Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS AUDIENCE'

PAPE FRANÇOIS – « Il lui annonça Jésus » (Actes 8:35). Filippo et la « course » de l’Evangile sur de nouvelles routes.

9 octobre, 2019

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St-Peter-healing-a-cripple.

Saint Pierre guérit un infirme

PAPE FRANÇOIS – « Il lui annonça Jésus » (Actes 8:35). Filippo et la « course » de l’Evangile sur de nouvelles routes.

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 2 octobre 2019

Chers frères et sœurs!

Après le martyre de saint Etienne, la «course» de la Parole de Dieu semble subir un temps d’arrêt, à cause du déchaînement d’«une violente persécution [...] contre l’Eglise de Jérusalem» (Ac 8, 1). A la suite de cela, les apôtres restent à Jérusalem, alors que de nombreux chrétiens se dispersent dans d’autres lieux de la Judée et de la Samarie.
Dans le livre des Actes, la persécution apparaît comme l’état permanent de la vie des disciples, en accord avec ce qu’a dit Jésus: «S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront» (Jn 15, 20). Mais la persécution, au lieu d’éteindre le feu de l’évangélisation, le nourrit encore davantage.
Nous avons entendu ce qu’a fait le diacre Philippe qui commence à évangéliser les villes de Samarie, et les signes de libération et de guérison qui accompagnent l’annonce de la Parole sont nombreux. Dès lors, l’Esprit Saint marque une nouvelle étape du voyage de l’Evangile: il pousse Philippe à aller à la rencontre d’un étranger au cœur ouvert à Dieu. Philippe se lève et part avec ardeur et, sur une route déserte et dangereuse, il rencontre un haut fonctionnaire de la reine d’Ethiopie, administrateur de ses trésors. Cet homme, un eunuque, après avoir été à Jérusalem pour le culte, est en train de revenir dans son pays. C’était un prosélyte juif de l’Ethiopie. Assis sur son char, il lit le rouleau du prophète Isaïe, en particulier le quatrième chant du «serviteur du Seigneur».
Philippe s’approche du char et lui demande: «Comprends-tu donc ce que tu lis?» (Ac 8, 30). L’Ethiopien répond: «Et comment le pourrais-je si personne ne me guide?» (Ac 8, 31). Cet homme puissant reconnaît avoir besoin d’être guidé pour comprendre la Parole de Dieu. C’était un grand banquier, il était ministre de l’économie, il avait tout le pouvoir de l’argent, mais il savait que sans l’explication il ne pouvait pas comprendre, il était humble.
Et ce dialogue entre Philippe et l’Ethiopien fait réfléchir également sur le fait qu’il ne suffit pas de lire l’Ecriture, il faut en comprendre le sens, trouver le «suc» en allant au-delà de l’«écorce», puiser l’Esprit qui anime la lettre. Comme le dit le Pape Benoît au début du synode sur la Parole de Dieu, «l’exégèse, la vraie lecture de l’Ecriture Sainte, n’est pas seulement un phénomène littéraire […]. Elle est le mouvement de mon existence» (Méditation, 6 octobre 2008). Entrer dans la Parole de Dieu, c’est être disposé à sortir de ses propres limites pour rencontrer Dieu et se configurer au Christ qui est la Parole vivante du Père.
Qui est donc le protagoniste de ce que lisait l’Ethiopien? Philippe offre la clé de lecture à son interlocuteur: ce serviteur doux qui souffre, qui ne réagit pas au mal par le mal et qui, bien que considéré comme un perdant stérile qu’on élimine à la fin, libère le peuple de l’iniquité et porte du fruit pour Dieu, est précisément ce Christ que Philippe et toute l’Eglise annoncent! Qui avec la Pâque nous a tous rachetés. Finalement, l’Ethiopien reconnaît le Christ et demande le baptême et professe la foi dans le Seigneur Jésus. Ce récit est beau, mais qui a poussé Philippe à aller dans le désert pour rencontrer cet homme? Qui a poussé Philippe à s’approcher du char? C’est l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est le protagoniste de l’évangélisation. «Père, je vais évangéliser» — «Oui, que fais-tu?» — «Ah, j’annonce l’Evangile et je cherche à convaincre les gens que Jésus est Dieu». Mon cher, cela n’est pas de l’évangélisation; s’il n’y a pas l’Esprit Saint, il n’y a pas d’évangélisation. Cela peut être du prosélytisme, de la publicité… Mais l’évangélisation, c’est te laisser guider par l’Esprit Saint, que ce soit Lui qui te pousse à l’annonce, à l’annonce par le témoignage, également par le martyre, également par la parole.
Après avoir fait rencontrer l’Ethiopien et le Ressuscité — l’Ethiopien rencontre Jésus ressuscité parce qu’il comprend cette prophétie —, Philippe disparaît, l’Esprit le prend et l’envoie faire une autre chose. J’ai dit que le protagoniste de l’évangélisation est l’Esprit Saint et quel est le signe que toi chrétienne, chrétien, tu es un évangélisateur? La joie. Même dans le martyre. Et Philippe, plein de joie, alla ailleurs prêcher l’Evangile.
Que l’Esprit fasse des baptisés, des hommes et des femmes qui annoncent l’Evangile pour attirer les autres non pas à eux, mais au Christ, qui savent faire place à l’action de Dieu, qui savent rendre les autres libres et responsables face au Seigneur.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins de la paroisse de Villeneuve, le Collège Maitrise de Massabielle de Pointe-à-Pitre, le Collège Saint-Joseph de Oyonnax et le groupe de pèlerins du Diocèse de Québec. La rencontre de Philippe avec l’Ethiopien nous révèle l’importance de la compréhension de la Parole de Dieu et des sacrements pour une vie nouvelle en Dieu. Et la joie est la caractéristique de tout chrétien disciple du Christ mort et ressuscité. Que l’Esprit Saint fasse de nous des hommes et des femmes amoureux du Christ et joyeux dans l’annonce de son message d’espérance. Que Dieu vous bénisse !

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 21 août 2019 – (Atti 4, 32)

19 septembre, 2019

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spirito santo fr

Le Saint-Esprit

PAPE FRANÇOIS - AUDIENCE GÉNÉRALE – 21 août 2019 – (Atti 4, 32)

