Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS AUDIENCE'

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 18 mars 2020

25 mars, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200318_udienza-generale.html

DELLA ROBBIA Luca le Jeune (Attribué) - Le Christ au Mont des Oliviers (Louvre) - Detail

« DELLA ROBBIA Luca le Jeune (Attribué) – Le Christ au Mont des Oliviers (Louvre) – Detail »

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 18 mars 2020

Bibliothèque du palais apostolique

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous nous arrêtons aujourd’hui sur la cinquième béatitude, qui dit: «Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde» (Mt 5, 7). Dans cette béatitude, il y a une particularité: c’est la seule où la cause et le fruit du bonheur coïncident, la miséricorde. Ceux qui exercent la miséricorde obtiendront miséricorde, ils seront «objets de miséricorde».
Ce thème de la réciprocité du pardon n’est pas seulement présent dans cette béatitude, mais il est récurrent dans l’Evangile. Et comment pourrait-il en être autrement? La miséricorde est le cœur même de Dieu! Jésus dit: «Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez-pas et vous ne serez pas condamnés; remettez et il vous sera remis» (Lc 6, 37). Toujours la même réciprocité. Et la Lettre de Jacques affirme que «la miséricorde se rit du jugement» (2, 13).
Mais c’est surtout dans le Notre-Père que nous récitons: «Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs» (Mt 6, 12); et cette requête est la seule qui soit reprise à la fin: «Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos manquements» (Mt 6, 14-15; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2838).
Il y a deux choses que l’on ne peut pas séparer: le pardon donné et le pardon reçu. Mais beaucoup de personnes sont en difficulté, elles ne réussissent pas à pardonner. Très souvent, le mal reçu est si grand que réussir à pardonner semble comme escalader une très haute montagne: un effort immense ; et la personne pense: c’est impossible, cela est impossible. Ce fait de la réciprocité de la miséricorde indique que nous avons besoin de renverser la perspective. Tout seuls, nous ne pouvons pas, la grâce de Dieu est nécessaire, nous devons la demander. En effet, si la cinquième béatitude promet de trouver miséricorde et que dans le Notre-Père nous demandons la rémissions de nos dettes, cela veut dire que nous sommes essentiellement des débiteurs et que nous avons besoin de trouver miséricorde!
Nous sommes tous débiteurs. Tous. Envers Dieu, qui est si généreux, et envers nos frères. Chaque personne sait qu’elle n’est pas le père ou la mère qu’elle devrait être, l’époux ou l’épouse, le frère ou la sœur qu’elle devrait être. Nous sommes tous «en déficit» dans la vie. Et nous avons besoin de miséricorde. Nous savons que, nous aussi, nous avons fait du mal, il manque toujours quelque chose au bien que nous aurions dû faire.
Mais c’est précisément notre pauvreté qui devient la force pour pardonner! Nous sommes débiteurs et si, comme nous l’avons entendu au début, nous serons mesurés selon la mesure avec laquelle nous mesurons les autres (cf. Lc 6, 38), alors nous devons élargir cette mesure et remettre les dettes, pardonner. Chacun doit se rappeler qu’il a besoin de pardonner, qu’il a besoin du pardon, qu’il a besoin de la patience; tel est le secret de la miséricorde: en pardonnant, on est pardonné. C’est pourquoi Dieu nous précède et qu’Il nous pardonne le premier (cf. Rm 5, 8). En recevant son pardon, nous devenons capables à notre tour de pardonner. Ainsi, notre misère et notre manque de justice deviennent l’occasion de s’ouvrir au royaume des cieux, à une mesure plus grande, la mesure de Dieu, qui est miséricorde.
D’où naît notre miséricorde? Jésus nous a dit: «Montrez-vous miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux» (Lc 6, 36). Plus on accueille l’amour du Père, plus on aime (cf. CEC, n. 2842). La miséricorde n’est pas une dimension parmi les autres, mais elle est le centre de la vie chrétienne: il n’y a pas de christianisme sans miséricorde (cf. Saint Jean-Paul II, Enc. Dives in misericordia du 30 novembre 1980; Bulle Misericordae Vultus du 11 avril 2015; Lett. ap. Misericordia et misera du 20 novembre 2016). Si tout notre christianisme ne nous conduit pas à la miséricorde, nous nous sommes trompés de route, car la miséricorde est le seul objectif véritable de tout chemin spirituel. Elle est l’un des plus beaux fruits de la charité (cf. CEC, n. 1829).
Je me rappelle que ce thème a été choisi dès le premier Angelus que j’ai dû réciter comme Pape: la miséricorde. Et cela est resté profondément imprimé en moi, comme un message qu’en tant que Pape j’aurais toujours dû communiquer, un message qui doit être quotidien: la miséricorde. Je me rappelle que ce jour-là, j’ai également eu l’attitude un peu «effrontée» de faire de la publicité à un livre sur la miséricorde, qui venait d’être publié par le cardinal Kasper. Et ce jour-là, j’ai ressenti avec une grande force que c’est le message que je dois communiquer, en tant qu’Evêque de Rome: miséricorde, miséricorde, s’il vous plaît, pardon.
La miséricorde de Dieu est notre libération et notre bonheur. Nous vivons de miséricorde et nous ne pouvons pas nous permettre d’être sans miséricorde : c’est l’air que nous devons respirer. Nous sommes trop pauvres pour poser des conditions, nous avons besoin de pardonner, parce que nous avons besoin d’être pardonnés. Merci !
Je salue cordialement les fidèles de langue française. Chers frères et sœurs, en ce temps du Carême, je vous invite particulièrement à recevoir le pardon de Dieu dans le sacrement de la Réconciliation. Vous y trouverez aussi la force de pardonner à votre tour. Que Dieu vous bénisse !

* * *

Demain, nous fêterons la solennité de saint Joseph. Dans la vie, dans le travail, dans la famille, dans la joie et dans la douleur, il a toujours cherché et aimé le Seigneur, méritant l’éloge des Ecritures comme homme juste et sage. Invoquez-le toujours avec confiance, en particulier dans les moments difficiles et confiez votre existence à ce grand saint.
Je fais mien l’appel des évêques italiens qui, en cette urgence sanitaire, ont organisé un temps de prière pour tout le pays. Chaque famille, chaque fidèle, chaque communauté religieuse: tous unis spirituellement demain à 21h00 pour la récitation du chapelet, avec les Mystères lumineux. Je vous accompagnerai d’ici. Nous sommes conduits au visage lumineux et transfiguré de Jésus Christ et à son Cœur par Marie, Mère de Dieu, santé des malades, à laquelle nous nous adressons à travers la prière du Rosaire, sous le regard aimant de saint Joseph, Gardien de la Sainte Famille et de nos familles. Et nous lui demandons de protéger de manière spéciale notre famille, nos familles, en particulier les malades et les personnes qui prennent soin des malades: les médecins, les infirmiers, les infirmières, les bénévoles, qui risquent leur vie dans ce service.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 26 février 2020 – mercredi des Cendres

11 mars, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200226_udienza-generale.html

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 26 février 2020 – mercredi des Cendres

