Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS'

PAPE FRANÇOIS – UNE LUMIÈRE DOUCE, HUMBLE ET PLEINE D’AMOUR (2013)

20 juin, 2017

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PAPE FRANÇOIS – UNE LUMIÈRE DOUCE, HUMBLE ET PLEINE D’AMOUR (2013)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 3 septembre 2013

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 36 du 5 septembre 2013)

L’humilité, la douceur, l’amour, l’expérience de la croix sont les moyens à travers lesquels le Seigneur vainc le mal. Et la lumière que Jésus a apportée dans le monde vainc la cécité de l’homme, souvent aveuglé par la fausse lumière du monde, plus puissante mais trompeuse. C’est à nous de savoir discerner quelle lumière vient de Dieu. Tel est le sens de la réflexion proposée par le Pape François au cours de la Messe célébrée mardi 3 septembre.
En commentant la première lecture, le Saint-Père s’est arrêté sur la « belle parole » que saint Paul adresse aux Thessaloniciens : « Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres… tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres » (1 Th 5, 1-6.9-11). Ce que veut dire l’apôtre, a expliqué le Pape, est clai: « L’identité chrétienne est une identité de lumière, et non pas de ténèbres ». Et Jésus a apporté cette lumière dans le monde. « Saint Jean — a précisé le Pape François — dans le premier chapitre de son Évangile nous dit “la lumière est descendue dans le monde”, lui, Jésus ». Une lumière que « le monde n’a pas appréciée », mais qui, toutefois, « nous sauve des ténèbres, des ténèbres du péché ». Aujourd’hui, a poursuivi le Pape, on pense qu’il est possible d’obtenir cette lumière qui déchire les ténèbres à travers de nombreuses découvertes scientifiques et autres inventions de l’homme, grâce auxquelles « on peut tout connaître, on peut posséder une science sur tout ». Mais « la lumière de Jésus — a averti le Pape François — est une autre chose ».
Mais comment se présente la lumière que nous offre Jésus ? Nous pouvons la reconnaître — a expliqué le Saint-Père — parce que c’est une lumière humble. Ce n’est pas une lumière qui s’impose, elle est humble. C’est une lumière douce, qui a la force de la douceur ; c’est une lumière qui parle au cœur et c’est également une lumière qui offre la croix. Si nous, dans notre lumière intérieure, nous sommes des hommes doux, nous entendons la voix de Jésus dans le cœur et nous regardons sans peur la croix dans la lumière de Jésus ». Mais si, au contraire, nous nous laissons aveugler par une lumière qui nous rend sûrs de nous, orgueilleux, et nous conduit à regarder les autres de haut, à les mépriser avec arrogance, il est certain que nous ne nous trouvons pas en présence de la « lumière de Jésus ». C’est au contraire « la lumière du diable travesti en Jésus — a dit l’Évêque de Rome — en ange de lumière. Nous devons toujours faire la distinction ; là où se trouve Jésus se trouve toujours l’humilité, la douceur, l’amour et la croix. Il a parcouru le premier ce chemin de lumière. Nous devons aller derrière lui sans peur », parce que « Jésus a la force et l’autorité de nous donner cette lumière ». « Demandons au Seigneur — a exhorté le Pape François en concluant — de nous donner aujourd’hui la grâce de sa lumière et de nous enseigner à reconnaître lorsqu’une lumière est sa lumière et lorsqu’il s’agit d’une lumière artificielle utilisée par l’ennemi pour nous tromper ».

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE PENTECÔTE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

4 juin, 2017

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Le pape à la veille de la Pentecôte, Rome Circus Maximus

MESSE EN LA SOLENNITÉ DE PENTECÔTE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Place Saint-Pierre

Dimanche 4 juin 2017

Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.
Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.
Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Ce sont les soi-disant ‘‘gardiens de la vérité’’. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).
Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.
Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.
L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et du pardon donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.
Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (l’expérience des deux disciples d’Emmaüs)

31 mai, 2017

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Emmaus

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (l’expérience des deux disciples d’Emmaüs)

