Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS AUDIENCE'

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – … un navire qui conduit Paul prisonnier de Césarée vers Rome (cf. Ac 27, 1–28,16)

15 janvier, 2020

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Saint Paul a Malta

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – … un navire qui conduit Paul prisonnier de Césarée vers Rome (cf. Ac 27, 1–28,16)

Salle Paul VI
Mercredi 8 janvier 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le livre des Actes des apôtres, dans la partie finale, raconte que l’Evangile poursuit sa course non seulement sur la terre mais aussi sur la mer, sur un navire qui conduit Paul prisonnier de Césarée vers Rome (cf. Ac 27, 1–28,16), au cœur de l’empire, pour que se réalise la parole du Ressuscité: «Vous serez alors mes témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8). Lisez le livre des Actes des apôtres et vous verrez que l’Evangile, avec la force de l’Esprit Saint, arrive à tous les peuples, devient universel. Prenez-le. Lisez-le.
La navigation se heurte dès le début à des conditions défavorables. Le voyage devient dangereux. Paul conseille de ne pas poursuivre la navigation, mais le centurion ne l’écoute pas et se fie au timonier et à l’armateur. Le voyage continue et un vent tellement furieux se déchaîne que l’équipage perd le contrôle et laisse le navire aller à la dérive.
Quand la mort semble désormais proche et que le désespoir envahit tout le monde, Paul intervient et rassure ses compagnons, en disant ce que nous avons entendu: «Cette nuit en effet m’est apparu un ange du Dieu auquel j’appartiens et que je sers, et il m’a dit: “Sois sans crainte, Paul. Il faut que tu comparaisses devant César, et voici que Dieu t’accorde la vie de tous ceux qui naviguent avec toi”» (Ac 27, 23-24). Même dans l’épreuve, Paul ne cesse d’être le gardien de la vie des autres et l’animateur de leur espérance.
Luc nous montre ainsi que le dessein qui guide Paul vers Rome sauve non seulement l’apôtre, mais également ses compagnons de voyage et le naufrage, de situation de malheur, se transforme en opportunité providentielle pour l’annonce de l’Evangile.
Le naufrage est suivi par l’abordage sur l’île de Malte, dont les habitants font preuve d’un accueil plein d’attentions. Les Maltais sont de braves personnes, ils sont doux, ils sont accueillants déjà depuis cette époque. Il pleut et il fait froid et ils allument un feu pour garantir aux naufragés un peu de chaleur et de réconfort. Ici aussi, Paul, en vrai disciple du Christ, propose son service pour nourrir le feu avec quelques branches. Au cours de cette action, il est mordu par une vipère, mais cela n’aura pas de conséquence: les gens, en voyant cela, disent: «Mais cet homme doit être un grand malfaiteur, car il se sauve d’un naufrage et il finit mordu par une vipère!». Ils attendaient le moment où il serait tombé mort, mais il ne subit aucune conséquence et on le prend même — au lieu d’un malfaiteur — pour une divinité. En réalité, ce bienfait vient du Seigneur ressuscité qui l’assiste, selon la promesse faite avant de monter au ciel et adressée aux croyants: «Ils saisiront des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal; ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris» (Mc 16, 18). L’histoire dit que, depuis ce moment, il n’y a pas de vipères à Malte: c’est la bénédiction de Dieu pour l’accueil de ce peuple si bon.
En effet, le séjour à Malte devient pour Paul l’occasion propice pour donner «chair» à la parole qu’il annonce et exercer ainsi un ministère de compassion dans la guérison des malades. Et c’est une loi de l’Evangile: quand un croyant fait l’expérience du salut, il ne la garde pas pour lui, mais il la met en circulation. «Le bien tend toujours à se communiquer. Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres» (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 9). Un chrétien «éprouvé» peut certainement être plus proche de quelqu’un qui souffre, parce qu’il sait ce qu’est la souffrance et ouvre son cœur et le rend sensible à la solidarité envers les autres.
Paul nous enseigne à vivre les épreuves en nous serrant autour du Christ, pour mûrir la «conviction que Dieu peut agir en toutes circonstances, même au milieu des échecs apparents» et la «certitude que celui qui se donne et s’en remet à Dieu par amour sera certainement fécond» (ibid., n. 279). L’amour est toujours fécond, l’amour pour Dieu est toujours fécond, et si tu te laisses saisir par le Seigneur et que tu reçois les dons du Seigneur, cela te permettra de les donner aux autres. L’amour pour Dieu va toujours au-delà.
Demandons aujourd’hui au Seigneur de nous aider à vivre chaque épreuve en étant soutenus par l’énergie de la foi; et à être sensibles aux nombreux naufragés de l’histoire qui abordent épuisés sur nos côtes, pour que nous aussi nous sachions les accueillir avec cet amour fraternel qui vient de la rencontre avec Jésus. C’est cela qui sauve du gel de l’indifférence et de l’inhumanité.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française et souhaite, à chacun et à chacune, une année riche en grâces du Seigneur. En particulier, demandons à Dieu de nous aider à vivre nos épreuves dans la foi. Et soyons sensibles aux souffrances de ceux qui viennent à notre rencontre sachant les accueillir de cet amour qui procède de notre rencontre avec Jésus. Que Dieu vous bénisse.

* * *

Parmi vous se trouve un groupe venant d’Australie: je voudrais demander à tous de prier le Seigneur pour qu’il aide la population en ce moment difficile, avec ces incendies si puissants. Je suis proche du peuple de l’Australie.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 27 décembre 2017 – signification du Noël du Seigneur Jésus

18 décembre, 2019

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Nativity (15th century)

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 27 décembre 2017 – signification du Noël du Seigneur Jésus

