant derrière soi, pour entreprendre la Voie nouvelle qu’est le Christ.
La réponse aux questions — «Renoncez-vous à satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions?» — est formulée à la première personne du singulier: «Je renonce». Et de la même manière, la foi de l’Eglise est professée, en disant: «Je crois». Je renonce et je crois: c’est à la base du baptême. C’est un choix responsable, qui exige d’être traduit par des gestes concrets de confiance en Dieu. L’acte de foi suppose un engagement que le baptême lui-même aidera à maintenir avec persévérance dans les diverses situations et épreuves de la vie. Rappelons-nous l’antique sagesse d’Israël: «Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve» (Si 2, 1), c’est-à-dire prépare-toi à la lutte. Et la présence de l’Esprit Saint nous donne la force pour bien lutter.
Chers frères et sœurs, quand nous plongeons la main dans l’eau bénite — en entrant dans une église nous touchons l’eau bénite — et que nous faisons le signe de la Croix, pensons avec joie et gratitude au baptême que nous avons reçu — cette eau bénite nous rappelle le baptême — et renouvelons notre «Amen» — «Je suis heureux» —, pour vivre plongés dans l’amour de la Très Sainte Trinité.

SAINTE-MARTHE: LE VRAI PASTEUR OBÉIT À L’APPEL DE L’ESPRIT SAINT (PAPE FRANÇOIS 2017)

15 mai, 2018

https://fr.zenit.org/articles/sainte-marthe-le-vrai-pasteur-obeit-a-lappel-de-lesprit-saint/

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Sermon de Saint Paul (je ne peux pas lire l’écriture)

SAINTE-MARTHE: LE VRAI PASTEUR OBÉIT À L’APPEL DE L’ESPRIT SAINT (PAPE FRANÇOIS 2017)

Homélie du 30 mai 2017

Le « vrai pasteur » sait « prendre congé » de son Eglise pour suivre l’appel de l’Esprit Saint : il n’est pas au « centre de l’histoire », il « sert sans compromis » et sans « s’approprier » le troupeau. Le pape François a commenté en ces termes l’adieu de saint Paul aux Anciens d’Ephèse rapporté par les Actes des Apôtres, lors de sa messe matinale à Sainte-Marthe, au Vatican, ce 30 mai 2017, indique une synthèse de Radio Vatican.

« Nous tous, les pasteurs, nous devons prendre congé. Il arrive un moment où le Seigneur nous dit « va ailleurs, va ici, va là, viens auprès de moi ». Un pasteur doit se préparer à bien prendre congé, et ne pas le faire à moitié. Le pasteur qui n’apprend pas à prendre congé n’a pas un bon rapport avec le troupeau, un rapport qui n’a pas été purifié par la croix de Jésus », a notamment fait observer le pape qui a relevé trois éléments dans la manière de faire de saint Paul.

Paul affirme qu’il n’a jamais « reculé » et le pape fait remarquer que « ce n’est pas un acte de vanité, parce qu’il dit qu’il est le pire des pécheurs – il le sait et il le dit – ». Mais Paul « raconte simplement l’histoire» : «C’est une des choses qui donnera beaucoup de paix au pasteur lorsqu’il prendra congé, explique le pape : se rappeler qu’il n’a jamais été un pasteur de compromis », ce qui exige « du courage ».

Ensuite, l’apôtre Paul indique qu’il prend le chemin de Jérusalem, « poussé par l’Esprit » : il obéit à l’Esprit-Saint, et « il sait qu’il ne possède rien en propre, il ne s’est pas approprié le troupeau, il l’a servi (..). Il ne part pas en retraite. Il va ailleurs, afin de servir d’autres Eglises, le cœur toujours ouvert à la voix de Dieu : je laisse cela, je verrai ce que le Seigneur me demande. Et ce pasteur sans compromis est maintenant un pasteur en chemin. »

Enfin, Paul affirme qu’il « n’accorde du prix » à sa vie, ce qui signifie qu’ « il n’est pas le centre de l’histoire, grande ou petite », mais « un serviteur ». Aussi Paul prend-il congé avec une « liberté sans compromis », et c’est « ainsi que doit prendre congé un pasteur », estime le pape François. Il a invité à prier « pour les pasteurs, pour nos pasteurs, pour les curés, les évêques, le Pape, afin que leur vie soit une vie sans compromis, une vie en chemin, une vie où ils ne se croient pas au centre de l’histoire et apprennent ainsi à prendre congé ».

