Archive pour la catégorie 'saint Paul'

Saint Paul mordu par la vipère crypte de la cathédrale de Canterbury, photo de notre pèlerinage aux saints Orthodoxes du Kent (29 juillet 2005)

31 juillet, 2009

Saint Paul mordu par la vipère crypte de la cathédrale de Canterbury, photo de notre pèlerinage aux saints Orthodoxes du Kent (29 juillet 2005) dans images sacrée canter10

http://stmaterne.blogspot.com/2008/01/fte-orthodoxe-de-la-conversion-de-saint.html

Prier saint Paul pour l’unité des chrétiens

3 juillet, 2009

du site:

http://latriniteparis.com/Prier-saint-Paul-pour-l-unite-des.html

Prier saint Paul pour l’unité des chrétiens
Père Henri de Chauvigny
 
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Dimanche 25 janvier 2009

Conversion de saint Paul

Saint Paul, toi qui as entendu le Christ te répondre « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. » (Actes 9,5), tu as pu saisir ce jour de ta conversion combien les chrétiens sont le corps du Christ. Alors que tu étais plein d’amour jaloux pour le Dieu de tes pères, tu as reçu la grâce d’une conversion profonde et radicale à sa volonté.
Nous te prions pour que tous les chrétiens soient remplis de zèle enviers le Christ, et se laissant convertur toujours plus, puissent ainsi retrouver la pleine unité.

Tu as dit : « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Galates 2,20). Tu nous témoignes ainsi que cette expérience personnelle de la rencontre du Christ qui a affronté la mort par amour toi est le centre de toute ta vie et de toute ton action.
Ce qui te motivait au plus profond, était d’être aimé par Jésus-Christ et le désir de transmettre cet amour aux autres.

Tu as dit : « Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2, 20). Voilà à quelle intimité nous sommes appelés. Découvrir la liberté des enfants de Dieu, dans laquelle notre liberté propre est complètement intégrée dans la liberté de Dieu et se laisse entièrement guider par elle.
Nous te demandons de prier pour nous afin que nous recevions nous aussi cette grâce de sentir à quel point le Christ nous aime et que nous ayons alors le cœur brûlant d’amour pour Lui et pour tous les hommes.
Guide-nous sur ce chemin de conversion, aide-nous à surmonter les obstacles.

Tu as dit : « Ce trésor nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. » (2 Corinthiens 4, 7). Aide-nous à accepter notre fragilité pour que le Seigneur soit notre seule force.

Toi qui as dit : « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile. » (2 Timothée 2, 3), prie pour nous afin que nous soyons gardés fidèles dans les épreuves.
Saint Paul, prie pour nous !

HOMÉLIE DU PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE BARTHOLOMAIOS I ET DU PAPE BENOÎT XVI (29 juin 2008)

27 juin, 2009

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2008/documents/hf_ben-xvi_hom_20080629_pallio_fr.html

CHAPELLE PAPALE EN LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL

HOMÉLIE DU PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE BARTHOLOMAIOS I
ET DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique  Vaticane
Dimanche 29 juin 2008 

HOMÉLIE DU PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE BARTHOLOMAIOS I

Votre Sainteté,

Ressentant encore vivement la joie et l’émotion de la participation personnelle et bénie de Votre Sainteté à la fête patronale de Constantinople, en la mémoire de saint André Apôtre, le Premier appelé, en novembre 2006, nous sommes venus « d’un pas joyeux », du Phanar de la Nouvelle Rome, auprès de vous, afin de participer à votre joie en la fête patronale de l’Antique Rome. Et nous sommes venus auprès de vous « comblés de la bénédiction du Christ » (Rm 15, 29), restituant l’honneur et l’amour, pour fêter avec notre frère bien-aimé dans la terre d’Occident, « les hérauts sûrs et inspirés, les coryphées des disciples du Seigneur », les saints Apôtres Pierre, frère d’André, et Paul:  ces deux immenses colonnes centrales élevées vers le ciel, de l’Eglise tout entière, qui – en cette ville historique – ont rendu la dernière confession éclatante au Christ et ont rendu ici leur âme au Seigneur dans le martyre, l’un par la croix et l’autre par l’épée, la sanctifiant.

Nous saluons donc avec un amour profond et très pieux, de la part de la très sainte Eglise de Constantinople et de ses fils présents dans le monde, Votre Sainteté, Frère désiré, en souhaitant de tout cœur « à tous les bien-aimés de Dieu  qui  sont à Rome » (Rm 1, 7), de jouir d’une bonne santé, de la paix, de la prospérité et de progresser jour et nuit vers le salut « dans la ferveur de l’esprit, au service du Seigneur, avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière » (Rm 12, 11-12).

Votre Sainteté, dans les deux Eglises, nous honorons et vénérons comme il se doit aussi bien celui qui a rendu une confession salvifique de la Divinité du Christ, Pierre, que le vase d’élection, Paul, qui a proclamé cette confession et cette foi jusqu’aux extrémités de l’univers, malgré les difficultés et les dangers les plus inimaginables. Nous fêtons leur mémoire depuis l’année du salut 258, le 29 juin, en Occident et en Orient, où les jours qui précèdent, selon la tradition de l’Eglise antique, nous nous sommes préparés en Orient également au moyen du jeûne, observé en leur honneur. Pour mieux souligner leur valeur égale, mais aussi en raison de leur poids dans l’Eglise et dans son œuvre régénératrice et salvifique au cours des siècles, l’Orient les honore aussi habituellement à travers une icône commune, dans laquelle ils tiennent entre leurs saintes mains un petit voilier, qui symbolise l’Eglise, ou bien ils s’embrassent l’un l’autre et s’échangent le baiser en Christ.

Votre Sainteté, c’est précisément ce baiser que nous sommes venus échanger avec vous, en soulignant le désir ardent en Christ et l’amour, des choses qui nous touchent de près les uns les autres.

Le dialogue théologique entre nos Eglises « en foi, vérité et amour », grâce à l’aide divine va de l’avant, au-delà des difficultés importantes qui subsistent et des problématiques connues. Nous  le  désirons vraiment et prions beaucoup à cet effet; que ces difficultés soient surmontées et que les problèmes disparaissent, le plus rapidement possible, pour rejoindre l’objet du désir final, à la gloire de Dieu.

Nous savons bien que ce désir est aussi le vôtre, comme nous sommes également certains que Votre Sainteté ne négligera rien en travaillant en personne, avec ses illustres collaborateurs, en aplanissant parfaitement la voie, vers une issue positive, si Dieu le veut, des travaux du Dialogue.

Votre Sainteté, nous avons proclamé l’année 2008 « Année de l’Apôtre Paul », comme vous le faites vous aussi aujourd’hui jusqu’à l’année prochaine, à l’occasion des deux mille ans de la naissance du grand Apôtre. Dans le cadre des manifestations relatives à cet anniversaire, où nous avons aussi vénéré le lieu exact de son martyre, nous programmons entre autres choses un pèlerinage à certains lieux de l’activité évangélique de l’Apôtre en Orient, comme Ephèse, Perges; et d’autres villes de l’Asie mineure, mais aussi Rhodes et Crète, dans la localité appelée « Bons Ports ». Votre Sainteté, soyez assurés que sur ce saint parcours vous serez présents vous aussi, en cheminant avec nous en esprit, et qu’en chaque lieu nous élèverons une prière ardente pour vous et pour nos frères de la vénérable Eglise romaine catholique, en adressant pour vous à travers le divin Paul une puissante supplique et intercession au Seigneur.

Et à présent, en vénérant les souffrances et la croix de Pierre et en embrassant la chaîne et les stigmates de Paul, en honorant la confession, le martyre et la vénérable mort de tous les deux au nom du Seigneur, qui conduit vraiment à la Vie, nous glorifions le Dieu trois fois saint et nous le supplions, afin que par l’intercession de ses protocoryphées apôtres, il nous donne ici-bas, ainsi qu’à tous ses fils partout  dans  le monde de l’Eglise orthodoxe et romaine catholique, « l’union de la foi et la communion de l’Esprit Saint » dans le « lien de la paix » et là-haut, en revanche, la vie éternelle et la grande miséricorde. Amen.

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Votre Sainteté et délégués fraternels,
Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs!

Depuis les temps les plus anciens l’Eglise de Rome célèbre la solennité des grands Apôtres Pierre et Paul comme une unique fête le même jour, le 29 juin. A travers leur martyre, ils sont devenus frères; ensemble ils sont les fondateurs de la nouvelle Rome chrétienne. C’est comme tels que les chante l’hymne des secondes Vêpres qui remonte à Paulin d’Aquilée (+806)! « O Roma felix – Rome heureuse, ornée de pourpre par le sang précieux de Princes aussi  grands. Tu dépasses toutes les beautés du monde, non par ton mérite, mais par le mérite des saints que tu as tués par l’épée sanglante ». Le sang des martyrs n’invoque pas vengeance, mais il réconcilie. Il ne se présente pas comme une accusation, mais comme une « lumière dorée », selon les paroles de l’hymne des premières Vêpres:  il se présente comme force de l’amour qui dépasse la haine et la violence, en fondant ainsi une nouvelle ville, une nouvelle communauté. Par leur martyre, ces derniers – Pierre et Paul – font à présent partie de Rome:  à travers le martyre, Pierre aussi est devenu un citoyen romain pour toujours. A travers le martyre, à travers leur foi et leur amour, les deux Apôtres indiquent où se trouve la véritable espérance, et sont les fondateurs d’un nouveau genre de cité, qui doit se former toujours à nouveau au sein de la vieille cité humaine, qui reste menacée par les forces contraires du péché et de l’égoïsme des hommes.

En vertu de leur martyre, Pierre et Paul sont en relation réciproque pour toujours. Une des images préférées de l’iconographie chrétienne est le baiser des deux apôtres en marche vers le martyre. Nous pouvons dire:  leur martyre lui-même, au plus profond, est la réalisation d’un baiser fraternel. Ils meurent pour l’unique Christ et, dans le témoignage pour lequel ils donnent la vie, ils sont un. Dans les écrits du Nouveau Testament nous pouvons, pour ainsi dire, suivre le développement de leur baiser, de cette façon de créer l’unité dans le témoignage et dans la mission. Tout commence lorsque Paul, trois ans après sa conversion, va à Jérusalem, « pour faire la connaissance de Pierre » (Ga 1, 18). Quatorze ans plus tard, il monte de nouveau à Jérusalem, pour exposer « aux personnages les plus importants » l’Evangile qu’il prêche, pour ne pas prendre le risque de « courir pour rien, ni avoir couru jusqu’à présent pour rien » (Ga 2, 1sq). A la fin de cette rencontre, Jacques, Céphas et Jean lui donnent la main droite, confirmant ainsi la communion qui les rassemble dans l’unique Evangile de Jésus Christ (Ga 2, 9). Un beau signe de ce baiser intérieur qui s’étend, qui se développe malgré la diversité des tempéraments et des tâches, est le fait que les collaborateurs mentionnés à la fin de la Première Lettre de saint Pierre – Silvain et Marc – sont des collaborateurs tout aussi proches de saint Paul. La communion de l’unique Eglise, le baiser des grands Apôtres, est rendue visible de manière très concrète dans la communauté des collaborateurs.

