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PAPE FRANÇOIS – DEUXIÈME PARTIE DU «NOTRE PÈRE» LE PAIN

3 avril, 2019

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pater fr

PAPE FRANÇOIS – DEUXIÈME PARTIE DU «NOTRE PÈRE» LE PAIN

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 27 mars 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui à analyser la deuxième partie du «Notre Père», celle dans laquelle nous présentons nos besoins à Dieu. Cette deuxième partie commence par un mot qui a le parfum du quotidien: le pain.
La prière de Jésus part d’une demande pressante, qui ressemble beaucoup à l’imploration d’un mendiant: «Donne-nous notre pain quotidien!». Cette prière vient d’une évidence que nous oublions souvent, c’est-à-dire que nous ne sommes pas des créatures autosuffisantes, et que nous avons besoin de nous nourrir tous les jours.
Les Ecritures nous montrent que pour beaucoup de personnes, la rencontre avec Jésus s’est réalisée à partir d’une demande. Jésus ne demande pas des invocations raffinées, au contraire, toute l’existence humaine, avec ses problèmes les plus concrets et quotidiens, peut devenir une prière. Dans les Evangiles, nous trouvons une multitude de mendiants qui supplient d’obtenir la libération et le salut. Certains demandent le pain, d’autres la guérison; certains la purification, d’autres la vue; ou encore qu’une personne chère puisse revivre… Jésus ne passe jamais avec indifférence à côté de ces demandes et de ces douleurs.
Jésus nous enseigne donc à demander au Père notre pain quotidien. Et il nous enseigne à le faire unis à tant d’hommes et de femmes pour qui cette prière est un cri — souvent gardé à l’intérieur — qui accompagne l’anxiété de chaque jour. Combien de mères et combien de pères, aujourd’hui encore, vont dormir avec le tourment de ne pas avoir suffisamment de pain le lendemain pour leurs propres enfants! Imaginons cette prière récitée non pas dans la sécurité d’un appartement confortable, mais dans la précarité d’une pièce où l’on s’adapte, où manque le nécessaire pour vivre. Les paroles de Jésus prennent une force nouvelle. L’oraison chrétienne commence par ce niveau. Ce n’est pas un exercice pour ascètes; il part de la réalité, du cœur et de la chair de personnes qui vivent dans le besoin, ou qui partagent la condition de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Pas même les plus grands mystiques chrétiens ne peuvent faire abstraction de la simplicité de cette demande. «Père, fais que pour nous et pour tous, il y ait aujourd’hui le pain nécessaire». Et «pain» vaut également pour l’eau, les médicaments, la maison, le travail… Demander le nécessaire pour vivre.
