Archive pour la catégorie 'Shoah'

Le silence de Dieu – par Riccardo Di Segni, Grand Rabbin de Rome,

26 janvier, 2012

http://www.nostreradici.it/silenzio_DiSegni.htm

Le silence de Dieu

(Traduction Google)

Riccardo Di Segni, Grand Rabbin de Rome, directeur du Collège rabbinique italienne

Le thème du silence et l’absence de Dieu devant les souffrances de l’humanité se leva subitement sous les projecteurs pour une raison, presque désinvolte, un récent discours que le pape a été confronté au cours d’un sermon. Parler de cela un peu surpris »tout, tant la nature du sujet, si difficile et particulière, que la force avec laquelle il est manipulé. Mais pour la sensibilité juive n’a pas été une nouvelle, ni une surprise.
Il est un thème majeur de la théologie biblique qui est constamment répétée et développée à travers l’histoire et surtout devant des phénomènes de la pesanteur, comme l’Holocauste, le renversement de l’explosion de la conscience. Examiner les pages bibliques vous pouvez voir comment la question de la présence divine qui accompagne l’histoire juive à partir du moment où il est né en tant que peuple. La Bible tente d’apporter une réponse à cette question terrible, mais la question n’est évidemment pas facile à résoudre pour les consciences troublées.
Le thème est exprimé dans une métaphore anthropomorphique grande, celle de Panim, le visage divin. Dans la relation entre les êtres humains se regardent est une façon de communiquer, mais pas nécessairement bienveillant, tout en tournant son visage, de braquage est un signe de fermeture, l’interruption de la communication du rejet. Sont donc synonyme de bénédiction spéciale, la sympathie, la protection, la gentillesse des expressions iaer panaw HaShem HaShem panaw elekha elekha et hisser, «que le Seigneur vous éclaire et transforme son visage», qui apparaissent dans la bénédiction sacerdotale de Nombres 6:25-26, que nous répétons dans notre liturgie quotidienne.
En revanche est la dissimulation, en se cachant le visage divin de l’enlèvement des signes. Nous lisons au sujet d’un passage fondamental:
«Ma colère va s’enflammer contre lui ce jour-là et les délaissera et cacher ma face (littéralement: je cache mon visage d’eux) et deviennent des proies à dévorer et à ceux qui veulent rencontrer beaucoup de malheurs et de mauvaises choses, et ce jour-là diront «c’est parce que mon Dieu n’est pas dans le milieu pour moi que ces mauvaises choses me sont arrivées. » Mais je vais cacher mon visage dans la journée pour tout le mal qu’il avait fait, parce qu’il s’était tourné vers d’autres dieux.  » (Deutéronome 31:17-18).
Dans cette chanson il ya préfiguration de l’événement (la chute de catastrophes nationales, devenant la proie des ennemis), sa représentation (Dieu qui est caché à l’homme) théologique, le constat de l’abandon humaine (Dieu n’est pas dans le milieu de moi) et l’interprétation théologique (le visage est caché parce que l’homme a été re-conçu ailleurs).
Qu’est-ce que vous n’allez pas à chercher divine responsabilité principale pour le pire, c’est principalement dépendante de l’homme et le cadeau qui a été fait pour choisir entre le bien et le mal, la récompense et la punition. Et l’homme est alors demandé de confiance et de pari. Pas par hasard, dans un passage qui à bien des égards, c’est l’anticipation de cette interprétation du Deutéronome, la question de savoir où Dieu est né dans un contexte historique précis: sortir d’Égypte, après tous les miracles qu’ils ont été témoins, les Juifs peut être trouvée dans le désert sans eau, et les marchandises alors, oublieux et ingrat tôt, protestant, menaçant à Moïse par lapidation. La Bible dit:
»(Moïse) a appelé la place et Massa Meriva (affirmation et contentieux) de la querelle des fils d’Israël et pour les avoir testé le Seigneur en disant:« Si Dieu est parmi nous ou non »(Exode 17: 7).
Et puis voici ce qui arrive:
«Amalek est venu et a combattu avec Israël à Rephidim» (ibid., v. 18).
Amalek est l’ennemi mortel d’Israël en permanence, sans pitié pour les faibles. Amalek vient et frappe à aucun moment, mais quand Israël n’est plus capable de sentir la présence divine en lui. Dieu s’enfuit et se cache, selon Deutéronome après la révolte juive contre les, mais le vol, le premier qui ouvre la porte à l’ennemi mangeur est la conscience des hommes qui deviennent sourds et incapables de sentir la présence divine. Même avant il ya un visage qui se cache l’incapacité de l’homme de le voir quand il. L’importance de cette histoire que le cas isolé, devient emblématique. Pas un hasard si les commandes Torah l’une des plus importantes ont trait à l’utilisation de la mémoire, les préoccupations de l’histoire d’Amalek », souvenir de ce que vous a fait Amalek» (Deutéronome 25:17). Rappelez-vous ce que vous avez fait, mais aussi ce qui peut avoir causé.
La dissimulation du Deutéronome n’est pas isolé, mais nous trouvons dans de nombreux autres passages bibliques du livre d’Isaïe (08:17, 54,8), Ezéchiel 39 (23,24,29), les Psaumes («Ne cache pas ta face»: 27:9, 102:3, 143:7, et même 13h02, 30:8, 44:25 etc), les expressions d’angoisse et de recherche constante. En fait, le thème de Dieu qui est caché devient constante après l’expérience, en particulier la diaspora. Jouant sur la langue, la racine qui indique la Satar la dissimulation (d’où peut-être le mystère) est vu par les Maîtres au nom de l’héroïne biblique Esther, un nom qui devrait vraiment être connecté à Astarté et Aster-Astro, mais que pour Master n’indique pas la luminosité, mais l’obscurité. En guise de consolation, parce que la reine Esther est en marche dans une période historique dans laquelle le visage est plus visible et plus accessible, ce qui peut toujours survenir et que quelqu’un décide de détruire le peuple juif tout entier, mais même si la présence directe, la vision la lumière du visage a disparu, la présence divine, sa providence, ses soins et ne manquent jamais d’intervenir au bon moment dans l’histoire et gratuit.
Pour cette raison, la consolation et l’espoir des Juifs célèbrent encore aujourd’hui (et continuera de le faire, même lorsque toutes les autres parties seront abolis), pour une fois par an, avec presque débridée plaisir physique, la fête de Pourim, ce qui indique que même dans un régime de protection du visage cachée ne manque jamais. Il est sur le bord de cet espoir que vous jouez une expérience dramatique, une question avec beaucoup de réponses comme insuffisantes, un défi pour la foi qui implique presque tous les jours la vie de chaque Juif, qu’il soit religieux ou non.
À une époque où l’Etat se prépare à célébrer le Jour du Souvenir avec mémorial et importante des fins éducatives, participe à l’esprit juif avec une mémoire abandonnés et le poids d’une question de recherche qui a plus de 32 siècles d’histoire.

27 janvier : Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité

26 janvier, 2012

http://www.journee-mondiale.com/143/27_janvier-memoire_holocauste_prevention_crimes_humanite.htm

27 janvier : Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité

« La France a retenu la date du 27 janvier, anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, pour cette journée de la mémoire.
[...] Cette journée de la mémoire devra faire prendre conscience que le mal absolu existe et que le relativisme n’est pas compatible avec les valeurs de la République. En même temps, il faut montrer que l’horreur s’inscrit dans une histoire qu’il convient d’approcher avec méthode, sans dérive ni erreur. Ainsi appartient-il à notre institution de faire réfléchir les élèves à l’Europe du XXème siècle, avec ses guerres et ses tragédies, mais aussi à ses tentatives de synthèse autour des valeurs des droits de l’homme et à sa marche vers l’unité. Il est nécessaire de montrer aux jeunes que ces valeurs ne sont pas de simples mots. Leur respect dans tous les pays du monde est fondamental et nécessite de la part de chacun d’être attentif à ce qui menace ces valeurs et actif pour les défendre. »
B.O. n°46 du 11 décembre 2003 : www.education.gouv.fr

Nous avons recueilli pour vous quelques extraits de textes qui nous ont paru particulièrement « éclairants » sur le sujet

« Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli » (Elie Wiesel)

« (…) Nous célébrons la « Journée de la mémoire de l’holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité ». Une mémoire qui repose sur les témoignages des acteurs et sur les travaux des historiens. Une mémoire d’autant plus vive, paradoxalement, que les survivants disparaissent, ayant à cœur, s’ils ne l’ont déjà fait, de transmettre aux générations nouvelles ce que, bien souvent, si longtemps, ils ont eu tant de peine à exprimer : « Il est dur pour la langue de prononcer de tels mots, pour l’esprit d’en comprendre le sens, de les écrire sur le papier » (Abraham Lewin). Une mémoire d’autant plus précise que les historiens – et notamment alsaciens – accèdent à de nouvelles archives, affinent nos connaissances – par exemple sur le camp du Struthof – et s’efforcent d’expliquer ce qui semble parfois échapper à la raison.
Prévention des crimes contre l’humanité en même temps que mémoire de la Shoah, cette journée a également pour but d’intégrer à ce travail de mémoire toutes les victimes des crimes contre l’humanité. Et d’abord, pour en revenir aux victimes de la terreur nazie, outre les communautés juives d’Europe, qui en forment la majeure partie, les populations tziganes ou encore les malades mentaux.
Ce devoir de mémoire, et de prévention est plus actuel que jamais. Aujourd’hui comme hier, aujourd’hui comme demain, aucune forme de racisme et d’antisémitisme quelle qu’elle soit ne saurait être tolérée. Et pourtant des faits récents perpétrés contre la communauté juive de Strasbourg nous rappellent qu’il faut rester vigilants..
Une vigilance qui souligne que l’enjeu de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, camp de concentration et  » centre de mise à mort  » (Raul Hilberg), ne concerne pas que les bourreaux et leurs victimes juives. Elle est le lieu de mémoire commun d’une mémoire européenne qui ne cesse de se constituer et l’horizon d’une humanité fondée sur la justice, la paix et la tolérance.