Pierre et Paul se sont rencontrés au moins deux fois à Jérusalem; à la fin, leurs deux parcours débouchent à Rome. Pourquoi? Est-ce là plus qu’un pur hasard? Un message durable y est-il contenu? Paul arriva à Rome comme prisonnier, mais dans le même temps comme citoyen romain qui, après son arrestation à Jérusalem, avait précisément, en tant que tel, fait recours à l’empereur devant le tribunal duquel il fut conduit. Mais dans un sens encore plus profond, Paul est venu volontairement à Rome. Grâce à la plus importante de ses Lettres, il s’était déjà approché intérieurement de cette ville:  il avait adressé à l’Eglise de Rome l’écrit qui, plus que tout autre, constitue la synthèse de toute son annonce et de sa foi. Dans le salut initial de la Lettre, il dit que le monde entier parle de la foi des chrétiens de Rome, et qu’elle est donc connue partout comme exemplaire (Rm 1, 8). Il écrit ensuite:  « Je ne veux pas vous le laisser ignorer, frères:  j’ai bien souvent eu l’intention de venir chez vous » (1, 13). A la fin de la Lettre, il reprend ce thème en parlant à présent de son projet d’aller jusqu’en Espagne:  « Quand je me rendrai en Espagne, en effet, j’espère bien que je vous verrai en passant, et que vous m’aiderez pour me rendre là-bas quand j’aurai d’abord un peu profité de cette rencontre avec vous » (15, 24). « Et je sais bien que ma venue chez vous sera comblée de la bénédiction du Christ » (15, 29). Deux choses apparaissent ici de manière évidente:  Rome est pour Paul une étape sur la route vers l’Espagne, c’est-à-dire – selon sa conception du monde – vers la partie extrême de la terre. Il considère comme sa mission de réaliser la tâche reçue du Christ d’apporter l’Evangile jusqu’aux frontières extrêmes du monde. Sur ce parcours se trouve Rome. Alors que généralement Paul ne se rend que dans les lieux où l’Evangile n’est pas encore annoncé, Rome constitue une exception. Il y trouve une Eglise dont la foi parle au monde. Aller à Rome fait partie de l’universalité de sa mission comme envoyé à tous les peuples. Le chemin vers Rome, que déjà avant son voyage extérieur il a parcouru intérieurement grâce à sa Lettre, fait partie intégrante de sa tâche d’apporter l’Evangile à toutes les nations – de fonder l’Eglise catholique, universelle. Aller à Rome est pour lui l’expression de la catholicité de sa mission. Rome doit rendre la foi visible au monde entier, elle doit être le lieu de la rencontre dans l’unique foi.

Mais pourquoi Pierre est-il allé à Rome? A ce propos, le Nouveau Testament ne se prononce pas de manière directe. Il nous donne cependant quelques indications. L’Evangile de saint Marc, que nous pouvons considérer un reflet de la prédication de saint Pierre, est profondément orienté vers le moment où le centurion romain, face à la mort en croix de Jésus Christ, dit:  « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (15, 39). Auprès de la Croix se révèle le mystère de Jésus Christ. Sous la Croix naît l’Eglise des nations:  le centurion du peloton d’exécution romain reconnaît en Christ le Fils de Dieu. Les Actes des Apôtres décrivent comme une étape décisive pour l’entrée de l’Evangile dans le monde des païens, l’épisode de Corneille, le centurion de la cohorte italique. Sur un commandement de Dieu, il envoie quelqu’un prendre Pierre et celui-ci, suivant lui aussi un ordre divin, se rend dans la maison du centurion et prêche. Alors qu’il parle, l’Esprit Saint descend sur la communauté domestique rassemblée et Pierre dit:  « Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous? » (Ac 10, 47). Ainsi, dans le Concile des Apôtres, Pierre devient l’intercesseur pour l’Eglise des païens qui n’ont pas besoin de la Loi, car « Dieu a purifié leurs cœurs par la foi » (Ac 15, 9). En effet, dans la Lettre aux Galates, Paul dit que Dieu a donné à Pierre la force pour le ministère apostolique parmi les circoncis; à Paul, il l’a en revanche donnée pour le ministère parmi les païens (2, 8). Mais cette assignation ne pouvait être valable que tant que Pierre restait avec les Douze à Jérusalem, dans l’espérance que tout Israël adhère au Christ. Face au développement ultérieur, les Douze reconnurent le moment où eux aussi devaient se mettre en marche vers le monde entier, pour lui annoncer l’Evangile. Pierre, qui selon l’ordre de Dieu avait le premier ouvert la porte aux païens, laisse à présent la présidence de l’Eglise chrétienne juive à Jacques le mineur, pour se consacrer à sa véritable mission:  au ministère pour l’unité de l’unique Eglise de Dieu formée par des juifs et des païens. Le désir de saint Paul d’aller à Rome souligne – comme nous l’avons vu -, parmi les caractéristiques de l’Eglise, en particulier le terme « catholica ». Le chemin de saint Pierre vers Rome, comme représentant des peuples du monde, est surtout soumis au mot « una »:  sa tâche est de créer l’unité de la catholica, de l’Eglise formée de juifs et de païens, de l’Eglise de tous les peuples. Et telle est la mission permanente de Pierre:  faire en sorte que l’Eglise ne s’identifie jamais avec une seule nation, avec une seule culture ou avec un seul Etat. Qu’elle soit toujours l’Eglise de tous. Qu’elle réunisse l’humanité au-delà de toute frontière et, au milieu des divisions de ce monde, qu’elle rende présente la paix de Dieu, la force réconciliatrice de son amour. Grâce à la technique qui est partout semblable, grâce au réseau mondial d’informations, ainsi que grâce à l’union d’intérêts communs, il existe aujourd’hui dans le monde de nouveaux modèles d’unité, qui font cependant aussi exploser de nouvelles oppositions et qui donnent une nouvelle impulsion aux anciennes. Face à cette unité externe, fondée sur les choses matérielles, nous avons d’autant plus besoin de l’unité intérieure, qui provient de la paix de Dieu – l’unité de tous ceux qui, à travers Jésus Christ, sont devenus frères et sœurs. Telle est la mission permanente de Pierre et également la tâche particulière confiée à l’Eglise de Rome.

Chers confrères dans l’épiscopat! Je voudrais à présent m’adresser à vous qui êtes venus à Rome pour recevoir le pallium comme symbole de votre dignité et de votre responsabilité d’archevêques dans l’Eglise de Jésus Christ. Le pallium a été tissé avec la laine de brebis, que l’Evêque de Rome bénit chaque année en la fête de la chaire de Pierre, les mettant, pour ainsi dire, de côté afin qu’elles deviennent un symbole pour le troupeau du Christ, que vous présidez. Lorsque nous plaçons le pallium sur nos épaules, ce geste nous rappelle le pasteur qui prend sur ses épaules la brebis égarée, qui toute seule ne retrouve plus le chemin de la maison, et la ramène à la bergerie. Les Pères de l’Eglise ont vu dans cette brebis l’image de toute l’humanité, de la nature humaine tout entière, qui s’est perdue et ne trouve plus le chemin de la maison. Le Pasteur qui la ramène chez elle ne peut être que le Logos, la Parole éternelle de Dieu lui-même. Dans l’incarnation, il nous a tous pris – la brebis « homme » – sur ses épaules. Lui, la Parole éternelle, le véritable pasteur de l’humanité, nous porte; dans son humanité, il porte chacun de nous sur ses épaules. Sur la voie de la Croix il nous a portés à la maison, il nous porte à la maison. Mais il veut également avoir des hommes qui « portent » avec Lui. Etre pasteur dans l’Eglise du Christ signifie participer à ce devoir, que le pallium rappelle. Lorsque nous le portons, Il nous demande:  « Portes-tu avec moi aussi tous ceux qui m’appartiennent? Les portes-tu vers moi, vers Jésus Christ? ». Et alors nous vient à l’esprit le récit de l’envoi de Pierre par le Ressuscité. Le Christ ressuscité rattache l’ordre:  « Pais mes brebis » de manière indissoluble à la question:  « M’aimes-tu, m’aimes-tu plus que ceux-ci? ». Chaque fois que nous portons le pallium du pasteur du troupeau du Christ, nous devrions entendre cette question:  « M’aimes-tu? » et nous devrions nous laisser interroger à propos du surplus d’amour qu’Il attend du pasteur.

Ainsi, le pallium devient le symbole de notre amour pour le pasteur Christ et de notre acte d’aimer avec Lui – il devient le symbole de l’appel à aimer les hommes comme Lui, avec Lui:  ceux qui sont en quête, qui se posent des questions, ceux qui sont sûrs d’eux et les humbles, les simples et les grands; il devient le symbole de l’appel à les aimer tous avec la force du Christ, afin qu’ils puissent Le trouver et se trouver en Lui. Mais le pallium, que vous recevez « de la » tombe de saint Pierre, a aussi une deuxième signification, liée de manière indissoluble à la première. Pour la comprendre, une parole de la Première Lettre de saint Pierre peut nous aider. Dans son exhortation aux prêtres de paître le troupeau de manière juste, il – saint Pierre – se qualifie lui-même de synpresbýteros – co-presbytre (5, 1). Cette formule contient implicitement une affirmation du principe de la succession apostolique:  les pasteurs qui se succèdent sont des pasteurs comme lui, ils le sont avec lui, ils appartiennent au ministère commun des pasteurs de l’Eglise de Jésus Christ, un ministère qui se poursuit avec eux. Mais cet « avec » possède encore deux significations. Il exprime également la réalité que nous indiquons aujourd’hui sous le terme de « collégialité » des évêques. Nous sommes tous co-presbytres. Aucun pasteur n’est seul. Nous ne nous trouvons dans la succession des apôtres que grâce au fait que nous sommes dans la communion du collège, dans lequel le collège des apôtres trouve sa continuation. La communion, le « nous » des pasteurs fait partie de l’être pasteurs, car le troupeau est un seul, l’unique Eglise de Jésus Christ. Enfin, ce « co- » renvoie également à la communion avec Pierre et avec son Successeur comme garantie de l’unité. Ainsi, le pallium nous parle de la catholicité de l’Eglise, de la communion universelle du pasteur et du troupeau. Et il nous renvoie à l’apostolicité:  à la communion avec la foi des apôtres, sur laquelle l’Eglise est fondée. Il nous parle de l’ecclesia una, catholica, apostolica et naturellement, en nous liant au Christ, il nous parle précisément aussi du fait que l’Eglise est sancta et que notre œuvre est un service à sa sainteté.

