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par Sandro Magister: A Lambeth, le cardinal Kasper espère un nouveau Newman

4 août, 2008

du site: 

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/206069?fr=y

 

A Lambeth, le cardinal Kasper espère un nouveau Newman

Celui-ci a été le plus illustre des grands convertis à l’Eglise de Rome. L’envoyé du pape à la conférence des évêques anglicans leur demande de revenir au modèle de l’Eglise apostolique. Inaccettable l’épiscopat aux femmes et aux homosexuels. Le texte intégral de son discours

par Sandro Magister

ROMA, le 31 juillet 2008 – Hier, à la Conférence de Lambeth, rendez-vous décennal des évêques de la Communion anglicane du monde entier, le cardinal Walter Kasper, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a pris la parole. On trouvera ci-dessous le texte intégral de son intervention. Kasper a mis en évidence les divergences croissantes entre l’Eglise catholique et la Communion anglicane, spécialement depuis que, dans certaines provinces anglicanes, à partir de 1974, des femmes sont ordonnées prêtres et, à partir de 1989, évê ques.Un autre motif de divergence soulign é par Kasper concerne l’autorisation de bénir les unions homosexuelles et l’ordination épiscopale de personnes qui vivent en couple avec des personnes du même sexe. Ces décisions ont créé de très graves dissensions non seulement avec l’Eglise de Rome, mais surtout au sein de la Communion anglicane. Les oppositions les plus fortes viennent du Sud du monde, notamment d’Afrique. Sur les 44 provinces qui forment la Communion anglicane – a rappelé Kasper – 28 confèrent le sacerdoce à des femmes et 17 admettent également que des femmes soient ordonnées évêques. Pas les autres. Chaque province décide pour elle-même et s’oppose à celles qui prennent une décision différente. Au point que – toujours selon ce qu’a dit Kasper – « un nombre significatif d’évêques anglicans a décidé de ne même pas participer à la Confé rence de Lambeth ».L ’éclatement au sein de la Communion anglicane est telle que Kasper s’interroge: « Dans un telle situation, [...] qui aurons-nous comme interlocuteur? Devons-nous aussi nous engager, et comment, dans des discussions appropriées et transparentes avec ceux qui partagent les points de vue catholiques sur les questions qui donnent actuellement lieu à des controverses, et avec ceux qui sont en désaccord avec certains dé veloppements au sein de la Communion anglicane ou de certaines provinces en particulier? ».En effet, le passage à l’Eglise catholique est un choix fréquent, pour les membres de la Communion anglicane qui n’acceptent pas l’ordination des femmes et la légitimation de l’homosexualité. Mais l’attrait exercé par le catholicisme est aussi plus général. Il est lié à une conception globale de l’Eglise et de la tradition chrétienne depuis les temps apostoliques jusqu’à aujourd’hui, que certains jugent plus fidèlement réalisée dans l’ Eglise catholique.Le cardinal Kasper, dans son discours, a rappel é les « motifs ecclésiologiques » qui ont convaincu le plus célèbre des convertis du XIXe siècle, le cardinal John Henry Newman, de passer au catholicisme. Et il a souhaité que, dans l’anglicanisme d’aujourd’hui, renaisse un nouveau Mouvement d’Oxford, le mouvement de retour à la tradition de l’Eglise apostolique dont Newman fut l’inspirateur. Depuis 1980, date à laquelle l’Eglise de Rome a fixé des règles pour le passage au catholicisme d’hommes qui avaient été ordonnés prêtres ou évêques au sein de la Communion anglicane, on évalue à plus de 80 ceux qui ont accompli ce passage, souvent suivis par des parties significatives de leur diocè se ou paroisse.La plus r écente cérémonie d’accueil d’un ministre anglican au sein de l’Eglise catholique a eu lieu en privé à Rome, le 1er décembre dernier, à la basilique pontificale Sainte-Marie-Majeure. D’un côté, il y avait le cardinal archiprêtre de la basilique, l’américain Bernard Law. De l’autre, l’ancien anglican (ou épiscopalien, comme on dit aux Etats-Unis) Jeffrey Steenson, ancien évêque du diocèse du Rio Grande, qui couvre le Nouveau Mexique et une partie du Texas, accompagné pour la cérémonie par l’archevê que catholique de Santa Fe, Michael J. Sheehan.Steenson, 55 ans, mari é et père de trois enfants, a été de nouveau ordonné prêtre dans l’Eglise catholique, qui ne reconnaît pas comme valides les ordinations anglicanes. Et il enseignera dans les séminaires la patrologie, dont il est expert. Une dizaine d’autres ministres épiscopaliens américains attendent d’être accueillis comme prêtres dans l’Eglise catholique. Parmi eux, trois évêques émérites : John Lipscomb du diocèse du Sud-Est de la Floride, Clarence Pope de Forth Worth et Daniel Herzog d’ Albany.Mais, au sein de la Communion anglicane, les sympathisants de l ’Eglise de Rome sont beaucoup plus nombreux que ceux qui « franchissent le Tibre » et se convertissent. Par exemple, de tels sentiments anglo-catholiques ont été exprimés, à Sydney, par l’évêque anglican Robert Forsyth, qui, accueillant Benoît XVI dans sa ville le 18 juillet a défini l’Eglise de Rome comme « un rocher au milieu des rapides ». Et d’ expliquer: »Sans votre forte insistance sur le Christ comme unique Sauveur du monde, sur la foi catholique, sur la nature du Dieu trinitaire, la divinit é du Christ, la centralité et la suprématie de la Sainte Ecriture et le caractère objectif de la morale chrétienne, la vie des autres Eglises chrétiennes aurait été beaucoup plus difficile, spécialement ici, en Occident ». L’archevêque John Hepworth, Australien lui aussi, est le primat de la Traditional Anglican Communion, une branche de l’anglicanisme qui a proposé formellement au Saint-Siège de former une « unité corporative » avec l’Eglise catholique. Le nonce apostolique en Australie, Giuseppe Lazzarotto, a remis à Hepworth, le 25 juillet, une lettre du cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, dans laquelle ce dernier assure que le Saint-Siège examinera la proposition avec « une sé rieuse attention ». La Traditional Anglican Communion compte environ 400 000 membres, dans de nombreux pays.Voici donc le discours que le cardinal Kasper a lu le 30 juillet 2008 à la Conférence de Lambeth: Réflexions catholiques romaines sur la Communion anglicanepar Walter Kasper Je suis très heureux de transmettre à l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, à chacun de vous et à tous ceux qui participent à cette très importante conférence de Lambeth, les salutations du pape Benoît XVI et de tout le Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Pendant ces journées nous sommes tous avec vous par la pensée et la prière et nous voulons vous dire toute notre solidarité avec vos joies, mais aussi avec vos pré occupations et vos tristesses.Je voudrais tout d ’abord remercier l’archevêque de Canterbury et l’équipe de coordination des relations œcuméniques à Lambeth Palace et au Bureau de la Communion anglicane, qui m’ont invité à participer à ce grand rassemblement et me permettent de formuler quelques réflexions à propos de nos préoccupations communes. L’une de vos forces, à vous anglicans, c’est que, même dans les moments difficiles, vous avez cherché à savoir ce que pensaient et ce que prévoyaient vos partenaires œcuméniques, même si vous n’avez pas toujours tellement apprécié ce que nous avons dit. Mais, soyez-en sûr, c’est en ami que je vais parler. Quand j’ai vu que vous me proposiez comme sujet ‘Réflexions catholiques sur la Communion anglicane’, j’ai pensé que vous auriez pu trouver plus facile. Ce titre très large englobe bien des questions d’histoire et de doctrine, et je ne peux en aborder que quelques unes. Mais je crois qu’il y a une question caché e dans le titre. Elle porte sur ce que les catholiques pensent non pas tant de la Communion anglicane que de sa situation actuelle. Il y a des questions moins embarrassantes.Mon propos sera divis é en trois parties: d’abord une synthèse de nos relations au cours des dernières années; ensuite des considérations ecclésiologiques à la lumière de la situation actuelle au sein de l’anglicanisme; enfin une réflexion rapide sur les questions sous-jacentes aux débats et sujets de discussion actuels au sein de l’anglicanisme, notamment ceux qui ont aussi influé sur vos relations avec l’Eglise catholique. En conclusion, je répondrai à une question tout à fait imprévue que l’archevêque de Canterbury m’a posée il y a quelques mois et qui m’a beaucoup intrigué. Il m’a demandé quelle sorte d’anglicanisme nous voulions – grande question: j’espère que, de votre côté, vous savez y répondre – et ce que l’Eglise catholique espérait pour la Communion anglicane dans les mois et années à venir. Sur ce second point la réponse est plus facile: nous espérons que nous ne nous éloignerons pas de vous et que nous saurons poursuivre un dialogue sérieux pour parvenir à l’unité complète, pour que le monde puisse croire. I. Description de nos relations au cours des dernières anné esCette premi ère partie vise à nous rafraîchir la mémoire, pour que nous n’oubliions pas nos succès des 40 dernières années et ce qu’ils représentent. Quand Vatican II a évoqué, dans son décret sur l’œcuménisme, les “nombreuses Communions qui se sont séparées du Siège de Rome” au XVIe siècle, il a reconnu que “parmi celles où des traditions et institutions catholiques subsistent partiellement, la Communion anglicane occupe une place particulière ” (Unitatis redintegratio n°13). Cette affirmation est fondée sur une interprétation ecclésiologique selon laquelle, pour les catholiques, la Communion anglicane contient des éléments significatifs de l’Eglise de Jésus-Christ. Dans leur Déclaration Commune de 1977, Donald Coggan, archevêque de Canterbury, et le pape Paul VI ont indiqué quelques uns de éléments ecclésiaux quand ils ont écrit: « Dès lors que l’Eglise catholique romaine et les Eglises de la Communion anglicane ont cherché à progresser dans la compréhension mutuelle et la charité chrétienne, elles en sont arrivées à reconnaître et apprécier, dans un sentiment d’action de grâces, une foi commune en Dieu notre Père, en Jésus-Christ notre Seigneur et en l’Esprit Saint; notre baptême commun dans le Christ; le fait que nous avons en commun les Saintes Ecritures, le Symbole des Apôtres et celui de Nicée, la définition de Chalcédoine et l’enseignement des Pères; l’héritage chrétien qui nous a été commun pendant de nombreux siècles, avec ses traditions vivantes quant à la liturgie, la théologie, la spiritualité et la mission. »Dans ce texte, l ’archevêque Coggan et Paul VI soulignent le terrain commun, source commune et centre de notre unité, déjà existante mais encore incomplète: Jésus-Christ et la mission de L’apporter à un monde qui en a un besoin si désespéré. Ce dont nous parlons, ce n’est pas une idéologie, une opinion personnelle que l’on peut partager ou non; c’est notre fidélité à Jésus-Christ dont les apôtres ont été les témoins, et à son Evangile qui nous a été confié. Dès le départ nous devons donc nous souvenir de ce qui est en jeu quand nous nous mettons à parler de fidélité à la tradition et à la succession apostoliques, quand nous parlons du triple ministère, de l’ordination des femmes et des commandements moraux. Ce dont nous parlons c’est uniquement de notre fidélité au Christ Lui-même, notre maître unique et commun. Et que peut être notre dialogue, sinon une expression de notre intention et de notre désir de ne faire qu’un en Lui, afin d’être totalement unis dans le témoignage de Son Evangile? On l’a souvent dit, mais cela vaut la peine de le répéter: le dialogue est dynamisé par le désir d’être fidèles à la volonté exprimée par le Christ que ses disciples soient un comme il est un avec le Père; et cette unité est directement liée à la mission du Christ et de l’Eglise vis-à-vis du monde: qu’ils soient un pour que le monde croie. Notre témoignage et notre mission ont été gravement perturbés par nos divisions et c’est par fidélité au Christ que nous nous sommes engagés dans un dialogue, fondé sur l’Evangile et les anciennes traditions qui nous sont communes, avec l’unité complète et visible comme objectif. Pourtant l’unité complète n’était et n’est pas une fin en soi, mais un signe et un moyen de recherche de l’unité avec Dieu et de la paix dans le monde.A partir de l à, nous pouvons dire avec confiance, en voyant ce que l’Anglican-Roman Catholic International Commission (ARCIC) a réalisé en près de 40 ans, qu’elle a vraiment donné de bons fruits. Dans une première phase (1970-1981), l’ARCIC s’est occupée de la Doctrine Eucharistique (1971) et du Ministère et de l’Ordination (1973); dans les deux cas elle a affirmé avoir obtenu un accord substantiel. La réponse officielle catholique (1991), bien qu’elle ait demandé un travail supplémentaire sur ces deux sujets, a dit que ces textes constituaient “une étape significative” témoignant “que des points de convergence et même d’accord avaient été trouvés, ce que beaucoup de gens n’auraient pas cru possible avant le début des travaux de la Commission”. Les Clarifications (1993) apportées par les membres de la Commission ont été considérées par les autorités catholiques comme “ayant grandement renforcé l’accord dans ces domaines”. La première phase du travail de l’ARCIC a aussi abouti à deux documents sur la question de l’Autorité dans l’Eglise (1976, 1981), thème qui fut au cœur des divisions du XVIe siècle. Les textes de la deuxième phase du travail de l’ARCIC (1983-2005) n’ont pas été présentés pour recevoir une réponse formelle de l’Eglise Catholique ou de la Communion anglicane et ils n’ont pas conduit à une résolution définitive ou à un consensus complet sur les sujets traités, mais chacun d’eux a suggéré un rapprochement croissant. Salvation in the Church (1986) est en harmonie, de bien des façons, avec la Déclaration Conjointe sur la Doctrine relative à la Justification que l’Eglise Catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale ont signée en 1999. Partant de l’interprétation de l’Eglise comme koinonia qui avait été présentée pour la première fois dans l’introduction du Rapport Final de l’ARCIC I, l’ARCIC II a proposé le travail plus abouti de la Commission en matière d’ecclésiologie dans The Church as Communion (1991). Life in Christ (1994) a réussi à dégager une vision partagée et un héritage commun pour l’enseignement de l’éthique, malgré des différences dans les applications pastorales des principes moraux. The Gift of Authority (1999) est revenu sur le thème de l’autorité et a nettement progressé sur la nécessité d’un ministère universel de primauté dans l’Eglise. Mary: Grace and Hope in Christ (2005) a progressé de manière importante et impré vue vers une perception commune de la Vierge Marie.Comme vous le savez, l ’ordination de femmes à la prêtrise dans plusieurs provinces anglicanes, à partir de 1974, et à l’épiscopat, à partir de 1989, a beaucoup compliqué les relations entre la Communion anglicane et l’Eglise catholique. J’y reviendrai le moment venu. Alors que cet obstacle était présent dans nos esprits et que nous cherchions ce qu’on pouvait faire malgré tout afin de poursuivre nos relations, une importante initiative a été mise en œuvre peu après la dernière Conférence de Lambeth. En mai 2000, mon prédécesseur, le cardinal Edward Idris Cassidy, et l’archevêque George Carey ont invité 13 primats anglicans et les présidents des conférences épiscopales catholiques correspondantes, ou leur représentants, à Mississauga, au Canada, pour évaluer ce qui avait été réalisé dans le cadre du dialogue de l’ARCIC et, à la lumière des réussites et des difficultés qui marquaient nos relations, proposer des recommandations tendant à d’éventuels progrès. Ayant assisté à beaucoup de réunions œcuméniques dans ma vie, je suis heureux de dire que c’est l’une des meilleures auxquelles j’aie jamais assisté. L’esprit de prière et d’amitié, la réflexion sérieuse non seulement sur le travail de l’ARCIC mais aussi sur les relations œcuméniques dans chaque région représentée, et le profond désir de réconciliation qui imprégnait cette réunion de Mississauga, ont renouvelé l’espoir de progrès significatifs dans les relations entre la Communion anglicane et l’Eglise catholique. L’un des fruits de la réunion de Mississauga a été la création de l’International Anglican-Roman Catholic Commission for Unity and Mission (IARCCUM), une commission principalement composée d’évêques. La semaine dernière, cette Conférence de Lambeth a étudié le document de l’IARCCUM, Growing Together in Unity and Mission. Ce document, qui fait la synthèse du travail de l’ARCIC, donne l’évaluation par la Commission des progrès que nous avons accomplis dans notre dialogue et identifie les questions restant à traiter.Pendant les 40 derni ères années, nous ne nous sommes pas seulement engagés ensemble dans le dialogue théologique. D’étroites relations de travail se sont développées entre anglicans et catholiques, au niveau non seulement international, mais aussi, bien souvent, régional et local. Comme le pape Benoît XVI et l’archevêque Rowan Williams l’ont indiqué dans leur Déclaration Commune de novembre 2006, “Avec le développement de notre dialogue, beaucoup de catholiques et d’anglicans ont trouvé, les uns chez les autres, un amour du Christ qui nous incite à coopérer et à nous rendre service concrètement. Cette fraternité dans le service du Christ, qu’ont ressentie beaucoup de nos communautés dans le monde, donne un élan supplémentaire à nos relations.” Vraiment, ce que nous avons réalisé n’est pas peu de choses et nous l’avons obtenu grâce aux années de dialogue à l’ARCIC et à l’IARCCUM. Nous sommes reconnaissants à ces commissions pour leur travail et nous, catholiques, ne voulons pas laisser perdre ces succès. Nous voulons vraiment continuer dans cette voie et conduire à son terme la tâche entreprise il y a 40 ans. C’est pourquoi je suis d’autant plus triste de devoir maintenant – dans la fidélité à ce que je crois être la volonté du Christ et avec la franchise que permet l’amitié – étudier les problèmes qui ont surgi et grandi au sein de la Communion anglicane depuis la dernière Conférence de Lambeth ainsi que les répercussions de ces tensions internes sur l’œcuménisme. Dans la deuxième partie de cet exposé, je voudrais aborder plusieurs problèmes ecclésiologiques qui résultent de la situation actuelle de la Communion anglicane et soulever des questions difficiles et profondes. Mais avant de le faire, je voudrais répéter ce que j’ai dit en novembre 2006 quand l’archevêque de Canterbury est venu à Rome voir le pape: “Les questions et les problèmes de nos amis sont aussi les nôtres”. C’est pourquoi je soulève ces questions non pas comme un juge, mais comme un partenaire œcuménique qui a été profondément découragé par les évènements récents et qui souhaite vous apporter une réflexion honnête, dans une perspective catholique, sur cette question: comment et où pouvons-nous aller de l’avant dans le contexte actuel.

suite au dessu

suite de l’article de Magister

4 août, 2008

II. Considérations ecclésiologiques

Ce que je veux dire dans cette deuxième partie ne constitue bien sûr pas un cours magistral decclésiologie. Encore une fois, je souhaite simplement vous donner un aperçu de quelques faits bien connus des dernières décennies qui pourraient ou devraient nous aider à trouver un chemin dont jespère quil nous soit commun pour avancer.

Longtemps les questions decclésiologie ont été un important point de controverse entre nos deux communautés. Lorsque j’étais étudiant, jai étudié tous les arguments ecclésiologiques soulevés par John Henry Newman et qui lont amené à devenir catholique. Ses préoccupations principales portaient sur lapostolicité en communion avec le Saint-Siège en tant que gardien de la tradition apostolique et de lunité de lEglise. Je pense que ses questions restent actuelles et que nous navons pas encore épuisé cette discussion.

