UN CONTE DE NOËL, PAR MGR FOLLO

http://www.zenit.org/article-29774?l=french

UN CONTE DE NOËL, PAR MGR FOLLO

Naissance d’une vocation
ROME, mardi 20 décembre 2011 (ZENIT.org) – L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, Mgr Francesco Follo, qui vient de publier « La mission du Saint-Siège à l’Unesco : La paix en question” (Editions Parole et Silence, 2011) a accepté de raconter aux lecteurs de Zenit un souvenir – un conte – de Noël et d’évoquer sa vocation sacerdotale et son ministère peu commun.

Zenit – Mgr Follo, avez-vous un souvenir de jeunesse, pour nous aider à célébrer Noël ?
Mgr Francesco Follo – Je me souviens d’un noël particulier de ma jeunesse: j’étais à Lourdes, où j’ai entendu un chant qui parlait de la visite des Rois Mages à Jésus. La chanson disait notamment que les trois Sages étaient arrivés à la grotte avec amour dons l’or, l’encens et la myrrhe, et qu’ils étaient accompagnés de beaucoup de serviteurs dont un clown. Cet homme, petit et vête du façon cocasse n’avait pas été considéré digne d’être présenté à la Sainte Faille. Il était donc resté derrière et il y avait un mur de personnes entre lui et l’Enfant Jésus. Comme il était petit de faille, il ne voyait rien et alors il faisait des bonds pour pouvoir voir Jésus. Son agitation faisait sonner les clochettes accrochées à son costume de bouffon. En entendant ce son, qui risquait de réveiller le nouveau-né, la Vierge a demandé qui en était responsable. Le mur de gens s’ouvrit et quelqu’un désigna le clown comme le responsable du tapage. La Mère du Sauveur lui sourit et, une fois reçus les cadeaux des Rois Mages, elle demanda à ce pauvre homme quel cadeau il avait apporté à Jésus. Le clown avait les mains vides, mais il répondit assez vite : « J’apporte ma capacité à m’émerveiller ».
Alors, je cherche à vivre le Saint Noël en cultivant l’émerveillement, en cherchant à m’émerveiller, avec gratitude parce que Dieu nous/m’aime, au point de descendre au milieu de nous. Je cherche aussi à me regarder comme lui me regarde, dans la lumière de sa sainteté, et dans l’amour de son cœur qui se donne à nous. Et c’est avec ce regard dans les yeux et dans le cœur, que je cherche à regarder les autres qui sont, avec moi, devant la crèche.

Mais où fêter Noël ?
Si le « comment » c’est l’émerveillement reconnaissant pour un Dieu qui se fait petit enfant, le « lieu », c’est la maison : celle de la famille, celle de Dieu. Si l’on ne vit pas en communion avec les autres, à commencer par ceux de notre famille, ce n’est pas une vie « commune », il n’y a pas de vraie vie communautaire sinon dans la louange de Dieu qui nous fait contempler la crèche.

Pourquoi vous êtes devenu prêtre ?
Avant tout je ne vous dirai pas pourquoi je suis devenu prêtre, mais pour « Qui » je l’ai fait. Ce « Qui » est le Christ. Il m’a toujours fasciné, je l’ai toujours estimé et, après, de plus en plus aimé et perçu comme mon ami.

Comment le Christ vous a-t-il attiré, appelé ?
A travers des personnes, par la douce et sainte figure du curé de ma paroisse, quand j’était petit, par l’amour, l’exemple et la sagesse de mes parents, dont la foi simple et solide (ils étaient l’un ouvrier et l’autre coiffeuse) m’a fait rencontrer le Christ dans le concret de la vie quotidienne et humble de la famille et du village. Mais je dois aussi ajouter le vicaire qui gérait le patronage, quand j’étais à l’école primaire. Son dévouement sacerdotal m’a fait apprécier la vie du prêtre. Enfin, mon père spirituel, qui est mort, mais qui a rendu ma vocation solide, en m’aidant à faire une expérience intelligente et amoureuse de l’Eglise comme communion. Ce prêtre m’a fait comprendre, entre autres, qu’il n’y a pas de vie vraie si elle n’est pas en communion avec les frères et sœurs en humanité, mais qu’il n’y a pas de vie en communion sinon dans la louange de Dieu. A partir de ce moment-là mon principal désir a été de remplir l’Eglise de fidèles. Et si vous me demandiez : « Quelle prière feriez-vous maintenant sans réfléchir une seule seconde ? », je vous répondrais immédiatement : « Que ton Règne vienne » et l’Eglise est le signe sacramentel de cette royauté de Dieu sur le monde. L’Eglise n’est pas contre le monde, ou en-dehors du monde. L’Eglise est cette partie du monde sauvée.

D’autres personnes vous ont aidé à enraciner votre vocation?
Certainement. L’une d’entre elles a été la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, qui m’appris à servir Dieu en le reconnaissant dans les pauvres, et qu’il faut, je cite, « une pauvreté angélique » pour voir Dieu dans le prochain. Depuis presque trente ans à Rome, auparavant, et maintenant à Paris, je « travaille » avec les Missionnaires de la Charité (nom officiel des Sœurs de Mère Teresa de Calcutta). Une autre personne m’a beaucoup aidé : c’est le bienheureux Jean-Paul II, que j’ai eu la chance de rencontrer grâce à mon « travail » à la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège. Il m’a appris comment être un « maître » et un guide vers la vérité pour les personnes confiées à mon ministère de prêtre : en étant un père fort, parce « homme de Dieu », et en priant, parce que la prière est l’âme de tout apostolat (dans un confessionnel ou dans un bureau). Et l’on travaille pour l’Eglise là où l’obéissance nous met.

Comment est-on prêtre … à l’UNESCO ?
L’UNESCO est une Agence spécialisée des Nations Unies pour l’éducation, les sciences (naturelles et humaines), la culture, la communication et l’information, dont l’objectif central est « de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, [la communication et l’information] la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples ». Le Saint-Siège y est présent parce qu’en raison de sa souveraineté spécifique, mais surtout, en raison du « lien organique et constitutif qui existe entre la religion en général et le christianisme en particulier, d’une part, et la culture, d’autre part » (Discours de Jean-Paul II à l’occasion de sa visite à l’UNESCO – 2 juin 1980), et « pour prendre part à la réflexion et à l’engagement » de l’UNESCO (Message de Benoît XVI pour le XXV anniversaire de la visite de Jean-Paul II à l’UNESCO – 2 juin 2005).
Donc, la présence d’un prêtre qui – avec un statut diplomatique – représente le « Vatican » dans cette enceinte étatique (193 Etats en sont membres) est voulue et considérée utile au dialogue avec le monde et pour apporter la contribution de l’Eglise à une Agence qui a été créée pour la paix, parce que, comme le dit le préambule de l’Acte Constitutif de l’UNESCO : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».
Dit autrement et en bref, le Saint-Siège est à l’UNESCO pour quatre motifs principaux. Primo pour faire entendre la voix de l’Église catholique dans les domaines de l’éducation, des sciences naturelles et sociales, de la culture et de la communication ; et d’autre part.
Secundo, pour être une interface entre les États membres de l’UNESCO et le Saint-Siège qui coordonne ces mêmes domaines dans l’ensemble des organisations internationales.
Tertio, pour participer au renforcement de la coopération internationale de l’UNESCO avec les membres de la « famille UNESCO » mais aussi des organismes de la société civile tels que les ONG.
Et enfin, pour contribuer à bâtir une civilisation de l’amour comme souvent le Pape Jean-Paul II a affirmé et Benoît XVI a très fortement réitéré dans son enseignement.
Personnellement, j’essaye de remplir ma tâche en étant un « maître » parce que je suis père, un heureux père dans l’Esprit pour le plus grand nombre possible de fils et filles.

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

XII JOURNÉE MONDIALE DU MALADE – HOMÉLIE DU CARDINAL JAVIER LOZANO BARRAGÁN

du site:

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/hlthwork/documents/rc_pc_hlthwork_doc_20040211_barragan-lourdes_fr.html
 
XII JOURNÉE MONDIALE DU MALADE

HOMÉLIE DU CARDINAL JAVIER LOZANO BARRAGÁN

Basilique Saint-Pie X, Lourdes

Mercredi, 11 février 2004

Les utopies représentent un danger:  bien qu’elles soient les signes de désirs ardents du coeur, elles restent dans le domaine de l’imagination et nous tiennent à l’écart de la réalité. Mais elles remplissent quand même un rôle de stimulateur pour progresser car, à leur manière, elles reflètent l’axe téléologique de chaque culture. Lorsque l’utopie la plus merveilleuse devient une surprenante réalité, cette « utopie » (« ou topoV ») devient « topie », (« topoV »), vie, réalité nue; elle constitue effectivement l’axe culturel authentique, seule à être digne de ce nom, vraie théologie culturelle universelle.
Cela se réalise avec la mort et la résurrection du Christ:  la culture est la vie, l’anticulture est la mort; l’unique finalité de la culture est la vie; lorsque la vie se heurte à la peur quotidienne de la mort, la véritable culture consistera à trouver l’antidote de la mort. L’homme de tous les temps et de tous les lieux a toujours cherché ce remède, mais, de nos jours, fatigué d’une recherche qui lui a semblé inutile, il se réfugie dans un scepticisme paralysant uni à l’épicurisme concomitant d’une globalisation économique prédominante, celui du « buvons et mangeons, car demain nous mourrons ». Enivré par le progrès technologique, il réagit fortement contre tout ce qui l’inviterait à lever son visage, à dépasser le quotidien et à regarder l’horizon authentique de la vie dans l’approfondissement historique du Dieu fait homme qui, à son profit, triomphe de la mort par sa résurrection. Si l’on accepte cet horizon, alors la culture trouve son vrai sens dans le mystère fécond de nouveautés insatiables, qui place la vertu d’espérance au centre moteur d’une histoire qui avance, selon un plan progressif, vers une nouveauté inattendue.
C’est bien dans ce contexte que nous avons songé à célébrer la douzième Journée mondiale du Malade à Lourdes, en partant du Dogme de l’Immaculée Conception dans son rapport avec la santé, inscrite dans les racines chrétiennes de l’Europe. C’est ainsi que nous envisageons de renouveler la Pastorale de la Santé dans le monde, et en particulier en Europe, grâce à la célébration du cent cinquantième anniversaire de la proclamation de ce dogme.
Dans son message pour cette Journée mondiale du Malade, que nous venons d’entendre, le Pape Jean-Paul II nous dit justement que « l’Immaculée Conception annonce la relation harmonieuse entre le « oui » de Dieu et le « oui » que Marie prononcera… Son « oui », au nom de l’humanité, ouvre à nouveau au monde les portes du Paradis, grâce à l’incarnation du Verbe de Dieu dans son sein, oeuvre de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 35). Le projet originel de la création est ainsi restauré et affermi dans le Christ et, dans ce projet, la Vierge Marie trouve, elle aussi, sa place. Là se trouve la clé de voûte de l’histoire; avec l’Immaculée Conception de Marie a commencé la grande oeuvre de la rédemption, qui s’est achevée dans le sang précieux du Christ. En lui, toute personne est appelée à se réaliser en plénitude jusqu’à la perfection de la sainteté (cf. Col 1, 28). L’Immaculée Conception est donc l’aube prometteuse du jour radieux du Christ qui, par sa mort et sa résurrection, rétablira l’harmonie complète entre Dieu et l’humanité. Si Jésus est la source de la vie qui triomphe de la mort, Marie est la mère attentive qui va au-devant des attentes de ses enfants, leur obtenant la santé de l’âme et du corps. Tel est le message que le sanctuaire de Lourdes propose constamment à ceux qui viennent prier et aux pèlerins. Tel est également le sens des guérisons corporelles et spirituelles que l’on constate à la grotte de Massabielle ». (Message du Saint-Père Jean-Paul II au Président du Conseil pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé à l’occasion de la Journée mondiale du Malade, nn. 2-3).
La culture chrétienne de l’Europe comporte, parmi ses éléments les plus importants, le désir de comprendre la nature de sa constitution intime et de la transformer pour sa propre utilité; l’aspiration à une vie en commun universelle, basée sur une organisation sociale objective exprimée par des lois appropriées; la reconnaissance et le respect de la création comme un don que Dieu a fait aux hommes; et comme élément clé et théologie unique valable dans toute l’histoire de l’humanité, l’Incarnation du Fils de Dieu et sa mort et résurrection salvifique auxquelles nous nous incorporons pour vaincre le mal et obtenir le salut.
Les deux derniers éléments radicaux se sont profondément inculturés dans les deux premiers, faisant de l’ensemble des quatre la racine profonde de la culture européenne. Mais, en même temps, nous constatons que ceux-ci sont contestés dans la modernité et particulièrement dans la post-modernité. On refuse en particulier le fait central, c’est-à-dire le Christ comme unique salut et comme téléologie décisive de l’histoire et de la culture.
Dans la négation de la transcendance chrétienne, on n’est pas étonné que la santé soit définie comme « un état de bien-être parfait, physique, mental et social, et non seulement comme l’absence de maladie »:  on tombe ainsi dans une pure utopie, étant donné que ce type de santé n’est qu’une illusion.
Dans son message jubilaire pour la Journée mondiale du Malade de l’An 2000, Jean-Paul II eut plutôt recours à une description différente de la santé:  il est d’accord sur le fait qu’elle ne consiste pas seulement en l’absence de maladie, mais il ne la définit pas comme un état de bien-être parfait, mais comme une tension vers une harmonie non seulement physique, morale, mentale et sociale, mais aussi psychique et spirituelle (Message jubilaire pour la Journée mondiale du Malade, novembre 2000, n. 20)
Quand, dans son message d’aujourd’hui, le Pape nous parle de la relation entre le « oui » de Dieu dans le projet originel qu’il formait pour l’homme et le « oui » que Marie prononça, au nom de toute l’humanité, pour devenir la Mère de Dieu, c’est alors que se réalise la plénitude de l’harmonie, troublée dans l’antiquité par le péché du premier homme, et que naît le second Adam, le véritable premier homme en totale harmonie avec Dieu, le Christ Seigneur; Fils de la seconde Eve, la vraie Mère des vivants, Marie, en pleine harmonie avec le Seigneur Dieu dès le premier moment de sa conception:  dès son Immaculée Conception.
Cette harmonie mariale devra être très douloureuse, elle signifiera la passion et la croix dans l’union au Christ:  c’est le glaive de douleur prophétisé par Siméon; ce sera une harmonie souffrante, c’est vrai, mais victorieuse dans la Résurrection et dans l’Ascension du Christ:   cette  victoire  signifiera l’Assomption de Marie.
L’Immaculée Conception a amené Marie jusqu’à la pleine harmonie et à la pleine santé dans l’Assomption à travers le chemin douloureux de la croix. En elle est tracé le modèle chrétien de la véritable santé qui était suspendue à la croix dans la personne de son Fils et qui a fleuri dans la Résurrection. Dès lors, la véritable tension vers l’unique harmonie possible est la croix joyeuse. C’est pour cela que nous pouvons dire que la santé n’est pas seulement l’absence de maladie, mais la croix joyeuse, physique et psychique, sociale et spirituelle, qui est proprement la seule tension acceptable vers la véritable harmonie. Ici la croix se « spiritualise », c’est-à-dire que l’Esprit Saint, par son Amour tout-puissant, fait en sorte que la croix, après avoir été la mort horrible, soit devenue joyeuse et source de vie et de bonheur, véritable harmonie et santé véritable:  « Ubi salus mundi pependit » (là où a été suspendu le salut du monde). Cette joie nous pousse à différer et à rendre présente aujourd’hui la solide espérance de la résurrection parce que l’Amour de l’Esprit exige la guérison comme annonce de la présence, effective désormais, du Royaume de Dieu. C’est là le sens des miracles de guérison que réalise le Christ, et c’est le sens du paradigme chrétien de la santé, le Logo de notre dicastère:  le Bon Samaritain.
Comprendre l’Immaculée Conception comme plénitude d’harmonie serait revenir d’une manière vraiment nouvelle aux racines de la culture européenne. Et ce serait aussi comprendre Lourdes comme le lieu où Dieu, par l’intercession de Notre-Dame, accorde si souvent la guérison en appliquant la rédemption que le Christ nous offre. Ainsi, Lourdes devient un centre privilégié de la Nouvelle Evangélisation de la culture européenne, comme présence actuelle du Royaume de Dieu qui est harmonie, paix et santé, dans la naissance d’une nouvelle communauté de nations qui veut se constituer vigoureuse et pleine, au-delà d’un affaiblissement dû à une réduction des purs intérêts économiques.
Veuille le Seigneur Jésus, par l’intermédiaire de l’Immaculée Conception de Marie Sa Mère, donner une nouvelle vigueur à la culture européenne, accorder ses faveurs à une nouvelle évangélisation qui, partant de la santé rayonnant dans ce sanctuaire de Lourdes, inculture le message évangélique dans les racines les plus profondes de la nouvelle Europe. Que la santé, entendue  comme   harmonie,  paix,  joie, bonheur et progrès médical, technique et scientifique, respectueuse de la vie humaine, cultivée au bénéfice de tous, soit le manteau maternel avec lequel l’Immaculée Conception, Notre-Dame de Lourdes, couvre tous ses enfants qui la vénèrent avec tant d’amour.

LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XII – LE PÈLERINAGE DE LOURDES*

 du site:

http://www.vatican.va/holy_father/pius_xii/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_02071957_le-pelerinage-de-lourdes_fr.html 

LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XII

LE PÈLERINAGE DE LOURDES*

A NOS TRÈS CHERS FILS LE CARDINAL ACHILLE LIÉNART, EVÊQUE DE LILLE, LE CARDINAL PIERRE GERLIER, ARCHEVÊQUE DE LYON, LE CARDINAL CLÉMENT ROQUES, ARCHEVÊQUE DE RENNES, LE CARDINAL MAURICE FELTIN, ARCHEVÊQUE DE PARIS, LE CARDINAL GEORGES GRENTE, ARCHEVÊQUE-EVÊQUE
 DU MANS, ET À TOUS NOS VÉNÉRABLES FRÈRES LES ARCHEVÊQUES ET LES EVÊQUES DE FRANCE, EN PAIX ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE.
 

TRÈS CHERS FILS ET VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE

Le pèlerinage de Lourdes, que Nous avons eu la joie d’accomplir en allant présider, au nom de Notre Prédécesseur Pie XI, les fêtes eucharistiques et mariales de la clôture du Jubilé de la Rédemption, a laissé en Notre âme de profonds et doux souvenirs. Aussi Nous est-il particulièrement agréable d’apprendre que, sur l’initiative de l’Evêque de Tarbes et Lourdes, la Cité mariale s’apprête à célébrer avec éclat le Centenaire des Apparitions de la Vierge Immaculée dans la grotte de Massabielle, et qu’un Comité international a même été constitué à cet effet sous la présidence de l’Eminentissime Cardinal Eugène Tisserant, Doyen du Sacré Collège. Avec vous, Chers Fils et Vénérables Frères, Nous tenons à remercier Dieu pour l’insigne faveur faite à votre Patrie et pour tant de grâces répandues depuis un siècle sur la multitude des pèlerins. Nous voulons également convier tous Nos fils à renouveler, en cette année jubilaire, leur piété confiante et généreuse envers Celle qui, selon le mot de S. Pie X, daigna établir à Lourdes « le siège de son immense bonté » (Lettre du 12 juillet 1914: A. A. S. VI, 1914, p. 376).
Toute terre chrétienne est une terre mariale, et il n’est pas de peuple racheté dans le sang du Christ, qui n’aime à proclamer Marie sa Mère et sa Patronne. Cette vérité prend toutefois un relief saisissant quand on évoque l’histoire de la France. Le culte de la Mère de Dieu remonte aux origines de son évangélisation et, parmi les plus anciens sanctuaires marials, Chartres attire encore les pèlerins en grand nombre et des milliers de jeunes. Le Moyen Age qui, avec Saint Bernard notamment, chanta la gloire de Marie et célébra ses mystères, vit l’admirable efflorescence de vos cathédrales dédiées à Notre-Dame : Le Puy, Reims, Amiens, Paris et tant d’autres … Cette gloire de l’Immaculée, elles l’annoncent de loin par leurs flèches élancées, elles la font resplendir dans la pure lumière de leurs vitraux et l’harmonieuse beauté de leurs statues; elles attestent surtout la foi d’un peuple se haussant au-dessus de lui-même dans un élan magnifique pour dresser dans le ciel de France l’hommage permanent de sa piété mariale.
Dans les villes et les campagnes, au sommet des collines ou dominant la mer, les sanctuaires consacrés à Marie, — humbles chapelles ou splendides basiliques, — couvrirent peu à peu le pays de leur ombre tutélaire. Princes et pasteurs, fidèles innombrables y sont accourus au long des siècles vers la Vierge Sainte, qu’ils saluèrent des titres les plus expressifs de leur confiance ou de leur gratitude. Ici l’on invoque Notre-Dame de Miséricorde, de Toute Aide ou de Bon Secours; là le pèlerin se réfugie auprès de Notre-Dame de la Garde, de Pitié ou de Consolation; ailleurs sa prière monte vers Notre-Dame de Lumière, de Paix, de Joie ou d’Espérance; ou encore il implore Notre-Dame des Vertus, des Miracles ou des Victoires. Admirable litanie de vocables, dont l’énumération jamais achevée raconte, de province en province, les bienfaits que la Mère de Dieu répandit au cours des âges sur la terre de France.
Le XIXe siècle devait pourtant, après la tourmente révolutionnaire, être à bien des titres le siècle des prédilections mariales. Pour ne citer qu’un fait, qui ne connaît aujourd’hui la « médaille miraculeuse »? Révélée, au cœur même de la capitale française, à une humble fille de S. Vincent de Paul que Nous eûmes la joie d’inscrire au catalogue des Saints, cette médaille frappée à l’effigie de « Marie conçue sans péché » a répandu en tous lieux ses prodiges spirituels et matériels. Et quelques années plus tard, du ii février au 16 juillet 1958, il plaisait à la Bienheureuse Vierge Marie, par une faveur nouvelle, de se manifester sur la terre pyrénéenne à une enfant pieuse et pure, issue d’une famille chrétienne, laborieuse dans sa pauvreté. « Elle vient à Bernadette, disions-Nous jadis, elle en fait sa confidente, la collaboratrice, l’instrument de sa maternelle tendresse et, de la miséricordieuse toute-puissance de son Fils, pour restaurer le monde dans le Christ par une nouvelle et incomparable effusion de la Rédemption » (Discours du 28 avril 1935 à Lourdes: Eug. Card. Pacelli, Discorsi e Panegirici, 2a ed., Vaticano, 1956, p. 435).
Les événements qui se déroulèrent alors à Lourdes, et dont on mesure mieux aujourd’hui les proportions spirituelles, vous sont bien connus. Vous savez, Chers Fils et Vénérables Frères, dans quelles conditions étonnantes, malgré railleries, doutes et oppositions, la voix de cette enfant, messagère de l’Immaculée, s’est imposée au monde. Vous savez la fermeté et la pureté du témoignage, éprouvé avec sagesse par l’autorité épiscopale et sanctionné par elle dès 1862. Déjà les foules étaient accourues, et elles n’ont pas cessé de déferler vers la grotte des apparitions, à la source miraculeuse, dans le sanctuaire élevé à la demande de Marie. C’est l’émouvant cortège des humbles, des malades et des affligés; c’est l’imposant pèlerinage de milliers de fidèles d’un diocèse ou d’une nation; c’est la discrète démarche d’une âme inquiète qui cherche la vérité … « Jamais, disions-Nous, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrance, jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie! » (ibid. p. 437). Jamais, pourrions-Nous ajouter, on ne saura la somme de bienfaits dont le monde est redevable à la Vierge secourable! « O specus felix, decorate divae 11/latris aspectu! Veneranda rupes, unde vitales scatuere pleno gurgite lymphae! » (Office de la fête des Apparitions, Hymne des II Vêpres).
Ces cent années de culte marial, au surplus, ont en quelque sorte tissé entre le Siège de Pierre et le sanctuaire pyrénéen des liens étroits, qu’il Nous plaît de reconnaître. La Vierge Marie elle-même n’a-t-elle pas désiré ces rapprochements? « Ce qu’à Rome par son Magistère infaillible le Souverain Pontife définissait, la Vierge Immaculée Mère de Dieu, bénie entre toutes les femmes, voulut, semble-t-il, le confirmer de sa bouche, quand peu après elle se manifesta par une célèbre apparition à la grotte de Massabielle ». (Décret de Tuto pour la Canonisation de Ste Bernadette, 2 juillet 1933: A. A. S. XXV, 1933, p. 377). Certes la parole infaillible du Pontife romain, interprète authentique de la vérité révélée, n’avait besoin d’aucune confirmation céleste pour s’imposer à la foi des fidèles. Mais avec quelle émotion et quelle gratitude le peuple chrétien et ses pasteurs ne recueillirent-ils pas des lèvres de Bernadette cette réponse venue du ciel: « Je suis l’Immaculée Conception »!
Aussi n’est-il pas étonnant que Nos Prédécesseurs se soient plu à multiplier leurs faveurs envers ce sanctuaire. Dès 1869, Pie IX, de sainte mémoire, se réjouissait de ce que les obstacles suscités contre Lourdes par la malice des hommes eussent permis de « manifester avec plus de force et d’évidence la clarté du fait » (Lettre du 4 septembre 1869 à Henri Lasserre: Archivio Segreto Vaticano, Ep. lat. an. 1869, n. CCCLXXXVIII, f. 695). Et, fort de cette assurance, il comble de bienfaits spirituels l’église nouvellement édifiée et fait couronner la statue de Notre-Dame de Lourdes. Léon XIII, en 1892, accorde l’Office propre et la Messe de la fête « in apparitione Beatae Mariae Virginis Immaculatae », que son successeur étendra bientôt à l’Eglise universelle; l’antique appel de l’Ecriture y trouvera désormais une application nouvelle : « Surge, arnica mea, speciosa mea, et veni: columba mea in foraminibus petrae, in caverna maceriae! » (Cant. 2, 13-14. Graduel de la Messe de la fête des Apparitions). Vers la fin de sa vie, le grand Pontife tint à inaugurer et à bénir lui-même la reproduction de la grotte de Massabielle édifiée dans les jardins du Vatican et, à la même époque, sa voix s’élevait vers la Vierge de Lourdes pour une prière ardente et confiante: « Que dans sa puissance la Vierge Mère, qui coopéra autrefois par son amour à la naissance des fidèles dans l’Eglise, soit encore maintenant l’instrument et la gardienne de notre salut; … qu’elle rende la tranquillité de la paix aux esprits angoissés; qu’elle hâte enfin, dans la vie privée comme ,dans la vie publique, le retour à Jésus-Christ » (Bref du 8 septembre 1901: Acta Leonis XIII, vol. XXI, p. 159-160).
Le Cinquantenaire de la Définition dogmatique de l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge offrit à S. Pie X l’occasion d’attester dans un document solennel le lien historique entre cet acte du Magistère et l’apparition de Lourdes: « A peine Pie IX avait-il défini de foi catholique que Marie fut dès l’origine exempte de péché, que la Viergq elle-même commençait à opérer à Lourdes des merveilles » (Lettre Encyclique Ad diem ilium du 2 février 1904: Acta Pu X, vol. I, p. 149). Peu après, il crée le titre épiscopal de Lourdes, rattaché à celui de Tarbes, et signe l’introduction de la cause de béatification de Bernadette. Il était surtout réservé à ce grand Pape de l’Eucharistie de souligner et de favoriser l’admirable conjonction qui existe à Lourdes entre le culte eucharistique et la prière mariale: « La piété envers la Mère de Dieu, note-t-il, y fit fleurir une remarquable et ardente piété envers le Christ Notre Seigneur » (Lettre du 12 juillet 1914: A. A. S. VI, 1914, p. 377). Pouvait-il d’ailleurs en être autrement? Tout en Marie nous porte vers son Fils, unique Sauveur, en prévision des mérites duquel elle fut immaculée et pleine de grâces; tout en Marie nous élève à la louange de l’adorable Trinité, et bienheureuse fut Bernadette égrénant son chapelet devant la grotte, qui apprit des lèvres et du regard de la Vierge Sainte à rendre gloire au Père, au Fils et à l’Esprit Saint! Aussi sommes-Nous heureux, en ce Centenaire, de Nous associer à cet hommage rendu par S. Pie X: « La gloire unique du sanctuaire de Lourdes réside en ce fait que les peuples y sont de partout attirés par Marie à l’adoration du Christ Jésus dans l’Auguste Sacrement, en sorte que ce sanctuaire, à la fois centre de culte marial et trône du mystère eucharistique, surpasse, semble-t-il, en gloire tous les autres dans le monde catholique » (Bref du 25 avril 1911: Arch. Brev. Ap. Pius X, an. 1911, Div. Lib. IX, pars I, f. 337).
Ce sanctuaire déjà comblé de faveurs, Benoît XV tint à l’enrichir de nouvelles et précieuses indulgences et, si les tragiques circonstances de son Pontificat ne lui permirent pas de multiplier SZ’7^7 les actes publics de sa dévotion, il voulut néanmoins honorer la cité mariale en accordant à son évêque le privilège du pallium au lieu des apparitions. Pie XI, qui avait lui-même été pèlerin de Lourdes, poursuivit son œuvre et eut la joie d’élever sur les autels la privilégiée de la Vierge, devenue sous le voile Sœur Marie Bernard, de la Congrégation de la Charité et de l’Instruction chrétienne. N’authentifiait-il pas pour ainsi dire à son tour la promesse de l’Immaculée à la jeune Bernadette « d’être heureuse non pas en ce monde mais dans l’autre » ? Et désormais Nevers, qui s’honore de garder la châsse précieuse, attire en grand nombre les pèlerins de Lourdes, désireux d’apprendre auprès de la Sainte à accueillir comme il convient le message de Notre-Dame. Bientôt l’illustre Pontife, qui venait à l’exemple de ses Prédécesseurs d’honorer d’une Légation les fêtes anniversaires des apparitions, décidait de clôturer le Jubilé de la Rédemption à la grotte de Massabielle, là où, selon ses propres termes, « la Vierge Marie Immaculée se montra plusieurs fois à la Bienheureuse Bernadette Soubirous, où avec bonté elle exhorta tous les hommes à la pénitence, en ce lieu même de l’étonnante apparition qu’elle combla de grâces et de prodiges » (Bref du ii janvier 1933: Arch. Brev. Ap. Pius XI, Ind. Perpet. f. 128). En vérité, concluait Pie XI, ce sanctuaire « passe maintenant à juste titre pour l’un des principaux sanctuaires marials du monde » (ibid.).
A ce concert unanime de louanges, comment n’aurions-Nous pas uni Notre voix? Nous le fîmes notamment dans Notre Encyclique Fulgens corona, en rappelant à la suite de Nos Prédécesseurs que « la Bienheureuse Vierge Marie elle-même voulut confirmer, semble-t-il, par un prodige la sentence que le Vicaire de son divin Fils sur la terre venait de proclamer aux applaudissements de l’Eglise entière » (Lettre Encyclique Fulgens corona du 8 septembre 1953: A. A. S. XLV, 1953, p. 578). Et Nous rappelions, à cette occasion, comment les Pontifes Romains, conscients de l’importance de ce pèlerinage, n’avaient cessé de « l’enrichir de faveurs spirituelles et des bienfaits de leur bienveillance » (ibid.). L’histoire de ces cent années, que Nous venons d’évoquer à grands traits, n’est-elle pas en effet une constante illustration de cette bienveillance pontificale, dont le dernier acte fut la clôture à Lourdes de l’année Centenaire du Dogme de l’Immaculée Conception? Mais à vous, Chers Fils et Vénérables Frères, nous aimons rappeler spécialement un Document récent, par lequel Nous favorisions l’essor d’un apostolat missionnaire dans votre chère Patrie. Nous eûmes à cœur d’y évoquer « les mérites singuliers que la France s’est acquis au cours des siècles dans le progrès de la foi catholique » et, à ce titre, « Nous tournions Notre esprit et Notre cœur vers Lourdes où, quatre ans après la définition du dogme, la Vierge Immaculée elle-même confirma surnaturellement par des apparitions, des entretiens et des miracles la déclaration du Docteur Suprême » (Constitution Apost. Omnium Ecclesiarum du 15 août 1954: A. A. S. XLVI, 1954, P. 567).
