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MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2012

1 avril, 2017

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MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2012

«Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes»
(He 10, 24)

Frères et sœurs,
Le Carême nous offre encore une fois l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale.
Cette année, je désire proposer quelques réflexions à la lumière d’un bref texte biblique tiré de la Lettre aux Hébreux : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (10, 24). Cette phrase fait partie d’une péricope dans laquelle l’écrivain sacré exhorte à faire confiance à Jésus Christ comme Grand prêtre qui nous a obtenu le pardon et l’accès à Dieu. Le fruit de notre accueil du Christ est une vie selon les trois vertus théologales : il s’agit de nous approcher du Seigneur « avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi » (v. 22), de garder indéfectible « la confession de l’espérance » (v. 23) en faisant constamment attention à exercer avec nos frères « la charité et les œuvres bonnes » (v. 24). Pour étayer cette conduite évangélique – est-il également affirmé -, il est important de participer aux rencontres liturgiques et de prière de la communauté, en tenant compte du but eschatologique : la pleine communion en Dieu (v. 25). Je m’arrête sur le verset 24 qui, en quelques mots, offre un enseignement précieux et toujours actuel sur trois aspects de la vie chrétienne: l’attention à l’autre, la réciprocité et la sainteté personnelle.

1. « Faisons attention » : la responsabilité envers le frère.
Le premier élément est l’invitation à « faire attention » : le verbe grec utilisé est katanoein, qui signifie bien observer, être attentifs, regarder en étant conscient, se rendre compte d’une réalité. Nous le trouvons dans l’Évangile, lorsque Jésus invite les disciples à « observer » les oiseaux du ciel qui, bien qu’ils ne s’inquiètent pas, sont l’objet de l’empressement et de l’attention de la Providence divine (cf. Lc 12, 24), et à « se rendre compte » de la poutre qui se trouve dans leur œil avant de regarder la paille dans l’œil de leur frère (cf. Lc 6, 41). Nous trouvons aussi cet élément dans un autre passage de la même Lettre aux Hébreux, comme invitation à « prêter attention à Jésus » (3, 1), l’apôtre et le grand prêtre de notre foi. Ensuite, le verbe qui ouvre notre exhortation invite à fixer le regard sur l’autre, tout d’abord sur Jésus, et à être attentifs les uns envers les autres, à ne pas se montrer étrangers, indifférents au destin des frères. Souvent, au contraire, l’attitude inverse prédomine : l’indifférence, le désintérêt qui naissent de l’égoïsme dissimulé derrière une apparence de respect pour la « sphère privée ». Aujourd’hui aussi, la voix du Seigneur résonne avec force, appelant chacun de nous à prendre soin de l’autre. Aujourd’hui aussi, Dieu nous demande d’être les « gardiens » de nos frères (cf. Gn 4, 9), d’instaurer des relations caractérisées par un empressement réciproque, par une attention au bien de l’autre et à tout son bien. Le grand commandement de l’amour du prochain exige et sollicite d’être conscients d’avoir une responsabilité envers celui qui, comme moi, est une créature et un enfant de Dieu : le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur. Si nous cultivons ce regard de fraternité, la solidarité, la justice ainsi que la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre cœur. Le Serviteur de Dieu Paul VI affirmait qu’aujourd’hui le monde souffre surtout d’un manque de fraternité : « Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou dans leur accaparement par quelques-uns, que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (Lett. enc. Populorum progressio [26 mars 1967], n. 66).
L’attention à l’autre comporte que l’on désire pour lui ou pour elle le bien, sous tous ses aspects : physique, moral et spirituel. La culture contemporaine semble avoir perdu le sens du bien et du mal, tandis qu’il est nécessaire de répéter avec force que le bien existe et triomphe, parce que Dieu est « le bon, le bienfaisant » (Ps 119, 68). Le bien est ce qui suscite, protège et promeut la vie, la fraternité et la communion. La responsabilité envers le prochain signifie alors vouloir et faire le bien de l’autre, désirant qu’il s’ouvre lui aussi à la logique du bien ; s’intéresser au frère veut dire ouvrir les yeux sur ses nécessités. L’Écriture Sainte met en garde contre le danger d’avoir le cœur endurci par une sorte d’« anesthésie spirituelle » qui rend aveugles aux souffrances des autres. L’évangéliste Luc rapporte deux paraboles de Jésus dans lesquelles sont indiqués deux exemples de cette situation qui peut se créer dans le cœur de l’homme. Dans celle du bon Samaritain, le prêtre et le lévite « passent outre », avec indifférence, devant l’homme dépouillé et roué de coups par les brigands (cf. Lc 10, 30-32), et dans la parabole du mauvais riche, cet homme repu de biens ne s’aperçoit pas de la condition du pauvre Lazare qui meurt de faim devant sa porte (cf. Lc 16, 19). Dans les deux cas, nous avons à faire au contraire du « prêter attention », du regarder avec amour et compassion. Qu’est-ce qui empêche ce regard humain et affectueux envers le frère ? Ce sont souvent la richesse matérielle et la satiété, mais c’est aussi le fait de faire passer avant tout nos intérêts et nos préoccupations personnels. Jamais, nous ne devons nous montrer incapables de « faire preuve de miséricorde » à l’égard de celui qui souffre ; jamais notre cœur ne doit être pris par nos propres intérêts et par nos problèmes au point d’être sourds au cri du pauvre. À l’inverse, c’est l’humilité de cœur et l’expérience personnelle de la souffrance qui peuvent se révéler source d’un éveil intérieur à la compassion et à l’empathie : « Le juste connaît la cause des faibles, le méchant n’a pas l’intelligence de la connaître » (Pr 29, 7). Nous comprenons ainsi la béatitude de « ceux qui sont affligés » (Mt 5, 4), c’est-à-dire de ceux qui sont en mesure de sortir d’eux-mêmes pour se laisser apitoyer par la souffrance des autres. Rencontrer l’autre et ouvrir son cœur à ce dont il a besoin sont une occasion de salut et de béatitude.
« Prêter attention » au frère comporte aussi la sollicitude pour son bien spirituel. Je désire rappeler ici un aspect de la vie chrétienne qui me semble être tombé en désuétude : la correction fraternelle en vue du salut éternel. En général, aujourd’hui, on est très sensible au thème des soins et de la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres, mais on ne parle pour ainsi dire pas de notre responsabilité spirituelle envers les frères. Il n’en est pas ainsi dans l’Église des premiers temps, ni dans les communautés vraiment mûres dans leur foi, où on se soucie non seulement de la santé corporelle du frère, mais aussi de celle de son âme en vue de son destin ultime. Dans l’Écriture Sainte, nous lisons : « Reprends le sage, il t’aimera. Donne au sage : il deviendra plus sage encore ; instruis le juste, il accroîtra son acquis » (Pr 9, 8s). Le Christ lui-même nous commande de reprendre le frère qui commet un péché (cf. Mt 18, 15). Le verbe utilisé pour définir la correction fraternelle – elenchein – est le même que celui qui indique la mission prophétique de la dénonciation propre aux chrétiens envers une génération qui s’adonne au mal (cf. Ep 5, 11). La tradition de l’Église a compté parmi les œuvres de miséricorde spirituelle celle d’« admonester les pécheurs ». Il est important de récupérer cette dimension de la charité chrétienne. Il ne faut pas se taire face au mal. Je pense ici à l’attitude de ces chrétiens qui, par respect humain ou par simple commodité, s’adaptent à la mentalité commune au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien. Toutefois le reproche chrétien n’est jamais fait dans un esprit de condamnation ou de récrimination. Il est toujours animée par l’amour et par la miséricorde et il naît de la véritable sollicitude pour le bien du frère. L’apôtre Paul affirme : « Dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien, toi aussi être tenté » (Ga 6, 1). Dans notre monde imprégné d’individualisme, il est nécessaire de redécouvrir l’importance de la correction fraternelle, pour marcher ensemble vers la sainteté. Même « le juste tombe sept fois » (Pr 24, 16) dit l’Écriture, et nous sommes tous faibles et imparfaits (cf.1 Jn 1, 8). Il est donc très utile d’aider et de se laisser aider à jeter un regard vrai sur soi-même pour améliorer sa propre vie et marcher avec plus de rectitude sur la voie du Seigneur. Nous avons toujours besoin d’un regard qui aime et corrige, qui connaît et reconnaît, qui discerne et pardonne (cf. Lc 22, 61), comme Dieu l’a fait et le fait avec chacun de nous.

2. « Les uns aux autres » : le don de la réciprocité.
Cette « garde » des autres contraste avec une mentalité qui, réduisant la vie à sa seule dimension terrestre, ne la considère pas dans une perspective eschatologique et accepte n’importe quel choix moral au nom de la liberté individuelle. Une société comme la société actuelle peut devenir sourde aux souffrances physiques comme aux exigences spirituelles et morales de la vie. Il ne doit pas en être ainsi dans la communauté chrétienne! L’apôtre Paul invite à chercher ce qui « favorise la paix et l’édification mutuelle » (Rm 14, 19), en plaisant « à son prochain pour le bien, en vue d’édifier » (Ibid.15, 2), ne recherchant pas son propre intérêt, « mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sauvés » (1 Co 10, 33). Cette correction réciproque et cette exhortation, dans un esprit d’humilité et de charité, doivent faire partie de la vie de la communauté chrétienne.
Les disciples du Seigneur, unis au Christ par l’Eucharistie, vivent dans une communion qui les lie les uns aux autres comme membres d’un seul corps. Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut. Nous abordons ici un élément très profond de la communion : notre existence est liée à celle des autres, dans le bien comme dans le mal ; le péché comme les œuvres d’amour ont aussi une dimension sociale. Dans l’Église, corps mystique du Christ, cette réciprocité se vérifie : la communauté ne cesse de faire pénitence et d’invoquer le pardon des péchés de ses enfants, mais elle se réjouit aussi constamment et exulte pour les témoignages de vertu et de charité qui adviennent en son sein. « Que les membres se témoignent une mutuelle sollicitude » (cf.1 Co 12, 25), affirme saint Paul, afin qu’ils soient un même corps. La charité envers les frères, dont l’aumône – une pratique caractéristique du carême avec la prière et le jeûne – est une expression, s’enracine dans cette appartenance commune. En se souciant concrètement des plus pauvres, le chrétien peut exprimer sa participation à l’unique corps qu’est l’Église. Faire attention aux autres dans la réciprocité c’est aussi reconnaître le bien que le Seigneur accomplit en eux et le remercier avec eux des prodiges de grâce que le Dieu bon et tout-puissant continue de réaliser dans ses enfants. Quand un chrétien perçoit dans l’autre l’action du Saint Esprit, il ne peut que s’en réjouir et rendre gloire au Père céleste (cf. Mt 5, 16).

3. « pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » : marcher ensemble dans la sainteté.
Cette expression de la Lettre aux Hébreux (10, 24), nous pousse à considérer l’appel universel à la sainteté, le cheminement constant dans la vie spirituelle à aspirer aux charismes les plus grands et à une charité toujours plus élevée et plus féconde (cf.1 Co 12, 31-13, 13). L’attention réciproque a pour but de nous encourager mutuellement à un amour effectif toujours plus grand, « comme la lumière de l’aube, dont l’éclat grandit jusqu’au plein jour » (Pr 4, 18), dans l’attente de vivre le jour sans fin en Dieu. Le temps qui nous est accordé durant notre vie est précieux pour découvrir et accomplir les œuvres de bien, dans l’amour de Dieu. De cette manière, l’Église elle-même grandit et se développe pour parvenir à la pleine maturité du Christ (cf. Ep 4, 13). C’est dans cette perspective dynamique de croissance que se situe notre exhortation à nous stimuler réciproquement pour parvenir à la plénitude de l’amour et des œuvres bonnes.
Malheureusement, la tentation de la tiédeur, de l’asphyxie de l’Esprit, du refus d’« exploiter les talents » qui nous sont donnés pour notre bien et celui des autres (cf. Mt 25, 25s) demeure. Nous avons tous reçu des richesses spirituelles ou matérielles utiles à l’accomplissement du plan divin, pour le bien de l’Église et pour notre salut personnel (cf. Lc 12, 21b ; 1 Tm 6, 18). Les maîtres spirituels rappellent que dans la vie de la foi celui qui n’avance pas recule. Chers frères et sœurs, accueillons l’invitation toujours actuelle à tendre au « haut degré de la vie chrétienne » (Jean-Paul II, Lett. ap. Novo millennio ineunte [6 janvier 2001], n.31). En reconnaissant et en proclamant la béatitude et la sainteté de quelques chrétiens exemplaires, la sagesse de l’Église a aussi pour but de susciter le désir d’en imiter les vertus. Saint Paul exhorte : « rivalisez d’estime réciproque » (Rm 12, 10).
Face à un monde qui exige des chrétiens un témoignage renouvelé d’amour et de fidélité au Seigneur, tous sentent l’urgence de tout faire pour rivaliser dans la charité, dans le service et dans les œuvres bonnes (cf. He 6, 10). Ce rappel est particulièrement fort durant le saint temps de préparation à Pâques. Vous souhaitant un saint et fécond Carême, je vous confie à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie et, de grand cœur, j’accorde à tous la Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 3 novembre 2011.