Newman avait affaire à lEglise dAngleterre de son temps. Aujourdhui nous sommes confrontés à des problèmes supplémentaires au niveau de la Communion anglicane qui comporte 44 églises régionales et nationales, chacune étant autonome. Lindépendance sans une interdépendance suffisante est désormais un problème critique.

Il y a deux ans, le document Growing Together in Unity and Mission de lIARCCUM présentait la situation au sein de la Communion Anglicane et ses implications sur l’œcuménisme de la manière suivante: Toutefois, depuis cette réunion à Mississauga, les Eglises de la Communion anglicane sont entrées dans une phase de disputes due à lordination épiscopale dune personne engagée dans une relation homosexuelle publiquement assumée et par lautorisation de cérémonies publiques de bénédiction pour les unions homosexuelles. Ces questions ont intensifié la réflexion sur la nature de la relation entre les églises de la Communion anglicane [...] De plus, les relations œcuméniques sont devenues plus compliquées parce que des propositions formulées au sein de lEglise dAngleterre ont concentré lattention sur la question de lordination de femmes à l’épiscopat qui est une partie bien établie du sacerdoce dans certaines provinces anglicanes (n° 6). En plus des développements liés à ce dernier point, nous devons maintenant tenir compte de la décision dun nombre significatif d’évêques anglicans de ne pas assister à cette Conférence de Lambeth, et de propositions émanant de lintérieur même de langlicanisme et qui défient les organes dautorité existant au sein de la Communion anglicane.

Dans la partie suivante, j’étudierai plus directement quelques unes de ces questions, mais pour linstant je vais me concentrer spécifiquement sur la dimension ecclésiologique des problèmes actuels, en me référant à ce que nous avons dit ensemble de la nature de lEglise et aux initiatives de la Communion anglicane pour traiter ces querelles internes.

En mars 2006, larchevêque de Canterbury ma invité à prendre la parole à une réunion de la Chambre des Evêques de lEglise dAngleterre, sur la mission des évêques dans lEglise. Larrière-plan de cette intervention était la possible ordination de femmes à l’épiscopat, mais la discussion centrale sur la nature du ministère épiscopal comme ministère dunité est liée à tous les points de tension au sein de la Communion anglicane que nous avons identifiés précédemment.

En résumé, jai déclaré que lunité, lunanimité et la koinonia (communion) sont des concepts fondamentaux dans le Nouveau Testament et lEglise primitive. Jai déclaré: Dès lorigine, le ministère épiscopal était koinonialement ou collégialement intégré dans la communion de tous les évêques; il n’était jamais perçu comme un ministère à comprendre ou à pratiquer individuellement. Puis jai abordé la théologie du ministère épiscopal dun Père de lEglise très important pour les Anglicans et pour les Catholiques, Cyprien de Carthage, évêque martyr au IIIe siècle.

Sa formule episcopatus unus et indivisus est bien connue. Elle apparaît dans le contexte dune adjuration pressante de Cyprien à ses confrères évêques: Quam unitatem tenere firmiter et vindicare debemus maxime episcopi, qui in ecclesia praesidimus, ut episcopatum quoque ipsum unum atque indivisum probemus. [Cette unité, nous devons la retenir et la revendiquer fermement, surtout nous, les évêques, qui présidons dans lEglise, afin de prouver que l’épiscopat est également un et indivisible. [] Cette exhortation pressante est suivie dune interprétation précise de la formule episcopatus unus et indivisus. Episcopatus unus est cuius a singulis in solidum pars tenetur [L’épiscopat est un tout que chaque évêque reçoit dans sa plénitude.] (De ecclesiae catholicae unitate I, 5).

Mais Cyprien va plus loin: non seulement il insiste sur lunité du peuple de Dieu avec son évêque, mais il ajoute aussi que personne ne peut imaginer quil soit en communion avec quelques évêques seulement, parce que lEglise Catholique nest pas en plusieurs morceaux séparés mais elle ne forme quun tout dont lunion des évêques est le lien (Ep. 66,8)… Cette collégialité nest bien sûr pas limitée à la relation horizontale et synchronique de l’évêque avec ceux qui sont évêques en même temps que lui; puisque lEglise est une et la même dans tous les siècles, lEglise daujourdhui doit aussi conserver un consensus diachronique avec l’épiscopat des siècles précédents et surtout avec le témoignage des apôtres. Cest là le sens le plus profond de la succession apostolique dans le ministère épiscopal.

Le ministère épiscopal est donc un ministère dunité dans un double sens. Les évêques sont signe et instrument dunité au sein de chaque Eglise locale, comme ils le sont entre les Eglises locales dune époque donnée et entre les Eglises de tous les temps au sein de lEglise universelle.

Cette interprétation du ministère épiscopal a été mise en avant dans les déclarations communes de lARCIC, tout spécialement dans Church as Communion et dans les déclarations de lARCIC sur lautorité dans lEglise. Church as Communion (n° 45) affirme que:

« Pour la formation et le développement de cette communion, Notre Seigneur Jésus-Christ a établi un ministère de supervision, dont la plénitude est confiée à l’épiscopat, qui a la responsabilité de maintenir et dexprimer lunité des Eglises (cf. n° 33 & 39; Rapport Final, Ministry and Ordination). En les guidant, en les instruisant, en célébrant les sacrements, notamment leucharistie, ce ministère garde les croyants unis dans la communion de lEglise locale et dans la communion plus large de toutes les Eglises (cf. n° 39). Ce ministère de supervision a une dimension collégiale et une dimension primatiale. Il est enraciné dans la vie de la communauté et il est ouvert à la participation de celle-ci à la découverte de la volonté divine. Il est exercé de manière à ce que lunité et la communion soient exprimées, préservées et encouragées à tous les niveaux local, régional et universel. »

Le même déclaration commune donne linterprétation des Communions anglicanes et catholiques selon laquelle les évêques accomplissent leur ministère dans la succession apostolique, qui est destinée à assurer à chaque communauté que sa foi est vraiment la foi apostolique, reçue et transmise depuis les temps apostoliques (Church as Communion, 33).

Le document de lARCIC intitulé The Gift of Authority a développé cette idée en affirmant:

« Il y a deux dimensions – diachronique et synchronique – de la communion dans la Tradition apostolique. Le mécanisme de la tradition implique clairement la transmission de lEvangile dune génération à une autre (diachronique). Si lEglise doit rester unie dans la vérité, il doit aussi impliquer la communion des Eglises, partout, à cet unique Evangile (synchronique). Les deux dimensions sont nécessaires pour la catholicité de lEglise (n° 26) ».

Le texte ajoute que chaque évêque, en communion avec tous les autres évêques, a la responsabilité de préserver et dexprimer la plus large koinonia de l’église, et quil participe au soin de toutes les églises (n° 39). L’évêque est donc “à la fois une voix pour l’église locale et une personne à travers laquelle l’église locale apprend des autres églises (n° 38). Gift of Authority (n° 37) souligne aussi le rôle joué par le collège des évêques dans le maintien de lunité de lEglise:

« Linterdépendance mutuelle de toutes les Eglises est une partie intégrante de la réalité de lEglise selon la volonté de Dieu. Aucune église locale qui participe à la Tradition vivante ne peut se considérer comme autosuffisante. Le ministère de l’évêque est essentiel, parce quil sert la communion à lintérieur des églises locales et entre elles. Leur communion mutuelle sexprime par lincorporation de chaque évêque dans un collège d’évêques. Les évêques sont, à la fois personnellement et collégialement, au service de la communion. »

Nayant pas le temps de tirer davantage de lecclésiologie de lARCIC, je me limiterai à dire que, dans notre dialogue, nous avons su présenter une conception forte du ministère épiscopal, dans le contexte dune interprétation partagée de lEglise comme koinonia.

Il est significatif que le Rapport de Windsor de 2004, en cherchant à fournir à la Communion anglicane des bases ecclésiologiques lui permettant de traiter la crise actuelle, ait aussi adopté une ecclésiologie de koinonia. Cela ma paru utile et encourageant. Cest pourquoi, en réponse à une lettre de larchevêque de Canterbury qui demandait une réaction œcuménique au Rapport de Windsor, jai indiqué que même si les importantes questions ecclésiologiques qui nous divisent encore vont continuer à solliciter notre attention, cette façon de voir est fondamentalement en ligne avec lecclésiologie de communion de Vatican II. Les conséquences que le Rapport tire de cette base ecclésiologique sont également constructives, notamment linterprétation de lautonomie provinciale en termes dinterdépendance, et donc soumises aux limites créées par les engagements de communion (Windsor n.79). Cela a un lien avec la volonté que manifeste le Rapport dun renforcement de lautorité supra-provinciale de larchevêque de Canterbury (nn.109-110) et avec la proposition dun Pacte Anglican qui rendrait explicites et puissants la loyauté et les liens daffection qui régissent les relations entre les églises de la Communion (n.118).

La seule faiblesse que jaie notée en matière decclésiologie est que alors que le Rapport insiste sur le fait que les provinces anglicanes ont une responsabilité les unes envers les autres et envers le maintien de la communion, une communion enracinée dans les Ecritures, très peu dattention est donnée à limportance d’être en communion avec la foi de lEglise à travers les âges. Dans notre dialogue, nous avons affirmé conjointement que les décisions dune église locale ou régionale doivent non seulement favoriser la communion dans le contexte spécifique, mais aussi être en accord avec lEglise du passé et notamment avec lEglise apostolique telle que nous la connaissons par les Ecritures, les premiers conciles et la tradition patristique. Cette dimension diachronique de lapostolicité a dimportantes ramifications œcuméniques, puisque nous partageons une tradition commune de 1 500 ans. Ce patrimoine commun ce que le pape Paul VI et larchevêque Michael Ramsey ont appelé nos anciennes traditions communes mérite que lon y fasse appel et quon le préserve.

A la lumière de cette analyse du ministère épiscopal tel quelle a été présentée à lARCIC et de lecclésiologie de koinonia que lon trouve dans le Rapport de Windsor, il a été particulièrement désolant de constater les tensions croissantes au sein de la Communion anglicane. Dans certains contextes, des évêques ne sont pas en communion avec dautres évêques; dans certains cas, des provinces anglicanes ne sont plus en pleine communion les unes avec les autres. Alors que le processus de Windsor se poursuit et que lecclésiologie proposée dans le Rapport de Windsor a reçu une approbation de principe de la part de la majorité des provinces anglicanes, on perçoit mal, de notre point de vue, comment cela a donné lieu au renforcement interne recherché de la Communion anglicane et de ses outils dunité. Il nous semble aussi que la volonté des anglicans d’être guidés par les évêques et gouvernés par les synodes na pas toujours permis de maintenir lapostolicité de la foi et que le gouvernement synodal, considéré à tort comme une sorte de mécanisme parlementaire a parfois bloqué le type de direction épiscopale envisagé par Cyprien et détaillé par lARCIC.

Je sais que vous êtes nombreux à être troublés, profondément pour certains, par la menace d’éclatement au sein de la Communion anglicane. Nous nous sentons en pleine solidarité avec vous, parce que, nous aussi, nous sommes troublés et attristés quand nous demandons: dans une telle situation, quelle forme prendra la Communion anglicane de demain, et avec quel partenaire dialoguerons-nous? Devons-nous aussi, et comment le faire, engager le dialogue, convenablement et honnêtement, avec ceux qui partagent les points de vue catholiques sur les questions qui font actuellement lobjet de controverses, et qui sont en désaccord avec certaines évolutions au sein de la Communion anglicane ou de provinces anglicanes particulières? Dans cette situation, quattendez-vous de lEglise de Rome, qui, pour reprendre lexpression dIgnace dAntioche doit présider lEglise dans lamour? Comment le travail de lARCIC sur l’épiscopat, lunité de lEglise et la nécessité dun exercice de la primauté au niveau universel pourrait-il servir la Communion anglicane en ce moment?

Au lieu de répondre à ces questions, je voudrais vous rappeler ce que nous avons affirmé lors des Conversations Informelles de 2003 et que nous avons redit plusieurs fois depuis lors: Notre grand désir est que la Communion anglicane reste unie et enracinée dans cette foi historique qui nous est largement commune, comme notre dialogue et nos relations depuis plus de quarante ans nous ont conduits à le croire. Nous suivons donc les débats de cette Conférence de Lambeth avec beaucoup dintérêt et une sincère préoccupation, et nous les accompagnons de nos prières ferventes.

III. Réflexions sur des questions particulières que doit traiter la Communion anglicane

Dans cette dernière partie, je voudrais aborder rapidement deux des sujets qui sont au cœur des tensions qui perturbent la Communion anglicane et ses relations avec lEglise catholique, questions qui touchent à lordination de femmes et à la sexualité humaine. Je nai pas lintention de traiter ces points de controverse en détail. Ce nest pas nécessaire parce que la position catholique, que nous estimons cohérente avec le Nouveau Testament et la tradition apostolique, est bien connue. Je veux seulement vous proposer quelques réflexions dans une perspective catholique et en tenant compte de nos relations – passées, présentes et futures.

Lenseignement de lEglise catholique en ce qui concerne la sexualité humaine, en particulier lhomosexualité, est clair, tel quil est formulé dans le Catéchisme de lEglise catholique, n° 2357-59. Nous sommes convaincus que cet enseignement est bien fondé sur lAncien et le Nouveau Testament et que cest donc la fidélité aux Ecritures et à la tradition apostolique est en jeu. Je ne peux que souligner ce que le document de lIARCCUM Growing Together in Unity and Mission affirmait: Dans les discussions sur la sexualité humaine qui ont lieu au sein de la Communion anglicane ou entre elle et lEglise catholique, il y a des questions herméneutiques anthropologiques et bibliques qui doivent être traitées (n° 86e). Ce nest pas sans raison que, aujourdhui, le principal thème de la Conférence Lambeth est lié à lherméneutique biblique.

Je voudrais attirer, un instant, votre attention sur la déclaration de lARCIC Life in Christ, dans laquelle il a été indiqué (n° 87-88) que les Anglicans pouvaient saccorder avec les Catholiques sur le fait que la conduite homosexuelle est déréglée, mais que nous pourrions différer quant aux conseils moraux et pastoraux que nous donnerions à ceux qui viennent nous consulter. Nous avons constaté avec satisfaction que les récentes déclarations des Primats sont en cohérence avec cet enseignement, qui avait été clairement formulé dans la Résolution 1.10 de la Conférence de Lambeth de 1998. A la lumière des tensions qui se sont manifestées ces dernières années à ce sujet, une déclaration claire de la Communion anglicane augmenterait beaucoup nos possibilités de donner un témoignage commun sur la sexualité humaine et le mariage, témoignage dont le monde daujourdhui a le plus grand besoin.

A propos de lordination de femmes au sacerdoce et à l’épiscopat, lEglise catholique a présenté son enseignement avec clarté dès le début de notre dialogue, pas seulement à lintérieur de lEglise, mais aussi dans la correspondance entre les papes Paul VI et Jean-Paul II et les archevêques de Canterbury qui se sont succédé. Dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis du 22 mai 1994, le pape Jean-Paul II, se référant à la lettre de Paul VI à larchevêque Coggan du 30 novembre 1975, indiquait la position catholique de la manière suivante: lordination sacerdotale [] dans lEglise catholique a toujours été, depuis le début, réservée aux hommes, ajoutant que cette tradition a aussi été fidèlement conservée par les Eglises orientales. Il concluait: jaffirme que lEglise na aucune autorité pour conférer lordination sacerdotale à des femmes et que ce jugement doit être définitivement accepté par tous les fidèles de lEglise. Cette formulation montre clairement quil ne sagit pas seulement dune prise de position disciplinaire mais dune expression de notre fidélité à Jésus-Christ. LEglise catholique est liée par la volonté de Jésus-Christ et elle ne sestime pas libre de créer une nouvelle tradition, étrangère à celle de lEglise de tous les temps.

Comme je lai dit lors de mon intervention à la Chambre des Evêques de lEglise dAngleterre en 2006, cette décision dordonner des femmes implique pour nous une rupture avec la position commune de toutes les églises du premier millénaire, cest-à-dire, non seulement lEglise catholique mais aussi les églises Orthodoxes Orientales et Orthodoxes. Nous verrions la Communion anglicane se rapprocher considérablement des églises protestantes du XVIe siècle et dune position que celles-ci nont adoptée que dans la seconde moitié du XXe siècle.

Actuellement, 28 provinces anglicanes ordonnent des femmes prêtres; 4 provinces seulement ont ordonné des femmes évêques, mais 13 autres ont adopté une législation autorisant lordination épiscopale de femmes. LEglise catholique doit donc désormais tenir compte de la réalité suivante: lordination de femmes prêtres et évêques nest plus seulement le fait de provinces isolées, mais cest de plus en plus la prise de position de la Communion. Celle-ci continuera à avoir des évêques, conformément aux décisions de la Lambeth Quadrilateral (1888); mais, comme pour les évêques de certaines églises protestantes, les églises plus anciennes de lEst et de lOuest y reconnaîtront beaucoup moins de ce quelles estiment être la nature et le ministère de l’épiscopat au sens que leur donnait l’église primitive et qui sest conservé au fil du temps.

Jai déjà traité le problème ecclésiologique qui se pose quand des évêques ne reconnaissent pas lordination épiscopale dun autre évêque au sein dune seule et même église. Je dois maintenant vous apporter des éclaircissements quant à la nouvelle situation qui a été créée dans nos relations œcuméniques. Alors que notre dialogue a abouti à un accord significatif quant à linterprétation du ministère, lordination de femmes à l’épiscopat empêche réellement et définitivement une possible reconnaissance des ordres sacrés anglicans par lEglise catholique.

Nous espérons que le dialogue théologique entre la Communion et lEglise catholique va se poursuivre, mais cette évolution a un impact direct sur lobjectif et change le niveau de ce que nous recherchons dans le dialogue. La Déclaration Commune signée en 1966 par le pape Paul VI et larchevêque Michael Ramsey demandait un dialogue qui conduise à cette unité dans la vérité, pour laquelle le Christ a prié”, et elle parlait du rétablissement dune communion complète de foi et de vie sacramentelle. Il semble maintenant que la pleine communion visible soit devenue un but plus lointain pour notre dialogue, que celui-ci aura des objectifs plus modestes et que sa nature en sera donc modifiée. Un tel dialogue pourra encore produire de bons résultats, mais il ne sera pas soutenu par le dynamisme que donne la possibilité réaliste de lunité que le Christ attend de nous, du repas pris en commun à la table de lunique Seigneur, que nous espérons si ardemment.

Conclusion

Tous ceux qui ont vu les grandes et superbes cathédrales et églises anglicanes du monde entier, visité les célèbres bâtiments anciens des universités dOxford et Cambridge, assisté aux merveilleux offices du soir et perçu la beauté et l’éloquence des prières anglicanes, lu les ouvrages d’érudition des historiens et théologiens anglicans, prêté attention aux contributions significatives et anciennes des Anglicans au mouvement œcuménique, savent que la tradition anglicane est riche de nombreux trésors. Ils font partie, pour reprendre une expression de Lumen Gentium, de ces dons qui, appartenant à lEglise du Christ, sont des forces qui poussent vers lunité catholique (n° 8).

Etant très conscients de la grandeur de votre tradition et de sa très profonde culture chrétienne, nous sommes dautant plus préoccupés par les problèmes et les crises que vous connaissez actuellement. Mais, en même temps, cela nous fait penser que vous réussirez, avec laide de Dieu, à surmonter ces difficultés et que nous trouverons des forces nouvelles et différentes pour reprendre ensemble notre pèlerinage vers lunité que Jésus-Christ veut pour nous et pour laquelle il a prié. Je voudrais redire ce que javais écrit, en décembre 2004, dans ma lettre à larchevêque de Canterbury: «Dans un esprit de partenariat œcuménique et damitié, nous sommes prêts à vous soutenir de toutes les manières appropriées et nécessaires».