Place Saint Pierre

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui, mercredi des Cendres, nous commençons le chemin quadragésimal, un chemin de quarante jours vers Pâques, vers le cœur de l’année liturgique et de la foi. C’est un chemin qui suit celui de Jésus qui, au début de son ministère, se retira pendant quarante jours pour prier et jeûner, tenté par le diable, dans le désert. C’est précisément de la signification spirituelle du désert que je voudrais vous parler aujourd’hui. Que signifie spirituellement le désert pour nous tous, également pour nous qui vivons en ville, que signifie le désert?
Imaginons être dans un désert. La première sensation serait celle de nous trouver enveloppés par un grand silence: pas de bruits, à part le vent et notre souffle. Voilà, le désert est le lieu du détachement du vacarme qui nous entoure. C’est l’absence de paroles pour laisser place à une autre Parole, la Parole de Dieu, qui, comme une brise légère, nous caresse le cœur (cf. 1 R 19, 12). Le désert est le lieu de la Parole, avec une majuscule. Dans la Bible, en effet, le Seigneur aime nous parler dans le désert. Dans le désert, il remet à Moïse les «dix paroles», les dix commandements. Et quand le peuple s’éloigne de Lui, devenant comme une épouse infidèle, Dieu dit: «Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. Là, elle répondra comme aux jours de sa jeunesse» (Os 2, 16-17). Dans le désert, on écoute la Parole de Dieu, qui est comme un son léger. Le Livre des Rois dit que la Parole de Dieu est comme un fil de silence sonore. Dans le désert, on retrouve l’intimité avec Dieu, l’amour du Seigneur. Jésus aimait se retirer chaque jour dans des lieux déserts pour prier (cf. Lc 5, 16). Il nous a enseigné comment chercher le Père, qui nous parle dans le silence. Et il n’est pas facile de faire silence dans son cœur, car nous cherchons toujours à parler un peu, à être avec les autres.
Le Carême est un temps propice pour faire place à la Parole de Dieu. C’est le temps pour éteindre la télévision et ouvrir la Bible. C’est le temps pour se détacher du téléphone portable et se connecter à l’Evangile. Quand j’étais enfant, il n’y avait pas la télévision, mais on avait l’habitude de ne pas écouter la radio. Le Carême est le désert, c’est le temps pour renoncer, pour nous détacher du téléphone portable et nous connecter à l’Evangile. C’est le temps pour renoncer aux paroles inutiles, aux bavardages, aux rumeurs, aux médisances, et pour parler et «tutoyer» le Seigneur. C’est le temps pour se consacrer à une saine écologie du cœur, y faire du nettoyage. Nous vivons dans un environnement pollué par trop de violence verbale, par tant de mots blessants et nocifs, que le réseau amplifie. Aujourd’hui, on insulte comme si on disait «bonne journée». Nous sommes submergés de paroles vides, de publicités, de messages insidieux. Nous nous sommes habitués à entendre de tout sur tous et nous risquons de sombrer dans une mondanité qui atrophie notre cœur et il n’y a pas de pontage pour guérir cela, mais seulement le silence. Nous avons du mal à distinguer la voix du Seigneur qui nous parle, la voix de la conscience, la voix du bien. Jésus, en nous appelant dans le désert, nous invite à prêter attention à ce qui compte, à l’important, à l’essentiel. Au diable qui le tentait, il répondit: «Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Mt 4, 4). Comme le pain, plus que le pain, nous avons besoin de la Parole de Dieu, nous devons parler avec Dieu: nous devons prier. Car ce n’est que devant Dieu que viennent au jour les inclinations du cœur et que disparaissent les duplicités de l’âme. Voilà le désert, lieu de vie, non de mort, car dialoguer dans le silence avec le Seigneur nous redonne la vie.
Essayons à nouveau de penser à un désert. Le désert est le lieu de l’essentiel. Regardons nos vies: combien de choses inutiles nous entourent! Nous poursuivons mille choses qui semblent nécessaires et qui en réalité ne le sont pas. Comme cela nous ferait du bien de nous libérer de tant de réalités superflues, pour redécouvrir ce qui compte, pour retrouver les visages de ceux qui sont à nos côtés! Sur cela aussi, Jésus nous donne l’exemple, en jeûnant. Jeûner, c’est savoir renoncer aux choses vaines, au superflu, pour aller à l’essentiel. Jeûner ne sert pas seulement à maigrir, jeûner, c’est aller précisément à l’essentiel, c’est chercher la beauté d’une vie plus simple.
Le désert, enfin, est le lieu de la solitude. Aujourd’hui aussi, près de nous, il y a de nombreux déserts. Ce sont les personnes seules et abandonnées. Combien de pauvres et de personnes âgées sont près de nous et vivent dans le silence, sans faire de bruit, marginalisés et exclus! Parler d’eux n’augmente pas l’audimat. Mais le désert nous conduit à eux, à ceux qui, réduits au silence, demandent silencieusement notre aide. Tant de regards silencieux qui demandent notre aide. Le chemin dans le désert quadragésimal est un chemin de charité vers celui qui est plus faible.
Prière, jeûne, œuvres de miséricorde: voilà la route dans le désert quadragésimal.
Chers frères et sœurs, à travers la voix du prophète Isaïe, Dieu a fait cette promesse: «Voici que je vais faire une chose nouvelle, [...] je vais mettre dans le désert un chemin» (Is 43, 19). Dans le désert s’ouvre le chemin qui nous conduit de la mort à la vie. Entrons dans le désert avec Jésus, nous en sortirons en savourant la Pâque, la puissance de l’amour de Dieu qui renouvelle la vie. Il nous arrivera comme à ces déserts qui fleurissent au printemps, en faisant germer à l’improviste, «du néant», des bourgeons et des plantes. Courage, entrons dans ce désert du Carême, suivons Jésus dans le désert: avec Lui nos déserts fleuriront.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les paroisses et les jeunes venus de France. Frères et sœurs, profitons de ce Carême pour entrer au désert avec Jésus afin qu’il y ouvre une route qui nous conduise à la vie. Suivons-le avec courage; avec lui, nos déserts fleuriront. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – catéchèses sur les Béatitudes dans l’Evangile de Matthieu (5, 1-11) (29.1.20)

5 février, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200129_udienza-generale.html

fr philippe-lejeune-Le-sermon-sur-la-montagne-1992

fr Philippe Lejeune – Le Sermon sur la montagne – 1992

PAPE FRANÇOIS -AUDIENCE GÉNÉRALE – catéchèses sur les Béatitudes dans l’Evangile de Matthieu (5, 1-11) (29.1.20)