Le pain que le chrétien demande dans la prière n’est pas «mon», mais il est «notre» pain. Jésus le veut ainsi. Il nous enseigne à le demander non seulement pour nous-mêmes, mais pour toute la fraternité du monde. Si l’on ne prie pas de cette manière, le «Notre Père» cesse d’être une prière chrétienne. Si Dieu est notre Père, comment pouvons-nous nous présenter à Lui sans nous prendre par la main? Nous tous. Et si, entre nous, nous nous volons le pain qu’Il nous donne, comment pouvons-nous nous dire ses enfants? Cette prière contient une attitude d’empathie, une attitude de solidarité. Dans ma faim, je sens la faim des multitudes, et alors je prierai Dieu, tant que leur demande ne sera pas exaucée. Jésus éduque ainsi sa communauté, son Eglise, à présenter à Dieu les nécessités de tous: «Nous sommes tous tes enfants, ô Père, aie pitié de nous!». Et à présent, cela nous fera du bien de nous arrêter un peu pour réfléchir aux enfants qui ont faim. Pensons aux enfants qui sont dans des pays en guerre: les enfants affamés du Yémen, les enfants affamés de Syrie, les enfants affamés de tant de pays où il n’y a pas de pain, au Soudan du Sud. Pensons à ces enfants et, en pensant à eux, récitons ensemble, à haute voix, la prière: «Père, donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien». Tous ensemble.
Le pain que nous demandons au Seigneur dans la prière est le même que celui qui, un jour, nous accusera. Il nous reprochera de ne pas avoir eu l’habitude de le rompre avec celui qui est proche de nous, de ne pas avoir eu l’habitude de le partager. C’était un pain offert pour l’humanité et, en revanche, il a seulement été mangé par certains: l’amour ne peut pas supporter cela. Notre amour ne peut pas le supporter; et l’amour de Dieu ne peut pas, lui non plus, supporter cet égoïsme de ne pas partager le pain.
Un jour, il y avait une grande foule devant Jésus; c’était des gens qui avaient faim. Jésus demanda si quelqu’un avait quelque chose, et il n’y eut qu’un enfant disposé à partager ses provisions: cinq pains et deux poissons. Jésus multiplia ce geste généreux (cf. Jn 6, 9). Cet enfant avait compris la leçon du «Notre Père»: que la nourriture n’est pas une propriété privée — mettons-nous cela dans la tête: la nourriture n’est pas une propriété privée —, mais une providence à partager, avec la grâce de Dieu.
Le vrai miracle accompli par Jésus ce jour-là n’est pas tellement la multiplication — qui est vrai —, mais le partage: donnez ce que vous avez et je ferai un miracle. Lui-même, en multipliant ce pain offert, a anticipé l’offre de sa personne dans le pain eucharistique. En effet, seule l’Eucharistie est en mesure de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu qui anime chaque homme, également dans la recherche du pain quotidien.
Je suis heureux de saluer les pèlerins venus de France et d’autres pays francophones. Je salue en particulier les prêtres du diocèse de Cambrai, avec leur évêque Mgr Dollmann, les membres de la Faculté de Droit canonique de Paris, les pèlerins d’Angers, ainsi que les nombreux jeunes venus de Paris, Rueil-Malmaison, Dreux, Aix-en-Provence, et d’autres lieux. Que la prière du Notre Père nous aide à demander le pain quotidien pour tous. Et que dans la recherche du pain quotidien, nous puissions témoigner que seule l’Eucharistie est susceptible de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu présents en chaque homme. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – « LA PATERNITÉ DE DIEU »