Aujourd’hui encore, Nous Nous tournons vers le célèbre sanctuaire qui s’apprête à accueillir sur les rives du Gave la foule des pèlerins du Centenaire. Si, depuis un siècle, d’ardentes supplications, publiques et privées, y ont obtenu de Dieu, par l’intercession de Marie, tant de grâces de guérison et de conversion, Nous avons la ferme confiance qu’en cette année jubilaire Notre-Dame voudra répondre encore avec largesse à l’attente de ses enfants; mais Nous avons surtout la conviction qu’elle nous presse de recueillir les leçons spirituelles des apparitions et de nous engager sur la voie qu’elle nous a si clairement tracée.
Ces leçons, écho fidèle du message évangélique, font ressortir de façon saisissante le contraste qui oppose les jugements de Dieu à la vaine sagesse de ce monde. Dans une société, qui n’a guère conscience des maux qui la rongent, qui voile ses misères et ses injustices sous des dehors prospères, brillants et insouciants, la Vierge Immaculée, que jamais le péché n’effleura, se manifeste à une enfant innocente. Avec une compassion maternelle, elle parcourt du regard ce monde racheté par le sang de son Fils, où hélas le péché fait chaque jour tant de ravages, et, par trois fois, elle lance son pressant appel : « Pénitence, pénitence, pénitence »! Des gestes expressifs sont même demandés: « Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs ». Et au geste il faut joindre la supplication: « Vous priez Dieu pour les pécheurs ». Ainsi, comme au temps de Jean-Baptiste, comme au début du ministère de Jésus, la même injonction, forte et rigoureuse, dicte aux hommes la voie du retour à Dieu: « Repentez-vous! » (Matth. 3, 2 4, i 7). Et qui oserait dire que cet appel à la conversion du cœur a, de nos jours, perdu de son actualité?
Mais la Mère de Dieu pourrait-elle venir vers ses enfants, si ce n’est en messagère de pardon et d’espérance. Déjà l’eau ruisselle à ses pieds: « Omnes sitientes, venite ad aquas, et haurietis salutem a Domino » (Office de la fête des Apparitions, 1″ Répons du III Noct.). A cette source, où Bernadette docile est allée la première boire et se laver, afflueront toutes les misères de l’âme et du corps. « J’y suis allé, je me suis lavé et j’ai vu ». (Io. 9, 11) pourra répondre, avec l’aveugle de l’Evangile, le pèlerin reconnaissant. Mais, comme pour les foules qui se pressaient autour de Jésus, la guérison des plaies physiques y demeure, en même temps qu’un geste de miséricorde, le signe du pouvoir que le Fils de l’Homme a de remettre les péchés (cfr. Marc. 2, 10). Auprès de la grotte bénie, la Vierge nous invite, au nom de son divin Fils, à la conversion du cœur et à l’espérance du pardon. L’écouterons-nous?
Dans cette humble réponse de l’homme qui se reconnaît pécheur réside la vraie grandeur de cette année jubilaire. Quels bienfaits ne serait-on pas en droit d’en attendre pour l’Eglise si chaque pèlerin de Lourdes — et même tout chrétien uni de cœur aux célébrations du Centenaire — réalisait d’abord en lui-même cette œuvre de sanctification, « non pas en paroles et de langue, mais en actes et en vérité! » (1 Io. 3, 18). Tout l’y invite d’ailleurs, car nulle part peut-être autant qu’à Lourdes on ne se sent à la fois porté à la prière, à l’oubli de soi et à la charité. A voir le dévouement des brancardiers et la paix sereine des malades, à constater la fraternité qui rassemble dans une même invocation des fidèles de toute origine, à observer la spontanéité de l’entraide et la ferveur sans affectation des pèlerins agenouillés devant la grotte, les meilleurs sont saisis par l’attrait d’une vie plus totalement donnée au service de Dieu et de leurs frères, les moins fervents prennent conscience de leur tiédeur et retrouvent le chemin de la prière, les pécheurs plus endurcis et les incrédules eux-mêmes sont souvent touchés par la grâce ou du moins, s’ils sont loyaux, ils ne restent pas insensibles au témoignage de cette « multitude de croyants n’ayant qu’un cœur et qu’une âme » (Act. 4, 32).
A elle seule pourtant, cette expérience de quelques brèves journées de pèlerinage ne suffit généralement pas à graver en caractères indélébiles l’appel de Marie à une authentique conversion spirituelle. Aussi exhortons-Nous les pasteurs des diocèses et tous les prêtres à rivaliser de zèle pour que les pèlerinages du Centenaire bénéficient d’une préparation, d’une réalisation et surtout de lendemains aussi propices que possible à une action profonde et durable de la grâce. Le retour à une pratique assidue des sacrements, le respect de la morale chrétienne dans toute la vie, l’engagement enfin dans les rangs de l’Action Catholique et des diverses œuvres recommandées par l’Eglise: à ces conditions seulement, n’est-il pas vrai, l’important mouvement de foules prévu à Lourdes pour l’année 1958 portera, selon l’attente même de la Vierge Immaculée, les fruits de salut si nécessaires à l’humanité présente.
Mais, pour primordiale qu’elle soit, la conversion individuelle du pèlerin ne saurait ici suffire. En cette année jubilaire, Nous vous exhortons, Chers Fils et Vénérables Frères, à susciter parmi les fidèles commis à vos soins un effort collectif de renouveau chrétien de la société, en réponse à l’appel de Marie: « Que les esprits aveuglés … soient illuminés par la lumière de la vérité et de la justice, demandait déjà Pie XI lors des Fêtes mariales du Jubilé de la Rédemption, que ceux qui s’égarent dans l’erreur soient ramenés dans le droit chemin, qu’une juste liberté soit partout accordé el à l’Eglise, et qu’une ère de concorde et de vraie prospérité se lève sur tous les peuples » (Lettre du 10 janvier 1935: A. A. S. XXVII 1935, p. 7).
Or le monde, qui offre de nos jours tant de justes motifs de fierté et d’espoir, connaît aussi une redoutable tentation de matérialisme, souvent dénoncée par Nos Prédécesseurs et par Nous même. Ce matérialisme, il n’est pas seulement dans la philosophie condamnée qui préside à la politique et à l’économie d’une portion de l’humanité; il sévit aussi dans l’amour de l’argent, dont les ravages s’amplifient à la mesure des entreprises modernes et qui commande hélas tant de déterminations pesant sur la vie des peuples; il se traduit par le culte du corps, la recherche excessive du confort et la fuite de toute austérité de vie; il pousse au mépris de la vie humaine, de celle même que l’on détruit avant qu’elle ait vu le jour; il est dans la poursuite effrénée du plaisir, qui s’étale sans pudeur et tente même de séduire, par les lectures et les spectacles, des âmes encore pures; il est dans l’insouciance de son frère, dans l’égoïsme qui l’écrase, dans l’injustice qui le prive de ses droits, en un mot dans cette conception de la vie qui règle tout en vue de la seule prospérité matérielle et des satisfactions terrestres. « Mon âme, disait un riche, tu as quantité de biens en réserve pour longtemps; repose-toi, mange, bois, fais la fête. Mais Dieu lui dit: Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme » (Luc. 12, 19-20).
A une société qui, dans sa vie publique, conteste souvent les droits suprêmes de Dieu, qui voudrait gagner l’univers au prix de son âme (cfr. Marc. 8, 36) et courrait ainsi à sa perte, la Vierge maternelle a lancé comme un cri d’alarme. Attentifs à son appel, que les prêtres osent prêcher à tous sans crainte les grandes vérités du salut. Il n’est de renouveau durable, en effet, que fondé sur les principes infrangible S de la foi et il appartient aux prêtres de former la conscience du peuple chrétien. De même que l’Immaculée, compatissante à nos misères mais clairvoyante sur nos vrais besoins, vient aux hommes pour leur rappeler les démarches essentielles et austères de la conversion religieuse, les ministres de la Parole de Dieu doivent, avec une surnaturelle assurance, tracer aux âmes la route étroite qui mène à la vie (cfr. Matth. 7, 14). Ils le feront sans oublier de quel esprit de douceur et de patience ils se réclament (cfr. Luc. 9, 55), mais sans rien voiler des exigences évangéliques. A l’école de Marie, ils apprendront à ne vivre que pour donner le Christ au monde, mais, s’il le faut aussi, à attendre avec foi l’heure de Jésus et à demeurer au pied de la croix.
Autour de leurs prêtres, les fidèles se doivent de collaborer à cet effort de renouveau. Là où la Providence l’a placé, qui donc ne peut faire davantage encore pour la cause de Dieu? Notre pensée se tourne d’abord vers la multitude des âmes consacrées, qui se dévouent dans l’Eglise à d’innombrables œuvres de bien. Leurs vœux de religion les appliquent plus que d’autres à lutter victorieusement, sous l’égide de Marie, contre le déferlement sur le monde des appétits immodérés d’indépendance, de richesse et de jouissance; aussi, à l’appel de l’Immaculée, voudront-elles s’opposer à l’assaut du mal par les armes de la prière et de la pénitence et par les victoires de la charité. Notre pensée se tourne également vers les familles chrétiennes, pour les conjurer de demeurer fidèles à leur irremplaçable mission dans la société. Qu’elles se consacrent, en cette année jubilaire, au Cœur Immaculé de Marie! Cet acte de piété sera pour les époux une aide spirituelle précieuse dans la pratique des devoirs de la chasteté et de la fidélité conjugales; il gardera dans sa pureté l’atmosphère du foyer où grandissent les enfants; bien plus, il fera de la famille, vivifiée par sa dévotion mariale, une cellule vivante de la régénération sociale et de la pénétration apostolique. Et certes, au delà du cercle familial, les relations professionnelles et civiques offrent aux chrétiens soucieux de travailler au renouveau de la société un champ d’action considérable. Rassemblés aux pieds de la Vierge, dociles à ses exhortations, ils porteront d’abord sur eux-mêmes un regard exigeant et ils voudront extirper de leur conscience les jugements faux et les réactions égoïstes, craignant le mensonge d’un amour de Dieu qui ne se traduirait pas en amour effectif de leurs frères (cfr. 1 Io. 4, 20). Ils chercheront, chrétiens de toutes classes et de toutes nations, à se rencontrer dans la vérité et la charité, à bannir les incompréhensions et les suspicions. Sans doute, énorme est le poids des structures sociales et des pressions économiques qui pèse sur la bonne volonté des hommes et souvent la paralyse. Mais, s’il est vrai, comme Nos Prédécesseurs et Nous-même l’avons souligné avec insistance, que la question de la paix sociale et politique est d’abord, en l’homme, une question morale, aucune réforme n’est fructueuse, aucun accord n’est stable sans un changement et une purification des cœurs. La Vierge de Lourdes le rappelle à tous en cette année jubilaire.
Et si, dans sa sollicitude, Marie se penche avec quelque prédilection vers certains de ses enfants, n’est-ce pas, Chers Fils et Vénérables Frères, vers les petits, les pauvres et les malades, que Jésus a tant aimés? « Venez à moi, vous tous qui êtes las et accablés, et je vous soulagerai », semble-t-elle dire avec son divin Fils (Matth. 11, 28). Allez à elle, vous qu’écrase la misère matérielle, sans défense devant les rigueurs de la vie et l’indifférence des hommes; allez à elle, vous que frappent les deuils et les épreuves morales; allez à elle, chers malades et infirmes, qui êtes vraiment reçus et honorés à Lourdes comme les membres souffrants de Notre Seigneur; allez à elle et recevez la paix du cœur, la force du devoir quotidien, la joie du sacrifice offert. La Vierge Immaculée, qui connaît les cheminements secrets de la grâce dans les âmes et le travail silencieux de ce levain surnaturel du monde, sait de quel prix sont, aux yeux de Dieu, vos souffrances unies à celles du Sauveur. Elles peuvent grandement concourir, Nous n’en, doutons pas, à ce renouveau chrétien de la société que Nous implorons de Dieu par la puissante intercession de sa Mère. Qu’à la prière des malades, des humbles, de tous les pèlerins de Lourdes, Marie tourne également son regard maternel vers ceux qui demeurent encore hors de l’unique bercail de l’Eglise, pour les rassembler dans l’unité! Qu’elle porte son regard sur ceux qui cherchent et qui ont soif de vérité, pour les conduire à la source des eaux vives! Qu’elle parcoure enfin du regard ces continents immenses et ces vastes zones humaines où le Christ est hélas si peu connu, si peu aimé, et qu’elle obtienne à l’Eglise la liberté et la joie de répondre en tous lieux, toujours jeune, sainte et apostolique, à l’attente des hommes!
« Voulez-vous avoir la bonté de venir … », disait la Sainte Vierge à Bernadette. Cette invitation discrète, qui ne contraint pas, qui s’adresse au cœur et sollicite avec délicatesse une réponse libre et généreuse, la Mère de Dieu la propose de nouveau à ses fils de France et du monde. Sans s’imposer, elle les presse de se réformer eux-mêmes et de travailler de toutes leurs forces au salut du monde. Les chrétiens ne resteront pas sourds à cet appel; ils iront à Marie. Et c’est à chacun d’eux qu’au terme de cette Lettre Nous voudrions dire avec S. Bernard : « In periculis, in angustiis, in rebus dubiis, Mariam cogita, Mariam invoca Ipsam sequens, non devias; ipsam rogans, non desperas; ipsam cogitans, non erras; ipsa tenente, non corruis; ipsa protegente, non metuis ; ipsa duce, non fatigaris; ipsa propitia, pervenis ». (Hom. II super Missus est: P. L. CLXXXIII, 7o-71).
Nous avons confiance, Chers Fils et Vénérables Frères, que Marie exaucera votre prière et la Nôtre. Nous le lui demandons en cette fête de la Visitation, bien propre à célébrer celle qui daigna, il y a un siècle, visiter la terre de France. Et en vous invitant à chanter à Dieu, avec la, Vierge Immaculée, le Magnificat de votre gratitude, Nous appelons sur vous-mêmes et vos fidèles, sur le sanctuaire de Lourdes et ses pèlerins, sur tous ceux qui portent la responsabilité des fêtes du Centenaire, la plus large effusion de grâces, en gage desquelles Nous vous accordons de grand cœur, dans Notre constante et paternelle bienveillance, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la Fête de la Visitation de la Très Sainte Vierge, le 2 Juillet de l’année 1957, de Notre Pontificat la dix-neuvième.

PIUS PP. XII

*Discorsi e Radiomessaggi di Sua Santità Pio XII, XIX,
 Diciannovesimo anno di Pontificato, 2 marzo 1957-1° marzo 1958, pp. 873-885
 Tipografia Poliglotta Vaticana

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 9 NOVEMBRE 2011: PRIER LE PS 119

du site:

http://www.zenit.org/article-29422?l=french

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 9 NOVEMBRE 2011: PRIER LE PS 119

Texte intégral de la catéchèse de Benoît XVI

ROME, mercredi 9 novembre 2011 (ZENIT.org) – Nous publions  ci-dessous le texte intégral de la catéchèse de Benoît XVI sur la prière du Psaume 119, donnée lors de l’audience générale de ce mercredi matin, place Saint-Pierre.