Gérald CHAIX, Recteur de l’Académie de Strasbourg

« L’EGLISE EN FRANCE FACE À LA SHOAH », PAR SYLVIE BERNAY

19 janvier, 2012

http://www.zenit.org/article-29919?l=french

« L’EGLISE EN FRANCE FACE À LA SHOAH », PAR SYLVIE BERNAY

Les coulisses d’un travail de recherche inédit

ROME, mardi 17 janvier 2012 (ZENIT.org) – « Histoire du Christianisme Magazine » (en kiosque et par abonnement, n° 58, de janvier-février 2012) offre en avant-première quelques résultats de la recherche de l’historienne française Sylvie Bernay dans un dossier intitulé: « Les évêques contre les rafles » (cf. Zenit du 16 janvier 2012). Sylvie Bernay a accepté d’en dire davantage sur sa recherche passionnante aux lecteurs de ZENIT.

Zenit – Sylvie Bernay, vous êtes agrégée d’histoire et vous publiez en avril votre thèse de doctorat aux éditions du CNRS sous le titre : « L’Eglise en France face à la Shoah ». Pourquoi un doctorat sur ce thème?

Sylvie Bernay – J’aime à conter cette anecdote familiale. Mes grands parents maternels ont quitté la région parisienne pendant l’exode en 1940 et se sont réfugiés en Corrèze. Grâce à de nombreuses solidarités, la famille s’est installée à Argentat, où mon grand-père a pu ouvrir un atelier de photographie en 1941. Son travail a pris de l’ampleur, au point d’embaucher une juive allemande comme apprentie pendant près d’un an. Cette jeune femme a partagé les jeux de mes oncles et tantes. À l’approche de la Libération, comme les maquis étaient très actifs dans le secteur et la division SS Das Reich tout autant, elle est partie avec sa famille, qui s’était installée à la porte du village.
Enfant, j’ai baigné dans les souvenirs de la guerre et je me posais parfois des questions sur ce sauvetage. Comment cette jeune femme était-elle arrivée jusque chez nous ? Qu’était-elle devenue ?
Depuis que je travaille ce sujet, je recueille très souvent des témoignages similaires.
Plus profondément, j’ai toujours conçu mon métier d’historienne comme au service de la vérité. Il m’a semblé alors qu’une question majeure, en histoire contemporaine, concernait le rôle de l’Eglise face à la Shoah. Je me suis proposée de traiter le sujet, après un long cheminement personnel.

Dans quelle direction avez-vous cherché, quelles ont été les archives inédites auxquelles vous avez eu accès?

J’ai voulu tracer une trame chronologique précise afin d’établir les faits. Le mécanisme de la persécution commence en France avec le premier statut des Juifs, élaboré par le régime de Vichy en octobre 1940. Le calendrier de la Shoah, établi par les travaux de Serge Klarsfeld et d’autres à sa suite, me sert de canevas sur lequel j’ai raccordé les pièces d’archives que j’ai consultées. J’avais présenté cette ébauche au cardinal Lustiger qui a encouragé mon travail, lorsqu’il m’a reçue en 2003. Il était très important pour lui que je connaisse bien l’engrenage de la persécution.
Ma recherche croise les archives juives avec les archives catholiques. J’ai consulté le fonds du Consistoire central israélite, qui organise le culte juif en France depuis Napoléon Ier. Ces archives m’ont fait découvrir l’histoire des Juifs de France et j’en ai été passionnée. Ce fonds contient aussi les papiers de certains rabbins, qui ont payé de leur vie l’assistance à leurs coreligionnaires.
J’ai aussi consulté le fonds de Mgr Chappoulie, délégué des cardinaux et archevêques auprès du gouvernement de Vichy. Ce prélat servait d’intermédiaire entre les évêques de zone occupée et de zone libre, qui ne pouvaient pas se rencontrer. Mgr Chappoulie voyait souvent le nonce. J’ai pu mieux comprendre le rôle de la Secrétairerie d’Etat et de Pie XII, en croisant ce fonds avec les archives publiées par le Vatican. Ce sont les deux fonds qui m’ont demandé le plus de travail, avec celui du cardinal Suhard, archevêque de Paris à l’époque. Mais j’ai consulté bien d’autres fonds juifs et catholiques, l’énumération serait un peu longue.

Quels ont été les premiers résultats de ce travail de recherche?

Les premiers résultats éclairent la déclaration de repentance des évêques de France, lue à Drancy en 1997. Mes travaux expliquent le rôle de l’épiscopat au moment où le régime de Vichy met en place une législation antisémite de plus en plus sévère. Puis je montre comment l’épiscopat, dans son ensemble, s’est engagé dans la défense des proscrits au tournant de l’année 1941. Enfin je me suis attachée à définir les liens entre les réseaux de sauvetage, animés par la Résistance juive, et les diocèses. Je définis enfin la notion de « diocèses refuges ».

Dans la masse des archives consultées, quel a été votre critère?

Donner une synthèse représentative du contexte de cette époque de détresse …
C’est pourquoi, sur les conseils avisés de ma directrice de recherche, Catherine Nicault, j’ai vite abandonné l’idée de consulter tous les fonds épiscopaux des diocèses de l’époque et toutes les congrégations religieuses. Je n’aurais pas suffi à la tâche. Il faudrait compléter mon travail avec des monographies diocésaines diversifiées. Mon travail donne les grands principes de l’engagement de l’Eglise de France au côté des Juifs.

Quelle conscience les catholiques de France mais aussi la hiérarchie avaient-ils de la Shoah telle qu’on la connaît aujourd’hui?

Nous vivons dans une société marquée par la mémoire de la Shoah. Toutefois cette dernière est devenue quelque peu sélective. Les catholiques valorisent les sauvetages et l’action de Pie XII. Beaucoup de Juifs veulent comprendre la position des évêques français au moment de l’élaboration des lois antijuives par le gouvernement de Vichy. Le tout venant véhicule un certain nombre de poncifs sur la question. L’historien se doit de revenir aux faits et au contexte.
Pour en revenir à ce que savaient les catholiques de la Shoah, je prendrais deux exemples. Je relisais récemment les lettres que ma grande tante adressait à ma grand-mère pendant l’Occupation. Elle habitait en zone interdite. Les lettres de cette vieille dame sont marquées par l’obsession du froid et de la faim. Proche du dénuement, elle continuait son travail d’infirmière auprès des gens de son village. On vivait dans un univers très cloisonné à cause de la surveillance policière et du découpage du pays imposé par la ligne de démarcation.
En Corrèze, située dans l’ancienne zone libre, mon grand-père a entendu la protestation de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse. Les réseaux de résistance et les radios alliées ont donné beaucoup de publicité à son message. Beaucoup d’historiens s’accordent à dire que les protestations épiscopales de l’été 1942 ont retourné l’opinion publique des Français et les ont encouragés à sauver les proscrits.
Les évêques ont reçu des bribes d’informations très préoccupantes sur le sort final des Juifs. Elles leur ont été fournies soit par la Gestapo et la police de Vichy, soit par le Consistoire israélite qui avait des informations provenant du monde libre sur la situation des Juifs dans l’Europe occupée. Ils ont pris cela au sérieux et ont agi en conséquence par voie diplomatique auprès du gouvernement de Vichy et des Allemands.
Mais ils étaient loin de comprendre l’ampleur du danger encouru par les Juifs et sa nature. Ils en ont été abasourdi en découvrant le sort de Juifs, après la Libération. La nécessité de donner libre cours à la vie les ont incités à ne plus évoquer cette période obscure par la suite. Ce mécanisme d’enfouissement mémoriel est assez courant chez les témoins de cette époque. La résurgence progressive de ces souvenirs pénibles permet de comprendre l’historiographie de ces 70 années, depuis le temps des rafles.

Le dossier de HCM est très fourni en photos et documents: est-ce qu’il y a l’un ou l’autre document ou photo dont la découverte vous a beaucoup frappée?

Mgr Rocacher, alors archiviste du diocèse de Toulouse et maintenant décédé, a retrouvé des lettres d’enfants cachés à Massip, par les soeurs de Notre Dame. Soeur Denise Bergon, qu’il a longuement interviewée avant sa mort, n’avait pas osé envoyer ces missives. Elle ne voulait pas que la censure postale décèle la présence des Juifs. Mais pour soulager la souffrance et encourager l’espérance des enfants, les religieuses les ont aidées à écrire. Ces documents figurent dans ce dossier et j’en suis très émue. C’est un hommage aux archivistes diocésains qui m’ont toujours réservée le meilleur accueil et qui ont contribué à illustrer ce numéro.

La publication d’une thèse c’est comme une deuxième vie pour le travail effectué: qu’espérez-vous du fruit de cette publication?