Mercredi 24 mai 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur l’expérience des deux disciples d’Emmaüs, dont parle l’Evangile de Luc (cf. 24, 13-35). Imaginons la scène: deux hommes marchent déçus, tristes, convaincus de laisser derrière eux l’amertume d’une vie qui a mal fini. Avant cette Pâque, ils étaient pleins d’enthousiasme: convaincus que ces jours auraient été décisifs pour leurs attentes et pour l’espérance de tout le peuple. Jésus, auquel ils avaient confié leur vie, semblait finalement arrivé à la bataille décisive: à présent, il allait manifester sa puissance, après une longue période de préparation et de vie cachée. Voilà ce qu’ils attendaient. Mais il n’en fut pas ainsi.
Les deux pèlerins cultivaient une espérance uniquement humaine, qui à présent se brisait. Cette croix élevée sur le Calvaire était le signe le plus éloquent d’un échec qu’ils n’avaient pas prévu. Si ce Jésus était véritablement selon le cœur de Dieu, ils devaient en conclure que Dieu était désarmé, sans défense entre les mains des violents, incapable d’opposer de résistance au mal.
Ainsi, le matin de ce dimanche, ces deux hommes fuient Jérusalem. Ils ont encore dans les yeux les événements de la passion, la mort de Jésus; et leur âme est tourmentée par le souvenir de ces pénibles événements, au cours du repos forcé du sabbat. Cette fête de Pâques, qui devait entonner le chant de la libération, s’était en revanche transformée dans le plus douloureux jour de leur vie. Ils quittent Jérusalem pour aller ailleurs, dans un village tranquille. Ils ont tout l’air de personnes occupées à effacer un souvenir cuisant. Ils sont donc sur la route et marchent, tristes. Ce cadre — la route — était déjà important dans les récits des Evangiles; à présent, il le deviendra encore plus, au moment où l’on commence à raconter l’histoire de l’Eglise.
La rencontre de Jésus avec ces deux disciples semble être entièrement fortuite: elle ressemble à l’une des innombrables croisées de chemins qui se présentent dans la vie. Les deux disciples marchent, pensifs, et un inconnu marche à côté d’eux d’eux. C’est Jésus; mais leurs yeux ne sont pas en mesure de le reconnaître. Et alors, Jésus commence sa «thérapie de l’espérance». Ce qui a lieu sur cette route est une thérapie de l’espérance. Qui la fait? Jésus.
Avant tout, il demande et écoute: notre Dieu n’est pas un Dieu envahissant. Même s’il connaît déjà le motif de la déception de ces deux hommes, il leur laisse le temps de pouvoir sonder en profondeur l’amertume qui les a gagnés. Il en découle une confession qui est un refrain de l’existence humaine: «Nous espérions, mais… Nous espérions, mais…» (v. 21). Combien de tristesses, combien d’échecs y a-t-il dans la vie de toute personne! Au fond, nous sommes tous un peu comme ces deux disciples. Combien de fois dans la vie avons-nous espéré, combien de fois nous sommes-nous retrouvés à terre, déçus. Mais Jésus marche avec toutes les personnes découragées qui avancent tête basse. Et en marchant avec elles, de manière discrète, il réussit à redonner espoir.
Jéus leur parle avant tout à travers les Ecritures. Celui qui prend en main le livre de Dieu ne trouvera pas des récits d’héroïsme facile, de foudroyantes campagnes de conquête. La véritable espérance n’est jamais à bas prix: elle passe toujours à travers des échecs. L’espérance de celui qui ne souffre pas n’est sans doute pas une espérance. Dieu n’aime pas être aimé comme on aimerait un conquérant qui entraîne son peuple vers la victoire en anéantissant ses ennemis dans le sang. Notre Dieu est une faible lueur qui brille un jour de froid et de vent, et pour autant que sa présence puisse sembler fragile dans ce monde, Il a choisi la place que nous dédaignons tous.
Puis Jésus répète pour les deux disciples le geste central de toute Eucharistie: il prend le pain, le bénit, le rompt, et le donne. N’y a-t-il pas dans cette série de gestes toute l’histoire de Jésus? Et n’y a-t-il pas dans toute Eucharistie également le signe de ce que doit être l’Eglise? Jésus nous prend, nous bénit, «rompt» notre vie — parce qu’il n’y a pas d’amour sans sacrifice — et l’offre aux autres, l’offre à tous.
C’est une rencontre rapide que celle de Jésus avec les deux disciples d’Emmaüs. Mais elle renferme tout le destin de l’Eglise. Elle nous raconte que la communauté chrétienne n’a pas été enfermée dans une citadelle fortifiée, mais qu’elle marche sur son élément le plus vital, c’est-à-dire la route. Et là, elle rencontre les personnes, avec leurs espérances et leurs déceptions, parfois lourdes. L’Eglise écoute les histoires de tous, telles qu’elles ressortent de l’écrin de la conscience personnelle: pour ensuite offrir la Parole de vie, le témoignage de l’amour de Dieu, amour fidèle jusqu’au bout. Et alors, le cœur des personnes recommence à brûler d’espérance.
Nous tous, dans notre vie, avons eu des moments difficiles, sombres; des moments au cours desquels nous marchions tristes, pensifs, sans horizons, avec uniquement un mur devant nous. Et Jésus est toujours à nos côtés pour nous donner l’espérance, pour réchauffer notre cœur et dire: «Va de l’avant. Je suis avec toi. Va de l’avant». Le secret de la route qui conduit à Emmaüs est entièrement là: même si les apparences semblent contraires, nous continuons à être aimés, et Dieu ne cessera jamais de nous aimer. Dieu marchera toujours avec nous, toujours, même dans les moments les plus douloureux, dans les moments les plus sombres, même dans les moments d’échec: le Seigneur est là. Et c’est notre espérance. Allons de l’avant avec cette espérance! Parce qu’il est à nos côtés et marche avec nous, toujours!

De France: Groupe de pèlerins du diocèse de Blois; paroisse Saint-Dominique, de Paris; paroisse de Talence; groupe catéchuménat fraternités monastiques de Jérusalem, de Paris; groupe de l’institut de Genech; lycée Saint-Joseph, de Chateaubriand; lycée Blanche de Castille, de Nantes; groupe catholique du palais de justice, de Paris; communauté de l’Arche «Les trois fontaines», d’Ambleteuse; école de charité et de mission pour couples, de Chaville, Vannes, Clermont-Ferrand, Saint-Quentin-en-Yvelines, Le Ban Saint-Martin, Toulon, Nice, Lille, Toulouse; groupe de pèlerins de l’Ile Maurice; groupe de pèlerins de Chatou.

De Belgique: Collège Saint-Louis, de Bruges.

PAPE FRANÇOIS (La première, selon les Evangiles, vit Jésus ressuscité: Marie Madeleine)