Dans le même ordre didées, je voudrais revenir à lembarrassante question de larchevêque qui me demandait quelle sorte danglicanisme je voulais. Je remarque que, dans les moments critiques de lhistoire de lEglise dAngleterre et donc de la Communion anglicane, vous avez su retrouver la force de lEglise des Pères quand cette tradition était en danger. On peut citer comme exemples ces théologiens anglais du XVIIe siècle quon appelle les Caroline Divines et surtout le Mouvement dOxford. Peut-être, à notre époque, pourrait-on imaginer un nouveau Mouvement dOxford, une redécouverte des richesses qui se trouvent chez vous. Ce serait un nouvel accueil, un nouveau recours à la tradition apostolique dans une nouvelle situation. Ce ne serait pas une renonciation à votre profonde attention aux défis et aux combats humains, à votre soif de dignité humaine et de justice, à votre souci dassurer un rôle actif à toutes les femmes et tous les hommes dans lEglise. Au contraire, cela placerait ces préoccupations, ainsi que les questions qui en découlent, plus directement dans le cadre défini par lEvangile et par lancienne tradition qui nous est commune et dans laquelle notre dialogue est enraciné.

Nous espérons et nous prions pour que, tandis que vous cherchez à marcher en fidèles disciples de Jésus-Christ, le Père de toutes les miséricordes répande sur vous les abondantes richesses de Sa grâce et quil vous guide par la présence constante du Saint-Esprit.

par Sandro Magister: Une anthologie de la symphonie « du nouveau monde » de Benoît XVI

22 juillet, 2008

du site: 

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/205942?fr=y

Une anthologie de la symphonie « du nouveau monde » de Benoît XVI

Aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Sydney, Joseph Ratzinger prêche une « nouvelle ère » de lEsprit qui changerait la face de la terre. Il y a trois ans, en Allemagne, c’est une « révolution » qu’il avait proposée aux jeunes. Lespérance historique du pape théologienpar Sandro Magister

ROMA, le 22 juillet 2008

Du voyage de Benoît XVI en Australie pour la Journée Mondiale de la Jeunesse, les médias du monde entier ont retenu larrivée du pape par la mer en baie de Sydney, les danses des aborigènes, les tableaux vivants du Chemin de Croix, les myriades de bougies des jeunes pendant la veillée, la condamnation pleine d’émotion des abus sexuels commis par des prêtres et la rencontre avec quatre de leurs victimes.

Sur cette page, en revanche, on trouvera une anthologie des passages marquants des discours prononcés par Benoît XVI au cours de son voyage.In

évitablement, cette sélection laisse de côté dautres passages non moins importants des discours et homélies du pape. Par exemple, il faudrait relire intégralement la catéchèse sur lEsprit Saint que le pape a prononcée devant les jeunes lors de la veillée nocturne du samedi 19 juillet: on comprendrait pourquoi LOsservatore Romano la présentée comme lun des plus beaux textes du pontificat.

Quoi quil en soit, on retrouve dans cette anthologie une caractéristique de Benoît XVI : cest un pape théologien. Comme saint Augustin quil a beaucoup cité pendant son voyage en Australie Benoît XVI veut prêcher à tous, y compris aux plus humbles et aux plus simples, les merveilles de Dieu. Sans les simplifier ni les édulcorer, mais en les présentant dans toute leur essentialité, aussi complexe soit-elle, et dans leurs retombées historiques.De par leur contenu et leur style, les extraits reproduits ci-dessous sont ceux que l

on peut le plus sûrement attribuer à Joseph Ratzinger, à son esprit et à sa plume, plutôt quaux services du Vatican chargés de préparer les discours du pape et dy joindre des compléments.

Pour qui voudrait en compléter la lecture, les textes intégraux de tous les discours, messages et homélies sont disponibles en plusieurs langues sur cette page du site Internet du Saint-Siège:

> Voyage apostolique à Sydney, 12-21 juillet 2008

Voici donc notre anthologie:

1. Lorsque Dieu est éclipsé, le sein maternel devient lui aussi un lieu de violence indicible

Extrait du discours d’arrivée, Sydney, Môle de Barangaroo, jeudi 17 juillet 2008Chers amis, [...] d

en haut, la vue de notre planète fut quelque chose de vraiment magnifique. Le miroitement de la Méditerranée, la magnificence du désert nord africain, la forêt luxuriante de lAsie, limmensité de lOcéan Pacifique, lhorizon sur la ligne duquel le soleil se lève et se couche, la splendeur majestueuse de la beauté naturelle de lAustralie, dont jai pu jouir au cours de ces derniers jours ; tout cela suscite un profond sentiment de crainte révérencielle. Cest comme si nous capturions de rapides images sur lhistoire de la création racontée dans la Genèse : la lumière et les ténèbres, le soleil et la lune, les eaux, la terre et les créatures vivantes. Tout cela est « bon » aux yeux de Dieu (cf. Gn 1, 1-2, 4). Plongés dans une telle beauté, comment ne pas faire écho aux paroles du Psalmiste quand il loue le Créateur : « Quil est grand ton nom par toute la terre » (Ps 8, 2) ?

Mais il y a bien plus encore [...]: des hommes et des femmes créés rien que moins à limage et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26). Au cœur de la merveille de la création, nous nous trouvons, vous et moi, la famille humaine « couronnée de gloire et dhonneur » (cf. Ps 8, 6). Quelle merveille ! Avec le psalmiste, nous murmurons : « Quest-ce que lhomme pour que tu penses à lui ? » (cf. Ps 8, 5). Introduits dans le silence, pleins de reconnaissance et par la puissance de la sainteté, nous réfléchissons.Que d

écouvrons-nous ? [...] Que non seulement le milieu naturel, mais aussi le milieu social lhabitat que nous nous créons nous-mêmes a ses cicatricesi, [...] comme un poison qui menace de corroder ce qui est bon, de remanier ce que nous sommes et de nous détourner du but pour lequel nous avons été créés. [...] Il y a aussi quelque chose de sinistre qui découle du fait que la liberté et la tolérance sont très souvent séparées de la vérité. Cela est alimenté par lidée, largement diffusée aujourdhui, quaucune vérité absolue ne peut guider nos vies. Le relativisme, en donnant une valeur quasi indistincte à toute chose, a rendu l’« expérience » plus importante que tout. En réalité, les expériences, sans tenir compte de ce qui est bon et vrai, peuvent conduire non pas à une liberté authentique, mais au contraire, à une confusion morale ou intellectuelle, à un affaiblissement des principes, à la perte de la propre estime, et même au désespoir.

Chers amis, la vie nest pas réglée par le hasard, elle nest pas accidentelle. Votre existence personnelle a été voulue par Dieu, bénie par Lui et il lui a été donné un but (cf. Gn 1, 28) ! La vie nest pas une simple succession de faits et dexpériences, même si de tels événements peuvent être utiles. Elle est une recherche de ce qui est vrai, bien et beau. Cest précisément en vue de tels objectifs que nous accomplissons nos choix, que nous exerçons notre liberté et en cela, cest-à-dire en ce qui est vrai, bien et beau, nous trouvons le bonheur et la joie. Ne vous laissez pas tromper par ceux qui voient en vous de simples consommateurs sur un marché offrants de multiples possibilités, où le choix en lui-même devient le bien, la nouveauté se fait passer pour beauté, lexpérience subjective remplace la vérité.Le Christ offre davantage ! Bien plus, il offre tout ! Seulement Lui, qui est la V

érité, peut être le chemin et donc aussi la Vie. Ainsi, le « chemin », que les Apôtres portèrent jusquaux extrêmes limites de la terre, est la vie en Christ. Cest la vie de l’Église. Et lentrée dans cette vie, dans la vie chrétienne, se fait par le Baptême. [...]

Beaucoup prétendent aujourdhui que Dieu doit être laissé de côté et que la religion et la foi, acceptables sur le plan individuel, doivent être, ou exclues de la vie publique, ou utilisées uniquement pour poursuivre des objectifs pragmatiques limités. Cette vision sécularisée tente dexpliquer la vie humaine et de modeler la société en se référant peu ou sans se référer du tout au Créateur. Il est présenté comme une force neutre, impartiale et respectueuse de chacun. En réalité, comme toute idéologie, le sécularisme impose une vision globale. Si la présence de Dieu est insignifiante dans la vie publique, alors la société pourra être modelée daprès une image dépourvue de Dieu. Mais quand Dieu est éclipsé, notre capacité de reconnaître lordre naturel, le but et le « bien » commence à s’évanouir. [...]Et que dire de notre milieu social ? [...] Savons-nous reconna

ître que la dignité innée de tout individu sappuie sur son identité la plus profonde, étant image du Créateur, et que, par conséquent, les droits humains sont universels et se basent sur la loi naturelle, et quils ne dépendent ni des négociations ni de la condescendance, et bien moins encore des compromis ? Cest ainsi que nous sommes amenés à réfléchir sur la place quoccupent dans nos sociétés les indigents, les personnes âgées, les immigrés, les sans-voix. Comment se fait-il que la violence domestique tourmenter tant de mères et denfants ? Comment se fait-il que lespace humain, le plus beau et le plus sacré quest le sein maternel, soit devenu un lieu de violence indicible ?

Chers amis, la création de Dieu est unique et elle est bonne. Les préoccupations au sujet de la non-violence, du développement durable, de la justice et de la paix, de la protection de notre environnement sont dune importance vitale pour lhumanité. Tout cela, cependant, ne peut être compris sans une profonde réflexion sur la dignité innée de toute vie humaine, de la conception jusqu’à la mort naturelle, dignité qui est conférée par Dieu lui-même et qui est, par conséquent, inviolable.2. Le

point critique qua atteint le mouvement œcuménique

Extrait du discours aux représentants des autres confessions chrétiennes, Sydney, Crypte de la Saint Mary’s Cathedral, vendredi 18 juillet 2008Chers amis dans le Christ, je pense que vous serez d

accord pour constater que le mouvement œcuménique est parvenu à un point critique. Pour progresser, nous devons sans cesse demander à Dieu de renouveler nos esprits par la grâce de lEsprit Saint (cf. Rm 12, 2), qui nous parle à travers les Écritures et nous conduit à la vérité tout entière (cf. 2 P 1, 20-21 ; Jn 16, 13). Nous devons nous garder de la tentation de considérer la doctrine comme une cause de division et, par conséquent, comme un empêchement à ce qui semble être la tâche immédiate la plus urgente pour améliorer le monde dans lequel nous vivons. En réalité, lhistoire de l’Église démontre que la « praxis » non seulement est inséparable de la « didaché« , ou enseignement, mais quelle en découle au contraire.

3. Jésus seul est lAlpha et lOméga

Extrait du discours aux représentants des autres religions, Sydney, Salle capitulaire de la Saint Mary’s Cathedral, vendredi 18 juillet 2008Chers amis, [...] l’Église aborde le dialogue avec les autres religions convaincue que la véritable source de la liberté se trouve en la personne de Jésus de Nazareth. Les chrétiens croient que cest Lui qui nous révèle pleinement les potentialités humaines en ce qui concerne la vertu et le bien, et que cest Lui qui nous libère du péché et des ténèbres. Luniversalité de lexpérience humaine, qui dépasse toutes les frontières géographiques et toutes les limites culturelles, permet aux disciples des religions de sengager dans le dialogue afin daffronter le mystère des joies et des souffrances de la vie. À cet égard, l’Église cherche ardemment toutes les occasions pour se mettre à l’écoute des expériences spirituelles des autres religions. Nous pourrions affirmer que toutes les religions cherchent à pénétrer le sens profond de lexistence humaine en le ramenant à une origine ou principe extérieur à elle. Les religions offrent une tentative de compréhension du cosmos comme provenant de cette origine ou principe et y retournant. Les chrétiens croient que Dieu a révélé cette origine et principe en Jésus, que la Bible définit comme l’« Alfa et Omega » (cf. Ap 1, 8 ; 22, 1).

4. Soyez des « signes de contradiction » dans le monde

Extrait de l’homélie prononcée au cours de la messe avec les évêques, les prêtres, les séminaristes et les novices, Sydney, Saint Mary’s Cathedral, samedi 19 juillet 2008

Chers frères et sœurs, [...] dans la liturgie de ce jour, l’Église nous rappelle que, comme cet autel, nous avons nous aussi été consacrés, mis « à part » pour le service de Dieu et la construction de son règne. Trop souvent, cependant, nous nous retrouvons immergés dans un monde qui voudrait mettre Dieu « de côté ». Au nom de la liberté et de lautonomie humaine, le nom de Dieu est mis sous silence, la religion est réduite à une dévotion personnelle et la foi est écartée de la place publique. Parfois, une mentalité de ce genre, totalement opposée à lessence de l’Évangile, peut même en venir à obscurcir notre compréhension de l’Église et de sa mission. Nous aussi, nous pouvons être tentés de réduire la vie de foi à une simple question de sentiment, affaiblissant ainsi sa capacité dinspirer une vision cohérente du monde et du dialogue rigoureux avec les nombreuses autres visions qui concourent pour gagner à elles les esprits et les cœurs de nos contemporains. [...] Je d

ésire ici [...] évoquer la honte que nous avons tous éprouvée à la suite des abus sexuels commis sur des mineurs par quelques prêtres et religieux de ce pays. Je suis vraiment profondément désolé pour la douleur et la souffrance que les victimes ont supportées et je les assure quen tant que Pasteur je partage leur souffrance. Ces méfaits qui constituent une trahison grave de la confiance doivent être condamnés sans équivoque. Ils ont causé de grandes souffrances et ont porté porter préjudice au témoignage de l’Église. Je demande à chacun de vous de soutenir et dassister vos Évêques et de collaborer avec eux pour combattre ce mal. Les victimes doivent recevoir compassion et soin et les responsables de ces maux doivent comparaître devant la justice. [...]

Je désire madresser maintenant aux séminaristes et aux jeunes religieux qui sont parmi nous pour leur manifester mon affection et mes encouragements. [...] Faites de la célébration quotidienne de lEucharistie le centre de votre vie. À chaque messe, quand le Corps et le Sang du Seigneur sont élevés au terme de la prière eucharistique, élevez votre cœur et votre vie dans le Christ, avec Lui et par Lui, dans lunité de lEsprit Saint, comme un sacrifice agréable à Dieu notre Père. Ainsi, chers jeunes, s

éminaristes et religieux, deviendrez-vous vous-mêmes des autels vivants, sur lesquels le sacrifice damour du Christ sera rendu présent comme un modèle et une source de nourriture spirituelle pour tous ceux que vous rencontrerez. En répondant à lappel du Seigneur à le suivre dans la chasteté, la pauvreté et lobéissance, vous avez entrepris, en tant que disciples, une démarche radicale qui fera de vous des « signes de contradiction » (cf. Lc 2, 34) pour beaucoup de vos contemporains. Modelez quotidiennement votre vie sur la libre offrande pleine damour du Seigneur, en obéissance à la volonté du Père. De cette façon, vous découvrirez la liberté et la joie qui peuvent attirer les autres à cet Amour qui est au-dessus de tout autre amour comme sa source et son accomplissement ultime. Noubliez jamais que la chasteté pour le Royaume signifie embrasser une vie entièrement dédiée à aimer. Aimer vous rend capables de vous consacrer sans réserve au service de Dieu pour être pleinement présents à vos frères et à vos sœurs, spécialement à ceux qui sont dans le besoin.

5. LEsprit Saint, l« Oublié » de la Sainte Trinité

Extrait du discours aux jeunes lors de la veillée nocturne, Sydney, Hippodrome de Randwick, samedi 19 juillet 2008

Très chers jeunes, [...] lunité et la réconciliation ne peuvent être atteintes par nos seuls efforts. Dieu nous a fait lun pour lautre (cf. Gn 2, 24) et nous ne pouvons trouver quen Dieu et que dans l’Église lunité que nous cherchons. Cependant, face aux imperfections et aux désillusions aussi bien individuelles quinstitutionnelles, nous sommes parfois tentés de construire une communauté « parfaite ». Ce nest pas là une tentation nouvelle. Lhistoire de l’Église contient de multiples exemples de tentatives pour contourner et dépasser les faiblesses et les échecs humains pour créer une unité parfaite, une utopie spirituelle. De telles tentatives pour b

âtir lunité, en fait, la minent ! Séparer lEsprit Saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait lunité de la communauté chrétienne, qui est précisément un don de lEsprit ! Cela trahirait la nature de l’Église en tant que Temple vivant de lEsprit Saint (cf. 1 Co 3, 16). Cest lEsprit, en fait, qui guide l’Église sur le chemin de la pleine vérité et en assure lunité dans la communion et le service (cf. Lumen Gentium, 4). Malheureusement, la tentation d’« aller de lavant tout seul » persiste. Certains parlent de leur communauté locale comme dune réalité séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme souple et ouverte à lEsprit, et la seconde comme rigide et privée de lEsprit. [...]

Il y a des moments dans lesquels nous pouvons être tentés de rechercher la félicité loin de Dieu. Jésus lui-même demande aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6, 67). Un tel éloignement offre peut-être lillusion de la liberté. Mais où nous conduit-il ? Vers qui pouvons-nous aller ? Dans nos cœurs, nous savons, en fait, que seul le Seigneur a « les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 67-69). S’éloigner de lui nest quune tentative inutile de nous fuir nous-mêmes (cf. Saint Augustin, Les Confessions VIII, 7). Dieu est avec nous dans la réalité de la vie et non dans notre imaginaire ! Affronter la réalité, et non la fuir, cest ce que nous voulons ! Pour cela, lEsprit Saint avec délicatesse, mais aussi avec fermeté, nous attire vers ce qui est réel, vers ce qui est durable, vers ce qui est vrai. Cest lEsprit qui nous ramène à la communion avec la Sainte Trinité. L

Esprit Saint a été, de quelque manière, loublié de la Sainte Trinité. Une claire compréhension de sa Personne semble presque hors de notre portée. Et cependant quand j’étais encore un petit garçon, mes parents, comme les vôtres, mont enseigné le signe de la Croix. Jai ainsi très tôt compris quil y a un Dieu en trois Personnes et que la Trinité est au centre de la foi et de la vie chrétienne. Quand jai cru au point davoir une certaine compréhension de Dieu le Père et de Dieu le Fils leurs noms parlaient déjà deux-mêmes , ma compréhension de la troisième Personne de la Trinité restait faible. Cest pourquoi, comme jeune prêtre chargé denseigner la théologie, jai décidé d’étudier les grands témoins de lEsprit dans lhistoire de l’Église. Cest en parcourant cet itinéraire que je me suis retrouvé à lire, entre autres, le grand saint Augustin.