J’y travaille d’arrache-pied et je me réjouis d’avance. Toutefois il est prudent d’attendre la sortie du livre et de mesurer les réactions, avant d’envisager de nouvelles perspectives. Mais j’espère bien continuer dans cette voie. Sous quelle forme ? Je compte sur la Providence pour me l’indiquer. Elle a, jusqu’ici, parfaitement conduit les choses.

Propos recueillis par Anita Bourdin

NOUS NOUS SOUVENONS: UNE RÉFLEXION SUR LA SHOAH

16 janvier, 2012

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/documents/rc_pc_chrstuni_doc_16031998_shoah_fr.html

NOUS NOUS SOUVENONS: UNE RÉFLEXION SUR LA SHOAH

MESSAGE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AU CARDINAL CASSIDY

(Notes importantes sur le site)

À mon vénéré Frère
le Cardinal Edward Idris Cassidy

En de nombreuses occasions au cours de mon pontificat, j’ai rappelé avec un sentiment de profonde douleur les souffrances du peuple juif lors de la Seconde Guerre mondiale. Le crime connu sous le nom de la Shoah a laissé une marque indélébile dans l’histoire du siècle qui s’achève.
Tandis que nous nous préparons à entrer dans le troisième millénaire du christianisme, l’Église est consciente que la joie d’un Jubilé est avant tout une joie fondée sur le pardon des péchés et la réconciliation avec Dieu et son prochain. C’est pourquoi elle encourage ses fils et ses filles à purifier leur cœur, à travers le repentir pour les erreurs et les infidélités du passé. Elle les appelle à se placer humblement face au Seigneur et à examiner leur part de responsabilité dans les maux de notre temps.
Mon souhait fervent est que le document: Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah, que la Commission pour les Relations religieuses avec le Judaïsme a préparé sous votre direction, contribue véritablement à guérir les blessures provoquées par les incompréhensions et les injustices du passé. Puisse-t-il permettre à la mémoire de jouer le rôle qui lui revient dans l’édification d’un avenir où jamais plus l’indicible injustice de la Shoah ne sera possible. Puisse le Seigneur de l’histoire guider les efforts des catholiques et des juifs, ainsi que de tous les hommes et femmes de bonne volonté, dans leur œuvre commune en vue d’un monde véritablement respectueux de la vie et de la dignité de chaque être humain, car tous ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Du Vatican, le 12 mars 1998

I. La tragédie de la Shoah et le devoir de mémoire

Le XXe siècle touche à sa fin et l’on voit poindre l’aube d’un nouveau millénaire de l’ère chrétienne. Le 2000e anniversaire de la naissance de Jésus Christ appelle tous les chrétiens, et invite même tous les hommes et les femmes à tenter d’entrevoir dans le déroulement de l’histoire les signes de la Divine Providence à l’œuvre, ainsi que la façon dont l’image du Créateur présente dans l’homme a été blessée et défigurée.
Cette réflexion concerne l’un des domaines principaux dans lesquels les catholiques peuvent prendre sérieusement à cœur l’avertissement que le Pape Jean-Paul II leur a adressé dans sa Lettre apostolique Tertio millennio adveniente: «Il est donc juste que, le deuxième millénaire du christianisme arrivant à son terme, l’Église prenne en charge, avec une conscience plus vive, le péché de ses enfants, dans le souvenir de toutes les circonstances dans lesquelles, au cours de l’histoire, ils se sont éloignés de l’esprit du Christ et de son Évangile, présentant au monde, non point le témoignage d’une vie inspirée par les valeurs de la foi, mais le spectacle de façons de penser et d’agir qui étaient de véritables formes de contre-témoignage et de scandale».1
Ce siècle a été le témoin d’une tragédie indicible et qui ne pourra jamais être oubliée: la tentative de la part du régime nazi d’exterminer le peuple juif, entraînant le massacre de millions de juifs. Femmes et hommes, personnes âgées et jeunes, enfants et nourrissons, furent persécutés et déportés uniquement en raison de leur origine juive. Certains furent tués immédiatement, tandis que d’autres furent humiliés, maltraités, torturés et totalement dépouillés de leur dignité humaine, puis assassinés. Très peu de ceux qui sont entrés dans les camps ont survécu, et ceux qui y sont parvenus ont été marqués à vie. C’était la Shoah. Il s’agit de l’un des événements les plus importants de l’histoire de ce siècle, un événement qui nous concerne tous aujourd’hui encore.
Face à cet horrible génocide, auquel les dirigeants des nations et les communautés juives elles-mêmes eurent du mal à croire au moment même où il était accompli de façon impitoyable, personne ne peut rester indifférent, encore moins l’Église, en raison de ses profonds liens de parenté spirituelle avec le peuple juif et de sa mémoire des injustices du passé. La relation entre l’Église et le peuple juif est différente de celle qu’elle entretient avec toute autre religion.2 Toutefois, il ne s’agit pas seulement de rappeler le passé. L’avenir commun des juifs et des chrétiens exige que nous nous rappelions, car «il n’y a pas d’avenir sans mémoire».3 L’histoire elle-même est la memoria futuri.
En présentant cette réflexion à nos frères et sœurs de l’Église catholique à travers le monde, nous demandons à tous les chrétiens de s’unir à nous pour réfléchir sur cette catastrophe qui frappa le peuple juif et sur l’impératif moral d’assurer que jamais plus, l’égoïsme et la haine ne grandiront au point de semer tant de souffrance et de mort.4 Tout particulièrement, nous demandons à nos amis juifs «dont le terrible destin est devenu un symbole de l’aberration à laquelle l’homme peut arriver quand il se tourne contre Dieu»5 de nous écouter avec un cœur ouvert.

II. Ce dont nous devons nous souvenir
Au cours de son témoignage unique au Saint d’Israël et à la Torah, le peuple juif a enduré de nombreuses souffrances à différentes époques et en de nombreux lieux. Mais la Shoah a certainement été la pire des souffrances. Les mots seuls ne pourraient exprimer l’inhumanité avec laquelle les juifs ont été persécutés et massacrés au cours de ce siècle. Tout cela pour la seule raison d’être juifs.
L’amplitude même du crime soulève de nombreuses questions. Les historiens, les sociologues, les philosophes politiques, les psychologues et les théologiens tentent tous d’en savoir plus sur la réalité de la Shoah et sur ses causes. De nombreuses études doivent encore être réalisées. Mais un tel événement ne peut être pleinement mesuré uniquement par les critères ordinaires de la recherche historique. Il exige une «mémoire morale et religieuse» et, en particulier parmi les chrétiens, une réflexion extrêmement sérieuse sur les causes qui le provoquèrent.
Le fait que la Shoah ait eu lieu en Europe, c’est-à-dire dans des pays d’antique civilisation chrétienne, soulève la question de la relation entre la persécution de la part des nazis et l’attitude, au fil des siècles, des chrétiens envers les juifs.

III. Les relations entre juifs et chrétiens
L’histoire des relations entre juifs et chrétiens a été tourmentée. Le Pape Jean-Paul II l’a reconnu lors de ses multiples appels aux catholiques en vue de faire le point sur nos relations avec le peuple juif.6 En effet, le bilan de ces relations au cours de ces 2000 ans a été plutôt négatif.7
À l’aube du christianisme, après la crucifixion de Jésus, des conflits apparurent entre l’Église des origines et les responsables des juifs qui, par dévotion à la Loi, s’opposaient parfois violemment aux prédicateurs de l’Évangile et aux premiers chrétiens. Dans l’Empire romain païen, les juifs étaient protégés juridiquement par des privilèges accordés par l’Empereur, et au début, les Autorités ne faisaient aucune distinction entre les communautés juives et chrétiennes. Mais bientôt, les juifs subirent la persécution de l’État. Plus tard, lorsque les empereurs eux-mêmes se convertirent au christianisme, ils continuèrent dans un premier temps à garantir les privilèges des juifs. Mais les groupes de chrétiens qui assaillaient les temples païens s’en prirent parfois également aux synagogues, non sans subir l’influence de certaines interprétations du Nouveau Testament en ce qui concerne le peuple juif en général. «Dans le monde chrétien — je ne dis pas de la part de l’Église en tant que telle —, des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité ont trop longtemps circulé, engendrant des sentiments d’hostilité à l’égard de ce peuple».8 De telles interprétations du Nouveau Testament ont été totalement et définitivement rejetées par le Deuxième Concile du Vatican.9
Malgré l’enseignement chrétien de l’amour pour tous, même pour ses ennemis, la mentalité dominante au fil des siècles a pénalisé les minorités et tous ceux qui étaient de quelque façon que ce soit «différents». Des sentiments d’anti-judaïsme dans certains milieux chrétiens, ainsi que la divergence qui existait entre l’Église et le peuple juif, ont conduit à une discrimination généralisée, qui s’est parfois soldée par des expulsions ou des tentatives de conversions forcées. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, dans une grande partie du monde «chrétien», ceux qui n’étaient pas chrétiens n’ont pas toujours bénéficié d’un statut juridique pleinement garanti. En dépit de cela, les juifs présents dans le monde chrétien sont restés fidèles à leurs traditions religieuses et à leurs coutumes propres. C’est pourquoi ils étaient considérés avec une certaine suspicion et méfiance. Dans les périodes de crise, telles que la famine, la guerre, la peste ou les conflits sociaux, la minorité juive servait souvent de bouc émissaire et fut victime de violence, de pillage, et même de massacres.
À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, les juifs avaient généralement acquis un statut égal aux autres citoyens dans la plupart des États et un certain nombre d’entre eux occupaient des positions influentes dans la société. Mais dans ce même contexte historique, notamment au XIXe siècle, un nationalisme erroné et exacerbé s’instaura. Dans un climat riche de bouleversements sociaux, les juifs étaient souvent accusés d’exercer une influence disproportionnée par rapport à leur nombre. C’est ainsi qu’un anti-judaïsme — essentiellement plus sociologique et politique que religieux — commença à se répandre à divers degrés à travers l’Europe.
Dans le même temps, des théories niant l’unité de la race humaine et affirmant une diversité originelle des races, commencèrent à apparaître. Au XXe siècle, la national socialisme en Allemagne utilisa ces idées comme base pseudo-scientifique pour établir une distinction entre ce que l’on définissait la race nordique aryenne et les races prétendues inférieures. De plus, une forme extrémiste de nationalisme culmina en Allemagne avec la défaite de 1918 et les conditions exigeantes imposées par les vainqueurs, ce qui conduisit de nombreuses personnes à voir dans le national-socialisme une solution aux problèmes de leur pays et à coopérer politiquement avec ce mouvement.
L’Église en Allemagne répondit en condamnant le racisme. La condamnation apparut d’abord dans la prédication de certains membres du clergé, dans l’enseignement public des évêques catholiques et dans les écrits des journalistes catholiques laïcs. Dès les mois de février et mars 1931, le Cardinal Bertram de Breslau, le Cardinal Faulhaber et les évêques de Bavière, les évêques de la province de Cologne et ceux de la province de Fribourg publièrent des lettres pastorales condamnant le national-socialisme et son idolâtrie de la race et de l’État.10 En 1933, l’année même où le national-socialisme arriva au pouvoir, les célèbres sermons de l’Avent du Cardinal Faulhaber, auxquels non seulement des catholiques, mais également des protestants et des juifs assistaient, rejetaient clairement la propagande antisémite des nazis.11 À la suite de la Kristallnacht, Bernard Lichtenberg, doyen de la Cathédrale de Berlin, éleva des prières publiques pour les juifs. Il devait mourir par la suite à Dachau et être proclamé bienheureux.
Le Pape Pie XI condamna lui aussi solennellement le racisme nazi dans sa Lettre Encyclique Mit brennender Sorge,12 qui fut lue dans les églises d’Allemagne le Dimanche de la Passion en 1937, ce qui provoqua des attaques et des sanctions contre les membres du clergé. Le 6 septembre 1938, s’adressant à un groupe de pèlerins belges, Pie XI déclara: «L’antisémitisme est inacceptable. Spirituellement, nous sommes tous sémites».13 Pie XII, dans sa toute première Encyclique Summi Pontificatus14 datant du 20 octobre 1939, mettait en garde contre les théories niant l’unité de la race humaine et contre la déification de l’État, conduisant, selon lui, à une véritable «heure de ténèbres».15