25 mai, 2017

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PAPE FRANÇOIS (La première, selon les Evangiles, vit Jésus ressuscité: Marie Madeleine)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 17 mai 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Ces dernières semaines, notre réflexion se déroule, pour ainsi dire, dans l’orbite du mystère pascal. Nous rencontrons aujourd’hui celle qui la première, selon les Evangiles, vit Jésus ressuscité: Marie Madeleine. Le repos du samedi s’était conclu depuis peu. Le jour de la passion, il n’y avait pas eu le temps de terminer les rites funèbres; c’est pourquoi, en cette aube pleine de tristesse, les femmes se rendent à la tombe de Jésus avec les onguents parfumés. C’est elle qui arrive la première: Marie de Magdala, l’une des disciples qui avaient accompagné Jésus jusqu’en Galilée, se mettant au service de l’Eglise naissante. Dans son trajet vers le sépulcre se reflète la fidélité de tant de femmes qui fréquentent pendant tant d’années les allées des cimetières, en souvenir de quelqu’un qui n’est plus là. Pas même la mort ne brise les liens les plus authentiques: certaines personnes continuent à aimer, même si la personne aimée s’en est allée pour toujours.
L’Evangile (cf. Jn 20, 1-2.11-18) décrit Madeleine, en soulignant immédiatement que ce n’était pas une femme qui s’enthousiasmait facilement. En effet, après la première visite au sépulcre, elle revient déçue dans le lieu où les disciples se cachaient; elle rapporte que la pierre a été déplacée de l’entrée du sépulcre, et sa première hypothèse est la plus simple que l’on puisse formuler: quelqu’un doit avoir fait disparaître le corps de Jésus. Ainsi, la première annonce que Marie apporte n’est pas celle de la résurrection, mais d’un vol que des inconnus ont commis, alors que Jérusalem tout entière dormait.
Les Evangiles racontent ensuite un deuxième voyage de Madeleine vers le sépulcre de Jésus. Elle était têtue! Elle est allée, elle est revenue… parce qu’elle n’était pas convaincue! Cette fois, son pas est lent, très lourd. Marie souffre doublement: tout d’abord de la mort de Jésus, et ensuite, de la disparition inexplicable de son corps.
C’est alors qu’elle est penchée près de la tombe, les yeux remplis de larmes, que Dieu la surprend de la manière la plus inattendue. L’évangéliste Jean souligne combien son aveuglement est persistant: elle ne s’aperçoit pas de la présence de deux anges qui l’interrogent, elle n’a aucun soupçon en voyant l’homme derrière elle, qu’elle pense être le gardien du jardin. Et en revanche, elle découvre l’événement le plus bouleversant de l’histoire humaine lorsque finalement elle est appelée par son nom: «Marie!» (v. 16).
Comme il est beau de penser que la première apparition du Ressuscité — selon les Evangiles — a eu lieu d’une manière aussi personnelle! Il y a quelqu’un qui nous connaît, qui voit notre souffrance et notre déception, et qui s’émeut pour nous et nous appelle par notre nom. C’est une loi que nous trouvons gravée dans beaucoup de pages de l’Evangile. Autour de Jésus se trouvent de nombreuses personnes qui cherchent Dieu; mais la réalité la plus prodigieuse est que, bien avant, c’est tout d’abord Dieu qui se préoccupe pour notre vie, qui veut la relever, et pour ce faire, il nous appelle par notre nom, en reconnaissant le visage personnel de chacun. Chaque homme est une histoire d’amour que Dieu écrit sur cette terre. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu. Dieu appelle chacun de nous par son propre nom: il nous connaît par notre nom, il nous regarde, il nous attend, il nous pardonne, il a de la patience avec nous. Est-ce vrai ou n’est-ce pas vrai? Chacun de nous fait cette expérience.
Et Jésus l’appelle: «Marie!»: la révolution de sa vie, la révolution destinée à transformer l’existence de chaque homme et femme, commence par un nom qui retentit dans le jardin du sépulcre vide. Les Evangiles nous décrivent le bonheur de Marie: la résurrection de Jésus n’est pas une joie donnée au compte-goutte, mais une cascade qui renverse toute la vie. L’existence chrétienne n’est pas tissée de doux bonheurs, mais de vagues qui emportent tout. Essayez de penser vous aussi, en cet instant, avec le bagage de déceptions, et d’échecs que chacun de nous porte dans son cœur, qu’il y a un Dieu proche de nous qui nous appelle par notre nom et nous dit: «Relève-toi, arrête de pleurer, car je suis venu te libérer!». Cela est beau.
Jésus n’est pas quelqu’un qui s’adapte au monde, en tolérant que dans celui-ci se poursuivent la mort, la tristesse, la haine, la destruction morale des personnes… Notre Dieu n’est pas inerte, mais notre Dieu — je me permets le mot — est un rêveur: il rêve de la transformation du monde, et il l’a réalisée dans le mystère de la Résurrection.
Marie voudrait embrasser son Seigneur, mais Lui est désormais tourné vers le Père céleste, alors qu’elle est invitée à apporter l’annonce à ses frères. Et ainsi, cette femme qui, avant de rencontrer Jésus, était en proie au malin (cf. Lc 8, 2), est à présent devenue apôtre de la nouvelle et plus grande espérance. Que son intercession nous aide à vivre nous aussi cette expérience: à l’heure des pleurs, et à l’heure de l’abandon, entendre Jésus Ressuscité qui nous appelle par notre nom, et avec le cœur plein de joie aller annoncer: «J’ai vu le Seigneur!» (v. 18). J’ai changé de vie parce que j’ai vu le Seigneur! A présent, je suis différent d’avant, je suis une autre personne. J’ai changé parce que j’ai vu le Seigneur. Cela est notre force et cela est notre espérance. Merci.

 

PAPE FRANÇOIS – MARIE, MÈRE DE L’ESPÉRANCE.

17 mai, 2017

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PAPE FRANÇOIS – MARIE, MÈRE DE L’ESPÉRANCE.

