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Saint Alphonse-Marie de Liguori: « La sagesse de ce siècle est folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3, 19)

30 octobre, 2009

du site:

http://www.santorosario.net/francais/preparation/20.htm

FOLIE DU PÉCHEUR

Saint Alphonse-Marie de Liguori

« La sagesse de ce siècle est folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3, 19)

PREMIER POINT

Le vénérable Jean d’Avila aurait voulu ouvrir dans le monde deux prisons: une pour renfermer ceux qui ne croient pas, et l’autre, ceux qui croient et qui vivent dans le péché, loin de Dieu; et, ajoutait-il, c’est une prison de fous qui convient à ces derniers. Les malheureux! Ils en viennent dans les excès de leur misère et de leur infortune, à se regarder comme des sages et prudents, eux les plus vains et les plus insensés de tous les hommes! Et pour comble de désolation, « leur nombre, dit l’Ecclésiaste, est infini » (Ecclésiaste 1, 15). Leur folie, c’est pour celui-ci les honneurs, pour celui-là les plaisirs, pour un autre les misérables biens de la terre; avec cela, ils ont l’audace de traiter de folie la conduite des Saints qui foulent aux pieds les avantages de ce monde pour conquérir le salut éternel et Dieu, le vrai Bien. Ainsi, c’est folie à leurs yeux que d’embrasser les mépris et de pardonner les injures; folie encore de se priver des plaisirs des sens pour s’adonner à la mortification; folie de renoncer aux honneurs et richesses, folie d’aimer la solitude, la vie humble et cachée. Hélas! Ils ne veulent pas entendre la parole du Seigneur, proclamant leur sagesse une vraie folie: « La sagesse de ce siècle est folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3, 19).

Ah! Un jour viendra bien où ils confesseront hautement leur folie. Mais quand? Alors qu’il n’y aura plus de remède. « Insensés que nous étions, s’écrieront-ils dans leur désespoir, nous estimions leur vie une folie et leur fin sans honneur » (Sagesse 5, 4). Mais, nous le voyons à présent, la folie n’était pas de leur côté. « Car voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu et que leur sort est au milieu des saints » (Sagesse 5, 5). Éternelle sera leur gloire et leur bonheur n’aura jamais de fin. Pour nous, nous voici relégués parmi les esclaves de Satan, condamnés à brûler durant toute l’éternité dans cet abîme de tourments. « Nous avons donc erré hors du chemin de la vérité et la lumière de la justice n’a pas lui sur nous » (Sagesse 5, 6). Oui, nous avons voulu fermer les yeux à la lumière de Dieu et nous nous sommes égarés. Hélas! Pour comble d’infortune, notre erreur est sans remède et jamais nous n’en reviendrons tant que Dieu sera Dieu.

Quelle folie donc de perdre la grâce de Dieu, et cela pour un vil intérêt, pour un peu de fumée, pour un plaisir qui passe si vite! Que ne fait pas un sujet pour gagner les bonnes grâces de son prince? Et voilà que, pour une misérable satisfaction, on va perdre le souverain Bien, Dieu lui-même, perdre le ciel, perdre encore la paix ici-bas en livrant son âme au péché qui la déchirera de continuels remords et se condamner ainsi de gaieté de coeur à un malheur éternel! Prendriez-vous ce plaisir défendu, s’il fallait en retour avoir une main brûlée ou seulement passer une année dans un obscur cachot? Commettriez-vous ce péché, s’il devait vous en coûter cent écus? Et vous croyez, vous savez qu’en péchant vous perdez le ciel et Dieu et que vous vous condamnez pour toujours à l’enfer; et néanmoins vous péchez!