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais aujourd’hui m’arrêter avec vous sur la signification du Noël du Seigneur Jésus, qu’au cours de ces journées nous vivons dans la foi et dans les célébrations.
La construction de la crèche et, surtout, la liturgie, avec ses lectures bibliques et ses chants traditionnels, nous ont fait revivre «l’aujourd’hui», où «nous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur» (Lc 2, 11).
A notre époque, en particulier en Europe, nous assistons à une sorte de «dénaturation» de Noël: au nom d’un faux respect qui n’est pas chrétien, qui cache souvent la volonté de marginaliser la foi, on élimine de la fête toute référence à la naissance de Jésus. Mais en réalité, cet événement est l’unique vrai Noël! Sans Jésus il n’y a pas de Noël: il y a une autre fête, mais ce n’est pas Noël. Et si c’est Lui qu’on trouve au centre, alors tout ce qui est autour également, c’est-à-dire les lumières, les sons, les diverses traditions locales, y compris les plats caractéristiques, tout concourt à créer l’atmosphère de la fête, mais avec Jésus au centre. Si nous l’ôtons, la lumière s’éteint et tout devient factice, une apparence.
A travers l’annonce de l’Eglise, en tant que pasteurs de l’Evangile (cf. 2, 9), nous sommes guidés à chercher et à trouver la vraie lumière, celle de Jésus qui, s’étant fait homme comme nous, se montre de manière surprenante: il naît d’une pauvre jeune fille inconnue, qui lui donne le jour dans une étable, seulement avec l’aide de son mari… Le monde ne s’aperçoit de rien, mais au Ciel les anges, qui savent ce qui se passe, exultent! Et c’est ainsi que le Fils de Dieu se présente également aujourd’hui à nous: comme le don de Dieu pour l’humanité qui est plongée dans la nuit et dans la torpeur du sommeil (cf. Is 9, 1). Et aujourd’hui encore, nous assistons au fait que l’humanité préfère souvent l’obscurité, parce qu’elle sait que la lumière révélerait toutes ces actions ou ces pensées qui feraient rougir ou avoir des remords de conscience. Ainsi, on préfère rester dans l’obscurité et ne pas bouleverser ses propres mauvaises habitudes.
Nous pouvons alors nous demander ce que signifie accueillir le don de Dieu qui est Jésus. Comme lui-même nous l’a enseigné à travers sa vie, cela signifie devenir quotidiennement un don gratuit pour ceux que l’on rencontre sur sa propre route. Voilà pourquoi à Noël on s’échange des dons. Le vrai don pour nous est Jésus, et comme Lui nous voulons être un don pour les autres. Et puisque nous voulons être un don pour les autres, nous échangeons des dons, comme signe, comme marque de cette attitude que nous enseigne Jésus: Lui, envoyé par le Père, a été un don pour nous, et nous sommes un don pour les autres.
L’apôtre Paul nous offre une clé de lecture synthétique, quand il écrit — et ce passage de Paul est beau —: «Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée, nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre en ce siècle présent dans la réserve, la justice et la piété» (Tt 2, 11-12). La grâce de Dieu «s’est manifestée» en Jésus, visage de Dieu, que la Vierge à mis au monde comme chaque enfant de ce monde, mais qui n’est pas venu «de la terre», il est venu «du Ciel», de Dieu. De cette manière, par l’incarnation du Fils, Dieu nous a ouvert la voie de la vie nouvelle, fondée non sur l’égoïsme mais sur l’amour. La naissance de Jésus est le plus grand geste d’amour de notre Père du Ciel.
Enfin, un autre aspect important: dans Noël, nous pouvons voir comment l’histoire humaine, celle animée par les puissants de ce monde, est visitée par l’histoire de Dieu. Et Dieu interpelle ceux qui, relégués en marge de la société, sont les premiers destinataires de son don, c’est-à-dire — le don — le salut apporté par Jésus. Avec les petits et ceux qui sont méprisés, Jésus établit une amitié qui continue dans le temps et qui nourrit l’espérance pour un avenir meilleur. A ces personnes, représentées par les pasteurs de Bethléem, «apparut une grande lumière» (Lc 2, 9-12). Ils étaient marginalisés, ils étaient mal vus, méprisés, et c’est à eux en premier qu’apparut la grande nouvelle. Avec ces personnes, avec les petits et les méprisés, Jésus établit une amitié qui continue dans le temps et qui nourrit l’espérance d’un avenir meilleur. A ces personnes, représentées par les pasteurs de Bethléem, apparut une grande lumière, qui les conduisit directement à Jésus. Avec eux, à chaque époque, Dieu veut construite un monde nouveau, un monde dans lequel il n’y a plus de personnes rejetées, maltraitées et indigentes.
Chers frères et sœurs, au cours de ces journées, ouvrons notre esprit et notre cœur pour accueillir cette grâce. Jésus est le don de Dieu pour nous et, si nous l’accueillons, nous pouvons nous aussi le devenir pour les autres — être un don de Dieu pour les autres —, avant tout pour ceux qui n’ont jamais fait l’expérience de l’attention et de la tendresse. Combien de personnes dans leur vie n’ont jamais fait l’expérience d’une caresse, d’une attention aimante, d’un geste de tendresse… Noël nous pousse à le faire. Jésus vient ainsi naître encore une fois dans la vie de chacun de nous et, à travers nous, il continue à être un don de salut pour les petits et les exclus.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 4.12.19 – Ministère de Paul à Ephèse et congé des anciens

12 décembre, 2019

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fr giorgio de chirico, conversione di san paolo ipg

Giorgio de Chirico, Conversion de Saint Paul

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 4.12.19 – Ministère de Paul à Ephèse et congé des anciens

Place Saint Pierre
Mercredi 4 décembre 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le voyage de l’Evangile dans le monde continue sans relâche dans le livre des Actes des apôtres, et il traverse la ville d’Ephèse, en manifestant toute sa portée salvifique. Grâce à Paul, environ douze hommes reçoivent le baptême au nom de Jésus et font l’expérience de l’effusion de l’Esprit Saint qui les régénère (cf. Ac 19, 1-7). Divers prodiges ont ensuite lieu à travers l’apôtre: les malades guérissent et les possédés sont libérés (cf. Ac 19, 11-12). Cela se produit car le disciple ressemble à son Maître (cf. Lc 6, 40) et le rend présent en communiquant à ses frères la même vie nouvelle qu’il a reçue de Lui.
La puissance de Dieu qui fait irruption à Ephèse démasque ceux qui veulent utiliser le nom de Jésus pour accomplir des exorcismes mais sans avoir l’autorité spirituelle pour le faire (cf. Ac 19, 13-17), et révèle la faiblesse des arts magiques, qui sont abandonnés par un grand nombre de personnes qui choisissent le Christ et abandonnent les arts magiques (cf. Ac 19, 18-19). Un véritable bouleversement pour une ville comme Ephèse qui était un centre célèbre de pratique de la magie! Luc souligne ainsi l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie. Si tu choisis le Christ, tu ne peux pas avoir recours au magicien: la foi est un abandon confiant entre les mains d’un Dieu fiable et qui se fait connaître, non à travers des pratiques occultes, mais par une révélation et un amour gratuit. Peut-être l’un d’entre vous me dira-t-il: «Ah, oui, ce fait de la magie est quelque chose d’antique: aujourd’hui, avec la civilisation chrétienne, cela n’arrive pas». Mais faites attention! Je vous le demande: combien d’entre vous vont se faire tirer les tarots, combien de vous vont se faire lire les lignes de la main ou les cartes? Aujourd’hui aussi, dans les grandes villes, des chrétiens pratiquants font ce genre de choses. Et à la question: «Mais comment se fait-il, si tu crois en Jésus Christ, que tu ailles chez le magicien, chez le devin, chez tous ces gens?», ils répondent: «Je crois en Jésus Christ, mais par superstition, je vais aussi chez eux». Je vous en prie: la magie n’est pas chrétienne! Ces choses que l’on fait pour deviner l’avenir ou deviner tant de choses ou changer une situation de vie, ne sont pas chrétiennes. La grâce du Christ t’apporte tout: prie et remets-toi au Seigneur.
La diffusion de l’Evangile à Ephèse nuit au commerce des orfèvres — un autre problème —, qui fabriquaient les statues de la déesse Artémis, faisant d’une pratique religieuse une véritable affaire. Je vous demande de réfléchir à cela. En voyant diminuer cette activité qui faisait gagner beaucoup d’argent, les orfèvres organisent une révolte contre Paul, et les chrétiens sont accusés d’avoir mis en crise la catégorie des artisans, le sanctuaire d’Artémis et le culte de cette déesse (cf. Ac 19, 23-28).
Ensuite, Paul part d’Ephèse à destination de Jérusalem et il arrive à Milet (cf. Ac 20, 1-16). De là, il envoie appeler les anciens de l’Eglise d’Ephèse — les presbytres: il s’agit des prêtres — pour effectuer un passage de consignes «pastorales» (cf. Ac 20, 17-35). Nous sommes dans le derniers moments du ministère apostolique de Paul et Luc nous présente son discours d’adieu, une sorte de testament spirituel que l’apôtre adresse à ceux qui, après son départ, devront guider la communauté d’Ephèse. Il s’agit de l’une des plus belles pages du Livre des Actes des apôtres: je vous conseille de prendre aujourd’hui le Nouveau Testament, la Bible, le chapitre 20 et de lire ce congé de Paul des prêtres d’Ephèse, et il le fait à Milet. C’est une manière de comprendre comment se congédie l’apôtre et également comment les prêtres doivent aujourd’hui prendre congé et également comment tous les chrétiens doivent se congédier. C’est une très belle page.
Dans la partie exhortative, Paul encourage les responsables de la communauté, sachant qu’il les voit pour la dernière fois. Et que leur dit-il?: «Soyez attentifs à vous- mêmes, et à tout le troupeau». Tel est le travail du pasteur: veiller, veiller sur soi-même et sur le troupeau. Le pasteur doit veiller, le curé doit veiller, faire la veillée, les prêtres doivent veiller, les évêques, le Pape doivent veiller. Veiller pour protéger le troupeau, et également veiller sur soi-même, examiner sa conscience et voir comment on accomplit ce devoir de veiller. «Soyez attentifs à vous- mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l’Eglise de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre fils» (Ac 20, 28): c’est ce que dit saint Paul. On demande aux épiscopes la plus grande proximité avec le troupeau, racheté par le sang précieux du Christ, et la promptitude à le défendre des «loups» (v. 29). Les évêques doivent être très proches du peuple pour le protéger, pour le défendre; ils ne doivent pas être détachés du peuple. Après avoir confié cette tâche aux responsables d’Ephèse, Paul les remet entre les mains de Dieu et les confie à la «parole de sa grâce» (v. 32), ferment de toute croissance et chemin de sainteté dans l’Eglise, en les invitant à travailler de leurs propres mains, comme lui, pour ne pas être un poids pour les autres, à secourir les personnes vulnérables et à expérimenter qu’«il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir» (v. 35).
Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler en nous l’amour pour l’Eglise et pour le dépôt de la foi qu’elle conserve, et de nous rendre tous coresponsables de la sauvegarde du troupeau, en soutenant dans la prière les pasteurs pour qu’ils manifestent la fermeté et la tendresse du Divin Pasteur.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 15 mars 2017 (…nous sommes appelés à l’amour, à la charité)