Cela me fait encore revenir à saint Paul et à sa mission. Il a exprimé l’essentiel de sa mission, ainsi que la raison la plus profonde de son désir d’aller à Rome, dans le chapitre 15 de la Lettre aux Romains dans une phrase extraordinairement belle. Il sait qu’il est appelé « à être une officiant du Christ Jésus auprès des païens, ministre de l’Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l’Esprit Saint » (15, 16). Ce n’est que dans ce verset que Paul utilise le mot « hierourgein » – administrer en tant que ministre – avec « leitourgós » – officiant:  il parle de la liturgie cosmique, où le monde des hommes doit devenir adoration de Dieu,  offrande  dans l’Esprit Saint. Lorsque le monde, dans son ensemble, sera devenu liturgie de Dieu, lorsque dans sa réalité il sera devenu adoration, alors il aura atteint son objectif, alors il sera sain et sauf. Tel est le but ultime de la mission apostolique de saint Paul et de notre mission. Le Seigneur nous appelle à ce ministère. Prions en cette heure, afin qu’Il nous aide à l’accomplir de manière juste, à devenir de véritables officiants de Jésus Christ. Amen. 

Commentaire : Luc raconte Paul (biblique)

9 juin, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/495.html

Commentaire : Luc raconte Paul

Aux portes de Damas

Le récit autobiographique de Paul dans la lettre aux Galates est assez elliptique et fortement théologique. En racontant le parcours de Paul, l’auteur des Actes des Apôtres donne plus de détails. Mais, nouvelle étrangeté : la conversion de Paul est si importante qu’elle est racontée trois fois… de manière différente !

Dans le livre des Actes des Apôtres il y a trois récits de la conversion de Paul. Le premier (Ac 9) est fait par le narrateur, les deux autres (Ac 22 et 26) par Paul lui-même. Ces trois récits relatent la même intervention de Dieu sur le chemin de Damas, mais comportent un certain nombre de divergences. Que disent ces trois récits ? Leur répétition montre tout d’abord l’importance que l’auteur accorde à la conversion de Paul. Leurs divergences sont autant de clins d’œil adressés au lecteur et d’invitations à en chercher le sens. Avec son génie de conteur, Luc nous invite à entrer progressivement dans le mystère de la conversion de Paul.

À l’approche de Damas

Le premier récit de conversion (Ac 9) relate l’aller-retour de Saul (le nom de Paul au début du récit) de Jérusalem à Damas. Mandaté par le grand prêtre, Saul arrive devant Damas en persécuteur sanguinaire. Mais, aux portes de la ville le Seigneur l’attend. Le lieu a une certaine importance. Il est en effet un endroit symbolique, un lieu de passage mais aussi de jugement. Les rois grecs, quand ils visitaient leur royaume, s’arrêtaient aux portes des villes pour écouter les doléances de leurs sujets et leur rendre justice. Ce n’est pas pour rien que, dans l’œuvre de Luc, beaucoup de choses se passent aux portes des villes. Jésus ressuscite un jeune homme aux portes de Naïn, il guérit un aveugle aux portes de Jéricho, il pleure sur Jérusalem à l’approche de la ville…

L’épisode de la porte de Damas est bien une scène de jugement. Saul en effet rencontre le Seigneur, qui est à la fois le juge et la victime et qui lui demande des comptes. L’interrogatoire est bref et la sentence immédiate. Elle révèle la vraie nature du persécuteur : il est aveugle. Cependant elle n’écrase pas le condamné. Elle le relève au contraire et lui indique le chemin de la conversion. Saul doit faire confiance à une communauté :  »On te dira ce que tu dois faire ». Les témoins de la scène ne voient personne mais entendent la voix. Saul, lui, a-t-il vu le ressuscité ? Pour le moment nous ne le savons pas.

Terrassé par le Seigneur et aveuglé par sa lumière, Saul entre maintenant dans la ville, conduit par la main de ses compagnons. Il en sortira ballotté dans un panier le long des remparts de la ville.

Il est l’instrument choisi

La deuxième intervention divine se passe chez un disciple de Jésus, Ananie, à qui le Seigneur communique son projet sur Saul :  »Cet homme est l’instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites. » Nous lecteurs, nous assistons à cette scène et nous savons maintenant à quoi Saul est destiné. Mais comment Saul va-t-il le savoir ? Par Ananie, en principe, qui devrait logiquement lui communiquer le message divin. Mais Ananie ne le fait pas.

Observons bien ce qui se passe. Ananie va trouver Saul dans la maison de Judas. Il lui impose les mains et le guérit, mais il ne transmet pas le message reçu. Nous sommes donc dans une situation étrange : les lecteurs savent quelque chose que le héros principal de cette histoire ignore. Cet effet littéraire n’est pas gratuit. Il montre que Saul n’est pas une simple marionnette entre les mains de Dieu. Ce dernier a un projet sur Saul, mais il ne lui impose pas. Il lui laisse du temps pour qu’il le découvre par lui-même.

Il a vu le Seigneur

Saul se rend maintenant à Jérusalem. Il quitte le groupe de disciples qui l’ont accueilli pour la première fois pour rencontrer le groupe des apôtres. Une boucle est bouclée. Paul est revenu à son point de départ, mais il ne fréquente plus les mêmes personnes. De l’entourage du grand prêtre, il est passé dans le cercle des chrétiens.

Quand il se présente à Jérusalem Barnabas dit aux apôtres que Saul  »a vu le Seigneur qui lui a parlé ». Le narrateur de cette histoire s’efface donc devant un membre de la communauté chrétienne et lui laisse le soin d’interpréter l’événement du chemin de Damas et de révéler aux apôtres, et aussi à nous les lecteurs, que Saul a bien vu le Seigneur ressuscité. Les apparitions du Seigneur ne sont pas d’abord un fait observable par un historien. Ils sont d’abord l’objet d’un témoignage de croyant.

Mettez-moi Saul à part pour une œuvre

Au chapitre 13 des Actes, Saul est à Antioche. L’Esprit Saint demande à la communauté de le mettre à part, avec Barnabé, pour  »une œuvre » qu’il ne définit pas. Nous avons le même phénomène littéraire que plus haut. Nous, lecteurs, savons à quoi Saul est destiné, mais Saul ne le sait toujours pas. Il va donc de synagogue en synagogue annoncer Jésus ressuscité. Devant l’opposition des Juifs, il décide de se tourner vers les païens. Apparemment il a décidé cela par lui-même, en accord avec Barnabas. Il a enfin découvert ce à quoi il était destiné. L’Esprit Saint lui a laissé le temps. Au retour de mission il rend compte à la communauté de  »l’œuvre » qu’il vient d’accomplir :  »Ouvrir aux païens les portes de la foi » (Ac 14,27).

Sous la forme du récit Luc vient de nous montrer comment Dieu avait un projet sur Paul mais n’a pas tiré les ficelles. Il l’a laissé trouver par lui-même son chemin. Initiative humaine et plan de Dieu peuvent faire bon ménage.

Deuxième récit de conversion

Le deuxième récit de conversion (Ac 22) est fait par Paul lui-même dans le Temple de Jérusalem. Devant la foule juive, il raconte les événements du chemin de Damas. À part quelques variantes secondaires, Paul reprend les mêmes éléments que nous avons déjà entendus. Mais il apporte deux précisions. Ananie d’abord transmet le message à Paul qui doit être témoin du Christ  »devant tous les hommes », donc également devant les païens. Et Paul raconte ensuite qu’il a eu une vision dans le Temple de Jérusalem au cours de laquelle le Seigneur lui a dit :  »Va, c’est au loin, vers les nations païennes, que je vais, moi, t’envoyer . »

Le lecteur apprend donc par la bouche de Paul des choses qu’il ne savait pas. Ainsi Paul n’a pas décidé par lui-même de passer aux païens. Il a été encouragé par le Seigneur en personne. Et cette vision s’est déroulée au Temple. On remarque la portée symbolique de ce lieu.

Troisième récit de conversion

Alors qu’il est en captivité à Césarée, la ville païenne, Paul raconte une troisième fois sa conversion. Ses interlocuteurs sont des descendants d’Hérode le Grand ainsi que le gouverneur romain Festus. Il y a de nouvelles variantes. Cette fois-ci il n’est plus question de la cécité temporaire de Paul ni du rôle d’Ananie. Plus question non plus de l’extase du Temple. Mais Paul parle de la rencontre avec le Nom de Jésus. Paul qui combattait ce Nom par tous les moyens l’a rencontré sur sa route, en travers de son chemin. Le Seigneur a parlé à Paul et lui dit :
 »Je t’ai destiné à être serviteur et témoin de la vision où tu viens de me voir ….Je t’envoie vers le peuple et les nations païennes pour leur ouvrir les yeux, les détourner des ténèbres vers la lumière… afin qu’ils reçoivent le pardon des péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés, par la foi en moi » (Ac 26,14-18).

Maintenant tout est dit. Le narrateur du livre des Actes des Apôtres a laissé Paul faire lui-même le bilan de sa vie. La conversion et la vocation de l’ancien persécuteur forment un tout. Appartenant tout entier au Christ, il témoigne devant les Juifs et les païens. Ce que le Seigneur a annoncé à Ananie s’est accompli :  »Cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites » (Ac 9,15).

C’est une des plus belles grâces du christianisme…

17 février, 2009

du site:

http://jerusalem.cef.fr/homelies/index.php?hid=422

Fête de saint Pierre et saint Paul
Frère Pierre-Marie

Dimanche 29 juin 2008

Saint-Gervais, Paris

Lectures bibliques
Actes 12,1-11
Psaume 33
2 Timothée 4,6…18
Matthieu 16,13-19

C’est une des plus belles grâces du christianisme
que de pouvoir s’appuyer sur des pierres de fondation
qui y sont solidement posées depuis vingt siècles.
Ainsi en est-il de ces deux colonnes
que sont les apôtres Pierre et Paul
que la liturgie nous invite à fêter ensemble aujourd’hui.

Il y aurait tant à dire pour resituer
la personnalité, le parcours, la pensée,
la sainteté de ces deux apôtres du Christ
à qui, en Église, nous devons tant !
Mais puisque l’essentiel du christianisme
se résume dans la seule loi d’amour,
laissons-nous éclairer et édifier
par les exemples et les enseignements
que Pierre et Paul, chacun à leur manière,
nous donnent en ce sens-là.

*

L’amour de Paul pour son Dieu s’exerce d’abord
de manière quelque peu abrupte et intempestive
puisque le zèle dont il brûle pour la maison du Seigneur
le pousse à pourchasser ceux qu’il croit être
des ennemis de la vraie foi
et qui ne sont en fait que des disciples
du Christ, le Seigneur de la gloire.
Je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu
et je cherchais à la détruire !