Salle Paul VI
Mercredi 29 janvier 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui une série de catéchèses sur les Béatitudes dans l’Evangile de Matthieu (5, 1-11). Ce texte qui ouvre le «Discours sur la montagne» et qui a illuminé la vie des croyants, et aussi de nombreux non-croyants. Il est difficile de ne pas être touché par ces paroles de Jésus, et le désir de les comprendre et de les accueillir toujours plus pleinement est juste. Les Béatitudes contiennent la «carte d’identité» du chrétien — c’est notre carte d’identité — parce qu’elles définissent le visage de Jésus lui-même, son style de vie.
Maintenant, présentons globalement ces paroles de Jésus; au cours des prochaines catéchèses, nous commenterons chaque Béatitude, une par une.
Avant tout, il est important de savoir comment a lieu la proclamation de ce message: Jésus, en voyant les foules qui le suivent, monte sur la douce pente qui entoure le lac de Galilée, s’assoit et, s’adressant à ses disciples, annonce les Béatitudes. Le message s’adresse donc aux disciples, mais à l’horizon se trouve la foule, c’est-à-dire toute l’humanité. C’est un message pour toute l’humanité.
En outre, la «montagne» renvoie au Sinaï, où Dieu donna les Commandements à Moïse. Jésus commence à enseigner une nouvelle loi: être pauvres, être doux, être miséricordieux… Ces «nouveaux commandements» sont beaucoup plus que des normes. En effet, Jésus n’impose rien, mais dévoile le chemin du bonheur — son chemin — en répétant huit fois le mot «Heureux».
Chaque Béatitude se compose de trois parties. Il y a tout d’abord toujours le mot «heureux»; puis vient la situation dans laquelle se trouvent les bienheureux: la pauvreté d’esprit, l’affliction, la faim et la soif de justice, et ainsi de suite; enfin, il y a le motif de la béatitude, introduit par la conjonction «car»: «Heureux ceux-ci car, heureux ceux-là car…». C’est ainsi que se présentent les huit Béatitudes et il serait beau de les apprendre toutes par cœur et de les répéter, pour avoir précisément à l’esprit et dans le cœur cette loi que nous a donnée Jésus.
Faisons attention à ce fait: le motif de la béatitude n’est pas la situation actuelle, mais la nouvelle condition que les bienheureux reçoivent en don de Dieu: «car le Royaume des Cieux est à eux», «car ils seront consolés», «car ils posséderont la terre» et ainsi de suite.
Dans le troisième élément, qui est précisément le motif du bonheur, Jésus utilise souvent un futur passif: «ils seront consolés», «ils posséderont la terre», «ils seront rassasiés», «ils obtiendront miséricorde», «ils seront appelés fils de Dieu».
Mais que signifie le mot «heureux»? Pourquoi chacune des huit Béatitudes commence-t-elle par le mot «heureux»? Le terme original n’indique pas quelqu’un qui a le ventre plein ou qui a la belle vie, mais c’est une personne qui est dans une condition de grâce, qui progresse dans la grâce de Dieu et qui progresse sur le chemin de Dieu: la patience, la pauvreté, le service aux autres, la consolation… Ceux qui progressent dans ces choses sont heureux et seront bienheureux.
Dieu, pour se donner à nous, choisit souvent des voies impensables, parfois celles de nos limites, de nos larmes, de nos échecs. C’est la joie pascale, dont parlent nos frères orientaux, celle qui a les stigmates mais qui est vivante, a traversé la mort et a fait l’expérience de la puissance de Dieu. Les Béatitudes te conduisent à la joie, toujours; elles sont la voie pour atteindre la joie. Il nous fera du bien aujourd’hui de prendre l’Evangile de Matthieu, chapitre cinq, versets un à onze, et de lire les Béatitudes — peut-être d’autres fois encore pendant la semaine — pour comprendre ce chemin si beau, si sûr du bonheur que le Seigneur nous propose.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, les groupes venus de Belgique et de France, particulièrement les jeunes venus de Paris et de Saint Cloud. Les Béatitudes nous enseignent que Dieu, pour se donner à nous, choisit souvent des chemins impensables, ceux de nos limites, de nos larmes, de nos défaites. Demandons au Seigneur l’esprit des Béatitudes afin que nous puissions faire l’expérience de la puissance de Dieu qui se manifeste dans nos souffrances quotidiennes. Que Dieu vous bénisse !

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – …l’hospitalité réservée par les habitants de Malte à saint Paul et à ses compagnons de voyage,

29 janvier, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200122_udienza-generale.html

fr Vitrau Notre Dame de Paris

Vitrail – Notte Dame de Paris

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – …l’hospitalité réservée par les habitants de Malte à saint Paul et à ses compagnons de voyage,

Salle Paul VI
Mercredi 22 janvier 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

La catéchèse d’aujourd’hui est liée à la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Le thème de cette année, qui est celui de l’hospitalité, a été développé par les communautés de Malte et Gozo, à partir du passage des Actes des Apôtres qui raconte l’hospitalité réservée par les habitants de Malte à saint Paul et à ses compagnons de voyage, naufragés avec lui. C’est précisément à cet épisode que je faisais référence dans la catéchèse d’il y a deux semaines.
Repartons donc de l’expérience dramatique de ce naufrage. Le navire sur lequel voyage Paul est à la merci des éléments. Ils sont en mer depuis quatorze jours, à la dérive, et étant donné que ni le soleil, ni les étoiles ne sont visibles, les voyageurs se sentent désorientés, perdus. Sous eux, la mer heurte violemment le navire et ils craignent que celui-ci ne se brise sous la force des vagues. D’en-haut, ils sont fouettés par le vent et par la pluie. La force de la mer et de la tempête est terriblement puissante et indifférente au destin des passagers: il y a avait plus de 260 personnes!
Mais Paul, qui sait qu’il n’en est pas ainsi, parle. La foi lui dit que sa vie est entre les mains de Dieu, qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, et qui l’a appelé, lui Paul, pour apporter l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre. Sa foi lui dit également que Dieu, selon ce que Jésus lui a révélé, est un Père aimant. C’est pourquoi Paul s’adresse à ses compagnons de voyage et, inspiré par la foi, leur annonce que Dieu ne permettra pas qu’un cheveu de leur tête ne soit perdu.
Cette prophétie se réalise quand le navire échoue sur la côte de Malte et que tous les passagers rejoignent sains et saufs la terre ferme. Et là, ils font l’expérience de quelque chose de nouveau. En contraste avec la violence brutale de la mer en tempête, ils reçoivent le témoignage de la «rare humanité» des habitants de l’île. Ces personnes, des étrangers pour eux, se révèlent attentives à leurs besoins. Elles allument un feu pour qu’ils se réchauffent, elles leur offrent un abri contre la pluie et de la nourriture. Même si elles n’ont pas encore reçu la Bonne Nouvelle du Christ, elles manifestent l’amour de Dieu à travers des actes concrets de gentillesse. En effet, l’hospitalité spontanée et les gestes attentifs communiquent quelque chose de l’amour de Dieu. Et l’hospitalité des habitants de l’île de Malte est récompensée par les miracles de guérison que Dieu opère sur l’île à travers Paul. Donc, si la population de Malte fut un signe de la Providence de Dieu pour l’apôtre, il fut lui aussi un témoin de l’amour miséricordieux de Dieu pour eux.
Très chers amis, l’hospitalité est importante; et c’est également une vertu œcuménique importante. Elle signifie tout d’abord reconnaître que les autres chrétiens sont vraiment nos frères et nos sœurs en Christ. Nous sommes frères. Certains diront: «Mais celui-ci est protestant, celui-là est orthodoxe…». Oui, mais nous sommes frères dans le Christ. Ce n’est pas un acte de générosité à sens unique, car quand nous recevons d’autres chrétiens, nous les accueillons comme un don qui nous est fait. Comme les Maltais — de braves personnes ces Maltais — nous sommes récompensés, parce que nous recevons ce que l’Esprit Saint a semé chez ces frères et sœurs, et cela devient un don également pour nous, parce que l’Esprit Saint sème lui aussi ses grâces partout. Accueillir les chrétiens d’une autre tradition signifie tour d’abord montrer l’amour de Dieu à leur égard, parce que ce sont des enfants de Dieu — nos frères —, et en outre cela signifie accueillir ce que Dieu a accompli dans leur vie. L’hospitalité œcuménique demande la disponibilité à écouter les autres, en prêtant attention à leurs histoires personnelles de foi et à l’histoire de leur communauté, une communauté de foi avec une tradition différente de la nôtre. L’hospitalité œcuménique comporte le désir de connaître l’expérience que d’autres chrétiens font de Dieu et l’attente de recevoir les dons spirituels qui en dérivent. Et cela est une grâce, découvrir cela est une grâce. Je pense aux temps passés, à ma terre par exemple. Quand certains missionnaires évangéliques venaient, un petit groupe de catholiques allait brûler leurs tentes. Il ne faut pas faire cela: ce n’est pas chrétien. Nous sommes frères, nous sommes tous frères et nous devons nous accueillir mutuellement.
Aujourd’hui, la mer sur laquelle Paul et ses compagnons firent naufrage est encore une fois un lieu dangereux pour la vie d’autres personnes qui naviguent. Dans le monde entier, des hommes et des femmes migrants affrontent des voyages risqués pour fuir la violence, pour fuir la guerre, pour fuir la pauvreté. Comme Paul et ses compagnons, ils font l’expérience de l’indifférence, de l’hostilité du désert, des fleuves, des mers… Très souvent, on ne les laisse pas débarquer dans les ports. Mais, hélas, ils rencontrent parfois également l’hostilité bien pire des hommes. Ils sont exploités par des trafiquants criminels: aujourd’hui! Ils sont traités comme des numéros et comme une menace par certains gouvernants: aujourd’hui! Parfois, le manque d’hospitalité les rejette comme une vague vers la pauvreté ou les dangers qu’ils ont fuis.
En tant que chrétiens, nous devons travailler ensemble pour montrer aux migrants l’amour de Dieu révélé par Jésus Christ. Nous pouvons et nous devons témoigner qu’il n’y a pas seulement l’hostilité et l’indifférence, mais que chaque personne est précieuse pour Dieu et aimée par Lui. Les divisions qui existent encore entre nous, nous empêchent d’être pleinement le signe de l’amour de Dieu pour le monde, qui est notre vocation et notre mission. Travailler ensemble pour vivre l’hospitalité œcuménique, en particulier à l’égard de ceux dont la vie est la plus vulnérable, nous rendra tous, nous qui sommes chrétiens — protestants, orthodoxes, catholiques, tous les chrétiens —, des êtres humains meilleurs, des disciples meilleurs et un peuple chrétien plus uni. Cela nous rapprochera davantage de l’unité, qui est la volonté de Dieu pour nous.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – … un navire qui conduit Paul prisonnier de Césarée vers Rome (cf. Ac 27, 1–28,16)