5 décembre, 2019

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 15 mars 2017 (…nous sommes appelés à l’amour, à la charité)

Mercredi 15 mars 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous savons bien que le grand commandement que nous a laissé le Seigneur Jésus est celui d’aimer: aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit et aimer notre prochain comme nous-mêmes (cf. Mt 22, 37-39), c’est-à-dire que nous sommes appelés à l’amour, à la charité. Et cela est notre vocation la plus élevée, notre vocation par excellence: et à elle est liée également la joie de l’espérance chrétienne. Qui aime a la joie de l’espérance, d’arriver à rencontrer le grand amour qu’est le Seigneur.
L’apôtre Paul, dans le passage de la Lettre aux Romains, que nous venons d’écouter, nous met en garde: il existe le risque que notre charité soit hypocrite, que notre amour soit hypocrite. Nous devons alors nous demander: quand a lieu cette hypocrisie? Et comment pouvons-nous être certains que notre amour est sincère, que notre charité est authentique? De ne pas faire semblant de faire la charité ou que notre amour ne soit pas comme un feuilleton télévisé: un amour sincère, fort…
L’hypocrisie peut s’insinuer partout, même dans notre façon d’aimer. Cela a lieu quand notre amour est un amour intéressé, mû par des intérêts personnels; et combien d’amours intéressés y a-t-il… quand les services caritatifs dans lesquels il semble que nous nous prodiguions sont accomplis pour nous faire valoir nous-mêmes ou nous sentir satisfaits: «Comme je suis bon!» Non, cela est une hypocrisie! Ou encore quand nous visons à des choses qui ont une «visibilité» pour montrer notre intelligence ou nos capacités. Derrière tout cela, il y a une idée fausse, trompeuse, c’est-à-dire que, si nous aimons, c’est parce que nous sommes bons; comme si la charité était une création de l’homme, un produit de notre cœur. La charité, en revanche, est avant tout une grâce, un cadeau: pouvoir aimer est un don de Dieu, et nous devons le demander. Et Il le donne avec plaisir, si nous le demandons. La charité est une grâce: elle ne consiste pas à faire transparaître ce que nous ne sommes pas, mais ce que le Seigneur nous donne et que nous accueillons librement; et elle ne peut pas s’exprimer dans la rencontre avec les autres si elle n’est pas engendrée auparavant par la rencontre avec le visage doux et miséricordieux de Jésus.
Paul nous invite à reconnaître que nous sommes pécheurs, et que notre façon d’aimer est marquée par le péché. Dans le même temps, toutefois, il se fait porteur d’une annonce nouvelle, une annonce d’espérance: le Seigneur ouvre devant nous une voie de libération, une voie de salut. C’est la possibilité de vivre nous aussi le grand commandement de l’amour, de devenir instruments de la charité de Dieu. Et cela a lieu quand nous nous laissons guérir et renouveler notre cœur par le Christ ressuscité. Le Seigneur ressuscité qui vit parmi nous, qui vit avec nous est capable de guérir notre cœur: il le fait, si nous le demandons. C’est Lui qui nous permet, même dans notre petitesse et notre pauvreté, de faire l’expérience de la compassion du Père et de célébrer les merveilles de son amour. Et l’on comprend alors que tout ce que nous pouvons vivre et faire pour nos frères n’est autre que la réponse à ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous. C’est d’ailleurs Dieu lui-même qui, demeurant dans notre cœur et dans notre vie, continue de se faire proche et de servir tous ceux que nous rencontrons chaque jour sur notre chemin, en commençant par les derniers et les plus indigents, dans lesquels Il se reconnaît en premier.
A travers ces paroles, l’apôtre Paul veut alors moins nous réprimander que nous encourager et raviver en nous l’espérance. En effet, nous faisons tous l’expérience de ne pas vivre pleinement ou comme nous devrions le commandement de l’amour. Mais cela aussi est une grâce, parce que cela nous fait comprendre que nous ne sommes pas capables d’aimer véritablement par nous-mêmes: nous avons besoin que le Seigneur renouvelle constamment ce don dans notre cœur, à travers l’expérience de sa miséricorde infinie. Alors, nous pourrons apprécier à nouveau les petites choses, les choses simples, ordinaires; nous apprécierons à nouveau ces petites choses de tous les jours et nous serons capables d’aimer les autres comme Dieu les aime, en voulant leur bien, c’est-à-dire qu’ils soient saints, amis de Dieu; et nous serons contents de la possibilité de nous faire proches de celui qui est pauvre et humble, comme Jésus le fait avec chacun de nous quand nous sommes loin de Lui, de nous pencher sur les pieds de nos frères, comme Lui, le Bon Samaritain, le fait avec chacun de nous, à travers sa compassion et son pardon.
Chers frères, ce que l’apôtre Paul nous a rappelé est le secret pour être — je reprends ses termes — c’est le secret pour être «avec la joie de l’espérance» (Rm 12, 12): avec la joie de l’espérance. Avec la joie de l’espérance parce que nous savons qu’en toute circonstance, même la plus adverse et également à travers nos propres échecs, l’amour de Dieu ne manque pas. Et alors, le cœur visité et habité par sa grâce et par sa fidélité, nous vivons dans la joyeuse espérance de rendre à nos frères, dans la mesure de nos faibles moyens, tout ce que nous recevons aujourd’hui de lui. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier l’association Chemins d’Humanité avec Mgr Jean Luc Brunin, évêque du Havre. Soyons pleins d’espérance sur notre route de Carême, certains que, même à travers nos échecs, l’amour de Dieu est le plus fort et nous donne l’occasion de renouveler notre cœur pour être à son service et au service de nos frères. Que Dieu vous bénisse!
J’adresse une pensée spéciale aux employés de «Sky Italia», et je souhaite que leur situation professionnelle puisse trouver une solution rapide, dans le respect des droits de tous, en particulier des familles. Le travail nous confère de la dignité, et les responsables des peuples, les gouvernants, ont l’obligation de tout faire afin que chaque homme et chaque femme puisse travailler et garder ainsi la tête haute, regarder les autres en face, avec dignité. Qui, pour des manœuvres économiques, pour réaliser des affaires peu claires, ferme des usines, ferme des entreprises et supprime le travail de personnes, commet un péché très grave.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur les actes des apôtres – 15.  » Celui qui, sans le savoir, vous adorez, je vous le signale  » ( Actes 17:23). Paul sur l’aréopage: un exemple d’inculturation de la foi à Athènes

13 novembre, 2019

http://www.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2019/documents/papa-francesco_20191106_udienza-generale.html

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Plaque en bronze du discours de saint Paul à Athènes

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur les actes des apôtres – 15.  » Celui qui, sans le savoir, vous adorez, je vous le signale  » ( Actes 17:23). Paul sur l’aréopage: un exemple d’inculturation de la foi à Athènes

Chers frères et soeurs, bonjour!