BENEDICTUS PP. XVI

« LECTIO DIVINA » DU PAPE BENOÎT XVI (pour la carême)

28 février, 2017

http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2010/february/documents/hf_ben-xvi_spe_20100218_parroci-roma.html

RENCONTRE AVEC LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE ROME

« LECTIO DIVINA » DU PAPE BENOÎT XVI (pour la carême)

Salle des Bénédictions
Jeudi 18 février 2010

Eminence,
chers frères dans l’épiscopat
et dans le sacerdoce,

C’est pour moi une tradition très heureuse et également importante de pouvoir toujours commencer le carême avec mes prêtres, les prêtres de Rome. Ainsi, en tant qu’Eglise locale de Rome, mais également en tant qu’Eglise universelle, nous pouvons entreprendre ce chemin essentiel avec le Seigneur vers la Passion, vers la Croix, le chemin pascal.
Cette année, nous voulons méditer sur les passages de la Lettre aux Hébreux qui viennent d’être lus. L’auteur de cette Lettre a ouvert une nouvelle voie pour comprendre l’Ancien Testament comme livre qui parle du Christ. La tradition précédente avait considéré le Christ surtout, et essentiellement, sous l’angle de la promesse davidique, du véritable David, du véritable Salomon, du véritable Roi d’Israël, véritable Roi car homme et Dieu. Et l’inscription sur la Croix avait réellement annoncé au monde cette réalité: à présent, il y a le véritable Roi d’Israël, qui est le Roi du monde, le Roi des juifs est sur la Croix. Il s’agit d’une proclamation de la royauté de Jésus, de l’accomplissement de l’attente messianique de l’Ancien Testament qui, au fond du cœur, est une attente de tous les hommes, qui attendent le vrai Roi, qui apporte justice, amour et fraternité.
Mais l’Auteur de la Lettre aux Hébreux a découvert une citation que, jusqu’alors, personne n’avait notée: Psaume 110, 4 – « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech ». Cela signifie que Jésus non seulement accomplit la promesse davidique, l’attente du véritable roi d’Israël et du monde, mais qu’il réalise également la promesse du véritable Prêtre. Dans une partie de l’Ancien Testament, en particulier également dans les manuscrits de Qumrân, il existe deux lignes distinctes d’attente: le Roi et le Prêtre. L’Auteur de la Lettre aux Hébreux, en découvrant ce verset, a compris que deux promesses sont unies dans le Christ: le Christ est le véritable Roi, le Fils de Dieu – selon le Psaume 2, 7 qu’il cite – mais il est également le véritable Prêtre.
Ainsi, tout le monde cultuel, toute la réalité des sacrifices, du sacerdoce, qui est à la recherche du véritable sacerdoce, du véritable sacrifice, trouve dans le Christ sa clé, son accomplissement et, avec cette clé, peut relire l’Ancien Testament et montrer que précisément la loi cultuelle également, qui est abolie après la destruction du Temple, en réalité allait vers le Christ; et donc, elle n’est pas simplement abolie, mais renouvelée, transformée, car tout trouve son sens dans le Christ. Le sacerdoce apparaît alors dans sa pureté et dans sa vérité profonde.
De cette façon, la Lettre aux Hébreux présente le thème du sacerdoce du Christ, le Christ prêtre, sur trois niveaux: le sacerdoce d’Aaron, celui du Temple, Melchisédech; et le Christ lui-même, comme le véritable prêtre. Le sacerdoce d’Aaron aussi, bien qu’étant différent de celui du Christ, bien qu’étant, pour ainsi dire, uniquement une recherche, un chemin en direction du Christ, est toutefois un « chemin » vers le Christ, et déjà dans ce sacerdoce se définissent les éléments essentiels. Puis, Melchisédech – nous reviendrons sur ce point – qui est un païen. Le monde païen entre dans l’Ancien Testament, entre dans une figure mystérieuse, sans père, sans mère – dit la Lettre aux Hébreux, apparaît simplement et en lui apparaît la véritable vénération du Dieu très-haut, du Créateur du ciel et de la terre. Ainsi, c’est également du monde païen que proviennent l’attente et la préfiguration profonde du mystère du Christ. Dans le Christ lui-même, tout est synthétisé, purifié et guidé à son terme, à sa véritable essence.
Voyons à présent les éléments particuliers, dans la mesure du possible, en ce qui concerne le sacerdoce. De la Loi, du sacerdoce d’Aaron, nous apprenons deux choses, nous dit l’Auteur de la Lettre aux Hébreux: un prêtre, pour être réellement médiateur entre Dieu et l’homme, doit être homme. Cela est fondamental et le fils de Dieu s’est fait homme précisément pour être prêtre, pour pouvoir réaliser la mission du prêtre. Il doit être homme – nous reviendrons sur ce point – mais il ne peut pas seul devenir médiateur de Dieu. Le prêtre a besoin d’une autorisation, d’une institution divine, et ce n’est qu’en appartenant aux deux sphères – celle de Dieu et celle de l’homme – qu’il peut être médiateur, qu’il peut être un « pont ». Telle est la mission du prêtre: allier, relier ces deux réalités apparemment aussi séparées, c’est-à-dire le monde de Dieu – éloigné de nous, souvent méconnu de l’homme – et notre monde humain. La mission du sacerdoce est d’être médiateur, un pont qui relie, et ainsi conduire l’homme à Dieu, à sa rédemption, à sa véritable lumière, à sa véritable vie.
Comme premier point donc, le prêtre doit être du côté de Dieu; et ce n’est que dans le Christ que ce besoin, cette situation de la médiation se réalise pleinement. C’est pourquoi ce Mystère était nécessaire: le Fils de Dieu se fait homme afin qu’il existe un véritable pont, qu’il existe une véritable médiation. Les autres doivent avoir au moins une autorisation de Dieu, ou, dans le cas de l’Eglise, le Sacrement, c’est-à-dire introduire notre être dans l’être du Christ, dans l’être divin. Ce n’est qu’à travers le Sacrement, cet acte divin qui nous crée prêtres dans la communion avec le Christ, que nous pouvons réaliser notre mission. Et cela me semble un premier point de méditation pour nous: l’importance du Sacrement. Personne ne se fait prêtre lui-même; seul Dieu peut m’attirer, peut m’autoriser, peut m’introduire dans la participation au mystère du Christ; seul Dieu peut entrer dans ma vie et me prendre par la main. Cet aspect du don, de la précédence divine, de l’action divine, que nous ne pouvons pas réaliser, notre passivité – être élus et pris par la main par Dieu – est un point fondamental dans lequel entrer. Nous devons revenir toujours au Sacrement, revenir à ce don dans lequel Dieu me donne ce que je ne pourrais jamais donner: la participation, la communion avec l’être divin, avec le sacerdoce du Christ.
Faisons de cette réalité également un facteur concret dans notre vie: s’il en est ainsi, un prêtre doit être véritablement un homme de Dieu, il doit connaître Dieu de près, et il le connaît en communion avec le Christ. Nous devons alors vivre cette communion et ainsi la célébration de la Messe, la prière du bréviaire, toute la prière personnelle sont des éléments qui contribuent à être avec Dieu. Notre être, notre vie, notre cœur, doivent être fixés sur Dieu, sur ce point dont nous ne devons pas nous détacher, et cela se réalise, se renforce jour après jour, même à travers de brèves prières dans lesquelles nous nous relions à Dieu et nous devenons toujours plus hommes de Dieu, qui vivent dans sa communion et peuvent ainsi parler de Dieu et conduire à Dieu.
L’autre élément est que le prêtre doit être homme. Homme dans tous les sens, c’est-à-dire qu’il doit vivre une véritable humanité, un véritable humanisme; il doit avoir une éducation, une formation humaine, des vertus humaines; il doit développer son intelligence, sa volonté, ses sentiments, ses affections; il doit être réellement homme, homme selon la volonté du Créateur, du Rédempteur, car nous savons que l’être humain est blessé et la question de « ce qu’est l’homme » est obscurcie par le fait du péché, qui a blessé la nature humaine jusque dans ses profondeurs. Ainsi, on dit: « il a menti », « il est humain »; « il a volé », « il est humain »; mais cela n’est pas la véritable nature de l’être humain. Humain signifie être généreux, être bon, être homme de la justice, de la véritable prudence, de la sagesse. Donc sortir, avec l’aide du Christ, de cet assombrissement de notre nature pour arriver à être véritablement humain à l’image de Dieu, est un processus de vie qui doit commencer dans la formation au sacerdoce, mais qui doit se réaliser ensuite et continuer tout au long de notre existence. Je pense que les deux choses vont fondamentalement de pair: être de Dieu et avec Dieu et être réellement homme dans le véritable sens qu’a voulu le Créateur en façonnant cette créature que nous sommes.
Etre homme: la Lettre aux Hébreux souligne une particularité de notre humanité qui nous surprend, car elle dit: ce doit être une personne « en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse » (5, 2) et ensuite – de manière encore plus forte – « pendant les jours de sa vie mortelle, il a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort; et, parce qu’il s’est soumis en tout, il a été exaucé » (5, 7). Pour la Lettre aux Hébreux, l’élément essentiel de notre humanité est la compassion, le fait de souffrir avec les autres: il s’agit de la véritable humanité. Ce n’est pas le péché, car le péché n’est jamais solidarité, mais il est toujours une désolidarisation, il est une manière de prendre la vie pour soi-même, au lieu de la donner. La véritable humanité est de participer réellement à la souffrance de l’être humain, cela veut dire être un homme de compassion – metriopathèin, dit le texte grec – c’est-à-dire se trouver au centre de la passion humaine, porter réellement avec les autres leurs souffrances, les tentations de notre temps: « Dieu, où es-tu en ce monde? ».
Cette humanité du prêtre ne répond pas à l’idéal platonicien et aristotélicien, selon lequel l’homme véritable serait celui qui ne vit que dans la contemplation de la vérité, et est ainsi bienheureux, heureux, car il n’entretient de l’amitié qu’avec les belles choses, avec la beauté divine, mais ce sont les autres qui font « les travaux ». Cela est une supposition, alors que l’on suppose ici que le prêtre entre comme le Christ dans la misère humaine, la porte avec lui, va vers les personnes souffrantes, s’en occupe, et pas seulement extérieurement, mais qu’il prend intérieurement sur lui, recueille en lui-même la « passion » de son temps, de sa paroisse, des personnes qui lui sont confiées. C’est ainsi que le Christ a montré le véritable humanisme. Son cœur est bien sûr toujours ferme en Dieu, il voit toujours Dieu, il est toujours intimement en conversation avec Lui, mais Il porte, dans le même temps, tout l’être, toute la souffrance humaine entre dans la Passion. En parlant, en voyant les hommes qui sont petits, sans pasteur, Il souffre avec eux et nous, les prêtres, nous ne pouvons pas nous retirer dans un Elysium, mais nous sommes plongés dans la passion de ce monde et nous devons, avec l’aide du Christ et en communion avec Lui, chercher à le transformer, à le conduire vers Dieu.
Il faut précisément dire cela, à travers le texte suivant qui est réellement stimulant: « ayant présenté avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications » (He 5, 7). Il ne s’agit pas seulement d’une mention de l’heure de l’angoisse sur le Mont des Oliviers, mais c’est un résumé de toute l’histoire de la passion, qui embrasse toute la vie de Jésus. Des larmes: Jésus pleurait devant la tombe de Lazare, il était réellement touché intérieurement par le mystère de la mort, par la terreur de la mort. Des personnes perdent leur frère, comme dans ce cas, leur mère et leur fils, leur ami: tout l’aspect terrible de la mort, qui détruit l’amour, qui détruit les relations, qui est un signe de notre finitude, de notre pauvreté. Jésus est mis à l’épreuve et il se confronte jusqu’au plus profond de son âme avec ce mystère, avec cette tristesse qui est la mort, et il pleure. Il pleure devant Jérusalem, en voyant la destruction de cette belle cité à cause de la désobéissance; il pleure en voyant toutes les destructions de l’histoire dans le monde; il pleure en voyant que les hommes se détruisent eux-mêmes, ainsi que leurs villes dans la violence, dans la désobéissance.
Jésus pleure, en poussant de grands cris. Les Evangiles nous disent que Jésus a crié de la Croix, il a crié: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mc 15, 34; cf. Mt 27, 46) et, à la fin, il a crié encore une fois. Et ce cri répond à une dimension fondamentale des Psaumes: dans les moments terribles de la vie humaine, de nombreux Psaumes constituent un cri puissant vers Dieu: « Aide-nous, écoute-nous! » Précisément aujourd’hui, dans le bréviaire, nous avons prié dans ce sens: Où es-tu Dieu? « Tu nous traites en bétail de boucherie » (Ps 44, 12). Un cri de l’humanité qui souffre! Et Jésus, qui est le véritable sujet des Psaumes, apporte réellement ce cri de l’humanité à Dieu, aux oreilles de Dieu: « Aide-nous et écoute-nous! ». Il transforme toute la souffrance humaine, en l’assumant en lui-même, en un cri aux oreilles de Dieu.
Et ainsi, nous voyons que précisément de cette manière se réalise le sacerdoce, la fonction du médiateur, en transportant en soi, en assumant en soi la souffrance et la passion du monde, en la transformant en cri vers Dieu, en l’apportant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et en l’apportant réellement ainsi au moment de la Rédemption.
En réalité, la Lettre aux Hébreux dit qu’« il offrit des implorations et des supplications », « une clameur et des larmes » (5, 7). C’est une juste traduction du verbe prosphèrein, qui est une parole cultuelle et qui exprime l’acte de l’offrande des dons humains à Dieu, qui exprime précisément l’acte de l’offertoire, du sacrifice. Ainsi, avec ce terme cultuel appliqué aux prières et aux larmes du Christ, elle démontre que les larmes du Christ, l’angoisse du Mont des Oliviers, le cri de la Croix, toute sa souffrance font partie de sa grande mission. Précisément de cette manière, Il offre le sacrifice, il fait le prêtre. La Lettre aux Hébreux, avec cet « il offrit », prosphèrein, nous dit: il s’agit de l’accomplissement de son sacerdoce, il conduit ainsi l’humanité vers Dieu, il devient ainsi le médiateur, il fait ainsi le prêtre.