15 janvier, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200108_udienza-generale.html

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Saint Paul a Malta

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – … un navire qui conduit Paul prisonnier de Césarée vers Rome (cf. Ac 27, 1–28,16)

Salle Paul VI
Mercredi 8 janvier 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le livre des Actes des apôtres, dans la partie finale, raconte que l’Evangile poursuit sa course non seulement sur la terre mais aussi sur la mer, sur un navire qui conduit Paul prisonnier de Césarée vers Rome (cf. Ac 27, 1–28,16), au cœur de l’empire, pour que se réalise la parole du Ressuscité: «Vous serez alors mes témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8). Lisez le livre des Actes des apôtres et vous verrez que l’Evangile, avec la force de l’Esprit Saint, arrive à tous les peuples, devient universel. Prenez-le. Lisez-le.
La navigation se heurte dès le début à des conditions défavorables. Le voyage devient dangereux. Paul conseille de ne pas poursuivre la navigation, mais le centurion ne l’écoute pas et se fie au timonier et à l’armateur. Le voyage continue et un vent tellement furieux se déchaîne que l’équipage perd le contrôle et laisse le navire aller à la dérive.
Quand la mort semble désormais proche et que le désespoir envahit tout le monde, Paul intervient et rassure ses compagnons, en disant ce que nous avons entendu: «Cette nuit en effet m’est apparu un ange du Dieu auquel j’appartiens et que je sers, et il m’a dit: “Sois sans crainte, Paul. Il faut que tu comparaisses devant César, et voici que Dieu t’accorde la vie de tous ceux qui naviguent avec toi”» (Ac 27, 23-24). Même dans l’épreuve, Paul ne cesse d’être le gardien de la vie des autres et l’animateur de leur espérance.
Luc nous montre ainsi que le dessein qui guide Paul vers Rome sauve non seulement l’apôtre, mais également ses compagnons de voyage et le naufrage, de situation de malheur, se transforme en opportunité providentielle pour l’annonce de l’Evangile.
Le naufrage est suivi par l’abordage sur l’île de Malte, dont les habitants font preuve d’un accueil plein d’attentions. Les Maltais sont de braves personnes, ils sont doux, ils sont accueillants déjà depuis cette époque. Il pleut et il fait froid et ils allument un feu pour garantir aux naufragés un peu de chaleur et de réconfort. Ici aussi, Paul, en vrai disciple du Christ, propose son service pour nourrir le feu avec quelques branches. Au cours de cette action, il est mordu par une vipère, mais cela n’aura pas de conséquence: les gens, en voyant cela, disent: «Mais cet homme doit être un grand malfaiteur, car il se sauve d’un naufrage et il finit mordu par une vipère!». Ils attendaient le moment où il serait tombé mort, mais il ne subit aucune conséquence et on le prend même — au lieu d’un malfaiteur — pour une divinité. En réalité, ce bienfait vient du Seigneur ressuscité qui l’assiste, selon la promesse faite avant de monter au ciel et adressée aux croyants: «Ils saisiront des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal; ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris» (Mc 16, 18). L’histoire dit que, depuis ce moment, il n’y a pas de vipères à Malte: c’est la bénédiction de Dieu pour l’accueil de ce peuple si bon.
En effet, le séjour à Malte devient pour Paul l’occasion propice pour donner «chair» à la parole qu’il annonce et exercer ainsi un ministère de compassion dans la guérison des malades. Et c’est une loi de l’Evangile: quand un croyant fait l’expérience du salut, il ne la garde pas pour lui, mais il la met en circulation. «Le bien tend toujours à se communiquer. Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres» (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 9). Un chrétien «éprouvé» peut certainement être plus proche de quelqu’un qui souffre, parce qu’il sait ce qu’est la souffrance et ouvre son cœur et le rend sensible à la solidarité envers les autres.
Paul nous enseigne à vivre les épreuves en nous serrant autour du Christ, pour mûrir la «conviction que Dieu peut agir en toutes circonstances, même au milieu des échecs apparents» et la «certitude que celui qui se donne et s’en remet à Dieu par amour sera certainement fécond» (ibid., n. 279). L’amour est toujours fécond, l’amour pour Dieu est toujours fécond, et si tu te laisses saisir par le Seigneur et que tu reçois les dons du Seigneur, cela te permettra de les donner aux autres. L’amour pour Dieu va toujours au-delà.
Demandons aujourd’hui au Seigneur de nous aider à vivre chaque épreuve en étant soutenus par l’énergie de la foi; et à être sensibles aux nombreux naufragés de l’histoire qui abordent épuisés sur nos côtes, pour que nous aussi nous sachions les accueillir avec cet amour fraternel qui vient de la rencontre avec Jésus. C’est cela qui sauve du gel de l’indifférence et de l’inhumanité.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française et souhaite, à chacun et à chacune, une année riche en grâces du Seigneur. En particulier, demandons à Dieu de nous aider à vivre nos épreuves dans la foi. Et soyons sensibles aux souffrances de ceux qui viennent à notre rencontre sachant les accueillir de cet amour qui procède de notre rencontre avec Jésus. Que Dieu vous bénisse.