Sa compréhension de lEsprit Saint se développa de manière graduelle ; elle fut un combat. Jeune, il avait embrassé le Manichéisme lune de ses tentatives, dont jai parlé il y a un instant, de créer une utopie spirituelle en séparant les réalités de lesprit des réalités de la chair. En conséquence, au début, il était méfiant à l’égard de lenseignement chrétien sur lincarnation de Dieu. Et cependant, son expérience de lamour de Dieu présent dans l’Église le conduisit à en rechercher la source dans la vie du Dieu Un et Trine. Ceci le porta à avoir trois intuitions particulières sur lEsprit Saint comme lien dunité au sein de la Sainte Trinité : unité comme communion, unité comme amour durable, unité comme don, donné et reçu. Ces trois intuitions ne sont pas seulement théoriques. Elles aident à expliquer comme lEsprit agit. Dans un monde où aussi bien les individus que les communautés souffrent souvent de labsence dunité et de cohésion, de telles intuitions nous aident à demeurer en syntonie avec lEsprit et à étendre et à clarifier la nature de notre témoignage. [...] Ce qui constitue notre foi ce n

est pas en premier lieu ce que nous faisons, mais ce que nous recevons. En effet, il se peut que des personnes généreuses, qui ne sont pas chrétiennes, fassent beaucoup plus que nous. Amis, acceptez-vous d’être introduits dans la vie trinitaire de Dieu ? Acceptez-vous d’être introduits dans sa communion damour ?

Les dons de lEsprit qui agissent en nous, orientent et déterminent notre témoignage. Orientés, de par leur nature, à lunité, les dons de lEsprit nous lient encore plus étroitement à lensemble du Corps du Christ (cf. Lumen gentium, 4), en nous rendant davantage capables d’édifier l’Église, pour servir ainsi le monde (cf. Ep 4, 13). Ils nous appellent à participer activement et joyeusement à la vie de l’Église [...]. Oui, l’Église doit grandir dans lunité, elle doit saffermir dans la sainteté, se rajeunir et se renouveler constamment (cf. Lumen gentium, 4). Mais suivant quels critères ? Ceux de lEsprit Saint ! Adressez-vous à lui, chers jeunes, et vous découvrirez la signification véritable du renouvellement. 6. Une

nouvelle ère qui renouvellerait le monde et lEglise

Extrait de l’homélie prononcée au cours de la messe avec les jeunes, Sydney, hippodrome de Randwick, dimanche 20 juillet 2008 Chers amis, [...]

« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous » (Ac 1, 8). Ces paroles du Seigneur ressuscité ont une signification particulière pour les jeunes qui seront confirmés, marqués par le don de lEsprit Saint, au cours de cette Messe. Mais ces paroles sont aussi adressées à chacun dentre nous, à tous ceux qui ont reçu de lEsprit le don de la réconciliation et de la vie nouvelle au Baptême, qui lont accueilli dans leurs cœurs comme leur soutien et leur guide à la Confirmation et qui, chaque jour, grandissent dans ses dons de grâce par la Sainte Eucharistie. En effet, à chaque Messe, lEsprit Saint, invoqué par la prière solennelle de l’Église, descend de nouveau non seulement pour transformer nos offrandes, le pain et le vin, dans le Corps et le Sang du Seigneur, mais aussi pour transformer nos vies, pour faire de nous, par sa puissance, « un seul corps et un seul esprit dans le Christ ».

Mais quel est donc ce « pouvoir » de lEsprit Saint ? Cest le pouvoir de la vie Dieu ! Cest le pouvoir de lEsprit lui-même qui se répandit sur les eaux à laube de la création et qui, dans la plénitude des temps, releva Jésus de la mort. Cest le pouvoir qui nous conduit nous et le monde vers lavènement du Royaume de Dieu. Dans l’Évangile daujourdhui, Jésus annonce quune nouvelle ère a commencé, dans laquelle lEsprit Saint sera répandu sur lhumanité entière (cf. Lc 4, 21). Jésus lui-même, conçu de lEsprit Saint et né de la Vierge Marie, est venu parmi nous pour nous donner cet Esprit. Comme source de notre vie nouvelle dans le Christ, lEsprit Saint est aussi, dune manière très réelle, l’âme de l’Église, lamour qui nous lie au Seigneur et entre nous et la lumière qui ouvre nos yeux pour voir les merveilles de la grâce de Dieu autour de nous. [...] Cette force, la gr

âce le lEsprit, nest pas quelque chose que nous pouvons mériter ou acquérir, mais nous pouvons seulement la recevoir comme un don. Lamour de Dieu peut répandre sa puissance uniquement quand nous lui permettons de nous transformer intérieurement. Nous devons lui permettre de traverser dans la dure carapace de notre indifférence, de notre lassitude spirituelle, de notre conformisme aveugle à lesprit de notre temps. Alors seulement nous pouvons lui permettre denflammer notre imagination et de façonner nos désirs les plus profonds. Voilà pourquoi la prière est si importante : la prière quotidienne, la prière personnelle, dans le silence de notre cœur et devant le Saint Sacrement ainsi que la prière liturgique en Église. Elle est réceptivité pure de la grâce de Dieu, amour en acte, communion avec lEsprit qui demeure en nous et nous conduit, à travers Jésus, dans l’Église, à notre Père céleste. Par la puissance de son Esprit, Jésus est toujours présent en nous, attendant tranquillement que nous nous mettions en silence à côté de Lui pour écouter sa voix, demeurer dans son amour et recevoir la « force qui vient den-haut », force qui nous rend capables d’être sel et lumière pour notre monde. [...]

La puissance de lEsprit Saint ne nous éclaire ni ne nous console seulement. Elle nous oriente aussi vers lavenir, vers lavènement du Royaume de Dieu. Quelle magnifique vision dune humanité rachetée et renouvelée entrevoyons-nous dans la nouvelle ère promise par l’Évangile daujourdhui ! Saint Luc nous dit que Jésus Christ est la réalisation de toutes les promesses de Dieu, le Messie qui possède en plénitude lEsprit Saint pour le communiquer à lhumanité tout entière. Leffusion de lEsprit du Christ sur lhumanité est un gage despérance et de libération vis-à-vis de tout ce qui nous appauvrit. Elle redonne la vue à laveugle, elle libère les opprimés, et crée lunité dans et à travers la diversité (cf. Lc 4, 18-19 ; Is 61, 1-2). Cette force peut créer un monde nouveau : elle peut « renouveler la face de la terre » (cf. Ps 104, 30) ! Fortifi

ée par lEsprit et sinspirant dune riche vision de foi, une nouvelle génération de chrétiens est appelée à contribuer à l’édification dun monde où la vie est accueillie, respectée et aimée, non rejetée ou ressentie comme une menace et par conséquent détruite. Une nouvelle ère où lamour nest pas avide et égoïste, mais pur, fidèle et sincèrement libre, ouvert aux autres, respectueux de leur dignité, cherchant leur bien et rayonnant la joie et la beauté. Une nouvelle ère où lespérance nous libère de la superficialité, de lapathie et de l’égoïsme qui mortifient nos âmes et enveniment les relations humaines. Chers jeunes amis, le Seigneur vous demande d’être des prophètes de cette nouvelle ère, des messagers de son amour, capables dattirer les personnes au Père et de bâtir un avenir plein despérance pour toute lhumanité.

Le monde a besoin de ce renouvellement ! Dans nombre de nos sociétés, à côté de la prospérité matérielle, le désert spirituel s’étend : un vide intérieur, une crainte indéfinissable, un sentiment caché de désespoir. Combien de nos contemporains se sont creusés des citernes fissurées et vides (cf. Jr 2, 13) en cherchant désespérément le sens, la signification ultime que seul lamour peut donner ? Cest là le don immense et libérateur que l’Évangile apporte : il nous révèle notre dignité dhommes et de femmes créés à limage et à la ressemblance de Dieu. Il nous révèle la sublime vocation de lhumanité qui est de trouver sa propre plénitude dans lamour. Il renferme la vérité sur lhomme, la vérité sur la vie. L

’Église a aussi besoin de ce renouvellement ! Elle a besoin de votre foi, de votre idéalisme et de votre générosité, afin d’être toujours jeune dans lEsprit (cf. Lumen gentium, 4). Dans la deuxième Lecture daujourdhui, lApôtre Paul nous rappelle que chaque chrétien a reçu un don qui doit être utilisé pour l’édification du Corps du Christ.

7. Ce oui qui change lhistoire

Extrait de l’Angélus qui a suivi la messe avec les jeunes, Sydney, Hippodrome de Randwick, dimanche 20 juillet 2008

Chers jeunes, [...] dans lAncien Testament, Dieu s’était révélé de façon partielle et de manière graduelle, comme nous le faisons tous dans nos relations personnelles. Il fallait un certain temps au peuple élu pour approfondir sa relation avec Dieu. LAlliance avec Israël a été comme un temps de séduction, de longues fiançailles. Le moment définitif arriva donc, le moment du mariage, la réalisation de la nouvelle et éternelle alliance. À ce moment-là, devant le Seigneur, Marie représente toute lhumanité. Dans le message de lange, c’était Dieu qui faisait une proposition de mariage avec lhumanité. Et, en notre nom, Marie dit son « oui ». Dans les fables, les r

écits sachèvent ainsi : et tous « vécurent alors heureux et contents ». Dans la vie réelle, ce nest pas aussi facile. Marie dut faire face à de nombreuses difficultés pour affronter les conséquences de ce « oui » dit au Seigneur. Syméon prophétisa quune épée lui transpercerait le cœur. Lorsque Jésus eut douze ans, elle connut les pires cauchemars que tout parent éprouve quand, pendant trois jours, elle dut affronter la disparition de son Fils. Et après lactivité publique de Jésus, elle souffrit lagonie, étant présente à sa crucifixion et à sa mort. Dans ses différentes épreuves, elle resta toujours fidèle à sa promesse, soutenue par lEsprit de force. Et elle en fut récompensée par la gloire.

Chers jeunes, nous aussi nous devons rester fidèles au « oui » par lequel nous avons accueilli loffre damitié que le Seigneur nous a faite. Nous savons quIl ne nous abandonnera jamais. Nous avons quIl nous soutiendra toujours par les dons de lEsprit. Marie a accueilli la « proposition » du Seigneur en notre nom. [...] Marie nous inspire, elle est notre modèle. Elle intercède pour nous auprès de son Fils et, avec son amour maternel, elle nous protège des dangers.

par Sandro Magister : Année Paulinienne: Le rêve œcuménique de Benoît XVI

2 juillet, 2008

du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/205564?fr=y

Année Paulinienne: Le rêve œcuménique de Benoît XVI

Avec le patriarche de Constantinople, le successeur de Pierre a lancé une année jubilaire spéciale consacrée à l’autre grand apôtre, Paul. Son objectif declaré: « créer l’unité de la ‘catholica’, l’Eglise formée de juifs et de païens, l’Eglise de tous les peuples »

par Sandro Magister

ROMA, le 2 juillet 2008 Sur la photo, Benoît XVI et Bartholomée Ier, le patriarche de Constantinople, prient devant la tombe de lapôtre Paul, sous le maître-autel de la basilique romaine de Saint-Paul-hors-les-Murs. Cest la veille de la solennité de saint Pierre et saint Paul. Benoît XVI et Bartholomée Ier ont également inauguré ensemble une année jubilaire spécialement consacrée à lapôtre Paul.

LAnnée Paulinienne a débuté le 28 juin et elle sachèvera le 29 juin 2009. Elle a lieu à loccasion du bimillénaire de la naissance de lapôtre, que les historiens situent entre 7 et 10 après J.-C.

Benoît XVI a annoncé cette année jubilaire spéciale pour la première fois il y a un an, le 28 juin 2007. Voici comment il a expliqué l’évènement aux fidèles réunis place Saint-Pierre, avant lAngélus de la fête de saint Pierre et saint Paul de cette année:

« Ce jubilé spécial aura Rome pour centre de gravité, en particulier la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs et le quartier des Trois Fontaines, lieu du martyre. Mais il impliquera lEglise toute entière, à partir de Tarse, la ville où Paul est né, et les autres lieux pauliniens qui constituent des buts de pèlerinage, en Turquie mais aussi en Terre Sainte et à l’île de Malte où lApôtre a débarqué suite à un naufrage et où il a semé la graine féconde de lEvangile.

« En réalité, loptique de lAnnée Paulinienne ne peut être quuniverselle, car saint Paul a été par excellence lapôtre de ceux qui étaient le plus ‘éloignés par rapport aux juifs et qui grâce au sang du Christ sont devenus les proches (cf. Eph 2,13). Cest pourquoi aujourdhui encore, dans un monde devenu plus petit, mais où beaucoup de gens nont pas encore rencontré le Seigneur Jésus, le jubilé de saint Paul invite tous les chrétiens à être des missionnaires de lEvangile.

« A cette dimension missionnaire, il faut toujours associer celle de lunité, représentée par saint Pierre, le rocher sur lequel Jésus-Christ a bâti son Eglise. Comme le souligne la liturgie, les charismes des deux grands apôtres sont complémentaires pour la constitution de lunique Peuple de Dieu, et les chrétiens ne peuvent pas réellement témoigner du Christ sils ne sont pas unis ».

* * *

Universel et œcuménique. Pour une Eglise qui est « catholica » et « una ». Voilà la double optique que l’évêque de Rome et le patriarche de Constantinople ont voulu donner à lAnnée Paulinienne, lancée conjointement par lEglise de Rome et lEglise dOrient. Au cours de la messe célébrée le jour de saint Pierre et saint Paul, les deux successeurs des apôtres sont entrés ensemble dans la basilique Saint-Pierre. Ensemble, ils sont montés à lautel, précédés par un diacre latin et un diacre orthodoxe qui portaient lEvangile. Ensemble, ils ont écouté lEvangile chanté en latin et en grec. Ensemble, ils ont prononcé lhomélie – le patriarche le premier, puis le pape. Ensemble ils ont récité le Credo, le Symbole de Nicée-Constantinople dans la version dorigine en grec, comme le veut la liturgie des Eglises byzantines. Ils se sont donné le baiser de paix et à la fin ils ont béni ensemble les fidèles. Après près de mille ans de schisme entre Orient et Occident, une liturgie placée aussi visiblement sous le signe de lunité a été célébrée par l’évêque de Rome et le patriarche de Constantinople.

Pour le moment, les rapports avec les communautés protestantes restent davantage dans lombre. Mais lAnnée Paulinienne peut être aussi riche de sens dans le dialogue avec les protestants. Les grands penseurs de la Réforme de Luther et Calvin à Karl Barth, Rudolph Bultmann et Paul Tillich ont élaboré leur pensée principalement à partir de la Lettre de saint Paul aux Romains.

La contribution que lAnnée Paulinienne pourra apporter au dialogue avec les juifs nest pas moins significative. Paul était juif, c’était un rabbin de stricte observance. Puis il est tombé, ébloui par le Christ, sur la route de Damas. Pour lui, sa conversion au Ressuscité na jamais constitué une rupture avec sa foi dorigine et la promesse de Dieu à Abraham ainsi que lAlliance du Sinaï nont toujours fait quun avec lalliance « nouvelle et éternelle » scellée par le sang de Jésus. Dans son livre « Jésus de Nazareth », Joseph Ratzinger a écrit des pages remarquables sur cette unité entre lAncien et le Nouveau Testament.

On trouvera ci-dessous lhomélie prononcée par Benoît XVI le 28 juin 2008 à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, la veille de la fête de saint Pierre et saint Paul, pendant les vêpres. Le pape y répond aux questions suivantes: qui était Paul? Que me dit-il aujourdhui?

Plus bas, on trouvera les liens vers la double homélie du pape et du patriarche de Constantinople, prononcée lors de la messe de la fête de saint Pierre et saint Paul, vers dautres textes de Benoît XVI sur lapôtre Paul et vers dautres informations relatives à lAnnée Paulinienne.

« Qui était Paul? Et que me dit-il aujourdhui? »

par Benoît XVI

Chers frères et sœurs, nous voici réunis près de la tombe de saint Paul, né il y a deux mille ans à Tarse, en Cilicie, dans ce qui est aujourdhui la Turquie.

Qui était ce Paul? Au temple de Jérusalem, face à la foule agitée qui veut le tuer, il se présente en ces mots: « Je suis Juif. Né à Tarse en Cilicie, jai cependant été élevé ici dans cette ville [de Jérusalem] » et cest aux pieds de Gamaliel que jai été formé à lexacte observance de la loi de nos pères et j’étais rempli du zèle de Dieu… » (Ac 22,3).

A la fin de son cheminement, il dira de lui-même: « Jai été établi… docteur des païens, dans la foi et la vérité » (1 Tm 2,7; cf. 2 Tm 1,11). Docteur des païens, apôtre et héraut de Jésus-Christ, cest ainsi quil se définit en revoyant le cours de sa vie passée.

Pour autant, son regard ne se tourne pas que vers le passé. Docteur des païens: cette expression souvre vers lavenir, vers tous les peuples et toutes les générations. Pour nous, Paul nest pas une figure du passé, que nous célébrons avec vénération. Cest aussi notre maître, lapôtre et le héraut de Jésus-Christ.

Nous ne sommes donc pas réunis pour méditer une histoire passée, définitivement dépassée. Cest aujourdhui que Paul veut nous parler. Voilà pourquoi jai voulu lancer cette Année Paulinienne. Pour que nous l’écoutions et quil nous enseigne, aujourdhui, en tant que maître, la « foi et la vérité« , où senracinent les raisons de lunité des disciples du Christ.

Dans cette perspective, à loccasion des deux mille ans de la naissance de lApôtre, jai voulu allumer une Flamme Paulinienne spéciale, qui restera allumée pendant une année entière dans un brasier spécial placé sous le portique à quatre arcades de la basilique [de Saint-Paul-hors-les-Murs].

Pour donner de la solennité à cet anniversaire, jai également inauguré la Porte Paulinienne par laquelle je suis entré dans la basilique, accompagné par le patriarche de Constantinople [...] et par dautres autorités religieuses. Je me réjouis profondément du caractère particulièrement œcuménique du lancement de lAnnée Paulienne, dû à la présence de nombreux délégués et représentants dautres Eglises et communautés ecclésiales, que jaccueille à cœur ouvert. [...]

* * *

Nous sommes donc réunis ici pour méditer sur le grand Apôtre des peuples. Pour savoir qui il était, mais surtout qui il est et ce quil nous dit.

Aujourdhui, alors que nous inaugurons lAnnée Paulinienne, je voudrais choisir dans le riche témoignage du Nouveau Testament trois textes, qui révèlent sa physionomie intérieure et la spécificité de son caractère.

Dans la Lettre aux Galates, il nous a livré une profession de foi très personnelle, où il ouvre son cœur aux lecteurs de tous les temps et révèle le moteur le plus intime de sa vie. « Je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui ma aimé et sest livré pour moi » (Gal 2,20).

Toute laction de Paul part de là. Sa foi est lexpérience d’être aimé de Jésus-Christ de manière tout à fait personnelle. Cest la conscience du fait que le Christ a affronté la mort non pas pour quelque chose danonyme mais par amour pour lui, Paul, et que, en tant que Ressuscité, Il laime toujours et sest donc donné pour lui. La foi de Paul, cest d’être frappé par lamour de Jésus-Christ, un amour qui le bouleverse jusquau fond de lui-même et le transforme. Sa foi nest pas une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde. Cest limpact de lamour de Dieu sur son cœur. Ainsi, cette même foi est lamour pour Jésus-Christ.

Paul est souvent présenté comme un homme combatif qui manie les mots comme des épées. De fait, il a bataillé ferme pendant sa vie dapôtre. Il na pas cherché une harmonie superficielle. Dans sa première lettre, adressée aux Thessaloniciens, il dit lui-même: « Nous avons prêché en toute confiance devant vous lEvangile de Dieu, au milieu dune lutte pénible… Jamais non plus, vous le savez, nous navons eu un mot de flatterie » (1 Th 2, 2.5).