DEUXIÈME POINT

Pauvres pécheurs! Ils se fatiguent, ils s’épuisent pour acquérir les sciences mondaines, c’est-à-dire l’art d’amasser les biens de cette vie qui doit sitôt finir; et les biens de l’autre vie, de celle qui ne finira jamais, ils les regardent avec indifférence. Que dis-je? Ils en viennent, dans leur stupidité, à perdre le sens commun et à se rendre semblables aux animaux sans raison. En effet, à la façon des brutes, ils vivent sans considérer ce qui est bien et ce qui est mal; mais n’ayant d’autre loi que l’instinct brutal de leurs sens, ils s’attachent à ce qui flatte leur chair pour le moment et ils ne songent aucunement à ce qu’ils perdent et à la ruine éternelle qu’ils se préparent. Évidemment ce n’est pas là se conduire en homme, mais comme un animal sans raison, ainsi que l’explique saint Jean Chrysostome. « A nos yeux, dit-il, un homme, c’est celui qui conserve intact le trait distinctif de l’homme. Or ce trait n’est autre que la raison. » Être homme, c’est être raisonnable et par conséquent c’est agir, non suivant l’attrait des sens, mais d’après la raison. Si Dieu donnait la raison à un animal et que celui-ci dans sa conduite s’inspirât des lumières de la raison, on dirait de cet animal qu’il agit en homme; par contre, on doit donc dire qu’un homme se conduit en animal, quand il refuse d’écouter sa raison pour obéir aux sens.

« Plût à Dieu qu’ils fussent sages, qu’ils comprissent et qu’ils songeassent à leur fins dernières » (Deutéronome 32, 29)! L’homme prudent et qui se conduit selon les règles de la raison se préoccupe de l’avenir, c’est-à-dire de ce qui l’attend au terme de ses jours; il a donc devant les yeux la mort, le jugement et ce qui doit les suivre: le ciel ou l’enfer. Oh! Qu’un paysan, qui se sauve, l’emporte en sagesse sur un monarque qui se damne! « Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu’un roi vieux et insensé qui ne sait pas prévoir pour l’avenir » (Ecclésiaste 4, 13). O Dieu! Ne regarderait-on pas comme un insensé celui qui s’exposerait à perdre toute sa fortune pour gagner sur-le-champ une pièce de monnaie? Et celui qui pour un plaisir d’un instant perd son âme et l’expose à une perte éternelle, on ne devra pas le regarder comme un insensé! Ce qui cause la ruine et la damnation de tant d’âmes, c’est qu’elles ont uniquement en vue les biens et les maux de la vie présente, sans songer aux biens et maux éternels.

Assurément Dieu ne nous a pas placés ici-bas, pour que nous nous procurions richesses, honneurs, plaisirs des sens, mais bien que nous méritions la vie éternelle. « Vous avez pour fin, dit l’Apôtre, la vie éternelle » (Romains 6, 22). Par conséquent, parvenir à cette fin, telle doit être notre unique sollicitude. « Car une seule chose est nécessaire » (Luc 10, 42). Or c’est surtout cette fin que les pécheurs mettent de côté: ils ne pensent qu’au présent, ils s’acheminent vers la mort, ils se trouvent à la veille d’entrer dans l’éternité, sans même savoir où ils vont. « Que diriez-vous, dit saint Augustin, d’un pilote à qui l’on demanderait où il va, et qui répondrait: Je n’en sais rien? Est-ce que tout le monde ne dirait pas de cet homme qu’il conduit le navire à sa perte, à un naufrage assuré? Ainsi, conclut le saint Docteur, en est-il de celui qui court hors du vrai chemin. » Et ainsi en est-il des sages du monde. Ils savent bien s’enrichir, se divertir, s’avancer dans les honneurs; mais ils ne savent pas sauver leur âme. Ce fut un sage que le mauvais riche, si habile à grossir ses trésors; « mais il mourut et fut enseveli dans l’enfer » (Luc 16, 22). Ce fut un sage qu’Alexandre le Grand, étendant son sceptre sur tant de royaumes; mais, à quelques années de là, il mourait et se damnait pour toujours. Ce fut un sage que Henri VIII, assez heureux pour se maintenir sur le trône, malgré sa révolte contre l’Église; mais à la fin il vit lui-même que c’en était fait pour son âme et il s’écriait: « Nous avons tout perdu! » Aussi, que de malheureux gémissent et s’écrient maintenant en enfer: « De quoi nous ont servi l’orgueil et l’ostentation des richesses? Toutes ces choses ont passé comme une ombre » (Sagesse 5, 8); et de toutes ces choses, ainsi évanouies, il ne nous reste que des larmes et des peines éternelles.

« Devant l’homme est la vie ou la mort… Ce qui lui plaira, lui sera donné » (Ecclésiaste 15, 18). Oui, chrétien, mon frère, devant vous sont placées en ce moment la vie et la mort; renoncer aux plaisirs défendus, c’est mériter la vie éternelle; vous accorder ces plaisirs, c’est encourir la mort éternelle. Qu’en dites-vous? Que choisissez-vous? Ah! Choisissez en homme et non pas en être sans raison, choisissez en chrétien qui a la foi et qui dit: « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme » (Matthieu 16, 26)?