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

La communauté chrétienne naît de l’effusion surabondante de l’Esprit Saint et croît grâce au ferment du partage entre frères et sœurs dans le Christ. Il existe un dynamisme de solidarité qui édifie l’Eglise en tant que famille de Dieu, où l’expérience de la koinonia est centrale. Que veut dire ce mot étrange? C’est un mot grec qui signifie «mettre en communion», «mettre en commun», être comme une communauté, pas isolés. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne, c’est-à-dire mettre en commun, «partager», «communiquer, participer», ne pas s’isoler. Dans l’Eglise des origines, cette koinonia, cette communauté se réfère avant tout à la participation au Corps et au Sang du Christ. Pour cette raison, quand nous faisons la communion nous disons «nous nous communiquons», nous entrons en communion avec Jésus et de cette communion avec Jésus nous arrivons à la communion avec nos frères et sœurs. Et cette communion avec le Corps et le Sang du Christ qui se fait dans la Messe se traduit en union fraternelle, et donc également par ce qui est plus difficile pour nous: mettre en commun les biens et recueillir de l’argent pour la collecte en faveur de l’Eglise Mère de Jérusalem (cf. Rm 12, 13; 2 Co 8–9) et des autres Eglises. Si vous voulez savoir si vous êtes de bons chrétiens, vous devez prier, essayer de vous approcher de la communion, du sacrement de la réconciliation. Mais ce signal que ton cœur s’est converti, c’est quand la conversion arrive aux poches, combien elle touche ton propre intérêt: c’est là que l’on voit si l’on est généreux avec les autres, si l’on aide les plus faibles, les plus pauvres: Quand la conversion arrive là, soyez certains qu’il s’agit d’une vraie conversion. Si elle ne reste que dans les mots, ce n’est pas une bonne conversion.
La vie eucharistique, les prières, la prédication des apôtres et l’expérience de la communion (cf. Ac 2, 42) font des croyants une multitude de personnes qui ont — dit le Livre des Actes des apôtres — ont «un seul cœur et une seule âme» et qui ne considèrent pas ce qu’ils possèdent comme leur propriété, mais mettent tout en commun (cf. Ac 4, 32). Il s’agit d’un modèle de vie si fort, qui nous aide à être généreux et pas avares. Pour cette raison, «nul n’était dans le besoin; car tous ceux qui possédaient — dit le Livre — des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins» (Ac 4, 34-35). L’Eglise a toujours eu ce geste des chrétiens qui se dépouillaient des choses qu’ils avaient en plus, des choses qui n’étaient pas nécessaires pour les donner à ceux qui avaient besoin. Et pas seulement de l’argent: également du temps. Combien de chrétiens — vous, par exemple, ici en Italie — combien de chrétiens font du bénévolat! Mais cela est très beau! C’est une communion, partager mon temps avec les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cela, le bénévolat, les œuvres de charité, les visites aux malades; il faut toujours partager avec les autres, et ne pas chercher seulement son propre intérêt.
La communauté, ou koinonia, devient de cette façon le nouveau type de relation entre les disciples du Seigneur. Les chrétiens font l’expérience d’une nouvelle modalité d’être entre eux, de se comporter. Et c’est la modalité proprement chrétienne, au point que les païens regardaient les chrétiens et disaient: «Regardez comme ils s’aiment!». L’amour était la modalité. Mais pas un amour en paroles, pas un amour feint: l’amour des œuvres, s’aider les uns les autres, l’amour concret, le caractère concret de l’amour. Le lien avec le Christ instaure un lien entre frères qui converge et s’exprime également dans la communion des biens matériels. Oui, cette modalité d’être ensemble, cet amour de cette façon arrive jusqu’aux poches, arrive à se dépouiller également de l’obstacle de l’argent pour le donner aux autres, en allant contre son propre intérêt. Etre membres du corps de Christ rend les croyants coresponsables les uns des autres. Etre croyants en Jésus nous rend tous coresponsables les uns des autres. «Mais regarde celui-ci, le problème qu’il a: cela ne m’intéresse pas, ça le regarde». Non, parmi les chrétiens, nous ne pouvons pas dire: «Le pauvre, il a un problème à la maison, il traverse cette difficulté familiale». Mais moi, je dois prier, je l’emporte avec moi, je ne suis pas indifférent». C’est cela être chrétien. C’est pourquoi les forts soutiennent les faibles (cf. Rm 15, 1) et personne ne fait l’expérience de l’indigence qui humilie et défigure la dignité humaine, car ils vivent cette communauté: avoir le cœur en commun. Ils s’aiment. C’est le signal: l’amour concret.
Jacques, Pierre et Jean, qui sont les trois apôtres comme les «piliers» de l’Eglise de Jérusalem, établissent dans la communion que Paul et Barnabé évangélisent les païens tandis qu’eux évangéliseront les juifs, et demandent seulement, à Paul et Barnabé, quelle est la condition: ne pas oublier les pauvres, rappeler les pauvres (cf. Ga 2, 9-10). Non seulement les pauvres matériels, mais aussi les pauvres spirituels, les gens qui ont des problèmes et ont besoin de notre proximité. Un chrétien part toujours de lui-même, de son propre cœur, et s’approche des autres comme Jésus s’est approché de nous. Telle est la première communauté chrétienne.
Un exemple concret de partage et de communion des biens nous vient du témoignage de Barnabé: il possède un champ et le vend pour en verser le produit aux apôtres (cf. Ac 4, 36-37). Mais à côté de son exemple positif, en apparaît un autre, tristement négatif: Ananie et sa femme Saphire, ayant vendu un terrain, décident de n’en remettre qu’une partie aux apôtres et de garder l’autre pour eux (cf. Ac 5, 1-2). Cette tromperie interrompt la chaîne du partage gratuit, le partage serein et désintéressé et les conséquences sont tragiques, fatales (Ac 5, 5.10). L’apôtre Pierre démasque l’attitude incorrecte d’Ananie et de sa femme et lui dit: «Pourquoi satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ? [...] Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu» (Ac 5, 3-4). Nous pourrions dire qu’Ananie a menti à Dieu à cause d’une conscience isolée, d’une conscience hypocrite, c’est-à-dire à cause d’une appartenance ecclésiale «négociée», partiale et opportuniste. L’hypocrisie est le pire ennemi de cette communauté chrétienne, de cet amour chrétien: faire semblant de s’aimer mais ne rechercher que son propre intérêt.
Manquer de sincérité dans le partage, en effet, ou manquer de sincérité dans l’amour, signifie cultiver l’hypocrisie, s’éloigner de la vérité, devenir égoïstes, éteindre le feu de la communion et se destiner au gel de la mort intérieure. Celui qui se comporte de cette façon traverse l’Eglise en touriste. Il y a beaucoup de touristes dans l’Eglise qui sont toujours de passage, mais n’entrent jamais dans l’Eglise: c’est le tourisme spirituel qui leur fait croire qu’ils sont chrétiens, alors qu’ils ne sont que des touristes de catacombes. Non, nous ne devons pas être des touristes dans l’Eglise, mais frères les uns des autres. Une vie fondée uniquement sur le fait de tirer profit et avantage des situations au détriment des autres, provoque inévitablement la mort intérieure. Et combien de personnes se disent proches de l’Eglise, amis des prêtres, des évêques, alors qu’elles ne cherchent que leur propre intérêt. Voilà les hypocrisies qui détruisent l’Eglise!
Que le Seigneur — je le demande pour nous tous — répande sur nous son Esprit de tendresse, qui surmonte toute hypocrisie et met en circulation cette vérité qui nourrit la solidarité chrétienne, qui, loin d’être une activité d’assistance sociale, est l’expression incontournable de la nature de l’Eglise, mère très tendre de tous, en particulier des plus pauvres.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 août 2019 – Catéchèse sur les Actes des Apôtres: 6. « Tous étaient communs » (Actes 4:32). Communion intégrale dans la communauté des croyants.

3 septembre, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190821_udienza-generale.html

la mia e fr

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 août 2019 – Catéchèse sur les Actes des Apôtres: 6. « Tous étaient communs » (Actes 4:32). Communion intégrale dans la communauté des croyants.