* * *

Parmi vous se trouve un groupe venant d’Australie: je voudrais demander à tous de prier le Seigneur pour qu’il aide la population en ce moment difficile, avec ces incendies si puissants. Je suis proche du peuple de l’Australie.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 27 décembre 2017 – signification du Noël du Seigneur Jésus

18 décembre, 2019

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20171227_udienza-generale.html

fr Nativity ( 15th century )

Nativity (15th century)

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 27 décembre 2017 – signification du Noël du Seigneur Jésus

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais aujourd’hui m’arrêter avec vous sur la signification du Noël du Seigneur Jésus, qu’au cours de ces journées nous vivons dans la foi et dans les célébrations.
La construction de la crèche et, surtout, la liturgie, avec ses lectures bibliques et ses chants traditionnels, nous ont fait revivre «l’aujourd’hui», où «nous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur» (Lc 2, 11).
A notre époque, en particulier en Europe, nous assistons à une sorte de «dénaturation» de Noël: au nom d’un faux respect qui n’est pas chrétien, qui cache souvent la volonté de marginaliser la foi, on élimine de la fête toute référence à la naissance de Jésus. Mais en réalité, cet événement est l’unique vrai Noël! Sans Jésus il n’y a pas de Noël: il y a une autre fête, mais ce n’est pas Noël. Et si c’est Lui qu’on trouve au centre, alors tout ce qui est autour également, c’est-à-dire les lumières, les sons, les diverses traditions locales, y compris les plats caractéristiques, tout concourt à créer l’atmosphère de la fête, mais avec Jésus au centre. Si nous l’ôtons, la lumière s’éteint et tout devient factice, une apparence.
A travers l’annonce de l’Eglise, en tant que pasteurs de l’Evangile (cf. 2, 9), nous sommes guidés à chercher et à trouver la vraie lumière, celle de Jésus qui, s’étant fait homme comme nous, se montre de manière surprenante: il naît d’une pauvre jeune fille inconnue, qui lui donne le jour dans une étable, seulement avec l’aide de son mari… Le monde ne s’aperçoit de rien, mais au Ciel les anges, qui savent ce qui se passe, exultent! Et c’est ainsi que le Fils de Dieu se présente également aujourd’hui à nous: comme le don de Dieu pour l’humanité qui est plongée dans la nuit et dans la torpeur du sommeil (cf. Is 9, 1). Et aujourd’hui encore, nous assistons au fait que l’humanité préfère souvent l’obscurité, parce qu’elle sait que la lumière révélerait toutes ces actions ou ces pensées qui feraient rougir ou avoir des remords de conscience. Ainsi, on préfère rester dans l’obscurité et ne pas bouleverser ses propres mauvaises habitudes.
Nous pouvons alors nous demander ce que signifie accueillir le don de Dieu qui est Jésus. Comme lui-même nous l’a enseigné à travers sa vie, cela signifie devenir quotidiennement un don gratuit pour ceux que l’on rencontre sur sa propre route. Voilà pourquoi à Noël on s’échange des dons. Le vrai don pour nous est Jésus, et comme Lui nous voulons être un don pour les autres. Et puisque nous voulons être un don pour les autres, nous échangeons des dons, comme signe, comme marque de cette attitude que nous enseigne Jésus: Lui, envoyé par le Père, a été un don pour nous, et nous sommes un don pour les autres.
L’apôtre Paul nous offre une clé de lecture synthétique, quand il écrit — et ce passage de Paul est beau —: «Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s’est manifestée, nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre en ce siècle présent dans la réserve, la justice et la piété» (Tt 2, 11-12). La grâce de Dieu «s’est manifestée» en Jésus, visage de Dieu, que la Vierge à mis au monde comme chaque enfant de ce monde, mais qui n’est pas venu «de la terre», il est venu «du Ciel», de Dieu. De cette manière, par l’incarnation du Fils, Dieu nous a ouvert la voie de la vie nouvelle, fondée non sur l’égoïsme mais sur l’amour. La naissance de Jésus est le plus grand geste d’amour de notre Père du Ciel.
Enfin, un autre aspect important: dans Noël, nous pouvons voir comment l’histoire humaine, celle animée par les puissants de ce monde, est visitée par l’histoire de Dieu. Et Dieu interpelle ceux qui, relégués en marge de la société, sont les premiers destinataires de son don, c’est-à-dire — le don — le salut apporté par Jésus. Avec les petits et ceux qui sont méprisés, Jésus établit une amitié qui continue dans le temps et qui nourrit l’espérance pour un avenir meilleur. A ces personnes, représentées par les pasteurs de Bethléem, «apparut une grande lumière» (Lc 2, 9-12). Ils étaient marginalisés, ils étaient mal vus, méprisés, et c’est à eux en premier qu’apparut la grande nouvelle. Avec ces personnes, avec les petits et les méprisés, Jésus établit une amitié qui continue dans le temps et qui nourrit l’espérance d’un avenir meilleur. A ces personnes, représentées par les pasteurs de Bethléem, apparut une grande lumière, qui les conduisit directement à Jésus. Avec eux, à chaque époque, Dieu veut construite un monde nouveau, un monde dans lequel il n’y a plus de personnes rejetées, maltraitées et indigentes.
Chers frères et sœurs, au cours de ces journées, ouvrons notre esprit et notre cœur pour accueillir cette grâce. Jésus est le don de Dieu pour nous et, si nous l’accueillons, nous pouvons nous aussi le devenir pour les autres — être un don de Dieu pour les autres —, avant tout pour ceux qui n’ont jamais fait l’expérience de l’attention et de la tendresse. Combien de personnes dans leur vie n’ont jamais fait l’expérience d’une caresse, d’une attention aimante, d’un geste de tendresse… Noël nous pousse à le faire. Jésus vient ainsi naître encore une fois dans la vie de chacun de nous et, à travers nous, il continue à être un don de salut pour les petits et les exclus.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 4.12.19 – Ministère de Paul à Ephèse et congé des anciens

12 décembre, 2019

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fr giorgio de chirico, conversione di san paolo ipg

Giorgio de Chirico, Conversion de Saint Paul

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 4.12.19 – Ministère de Paul à Ephèse et congé des anciens