PAPE FRANÇOIS (En poursuivant ma réflexion sur le baptême, 2 mai 2018)

9 mai, 2018

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Bénitier (pas seulement Roméo et Juliette)

PAPE FRANÇOIS (En poursuivant ma réflexion sur le baptême, 2 mai 2018)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 2 mai 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En poursuivant ma réflexion sur le baptême, je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux.

Considérons tout d’abord l’eau, sur laquelle est invoquée la puissance de l’Esprit, afin qu’elle ait la force de régénérer et de renouveler (cf. Jn 3, 5 et Tt 3, 5). L’eau est matrice de vie et de bien-être, alors que son absence provoque la disparition de toute fécondité, comme cela arrive dans le désert; mais l’eau peut également être cause de mort, quand elle engloutit dans ses flots ou qu’en grande quantité elle renverse toute chose; enfin, l’eau a la capacité de laver, de nettoyer et de purifier.
A partir de ce symbolisme naturel, universellement reconnu, la Bible décrit les interventions et les promesses de Dieu à travers le signe de l’eau. Toutefois, le pouvoir de remettre les péchés ne se trouve pas dans l’eau elle-même, comme l’expliquait saint Ambroise aux nouveaux baptisés: «Tu as vu l’eau, mais toute eau ne guérit pas: l’eau qui guérit est celle qui a la grâce du Christ. […] L’action est celle de l’eau, l’efficacité celle de l’Esprit Saint» (De sacramentis 1, 15).
C’est pourquoi l’Eglise invoque l’action de l’Esprit sur l’eau, pour «que ceux qui recevront en elle le Baptême soient ensevelis avec le Christ dans la mort et, avec lui, ressuscitent à la vie éternelle» (Rituel du baptême de enfants, n. 60). La prière de bénédiction dit que Dieu a préparé l’eau «à être le signe du baptême» et elle rappelle les principales préfigurations bibliques: l’Esprit flottait sur les eaux des origines pour en faire des semences de vie (cf. Gn 1, 1-2); l’eau du déluge marqua la fin du péché et le début de la vie nouvelle (cf. Gn 7, 6-8, 22); à travers l’eau de la mer Rouge, les fils d’Abraham furent libérés de l’esclavage d’Egypte (cf. Ex 14, 15-31). En relation avec Jésus, on rappelle le baptême dans le Jourdain (cf. Mt 3, 13-17), le sang et l’eau versés de son côté (cf. Jn 19, 31-37), et le mandat aux disciples de baptiser tous les peuples au nom de la Trinité (cf. Mt 28, 19). Forts de cette mémoire, on demande à Dieu d’insuffler dans l’eau des fonts baptismaux la grâce du Christ mort et ressuscité (cf. Rituel du baptême des enfants, n. 60). Ainsi, cette eau est transformée en eau qui contient la force de l’Esprit Saint en elle. Et avec cette eau possédant la force de l’Esprit Saint, nous baptisons les personnes, nous baptisons les adultes, les enfants, tout le monde.
L’eau des fonts baptismaux étant sanctifiée, il faut préparer le cœur pour accéder au baptême. Cela a lieu lors du renoncement à satan et de la profession de foi, deux actes étroitement liés entre eux. Dans la mesure où je dis «non» aux suggestions du diable — celui qui divise — je suis en mesure de dire «oui» à Dieu qui m’appelle à me configurer à Lui dans les pensées et dans les œuvres. Le diable divise; Dieu unit toujours la communauté, les gens en un seul peuple. Il n’est pas possible d’adhérer au Christ en posant des conditions. Il faut se détacher de certains liens pour pouvoir en embrasser vraiment d’autres; ou tu es bien avec Dieu ou tu es bien avec le diable. C’est pourquoi la renonciation et l’acte de foi vont de pair. Il faut couper des ponts, en les laissant derrière soi, pour entreprendre la Voie nouvelle qu’est le Christ.
La réponse aux questions — «Renoncez-vous à satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions?» — est formulée à la première personne du singulier: «Je renonce». Et de la même manière, la foi de l’Eglise est professée, en disant: «Je crois». Je renonce et je crois: c’est à la base du baptême. C’est un choix responsable, qui exige d’être traduit par des gestes concrets de confiance en Dieu. L’acte de foi suppose un engagement que le baptême lui-même aidera à maintenir avec persévérance dans les diverses situations et épreuves de la vie. Rappelons-nous l’antique sagesse d’Israël: «Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve» (Si 2, 1), c’est-à-dire prépare-toi à la lutte. Et la présence de l’Esprit Saint nous donne la force pour bien lutter.
Chers frères et sœurs, quand nous plongeons la main dans l’eau bénite — en entrant dans une église nous touchons l’eau bénite — et que nous faisons le signe de la Croix, pensons avec joie et gratitude au baptême que nous avons reçu — cette eau bénite nous rappelle le baptême — et renouvelons notre «Amen» — «Je suis heureux» —, pour vivre plongés dans l’amour de la Très Sainte Trinité.