Chers frères et sœurs,

Dans les catéchèses passées, nous avons médité sur certains psaumes qui sont des exemples des genres typiques de la prière: lamentation, confiance, louange. Dans la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur le Psaume 119 selon la tradition hébraïque, 118 selon la tradition gréco-latine: un psaume très particulier, unique dans son genre.
Il l’est tout d’abord en raison de sa longueur: il est en effet composé de 176 versets répartis en 22 strophes de huit versets chacune. Il a ensuite la particularité  d’être un «acrostiche alphabétique»: c’est-à-dire qu’il est construit selon l’alphabet hébraïque, qui est composé de 22 lettres. Chaque strophe correspond à une lettre de cet alphabet, et c’est avec cette lettre que commence la première parole des huit versets de la strophe. Il s’agit d’une construction littéraire originale et très difficile, dans laquelle l’auteur du Psaume a dû déployer toute sa bravoure.
Mais ce qui pour nous est le plus important, c’est la thématique centrale de ce psaume: il s’agit en effet d’un chant imposant et solennel sur la Torah du Seigneur, c’est-à-dire sur sa Loi, un terme qui, dans son acception la plus ample et la plus complète, doit être compris comme enseignement, instruction, directive de vie; la  Torah est révélation, elle est Parole de Dieu qui interpelle l’homme et provoque sa réponse d’obéissance confiante et d’amour généreux. Et ce psaume est entièrement parcouru par l’amour pour la Parole de Dieu, célébrant sa beauté, sa force salvifique, sa capacité de donner la joie et la vie.
Parce que la Loi divine n’est pas un lourd joug d’esclavage, mais un don de la grâce qui rend libre et conduit au bonheur: «Je trouve en tes volontés mes délices, je n’oublie pas ta parole», affirme le Psalmiste (v. 16); et ensuite: «Guide-moi au chemin de tes commandements, car j’ai là mon plaisir» (v. 35); et encore: «Que j’aime ta loi! tout le jour, je la médite» (v. 97). La Loi du Seigneur, sa Parole, est le centre de la vie de l’orant; dans celle-ci, il trouve le réconfort, il en fait l’objet de sa méditation, il la conserve dans son cœur: «Dans mon cœur, j’ai conservé tes promesses pour ne point faillir envers toi» (v. 11), tel est le secret du bonheur du psalmiste; et il ajoute ensuite encore: «Les superbes m’engluent de mensonge, moi, de tout mon cœur, je garde tes préceptes» (v. 69).
La fidélité du psalmiste naît de l’écoute de la Parole, qu’il faut conserver dans son cœur, en la méditant et en l’aimant, précisément comme Marie, qui «conservait, en les méditant dans son cœur» les paroles qui lui avaient été adressées et les événements merveilleux dans lesquels Dieu se révélait, demandant son assentiment de foi (cf. Lc 2, 19.51). Et si notre psaume commence les premiers versets en proclamant «heureux» «ceux qui marchent dans la loi du Seigneur» (v. 1b)  «gardant son témoignage» (v. 2a), c’est encore la Vierge Marie qui porte à son accomplissement la figure parfaite du croyant décrite par le psalmiste. En effet, c’est Elle la véritable «bienheureuse», proclamée telle par Elisabeth, car elle «a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur!» (Lc 1, 45), et c’est à Elle et à sa foi que Jésus lui-même rend témoignage quand, à la femme qui s’était écrié: «Heureuses les entrailles qui t’ont porté», il répond: «Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent!» (Lc 11, 27-28). Marie est assurément bienheureuse car elle a porté le Sauveur en son sein, mais surtout parce qu’elle a accueilli l’annonce de Dieu, parce qu’elle a été une gardienne attentive et pleine d’amour de sa Parole. 
Le psaume 119 se développe donc entièrement autour de cette Parole de vie et de béatitude. Si son thème central est la «Parole» et la «Loi» du Seigneur, à côté de ces termes reviennent dans presque tous les versets des synonymes tels que «préceptes», «volontés»,  «commandements», «témoignage», «promesses», «jugements»; puis de nombreux verbes se rapportant à eux, comme observer, garder, comprendre, connaître, aimer, méditer, vivre. 
Tout l’alphabet défile à travers les 22 strophes de ce Psaume, et également tout le vocabulaire du rapport confiant du croyant avec Dieu; nous y trouvons la louange, l’action de grâce, la confiance, mais également la supplique et la lamentation, mais toujours animées par la certitude de la grâce divine et de la puissance de la Parole de Dieu. Les versets les plus marqués par la douleur et par le sens d’obscurité demeurent eux aussi ouverts à l’espérance et sont empreints de foi. «Mon âme est collée à la poussière, vivifie-moi selon ta parole» (v. 25), prie le psalmiste avec confiance; «Rendu pareil à une outre qu’on enfume, je n’oublie pas tes volontés» (v. 83), est le cri du croyant. Même si elle est mise à l’épreuve, sa fidélité trouve sa force dans la Parole du Seigneur: «Que je réponde à l’insulte par la parole, car je compte sur ta parole» (v. 42), affirme-t-il avec fermeté; et même face à la perspective angoissante de la mort, les commandements du Seigneur sont son point de référence et son espérance de victoire: «On viendrait à bout de moi sur terre, sans que je laisse tes préceptes» (v. 87).
La loi divine, objet de l’amour passionné du psalmiste et de tout croyant, est source de vie. Le désir de la comprendre, de l’observer, d’orienter vers elle tout son être est la caractéristique de l’homme juste et fidèle au Seigneur, qui «murmure sa loi jour et nuit» comme le dit le Psaume 1 (v. 2): la loi de Dieu est une loi qu’il faut garder «sur le cœur», comme le dit le célèbre texte du « Shema » dans le Deutéronome: «Ecoute, Israël… Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur!  Tu les répèteras à tes fils, tu les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout» (6, 4.6-7).
Centre de l’existence, la Loi de Dieu, exige l’écoute du cœur, une écoute faite d’une obéissance non pas servile, mais filiale, confiante, consciente. L’écoute de la Parole est une rencontre personnelle avec le Seigneur de la vie, une rencontre qui doit se traduire en choix concrets et devenir un chemin et une « sequela ». Lorsqu’on lui demande ce qu’il faut faire pour avoir la vie éternelle, Jésus indique la voie de l’observation de la Loi, mais en indiquant comment faire pour la porter à sa plénitude: «Une seule chose te manque: va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis, viens, suis-moi» (Mc 10, 21 et par.). L’accomplissement de la Loi est de suivre Jésus, d’aller sur le chemin de Jésus, en compagnie de Jésus.
Le Psaume 119 nous conduit donc à la rencontre avec le Seigneur et nous oriente vers l’Evangile. Il comporte un verset sur lequel je voudrais à présent m’arrêter; c’est le v. 57: «Ma part, ai-je dit, Seigneur, c’est d’observer tes paroles». Dans d’autres psaumes également, l’orant affirme que le Seigneur est sa «part», son héritage: «Seigneur, ma part d’héritage et ma coupe», dit le Psaume 16 (v. 5a), «roc de mon cœur, ma part, Dieu à jamais», telle est la proclamation du fidèle dans le psaume 73 (v. 26) et encore, dans le Psaume 142, le psalmiste crie au Seigneur: «Toi, mon abri, ma part dans la terre des vivants» (v. 6b).
Ce terme de «part» évoque l’événement de la répartition de la terre promise entre les tribus d’Israël, lorsqu’aux Lévites ne fut assignée aucune portion du territoire, parce que leur «part» était le Seigneur lui-même. Deux textes du Pentateuque sont explicites à cet égard, et utilisent le terme en question: «Le Seigneur dit à Aaron: “Tu n’auras point d’héritage dans leur pays, il n’y aura pas de part pour toi au milieu d’eux. C’est moi qui serai ta part et ton héritage au milieu des Israélites”», déclare le Livre des Nombres (18, 20), et le Deutéronome répète: «Aussi n’y eut-il pas pour Lévi de part ni d’héritage avec ses frères: c’est le Seigneur qui est son héritage comme le Seigneur ton Dieu le lui a dit» (Dt 10, 9; cf. Dt 18, 2; Jos 13, 33; Ez 44, 28).
Les prêtres, qui appartiennent à la tribu de Lévi, ne pouvaient  pas être propriétaires de terres dans le pays que Dieu donnait en héritage à son peuple en réalisant la promesse faite à Abraham (cf. Gn 12, 1-7). La possession de la terre, élément fondamental de stabilité et de possibilité de survie, était un signe de bénédiction, parce qu’elle impliquait la possibilité de construire une maison, d’y faire grandir des enfants, de cultiver les champs et de vivre des fruits de la terre. Or les Lévites, médiateurs du sacré et de la bénédiction divine, ne peuvent pas posséder, comme les autres israélites, ce signe extérieur de la bénédiction et cette source de subsistance. Entièrement donnés au Seigneur, ils doivent vivre uniquement de Lui, abandonnés à son amour providentiel et à la générosité des frères, sans avoir droit à l’héritage parce que Dieu est leur  part d’héritage, Dieu est leur terre, qui les fait vivre en plénitude.
Et à présent, l’orant du Psaume 119 applique à lui-même cette réalité: «Le Seigneur est ma part». Son amour pour Dieu et pour sa Parole le conduit au choix radical d’avoir le Seigneur comme unique bien, ainsi que de conserver ses paroles comme un don précieux, plus précieux que tout héritage, et que toute possession terrestre. Notre verset peut, en effet, être traduit de deux façons et pourrait être rendu également de la manière suivante: «Ma part, Seigneur, je l’ai dit, c’est d’observer tes paroles». Les deux traductions ne sont pas contradictoires, mais se complètent même l’une l’autre: le psalmiste affirme que le Seigneur est sa part mais qu’observer, conserver les paroles aussi est son héritage, comme il le dira ensuite au v. 111: «Tes exigences resteront mon héritage, la joie de mon cœur». Tel est le bonheur du psalmiste: à lui, comme aux Lévites, a été donnée comme part d’héritage la Parole de Dieu.
Très chers frères et sœurs, ces versets sont d’une grande importance aujourd’hui aussi pour nous tous. Tout d’abord pour les prêtres, appelés à vivre uniquement du Seigneur et de sa Parole, sans autre sécurité, en L’ayant comme unique bien et seule source de vraie vie. Dans cette lumière, on comprend le libre choix du célibat pour le Royaume des cieux à redécouvrir dans sa beauté et sa force. Mais ces versets sont importants aussi pour tous les fidèles, peuple de Dieu appartenant à Lui seul, «royaume de prêtres» pour le Seigneur (cf. 1P 2, 9; Ap 1, 6; 5,10), appelés à la radicalité de l’Evangile, témoins de la vie portée par le Christ, nouveau et définitif «Souverain prêtre» qui s’est offert en sacrifice pour le salut du monde (cf. He 2, 17; 4, 14-16; 5, 5-10; 9, 11 suiv.). Le Seigneur et sa Parole: ce sont notre «terre», où vivre dans la communion et dans la joie.
Laissons donc le Seigneur placer dans notre cœur cet amour pour sa Parole, et nous donner d’avoir toujours au centre de notre existence Lui et sa sainte volonté. Demandons que notre prière et toute notre vie soient éclairées par la Parole de Dieu, lampe pour nos pas et lumière pour notre chemin, comme le dit le Psaume 119 (cf. v. 105), afin que notre voyage soit sûr, dans la terre des hommes. Et que Marie, qui a accueilli et enfanté la Parole, soit pour nous un guide et un réconfort, étoile polaire qui indique la voix du bonheur.
Alors, nous pourrons nous aussi jouir dans notre prière, comme l’orant du Psaume 16, des dons inattendus du Seigneur et de l’héritage immérité qui est notre sort:
Seigneur, ma part et ma coupe…
La part qui me revient fait mes délices ;
j’ai même le plus bel héritage! (Ps 16, 5.6).

A l’issue de sa catéchèse en italien, le pape a résumé sa catéchèse et salué les pèlerins en différentes langues. Voici ce qu’il a dit en français :

Chers frères et sœurs,
Lle Psaume 118 est un chef d’œuvre littéraire par sa construction originale. Il est un long et solennel cantique sur la Torah, la Loi du Seigneur. Elle est révélation et Parole de Dieu qui interpelle l’homme. Au long des versets, le psalmiste chante l’amour de cette Parole qui donne vie. Il en célèbre tour à tour la beauté, la force salvifique et la joie qu’elle procure à celui qui la médite tout le jour. Bienheureux celui qui marche dans la loi du Seigneur! Même au sein de l’épreuve, le croyant fait confiance et reste ouvert à l’espérance. Il puise le courage de la fidélité dans les commandements du Seigneur qui sont le point de référence de son existence. La loi divine est source de vie. Lui obéir et la faire sienne, c’est rencontrer personnellement le Dieu vivant, c’est suivre Jésus qui est venu l’accomplir. Dans l’Ancien Testament, les Lévites ont été choisis pour être les médiateurs de la bénédiction divine, et ils n’avaient pas d’autre trésor que de garder la Parole. Ce psaume est de grande importance pour chacun de nous, et particulièrement pour les prêtres, appelés à vivre seulement du Seigneur et de sa Parole, sans d’autre sécurité, trouvant en Lui l’unique bien et la source de la vraie vie. A cette lumière se comprend le libre choix du célibat pour le Royaume de Dieu. Le Seigneur et sa Parole, voilà notre «terre» où vivre dans la joie et en communion avec nos frères!
Je suis heureux d’accueillir les pèlerins francophones, particulièrement l’Hospitalité bordelaise Notre-Dame de Lourdes, les Frères de Saint-Jean ainsi que les pèlerins venus de France et du Canada. Que le Seigneur mette dans vos cœurs l’amour de sa Parole pour qu’elle soit la lampe de vos pas et la lumière de votre route! Bon séjour à tous!

Traduction  française : Zenit

L’eau dans les religions monothéistes

du site: 

nelly.massard.pagesperso-orange.fr/..

L’eau dans les religions monothéistes

Pierre Eric TREYENS
Econométrie
Groupement de Recherche en Economie Quantitative d’Aix6marseille
GREQAM
Université de la Méditerranée

L’eau est la matrice originelle de la vie sur terre. C’est en son sein que les premières formes de vie protozoaire ont pu se développer, et même des milliards d’années plus tard, bien qu’affranchie de ce milieu aquatique, pour ne pas dire amniotique, la vie n’a jamais pu couper ce lien vital qui la relie l’eau. Les premières sociétés de l’antiquité n’ont ainsi pu être que fascinées par cet élément hautement symbolique et mythologique sans lequel il leur était impossible de survivre. Cette dépendance a ainsi créé au sein de toutes les sociétés humaines ayant jamais existé des interrogations qui ont bien évidemment influencé ses mythes et sa religion à travers les âges. Chaque culture a alors développé une perception de l’eau qui lui est propre, conséquence du lieu de vie de cette culture (côte, montagne…),  de son climat (désert, forêt équatoriale…) ou encore par exemple de sa religion (polythéiste, monothéiste).

Au début, l’eau est alors un des quatre éléments fondateurs du monde avec l’air, le feu et la terre) et de nombreuses sociétés primitives l’ont divinisée. Les égyptiens tout d’abord avec le Nil qui rythmait la vie de l’Égypte ancienne par ses crues qui fertilisaient et irriguaient les terres le bordant, les romains ensuite avec les thermes qui étaient voués à deux usages : les bains hygiéniques et les immersions dans les eaux curatives. Mais il n’en reste pas moins que la guérison thermale est due au pouvoir bénéfique de l’eau, qui provient donc du caractère sacré des divinités qui l’habitent. Ces deux exemples ne sont bien sûr qu’une infime partie des cultures polythéistes qui ont divinisé l’eau. Avec le judaïsme et ensuite le christianisme et l’islam, l’eau a perdu son caractère divin tout en conservant pour autant son aspect sacré. Dans cette partie du projet pluridisciplinaire, nous ne traiterons ainsi que du symbolisme de l’eau dans les trois grandes religions monothéistes. Cette brève étude sera complétée par les interviews d’un rabbin, d’un prêtre et d’un imam qui nous dirons ce que représente l’eau pour eux dans leur lien intime avec la pratique de leur religion. En effet, les religions du Livre – judaïsme, christianisme et islam – ont toutes pris naissance dans des zones désertiques, où l’eau reste précieuse,  » don de Dieu « .