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

La communauté chrétienne naît de l’effusion surabondante de l’Esprit Saint et croît grâce au ferment du partage entre frères et sœurs dans le Christ. Il existe un dynamisme de solidarité qui édifie l’Eglise en tant que famille de Dieu, où l’expérience de la koinonia est centrale. Que veut dire ce mot étrange? C’est un mot grec qui signifie «mettre en communion», «mettre en commun», être comme une communauté, pas isolés. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne, c’est-à-dire mettre en commun, «partager», «communiquer, participer», ne pas s’isoler. Dans l’Eglise des origines, cette koinonia, cette communauté se réfère avant tout à la participation au Corps et au Sang du Christ. Pour cette raison, quand nous faisons la communion nous disons «nous nous communiquons», nous entrons en communion avec Jésus et de cette communion avec Jésus nous arrivons à la communion avec nos frères et sœurs. Et cette communion avec le Corps et le Sang du Christ qui se fait dans la Messe se traduit en union fraternelle, et donc également par ce qui est plus difficile pour nous: mettre en commun les biens et recueillir de l’argent pour la collecte en faveur de l’Eglise Mère de Jérusalem (cf. Rm 12, 13; 2 Co 8–9) et des autres Eglises. Si vous voulez savoir si vous êtes de bons chrétiens, vous devez prier, essayer de vous approcher de la communion, du sacrement de la réconciliation. Mais ce signal que ton cœur s’est converti, c’est quand la conversion arrive aux poches, combien elle touche ton propre intérêt: c’est là que l’on voit si l’on est généreux avec les autres, si l’on aide les plus faibles, les plus pauvres: Quand la conversion arrive là, soyez certains qu’il s’agit d’une vraie conversion. Si elle ne reste que dans les mots, ce n’est pas une bonne conversion.
La vie eucharistique, les prières, la prédication des apôtres et l’expérience de la communion (cf. Ac 2, 42) font des croyants une multitude de personnes qui ont — dit le Livre des Actes des apôtres — ont «un seul cœur et une seule âme» et qui ne considèrent pas ce qu’ils possèdent comme leur propriété, mais mettent tout en commun (cf. Ac 4, 32). Il s’agit d’un modèle de vie si fort, qui nous aide à être généreux et pas avares. Pour cette raison, «nul n’était dans le besoin; car tous ceux qui possédaient — dit le Livre — des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins» (Ac 4, 34-35). L’Eglise a toujours eu ce geste des chrétiens qui se dépouillaient des choses qu’ils avaient en plus, des choses qui n’étaient pas nécessaires pour les donner à ceux qui avaient besoin. Et pas seulement de l’argent: également du temps. Combien de chrétiens — vous, par exemple, ici en Italie — combien de chrétiens font du bénévolat! Mais cela est très beau! C’est une communion, partager mon temps avec les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cela, le bénévolat, les œuvres de charité, les visites aux malades; il faut toujours partager avec les autres, et ne pas chercher seulement son propre intérêt.
La communauté, ou koinonia, devient de cette façon le nouveau type de relation entre les disciples du Seigneur. Les chrétiens font l’expérience d’une nouvelle modalité d’être entre eux, de se comporter. Et c’est la modalité proprement chrétienne, au point que les païens regardaient les chrétiens et disaient: «Regardez comme ils s’aiment!». L’amour était la modalité. Mais pas un amour en paroles, pas un amour feint: l’amour des œuvres, s’aider les uns les autres, l’amour concret, le caractère concret de l’amour. Le lien avec le Christ instaure un lien entre frères qui converge et s’exprime également dans la communion des biens matériels. Oui, cette modalité d’être ensemble, cet amour de cette façon arrive jusqu’aux poches, arrive à se dépouiller également de l’obstacle de l’argent pour le donner aux autres, en allant contre son propre intérêt. Etre membres du corps de Christ rend les croyants coresponsables les uns des autres. Etre croyants en Jésus nous rend tous coresponsables les uns des autres. «Mais regarde celui-ci, le problème qu’il a: cela ne m’intéresse pas, ça le regarde». Non, parmi les chrétiens, nous ne pouvons pas dire: «Le pauvre, il a un problème à la maison, il traverse cette difficulté familiale». Mais moi, je dois prier, je l’emporte avec moi, je ne suis pas indifférent». C’est cela être chrétien. C’est pourquoi les forts soutiennent les faibles (cf. Rm 15, 1) et personne ne fait l’expérience de l’indigence qui humilie et défigure la dignité humaine, car ils vivent cette communauté: avoir le cœur en commun. Ils s’aiment. C’est le signal: l’amour concret.
Jacques, Pierre et Jean, qui sont les trois apôtres comme les «piliers» de l’Eglise de Jérusalem, établissent dans la communion que Paul et Barnabé évangélisent les païens tandis qu’eux évangéliseront les juifs, et demandent seulement, à Paul et Barnabé, quelle est la condition: ne pas oublier les pauvres, rappeler les pauvres (cf. Ga 2, 9-10). Non seulement les pauvres matériels, mais aussi les pauvres spirituels, les gens qui ont des problèmes et ont besoin de notre proximité. Un chrétien part toujours de lui-même, de son propre cœur, et s’approche des autres comme Jésus s’est approché de nous. Telle est la première communauté chrétienne.
Un exemple concret de partage et de communion des biens nous vient du témoignage de Barnabé: il possède un champ et le vend pour en verser le produit aux apôtres (cf. Ac 4, 36-37). Mais à côté de son exemple positif, en apparaît un autre, tristement négatif: Ananie et sa femme Saphire, ayant vendu un terrain, décident de n’en remettre qu’une partie aux apôtres et de garder l’autre pour eux (cf. Ac 5, 1-2). Cette tromperie interrompt la chaîne du partage gratuit, le partage serein et désintéressé et les conséquences sont tragiques, fatales (Ac 5, 5.10). L’apôtre Pierre démasque l’attitude incorrecte d’Ananie et de sa femme et lui dit: «Pourquoi satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ? [...] Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu» (Ac 5, 3-4). Nous pourrions dire qu’Ananie a menti à Dieu à cause d’une conscience isolée, d’une conscience hypocrite, c’est-à-dire à cause d’une appartenance ecclésiale «négociée», partiale et opportuniste. L’hypocrisie est le pire ennemi de cette communauté chrétienne, de cet amour chrétien: faire semblant de s’aimer mais ne rechercher que son propre intérêt.
Manquer de sincérité dans le partage, en effet, ou manquer de sincérité dans l’amour, signifie cultiver l’hypocrisie, s’éloigner de la vérité, devenir égoïstes, éteindre le feu de la communion et se destiner au gel de la mort intérieure. Celui qui se comporte de cette façon traverse l’Eglise en touriste. Il y a beaucoup de touristes dans l’Eglise qui sont toujours de passage, mais n’entrent jamais dans l’Eglise: c’est le tourisme spirituel qui leur fait croire qu’ils sont chrétiens, alors qu’ils ne sont que des touristes de catacombes. Non, nous ne devons pas être des touristes dans l’Eglise, mais frères les uns des autres. Une vie fondée uniquement sur le fait de tirer profit et avantage des situations au détriment des autres, provoque inévitablement la mort intérieure. Et combien de personnes se disent proches de l’Eglise, amis des prêtres, des évêques, alors qu’elles ne cherchent que leur propre intérêt. Voilà les hypocrisies qui détruisent l’Eglise!
Que le Seigneur — je le demande pour nous tous — répande sur nous son Esprit de tendresse, qui surmonte toute hypocrisie et met en circulation cette vérité qui nourrit la solidarité chrétienne, qui, loin d’être une activité d’assistance sociale, est l’expression incontournable de la nature de l’Eglise, mère très tendre de tous, en particulier des plus pauvres.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier un groupe de prêtres jubilaires du Séminaire Pontifical Français de Rome, accompagnés de Mgr Pierre Antoine Bozo et de Mgr Matthieu Rougé. La solidarité chrétienne, bien différente d’une simple assistance sociale, fait partie de la nature de l’Eglise. Que l’Esprit Saint nous aide à vivre en vérité la solidarité que demande l’Evangile. Que Dieu vous bénisse.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 12 juin 2019 – le livre des Actes des apôtres

20 juin, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190612_udienza-generale.html

fr luca evangelista

Luc l’évangéliste

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 12 juin 2019 – le livre des Actes des apôtres