 

PAPE FRANÇOIS – FÊTE DE SAINT MARC ÉVANGÉLISTE (25 avril 2017)

24 avril, 2018

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Saint Marc L’Evangeliste

PAPE FRANÇOIS – FÊTE DE SAINT MARC ÉVANGÉLISTE (25 avril 2017)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Messe pour Tawadros II

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 018 du 04 mai 2017)

A quelques jours du voyage en Egypte, le Pape a offert la Messe «pour mon frère Tawadros II, patriarche d’Alexandrie des Coptes». «Aujourd’hui est la fête de saint Marc évangéliste, fondateur de l’Eglise d’Alexandrie», a dit le Pape, en demandant «la grâce que le Seigneur bénisse nos deux Eglises par l’abondance de l’Esprit Saint». Les paroles de Marc «à la fin de l’Evangile» (16, 15-20), proposées par la liturgie du jour, ont été le fil conducteur de la méditation du Pape: «Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création». Dans ce mandat, «il y a la mission que Jésus donne aux disciples: la mission d’annoncer l’Evangile, de proclamer l’Evangile». C’est une invitation à «sortir, aller». Les chrétiens sont appelés à «sortir pour annoncer, et c’est dans cette sortie que se déroule, se joue la vie du prédicateur: il n’est pas en lieu sûr, il n’y a pas d’assurance-vie pour les prédicateurs». «Tout d’abord: allez, sortez», parce que «l’Evangile, l’annonce de Jésus Christ, se fait toujours en sortie, toujours en chemin». Et «tant en chemin physique qu’en chemin spirituel ou en chemin de la souffrance: pensons à l’annonce de l’Evangile de tant de malades qui offrent leurs douleurs pour l’Eglise, pour les chrétiens». Ce sont des personnes qui «sortent d’elles-mêmes». Mais «comment est le style de cette annonce?». «Saint Pierre, qui a été le maître de Marc, est très clair dans la description de ce style: «Revêtez-vous tous d’humilité dans vos rapports mutuels». L’Evangile doit être annoncé avec humilité, parce que le Fils de Dieu s’est humilié, il s’est anéanti: le style de Dieu est celui-ci, ce n’est pas un autre». Il faut de «l’humilité: l’Evangile ne peut être annoncé par le pouvoir humain, il ne peut être annoncé avec l’esprit de grimper et d’aller plus haut, non! Cela n’est pas l’Evangile!». L’humilité est nécessaire «parce que nous apportons une annonce d’humiliation, de gloire, mais à travers l’humiliation». Et «l’annonce de l’Evangile subit la tentation; la tentation du pouvoir, de l’orgueil, des nombreuses mondanités qui existent et qui nous conduisent à prêcher ou à réciter». Oui, «parce qu’un Evangile édulcoré, sans force, un Evangile sans le Christ crucifié et ressuscité n’est pas une prédication». « L’annonce de l’Evangile, si elle est vraie, subit la tentation». «Si un chrétien qui dit annoncer l’Evangile par la parole ou par le témoignage, n’est jamais tenté», le diable ne s’en préoccupe pas «et si le diable ne se préoccupe pas, c’est parce que nous ne lui posons pas de problèmes, parce que nous prêchons une chose qui ne sert pas». Voilà pourquoi «dans la véritable prédication, il y a toujours un peu de tentation et aussi de persécution». En somme, «style d’humilité, chemin — parce que l’on sort — chemin de tentation, mais l’espérance» ne doivent jamais manquer. En effet, Pierre écrit: «Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle, dans le Christ, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera». Et «ce sera précisément le Seigneur qui nous reprendra, qui nous donnera la force, parce que c’est ce que Jésus a promis quand il a envoyé les apôtres». « Que le Seigneur nous donne cette grâce, à nous tous baptisés, de prendre la voie de l’évangélisation avec humilité, avec confiance en Lui-même, en annonçant le véritable Evangile: “Le Verbe s’est fait chair”».