27 février, 2019

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pens e it LA VIA DELL'ANGELO

le chemin de l’ange

PAPE FRANÇOIS – « LA PATERNITÉ DE DIEU »

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 20 février 2019

Chers frères et sœurs!

L’audience d’aujourd’hui se déroule dans deux endroits. D’abord, j’ai rencontré les fidèles de Bénévent, qui étaient à Saint-Pierre, puis vous. Et cela est dû à la délicatesse de la préfecture de la Maison pontificale: elle ne voulait pas que vous preniez froid: remercions-les pour avoir fait cela. Merci.
Nous poursuivons les catéchèses sur le «Notre Père». Le premier pas de chaque prière chrétienne est l’entrée dans un mystère, celui de la paternité de Dieu. On ne peut pas prier comme des perroquets. Ou tu entres dans le mystère, dans la conscience que Dieu est ton Père, ou tu ne pries pas. Si je veux prier Dieu mon Père, je commence le mystère. Pour comprendre dans quelle mesure Dieu est notre père, pensons à la figure de nos parents, mais nous devons toujours dans une certaine mesure «les affiner», les purifier. Le Catéchisme de l’Eglise catholique le dit aussi, il dit: «La purification du cœur concerne les images paternelles ou maternelles, issues de notre histoire personnelle et culturelle, et qui influencent notre relation à Dieu» (n. 2779).
Aucun de nous n’a eu des parents parfaits, aucun; de même que nous, à notre tour, ne serons jamais des parents, ou des pasteurs, parfaits. Nous avons tous des défauts, tous. Nous vivons toujours nos relations d’amour sous le signe de nos limites et aussi de notre égoïsme, c’est pourquoi elles sont souvent polluées par des désirs de possession ou de manipulation de l’autre. Pour cela, parfois, les déclarations d’amour se transforment en sentiments de colère et d’hostilité. Mais regarde, ces deux-là s’aimaient tant la semaine dernière, aujourd’hui ils se détestent à mort: cela, nous le voyons tous les jours! C’est à cause de cela, parce que nous avons tous des racines amères en nous, qui ne sont pas bonnes et qui parfois sortent et font du mal.
Voilà pourquoi, quand nous parlons de Dieu comme «père», alors que nous pensons à l’image de nos parents, en particulier s’ils nous ont aimés, dans le même temps, nous devons aller au-delà. Parce que l’amour de Dieu est celui du Père «qui est aux cieux», selon l’expression que nous invite à utiliser Jésus: c’est l’amour total auquel nous goûtons dans cette vie uniquement de façon imparfaite. Les hommes et les femmes sont d’éternels mendiants d’amour, — nous sommes mendiants d’amour, nous avons besoin d’amour — ils cherchent un lieu où être enfin aimés, mais ils ne le trouvent pas. Combien d’amitiés et combien d’amours déçus y a-t-il dans notre monde, tant!
Le dieu grec de l’amour, dans la mythologie, est celui le plus tragique de tous: on ne comprend pas si c’est un être angélique ou un démon. La mythologie dit qu’il est fils de Poros et de Penía, c’est-à-dire de l’abondance et de la pauvreté, destiné à porter en lui un peu de la physionomie de ses parents. De là, nous pouvons penser à la nature ambivalente de l’amour humain: capable de fleurir et plein de vie à une heure du jour, et immédiatement après de se flétrir et de mourir; ce qu’il se procure lui échappe toujours (cfr. Platon, Le Banquet, 203). Il y a une expression du prophète Osée qui saisit de façon impitoyable la faiblesse innée de notre amour: «Votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe» (6, 4). Voilà ce qu’est souvent notre amour: une promesse que l’on a du mal à maintenir, une tentative qui se dessèche vite et s’évapore, un peu comme quand le soleil se lève le matin et emporte la rosée de la nuit.