Place Saint Pierre
Mercredi 6 novembre 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons notre «voyage» avec le livre des Actes des apôtres. Après les épreuves vécues à Philippes, Thessalonique et Berée, Paul arrive à Athènes, précisément au cœur de la Grèce (cf. Ac 17, 15). Cette ville, qui vivait dans l’ombre des antiques gloires malgré la décadence politique, conservait encore le primat de la culture. C’est là que l’esprit de l’apôtre «s’échauffait en lui au spectacle de cette ville remplie d’idoles» (Ac 17, 16). Toutefois, cet «impact» avec le paganisme, au lieu de le faire fuir, le pousse à créer un pont pour dialoguer avec cette culture.
Paul choisit de se familiariser avec la ville et commence ainsi à fréquenter les lieux et les personnes les plus significatives. Il va à la synagogue, symbole de la vie de foi; il va sur la place, symbole de la vie citadine; et il va à l’Aréopage, symbole de la vie politique et culturelle. Il rencontre des juifs, des philosophes épicuriens et stoïciens, et de nombreux autres. Il rencontre tout le monde, il ne se renferme pas, va parler avec tous. Et, de cette façon, Paul observe la culture, observe le climat d’Athènes «à partir d’un regard contemplatif» qui découvre «ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues, sur ses places» (Evangelii gaudium, n. 71). Paul ne regarde pas la ville d’Athènes et le monde païen avec hostilité, mais avec les yeux de la foi. Et ainsi, il nous fait nous interroger sur notre façon de regarder nos villes: les observons-nous avec indifférence? Avec mépris? Ou bien avec la foi qui reconnaît les fils de Dieu au milieu des foules anonymes?
Paul choisit le regard qui le pousse à ouvrir une brèche entre l’Evangile et le monde païen. Au cœur de l’une des institutions les plus célèbres du monde antique, l’Aréopage, il réalise un exemple extraordinaire d’inculturation du message de la foi: il annonce Jésus Christ aux adorateurs d’idoles, et il ne le fait pas en les agressant, mais en se faisant «pontife, constructeur de ponts» (Homélie à Sainte-Marthe, 8 mai 2013).
Paul part de l’autel de la ville dédié à un «dieu inconnu» (Ac 17, 23) — il y avait un autel avec l’inscription «Au dieu inconnu»; aucune image, rien, uniquement cette inscription. En partant de cette «dévotion au dieu inconnu, pour avoir de l’empathie pour ses auditeurs, il proclame que Dieu «vit parmi les citadins» (Evangelii gaudium, n. 71) et «ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons» (ibid.). C’est précisément cette présence que Paul cherche à dévoiler: «Ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer» (Ac 17, 23).
Pour révéler l’identité du dieu que les Athéniens adorent, l’apôtre part de la création, c’est-à-dire de la foi biblique dans le Dieu de la révélation, pour arriver à la rédemption et au jugement, c’est-à-dire au message proprement chrétien. Il montre la disproportion entre la grandeur du Créateur et les temples construits par l’homme, et explique que le Créateur se fait toujours chercher afin que chacun puisse le trouver. De cette façon, Paul, selon une belle expression du Pape Benoît XVI, «annonce Celui que les hommes ignorent, et pourtant connaissent: l’Inconnu-Connu» (Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au collège des Bernardins, 12 septembre 2008). De plus, il invite chacun à aller au-delà «des temps de l’ignorance» et à se décider pour la conversion en vue du jugement imminent. Paul arrive ainsi au kérygme et fait allusion au Christ, sans le citer, le définissant comme l’«homme qu’il a désigné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts» (Ac 17, 31).
Et c’est là qu’est le problème. La parole de Paul, qui jusqu’à présent avait tenu ses interlocuteurs en haleine — parce que c’était une découverte intéressante — trouve un écueil: la mort et la résurrection du Christ apparaîssent comme «une folie» (1 Co 1, 23) et suscitent le mépris et la dérision. Paul s’éloigne alors: sa tentative semble avoir échoué, et au contraire, certains adhèrent à sa parole et s’ouvrent à la foi. Parmi ceux-ci Denys, membre de l’Aréopage, et une femme, Damaris. A Athènes aussi, l’Evangile s’enracine et peut parler à deux voix: celle de l’homme et celle de la femme!
Demandons nous aussi aujourd’hui à l’Esprit Saint de nous enseigner à construire des ponts au moyen de la culture, avec ceux qui ne croient pas ou avec ceux qui ont une croyance différente de la nôtre. Toujours construire des ponts, toujours la main tendue, pas d’agression. Demandons-lui la capacité d’inculturer avec délicatesse le message de la foi, en posant sur ceux qui ignorent le Christ un regard contemplatif, mû par un amour qui réchauffe même les cœurs les plus endurcis.

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les jeunes du diocèse de Paris. Frères et sœurs, demandons à l’Esprit Saint de nous apprendre à construire des ponts avec ceux qui ne croient pas. Que nous sachions toujours leur témoigner de notre foi, en portant sur eux un regard d’amour qui touche même les cœurs les plus endurcis. Que Dieu vous bénisse !

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 8. Judith: le courage d’une femme donne de l’espoir au peuple: Judith (2017)

23 octobre, 2019

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fr-Veronese_Giuditta_con_la_testa_di_Oloferne

Judith et Holopherne,

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 8. Judith: le courage d’une femme donne de l’espoir au peuple: Judith (2017)