Il avait une trop haute opinion de la vérité pour accepter de la sacrifier en vue dune victoire superficielle. Paul estimait que la vérité quil avait connue en rencontrant le Ressuscité valait bien le combat, la persécution et la souffrance. Ce qui le motivait le plus profondément, néanmoins, c’était lamour de Jésus-Christ et le désir de transmettre cet amour à dautres personnes. Paul a été marqué par un grand amour, qui explique à lui seul toute son action et sa souffrance. Les concepts fondateurs de son annonce ne peuvent être compris que dans cette optique.

Concentrons-nous sur un de ses mots-clés: la liberté. Ayant éprouvé que le Christ laimait totalement, il avait ouvert les yeux sur la vérité et sur le chemin de lexistence humaine; cette expérience englobait tout. Paul était libre en tant quhomme aimé de Dieu, capable, en vertu de Dieu, daimer avec Lui. Cet amour est désormais la « loi » de sa vie et, justement pour cette raison, cest la liberté de sa vie. Cest la responsabilité de lamour qui le fait parler et agir. Liberté et responsabilité sont ici indissociables. Paul est libre précisément parce quil est dans la responsabilité de lamour; il vit totalement dans la responsabilité de cet amour et ne prend pas la liberté comme prétexte à labus et à l’égoïsme précisément parce quil aime. Cest dans le même esprit quAugustin a formulé la phrase devenue célèbre par la suite: « Dilige et quod vis fac » (Tract. in 1 Jo 7 ,7-8), aime et fais ce que tu veux. Celui qui aime le Christ comme Paul la aimé peut vraiment faire ce quil veut, car son amour est uni à la volonté du Christ et donc à la volonté de Dieu; parce que sa volonté est enracinée dans la vérité et parce que sa volonté nest plus simplement sa volonté propre, arbitre du je autonome, mais quelle est intégrée à la liberté de Dieu, qui lui montre le chemin à suivre.

* * *

Dans cette recherche de la physionomie intérieure de saint Paul, je voudrais rappeler maintenant ce que le Christ ressuscité lui a dit sur la route de Damas. Le Seigneur lui demande dabord: « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Paul demandant: « Qui es-tu, ô Seigneur? », le Christ répond « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9, 4s). En persécutant lEglise, Paul persécute Jésus lui-même. « Tu me persécutes ». Jésus sidentifie à lEglise comme un sujet unique.

Dans cette exclamation du Ressuscité, qui a transformé la vie de Saul, se concentre finalement toute la doctrine sur lEglise comme Corps du Christ. Le Christ ne sest pas retiré dans le ciel, en laissant sur terre une foule de disciples qui font progresser « sa cause ». LEglise nest pas une association qui cherche à promouvoir une certaine cause. Ce nest pas dune cause quil sagit, mais de la personne de Jésus-Christ qui même ressuscité est resté « chair ».. Il est fait « de chair et dos » (Lc 24, 39), comme le Ressuscité laffirme aux disciples qui lavaient pris pour un fantôme. Il a un corps. Il est présent en personne dans son Eglise, « Chef et Corps » forment un unique sujet, dira Augustin. « Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ? », écrit Paul aux Corinthiens (1 Cor 6,15). Et dajouter: comme, selon le livre de la Genèse, lhomme et la femme deviennent une seule chair, de même le Christ devient un seul esprit avec les siens, cest-à-dire un unique sujet dans le monde nouveau de la résurrection (cf. 1 Cor 6,16 ss).

Dans tout cela transparaît le mystère eucharistique, où le Christ donne continuellement son Corps et fait de nous son Corps: « Le pain que nous rompons nest-il pas communion au corps du Christ? Puisquil ny a quun pain, à nous tous, nous ne formons quun corps, bien que nous soyons nombreux, car tous nous avons part à ce pain unique » (1 Cor 10,16s). Nous recevons ces mots aujourdhui, non seulement de Paul mais du Seigneur lui-même: Comment avez-vous pu lacérer mon Corps? Devant le visage du Seigneur, ces mots deviennent en même temps une demande urgente: Fais-nous sortir de toutes ces divisions. Fais quaujourdhui devienne à nouveau réalité. Il ny a quun seul pain, nous ne formons donc quun seul corps, même si nous sommes nombreux. Pour Paul, le passage sur lEglise comme Corps du Christ nest pas une comparaison quelconque. Cela va bien au-delà. « Pourquoi me persécutes-tu? » Le Christ nous attire continuellement dans son Corps, il construit son Corps à partir du centre eucharistique, qui est pour Paul le centre de lexistence chrétienne, en vertu duquel tous, comme aussi chacun de nous, peuvent lexpérimenter de manière tout à fait personnelle: Il ma aimé et il sest donné pour moi.

* * *

Je voudrais conclure par lune des dernières phrases de saint Paul. Il est en prison, il va mourir et il exhorte Timothée. « Souffre avec moi pour lEvangile », dit lapôtre à son disciple (2 Tm 1,8).

Cette phrase, qui est comme un testament à la fin du parcours de lapôtre, nous renvoie au début de sa mission. Alors que, après sa rencontre avec le Ressuscité, Paul se trouvait, aveugle, chez lui à Damas, Ananie fut chargé daller trouver le persécuteur redouté et de lui imposer les mains pour lui rendre la vue. Ayant objecté que ce Saul était un dangereux persécuteur des chrétiens, Ananie reçut cette réponse: Cet homme doit porter mon nom devant les peuples et les rois; « moi-même je lui montrerai tout ce quil lui faudra souffrir pour mon nom » (Ac 9,15 s). La charge dannoncer le Christ et lappel à souffrir pour lui sont indissociablement liés. Lappel à instruire les peuples est à la fois et intrinsèquement un appel à souffrir en communion avec le Christ qui nous a rachetés par sa Passion.

Dans un monde où le mensonge est puissant, la vérité se paie par la souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance, l’éloigner de soi, éloigne la vie elle-même et sa grandeur; il ne peut pas être un serviteur de la vérité et donc un serviteur de la foi. Il ny a pas damour sans souffrance, sans la souffrance de renoncer à soi-même, de transformer et purifier le moi pour obtenir la vraie liberté. Là où il ny a rien qui mérite que lon souffre, la vie elle-même perd sa valeur. LEucharistie centre de notre christianisme est fondée sur le sacrifice de Jésus pour nous, elle est née de la souffrance de lamour, qui a trouvé son sommet dans la Croix. Nous vivons de cet amour qui se donne. Il nous donne le courage et la force de souffrir avec le Christ et pour Lui dans ce monde, en sachant que cest bien ainsi que notre vie devient grande, mûre et vraie.

A la lumière de toutes les lettres de saint Paul, nous voyons comment sest accomplie, au cours de son cheminement de docteur des païens, la prophétie faite à Ananie au moment de lappel: « Je lui montrerai tout ce quil lui faudra souffrir pour mon nom ». Sa souffrance le rend crédible en tant que maître de vérité, qui ne cherche pas son intérêt, sa gloire, sa satisfaction personnelle, mais sengage pour Celui qui nous a aimés et sest donné pour nous tous.

Maintenant remercions le Seigneur qui a appelé Paul et en a fait une lumière pour les païens, un maître pour nous tous, et prions-le: Aujourdhui aussi, donne-nous des témoins de ta résurrection, touchés par ton amour et capables de porter à notre temps la lumière de lEvangile. Saint Paul, priez pour nous! Amen.

par Sandro Magister : Dialogue interreligieux. Le Vatican dessine les lignes directrices

12 juin, 2008

 du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/205101?fr=y

Dialogue interreligieux. Le Vatican dessine les lignes directrices

Assez de cérémonies. Et davantage d’assurance dans l’annonce de l’Evangile. De nouveaux signes d’ouverture arrivent d’Arabie Saoudite. Le philosophe algérien Mohammed Arkoun critique le pape mais plus encore le vide culturel du monde musulman

par Sandro Magister

ROMA, le 11 juin 2008 Pour la première fois depuis le début de ce pontificat, le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux sest réuni en assemblée plénière, la semaine dernière au Vatican. C’était aussi une première pour son président, le cardinal Jean-Louis Tauran, et pour une grande partie des experts présents.

Lobjectif de cette assemblée plénière était également nouveau: il sagissait d’élaborer des lignes directrices destinées à guider évêques, prêtres et fidèles dans leurs rapports avec les autres religions. Un objectif, a expliqué le cardinal Tauran, fixé après de nombreuses années dhésitation sur son opportunité“. Le document est en cours rédaction et sera publié dans quelques mois.

Le samedi 7 juin, au terme de cette rencontre de trois jours, Benoît XVI a reçu les participants dans la Salle du Consistoire. Il a encouragé la publication des lignes directrices car, selon lui, la forte prolifération de rencontres interreligieuses dans le monde actuel demande du discernement. Le langage ecclésial a recours à ce dernier mot lorsquil sagit de faire une analyse critique et des choix en conséquence.

En effet, le rapport avec des personnes dautres religions a été et est envisagé de différentes façons, parfois contradictoires, au sein même de lEglise catholique.

Dans les pays musulmans, par exemple, les catholiques optent le plus souvent pour le témoignage silencieux de la vie chrétienne. Une pratique qui sexplique souvent par la prudence. Mais la congrégation pour la doctrine de la foi a publié le 3 décembre dernier une note doctrinale contre son recours systématique. Pour y opposer cette thèse déjà énoncée par Paul VI dans l’“Evangelii Nuntiandi de 1975:

Même le plus beau témoignage se révélera à terme inopérant, sil nest pas [...] explicité par une annonce claire et sans équivoque du Seigneur Jésus.

Les lignes directrices que le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux sapprête à publier vont dans ce sens. Le cardinal Tauran a ouvert lassemblée plénière en affirmant:

Nous savons que lEsprit Saint opère en tout homme et en toute femme indépendamment de sa croyance religieuse ou spirituelle. Mais, dun autre côté, nous devons proclamer que le Christ est la Voie, la Vérité et la Vie. Jésus nous a révélé la vérité sur Dieu et sur lhomme: voilà ce quest pour nous la Bonne Nouvelle. Nous ne pouvons pas mettre cette vérité sous le boisseau.

Benoît XVI s’était exprimé de manière tout aussi claire devant les quelque 200 représentants dautres religions, lors de son récent voyage aux Etats-Unis:

« Cest Jésus que nous portons au forum du dialogue interreligieux. L’ardent désir de suivre ses traces pousse les chrétiens à ouvrir leurs esprits et leurs cœurs au dialogue. [...] En cherchant à découvrir nos points communs, nous avons peut-être négligé la responsabilité que nous avons de discuter de nos différences avec calme et clarté. [...] Lobjectif le plus important du dialogue interreligieux demande un exposé clair de nos doctrines religieuses respectives.

Cela nempêche pas quil existe un champ daction commun entre les hommes de croyances différences, sur lequel insisteront les lignes directrices. Toujours en début dassemblée, Tauran a ajouté:

Les Dix Commandements sont une sorte de grammaire universelle que tous les croyants peuvent utiliser dans leur rapport avec Dieu et avec leur prochain. [...] En créant lhomme, Dieu l’a ordonné avec sagesse et avec amour à sa fin, par le moyen de la loi inscrite dans son cœur (Romains 2,15), la loi naturelle. Cette dernière nest autre que la lumière de lintelligence que Dieu nous a donnée. Grâce à elle, nous savons ce quil faut accomplir et ce quil faut éviter. Cette lumière et cette loi nous ont été données par Dieu dans la Création.

* * *

Au moment même où, au Vatican, le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux tenait son assemblée plénière, on a constaté des nouveautés dans les rapports entre lEglise catholique et lislam.

Le 4 juin dernier, en Arabie Saoudite, dans la ville sainte de la Mecque, le roi Abdallah Bin Abdulaziz al-Saoud a ouvert une conférence réunissant quelque 600 représentants du vaste monde musulman dans le but de dire au monde que nous sommes la voix de la justice et des valeurs morales de lhomme, de la coexistence et du dialogue.

Dans ce but, Abdallah a confirmé sa volonté dorganiser des rencontres avec les frères appartenant à dautres croyances, en particulier les juifs et les chrétiens. Lislam, selon le souverain saoudien, a défini les principes et ouvert la voie pour un dialogue avec les fidèles des autres religions et cette voie passe par les valeurs communes aux trois religions monothéistes. Ces valeurs “éprouvent de la répugnance envers la trahison, rejettent le crime, combattent le terrorisme [...] pratiqué par des extrémistes présents dans nos peuples, qui ont uni leurs forces avec une agressivité flagrante pour déformer la justice et la tolérance de l’islam.

Prononcés par le roi dArabie Saoudite nation de strict islam wahhabite et pays dorigine dOussama ben Laden et de la plupart des auteurs des attaques du 11 septembre 2001 ces mots ont un poids certain. Au Vatican, LOsservatore Romano les a bien mis en évidence.

Le roi Abdallah a en outre affirmé que son projet de dialogue interreligieux a reçu le feu vert des ulémas saoudiens et quil souhaite maintenant consulter à ce sujet les musulmans des autres pays. Lors de la conférence de La Mecque, il a réuni dans la même salle le cheik de la mosquée al-Azhar du Caire, Sayyed Tantawi, qui fait autorité dans lislam sunnite, et layatollah chiite Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, ancien président de lIran et membre de lAssemblée des experts, siège de lautorité suprême du régime.

En Israël, les projets du roi Abdallah ont été accueillis positivement par le grand rabbin ashkénaze Yona Metzger et par le grand rabbin séfarade Shlomo Amar.

Selon le communiqué final de la conférence, intitulé Lappel de La Mecque, un centre islamique pour les relations entre les civilisations va être créé. Il organisera des débats avec des représentants dautres religions, cultures et philosophies et favorisera la publication de livres sur ce sujet.

* * *

Autre nouveauté du moment, le séminaire que les experts de la revue internationale Oasis lancée par le patriarche de Venise, le cardinal Angelo Scola, et spécialisée dans le dialogue entre chrétiens et musulmans vont tenir du 23 au 24 juin à Amman, en Jordanie. Sujet: les relations entre vérité et liberté.

Cest à Amman que se trouve le siège de lal-Bayt Institute for Islamic Thought, présidé par le prince de Jordanie Ghazi bin Muhammad bin Talal. Cet institut est à lorigine de la célèbre lettre des 138 musulmans intitulée Une parole commune entre nous et vous et adressée au pape et aux chefs des autres confessions chrétiennes.

Lagenda de Rome prévoit pour novembre prochain une rencontre entre autorités et experts de lEglise catholique et une délégation des 138 musulmans.

Entre temps, lun des 138, lAlgérien Mustapha Cherif, ancien ministre de l’éducation et ambassadeur, est revenu, dans le mensuel de lInstitut pontifical des missions étrangères, Mondo e Missione, sur deux faits récents qui se sont produits dans son pays.

Il y a dabord eu, début juin, la condamnation de quatre Algériens qui sont passés de lislam au christianisme. Ils sont tous protestants, mais un prêtre catholique avait déjà reçu une condamnation similaire pour avoir prié à Noël avec un groupe dimmigrés camerounais.

Cherif estime que lAlgérie aborde la question du prosélytisme de manière incompréhensible et déplorable, dans la mesure où notre vision du droit est fondée sur le principe du Coran: pas de contrainte en matière de religion.

Et dajouter:

De plus, nos amis catholiques dAlgérie nont jamais cherché à convertir qui que ce soit depuis un demi-siècle, alors même quils ont le droit de témoigner de leur foi. Et pourtant, le pape actuel rappelle souvent le caractère central, pour lEglise, de sa mission évangélisatrice.

Le deuxième fait auquel Cherif fait référence lié à lobservation ci-dessus est le départ, pour raison d’âge, de larchevêque dAlger, Henri Teissier, officialisée par le Vatican le 24 mai dernier.

Cherif parle du vieil archevêque comme un de ces prêtres mesurés qui cherchent le juste milieu, conscients des réformes quil conviendrait de faire au sein même de lEglise et qui nhésite parfois pas à faire part de sa différence avec le Vatican, spécialement lorsquil sagit des rapports avec les musulmans.

Comme preuve de la recherche du « juste milieu » par Teissier, Cherif, écrit:

En décembre dernier, le Vatican a publié une note doctrinale qui réaffirme la mission d’évangéliser les non catholiques. [...] Cependant, beaucoup de prêtres et de pasteurs partis pour évangéliser le monde se mettent à l’école des peuples quils ont rencontrés et de leur culture, sans chercher nécessairement à les détourner de leur religion dorigine. Mgr Henri Teissier compte parmi ces grands hommes de foi qui respectent leur prochain.

Cherif, ajoute quil a rencontré Teissier pour la première fois à Cordoue, en 1974, à loccasion dun colloque international entre musulmans et chrétiens:

Dans le cas présent, il convient de rappeler que cest grâce à lintervention personnelle de Mgr Teissier auprès de l’évêque de Cordoue que notre groupe de participants musulmans avait pu prononcer la prière du vendredi dans la célèbre mosquée de Cordoue.

Depuis plusieurs siècles maintenant, la mosquée mentionnée ci-dessus nest autre que la cathédrale de la ville.

* * *

Troisième nouveauté intéressante, la critique adressée à Benoît XVI, mais plus encore au monde islamique dans son ensemble, par un intellectuel musulman majeur, Mohammed Arkoun.

Arkoun, 80 ans, né en Algérie, a enseigné à la Sorbonne, à Princeton et dans dautres universités célèbres dEurope et dAmérique. Il est aujourdhui directeur de recherche à lInstitut d’études ismaélites de Londres, fondé par lAga Khan.

Interviewé par John Allen, le vaticaniste du National Catholic Reporter, à loccasion dun congrès à Lugano, en Suisse, Arkoun revient sur le discours de Ratisbonne:

Le pape Benoît XVI a affirmé quil nexiste pas de relation étroite entre la raison et la foi dans la pensée islamique et dans ses expressions. Historiquement parlant, cette affirmation nest pas vraie. Si nous considérons la période allant du VIIIe au XIIIe siècle, ce nest absolument pas vrai. Cependant, après la mort du philosophe Averroès en 1198, la philosophie a effectivement disparu de la pensée islamique. Par conséquent, à compter de ce moment-là, le pape est dans le vrai. [] Le problème, cest que lorsque lon parle aujourdhui avec des musulmans, ils nont pas la moindre idée de leur histoire.

Et les 138 ne font pas exception, poursuit Arkoun: Je ne vois aucun historien de la pensée parmi eux.

Le pape fait donc fausse route en les choisissant comme interlocuteurs:

Le pape devrait plutôt créer un véritable espace de discussion, au lieu de tous ces prétendus dialogues interreligieux qui se sont succédé depuis Vatican II. Jai participé à bon nombre dentre eux, et je peux affirmer quils sont absolument inutiles. Ce ne sont que des bavardages. Il ny a aucun apport intellectuel, il ny a pas de respect pour les compétences élevées. Dimportantes études ont été menées sur la question de la foi et la raison. Mais tout cela est resté lettre morte. On se contente de se complimenter mutuellement, en disant: je respecte ta foi et tu respectes la mienne. Un pur non-sens ».