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 10 mai 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le long de notre itinéraire de catéchèse sur l’espérance chrétienne, nous nous tournons aujourd’hui vers Marie, Mère de l’espérance. Marie a traversé plus d’une nuit sur son chemin de mère. Dès sa première apparition dans l’histoire des Evangiles, sa figure se distingue comme s’il s’agissait du personnage d’un drame. Il n’était pas facile de répondre par un «oui» à l’invitation de l’ange: pourtant, femme encore dans la fleur de la jeunesse, elle répond avec courage, bien qu’elle ne sache rien du destin qui l’attend. A cet instant, Marie nous apparaît comme l’une des nombreuses mères de notre monde, courageuses jusqu’à l’extrême, quand il s’agit d’accueillir dans leur sein l’histoire d’un homme nouveau qui naît.
Ce «oui» est le premier passage d’une longue liste d’obéissances — une longue liste d’obéissances! — qui accompagneront son itinéraire de mère. Ainsi, Marie apparaît dans les Evangiles comme une femme silencieuse, qui souvent, ne comprend pas tout ce qui se passe autour d’elle, mais qui médite chaque parole et chaque événement dans son cœur.
Cette disposition laisse apparaître un très bel aspect de la psychologie de Marie: ce n’est pas une femme qui déprime devant les incertitudes de la vie, en particulier quand rien ne semble aller comme il faut. Ce n’est pas non plus une femme qui proteste avec violence, qui se lamente du destin de la vie qui nous révèle souvent un visage hostile. C’est en revanche une femme qui écoute: n’oubliez pas qu’il y a toujours un grand rapport entre l’espérance et l’écoute, et Marie est une femme qui écoute. Marie accueille l’existence de la façon dont elle se présente à nous, avec ses jours heureux, mais également avec ses tragédies que nous voudrions ne jamais avoir croisées. Jusqu’à la nuit suprême de Marie, quand son Fils est cloué au bois de la croix.
Jusqu’à ce jour, Marie avait presque disparu de la trame des Evangiles: les écrivains sacrés laissent entrevoir cette lente éclipse de sa présence, son silence devant le mystère d’un Fils qui obéit au Père. Mais Marie réapparaît précisément au moment crucial: quand une bonne partie des amis se sont enfuis par peur. Les mères ne trahissent pas, et à cet instant, au pied de la croix, aucun de nous ne peut dire quelle a été la passion la plus cruelle: si c’est celle d’un homme innocent qui meurt sur le bois de la croix, ou l’agonie d’une mère qui accompagne les derniers instants de la vie de son fils. Les Evangiles sont laconiques et extrêmement discrets. Ils enregistrent par un simple verbe la présence de la Mère: elle «se tenait» (Jn 19, 25), Elle se tenait. Ils ne disent rien de sa réaction: si elle pleurait, si elle ne pleurait pas… rien; pas même une esquisse de description de sa douleur: l’imagination de poètes et de peintres allait ensuite se déverser sur ces détails, nous offrant des images qui sont entrées dans l’histoire de l’art et de la littérature. Mais les Evangiles disent seulement: elle «se tenait». Elle se tenait là, au moment le plus terrible, au moment le plus cruel, et souffrait avec son fils. «Elle se tenait». Marie «se tenait», simplement elle était là. La voici de nouveau, la jeune femme de Nazareth, les cheveux désormais gris à cause du temps qui passe, encore aux prises avec un Dieu qui doit être uniquement embrassé, et avec une vie qui est arrivée au seuil de l’obscurité la plus épaisse. Marie «se tenait» dans l’obscurité la plus épaisse, mais elle «se tenait». Elle n’est pas partie. Marie est là, fidèlement présente, chaque fois qu’il faut tenir une bougie allumée dans un lieu de brume et de brouillard. Elle ne connaît pas même le destin de résurrection que son Fils ouvrait à cet instant pour tous les hommes: elle était là par fidélité au projet de Dieu dont elle s’est proclamée la servante le premier jour de sa vocation, mais également en raison de son instinct de mère qui souffre simplement, chaque fois qu’il y a un enfant qui traverse une passion. Les souffrances des mères: nous avons tous connu des femmes fortes, qui ont affronté tant de souffrances de leurs enfants!
Nous la retrouverons au premier jour de l’Eglise, elle, mère d’espérance, au milieu de cette communauté de disciples si fragiles: l’un avait renié, de nombreux autres avaient fui, tous avaient eu peur (cf. Ac 1, 14). Mais elle se tenait simplement là, de la façon la plus normale, comme si c’était une chose entièrement naturelle: dans la première Eglise enveloppée par la lumière de la Résurrection, mais également par les tremblement des premiers pas qu’elle devait accomplir dans le monde.
Pour cela, nous l’aimons tous comme une Mère. Nous ne sommes pas orphelins: nous avons une Mère au ciel, qui est la Sainte Mère de Dieu. Afin qu’elle nous enseigne la vertu de l’attente, même quand tout apparaît privé de sens: elle semble confiante dans le mystère de Dieu, même quand il semble s’éclipser à cause du mal du monde. Que dans les moments de difficultés, Marie, la Mère que Jésus nous a offerte à tous, puisse toujours soutenir nos pas, puisse toujours dire à notre cœur: «Lève-toi! Regarde de l’avant, regarde l’horizon», parce qu’Elle est Mère de l’espérance. Merci.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (MT 28,20)

4 mai, 2017

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (MT 28,20)

Place Saint-Pierre

Mercredi 26 avril 2017

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(Pope Francis in Egypt)

Chers frères et sœurs, bonjour!

«Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde» (Mt 28, 20). Ces dernières paroles de l’Evangile de Matthieu rappellent l’annonce prophétique que nous trouvons au début: on l’appellera du nom d’Emmanuel, qui se traduit par: Dieu avec nous» (Mt 1, 23; cf. Is 7, 14). Dieu sera avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Jésus marchera avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Tout l’Evangile est contenu dans ces deux citations, des paroles qui communiquent le mystère de Dieu, dont le nom, dont l’identité est être-avec: ce n’est pas un Dieu isolé, c’est un Dieu-avec, en particulier avec nous, c’est-à-dire avec la créature humaine. Notre Dieu n’est pas un Dieu absent, séquestré par un ciel très lointain: c’est au contraire un Dieu «passionné» de l’homme, si tendrement aimant qu’on ne peut se séparer de lui. Nous, humains, sommes habiles à couper les liens et les ponts. Lui, au contraire, non. Si notre cœur se refroidit, le sien reste toujours incandescent. Notre Dieu nous accompagne toujours, même si par malheur nous devions l’oublier. Sur la crête qui sépare l’incrédulité de la foi, la découverte d’être aimés et accompagnés par notre Père, de ne jamais être laissés seuls par Lui, est décisive.
Notre existence est un pèlerinage, un chemin. Même ceux qui sont mus par une espérance simplement humaine, perçoivent la séduction de l’horizon, qui les pousse à explorer des mondes qu’ils ne connaissent pas encore. Notre âme est une âme migrante. La Bible est pleine d’histoires de pèlerins et de voyageurs. La vocation d’Abraham commence par ce commandement: «Quitte ton pays» (Gn 12, 1). Et le patriarche quitte cette région du monde qu’il connaissait bien et qui était l’un des berceaux de la civilisation de son époque. Tout s’opposait au bon sens de ce voyage. Pourtant, Abraham part. On ne devient pas des hommes et des femmes mûrs si l’on ne perçoit pas l’attirance de l’horizon: cette limite entre le ciel et la terre qui demande à être atteinte par un peuple de marcheurs.
Sur son chemin dans le monde, l’homme n’est jamais seul. En particulier, le chrétien ne se sent jamais abandonné, parce que Jésus nous assure qu’il ne nous attendra pas seulement au terme de notre long voyage, mais qu’il nous accompagnera chacun de nos jours.
Jusqu’à quand durera l’attention de Dieu à l’égard de l’homme? Jusqu’à quand le Seigneur Jésus, qui marche avec nous, jusqu’à quand prendra-t-il soin de nous? La réponse de l’Evangile ne laisse aucun doute: jusqu’à la fin du monde! Les cieux passeront, la terre passera, les espérances humaines seront effacées, mais la Parole de Dieu est plus grande que tout et ne passera pas. Et Lui sera le Dieu avec nous, le Dieu Jésus qui marche avec nous. Il n’y aura pas de jour de notre vie où nous cesserons d’être une préoccupation pour le cœur de Dieu. Mais certains pourraient dire: «Mais que dites-vous donc?». Je dis cela: il n’y aura pas de jour dans notre vie où nous cesserons d’être une préoccupation pour le cœur de Dieu. Il se préoccupe de nous, et marche avec nous. Et pourquoi fait-il cela? Simplement parce qu’il nous aime. Comprenez-vous cela? Il nous aime! Et Dieu répondra certainement à tous nos besoins, il ne nous abandonnera pas à l’heure de l’épreuve et de l’obscurité. Cette certitude doit s’enraciner dans notre âme pour ne jamais s’éteindre. Certains l’appellent par le nom de «Providence». C’est-à-dire la proximité de Dieu, l’amour de Dieu, Dieu qui marche avec nous s’appelle aussi la «Providence de Dieu»: il pourvoit à notre vie.
Ce n’est pas par hasard si parmi les symboles chrétiens de l’espérance, il y en a un que j’aime beaucoup: l’ancre. Elle exprime que notre espérance n’est pas vague; elle ne doit pas être confondue avec le sentiment changeant de qui veut améliorer les choses de ce monde de façon velléitaire, en s’appuyant sur sa seule force de volonté. L’espérance chrétienne, en effet, trouve son origine non pas dans l’attraction du futur, mais dans la sécurité de ce que Dieu nous a promis et a réalisé en Jésus Christ. S’il nous a assuré de ne jamais nous abandonner, si le début de chaque vocation est un «Suis-moi», avec lequel Il nous assure de rester toujours devant nous, pourquoi alors avoir peur? Avec cette promesse, les chrétiens peuvent marcher partout. Même en traversant des portions de monde blessé, où les choses ne vont pas bien, nous sommes parmi ceux qui continuent là aussi d’espérer. Le psaume dit: «Passerais-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal car tu es près de moi» (Ps 23, 4). C’est précisément là où règne l’obscurité qu’il faut garder une lumière allumée. Revenons à l’ancre. Notre foi est l’ancre au ciel. Notre vie est ancrée au ciel. Que devons-nous faire? Nous agripper à la corde: elle est toujours là. Et nous allons de l’avant car nous sommes certains que notre vie a comme une ancre dans le ciel, sur la rive où nous arriverons.
Certes, si nous ne nous reposions que sur nos forces, nous aurions raison de nous sentir déçus et vaincus, parce que souvent, le monde se révèle réfractaire aux lois de l’amour. Il préfère, tant de fois, les lois de l’égoïsme. Mais si survit en nous la certitude que Dieu ne nous abandonne pas, alors la perspective change immédiatement. «Homo viator, spe erectus», disaient les anciens. Le long du chemin la promesse de Jésus, «Je suis avec vous», nous fait rester debout, avec espérance, certains que le bon Dieu est déjà à l’œuvre pour réaliser ce qui semble humainement impossible, parce que l’ancre est sur la plage du ciel.
Le saint peuple fidèle de Dieu est constitué de gens qui sont debout — «homo viator» — et qui marchent, mais debout, «erectus», et qui marchent dans l’espérance. Et partout où il va, il sait que l’amour de Dieu l’a précédé: il n’y a pas de région du monde qui échappe à la victoire du Christ ressuscité. Et quelle est la victoire du Christ ressuscité? La victoire de l’amour. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le groupe des Œuvres Pontificales Missionnaires, avec le Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon, ainsi que la Communauté de l’Arche de Jean Vanier, de Cognac, et tous les pèlerins venus de France et de Belgique.
Nous sommes le peuple de Dieu en pèlerinage à la suite du Christ ressuscité, et nous savons que son amour nous précède, même dans les situations les plus difficiles. Je vous invite à porter cette lumière tout autour de vous.

Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS 19 (CHRIST RESSUSCITÉ, NOTRE ESPÉRANCE) (cf. 1 Co 15)

26 avril, 2017

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PAPE FRANÇOIS 19 (CHRIST RESSUSCITÉ, NOTRE ESPÉRANCE) (cf. 1 Co 15)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 19 avril 2017

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Descente aux enfers (Basilique San Clemente, Rome)