 

PAPE FRANÇOIS – I – CATÉCHÈSE SUR LE BAPTÊME

18 avril, 2018

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Baptême de Jésus

PAPE FRANÇOIS – I CATÉCHÈSE SUR LE BAPTÊME

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 11 avril 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Les cinquante jours du temps liturgique pascal sont propices pour réfléchir sur la vie chrétienne qui, de par sa nature, est la vie qui provient du Christ même. Nous sommes, en effet, chrétiens dans la mesure où nous laissons vivre Jésus en nous. D’où partir alors pour raviver cette conscience, sinon du début, du Sacrement qui a allumé en nous la vie chrétienne? C’est le baptême. La Pâque du Christ, avec sa charge de nouveauté, nous touche à travers le baptême pour nous transformer à son image: les baptisés sont de Jésus Christ, c’est Lui le Seigneur de leur existence. Le baptême est le «fondement de toute la vie chrétienne» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1213). C’est le premier des sacrements, dans la mesure où il est la porte qui permet au Christ Seigneur de demeurer dans notre personne et à nous de nous plonger dans son Mystère.
Le verbe grec «baptiser» signifie «plonger» (cf. CEC, n. 1214). Le bain avec l’eau est un rite commun à diverses croyances pour exprimer le passage d’une condition à une autre, signe de purification pour un nouveau début. Mais pour nous, chrétiens, il ne doit pas nous échapper que si c’est le corps qui est plongé dans l’eau, c’est l’âme qui est plongée dans le Christ pour recevoir le pardon du péché et resplendir de lumière divine (cfr. Tertullien, La résurrection des morts, VIII, 3: CCL 2, 931; PL 2, 806). En vertu de l’Esprit Saint, le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Seigneur, en noyant dans la source baptismale l’homme ancien, dominé par le péché qui sépare de Dieu, et en faisant naître l’homme nouveau, recréé en Jésus. En Lui, tous les fils d’Adam sont appelés à une vie nouvelle. Cela signifie que le baptême est une renaissance. Je suis sûr, tout à fait sûr, que nous nous souvenons tous de notre date de naissance: sûr. Mais je me demande, j’ai quelques doutes, et je vous demande à vous: est-ce que chacun de vous se rappelle quelle était la date de son baptême? Certains disent oui — c’est bien. Mais c’est un oui un peu faible, parce que peut-être beaucoup ne s’en rappellent-ils pas. Mais si nous fêtons le jour de la naissance, comment ne pas fêter — au moins se rappeler — le jour de la renaissance? Je vous donnerai un devoir à la maison, un devoir à faire aujourd’hui à la maison. Que ceux de vous qui ne se rappellent pas la date de leur baptême la demandent à leur mère, leur oncle et tante, à leurs petits-enfants: «Connais-tu la date de ton baptême?», et ne jamais l’oublier. Et ce jour-là, rendre grâce au Seigneur, parce que c’est précisément le jour où Jésus est entré en moi, l’Esprit Saint est entré en moi. Avez-vous bien compris le devoir à faire à la maison? Nous devons tous connaître la date de notre baptême. C’est un autre anniversaire: l’anniversaire de la renaissance. N’oubliez pas de faire cela, s’il vous plaît.
Rappelons les dernières paroles du Ressuscité aux apôtres; elles représentent un mandat précis: «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19). A travers le bain baptismal, celui qui croit dans le Christ est plongé dans la vie même de la Trinité.
En effet, l’eau du baptême n’est pas une eau quelconque, mais l’eau sur laquelle est invoqué l’Esprit qui «donne la vie» (Credo). Pensons à ce que Jésus dit à Nicodème pour lui expliquer la naissance à la vie divine: «A moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit» (Jn 3, 5-6). C’est pourquoi le baptême est appelé également «régénération»: nous croyons que Dieu, «par sa seule miséricorde… nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint» (Tt 3, 5).
Le baptême est donc un signe concret de renaissance, pour marcher dans une nouveauté de vie. C’est ce que rappelle saint Paul aux chrétiens de Rome: «Ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle» (Rm 6, 3-4).
En nous plongeant dans le Christ, le baptême fait également de nous des membres de son Corps, qui est l’Eglise, et nous fait participer à sa mission dans le monde (cf. CEC, n. 1213). Nous baptisés ne sommes pas isolés: nous sommes membres du Corps du Christ. La vitalité qui jaillit de la source baptismale est illustrée par ces paroles de Jésus: «Je suis la vigne; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit» (cf. Jn 15, 5). Une même vie, celle de l’Esprit Saint, coule du Christ aux baptisés, en les unissant en un seul Corps (cf. 1 Co 12, 13), chrismé par la sainte onction et nourri à la table eucharistique.
Le baptême permet au Christ de vivre en nous et à nous de vivre unis à Lui, pour collaborer dans l’Eglise, chacun selon sa condition, à la transformation du monde. Reçu une seule fois, le bain baptismal illumine toute notre vie, en guidant nos pas vers la Jérusalem du Ciel. Il y a un avant et un après le baptême. Le Sacrement suppose un chemin de foi, que nous appelons catéchuménat, évident lorsque c’est un adulte qui demande le baptême. Mais les enfants aussi, depuis l’antiquité, sont baptisés dans la foi de leurs parents (cf. Rite du baptême des enfants, introduction, n. 2). Et sur ce point, je voudrais vous dire quelque chose: certains pensent: mais pourquoi baptiser un enfant qui ne comprend pas? Attendons qu’il grandisse, qu’il comprenne et que ce soit lui-même qui demande le baptême. Mais cela signifie ne pas avoir confiance dans l’Esprit Saint, parce que quand nous baptisons un enfant, l’Esprit Saint entre dans cet enfant, et l’Esprit Saint fait croître chez cet enfant, depuis l’enfance, des vertus chrétiennes qui ensuite s’épanouiront. Il faut toujours donner cette opportunité à tous, à tous les enfants, d’avoir en eux l’Esprit Saint qui les guide pendant leur vie. N’oubliez pas de baptiser les enfants! Personne ne doit mériter le baptême, qui est toujours un don gratuit pour tous, adultes et nouveau-nés. Mais comme cela a lieu pour une semence pleine de vie, ce don s’enracine et porte du fruit dans un terrain alimenté par la foi. Les promesses baptismales que nous renouvelons chaque année lors de la Veillée pascale doivent être ravivées chaque jour afin que le baptême «christifie»: nous ne devons pas avoir peur de ce mot; le baptême nous «christifie», celui qui a reçu le baptême est «christifié», ressemble au Christ, se transforme dans le Christ et il en fait véritablement un autre Christ.