Quand on demande à Arkoun si les jeunes musulmans ont réellement soif dexprimer leur foi dune façon nouvelle, différente de celle des ulémas de la télévision, il répond:

Bien sûr. Lorsque je fais une conférence en Egypte, le public est très nombreux. Les gens sont très intéressés. Même les personnes âgées sont heureuses, elles sentent quelles peuvent enfin respirer. Jai été applaudi quand jai déclaré que, après le discours de Benoît XVI à Ratisbonne, les musulmans nauraient pas dû descendre dans la rue pour manifester contre lui mais se précipiter dans les bibliothèques. Pour apprendre ce qui est arrivé à la pensée islamique après le XIIIe siècle.

par Sandro Magister: Le Credo de Paul VI. Qui l’a écrit et pourquoi

7 juin, 2008

du site: 

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/204969?fr=y

Le Credo de Paul VI. Qui l’a écrit et pourquoi

L’Eglise aussi a eu son 1968, avec par exemple le Catéchisme hollandais. Paul VI y a répondu par son « Credo du peuple de Dieu ». On sait aujourd’hui que c’est son ami le philosophe Jacques Maritain qui l’a écrit

par Sandro Magister

ROMA, le 6 juin 2008 – Fin juin, Benoît XVI va inaugurer une année jubilaire consacrée à l’apôtre Paul, à l’occasion des 2 000 ans de sa naissance. La célébration débutera le samedi 28, la veille de la fête du saint, pour s’achever un an plus tard.

Il y a quarante ans, entre 1967 et 1968, Paul VI avait agi de manière similaire en consacrant une année de célébrations aux apôtres Pierre et Paul, à l’occasion des 1 900 ans de leur martyre. Le pape avait clôturé ce qu’il nommait “l’Année de la Foi“ par une profession de foi solennelle, le “Credo du peuple de Dieu“, prononcée le 30 juin 1968 sur la place Saint-Pierre.

Le texte de ce Credo s’inspirait de celui du Concile de Nicée, récité lors de chaque messe. Mais avec des compléments et des développements importants.

Comment et pourquoi Paul VI a-t-il eu l’idée de couronner l’Année de la Foi par la proclamation du Credo du peuple de Dieu? Et comment ce texte a-t-il été rédigé?

La réponse à ces deux questions se trouve dans un volume qui sortira bientôt en France, le sixième tome de la « Correspondance » entre le théologien et cardinal suisse Charles Journet et le philosophe français Jacques Maritain, à savoir 303 lettres échangées entre 1965 et 1973.

C’est en effet Maritain lui-même qui a écrit l’ébauche du Credo du peuple de Dieu que Paul VI devait prononcer. Les deux textes seront publiés en regard dans le volume à paraître, afin de mettre en valeur leur ressemblance.

Entretemps, le cardinal Georges Cottier – disciple de Journet et théologien émérite de la maison pontificale – a déjà révélé les dessous de ce Credo dans le mensuel international “30 Jours“, qui y a consacré la une de son dernier numéro.

* * *

En 1967, Maritain a 85 ans. Il vit à Toulouse, chez les Petits Frères de Charles de Foucauld. Il vient de publier “Le paysan de la Garonne“, une critique impitoyable de l’Eglise postconciliaire “à genoux devant le monde“.

Le 12 janvier, le cardinal Journet écrit à Maritain qu’il rencontrera bientôt le pape à Rome. Les deux hommes ignorent que Paul VI a l’intention de lancer l’Année de la Foi. Mais Maritain confie à Journet que depuis quelques jours, “une idée [lui] est venue à l’esprit“. Il la décrit en ces mots:

“Que le Souverain Pontife rédige une profession de foi complète et détaillée, dans laquelle tout ce que contient réellement le Symbole de Nicée soit expliqué. Ce sera, pour l’histoire de l’Eglise, la profession de foi de Paul VI“.

Sans que Maritain le lui ait demandé, Journet photocopie la lettre du philosophe et la remet au pape lorsqu’il rencontre le 18 janvier. A cette occasion, Paul VI demande au théologien son jugement sur l’état de santé de l’Eglise: “Tragique“, lui répond Journet. Lui-même comme le pape sont anéantis par la publication en Hollande, l’année précédente, avec la bénédiction des évêques, d’un nouveau Catéchisme ayant vraiment « pour objectif de substituer, au sein de l’Eglise, une orthodoxie à une autre, une orthodoxie moderne à l’orthodoxie traditionnelle » (ainsi s’exprime la commission cardinalice instituée par Paul VI pour examiner ce Catéchisme, dont Journet fait partie).

Le 22 février 1967, Paul VI décrète l’Année de la Foi. Deux jours plus tard, Maritain note dans son journal:

“C’est peut-être la préparation pour une profession de foi qu’il proclamera lui-même“.

Cette même année le premier synode des évêques se réunit à Rome du 29 septembre au 29 octobre. Le rapport final de la commission doctrinale soumet au pape la proposition d’une déclaration sur les points essentiels de la foi.

Le 14 décembre, Paul VI reçoit à nouveau le cardinal Journet, qui lui rapporte l’idée de Maritain. Paul VI lui rappelle que d’autres avaient déjà suggéré, à la fin du Concile Vatican II, de promulguer un nouveau symbole de la foi. Lui-même avait demandé au célèbre théologien dominicain Yves Congar de préparer un texte mais, le jugeant insatisfaisant, l’avait laissé de côté.

Puis, à l’improviste, Paul VI dit à Journet: “Préparez-moi vous-même un plan de ce que vous jugez bon de faire“.

De retour en Suisse, Journet raconte la demande du pape à Maritain. Ce dernier, étant à Paris au début de la nouvelle année, écrit un projet de profession de foi. Il le termine le 11 janvier 1968 et l’envoie le 20 à Journet, qui le transmet à Paul VI le lendemain.

D’après la correspondance entre le théologien et le philosophe, Maritain ne voyait dans le texte qu’il avait élaboré qu’un projet destiné à aider Journet. C’est ce dernier qui, de sa propre initiative, a transmis le texte au pape sans aucun ajout. Selon Journet, le texte contenait déjà les réponses à toutes les interrogations soulevées par le Catéchisme hollandais et par d’autres théologiens renommés sur des dogmes tels que le péché originel, la messe comme sacrifice, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, la création à partir du néant, le primat de Pierre, la virginité de Marie, l’immaculée conception, l’assomption.

Le 6 avril, une lettre du théologien dominicain Benoît Duroux, consultant de la congrégation pour la doctrine de la foi, arrive de Rome. Elle fait l’éloge du texte de Maritain et y ajoute quelques commentaires, que Journet interprète comme venant de Paul VI lui-même. A son tour, le pape envoie au cardinal un mot de remerciement.

Puis, plus rien. Le 30 juin 1968, place Saint-Pierre, Paul VI prononce solennellement le Credo du peuple de Dieu. Maritain ne l’apprend que le 2 juillet, en lisant le journal. Il déduit des citations que le Credo prononcé par le pape coïncide largement avec le projet qu’il avait écrit.

C’est effectivement le cas. L’une des rares différences concerne les juifs et les musulmans.

Dans un passage, Maritain avait rappelé explicitement que les juifs et les musulmans proclament, comme les chrétiens, que Dieu est unique. Dans son Credo, en revanche, Paul VI rend grâces à la bonté divine pour les “très nombreux croyants“ qui partagent avec les chrétiens la foi dans le Dieu unique, mais sans citer explicitement le judaïsme et l’islam.

Dans les années 50, Maritain avait failli être condamné par le Saint Office à cause de sa pensée philosophique, soupçonnée de “naturalisme intégral“. Il échappa à la condamnation notamment grâce à l’intervention de Giovanni Battista Montini, le futur Paul VI, alors substitut de la secrétairerie d’état, lié depuis longtemps avec le penseur français.

__________

Le texte intégral du Credo du peuple de Dieu, prononcé solennellement par Paul VI le 30 juin 1968, dans une traduction non officielle en français:

« Nous croyons en un seul Dieu… »

Nous croyons en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur des choses visibles comme ce monde où s’écoule notre vie passagère, des choses invisibles comme les purs esprits qu’on nomme aussi les anges, et Créateur en chaque homme de son âme spirituelle et immortelle.

Nous croyons que ce Dieu unique est absolument un dans son essence infiniment sainte comme dans toutes ses perfections, dans sa toute-puissance, dans sa science infinie, dans sa providence, dans sa volonté et dans son amour. Il est Celui qui est, comme il l’a révélé à Moïse; et il est Amour, comme l’apôtre Jean nous l’enseigne: en sorte que ces deux noms, Être et Amour, expriment ineffablement la même divine réalité de Celui qui a voulu se faire connaître à nous, et qui, « habitant une lumière inaccessible », est en lui-même au-dessus de tout nom, de toutes choses et de toute intelligence créée. Dieu seul peut nous en donner la connaissance juste et plénière en se révélant comme Père, Fils et Esprit Saint, dont nous sommes par grâce appelés à partager, ici-bas dans l’obscurité de la foi et au-delà de la mort dans la lumière éternelle, l’éternelle vie. Les liens mutuels constituant éternellement les trois personnes, qui sont chacune le seul et même Être divin, sont la bienheureuse vie intime du Dieu trois fois saint, infiniment au-delà de ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine. Nous rendons grâce cependant à la bonté divine du fait que de très nombreux croyants puissent attester avec Nous devant les hommes l’unité de Dieu, bien qu’ils ne connaissent pas le mystère de la Très Sainte Trinité.

Nous croyons donc au Père qui engendre éternellement le Fils, au Fils, Verbe de Dieu, qui est éternellement engendré, au Saint-Esprit, personne incréée qui procède du Père et du Fils comme leur éternel amour. Ainsi en les trois personnes divines, « coaeternae sibi et coaequales », surabondent et se consomment, dans la surexcellence et la gloire propres à l’être incréé, la vie et la béatitude de Dieu parfaitement un, et toujours « doit être vénérée l’unité dans la trinité et la trinité dans l’unité ».

Nous croyons en Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le Fils de Dieu. Il est le Verbe éternel, né du Père avant tous les siècles et consubstantiel au Père, « homoousios to Patri », et par lui tout a été fait. Il s’est incarné par l’œuvre du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s’est fait homme: égal donc au Père selon la divinité, et inférieur au Père selon l’humanité et un lui-même, non par quelque impossible confusion des natures mais par l’unité de la personne.

Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité. Il a annoncé et instauré le Royaume de Dieu et nous a fait en lui connaître le Père. Il nous a donné son commandement nouveau de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Il nous a enseigné la voie des béatitudes de l’Évangile: pauvreté en esprit, douleur supportée dans la patience, soif de la justice, miséricorde, pureté du cœur, volonté de paix, persécution endurée pour la justice. Il a souffert sous Ponce Pilate, Agneau de Dieu portant sur lui les péchés du monde, et il est mort pour nous sur la croix, nous sauvant par son sang rédempteur. Il a été enseveli et, de son propre pouvoir, il est ressuscité le troisième jour, nous élevant par sa résurrection à ce partage de la vie divine qu’est la vie de la grâce. Il est monté au ciel et il viendra de nouveau, en gloire cette fois, pour juger les vivants et les mort: chacun selon ses mérites – ceux qui ont répondu à l’amour et à la pitié de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu’au bout allant au feu qui ne s’éteint pas. Et son règne n’aura pas de fin.

Nous croyons en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Il nous a parlé par les Prophètes, il nous a été envoyé par le Christ après sa Résurrection et son Ascension auprès du Père; il illumine, vivifie, protège et conduit l’Église; il en purifie les membres s’ils ne se dérobent pas à la grâce. Son action qui pénètre au plus intime de l’âme, rend l’homme capable de répondre à l’appel de Jésus: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Nous croyons que Marie est la Mère demeurée toujours vierge du Verbe incarné, notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, et qu’en raison de cette élection singulière elle a été, en considération des mérites de son Fils, rachetée d’une manière plus éminente, préservée de toute souillure du péché originel et comblée du don de la grâce plus que toutes les autres créatures.

Associée par un lien étroit et indissoluble aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, la Très Sainte Vierge, l’Immaculée, a été, au terme de sa vie terrestre, élevée en corps et en âme à la gloire céleste et configurée à son Fils ressuscité en anticipation du sort futur de tous les justes; et Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Ève, mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ, en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés.

Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C’est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l’empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c’est en ce sens que chaque homme naît dans le péché. Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, « non par imitation, mais par propagation », et qu’il est ainsi « propre à chacun ».

Nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, par le sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que, selon la parole de l’Apôtre, « là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé ».

Nous croyons à un seul baptême institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés. Le baptême doit être administré même aux petits enfants qui n’ont pu encore se rendre coupables d’aucun péché personnel, afin que, nés privés de la grâce surnaturelle, ils renaissent « de l’eau et de l’Esprit Saint » à la vie divine dans le Christ Jésus.

Nous croyons à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, édifiée par Jésus-Christ sur cette pierre qui est Pierre. Elle est le corps mystique du Christ, à la fois société visible instituée avec des organes hiérarchiques et communauté spirituelle, l’Église terrestre; elle est le peuple de Dieu pérégrinant ici-bas et l’Église comblée des biens célestes; elle est le germe et les prémices du Royaume de Dieu, par lequel se continuent, au long de l’histoire humaine, l’œuvre et les douleurs de la Rédemption et qui aspire à son accomplissement parfait au-delà du temps dans la gloire. Au cours du temps, le Seigneur Jésus forme son Église par les sacrements qui émanent de sa plénitude. C’est par eux qu’elle rend ses membres participants au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, dans la grâce du Saint-Esprit qui lui donne vie et action. Elle est donc sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce: c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ses fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint.

Héritière des divines promesses et fille d’Abraham selon l’Esprit, par cet Israël dont elle garde avec amour les Écritures et dont elle vénère les patriarches et les prophètes; fondée sur les apôtres et transmettant de siècle en siècle leur parole toujours vivante et leurs pouvoirs de pasteur dans le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui; perpétuellement assistée par le Saint-Esprit, elle a charge de garder, enseigner, expliquer et répandre la vérité que Dieu a révélée d’une manière encore voilée par les prophètes et pleinement par le Seigneur Jésus. Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par le magistère ordinaire et universel. Nous croyons à l’infaillibilité dont jouit le successeur de Pierre quand il enseigne ex cathedra comme pasteur et docteur de tous les fidèles, et dont est assuré aussi le corps des évêques lorsqu’il exerce avec lui le magistère suprême.

Nous croyons que l’Église, fondée par Jésus-Christ et pour laquelle il a prié, est indéfectiblement une dans la foi, le culte et le lien de la communion hiérarchique. Au sein de cette Église, la riche variété des rites liturgiques et la légitime diversité des patrimoines théologiques et spirituels et des disciplines particulières, loin de nuire à son unité, la manifestent davantage.

Reconnaissant aussi l’existence, en dehors de l’organisme de l’Église du Christ, de nombreux éléments de vérité et de sanctification qui lui appartiennent en propre et tendent à l’unité catholique, et croyant à l’action du Saint-Esprit qui suscite au cœur des disciples du Christ l’amour de cette unité, Nous avons l’espérance que les chrétiens qui ne sont pas encore dans la pleine communion de l’unique Église se réuniront un jour en un seul troupeau avec un seul pasteur.

Nous croyons que l’Église est nécessaire au salut, car le Christ qui est seul médiateur et voie de salut se rend présent pour nous dans son Corps qui est l’Église. Mais le dessein divin du salut embrasse tous les hommes; et ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et son Église mais cherchent Dieu sincèrement et, sous l’influence de la grâce, s’efforcent d’accomplir sa volonté reconnue par les injonctions de leur conscience, ceux-là, en un nombre que Dieu seul connaît, peuvent obtenir le salut.

Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l’ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son Corps et son Sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d’apparaître à nos sens de la même façon qu’auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle.

Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité elle-même du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce changement mystérieux, l’Église l’appelle d’une manière très appropriée transsubstantiation. Toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d’exister après la consécration, en sorte que c’est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur l’a voulu, pour se donner à nous en nourriture et pour nous associer à l’unité de son Corps mystique.

L’unique et indivisible existence du Seigneur glorieux au ciel n’est pas multipliée, elle est rendue présente par le sacrement dans les multiples lieux de la terre où la messe est célébrée. Et elle demeure présente, après le sacrifice, dans le Saint Sacrement, qui est, au tabernacle, le cœur vivant de chacune de nos églises. Et c’est pour nous un devoir très doux d’honorer et d’adorer dans la sainte hostie, que nos yeux voient, le Verbe incarné qu’ils ne peuvent pas voir et qui, sans quitter le ciel, s’est rendu présent devant nous.

Nous confessons que le royaume de Dieu commencé ici-bas en l’Église du Christ n’est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu’elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l’amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes. Mais c’est ce même amour qui porte l’Église à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant de rappeler à ses enfants qu’ils n’ont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux. L’intense sollicitude de l’Église, épouse du Christ, pour les nécessités des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs efforts, n’est donc rien d’autre que son grand désir de leur être présente pour les illuminer de la lumière du Christ et les rassembler tous en lui, leur unique Sauveur. Elle ne peut signifier jamais que l’Église se conforme elle-même aux choses de ce monde, ni que diminue l’ardeur de l’attente de son Seigneur et du royaume éternel.

Nous croyons à la vie éternelle. Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ, soit qu’elles aient encore à être purifiées au purgatoire, soit que dès l’instant où elles quittent leur corps, Jésus les prenne au paradis comme il a fait pour le bon larron, sont le peuple de Dieu dans l’au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leur corps.

Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au paradis forme l’Église du ciel, où dans l’éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu’il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et en aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle.

Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et Nous croyons que dans cette communion l’amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l’écoute de nos prières, comme Jésus nous l’a dit: Demandez et vous recevrez. Aussi est-ce avec foi et dans l’espérance que Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

Béni soit le Dieu trois fois saint. Amen.

Paul PP. VI

par Sandro Magister : Pèlerins sur la tombe de Pierre. Comme au temps de la Rome antique

3 juin, 2008

dal sito:

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Pèlerins sur la tombe de Pierre. Comme au temps de la Rome antique

A dix mètres sous la basilique Saint-Pierre, on peut emprunter le passage qui menait à la sépulture de l’apôtre, entre des rangées de tombes romaines retrouvées intactes. La dernière restauration date d’il y a quelques jours. Une merveille d’art, d’histoire et de foi

par Sandro Magister


ROMA, le 3 juin 2008 Imaginons quil fasse nuit, comme sur la photo ci-dessus. Nous empruntons un passage bordé de tombes romaines des IIe et IIIe siècles après J.-C. Nous sommes au pied de la Colline du Vatican. Non loin de là on voit limposant obélisque qui se dressait au centre du stade de Caligula et de Néron. Cest là que lapôtre Pierre a été martyrisé. Apparaît alors devant nous le trophée qui marque le lieu où il a été enterré.

Cest vraiment comme ça. A la différence près quil ne fait pas nuit. Et ce ciel noir cest le sol de la basilique Saint-Pierre, sous laquelle nous marchons.

Au IVe siècle, lorsque lempereur Constantin fit édifier la basilique, il voulut que labside se situe juste au dessus de la tombe de lapôtre. Pour que la nef soit au même niveau, il fit recouvrir de terre les autres tombes qui, à partir de celle de Pierre se suivaient selon une légère pente en direction du Tibre. Au XVIe siècle, une nouvelle basilique, plus grande lactuelle a été construite à lemplacement de celle de Constantin mais à un niveau plus élevé. Pendant seize siècles, néanmoins, personne na creusé sous le sol de la basilique.

Cest Pie XII qui a lancé les fouilles archéologiques, en 1939. En quelques années, la tombe de Pierre a été retrouvée sous le maître-autel de la basilique, mais aussi 22 autres tombes alignées le long de lancien passage, sur une distance de 70 mètres environ, dix mètres en dessous de la nef centrale de l’église.