Quand il aura découvert la réalité renversante
de cette incarnation du Verbe
— ce Jésus toujours présent dans cette Église qu’il persécute —,
sa vie tout entière brûlera d’amour pour lui.
Pour lui j’ai accepté de tout perdre
et je regarde tout comme déchets
afin de gagner le Christ (Ph 3,8).
Le suivre, l’annoncer, témoigner de lui
par l’engagement de toute sa vie,
lui devenir conforme jusque dans sa mort,
pour pouvoir le rejoindre jusqu’en sa résurrection,
au point d’achever dans sa chair ce qui manque à sa passion,
et n’avoir d’autre fierté en lui
que celle de la croix de Jésus-Christ,
tel est bien ce qui attire, ce qui séduit, ce qui saisit Paul.
Au point qu’il pourra dire un jour que, pour lui,
vivre c’est le Christ, et confier au monde
ce cri qui est le plus beau de tous les aveux d’amour :
Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.

Jamais quelqu’un d’aussi actif n’a été autant contemplatif
au point de clamer partout la certitude que si, sans la charité,
tout le reste n’est rien, rien qu’airain qui sonne,
l’amour, lui, est tout.
Et que rien ni personne,
ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir
ne pourra le séparer de l’amour de Dieu
manifesté en Jésus-Christ.
Le feu de cet amour de Dieu, Paul n’aura de cesse de le répandre
partout où il ira, partout où il brûle d’aller,
partout où l’Esprit le pousse à aller ;
disant, ici, aux Romains, que
la charité est la Loi en sa plénitude (Rm 13,10) ;
là, aux Corinthiens, que
l’amour ne passera jamais ;
ailleurs, aux Éphésiens, aux Galates,
aux Philippiens, aux Colossiens,
combien il importe d’avoir
une seule âme dans un seul esprit (Ph 2,2),
de suivre la voie de l’amour à l’exemple du Christ (Ep 5,2),
en se supportant mutuellement
et en se pardonnant les uns les autres (Col 3,13) ;
car, en finale, seule compte la foi opérant par la charité (Ga 5,6).

Quand on parcourt la vie de l’apôtre, telle qu’on la connaît,
et les écrits de Paul, tels qu’ils nous sont transmis,
en regardant comment il a vécu d’amour pour Dieu,
comment il a exhorté les hommes
à vivre dans l’exigence de la vraie charité,
on est émerveillé.
Dans ce cœur d’évangélisateur,
quels trésors de tendresse et quel poids d’affection !
En vérité, si on juge Paul au critère de la charité,
on comprend pourquoi l’Église le regarde
comme un de ses plus grands saints !
Le parfait disciple du Christ
dont la vie ne fut qu’une passion d’amour.

*

La même lumière nous apparaît
si l’on contemple la personne et la vie de Simon Pierre.

Dès le premier regard de Jésus sur lui, le lien est établi.
Dès la première rencontre, il se lève pour marcher à sa suite.
Dès le départ, il a tout quitté pour le suivre,
comme seuls savent le faire
ceux qui sont mus par l’élan de l’amour.
À qui d’autre irait-il, quand Jésus,
le Christ, le Fils du Dieu vivant
a les paroles de la vie éternelle (Jn 6,68 ; Mt 16,16) ?

Fidèle dès le premier jour
et jusqu’au dernier jour,
du suis-moi du lac de Galilée
au suis-moi de son martyre à Rome,
Pierre connaîtra même l’épreuve du faux pas.
Un faux pas qui ne fera qu’aviver
l’amour sans partage qu’il porte à son maître,
quand, au lendemain du jour où il lui a lavé les pieds,
après avoir un moment renié,
ayant croisé son regard, le regard de Jésus,
il pleure amèrement (Lc 22,62),
versant les plus belles des larmes
qui sont celles de l’amour repenti.

— Pierre, m’aimes-tu ?
Quand on sait avec quelle détermination il courut
et entra le premier dans le tombeau ;
avec quelle spontanéité il se jeta à l’eau
quand il reconnut le Seigneur, vivant, ressuscité, sur le rivage,
on comprend avec quel cœur, avec quelle entièreté
et quelle force, il put répondre :
Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime (Jn 21,17).

Pierre en qui la tradition se plaît à reconnaître
— tout cela est démontré dans l’Évangile —
celui qui a le plus aimé le Christ,
ne pourra plus s’arrêter de parler
de Celui qui est le Prince de la vie.
Nous ne pouvons pas ne pas parler,
sera-t-il le premier à proclamer.
Dieu l’a fait Seigneur et Christ,
ce Jésus que vous avez crucifié (Ac 2,36).
Et il y a une telle flamme d’amour dans ces paroles
que d’entendre cela, nous dit le Livre des Actes,
tous ont alors le cœur transpercé et disent à Pierre :
Que nous faut-il faire ? (2,37).
Quand l’amour pour Dieu est vrai, il est toujours contagieux !

 
Et Pierre, inlassablement, tout au long de sa vie,
qu’il passe à aimer ses frères de race d’abord,
puis jusqu’aux étrangers, jusqu’aux païens, jusqu’aux Romains,
redit alors à tous l’exigence qu’il y a à aimer encore et toujours :
En obéissant à la vérité, vous avez sanctifié vos âmes
pour vous aimer sincèrement comme des frères (1 P 1,22).
Comme Paul, comme Jacques, comme Jean,
il répète incessamment
ce qui lui apparaît de plus en plus
comme la première, la seule, la plus belle des vérités :
Soyez sages et sobres en vue de la prière ;
mais avant tout, conservez entre vous une grande charité,
car la charité couvre une multitude de péchés (1 P 4,8).
Ainsi, dit-il, devient-on
participant de la Divinité (2 P 1,4).

Et il termine sa dernière lettre
en mentionnant celui que nous fêtons aujourd’hui avec lui,
dans un grand élan de simplicité et d’amitié :
Tenez l’amour patient de notre Seigneur pour salutaire
comme notre cher frère Paul nous l’a aussi écrit,
selon la sagesse qui lui a été donnée.
Il le fait d’ailleurs dans toutes ses lettres
où il parle de ces mêmes questions (2 P 3,15-16).
Pierre et Paul savent bien, en effet, que là est la grande question.
Et que dans nos vies aussi, il faut aimer.
Et même qu’il suffirait d’aimer !

*

Frères et sœurs, puisque cette année 2008 se situe 2000 ans
après la naissance de Paul à Rome, généralement datée de l’an 8,
rendons grâce tout spécialement pour celui qui demeure
une des personnalités les plus riches
et les plus marquantes de l’Église et de l’humanité.

Paul est un géant de la pensée que,
depuis vingt siècles, on ne cesse de commenter.
Au carrefour des cultures juive, hellénique et romaine,
parlant tout à la fois l’hébreu, le grec et le latin,
il a traité les plus grands sujets concernant Dieu,
l’homme, le monde, le temps, l’éternité.
À la lumière de l’Esprit, il a éclairé les mystères
de la Création, de l’Histoire du salut, de l’Incarnation,
de la Rédemption, de la Résurrection, de la Parousie.
Il a lancé la réflexion théologique sur la Trinité,
la christologie, la vie dans l’Esprit, l’Église Corps du Christ,
la société où tous sont égaux devant Dieu,
l’Eucharistie, les sacrements.
Comment ne pas reconnaître en lui
le fondateur de la pensée chrétienne,
en droite ligne de l’Évangile du Seigneur ?

Mais Paul est aussi, et peut-être plus encore,
une force dans l’action.
Toujours à l’œuvre, voyageur sans cesse en mouvement,
traversant mille périls, subissant maintes épreuves,
il va, marche, navigue, repart,
proclamant l’Évangile à temps et à contre-temps.

Cet actif, jamais en repos, reste cependant
un des plus grands contemplatifs qui soit.
Sa vie, une fois convertie à la fulgurance de l’Évangile,
fondée sur une foi à toute épreuve et une espérance sans faille,
est celle d’un mystique
élevé jusqu’au sommet de la contemplation.
Extases, apparitions, inspirations finissent par lui faire dire :
Je meurs chaque jour, mais c’est le Christ qui vit en moi.

Ainsi Paul reste-t-il à jamais pour nous,
avec son exigence qui n’a d’égale que sa tendresse,
un maître spirituel.
Nul mieux que lui n’a su situer la vocation de l’homme
à sa juste place, pour la conduire
sur la voie de l’amour, à l’exemple du Christ.

Louons le Seigneur, frères et sœurs, pour cet apôtre
devenu un des plus grands saints de la chrétienté.
Ce juste, converti, parlant en prophète,
agissant en évangélisateur,
docteur de la vérité reçue du Christ
— Mon Évangile vient d’une révélation de Jésus Christ —
thaumaturge allant jusqu’à ressusciter des morts
et, pour couronner le tout,
martyr par le glaive aux portes de cette ville
que l’Apocalypse qualifiait alors de Babylone.

C’était dans la Rome païenne, vers l’an 65-66 de l’ère chrétienne.
Il est si bon d’en faire mémoire aujourd’hui ! 

Audience générale du 4 février : La fin de la vie de Paul

6 février, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-20074?l=french

Audience générale du 4 février : La fin de la vie de Paul

Texte intégral

ROME, Mercredi 4 février 2009 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée ce mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, dans la salle Paul VI du Vatican.

*  *  *

Chers frères et sœurs,

La série de nos catéchèses sur la figure de saint Paul est arrivée à sa conclusion  : nous souhaitons parler aujourd’hui de la fin de sa vie terrestre. L’antique tradition chrétienne témoigne de manière unanime que la mort de Paul eut lieu suite au martyre subi ici à Rome. Les écrits du nouveau Testament ne nous racontent pas le fait. Les Actes des Apôtres achèvent leur récit en évoquant l’emprisonnement de l’Apôtre, qui pouvait toutefois recevoir tous ceux qui venaient le voir (cf. Ac 28, 30-31). C’est uniquement dans la deuxième Lettre à Timothée que nous trouvons ces paroles prémonitoires : « Quant à moi je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu » (2 Tm 4, 6 ; cf. Ph 2, 17). Il a ici recours à deux images, l’image cultuelle du sacrifice, qu’il avait déjà utilisée dans la première Lettre aux Philippiens en interprétant le martyre comme une partie du sacrifice du Christ, et l’image marine de jeter les amarres : deux images qui ensemble, font discrètement allusion à l’événement de la mort et d’une mort dans le sang.