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous avons commencé un parcours de catéchèses qui suivra le «voyage»: le voyage de l’Evangile raconté par le livre des Actes des apôtres, parce que ce livre fait certainement voir le voyage de l’Evangile, comment l’Evangile est allé au-delà, au-delà… Tout part de la résurrection du Christ. Celle-ci, en effet, n’est pas un événement parmi tant d’autres, mais elle est la source de la vie nouvelle. Les disciples le savent et — obéissants au commandement de Jésus — ils demeurent unis, concordes et persévérants dans la prière. Ils se rassemblent autour de Marie, la Mère, et se préparent à recevoir la puissance de Dieu non pas de façon passive, mais en consolidant la communion entre eux.
Cette première communauté était formée de plus ou moins 120 frères et sœurs, un nombre qui comporte le 12, emblématique pour Israël, parce qu’il représente les douze tribus, et emblématique pour l’Eglise, en raison des douze apôtres choisis par Jésus. Mais à présent, après les douloureux événements de la Passion, les apôtres du Seigneur ne sont plus douze, mais onze. L’un d’eux, Judas, n’est plus là: il s’est donné la mort, écrasé par le remords.
Il avait déjà commencé à se séparer de la communion avec le Seigneur et avec les autres, à agir seul, à s’isoler, à s’attacher à l’argent, en allant jusqu’à instrumentaliser les pauvres, à perdre de vue l’horizon de la gratuité et du don de soi, jusqu’à permettre au virus de l’orgueil d’infecter son esprit et son cœur en le transformant d’«ami» (Mt 26, 50) en ennemi et en «guide des gens qui ont arrêté Jésus» (Ac 1, 17). Judas avait reçu la grande grâce de faire partie du groupe des intimes de Jésus et de participer à son ministère, mais à un certain point, il a voulu «sauver» lui-même sa propre vie avec le résultat de la perdre (cf. Lc 9, 24). Il a cessé d’appartenir avec le cœur à Jésus et s’est placé en dehors de la communion avec Lui et avec les siens. Il a cessé d’être disciple et s’est placé au-dessus du Maître. Il l’a vendu et avec le «salaire de son délit», il a acheté un terrain, qui n’a pas produit de fruit, mais qui a été imprégné de son sang (cf Ac 1, 18-19).
Si Judas a préféré la mort à la vie (cf. Dt 30, 19; Si 15, 17) et a suivi l’exemple des impies dont la vie est comme l’obscurité et va à sa perte (cf. Pr 4, 19; Ps 1, 6), les Onze suivent en revanche la vie, la bénédiction, deviennent responsables en la faisant confluer à leur tour dans l’histoire, de génération en génération, du peuple d’Israël à l’Eglise.
L’évangéliste Luc nous fait voir que face à l’abandon de l’un des Douze, qui a créé une blessure au corps communautaire, il est nécessaire que sa charge passe à un autre. Et qui pourrait l’assumer? Pierre indique la condition: le nouveau membre doit être un disciple de Jésus depuis le début, c’est-à-dire depuis le baptême dans le Jourdain, jusqu’à la fin, c’est-à-dire à l’ascension au Ciel (cf. Ac 1, 21-22). Il faut reconstituer le groupe des Douze. C’est à ce moment que s’inaugure la pratique du discernement communautaire, qui consiste à voir la réalité avec les yeux de Dieu, dans l’optique de l’unité et de la communion.
Il y a deux candidats: Joseph Barsabbas et Matthias. Alors, toute la communauté prie ainsi: «Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne [...] la place que Judas a désertée» (Ac 1, 24-25). Et le sort veut que le Seigneur indique Matthias, qui est associé aux Onze. Ainsi se reconstitue le corps des Douze, signe de la communion, et la communion l’emporte sur les divisions, sur l’isolement, sur la mentalité qui absolutise l’espace du privé, signe que la communion est le premier témoignage que les apôtres offrent. Jésus l’avait dit: «A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres» (Jn 13, 35).
Les Douze manifestent dans les Actes des apôtres le style du Seigneur. Ce sont les témoins accrédités de l’œuvre de salut du Christ et ils ne manifestent pas au monde leur présumée perfection mais, à travers la grâce de l’unité, ils font ressortir un Autre qui vit désormais de façon nouvelle au milieu de son peuple. Et qui est celui-ci? C’est le Seigneur Jésus. Les apôtres choisissent de vivre sous la seigneurie du Ressuscité dans l’unité entre les frères, qui devient l’unique atmosphère possible de l’authentique don de soi.
Nous aussi, nous avons besoin de redécouvrir la beauté de témoigner du Ressuscité, en sortant des attitudes auto-référentielles, en renonçant à retenir les dons de Dieu et en ne cédant pas à la médiocrité. La réunification du collège apostolique montre que dans l’adn de la communauté chrétienne, il y a l’unité et la liberté de soi, qui permettent de ne pas craindre la diversité, de ne pas s’attacher aux choses et aux dons et de devenir martyres, c’est-à-dire témoins lumineux du Dieu vivant et œuvrant dans l’histoire.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – le Livre des Actes des apôtres

5 juin, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190529_udienza-generale.html

en fr discesa dello spirto santo sugli apostoli

descente du Saint-Esprit sur les apôtres

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – le Livre des Actes des apôtres

Place Saint Pierre

Mercredi 29 mai 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui un parcours de catéchèses à travers le Livre des Actes des apôtres. Ce livre biblique, écrit par l’évangéliste saint Luc, nous parle du voyage — d’un voyage: mais de quel voyage? Du voyage de l’Evangile dans le monde et il nous montre la merveilleuse alliance entre la Parole de Dieu et l’Esprit Saint qui inaugure le temps de l’évangélisation. Les protagonistes des Actes sont précisément un «couple» vivant et efficace: la Parole et l’Esprit.
Dieu «envoie sa parole sur la terre» et «rapide, son verbe la parcourt» — dit le Psaume (147, 4). La Parole de Dieu court, elle est dynamique, elle irrigue chaque terrain dans lequel elle tombe. Et quelle est sa force? Saint Luc dit que la parole humaine devient efficace non pas grâce à la rhétorique, qui est l’art de bien parler, mais grâce à l’Esprit Saint, qui est la dýnamis de Dieu, la dynamique de Dieu, sa force, qui a le pouvoir de purifier la parole, de la rendre porteuse de vie. Par exemple, dans la Bible, il y a des histoires, des paroles humaines; mais quelle est la différence entre la Bible et un livre d’histoire? Les paroles de la Bible sont prises par l’Esprit Saint, qui donne une force très grande, une force différente et nous aide afin que cette parole soit semence de sainteté, semence de vie, soit efficace. Quand l’Esprit visite la parole humaine, celle-ci devient dynamique, comme de la «dynamite», c’est-à-dire capable d’enflammer les cœurs et de faire sauter les schémas, les résistances et les murs de division, en ouvrant de nouvelles voies et en élargissant les frontières du peuple de Dieu. Et nous verrons cela dans le parcours de ces catéchèses, dans le livre des Actes des apôtres.
Celui qui donne une sonorité vibrante et un caractère incisif à notre parole humaine, si fragile, capable même de mentir et de se soustraire à ses responsabilités, est uniquement l’Esprit Saint, au moyen duquel le Fils de Dieu a été engendré; l’Esprit qui l’a oint et soutenu dans la mission; l’Esprit grâce auquel il a choisi ses apôtres et qui a assuré à leur annonce la persévérance et la fécondité, comme il les assure aujourd’hui aussi à notre annonce.
L’Evangile se conclut par la résurrection et l’ascension de Jésus, et la trame narrative des Actes des apôtres part précisément de là, de la surabondance de la vie du Ressuscité transfusée dans son Eglise. Saint Luc nous dit que Jésus «s’est présenté vivant après sa Passion; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu» (Ac 1, 3). Le Ressuscité, Jésus ressuscité accompli des gestes très humains, comme partager le repas avec les siens, et il les invite à vivre confiants l’attente de l’accomplissement de la promesse du Père: «C’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés» (Ac 1, 5).
Le baptême dans l’Esprit Saint, en effet, est l’expérience qui nous permet d’entrer dans une communion personnelle avec Dieu et de participer à sa volonté salvifique universelle, en acquérant les dons de la parrhésie, le courage, c’est-à-dire la capacité de prononcer une parole «de fils de Dieu», non seulement en tant qu’hommes, mais en tant que fils de Dieu: une parole claire, libre, efficace, pleine d’amour pour le Christ et pour ses frères.
Il ne faut donc pas lutter pour gagner ou mériter le don de Dieu. Tout est donné gratuitement et en temps voulu. Le Seigneur donne tout gratuitement. Le salut ne s’achète pas: c’est un don gratuit. Face à la préoccupation de connaître à l’avance le temps où s’accompliront les événements qu’il a annoncés, Jésus répond aux siens: «Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre» (Ac 1, 7-8).
Le Ressuscité invite les siens à ne pas vivre avec anxiété le présent, mais à former une alliance avec le temps, à savoir attendre le déroulement d’une histoire sacrée qui ne s’est pas interrompue mais qui avance, qui avance toujours; à savoir attendre les «pas de Dieu», Seigneur du temps et de l’espace. Le Ressuscité invite les siens à ne pas «fabriquer» seuls la mission, mais à attendre que ce soit le Père qui dynamise leur cœur avec son Esprit, pour pouvoir participer à un témoignage missionnaire capable d’irradier de Jérusalem à la Samarie et de franchir les frontières d’Israël pour atteindre les périphéries du monde.
Cette attente, les apôtres la vivent ensemble, la vivent comme une famille du Seigneur, dans la chambre haute ou cénacle, dont les murs sont encore témoins du don par lequel Jésus s’est remis aux siens dans l’Eucharistie. Et comment attendent-ils la force, la dýnamis de Dieu? En priant avec persévérance, comme s’ils n’étaient pas un grand nombre, mais un seul. En priant dans l’unité et avec persévérance. C’est en effet à travers la prière que l’on vainc la solitude, la tentation, le doute, et que le cœur s’ouvre à la communion. La présence des femmes et de Marie, la mère de Jésus, intensifie cette expérience: celles-ci ont été les premières à apprendre du Maître à témoigner de la fidélité de l’amour et de la force de la communion qui vainc toute peur.
Demandons nous aussi au Seigneur la patience d’attendre ses pas, de ne pas vouloir «fabriquer» nous-mêmes son œuvre et de demeurer dociles en priant, en invoquant l’Esprit et en cultivant l’art de la communion ecclésiale.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins du diocèse de Pontoise, accompagnés de leur Evêque, Monseigneur Stanislas Lalanne, ainsi que les jeunes venus de France et de Suisse, et les Ecoles de Charité et de Mission. A l’exemple des Apôtres et de Marie réunis au Cénacle, demandons au Seigneur la patience d’attendre ses pas, et de ne pas vouloir fabriquer nous-mêmes son œuvre. Qu’il nous aide à rester dociles en priant l’Esprit Saint et en cultivant l’art de la communion ecclésiale. Que Dieu vous bénisse.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur le « Notre Père »: 16. Invoquez le Père, où que vous soyez,