PAPE FRANÇOIS – 13. LITURGIE EUCHARISTIQUE. III. ‘NOTRE PÈRE’ ET UNE FRACTION DU PAIN

21 mars, 2018

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Antonello da Messina, Ecce Homo

PAPE FRANÇOIS – 13. LITURGIE EUCHARISTIQUE. III. ‘NOTRE PÈRE’ ET UNE FRACTION DU PAIN

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 14 mars 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons la catéchèse sur la Messe. Lors de la Dernière Cène, après que Jésus ait pris le pain et la coupe du vin, et qu’il eut rendu grâce à Dieu, nous savons qu’il «rompit le pain». C’est à cette action que correspond, dans la liturgie eucharistique de la Messe, la fraction du Pain, précédée par la prière que le Seigneur nous a enseignée, c’est-à-dire le «Notre Père».
C’est ainsi que commencent les rites de communion, en prolongeant la louange et la supplique de la Prière eucharistique par la récitation communautaire du «Notre Père». Ce n’est pas l’une des nombreuses prières chrétiennes, mais c’est la prière des enfants de Dieu: c’est la grande prière que Jésus nous a enseignée. En effet, nous étant remis le jour de notre baptême, le «Notre Père» fait retentir en nous les mêmes sentiments qui furent ceux de Jésus Christ. Quand nous prions avec le «Notre Père», nous prions comme Jésus priait. C’est la prière qu’a faite Jésus, et il nous l’a enseignée; quand les disciples lui ont dit: «Maître, enseigne-nous à prier comme tu pries». Et Jésus priait ainsi. Il est si beau de prier comme Jésus! Formés à son enseignement divin, nous osons nous adresser à Dieu en l’appelant «Père», parce que nous sommes renés comme ses enfants à travers l’eau et l’Esprit Saint (cf. Ep 1, 5). Personne, en vérité, ne pourrait l’appeler familièrement «Abbà» — «Père» — sans avoir été engendré par Dieu, sans l’inspiration de l’Esprit, comme l’enseigne saint Paul (cf. Rm 8, 15). Nous devons penser: personne ne peut l’appeler «Père» sans l’inspiration de l’Esprit. Combien de fois des gens récitent le «Notre Père», mais sans savoir ce qu’ils disent. Car en effet, c’est le Père, mais est-ce que tu sens que quand tu dis «Père», Il est le Père, ton Père, le Père de l’humanité, le Père de Jésus Christ? As-tu un rapport avec ce Père? Quand nous récitons le «Notre Père», nous nous mettons en liaison avec le Père qui nous aime, mais c’est l’Esprit qui nous met en liaison, qui nous donne ce sentiment d’être des enfants de Dieu.
Quelle meilleure prière que celle enseignée par Jésus peut nous disposer à la communion sacramentelle avec Lui? Outre que pendant la Messe, le «Notre Père» est récité, le matin et le soir, pendant les laudes et les vêpres; de cette manière, l’attitude filiale envers Dieu et de fraternité avec notre prochain contribue à donner une forme chrétienne à nos journées.
Dans la prière du Seigneur — dans le «Notre Père» — nous demandons notre «pain quotidien», dans lequel nous apercevons une référence particulière au Pain eucharistique, dont nous avons besoin pour vivre comme enfants de Dieu. Nous implorons aussi «le pardon de nos offenses», et pour être dignes de recevoir le pardon de Dieu, nous nous engageons à pardonner ceux qui nous ont offensés. Et cela n’est pas facile. Pardonner les personnes qui nous ont offensés n’est pas facile; c’est une grâce que nous devons