L’eau dans l’ancien Testament apparaît comme «   principe créateur, au travers des nuées, brouillards (…). C’est de l’eau et de la terre qu’est façonné le premier homme « . L’épisode du déluge montre ensuite le caractère destructeur et purificateur de l’eau : les hommes qui ne respectent pas la loi divine sont noyés et seul Noé et son Arche survivront aux flots dévastateurs. Le symbole de l’arc en ciel, qui crée l’alliance entre Dieu et les hommes sauvés a ses fondements … sur l’océan. Il est intéressant de noter que de nombreux travaux ont démontré l’existence d’un tel épisode dans les textes fondateurs des grandes civilisations, comme l’Amérique Latine, l’Egypte ou la civilisation mésopotamienne, où l’on retrouve des éléments de déluge liés à une notion de jugement et de sélection par les flots à la fois dévastateurs et purificateurs. Le déluge reste dans la plupart des cas rattaché à une faute rituelle, issue des péchés des hommes ou de la décrépitude du monde. Le déluge est ainsi la re-création du monde, sa régénération. Citons par exemple les religions australiennes, où une grenouille géante absorbe toutes les eaux. Soufrant de la soif, les animaux décident de faire rire la grenouille, qui alors libère les eaux emprisonnées. La Parole, tant dans le Deutéronome que dans la Thora et ses 613 Tables de la Loi, est comparée à une pluie bénéfique, chargée de s’infiltrer sur la terre. L’eau, élément protecteur des bons et destructeurs des méchants, se retrouve dans l’épisode du passage de la Mer Rouge par Moïse, lui même «   sauvé des eaux « . Dans le cantique des cantiques, la fiancée, la Terre d’Israël, est désignée comme la fontaine des jardins. L’eau est également présente sous forme de rosée, et ainsi la Rosée de Pâques symbolise la survie du peuple hébreux, cette renaissance ou résurrection est symbolisée par le jour nouveau et la manifestation bénéfique de l’aube au travers de la rosée. Il semble que les rites de purification aient été poussés très loin du temps du Christ, peut-être à cause des épidémies de peste. Par exemple, les esséniens pratiquaient un bain de purification avant chaque repas, comme l’indiquent le nombre de piscines retrouvées à Qumram.

L’eau et le judaïsme
Les premiers rites
Le rite et les symboles liés à l’eau et la purification sont nombreux dans la religion juive.
L’eau intervient souvent dans le déroulement d’un culte comme vecteur de pureté et de spiritualité. Rappelons en effet que Moïse a dû laver son corps et ses vêtements pour recevoir la Loi divine. L’eau et l’action de se laver instaurent donc une limite entre le matériel et l’immatériel, entre l’homme et le divin. On retrouve le symbole de l’eau, lien visible entre le ciel et la terre. Les rites d’eau sont de trois types : ablution, aspersion ou immersion. Ils restent indissociables d’une purification qui d’abord s’appliquait surtout aux prêtes. Après la destruction du temple, ces sites ont concernés tous les pratiquants, la purification ayant valeur d’aide à reconstruire le temple.

Les rites de purification, consignés dans le Lévitique, sont :
«  Lavage des mains après avoir lu les textes religieux, de façon à bien dissocier la vie spirituelle de la vie matérielle
«  Immersion des femmes venant d’accoucher
«  Lavage des mains avant la prière du matin et avant de bénir chaque repas.
Il existe un rituel de contact entre l’eau et les mains : prendre par 3 fois de l’eau d’un pichet et la faire couler doucement sur chaque main. Ce temps permet là encore de créer  » un sasse  » entre les phases matérielle et spirituelle. Pour Pâques et Rosh Ashanah, le lavage des mains est instauré. La fête du Soukhot remonte à la tradition du second temple (VIè siècle avant JC) et symbolise les récoltes et vendanges automnales. Elle comprend toujours une prière pour la pluie et une évocation des eaux du ciel (nuages qui entourent le trône de Dieu). La fête de Shavouot (commémoration de la révélation faite à Moïse) est célébrée au Maroc en particulier en se jetant de l’eau les uns sur les autres pour fêter l’eau qui sauva Moïse.

Le bain rituel
Il se pratique dans le Miqvé. Les textes spécifient qu’ils doivent se faire dans des eaux non dormantes (eaux de pluie, rivières, sources, …). Le bassin d’eau de pluie qu’est le Miqvé représente ce lieu de purification. De taille suffisante pour recevoir plusieurs individus et pour qu’ils s’y immergent, c’est un lieu de culte et un lieu de rencontre où l’on vient se purifier ; comme par exemple pour marquer la fin des périodes menstruelles des femmes. Le Miqvé s’est étendu sur le pourtour de la méditerranée et en Europe centrale alors que les thermes romaines prenaient également de l’ampleur. Mais la signification reste opposée : les thermes romaines sont des lieux de plaisir et dévolus au corps alors que les miqvés sont parfois le centre de recueillement de la communauté juive, comme on peut encore le voir à Montpellier, Venise ou Cracovie. Originellement constitués pour des pays arides, ils ont souvent évolués, notamment en Europe, vers des bains enterrés, en relation directe avec les nappes phréatiques les plus pures.

L’eau dans le Nouveau Testament
L’ensemble des textes du nouveau testament reprend et prolonge les écrits anciens et en particulier les différents symboles. Les écrits se situent également dans la même zone géographique, où l’eau revêt une importance naturelle et sociale déterminante. Il n’est donc pas étonnant que nous retrouvions l’eau dans symbolique catholique, dans les rites de l’eucharistie et dans la plupart des paraboles. Par exemple l’eau du puits de la samaritaine : Jésus demande à boire à une étrangère et en échange dit «   qui boira l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai devient en lui source d’eau jaillissante en vie éternelle «   L’eau devient conductrice de divinité et de vie éternelle. Ce symbole est repris abondamment notamment par les grands mystiques comme Ste Thérèse d’Avila ou St Jean de la Croix : l’atteinte de la perfection divine ressemble à un arrosage et une irrigation de l’âme. Jésus commence sa vie publique en transformant l’eau en vin, lors des fêtes de Cana. Puis il guérit un paralytique en «   le jetant dans les eaux bouillonnantes « . Ensuite il marche sur l’eau. Alors qu’ils subissent une tempête importante et que la barque se remplit d’eau, «   lui, s’étant éveillé, imposa silence aux vents et aux flots, qui s’apaisèrent et il se fit un grand calme « . Un symbole souvent difficile à expliquer concerne sa crucifixion : au moment d’expirer, de son flanc sort de l’eau qui se mêle au sang.

L’eau et les religions chrétiennes
Les fêtes chrétiennes reprennent abondamment la symbolique de la purification. Le baptême reprend la scène décrite par les Evangiles où Jésus s’est fait immergé dans le Jourdain par Jean le Baptiste, moment où il reçoit la révélation : Dieu le désigne comme son fils et une colombe vient se poser sur son épaule. «   Moi, je vous baptise dans l’eau « , dit Jean  » et lui vous baptisera dans l’Esprit « . Les baptisés sont immergés partiellement ou aspergés pour devenir «   fils de Dieu  » : St Jean dit  » si quelqu’un ne renaît pas de l’eau et du St Esprit, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu  « .

Le sacrement du baptême
Ce sacrement se retrouve aujourd’hui chez tous les chrétiens, avec une présence plus ou moins forte de l’eau. On retrouve déjà des ablutions d’ordre initiatique dans les temples d’Isis et Mythra. Par différence aux religions plus anciennes, le baptême n’est donné qu’une fois, comme rite d’initiation. L’immersion des statues de saints semble issue de pratiques héritées de religions antérieures. Les chrétiens continuent à organiser des pèlerinages vers des lieux sacrés liés à l’eau (Saintes Marie de la Mer). Les Baptistes, qui regroupent des mouvements où la cérémonie du baptême et des ablutions joue un rôle central, pratiquent encore l’immersion complète. Les orthodoxes peuvent avoir des rites très complets d’immersion et d’onction d’huile. L’utilisation de l’eau dans le rite de la messe est importante : l’eau bénite est utilisée en introduction du sacrement, par aspersion de l’autel (5 croix). L’eau bénite provient de la bénédiction du samedi sain, alors que le saint crème, l’huile bénite est bénie lors de la messe du matin du jeudi saint. Souvent l’eau bénite est mélangée au saint crème. Après l’offertoire, moment où le prêtre accompagne la transfiguration du pain et du vin (coupé d’eau) et où l’assemblée communie, le prêtre se lave les mains. Un psaume l’accompagne, le psaume 26 «   lavabo (je laverai) « . Le terme Lavabo vient de cet usage. L’eau mélangée au vin lors de l’eucharistie représente l’humanité qui se mélange dans le sang du christ. Chez les orthodoxes, l’eau ajoutée est bouillante (la chaleur de la Foi qui a reçu l’Esprit sain). Comme nous l’avons déjà vu, l’eau (en particulier les sources) revêt une importance capitale au moyen âge. Les sources bénéfiques sont protégées par des saints et y sont attachées des légendes où se mêlent les épisodes religieux et des anciennes coutumes celtes ou druidiques. Les sources miraculeuses sont à elles seules des lieux de culte importants. On ne citera que celui qui rassemble tous les ans au mois d’Août un nombre important de malades croyants ou non : Lourdes. La coutume veut qu’ils soient plongés dans la source qui a jailli du rocher où Bernadette a vu la Vierge. Les pèlerins emportent souvent un peu d’eau miraculeuse avec eux.

L’eau dans le Coran
L’eau occupe une place prépondérante dans l’Islam, non seulement de par sa valeur intrinsèque, pour une civilisation qui s’est surtout développée dans des pays désertiques, mais aussi par la symbolique très précise qu’elle véhicule. En effet l’eau présente dans le désert revêt deux formes ambivalentes : l’eau destructrice des oueds et des orages et l’eau bienfaitrice des jardins luxuriants. Le Coran cite 63 fois le mot «   eau  » (ma’). C’est grâce à une source  » zam zam  » que la servante d’Israël qui porte son fils est sauvée. Cette source sacrée fait partie intégrante des sites du pèlerinage de La Mecque et le pèlerin doit s’y baigner et en rapporter quelques litres. Quand Mahomet reçoit la parole, il demande qu’on le couvre d’une cape et qu’on l’asperge d’eau.

La purification
Le coran dit ainsi «   Vous qui croyez, si vous vous mettez en devoir de prier, alors rincez-vous le visage et les mains, jusqu’aux coudes, passez-vous la main sur la tête et sur les pieds jusqu’aux chevilles. Si vous êtes en état d’impureté, alors purifiez-vous « . La purification, comme pour les autres religions du Livre, revêt donc un aspect fondamental, mais cette fois au quotidien. En effet les musulmans se purifient avant les cinq prières quotidiennes par un rite très précis, touchant et aspergeant toutes les parties du corps dans un ordre très précis, de la tête vers les pieds, en commençant par le côté droit du corps. L’eau utilisée doit elle même être pure et n’avoir eu aucun contact avec des impuretés ou des êtres impurs.

Le pèlerinage à la Mecque
Evènement très important dans la vie d’un musulman, le pèlerinage répond à un trajet très précis, passant en particulier par la source sacrée de zam zam. Les pèlerins doivent se baigner (ou du moins accéder à l’eau et s’asperger) et se recouvrir d’un linge blanc, puis continuer jusqu’à la cité sainte, où les dernières étapes évoquent l’eau à de multiples reprises.

Les lieux d’ablution
La fontaine au centre de la cour de la Mosquée semble provenir de la coutume architecturale romaine du Pluvarium, destinée à recevoir les eaux de pluie et à maintenir une certaine humidité dans les villas. Elle est parfois transformée en puits plus ou moins ouvragé, et sert aux croyants dans le rite de purification. La piscine rituelle, Midha, a bien sûr comme origine la midva judaïque. Sa forme et sa localisation sont très semblables, mais son usage reste plus rituel et moins communautaire. Le Hammam est à l’origine un lieu de purification et de recentrage sur soi important. Plus proche du lieu de vie communautaire que la midha, il reste encore aujourd’hui un lieu privilégié de détente et de confidence.

LE PATRIARCHE MARONITE ACHÈVE SA VISITE OFFICIELLE EN FRANCE

du site:

http://www.zenit.org/article-28893?l=french

LE PATRIARCHE MARONITE ACHÈVE SA VISITE OFFICIELLE EN FRANCE

La communion avec Dieu, pour une société juste et pacifique

ROME, Dimanche 11 septembre 2011 (ZENIT.org) – Le patriarche Béchara Raï invite à vivre la « communion » avec Dieu pour que la société devienne plus juste et que la paix règne au Moyen Orient. Il indique les trois principaux dangers des bouleversements actuels dans le pourtour méditerranéen.
Le patriarche maronite Béchara Raï a en effet achevé sa visite officielle en France au milieu de la communauté maronite de l’Ile de France et des amis français de l’Eglise du Liban, à Suresnes, en l’église Saint-Leufroy.
L’intérêt des autorités françaises
Le nouveau patriarche maronited’Antioche et de tout l’Orient,S. B. Mar Béchara Boutros Raï aeffectué une visite officielle en France (3-11 septembre), à l’invitation du président Sarkozy : une tradition « historique » après l’élection d’un patriarche maronite, qui a rang de visite de Premier ministre. Et une visite marquée par les événements qui ont bouleversé le printemps et l’été des pays du pourtour méditerranéen.
Le patriarche a remercié les autorités françaises de leur accueil « chaleureux », et il a évoqué cette tradition « multiséculaire » d’amitié qui remonte au Moyen Age et au roi de France saint Louis.
Pour S. B. Béchara Raï, la mission qu’il porte est marquée par le poids de 1600 ans d’histoire et s’inscrit dans la suite du ministère de 76 patriarches qui l’ont précédé.
Il insiste sur cette responsabilité vis-à-vis de toute « l’Eglise catholique, de l’Eglise d’Orient et de l’Eglise maronite », de transmettre ce patrimoine spirituel du Liban et des chrétiens du Moyen Orient, ou dispersés dans le monde.
Les dangers qui guettent le « printemps arabe »
Il dit avoir « apprécié l’intérêt » que lui ont manifesté « le président, les autorités, le peuple français », pour « le Liban et pour les chrétiens du Moyen-Orient ».
Partageant son analyse des événements actuels, il a insisté sur le fait que « tous les peuples ont besoin de vivre dignement et dans la liberté ».
Il a aussi partagé ses craintes devant trois dangers principaux : que les événements dégénèrent en « guerre civile » ; que les nations « s’effritent en mini-Etats confessionnels » dirigés par « des régimes plus durs » ; et que « les responsables du monde et de la communauté internationale aient à veiller sur l’établissement d’une paix juste et durable, sur la concorde et la sécurité » des pays du Moyen Orient.
« Le Moyen Orient mérite de vivre en paix, a le droit de vivre dignement », a insisté le patriarche maronite en appelant les chrétiens à la prière par l’intercession de Notre-Dame du Liban, pour que soit vécue la devise patriarcale qu’il a choisie : « Communion et amour ».
Communion avec Dieu et justice sociale
« Oui, a-t-il expliqué, nous avons besoin de communion dans sa dimension verticale, avec Dieu », dans un monde largement « sécularisé » : une communion qui se réalise à la fois « par la prière, par la pratique des « sacrements », par la fidélité aux « enseignements de l’Eglise », une communion qui est, « dans les cœurs, le fruit de l’Esprit Saint ».
Le patriarche souligne que cette communion se réalise alors aussi dans sa dimension « horizontale », dans les familles, la société, les Etats, par l’amour qui permet de « comprendre », « avoir confiance », d’ « édifier une société plus juste, plus pacifique, plus paisible ».
Après son allocution en arabe sur les mêmes thèmes, le patriarche a conclu la prière par la bénédiction de l’assemblée, avec l’icône de saint Charbel.
L’évêque auxiliaire de Nanterre, Mgr Nicolas Brouwet, le vicaire général de Paris pour les Orientaux, Mgr Claude Bressolette,Mgr Saïd Elias Saïd, vicaire patriarcal en France, curé de Notre-Dame du Liban et directeur du Foyer Franco-Libanais, ont participé à la rencontre, a constaté Zenit. Ils ont été accueillis par le P. AbboudChahwan, supérieur de la communauté Saint-Charbel.
Le patriarche était aussi accompagné de Mgr Samir Mazloum, visiteur apostolique pour les maronites en Europe, de Mgr Boulos Matar évêque de Beyrouth, et de Mgr Roland Abou Jaoudé, vicaire patriarcal.
Une semaine en France
Arrivé samedi 3 septembre à Paris, il avait présidé la messe patriarcale dimanche, 4 septembre, en l’église Notre-Dame du Liban, rue d’Ulm. Le lendemain, il avait rencontré le président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon, mais aussi le président du Sénat, Gérard Larcher, le ministre des Affaires étrangères, ministre d’État, Alain Juppé, le ministre de l’Intérieur et des cultes Claude Guéant, et le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer.
Il a ensuite rencontré l’ensemble de l’Equipe de l’OEuvre d’Orient, puis le cardinal archevêque de Paris, André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France.
L’Oeuvre d’Orient a des liens historiques avec la communauté chrétienne libanaise : c’est en 1856 qu’est née « l’Œuvre des Ecoles d’Orient », une association destinée à venir en aide aux enfants du Liban.
Cette visite était aussi un pèlerinage et une occasion de prier avec le maronites et les catholiques de France : le patriarche s’est rendu à Lourdes et à Marseille et il a rencontré la communauté maronite et les plus hautes autorités civiles et ecclésiastiques des deux villes.
Une courte vidéo sur le pèlerinage à Lourdes avec quelques mots du patriarche est disponible en ligne à l’adresse :
http://youtu.be/3n3Rmk0dM1U
Mgr Béchara Raï, 71 ans, alors évêque de Jbeil, a été élu, le 25 mars dernier, pour succéder au cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, âgé de 91 ans et qui a été le chef de l’Église maronite pendant 25 ans.
En France, selon les chiffres de l’Oeuvre d’Orient, la communauté maronite compte 80 000 membres, dont 50 000 en région parisienne.
Anita S. Bourdin