IV. L’ antisémitisme nazi et la Shoah
Nous ne pouvons donc pas ignorer la différence qui existe entre l’antisémitisme, fondé sur des théories contraires à l’enseignement constant de l’Église sur l’unité de la race humaine et sur l’égale dignité de toutes les races et de tous les peuples, et les sentiments séculaires de méfiance et d’hostilité que nous appelons anti-judaïsme, dont des chrétiens ont été coupables, malheureusement.
L’idéologie du national-socialisme alla encore plus loin, en refusant de reconnaître toute réalité transcendante comme source de la vie et critère du bien moral. C’est ainsi qu’un groupe humain, et l’État auquel il s’identifiait, s’arrogea un statut absolu et décida de supprimer l’existence même du peuple juif, un peuple appelé à témoigner du Dieu unique et de la Loi de l’Alliance. Au niveau de la réflexion théologique, nous ne pouvons ignorer le fait que de nombreux adhérents au parti nazi non seulement démontrèrent une aversion pour l’idée de la divine Providence à l’œuvre dans les affaires humaines, mais encore donnèrent des preuves de haine caractérisée, dirigée contre Dieu lui-même. Logiquement, une telle attitude conduisit également au rejet du christianisme et au désir de voir l’Église détruite, ou tout au moins soumise aux intérêts de l’État nazi.
C’est cette idéologie extrême qui fut à la base des mesures adoptées d’abord pour chasser les juifs de leurs foyers, puis pour les exterminer. La Shoah fut l’œuvre d’un régime néo-païen moderne typique. Son antisémitisme puisait ses racines hors du christianisme et n’hésita pas, pour atteindre ses objectifs, à s’opposer à l’Église et à persécuter également ses membres.
Toutefois, on peut se demander si la persécution des juifs par les nazis n’a pas été facilitée par les préjugés anti-juifs enracinés dans les esprits et les cœurs de certains chrétiens. Le sentiment anti-juif parmi les chrétiens les rendit-ils moins sensibles, ou même indifférents, aux persécutions dirigées contre les juifs par le national-socialisme lorsque celui-ci arriva au pouvoir?
Toute réponse à cette question doit prendre en considération le fait que nous traitons ici de l’histoire des attitudes et des façons de penser de personnes soumises à de multiples influences. De plus, de nombreuses personnes ignoraient tout de la «solution finale» qui était en train d’être mise en place contre un peuple tout entier; d’autres avaient peur pour eux et pour leurs proches; certains tirèrent profit de la situation; d’autres encore furent poussés par l’envie. Il faudrait apporter une réponse cas par cas. Toutefois, pour ce faire, il est nécessaire de savoir avec précision ce qui motivait les personnes dans une situation particulière.
Au début, les dirigeants du IIIe Reich tentèrent d’expulser les juifs. Malheureusement, les gouvernements de certains pays occidentaux de tradition chrétienne, y compris certains en Amérique du Nord et du Sud étaient plus qu’hésitants à l’idée d’ouvrir leurs frontières aux juifs persécutés. Bien que ne pouvant pas prévoir jusqu’où iraient les intentions criminelles des chefs de la hiérarchie nazie, les dirigeants de ces nations étaient conscients des difficultés et des dangers auxquels étaient exposés les juifs vivant dans les territoires du IIIe Reich. Dans ces circonstances, la fermeture des frontières à l’émigration juive, qu’elle ait été due à l’hostilité ou à la suspicion contre les juifs, à la lâcheté politique, au manque de vision ou à l’égoïsme national, pèse lourdement sur la conscience des autorités en question.
Dans les pays où les nazis entreprirent des déportations de masse, la brutalité qui entourait ces déplacements forcés de personnes sans défense aurait dû laisser supposer le pire. Les chrétiens apportèrent-ils toute l’aide possible aux personnes persécutées, et en particulier aux juifs persécutés?
Nombreux furent ceux qui le firent, d’autres pas. Ceux qui aidèrent à sauver la vie de juifs dans la mesure de leur pouvoir, allant même jusqu’à mettre leur propre vie en danger, ne doivent pas être oubliés. Pendant et après la guerre, les communautés juives et les représentants juifs exprimèrent leurs remerciements pour tout ce qui avait été fait pour eux, y compris ce que le Pape Pie XII fit personnellement ou à travers ses représentants pour sauver des centaines de milliers de vies juives.16 De nombreux évêques, prêtres, religieux et laïcs catholiques ont été honorés pour cela par l’État d’Israël.
Quoi qu’il en soit, comme l’a reconnu le Pape Jean-Paul II, à côtés de ces hommes et femmes si courageux, la résistance spirituelle et l’action concrète d’autres chrétiens n’ont pas été celles auxquelles on aurait pu s’attendre de la part de disciples du Christ. Il est impossible de savoir combien de chrétiens dans des pays occupés ou gouvernés par les puissances nazies ou par leurs alliés étaient horrifiés par la disparition de leurs voisins juifs, mais pourtant pas assez courageux pour élever leur voix en signe de protestation. Pour les chrétiens, ce poids écrasant qui pèse sur la conscience de leurs frères et sœurs lors de la Seconde Guerre mondiale doit être un appel à la repentance.17
Nous regrettons profondément les erreurs et les fautes de ces fils et filles de l’Église. Nous faisons nôtres les paroles de la Déclaration Nostra aetate du Deuxième Concile du Vatican, qui affirme sans équivoque: «L’Église […] ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs».18
Nous rappelons et reprenons ce que le Pape Jean Paul II déclara dans son discours aux représentants de la communauté juive à Strasbourg en 1988: «Je répète à nouveau avec vous la plus ferme condamnation de tout antisémitisme et de tout racisme, qui s’opposent aux principes du christianisme».19 L’Église catholique rejette donc toute persécution contre un peuple ou un groupe humain en tout lieu et en tout temps. Elle condamne fermement toute forme de génocide, ainsi que les idéologies racistes qui sont à leur origine. En reparcourant ce siècle, nous sommes profondément affligés par la violence qui s’est abattue sur des groupes entiers de personnes et de nations. Nous rappelons en particulier le massacre des Arméniens, les innombrables victimes en Ukraine dans les années 30, le génocide des gitans, qui fut également le résultat d’idées racistes, et les tragédies semblables qui ont eu lieu en Amérique, en Afrique et dans les Balkans. Nous n’oublions pas non plus les millions de victimes de l’idéologie totalitaire en Union soviétique, en Chine, au Cambodge et ailleurs. Nous ne pouvons pas non plus oublier le drame du Moyen Orient, dont on connaît bien les composantes. Au moment même où nous présentons cette réflexion, «de nombreux êtres humains sont encore victimes de leurs frères».20