Combien de fois nous, hommes, avons aimé de cette façon si faible et intermittente. Nous en avons tous fait l’expérience: nous avons aimé, mais ensuite, cet amour a disparu ou s’est affaibli. Désireux d’aimer, nous nous sommes ensuite heurtés à nos limites, à la pauvreté de nos forces: incapables de maintenir une promesse qui, aux jours de grâce, nous semblait facile à réaliser. Au fond, l’apôtre Pierre lui aussi a eu peur et a dû fuir. L’apôtre Pierre n’a pas été fidèle à l’amour de Jésus. Il y a toujours cette faiblesse qui nous fait tomber. Nous sommes des mendiants qui, sur le chemin, risquent de ne jamais trouver complètement ce trésor qu’ils cherchent depuis le premier jour de leur vie: l’amour.
Mais il existe un autre amour, celui du Père «qui est aux cieux». Personne ne doit douter d’être destinataire de cet amour. Il nous aime. «Il m’aime», pouvons-nous dire. Même si notre père et notre mère ne nous ont pas aimé — une hypothèse historique — il y a un Dieu dans les cieux qui nous aime comme personne sur cette terre ne l’a jamais fait et ne pourra jamais le faire. L’amour de Dieu est constant. Le prophète Isaïe dit: «Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains» (49, 15-16). Aujourd’hui, le tatouage est à la mode: «Je t’ai gravée sur les paumes de mes mains». J’ai fais un tatouage de toi sur mes mains. Ainsi, je suis dans les mains de Dieu, et je ne peux pas l’enlever. L’amour de Dieu est comme l’amour d’une mère, que l’on ne peut jamais oublier. Et si une mère oublie? «Moi je n’oublierai pas», dit le Seigneur. Voilà l’amour parfait de Dieu, c’est ainsi que nous sommes aimés de Lui. Même si tous nos amours terrestres s’écroulaient et s’il ne nous restait que de la poussière dans les mains, il y a toujours pour nous tous, ardent, l’amour unique et fidèle de Dieu.
Dans la faim d’amour que nous ressentons tous, ne cherchons pas quelque chose qui n’existe pas: celle-ci est en revanche l’invitation à connaître Dieu qui est le Père. La conversion de saint Augustin, par exemple, est passée par cette ligne de crête: le jeune et brillant orateur cherchait simplement parmi les créatures quelque chose qu’aucune créature ne pouvait lui donner, jusqu’à ce qu’un jour, il eut le courage de lever le regard. Et ce jour-là, il connut Dieu. Dieu qui aime.
L’expression «aux cieux» ne veut pas exprimer un éloignement, mais une diversité radicale d’amour, une autre dimension d’amour, un amour inlassable, un amour qui restera toujours, et même qui est toujours à portée de main. Il suffit de dire «Notre Père qui es aux cieux», et cet amour vient.
C’est pourquoi, n’ayez pas peur! Aucun de nous n’est seul. Même si par malheur, ton père terrestre t’avait oublié et que tu avais de la rancœur pour lui, l’expérience fondamentale de la foi chrétienne ne t’est pas niée: celle de savoir que tu es le fils bien-aimé de Dieu, et qu’il n’y a rien dans la vie qui puisse éteindre son amour passionné pour toi.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les jeunes venus de France et les pèlerins venus de Suisse et de Monaco. Je vous invite, à l’occasion de votre pèlerinage à Rome, à refaire l’expérience de cet immense amour paternel que Dieu a pour nous afin de le faire découvrir aux autres. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – Catéchèse sur le « Notre Père »: 6. Notre père à tous – 13 février 2019