Mercredi, 25 janvier 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Parmi les figures de femmes que l’Ancien Testament nous présente, émerge celle d’une grande héroïne du peuple: Judith. Le livre biblique qui porte son nom raconte l’imposante campagne militaire du roi Nabuchodonosor qui, régnant à Ninive, élargit les frontières de l’empire en conquérant et en asservissant tous les peuples environnants. Le lecteur comprend qu’il se trouve devant un homme fort, un ennemi invincible qui sème la mort et la destruction et qui arrive jusqu’à la terre promise, en mettant en danger la vie des fils d’Israël.
En effet, l’armée de Nabuchodonosor, sous la direction du général Holopherne, assiège une ville de Judée, Béthulie, coupant son approvisionnement en eau et affaiblissant ainsi la résistance de la population.
La situation devient dramatique, au point que les habitants de la ville s’adressent aux anciens en leur demandant de se rendre aux ennemis. Leurs paroles sont désespérées: «Maintenant, il n’y a plus personne qui puisse nous secourir, Dieu nous a livrés entre leurs mains pour être terrassés par la soif en face d’eux et périr totalement [Ils sont arrivés à dire cela: “Dieu nous a livrés entre leurs mains”; le désespoir était grand parmi ces gens]. Appelez-les donc tout de suite. Livrez entièrement la ville au pillage des gens d’Holopherne et de toute son armée» (Jdt 7, 25-26). La fin semble désormais inéluctable, la capacité d’avoir confiance en Dieu s’est épuisée. La capacité d’avoir confiance en Dieu s’est épuisée. Et combien de fois arrivons-nous à des situations limites où nous ne sentons même plus la capacité d’avoir confiance dans le Seigneur. C’est une mauvaise tentation! Et paradoxalement, il semble que, pour échapper à la mort, il ne reste plus qu’à se remettre entre les mains de celui qui tue. Ils savent que ces soldats viendront piller la ville, prendre les femmes comme esclaves et ensuite tuer tous les autres. C’est précisément «la limite».
Et devant tant de désespoir, le chef du peuple tente de proposer un motif d’espérance: résister encore cinq jours, en attendant l’intervention salvifique de Dieu. Mais c’est une faible espérance, qui lui fait conclure: «Si, ce délai écoulé, aucun secours ne nous est parvenu, alors je suivrai votre avis» (7, 31). Pauvre homme: c’était une situation sans issue. Cinq jours sont accordés à Dieu — et là se trouve le péché —; cinq jours sont accordés à Dieu pour intervenir; cinq jours d’attente, mais déjà avec la perspective de la fin. Ils accordent cinq jours à Dieu pour les sauver, mais ils savent qu’ils n’ont pas confiance, ils attendent le pire. En réalité, personne dans le peuple n’est encore capable d’espérer. Ils étaient désespérés.
C’est dans cette situation que Judith apparaît sur la scène. Veuve, femme d’une grande beauté et sagesse, elle parle au peuple avec le langage de la foi. Courageuse, elle réprimande le peuple en face (en disant): «Et maintenant vous mettez le Seigneur Tout-Puissant à l’épreuve! […]. Non, frères, gardez-vous d’irriter le Seigneur notre Dieu! S’il n’est pas dans ses intentions de nous sauver avant cette échéance de cinq jours, il peut nous protéger dans le délai qu’il voudra, comme il peut nous détruire à la face de nos ennemis. […] Dans l’attente patiente de son salut, appelons-le plutôt à notre secours. Il écoutera notre voix si tel est son bon plaisir» (8, 13.14 – 15.17). C’est le langage de l’espérance. Frappons à la porte du cœur de Dieu, il est le Père, il peut nous sauver. Cette femme, veuve, risque également de faire une piètre figure devant les autres! Mais elle est courageuse! Elle va de l’avant! Voilà mon opinion personnelle: les femmes sont plus courageuses que les hommes. (Applaudissements dans la salle).
Et avec la force d’un prophète, Judith admoneste les hommes de son peuple pour les reconduire à l’espérance en Dieu; avec le regard d’un prophète, elle voit au-delà de l’horizon étroit proposé par les chefs et que la peur rend encore plus limité. Dieu agira certainement — affirme-t-elle —, alors que la proposition des cinq jours d’attente est une manière pour le tenter et pour se soustraire à sa volonté. Le Seigneur est le Dieu du salut — et elle y croit —, quelle que soit la forme que celui-ci prend. Le salut de les libérer des ennemis et de les faire vivre, mais, dans ses plans impénétrables, cela peut également être le salut que de les conduire à la mort. Femme de foi, elle le sait. Ensuite nous connaissons la fin, comment l’histoire a fini: Dieu les sauve.
Chers frères et sœurs, ne posons jamais de conditions à Dieu et laissons en revanche l’espérance vaincre nos craintes. Avoir confiance en Dieu veut dire entrer dans ses desseins sans rien prétendre, également en acceptant que son salut et son aide nous parviennent d’une manière différente de nos attentes. Nous demandons au Seigneur la vie, la santé, les liens d’affection, le bonheur; et il est juste de le faire, mais c’est dans la conscience que Dieu sait tirer la vie également de la mort, que l’on peut faire l’expérience de la paix également dans la maladie, et qu’il peut y avoir de la sérénité également dans la solitude et de la béatitude également dans les larmes. Ce n’est pas nous qui pouvons enseigner à Dieu ce qu’il doit faire, ce dont nous avons besoin. Il le sait mieux que nous, et nous devons avoir confiance, parce que ses voies et ses pensées sont différentes des nôtres.
Le chemin que Judith nous indique est celui de la confiance, dans l’attente de la paix, de la prière et de l’obéissance. C’est le chemin de l’espérance. Sans résignation facile, en faisant tout ce qui est en notre pouvoir, mais toujours en restant dans le sillage de la volonté du Seigneur, parce que — nous le savons — elle a beaucoup prié, elle a beaucoup parlé au peuple et ensuite, courageusement, elle est partie, elle a cherché la façon de s’approcher du chef de l’armée et a réussi à lui couper la tête, à l’égorger. Elle est courageuse dans la foi et dans les œuvres. Et elle cherche toujours le Seigneur! De fait, Judith a un plan, elle le met en œuvre avec succès et conduit le peuple à la victoire, mais toujours avec l’attitude de foi de celui qui accepte tout de la main de Dieu, sûre de sa bonté.
Ainsi, une femme pleine de foi et de courage redonne de la force à son peuple en danger mortel et le conduit sur les routes de l’espérance, en nous les indiquant également. Et nous, si nous nous rappelons un peu, combien de fois avons-nous entendu des paroles sages, courageuses, de personnes humbles, de femmes humbles que nous pensions être — sans les mépriser — ignorantes?… Mais ce sont des paroles de la sagesse de Dieu! Les paroles des grands-mères… Combien de fois les grands-mères savent-elles dire le mot juste, un mot d’espérance, parce qu’elles ont l’expérience de la vie, elles ont beaucoup souffert, elles se sont confiées à Dieu et le Seigneur fait ce don de nous donner un conseil d’espérance. Et en allant sur ces routes, ce sera une joie et une lumière pascale de nous confier au Seigneur avec les paroles de Jésus: «Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse!» (Lc 22, 42). C’est la prière de la sagesse, de la confiance et de l’espérance.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (Catéchèse sur les Actes des apôtres – 11. « L’instrument que j’ai choisi pour moi » (Actes 9:15). Saul, de persécuteur à évangélisateur.) Mercredi 9 octobre 2019

16 octobre, 2019

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la missione rivolta a tutte le genti fr e pens - Copia - Copia

Une mission destinée à tous (San Paolo)

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (Catéchèse sur les Actes des apôtres – 11. « L’instrument que j’ai choisi pour moi » (Actes 9:15). Saul, de persécuteur à évangélisateur.)

Mercredi 9 octobre 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

A partir de l’épisode de la lapidation d’Etienne, apparaît une figure qui, à côté de celle de Pierre, est la plus présente et incisive dans les Actes des apôtres: celle d’un «jeune homme appelé Saul» (Ac 7, 58). Il est décrit au début comme quelqu’un qui approuve la mort d’Etienne et qui «veut détruire l’Eglise» (cf. Ac 8, 3); mais il deviendra ensuite l’instrument choisi par Dieu pour annoncer l’Evangile aux nations (cf. Ac 9, 15; 22, 21; 26, 17).
Avec l’autorisation du prêtre suprême, Saul pourchasse les chrétiens et les capture. Vous, qui provenez de certains peuples qui ont été persécutés par les dictatures, vous comprenez bien ce que signifie donner la chasse aux gens et les capturer. C’est ce que faisait Saul. Et il le fait en pensant servir la Loi du Seigneur. Luc dit que Saul «respirait» «menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur» (Ac 9, 1): il y avait en lui un souffle de mort, pas de vie
Le jeune Saul est représenté comme étant intransigeant, c’est-à-dire quelqu’un qui fait preuve d’intolérance à l’égard de ceux qui n’ont pas la même opinion que lui, il absolutise son identité politique ou religieuse et réduit l’autre à un ennemi potentiel à combattre. Un idéologue. Chez Saul, la religion s’était transformée en idéologie: une idéologie religieuse, une idéologie sociale, une idéologie politique. Ce n’est qu’après avoir été transformé par le Christ, qu’il enseignera que le véritable combat «n’est pas contre des adversaires de sang et de chair, mais contre [...] les régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal» (Eph 6, 12). Il enseignera qu’il ne faut pas combattre les personnes, mais le mal qui inspire leurs actions.
La condition de colère — parce que Saul était coléreux — et conflictuelle de Saul invite chacun à s’interroger: comment est-ce que je vis ma vie de foi? Est-ce que je vais à la rencontre des autres, ou bien est-ce que je suis contre les autres? Est-ce que j’appartiens à l’Eglise universelle (bons et méchants, tous) ou bien est-ce que j’ai une idéologie sélective? Est-ce que j’adore Dieu ou est-ce que j’adore les formules dogmatiques? Comment est ma vie religieuse? La foi en Dieu que je professe me rend-elle amical ou hostile envers celui qui est différent de moi?
Luc rapporte que, tandis que Saul est absorbé par la tâche de déraciner la communauté chrétienne, le Seigneur est sur ses traces pour toucher son cœur et le convertir à lui. C’est la méthode du Seigneur: il touche le cœur. Le Ressuscité prend l’initiative et se manifeste à Saul sur le chemin de Damas, un événement qui est rapporté pas moins de trois fois dans le Livre des Actes (cf. Ac 9, 3-19; 22, 3-21; 26, 4-23). A travers le binôme «lumière» et «voix», typique des théophanies, le Ressuscité apparaît à Saul et lui demande des comptes de sa furie fratricide: «Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?» (Ac 9, 4). Ici, le Ressucité montre qu’il est une seule chose avec ceux qui croient en Lui: frapper un membre de l’Eglise signifie frapper le Christ lui-même! Même ceux qui sont idéologues parce qu’ils veulent la «pureté» — entre guillemets — de l’Eglise, frappent le Christ.
La voix de Jésus dit à Saul: «Relève-toi, entre dans la ville, et l’on te dira ce que tu dois faire» (Ac 9, 6). Mais une fois debout, Saul ne voit plus rien, il est devenu aveugle et, d’homme fort, faisant autorité et indépendant, il devient faible, nécessiteux et dépendant des autres, parce qu’il ne voit pas. La lumière du Christ l’a ébloui et l’a rendu aveugle: «Il apparaît ainsi extérieurement ce qui était sa réalité intérieure, sa cécité à l’égard de la vérité, de la lumière qu’est le Christ» (Benoît XVI, Audience générale, 3 septembre 2008).
Ce «corps à corps» entre Saul et le Ressuscité donne naissance à une transformation qui montre la «pâque personnelle» de Saul, son passage de la mort à la vie: ce qui auparavant était gloire devient «déchet» à jeter pour acquérir le vrai gain qu’est le Christ et la vie en Lui (cf. Ph 3, 7-8).
Paul reçoit le baptême. Le baptême marque ainsi pour Saul, comme pour chacun de nous, le début d’une vie nouvelle, et il est accompagné d’un regard nouveau sur Dieu, sur soi-même et sur les autres qui, d’ennemis, deviennent désormais frères dans le Christ.
Demandons au Père qu’à nous aussi, comme à Saul, il fasse faire l’expérience de l’impact avec son amour qui seul peut faire d’un cœur de pierre un cœur de chair (cf. Ez 11, 15), capable d’accueillir en lui «les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus» (Ph 2, 5).