V. Tournés ensemble vers un avenir commun
Considérant les relations futures entre les juifs et les chrétiens, nous appelons tout d’abord nos frères et sœurs catholiques à prendre une conscience renouvelée des racines hébraïques de leur foi. Nous leur demandons de garder à l’esprit que Jésus était un descendant de David; que la Vierge Marie et les Apôtres appartenaient au peuple juif; que l’Église tire sa substance de «la racine de cet olivier franc sur lequel ont été greffées les branches d’olivier sauvage des païens» (Rm 11, 17-24); que les juifs sont nos frères bien-aimés, et qu’ils sont même, dans un certain sens, nos «frères aînés».21
Au terme de ce millénaire, l’Église catholique désire exprimer sa profonde douleur pour les fautes commises par ses fils et filles au cours des siècles. Il s’agit d’un acte de repentance (teshuva) car, en tant que membres de l’Église, nous partageons les péchés comme les mérites de tous ses fils. L’Église regarde avec un profond respect et une grande compassion l’expérience de l’extermination, la Shoah, que le peuple juif a endurée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas de simples mots, mais bien d’un profond engagement. «Nous risquerions de faire mourir à nouveau les victimes des morts les plus atroces si nous n’avions pas un ardent désir de justice, si nous ne nous engagions pas nous-même, chacun selon ses capacités, de manière que le mal ne l’emporte pas sur le bien, comme ce fut le cas pour des millions de fils du peuple juif […] L’humanité ne peut permettre que tout cela se reproduise».22
Nous prions pour que notre douleur face à la tragédie que le peuple juif a endurée au cours de ce siècle conduise à de nouvelles relations avec le peuple juif. Nous désirons transformer la conscience des péchés du passé en une ferme résolution en vue d’édifier un avenir nouveau dans lequel il n’existera plus de sentiment anti-juif parmi les chrétiens, ni de sentiment antichrétien parmi les juifs, mais au contraire un respect mutuel partagé, comme il convient à ceux qui adorent l’Unique Créateur et Seigneur et qui ont un Père commun dans la foi, Abraham.
Enfin, nous invitons tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté à réfléchir profondément sur la signification de la Shoah. Les victimes, du fond de leurs tombes, et les survivants, à travers le témoignage poignant de ce dont ils ont souffert, sont devenus une voix retentissante, appelant l’attention de toute l’humanité. Se rappeler de cette terrible expérience, c’est devenir pleinement conscient de l’avertissement salutaire qu’elle contient: jamais plus il ne faudra permettre aux semences empoisonnées de l’anti-judaïsme et de l’antisémitisme de s’enraciner dans le cœur humain.

Le 16 mars 1998

Cardinal Edward Idris Cassidy
Président

S. Exc. Mgr Pierre Duprey, M. Afr.
Evêque titulaire de Thibaris
Vice-Président

R.P. Rémi Hoeckman, o.p.
Secrétaire

Si c’est un homme (Shemà) – Primo Lévi

7 juin, 2011

du site:

http://livraire.net/2008/12/15/si-cest-un-homme-shema-primo-levi/

Si c’est un homme (Shemà) – Primo Lévi

Lundi 15 décembre 2008

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connait pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

AUSCHWITZ A FAÇONNÉ LA SAINTETÉ DE JEAN-PAUL II

3 mai, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-27768?l=french

AUSCHWITZ A FAÇONNÉ LA SAINTETÉ DE JEAN-PAUL II

ROME, Lundi 2 mai 2011 (ZENIT.org) – « Auschwitz a été l’école de sainteté de Jean-Paul II : je suis convaincu que Karol Wojtyla a compris en ce lieu la vérité sur l’homme, car les questions que chacun se pose ici sont les questions fondamentales sur le sens global de la vie », souligne le père Manfred Deselaers, responsable du programme du Centre de dialogue et de prière d’Oswiecim.
Fondé en 1992 à proximité du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau selon la volonté du cardinal Franciszek Macharski, en accord avec les évêques de toute l’Europe et les représentants des institutions juives, le centre a accueilli jusqu’ici plus de 34.000 personnes, dont une majorité d’allemands, de norvégiens, et d’américains, venus participer aux séminaires et aux exercices spirituels qui y sont proposés.
« Centre de dialogue et de prière », comme l’indique son nom, même si, avertit la brochure d’information, « on a l’impression qu’en ce lieu ont ne peut partir ni de la prière ni du dialogue » mais, rapporte le père Deselaers, « de l’écoute, de la visite au camp de concentration, de la rencontre avec les anciens prisonniers, de l’étude des documents ».
Mais là aussi, ajoute le responsable, il ne s’agit pas seulement de visiter un musée et de regarder les vitrines conservant une quantité impressionnante de montures de lunettes, chaussures, valises, voire même des cheveux ayant appartenu à des prisonniers. En Pologne, explique-t-il, il y a la profonde conviction que le sang des morts parle : il faut se mettre à l’écoute de la voix de la terre d’Auschwitz et prendre le temps de se poser la question : « Que signifie tout cela pour moi ? ».
Et la réponse à cette question est différente « si l’on est polonais ou italien, juif ou catholique, ou prêtre et allemand comme moi », affirme-t-il ajoutant que « le respect réciproque pour les diverses sensibilités, est la première réponse au camp de concentration où prévalait la négation absolue de l’autre ».
Auschwitz. Des classes entières franchissent les grilles d’entrée, passent sous l’écriteau gauche fixé de manière indélébile dans la mémoire collective par des films et monuments « Arbeit macht frei (le travail rend libres) » et défilent dans les ruelles entre les édifices de briques rouges, en silence, beaucoup avec les yeux rouges, en souvenir de ce million et demi au moins d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont perdu la vie de manière terriblement cruelle.
Birkenau met en évidence le caractère systématique de la volonté d’extermination, que traduisent les rangées ordonnées de baraques, les doubles extensions de fil barbelé séparant les fossés creusés par les prisonniers eux-mêmes. Seuls les blocs de ciment des fours crématoires, que les nazis ont fait exploser avant de quitter le camp pour tenter d’occulter leurs crimes, manquent d’ordre, écroulés sur eux-mêmes comme un château de cartes.
Tout suggère une horreur que l’esprit a du mal à accepter que l’on ait pu seulement la concevoir : Comment des personnes ont-elles pu faire cela à leurs semblables ? ». « Beaucoup demandent, raconte le père Deselaers : Où était Dieu? », cette même question que « se posait le prix Nobel de la paix Elie Wiesel : ‘Avant que Dieu me demande où étais-tu ? je lui demande, mais toi, où étais-tu quand mon frère, ma sœur, ma nation, se faisaient tués ?’ ».
« Il n’y a pas de réponses faciles, affirme le père Deselaers, seulement la prière et le silence : dans la théologie successive à Auschwitz on affirme qu’il ne peut y avoir de prière authentique en faisant abstraction de ce lieu ».
Jean-Paul II, selon le responsable du Centre de dialogue et de prière, qui a étudié tous les documents du pape traitant de cette question, « a dans tout ce discours un rôle essentiel ». Non seulement il était évêque d’Auschwitz, car évêque de Cracovie, mais « on peut dire qu’il concevait son sacerdoce comme une réponse à tout ce qui s’était passé durant la seconde guerre mondiale, aux souffrances effroyables que d’autres avaient vécues aussi à sa place ».
En effet, « c’est justement durant la guerre que Wojtyla a décidé de se faire prêtre et d’entrer au séminaire clandestin organisé par le cardinal Adam Sapieha ».
« Pour lui, ajoute le père Deselaers, qui dès son enfance avait des amis juifs, la tragédie d’Auschwitz n’était pas une tragédie abstraite mais faisait partie de sa vie ». Selon le père Deselaers « son fort engagement en faveur de la dignité et des droits de l’homme, la recherche de dialogue entre chrétiens et juifs, la rencontre d’Assise entre les responsables des religions pour que tous coopèrent pour la civilisation de l’amour, les racines de sa tension pour l’unité du genre humain : tout nait de l’expérience d’Auschwitz ».
« En 1965, alors tout jeune évêque, raconte le père Deselaers, Karol Wojtyla est venu à Oswiecim pour la fête de la Toussaint. Il expliqua dans son homélie, comment il était possible de regarder ce lieu avec les yeux de la foi ». Si Auschwitz, a-t-il dit, « nous fait voir jusqu’à quel point l’homme peut être ou peut devenir méchant », on ne saurait néanmoins « se sentir écrasés par cette terrible impression ». Il nous faut « regarder les signes de foi, comme ceux de Maximilien Kolbe ».
Son exemple « nous montre comment Auschwitz met aussi en évidence toute la grandeur de l’homme, tout ce que l’homme ‘peut’ être, en triomphant de la mort au nom de l’amour comme le Christ a fait ».
Et quand il est venu ici comme pape pour la première fois, poursuit le père Deselaers, il affirma que « les victoires sur la haine au nom de l’amour n’appartiennent pas seulement aux croyants et chaque victoire de l’humanité sur un système anti-humain doit être un signal pour nous ».
C’est probablement pour ça aussi qu’Edith Stein, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, qui unit la confession de la foi chrétienne et la tragédie de la shoah, est devenue patronne d’Europe : « Jean-Paul II a voulu dire que si l’Europe cherche son identité dans l’ère moderne elle ne peut oublier Auschwitz ».
Auschwitz a été l’école qui a façonné la sainteté de Jean-Paul II, celle perçue immédiatement par les gens : « Car ici, conclut le père Deselaers, il a compris jusqu’au fond ce que signifie la ‘foi’ pour l’homme d’aujourd’hui. Les peuples du monde entier le comprenaient car il les comprenait ».
Chiara Santomiero

