Benot XVI : Saint Cyrille d’Alexandrie (mf 27 Juin)

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BENOT XVI

AUDIENCE GNRALE

Mercredi 3 octobre 2007

Saint Cyrille d’Alexandrie

Chers frres et surs!

Poursuivant notre itinraire sur les traces des Pres de l’Eglise, nous rencontrons une grande figure: saint Cyrille d’Alexandrie. Li la controverse christologique qui conduisit au Concile d’Ephse de 431 et dernier reprsentant important de la tradition alexandrine, dans l’Orient grec, Cyrille fut plus tard dfini le « gardien de l’exactitude » – qu’il faut comprendre comme gardien de la vraie foi – et mme « sceau des Pres ». Ces antiques expressions expriment un fait qui est caractristique de Cyrille, c’est--dire la rfrence constante de l’Evque d’Alexandrie aux auteurs ecclsiastiques prcdents (parmi ceux-ci, Athanase en particulier), dans le but de montrer la continuit de sa thologie avec la tradition. Il s’insre volontairement, explicitement dans la tradition de l’Eglise, dans laquelle il reconnat la garantie de la continuit avec les Aptres et avec le Christ lui-mme. Vnr comme saint aussi bien en Orient qu’en Occident, saint Cyrille fut proclam docteur de l’Eglise en 1882 par le Pape Lon XIII, qui, dans le mme temps, attribua ce titre galement un autre reprsentant important de la patristique grecque, saint Cyrille de Jrusalem. Ainsi, se rvlaient l’attention et l’amour pour les traditions chrtiennes orientales de ce Pape, qui voulut ensuite proclamer saint Jean Damascne Docteur de l’Eglise, montrant ainsi que tant la tradition orientale qu’occidentale exprime la doctrine de l’unique Eglise du Christ.
On sait trs peu de choses sur la vie de Cyrille avant son lection sur l’important sige d’Alexandrie. Neveu de Thophile, qui en tant qu’Evque, dirigea d’une main ferme et avec prestige le diocse alexandrin partir de 385, Cyrille naquit probablement dans la mme mtropole gyptienne entre 370 et 380. Il fut trs tt dirig vers la vie ecclsiastique et reut une bonne ducation, tant culturelle que thologique. En 403, il se trouvait Constantinople la suite de son puissant oncle et il participa dans cette mme ville au Synode appel du « Chne », qui dposa l’Evque de la ville, Jean (appel plus tard Chrysostome), marquant ainsi le triomphe du sige alexandrin sur celui, traditionnellement rival, de Constantinople, o rsidait l’empereur. A la mort de son oncle Thophile, Cyrille encore jeune fut lu Evque de l’influente Eglise d’Alexandrie en 412, qu’il gouverna avec une grande nergie pendant trente-deux ans, visant toujours en affirmer le primat dans tout l’Orient, galement fort des liens traditionnels avec Rome.
Deux ou trois ans plus tard, en 417 ou 418, l’Evque d’Alexandrie se montra raliste en recomposant la rupture de la communion avec Constantinople, qui durait dsormais depuis 406, suite la dposition de Jean Chrysostome. Mais l’ancienne opposition avec le sige de Constantinople se ralluma une dizaine d’annes plus tard, lorsqu’en 428, Nestor y fut lu, un moine svre et faisant autorit, de formation antiochienne. En effet, le nouvel Evque de Constantinople suscita trs vite des oppositions, car dans sa prdication, il prfrait pour Marie le titre de « Mre du Christ » (Christotkos), celui – dj trs cher la dvotion populaire – de « Mre de Dieu » (Theotkos). Le motif de ce choix de l’Evque Nestor tait son adhsion la christologie de type antiochien qui, pour prserver l’importance de l’humanit du Christ, finissait par en affirmer la division de la divinit. Et ainsi, l’union entre Dieu et l’homme dans le Christ n’tait plus vritable, et, naturellement, on ne pouvait plus parler de « Mre de Dieu ».
La raction de Cyrille – alors le plus grand reprsentant de la christologie alexandrine, qui entendait en revanche profondment souligner l’unit de la personne du Christ – fut presque immdiate, et se manifesta par tous les moyens dj partir de 429, s’adressant galement dans quelques lettres Nestor lui-mme. Dans la deuxime (PG 77, 44-49) que Cyrille lui adressa, en fvrier 430, nous lisons une claire affirmation du devoir des Pasteurs de prserver la foi du Peuple de Dieu. Tel tait son critre, par ailleurs encore valable aujourd’hui: la foi du Peuple de Dieu est l’expression de la tradition, elle est la garantie de la saine doctrine. Il crit ainsi Nestor: « Il faut exposer au peuple l’enseignement et l’interprtation de la foi de la manire la plus irrprhensible, et rappeler que celui qui scandalise ne serait-ce qu’un seul des petits qui croient dans le Christ subira un chtiment intolrable ».