Le premier témoignage explicite sur la fin de saint Paul nous vient du milieu des années 90 du Ier siècle, c’est-à-dire un peu plus de trois décennies après sa mort effective. Il s’agit précisément de la Lettre que l’Eglise de Rome, avec son évêque Clément Ier, écrivit à l’Eglise de Corinthe. Dans ce texte épistolaire on est invité à garder sous les yeux l’exemple des apôtres, et, immédiatement après l’évocation du martyre de Pierre, on lit ceci : « A cause de la jalousie et de la discorde, Paul fut obligé de nous montrer comment on obtient le prix de la patience. Arrêté sept fois, exilé, lapidé, il fut le héraut du Christ en Orient et en Occident, et en raison de sa foi, il s’acquit une gloire pure. Après avoir prêché la justice au monde entier, et après être parvenu à l’extrémité de l’Occident, il subit le martyre devant les gouvernants ; c’est ainsi qu’il quitta ce monde et qu’il parvint au lieu saint, devenu ainsi le plus grand modèle de patience » (1 Clem 5, 2). La patience dont il parle est l’expression de sa communion à la passion du Christ, de la générosité et de la constance avec laquelle il a accepté le long chemin de souffrance, afin de pouvoir dire : « Je porte dans mon corps les marques de Jésus » (Ga 6, 17). Nous avons entendu dans le texte de saint Clément que Paul serait arrivé jusqu’à « l’extrémité de l’occident ». On se demande s’il s’agit d’une allusion à un voyage en Espagne, que saint Paul aurait fait. Il n’existe pas de certitudes sur ce point, mais il est vrai que saint Paul dans sa Lettre aux Romains exprime son intention d’aller en Espagne (cf. Rm 15, 24).

Ce qui est en revanche très intéressant dans la lettre de Clément, c’est la succession des deux noms de Pierre et de Paul, même s’ils seront intervertis dans le témoignage d’Eusèbe de Césarée du IVe siècle, qui en parlant de l’Empereur Néron écrivait : « Pendant son règne, Paul fut décapité précisément à Rome et Pierre y fut crucifié. Le récit est confirmé par le nom de Pierre et de Paul, qui est encore aujourd’hui conservé sur leurs sépulcres dans cette ville » (Hist. eccl. 2, 25, 5). Eusèbe poursuit ensuite en rapportant la déclaration précédente d’un prêtre romain du nom de Gaius, remontant aux débuts du IIème siècle : « Je peux te montrer les trophées des apôtres : si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l’Eglise » (ibid., 2, 25, 6-7). Les « trophées » sont les monuments sépulcraux, et il s’agit des sépultures elles-mêmes de Pierre et de Paul, qu’encore aujourd’hui, deux mille ans après, nous vénérons nous aussi dans les mêmes lieux : que ce soit ici au Vatican en ce qui concerne Pierre, ou dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs sur la Via Ostiense en ce qui concerne l’Apôtre des nations.

Il est intéressant de noter que les deux grands apôtres sont mentionnés ensemble. Même si aucune source antique ne parle d’un éventuel ministère commun à Rome, la conscience chrétienne qui a suivi, sur la base de leur sépulture à tous deux dans la capitale de l’empire, les associera également comme fondateurs de l’Eglise de Rome. C’est en effet ce qu’on lit chez Irénée de Lyon, vers la fin du IIe siècle, à propos de la succession apostolique dans les diverses Eglises : « Comme il serait trop long d’énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons la très grande et très antique Eglise connue de tous, l’Eglise fondée et établie à Rome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul » (Adv. haer. 3, 3, 2).

Laissons cependant à présent de côté la figure de Pierre et concentrons-nous sur celle de Paul. Son martyre est raconté pour la première fois par les Actes de Paul, écrits vers la fin du IIe siècle. Ceux-ci rapportent que Néron le condamna à mort par décollation, et que celle-ci fut exécutée immédiatement après (cf. 9, 5). La date de la mort varie déjà dans les sources antiques, qui la situent entre la persécution lancée par Néron lui-même après l’incendie de Rome, qui eut lieu en juillet de l’an 64, et la dernière année de son règne, c’est-à-dire 68 (cf. Gerolamo, De viris ill., 5, 8). Le calcul dépend beaucoup de la chronologie de l’arrivée de Paul à Rome, un débat dans lequel nous ne pouvons pas entrer ici. Des traditions successives précisèrent deux autres éléments. L’un, le plus légendaire, est que le martyre eut lieu aux Acquae Salviae, sur la via Laurentina, et que sa tête rebondit trois fois, ce qui à chaque fois suscita l’écoulement d’un flot d’eau, c’est la raison pour laquelle le lieu fut appelé jusqu’à aujourd’hui « Trois Fontaines » (Actes de Pierre et Paul du Pseudo Marcel, du Ve siècle). L’autre, en harmonie avec l’antique témoignage, déjà mentionné, du prêtre Gaius, est que sa sépulture eut lieu non seulement « en dehors de la ville… au deuxième mille sur la via Ostiense » , mais plus précisément « dans le domaine de Lucina » , qui était une femme chrétienne (Passion de Paul du Pseudo Abdia, du VIe siècle). C’est là que, au IVe siècle, l’empereur Constantin érigea une première église, ensuite largement agrandie entre le IVe et le Ve siècle par les empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius. Après l’incendie de 1800, fut ici érigée l’actuelle basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.

Quoi qu’il en soit, la figure de saint Paul a un rayonnement qui va bien au-delà de sa vie terrestre et de sa mort ; en effet, il a laissé un extraordinaire héritage spirituel. Lui aussi, comme un véritable disciple de Jésus, devint un signe de contradiction. Alors que parmi ceux qu’on appelait les « ébionites » – un courant judéo-chrétien – il était considéré comme apostat par la loi mosaïque, dans le livre des Actes des Apôtres apparaît une grande vénération envers l’apôtre Paul. Je voudrais à présent faire abstraction de la littérature apocryphe, comme les Actes de Paul et Tecla et un recueil de lettres apocryphes entre l’Apôtre Paul et le philosophe sénèque. Il est surtout important de constater que, très vite, les Lettres de saint Paul entrent dans la liturgie, où la structure prophète-apôtre-Evangile est déterminante pour la forme de la liturgie de la Parole. Ainsi, grâce à cette « présence » dans la liturgie de l’Eglise, la pensée de l’Apôtre devient dès le début une nourriture spirituelle pour les fidèles de tous les temps.

Il est évident que les Pères de l’Eglise et ensuite tous les théologiens se sont nourris des Lettres de saint Paul et de sa spiritualité. Il est ainsi resté au cours des siècles, jusqu’à aujourd’hui, le véritable maître et apôtre des nations. Le premier commentaire patristique, qui nous soit parvenu, sur un écrit du Nouveau Testament est celui du grand théologien d’Alexandrie, Origène, qui commente la Lettre de Paul aux Romains. Ce commentaire n’est malheureusement conservé qu’en partie. Saint Jean Chrysostome, en plus des commentaires de ses Lettres, a écrit sur lui sept Panégyriques mémorables. Saint Augustin lui devra le pas décisif de sa propre conversion, et c’est à Paul qu’il fera référence tout au long de sa vie. De ce dialogue permanent avec l’Apôtre dérive sa grande théologie catholique et également la théologie protestante de tous les temps. Saint Thomas d’Aquin nous a laissé un beau commentaire des Lettres pauliniennes, qui représente le fruit le plus mûr de l’exégèse médiévale. Un véritable tournant eut lieu au XVIe siècle avec la Réforme protestante. Le moment décisif de la vie de Luther fut ce que l’on appelle « Turmerlebnis », (1517) au cours duquel il trouva en un instant une nouvelle interprétation de la doctrine paulinienne de la justification. Une interprétation qui le libéra des scrupules et des angoisses de sa vie précédente et lui donna une nouvelle confiance radicale dans la bonté de Dieu qui pardonne tout sans condition. A partir de ce moment, Luther identifia le légalisme judéo-chrétien, condamné par l’Apôtre, avec l’ordre de la vie de l’Eglise catholique. Et l’Eglise lui apparut donc comme l’expression de l’esclavage de la loi, à laquelle il opposa la liberté de l’Evangile. Le Concile de Trente, de 1545 à 1563, interpréta de manière profonde la question de la justification et trouva dans la ligne de toute la tradition catholique la synthèse entre la loi et l’Evangile, conformément au message de l’Ecriture Sainte lue dans sa totalité et son unité.

 

Le XIXème siècle, en recueillant le meilleur héritage du siècle des Lumières connut un renouveau du paulinisme, en particulier sur le plan du travail scientifique développé par l’interprétation historique et critique de l’Ecriture Sainte. Nous laisserons de côté le fait qu’à ce siècle là également, comme ensuite au XXème siècle, apparut un véritable dénigrement de saint Paul. Je pense en particulier à Nietzsche, qui dénigrait la théologie de l’humilité de saint Paul, en y opposant sa théologie de l’homme fort et puissant. Mais laissons tout cela de côté, et examinons le courant essentiel de la nouvelle interprétation scientifique de l’Ecriture Sainte et du nouveau paulinisme de ce siècle. On a souligné ici en particulier comme central dans la pensée paulinienne le concept de liberté : dans ce concept a été identifié le cœur de la pensée paulinienne, comme Luther l’avait par ailleurs déjà pressenti. Or le concept de liberté était toutefois réinterprété dans le contexte du libéralisme moderne. De plus, on souligne fortement la différence entre l’annonce de saint Paul et l’annonce de Jésus. Et saint Paul apparaît presque comme un nouveau fondateur du christianisme. Il est vrai que chez saint Paul, le caractère central du Royaume de Dieu, déterminant pour l’annonce de Jésus, est transformé dans le caractère central de la christologie, dont le point déterminant est le mystère pascal. Et du mystère pascal découlent les Sacrements du Baptême et de l’Eucharistie, comme présence permanente de ce mystère, à partir duquel croît le Corps du Christ et se construit l’Eglise. Mais, je dirais, sans entrer à présent dans les détails, que c’est précisément dans le nouveau caractère central de la christologie et du mystère pascal que se réalise le Royaume de Dieu, et que l’annonce authentique de Jésus devient concrète, présente et active. Nous avons vu dans les catéchèses précédentes que cette nouveauté paulinienne est précisément la fidélité la plus profonde à l’annonce de Jésus. Dans le progrès de l’exégèse, en particulier au cours des deux cents dernières années, croissent également les convergences entre exégèse catholique et exégèse protestante, réalisant ainsi un consensus remarquable précisément sur le point qui fut à l’origine du plus grand désaccord historique. Il s’agit donc d’une grande espérance pour la cause de l’œcuménisme, si centrale pour le Concile Vatican II.