Du « frère aîné » aux « pères dans la foi » : Benoît XVI et les juifs (Quelques extraits du pontificat sur la Shoah)

28 janvier, 2011

du site: 

 http://www.zenit.org/article-26783?l=french

Du « frère aîné » aux « pères dans la foi » : Benoît XVI et les juifs

Quelques extraits du pontificat sur la Shoah

ROME, Jeudi 27 janvier 2011 (ZENIT.org) – « Le lieu où nous nous trouvons est un lieu de la mémoire, c’est le lieu de la Shoah. Le passé n’est jamais uniquement le passé. Il nous concerne et nous indique les chemins à ne pas suivre et ceux à suivre » : a déclaré le pape Benoît XVI à Auschwitz, le 26 mai 2006.
Aujourd’hui, en cette Journée internationale de la mémoire des victimes de la Shoah, adoptée par les Nations Unies en 2005, c’est l’occasion, comme le fait Radio Vatican, de rappeler les différentes interventions de Benoît XVI sur « cette tragédie qui a marqué l’histoire du XXe siècle », depuis son élection en avril 2005.
Radio Vatican cite en particulier comme « historiques » et « émouvantes » les visites du pape au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en 2006 et au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, le 11 mai 2009 (le pape y évoque le « nom » des victimes, indélébile dans la mémoire de l’humanité), mais aussi sa condamnation du négationnisme et du « réductionnisme », à l’occasion de la Journée de la mémoire de 2009.
Mais c’est aussi l’occasion de rappeler que dans son livre « Lumière du monde », le pape dit préférer, pour désigner le rapport entre juifs et chrétiens, l’expression « nos pères dans la foi » à l’expression « frères aînés », et il explique pourquoi.

La mémoire de la Shoah à Auschwitz
Dans son allocution à Auschwitz-Birkenau, auprès des stèles en différentes langues, le pape « allemand » comme il le dit, avoue qu’il préférerait le silence aux discours en ce lieu : « Prendre la parole dans ce lieu d’horreur, d’accumulation de crimes contre Dieu et contre l’homme, lieu qui est sans égal au cours de l’histoire, est presque impossible – et particulièrement difficile et opprimant pour un chrétien, pour un Pape qui vient d’Allemagne. Dans un lieu comme celui-ci, les paroles manquent; en réalité, il ne peut y avoir qu’un silence effrayé – un silence qui est un cri intérieur vers Dieu: Pourquoi, Seigneur, es-tu resté silencieux? Pourquoi as-tu pu tolérer tout cela? C’est dans cette attitude de silence que nous nous inclinons au plus profond de notre être, face à l’innombrable foule de tous ceux qui ont souffert et qui ont été mis à mort; toutefois, ce silence devient ensuite une demande de pardon et de réconciliation, formulée à haute voix, un cri au Dieu vivant, afin de ne plus jamais permettre une chose semblable ». Il met ses pas dans ceux du pape polonais, le 7 juin 1979.
Il insiste sur le sens de la visite du pape « allemand » après celle du pape polonais : « Le Pape Jean-Paul II était venu ici comme un fils du peuple polonais. Aujourd’hui, je suis ici comme fils du peuple allemand, et c’est précisément pourquoi je dois et je peux dire comme lui: je ne pouvais pas ne pas venir ici. Je devais venir. C’était et c’est un devoir face à la vérité et au droit de ceux qui ont souffert, un devoir devant Dieu d’être ici, en tant que Successeur de Jean-Paul II et en tant que fils du peuple allemand – fils du peuple dans lequel un groupe de criminels arriva au pouvoir au moyen de promesses mensongères, au nom de perspectives de grandeur, au nom de l’honneur retrouvé de la nation et de son importance, par des perspectives de bien-être, mais également par la force de la terreur et de l’intimidation, de sorte que notre peuple a pu être utilisé et abusé comme instrument de leur soif de destruction et de domination. Non, je ne pouvais pas ne pas venir ici. »
Mais il rappelle aussi sa présence, aux côtés de Jean-Paul II et une autre visite: « Le 7 juin 1979, je me trouvais ici comme Archevêque de Munich-Freising parmi les nombreux Evêques qui accompagnaient le Pape, qui l’écoutaient et qui priaient avec lui. En 1980, je suis ensuite revenu une fois de plus dans ce lieu de l’horreur avec une délégation d’Evêques allemands, bouleversé par tant de mal et plein de reconnaissance parce que sur ces ténèbres avait brillé l’étoile de la réconciliation ».
« Telle est encore la raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui: pour implorer la grâce de la réconciliation – avant tout de Dieu, qui seul peut ouvrir et purifier nos coeurs; puis des hommes qui ont souffert, et enfin la grâce de la réconciliation pour tous ceux qui, en cette heure de notre histoire, souffrent à nouveau à cause du pouvoir de la haine et de la violence fomentée par la haine », a ajouté le pape.
Il y pose la question du silence de Dieu : « Combien de questions nous envahissent en ce lieu! La même question revient toujours à nouveau: Où était Dieu en ces jours-là? Pourquoi s’est-il tu? Comment a-t-il pu tolérer cet excès de destruction, ce triomphe du mal? »
Un mal qu’il exprime aussi en ces termes : « Les potentats du Troisième Reich voulaient écraser le peuple juif tout entier; l’éliminer du nombre des peuples de la terre. Alors, les paroles du Psaume: « On nous massacre tout le jour, on nous traite en moutons d’abattoir » se vérifièrent de façon terrible ».
« Nous pouvons ainsi espérer que du lieu de l’horreur naisse et croisse une réflexion constructive et que le souvenir aide à résister au mal et à faire triompher l’amour », a aussi déclaré Benoît XVI.

Le pape et la Journée de la mémoire
Pour la Journée de la mémoire, le pape a prononcé ces paroles, au terme de l’audience générale du 28 janvier 2009 : « En ces jours où nous rappelons la Shoah, me reviennent en mémoire les images recueillies lors de mes visites répétées à Auschwitz, l’un des camps dans lesquels a eu lieu le massacre atroce de millions de juifs, victimes innocentes d’une haine raciale et religieuse aveugle. Alors que je renouvelle avec affection l’expression de ma pleine et indiscutable solidarité avec nos frères destinataires de la Première Alliance, je souhaite que la mémoire de la Shoah incite l’humanité à réfléchir sur la puissance imprévisible du mal lorsqu’il conquiert le cœur de l’homme ».
Le pape reprend la terme des stèles de Birkanau : « avertissement » en disant : « Que la Shoah soit pour tous un avertissement contre l’oubli, contre la négation ou le réductionnisme, car la violence contre un seul être humain est une violence contre tous. Aucun homme n’est une île, a écrit un poète célèbre ».
« Que la Shoah enseigne en particulier aux anciennes et aux nouvelles générations, a insisté le pape, que seul le chemin difficile de l’écoute et du dialogue, de l’amour et du pardon conduit les peuples, les cultures et le religions du monde à l’objectif souhaité de la fraternité et de la paix dans la vérité. Que jamais plus la violence n’humilie la dignité de l’homme! »
Une violence que le jeune Joseph Ratzinger a vécu, comme il l’évoque à l’angélus du 9 novembre 2008, pour le 70e anniversaire de la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938), appelant les catholiques à une « profonde solidarité avec le monde juif ».
« C’est aujourd’hui le 70e anniversaire de ce triste événement qui a eu lieu dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, lorsque s’est déchaînée en Allemagne la furie nazie contre les juifs. Les commerces, les bureaux, les habitations, et les synagogues furent attaqués et détruits, et de nombreuses personnes furent également tuées, ce qui fut le début de la persécution violente et systématique des juifs allemands qui déboucha sur la Shoah », a rappelé Benoît XVI.
Benoît XVI prononce un nouvel appel au « jamais plus », et insiste sur le devoir d’éduquer les jeunes dans le respect de l’autre. « Aujourd’hui encore, je ressens douloureusement ce qui est arrivé à cette tragique occasion, dont le souvenir doit servir à faire en sorte que des horreurs semblables ne se répètent jamais plus et que l’on s’engage, à tous les niveaux, contre toute forme d’antisémitisme et de discrimination, en éduquant surtout les jeunes générations au respect et à l’accueil réciproque », a déclaré le pape.
Le pape demande aux catholiques de manifester leur « solidarité » avec la communauté juive. « J’invite en outre, a ajouté Benoît XVI, à prier pour les victimes d’alors et à vous unir à moi en manifestant une profonde solidarité avec le monde juif ».
Dans sa salutation en allemand, le pape a évoqué ces « terribles événements » qui ont eu lieu dans ce qui était « alors le Reich allemand », lorsque « les citoyens juifs » ainsi que leurs biens et leurs synagogues sont devenus « l’objectif d’actes de violence destructeurs et indignes ».
Benoît XVI a dit prier, « en souvenir des victimes » pour demander l’aide de Dieu pour la « construction d’une société » où des gens « de différentes religions et de différents peuples puissent vivre ensemble dans la paix et la justice ».