29 mai, 2019

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pentecoste

Pentecôte

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur le « Notre Père »: 16. Invoquez le Père, où que vous soyez,

Place Saint Pierre

Mercredi 22 mai 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous concluons aujourd’hui le cycle de catéchèses sur le «Notre Père». Nous pouvons dire que la prière chrétienne naît de l’audace d’appeler Dieu du nom de «Père». C’est la racine de la prière chrétienne: dire «Père» à Dieu. Mais il faut du courage! Il ne s’agit pas tellement d’une formule, mais plutôt d’une intimité filiale dans laquelle nous sommes introduits par la grâce: Jésus est le révélateur du Père et fait de nous ses proches. «Jésus ne nous laisse pas une formule à répéter machinalement. Comme pour toute prière vocale, c’est par la Parole de Dieu que l’Esprit Saint apprend aux enfants de Dieu à prier leur Père» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2766). Jésus lui-même a utilisé différentes expressions pour prier le Père. Si nous lisons avec attention les Evangiles, nous découvrons que ces expressions de prière qui se dessinent sur les lèvres de Jésus rappellent le texte du «Notre Père».
Par exemple, pendant la nuit du Gethsémani, Jésus prie de cette manière: «Abba Père! tout t’est possible: éloigne de moi cette coupe; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux!» (Mc 14, 36). Nous avons déjà rappelé ce texte de l’Evangile de Marc. Comment ne pas reconnaître dans cette prière, bien que brève, une trace du «Notre Père»? Au milieu des ténèbres, Jésus invoque Dieu par le nom d’«Abba», avec une confiance filiale et, bien que ressentant la peur et l’angoisse, il demande que sa volonté soit faite.Dans d’autres passages de l’Evangile, Jésus insiste avec ses disciples, pour qu’ils cultivent un esprit de prière. La prière doit être insistante, et surtout elle doit contenir le souvenir de nos frères, en particulier quand nous vivons des rapports difficiles avec eux. Jésus dit: «Et quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, remettez-lui, afin que votre Père qui est aux cieux vous remette aussi vos offenses» (Mc 11, 25). Comment ne pas reconnaître dans ces expressions l’assonance avec le «Notre Père»? Et les exemples pourraient être nombreux, pour nous aussi.
Dans les écrits de saint Paul, nous ne trouvons pas le texte du «Notre Père», mais sa présence apparaît dans cette synthèse merveilleuse où l’invocation du chrétien se condense en un seul mot: «Abbà!» (cfr. Rm 8, 15; Ga 4, 6).
Dans l’Evangile de Luc, Jésus satisfait pleinement à la demande des disciples qui, le voyant souvent s’isoler et se plonger dans la prière, se décident un jour à lui demander: «Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples» (11, 1). Et alors le Maître leur enseigna la prière au Père.
En considérant le Nouveau Testament dans son ensemble, on voit clairement que le premier protagoniste de chaque prière chrétienne est l’Esprit Saint. Mais n’oublions pas cela: le protagoniste de chaque prière chrétienne est l’Esprit Saint. Nous ne pourrions jamais prier sans la force de l’Esprit Saint. C’est lui qui prie en nous et il nous pousse à bien prier. Nous pouvons demander à l’Esprit qu’il nous enseigne à prier, parce qu’Il est le protagoniste, celui qui fait la vraie prière en nous. C’est Lui qui souffle dans le cœur de chacun de nous, qui sommes disciples de Jésus. L’Esprit nous rend capables de prier comme des enfants de Dieu, tels que nous le sommes réellement par le baptême. L’Esprit nous fait prier dans le «sillon» que Jésus a tracé pour nous. C’est le mystère de la prière chrétienne: par la grâce, nous sommes attirés dans ce dialogue d’amour de la Très Sainte Trinité.
Jésus priait ainsi. Quelquefois il a utilisé des expressions qui sont certainement très éloignées du texte du «Notre Père». Pensons aux premières paroles du psaume 22, que Jésus prononce sur la croix: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Mt 27, 46). Le Père céleste peut-il abandonner son Fils? Assurément pas. Pourtant, l’amour pour nous, pécheurs, a conduit Jésus jusque là: jusqu’à faire l’expérience de l’abandon de Dieu, de son éloignement, parce qu’il a pris sur lui tous nos péchés. Mais même dans le cri d’angoisse, il reste «Mon Dieu, mon Dieu». Dans ce «mon», il y a le noyau de la relation avec le Père, il y a le noyau de la foi et de la prière.
Voilà pourquoi, à partir de ce noyau, un chrétien peut prier dans chaque situation. Il peut réciter toutes les prières de la Bible, des psaumes en particulier; mais il peut également prier avec les nombreuses expressions qui, pendant des millénaires d’histoire, ont jailli du cœur des hommes. Et ne cessons jamais de parler au Père de nos frères et sœurs en humanité, pour qu’aucun d’eux, les pauvres en particulier, ne reste sans un réconfort et une part d’amour.
Au terme de cette catéchèse, nous pouvons répéter cette prière de Jésus: «Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits» (Lc 10, 21). Pour prier nous devons nous faire petits, pour que l’Esprit Saint vienne en nous et que ce soit Lui qui nous guide dans la prière.
Je suis heureux de saluer les pèlerins venus de France et d’autres pays francophones, en particulier des paroissiens d’Hérouville-Saint-Clair et de Roanne et des jeunes de divers collèges de France, ainsi qu’un groupe de pèlerins du Cameroun. Dans les situations de joie et de peine, que l’Esprit Saint nous aide à entrer dans la prière de Jésus, et avec lui, par lui et en lui, comme des enfants pleins de confiance, à prier “Notre Père”. Je voudrais aujourd’hui faire mémoire avec vous de Sœur Inès Nieves Sancho, âgée de 77 ans, éducatrice des jeunes filles pauvres depuis des années, qui a été tuée de manière barbare en Centrafrique, à l’endroit même où elle enseignait aux jeunes filles à coudre. Une femme de plus qui donne sa vie pour Jésus dans le service des pauvres. Prions ensemble – [silence puis Ave Maria…] Que Dieu vous bénisse !

APPEL
Vendredi prochain, 24 mai, nous célébrerons la fête de la Bienheureuse Vierge Marie «Auxiliatrice des chrétiens», particulièrement vénérée en Chine au sanctuaire de «Notre-Dame de Sheshan», à Shanghai.
Cette heureuse occasion me permet d’exprimer une proximité et une affection spéciales à tous les catholiques de Chine, qui, entre les difficultés quotidiennes et les épreuves, continuent à croire, à espérer et à aimer.
Chers fidèles de Chine, que notre Mère du ciel vous aide tous à être des témoins de charité et de fraternité, en restant toujours unis dans la communion de l’Eglise universelle. Je prie pour vous et je vous bénis.
Prions ensemble la Vierge: Je vous salue Marie…

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – «Mais délivre-nous du mal» (Mt 6, 13b).

22 mai, 2019

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Saint Paul Apotre

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – «Mais délivre-nous du mal» (Mt 6, 13b).