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les personnes venues de Haïti, du Burkina Faso, de Suisse et de France. Demandons au Père, à la suite de Paul, de nous apprendre à ne plus combattre les personnes mais le mal qui les inspire, à ne plus aller contre les autres mais à leur rencontre. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – « Il lui annonça Jésus » (Actes 8:35). Filippo et la « course » de l’Evangile sur de nouvelles routes.

9 octobre, 2019

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St-Peter-healing-a-cripple.

Saint Pierre guérit un infirme

PAPE FRANÇOIS – « Il lui annonça Jésus » (Actes 8:35). Filippo et la « course » de l’Evangile sur de nouvelles routes.

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 2 octobre 2019

Chers frères et sœurs!

Après le martyre de saint Etienne, la «course» de la Parole de Dieu semble subir un temps d’arrêt, à cause du déchaînement d’«une violente persécution [...] contre l’Eglise de Jérusalem» (Ac 8, 1). A la suite de cela, les apôtres restent à Jérusalem, alors que de nombreux chrétiens se dispersent dans d’autres lieux de la Judée et de la Samarie.
Dans le livre des Actes, la persécution apparaît comme l’état permanent de la vie des disciples, en accord avec ce qu’a dit Jésus: «S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront» (Jn 15, 20). Mais la persécution, au lieu d’éteindre le feu de l’évangélisation, le nourrit encore davantage.
Nous avons entendu ce qu’a fait le diacre Philippe qui commence à évangéliser les villes de Samarie, et les signes de libération et de guérison qui accompagnent l’annonce de la Parole sont nombreux. Dès lors, l’Esprit Saint marque une nouvelle étape du voyage de l’Evangile: il pousse Philippe à aller à la rencontre d’un étranger au cœur ouvert à Dieu. Philippe se lève et part avec ardeur et, sur une route déserte et dangereuse, il rencontre un haut fonctionnaire de la reine d’Ethiopie, administrateur de ses trésors. Cet homme, un eunuque, après avoir été à Jérusalem pour le culte, est en train de revenir dans son pays. C’était un prosélyte juif de l’Ethiopie. Assis sur son char, il lit le rouleau du prophète Isaïe, en particulier le quatrième chant du «serviteur du Seigneur».
Philippe s’approche du char et lui demande: «Comprends-tu donc ce que tu lis?» (Ac 8, 30). L’Ethiopien répond: «Et comment le pourrais-je si personne ne me guide?» (Ac 8, 31). Cet homme puissant reconnaît avoir besoin d’être guidé pour comprendre la Parole de Dieu. C’était un grand banquier, il était ministre de l’économie, il avait tout le pouvoir de l’argent, mais il savait que sans l’explication il ne pouvait pas comprendre, il était humble.
Et ce dialogue entre Philippe et l’Ethiopien fait réfléchir également sur le fait qu’il ne suffit pas de lire l’Ecriture, il faut en comprendre le sens, trouver le «suc» en allant au-delà de l’«écorce», puiser l’Esprit qui anime la lettre. Comme le dit le Pape Benoît au début du synode sur la Parole de Dieu, «l’exégèse, la vraie lecture de l’Ecriture Sainte, n’est pas seulement un phénomène littéraire […]. Elle est le mouvement de mon existence» (Méditation, 6 octobre 2008). Entrer dans la Parole de Dieu, c’est être disposé à sortir de ses propres limites pour rencontrer Dieu et se configurer au Christ qui est la Parole vivante du Père.
Qui est donc le protagoniste de ce que lisait l’Ethiopien? Philippe offre la clé de lecture à son interlocuteur: ce serviteur doux qui souffre, qui ne réagit pas au mal par le mal et qui, bien que considéré comme un perdant stérile qu’on élimine à la fin, libère le peuple de l’iniquité et porte du fruit pour Dieu, est précisément ce Christ que Philippe et toute l’Eglise annoncent! Qui avec la Pâque nous a tous rachetés. Finalement, l’Ethiopien reconnaît le Christ et demande le baptême et professe la foi dans le Seigneur Jésus. Ce récit est beau, mais qui a poussé Philippe à aller dans le désert pour rencontrer cet homme? Qui a poussé Philippe à s’approcher du char? C’est l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est le protagoniste de l’évangélisation. «Père, je vais évangéliser» — «Oui, que fais-tu?» — «Ah, j’annonce l’Evangile et je cherche à convaincre les gens que Jésus est Dieu». Mon cher, cela n’est pas de l’évangélisation; s’il n’y a pas l’Esprit Saint, il n’y a pas d’évangélisation. Cela peut être du prosélytisme, de la publicité… Mais l’évangélisation, c’est te laisser guider par l’Esprit Saint, que ce soit Lui qui te pousse à l’annonce, à l’annonce par le témoignage, également par le martyre, également par la parole.
Après avoir fait rencontrer l’Ethiopien et le Ressuscité — l’Ethiopien rencontre Jésus ressuscité parce qu’il comprend cette prophétie —, Philippe disparaît, l’Esprit le prend et l’envoie faire une autre chose. J’ai dit que le protagoniste de l’évangélisation est l’Esprit Saint et quel est le signe que toi chrétienne, chrétien, tu es un évangélisateur? La joie. Même dans le martyre. Et Philippe, plein de joie, alla ailleurs prêcher l’Evangile.
Que l’Esprit fasse des baptisés, des hommes et des femmes qui annoncent l’Evangile pour attirer les autres non pas à eux, mais au Christ, qui savent faire place à l’action de Dieu, qui savent rendre les autres libres et responsables face au Seigneur.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les pèlerins de la paroisse de Villeneuve, le Collège Maitrise de Massabielle de Pointe-à-Pitre, le Collège Saint-Joseph de Oyonnax et le groupe de pèlerins du Diocèse de Québec. La rencontre de Philippe avec l’Ethiopien nous révèle l’importance de la compréhension de la Parole de Dieu et des sacrements pour une vie nouvelle en Dieu. Et la joie est la caractéristique de tout chrétien disciple du Christ mort et ressuscité. Que l’Esprit Saint fasse de nous des hommes et des femmes amoureux du Christ et joyeux dans l’annonce de son message d’espérance. Que Dieu vous bénisse !