Disons, précisément, que Jésus n’a pas offert quelque chose à Dieu, mais qu’il s’est offert lui-même et que cet acte de s’offrir lui-même se réalise précisément dans cette compassion, qui transforme en prière et en cri au Père la souffrance du monde. Dans ce sens, notre sacerdoce ne se limite pas lui non plus à l’acte cultuel de la Messe, dans lequel tout est remis entre les mains du Christ, mais toute notre compassion envers la souffrance de ce monde si éloigné de Dieu, est un acte sacerdotal, est prosphèrein, est offrir. C’est pourquoi, il me semble que nous devons comprendre et apprendre à accepter plus profondément les souffrances de la vie pastorale; car précisément là se trouvent l’action sacerdotale, la médiation, le fait d’entrer dans le mystère du Christ, de communiquer avec le mystère du Christ, très réel et essentiel, existentiel et ensuite sacramentel.
Dans ce contexte, un deuxième terme est important. Il est dit que le Christ – à travers cette obéissance – est rendu parfait, en grec teleiothèis (cf. He 5, 8-9). Nous savons que dans toute la Torah, c’est-à-dire dans toute la législation cultuelle, le mot tèleion, ici utilisé, indique l’ordination sacerdotale. La Lettre aux Hébreux nous dit que c’est précisément en accomplissant cela que Jésus a été fait prêtre, que son sacerdoce s’est réalisé. Notre ordination sacerdotale sacramentelle doit être réalisée et concrétisée de manière existentielle, mais également de manière christologique, précisément dans cette manière de porter le monde avec le Christ et au Christ et, avec le Christ, à Dieu: ainsi nous devenons réellement des prêtres, teleiothèis. Le sacerdoce n’est donc pas quelque chose qui dure quelques heures, mais il se réalise précisément dans la vie pastorale, dans ses souffrances et dans ses faiblesses, dans ses tristesses et naturellement également dans ses joies. Nous devenons ainsi toujours plus des prêtres en communion avec le Christ.
La Lettre aux Hébreux résume, enfin, toute cette compassion dans le mot hypakoèn, obéissance: tout cela est obéissance. C’est un mot qui ne nous plaît pas, à notre époque. L’obéissance apparaît comme une aliénation, comme une attitude servile. La personne n’utilise pas sa liberté, sa liberté se soumet à une autre volonté, la personne n’est donc plus libre, mais elle est déterminée par un autre, alors que l’autodétermination, l’émancipation serait la véritable existence humaine. Au lieu du terme « obéissance », nous voulons comme parole-clef anthropologique celle de « liberté ». Mais en considérant de près ce problème, nous voyons que les deux choses vont de pair: l’obéissance du Christ est la conformation de sa volonté à la volonté du Père; c’est une manière de porter la volonté humaine à la volonté divine, à la conformation de notre volonté avec la volonté de Dieu.
Saint Maxime le Confesseur, dans son interprétation du Mont des Oliviers, de l’angoisse exprimée dans la prière de Jésus, « non pas ma volonté mais la tienne », a décrit ce processus, que le Christ porte en lui comme vrai homme, avec la nature, la volonté humaine; dans cet acte – « non pas ma volonté, mais la tienne » – Jésus a résumé tout le processus de sa vie, c’est-à-dire celui de porter la vie naturelle humaine à la vie divine et, de cette manière, celui de transformer l’homme: divinisation de l’homme et ainsi rédemption de l’homme, parce que la volonté de Dieu n’est pas une volonté tyrannique, ce n’est pas une volonté qui est hors de notre être, mais c’est précisément la volonté créatrice, c’est précisément le lieu où nous trouvons notre véritable identité.
Dieu nous a créés et nous sommes nous-mêmes si nous sommes conformes à sa volonté; ainsi seulement nous entrons dans la vérité de notre être et nous ne sommes pas aliénés. Au contraire, l’aliénation naît, précisément, lorsque l’on sort de la volonté de Dieu, parce que ce cette manière, nous sortons du dessein de notre être, nous ne sommes plus nous-mêmes et nous tombons dans le vide. En vérité, l’obéissance à Dieu, c’est-à-dire la conformité, la vérité de notre être, est la vraie liberté, parce que c’est la divinisation. Jésus, en portant l’homme, l’être homme, en lui-même et avec lui-même, conformément à Dieu, dans la parfaite obéissance, c’est-à-dire dans la parfaite conformation entre les deux volontés, nous a rachetés et la rédemption est toujours ce processus de porter la volonté humaine dans la communion avec la volonté divine. C’est un processus sur lequel nous prions chaque jour: « Que ta volonté soit faite ». Et nous voulons prier réellement le Seigneur, pour qu’il nous aide à voir intimement que cela est la liberté, et à entrer, ainsi, avec joie dans cette obéissance et à « recueillir » l’être humain pour le porter – à travers notre exemple, notre humilité, notre prière, notre action pastorale – dans la communion avec Dieu.
En poursuivant la lecture, suit une phrase difficile à interpréter. L’auteur de la Lettre aux Hébreux dit que Jésus a prié, avec une violente clameur et des larmes, Dieu qui pouvait le sauver de la mort et qu’en raison de sa piété, il est exaucé (cf. 5, 7). Ici, nous voudrions dire: « Non, ce n’est pas vrai, il n’a pas été exaucé, il est mort ». Jésus a prié d’être libéré de la mort, mais il n’a pas été libéré, il est mort de manière très cruelle. C’est pourquoi le grand théologien libéral Harnack a dit: « Il manque ici une négation », il faut écrire: « Il n’a pas été exaucé » et Bultmann a accepté cette interprétation. Il s’agit toutefois d’une solution qui n’est pas une exégèse, mais une violence faite au texte. Dans aucun des manuscrits n’apparaît la négation, mais bien « il a été exaucé »; nous devons donc apprendre à comprendre ce que signifie cet « être exaucé », malgré la Croix.
Je vois trois niveaux de compréhension de cette expression. A un premier niveau, on peut traduire le texte grec ainsi: « il a été racheté de son angoisse » et en ce sens Jésus est exaucé. Ce serait donc une allusion à ce que raconte saint Luc, qu’« un ange a réconforté Jésus » (cf. Lc 22, 43), de façon qu’après le moment de l’angoisse, il puisse aller droit et sans crainte vers son heure, comme nous le décrivent les Evangiles, en particulier celui de saint Jean. Il aurait été exaucé, au sens où Dieu lui donne la force de pouvoir porter tout ce poids et il est ainsi exaucé. Mais, pour ma part, il me semble que ce n’est pas une réponse tout à fait suffisante. Exaucé de manière plus profonde – le père Vanhoye l’a souligné – cela veut dire: « il a été racheté de la mort », mais pas en ce moment, pas à ce moment-là, mais pour toujours, dans la Résurrection: la vraie réponse de Dieu à la prière d’être racheté de la mort est la Résurrection et l’humanité est rachetée de la mort précisément dans la Résurrection, qui est la vraie guérison de nos souffrances, du mystère terrible de la mort.
Ici est déjà présent un troisième niveau de compréhension: la Résurrection de Jésus n’est pas seulement un événement personnel. Il semble qu’il peut être utile d’avoir à l’esprit le bref texte dans lequel saint Jean, dans le chapitre 12 de son Evangile, présente et raconte, de manière très synthétique, l’épisode du Mont des Oliviers. Jésus dit: « Mon âme est troublée » (Jn 12, 27), et, dans toute l’angoisse du Mont des Oliviers, que puis-je dire? « Père, sauve-moi de cette heure ou glorifie ton nom » (cf. Jn 12, 27-28). C’est la même prière que celle que nous trouvons dans les Synoptiques: « Si cela est possible, sauve-moi, mais que ta volonté sois faite » (cf. Mt 26, 42; Mc 14, 36; Lc 22, 42) qui, dans le langage johannique, apparaît justement sous la forme: « Père, sauve-moi, Père, glorifie ». Et Dieu répond: « Je t’ai glorifié et de nouveau je te glorifierai » (cf. Jn 12, 28). Telle est la réponse, le vœu exaucé par Dieu: je glorifierai la Croix; c’est la présence de la gloire divine, parce que c’est l’acte suprême de l’amour. Dans la Croix, Jésus est élevé sur toute la terre et attire la terre à lui; dans la croix apparaît à présent le « Kabod », la vraie gloire divine du Dieu qui aime jusqu’à la Croix et transforme ainsi la mort et crée la Résurrection.
La prière de Jésus a été exaucée, au sens où, réellement, sa mort devient vie, devient le lieu d’où racheter l’homme, d’où il attire l’homme à lui. Si la réponse divine, chez Jean, dit: « je te glorifierai », cela signifie que cette gloire transcende et traverse toute l’histoire toujours et à nouveau: depuis ta Croix, présente dans l’Eucharistie, transforme la mort en gloire. Telle est la grande promesse qui se réalise dans la Sainte Eucharistie, qui ouvre toujours à nouveau le ciel. Etre serviteur de l’Eucharistie, c’est donc la profondeur du mystère sacerdotal.
Encore un mot, tout au moins sur Melchisédech. C’est une figure mystérieuse qui apparaît dans Genèse 14 dans l’histoire sacrée: après la victoire d’Abraham sur plusieurs Rois, apparaît le roi de Salem, de Jérusalem, Melchisédech, et il apporte le pain et le vin. Une histoire qui n’est pas commentée et qui est un peu incompréhensible, qui ne réapparaît qu’au psaume 110, comme nous l’avons déjà dit, mais l’on comprend que, par la suite, le judaïsme, le gnosticisme et le christianisme aient voulu réfléchir profondément sur cette parole et qu’ils aient créé leurs interprétations. La Lettre aux Hébreux ne fait pas de spéculation, mais elle rapporte uniquement ce que dit l’Ecriture et ce sont plusieurs éléments: il est Roi de justice, il habite dans la paix, il est Roi là où il y a la paix, il vénère et adore Dieu Très-Haut, le Créateur du ciel et de la terre et il porte le pain et le vin (cf. He 7, 1-3; Gn 14, 18-20). Il n’y a pas de commentaires sur le fait qu’apparaît ici le Souverain Prêtre du Dieu Très-Haut, Roi de la paix, qui adore avec le pain et le vin le Dieu créateur du ciel et de la terre. Les Pères ont souligné que c’est l’un des saints païens de l’Ancien Testament et cela montre qu’à partir du paganisme, il existe aussi une route vers le Christ et que les critères sont: adorer le Dieu Très-Haut, cultiver la justice et la paix, et vénérer Dieu de manière pure. Ainsi, avec ces éléments fondamentaux, le paganisme est lui aussi un chemin vers le Christ, il rend, d’une certaine manière, présente la lumière du Christ.
Dans le canon romain, après la Consécration, nous avons la prière supra quae, qui mentionne certaines préfigurations du Christ, de son sacerdoce et de son sacrifice: Abel, le premier martyr, avec son agneau; Abraham, qui sacrifie dans l’intention son fils Isaac, remplacé par l’agneau donné par Dieu; et Melchisédech, Souverain Prêtre du Dieu Très-Haut, qui apporte le pain et le vin. Cela veut dire que le Christ est la nouveauté absolue de Dieu et, dans le même temps, qu’il est présent dans toute l’histoire, et que l’histoire va à la rencontre du Christ. Et non seulement l’histoire du peuple élu, qui est la véritable préparation voulue par Dieu, dans laquelle se révèle le mystère du Christ, mais à partir du paganisme également se prépare le mystère du Christ, il y a des chemins vers le Christ, qui porte tout en lui-même.
Cela me semble important dans la célébration de l’Eucharistie: ici est recueillie toute la prière humaine, tout le désir humain, toute la vraie dévotion humaine, la vraie recherche de Dieu, qui se trouve finalement réalisée dans le Christ. Enfin, il faut dire qu’à présent, le ciel est ouvert, le culte n’est plus énigmatique, dans des signes relatifs, mais il est vrai, parce que le ciel est ouvert et l’on n’offre pas quelque chose, mais l’homme devient un avec Dieu et cela est le culte véritable. C’est ce que dit la Lettre aux Hébreux: « nous avons un pareil grand prêtre qui s’est assis à la droite du trône de la Majesté des cieux, ministre du sanctuaire et de la Tente, la vraie, celle que le Seigneur, non un homme, a dressée » (cf. 8, 1-2).
Revenons sur le fait que Melchisédech est le roi de Salem. Toute la tradition davidique s’en est appelée à cela, en disant: « Le lieu est ici, Jérusalem est le lieu du culte véritable, la concentration du culte à Jérusalem remonte déjà aux temps d’Abraham, Jérusalem est le lieu véritable de la vénération juste de Dieu ».
Franchissons à nouveau une étape: la Jérusalem véritable, le Salem de Dieu, est le Corps du Christ, l’Eucharistie est la paix de Dieu avec l’homme. Nous savons que saint Jean dans le Prologue, appelle l’humanité de Jésus « la tente de Dieu » eskènosen en hemìn (Jn 1, 14). Ici, Dieu lui-même a créé sa tente dans le monde et cette tente, cette Jérusalem nouvelle, véritable, est, dans le même temps sur la terre et au ciel, parce que ce Sacrement, ce sacrifice se réalise toujours entre nous et arrive toujours jusqu’au trône de la Grâce, à la présence de Dieu. C’est ici que se trouve la Jérusalem véritable, dans le même temps, céleste et terrestre, la tente, qui est le Corps de Dieu, qui comme Corps ressuscité demeure toujours Corps et embrasse l’humanité et, dans le même temps, étant Corps ressuscité, nous unit avec Dieu. Tout cela se réalise toujours à nouveau dans l’Eucharistie. Et nous, en tant que prêtres, nous sommes appelés à être des ministres de ce grand Mystère, dans le Sacrement et dans la vie. Prions le Seigneur qu’il nous fasse comprendre toujours mieux ce Mystère, de vivre toujours mieux ce Mystère et ainsi d’offrir notre aide afin que le monde s’ouvre à Dieu, afin que le monde soit racheté par Jésus. Merci.