TROISIÈME POINT

Comprenons-le bien, les vrais sages sont ceux qui savent acquérir la grâce de Dieu et mériter le ciel. Prions donc continuellement le Seigneur qu’il nous donne la science des saints. Car il la donne à ceux qui lui en font la demande. « Dieu lui a donné la science des saints, dit le livre de la Sagesse » (Sagesse 10, 10). Oh! La belle science que de savoir aimer Dieu et sauver son âme, c’est-à-dire de prendre le chemin du salut éternel et les moyens d’y parvenir! De toutes les études la plus nécessaire c’est celle qui nous apprend à sauver notre âme. En vain aurions-nous toutes les autres connaissances, si nous ne savons pas faire notre salut, tout ne nous servira de rien et éternellement nous serons malheureux. Au contraire, si nous savons aimer Dieu, encore que nous fussions ignorants en tout le reste, éternellement nous serons heureux. O mon Dieu, dit saint Augustin, bienheureux celui qui vous connaît, ignorât-il toutes les autres choses. Un jour le frère Gilles disait à saint Bonaventure : Que vous êtes heureux, Père Bonaventure, de savoir tant de choses. Moi, pauvre ignorant, je ne sais rien. Aussi vous pouvez devenir plus saint que moi. — Écoutez, mon frère, lui répondit le saint, si une pauvre vieille femme, toute ignorante, sait aimer Dieu plus que moi, elle sera plus sainte que moi. — Sur quoi le frère Gilles se mit à crier de toutes ses forces: Écoutez, vieille femme, écoutez: si vous aimez Dieu, vous pouvez devenir plus sainte que le Père Bonaventure.

« Les ignorants se lèvent, dit saint Augustin, et ils ravissent le ciel ». Que de pauvres gens se sauvent, qui ne savent pas lire, mais qui savent aimer Dieu! Et combien de savants du monde, qui se damnent misérablement! Ce ne sont pas ceux-ci, mais les autres qu’il faut tenir pour de vrais savants. Oh! Quel savant qu’un saint Pascal, un saint Félix, capucin, un saint Jean de Dieu, si étranger pourtant aux sciences humaines! Quels savants encore que tous ces hommes qui, renonçant au monde, sont allés s’enfermer dans les cloîtres ou vivre dans les déserts, un saint Benoît, un saint François d’Assise, un saint Louis de Toulouse, qui renonça à un trône! Quels savants que ces innombrables martyrs, ces légions de vierges, qui refusèrent les plus brillantes alliances, afin d’aller à la mort pour Jésus Christ! Les mondains eux-mêmes le reconnaissent bien. Aussi ne manquent-ils pas de dire, en voyant une personne se donner à Dieu: Elle est heureuse, celle-là! Elle comprend bien les choses et elle sauve son âme. Bref, ceux qui quittent les biens de ce monde pour se vouer au service de Dieu, ne les appelle-t-on pas des hommes désabusés? Par conséquent, ceux qui abandonnent Dieu pour les biens du monde, que sont-ils, sinon des dupes?

Vous, mon frère, desquels voulez-vous être? Pour éclairer votre choix, saint Jean Chrysostome vous conseille de vous rendre dans un cimetière. « Allons, dit-il, auprès des tombeaux ». L’excellente école en effet qu’un cimetière pour connaître la vanité des biens de ce monde et pour apprendre la science des saints! Dites-moi, ajoute saint Jean Chrysostome, pouvez-vous y discerner encore celui qui a été prince, noble, savant? Pour moi, je n’aperçois rien que de la pourriture, des ossements et des vers. Tout se réduit donc à une vaine apparence, un rêve, une ombre fugitive. Oui, toutes les choses de ce monde passeront vite comme une pièce de théâtre, toutes s’évanouiront comme un songe et une ombre. Mais, pour devenir un vrai sage, il ne suffit pas, mon frère, de connaître l’importance de votre fin, il faut encore prendre les moyens de l’atteindre. Tous voudraient se sauver et se sanctifier, mais, faute d’en prendre les moyens, combien ne se sanctifient pas et se damnent! Il faut fuir les occasions dangereuses, fréquenter les sacrements, faire oraison, et, avant tout, graver profondément dans son coeur ces maximes du saint Évangile: « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme » (Matthieu 16, 26)! « Celui qui aime son âme, la perdra » (Jean 12, 25), c’est-à-dire qu’il faut même sacrifier sa vie pour le salut de son âme. « Celui qui veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même » (Matthieu 16, 24). Pour suivre Jésus Christ nous devons refuser à l’amour-propre les satisfactions qu’il réclame. La vie est dans sa volonté, c’est-à-dire, votre salut consiste à faire la volonté de Dieu. Il importe que nous ayons sans cesse devant les yeux ces maximes et autres semblables.