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 21 août 2019 – (Atti 4, 32)

19 septembre, 2019

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spirito santo fr

Le Saint-Esprit

PAPE FRANÇOIS - AUDIENCE GÉNÉRALE – 21 août 2019 – (Atti 4, 32)

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

La communauté chrétienne naît de l’effusion surabondante de l’Esprit Saint et croît grâce au ferment du partage entre frères et sœurs dans le Christ. Il existe un dynamisme de solidarité qui édifie l’Eglise en tant que famille de Dieu, où l’expérience de la koinonia est centrale. Que veut dire ce mot étrange? C’est un mot grec qui signifie «mettre en communion», «mettre en commun», être comme une communauté, pas isolés. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne, c’est-à-dire mettre en commun, «partager», «communiquer, participer», ne pas s’isoler. Dans l’Eglise des origines, cette koinonia, cette communauté se réfère avant tout à la participation au Corps et au Sang du Christ. Pour cette raison, quand nous faisons la communion nous disons «nous nous communiquons», nous entrons en communion avec Jésus et de cette communion avec Jésus nous arrivons à la communion avec nos frères et sœurs. Et cette communion avec le Corps et le Sang du Christ qui se fait dans la Messe se traduit en union fraternelle, et donc également par ce qui est plus difficile pour nous: mettre en commun les biens et recueillir de l’argent pour la collecte en faveur de l’Eglise Mère de Jérusalem (cf. Rm 12, 13; 2 Co 8–9) et des autres Eglises. Si vous voulez savoir si vous êtes de bons chrétiens, vous devez prier, essayer de vous approcher de la communion, du sacrement de la réconciliation. Mais ce signal que ton cœur s’est converti, c’est quand la conversion arrive aux poches, combien elle touche ton propre intérêt: c’est là que l’on voit si l’on est généreux avec les autres, si l’on aide les plus faibles, les plus pauvres: Quand la conversion arrive là, soyez certains qu’il s’agit d’une vraie conversion. Si elle ne reste que dans les mots, ce n’est pas une bonne conversion.
La vie eucharistique, les prières, la prédication des apôtres et l’expérience de la communion (cf. Ac 2, 42) font des croyants une multitude de personnes qui ont — dit le Livre des Actes des apôtres — ont «un seul cœur et une seule âme» et qui ne considèrent pas ce qu’ils possèdent comme leur propriété, mais mettent tout en commun (cf. Ac 4, 32). Il s’agit d’un modèle de vie si fort, qui nous aide à être généreux et pas avares. Pour cette raison, «nul n’était dans le besoin; car tous ceux qui possédaient — dit le Livre — des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins» (Ac 4, 34-35). L’Eglise a toujours eu ce geste des chrétiens qui se dépouillaient des choses qu’ils avaient en plus, des choses qui n’étaient pas nécessaires pour les donner à ceux qui avaient besoin. Et pas seulement de l’argent: également du temps. Combien de chrétiens — vous, par exemple, ici en Italie — combien de chrétiens font du bénévolat! Mais cela est très beau! C’est une communion, partager mon temps avec les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cela, le bénévolat, les œuvres de charité, les visites aux malades; il faut toujours partager avec les autres, et ne pas chercher seulement son propre intérêt.
La communauté, ou koinonia, devient de cette façon le nouveau type de relation entre les disciples du Seigneur. Les chrétiens font l’expérience d’une nouvelle modalité d’être entre eux, de se comporter. Et c’est la modalité proprement chrétienne, au point que les païens regardaient les chrétiens et disaient: «Regardez comme ils s’aiment!». L’amour était la modalité. Mais pas un amour en paroles, pas un amour feint: l’amour des œuvres, s’aider les uns les autres, l’amour concret, le caractère concret de l’amour. Le lien avec le Christ instaure un lien entre frères qui converge et s’exprime également dans la communion des biens matériels. Oui, cette modalité d’être ensemble, cet amour de cette façon arrive jusqu’aux poches, arrive à se dépouiller également de l’obstacle de l’argent pour le donner aux autres, en allant contre son propre intérêt. Etre membres du corps de Christ rend les croyants coresponsables les uns des autres. Etre croyants en Jésus nous rend tous coresponsables les uns des autres. «Mais regarde celui-ci, le problème qu’il a: cela ne m’intéresse pas, ça le regarde». Non, parmi les chrétiens, nous ne pouvons pas dire: «Le pauvre, il a un problème à la maison, il traverse cette difficulté familiale». Mais moi, je dois prier, je l’emporte avec moi, je ne suis pas indifférent». C’est cela être chrétien. C’est pourquoi les forts soutiennent les faibles (cf. Rm 15, 1) et personne ne fait l’expérience de l’indigence qui humilie et défigure la dignité humaine, car ils vivent cette communauté: avoir le cœur en commun. Ils s’aiment. C’est le signal: l’amour concret.
Jacques, Pierre et Jean, qui sont les trois apôtres comme les «piliers» de l’Eglise de Jérusalem, établissent dans la communion que Paul et Barnabé évangélisent les païens tandis qu’eux évangéliseront les juifs, et demandent seulement, à Paul et Barnabé, quelle est la condition: ne pas oublier les pauvres, rappeler les pauvres (cf. Ga 2, 9-10). Non seulement les pauvres matériels, mais aussi les pauvres spirituels, les gens qui ont des problèmes et ont besoin de notre proximité. Un chrétien part toujours de lui-même, de son propre cœur, et s’approche des autres comme Jésus s’est approché de nous. Telle est la première communauté chrétienne.
Un exemple concret de partage et de communion des biens nous vient du témoignage de Barnabé: il possède un champ et le vend pour en verser le produit aux apôtres (cf. Ac 4, 36-37). Mais à côté de son exemple positif, en apparaît un autre, tristement négatif: Ananie et sa femme Saphire, ayant vendu un terrain, décident de n’en remettre qu’une partie aux apôtres et de garder l’autre pour eux (cf. Ac 5, 1-2). Cette tromperie interrompt la chaîne du partage gratuit, le partage serein et désintéressé et les conséquences sont tragiques, fatales (Ac 5, 5.10). L’apôtre Pierre démasque l’attitude incorrecte d’Ananie et de sa femme et lui dit: «Pourquoi satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ? [...] Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu» (Ac 5, 3-4). Nous pourrions dire qu’Ananie a menti à Dieu à cause d’une conscience isolée, d’une conscience hypocrite, c’est-à-dire à cause d’une appartenance ecclésiale «négociée», partiale et opportuniste. L’hypocrisie est le pire ennemi de cette communauté chrétienne, de cet amour chrétien: faire semblant de s’aimer mais ne rechercher que son propre intérêt.
Manquer de sincérité dans le partage, en effet, ou manquer de sincérité dans l’amour, signifie cultiver l’hypocrisie, s’éloigner de la vérité, devenir égoïstes, éteindre le feu de la communion et se destiner au gel de la mort intérieure. Celui qui se comporte de cette façon traverse l’Eglise en touriste. Il y a beaucoup de touristes dans l’Eglise qui sont toujours de passage, mais n’entrent jamais dans l’Eglise: c’est le tourisme spirituel qui leur fait croire qu’ils sont chrétiens, alors qu’ils ne sont que des touristes de catacombes. Non, nous ne devons pas être des touristes dans l’Eglise, mais frères les uns des autres. Une vie fondée uniquement sur le fait de tirer profit et avantage des situations au détriment des autres, provoque inévitablement la mort intérieure. Et combien de personnes se disent proches de l’Eglise, amis des prêtres, des évêques, alors qu’elles ne cherchent que leur propre intérêt. Voilà les hypocrisies qui détruisent l’Eglise!
Que le Seigneur — je le demande pour nous tous — répande sur nous son Esprit de tendresse, qui surmonte toute hypocrisie et met en circulation cette vérité qui nourrit la solidarité chrétienne, qui, loin d’être une activité d’assistance sociale, est l’expression incontournable de la nature de l’Eglise, mère très tendre de tous, en particulier des plus pauvres.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 août 2019 – Catéchèse sur les Actes des Apôtres: 6. « Tous étaient communs » (Actes 4:32). Communion intégrale dans la communauté des croyants.

3 septembre, 2019

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2019/documents/papa-francesco_20190821_udienza-generale.html

la mia e fr

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 21 août 2019 – Catéchèse sur les Actes des Apôtres: 6. « Tous étaient communs » (Actes 4:32). Communion intégrale dans la communauté des croyants.

Salle Paul VI

Chers frères et sœurs, bonjour!