20 février, 2019

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fr madonna e bimbo

Marie et l’enfant Jesus

PAPE FRANÇOIS – Catéchèse sur le « Notre Père »: 6. Notre père à tous – 13 février 2019

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous continuons notre parcours pour apprendre toujours mieux à prier comme Jésus nous l’a enseigné. Nous devons prier comme Il nous a enseigné à le faire.
Il a dit: quand tu pries, entre dans le silence de ta chambre, retire-toi du monde et adresse-toi à Dieu en l’appelant «Père!». Jésus veut que ses disciples ne soient pas comme les hypocrites qui prient en se tenant droits debout sur les places pour être admirés des gens (cf. Mt 6, 5). Jésus ne veut pas d’hypocrisie. La véritable prière est celle qui s’accomplit dans le secret de la conscience, du cœur: insondable, visible uniquement à Dieu. Dieu et moi. Celle-ci a horreur du mensonge: avec Dieu il est impossible de feindre. C’est impossible, devant Dieu, il n’y a aucun subterfuge qui tienne, Dieu nous connaît ainsi, nus dans notre conscience, et on ne peut pas feindre. A la racine du dialogue avec Dieu, il y a un dialogue silencieux, comme un échange de regards entre deux personnes qui s’aiment: l’homme et Dieu croisent leur regard, et cela est une prière. Regarder Dieu et se laisser regarder par Dieu: cela est prier. «Mais, père, moi je ne prononce pas de paroles…». Regarde Dieu et laisse-toi regarder par Lui: c’est une prière, une belle prière!
Pourtant, bien que la prière du disciple soit entièrement confidentielle, elle ne tombe jamais dans l’intimisme. Dans le secret de la conscience, le chrétien ne laisse pas le monde derrière la porte de sa chambre, mais porte dans son cœur les personnes et les situations, les problèmes, tant de choses, il les porte toutes dans la prière.
Il y a une absence frappante dans le texte du «Notre Père». Si je vous demandais à vous quelle est l’absence frappante dans le texte du «Notre Père»? Il ne sera pas facile de répondre. Il manque un mot. Réfléchissez tous: que manque-t-il dans le «Notre Père»? Réfléchissez, que manque-t-il? Un mot. Un mot dont de nos jours — mais peut-être toujours — chacun fait grand cas. Quel est le mot qui manque dans le «Notre Père» que nous prions tous les jours? Pour gagner du temps, je vais vous le dire: il manque le mot: «je». On ne dit jamais «je». Jésus enseigne à prier en ayant sur les lèvres avant tout le «Tu», parce que la prière chrétienne est dialogue; «que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite». Non pas mon nom, mon règne, ma volonté. Pas moi, cela ne va pas. Puis on passe au «nous». Toute la deuxième partie du «Notre Père» est déclinée à la première personne du pluriel: «Donne-nous notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses, et ne nous laisse pas entrer en tentation, délivre-nous du mal». Même les requêtes les plus élémentaires de l’homme — comme celles d’avoir de la nourriture pour rassasier la faim — sont toutes au pluriel. Dans la prière chrétienne, personne ne demande le pain pour soi: donne-moi le pain de ce jour, non, donne-nous, il le supplie pour tous les pauvres du monde. Il ne faut pas oublier cela, il manque le mot «je». On prie avec le tu et avec le nous. C’est un bon enseignement de Jésus. Ne l’oubliez pas.
Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de place pour l’individualisme dans le dialogue avec Dieu. Il n’y a pas d’ostentation de ses problèmes comme si nous étions les seuls au monde à souffrir. Il n’y a pas de prière élevée à Dieu qui ne soit la prière d’une communauté de frères et sœurs, le nous: nous sommes en communauté, nous sommes frères et sœurs, nous sommes un peuple qui prie, «nous». Un jour, l’aumônier d’une prison m’a posé une question: «Dites-moi, père, quel est le contraire de “je”?». Et moi, ingénu, je lui ai dit: «Tu». «C’est le début de la guerre. Le contraire de “je” est “nous”, où il y a la paix, tous ensemble». C’est un bel enseignement que j’ai reçu de ce prêtre.