Saint Bernard de Clairvaux: Ô Vierge hâte-toi de répondre (St Bernard)

20 août, 2009

du site:

http://www.mariedenazareth.com/6128.0.html?&L=0

Texte français dans : Saint Bernard de Clairvaux, Ecrits sur la Vierge Marie,

Ô Vierge hâte-toi de répondre (St Bernard)
 

Tu as appris, Vierge, l’événement et aussi la manière dont il doit s’accomplir: double merveille et double joie. Réjouis-toi, fille de Sion ! exulte à plein cœur, fille de Jérusalem ! Et puisque ce que tu viens d’entendre fut pour toi joie et allégresse, à nous maintenant d’entendre de ta bouche l’heureuse réponse que nous désirons, pour que tressaillent enfin de joie nos corps humiliés (Ps 50, 10). Tu as appris, dis-je, l’événement et tu as cru, crois aussi la manière dont il s’accomplira. Tu as entendu : tu concevras et enfanteras un fils ; tu as entendu : ce n’est pas d’un homme, mais de l’Esprit Saint. L’ange attend la réponse, il est temps pour lui de retourner vers Dieu qui l’a envoyé. 

Nous attendons, nous aussi, ô Souveraine, une parole de pitié, nous misérables, écrasés par une sentence de damnation ! Voici qu’on vient t’offrir la rançon de notre délivrance, nous serons libérés tout de suite, si tu acceptes. Dans la Parole éternelle, Verbe de Dieu, nous avons été créés tous, et nous voilà condamnés à mort ; dans ta brève réponse se trouve le remède qui doit nous ramener à la vie. 

Cette réponse, ô bonne Vierge, Adam, pitoyable exilé du paradis avec sa postérité de misère, la réclame de toi; Abraham, David t’en supplient, tous les autres saints ancêtres sollicitent cette réponse ; tes pères par conséquent. qui eux aussi habitent le sombre pays de la mort ; le monde entier dans l’attente se tient prosterné à tes genoux. Et ce n’est pas sans raison, puisque du mot que ta bouche va prononcer dépendent la consolation des malheureux, le rachat des captifs, la libération des condamnés, en un mot : le salut de l’universelle filiation d’Adam, c’est-à-dire le salut de toute ta propre race. 

Donne ta réponse, ô Vierge, hâte-toi, ô Souveraine, donne cette réponse que la terre, que les enfers, que les cieux aussi attendent. Le Roi lui-même, Seigneur de tous, est en suspens. Autant il a convoité ta beauté, autant il désire à cette heure le oui de ta réponse, ce oui par lequel il a résolu de sauver le monde. Tu lui as plu par ton silence, tu lui plairas bien davantage maintenant par ta parole. Écoute-le : il te crie du haut du ciel : « O belle entre toutes les femmes, fais-moi entendre ta voix ! » Si tu lui fais entendre ta voix, il te fera, lui, contempler notre libération. 

N’est-ce pas ce que tu cherchais en gémissant, ce vers quoi tu soupirais nuit et jour dans tes prières? Eh bien ! c’est toi à qui cette promesse fut faite, ou devons-nous en attendre une autre ? C’est toi, dis-je, la femme promise, attendue, désirée, toi enfin, en qui ton saint ancêtre Jacob, proche déjà de la mort, espérait la vie éternelle quand il disait: J’attendrai de toi ma délivrance, Seigneur ! (Gen 49, 18). C’est toi en qui et par qui Dieu lui-même, notre Roi, a depuis toujours préparé l’œuvre du salut au milieu du monde. Pourquoi espères-tu d’une autre femme ce qu’on vient t’offrir Pourquoi attends-tu d’une autre ce qui va bientôt se réaliser par toi, pourvu que tu donnes ton consentement, que tu répondes cette parole ? 