Pour sa lectio divina, le Pape Benoît XVI s’est appuyé sur les trois passages de la Lettre aux Hébreux que nous publions ci-dessous:

He 5, 1-10
He 7, 26-28
He 8, 1-2

(L’Osservatore Romano Ed. hebdomadaire, 2 mars 2010)

LA CONNAISSANCE MYSTIQUE DE DIEU CHEZ LE JUIF PAUL » PAR LE CARDINAL ANDRÉ VINGT-TROIS.

15 février, 2016

http://www.paris.catholique.fr/990-6-Conference-du-Cardinal-Andre.html

5 AVRIL 2009, CONFÉRENCE DE CARÊME : « LA CONNAISSANCE MYSTIQUE DE DIEU CHEZ LE JUIF PAUL » PAR LE CARDINAL ANDRÉ VINGT-TROIS.

« Prendre Dieu au sérieux » Le cœur de la personne et de l’œuvre de saint Paul se cache en un lieu secret, où sa vie s’est décidée et à partir duquel elle a reçu la fécondité à laquelle les conférenciers de cette année ont rendu témoignage. Je propose de nommer ce cœur de la vie de Paul sa « connaissance mystique de Dieu ». Pour bien comprendre ces mots, je partirai d’une définition ou plutôt d’une description de la mystique, simple et sans doute incomplète, mais fidèle à l’expérience chrétienne et ouverte à d’autres traditions : est mystique celui qui prend Dieu au sérieux. La Bible dit que Dieu se donne librement comme il veut, quand il veut, à qui il veut. Cette expérience juive et chrétienne inclut une révélation essentielle : Dieu est personnel, Dieu est Sujet. Il possède lui-même cette perfection suprême de l’existence que nous goûtons nous aussi, quand nous nous engageons, dans les relations humaines les plus concrètes et les plus importantes, par des actes où s’exprime et se façonne l’unité spirituelle et corporelle des hommes et des femmes que nous sommes. La Bible transmet d’âge en âge l’expérience de l’amour et de l’amitié personnels de Dieu pour les hommes. En choisissant et en aimant le peuple d’Israël, dont il fait son témoin dans l’histoire, Dieu le singularise, le particularise pour le bien de toutes les Nations. Il lui révèle le mystère enfoui au cœur de toute créature, malgré la déformation des violences et des égoïsmes. Ce mystère est le suivant : nous sommes tous porteurs d’une dignité native, universelle et inamissible. Nous sommes et devenons des personnes, des sujets, donnés et révélés à nous-mêmes par la rencontre d’un Autre. Si Dieu se donne librement, il se reçoit librement. Le don de Dieu est identique pour tous, puisque c’est Dieu lui-même qui se donne, mais chacun le reçoit singulièrement, car Dieu est personnel et sa rencontre personnalise. Qu’est-ce qu’une personne ? Les philosophies, les sciences, les religions cherchent à le dire de multiples manières. Il n’est pas en notre pouvoir de décider qui est personne et qui ne l’est pas. Je dis simplement, à partir de l’expérience biblique, qui exprime ce que tout homme sait plus ou moins clairement : une personne ne se révèle à moi qu’en m’engageant personnellement envers elle. Le mystère de Dieu ou de l’homme ne se reconnaît qu’en risquant dans la confiance le tout de mon être dans la rencontre avec lui. La foi-confiance est le meilleur chemin de la connaissance d’une personne. Une telle expérience est partagée par tous ceux qui, à travers le temps et l’espace, prennent soin des plus fragiles d’entre nous. Celui qui accueille un pauvre, ou un étranger, dans sa famille, à un repas de Noël ou de Pâques ; celui qui se met en état de recevoir les gestes d’affection d’un malade ou d’une personne handicapée ; celui qui fait grandir et éduque un enfant, ou visite un vieillard en partageant sa vision du monde et en apprenant de lui les trésors d’humanité qu’il recèle en propre… tous ceux qui accueillent une personne reçoivent d’elle une lumière qui illumine l’intime de leur cœur. La vie mystique offre une rencontre de cette nature avec Dieu lui-même. Est mystique celui qui cherche à correspondre au don reçu de Dieu, à L’accueillir « en personne », dans la pleine mesure de liberté où Il se donne. Nous connaissons de ces « mystiques » ordinaires : l’enfant qui se prépare à la première communion ; la mère qui exulte de joie en son futur enfant ; l’homme mûr en danger de mort qui se confie à Dieu ; le médecin qui, comme Ambroise Paré, sait dire : « Je l’ai soigné, Dieu l’a guéri » ; le savant qui poursuit avec assiduité la vérité qui se cache dans l’admiration que lui inspire le cosmos ; l’artiste qui interroge les secrets de ce monde et renouvelle l’événement de la rencontre du Logos et de la chair… Les « retournements » de Saul de Tarse, d’Alphonse Ratisbonne, de Paul Claudel, d’Etty Hillesum, d’André Frossard sont des expériences mystiques extraordinaires qui confirment la portée de l’expérience ordinaire de la richesse inouïe de la vie et du réel, que nous faisons tous un jour ou l’autre. La grâce mystique est une visite de Dieu. Elle est toujours surnaturelle, car le mystère divin opère en nous ce qu’il signifie pour Dieu. Elle renouvelle la nature humaine, car le don reçu de Dieu appelle une réponse personnelle, fidèle et courageuse, sans laquelle il ne peut y avoir vraiment de rencontre, d’alliance et de salut. Le sceau d’authenticité de la mystique se trouve dans les œuvres désintéressées que la visite de Dieu donne d’accomplir, dans la communion de Marie, qui écoute la Parole, et de Marthe, qui la met en pratique. Thérèse d’Avila fut mystique dans sa description des « Demeures » de l’union avec Dieu comme dans le récit des « Fondations » par lesquelles elle a renouvelé l’Église. Pour le mystique, la connaissance de Dieu n’est pas une abstraction, mais un événement décisif, une rencontre et une attente qui ne cessent d’appeler sa réponse. Il y a rencontre mystique dès que le rationaliste ou le sceptique qui sommeille en nous est bousculé, ou vaincu. Dieu ne se réduit plus à une réalité purement extérieure, ou, pire encore à une divinité enfermée dans les images figées d’un catéchisme colorié ou d’une connaissance aseptisée. Dieu, le premier, connaît et aime mystiquement l’homme, chaque être humain. Il n’est pas enclos,- et relégué- dans le ciel, dans l’avenir ou dans le passé, mais il est une Réalité pleinement active, un Autre qui nous révèle comme personnes. La révélation du « Je Suis » ne s’arrête pas à la confession de foi qui dit : « Tu es », mais, dans l’amitié avec Lui, elle conduit à dire : « Je suis avec Toi, aimé par Toi et t’aimant ». C’est pourquoi les mystiques comparent souvent leur expérience à celle des amoureux, des fiancées, ou à des époux, qui nouent des relations de personne à personne, relations où ils sont engagés entièrement, et libérés entièrement, envers Dieu et envers eux-mêmes. Ils deviennent eux-mêmes par la rencontre de l’Autre, comme Henri Bergson l’avait montré . Avec les mots du Cantique des cantiques, Thérèse d’Avila et Edith Stein parlent de la mystique comme de Noces : « (L’union mystique est) l’aboutissement à la fois de l’amour de la créature qui aspire et désire (amor, eros), et de l’amour de Dieu qui se penche avec miséricorde sur sa créature (caritas, agapè). Au point où ces deux amours se rencontrent, l’union peut petit à petit se réaliser » . Dieu dilate à Sa mesure les capacités d’accueil du cœur qui Le reçoit. Il ouvre son Intimité à qui lui ouvre son intimité, car son Être est personnel et le cœur humain est la source de la vie personnelle et le lieu approprié d’une rencontre en vérité . Ainsi peut-on décrire le lieu et l’enjeu de toute expérience mystique, de toute rencontre au cœur entre l’homme et son Dieu. Dans ce cadre les rencontres personnelles que chacun peut faire avec son Dieu trouvent toute leur singularité. Celle de Paul de Tarse également. Nous allons à présent dégager quelques traits propres à la manière selon laquelle Paul de Tarse a rencontré cet amour et accepté de prendre Dieu au sérieux. 1. L’Alliance comme terreau de l’expérience mystique de Paul et la rencontre du « Messie crucifié » (1 Corinthiens 1, 23) Il nous faut premièrement nous rappeler que Saul de Tarse a grandi dans le peuple d’Israël. Il appartient au peuple de l’Alliance conclue par Dieu avec Abraham et confirmée avec Moïse. Paul n’a jamais reniée cette appartenance. Le judaïsme est une école pour prendre Dieu au sérieux en raison de l’élection : les promesses, la Loi, la connaissance de Dieu, sa miséricorde envers les pécheurs, sa fidélité dans les épreuves, sa Parole éclairant l’histoire, la mémoire des prophètes, la promesse des renouveaux messianiques, la louange des psaumes, les pèlerinages à Jérusalem, le culte, le sacerdoce, l’étude de la Tora, l’adoption filiale (Romains 9-11)… sont le support et la clé de l’expérience de Saul sur le chemin de Damas. Mais celle-ci marque une nouveauté dans le parcours de Paul. Pour l’apôtre des nations, il y a un saut qu’il convient de comprendre entre la défense zélée de l’héritage de ses pères, et l’accueil de Dieu dans la figure du Christ crucifié. Saul a en effet d’abord vécu comme une épreuve la rencontre de la Voie de Jésus. Cette épreuve l’a conduit à la violence et il s’est fait le persécuteur des premiers disciples juifs de Jésus (Actes 7-9). Cette violence, comme toutes celles qui se déchaînent de tous temps entre croyants, mesure l’écart qui demeure entre le cœur malade de l’homme, même sincèrement religieux, mais encore idolâtre, et la sainteté manifestée dans la justice et la douceur de Jésus dont Saul de Tarse va faire l’expérience bouleversante. Et par la rencontre de Jésus de Nazareth, « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 25), vont être dévoilés pour Paul les trésors d’amour et de vérité dont est porteuse la tradition de ses pères et de ses Maîtres, les Sages d’Israël. La rencontre de Dieu dans le Messie crucifié (Actes 9) devient alors le centre à partir duquel il reprend et réfléchit toute la révélation. « Je n’ai rien voulu savoir parmi vous sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (1 Corinthiens 2, 2). Le Fils de Dieu a assumé la faiblesse et la folie humaines, selon le dessein « mystérieux » de l’incarnation, afin de dévoiler la sagesse et la puissance de Dieu (1 Corinthiens 2, 7-9). Ce retournement touche en profondeur l’existence même de Paul : « Ma vie dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Galates 2, 21). Le destin du Messie, rejoignant celui de son peuple et de tout innocent persécuté, exprime l’amour et l’humilité de Celui qui s’est fait fils d’Adam pour récapituler en lui l’histoire (Ephésiens 1, 10), devenir le nouvel Adam et le Premier-né de la création nouvelle. « Si par la faute d’un seul –lit-on dans la lettre aux Romains – la multitude est morte, combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude. » (Romains 5, 15) La Pâque du Christ est l’étape décisive du travail d’enfantement de la nouvelle création promise, libérée du péché et de la mort (Romains 8, 22-23). « Il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement et revêtir l’homme nouveau qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité. » (Ephésiens 4, 22-24) Le Christ a été conduit à son accomplissement par ses souffrances et sa résurrection et est devenu le grand prêtre fidèle et miséricordieux dont les hommes éprouvés ont besoin (Hébreux 2, 17-18). L’enseignement de Paul, et de la tradition juive, sur la valeur expiatoire du martyr du Christ-Messie et de ses témoins pour le pardon des péchés n’est ni dolorisme ni ressentiment, mais reconnaissance de la puissance suprême de la douceur pour la réparation et la rédemption d’un monde violent, dans lequel l’amour divin n’est pas aimé et la dignité absolue de l’homme bafouée. Ainsi donc, le Christ Jésus a traversé la condition humaine dans la fidélité envers Dieu et l’amour des hommes et inauguré l’Alliance nouvelle et éternelle promise par les prophètes. Celui que Paul rencontre est celui qui est le salut de tous les hommes (1 Timothée 2,4) et qui va faire de lui l’apôtre des nations. 2. « Appelé à être apôtre » (Romains 1, 1) Voici le deuxième point que nous voudrions développer : Pour Paul, la rencontre du Christ et la mission d’apôtre qu’il reçoit ne peuvent être séparées. Il est visité par Dieu pour en être le serviteur. L’expérience de l’élection, qui constitue Israël comme serviteur de Dieu et prêtre pour les Nations, commence avec l’histoire d’Abraham : « En toi seront bénies toutes les tribus de la terre » (Genèse 12, 3). Elle se poursuit quand Moïse transmet aux fils d’Israël, rassemblés au pied de la montagne sainte du Sinaï, la parole qui prépare le don de la Loi et appelle à la garder fidèlement : « Tu seras pour moi un royaume de prêtres » (Exode 19, 6). Paul a vécu l’expérience de l’élection, à la manière de Jérémie, comme un appel, une vocation, qui a décidé de son existence orientée vers l’universel : « Quand Celui qui, dès le sein maternel, m’a mis à part et appelé, daigna révéler en moi son Fils… » (Galates 1, 15-16). Cet appel l’a changé et révélé à lui-même : il a renoncé à toute violence religieuse, acceptant plutôt le sort des persécutés, non par complaisance envers la douleur, mais par amour du Christ et pour témoigner du don d’une vie plus grande à laquelle tous sont appelés : « ainsi donc la mort fait son œuvre en nous et la vie en vous » (2 Corinthiens 4, 12). Saul le persécuteur choisira pour lui-même le nom de Paulus, qui signifie justement « petit ». Paul a compris l’expérience chrétienne comme une élection et une vocation : le baptême fait des disciples du Messie des apôtres de l’Evangile, des témoins de la vérité sur Dieu et sur l’homme révélée dans la vie et la personne de Jésus de Nazareth. A la lumière de la croix et de la résurrection du Christ, il comprend l’existence humaine comme un appel universel à connaître le Créateur et Sauveur de l’homme (Romains 4, 17). L’élection chrétienne ne supprime pas l’élection juive. Elle ne la remplace pas. Elle la confirme en y insérant, selon les promesses, les disciples du Messie venus des Nations (Romains 9-11). « Les dons de Dieu sont sans repentance » (Romains 11, 32) et la présence de Jésus n’annule pas la mission du peuple qu’il vient sauver. Ceux que Jésus agrège au Peuple saint peuvent désormais chanter avec lui les louanges du Dieu d’Israël et témoigner de l’unité du genre humain. L’assemblée des disciples du Christ, qui a reçu la visite messianique et le don de l’Esprit consolateur, doit désormais, pour accomplir les Ecritures, porter aux Nations « l’annonce du salut » que le premier Testament appelle déjà un « évangile » : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : ‘Ton Dieu règne’ ! » (Isaïe 52, 7 ; cf. Romains 10, 15). Jésus a formé ses disciples, dès avant Pâques, pour qu’ils annoncent et étendent le Règne de Dieu. Dans le Christ ressuscité agissant par ses apôtres, Paul reconnaît l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe : « C’est trop peu que tu sois pour moi un Serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël : Je fais de toi la lumière des Nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre » (Isaïe 49 6 ; cf. Actes 13, 47). _ L’annonce de l’évangile aux Nations ne signifie jamais pour Paul une rupture de la relation avec les Juifs ; il s’en défend à plusieurs reprises (cf. Actes 26 ; 28, 17-29 texte occidental). Il enseigne au contraire que la gloire d’Israël est l’objet de sa prière intense et de son espérance (Romains 9, 1-5 et 11, 11-15). Paul, théologien et mystique, est responsable de communautés mixtes de croyants, venus d’Israël et des Nations, pour lesquelles il cherche un mode de vivre ensemble en s’appuyant sur la charité afin de discerner les chemins de Dieu (1 Corinthiens 12-14 ; Romains 14). Ces pages de son enseignement doivent aujourd’hui être relues de manière approfondie grâce au nouveau dialogue et à la nouvelle estime mutuelle entre juifs et chrétiens, après des siècles de quasi séparation. Paul, lu dans le contexte de l’ensemble des Ecritures et à la lumière de la tradition d’Israël et de l’Église, peut nous aider, avec nos frères juifs, chacun à notre manière, à mieux comprendre notre mission aujourd’hui dans le monde. La mystique paulinienne de l’élection débouche sur le concept théologique original d’un « universel centré » où la dialectique d’Israël et des Nations joue un rôle important. L’élection d’Abraham apportait un principe d’unité après la confusion de Babel (Genèse 11). A la première Pentecôte chrétienne, en témoignage d’universalité, l’Église des disciples juifs de Jésus parlait déjà toutes les langues. Le salut promis par les prophètes à toutes les Nations est figuré dans la Bible par le pèlerinage à Jérusalem qu’annonce Isaïe (2, 1-5) et l’Evangile atteint les Nations en empruntant pour se répandre les chemins de la diaspora juive (Actes 2, 1-13). La Bible adresse un appel à toutes les Nations en dessinant la figure d’une histoire commune de l’humanité qui respecte et favorise chaque Nation dans sa différence. La foi chrétienne donne ainsi la main à la raison politique pour affirmer que l’unification de l’humanité ne peut ni résulter d’un impérialisme ni se renoncer dans l’indifférence ou l’apartheid, mais qu’elle demande un engagement éthique de chaque Nation pour accéder à un Bien commun universel de l’humanité. L’enracinement de l’Église en Israël appartient à son mystère, comme l’a enseigné le Concile Vatican II (Nostra aetate n° 4). L’Église est catholique parce qu’elle est « dans le Christ comme le sacrement de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain » (Lumen gentium n° 1), or le genre humain est composé, pour le théologien qu’est saint Paul, d’Israël et des Nations. Une conception de l’universel qui s’arracherait à la particularité d’Israël manquerait le véritable apport de Paul et du christianisme à l’histoire des religions, comme à l’anthropologie ou à la philosophie politique. La sagesse biblique juive et chrétienne est bienveillante envers les efforts que l’humanité consent pour s’unifier, mais elle affirme que le rassemblement universel de l’humanité, s’il se prépare dans l’histoire, ne peut s’achever sans un acte transcendant l’histoire, déjà à l’œuvre dans l’histoire depuis l’élection d’Abraham. C’est un acte de Dieu que l’Église nomme avec saint Paul « la parousie du Christ » et qui mettra fin à la mort et au péché, et à ce que Paul appelle le « mystère de l’impiété » (2 Thessaloniciens 2, 6-8). Il faut méditer dans la foi cette dimension eschatologique de l’histoire, mais on doit aussi en examiner la signification religieuse du point de vue de la raison, car « l’apparition du Christ au sein du peuple juif » est un phénomène qui, « même pour l’incroyant, mérite une longue méditation » . La parabole de l’olivier franc nous fait entrer dans la théologie de l’histoire de Paul : dans le Christ, fils d’Israël, les Nations sont greffées sur l’olivier franc du Peuple de Dieu. Cela peut provoquer jalousie et rancune mutuelles. Les chrétiens doivent entendre cet avertissement aussi ancien que le Nouveau Testament : « ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte » (Romains 11, 18). L’Église est nommée le corps du Christ parce qu’elle est le lieu où s’inaugure une décisive réconciliation des juifs et des païens par la foi au Messie crucifié et ressuscité : « Rappelez-vous qu’en ce temps là vous étiez sans Christ, exclus de la cité d’Israël, étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde » (Ephésiens 2, 12). « Aussi soyez accueillants les uns pour les autres, comme le Christ le fut pour vous à la gloire de Dieu. Je l’affirme en effet, le Christ s’est fait serviteur des circoncis à l’honneur de la véracité divine, pour accomplir les promesses faites aux patriarches, et les nations glorifient Dieu pour sa miséricorde » (Romains 15, 7-9). Il nous faut le rappeler sans fin !