Place Saint Pierre

Mercredi 15 mai 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous voici enfin arrivés à la septième demande du «Notre Père»: «Mais délivre-nous du mal» (Mt 6, 13b).
Par cette expression, celui qui prie demande non seulement de ne pas être abandonné au moment de la tentation, mais il supplie également d’être libéré du mal. Le verbe grec original est très fort: il évoque la présence du malin qui cherche à nous attraper et à nous mordre (cf. 1 P 5, 8) et dont on demande à Dieu la libération. L’apôtre Pierre dit également que le malin, le diable, tourne autour de nous comme un lion furieux, pour nous dévorer, et nous, nous demandons à Dieu de nous libérer.
Par cette double supplication: «Ne nous abandonne pas» et «libère-nous», apparaît une caractéristique essentielle de la prière chrétienne. Jésus enseigne à ses amis à placer l’invocation du Père avant toute chose, également et en particulier dans les moments où le malin fait sentir sa présence menaçante. En effet, la prière chrétienne ne ferme pas les yeux sur la vie. C’est une prière filiale mais pas une prière infantile. Elle n’est pas subjuguée par la paternité de Dieu au point d’oublier que le chemin de l’homme est semé de difficultés. S’il n’y avait pas les derniers versets du «Notre Père» comment les pécheurs, les persécutés, les désespérés, les mourants pourraient-ils prier? La dernière pétition est précisément notre pétition quand nous serons à la limite, toujours.
Il existe un mal dans notre vie, qui est une présence incontestable. Les livres d’histoire sont le catalogue désolant du fait que notre existence dans ce monde a souvent été une aventure pleine d’échecs. Il y a un mal mystérieux, qui n’est assurément pas l’œuvre de Dieu, mais qui pénètre de manière silencieuse dans les plis de l’histoire. Silencieux comme le serpent qui porte le venin silencieusement. Dans certains moments, il semble prendre le dessus: certains jours sa présence semble même plus claire que celle de la miséricorde de Dieu.
L’orant n’est pas aveugle, et il voit clairement devant ses yeux ce mal si encombrant, et tellement en contradiction avec le mystère de Dieu lui-même. Il l’aperçoit dans la nature, dans l’histoire et même dans son cœur. Car il n’y a personne parmi nous qui puisse dire être exempt du mal, ou tout au moins ne pas être tenté par lui. Nous savons tous ce qu’est le mal; nous savons tous ce qu’est la tentation; nous avons tous fait l’expérience dans notre chair de la tentation, de chaque péché. Mais c’est le tentateur qui nous anime et qui nous pousse au mal, en nous disant: «Fais cela, pense cela, prends cette route».
Le dernier cri du «Notre Père» est lancé contre ce mal «aux larges bords», qui garde sous son parapluie les expériences les plus diverses: les deuils de l’homme, la douleur innocente, l’esclavage, l’instrumentalisation de l’autre, les pleurs des enfants innocents. Tous ces événements protestent dans le cœur de l’homme et deviennent voix dans la dernière parole de la prière de Jésus.
C’est précisément dans les récits de la passion que certaines expressions du «Notre Père» trouvent leur écho le plus impressionnant. Jésus dit: «Abba Père! Tout t’est possible: éloigne de moi cette coupe; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux!» (Mc 14, 36). Jésus fait jusqu’au bout l’expérience d’être transpercé par le mal. Non seulement la mort, mais la mort sur la croix. Non seulement la solitude, mais également le mépris, l’humiliation. Non seulement l’animosité, mais aussi la cruauté, l’acharnement contre Lui. Voilà ce qu’est l’homme: un être voué à la vie, qui rêve de l’amour et du bien, mais qui ensuite s’expose lui-même et ses semblables au mal, au point que nous pourrions être tentés de désespérer de l’homme.
Chers frères et sœurs, ainsi le «Notre Père» ressemble à une symphonie qui demande à s’accomplir en chacun de nous. Le chrétien sait combien le pouvoir du mal est écrasant et, dans le même temps, il fait l’expérience du fait que Jésus, qui n’a jamais cédé à ses flatteries, est de notre côté et vient à notre aide.
Ainsi, la prière de Jésus nous laisse le plus précieux des héritages: la présence du Fils de Dieu qui nous a libérés du mal, en luttant pour le convertir. A l’heure du combat final, il intime à Pierre de remettre l’épée dans son fourreau, il assure le paradis au voleur repenti, à tous les hommes qui étaient autour de lui, inconscients de la tragédie qui se jouait, il offre une parole de paix: «Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font» (Lc 23, 34).
Du pardon de Jésus sur la croix naît la paix, la vraie paix vient de la croix: elle est un don du Ressuscité, un don que nous donne Jésus. Pensez que le premier salut de Jésus ressuscité est «paix à vous», paix à vos âmes, à vos cœurs, à vos vies. Le Seigneur nous donne la paix, il nous donne le pardon, mais nous devons demander: «Libère-nous du mal», pour ne pas tomber dans le mal. Telle est notre espérance, la force que nous donne Jésus ressuscité, qui est ici, parmi nous: il est ici. Il est ici avec cette force qu’il nous donne pour aller de l’avant, et il nous promet de nous libérer du mal.
Je salue cordialement les pèlerins venant des pays francophones, en particulier les jeunes de plusieurs collèges et écoles de France et les paroissiens de Sées et de Montélimar ! En ce temps pascal accueillons le don de la paix du cœur qui nous est fait par Jésus Ressuscité. C’est un don plus fort que le mal ! Que Dieu vous bénisse !
[Au terme de l'Audience le Saint-Père a salué les participants à la 24e Conférence de l’« International Catholic Jewish Liaison Committee »]

PAPE FRANÇOIS – «NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION» (Mt 6, 13). 1er mai 2019

15 mai, 2019

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le «Notre Père»

PAPE FRANÇOIS – «NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION» (Mt 6, 13). 1er mai 2019

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint Pierre

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons la catéchèse sur le «Notre Père», en arrivant désormais à l’avant-dernière invocation: «Ne nous soumets pas à la tentation» (Mt 6, 13). Une autre version dit: «Ne nous laisse pas entrer en tentation». Le «Notre Père» commence de manière sereine: il nous fait souhaiter que le grand projet de Dieu puisse s’accomplir parmi nous. Ensuite, il jette un regard sur la vie, et nous fait demander ce dont nous avons besoin chaque jour: notre «pain quotidien». Puis la prière s’adresse à nos relations interpersonnelles, souvent entachées d’égoïsme: nous demandons le pardon et nous nous engageons à le donner. Mais c’est avec cette avant-dernière invocation que notre dialogue avec le Père céleste entre, pour ainsi dire, dans le vif du drame, c’est-à-dire sur le terrain de la confrontation entre notre liberté et les pièges du malin.

Comme on le sait, l’expression originale grecque contenue dans les Evangiles est difficile à rendre de manière exacte, et toutes les traductions modernes sont un peu «boiteuses». Nous pouvons cependant converger sur un élément de manière unanime: quelle que soit la manière dont on comprend le texte, nous devons exclure le fait que Dieu est le responsable des tentations qui pèsent sur le chemin de l’homme. Comme si Dieu lui-même était aux aguets pour tendre des pièges et des guets-apens à ses enfants. Une interprétation de ce genre est tout d’abord en contraste avec le texte lui-même, et elle est loin de l’image de Dieu que Jésus nous a révélée. N’oublions pas: le «Notre Père» commence par «Père». Et un père ne tend pas des pièges à ses enfants. Les chrétiens n’ont pas affaire avec un Dieu envieux, en compétition avec l’homme, ou qui s’amuse à le mettre à l’épreuve. Ce sont là les images de nombreuses divinités païennes. Nous lisons dans la lettre de Jacques apôtre: «Que nul, s’il est éprouvé, ne dise: “C’est Dieu qui m’éprouve”. Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne» (1, 13). C’est plutôt le contraire: le Père n’est pas l’auteur du mal, à aucun enfant qui demande un poisson il ne donne un serpent (cf. Lc 11, 11) — comme Jésus l’enseigne — et quand le mal se présente dans la vie de l’homme, il combat à ses côtés, pour qu’il puisse en être libéré. Un Dieu qui combat toujours pour nous, non contre nous. C’est le Père! C’est dans ce sens que nous prions le «Notre Père».

Ces deux moments — l’épreuve et la tentation — ont été mystérieusement présents dans la vie de Jésus lui-même. Dans cette expérience, le Fils de Dieu est entièrement devenu notre frère, d’une manière qui est presque un scandale. Et ce sont précisément ces passages évangéliques qui nous démontrent que les invocations les plus difficiles du «Notre Père», celles qui terminent le texte, ont déjà été exaucées: Dieu ne nous a pas laissés seuls, mais en Jésus, il se manifeste comme le «Dieu avec nous», jusqu’aux conséquences les plus extrêmes. Il est avec nous quand il nous donne la vie, il est avec nous au cours de la vie, il est avec nous dans la joie, il est avec nous dans les épreuves, il est avec nous dans la tristesse, il est avec nous dans les défaites, quand nous péchons, mais il est toujours avec nous, parce qu’il est Père et ne peut pas nous abandonner.