La communauté chrétienne naît de l’effusion surabondante de l’Esprit Saint et croît grâce au ferment du partage entre frères et sœurs dans le Christ. Il existe un dynamisme de solidarité qui édifie l’Eglise en tant que famille de Dieu, où l’expérience de la koinonia est centrale. Que veut dire ce mot étrange? C’est un mot grec qui signifie «mettre en communion», «mettre en commun», être comme une communauté, pas isolés. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne, c’est-à-dire mettre en commun, «partager», «communiquer, participer», ne pas s’isoler. Dans l’Eglise des origines, cette koinonia, cette communauté se réfère avant tout à la participation au Corps et au Sang du Christ. Pour cette raison, quand nous faisons la communion nous disons «nous nous communiquons», nous entrons en communion avec Jésus et de cette communion avec Jésus nous arrivons à la communion avec nos frères et sœurs. Et cette communion avec le Corps et le Sang du Christ qui se fait dans la Messe se traduit en union fraternelle, et donc également par ce qui est plus difficile pour nous: mettre en commun les biens et recueillir de l’argent pour la collecte en faveur de l’Eglise Mère de Jérusalem (cf. Rm 12, 13; 2 Co 8–9) et des autres Eglises. Si vous voulez savoir si vous êtes de bons chrétiens, vous devez prier, essayer de vous approcher de la communion, du sacrement de la réconciliation. Mais ce signal que ton cœur s’est converti, c’est quand la conversion arrive aux poches, combien elle touche ton propre intérêt: c’est là que l’on voit si l’on est généreux avec les autres, si l’on aide les plus faibles, les plus pauvres: Quand la conversion arrive là, soyez certains qu’il s’agit d’une vraie conversion. Si elle ne reste que dans les mots, ce n’est pas une bonne conversion.
La vie eucharistique, les prières, la prédication des apôtres et l’expérience de la communion (cf. Ac 2, 42) font des croyants une multitude de personnes qui ont — dit le Livre des Actes des apôtres — ont «un seul cœur et une seule âme» et qui ne considèrent pas ce qu’ils possèdent comme leur propriété, mais mettent tout en commun (cf. Ac 4, 32). Il s’agit d’un modèle de vie si fort, qui nous aide à être généreux et pas avares. Pour cette raison, «nul n’était dans le besoin; car tous ceux qui possédaient — dit le Livre — des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins» (Ac 4, 34-35). L’Eglise a toujours eu ce geste des chrétiens qui se dépouillaient des choses qu’ils avaient en plus, des choses qui n’étaient pas nécessaires pour les donner à ceux qui avaient besoin. Et pas seulement de l’argent: également du temps. Combien de chrétiens — vous, par exemple, ici en Italie — combien de chrétiens font du bénévolat! Mais cela est très beau! C’est une communion, partager mon temps avec les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. C’est cela, le bénévolat, les œuvres de charité, les visites aux malades; il faut toujours partager avec les autres, et ne pas chercher seulement son propre intérêt.
La communauté, ou koinonia, devient de cette façon le nouveau type de relation entre les disciples du Seigneur. Les chrétiens font l’expérience d’une nouvelle modalité d’être entre eux, de se comporter. Et c’est la modalité proprement chrétienne, au point que les païens regardaient les chrétiens et disaient: «Regardez comme ils s’aiment!». L’amour était la modalité. Mais pas un amour en paroles, pas un amour feint: l’amour des œuvres, s’aider les uns les autres, l’amour concret, le caractère concret de l’amour. Le lien avec le Christ instaure un lien entre frères qui converge et s’exprime également dans la communion des biens matériels. Oui, cette modalité d’être ensemble, cet amour de cette façon arrive jusqu’aux poches, arrive à se dépouiller également de l’obstacle de l’argent pour le donner aux autres, en allant contre son propre intérêt. Etre membres du corps de Christ rend les croyants coresponsables les uns des autres. Etre croyants en Jésus nous rend tous coresponsables les uns des autres. «Mais regarde celui-ci, le problème qu’il a: cela ne m’intéresse pas, ça le regarde». Non, parmi les chrétiens, nous ne pouvons pas dire: «Le pauvre, il a un problème à la maison, il traverse cette difficulté familiale». Mais moi, je dois prier, je l’emporte avec moi, je ne suis pas indifférent». C’est cela être chrétien. C’est pourquoi les forts soutiennent les faibles (cf. Rm 15, 1) et personne ne fait l’expérience de l’indigence qui humilie et défigure la dignité humaine, car ils vivent cette communauté: avoir le cœur en commun. Ils s’aiment. C’est le signal: l’amour concret.
Jacques, Pierre et Jean, qui sont les trois apôtres comme les «piliers» de l’Eglise de Jérusalem, établissent dans la communion que Paul et Barnabé évangélisent les païens tandis qu’eux évangéliseront les juifs, et demandent seulement, à Paul et Barnabé, quelle est la condition: ne pas oublier les pauvres, rappeler les pauvres (cf. Ga 2, 9-10). Non seulement les pauvres matériels, mais aussi les pauvres spirituels, les gens qui ont des problèmes et ont besoin de notre proximité. Un chrétien part toujours de lui-même, de son propre cœur, et s’approche des autres comme Jésus s’est approché de nous. Telle est la première communauté chrétienne.
Un exemple concret de partage et de communion des biens nous vient du témoignage de Barnabé: il possède un champ et le vend pour en verser le produit aux apôtres (cf. Ac 4, 36-37). Mais à côté de son exemple positif, en apparaît un autre, tristement négatif: Ananie et sa femme Saphire, ayant vendu un terrain, décident de n’en remettre qu’une partie aux apôtres et de garder l’autre pour eux (cf. Ac 5, 1-2). Cette tromperie interrompt la chaîne du partage gratuit, le partage serein et désintéressé et les conséquences sont tragiques, fatales (Ac 5, 5.10). L’apôtre Pierre démasque l’attitude incorrecte d’Ananie et de sa femme et lui dit: «Pourquoi satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détournes une partie du prix du champ? [...] Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu» (Ac 5, 3-4). Nous pourrions dire qu’Ananie a menti à Dieu à cause d’une conscience isolée, d’une conscience hypocrite, c’est-à-dire à cause d’une appartenance ecclésiale «négociée», partiale et opportuniste. L’hypocrisie est le pire ennemi de cette communauté chrétienne, de cet amour chrétien: faire semblant de s’aimer mais ne rechercher que son propre intérêt.
Manquer de sincérité dans le partage, en effet, ou manquer de sincérité dans l’amour, signifie cultiver l’hypocrisie, s’éloigner de la vérité, devenir égoïstes, éteindre le feu de la communion et se destiner au gel de la mort intérieure. Celui qui se comporte de cette façon traverse l’Eglise en touriste. Il y a beaucoup de touristes dans l’Eglise qui sont toujours de passage, mais n’entrent jamais dans l’Eglise: c’est le tourisme spirituel qui leur fait croire qu’ils sont chrétiens, alors qu’ils ne sont que des touristes de catacombes. Non, nous ne devons pas être des touristes dans l’Eglise, mais frères les uns des autres. Une vie fondée uniquement sur le fait de tirer profit et avantage des situations au détriment des autres, provoque inévitablement la mort intérieure. Et combien de personnes se disent proches de l’Eglise, amis des prêtres, des évêques, alors qu’elles ne cherchent que leur propre intérêt. Voilà les hypocrisies qui détruisent l’Eglise!
Que le Seigneur — je le demande pour nous tous — répande sur nous son Esprit de tendresse, qui surmonte toute hypocrisie et met en circulation cette vérité qui nourrit la solidarité chrétienne, qui, loin d’être une activité d’assistance sociale, est l’expression incontournable de la nature de l’Eglise, mère très tendre de tous, en particulier des plus pauvres.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier un groupe de prêtres jubilaires du Séminaire Pontifical Français de Rome, accompagnés de Mgr Pierre Antoine Bozo et de Mgr Matthieu Rougé. La solidarité chrétienne, bien différente d’une simple assistance sociale, fait partie de la nature de l’Eglise. Que l’Esprit Saint nous aide à vivre en vérité la solidarité que demande l’Evangile. Que Dieu vous bénisse.

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