Dans la prière, un chrétien porte toutes les difficultés des personnes qui vivent près de lui: quand descend le soir, il raconte à Dieu les douleurs qu’il a rencontrés ce jour-là; il place devant lui de nombreux visages, amis et aussi hostiles. Si l’on ne se rend pas compte qu’autour de soi, il y a tant de personnes qui souffrent, si l’on n’a pas pitié pour les larmes des pauvres, si l’on est habitué à tout, alors cela signifie que notre cœur… comment est-il? Flétri? Non, pire, il est de pierre. Dans ce cas, il est bon de supplier le Seigneur pour qu’il nous touche avec son Esprit et qu’il attendrisse notre cœur: «Attendris, Seigneur, mon cœur». C’est une belle prière: «Seigneur, attendris mon cœur, afin qu’il puisse comprendre et se charger de tous les problèmes, toutes les douleurs d’autrui». Le Christ n’est pas passé indemne à côté des misères du monde: chaque fois qu’il percevait une solitude, une douleur du corps ou de l’esprit, il éprouvait un profond sentiment de compassion, comme les viscères d’une mère. Ce «sentiment de compassion» — n’oublions pas ce mot si chrétien: ressentir de la compassion — est un des verbes-clés de l’Evangile: c’est ce qui pousse le bon samaritain à s’approcher de l’homme blessé sur le bord de la route, contrairement aux autres qui ont le cœur dur.
Nous pouvons nous demander: quand je prie, est-ce que je m’ouvre au cri de nombreuses personnes proches et lointaines? Ou bien est-ce que je pense à la prière comme à une sorte d’anesthésie, pour pouvoir être plus tranquille? Je pose la question, que chacun y réponde. Dans ce cas, je serais victime d’un terrible équivoque. Certes, ma prière ne serait plus une prière chrétienne. Parce que ce «nous», que Jésus nous a enseigné, m’empêche d’être en paix seul, et me fait sentir responsable de mes frères et sœurs.
Il y a des hommes qui, apparemment, ne cherchent pas Dieu, mais Jésus nous fait prier aussi pour eux, parce que Dieu cherche ces personnes plus que toutes. Jésus n’est pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades, pour les pécheurs (cf. Lc 5, 31) — c’est-à-dire pour tous, parce que qui pense être bien-portant, en réalité, ne l’est pas. Si nous travaillons pour la justice, ne nous sentons pas meilleurs que les autres: le Père fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants (cf. Mt 5, 45). Le Père aime tous! Nous apprenons de Dieu qu’il est toujours bon avec tous, contrairement à nous qui réussissons à être bons uniquement avec certains, avec ceux qui nous plaisent.
Frères et sœurs, saints et pécheurs, nous sommes tous aimés par le même Père. Et, au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour, sur la façon dont nous avons aimé. Non pas un amour uniquement sentimental, mais compatissant et concret, selon la règle évangélique — ne l’oubliez pas! — «dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40). C’est ce que dit le Seigneur. Merci.
Je salue les pèlerins venus de France et de Belgique, en particulier les séminaristes de Lorraine avec leur évêque, Monseigneur Jean-Christophe Lagleize, et tous les jeunes présents. Je vous invite à prendre chaque jour un moment pour prier afin d’ouvrir votre cœur à Dieu et aux autres. Que Jésus soit votre guide sur le chemin de la prière ! Bon pèlerinage à tous.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 mai 2014- un autre don de l’Esprit Saint, le don de science.