En 1998, les autorités du Vatican ont décidé de restaurer et de mettre en valeur la nécropole découverte sous la basilique Saint-Pierre.

La dernière tombe restaurée a été présentée il y a quelques jours, le mercredi 28 mai. Cest la plus grande et la plus somptueuse que lon ait retrouvée. Elle a été construite au début de la seconde moitié du IIe siècle, sous lempereur Marc-Aurèle, par une grande famille de Rome, les Valerii. On y trouve des statues de membres de cette famille, de philosophes et de divinités, ainsi que la tête dune jeune fille gracieuse et celle en stuc doré dun enfant avec la coiffure caractéristique dIsis.

Les 22 tombes de la nécropole sont presque toutes païennes, avec des traces de cultes orientaux. La seule à être totalement chrétienne est celle des iulii. Sa voûte est recouverte dune magnifique mosaïque représentant le Christ comme Soleil et Apollon, s’élevant dans le ciel sur un quadrige tiré par des chevaux blancs et tenant un globe terrestre de sa main gauche. Sur les murs, on distingue les images du Bon Pasteur et de Jonas englouti par le monstre marin. Plus loin, un pêcheur jette son hameçon à la mer; un poisson le happe tandis quun autre senfuit, symbolisant les âmes qui peuvent accueillir ou refuser le salut.

Le plus impressionnant dans cette nécropole: elle est presque intacte, telle quelle était peu de temps avant que Constantin ne la fasse recouvrir. En la parcourant, on marche sur les pas des anciens citoyens de Rome mais aussi des pèlerins qui allaient prier sur la tombe de lapôtre Pierre. La préhistoire de la basilique Saint-Pierre se lit dans les briques, les marbres, les statues, les inscriptions, les décorations de cet ancien passage bordé de tombes, jusqu’à lemplacement de la sépulture du pêcheur de Galilée devenu apôtre du Christ et mort en martyr dans la capitale du plus grand empire du monde.

Revenu à la surface, dans la basilique et sur la place, le pèlerin sapercevra quil est passé sans discontinuité de la Rome antique à la Rome chrétienne. Le nouvel empire est celui du pardon que Jésus accorde à tous les hommes, à travers lEglise. Depuis le sommet de la façade de la basilique Saint-Pierre, comme en haut dune tribune, le Sauveur et les saints observent lovale du nouveau cirque dessiné par la colonnade du Bernin, avec, au centre, le même obélisque près duquel lapôtre a été crucifié. Un cirque ouvert urbi et orbi, à la ville et au monde.

par Sandro Magister : Les Jeux Olympiques de la foi. La Chine disqualifie la Vierge de Sheshan

24 mai, 2008

du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/202641?fr=y

Les Jeux Olympiques de la foi. La Chine disqualifie la Vierge de Sheshan

Les pèlerinages vers le plus important sanctuaire marial de Chine seront interdits. Le jour même de la prière fixée par le pape. Un livre du sinologue Bernardo Cervellera met à nu les contradictions du régime, à la veille des Jeux Olympiques de Pékin

par Sandro Magister


ROMA, le 22 mai 2008 Cest en mai, dans deux jours, quaura lieu la première des journées annuelles de prière pour lEglise de Chine que Benoît XVI a instituées il y a un an, dans une lettre aux catholiques chinois.

Traditionnellement, tous les 24 mai, des milliers de catholiques de la Chine toute entière se rendent en pèlerinage au sanctuaire de Sheshan, consacré à Marie aide des chrétiens et situé sur une colline verdoyante à 50 km au sud de Shanghai (photo).

Au moins 200 000 fidèles étaient prévus pour les festivités de cette année, plus qu’à laccoutumée. Mais il nen sera pas ainsi. Et pas seulement à cause du terrible séisme qui a fait récemment dinnombrables victimes dans le Sichuan et provoqué des difficultés dans tout le pays.

Les principaux obstacles au pèlerinage ont été dressés délibérément par les autorités chinoises et en particulier par lAssociation patriotique qui contrôle la vie religieuse.

Il a été interdit aux diocèses les plus proches du sanctuaire ceux de Shanghai, Wenzhou et Ningbo dorganiser des visites collectives de fidèles. Pendant tout le mois de mai, les hôtels et les auberges de jeunesse des environs du sanctuaire nont pas le droit daccueillir des pèlerins catholiques. Les visites individuelles ne sont permises qu’à ceux qui à leurs risques et périls se font enregistrer auprès du diocèse de Shanghai et demandent lautorisation.

Dans une directive en cinq points, lAssociation patriotique a ordonné à tous les diocèses de norganiser des dévotions mariales que dans leur territoire respectif, sans venir à Sheshan. Cette directive a été cosignée par le Conseil des évêques chinois, un organisme fantoche non reconnu par le Saint-Siège. Un des points contient les intentions de prière: pour la paix, pour le pape, pour la réussite des Jeux Olympiques et pour un bon résultat des athlètes chinois.

Ces dernières intentions relèvent de la farce. Il savère en effet que les Jeux à venir ne signifient pas pour la Chine plus despace pour la liberté religieuse mais plutôt un durcissement des contrôles, pour des raisons de sécurité“.

Depuis les révoltes tibétaines, en particulier, tout regroupement de personnes même autour dun sanctuaire marial est considéré par les autorités chinoises comme un danger potentiel. Il est découragé ou empêché.

En outre, certains dirigeants chinois veulent faire obstacle à la journée de prière voulue par le pape précisément parce quelle renforcerait lunité au sein de lEglise chinoise, entre catholiques reconnus officiellement et catholiques clandestins et entre tous ceux-là et lEglise de Rome.

La situation générale de la Chine à la veille des JO a fait lobjet dun livre à paraître dans quelques jours en Italie, écrit par le père Bernardo Cervellera, de lInstitut pontifical des missions étrangères, grand expert en la matière. Intitulé Il rovescio delle medaglie, il est édité chez Ancora.

Le père Cervellera est aussi le directeur-fondateur de lagence de presse en ligne Asia News, très bien informée sur la Chine.

Voici un extrait du chapitre 7 de son livre, consacré aux religions:

« Une grande soif de Dieu »

par Bernardo Cervellera

Les Jeux de Pékin 2008 se dérouleront sous le signe de lharmonie et de la liberté pour toutes les religions: cest ce quassure Ye Xiaowen, directeur de ladministration d’état pour les affaires religieuses, le ministère chargé de mettre en œuvre la politique religieuse de la Chine. []

Au village olympique, en effet, un centre destiné aux offices religieux est en construction, au milieu des stades et des résidences. Il répondra aux besoins des athlètes, en fonction des convictions religieuses de chacun. Des lieux de prière seront affectés aux bouddhistes, aux hindouistes, aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans. []

On a pourtant limpression que cette grande ouverture aux croyances religieuses des invités olympiques nest quune belle façade, une vaste campagne dimage visant à montrer que la Chine du XXIe siècle ne viole pas les droits de lhomme et les droits religieux. Tout du moins dans le village olympique.

Car les règles ne sont pas les mêmes à lintérieur de lenceinte olympique et dans le reste du pays. Au village olympique, toutes les religions sont autorisées, mais, en Chine, il ny en a que cinq qui soient reconnues officiellement: bouddhisme, taoïsme, islam, christianisme protestant, catholicisme.

Dautres communautés religieuses présentes sur le territoire chinois comme les chrétiens orthodoxes, les juifs, les hindouistes, les bahaïs nont pas de lieu de culte et ne peuvent pas en avoir car le gouvernement ne les reconnaît pas.

En 2007, à plusieurs reprises, le patriarche de Moscou a reproché au gouvernement de Pékin de ne pas accorder la liberté totale à lEglise orthodoxe chinoise et de ne pas la reconnaître, alors quelle est présente dans le pays depuis 300 ans. Pour les grandes occasions, comme Noël ou Pâques, les fidèles qui sont environ 13 000 doivent utiliser les locaux de lambassade russe à Pékin. Le métropolite gréco-orthodoxe de Hong Kong, Nikitas Lulias, a critiqué les autorités chinoises pour les mêmes raisons.

De même pour les juifs. Présents depuis des siècles, ils ont été expulsés par le maoïsme qui a confisqué leurs biens et plusieurs synagogues.

Depuis longtemps, le grand rabbin dIsraël a demandé au gouvernement chinois la réouverture au culte de la synagogue de Shanghai, la Ohel Rachel. Sans réponse.

A lheure actuelle, les juifs de Chine quelques milliers sont tolérés pourvu quils pratiquent leur religion avec discrétion et sans impliquer de Chinois. []

Ceux qui pensaient que les Jeux Olympiques seraient loccasion pour la Chine de goûter à la liberté religieuse telle quelle est pratiquée dans presque toute la communauté internationale doivent se faire une raison: ce sera au reste du monde dexpérimenter le contrôle religieux made in China.

En Chine, la liberté religieuse (ou mieux, de culte) nest accordée aux communautés religieuses reconnues que si elles pratiquent leur foi au sein de structures autorisées par le gouvernement, avec du personnel et des activités sous contrôle et en acceptant d’être supervisées par les Associations Patriotiques (AP). Conséquence ridicule de cette immixtion entre lEtat et lEglise: ce sont des membres du Parti la majorité des secrétaires des Associations patriotiques sont athées qui gèrent la vie spirituelle des fidèles en leur indiquant comment doivent se dérouler les rites, quels livres éditer, qui a droit à la vocation sacerdotale, qui peut devenir prêtre ou leader dune communauté, quelles jeunes femmes peuvent entrer au couvent. Ce contrôle nest pas neutre. Il vise à étouffer peu à peu les religions. []

Conséquence plus dramatique: quiconque ne se soumet pas au contrôle des AP se voit interdire toute activité religieuse. S’il sobstine, il est envoyé en prison pour action illégale et traité comme un délinquant ordinaire. []

A lapproche des Jeux, alors que le gouvernement affirme tant et plus quils se tiendront dans le respect total de la liberté religieuse, la police de plusieurs régions a procédé à des rafles qui ont fait disparaître différents leaders de communautés clandestines.

Chez les catholiques [] le fait le plus grave est la mort de Mgr Jean Han Dingxian, l’évêque clandestin de Yongnian. Soumis à un régime disolement par la police depuis deux ans, le prélat, qui a passé au moins 35 ans en prison, est mort à lhôpital le 9 septembre 2007. Sa famille a été contactée peu avant quil ne meure. Quelques heures à peine après son décès, qui a eu lieu à 11 heures du soir, sa dépouille a été immédiatement incinérée et ensevelie dans un cimetière public, sans que sa famille, des fidèles et des prêtres aient pu le voir, lui dire adieu ou le bénir. Selon certains catholiques du diocèse, la police voulait dissimuler des preuves, peut-être de tortures.

La communauté internationale a souvent condamné la Chine en raison de lusage de la torture par la police. Manfred Nowak, rapporteur spécial de lOnu sur la torture, a confirmé dans son rapport de 2006 le recours fréquent à la torture dans toute la Chine, demandant la libération immédiate des personnes emprisonnées pour avoir exercé leur droit à la liberté religieuse ou à la parole. []

Le régime sacharne surtout sur les protestants. Le gouvernement central craint en effet que, pendant les Jeux Olympiques de Pékin, des affrontements ou des manifestations religieuses, spécialement de la part de chrétiens protestants, n’échappent au contrôle de la police. Pour deux raisons.

Tout dabord parce que, depuis deux ans déjà, des milliers de protestants de différents pays se préparent à évangéliser la Chine à grande échelle en profitant du grand nombre de visas distribués à loccasion des Jeux.

Terrifiée par cette idée, la Chine a déjà expulsé en 2007 plus de cent personnalités protestantes étrangères, venant des Etats-Unis, de Corée du Sud, de Singapour, du Canada, dAustralie et dIsraël. Nom de code de lopération policière: Typhon n° 5. Objectif: prévenir les activités missionnaires de chrétiens étrangers avant les Jeux Olympiques de Pékin en août 2008. []

Autre raison de cet acharnement: parmi les chrétiens, les protestants constituent le groupe le plus nombreux et le moins contrôlable. Selon les statistiques officielles, il y a 16 millions de protestants chinois. Toutes les dénominations sont regroupées dans le Mouvement des trois autonomies (MTA) qui à linstar de lAssociation patriotique des catholiques contrôle leur obéissance au parti. Mais, grâce à une large évangélisation financée par des groupes, résolus et puissants, basés aux Etats-Unis, en Corée et en Australie, la population protestante dépasse les 50 millions (certaines estimations parlent de 80 millions). Face à ce déséquilibre entre chrétiens reconnus et non reconnus (clandestins), contrôlés ou non-contrôlés, le gouvernement réagit durement et exige désormais que les communautés souterraines soient intégrées au sein du MTA, ou que la communauté elle-même disparaisse. []

Il y a plusieurs raisons à lacharnement du Parti contre les religions, en particulier les catholiques et les protestants.

Elles sont bien sûr dordre idéologique état athée, religions opium du peuple, etc. mais également alimentées par la peur de voir grandir linfluence des religions dans les événements mondiaux. Exemple: en août et septembre 2007, les moines bouddhistes birmans ont été à lorigine des manifestations contre la vie chère, pour la démocratie, contre la junte au pouvoir. Puis il y a eu les Philippines, où lEglise catholique exige que le gouvernement respecte la vie, lenvironnement, les droits des travailleurs. Quelques années auparavant, les pressions exercées par les catholiques polonais et le pape Jean-Paul II avaient mis le communisme soviétique en difficulté et contribué à la chute du mur de Berlin.

Pékin redoute quune alliance ne se crée entre les forces religieuses et les déçus de la société chinoise, formant ainsi une masse innombrable et incontrôlable.

En outre, la crédibilité du Parti na jamais été aussi faible, alors que les religions gagnent toujours plus de terrain.

Une étude menée par deux professeurs de lUniversité normale de Shanghai, Tong Shijun et Liu Zhongyu, montre quil y a en Chine au moins 300 millions de croyants, trois fois plus que ce questimait le gouvernement il y a quelques années. Le rapport souligne que cest le christianisme qui a le plus progressé: 12% des croyants, cest-à-dire 40 millions de personnes, se déclarent disciples du Christ. En 2005, Pékin estimait le nombre de chrétiens à 16 millions, alors quils étaient toujours selon le gouvernement un peu plus de 10 millions à la fin des années 90. []

Ces données confirment les nombreux témoignages d’évêques chrétiens qui parlent dune grande soif de Dieu dans le peuple chinois, après des décennies de matérialisme marxiste et des siècles de matérialisme confucéen.

Ce qui est stupéfiant, cest que cette nouvelle recherche religieuse secoue aussi le Parti. Selon des données publiées par Epoch Times (12 novembre 2005), au moins 20 des 60 millions de cadres du Parti croient en une religion. Parce quils sont fatigués du matérialisme qui ne donne pas de joie ou dégoûtés par la corruption et limmoralité de nombreux cadres qui affament la population pour profiter de leurs privilèges.

Selon des statistiques secrètes de la Commission disciplinaire du Parti parvenues en Occident, 12 millions de cadres participent à des activités religieuses en ville. De manière régulière pour cinq millions dentre eux. En milieu rural, quatre millions de membres du Parti participent régulièrement à des activités religieuses. []

Pour faire face à cette vague religieuse qui déferle dans ses rangs, le Parti communiste chinois a lancé il y a plus de quatre ans une campagne pour diffuser lathéisme en utilisant la radio, la télévision, Internet, des séminaires universitaires. En 2006, le Parti a débloqué 30 millions de dollars pour financer une campagne de remise à lhonneur du marxisme.

Ces dernières années, pour enrayer la croissance des protestants et des catholiques, le gouvernement a aussi lancé une campagne en faveur des religions non-occidentales: bouddhisme, taoïsme et confucianisme (ce dernier étant plutôt une philosophie morale quune religion).

A la mi-avril 2007, le gouvernement a versé un million de dollars pour financer dans deux villes, Xian et Hong Kong, un congrès destiné à promouvoir l’étude du Daodejing, le livre fondamental du taoïsme. Ont participé Liu Yandong, du Comité central du Parti, Xu Jialu, vice-président de lAssemblée nationale du peuple et Ye Xiaowen, directeur de ladministration d’état pour les affaires religieuses.

Le gouvernement a également sponsorisé le congrès du World Buddhist Forum, qui a eu lieu du 13 au 16 avril 2006. Interrogé à propos de cet événement par lagence officielle Xinhua, Ye Xiaowen a déclaré: le bouddhisme peut apporter une contribution particulière à la société harmonieuse car sa conception de lharmonie est plus proche de la vision chinoise En tant que pays responsable, la Chine a sa vision et une politique précise de promotion de lharmonie mondiale. Le pouvoir religieux est lune des forces sociales dont la Chine peut recevoir lappui.

Enfin, depuis 2002 le gouvernement a engagé 10 milliards de dollars pour remettre à lhonneur les enseignements de Confucius, en Chine et dans le monde, à travers les « Instituts Confucius ». Lobjectif est de montrer à la culture mondiale un visage connu, en réponse à la crise que traversent en Chine la moralité et les valeurs spirituelles.

Autre intérêt de lopération: la philosophie de Confucius si méprisé par Mao Zedong prône surtout la piété filiale, lobéissance aux autorités, le sacrifice en faveur du clan: des valeurs importantes dans la Chine individualiste daujourdhui, qui tente d’échapper à la massification mais aussi à l’étreinte du contrôle par le Parti, perçu comme un « padre-padrone ».

De même le généreux soutien apporté au bouddhisme et au taoïsme chinois sexplique par le fait que ces deux religions diffusent un credo qui a comme idéal le détachement de la société, la non-action, sans jamais remettre le pouvoir en question.

En tout cas, une partie des membres du Parti reste convaincue que les religions, toutes les religions, peuvent contribuer à lharmonie sociale, à la stabilité et au développement. Cest pourquoi il convient de ne pas freiner leur développement et de permettre même aux membres du Parti de participer aux activités religieuses. [...]

Puisquil y a en Chine une recherche religieuse si forte et une persécution aussi systématique, on comprend que beaucoup de groupes religieux dans le monde veuillent profiter des Jeux Olympiques pour forcer la Chine à adoucir son contrôle sur les religions et utiliser aussi cette période pour lancer de nouvelles opérations d’évangélisation. [...]

Ce qui est sûr, cest que toutes ces activités vont mettre à dure épreuve le système chinois de sécurité et sa tentative disoler les Jeux, oasis de liberté, du reste de la vie de la Chine, immense prison à ciel ouvert.

Voilà pourquoi le geste le plus significatif que pourrait faire Pékin pour annoncer à la communauté internationale que la Chine est parvenue à maturité serait de libérer tous ceux qui sont emprisonnés pour des raisons de conscience ou des motifs religieux.

par Sandro Magister : Quand les turbans iraniens rendent hommage au pasteur de Rome

11 mai, 2008

par Sandro Magister : Quand les turbans iraniens rendent hommage au pasteur de Rome dans Sandro Magister

du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/200742?fr=y

Quand les turbans iraniens rendent hommage au pasteur de Rome

Une rencontre de deux jours, au Vatican, entre experts du christianisme et de lislam chiite. Comme dans les disputes du Moyen âge. Sur le sujet de prédilection de Joseph Ratzinger: foi et raison. Les étranges ouvertures du président iranien Ahmadinejad

par Sandro Magister

ROMA, le 7 mai 2008

La lettre des 138, avec ses suites, nest ni la seule ni la principale piste de dialogue entre lEglise catholique et lislam. Le Vatican travaille sur plusieurs terrains et avec des interlocuteurs différents.