demander: «Seigneur enseigne-moi à pardonner comme tu m’as pardonné». C’est une grâce. Nous ne pouvons pas le faire avec nos forces: pardonner est une grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, alors qu’il ouvre notre cœur à Dieu, le «Notre Père» nous dispose aussi à l’amour fraternel. Enfin, nous demandons aussi à Dieu de «nous délivrer du mal» qui nous sépare de Lui et nous divise de nos frères. Comprenons bien que ce sont des requêtes très adaptées à nous préparer à la communion (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 81).
En effet, ce que nous demandons dans le «Notre Père» est prolongé par la prière du prêtre qui, au nom de tous, supplie: «Délivre-nous, Seigneur, de tout mal et donne la paix à notre temps». Et elle reçoit ensuite une sorte de sceau dans le rite de la paix: en premier lieu, on invoque du Christ que le don de sa paix (cf. Jn 14, 27) — si différente de la paix du monde — fasse grandir l’Eglise dans l’unité et dans la paix, selon sa volonté; puis, à travers le geste concret échangé entre nous, nous exprimons «la communion dans l’Eglise ainsi que leur amour mutuel avant de communier au sacrement» (PGMR, n. 82). Dans le rite romain, l’échange du signe de paix, placé dès l’antiquité avant la communion, a pour objectif la communion eucharistique. Selon l’avertissement de saint Paul, il n’est pas possible de communier à l’unique Pain qui fait de nous un seul Corps dans le Christ, sans nous reconnaître pacifiés par l’amour fraternel (cf. 1 Co 10, 16-17; 11, 29). La paix du Christ ne peut pas s’enraciner dans un cœur incapable de vivre la fraternité et de la recomposer après l’avoir blessée. C’est le Seigneur qui donne la paix: Il nous donne la grâce de pardonner ceux qui nous ont offensés.
Le geste de la paix est suivi de la fraction du Pain, qui dès les temps apostoliques a donné nom à toute la célébration de l’Eucharistie (cf. PGMR, n. 83; Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1329). Accompli par Jésus au cours de la Dernière Cène, rompre le Pain est le geste révélateur qui a permis aux disciples de le reconnaître après sa résurrection. Rappelons les disciples d’Emmaüs, qui, en parlant de la rencontre avec le Ressuscité, racontent «qu’ils l’avaient reconnu lors de la fraction du pain» (cf. Lc 24, 30-31.35).
La fraction du Pain eucharistique est accompagnée par l’invocation de l’«Agneau de Dieu», la figure avec laquelle Jean-Baptiste a indiqué en Jésus «celui qui enlève le péché du monde» (Jn 1, 29). L’image biblique de l’Agneau parle de la rédemption (cf. Ex 12, 1-14; Is 53, 7; 1 P 1, 19; Ap 7, 14). Dans le Pain eucharistique, rompu pour la vie du monde, l’assemblée en prière reconnaît le véritable Agneau de Dieu, c’est-à-dire le Christ Rédempteur, et elle le supplie: «Prends pitié de nous… Donne-nous la paix».
«Prends pitié de nous», «Donne-nous la paix» sont des invocations qui, de la prière du «Notre Père» à la fraction du Pain, nous aident à disposer notre âme à participer au banquet eucharistique, source de communion avec Dieu et avec nos frères.
N’oublions pas la grande prière: celle que Jésus a enseignée, et qui est la prière avec laquelle Il priait le Père. Et cette prière nous prépare à la communion.

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