Je voudrais enfin brièvement évoquer une fois de plus les divers mouvements religieux, apparus à l’époque moderne au sein de l’Eglise catholique, et qui se réfèrent au nom de saint Paul. C’est ce qui a eu lieu au XVIème siècle avec la « Congrégation de saint Paul », dite des barnabites, au XIXème siècle avec les missionnaires de saint Paul, ou Paulistes, et au XXème siècle avec la « Famille paulinienne » multiforme, fondée par le bienheureux Giacomo Alberione, pour ne pas parler de l’Institut séculier de la « Compagnie de saint Paul ». En résumé, la figure d’un apôtre et d’un penseur chrétien extrêmement fécond et profond, que chacun peut étudier en en tirant un bénéfice, demeure lumineuse devant nous. Dans l’un de ses panégyriques, saint Jean Chrysostome fit une comparaison originale entre Paul et Noé, en s’exprimant ainsi : Paul « n’assembla pas des planches pour fabriquer une arche ; au contraire, au lieu d’unir des planches de bois, il composa des lettres et ainsi arracha aux flots non pas deux, trois ou cinq membres de sa famille mais tout l’œkoumène qui était sur le point de périr » (Paneg. 1, 5). C’est précisément cela que peut encore et toujours faire l’apôtre Paul. Puiser chez lui, tant dans son exemple apostolique que dans sa doctrine, sera donc un encouragement, sinon une garantie, pour la consolidation de l’identité chrétienne de chacun de nous et le rajeunissement de l’Eglise tout entière.

Puis le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français :

Chers frères et sœurs,

Le premier témoignage sur la fin de la vie de saint Paul se trouve dans la Lettre de l’Evêque de Rome, Clément, à l’Eglise de Corinthe, vers 90. Son martyre nous est raconté pour la première fois dans les Actes de Paul, écrits vers la fin du deuxième siècle, qui rapportent que Néron le condamna à être décapité, ce qui fut exécuté aussitôt, entre l’an 64 et 68. Une autre tradition situe le lieu du martyre sur la via Laurentina, au lieu dit aujourd’hui Tre fontane. Selon un antique témoignage, la sépulture de l’Apôtre, se trouve sur la Via Ostiense, où l’empereur Constantin érigea une première église qui fut agrandie par la suite. C’est l’actuelle Basilique Saint-Paul hors-les-murs.

Saint Paul nous a laissé un héritage extraordinaire et, depuis les Pères de l’Eglise, de nombreux commentaires lui ont été consacrés. Plus récemment, un renouveau paulinien a permis des études scientifiques, présentant sa forte personnalité d’apôtre généreux et de penseur original. Divers mouvements religieux catholiques se réfèrent à son nom. Saint Paul demeure un apôtre et un penseur chrétien très fécond. Revenir à lui, à son exemple et à sa doctrine est un stimulant et une garantie pour consolider notre identité chrétienne et pour le rajeunissement de l’Eglise.

Puis le pape a salué les pèlerins francophones en disant :

Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue particulièrement le groupe des Ukrainiens de Belgique, les séminaristes de Liège, Tournai et Malines-Bruxelles, ainsi que les responsables et les lecteurs de la Documentation catholique venus à Rome célébrer le quatre-vingt dixième anniversaire de la revue. Que l’exemple de saint Paul soit pour vous tous un stimulant pour votre amour de l’Eglise et pour votre fidélité envers son enseignement. Que Dieu vous bénisse !

APPEL POUR LE SRI LANKA

A l’issue de l’audience générale le pape  a lancé un appel pour le Sri Lanka  :

La situation au Sri Lanka continue à être source de préoccupations. Les nouvelles du durcissement du conflit et du nombre croissant de victimes innocentes, me poussent à lancer un appel pressant aux combattants afin qu’ils respectent le droit humanitaire et la liberté de mouvement de la population, afin qu’ils fassent tout ce qui possible pour garantir l’assistance aux blessés et la sécurité des civils et qu’ils leur permettent de satisfaire leurs nécessités alimentaires et médicales urgentes.

Que la Sainte Vierge de Madhu, très vénérée par les catholiques et aussi par ceux qui appartiennent à d’autres religions, hâte le jour de la paix et de la réconciliation dans ce cher pays.

Fête de la conversion de saint Paul, 25 janvier 2008: du site de Jerusalem poème-prière-himne

24 janvier, 2009

du site:

http://jerusalem.cef.fr/homelies/index.php?hid=420

Fête de la conversion de saint Paul
Frère Pierre-Marie

Vendredi 25 janvier 2008

Saint-Gervais, Paris

Lectures bibliques
Actes 22,3-16
Psaume 116
-
Marc 16,15-18

Conversion de saint Paul
Pourquoi ?
Oui, pourquoi ?
Pourquoi pourchasser hommes et femmes
qui ne partagent pas la même foi ?
Pourquoi persécuter à mort
des disciples de l’Évangile de la paix ?
Pourquoi crucifier l’Envoyé de Dieu
venu pour être Rédempteur de l’homme ?
Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 22,7).

*

Nous fêtons aujourd’hui la conversion de Saul de Tarse.
Un juif devenu chrétien.
Un fidèle observateur de la Torah,
devenu ministre de l’Évangile du Christ.
Un pharisien strict devenu apôtre libérateur.
Le persécuteur de l’Église naissante
s’est fait son plus zélé défenseur.
Scandalisé par la croix du Christ,
il met en elle toute sa fierté.
En lutte farouche pour la sauvegarde de l’orthodoxie mosaïque,
il sera le premier à vouloir ouvrir l’Évangile aux païens.

En vérité, rien n’est impossible à Dieu !
Rien ne peut freiner la toute-puissance de la grâce
quand une âme se livre pleinement et humblement
à sa lumière et à son action.
Dieu ne désespère jamais de l’homme,
tant Il veut que nous parvenions tous au salut.
La conversion de l’apôtre Paul nous rappelle tout à la fois
combien la miséricorde, la patience de Dieu sont sans mesure ;
mais aussi qu’il n’est pas de sainteté possible
sans passer par un chemin de conversion.
Oui, Dieu peut tout,
mais seulement dans la mesure où l’homme consent
à accueillir en lui l’action de sa grâce.

En ce jour où nous fêtons le retournement
et le retour de saint Paul,
son retournement sur la route de Damas
et son retour dans les bras de Celui qu’il persécutait,
nous pouvons donc nous demander nous aussi,
car ce n’est jamais fini, pour ne pas dire jamais commencé :
«Que me reste-t-il à faire encore pour me convertir ?»

*

Ce n’est peut-être pas sans motif
que l’Église nous propose de fêter la conversion de Saul
au terme de la Semaine de l’Unité.
Que s’est-il passé en effet ?
Quand Saul s’est retrouvé en face d’Ananie,
celui-ci ne l’a pas condamné !
Sans lui faire le moindre reproche, il lui a dit :
Saul, mon frère, retrouve la vue (Ac 22,13).
Quand Saul a été mis en face des premiers chrétiens,
ceux-ci ne lui ont pas intenté un procès
et ne l’ont pas traîné devant leurs tribunaux.
Ils ne l’ont pas accablé de reproches.
Il eut été facile pourtant de faire juger et condamner,
ou du moins de rejeter celui qui avait organisé
arrestations, déportations, emprisonnements et meurtres.
Mais non ! Il n’y a pas eu de procès !
Il n’y a pas eu d’accusations, d’assignation en justice.

Ananie lui dit simplement, au nom de la communauté :
Saul, le Dieu de nos pères
t’a destiné à connaître sa volonté,
à voir celui qui est le Juste
et à entendre la parole qui sort de sa bouche (Ac 22,14).
Et l’on n’a pas tergiversé longtemps
pour savoir ce qu’il y avait à faire.
Maintenant, lui dit Ananie, pourquoi hésiter ?
Lève-toi et reçois le baptême,
sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus (22,16).
Et l’on a ouvert à Paul la table fraternelle.

Quelle belle leçon pour nos vies !
Rien mieux que le pardon, la miséricorde, l’oubli des offenses,
ne saurait construire la concorde
et garder nos cœurs dans la paix.
Pourquoi toujours vouloir partir en guerre ?
Qu’a-t-on pu voir alors à Damas et Jérusalem ?
À la conversion de Paul, dans son âme et dans sa foi,
a répondu la conversion des disciples
des premières communautés chrétiennes
de Damas et de Jérusalem.
Il s’est fait l’apôtre des païens et le chantre du pur amour,
le prédicateur du Dieu des miséricordes !.
Et c’est ainsi que l’Église a pu devenir apostolique
en se construisant dans l’unité et la paix.

Saint Paul de Tarse et de Rome,
prie pour l’Église du Christ :
qu’elle se convertisse à toujours plus d’unité
par le lien qu’est la paix (Ep 4,3). 

Paul, une vie donnée (biblique)

9 janvier, 2009

du site:

http://www.bible-service.net/site/556.html

Paul, une vie donnée

Il ne fait aucun doute que la rencontre du Christ sur la route de Damas a bouleversé la vie de Paul. À travers le Christ qu’il persécutait, et qui s’offrait à lui, Paul a découvert, en effet, le vrai visage du Dieu qu’il avait toujours cherché. En se reconnaissant aimé et sauvé par celui-là même qu’il persécutait, il a fait, comme nul autre, l’expérience de la grâce de Dieu.

De cette expérience découleront l’attachement de Paul à la personne du Christ et un changement radical de vie. Lui, le pharisien zélé et persécuteur de la foi chrétienne, il abandonnera ses certitudes et ses quêtes passées pour saisir Celui qui l’a un jour saisi : Jésus le Christ. Car rien d’autre ne comptera plus désormais pour lui (cf. Ph 3,8-9). Parce qu’il a été rejoint sur sa route par l’amour rédempteur de Dieu (Ga 2,20), il a découvert que tout ce qu’il considérait jusqu’alors comme des avantages (naissance dans le peuple de la promesse, appartenance au courant pharisien, connaissance et observances des préceptes de la Loi, etc ), tout cela n’était rien au regard de la connaissance de Jésus-Christ mort et ressuscité. Alors qu’il courait après un salut incertain, à la mesure de ses efforts et de son orgueil, il a compris que la Loi de Moïse ne pouvait plus être la référence première de son existence. Il a aussi compris que Dieu, en ressuscitant Jésus, avait eu raison de l’usage que l’on faisait de la Loi. Bref, le Dieu dont il a fait l’expérience sur le chemin de Damas n’est plus le Dieu de la Loi, mais le Dieu du Crucifié.

Ce renversement de l’image de Dieu éclaire la compréhension que Paul aura désormais de la croix comme un des lieux majeurs de la Révélation divine (1 Co 1,18-31). A la lumière de la croix, Paul saisira, en effet, que la toute-puissance de Dieu se donne à voir dans la fragilité la plus extrême. Mieux, il comprendra que, loin d’être tyrannique et solitaire, Dieu se fait solidaire de chaque être humain, en l’accueillant et en l’aimant pour lui-même, indépendamment de ses mérites ou de son péché, de son appartenance ethnique ou de son sexe, de son rôle dans la société ou dans la communauté religieuse.

Comme nous le verrons, située au cœur de l’Évangile proclamé Paul, cette découverte peut expliquer le fait que Paul se soit efforcé de mener ensemble travail missionnaire et travail manuel, ainsi que la manière dont il affrontera les échecs et les épreuves liés à son apostolat.

Renversé sur le chemin de Damas

De tous les événements de sa vie mouvementée, Paul ne retiendra comme fondamental que celui de sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas.