BENOÎT XVI ET LA SOUFFRANCE : « MOI AUSSI JE ME POSE LES MÊMES QUESTIONS »

du site:

http://www.zenit.org/article-27699?l=french

BENOÎT XVI ET LA SOUFFRANCE : « MOI AUSSI JE ME POSE LES MÊMES QUESTIONS »

Interview exceptionnelle du pape à la télévision italienne pour le Vendredi Saint

ROME, Vendredi 22 avril 2011 (ZENIT.org) – « Moi aussi je me pose les mêmes questions. Pourquoi devez-vous tant souffrir, alors que d’autres vivent aisément ? Nous n’avons pas les réponses, mais… » c’est le début de la réponse de Benoît XVI à une Japonaise de 7 ans, Elena.
Benoît XVI a accordé une interview exceptionnelle à RAI 1, première chaîne télévisée du service public italien, dans le cadre de l’émission « A Sua immagine » (« A son image »).
Le pape a accepté de répondre à des questions envoyées à l’avance par des téléspectateurs de différents pays. L’émission, enregistrée, a été diffusée aujourd’hui, à l’occasion du Vendredi Saint, de 14h10 à 15 h 30.
Une petite fille du Japon a été la première à poser sa question, mais aussi des jeunes d’Irak, une musulmane de Côte d’Ivoire, une maman dont le fils est en état végétatif… des questions sur la douleur, la paix, la persécution.
Voici la transcription et la traduction en français de ces sept questions diffusée par la Salle de presse du Saint-Siège :
1- Question d’une petite fille du Japon – Je m’appelle Elena, je suis Japonaise et j’ai sept ans. J’ai très peur car la maison dans laquelle je me sentais en sécurité a tremblé, énormément, et beaucoup d’enfants de mon âge sont morts. Je ne peux pas aller jouer au parc. Je vous demande : pourquoi dois-je avoir si peur ? Pourquoi les enfants doivent-ils être si tristes ? Je demande au Pape qui parle avec Dieu de me l’expliquer.
Benoît XVI – Chère Elena, je te salue de tout coeur. Moi aussi je me pose les mêmes questions. Pourquoi devez-vous tant souffrir, alors que d’autres vivent aisément ? Nous n’avons pas les réponses, mais nous savons que Jésus a souffert comme vous, innocent, que le vrai Dieu qui se montre en Jésus est à vos côtés. Cela me semble très important, même si nous n’avons pas de réponse et si la tristesse demeure : Dieu est à vos côtés et vous pouvez être certains que cela vous aidera. Et un jour, nous comprendrons pourquoi il en était ainsi. Pour le moment, il me semble important que vous sachiez : « Dieu m’aime, même s’il semble ne pas me connaître. Non, il m’aime, il est à mes côtés ». Et vous devez être sûrs que dans le monde, dans l’univers, beaucoup sont avec vous, pensent à vous, font leur possible pour vous, pour vous aider. Et soyez conscients qu’un jour, vous comprendrez que cette souffrance n’était pas vide, n’était pas vaine, mais que, derrière elle, il y a un bon projet, un projet d’amour. Ce n’est pas par hasard. Sois sûre que nous sommes avec toi et avec tous les enfants japonais qui souffrent, que nous voulons vous aider par la prière et par nos actes, et soyez sûrs que Dieu vous aide. Et c’est pourquoi nous prions ensemble pour que la lumière vous éclaire au plus vite.
2 – Question d’une maman italienne, Maria Teresa – Sainteté, l’âme de mon fils Francesco qui est dans un état végétatif depuis le jour de Pâques 2009, a-t-elle abandonné son corps, vu qu’il n’est plus conscient, ou est-elle encore en lui ?
Benoît XVI – Bien sûr, son âme est encore présente dans son corps. La situation, est un peu celle d’une guitare dont les cordes sont détruites et ne peuvent plus résonner. L’instrument qu’est le corps, est lui aussi fragile, il est vulnérable, et l’âme ne peut résonner, pour ainsi dire, mais elle est bien présente. Je suis aussi certain que cette âme cachée ressent en profondeur votre amour, même si elle n’en comprend pas les détails, les paroles, etc. Mais elle sent la présence d’un amour. Et c’est pourquoi votre présence, chers parents, chère maman, près de lui, chaque jour, durant des heures, est un véritable acte d’amour de grande valeur, parce que cette présence entre dans la profondeur de cette âme cachée et votre acte est ainsi également un témoignage de foi en Dieu, de foi en l’homme, de foi, disons, d’engagement pour la vie, de respect pour la vie humaine, y compris dans les situations les plus tristes. Je vous encourage donc à continuer, sachant que vous rendez un grand service à l’humanité par ce geste de confiance, par ce signe de respect de la vie, par cet amour pour un corps déchiré, une âme souffrante.
3 – Question de jeunes d’Irak, de Bagdad, où les chrétiens sont persécutés – Bonjour au Saint-Père depuis l’Irak. Nous, les chrétiens de Bagdad, avons été persécutés comme Jésus. Saint-Père, selon vous, de quelle façon pouvons-nous aider notre communauté chrétienne à reconsidérer son souhait d’émigrer dans d’autres pays, en la convaincant que partir n’est pas la seule solution ?
Benoît XVI – Je voudrais, avant tout, saluer de tout coeur tous les chrétiens d’Irak, nos frères, et je dois dire que je prie chaque jour pour les chrétiens en Irak. Ce sont nos frères souffrants, comme dans d’autres endroits du monde aussi, et ils sont donc particulièrement chers à notre coeur. Nous devons faire notre possible pour qu’ils puissent rester, pour qu’ils puissent résister à la tentation de migrer qui est très compréhensible vu les conditions dans lesquelles ils vivent. Je dirais qu’il est important que nous soyions proches de vous, chers frères d’Irak, que nous voulons vous aider, même quand vous venez chez nous, et vous recevoir réellement comme des frères. Naturellement, les institutions, tous ceux qui ont réellement la possibilité de faire quelque chose en Irak pour vous, doivent le faire. Le Saint-Siège est en contact permanent avec les différentes communautés, pas seulement avec les communautés catholiques, mais aussi avec les autres communautés chrétiennes, et aussi avec nos frères musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites. Nous voulons faire un travail de réconciliation, de compréhension, également avec le gouvernement, pour l’aider dans ce chemin difficile de recomposer une société déchirée. Parce que le problème est là : la société est profondément divisée, déchirée et il n’y a plus cette conscience d’être, dans la diversité, un peuple avec une histoire commune, et où chacun à sa place. Ils doivent reconstruire cette conscience que, dans la diversité, ils ont une histoire en commun, une détermination commune. Nous voulons, par le dialogue, avec les différents groupes, aider le processus de reconstruction et vous encourager, chers frères chrétiens d’Irak, à avoir confiance, à être patients, à avoir confiance en Dieu et à collaborer dans ce processus difficile. Soyez assurés de notre prière.
4 – Question de Bintù, une femme musulmane de Côte d’Ivoire, frappée par la guerre civile, qui commence par une salutation en arabe signifiant : « Que Dieu soit au milieu de toutes les paroles que nous nous échangerons et que Dieu soit avec toi ». Elle demande ensuite en français : Cher Saint-Père, ici en Côte d’Ivoire, nous avons toujours vécu en harmonie entre chrétiens et musulmans. Les familles sont souvent formées de membres des deux religions. Il existe aussi une diversité d’ethnies, mais nous n’avons jamais eu de problèmes. Aujourd’hui, tout a changé : la crise que nous vivons, à cause de la politique, sème la division. Combien d’innocents ont perdu la vie ! Combien de réfugiés, combien de mamans et combien d’enfants traumatisés ! Les messagers ont exhorté à la paix, les prophètes ont exhorté à la paix. Jésus est un homme de paix. Vous, en tant qu’ambassadeur de Jésus, que conseilleriez-vous pour notre pays ?
Benoît XVI – Je voudrais répondre à ce salut : Dieu soit aussi avec toi, qu’il t’aide toujours. Je dois dire que j’ai reçu des lettres déchirantes de Côte d’Ivoire, qui rendent compte de toute la tristesse, de la profondeur de la souffrance, et je suis attristé que nous puissions faire si peu. Nous pouvons toujours faire une chose : être en union de prière avec vous et, dans la mesure du possible, agir dans la charité. Nous voulons surtout encourager, autant qu’il est possible, les contacts politiques et humains. J’ai chargé le Cardinal Turkson, qui est Président de notre Conseil Justice et Paix, d’aller en Côte d’Ivoire et de chercher à servir de médiateur, de parler avec les différents groupes, avec les différentes personnes pour encourager un nouveau départ. Nous voulons surtout faire entendre la voix de Jésus, auquel vous aussi vous croyez comme prophète. Il a toujours été l’homme de la paix. On pouvait s’attendre, lors de la venue de Dieu sur terre, à ce qu’il s’agisse d’un homme d’une grande force, qui détruise les puissances adverses, qu’il soit un homme de grande violence pour établir la paix. Rien de cela en fait. Il est venu faible avec la seule force de l’amour, totalement sans violence jusqu’à se laisser crucifier. Voilà le vrai visage de Dieu. La violence ne vient jamais de Dieu, elle n’aide jamais à faire de bonnes choses, elle est un moyen destructeur et ne constitue pas un chemin pour sortir des difficultés. Il est donc une forte voix contre tout type de violence. J’invite fortement toutes les parties à renoncer à la violence et à chercher les chemins de la paix. Vous ne contribuerez pas à la recomposition de votre peuple par la violence même si vous pensez avoir raison. La seule voie est de renoncer à la violence, de reprendre le dialogue et de tenter de trouver ensemble la paix avec une nouvelle attention de l’un pour l’autre, avec une nouvelle disponibilité à s’ouvrir l’un à l’autre. Et cela, chère Madame, est le vrai message de Jésus : chercher la paix par les moyens de la paix et cesser la violence. Nous prions pour vous, pour que tous les composants de votre société entendent cette voix de Jésus et que reviennent ainsi la paix et la communion.
5 – Question d’un Italien – Sainteté, que fait Jésus dans le laps de temps entre sa mort et sa résurrection ? Et puisque dans le Credo, on dit que Jésus, après la mort, est descendu aux Enfers, pouvons-nous penser que cela nous arrivera à nous aussi, après la mort, avant de monter au Ciel ?
Benoît XVI – Tout d’abord, cette descente de l’âme de Jésus ne doit pas être imaginée comme un voyage géographique, local, d’un continent à l’autre. C’est un voyage de l’âme. Nous ne devons pas oublier que l’âme de Jésus touche toujours le Père, qu’elle est toujours en contact avec le Père, mais qu’en même temps, cette âme humaine s’étend jusqu’aux dernières frontières de l’être humain. C’est pourquoi elle va en profondeur, aux égarés, vers tous ceux qui ne sont pas arrivés au but de leur vie et elle transcende ainsi les continents du passé. Ce passage de la descente de Jésus aux Enfers veut surtout dire que même le passé est rejoint par Jésus. Il embrasse le passé et tous les hommes de tous les temps. Les Pères disent, avec une image très belle, que Jésus prend Adam et Eve par la main, c’est-à-dire l’humanité, et la guide en avant, la guide vers le haut. Et il crée ainsi l’accès à Dieu, parce que l’homme, par lui même, ne peut atteindre la hauteur de Dieu. Lui même, en étant homme, en prenant l’homme par la main, ouvre l’accès. Qu’ouvre-t-il ? La réalité que nous appelons le Ciel. C’est pourquoi cette descente aux Enfers, c’est-à-dire dans les profondeurs de l’être humain, dans les profondeurs du passé de l’humanité, est une partie essentielle de la mission de Jésus, de sa mission de rédempteur et ne s’applique pas à nous. Notre vie est différente. Nous sommes déjà rachetés par le Seigneur et nous arrivons devant le visage du Juge, après notre mort, sous le regard de Jésus. Ce regard sera purifiant d’une part car je pense que tous, dans une plus ou moins grande mesure, nous aurons besoin de purification. Le regard de Jésus nous purifie et, ensuite, nous rend capable de vivre avec Dieu, de vivre avec les saints, de vivre surtout en communion avec les personnes qui nous sont chères et qui nous ont précédés.
6 – Question d’Italie – Sainteté, quand les femmes arrivent au Tombeau, le dimanche suivant la mort de Jésus, elles ne reconnaissent pas le maître et le prennent pour un autre. Et il en va de même pour les apôtres : Jésus doit montrer ses plaies, rompre le pain pour être reconnu précisément par ses gestes. Il est un vrai corps de chair mais aussi un corps glorieux. Le fait que son corps ressuscité n’ait pas les mêmes traits que celui d’avant, que cela signifie-t-il ? Que signifie exactement corps glorieux ? Et la Résurrection sera-t-elle ainsi pour nous ?
Benoît XVI – Naturellement, nous ne pouvons définir le corps glorieux parce qu’il est au-delà de nos expériences. Nous pouvons seulement enregistrer les signes que Jésus nous a donné pour comprendre au moins un peu dans quelle direction nous devons chercher cette réalité. Premier signe : le tombeau est vide. En fait, Jésus n’a pas laissé son corps se corrompre. Il nous a montré que même la matière est destinée à l’éternité, qu’il est réellement ressuscité, que rien n’est perdu. Jésus a pris aussi la matière avec lui et, ainsi, la matière a aussi la promesse de l’éternité. Mais ensuite, il a endossé cette matière dans une nouvelle condition de vie et ceci est le second point : Jésus ne meurt plus, il est en fait au-dessus des lois de la biologie, de la physique parce que l’on meurt si l’on est soumis à elles. Il existe donc une nouvelle condition, différente, que nous ne connaissons pas, mais qui se montre en Jésus. C’est la grande promesse pour nous tous d’un monde nouveau, d’une vie nouvelle vers laquelle nous sommes en marche. Et dans ces conditions, Jésus a la possibilité de se laisser toucher, de donner la main aux siens, de manger avec eux, tout en restant cependant au-dessus des conditions de la vie biologique telle que nous la vivons. Nous savons, d’une part, qu’il est un vrai homme, non un fantôme, vivant une vraie vie, mais une vie nouvelle qui n’est plus soumise à la mort et qui est notre grande promesse. Il est important de comprendre cela, dans la mesure du possible, pour l’Eucharistie. Dans l’Eucharistie, le Seigneur nous donne son corps glorieux. Il ne nous donne pas sa chair à manger au sens biologique. Il se donne lui-même, nouveauté qu’il est. Il entre dans notre « être » humains, dans notre et dans mon « être » personne, en tant que personne, et il nous touche intérieurement avec son être, de façon à ce que nous puissions nous laisser pénétrer par sa présence, transformer en sa présence. C’est un point important car nous sommes ainsi déjà en contact avec cette nouvelle vie, ce nouveau type de vie, étant lui entré en moi, et moi sorti de moi et qui m’étends vers une nouvelle dimension de vie. Je pense que cet aspect de la promesse, de cette réalité qu’il se donne à moi et me tire en dehors de moi, en hauteur, est le point le plus important. Il ne s’agit pas d’enregistrer des choses que nous ne pouvons pas comprendre, mais d’être en chemin vers la nouveauté qui commence, toujours, de nouveau, dans l’Eucharistie.
7 – Question du journaliste Rosario Carello – Sous la croix, nous assistons à un dialogue touchant entre Jésus, sa mère et Jean, dans lequel Jésus dit à Marie : « Voici ton fils », et à Jean : « Voici ta mère ». Dans votre dernier livre, « Jésus de Nazareth », vous définissez cela comme « la dernière volonté de Jésus ». Comment devons-nous comprendre ces paroles ? Quel sens avaient-elles à ce moment et quel sens ont-elles aujourd’hui ? Et à propos de confiance, avez-vous à coeur de renouveler une consécration à la Vierge au début de ce troisième millénaire ?
Benoît XVI – Ces paroles de Jésus sont surtout un acte très humain. Nous voyons Jésus comme un vrai homme qui pose un acte d’homme, un acte d’amour pour sa mère en confiant sa mère au jeune Jean pour qu’elle soit en sécurité. Une femme seule, en Orient, à cette époque, était dans une situation impossible. Il confie sa maman à ce jeune homme et lui donne sa mère. Jésus agit ainsi vraiment comme un homme avec un sentiment profondément humain. Cela me semble très beau, très important, qu’avant toute théologie, nous voyons ici la vraie humanité, le vrai humanisme de Jésus. Mais naturellement, ce geste prend différentes dimensions et ne concerne pas seulement ce moment, mais toute l’histoire. Jésus nous confie tous avec Jean, toute l’Eglise, tous ses futurs disciples, à sa mère et sa mère à nous. Et cela s’est réalisé au cours de l’histoire : l’humanité et les chrétiens ont davantage compris que la mère de Jésus est leur mère. Et ils se sont davantage confiés à sa Mère : pensons aux grands sanctuaires, pensons à cette dévotion pour Marie où les gens entendent toujours plus « Voici ta Mère ». Et certains qui ont du mal à accéder à Jésus dans sa grandeur de fils de Dieu, se confient sans difficulté à sa Mère. On peut dire : « Mais cela n’a aucun fondement biblique ! ». Je répondrai ici avec saint Grégoire le Grand : « C’est en lisant -a-t-il dit- que grandissent les paroles de l’Ecriture ». En fait, elles se développent dans la réalité, grandissent, et cette Parole se développe toujours plus dans l’histoire. Nous voyons comment nous pouvons être tous reconnaissants parce que notre Mère existe réellement, une mère qui nous a été donnée à tous. Nous pouvons aller avec une grande confiance vers cette Mère qui est, pour chaque chrétien, sa Mère. D’autre part, cette Mère représente aussi l’Eglise. Nous ne pouvons pas être chrétiens tout seuls, avec un christianisme construit à notre idée. La Mère est l’image de l’Eglise, de l’Eglise-Mère, et en nous confiant à Marie, nous devons aussi nous confier à l’Eglise, vivre l’Eglise, être l’Eglise avec Marie. Et j’en arrive ainsi au point de la consécration : les Papes -que ce soit Pie XII, Paul VI ou Jean-Paul II, ont fait un grand acte de consécration à la Vierge et, il me semble que, comme geste devant l’humanité, devant Marie elle-même, c’était un geste très important. Je pense que maintenant, il est important d’intérioriser cet acte, de nous laisser pénétrer, de le réaliser en nous-mêmes. C’est pourquoi, je me suis rendu dans quelques grands sanctuaires mariaux dans le monde : Lourdes, Fatima, Czestochowa, Altötting…, toujours avec cette idée de concrétiser, d’intérioriser cet acte de consécration pour qu’il devienne réellement notre acte. Je pense que l’acte grand, public, a été fait. Peut-être, un jour, sera-t-il nécessaire de le répéter, mais aujourd’hui, il me semble plus important de le vivre, de le réaliser, d’entrer dans cette confiance pour qu’elle soit réellement nôtre. Par exemple, à Fatima, j’ai vu combien les personnes présentes sont réellement entrées dans cette confiance, se sont confiées, ont concrétisé en elles-mêmes, pour elles-mêmes cette confiance. C’est ainsi qu’elle devient réalité dans l’Eglise vivante et c’est aussi comme cela que grandit l’Eglise. La confiance commune à Marie, le fait de nous laisser tous pénétrer par sa présence et former, entrer en communion avec Marie, nous rend Eglise, nous fait devenir, avec Marie, réellement cette épouse du Christ. Je n’ai donc pas l’intention pour le moment de faire une nouvelle consécration publique, mais je voudrais vous inviter davantage à entrer dans cette confiance déjà posée pour qu’elle soit une réalité vécue par nous, chaque jour, et que grandisse ainsi une Eglise vraiment mariale qui est Mère, Epouse et Fille de Jésus.