3. L’accomplissement des temps Troisièmement, il nous faut encore comprendre l’urgence dans laquelle se déploie la mystique de l’Apôtre des nations. « Le temps se fait court » écrit-il (1 Co 7,29). Paul vit avec sérieux l’urgence de ce nouveau temps et l’annonce avec force : « l’amour du Christ nous presse » et nous invite à vivre en hommes nouveaux « selon la vérité qui est en Jésus » (Ephésiens 4, 21). « Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2 Corinthiens 5, 14. 20). Les concepts bibliques d’ « accomplissement » et de « nouveauté » sont au cœur de la mystique de Paul, juif et apôtre des Nations. Pour Paul, l’accomplissement que le Christ inaugure est d’abord l’accomplissement des temps : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » (Galates 4, 4). La plénitude des temps est le temps de la plénitude : non pas la fin de l’histoire, ni un surcroît quantitatif de temps, mais un processus qui donne au temps une qualité nouvelle, plénière. Chaque instant devient une porte par où entre le Messie, une porte du Royaume . « Le temps se fait court… car elle passe la figure de ce monde » (1 Corinthiens 7, 29. 31). Comme Paul le dit au sujet de l’Eucharistie : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11, 26). La plénitude des temps est un événement messianique ; elle a une dimension anthropologique et universelle. L’incarnation et la résurrection du Christ restaurent l’unité de la chair et de l’Esprit, blessée par le péché et par la mort ; elles concernent donc tous les hommes, qui tous naissent et doivent mourir. Dieu est le créateur et le sauveur de tout homme et de tout l’homme, c’est pourquoi tout enfant des hommes a droit au respect absolu de sa dignité personnelle de la conception à la mort. Divisée en elle-même par le péché (Romains 7, 22-23), l’humanité retrouve son unité par le salut du Christ. Ce message mystique de Paul n’a pas fini d’interroger la conscience des hommes, qui est le cœur secret de l’histoire, et de susciter, bien au-delà de l’Église, des progrès dans la quête de la justice. Saint Paul a expérimenté et nommé la fragilité de l’homme et chanté la puissance de salut du Christ. Nul ne peut se sauver par ses actes, mais en étant conformé au Christ en qui est accompli le salut. « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Galates 3, 27). « Ainsi la Loi nous servit-elle de Pédagogue jusqu’au Christ pour que nous obtenions de la Foi notre justification » (Galates 3, 24). Entre la Loi donnée à Moïse et la Foi du Christ, il n’y a pas pour Paul opposition et rupture, mais unité et accomplissement dynamique. Le précepte : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » accomplit la Loi (Romains 13, 9), et le Christ en a dévoilé la pleine signification. La charité est le chemin de l’unification et de l’authentique libération de chacun et de tous. « Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté, seulement que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair, mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres » (Galates 5, 13). Par l’Esprit Saint, la charité est répandue dans les cœurs (Romains 5, 5) pour en faire des cœurs de chair, partageant les sentiments du Christ (Philippiens 2, 1-11). « Maintenant demeurent ces trois : foi, espérance, charité, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1 Corinthiens 13, 13). L’Eucharistie, qui unit ses disciples du Christ à son offrande, leur donne de vivre par Lui, avec Lui et en Lui. En prescrivant au soir de la Cène : « vous ferez cela en mémoire de moi » (1 Corinthiens 11, 23-25), selon la formule que Paul transmet aux Corinthiens, le Christ désigne l’Eucharistie comme le mémorial et l’actualisation de l’offrande de sa vie. Par elle, l’Église devient sacramentellement le Corps du Christ en tout temps et en tout lieu. « Nul n’a haï sa propre chair, on la nourrit au contraire et on en prend soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église : ne sommes-nous pas les membres de son Corps ? » (Ephésiens 5, 29-30) La résurrection sera l’unité enfin accomplie de l’esprit et de la chair, dont la communion au corps du Christ donne le gage et les arrhes. La résurrection du Christ suscite et garantit l’espérance de la foi dès ses premiers pas : « si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité » (1 Corinthiens 15, 16). L’espérance n’est pas la conséquence consolante de la foi, mais un élément interne de son dynamisme. Car la foi n’est pas d’abord un acte intellectuel, mais une connaissance personnelle et mystique du Christ : « le moyen de posséder déjà » la résurrection « espérée » (Hébreux 11, 1).