30 janvier, 2019

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Popiashvili David, Good Shepherd

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 mai 2014- un autre don de l’Esprit Saint, le don de science.

Place Saint-Pierre

Mercredi 21 mai 2014

Chers frères et sœurs, bonjour.

Aujourd’hui, je voudrais mettre en lumière un autre don de l’Esprit Saint, le don de science. Lorsque l’on parle de science, la pensée se tourne immédiatement vers la capacité de l’homme de connaître toujours mieux la réalité qui l’entoure et de découvrir les lois qui régissent la nature et l’univers. La science qui vient de l’Esprit Saint, toutefois, ne se limite pas à la connaissance humaine : c’est un don spécial, qui nous conduit à saisir, à travers la création, la grandeur et l’amour de Dieu et sa relation profonde avec chaque créature.
Lorsque nos yeux sont illuminés par l’Esprit, ils s’ouvrent à la contemplation de Dieu, dans la beauté de la nature et dans la grandeur de l’univers, et nous conduisent à découvrir que toute chose nous parle de Lui et de son amour. Tout cela suscite en nous un très grand émerveillement et un profond sentiment de gratitude ! C’est la sensation que nous éprouvons également lorsque nous admirons une œuvre d’art ou toute autre merveille qui est le fruit du génie et de la créativité de l’homme : face à tout cela, l’Esprit nous conduit à louer le Seigneur du plus profond de notre cœur et à reconnaître, dans tout ce que nous avons et sommes, un don inestimable de Dieu et un signe de son amour infini pour nous.
Dans le premier chapitre de la Genèse, précisément au début de toute la Bible, est mis en évidence le fait que Dieu est satisfait de sa création, en soulignant de façon répétée la beauté et la bonté de chaque chose. Au terme de chaque journée, il est écrit : « Dieu vit que cela était bon » (1, 12.18.21.25) : si Dieu voit que la création est une bonne chose, est une belle chose, nous aussi nous devons adopter cette attitude et voir que la création est une chose bonne et belle. Tel est le don de science qui nous fait voir cette beauté, louons donc Dieu, en lui rendant grâce de nous avoir donné tant de beauté. Et lorsque Dieu finit de créer l’homme, il ne dit pas : « Dieu vit que cela était bon », mais il dit que cela était « très bon » (v. 31). Aux yeux de Dieu, nous sommes la chose la plus belle, la plus grande, la meilleure de la création : les anges aussi sont au-dessous de nous, nous sommes plus que les anges, comme nous l’avons entendu dans le livre des Psaumes. Le Seigneur nous aime ! Nous devons lui rendre grâce pour cela. Le don de la science nous place en profonde harmonie avec le Créateur et nous fait participer à la limpidité de son regard et de son jugement. Et c’est dans cette perspective que nous réussissons à saisir dans l’homme et la femme le sommet de la création, comme accomplissement d’un dessein d’amour qui est imprimé en chacun de nous et qui nous fait reconnaître comme frères et sœurs.
Tout cela est un motif de sérénité et de paix et fait du chrétien un témoin joyeux de Dieu, sur les pas de saint François d’Assise et de nombreux saints qui ont su louer et chanter son amour à travers la contemplation de la création. Dans le même temps, toutefois, le don de la science nous aide à ne pas tomber dans certains comportements excessifs ou erronés. Le premier est constitué par le risque de nous considérer comme les propriétaires de la création. La création n’est pas une propriété, que nous pouvons dominer à notre guise ; ni la propriété de quelques-uns, d’une poignée de personnes : la création est un don, c’est un don merveilleux que Dieu nous a fait, afin que nous en prenions soin et que nous l’utilisions au profit de tous, toujours avec un grand respect et gratitude. Le deuxième comportement erroné est représenté par la tentation de nous arrêter aux créatures, comme si celles-ci pouvaient offrir la réponse à toutes nos attentes. À travers le don de la science, l’Esprit nous aide à ne pas tomber dans cette erreur.
Mais je voudrais revenir sur la première voie erronée : dominer la création au lieu de la protéger. Nous devons protéger la création parce qu’il s’agit d’un don que le Seigneur nous a fait, c’est le don que Dieu nous a offert ; nous sommes gardiens de la création. Lorsque nous exploitons la création, nous détruisons le signe de l’amour de Dieu. Détruire la création signifie dire à Dieu « cela ne me plaît pas ». Et cela n’est pas bon : voilà le péché.
La protection de la création est précisément la protection du don de Dieu et cela signifie dire à Dieu : « Merci, je suis gardien de la création mais pour la faire progresser, jamais pour détruire ton don ». Cela doit représenter notre attitude à l’égard de la création : la protéger parce que si nous détruisons la création, la création nous détruira ! N’oubliez pas cela. Un jour, j’étais à la campagne et j’ai entendu un dicton prononcé par une personne simple, qui aimait beaucoup les fleurs et qui en prenait soin. Elle m’a dit : « Nous devons protéger ces belles choses que Dieu nous a données ; la création nous a été donnée pour que nous l’utilisions bien ; pas pour l’exploiter, mais pour la préserver, parce que Dieu pardonne toujours, nous les hommes nous pardonnons parfois, mais la création ne pardonne jamais et si on n’en prend pas soin, elle nous détruira ».
Cela doit nous faire réfléchir et doit nous faire invoquer de l’Esprit Saint le don de la science pour bien comprendre que la création est le plus beau don de Dieu. Il a fait tant de bonnes choses pour la meilleure chose qu’est la personne humaine.
Je salue cordialement les francophones, en particulier les pèlerins des diocèses de Pointe Noire, au Congo, de Sens et de Fréjus, ainsi que les sœurs de la Sainte Famille de Bordeaux.
Je vous invite à contempler souvent la beauté de la création afin d’y découvrir la grandeur et l’amour de Dieu pour nous. Qu’il remplisse vos cœurs de reconnaissance et que cela vous encourage à accueillir sa volonté dans votre vie