Sur les circonstances précises de cette rencontre avec le Christ, Paul, à la différence de Luc (cf. Ac 9, 22 et 26), est très discret. Il évoque en 1 Co 15,8-10 une apparition personnelle du Ressuscité, mais il n’en fait le récit que dans la seule lettre aux Galates. Paul envoie cette lettre vers l’an 56 ou 57. Il vient d’apprendre que les Galates, peuplade d’Asie Mineure, ont délaissé l’Évangile qu’il leur avait annoncé et qu’ils sont retournés à leurs pratiques passées. Pire, poussés par des judaïsants, ils semblent mettre en cause son autorité apostolique. Devant la gravité da la situation, Paul écrit. Il raconte comment, sur le chemin de Damas, de pharisien-persécuteur de l’Église, il est devenu apôtre du Christ :  » Vous avez entendu parler de mon Comportement naguère dans le judaïsme, avec quelle frénésie, je persécutais l’Église de Dieu, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. Mais, lorsque Celui qui m’a mis à part depuis le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, loin de reCourir à aucun Conseil humain ou de monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie…  » (Ga 1,13-17).

 » Il a jugé bon de révéler en moi son Fils  »

Un mot est à souligner : révéler. Plus que celui de conversion, il résume bien la nature profonde de la rencontre de Paul avec le Christ : c’est une révélation émanant du libre choix de Dieu. Pour lui,  »Dieu a ôté le voile qui l’empêchait de voir sa gloire sur le visage du Christ Jésus » (P.Bony). Il lui a donné de comprendre que celui qu’il persécutait n’était pas, comme il le croyait, maudit de Dieu, mais qu’il était son Fils, un Fils parfaitement obéissant qu’il a élevé au rang de Seigneur de l’univers (Ph 2,8-11).

En rencontrant le Christ sur le chemin de Damas, Paul s’est vu révéler le sens profond de la croix comme lieu de l’amour extrême de Dieu et manifestation de sa toute-puissance. Dans cette rencontre avec Celui qui  »l’avait aimé et s’était livré pour lui » (Ga 2,20), il a compris que la Loi de Moïse ne pouvait pas lui donner le salut auquel il aspirait de toute son énergie. Il a pris conscience de la vacuité de tout ce qu’il recherchait jusqu’alors :  » Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. » (Ph 3,7). Enfin, parce qu’il lui a été révélé que la Passion était l’expression parfaite de l’amour du Christ pour son Père et pour l’humanité, c’est en elle qu’il a décidé de ne jamais cesser de le chercher :  » J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié  » (1 Co 2,2 cf. Ga 2,20).

 » Afin que je l’annonce parmi les païens  »

À la grâce de la révélation sur le chemin de Damas s’en ajoute une seconde : celle de l’ annonce. Paul lui-même le reconnaît : par sa grâce, Dieu l’a mis à part dès le sein de sa mère pour l’envoyer annoncer son Fils (Ga 1,16). S’il est devenu croyant et apôtre, Paul le doit donc à la pure et gratuite initiative de Dieu qui lui a révélé son Fils et l’a appelé à témoigner, lui, l’ » avorton  » (1 Co 15,8). La mission qui lui a été confiée n’est liée ni à sa décision personnelle, ni à une quelconque initiative humaine, et encore moins à sa formation ou à son comportement. Elle est un don gratuit de Dieu. De ce don, Paul ne cessera de s’émerveiller :  » Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu, et sa grâce à mon égard n’a pas été vaine. Au contraire, j’ai travaillé plus qu’eux tous : non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi  » (1 Co 15,9-10).

Une fois encore, il faut noter l’insistance de Paul sur la grâce, trois fois nommée dans ces deux versets. Car cette expérience fondatrice de la grâce divine totalement imméritée est à l’origine de la manière dont Paul percevra son ministère apostolique : il est un don de Dieu dans lequel la puissance divine – celle-là même qui avait ressuscité Jésus-Christ – s’est déployée, lui communiquant une force qui le rend désormais capable de toutes les audaces. Toute sa vie, Paul sera traversé par cette tension entre la grandeur de la mission qui lui a été confiée et sa faiblesse qu’il ne cesse d’expérimenter, entre le trésor précieux qu’il a reçu et le  » vase d’argile  » qu’il est (2 Co 4,7).

Cette tension, comme il l’écrira souvent, lui évitera de s’enorgueillir. Elle le conduira à creuser le mystère de la puissance de Dieu qui donne toute sa mesure dans la faiblesse reconnue de ses ministres :  » Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse’. Aussi mettrai-je mon orgueil bien plus dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ  » (2 Co 12,9).

Pierre Debergé, Cahier Évangile n° 126 (décembre 2003) pages 8-10

Saint Paul:  » Vous (…) c’est à la liberté que vous avez été appelés  » (Ga 5, 13).

28 novembre, 2008

du site:

http://paroledevie.free.fr/adultes/pdv0707.pdf

PAROLE DE VIE DE JUILLET 2007

 » Vous (…) c’est à la liberté que vous avez été appelés  » (Ga 5, 13).

Dans les années 50, Paul se rend en Galatie, une région située au centre de l’Asie mineure, qui correspond à la Turquie actuelle. Là, étaient nées des communautés de chrétiens qui avaient embrassé la foi avec beaucoup d’enthousiasme. À la prédication de Paul qui leur présentait Jésus crucifié et ressuscité, ils avaient reçu le baptême, revêtant ainsi le Christ et recevant la liberté des enfants de Dieu. L’apôtre lui-même reconnaît leur progression dans cette voie (cf. Ga 5,7). Et voilà que, tout à coup, ces chrétiens se mettent à chercher ailleurs leur liberté. Paul s’étonne qu’ils aient si vite tourné le dos au Christ. Et il leur adresse une invitation pressante à retrouver cette liberté que le Christ leur avait donnée.

 » Vous (…) c’est à la liberté que vous avez été appelés.  »

À quelle liberté suis-je appelé ? Ne puis-je pas faire tout ce que je veux ?  » Jamais personne ne nous a réduits en esclavage  » disaient à Jésus ses contemporains quand il affirmait que la vérité qu’il leur apportait les rendrait libres.  » Celui qui commet le péché est esclave du péché » avait répondu Jésus (NOTA 1). Il existe un esclavage subtil, fruit du péché, qui oppresse le coeur humain. Nous en connaissons bien les nombreuses manifestations : le repliement sur soi, l’attachement aux biens matériels, la recherche du plaisir, l’orgueil, la colère… Nous ne sommes pas capables de nous dégager par nous-mêmes de cet esclavage. La liberté est un don de Jésus : il nous a libérés en se faisant notre serviteur et en donnant sa vie pour chacun de nous. D’où cette invitation à être cohérents avec cette liberté qu’il nous a donnée. Elle ne consiste pas tant à avoir  » la possibilité de choisir entre le bien et le mal, mais à nous diriger toujours davantage vers le bien « . C’est ce que Chiara Lubich déclarait à des jeunes.  » J’ai constaté que le bien libère et que le mal rend esclave. Donc pour être libre il faut aimer. Car c’est notre moi qui nous rend esclaves. Quand au contraire on est attentif aux autres, ou à la volonté de Dieu en accomplissant nos devoirs, on ne pense plus à soi, on est libéré de soi-même.  » (NOTA 2)

 » Vous (…) c’est à la liberté que vous avez été appelés.  »

Comment vivre alors cette Parole de vie ? Après avoir rappelé que nous sommes appelés à la liberté, Paul explique qu’elle consiste à nous mettre  » au service les uns des autres « ,  » par l’amour « ,  » car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette seule phrase : Tu aimeras ton prochain comme toi-même  » (NOTA 3). Là est le paradoxe de l’amour : quand nous nous plaçons par amour au service des autres, et quand, renonçant à nos tendances égoïstes, nous nous oublions nous-mêmes et sommes attentifs aux besoins des autres, alors nous sommes libres. Nous sommes appelés à la liberté de l’amour : nous sommes libres d’aimer ! Oui, pour être libres, il faut aimer.

 » Vous (…) c’est à la liberté que vous avez été appelés.  »

L’évêque François-Xavier Nguyen Van Thuan, emprisonné pour sa foi, resta 13 années en prison. Il se sentait pourtant encore libre car il lui restait toujours la possibilité d’aimer au moins ses geôliers.  » Quand je fus mis en quartier d’isolement – raconte-t-il – je fus confié à cinq gardiens : à tour de rôle, deux d’entre eux étaient toujours avec moi. Leurs chefs leur avaient dit : « Nous vous remplacerons tous les quinze jours par un autre groupe, pour que vous ne soyez pas ‘contaminés’ par cet évêque. » Par la suite ils ont décidé : « Nous ne vous changerons plus : autrement cet évêque contaminera tous les gardiens ». Au début les gardes ne m’adressaient pas la parole. Ils répondaient seulement par oui et par non. C’était vraiment triste. (…) Ils évitaient de parler avec moi. Une nuit, une pensée m’est venue : « François, tu es encore très riche, car tu as l’amour du Christ dans le coeur ; aime-les comme Jésus t’a aimé ». Le lendemain je me suis mis à les aimer encore plus, à aimer Jésus en eux, leur souriant, leur disant des mots aimables. J’ai commencé à raconter des histoires sur mes voyages à l’étranger (…). Peu à peu nous sommes devenus amis. Ils ont voulu
apprendre les langues étrangères : le français, l’anglais… Mes gardiens sont
devenus mes élèves ! « 4

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Fabio CIARDI et Gabriella FALLACARA

La Parole de Vie est extraite des textes du dimanche 1er juillet 2007.
Le mois prochain :  » Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les
regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à son
accomplissement, Jésus.  » (He 12, 1-2) Traduction selon la TOB (Traduction
Oecuménique de la Bible). Selon l’édition collective des Éditeurs de liturgie :  » Nous
courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui
est à l’origine et au terme de la foi.  »

NOTE

1 Cf. Jn 8, 31-34.
2 Réponses aux questions des jeunes, Paleur de Rome, 20 mai 1995.
3 Cf. Ga 5, 13-14.
4 F.X. Nguyen Van Thuan, Témoins de l’espérance, Nouvelle Cité 2000, p. 98.

Audience générale du 19 novembre : La justification par la foi (Saint Paul)

20 novembre, 2008

du site: 

http://www.zenit.org/article-19422?l=french

Audience générale du 19 novembre : La justification par la foi

Texte intégral

ROME, Mercredi 19 novembre 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée ce mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, place Saint-Pierre.