Traduction française distribuée par la salle de presse du Saint-Siège

SOEUR MARIE SIMON-PIERRE, GUÉRIE PAR L’INTERCESSION DE JEAN-PAUL II

du site:

http://www.zenit.org/article-27756?l=french

SOEUR MARIE SIMON-PIERRE, GUÉRIE PAR L’INTERCESSION DE JEAN-PAUL II

ROME, Vendredi 29 avril 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le témoignage de Soeur Marie Simon-Pierre, religieuse française de la Congrégation des petites soeurs des maternités catholiques, guérie de la maladie de Parkinson de façon soudaine et scientifiquement inexplicable. C’est le miracle qui a été attribué à l’intercession de Jean-Paul II pour sa béatification, dimanche 1er mai.

Témoignage de Sœur  Marie  Simon-Pierre
J’étais atteinte d’une maladie de PARKINSON diagnostiquée en juin 2001, celle-ci était latéralisée à gauche ce qui m’handicapait beaucoup, étant gauchère. La maladie évoluait doucement au début mais, au bout de 3 ans les symptômes s’amplifiaient, accentuant les tremblements, les raideurs, les douleurs, les insomnies… A partir du 2 avril 2005 la maladie me ravageait de semaine en semaine, je me voyais diminuer de jour en jour, je ne pouvais plus écrire, étant gauchère ou si je le faisais, j’étais difficilement lisible. Conduire ne m’était quasiment plus possible hormis sur des trajets très courts
car ma jambe gauche connaissait des périodes de « blocage » et la raideur ne facilitait pas la conduite. Il me fallait de plus en plus de temps pour accomplir mon travail. Celui-ci était devenu très difficile, travaillant en milieu hospitalier. J’étais fatiguée et épuisée.
Après l’annonce du diagnostic, j’avais beaucoup de difficulté à regarder Jean-Paul II à la télévision. Cependant, j’étais très proche de lui par la prière et je savais que lui pouvait comprendre ce que je vivais. De même, j’admirais sa force et son courage qui me stimulaient pour me battre et aimer cette souffrance, car sans amour cela n’avait pas de sens. Je peux dire que c’était un combat au quotidien mais mon seul désir était de le vivre dans la foi et d’adhérer avec amour à la volonté du Père.
A Pâques 2005, je voulais regarder notre Saint Père Jean-Paul II à la télévision car je savais intérieurement que ce serait la dernière fois que je pourrais le voir. Toute la matinée, je me suis préparée à cette rencontre sachant que cela serait très difficile pour moi (il me renvoyait à ce que je serais dans quelques années). Cela était dur pour moi étant relativement jeune. Mais un imprévu dans le service ne me permit pas de le revoir.
Puis, le 2 avril 2005 au soir, nous étions réunies en communauté pour vivre en direct avec ROME la veillée de prière sur la Place Saint Pierre grâce à la chaîne de télévision française du diocèse de Paris (KTO). Avec mes Sœurs, nous avons appris en direct le décès de Jean-Paul II. Pour moi, tout a basculé, c’était l’effondrement, je venais de perdre un ami, celui qui me comprenait et me donnait la force d’avancer.
Dans les jours qui suivirent, je ressentis comme un grand vide mais en même temps j’avais la certitude qu’il était toujours présent.
Le 13 mai, en la fête de Notre Dame de Fatima, le Pape Benoît XVI rend officielle la dispense pour l’ouverture du Procès de Béatification de Jean-Paul II. A partir du 14 mai, mes Sœurs de toutes les communautés de France et d’Afrique ont prié par l’intercession de Jean-Paul II pour demander ma guérison. Elles prieront sans relâche jusqu’à l’annonce de ma guérison.
J’étais à ce moment-là en vacances. Mon temps de repos terminé, je rentre ce 26 mai, complètement épuisée par la maladie. Or, depuis ce 14 mai, un verset de l’Evangile de Saint Jean m’habite : « Si tu crois, tu verras la Gloire de Dieu ».
Le 1er juin, je n’en peux plus, je lutte pour avancer et tenir debout.
Le 2 juin après-midi, je vais trouver ma supérieure pour lui demander d’arrêter mon activité professionnelle. Celle-ci, me demande de tenir encore un peu jusqu’à mon retour de Lourdes au mois d’août et elle ajoute : « Jean-Paul II n’a pas dit son dernier mot. » Au cours de cette rencontre avec ma supérieure, Jean-Paul II était présent à notre échange, échange qui s’est déroulé dans la paix et la sérénité. Elle me tend un stylo et me demande d’écrire « Jean-Paul II », il est 17 heures. Avec beaucoup de difficultés, j’écris « Jean-Paul II ». Devant l’écriture illisible nous restons un long moment en silence. La fin de la journée se déroule comme les autres.
Après la prière du soir de 21 heures, je repassai par mon bureau puis regagnai ma chambre. Il était entre 21h30 et 21h45. J’ai ressenti alors le désir de prendre un stylo pour écrire. Un peu comme si quelqu’un me disait : « prends ton stylo et écris. » A ma grande surprise, l’écriture était très lisible. Je ne compris pas très bien et je me couchai. Cela faisait exactement 2 mois que Jean-Paul II nous avait quitté pour la Maison du Père. A 4h30, je me réveillais, stupéfaite d’avoir dormi. D’un bond, je sortais de mon lit, mon corps n’était plus endolori, plus aucune raideur et intérieurement je n’étais plus la même.
Puis, un appel intérieur, une force me poussait à aller prier devant le Saint-Sacrement. Je descendis à l’oratoire. Je priais devant le Saint Sacrement. Une grande paix m’enveloppait, une sensation de bien-être. Quelque chose de trop grand, un mystère difficile à expliquer avec des mots. Ensuite, toujours devant le Saint-Sacrement, je méditais les mystères lumineux de Jean-Paul II.
Puis, à 6 heures, je suis sortie pour rejoindre mes sœurs à la Chapelle pour un temps d’oraison suivi de l’Eucharistie. J’avais environ 50 mètres à parcourir et là je me suis aperçue que mon bras gauche balançait à la marche contrairement à d’habitude où celui-ci restait immobile le long de mon corps. Je remarquais aussi une légèreté dans tout mon corps, une souplesse que je ne connaissais plus depuis longtemps. Au cours de cette Eucharistie, j’étais habitée par une grande joie et une grande paix. C’était le 3 juin, fête du Cœur Sacré de Jésus. A la sortie de la messe, j’étais convaincue que
j’étais guérie… ma main ne tremblait plus du tout. Je partis écrire de nouveau et à midi j’arrêtai brutalement tous mes médicaments.
Le 7 juin, je me suis rendue comme prévu chez le neurologue qui me suivait depuis 4 ans. Celui-ci a constaté avec surprise la disparition de tous les signes alors que je ne prenais plus de traitement depuis 5 jours. Dès le lendemain, ma supérieure générale a confié notre action de grâce à toutes les communautés. Toute la congrégation a alors commencé une neuvaine d’action de grâce à Jean-Paul II.
Cela fait maintenant 10 mois que j’ai cessé tout traitement. J’ai repris une activité normale, j’écris sans aucune difficulté, je conduis de nouveau et sur de très longues distances. Je peux dire que cela est comme une seconde naissance, une nouvelle vie car rien n’est plus comme avant.
Aujourd’hui, je peux dire qu’un ami est parti loin de notre terre et est cependant si proche maintenant de mon cœur. Il a fait grandir en moi le désir de l’adoration du Saint Sacrement. Et l’amour de l’Eucharistie qui ont une place primordiale dans ma vie de chaque jour.
Ce que le Seigneur m’a donné de vivre par l’intercession de Jean-Paul II est un grand mystère difficile à expliquer avec des mots, tellement c’est grand, tellement c’est fort …mais rien est impossible à Dieu.

Oui, « si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ».