Visite à la synagogue de Rome
L’an dernier à l’occasion de la Journée de dialogue avec le judaïsme, le 17 janvier en Italie, le pape s’est rendu à la grande synagogue de Rome où il a reconnu amèrement que de nombreux catholiques sont restés indifférents au drame de la shoah. Il y a aussi rappelé le caractère irréversible du chemin d’amitié entre juifs et catholiques depuis notamment le concile Vatican II et « Nostra Aetate ». Il a demandé pardon pour les souffrance infligées par les chrétiens au peuple juif : « l’Eglise n’a pas manqué de déplorer les fautes de ses fils et de ses filles, en demandant pardon pour tout ce qui a pu favoriser d’une manière ou d’une autre les plaies de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme » (cf. Commission pour les rapports religieux avec le judaïsme, Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, 16 mars 1998).
« Il me revient à l’esprit, a ajouté Benoît XVI, la prière pleine de tristesse au Mur du Temple à Jérusalem du Pape Jean-Paul II, le 26 mars 2000, qui résonne avec vérité et sincérité au plus profond de notre cœur : « Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples : nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l’Alliance ».

Les Juifs, nos « pères dans la foi »
Il semble que le pape ait fait faire un saut à la réflexion sur les rapports entre juifs et catholiques dans son livre-entretien avec Peter Seewald « Lumière du monde » (Bayard 2011) en employant cette expression : « nos pères dans la foi ».
Benoît XVI évoque sa formation théologique et le lien inextricable entre Premier et Nouveau Testament. Il ajoute : « Nous avons été touchés en tant qu’Allemands par ce qui est arrivé sous le IIIe Reich, et nous nous en sommes d’abord tenus à regarder le peuple d’Israël avec humilité et honte, et avec amour », avec un impact non-indifférent sur sa pensée théologique.
A propos des « frères aînés », il fait observer : «  Les juifs n’aiment pas trop entendre les mots « le frère aîné », que Jean XXIII employait déjà. Dans la tradition juive, le « frère aîné », Ésaü, est aussi le frère réprouvé. On peut quand même employer ces mots parce qu’ils disent quelque chose d’important. Mais il est exact que les Juifs sont aussi nos « pères dans la foi ». Et ces mots rendent peut-être encore plus visible la manière dont nous sommes liés. »

Anita S. Bourdin

shoah painting of David Olère – Auschwitz Survivor

27 janvier, 2011

shoah painting of David Olère - Auschwitz Survivor dans images
http://isurvived.org/TOC-VI.html

Le Chant du peuple juif assassiné (Poème d’Isaac Katznelson)

27 janvier, 2011

 du site:

http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/poeme_katznelson.htm

Le Chant du peuple juif assassiné
Poème d’Isaac Katznelson

La peur, l’angoisse, la terreur horrible m’enserrent étroitement.
Les wagons sont là, de nouveau !
Partis hier soir, et de retour aujourd’hui, ils sont là, de nouveau là,
sur le quai.
Tu vois leur gueule ouverte ?
La gueule ouverte dans l’horreur !
Ils en veulent encore !
Encore, de nouveau. Rien ne les rassasie.
Ils sont là, ils attendent les Juifs.
Quand les apporte-t-on ?
Affamés comme s’ils n’avaient encore jamais englouti leur Juif…
Jamais… Mais oui ! ils en veulent encore, toujours plus.

Ils en veulent encore.
Ils sont là, attendant qu’on leur prépare la table,
Qu’on serve le repas, qu’on serve des Juifs autant qu’il en pourra entrer.
Des Juifs !
Vieux peuple aux enfants tout jeunes, jeunes et frais,
Grappes jeunes sur un vieux cep ;
et des vieillards comme le vin fort est vieux.

Ils étaient pleins pourtant, gavés, étouffés de Juifs !
Les morts debout, serrés, coincés entre les vivants,
Les morts debout sans toucher le sol à force d’être serrés,
Sans que l’on puisse voir dans la masse lequel est mort et lequel est vivant.

La tête du mort, comme une tête vivante, se balançait de-ci de-là,
Et sur le vivant coulait déjà la sueur de la mort.
L’enfant réclame à boire à sa mère, morte, une goutte d’eau,
Il lui frappe la tête de ses petites mains, pleurant parce qu’il a chaud.

Wagons vides ! Vous étiez pleins et vous voici vides à nouveau,
Où vous êtes-vous débarrassés de vos Juifs ?
Que leur est-il arrivé ?
Ils étaient dix mille, comptés, enregistrés – et vous voilà revenus ?
Ô dites-moi, wagons, wagons vides, où avez-vous été ?

Vous venez de l’autre monde, je sais, il ne doit pas être loin :
hier à peine vous êtes partis, tout chargés, et
aujourd’hui vous êtes déjà là !
Pourquoi tant de hâte, wagons ?
Avez-vous donc si peu de temps ?
Vous serez bientôt, comme moi, des vieillards,
bientôt brisés et gris.

Voir tout cela, regarder et entendre… Malheur !
Comment pouvez-vous le supporter, même faits de fer et de bois ?
Ô fer, tu étais enfoui dans la terre, profond, ô fer froid.
Et toi, bois, tu poussais, arbre sur la terre, haut et fier !
Et maintenant ? Des wagons, des wagons de marchandises
et vous regardez, témoins muets de cette charge,

Muets, fermés, vous avez vu.

Dites-moi, ô wagons, où menez-vous ce peuple,
ces Juifs emmenés à la mort ?

Ce n’est pas votre faute.
On vous charge,
on vous dit : va !

On vous envoie chargés, on vous ramène vides.
Wagons qui revenez de l’autre monde, parlez, dites un mot,
Faites parlez vos roues, que moi, que moi je pleure…

Isaac Katznelson,
octobre 1943,
« Le Chant du peuple juif assassiné »

Ce poème écrit alors que son épouse et deux de ses fils venaient d’être déportés de Varsovie aux chambres à gaz de Treblinka et que lui-même et son dernier fils allaient connaître le même sort un peu plus tard.
Isaac Katznelson fut déporté de France par le convoi n°72 pati de Drancy vers Auschwitz le 29 avril 1944.
 Le Chant du peuple juif massacré, traduction intégrale par Myriam Novitch et Suzanne Der, Kibboutz Lahomer Haggetaoth, 1983.

La bénédiction de Dieu: Un peuple sur lequel peut reposer la bénédiction de Dieu (Nom. 1-6 : 21) [ pour le 27 janvier: Journé de la memoire]

26 janvier, 2011

du site: 

http://www.bible-notes.org/article-796-La-benediction-de-Dieu.html#un peuple

La bénédiction de Dieu

Un peuple sur lequel peut reposer la bénédiction de Dieu (Nom. 1-6 : 21)
 
La filiation et le combat par la prière (Nom. 1)
                        Les fils d’Israël constituaient un peuple de combattants. Pour chaque tribu est répétée l’expression : « tous ceux qui étaient propres au service militaire ». Ensuite chacun devait déclarer sa filiation. On remarque d’abord qu’il y a « toute l’assemblée » (v. 2), puis que « chacun » (v. 18) devait déclarer sa filiation. La généalogie juive était capitale pour faire partie du peuple de Dieu 
                        Et pour nous, chrétiens ? Si nous cherchons notre généalogie, aussi loin qu’elle remonte, elle aboutira toujours à une souche ruinée qui nous amènera à dire comme David : « J’ai été enfanté dans l’iniquité » (Ps. 51 : 5). Notre généalogie, maintenant, est établie dans le premier chapitre de l’évangile de Jean 1 : 12 : « A tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, c’est-à-dire ceux qui croient en son nom – qui sont nés non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » (v. 12). Né de Dieu, enfant par la foi en Jésus Christ, voilà comment le croyant peut prouver sa généalogie, confesser le Seigneur : « Si, de ta bouche, tu reconnais Jésus comme Seigneur, et que tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé » (Rom. 10 : 9)
                        Si nous sommes des enfants de Dieu, nous sommes des combattants ; ce n’est pas évidemment à la manière des hommes, d’une manière charnelle. Epaphras combattait « par ses prières » (Col. 4 : 12). Si quelqu’un ne prie pas, on peut douter qu’il soit un enfant de Dieu. Il est dit de Saul, dès sa conversion : « Voici, il prie » (Act. 9 : 12). Amis croyants, nous avons le privilège de prier en famille et en assemblée : « l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu » pour Pierre (Act. 12 : 5). Le service de la prière précède tous les autres services. C’est pour cette raison que les réunions de prière ont une importance capitale ; elles précèdent moralement même la réunion de culte et la réunion d’édification. On demande à Dieu pour pouvoir apporter et être en mesure de recevoir.
 
            Les bannières et le témoignage (Nom. 2)
                        « Les fils d’Israël camperont chacun près de sa bannière, sous les enseignes de leurs maisons de pères ; ils camperont autour de la tente d’assignation, à distance, vis-à-vis » (v. 2).
                        Il y avait trois tribus à l’orient sous la bannière du camp de Juda, trois vers le midi sous la bannière de Ruben, trois vers l’occident sous la bannière d’Ephraïm, trois sous la bannière de Dan vers le Nord. Au centre se trouvait la tente d’assignation (v. 17). C’était aussi l’ordre de marche, d’abord six tribus, puis les lévites qui avaient la charge des éléments du tabernacle, et enfin les 6 autres tribus.
                        Chacun restait près de sa bannière. Si l’on fait une application pour nous croyants qui nous rassemblons autour du Seigneur, chaque rassemblement est en quelque sorte un témoignage à sa bannière. On ne choisissait pas le camp où l’on voulait aller : celui qui était de la tribu de Juda ne pouvait pas aller sous la bannière du camp de Ruben. On ne choisit pas non plus son assemblée, on est là où Dieu nous a placés avec toutes les joies et les peines. L’ordre pour chaque tribu était très précis. On ne s’en va pas n’importe où ! On ne va pas vers une autre tribu. La bannière, le témoignage est là et on se soumet à la volonté du Seigneur.
                        Un témoignage était rendu par chaque tribu. Nous dirions aujourd’hui, c’est un témoignage de chaque assemblée, car chaque rassemblement réalisé au nom du Seigneur n’est qu’une faible expression de l’Eglise. Une bannière a été donnée à chaque assemblée afin qu’elle la déploie pour le nom de Christ (Ps. 20 : 5). C’est le premier service après la prière.
Il y a donc un témoignage que l’assemblée est appelée à rendre : « Vous êtes manifestés comme la lettre de Christ », dit Paul aux Corinthiens ; cette lettre est « connue et lue par tous les hommes » (2 Cor. 3 : 2-3). L’Assemblée est laissée sur la terre pour remplacer Christ, pour manifester les caractères de Christ.
 