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous nous rencontrons aujourd’hui dans la lumière de la Pâque, que nous avons célébrée et que nous continuons à célébrer avec la liturgie. C’est pourquoi, dans notre itinéraire de catéchèses sur l’espérance chrétienne, je désire aujourd’hui vous parler du Christ Ressuscité, notre espérance, tel que le présente saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (cf. chap. 15).
L’apôtre veut résoudre une problématique qui était certainement au cœur des discussions de la communauté de Corinthe. La résurrection est le dernier thème affronté dans la lettre, mais probablement, par ordre d’importance, il est le premier: tout repose en effet sur ce présupposé.
En s’adressant à ses chrétiens, Paul part d’un fait irréfutable, qui n’est pas le résultat de la réflexion d’un homme sage quelconque, mais un fait, un simple fait qui a eu lieu dans la vie de certaines personnes. Le christianisme naît de là. Ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas un système philosophique, mais c’est un chemin de foi qui part d’un événement, témoigné par les premiers disciples de Jésus. Paul le résume de cette manière: Jésus est mort pour nos péchés, il fut enseveli, et le troisième jour, il est ressuscité et il est apparu à Pierre et aux Douze (cf. 1 Co 15, 3-5). Tel est le fait: il est mort, il est enseveli, il est ressuscité et il est apparu. C’est à dire que Jésus est vivant! Tel est le noyau du message chrétien.
En annonçant cet événement, qui est le noyau central de la foi, Paul insiste surtout sur le dernier élément du mystère pascal, c’est-à-dire sur le fait que Jésus est ressuscité. En effet, si tout avait fini avec la mort, nous aurions en Lui un exemple de dévouement suprême, mais cela ne pourrait pas engendrer notre foi. Il a été un héros. Non! Il est mort, mais il est ressuscité. Parce que la foi naît de la résurrection. Accepter que le Christ soit mort, et qu’il soit mort crucifié, n’est pas un acte de foi, c’est un fait historique. En revanche, croire qu’il est ressuscité, cela l’est. Notre foi naît le matin de Pâques. Paul fait une liste des personnes auxquelles Jésus apparut (cf. vv. 5-7). Nous avons là une petite synthèse de tous les récits pascals et de toutes les personnes qui sont entrées en contact avec le Ressuscité. En haut de la liste, il y a Céphas, c’est-à-dire Pierre, et le groupe des Douze, ensuite les «cinq cents frères», dont un grand nombre pouvaient encore rendre leur témoignage, ensuite Jacques est cité. Le dernier de la liste — comme le moins digne de tous — est lui-même. Paul dit de lui-même: «Comme un avorton» (cf. v. 8).
Paul utilise cette expression parce que son histoire personnelle est dramatique: il n’était pas un enfant de chœur, mais un persécuteur de l’Eglise, orgueilleux de ses propres convictions; il se sentait un homme abouti, avec une idée très claire de ce qu’était la vie avec ses devoirs. Mais dans ce cadre parfait — tout était parfait chez Paul, il savait tout — dans ce cadre parfait de sa vie, eut lieu un jour ce qui était absolument imprévisible: la rencontre avec Jésus ressuscité, sur le chemin de Damas. Là, il n’y eut pas seulement un homme qui tombe à terre: il y eut une personne saisie par un événement qui devait bouleverser le sens de sa vie. Et le persécuteur devint apôtre, pourquoi? Parce que j’ai vu Jésus vivant! J’ai vu Jésus Christ ressuscité! C’est le fondement de la foi de Paul, comme de la foi des autres apôtres, comme de la foi de l’Eglise, comme de notre foi.
Qu’il et beau de penser que le christianisme est essentiellement cela! Ce n’est pas tant notre recherche à l’égard de Dieu — une recherche, à la vérité, si tâtonnante —, mais plutôt la recherche de Dieu à notre égard. Jésus nous a pris, il nous a saisis, il nous a conquis pour ne plus nous laisser. Le christianisme est grâce, il est surprise, et c’est pourquoi il présuppose un cœur capable d’émerveillement. Un cœur fermé, un cœur rationaliste est incapable d’émerveillement, et ne peut pas comprendre ce qu’est le christianisme. Parce que le christianisme est grâce, et la grâce se perçoit seulement et, de plus, elle se rencontre dans l’émerveillement de la rencontre.
Alors, même si nous sommes pécheurs — nous le sommes tous —, si nos intentions de bien sont restées sur le papier, ou bien si, en regardant notre vie, nous nous apercevons que nous avons accumulé tant d’échecs… Le matin de Pâques, nous pouvons faire comme ces personnes dont parle l’Evangile: aller au tombeau du Christ, voir la grande pierre roulée et penser que Dieu est en train de réaliser pour moi, pour nous tous, un avenir inattendu. Aller à notre tombeau: nous en avons tous un petit en nous. Aller là, et voir que Dieu est capable de ressusciter de là. Là, il y a le bonheur, là, il y a la joie, la vie, où tous pensaient qu’il n’y avait que la tristesse, la défaite et les ténèbres. Dieu fait grandir ses fleurs les plus belles au milieu des pierres les plus sèches.
Etre chrétiens signifie ne pas partir de la mort, mais de l’amour de Dieu pour nous, qui a vaincu notre ennemi implacable. Dieu est plus grand que le néant, et une bougie allumée suffit pour vaincre la plus obscure des nuits. Paul s’écrie, faisant écho aux prophètes: «O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon?» (v. 55). En ces jours de Pâques, nous portons ce cri dans notre cœur. Et si on nous demande la raison de notre sourire donné et de notre partage patient, alors nous pourrons répondre que Jésus est encore là, qu’il continue à être vivant parmi nous, que Jésus est encore ici, qu’il continue à être vivant, que Jésus est ici, sur la place, avec nous: vivant et ressuscité.

PAPE FRANÇOIS – LA PRIÈRE DE LOUANGE

25 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2014/documents/papa-francesco-cotidie_20140128.html

PAPE FRANÇOIS – LA PRIÈRE DE LOUANGE

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Mardi 28 janvier 2014

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 7 du 13 février 2014)

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la danse de Miriam

Difficile de justifier qui a honte de chanter la louange du Seigneur, alors qu’il se laisse ensuite aller à exulter bruyamment pour un but marqué par son équipe préférée. Tel est le sens de l’homélie de la Messe célébrée dans la chapelle Sainte-Marthe. Le Pape François s’est arrêté sur la description de la fête improvisée par David pour le retour de l’arche d’alliance telle que racontée dans la première lecture de la liturgie du jour (2 Samuel 6, 12-15 .17-19). Louer Dieu « est totalement gratuit », a-t-il dit. « Nous ne demandons pas, nous ne remercions pas. Nous louons : tu es grand. “Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit…”. De tout cœur nous disons ces mots. C’est aussi un acte de justice, parce qu’il est grand, il est notre Dieu. Pensons à une belle question que nous pouvons nous poser aujourd’hui : “Comment va ma prière de louange aujourd’hui ? Sais-je louer le Seigneur ? Ou lorsque je prie le Gloria ou le Sanctus je le fais uniquement avec la bouche et pas avec tout le cœur ? Que me dit David en dansant ? Et Sarah qui danse de joie ? Quand David entre en ville, une autre chose commence : une fête. La joie de la louange qui porte à la joie de la fête ». Une fête qui s’élargit ensuite à la famille, « chacun — c’est l’image proposée par le Pape — chez lui à manger le pain, à faire la fête ». Mais quand David rentre au Palais, il doit affronter les reproches et le mépris de Michal, la fille du roi Saul : « “Mais n’as-tu pas honte de ce que tu as fait ? Comment faire cette chose, danser devant tout le monde, toi le roi ? N’as-tu pas honte ?”. Moi je me demande combien de fois nous méprisons dans nos cœurs des personnes bonnes, des gens de bien qui louent le Seigneur » ainsi, de façon spontanée, comme cela leur vient, sans suivre des attitudes formelles. Mais dans la Bible, a rappelé le Pape, on lit « que Michal est restée stérile toute sa vie pour cela. Que veut dire la Parole de Dieu ici ? Que la joie, que la prière de louange nous rend féconds. Sarah dansait au grand moment de sa fécondité à quatre-vingt-dix ans ! La fécondité offre la louange au Seigneur ». L’homme et la femme qui louent le Seigneur, qui prient en louant le Seigneur — et quand ils le font ils sont heureux de le dire — et qui se ré- jouissent « quand ils chantent le Sanctus lors de la Messe » sont un homme et une femme féconds. En revanche, a ajouté le Pape, ceux qui « s’enferment dans la formalité d’une prière froide, mesurée », ainsi, ils finissent peut-être comme Michal, dans la stérilité de sa formalité. Pensons et imaginons David qui danse de toutes ses forces devant le Seigneur. Pensons qu’il est beau de faire une prière de louange.