4. « Tout Israël sera sauvé » Romains 11, 26 L’accomplissement des promesses en Jésus et l’avènement des temps nouveaux semblent cependant échapper à la plus grande part du Peuple de l’Alliance. Il nous faut finalement saisir avant de conclure comment la relation mystique de Paul et de son Seigneur intègre ce qui apparaît comme un manque. Israël, peuple de Dieu est pour toujours son fils aîné : « Quand Israël était jeune, je l’aimais et d’Egypte j’ai appelé mon fils » (Osée 11, 1 ; cf. Romains 9, 4). « Ainsi parle le Seigneur : mon fils premier-né, c’est Israël » (Exode 4, 22). La prophétie d’Osée et la parole de Dieu adressée à Moïse pour qu’il la redise à Pharaon annoncent le jour où s’accomplira la bénédiction de Dieu sur les ennemis d’Israël enfin réconciliés, selon la prophétie d’Isaïe : « Ce jour-là, une chaussée ira d’Egypte en Assyrie. Les Assyriens viendront en Egypte et les Egyptiens en Assyrie. Les Egyptiens adoreront avec les Assyriens. Ce jour-là, Israël viendra le troisième, avec l’Egypte et l’Assyrie. Telle sera la bénédiction que dans le pays prononcera le Seigneur, le tout-puissant : ‘Bénis soient l’Egypte, mon peuple, et l’Assyrie, œuvre de mes mains, et Israël, mon héritage’ » (Isaïe 19, 23-25). Pour Paul, cette promesse commence à s’accomplir dans le Christ. Les disciples du Messie venus des Nations ont part à la bénédiction de la descendance d’Abraham (Genèse 22, 18), non pas à la bénédiction du fils de la servante, Ismaël, mais bien à celle donnée à Isaac et transmise par lui à son fils Jacob, nommé Israël, et à ses Douze fils. Les disciples du Messie venus des Nations entrent dans son Corps pour avoir part à son Esprit, non en se substituant à Israël, ou en le surclassant, mais en ayant part à sa dignité : « A me lire, dit Paul, vous pouvez vous rendre compte de l’intelligence que j’ai du mystère du Christ. Ce mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes dans l’Esprit : les païens sont admis au même héritage, membres du même corps, bénéficiaires de la même promesse dans le Christ Jésus par le moyen de l’Evangile » (Ephésiens 3, 4-6). Les Nations ne prennent pas la place du fils aîné : c’est impossible. Tant qu’Israël n’a pas reçu toute la gloire qui lui vient de son Messie, celle-ci n’est pas complète (Romains 11, 25-29). L’accomplissement de sa propre judéité, vécu par Paul dans la rencontre du Christ, n’est pas achevé pour lui tant qu’il est en pèlerinage dans ce corps. Le disciple demeure tendu en avant vers le Christ qui l’a saisi et qu’il cherche à connaître comme il est connu de Lui (Philippiens 3, 12-14). Ainsi s’accomplit la vocation d’Israël : le fils aîné de Dieu ne perd pas son rang, ni son statut d’héritier, quand il le partage à ses frères cadets. Le partage de l’adoption filiale ne se fait pas par une sorte d’extension, mais par une intériorisation. L’Esprit Saint renouvelle le cœur des juifs et des païens quand il donne à l’olivier franc d’Israël de porter des fruits nouveaux à travers des rameaux venus de l’olivier sauvage, greffés sur l’arbre franc de la promesse. Paul ne nous enseigne aucune théologie de la substitution, puisque « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance », mais il nous avertit que tous, juifs et païens, sont bénéficiaires de la miséricorde divine (Romains 11, 32). Dans la parabole du Père et des deux fils, en Luc 15, non seulement le fils cadet ne perd rien de ses droits à l’amour paternel quand il a dilapidé les biens de son héritage, mais le fils aîné, à l’heure même où il refuse la miséricorde du Père et la réconciliation avec son frère, demeure celui à qui il est dit : « Mon enfant, toi tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (15, 31). La générosité paternelle est source pérenne de réconciliation pour tout conflit fraternel. Paul sait ce qui reste voilé de la gloire du Christ aux yeux de ses frères juifs (2 Corinthiens 3, 14-18) ; il pressent l’orgueil qui peut saisir les Nations : « Ne t’enorgueillis pas ! Crains plutôt, car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage » (Romains 11, 20-21). Deux générations après le martyr de Paul, Rabbi Aqiba pouvait danser sur les ruines du Temple de Jérusalem, détruit par les Romains, dans l’assurance que Celui qui avait accompli la prophétie qui disait qu’il en serait ainsi accomplirait aussi celle qui annonce sa reconstruction définitive . Dans l’histoire, souvent si négative et douloureuse, des relations des juifs et des chrétiens, les craintes de Paul ont été hélas trop souvent confirmées. Réjouissons-nous de ce que sa prophétie d’une émulation de sainteté entre Israël et l’Église le sera aussi, par la grâce de Dieu, et produira davantage de beaux fruits pour le salut du monde (Romains 11, 14). Paul sait éclairer les choix singuliers des cœurs, comme l’histoire universelle, par la lumière qui vient des saintes Ecritures et de la tradition. Il ne sépare jamais l’esprit de la lettre, qu’il lit dans la foi au Christ Jésus. C’est ainsi qu’il demeure attentif à la fidélité de Dieu envers son peuple et aux surcroîts cachés de sa miséricorde. Gardons-nous de négliger un tel témoignage quand nous lisons avec lui la Bible ! 5. « Dieu tout en tous » (1 Corinthiens 15, 28) L’espérance de l’accomplissement du dessein de Dieu dans le Christ oriente et éclaire la vie de Paul et sa pensée. Au terme de cette conférence, écoutons-le encore une fois : « laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Corinthiens 5, 20) qui veut « tout récapituler dans le Christ » (Ephésiens 1, 22-23). En lui, « il n’y a plus ni juif, ni grec, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous n’êtes qu’un dans le Christ » (Galates 3, 28). Au terme « Dieu sera tout en tous » (1 Corinthiens 15, 28). L’aspiration mystique de saint Paul ne le fait pas échapper à l’histoire, mais lui enseigne à aimer mystiquement l’histoire, comme le lieu où se prépare la rencontre de Dieu. Son sens de l’universel ne le conduit pas à récuser, mais à confirmer la signification de l’élection d’Israël quand il la relit dans le Christ. Paul, en désignant le Christ comme « notre paix », nous indique à la fois le but et le chemin : faire de nos diversités, toujours en conflit, des lieux de réconciliation grâce à la recherche en commun de Dieu, l’Autre divin, éprouvé comme plus intime et plus grand que nous-mêmes.

 

MESSAGE DU PAPE PAUL VI POUR LE CARÊME 1974

11 février, 2016

http://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/messages/lent/documents/hf_p-vi_mes_19740302_lent-1974.html

MESSAGE DU PAPE PAUL VI POUR LE CARÊME 1974

Chers Fils et Filles,

Voilà dix mois environ, Nous annoncions l’Année Sainte. « Renouvellement » et « réconciliation » demeurent les mots clefs de cette célébration ; il désignent les espoirs que Nous mettons en elle. Mais ils n’iront pas, avons-nous dit, sans que s’opère en nous une rupture (cf. Allocution du 9 mai 1973). Or, voici le temps du Carême, le temps par excellence du renouveau de nous-mêmes dans le Christ, de la réconciliation avec Dieu et avec nos frères. Nous y sommes associés à la mort et à la résurrection du Christ, moyennant une rupture avec les situations de péché, d’injustice, d’égoïsme. Permettez-Nous donc d’insister aujourd’hui sur une rupture exigée par l’esprit du Carême, celle d’un attachement trop exclusif à notre avoir matériel, qu’il soit abondant comme chez le riche Zachée (cf. Lc 19, 8), ou maigre comme chez la pauvre veuve louée par Jésus (cf. Mc 12, 43). Dans le langage imagé de son époque, saint Basile prêchait déjà à ceux qui sont dans l’aisance : «Le pain qui demeure inutile chez vous, c’est le pain de celui qui a faim ; la tunique suspendue dans votre garde-robe, c’est la tunique de celui qui est nu ; la chaussure qui demeure inutile chez vous est celle du pauvre qui va nu-pieds ; l’argent que vous tenez enfoui, c’est l’argent du pauvre : vous commettez autant d’injustices que vous pourriez répandre de bienfaits » (Hom. VI in Lc, XII, 18, PG XXXI, col. 275). De telles paroles donnent à réfléchir en un temps où haine et conflits sont provoqués par l’injustice de celui qui accapare quand l’autre n’a rien, de celui qui préfère le souci de son propre lendemain à l’aujourd’hui de son prochain, de celui qui, par ignorance ou par égoïsme, refuse de se priver du superflu en faveur de ceux qui manquent du nécessaire (cf. Mater et Magistra). Et comment ne pas évoquer ici le renouvellement et la réconciliation exigés et assurés par la plénitude de notre unique repas eucharistique ? Pour communiquer ensemble au Corps du Seigneur, il faut sincèrement vouloir que nul ne manque du nécessaire, fut-ce au prix de sacrifices personnels. Autrement, nous ferions affront à l’Église, Corps Mystique du Christ, dont nous sommes les membres. Saint Paul, admonestant les Corinthiens, nous met tous en garde contre le danger d’un comportement déplorable à cet égard (cf. 1 Cor 11, 17 ss.). Ce serait pécher contre cette unanimité que de refuser aujourd’hui à des millions de nos frères ce que comportent les exigences de leur promotion humaine. De plus en plus, en ce temps du Carême, l’Église et ses institutions caritatives sollicitent les chrétiens pour cette immense entreprise. Prêcher le Jubilé, c’est prêcher le dépouillement à la fois joyeux et profond qui nous restitue à la vérité de nous-mêmes et à la vérité de la famille humaine telle que Dieu la veut. C’est alors que le présent Carême peut apporter dès ici-bas, outre le gage de la récompense céleste, le centuple promis par la Christ à celui qui donne à cœur ouvert. Sachez tous écouter dans notre appel un double écho : celui de la voix du Seigneur qui vous parle et vous exhorte, et celui du gémissement de l’humanité qui pleure et qui vous prie. Tous, évêques et prêtres, religieuses et religieux, laïcs adultes et enfants, à titre individuel et en communauté, nous sommes appelés à faire œuvre de partage, dans l’amour, car c’est un commandement du Seigneur.

À chacun de vous, Nous donnons notre Bénédiction Apostolique, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

SYMBOLISME DE LA CENDRE

10 février, 2016

http://www.dictionnairedessymboles.fr/article-symbolisme-de-la-cendre-102008147.html

SYMBOLISME DE LA CENDRE

Publié le 21 mars 2012 par Miss Dico

Résumé La cendre symbolise l’humilité, la mortification, la pénitence, l’annihilation, la régénérescence, la fertilité de la terre, le principe yang.

La cendre est le résidu d’un corps organique après sa calcination. Les cendres sont poussières inertes, sans vie car celle-ci s’en est allée avec l’extinction du feu. Elles se dispersent au vent et se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau. La cendre nous renvoie à notre peu d’importance, notre misérable et éphémère condition humaine. Elle nous invite à observer l’humilité devant l’Univers. La cendre est ce qui reste de ce qui a été vivant. L’absence de vie ne signifie pas obligatoirement la mort qui, elle, peut être considérée comme une autre forme de vie. La cendre représente le néant, ou plus exactement le ni-vivant-ni-mort, un état amorphe tel qu’il était avant la Création de l’univers selon différents mythes. Mais la cendre est aussi devenue, au XXe siècle, un symbole de destruction totale : une ville réduite en cendres par les bombardements, la Shoah et ses fours crématoires, les bombes nucléaires, toutes évoquent l’annihilation, la désolation et la mort à grande échelle, l’extermination, l’horreur. Le feu qui couve sous la cendre est un feu caché, le feu de vie invisible à nos yeux et qui est sacré. Dans ce cas, la cendre est encore chaude et maintient la vie, elle la protège. La cendre partage ici le symbolisme de la grotte et de la caverne, ainsi que de la matrice. Mais si l’on jette de l’eau sur cette cendre, le liquide éteint la braise et détruit le feu vital ; il ne laissera que de la matière inerte et froide. C’est pourquoi la tradition chinoise fait un distinguo entre cendre sèche et cendre humide. « Selon Lieu-Tseu, la vision de cendres humides était un présage de mort » [1]. Toutefois, dans de nombreuses cultures, la cendre humide garde tout son pouvoir de régénérescence. Les ascètes indiens couvrent leur corps de cendre humide. Cette cendre est la nourriture du dieu du Feu. La cendre est associée au principe yang, au soleil, à l’or, au feu, ainsi qu’à la sécheresse. Dans certains rituels, la cendre est utilisée pour obtenir la pluie [2]. L’eau est son élément opposé, mais aussi son complémentaire. Le feu symbolise l’Esprit, principe masculin ; l’eau symbolise l’Âme, principe féminin. Urne funéraire antiquePar le feu, le corps du défunt se réduit en cendres que l’on conserve dans une urne funéraire. C’est tout ce qui reste du mort après sa purification. Dans certaines culture, on mêle les cendres funéraires à de la nourriture, ou à une boisson pour absorber les vertus du mort [3]. Au Tibet, les lamas mélangent la cendre des saints à de l’argile pour en faire des statuettes de Bouddha. Autrefois, et encore de nos jours dans certaines régions du monde, avant de semer, les paysans versaient de la cendre dans leurs champs pour fertiliser le sol ; ils en mélangeaient aux grains des silos pour les prémunir de la putréfaction. On se servait de la cendre pour rendre le linge plus blanc. Elle est douce, fine, très légèrement abrasive,  absorbe et dissout les graisses, raisons pour lesquelles elle entrait autrefois dans la composition des lessives et du savon. La cendre nettoie, purifie. Elle sert aussi à rendre brillant certains métaux (cuivre, laiton, argent).

Religions Dans la Genèse, Abraham s’exprime ainsi : Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur, moi qui ne suis que poussière et cendre (Gen. 18, 27), c’est-à-dire pas grand-chose. Poussière et cendre représentent ici l’humilité dont on doit faire preuve en s’adressant à Dieu. On trouve dans la Bible d’autres sens symboliques à la cendre, ceux de la mortification et de la pénitence. La coutume des peuples sémites (Hébreux, Arabes) de se répandre de la cendre sur la tête en signe de repentir est décrite dans le deuxième livre de Samuel – 13, 19 : Ammon fils de David viola sa sœur Tamar et la chassa de sa maison. Déshonorée, Tamar répandit de la cendre sur sa tête et déchira sa tunique de princesse. Le premier jour du carême chrétien, le mercredi des Cendres, le prêtre trace une croix sur le front des fidèles. Le rituel du mercredi des Cendres (jour de Mercure, Hermès) arrive après le jour de Mars, dieu de la guerre (le mardi) et révèle un symbolisme alchimique. Il symbolise la dissolution du corps [4]. Le carême, période de pénitence, culmine avec Pâques, jour de la Résurrection.

Alchimie En alchimie, la cendre, comme le sel, est une manifestation de l’albedo (l’œuvre au blanc), la « terre blanche foliée » issue de la combustion des impuretés. « Une fois le désir libéré de la compulsion, l’amertume peut devenir sagesse ». La cendre est la substance du « corps incorruptible » ou « diadème du cœur », la « simplicité paradoxale de la connaissance de soi » [5].

Le Phénix Renaître de ses cendres, tel le phénix, sous-entend que l’étincelle de vie est toujours présente dans la cendre. Elle est donc indestructible et permet la régénération. Le feu caché sous la cendre, incorruptible  est symboliquement similaire à cet os du talon du Christ nommé luz par les alchimistes [6].

 

 

MEDITATIONS POUR LE CAREME

18 février, 2015

http://www.aasasnds.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=545:meditations-pour-le-careme&catid=16:textes-et-meditations&Itemid=24

MEDITATIONS POUR LE CAREME

Le carême : une chance pour notre vie chrétienne !