            Le service des lévites (Nom. 3)
                        Les lévites remplaçaient les premiers-nés qui avaient été épargnés lors du jugement de l’ange destructeur. On relève ces expressions : « afin qu’ils servent » (v. 6), « au service de toute l’assemblée » (v. 7). « Tu donneras les lévites à Aaron », dit l’Eternel à Moïse. Quel bonheur d’avoir été donné au Seigneur Jésus pour le servir, en toute humilité, avec crainte, mais avec joie et de tout son coeur.
                        Ils étaient donnés au Seigneur pour servir toute l’assemblée. On retrouve les quatre points cardinaux qui étaient mentionnés dans la disposition des tentes des fils de Levi (témoignage en direction du monde) : Moïse, Aaron et ses fils au levant, les Guershonites au couchant, les Kéhatites au midi et les Merarites au Nord.
                        Les lévites avaient à s’occuper du tabernacle et chacune des trois familles avait une fonction particulière : les Kéhatites s’occupaient des éléments intérieurs, les Merarites des éléments solides et les Guershonites des éléments textiles du tabernacle.
                        Les Kéhatites portaient à l’épaule les objets précieux du sanctuaire ; ainsi étaient soigneusement gardées les gloires de Christ. Il y a un ministère donné du Seigneur pour nous faire découvrir dans toute la Parole les gloires du Seigneur ; nous avons plus que jamais à veiller scrupuleusement à ce qu’elles soient gardées, alors qu’on entend dans la chrétienté tant de blasphèmes sur la personne glorieuse du Seigneur Jésus. Pour cela il faut sonder les Ecritures qui rendent témoignage de Lui (Jean 5 : 39).
                        Les Mérarites portaient la structure solide du tabernacle (les ais, les barres, les bases…). Les saints ont besoin d’un enseignement afin d’être « enracinés et édifiés » en Christ, « affermis dans la foi » (Col. 2 : 7) ; ils ont besoin de connaître quel est le fondement de l’assemblée, afin qu’ils ne soient pas « ballottés et emportés çà et là à tout vent de doctrine » (Eph. 4 : 14). De nos jours ces enseignements sont plus nécessaires que jamais.
                        Les Guershonites portaient la partie textile du tabernacle : c’est le ministère qui tend à former les saints afin qu’ils reflètent Christ dans la vie pratique de chaque jour. Les tapis très riches qui couvraient le tabernacle (Ex. 26) symbolisent des caractères de Christ.
                        C’est Dieu qui a donné les dons. Le Seigneur est « monté en haut » et « a fait des dons aux hommes » (Eph. 4 : 8). Dans la description du service des lévites, il est parlé du nord, du midi, de l’orient, de l’occident : les dons sont pour toute l’assemblée. Le don qu’un serviteur a reçu peut être employé dans tous les rassemblements, là où l’autorité du Seigneur est reconnue ; rappelons que l’ancien ou le serviteur ont en revanche une charge locale. La bonté du Seigneur a donné ces dons pour que l’assemblée soit nourrie, fortifiée, édifiée. L’évangile que Paul a annoncé dans les Actes est la base de l’évangile. L’épître aux Romains nous donne ensuite un enseignement fondamental complet quant à la délivrance de l’homme. Cette épître pourrait se résumer en 3 mots : Dieu pour nous (justification), Dieu en nous (sanctification), Dieu par nous (consécration).  Et pour ce qui concerne la marche de l’assemblée, il y a l’enseignement des épîtres, aux Corinthiens et à Timothée en particulier. Le peuple de Dieu a besoin d’être fondé et affermi dans la vérité. Mais c’est toujours en vue de la gloire de Christ, et afin qu’il soit vu dans les siens, comme le montre le service des Guershonites.
                        Sachons nous encourager, si nous avons reçu quelque chose du Seigneur, à avoir à coeur, en toute humilité, à en faire part à ses frères. Il y a tellement de rassemblements en tout petit nombre et qui ont besoin d’être nourris, encouragés. Pourquoi y a-t-il tellement de ruine ? N’est-ce pas parce qu’on est devenu égoïste, replié sur soi-même dans une vie terrestre confortable, au lieu d’avoir à coeur tous ces rassemblements… Que le Seigneur produise plus de dévouement ! C’est Lui qui appelle et qui forme ; il ne s’agit pas de développer de grandes connaissances, mais d’apporter de sa part ce qui peut encourager et affermir les siens.
 
            Le transport de l’arche (Nom. 4)
                        Pendant les traites du désert, les lévites portaient les éléments du Tabernacle. Nous avons à manifester dans ce monde les gloires de Christ. Il fallait enlever auparavant les cendres et couvrir l’autel d’un drap de pourpre ; c’est le souvenir de la mort du Seigneur durant le voyage. « Vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne », dit l’apôtre Paul aux Corinthiens (1 Cor. 11 : 26). Quel privilège d’entourer le Seigneur, de voir les « signes » sur la table !
                        Remarquons cette expression : « la charge de ce qu’ils auront à porter » (Nom. 4 : 31). Cela demandait de grands exercices. Faire « l’acquit de la charge » que Dieu nous a confiée (Mal. 3 :14) a une grande signification. Les Mérarites avaient reçu des chariots, mais quand il s’agissait des gloires de Christ, il n’y avait pas de chariot : il fallait porter sur l’épaule. David a voulu faire transporter l’arche sur un chariot neuf, mais il y a eu un mort, car il ne l’avait pas ramenée selon l’ordonnance (2 Sam. 6 : 3-7). Nous « rendons culte par l’Esprit de Dieu » ; nous « n’avons pas confiance en la chair » (Phil. 3 : 3). Il n’y a pas de place pour les moyens humains ; nous n’avons pas besoin de « chariot ». C’est par l’Esprit Saint que nous nous tenons dans la présence de Dieu.
 
               L’exclusion du lépreux (Nom. 5)
                        Ce chapitre présente la « sanctification » du peuple de Dieu. Pour qu’il y ait cette bénédiction de l’Eternel (6 : 22-27), il fallait juger le mal. Si un rassemblement ne veut pas juger le mal, ne veut pas s’en occuper, il perd complètement son caractère d’assemblée de Dieu. Mettre dehors le lépreux était une responsabilité collective.
 
            La loi du nazaréen (Nom. 6 : 1-21)
                        Le nazaréen ne devait pas boire de vin, ni  se couper les cheveux, ni toucher un mort ; ce sont des caractéristiques inverses de celles de l’homme naturel qui est sociable, indépendant et pécheur.
                        Le nazaréat, c’est ce qu’aurait dû réaliser l’Eglise, séparée pour Dieu. Malheureusement le témoignage de ce qui porte le nom de chrétien dans le monde est bien triste. La chrétienté n’est pas séparée du monde ; elle lui est unie, elle s’est associée avec le monde. L’image de Samson nous aide à comprendre cela. Il était nazaréen dès sa jeunesse ; puis il a aimé les femmes et, à la fin, il est devenu esclave du monde. Il a eu les yeux crevés ; l’Eglise professante est devenue aveugle et ne sait plus ce que c’est que la séparation du monde. Samson a été enchaîné et la chrétienté est liée au monde. Il y a cependant des croyants au milieu d’elle. Quand le Seigneur viendra, ce sera comme avec Samson : Il va « secouer » la maison, et les vrais croyants qui sont dans cette chrétienté formaliste seront enlevés, car « le Seigneur connaît ceux qui sont à lui » (2 Tim. 2 : 19). Que le Seigneur nous aide à avoir cette séparation pour Dieu, cette consécration.
                        Revenons à cette bénédiction finale sur les fils d’Israël (6 : 22-27). Les chapitres précédents nous ont aidés à comprendre pourquoi Dieu a prononcé une telle bénédiction, en présentant ce qui caractérisait ce peuple, où chacun se trouvait à la place voulue par Dieu :
                             – des combattants – c’est à dire un peuple qui prie.
                             – des hommes groupés sous la bannière divine – placés sous la bannière de l’amour, ils n’ont pas honte du nom de Christ.
                             – des hommes « nourris » par le service des Kéhatites, des Mérarites, des Guershonites.
                             – un peuple dans lequel le mal est jugé.
                             – un peuple consacré à son Dieu.
 
                        Que le Seigneur nous accorde de pouvoir goûter quelque chose de ce que nous trouvons dans ces premiers chapitres. Maintenant, ce n’est plus comme sous la loi : Si tu es fidèle, Dieu te bénira. Mais qu’Il nous donne de pouvoir jouir de toutes les bénédictions qu’Il a en réserve pour nous !

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