PAPE FRANÇOIS – CHRISTIAN HOPE – 16. HOPE AGAINST EVERY HOPE (CF. RM 4: 16-25)

19 avril, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170329_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – CHRISTIAN HOPE – 16. HOPE AGAINST EVERY HOPE (CF. RM 4: 16-25)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 29 mars 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le passage de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d’écouter nous fait un grand don. En effet, nous sommes habitués à reconnaître en Abraham notre père dans la foi; aujourd’hui, l’apôtre nous fait comprendre qu’Abraham est pour nous père dans l’espérance; pas seulement père de la foi, mais père dans l’espérance. Et cela parce que dans sa vie, nous pouvons saisir une annonce de la Résurrection, de la vie nouvelle qui vainc le mal et la mort elle-même.
Dans le texte, on dit qu’Abraham crut dans le Dieu «qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence» (Rm 4, 17); puis il précise: «C’est d’une foi sans défaillance qu’il considéra son corps déjà mort et le sein de Sara, mort également» (Rm 4, 19). Telle est l’expérience que nous sommes appelés à vivre nous aussi. Le Dieu qui se révèle à Abraham est le Dieu qui sauve, le Dieu qui fait sortir du désespoir et de la mort, le Dieu qui appelle à la vie. Dans l’existence d’Abraham, tout devient un hymne au Dieu qui libère et régénère, tout devient prophétie. Et cela le devient pour nous qui reconnaissons et célébrons à présent l’accomplissement de tout cela dans le mystère de la Pâque. En effet, Dieu «ressuscita d’entre les morts Jésus» (Rm 4, 24), afin que nous aussi, nous puissions passer en Lui de la mort à la vie. Et alors Abraham peut véritablement se dire «père d’une multitude de peuples», dans la mesure où il resplendit comme annonce d’une humanité nouvelle — nous! — rachetée par le Christ du péché et de la mort et introduite une fois pour toutes dans l’étreinte de l’amour de Dieu.
Dès lors, Paul nous aide à comprendre le lien très étroit entre la foi et l’espérance. En effet, il affirme qu’Abraham «espérant contre toute espérance, crut» (Rm 4, 18). Notre espérance ne tient pas sur des raisonnements, des prévisions et des assurances humaines; et elle se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, où il n’y a plus rien en quoi espérer, précisément comme ce fut le cas d’Abraham, face à sa mort imminente et à la stérilité de sa femme Sara. La fin s’approchait pour eux, ils ne pouvaient pas avoir d’enfants, et dans cette situation, Abraham crut et a eu de l’espérance contre toute espérance. Et cela est grand! La grande espérance s’enracine dans la foi, et précisément pour cela elle est capable d’aller au-delà de toute espérance. Oui, parce qu’elle ne se fonde pas sur notre parole, mais sur la Parole de Dieu. Dans ce sens également alors, nous sommes appelés à suivre l’exemple d’Abraham qui, même face à l’évidence d’une réalité qui semble vouée à la mort, se fie à Dieu, «certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l’accomplir» (Rm 4, 21). Je voudrais vous poser une question: nous, nous tous, sommes-nous convaincus de cela? Sommes-nous convaincus que Dieu nous aime et qu’il est disposé à accomplir tout ce qu’il a promis? Mais père, combien devons-nous payer pour cela? Il y a un seul prix: «ouvrir notre cœur». Ouvrez vos cœurs et cette force de Dieu vous portera de l’avant, fera des choses miraculeuses et vous enseignera ce qu’est l’espérance. Le seul prix est celui-ci: ouvrir notre cœur à la foi et Il fera le reste.
Cela est le paradoxe et dans le même temps l’élément le plus fort, le plus élevé de notre espérance! Une espérance fondée sur une promesse qui, du point de vue humain, semble incertaine et imprévisible, mais qui ne faillit pas, même face à la mort, quand c’est le Dieu de la résurrection et de la vie qui promet. Celui qui le promet n’est pas n’importe qui! Celui qui promet est le Dieu de la Résurrection et de la vie.
Chers frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de rester bien ancrés non pas tant sur nos sécurités, sur nos capacités, mais sur l’espérance qui jaillit de la promesse de Dieu, comme de véritables fils d’Abraham. Quand Dieu promet, il accomplit ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole. Notre vie assumera alors une lumière nouvelle, dans la conscience que Celui qui a ressuscité son Fils nous ressuscitera aussi et fera de nous véritablement un avec Lui, avec tous nos frères dans la foi. Nous croyons tous. Aujourd’hui nous sommes tous sur la place, nous louons le Seigneur, nous chanterons le Notre Père, puis nous recevrons la bénédiction… Mais cela passe. Mais cela est également une promesse d’espérance. Si nous avons aujourd’hui le cœur ouvert, je vous assure que nous nous rencontrerons tous sur la place du Ciel qui dure pour toujours. Voilà la promesse de Dieu et cela est notre espérance, si nous ouvrons nos cœurs. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes venus de France ainsi que l’Association des Paralysés de France et la Communauté de la Source.
Alors que nous nous préparons à célébrer la mort et la résurrection de Jésus, ayons toujours la ferme espérance de ressusciter un jour avec lui. Que cette espérance nous donne la force de persévérer sur le chemin de notre vie.

Que Dieu vous bénisse.