Place Saint Pierre
Mercredi 4 décembre 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le voyage de l’Evangile dans le monde continue sans relâche dans le livre des Actes des apôtres, et il traverse la ville d’Ephèse, en manifestant toute sa portée salvifique. Grâce à Paul, environ douze hommes reçoivent le baptême au nom de Jésus et font l’expérience de l’effusion de l’Esprit Saint qui les régénère (cf. Ac 19, 1-7). Divers prodiges ont ensuite lieu à travers l’apôtre: les malades guérissent et les possédés sont libérés (cf. Ac 19, 11-12). Cela se produit car le disciple ressemble à son Maître (cf. Lc 6, 40) et le rend présent en communiquant à ses frères la même vie nouvelle qu’il a reçue de Lui.
La puissance de Dieu qui fait irruption à Ephèse démasque ceux qui veulent utiliser le nom de Jésus pour accomplir des exorcismes mais sans avoir l’autorité spirituelle pour le faire (cf. Ac 19, 13-17), et révèle la faiblesse des arts magiques, qui sont abandonnés par un grand nombre de personnes qui choisissent le Christ et abandonnent les arts magiques (cf. Ac 19, 18-19). Un véritable bouleversement pour une ville comme Ephèse qui était un centre célèbre de pratique de la magie! Luc souligne ainsi l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie. Si tu choisis le Christ, tu ne peux pas avoir recours au magicien: la foi est un abandon confiant entre les mains d’un Dieu fiable et qui se fait connaître, non à travers des pratiques occultes, mais par une révélation et un amour gratuit. Peut-être l’un d’entre vous me dira-t-il: «Ah, oui, ce fait de la magie est quelque chose d’antique: aujourd’hui, avec la civilisation chrétienne, cela n’arrive pas». Mais faites attention! Je vous le demande: combien d’entre vous vont se faire tirer les tarots, combien de vous vont se faire lire les lignes de la main ou les cartes? Aujourd’hui aussi, dans les grandes villes, des chrétiens pratiquants font ce genre de choses. Et à la question: «Mais comment se fait-il, si tu crois en Jésus Christ, que tu ailles chez le magicien, chez le devin, chez tous ces gens?», ils répondent: «Je crois en Jésus Christ, mais par superstition, je vais aussi chez eux». Je vous en prie: la magie n’est pas chrétienne! Ces choses que l’on fait pour deviner l’avenir ou deviner tant de choses ou changer une situation de vie, ne sont pas chrétiennes. La grâce du Christ t’apporte tout: prie et remets-toi au Seigneur.
La diffusion de l’Evangile à Ephèse nuit au commerce des orfèvres — un autre problème —, qui fabriquaient les statues de la déesse Artémis, faisant d’une pratique religieuse une véritable affaire. Je vous demande de réfléchir à cela. En voyant diminuer cette activité qui faisait gagner beaucoup d’argent, les orfèvres organisent une révolte contre Paul, et les chrétiens sont accusés d’avoir mis en crise la catégorie des artisans, le sanctuaire d’Artémis et le culte de cette déesse (cf. Ac 19, 23-28).
Ensuite, Paul part d’Ephèse à destination de Jérusalem et il arrive à Milet (cf. Ac 20, 1-16). De là, il envoie appeler les anciens de l’Eglise d’Ephèse — les presbytres: il s’agit des prêtres — pour effectuer un passage de consignes «pastorales» (cf. Ac 20, 17-35). Nous sommes dans le derniers moments du ministère apostolique de Paul et Luc nous présente son discours d’adieu, une sorte de testament spirituel que l’apôtre adresse à ceux qui, après son départ, devront guider la communauté d’Ephèse. Il s’agit de l’une des plus belles pages du Livre des Actes des apôtres: je vous conseille de prendre aujourd’hui le Nouveau Testament, la Bible, le chapitre 20 et de lire ce congé de Paul des prêtres d’Ephèse, et il le fait à Milet. C’est une manière de comprendre comment se congédie l’apôtre et également comment les prêtres doivent aujourd’hui prendre congé et également comment tous les chrétiens doivent se congédier. C’est une très belle page.
Dans la partie exhortative, Paul encourage les responsables de la communauté, sachant qu’il les voit pour la dernière fois. Et que leur dit-il?: «Soyez attentifs à vous- mêmes, et à tout le troupeau». Tel est le travail du pasteur: veiller, veiller sur soi-même et sur le troupeau. Le pasteur doit veiller, le curé doit veiller, faire la veillée, les prêtres doivent veiller, les évêques, le Pape doivent veiller. Veiller pour protéger le troupeau, et également veiller sur soi-même, examiner sa conscience et voir comment on accomplit ce devoir de veiller. «Soyez attentifs à vous- mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l’Eglise de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre fils» (Ac 20, 28): c’est ce que dit saint Paul. On demande aux épiscopes la plus grande proximité avec le troupeau, racheté par le sang précieux du Christ, et la promptitude à le défendre des «loups» (v. 29). Les évêques doivent être très proches du peuple pour le protéger, pour le défendre; ils ne doivent pas être détachés du peuple. Après avoir confié cette tâche aux responsables d’Ephèse, Paul les remet entre les mains de Dieu et les confie à la «parole de sa grâce» (v. 32), ferment de toute croissance et chemin de sainteté dans l’Eglise, en les invitant à travailler de leurs propres mains, comme lui, pour ne pas être un poids pour les autres, à secourir les personnes vulnérables et à expérimenter qu’«il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir» (v. 35).
Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler en nous l’amour pour l’Eglise et pour le dépôt de la foi qu’elle conserve, et de nous rendre tous coresponsables de la sauvegarde du troupeau, en soutenant dans la prière les pasteurs pour qu’ils manifestent la fermeté et la tendresse du Divin Pasteur.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 15 mars 2017 (…nous sommes appelés à l’amour, à la charité)

5 décembre, 2019

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20170315_udienza-generale.html

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE 15 mars 2017 (…nous sommes appelés à l’amour, à la charité)

Mercredi 15 mars 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous savons bien que le grand commandement que nous a laissé le Seigneur Jésus est celui d’aimer: aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit et aimer notre prochain comme nous-mêmes (cf. Mt 22, 37-39), c’est-à-dire que nous sommes appelés à l’amour, à la charité. Et cela est notre vocation la plus élevée, notre vocation par excellence: et à elle est liée également la joie de l’espérance chrétienne. Qui aime a la joie de l’espérance, d’arriver à rencontrer le grand amour qu’est le Seigneur.
L’apôtre Paul, dans le passage de la Lettre aux Romains, que nous venons d’écouter, nous met en garde: il existe le risque que notre charité soit hypocrite, que notre amour soit hypocrite. Nous devons alors nous demander: quand a lieu cette hypocrisie? Et comment pouvons-nous être certains que notre amour est sincère, que notre charité est authentique? De ne pas faire semblant de faire la charité ou que notre amour ne soit pas comme un feuilleton télévisé: un amour sincère, fort…
L’hypocrisie peut s’insinuer partout, même dans notre façon d’aimer. Cela a lieu quand notre amour est un amour intéressé, mû par des intérêts personnels; et combien d’amours intéressés y a-t-il… quand les services caritatifs dans lesquels il semble que nous nous prodiguions sont accomplis pour nous faire valoir nous-mêmes ou nous sentir satisfaits: «Comme je suis bon!» Non, cela est une hypocrisie! Ou encore quand nous visons à des choses qui ont une «visibilité» pour montrer notre intelligence ou nos capacités. Derrière tout cela, il y a une idée fausse, trompeuse, c’est-à-dire que, si nous aimons, c’est parce que nous sommes bons; comme si la charité était une création de l’homme, un produit de notre cœur. La charité, en revanche, est avant tout une grâce, un cadeau: pouvoir aimer est un don de Dieu, et nous devons le demander. Et Il le donne avec plaisir, si nous le demandons. La charité est une grâce: elle ne consiste pas à faire transparaître ce que nous ne sommes pas, mais ce que le Seigneur nous donne et que nous accueillons librement; et elle ne peut pas s’exprimer dans la rencontre avec les autres si elle n’est pas engendrée auparavant par la rencontre avec le visage doux et miséricordieux de Jésus.
Paul nous invite à reconnaître que nous sommes pécheurs, et que notre façon d’aimer est marquée par le péché. Dans le même temps, toutefois, il se fait porteur d’une annonce nouvelle, une annonce d’espérance: le Seigneur ouvre devant nous une voie de libération, une voie de salut. C’est la possibilité de vivre nous aussi le grand commandement de l’amour, de devenir instruments de la charité de Dieu. Et cela a lieu quand nous nous laissons guérir et renouveler notre cœur par le Christ ressuscité. Le Seigneur ressuscité qui vit parmi nous, qui vit avec nous est capable de guérir notre cœur: il le fait, si nous le demandons. C’est Lui qui nous permet, même dans notre petitesse et notre pauvreté, de faire l’expérience de la compassion du Père et de célébrer les merveilles de son amour. Et l’on comprend alors que tout ce que nous pouvons vivre et faire pour nos frères n’est autre que la réponse à ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous. C’est d’ailleurs Dieu lui-même qui, demeurant dans notre cœur et dans notre vie, continue de se faire proche et de servir tous ceux que nous rencontrons chaque jour sur notre chemin, en commençant par les derniers et les plus indigents, dans lesquels Il se reconnaît en premier.
A travers ces paroles, l’apôtre Paul veut alors moins nous réprimander que nous encourager et raviver en nous l’espérance. En effet, nous faisons tous l’expérience de ne pas vivre pleinement ou comme nous devrions le commandement de l’amour. Mais cela aussi est une grâce, parce que cela nous fait comprendre que nous ne sommes pas capables d’aimer véritablement par nous-mêmes: nous avons besoin que le Seigneur renouvelle constamment ce don dans notre cœur, à travers l’expérience de sa miséricorde infinie. Alors, nous pourrons apprécier à nouveau les petites choses, les choses simples, ordinaires; nous apprécierons à nouveau ces petites choses de tous les jours et nous serons capables d’aimer les autres comme Dieu les aime, en voulant leur bien, c’est-à-dire qu’ils soient saints, amis de Dieu; et nous serons contents de la possibilité de nous faire proches de celui qui est pauvre et humble, comme Jésus le fait avec chacun de nous quand nous sommes loin de Lui, de nous pencher sur les pieds de nos frères, comme Lui, le Bon Samaritain, le fait avec chacun de nous, à travers sa compassion et son pardon.
Chers frères, ce que l’apôtre Paul nous a rappelé est le secret pour être — je reprends ses termes — c’est le secret pour être «avec la joie de l’espérance» (Rm 12, 12): avec la joie de l’espérance. Avec la joie de l’espérance parce que nous savons qu’en toute circonstance, même la plus adverse et également à travers nos propres échecs, l’amour de Dieu ne manque pas. Et alors, le cœur visité et habité par sa grâce et par sa fidélité, nous vivons dans la joyeuse espérance de rendre à nos frères, dans la mesure de nos faibles moyens, tout ce que nous recevons aujourd’hui de lui. Merci.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier l’association Chemins d’Humanité avec Mgr Jean Luc Brunin, évêque du Havre. Soyons pleins d’espérance sur notre route de Carême, certains que, même à travers nos échecs, l’amour de Dieu est le plus fort et nous donne l’occasion de renouveler notre cœur pour être à son service et au service de nos frères. Que Dieu vous bénisse!
J’adresse une pensée spéciale aux employés de «Sky Italia», et je souhaite que leur situation professionnelle puisse trouver une solution rapide, dans le respect des droits de tous, en particulier des familles. Le travail nous confère de la dignité, et les responsables des peuples, les gouvernants, ont l’obligation de tout faire afin que chaque homme et chaque femme puisse travailler et garder ainsi la tête haute, regarder les autres en face, avec dignité. Qui, pour des manœuvres économiques, pour réaliser des affaires peu claires, ferme des usines, ferme des entreprises et supprime le travail de personnes, commet un péché très grave.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur les actes des apôtres – 15.  » Celui qui, sans le savoir, vous adorez, je vous le signale  » ( Actes 17:23). Paul sur l’aréopage: un exemple d’inculturation de la foi à Athènes