Ce mercredi 5 mars, nous « entrons en Carême ». Quelle chance ! Une nouvelle fois, l’Église nous invite à un beau et grand parcours de foi et de charité. « En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale » (message de Benoît XVI pour le Carême 2012). Quelle chance de pouvoir vivre, de plus en plus intensément, de manière de plus en plus intérieure, ce beau parcours qui va nous mener jusqu’à la Résurrection, la nôtre, celle de toute l’humanité, en Jésus-Christ mort et ressuscité. Nous avons laissé derrière nous Noël et l’Incarnation, le Baptême de Jésus, sa présentation au temple, nous avons commencé à cheminer personnellement et en Église sur la belle et lumineuse route qui, année après année, nous rapproche du Père et de la pleine communion avec notre Créateur. C’est la route du Salut, c’est le chemin de la sainteté, c’est la voie de la charité.
Le Carême, ce sont quarante jours durant lesquels nous sommes invités à nous dépouiller de nous-mêmes, de notre suffisance, de nos encombrements, quarante jours pour faire le « nettoyage de printemps », pour rendre notre cœur propre et accueillant, pour nous ouvrir à l’Amour de Celui qui, par amour pour nous, s’est offert sur la Croix, donnant sa vie par amour. Nous l’invitons ainsi à « faire sa demeure en nous » ; nous acceptons ainsi de nous laisser transformer par Lui. Se laisser transformer par Jésus, c’est entrer dans son parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrerons dans notre vie. Guidés par notre foi, nous, chrétiens, devons tout faire pour nous stimuler dans la charité, « dans le service et les œuvres bonnes » (He 10,24).
Croître dans la foi et, dans le même temps, croître dans la charité. Y arriverons-nous par nos propres moyens? Nous savons bien que non. Mais ce que nous pouvons faire, c’est, humblement et avec courage, nous tourner vers le Seigneur : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (rite de l’imposition des cendres).
Pour nous aider à avancer, l’Église met sur notre chemin au cours du carême de grands témoins de foi : Saint Joseph, « serviteur fidèle et prudent » (fêté le 19 mars), à qui est confié « la garde des mystères du salut » ; la Vierge Marie, qui, « à l’ombre de l’Esprit Saint, accueille le Christ dans la foi et qu’elle porte avec tendresse dans sa chair » (Annonciation le 25 mars). La route est ouverte et balisée : nous pouvons nous y engager en toute confiance et surtout sans tarder, car « c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut ! »

Réflexion pour entrer en carême : faire pénitence (*)
(avec Mgr Jacques Perrier, ancien évêque de Lourdes)
A la Salette, la Vierge Marie nous invite à la conversion et à la pénitence. A Lourdes, lors de sa huitième apparition à Bernadette, Marie a répété trois fois le mot « pénitence ». Un mot répété trois fois, c’est rare. Il faut vraiment que la chose soit d’importance. Mais que veut-il dire, d’ailleurs, ce mot ? En Français, on peut utiliser deux mots qui sonnent assez différemment : pénitence et conversion. Conversion paraît beaucoup plus positif que pénitence. L’histoire de l’Eglise est jalonnée d’innombrables « convertis », depuis saint Paul sur le chemin de Damas jusqu’aux adultes baptisés de nos jours. Le danger serait que, étant chrétiens, nous pensions n’avoir pas besoin de conversion. Evidemment, nous n’allons pas passer notre vie à prendre chaque jour un virage à 180 degrés. Mais, comme un bateau dans sa traversée a, sans cesse, besoin de corriger sa trajectoire, de même nous devons chaque jour nous replacer dans le sillage du Christ. Se convertir, c’est prendre plus au sérieux les appels du Christ, pour aller plus loin. Nous constatons combien nous nous sommes écartés du chemin de l’Evangile, parfois nous en sommes complètement sortis ou bien nous nous sommes arrêtés. Repartir ne se fera pas sans peine. Reconnaître ses péchés, pleurer sur ses péchés est déjà une grâce. Il faut demander le don des larmes.
Marie, l’Immaculée Conception, est indemne de tout péché. C’est pour cela qu’elle en voit l’horreur, bien mieux que nous. Comme elle est notre mère, elle n’est pas là pour nous accuser. Elle est le « refuge des pécheurs ». Unie à son Fils, elle porte la croix de nos péchés. Elle est Notre-Dame des Douleurs, fêtée le lendemain de la Croix glorieuse.
Chaque site d’apparition mariale a ses caractères propres. La Salette et Lourdes ne se ressemblent pas. Mais un trait réunit tous ces sanctuaires, c’est l’appel à la pénitence. La pénitence peut prendre de multiples visages. Sa forme la plus haute est le sacrement de pénitence, largement célébré dans les sanctuaires marials et demandé par l’Eglise dans le temps du Carême.
Prière : O Marie, Toi, la disciple parfaite de ton Fils : Aide-moi à voir mon péché, donne-moi de pleurer sur tout le mal dont je suis coupable. Réveille ma foi, ranime mon espérance, ravive ma charité. Tu es le refuge des pécheurs. Parce que tu connais l’infinie miséricorde de ton Fils, sois pour nous une mère énergique et attentive. Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen !
(*) Le premier sens du mot « pénitence » signifie : « regret d’avoir offensé Dieu, accompagné de la ferme intention de ne plus recommencer ». Dans un deuxième sens, on peut l’entendre comme « le travail, les efforts que nous avons à faire sur nous-mêmes pour ne plus retomber dans nos péchés ». La notion de mortification, de « réparation » des péchés que l’on attribue souvent à ce mot n’est sans doute pas la plus adéquate, car dans sa grande miséricorde, si nous reconnaissons humblement notre péché, Dieu nous a déjà pardonné. « Va et ne pèche plus », a dit simplement Jésus à la femme adultère !

LE CARÊME NOUS MÈNE AU DÉSERT …

17 février, 2015

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/738.html

LE CARÊME NOUS MÈNE AU DÉSERT …

Le Carême, quarante jours qui nous mènent au désert pour que nous passions à la vie nouvelle…

La liturgie propose de relire le récit de la Tentation de Jésus (selon Lc 4, 1-13), de la Transfiguration du Seigneur (selon Lc 9, 28-36), le rappel du Christ à l’urgence de la conversion (Lc 13, 1-9) et [_REF:233]la parabole du fils retrouvé (Lc 15, 1-32). Mais il est bien d’autres textes qui peuvent enrichir notre lecture du « désert »…

Le désert : abri pour l’élu de Dieu Le désert semble, par sa désolation et son manque d’eau, une terre qui n’est pas faite pour les hommes. Pourtant, le Premier Testament rappelle que le désert fut lieu de refuge, protection contre les ennemis. Ouvrez votre Bible et allez relire :
- comment David fuit la haine de Saül au désert de Zif : 1 S 23
- comment Élie fuit la colère de Jézabel : 1 R 19
- comment le psalmiste rêve d’un abri au désert : Ps 55, 6-9
- comment la femme échappe au dragon en s’envolant au désert : [_REF:240]Ap 12, 13-14

Le désert : chemin pour l’accueil des dons de Dieu
C’est YHWH (Le Seigneur) qui choisit le chemin du désert pour mener et guider son peuple vers la Terre promise (Ex 13, 17). C’est YHWH qui, au désert, se révéla et donna aux fils d’Israël ce qu’il leur fallait pour « marcher avec Dieu ».
Ouvrez votre Bible et allez relire :
- la rencontre de YHWH et Moïse au désert, à l’Horeb : Ex 3
- le don de l’eau et de la manne : Ex 15, 22 – 16
- le don de la Loi de l’Alliance et naissance du peuple de Dieu : Ex 20

Le désert : lieu révélateur du péché et du cœur de l’homme

Durant les 40 ans au désert, le peuple pécha en maintes circonstances, mais, maintes fois aussi le Seigneur l’enseigna sur ce qu’Il attendait de lui, sur ce que c’était que de « garder l’Alliance ». Ouvrez votre Bible et allez relire :
- murmures et lamentations : Ex 16 et Nb 11
- refus d’avancer : Nb 14, 1-9
- contestation du rôle de Moïse et d’Aaron : Nb 16
- bouc emportant les péchés au désert le jour du grand Pardon : Lv 16

Le désert : lieu de conversion et des retrouvailles avec Dieu
C’est au désert que l’homme peut reconnaître qui est son Dieu, se souvenir de tout ce qu’Il a fait pour lui et revenir à Lui dans l’espérance… Ouvrez votre Bible et allez relire :
- reconnaître le salut : Nb 21, 4-9; Dt 1, 31
- reconnaître que Dieu fait vivre : Dt 8, 2; Dt 29, 4; Dt 32, 10
- renouer un amour fidèle : [_REF:221]Os 2, 16-25
- avoir foi dans le Dieu qui sauve : Is 35, 1-7 ; Is 40, 3-5 ; Is 43, 19-20

C’est dans le « désert de Judée » que retentira l’appel à la conversion de Jean le Baptiste (Mt 3, 1-12, Lc 3, 1-20, Mc 1, 2-8). C’est dans le « désert » que Jésus repoussera le diable après avoir jeûné pendant 40 jours et 40 nuits (Mt 4, 1-11 ou Lc 4, 1-13) : il se révèlera, ainsi, comme le Fils obéissant en tout à la volonté du Père. Jésus est donc, aussi, à sa façon, passé par le désert pour nous ouvrir le Royaume, car Dieu n’a pas demandé à son peuple de vivre au désert, mais de traverser le désert pour vivre le Royaume.

Catherine Bizot, Service biblique catholique Évangile et Vie 

ENSEIGNEMENT SUR LE SENS DE LA PASSION DU CHRIST – MEDITATION SUR SA MORT

12 avril, 2014

http://www.enviedevivre.net/suggestions/pourquoijesusestmort.php

ENSEIGNEMENT SUR LE SENS DE LA PASSION DU CHRIST – MEDITATION SUR SA MORT

Bible : pourquoi la Passion du Christ ? Quel message comprendre ? Dans des homélies, prédications ou autres formes d’enseignement sur la Passion, vous trouverez de nombreuses explications comme : « Jésus a souffert pour nos péchés », « Jésus est mort pour nous, pour moi » … Mais si vous voulez vraiment comprendre la raison, la cause de la mort de Jésus, il faut lire attentivement le récit de la Passion, le méditer, ressentir ce que Jésus a pu subir ce jour-là. Avant de vous lancer dans cette étude de la Bible, je vous propose quelques pistes.
Jésus n’est pas mort par hasard
La première chose importante à comprendre, c’est que le sacrifice du Christ sur la croix n’est pas un accident, un évènement imprévu. Non seulement Jésus annonce sa mort plusieurs fois dans les évangiles mais l’ancien testament y fait souvent allusion. Dieu a prévu dès la création qu’il serait obligé de donner la vie de son fils. Pourquoi ?

Du supplice d’Isaac à la croix de Jésus
Dès l’ancien testament, Dieu utilise très tôt pour sa relation avec l’homme le mot « alliance », dès Noé. Etrange terme pour une relation Dieu-créature !! Car une alliance, ce n’est pas un asservissement d’un faible à un fort, mais une union entre entité de même rang (pays, personnes dans le mariage …). Mais une alliance ne dure pas si elle basée sur l’intérêt pour au moins l’un des deux. On ne le sait que trop au niveau politique. Les premières relations décrites entre Dieu et les hommes (Adam, Noé) n’ont pas échappé à la règle.
Alors Dieu va proposer à Abraham une alliance étrange : Il va lui demander de prouver un amour plus fort, en offrant ce qu’un homme peut chérir plus que lui-même : son enfant. Etrange texte de la Bible où Abraham accepte de sacrifier son fils unique, né de façon miraculeuse, en l’attachant en haut d’une montagne, sur du bois, bois que son fils a lui même porté sur ses épaules jusqu’au lieu du supplice. Et ce n’est que le troisième jour qu’Abraham sut que son fils vivrait. La similitude avec la Passion du Christ est trop forte pour être fortuite. Dieu annonce en fait que son Alliance avec les hommes va se faire par une preuve d’amour extraordinaire, ce qu’il a demandé à l’homme, sans lui imposer jusqu’au bout, c’est Lui qui va le réaliser : offrir son fils. Extraordinaire cohérence du message biblique qui commence et finit par deux évènements parfaitement symétriques !!
Ressentir l’intensité de la Passion du Christ : Comprendre l’amour de Dieu
Jésus ne va pas seulement donner sa vie, mais il va accepter de subir toutes les souffrances physiques ou morales dont les hommes peuvent être frappés : angoisse insoutenable devant l’inévitable, trahi par un ami, arrêté de nuit comme un brigand, abandonné par tous ses apôtres, renié par son plus fidèle ami, torturé, sujet de railleries, traité comme un fou avec sa couronne d’épines, injures lors de son supplice, haine de la foule, indifférence de tous ceux qu’il avait guéri, mise à mort de la façon la plus épouvantable de l’époque ( « la plus cruelle et hideuse des tortures » d’après Cicéron, à tel point que les romains la supprimèrent plus tard) … Mais le plus dur fût sans doute ce sentiment, un moment, d’avoir été abandonné même par son père « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». Faut-il que Dieu aime l’homme pour avoir accepté autant !!
Pourquoi la mort du Christ pour faire comprendre son amour ?
Que pouvait nous offrir le Christ pour nous faire comprendre son amour ? Des miracles ? Il en a fait beaucoup, mais combien ont vraiment compris cet amour, combien sont restés auprès de Lui au moment de sa Passion? Quatre dont sa mère !!! Le problème de Dieu, c’est sa toute puissance. Quoi qu’il nous offre, cela ne lui coute rien, aucun effort. Aime-t-on un milliardaire qui nous offre 1.000 euros ? Non, car ce n’est rien pour lui, cela ne le prive de rien. La seule chose qui coutait à Jésus, c’est le don de Lui, accepter de souffrir, de mourir pour nous.

Méditation sur les demandes et les dons de Dieu
Méditez sur ces deux textes (Abraham et Passion), ce que demande Dieu à Abraham, est-ce comparable à ce que Lui va offrir ? Dieu commence à demander la vie d’Isaac, mais sans le faire souffrir, sans qu’Isaac lui même est conscience de ce sacrifice. Et cette demande n’est que symbolique. Mais quand Jésus va s’offrir, Lui, il va devoir supporter toute une série de souffrance, d’épreuves, dont la conscience de ce qui va arriver. Et ce sacrifice va être réel.
Cela ne ressemnle-t-il pas aux autres dons de Dieu : par exemple dans la multiplication des pains et poissons, Jésus ne demande-t-il pas une participation presque symbolique aux hommes, 5 pains et 2 poissons pour donner à profusion ?