La dernière rencontre avec des représentants musulmans a eu lieu au Vatican. La délégation était composée de huit membres de lIslamic Culture and Relations Organization de Téhéran. Cest donc lislam chiite qui était représenté; son centre de gravité se trouve en Iran mais il est présent dans beaucoup dautres pays, formant ainsi de 12% à 15% de la communauté musulmane mondiale.

La rencontre a débuté le lundi 28 avril et sest achevée le mercredi 30 par une entrevue avec Benoît XVI dans une salle contiguë à celle des audiences générales. Dans un communiqué, le Saint-Siège a déclaré que le pape sest dit particulièrement satisfait du choix du sujet.

Et pour cause: le sujet, Foi et raison dans le christianisme et dans lislam, est lun des préférés de Benoît XVI.

Il sarticulait autour de trois axes, présentés lun après lautre par un représentant catholique et un représentant musulman:

1. Foi et raison: quelle relation?, avec, du côté catholique, Vittorio Possenti, professeur de philosophie politique à lUniversité de Venise et membre de lAcadémie pontificale des sciences sociales;

2. Théologie/Kalam comme enquête sur la rationalité de la foi, avec, du côté catholique, Piero Coda, professeur de théologie à lUniversité pontificale du Latran et président de lAssociation théologique italienne;

3. Foi et raison face au phénomène de la violence, avec, du côté catholique, le jésuite Michel Fédou, théologien et historien de lEglise, du Centre Sèvres à Paris.

En plus de ces trois rapporteurs, la délégation catholique comprenait Ramzi Garmou, archevêque chaldéen de Téhéran; Pier Luigi Celata, archevêque secrétaire du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux; Khaled Akasheh, chef du bureau pour lislam dans ce même conseil; Ilaria Morali, professeur de théologie dogmatique à lUniversité pontificale grégorienne et spécialiste des relations non-chrétiennes.

La rencontre a été présidée conjointement par le cardinal Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, et par Mahdi Mostafavi, président de lIslamic Culture and Relations Organization de Téhéran.

Mostafavi est un Seyyed, cest-à-dire un descendant direct du prophète Mahomet. Jusqu’à il y a deux ans, il a été vice-ministre des Affaires étrangères à Téhéran. Avant de repartir pour lIran, il a déclaré au quotidien de Rome il Riformista:

Je vois le président Ahmadinejad au moins deux fois par semaine. Les valeurs spirituelles et morales sont fondamentales dans nos choix gouvernementaux et je suis son conseiller spirituel.

Ces quelques mots montrent combien la délégation iranienne était haut placée et étroitement liée au leadership dAhmadinejad, qui représente laile la plus dure du régime khomeyniste, la plus hostile à lOccident et la plus déterminée à refuser à Israël le droit dexister.

Il faut toutefois rappeler que le régime de Téhéran s’était distingué par sa modération lors de lexplosion de violence qui avait fait suite au discours de Benoît XVI à Ratisbonne. Depuis de nombreuses années, lislam chiite iranien devance lislam sunnite dans ses rapports avec lEglise de Rome, sur le plan religieux, culturel et politique. Après avoir rencontré, le 6 avril dernier, le nouveau nonce apostolique en Iran, larchevêque Jean-Paul Gobel, le président Ahmadinejad a défini le Vatican comme une force positive pour la paix et la justice dans le monde. Ou plutôt, pour les intérêts iraniens, un allié potentiel contre les pressions des Etats-Unis et des pays européens.

La rencontre de ces jours derniers est la sixième de la série. La prochaine aura lieu dici deux ans à Téhéran et sera précédée dune rencontre préparatoire.

Cela ne veut pas dire que lEglise de Rome se montre docile lors de ces rencontres. Le 3 novembre 2005, le professeur Possenti, lun des rapporteurs de la dernière rencontre, avait signé un appel contre le président iranien Ahmadinejad à cause des déclarations anti-israéliennes de ce dernier. Un sit-in de protestation avait suivi devant lambassade dIran à Rome.

Même absence de complaisance chez Ilaria Morali, qui faisait également partie de la délégation catholique lors de la dernière rencontre. Selon elle, le dialogue entre lEglise catholique et les religions non-chrétiennes doit sinspirer des deux documents de 1964 qui ont indiqué pour la première fois la conduite à tenir: lencyclique de Paul VI Ecclesiam Suam et la constitution conciliaire Lumen Gentium. Les religions non-chrétiennes ne figurent comme voie de salut dans aucun des deux documents. Seul Jésus-Christ est le sauveur de lhumanité toute entière, comme la souligné en 2000 la déclaration Dominus Iesus. Le dialogue est donc avant tout missionnaire, il a pour but de poursuivre le colloquium salutis instauré par Dieu dans le Christ avec lhumanité. Ce nest que secondairement quil cherche un terrain d’entente éthique et culturelle, pour une cohabitation plus pacifique

Le 17 avril dernier, à Washington, Benoît XVI sexprimait devant quelque 200 représentants de religions non-chrétiennes. Il a confirmé ce qui précède par ces mots sans équivoque:

« Les chrétiens proposent Jésus de Nazareth. [...] Cest Lui que nous portons au forum du dialogue interreligieux. L’ardent désir de suivre ses traces pousse les chrétiens à ouvrir leurs esprits et leurs cœurs au dialogue.

Dans le discours quil a lu à ses interlocuteurs musulmans, le professeur Possenti a interprété la rencontre dAssise pour la paix (27 novembre 1986) selon le point de vue christologique suivant:

La rencontre était centrée sur lincompatibilité de lEvangile avec la violence. Celui qui est mort sur la croix est une victime et pas un bourreau. La passion de Jésus révèle la violence que renfermaient les religions païennes: elle provoque une révolution qui est aujourdhui irrépressible. Elle propose licône du Serviteur souffrant par amour, le symbole de lamour non-violent, donné“.

En ce qui concerne le rapport entre la religion et la violence, Possenti a déclaré:

La violence doit être laïcisée et attribuée à lhomme, non à Dieu.

A la fin de la rencontre du 28 au 30 avril, les deux délégations se sont mises daccord sur sept points, résumés dans un communiqué en ces termes:

Premièrement: foi et raison sont toutes deux des dons de Dieu à lhumanité.

Deuxièmement: foi et raison ne sopposent pas; même si dans certains cas la foi peut être au-dessus de la raison, elle ne lui est jamais contraire.

Troisièmement: foi et raison sont intrinsèquement non-violentes. Ni la raison ni la foi ne devraient être utilisées pour perpétrer la violence; malheureusement, dans certains cas, elles ont toutes les deux été mal utilisées dans le but de perpétrer la violence. Quoi quil en soit, ces événements ne peuvent faire douter ni de la raison ni de la foi.

Quatrièmement: les deux parties ont décidé de coopérer encore plus pour favoriser une religiosité authentique, en particulier la spiritualité pour promouvoir le respect des symboles sacrés et des valeurs morales.

Cinquièmement: chrétiens et musulmans devraient dépasser le stade de la tolérance, en acceptant les différences, en restant conscients de ce quils ont en commun et en rendant grâce à Dieu pour cela. Ils sont appelés à se respecter mutuellement et donc à condamner la dérision des croyances religieuses.

Sixièmement: il faudrait éviter les généralisations quand on parle de religions. Les différences entre les confessions au sein du christianisme et de lislam et la diversité des contextes historiques sont des facteurs importants à prendre en compte.

Septièmement: on ne peut pas juger les traditions religieuses sur la base dun seul verset ou passage présent dans lun ou lautre livre sacré. Il convient davoir une vision globale et une méthode herméneutique adaptée pour les comprendre correctement.

Outre Seyyed Mahdi Mostafavi, la délégation musulmane était composée de quatre chercheurs possédant le titre de hodjatoleslam: Mohammad Jafar Elmi, de lIslamic College for Advanced Studies de Londres; Hamid Parsania, professeur de philosophie et de mystique à Qom et recteur de luniversité Baqir al-Ulum; Mahdi Khamoushi; Mohammed Masjedjamei. Etaient aussi présents Rasoul Rasoulipour, doyen de la faculté d’études humanistes de luniversité de Tarbiat Moallem; Mohsen Daneshmand, membre du corps diplomatique, et Abdolrahim Gavahi.

Les huit représentants chiites ont offert à Benoît XVI un exemplaire du Coran. Lagence officielle iranienne ISNA a rapporté que le pape la défini comme un livre précieux et quil a évoqué le sujet de la rencontre en ces termes:

Foi et raison sont les deux choses dont le monde a besoin, aujourdhui plus que par le passé, et il est de notre devoir de satisfaire ce besoin de la société“.

Sandro Magister: Un problème américain: faut-il ou non donner la communion aux hommes et femmes politiques catholiques pro avortement?

6 mai, 2008

 du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/200122?fr=y

Un problème américain: faut-il ou non donner la communion aux hommes et femmes politiques catholiques pro avortement?

La polémique fait rage aux Etats-Unis après que Nancy Pelosi, John Kerry, Ted Kennedy et Rudy Giuliani ont communié au cours des messes pontificales. Le cardinal Egan condamne fermement l’ancien maire de New York. Les thèses de Joseph Ratzinger sur cette question

par Sandro Magister

ROMA, le 2 mai 2008

Comme après chacun de ses voyages, Benoît XVI, de retour à Rome, a consacré sa première audience publique à sa visite aux Etats-Unis.

Le pape est revenu sur toutes les étapes de son voyage, en témoignant à nouveau de sa grande sympathie à l’égard du pays quil a visité:

… un grand pays qui, dès le début, a été édifié sur la base dune heureuse association de principes religieux, éthiques et politiques et qui constitue encore maintenant un exemple solide de saine laïcité, où la dimension religieuse, dans la diversité de ses expressions, est non seulement tolérée mais aussi valorisée en tant qu’‘âme de la nation et garantie fondamentale des droits et des devoirs de lhomme.

Cependant, le voyage de Benoît XVI na pas donné lieu qu’à cette réflexion. Une semaine après le retour du pape à Rome, un contrecoup bruyant et inattendu a éclaté aux Etats-Unis.

Le motif: des hommes et femmes politiques catholiques pro choice, cest-à-dire favorables à lavortement libre, ont communié pendant les messes pontificales.

A Washington, lors de la messe au Nationals Park, Nancy Pelosi, présidente de la chambre, et les sénateurs John Kerry, Edward Kennedy et Christopher Dodd ont reçu la communion. A New York, lancien maire de la ville Rudolph Giuliani a fait de même au cours de la messe à la cathédrale Saint-Patrick. Leur geste a été rapporté par les médias car certains dentre eux lavaient annoncé.

Pendant quelques jours, ces communions dhommes politiques pro choice nont pas provoqué de réactions particulières. Le silence a été rompu par le commentaire de Robert Novak, un chroniqueur conservateur combatif, paru le 28 avril dans le Washington Post.

Novak souligne que les cinq personnes en question ont reçu la communion non pas du pape mais du nonce apostolique aux Etats-Unis, larchevêque Pietro Sambi. Il rappelle quen 2004 Joseph Ratzinger, alors cardinal, a écrit que les hommes politiques catholiques pro choice ne doivent pas recevoir la communion. Sappuyant sur des sources vaticanes anonymes, Novak ajoute que Ratzinger, devenu pape, na pas changé davis. Et de conclure que le geste des cinq reflète la désobéissance à Benoît XVI des archevêques de New York et Washington, leurs protecteurs.

Quelques heures après la parution de larticle de Novak dans le Washington Post, lun des deux archevêques mis en cause, le cardinal de New York, Edward Egan, a diffusé le communiqué suivant:

LEglise catholique enseigne clairement que lavortement est une grave offense à la volonté de Dieu. Quand j’étais archevêque de New York, jai répété cet enseignement dans mes sermons, mes articles, mes discours et mes interviews, sans aucune hésitation ni compromis. Pour cette raison, lorsque je suis devenu archevêque de New York et que Rudolph Giuliani était maire de New York, nous avons convenu quil ne recevrait pas leucharistie à cause de ses positions pro avortement bien connues. Je regrette profondément que Rudolph Giuliani ait reçu leucharistie pendant la visite du pape à New York. Je vais essayer de le rencontrer pour linviter à continuer de respecter notre accord.

Peu après, le porte-parole de Giuliani, Sunny Mindel, répondait ainsi au communiqué dEgan:

Le maire Rudy Giuliani désire bien sûr rencontrer le cardinal Egan. Comme il la déjà dit, la foi du maire Giuliani est un sujet profondément personnel qui doit rester confidentiel.

Cet échange entre le cardinal et lancien maire de New York a remis en évidence une question qui agite depuis des années lEglise catholique américaine. La dernière crise remonte à l’été 2004, à loccasion des dernières élections présidentielles.

Cette année-là, le candidat démocrate à la Maison Blanche était le catholique pro choice John Kerry. Larchevêque de Saint-Louis, Raymond Burke, a refusé de lui donner la communion, mais dautres évêques ont agi autrement.

Début juin 2004, le cardinal Ratzinger a envoyé de Rome une note comportant des indications précises sur la question au cardinal Theodore E. McCarrick, archevêque de Washington et chef de la commission pour la domestic policy de la conférence des évêques des Etats-Unis.

La note était confidentielle mais elle a été diffusée dans son intégralité par www.chiesa.

La voici reproduite à nouveau ci-dessous. Sa thèse est sans équivoque: pas de communion eucharistique pour les hommes politiques catholiques qui font systématiquement campagne pour lavortement

Mais les évêques des Etats-Unis, réunis en assemblée générale, avaient voté à la majorité que c’était à chaque évêque de décider sil fallait donner ou non la communion aux hommes politiques catholiques pro avortement. Le cardinal Ratzinger ne s’était pas opposé à cette façon dappliquer la norme, écrivant même quil considérait ce choix comme very much in harmony avec ses indications.

George Bush ayant été réélu à la Maison Blanche, la question est tombée aux oubliettes. Elle na même pas ressurgi dans la campagne actuelle pour les prochaines élections présidentielles, aucun des candidats n’étant catholique.

Maintenant que laffaire fait à nouveau du bruit, on a le sentiment que les évêques des Etats-Unis ont adopté une ligne plus stricte. Le cardinal Egan a marqué un point, en ne se contentant pas de rappeler des principes généraux mais en critiquant directement un homme politique connu, allant même jusqu’à laccuser davoir violé un accord confidentiel qui les liait.

Ces questions ne se posent même pas en Europe et en Italie. Le fait que des hommes politiques catholiques pro choice communient ne suscite pas de réactions particulières. Leur choix est donné à la conscience personnelle.

Le fait quaux Etats-Unis, en revanche, la question soit aussi sensible est un autre signe de la diversité du paysage politico-religieux de part et dautre de lAtlantique: une diversité soulignée plusieurs fois par Benoît XVI au cours de son voyage et après, lors de laudience du mercredi 30 avril.

Aux Etats-Unis, la religion est une affaire publique, beaucoup plus et bien autrement quen Europe. Avec les conséquences que cela implique.

__________

Etre digne de recevoir la sainte communion. Principes généraux

par Joseph Ratzinger, juin 2004

1. Se présenter pour recevoir la sainte communion devrait être une décision réfléchie, fondée sur un jugement raisonné permettant de savoir si lon est digne de communier selon les critères objectifs de lEglise. Il faut se poser des questions comme Suis-je en pleine communion avec lEglise catholique? Suis-je coupable dun péché grave? Ai-je encouru des peines (comme une excommunication ou une interdiction) qui minterdisent de recevoir la sainte communion? Me suis-je préparé en jeûnant depuis une heure au moins?. Le fait de se présenter sans réflexion à recevoir la sainte communion, simplement parce que lon est présent à la messe, est un abus qui doit être corrigé (cf. linstruction Redemptoris Sacramentum, n° 81, 83).

2. LEglise enseigne que lavortement ou leuthanasie sont des péchés graves. Lencyclique Evangelium Vitae, se référant à des décisions de justice ou à des lois civiles autorisant ou encourageant lavortement ou leuthanasie, établit quil existe une obligation importante et précise de sy opposer par lobjection de conscience. [] Dans le cas dune loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet lavortement ou leuthanasie, il nest jamais licite de sy conformer, ni de participer à une campagne dopinion en faveur dune telle loi, ni de voter pour elle (n. 73). Les chrétiens sont appelés, en vertu dun grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui, bien quadmises par la législation civile, sont en opposition avec la Loi de Dieu. En effet, du point de vue moral, il nest jamais licite de coopérer formellement au mal. [] Cette coopération ne peut jamais être justifiée en invoquant le respect de la liberté dautrui ni en prenant appui sur le fait que la loi civile la prévoit et la requiert (n. 74).

3. Les questions morales nont pas toutes le même poids moral que lavortement ou leuthanasie. Par exemple, si un catholique était en désaccord avec le Saint-Père sur lapplication de la peine capitale ou sur la décision de faire la guerre, il ne serait pas considéré pour cette raison comme indigne de se présenter pour recevoir la sainte communion. LEglise exhorte les autorités civiles à rechercher la paix et non la guerre et à faire preuve de modération et de miséricorde dans lapplication dune peine aux criminels. Toutefois, il peut être permis de prendre les armes pour repousser un agresseur ou davoir recours à la peine capitale. Les catholiques peuvent légitimement avoir des opinions différentes sur la guerre ou la peine de mort, mais en aucun cas sur lavortement et leuthanasie.

4. Indépendamment du jugement que chacun porte sur sa propre dignité à se présenter pour recevoir la sainte eucharistie, le ministre de la sainte communion peut se trouver dans une situation où il doit refuser de distribuer la sainte communion à quelquun, comme dans les cas dexcommunication déclarée, dinterdit déclaré ou de persistance obstinée dans un péché grave manifeste (cf. can. 915).

5. Concernant les péchés graves davortement ou deuthanasie, lorsque la coopération formelle dune personne devient manifeste (comprendre: lorsquun homme politique catholique fait systématiquement campagne pour lavortement et leuthanasie et vote des lois permissives sur ces sujets), son pasteur devrait le rencontrer, lui expliquer lenseignement de lEglise, linformer quil ne doit pas se présenter à la sainte communion tant quil naura pas mis fin à sa situation objective de péché, sans quoi leucharistie lui sera refusée.

6. Au cas où ces mesures préventives nauraient pas eu deffet ou nauraient pas été possibles et si la personne en question, faisant preuve dobstination, se présente malgré tout pour recevoir la sainte eucharistie, le ministre de la sainte communion doit refuser de la lui donner (cf. la déclaration du conseil pontifical pour linterprétation des textes législatifs, Sainte communion et catholiques divorcés et remariés civilement, 2000, n° 3-4). Cette décision nest à proprement parler ni une sanction ni une peine. Le ministre de la sainte communion ne formule pas non plus un jugement sur la faute subjective de la personne; il réagit plutôt à lindignité publique de cette personne à recevoir la sainte communion, en raison dune situation objective de péché.

[N.B. Un catholique serait coupable de coopération formelle au mal et donc indigne de se présenter à la sainte communion sil votait délibérément pour un candidat en raison même des positions permissives de celui-ci sur lavortement et/ou leuthanasie. Quand un catholique ne partage pas la position dun candidat en faveur de lavortement et/ou de leuthanasie mais vote pour lui pour dautres raisons, cette coopération, considérée comme matériellement indirecte, peut être permise pour des raisons convenables.]

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