13 novembre, 2019

http://www.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2019/documents/papa-francesco_20191106_udienza-generale.html

pens targa di bronzo del discorso di paolo ad atene

Plaque en bronze du discours de saint Paul à Athènes

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Catéchèse sur les actes des apôtres – 15.  » Celui qui, sans le savoir, vous adorez, je vous le signale  » ( Actes 17:23). Paul sur l’aréopage: un exemple d’inculturation de la foi à Athènes

Chers frères et soeurs, bonjour!

Place Saint Pierre
Mercredi 6 novembre 2019

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons notre «voyage» avec le livre des Actes des apôtres. Après les épreuves vécues à Philippes, Thessalonique et Berée, Paul arrive à Athènes, précisément au cœur de la Grèce (cf. Ac 17, 15). Cette ville, qui vivait dans l’ombre des antiques gloires malgré la décadence politique, conservait encore le primat de la culture. C’est là que l’esprit de l’apôtre «s’échauffait en lui au spectacle de cette ville remplie d’idoles» (Ac 17, 16). Toutefois, cet «impact» avec le paganisme, au lieu de le faire fuir, le pousse à créer un pont pour dialoguer avec cette culture.
Paul choisit de se familiariser avec la ville et commence ainsi à fréquenter les lieux et les personnes les plus significatives. Il va à la synagogue, symbole de la vie de foi; il va sur la place, symbole de la vie citadine; et il va à l’Aréopage, symbole de la vie politique et culturelle. Il rencontre des juifs, des philosophes épicuriens et stoïciens, et de nombreux autres. Il rencontre tout le monde, il ne se renferme pas, va parler avec tous. Et, de cette façon, Paul observe la culture, observe le climat d’Athènes «à partir d’un regard contemplatif» qui découvre «ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues, sur ses places» (Evangelii gaudium, n. 71). Paul ne regarde pas la ville d’Athènes et le monde païen avec hostilité, mais avec les yeux de la foi. Et ainsi, il nous fait nous interroger sur notre façon de regarder nos villes: les observons-nous avec indifférence? Avec mépris? Ou bien avec la foi qui reconnaît les fils de Dieu au milieu des foules anonymes?
Paul choisit le regard qui le pousse à ouvrir une brèche entre l’Evangile et le monde païen. Au cœur de l’une des institutions les plus célèbres du monde antique, l’Aréopage, il réalise un exemple extraordinaire d’inculturation du message de la foi: il annonce Jésus Christ aux adorateurs d’idoles, et il ne le fait pas en les agressant, mais en se faisant «pontife, constructeur de ponts» (Homélie à Sainte-Marthe, 8 mai 2013).
Paul part de l’autel de la ville dédié à un «dieu inconnu» (Ac 17, 23) — il y avait un autel avec l’inscription «Au dieu inconnu»; aucune image, rien, uniquement cette inscription. En partant de cette «dévotion au dieu inconnu, pour avoir de l’empathie pour ses auditeurs, il proclame que Dieu «vit parmi les citadins» (Evangelii gaudium, n. 71) et «ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons» (ibid.). C’est précisément cette présence que Paul cherche à dévoiler: «Ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer» (Ac 17, 23).
Pour révéler l’identité du dieu que les Athéniens adorent, l’apôtre part de la création, c’est-à-dire de la foi biblique dans le Dieu de la révélation, pour arriver à la rédemption et au jugement, c’est-à-dire au message proprement chrétien. Il montre la disproportion entre la grandeur du Créateur et les temples construits par l’homme, et explique que le Créateur se fait toujours chercher afin que chacun puisse le trouver. De cette façon, Paul, selon une belle expression du Pape Benoît XVI, «annonce Celui que les hommes ignorent, et pourtant connaissent: l’Inconnu-Connu» (Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au collège des Bernardins, 12 septembre 2008). De plus, il invite chacun à aller au-delà «des temps de l’ignorance» et à se décider pour la conversion en vue du jugement imminent. Paul arrive ainsi au kérygme et fait allusion au Christ, sans le citer, le définissant comme l’«homme qu’il a désigné, offrant à tous une garantie en le ressuscitant des morts» (Ac 17, 31).
Et c’est là qu’est le problème. La parole de Paul, qui jusqu’à présent avait tenu ses interlocuteurs en haleine — parce que c’était une découverte intéressante — trouve un écueil: la mort et la résurrection du Christ apparaîssent comme «une folie» (1 Co 1, 23) et suscitent le mépris et la dérision. Paul s’éloigne alors: sa tentative semble avoir échoué, et au contraire, certains adhèrent à sa parole et s’ouvrent à la foi. Parmi ceux-ci Denys, membre de l’Aréopage, et une femme, Damaris. A Athènes aussi, l’Evangile s’enracine et peut parler à deux voix: celle de l’homme et celle de la femme!
Demandons nous aussi aujourd’hui à l’Esprit Saint de nous enseigner à construire des ponts au moyen de la culture, avec ceux qui ne croient pas ou avec ceux qui ont une croyance différente de la nôtre. Toujours construire des ponts, toujours la main tendue, pas d’agression. Demandons-lui la capacité d’inculturer avec délicatesse le message de la foi, en posant sur ceux qui ignorent le Christ un regard contemplatif, mû par un amour qui réchauffe même les cœurs les plus endurcis.

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les jeunes du diocèse de Paris. Frères et sœurs, demandons à l’Esprit Saint de nous apprendre à construire des ponts avec ceux qui ne croient pas. Que nous sachions toujours leur témoigner de notre foi, en portant sur eux un regard d’amour qui touche même les cœurs les plus endurcis. Que Dieu vous bénisse !