SENS ET SIGNIFICATION DES RAMEAUX:

11 avril, 2014

http://www.leffortcamerounais.info/2010/04/sens-et-signification-des-rameauxles-rameaux-b%C3%A9nis-serventils-%C3%A0-chasser-les-mauvais-esprits-dans-nos.html

SENS ET SIGNIFICATION DES RAMEAUX:

Les Rameaux bénis servent-ils à chasser les mauvais esprits dans nos maisons ?

Abbé Isidore Eleuthère Tadjuidje, Curé de la Paroisse Saint Jean Marie Vianney de Fokoué

Le dimanche des Rameaux, on commémore à la fois deux événements : d’une part, l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem où il fut acclamé par une foule agitant des palmes d’une part, et d’autre part, la Passion du Christ et sa mort sur la croix.

Le sixième dimanche de Carême est celui des Rameaux, qui commence la Semaine Sainte. Il commémore l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, quelques jours avant sa passion et sa mort sur la Croix. L’assemblée se réunit en quelque lieu hors de l’église, où le célébrant bénit les rameaux (palmes, buis ou laurier selon les régions), et d’où part une procession vers l’église, pour la messe au cours de laquelle on lit un des Évangiles de la Passion. La procession représente par des gestes, ce que l’Eucharistie réalise : l’entrée du Seigneur dans la nouvelle Jérusalem que constitue notre assemblée ; la bénédiction des rameaux ne fait qu’expliciter nos sentiments de dépouillement spirituel, contenus et exprimés avec une autre efficacité dans le sacrifice eucharistique.

Signification du
Dimanche de Rameaux
Beaucoup de chrétiens peu pratiquants viennent à la cérémonie des Rameaux principalement pour avoir leurs rameaux bénis qui chasseront les mauvais esprits et les influences diaboliques de leur demeure. Ce comportement relève souvent de la superstition. Ce n’est pas le sens de la fête des Rameaux. La vraie signification des rameaux, c’est la participation à la fête des Rameaux, c’est pour ces participants, l’occasion de commémorer en effet à la fois deux évènements qui semblent bien contrastés : « l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem d’une part, et d’autre part sa passion et sa mort sur la croix ». En y participant, nous aurons conscience d’entrer dans la grande semaine qui est tendue vers la résurrection du Seigneur.

Que nous dit l’Évangile sur l’entrée de Jésus à Jérusalem ?
Le dimanche des Rameaux rappelle l’entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem (Jean 12, 12 – 15). L’Évangile (Mt 21,1 – 9, Mc 11,1 – 10, Lc 19, 28 – 40) raconte qu’à proximité de la fête de la Pâque juive, Jésus décide de faire une entrée solennelle à Jérusalem. Jésus organise son entrée en envoyant deux disciples chercher un ânon. Il entre à Jérusalem sur une monture pour se manifester publiquement comme le Messie que les Juifs attendaient. En effet, les rois de Judée, descendants de David, pour être couronnés, entraient solennellement dans Jérusalem leur capitale, sur un ânon qui était la monture habituelle en Palestine. Et les Juifs savaient que le Messie Sauveur viendrait de la même manière dans sa ville, la débarrasser des pécheurs et se faire proclamer roi. Le Christ va réaliser cette espérance de son peuple quand la foule l’acclame sans savoir qu’elle lui ouvrait ainsi la route vers la croix, ce trône d’où Il trônera. Pour Lui, c’était d’ailleurs une monture modeste comme l’avait annoncé le prophète, pour montrer le caractère humble et pacifique de son règne, « Dites à la fille de Sion : voici que ton roi vient à toi ; humble, il est monté sur une ânesse et un ânon, petit d’une bête de somme »
Une foule nombreuse venue à Jérusalem pour la fête l’accueille en déposant des vêtements sur son chemin, et en agitant des branches coupées aux arbres. Elle l’acclame en criant « Hosanna au fils de David » et Jésus se laisse acclamer comme le Messie. On dit : Hosanna ! C’est une imploration : “ Oh, sauve-nous ! Sauve-nous, je t’en prie ! De grâce, sauve-nous ! De grâce, libère-nous ! » Les vêtements étendus sur le chemin représentent un signe de reconnaissance envers un homme choisi comme roi. Ainsi, dans le second livre des Rois (IX, 12), un prophète consacre Jésus comme roi d’Israël ; il dit : « Ainsi parle Yahvé : par cette onction, je te sacre roi d’Israël. » Aussitôt, tous prirent leurs vêtements et les étendirent sous ses pieds, en haut des marches. Ils sonnèrent du cor et crièrent : « Jésus est roi ! »
Cette semaine est une semaine spéciale et nous n’avons pas le droit de la passer comme les autres semaines de l’année. Au milieu de nos travaux, malgré nos soucis, mêlés à la foule des hommes, nous suivrons le Christ vers le Calvaire. Et nous nous préparons, par les sacrements, à vivre avec toute l’Eglise, la Grande fête de Pâques !

BENOÎT XVI: CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR

7 avril, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110417_palm-sunday_fr.html

CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Place Saint-Pierre
XXVIe Journée Mondiale de la Jeunesse
Dimanche 17 avril 2011

Chers frères et sœurs,
Chers jeunes!

Chaque année, le dimanche des Rameaux, nous sommes à nouveau émus de gravir avec Jésus le mont vers le sanctuaire, et de l’accompagner tout au long de ce chemin vers le haut. En ce jour, sur toute la face de la terre et à travers tous les siècles, jeunes et personnes de tout âge l’acclament en criant: «Hosanna au fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!»
Mais que faisons-nous vraiment lorsque nous nous insérons dans une telle procession – parmi la foule de ceux qui montaient avec Jésus à Jérusalem et l’acclamaient comme roi d’Israël? Est-ce quelque chose de plus qu’une cérémonie, qu’une belle coutume? Cela a-t-il quelque chose à voir avec la véritable réalité de notre vie, de notre monde? Pour trouver la réponse, nous devons avant tout clarifier ce que Jésus lui-même a, en réalité, voulu et fait. Après la profession de foi, que Pierre avait faite à Césarée de Philippe, à l’extrême nord de la Terre Sainte, Jésus s’était mis en route, en pèlerin, vers Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Il est en chemin vers le Temple dans la Cité Sainte, vers ce lieu qui, pour Israël, garantissait de façon particulière la proximité de Dieu à l’égard de son peuple. Il est en chemin vers la fête commune de la Pâque, mémorial de la libération d’Égypte et signe de l’espérance dans la libération définitive. Il sait qu’une nouvelle Pâque l’attend et qu’il prendra lui-même la place des agneaux immolés, s’offrant lui-même sur la Croix. Il sait que, dans les dons mystérieux du pain et du vin, il se donnera pour toujours aux siens, il leur ouvrira la porte vers une nouvelle voie de libération, vers la communion avec le Dieu vivant. Il est en chemin vers la hauteur de la Croix, vers le moment de l’amour qui se donne. Le terme ultime de son pèlerinage est la hauteur de Dieu lui-même, à laquelle il veut élever l’être humain.
Notre procession d’aujourd’hui veut donc être l’image de quelque chose de plus profond, l’image du fait qu’avec Jésus, nous nous mettons en route pour le pèlerinage: par la voie haute vers le Dieu vivant. C’est de cette montée dont il s’agit. C’est le chemin auquel Jésus nous invite. Mais comment pouvons-nous maintenir l’allure dans cette montée? Ne dépasse-t-elle pas nos forces? Oui, elle est au-dessus de nos propres possibilités. Depuis toujours, les hommes ont été remplis – et aujourd’hui ils le sont plus que jamais – du désir d’ »être comme Dieu », d’atteindre eux-mêmes la hauteur de Dieu. Dans toutes les inventions de l’esprit humain, on cherche, en fin de compte, à obtenir des ailes pour pouvoir s’élever à la hauteur de l’Être, pour devenir indépendants, totalement libres, comme Dieu l’est. Nombreuses sont les choses que l’humanité a pu réaliser: nous sommes capables de voler. Nous pouvons nous voir, nous écouter et nous parler d’un bout à l’autre du monde. Toutefois, la force de gravité qui nous tire vers le bas est puissante. Avec nos capacités, ce n’est pas seulement le bien qui a grandi. Les possibilités du mal ont aussi augmenté et se présentent comme des tempêtes menaçantes au dessus de l’histoire. Nos limites aussi sont restées: il suffit de penser aux catastrophes qui, ces derniers mois, ont affligé et continuent d’affliger l’humanité.
Les Pères ont dit que l’homme se tient au point d’intersection entre deux champs de gravitation. Il y a d’abord la force de gravité qui tire vers le bas – vers l’égoïsme, vers le mensonge et vers le mal; la gravité qui nous abaisse et nous éloigne de la hauteur de Dieu. D’autre part, il y a la force de gravité de l’amour de Dieu: le fait d’être aimé de Dieu et la réponse de notre amour nous attirent vers le haut. L’homme se trouve au milieu de cette double force de gravité et tout dépend de sa fuite du champ de gravitation du mal pour devenir libre de se laisser totalement attirer par la force de gravité de Dieu, qui nous rend vrais, nous élève, nous donne la vraie liberté.
Après la Liturgie de la Parole, au début de la Prière eucharistique durant laquelle le Seigneur vient au milieu de nous, l’Eglise nous adresse l’invitation: « Sursum corda – Élevons notre cœur! » Selon la conception biblique et la façon de voir des Pères, le cœur est le centre de l’homme où s’unissent l’intellect, la volonté et le sentiment, le corps et l’âme. Ce centre, où l’esprit devient corps et le corps devient esprit; où volonté, sentiment et intellect s’unissent dans la connaissance de Dieu et dans l’amour pour lui. Ce « cœur » doit être élevé. Mais encore une fois: tout seuls, nous sommes trop faibles pour élever notre cœur jusqu’à la hauteur de Dieu. Nous n’en sommes pas capables. Justement l’orgueil de pouvoir le faire tout seuls nous tire vers le bas et nous éloigne de Dieu. Dieu lui-même doit nous tirer vers le haut, et c’est ce que le Christ a commencé sur la Croix. Il est descendu jusqu’à l’extrême bassesse de l’existence humaine, pour nous tirer en haut vers lui, vers le Dieu vivant. Il est devenu humble, nous dit la deuxième Lecture d’aujourd’hui. Ainsi seulement notre orgueil pouvait être surmonté: l’humilité de Dieu est la forme extrême de son amour, et cet amour humble attire vers le haut.
Le Psaume de procession 24, que l’Église nous propose comme «cantique de montée» pour la Liturgie d’aujourd’hui, indique quelques éléments concrets, qui appartiennent à notre montée et sans lesquels nous ne pouvons être élevés vers le haut: les mains innocentes, le cœur pur, le refus du mensonge, la recherche du visage de Dieu. Les grandes conquêtes de la technique ne nous rendent libres et ne sont des éléments du progrès de l’humanité que si elles sont unies à ces attitudes – si nos mains deviennent innocentes et notre cœur pur, si nous sommes à la recherche de la vérité, à la recherche de Dieu lui-même, et si nous nous laissons toucher et interpeller par son amour. Tous ces éléments de la montée sont efficaces seulement si nous reconnaissons avec humilité que nous devons être attirés vers le haut; si nous abandonnons l’orgueil de vouloir nous-mêmes nous faire Dieu. Nous avons besoin de lui: il nous tire vers le haut, étant soutenus par ses mains – c’est-à-dire dans la foi – il nous donne la juste orientation et la force intérieure qui nous élève vers le haut. Nous avons besoin de l’humilité de la foi qui cherche le visage de Dieu et se confie à la vérité de son amour.
La question de savoir comment l’homme peut arriver en haut, devenir pleinement lui-même et vraiment semblable à Dieu, a depuis toujours occupé l’humanité. Elle a été discutée avec passion par les philosophes platoniciens du troisième et quatrième siècle. Leur question centrale était: comment trouver des moyens de purification, par lesquels l’homme puisse se libérer du lourd poids qui le tire vers le bas et s’élever à la hauteur de son être véritable, à la hauteur de la divinité. Pendant un certain temps, dans sa quête du droit chemin, saint Augustin a cherché un soutien dans ces philosophies. Mais à la fin il dut reconnaître que leur réponse n’était pas suffisante, qu’avec leurs méthodes, il ne serait pas vraiment parvenu à Dieu. Il dit à leurs représentants: Reconnaissez donc que la force de l’homme et de toutes ses purifications ne suffit pas pour le porter vraiment à la hauteur du divin, à la hauteur qui lui est appropriée. Et il dit qu’il aurait désespéré de lui-même et de l’existence humaine, s’il n’avait pas trouvé Celui qui fait ce que nous-mêmes nous ne pouvons faire; Celui qui nous élève à la hauteur de Dieu, malgré notre misère: Jésus Christ qui, de Dieu, est descendu vers nous, et dans son amour crucifié, nous prend par la main et nous conduit vers le haut.
Nous allons en pèlerinage avec le Seigneur vers le haut. Nous sommes à la recherche d’un cœur pur et de mains innocentes, nous sommes à la recherche de la vérité, nous cherchons le visage de Dieu. Nous manifestons au Seigneur notre désir de devenir justes et nous le prions: Attire-nous vers le haut! Rends-nous purs! Fais que soit valable pour nous la parole que nous chantons dans le Psaume de procession, c’est-à-dire que nous puissions appartenir à la génération qui cherche Dieu, «qui recherche ta face, Dieu de Jacob» (Ps 24, 6). Amen.

 

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