Dans cette mme lettre Nestor – une lettre qui plus tard, en 451, devait tre approuve par le Concile de Chalcdoine, le quatrime Concile oecumnique – Cyrille dcrit avec clart sa foi christologique: « Nous affirmons ainsi que les natures qui se sont unies dans une vritable unit sont diffrentes, mais de toutes les deux n’a rsult qu’un seul Christ et Fils; non parce qu’en raison de l’unit ait t limine la diffrence des natures, mais plutt parce que divinit et humanit, runies en une union indicible et innarrable, ont produit pour nous le seul Seigneur et Christ et Fils ». Et cela est important: rellement, la vritable humanit et la vritable divinit s’unissent en une seule Personne, Notre Seigneur Jsus Christ. C’est pourquoi, poursuit l’Evque d’Alexandrie, « nous professerons un seul Christ et Seigneur, non dans le sens o nous adorons l’homme avec le Logos, pour ne pas insinuer l’ide de la sparation lorsque nous disons « avec », mais dans le sens o nous adorons un seul et le mme, car son corps n’est pas tranger au Logos, avec lequel il s’assied galement aux cts de son Pre, non comme si deux fils s’asseyaient ct de lui, mais bien un seul uni avec sa propre chair ».
Trs vite, l’Evque d’Alexandrie, grce de sages alliances, obtint que Nestor soit condamn plusieurs reprises: par le sige romain, puis par une srie de douze anathmes qu’il composa lui-mme et, enfin, par le Concile qui se tint Ephse en 431, le troisime concile cumnique. L’assemble, qui connut des pisodes tumultueux et une alternance de moments favorables et de moments difficiles, se conclut par le premier grand triomphe de la dvotion Marie et avec l’exil de l’Evque de Constantinople, qui ne voulait pas reconnatre la Vierge le titre de « Mre de Dieu », cause d’une christologie errone, qui suscitait des divisions dans le Christ lui-mme. Aprs avoir ainsi prvalu sur son rival et sur sa doctrine, Cyrille sut cependant parvenir, ds 433, une formule thologique de compromis et de rconciliation avec les Antiochiens. Et cela aussi est significatif: d’une part, il y a la clart de la doctrine de la foi, mais de l’autre, galement la recherche intense de l’unit et de la rconciliation. Au cours des annes suivantes, il se consacra de toutes les faons possibles dfendre et claircir sa position thologique jusqu’ sa mort, qui eut lieu le 27 juin 444.
Les crits de Cyrille – vraiment trs nombreux et largement publis galement dans diverses traductions latines et orientales dj de son vivant, tmoignant de leur succs immdiat – sont d’une importance primordiale pour l’histoire du christianisme. Ses commentaires de nombreux livres vtro-testamentaires et du Nouveau Testament, parmi lesquels tout le Pentateuque, Isae, les Psaumes et les Evangiles de Jean et de Luc, sont importants. Ses nombreuses uvres doctrinales sont galement notables; dans celles-ci revient la dfense de la foi trinitaire contre les thses ariennes et contre celles de Nestor. La base de l’enseignement de Cyrille est la tradition ecclsiastique, et en particulier, comme je l’ai mentionn, les crits d’Athanase, son grand prdcesseur sur le sige alexandrin. Parmi les autres crits de Cyrille, il faut enfin rappeler les livres Contre Julien, dernire grande rponse aux polmiques antichrtiennes, dicte par l’Evque d’Alexandrie probablement au cours des dernires annes de sa vie, pour rpondre l’uvre Contre les Galilens, crite de nombreuses annes auparavant, en 363, par l’empereur qui fut qualifi d’Apostat pour avoir abandonn le christianisme dans lequel il avait t duqu.
La foi chrtienne est tout d’abord une rencontre avec Jsus, « une Personne qui donne la vie un nouvel horizon » (Enc. Deus caritas est, n. 1). Saint Cyrille d’Alexandrie a t un tmoin inlassable et ferme de Jsus Christ, Verbe de Dieu incarn, soulignant en particulier son unit, comme il le rpte en 433 dans la premire lettre (PG 77, 228-237) l’Evque Succenso: « Un seul est le Fils, un seul le Seigneur Jsus Christ, que ce soit avant l’incarnation ou aprs l’incarnation. En effet, le Logos n de Dieu le Pre n’tait pas un fils, et celui n de la Sainte Vierge un autre fils; mais nous croyons que prcisment Celui qui existe depuis toute ternit est n galement selon la chair d’une femme ». Cette affirmation, au-del de sa signification doctrinale, montre que la foi en Jsus Logos n du Pre est galement bien enracine dans l’histoire, car, comme l’affirme saint Cyrille, ce mme Jsus est venu dans le temps avec la naissance de Marie, la Theotkos, et il sera, selon sa promesse, toujours avec nous. Et cela est important: Dieu est ternel, il est n d’une femme, et il reste avec nous chaque jour. Nous vivons dans cette certitude, en elle nous trouvons le chemin de notre vie.

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