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 8. Judith: le courage d’une femme donne de l’espoir au peuple: Judith (2017)

23 octobre, 2019

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Judith et Holopherne,

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 8. Judith: le courage d’une femme donne de l’espoir au peuple: Judith (2017)

Mercredi, 25 janvier 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Parmi les figures de femmes que l’Ancien Testament nous présente, émerge celle d’une grande héroïne du peuple: Judith. Le livre biblique qui porte son nom raconte l’imposante campagne militaire du roi Nabuchodonosor qui, régnant à Ninive, élargit les frontières de l’empire en conquérant et en asservissant tous les peuples environnants. Le lecteur comprend qu’il se trouve devant un homme fort, un ennemi invincible qui sème la mort et la destruction et qui arrive jusqu’à la terre promise, en mettant en danger la vie des fils d’Israël.
En effet, l’armée de Nabuchodonosor, sous la direction du général Holopherne, assiège une ville de Judée, Béthulie, coupant son approvisionnement en eau et affaiblissant ainsi la résistance de la population.
La situation devient dramatique, au point que les habitants de la ville s’adressent aux anciens en leur demandant de se rendre aux ennemis. Leurs paroles sont désespérées: «Maintenant, il n’y a plus personne qui puisse nous secourir, Dieu nous a livrés entre leurs mains pour être terrassés par la soif en face d’eux et périr totalement [Ils sont arrivés à dire cela: “Dieu nous a livrés entre leurs mains”; le désespoir était grand parmi ces gens]. Appelez-les donc tout de suite. Livrez entièrement la ville au pillage des gens d’Holopherne et de toute son armée» (Jdt 7, 25-26). La fin semble désormais inéluctable, la capacité d’avoir confiance en Dieu s’est épuisée. La capacité d’avoir confiance en Dieu s’est épuisée. Et combien de fois arrivons-nous à des situations limites où nous ne sentons même plus la capacité d’avoir confiance dans le Seigneur. C’est une mauvaise tentation! Et paradoxalement, il semble que, pour échapper à la mort, il ne reste plus qu’à se remettre entre les mains de celui qui tue. Ils savent que ces soldats viendront piller la ville, prendre les femmes comme esclaves et ensuite tuer tous les autres. C’est précisément «la limite».
Et devant tant de désespoir, le chef du peuple tente de proposer un motif d’espérance: résister encore cinq jours, en attendant l’intervention salvifique de Dieu. Mais c’est une faible espérance, qui lui fait conclure: «Si, ce délai écoulé, aucun secours ne nous est parvenu, alors je suivrai votre avis» (7, 31). Pauvre homme: c’était une situation sans issue. Cinq jours sont accordés à Dieu — et là se trouve le péché —; cinq jours sont accordés à Dieu pour intervenir; cinq jours d’attente, mais déjà avec la perspective de la fin. Ils accordent cinq jours à Dieu pour les sauver, mais ils savent qu’ils n’ont pas confiance, ils attendent le pire. En réalité, personne dans le peuple n’est encore capable d’espérer. Ils étaient désespérés.
C’est dans cette situation que Judith apparaît sur la scène. Veuve, femme d’une grande beauté et sagesse, elle parle au peuple avec le langage de la foi. Courageuse, elle réprimande le peuple en face (en disant): «Et maintenant vous mettez le Seigneur Tout-Puissant à l’épreuve! […]. Non, frères, gardez-vous d’irriter le Seigneur notre Dieu! S’il n’est pas dans ses intentions de nous sauver avant cette échéance de cinq jours, il peut nous protéger dans le délai qu’il voudra, comme il peut nous détruire à la face de nos ennemis. […] Dans l’attente patiente de son salut, appelons-le plutôt à notre secours. Il écoutera notre voix si tel est son bon plaisir» (8, 13.14 – 15.17). C’est le langage de l’espérance. Frappons à la porte du cœur de Dieu, il est le Père, il peut nous sauver. Cette femme, veuve, risque également de faire une piètre figure devant les autres! Mais elle est courageuse! Elle va de l’avant! Voilà mon opinion personnelle: les femmes sont plus courageuses que les hommes. (Applaudissements dans la salle).
Et avec la force d’un prophète, Judith admoneste les hommes de son peuple pour les reconduire à l’espérance en Dieu; avec le regard d’un prophète, elle voit au-delà de l’horizon étroit proposé par les chefs et que la peur rend encore plus limité. Dieu agira certainement — affirme-t-elle —, alors que la proposition des cinq jours d’attente est une manière pour le tenter et pour se soustraire à sa volonté. Le Seigneur est le Dieu du salut — et elle y croit —, quelle que soit la forme que celui-ci prend. Le salut de les libérer des ennemis et de les faire vivre, mais, dans ses plans impénétrables, cela peut également être le salut que de les conduire à la mort. Femme de foi, elle le sait. Ensuite nous connaissons la fin, comment l’histoire a fini: Dieu les sauve.
Chers frères et sœurs, ne posons jamais de conditions à Dieu et laissons en revanche l’espérance vaincre nos craintes. Avoir confiance en Dieu veut dire entrer dans ses desseins sans rien prétendre, également en acceptant que son salut et son aide nous parviennent d’une manière différente de nos attentes. Nous demandons au Seigneur la vie, la santé, les liens d’affection, le bonheur; et il est juste de le faire, mais c’est dans la conscience que Dieu sait tirer la vie également de la mort, que l’on peut faire l’expérience de la paix également dans la maladie, et qu’il peut y avoir de la sérénité également dans la solitude et de la béatitude également dans les larmes. Ce n’est pas nous qui pouvons enseigner à Dieu ce qu’il doit faire, ce dont nous avons besoin. Il le sait mieux que nous, et nous devons avoir confiance, parce que ses voies et ses pensées sont différentes des nôtres.
Le chemin que Judith nous indique est celui de la confiance, dans l’attente de la paix, de la prière et de l’obéissance. C’est le chemin de l’espérance. Sans résignation facile, en faisant tout ce qui est en notre pouvoir, mais toujours en restant dans le sillage de la volonté du Seigneur, parce que — nous le savons — elle a beaucoup prié, elle a beaucoup parlé au peuple et ensuite, courageusement, elle est partie, elle a cherché la façon de s’approcher du chef de l’armée et a réussi à lui couper la tête, à l’égorger. Elle est courageuse dans la foi et dans les œuvres. Et elle cherche toujours le Seigneur! De fait, Judith a un plan, elle le met en œuvre avec succès et conduit le peuple à la victoire, mais toujours avec l’attitude de foi de celui qui accepte tout de la main de Dieu, sûre de sa bonté.
Ainsi, une femme pleine de foi et de courage redonne de la force à son peuple en danger mortel et le conduit sur les routes de l’espérance, en nous les indiquant également. Et nous, si nous nous rappelons un peu, combien de fois avons-nous entendu des paroles sages, courageuses, de personnes humbles, de femmes humbles que nous pensions être — sans les mépriser — ignorantes?… Mais ce sont des paroles de la sagesse de Dieu! Les paroles des grands-mères… Combien de fois les grands-mères savent-elles dire le mot juste, un mot d’espérance, parce qu’elles ont l’expérience de la vie, elles ont beaucoup souffert, elles se sont confiées à Dieu et le Seigneur fait ce don de nous donner un conseil d’espérance. Et en allant sur ces routes, ce sera une joie et une lumière pascale de nous confier au Seigneur avec les paroles de Jésus: «Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe! Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse!» (Lc 22, 42). C’est la prière de la sagesse, de la confiance et de l’espérance.

 

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