VEILLÉE PASCALE EN LA NUIT SAINTE 2017- HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

16 avril, 2017

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VEILLÉE PASCALE EN LA NUIT SAINTE – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique vaticane

Samedi saint, 15 avril 2017

« Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre » (Mt 28, 1). Nous pouvons imaginer ces pas… : le pas typique de celui qui va au cimetière, un pas fatigué de confusion, un pas affaibli de celui qui ne se convainc pas que tout soit fini de cette manière… Nous pouvons imaginer leurs visages pâles, baignés de larmes… Et la question : comment est-ce possible que l’Amour soit mort ?
À la différence des disciples, elles sont là – comme elles ont accompagné le dernier soupir du Maître sur la croix et puis Joseph d’Arimathie pour lui donner une sépulture – ; deux femmes capables de ne pas fuir, capables de résister, d’affronter la vie telle qu’elle se présente et de supporter la saveur amère des injustices. Et les voici, devant le sépulcre, entre la douleur et l’incapacité de se résigner, d’accepter que tout doive finir ainsi pour toujours.
Et si nous faisons un effort d’imagination, dans le visage de ces femmes, nous pouvons trouver les visages de nombreuses mères et grand-mères, le visage d’enfants et de jeunes qui supportent le poids et la douleur de tant d’injustices si inhumaines. Nous voyons reflétés en eux les visages de ceux qui, marchant par la ville, sentent la douleur de la misère, la douleur de l’exploitation et de la traite. En eux, nous voyons aussi les visages de ceux qui font l’expérience du mépris, parce qu’ils sont immigrés, orphelins de patrie, de maison, de famille ; les visages de ceux dont le regard révèle solitude et abandon, parce qu’ils ont les mains trop rugueuses. Elles reflètent le visage de femmes, de mères qui pleurent en voyant que la vie de leurs enfants reste ensevelie sous le poids de la corruption qui prive de droits et brise de nombreuses aspirations, sous l’égoïsme quotidien qui crucifie et ensevelit l’espérance de beaucoup, sous la bureaucratie paralysante et stérile qui ne permet pas que les choses changent. Dans leur douleur, elles ont le visage de tous ceux qui, en marchant par la ville, voient leur dignité crucifiée.
Dans le visage de ces femmes, il y a de nombreux visages, peut-être trouvons-nous ton visage et le mien. Comme elles, nous pouvons nous sentir poussés à marcher, à ne pas nous résigner au fait que les choses doivent finir ainsi. Certes, nous portons en nous une promesse et la certitude de la fidélité de Dieu. Mais aussi nos visages parlent de blessures, parlent de nombreuses infidélités – les nôtres et celles des autres – parlent de tentatives et de batailles perdues. Notre cœur sait que les choses peuvent être autres, mais sans nous en rendre compte, nous pouvons nous habituer à cohabiter avec le sépulcre, à cohabiter avec la frustration. De plus, nous pouvons arriver à nous convaincre que c’est la loi de la vie, en nous anesthésiant grâce à des évasions qui ne font rien d’autre qu’éteindre l’espérance mise par Dieu dans nos mains. Ainsi sont, tant de fois, nos pas, ainsi est notre marche, comme celle de ces femmes, une marche entre le désir de Dieu et une triste résignation. Ce n’est pas uniquement le Maître qui meurt : avec lui meurt notre espérance.
« Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre » (Mt 28, 2). Subitement, ces femmes ont reçu une forte secousse, quelque chose et quelqu’un a fait trembler la terre sous leurs pieds. Quelqu’un, encore une fois, est venu à leur rencontre pour leur dire : ‘‘N’ayez pas peur’’, mais cette fois-ci en ajoutant : ‘‘Il est ressuscité comme il l’avait dit’’. Et voici l’annonce dont, de génération en génération, cette Nuit nous fait le don : N’ayons pas peur, frères, il est ressuscité comme il avait dit ! La vie arrachée, détruite, annihilée sur la croix s’est réveillée et arrive à frémir de nouveau (Cf. R. Guardini, Il Signore, Milano, 1984, p. 501). Le fait que le Ressuscité frémit s’offre à nous comme un don, comme un cadeau, comme un horizon. Le fait que le Ressuscité frémit est ce qui nous est donné et qu’il nous est demandé de donner à notre tour comme force transformatrice, comme ferment d’une nouvelle humanité. Par la Résurrection, le Christ n’a pas seulement ôté la pierre du sépulcre, mais il veut aussi faire sauter toutes les barrières qui nous enferment dans nos pessimismes stériles, dans nos mondes de calculs conceptuels qui nous éloignent de la vie, dans nos recherches obsessionnelles de sécurité et dans les ambitions démesurées capables de jouer avec la dignité des autres.
Lorsque le Grand Prêtre, les chefs religieux en complicité avec les romains avaient cru pouvoir tout calculer, lorsqu’ils avaient cru que le dernier mot était dit et qu’il leur revenait de le déterminer, Dieu fait irruption pour bouleverser tous les critères et offrir ainsi une nouvelle possibilité. Dieu, encore une fois, vient à notre rencontre pour établir et consolider un temps nouveau, le temps de la miséricorde. C’est la promesse faite depuis toujours, c’est la surprise de Dieu pour son peuple fidèle : réjouis-toi, car ta vie cache un germe de résurrection, un don de vie qui attend d’être réveillé.
Et voici ce que cette nuit nous appelle à annoncer : le frémissement du Ressuscité, Christ est vivant ! Et c’est ce qui a changé le pas de Marie Madeleine et de l’autre Marie : c’est ce qui les fait repartir en hâte et les fait courir pour apporter la nouvelle (cf. Mt 28, 8) ; c’est ce qui les fait revenir sur leurs pas et sur leurs regards ; elles retournent en ville pour rencontrer les autres.
Comme avec elles, nous sommes entrés dans le sépulcre, ainsi avec elles, je vous invite à aller, à revenir en ville, à revenir sur nos propres pas, sur nos regards. Allons avec elles annoncer la nouvelle, allons… Partout où il semble que le tombeau a eu le dernier mot et où il semble que la mort a été l’unique solution. Allons annoncer, partager, révéler que c’est vrai : le Seigneur est vivant. Il est vivant et veut ressusciter dans beaucoup de visages qui ont enseveli l’espérance, ont enseveli les rêves, ont enseveli la dignité. Et si nous ne sommes pas capables de laisser l’Esprit nous conduire par ce chemin, alors nous ne sommes pas chrétiens.
Allons et laissons-nous surprendre par cette aube différente, laissons-nous surprendre par la nouveauté que seul le Christ peut offrir. Laissons sa tendresse et son amour guider nos pas, laissons le battement de son cœur transformer notre faible frémissement.

 

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