Si nous sommes tentés d’accomplir le mal, en refusant la fraternité avec les autres et en désirant un pouvoir absolu sur tout et tous, Jésus a déjà combattu cette tentation pour nous: les premières pages de l’Evangile en attestent. Immédiatement après avoir reçu le baptême de Jean, au milieu de la foule des pécheurs, Jésus se retire dans le désert et est tenté par satan. C’est ainsi que commence la vie publique de Jésus, par la tentation qui vient de Satan. Satan était présent. Beaucoup de gens disent: «Mais pourquoi parler du diable qui est une chose antique? Le diable n’existe pas». Mais regarde ce que t’enseigne l’Evangile: Jésus a été confronté au diable, il a été tenté par satan. Mais Jésus repousse toute tentation et il en sort victorieux. L’Evangile de Matthieu a une note intéressante qui termine le duel entre Jésus et l’Ennemi: «Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient» (4, 11).

Mais également au temps de l’épreuve suprême, Dieu ne nous laisse pas seuls. Quand Jésus se retire pour prier au Gethsémani, son cœur est envahi par une angoisse indicible — c’est ce qu’il dit aux disciples — et Il fait l’expérience de la solitude et de l’abandon. Seul, avec la responsabilité de tous les péchés du monde sur ses épaules; seul, avec une angoisse indicible. L’épreuve est tellement déchirante qu’il se produit quelque chose d’inattendu. Jésus ne mendie jamais d’amour pour lui-même, pourtant au cours de cette nuit, il sent son âme triste à en mourir, et alors il demande la proximité de ses amis: «Demeurez ici et veillez avec moi!» (Mt 26, 38). Comme nous le savons, les disciples, alourdis par une torpeur causée par la peur, s’endorment. Au moment de l’agonie, Dieu demande à l’homme de ne pas l’abandonner, et en revanche l’homme dort. Au moment où l’homme connaît son épreuve, Dieu en revanche veille. Dans les moments les plus durs de notre vie, dans les moments de plus grande souffrance, dans les moments les plus angoissants, Dieu veille avec nous, Dieu lutte avec nous, il est toujours proche de nous. Pourquoi? Parce qu’il est Père. C’est ainsi que nous avons commencé la prière: «Notre Père». Et un père n’abandonne jamais ses enfants. Cette nuit de douleur de Jésus, de lutte, est le dernier sceau de l’Incarnation: Dieu descend pour nous rencontrer dans nos abîmes et des les tribulations qui parsèment l’histoire.

C’est notre réconfort à l’heure de l’épreuve: savoir que cette vallée, depuis que Jésus l’a traversée, n’est plus désolée, mais qu’elle est bénie par la présence du Fils de Dieu. Lui ne nous abandonnera jamais!

Eloigne donc de nous, ô Dieu, le temps de l’épreuve et de la tentation. Mais quand ce temps arrivera pour nous, Notre Père, montre-nous que nous ne sommes pas seuls. Tu es le Père. Montre-nous que le Christ a déjà pris sur lui également le poids de cette croix. Montre-nous que Jésus nous appelle pour la porter avec Lui, en nous abandonnant avec confiance à ton amour de Père. Merci.

PAPE FRANÇOIS – DEUXIÈME PARTIE DU «NOTRE PÈRE» LE PAIN

3 avril, 2019

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PAPE FRANÇOIS – DEUXIÈME PARTIE DU «NOTRE PÈRE» LE PAIN

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 27 mars 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui à analyser la deuxième partie du «Notre Père», celle dans laquelle nous présentons nos besoins à Dieu. Cette deuxième partie commence par un mot qui a le parfum du quotidien: le pain.
La prière de Jésus part d’une demande pressante, qui ressemble beaucoup à l’imploration d’un mendiant: «Donne-nous notre pain quotidien!». Cette prière vient d’une évidence que nous oublions souvent, c’est-à-dire que nous ne sommes pas des créatures autosuffisantes, et que nous avons besoin de nous nourrir tous les jours.
Les Ecritures nous montrent que pour beaucoup de personnes, la rencontre avec Jésus s’est réalisée à partir d’une demande. Jésus ne demande pas des invocations raffinées, au contraire, toute l’existence humaine, avec ses problèmes les plus concrets et quotidiens, peut devenir une prière. Dans les Evangiles, nous trouvons une multitude de mendiants qui supplient d’obtenir la libération et le salut. Certains demandent le pain, d’autres la guérison; certains la purification, d’autres la vue; ou encore qu’une personne chère puisse revivre… Jésus ne passe jamais avec indifférence à côté de ces demandes et de ces douleurs.
Jésus nous enseigne donc à demander au Père notre pain quotidien. Et il nous enseigne à le faire unis à tant d’hommes et de femmes pour qui cette prière est un cri — souvent gardé à l’intérieur — qui accompagne l’anxiété de chaque jour. Combien de mères et combien de pères, aujourd’hui encore, vont dormir avec le tourment de ne pas avoir suffisamment de pain le lendemain pour leurs propres enfants! Imaginons cette prière récitée non pas dans la sécurité d’un appartement confortable, mais dans la précarité d’une pièce où l’on s’adapte, où manque le nécessaire pour vivre. Les paroles de Jésus prennent une force nouvelle. L’oraison chrétienne commence par ce niveau. Ce n’est pas un exercice pour ascètes; il part de la réalité, du cœur et de la chair de personnes qui vivent dans le besoin, ou qui partagent la condition de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Pas même les plus grands mystiques chrétiens ne peuvent faire abstraction de la simplicité de cette demande. «Père, fais que pour nous et pour tous, il y ait aujourd’hui le pain nécessaire». Et «pain» vaut également pour l’eau, les médicaments, la maison, le travail… Demander le nécessaire pour vivre.
Le pain que le chrétien demande dans la prière n’est pas «mon», mais il est «notre» pain. Jésus le veut ainsi. Il nous enseigne à le demander non seulement pour nous-mêmes, mais pour toute la fraternité du monde. Si l’on ne prie pas de cette manière, le «Notre Père» cesse d’être une prière chrétienne. Si Dieu est notre Père, comment pouvons-nous nous présenter à Lui sans nous prendre par la main? Nous tous. Et si, entre nous, nous nous volons le pain qu’Il nous donne, comment pouvons-nous nous dire ses enfants? Cette prière contient une attitude d’empathie, une attitude de solidarité. Dans ma faim, je sens la faim des multitudes, et alors je prierai Dieu, tant que leur demande ne sera pas exaucée. Jésus éduque ainsi sa communauté, son Eglise, à présenter à Dieu les nécessités de tous: «Nous sommes tous tes enfants, ô Père, aie pitié de nous!». Et à présent, cela nous fera du bien de nous arrêter un peu pour réfléchir aux enfants qui ont faim. Pensons aux enfants qui sont dans des pays en guerre: les enfants affamés du Yémen, les enfants affamés de Syrie, les enfants affamés de tant de pays où il n’y a pas de pain, au Soudan du Sud. Pensons à ces enfants et, en pensant à eux, récitons ensemble, à haute voix, la prière: «Père, donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien». Tous ensemble.
Le pain que nous demandons au Seigneur dans la prière est le même que celui qui, un jour, nous accusera. Il nous reprochera de ne pas avoir eu l’habitude de le rompre avec celui qui est proche de nous, de ne pas avoir eu l’habitude de le partager. C’était un pain offert pour l’humanité et, en revanche, il a seulement été mangé par certains: l’amour ne peut pas supporter cela. Notre amour ne peut pas le supporter; et l’amour de Dieu ne peut pas, lui non plus, supporter cet égoïsme de ne pas partager le pain.
Un jour, il y avait une grande foule devant Jésus; c’était des gens qui avaient faim. Jésus demanda si quelqu’un avait quelque chose, et il n’y eut qu’un enfant disposé à partager ses provisions: cinq pains et deux poissons. Jésus multiplia ce geste généreux (cf. Jn 6, 9). Cet enfant avait compris la leçon du «Notre Père»: que la nourriture n’est pas une propriété privée — mettons-nous cela dans la tête: la nourriture n’est pas une propriété privée —, mais une providence à partager, avec la grâce de Dieu.
Le vrai miracle accompli par Jésus ce jour-là n’est pas tellement la multiplication — qui est vrai —, mais le partage: donnez ce que vous avez et je ferai un miracle. Lui-même, en multipliant ce pain offert, a anticipé l’offre de sa personne dans le pain eucharistique. En effet, seule l’Eucharistie est en mesure de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu qui anime chaque homme, également dans la recherche du pain quotidien.
Je suis heureux de saluer les pèlerins venus de France et d’autres pays francophones. Je salue en particulier les prêtres du diocèse de Cambrai, avec leur évêque Mgr Dollmann, les membres de la Faculté de Droit canonique de Paris, les pèlerins d’Angers, ainsi que les nombreux jeunes venus de Paris, Rueil-Malmaison, Dreux, Aix-en-Provence, et d’autres lieux. Que la prière du Notre Père nous aide à demander le pain quotidien pour tous. Et que dans la recherche du pain quotidien, nous puissions témoigner que seule l’Eucharistie est susceptible de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu présents en chaque homme. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – « LA PATERNITÉ DE DIEU »