Sœur Marie Simon-Pierre
(Témoignage partagé avec la cause de béatification de Jean-Paul II)

Brèves réflexions d’un pèlerin…

du site:

http://www.assomptionorient.altervista.org/actualites/archivio/francia%2006/pel_fr.htm

Brèves réflexions d’un pèlerin…
(Orthodoxie)

Comment se préparer à un pèlerinage en vivant dans un milieu orthodoxe ?
Est-ce qu’on peut trouver dans la riche spiritualité de l’Eglise Orientale des textes qui puissent nous aider dans une démarche de pèlerinage ?
Voilà les questions peut-être un peu naïves qui ont déclanché ma réflexion à l’occasion du pèlerinage à Lourdes de nos paroissiens et des frères orthodoxes qui ont partagé avec nous cette expérience.
« Par la grâce de Dieu, je suis homme et chrétien, par action grand pécheur, par état pèlerin sans abri, de la plus basse condition, toujours errant de lieu en lieu. Pour avoir, j »ai sur le dos un sac avec du pain sec, dans ma blouse la sainte Bible et c’est tout… »
Tout le monde reconnaîtra dans ces mots le début du fameux «Récit d’un pèlerin russe ».
L’auteur inconnu de ce livre nous a laissé un témoignage inoubliable sur la puissance de la prière et sur la nécessité pour chacun de nous de se « mettre en chemin ».
Le pèlerinage de cet homme trouve sa source dans un désir profond qui se révèle au contact de la Parole :
«…on lisait l’Épître de l’Apôtre aux Thessaloniciens, au passage où il est dit : Priez sans cesse. Cette parole pénétra profondément dans mon esprit et je me demandais comment il est possible de prier sans cesse alors que chacun doit accomplir de nombreux travaux pour subvenir à sa propre vie… ».
Se mettre en chemin est avant tout une réponse à un appel de Dieu qui nous invite à Le rencontrer sur les routes de notre vie.
Poussez par la parole de Dieu, le protagoniste du livre, commence un long itinéraire spirituel où la prière du cœur aura une place privilégiée. Le starets qu’il rencontrera, lui confiera que : « …l’Apôtre place la prière au-dessus de tout : Je vous conjure avant tout de prier (1 Tm. 2,1). Beaucoup de bonnes oeuvres sont demandées au chrétien, mais l’œuvre de la prière est au-dessus de toutes les autres, car, sans elle, rien de bien ne peut s’accomplir…»
Être pèlerin, c’est avant tout une disposition intérieure à reconnaître la précarité de notre condition humaine avec la conscience que la vie est, en elle-même, un pèlerinage.
La prière est le moyen qui nous est donné pour parcourir notre route car : « sans elle, rien de bien ne peut s’accomplir…»
Ce moyen, explique le starets au pèlerin,  est  une « expérience active dans la simplicité du cœur…expérience nourrie par l’action ». C’est aussi un chemin de perfection qui ne dépend pas de nous : «…Seule la fréquence a été laissée en notre pouvoir… ».
Il est évident que dans la Tradition Orientale la distinction entre action et contemplation n’a pas beaucoup de sens : la prière est l’action fondamentale, qui est à l’origine de toutes les autres actions.  
Dans l’homélie tenue à Munich, pendant son récent voyage en Allemagne, le pape, citant les évêques d’Asie et d’Afrique, soulignait : « …L’expérience de ces évêques est justement que l’évangélisation doit avoir la priorité, que le Dieu de Jésus Christ doit être connu, cru et aimé, qu‘Il doit convertir les cœurs, afin que les choses sociales aussi puissent progresser, afin que la réconciliation progresse… » ‘
«Le fait social et l’Evangile sont inséparables » affirmait le pape avant d’expliquer : « Là où nous portons aux hommes seulement nos connaissances, nos savoir faire, nos capacités techniques et nos instruments, nous leur apportons trop peu ».
La sensibilité orientale aurait traduit ces mots en disant qu’il faut aider les hommes à devenir « pèlerins »
« Nous entrâmes dans sa cellule et le starets m’adressa les paroles suivantes : La prière de Jésus, intérieure et constante, est l’invocation continuelle et ininterrompue du nom de Jésus par les lèvres, le cœur et l’intelligence, dans le sentiment de sa présence, en tout lieu, en tout temps même pendant le sommeil. Elle s’exprime par ces mots : ?Seigneur Jésus-Christ, ayez pitié de moi ! ? »
Le « récit d’un pèlerin russe » nous montre bien la richesse d’une voie spirituelle, celle de l’Eglise d’Orient, où la prière du cœur (appelée aussi ‘prière de Jésus’) est une tradition ancienne et vénérable et en quelque sorte l’âme de la théologie orientale.
Nous savons que, dans la Tradition biblique, invoquer le nom Dieu signifie rendre présent Sa personne.
Cette présence incessante nous transforme, nous transfigure, nous rend semblables à Celui que nous invoquons. C’est un processus de « divinisation » qui se réalise à travers la communion de l’homme avec Dieu que permet la prière.
Quelquefois, peut-être même à l’Assomption, on pense connaître l’Orient en restant dehors, en le réduisant à des concepts. Cela n’est pas possible.
Il ne suffit pas de savoir tout sur l’Orient pour comprendre l’Orient.
Il faut en faire l’expérience. Il faut être pèlerins.
La prière incessante avec l’invocation du nom de Jésus est un don . C’est une démarche spirituelle confiée de façon particulière à ceux qui, à l’Assomption, font partie de la Mission d’Orient. Il faut créer une tradition fondée sur la vie vécue, à la suite du pèlerin russe et de tous ceux après lui, qui ont marché dans cette voie spirituelle.
Y- a –t-il  à l’Assomption des religieux, des religieuses, des laïcs amis, qui ont dans leur cœur le désir de vivre leur pèlerinage en se laissant conduire par la prière du cœur ?
La réponse se trouve dans la pratique…
Pour savoir si le Seigneur m’appelle, il suffit que je commence à réciter avec les lèvres :
«Seigneur Jésus-Christ, ayez pitié de moi ! »
 
 P. Claudio

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 23 MARS 2011 : SAINT LAURENT DE BRINDISI

du site:

http://www.zenit.org/article-27372?l=french

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 23 MARS 2011 : SAINT LAURENT DE BRINDISI

Texte intégral

ROME, Mercredi 23 mars 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée par le pape Benoît XVI, ce mercredi, au cours de l’audience générale, dans la salle Paul VI, au Vatican.
Chers frères et sœurs,
Je me souviens encore avec joie de l’accueil joyeux qui m’a été réservé en 2008 à Brindisi, la ville où, en 1559, naquit un éminent docteur de l’Eglise, saint Laurent de Brindisi, nom que Giulio Cesare Rossi prit en entrant dans l’Ordre des capucins. Dès son enfance, il fut attiré par la famille de saint François d’Assise. En effet, devenu orphelin de père à l’âge de sept ans, il fut confié par sa mère aux soins des frères conventuels de sa ville. Quelques années plus tard, toutefois, il s’installa avec sa mère à Venise, et c’est précisément en Vénétie qu’il connut les capucins, qui à cette époque, s’étaient placés généreusement au service de l’Eglise tout entière, pour approfondir la grande réforme spirituelle promue par le Concile de Trente. En 1575, Laurent, à travers la profession religieuse, devint frère capucin, et en 1582, il fut ordonné prêtre. Dès l’époque de ses études ecclésiastiques, il révéla les éminentes qualités intellectuelles dont il était doté. Il apprit facilement les langues anciennes, comme le grec, l’hébreu et le syriaque, et les langues modernes, comme le français et l’allemand, qui s’ajoutaient à la connaissance de la langue italienne et latine, à l’époque couramment parlée par tous les ecclésiastiques et hommes de culture.
Grâce à la connaissance de tant de langues, Laurent put accomplir un intense apostolat auprès de diverses catégories de personnes. Prédicateur efficace, il connaissait de façon si profonde non seulement la Bible, mais également la littérature rabbinique, que les rabbins eux-mêmes en étaient stupéfaits et admiratifs, manifestant à son égard estime et respect. Théologien expert en Ecriture Sainte et en Pères de l’Eglise, il était en mesure d’illustrer de façon exemplaire la doctrine catholique également aux chrétiens qui, surtout en Allemagne, avaient adhéré à la Réforme. A travers une présentation claire et douce, il montrait le fondement biblique et patristique de tous les articles de la foi mis en discussion par Martin Luther. Parmi ceux-ci, le primat de saint Pierre et de ses successeurs, l’origine divine de l’épiscopat, la justification comme transformation intérieure de l’homme, la nécessité des bonnes œuvres pour le salut. Le succès dont Laurent bénéficia nous aide à comprendre qu’aujourd’hui aussi, en poursuivant avec tant d’espérance le dialogue œcuménique, la confrontation avec la Sainte Ecriture, lue dans la Tradition de l’Eglise, constitue un élément incontournable et d’une importance fondamentale, comme j’ai voulu le rappeler dans l’Exhortation apostolique Verbum Domini (n. 46).
Même les fidèles les plus simples, dépourvus d’une grande culture, tirèrent profit de la parole convaincante de Laurent, qui s’adressait aux personnes humbles pour rappeler à tous la cohérence de leur vie avec la foi professée. Cela a été un grand mérite des capucins et d’autres ordres religieux, qui, aux XVIe et XVIIe siècles, contribuèrent au renouveau de la vie chrétienne en pénétrant en profondeur dans la société à travers leur témoignage de vie et leur enseignement. Aujourd’hui aussi, la nouvelle évangélisation a besoin d’apôtres bien préparés, zélés et courageux, afin que la lumière et la beauté de l’Evangile prévalent sur les orientations culturelles du relativisme éthique et de l’indifférence religieuse, et transforment les diverses façons de penser et d’agir en un authentique humanisme chrétien. Il est surprenant que saint Laurent de Brindisi ait pu accomplir de façon ininterrompue cette activité de prédicateur apprécié et inlassable dans de nombreuses villes d’Italie et dans divers pays, alors qu’il occupait d’autres charges lourdes et de grandes responsabilités. Au sein de l’Ordre des capucins, en effet, il fut professeur de théologie, maître des novices, plusieurs fois ministre provincial et définiteur général, et enfin ministre général de 1602 à 1605.
Parmi tant de travaux, Laurent cultiva une vie spirituelle d’une ferveur exceptionnelle, consacrant beaucoup de temps à la prière et, de manière particulière, à la célébration de la Messe, qu’il prolongeait souvent pendant des heures, absorbé et ému par le mémorial de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Seigneur. A l’école des saints, chaque prêtre, comme cela a souvent été souligné au cours de la récente Année sacerdotale, peut éviter le danger de l’activisme, c’est-à-dire d’agir en oubliant les motivations profondes de son ministère, seulement s’il prend soin de sa propre vie intérieure. En s’adressant aux prêtres et aux séminaristes dans la cathédrale de Brindisi, la ville natale de saint Laurent, j’ai rappelé que « le moment de la prière est le plus important dans la vie du prêtre, celui où la grâce divine agit avec le plus d’efficacité, en donnant sa fécondité au ministère. Prier est le premier service à rendre à la communauté. Les temps de prière doivent donc avoir une véritable priorité dans notre vie… Si nous ne sommes pas intérieurement en communion avec Dieu nous ne pouvons rien donner, ni non plus aux autres. Dieu est donc la première priorité. Nous devons toujours réserver le temps nécessaire pour être en communion de prière avec notre Seigneur ». Du reste, avec l’ardeur incomparable de son style, Laurent exhorte chacun, et pas seulement les prêtres, à cultiver la vie de prière car au moyen de celle-ci nous parlons à Dieu et Dieu nous parle : « Oh, si nous considérions cette réalité ! – s’exclame-t-il -. C’est-à-dire que Dieu est vraiment présent à nous quand nous lui parlons en priant ; qu’il écoute vraiment notre prière, même si nous prions seulement avec le cœur et avec l’esprit. Et que non seulement il est présent et nous écoute, mais qu’il peut même et qu’il désire volontiers répondre, et avec le plus grand plaisir, à nos questions ».
Un autre trait qui caractérise l’œuvre de ce fils de saint François est son action pour la paix. Les Souverains Pontifes, ainsi que les princes catholiques lui confièrent à plusieurs reprises d’importantes missions diplomatiques pour résoudre des controverses et favoriser la concorde entre les Etats européens, menacés à cette époque par l’empire ottoman. L’autorité morale dont il jouissait faisait de lui un conseiller recherché et écouté. Aujourd’hui, comme à l’époque de saint Laurent, le monde a un grand besoin de paix, il a besoin d’hommes et de femmes pacifiques et pacificateurs. Tous ceux qui croient en Dieu doivent toujours être des sources et des agents de paix. Ce fut précisément à l’occasion d’une de ces missions diplomatiques que Laurent conclut sa vie terrestre, en 1619 à Lisbonne, où il s’était rendu auprès du roi d’Espagne, Philippe III, pour défendre la cause de ses sujets napolitains, opprimés par les autorités locales.
Il fut canonisé en 1881 et, en raison de son activité vigoureuse et intense, de sa science vaste et harmonieuse, il mérita le titre de Doctor apostolicus, « Docteur apostolique », que lui donna le bienheureux Pape Jean XXIII en 1959, à l’occasion du quatrième centenaire de sa naissance. Cette reconnaissance fut accordée à Laurent de Brindisi également parce qu’il fut l’auteur de nombreuses œuvres d’exégèse biblique, de théologie et d’écrits destinés à la prédication. Il y offre une présentation organique de l’histoire du salut, centrée sur le mystère de l’Incarnation, la plus grande manifestation de l’amour divin pour les hommes. En outre, étant un mariologue de grande valeur, auteur d’un recueil de sermons sur la Vierge intitulé « Mariale », il met en évidence le rôle unique de la Vierge Marie, dont il affirme avec clarté l’Immaculée Conception et la coopération à l’œuvre de la rédemption accomplie par le Christ.
Avec une fine sensibilité théologique, Laurent de Brindisi a également mis en évidence l’action de l’Esprit Saint dans l’existence du croyant. Il nous rappelle qu’avec ses dons, la Troisième Personne de la Très Sainte Trinité, éclaire et aide notre engagement à vivre dans la joie le message de l’Evangile. « L’Esprit Saint – écrit saint Laurent – rend doux le joug de la loi divine et léger son poids, afin que nous observions les commandements de Dieu avec une très grande facilité, et même avec plaisir ».
Je voudrais compléter cette brève présentation de la vie et de la doctrine de saint Laurent de Brindisi en soulignant que toute son activité a été inspirée par un grand amour pour l’Ecriture Sainte, qu’il savait presque par cœur, et par la conviction que l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu produit une transformation intérieure qui nous conduit à la sainteté. « La Parole du Seigneur – affirme-t-il – est lumière pour l’intelligence et feu pour la volonté, pour que l’homme puisse connaître et aimer Dieu. Pour l’homme intérieur, qui au moyen de la grâce vit de l’Esprit de Dieu, il est pain et eau, mais un pain plus doux que le miel et une eau meilleure que le vin et le lait… C’est un maillet contre un cœur durement obstiné dans les vices. C’est une épée contre la chair, le monde et le démon, pour détruire tout péché ». Saint Laurent de Brindisi nous enseigne à aimer l’Ecriture Sainte, à croître dans la familiarité avec elle, à cultiver quotidiennement le rapport d’amitié avec le Seigneur dans la prière, pour que chacune de nos actions, chacune de nos activités ait en Lui son commencement et son achèvement. Telle est la source à laquelle puiser afin que notre témoignage chrétien soit lumineux et soit capable de conduire les hommes de notre temps à Dieu.
A l’issue de l’audience générale le pape a résumé sa catéchèse en différentes langues et salué les pèlerins. Voici ce qu’il a dit en français :
Chers frères et sœurs, né en 1559, saint Laurent de Brindisi devint prêtre capucin. Ce remarquable polyglotte fut un prédicateur infatigable et apprécié en Italie et bien au-delà. Il sut exposer avec clarté et douceur les fondements bibliques et patristiques des articles de la foi mis en discussion par Martin Luther. Il contribuait ainsi à l’approfondissement et au renouveau de la vie chrétienne de tous, appelant à la cohérence de la vie avec la foi professée. Malgré ses multiples charges, Laurent consacrait beaucoup de temps à la prière et invitait les prêtres et les séminaristes à faire de même. « Si l’on n’est pas intérieurement en communion avec Dieu, on ne peut non plus rien donner aux autres », disait-il. Fils de saint François, il fut un artisan de paix. Aujourd’hui encore, tous ceux qui croient en Dieu doivent être des pacificateurs. « Docteur apostolique », Laurent est l’auteur de nombreuses œuvres exégétiques et théologiques. Il y présente harmonieusement l’histoire du Salut qui culmine dans l’Incarnation, et y souligne le rôle unique de la Vierge Marie. Chers amis, toute la vie et l’activité de saint Laurent de Brindisi ont été inspirées par son amour et sa connaissance de la Sainte Écriture. Pour lui, l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu produisent une transformation intérieure qui conduit à la sainteté.
Je salue les pèlerins francophones, spécialement les élèves, les collégiens et les membres des Associations présents. Puissiez-vous aimer la Parole de Dieu et être, comme Laurent de Brindisi, des évangélisateurs zélés et courageux capables d’insuffler dans les divers modes de pensée et d’action un authentique humanisme chrétien ! Bon pèlerinage à tous !

Traduction : Zenit

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