Réponds donc vite à l’ange ! que dis-je ? réponds par l’ange au Seigneur. Réponds une parole et reçois la Parole. Profère la tienne et reçois la divine : émets une parole éphémère et embrasse l’éternelle ! Pourquoi tarder? pourquoi trembler’? Crois, parle et reçois ! Que l’humilité s’arme d’audace et la timidité d’assurance ! Il ne convient plus à présent que la modestie virginale renonce à la prudence. En cette conjoncture unique, prudente Vierge, ne redoute pas de te montrer présomptueuse, car si la modestie est agréable dans son silence, une parole de charité est en ce moment beaucoup plus nécessaire. Ouvre ton cœur, Vierge bienheureuse, ouvre-le à la foi, ouvre tes lèvres à l’acceptation, ouvre ton sein au Créateur. Voici le Désiré de toutes les nations qui frappe à la porte. Ah ! si pendant que tu tardes il allait passer son chemin et que tu doives dans les larmes courir à la recherche de l’ami de ton âme ! Lève-toi, cours, ouvre ! lève-toi par la foi, cours par la ferveur, ouvre-lui par ton consentement.
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Saint Bernard, Quatrième homélie « Super Missus », § 8.

Texte français dans : Saint Bernard de Clairvaux, Ecrits sur la Vierge Marie,

Mediaspaul, Paris 1995, p. 96-98.

15 juillet – Saint Bonaventure

15 juillet, 2009

du site:

http://missel.free.fr/Sanctoral/07/15.php

15 juillet – Saint Bonaventure
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Biographie

Jean de Fidanza et de Ritella naît en 1221, à Bagnorea (entre Viterbe et Orvieto), dans une noble et opulente famille. Enfant, à la prière de sa mère, il est guéri d’une grave maladie par l’intercession de saint François. Ayant commencé ses études au couvent de Bagnorea, il les contine à Paris où il entre au noviciat des Franciscains et prend le nom de Bonaventure. Il étudie la théologie, l’Ecriture sainte et la patristique latine. En 1248, il débute dans l’enseignement, à l’université de Paris, comme bachelier biblique et commence à écrire des commentaires des livres saints.

En 1253, il fait un commentaire du « Livre des Sentences » ; dans de doctes tournois contre les ennemis des ordres nouveaux, il rompt des lances pour l’honneur de Dame Humilité, reine de tous les religieux, de Dame Pauvreté, la reine des Mendiants, et de ses sœurs Chasteté et Obéissance. Au chapitre de Rome, il est élu ministre général des Mineurs (2 février 1257), charge qu’il occupe jusqu’au 20 mai 1273. Il est comme le second fondateur de l’ordre qu’il préserve des excès des relâchés comme de ceux qui visent à un idéal intenable. En 1260, au chapitre de Narbonne, il promulgue des Constitutions.

Après enquête, il rédige la « Vie » officielle de saint François où il voit une montée en six étapes marquées par six apparitions du crucifix et qui s’achève par les stigmates. « Alors est réalisée ta première vision annonçant que tu serais un chef dans la chevalerie du Christ, et que tu porterais des armes célestes marquées du signe de la Croix. Au début de ta conversion, la vision de Jésus crucifié avait transpercé ton âme d’un glaive de douloureuse compassion ; tu avais entendu une voix tombant de la croix, comme du trône sublime du Christ et d’un autel sacré ; tu l’avais affirmé de ta bouche sacrée, et c’est pour nous maintenant une vérité incontestable. Plus tard, quand tu progressais en sainteté, le F. Sylvestre vit une croix sortant miraculeusement de ta bouche et le saint F. Pacifique aperçut deux glaives croisés qui transperçaient ton corps. Alors que saint Antoine prêchait sur le titre de la croix, l’angélique Monaldus te vit élevê dans les airs, les bras en croix. Toutes ces merveilles n’étaient pas des effets de l’imagination, mais une révélation céleste ; telle est la vérité que nous croyons et affirmons. Enfin, cette vision qui te montra tout ensemble, vers la fin de ta vie, l’image d’un séraphin sublime et celle de l’humble Crucifié, qui embrasa ton âme d’amour, imprima les stigmates dans ton corps et fit de toi un autre ange montant de l’Orient et portant le signe du Dieu vivant (Apocalypse, VII 2 ), cette vision corrobore la vérité de celles qui l’ont précédée et reçoit d’elles un surcroît d’authenticité. Par sept fois, la croix du Christ apparut merveilleusement à tes yeux ou en ta personne aux diflérentes époques de ta vie. Les six prernières apparitions étaient comme autant de degrés pour arriver à cette septième où tu trouverais enfin le repos. En effet, la croix du Christ qui t’est apparue et que tu as embrassée au début de ta conversion, que tu as portée continuellement dans la suite en toi-même par une vie très parfaite et que tu as présentée comme un modèle aux autres, nous a appris, avec une évidence incontestable, que tu étais enfin parvenu au sommet de la perfection évangélique. Et cette manifestation de la sagesse chrétienne imprimée dans la poussière de ta chair, nul homme vraiment dévot ne la rejettera. »