27 février, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190220_udienza-generale.html

pens e it LA VIA DELL'ANGELO

le chemin de l’ange

PAPE FRANÇOIS – « LA PATERNITÉ DE DIEU »

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 20 février 2019

Chers frères et sœurs!

L’audience d’aujourd’hui se déroule dans deux endroits. D’abord, j’ai rencontré les fidèles de Bénévent, qui étaient à Saint-Pierre, puis vous. Et cela est dû à la délicatesse de la préfecture de la Maison pontificale: elle ne voulait pas que vous preniez froid: remercions-les pour avoir fait cela. Merci.
Nous poursuivons les catéchèses sur le «Notre Père». Le premier pas de chaque prière chrétienne est l’entrée dans un mystère, celui de la paternité de Dieu. On ne peut pas prier comme des perroquets. Ou tu entres dans le mystère, dans la conscience que Dieu est ton Père, ou tu ne pries pas. Si je veux prier Dieu mon Père, je commence le mystère. Pour comprendre dans quelle mesure Dieu est notre père, pensons à la figure de nos parents, mais nous devons toujours dans une certaine mesure «les affiner», les purifier. Le Catéchisme de l’Eglise catholique le dit aussi, il dit: «La purification du cœur concerne les images paternelles ou maternelles, issues de notre histoire personnelle et culturelle, et qui influencent notre relation à Dieu» (n. 2779).
Aucun de nous n’a eu des parents parfaits, aucun; de même que nous, à notre tour, ne serons jamais des parents, ou des pasteurs, parfaits. Nous avons tous des défauts, tous. Nous vivons toujours nos relations d’amour sous le signe de nos limites et aussi de notre égoïsme, c’est pourquoi elles sont souvent polluées par des désirs de possession ou de manipulation de l’autre. Pour cela, parfois, les déclarations d’amour se transforment en sentiments de colère et d’hostilité. Mais regarde, ces deux-là s’aimaient tant la semaine dernière, aujourd’hui ils se détestent à mort: cela, nous le voyons tous les jours! C’est à cause de cela, parce que nous avons tous des racines amères en nous, qui ne sont pas bonnes et qui parfois sortent et font du mal.
Voilà pourquoi, quand nous parlons de Dieu comme «père», alors que nous pensons à l’image de nos parents, en particulier s’ils nous ont aimés, dans le même temps, nous devons aller au-delà. Parce que l’amour de Dieu est celui du Père «qui est aux cieux», selon l’expression que nous invite à utiliser Jésus: c’est l’amour total auquel nous goûtons dans cette vie uniquement de façon imparfaite. Les hommes et les femmes sont d’éternels mendiants d’amour, — nous sommes mendiants d’amour, nous avons besoin d’amour — ils cherchent un lieu où être enfin aimés, mais ils ne le trouvent pas. Combien d’amitiés et combien d’amours déçus y a-t-il dans notre monde, tant!
Le dieu grec de l’amour, dans la mythologie, est celui le plus tragique de tous: on ne comprend pas si c’est un être angélique ou un démon. La mythologie dit qu’il est fils de Poros et de Penía, c’est-à-dire de l’abondance et de la pauvreté, destiné à porter en lui un peu de la physionomie de ses parents. De là, nous pouvons penser à la nature ambivalente de l’amour humain: capable de fleurir et plein de vie à une heure du jour, et immédiatement après de se flétrir et de mourir; ce qu’il se procure lui échappe toujours (cfr. Platon, Le Banquet, 203). Il y a une expression du prophète Osée qui saisit de façon impitoyable la faiblesse innée de notre amour: «Votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe» (6, 4). Voilà ce qu’est souvent notre amour: une promesse que l’on a du mal à maintenir, une tentative qui se dessèche vite et s’évapore, un peu comme quand le soleil se lève le matin et emporte la rosée de la nuit.
Combien de fois nous, hommes, avons aimé de cette façon si faible et intermittente. Nous en avons tous fait l’expérience: nous avons aimé, mais ensuite, cet amour a disparu ou s’est affaibli. Désireux d’aimer, nous nous sommes ensuite heurtés à nos limites, à la pauvreté de nos forces: incapables de maintenir une promesse qui, aux jours de grâce, nous semblait facile à réaliser. Au fond, l’apôtre Pierre lui aussi a eu peur et a dû fuir. L’apôtre Pierre n’a pas été fidèle à l’amour de Jésus. Il y a toujours cette faiblesse qui nous fait tomber. Nous sommes des mendiants qui, sur le chemin, risquent de ne jamais trouver complètement ce trésor qu’ils cherchent depuis le premier jour de leur vie: l’amour.
Mais il existe un autre amour, celui du Père «qui est aux cieux». Personne ne doit douter d’être destinataire de cet amour. Il nous aime. «Il m’aime», pouvons-nous dire. Même si notre père et notre mère ne nous ont pas aimé — une hypothèse historique — il y a un Dieu dans les cieux qui nous aime comme personne sur cette terre ne l’a jamais fait et ne pourra jamais le faire. L’amour de Dieu est constant. Le prophète Isaïe dit: «Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains» (49, 15-16). Aujourd’hui, le tatouage est à la mode: «Je t’ai gravée sur les paumes de mes mains». J’ai fais un tatouage de toi sur mes mains. Ainsi, je suis dans les mains de Dieu, et je ne peux pas l’enlever. L’amour de Dieu est comme l’amour d’une mère, que l’on ne peut jamais oublier. Et si une mère oublie? «Moi je n’oublierai pas», dit le Seigneur. Voilà l’amour parfait de Dieu, c’est ainsi que nous sommes aimés de Lui. Même si tous nos amours terrestres s’écroulaient et s’il ne nous restait que de la poussière dans les mains, il y a toujours pour nous tous, ardent, l’amour unique et fidèle de Dieu.
Dans la faim d’amour que nous ressentons tous, ne cherchons pas quelque chose qui n’existe pas: celle-ci est en revanche l’invitation à connaître Dieu qui est le Père. La conversion de saint Augustin, par exemple, est passée par cette ligne de crête: le jeune et brillant orateur cherchait simplement parmi les créatures quelque chose qu’aucune créature ne pouvait lui donner, jusqu’à ce qu’un jour, il eut le courage de lever le regard. Et ce jour-là, il connut Dieu. Dieu qui aime.
L’expression «aux cieux» ne veut pas exprimer un éloignement, mais une diversité radicale d’amour, une autre dimension d’amour, un amour inlassable, un amour qui restera toujours, et même qui est toujours à portée de main. Il suffit de dire «Notre Père qui es aux cieux», et cet amour vient.
C’est pourquoi, n’ayez pas peur! Aucun de nous n’est seul. Même si par malheur, ton père terrestre t’avait oublié et que tu avais de la rancœur pour lui, l’expérience fondamentale de la foi chrétienne ne t’est pas niée: celle de savoir que tu es le fils bien-aimé de Dieu, et qu’il n’y a rien dans la vie qui puisse éteindre son amour passionné pour toi.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les jeunes venus de France et les pèlerins venus de Suisse et de Monaco. Je vous invite, à l’occasion de votre pèlerinage à Rome, à refaire l’expérience de cet immense amour paternel que Dieu a pour nous afin de le faire découvrir aux autres. Que Dieu vous bénisse !

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