* * *

Chers frères et sśurs,

Sur le chemin que nous sommes en train de faire sous la conduite de saint Paul, nous voulons à présent nous arrêter sur un thème qui se trouve au centre des controverses du siècle de la Réforme : la question de la justification. Comment l’homme devient-il juste aux yeux de Dieu ? Lorsque Paul rencontra le Ressuscité sur le chemin de Damas, il était un homme réalisé : irrépréhensible quant à la justice dérivant de la Loi (cf. Ph 3, 6), il observait les prescriptions mosaïques mieux que beaucoup de personnes de son âge et soutenait avec zèle les traditions des pères (cf. Ga 1, 14). L’illumination de Damas changea radicalement son existence : il commença à considérer tous les mérites, acquis dans une carrière religieuse intègre, comme des « balayures » face au caractère sublime de la connaissance de Jésus Christ (cf. Ph 3, 8). La Lettre aux Philippiens nous offre un témoignage touchant du passage de Paul d’une justice fondée sur la Loi et acquise avec l’observance des śuvres prescrites, à une justice fondée sur la foi dans le Christ : il avait compris que ce qui lui était apparu jusqu’alors comme un avantage était en réalité une perte face à Dieu, et il avait donc décidé de miser toute son existence sur Jésus Christ (cf. Ph 3, 7). Le trésor caché dans le champ et la perle précieuse dans l’achat de laquelle il faut investir tout le reste n’étaient plus les śuvres de la Loi, mais Jésus Christ, son Seigneur.La relation entre Paul et le Ressuscité devint tellement profonde qu’elle le poussa à affirmer que le Christ n’était plus seulement sa vie mais sa façon de vivre, au point que pour pouvoir le rejoindre même mourir devenait un avantage (cf. Ph 1, 21). Non pas qu’il méprisât la vie, mais il avait compris que pour lui vivre n’avait désormais plus d’autre but et il ne nourrissait donc pas d’autre désir que celui de rejoindre le Christ, comme dans une compétition d’athlétisme, pour rester toujours avec Lui : le Ressuscité était devenu le principe et la finalité de son existence, la raison et le but de sa course. Seule la préoccupation pour la maturation de la foi de ceux qu’il avait évangélisés et la sollicitude pour toutes les Eglises qu’il avait fondées (cf. 2 Co 11, 28) le poussaient à ralentir sa course vers son unique Seigneur, pour attendre les disciples afin qu’ils puissent courir avec lui vers le but. Si dans l’observance précédente de la Loi il n’avait rien à se reprocher d’un point de vue de l’intégrité morale, une fois le Christ rejoint il préférait ne pas prononcer de jugement sur lui-même (cf. 1 Co 4, 3-4), mais il se limitait à se proposer de courir pour conquérir Celui par lequel il avait été conquis (cf. Ph 3, 12). C’est précisément en raison de cette expérience personnelle de la relation avec Jésus Christ que Paul place désormais au centre de son Evangile une opposition irréductible entre deux parcours alternatifs vers la justice : l’un construit sur les śuvres de la Loi, l’autre fondé sur la grâce de la foi dans le Christ. L’alternative entre la justice par les śuvres de la Loi et celle par la foi dans le Christ devient ainsi l’un des motifs dominants qui parcourt ses Lettres : « Nous, nous sommes Juifs de naissance, nous ne sommes pas de ces pécheurs que sont les païens ; cependant nous le savons bien, ce n’est pas en observant la Loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi » (Ga 2, 15-16). Et il répète aux chrétiens de Rome : « Tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu, lui qui leur donne d’être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus » (Rm 3, 23-24). Et il ajoute : « En effet, nous estimons que l’homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse » (ibid. 28). A ce point, Luther traduisit : « justifié par la seule foi ». Je reviendrai sur ce point à la fin de la catéchèse. Nous devons tout d’abord éclaircir ce qu’est cette « Loi » de laquelle nous sommes libérés et ce que sont ces « śuvres de la Loi » qui ne justifient pas. L’opinion – qui allait ensuite revenir systématiquement dans l’histoire – selon laquelle il s’agissait de la loi morale, et que la liberté chrétienne consistait donc dans la libération par rapport à l’éthique, existait déjà dans la communauté de Corinthe. Ainsi, à Corinthe, circulait la parole tout est licite pour moi’. Il est évident que cette interprétation est erronée : la liberté chrétienne n’est pas libertinisme, la libération dont parle saint Paul ne libère pas du devoir d’accomplir le bien.Mais que signifie par cons

équent la Loi dont nous sommes libérés et qui ne sauve pas ? Pour saint Paul comme pour tous ses contemporains, le mot Loi signifiait la Torah dans sa totalité, c’est-à-dire les cinq livres de Moïse. La Torah impliquait, dans l’interprétation pharisienne, celle étudiée et reprise par saint Paul, un ensemble de comportements qui allaient du noyau éthique jusqu’aux observances rituelles et cultuelles qui déterminaient substantiellement l’identité de l’homme juste. En particulier la circoncision, les observances concernant les aliments purs et plus généralement la pureté rituelle, les règles sur l’observance du sabbat, etc. Des comportements qui apparaissent souvent également dans les débats entre Jésus et ses contemporains. Toutes ces observances qui expriment une identité sociale, culturelle et religieuse étaient devenues particulièrement importantes à l’époque de la culture hellénistique qui commence au IIIe siècle avant Jésus Christ. Cette culture, qui était devenue la culture universelle de l’époque et qui était une culture apparemment rationnelle, une culture polythéiste, apparemment tolérante, constituait une forte pression vers l’uniformité culturelle et menaçait ainsi l’identité d’Israël qui était politiquement obligée d’entrer dans cette identité commune de la culture hellénistique, perdant de ce fait sa propre identité ; et perdant également, par conséquent, le précieux héritage de la foi des Pères, de la foi en l’unique Dieu et dans les promesses de Dieu.

Contre cette pression culturelle qui menaçait non seulement l’identité israélite mais aussi la foi dans l’unique Dieu et dans ses promesses, il fallait créer un mur de distinction, un bouclier de défense pour protéger le précieux héritage de la foi ; ce mur consistait précisément dans les observances et les prescriptions judaïques. Paul, qui avait appris ces observances justement en tant que défense du don de Dieu, de l’héritage de la foi en un Dieu unique, a vu cette identité menacée par la liberté des chrétiens : c’est pour cette raison qu’il les persécutait. Au moment de sa rencontre avec le Ressuscité, il comprit qu’avec la résurrection du Christ la situation avait radicalement changée. Avec le Christ, le Dieu d’Israël, l’unique vrai Dieu, devenait le Dieu de tous les peuples. Le mur – comme il le dit dans la Lettre aux Ephésiens – entre Israël et les païens n’était plus nécessaire : c’est le Christ qui nous protège contre le polythéisme et toutes ses déviances ; c’est le Christ qui nous unit avec et dans l’unique Dieu ; c’est le Christ qui garantit notre identité véritable dans la diversité des cultures. Le mur n’est plus nécessaire, notre identité commune dans la diversité des cultures est le Christ, et c’est lui qui nous rend juste. Etre juste veut simplement dire être avec Jésus Christ en Jésus Christ. Et cela suffit. Les autres observances ne sont plus nécessaires. C’est pourquoi l’expression « sola fide » de Luther est vraie, si l’on n’oppose pas la foi à la charité, à l’amour. La foi c’est regarder le Christ, s’en remettre au Christ, s’attacher au Christ, se conformer au Christ, à sa vie. Et la forme, la vie du Christ c’est l’amour ; donc croire c’est se conformer au Christ et entrer dans son amour. C’est pourquoi saint Paul dans la Lettre aux Galates, dans laquelle il a notamment développé sa doctrine sur la justification, parle de la foi qui śuvre au moyen de la charité (cf. Ga 5, 14).Paul sait que toute la Loi est présente et s’accomplit dans le double amour de Dieu et du prochain. Ainsi, toute la Loi est réalisée dans la communion avec le Christ, dans la foi qui crée la charité. Nous devenons justes en entrant en communion avec le Christ qui est l’amour. Nous verrons la même chose dans l’Evangile de dimanche prochain, solennité du Christ Roi. C’est l’Evangile du juge dont l’unique critère est l’amour. Ce qu’il demande c’est seulement cela : m’as-tu visité quand j’étais malade ? Quand j’étais en prison ? M’as-tu donné à manger quand j’ai eu faim, m’as-tu vêtu quand j’étais nu ? Et ainsi la justice se décide dans la charité. Ainsi, au terme de cet Evangile, nous pouvons presque dire : juste l’amour, juste la charité. Mais il n’y a pas de contradiction entre cet Evangile et saint Paul. C’est la même vision, la vision selon laquelle la communion avec le Christ, la foi dans le Christ crée la charité. Et la charité est la réalisation de la communion avec le Christ. Ainsi, en étant unis à lui, nous sommes justes, et de nulle autre manière.

A la fin, nous ne pouvons que prier le Seigneur qu’il nous aide à croire, croire réellement ; croire devient ainsi vie, unité avec le Christ, transformation de notre vie. Et ainsi, transformés par son amour, par l’amour de Dieu et du prochain, nous pouvons être réellement justes au yeux de Dieu.

Puis le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français :

Chers frères et sśurs francophones, je voudrais commencer aujourd’hui à vous parler de la doctrine de la justification chez saint Paul. Mon point de départ seront les versets 21 à 24 du chapitre 3 de la Lettre aux Romains où l’Apôtre développe la relation qui existe entre la foi et les śuvres. Saint Paul lorsqu’il a rencontré le Christ sur le chemin de Damas, se jugeait irréprochable selon les critères de la Loi mosaïque. Pourtant, à ce moment là, il a découvert une justice nouvelle, gracieusement offerte et basée sur la foi dans le Christ mort et ressuscité. Le Christ est devenu le principe et la finalité de son existence et l’Apôtre voulait partager à ses disciples son expérience christique. C’est elle que Paul place au centre de son annonce en mettant en évidence une opposition irréductible entre deux parcours : celui construit sur les śuvres de la Loi, et l’autre, sur la grâce de la foi au Christ crucifié. L’évènement de Damas a permis à Paul de comprendre la Loi de manière nouvelle : si celle-ci est bonne et si elle vient de Dieu, seule, elle est impuissante à nous justifier car elle ne peut donner la vie. Ce don n’est effectif qu’avec l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, par l’envoi de l’Esprit. La Croix du Christ est l’unique voie ouverte vers la justification. Paul ne désire pas abroger la Loi mosaïque car elle vient de Dieu et constitue l’identité d’Israël, mais elle trouve son accomplissement dans le Christ et se vit dans le commandement de l’amour qu’il nous a laissé. Plutôt que vers la sola fides, l’enseignement de Paul nous conduit vers le solus Christus, le seul Christ, centre de notre foi et unique sauveur du monde.

Je suis heureux de saluer les pèlerins de Montréal avec Son Eminence le cardinal Jean-Claude Turcotte, les membres de la Conférence internationale catholique du Scoutisme, et la paroisse de Béziers. Avec saint Paul, vivons du Christ qui est le centre de notre foi et de notre vie ! Avec ma Bénédiction apostolique.

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