Pour que prospèrent tous les bercails de l’ordre franciscain, il faut l’œil du maître. Bonaventure, qui n’est pas robuste, s’impose les fatigues d’inspections fréquentes et de prédications nombreuses. Il parle aux Mineurs – près de cent fois – il parle aux Prêcheurs, aux bénédictins de Cluny et de Saint-Denis, à des clarisses, à des moniales, à des béguines et au peuple fidèle. Il s’adresse parfois à la Curie romaine et au clergé des cathédrales. Des pubIications ascétiques et mystiques portent au loin la pensée du grand contemplatif : opuscules sur la légende et l’ascèse franciscaines, petits traités spirituels. Peu avant 1257, il donne le Breviloquium que Gerson regardera comme le joyau de la théologie médiévale. En 1259, paraît son livre médité longuement sur l’Alverne, la plus belle sans doute des œuvres mystiques du XIII° siècle, l’Itinerarium mentis in Deum qui achemine l’âme vers Dieu ; l’amour s’y appuie sur la philosophie et la théologie, il s’élève par six degrés des créatures au Créateur, partant humblement du monde des sens : « Pour ce passage des créatures à Dieu, la nature ne peut rien et la science très peu de chose; il faut donner peu au travail de l’intelligence et beaucoup à l’onction ; peu à la langue et beaucoup à la joie intérieure ; peu à la parole et aux livres et tout au don de Dieu, c’est-à-dire au Saint-Espnt ; peu ou rien à la créature et tout au Créateur, Père, Fils et Saint-Esprit. Interrogez la grâce et non la science ; le désir et non l’intelligence; les gémissements de la prière et non l’étude livresque ; l’époux et non le maître ; Dieu et non l’homme ; l’obscurité et non la clarté ; non la lumière qui brille, mais le feu qui embrase tout entier et transporte en Dieu. »

Le pape Clément IV veut le nommer archevêque d’York (24 novembre 1265) mais Bonaventure esquive cette gloire. En 1271, après une vacance de trois ans, à Viterbe, il réussit à faire élire pape Grégoire X qui le crée cardinal-évêque d’Albano. Il meurt à Lyon le 14 juillet 1274.

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L’itinéraire de l’âme vers Dieu

Le Christ est le chemin et la porte, l’échelle et le véhicule ; il est le propitiatoire posé sur l’arche de Dieu et le mystère caché depuis le commencement.

Celui qui tourne résolument et pleinement ses yeux vers le Christ en le regardant suspendu à la croix, avec foi, espérance et charité, dévotion, admiration, exultation, reconnaissance, louange et jubilation, celui-là célèbre la Paque avec lui, c’est-à-dire qu’il se met en route pour traverser la mer Rouge grâce au bâton de la croix. Quittant l’Égypte, il entre au désert pour y goûter la manne cachée et reposer avec le Christ au tombeau, comme mort extérieurement mais expérimentant dans la mesure où le permet l’état de voyageur ce qui a été dit sur la croix au larron compagnon du Christ : « Aujourd’hui avec moi tu seras dans le paradis. »

En cette traversée, si l’on veut être parfait, il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle. Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets, que « personne ne connaît sauf celui qui le reçoit », que nul ne reçoit sauf celui qui le désire, et que nul ne désire, sinon celui qui au plus profond est enflammé par l’Esprit Saint que le Christ a envoyé sur la terre. Et c’est pourquoi l’Apôtre dit que cette mystérieuse sagesse est révélée par l’Esprit Saint.

Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture ; interroge l’Époux et non le professeur, Dieu et non l’homme, l’obscurité et non la clarté ; non point ce qui luit mais le feu qui embrase tout l’être et le transporte en Dieu avec une onction sublime et un élan plein d’ardeur. Ce feu est en réalité Dieu lui-même dont « la fournaise est à Jérusalem. » C’est le Christ qui l’a allumé dans la ferveur brûlante de sa Passion. Et seul peut le percevoir celui qui dit avec Job : « Mon âme a choisi le gibet, et mes os, la mort. » Celui qui aime cette mort de la croix peut voir Dieu ; car elle ne laisse aucun doute, cette parole de vérité : « L’homme ne peut me voir et vivre. »

Mourons donc, entrons dans l’obscurité, imposons silence à nos soucis, à nos convoitises et à notre imagination. Passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père. Et quand le Père se sera manifesté, disons avec Philippe : « Cela nous suffit » ; écoutons avec Paul : « Ma grâce te suffit » ; exultons en disant avec David : « Ma chair et mon cœur peuvent défaillir : le roc de mon cœur et mon héritage, c’est Dieu pour toujours. Béni soit le Seigneur pour l’éternité, et que tout le peuple réponde : Amen, amen ! »

St Bonaventure

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Prière

Transpercez mon âme, très doux Seigneur Jésus, dans tout ce qu’elle a de plus profond et de plus intime ; transpercez-la du dard tout suave et tout salutaire de votre amour, de ce dard de la véritable et pure charité, de cette charité très sainte qu’a eue votre apôtre saint Jean ; en sorte que mon âme languisse et se fonde sans cesse d’amour et de désir pour vous seul. Qu’elle soupire après vous et se sente défaillir à la pensée de vos tabernacles ; qu’elle n’aspire qu’à sa délivrance et à son union avec vous. Faites que mon âme ait faim de vous qui êtes le pain des anges, aliment des âmes saintes, notre pain quotidien supersubstantiel ayant en lui toute douceur et toute suavité délectable. O vous que le désir des anges est de contempler, puisse mon coeur être toujours affamé et toujours se nourrir de vous, mon âme être remplie jusque dans ses profondeurs de la suavité de vos délices. Que mon coeur ait toujours soif de vous, source de vie, source de sagesse et de science, source d’éternelle lumière, torrent de délices, abondance de la maison de Dieu. Qu’il n’aspire jamais qu’à vous, ne cherche et ne trouve que vous ; qu’il tende vers vous et parvienne jusqu’à vous ; qu’il ne pense qu’à vous, ne parle que de vous, et qu’il accomplisse toutes choses pour l’honneur et la gloire de votre nom, avec humilité et discernement, avec amour et plaisir, avec facilité et affection, avec persévérance jusqu’à la fin. Soyez toujours mon seul espoir et toute ma confiance, mes richesses et mes délices, mon plaisir et ma joie, mon repos et ma tranquillité, ma paix et ma suavité, mon parfum et ma douceur, ma nourriture et ma force, mon refuge et mon secours, ma sagesse et mon partage, mon bien et mon trésor. Qu’en vous seul, mon esprit et mon coeur soient à jamais fixés, affermis et inébranlablement enracinés. Amen.

Saint Bonaventure

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Liber de ligno viate, XXX

Afin que l’Eglise fût formée du côté du Christ pendant son sommeil sur la Croix et afin que fût accomplie la parole de l’Ecriture : Ils regarderont vers celui qu’ils auront transpercé (Zacharie XII 10), Dieu a disposé qu’un soldat ouvrît ce côté sacré en le perçant de sa lance et que, dans cet écoulement de sang et d’eau, fût versé le prix de notre salut : en jaillissant des profondeurs de ce Coeur, il donnerait aux sacrements de l’Eglise la vertu de conférer la vie de la grâce et désormais ceux qui vivraient dans le Christ auraient là une source d’eau vive jaillissant pour la vie éternelle. Lève-toi donc, âme qui aime le Christ ; ne cesse pas de te tenir attentive ; applique là ta bouche ; tu y boiras aux sources du Sauveur.

Saint Bonaventure

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