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Fête de la Conversion de saint Paul (2009) (poème ou Hymne, magnifique!)

24 janvier, 2010

du site:

http://jerusalem.cef.fr/homelies/index.php?hid=462

Fête de la Conversion de saint Paul (2009)

La fête que nous célébrons aujourd’hui
a quelque chose de tout à fait inhabituel.
Elle évoque la figure d’un saint, mais dont ce n’est pas
la fête en ce jour, puisqu’elle est fixée au 29 juin
avec celle de l’apôtre Pierre.
Elle prend le pas, pour une fois, sur le dimanche,
ce qui ne se fait pratiquement jamais dans le cours du cycle liturgique.
Et elle ne fête ni la naissance ni la mort de celui dont on fait mémoire,
mais tout simplement : sa conversion.
La conversion de saint Paul apôtre
dont nous célébrons cette année,du 29 juin 2008 au 29 juin 2009,
le deuxième millénaire. D’où son exceptionnelle solennité, en ce 25 janvier.

C’est que cette conversion dont nous avons entendu,
une fois de plus, le récit bien connu, dans la 1e lecture,
a été et demeure d’une importance capitale
pour la mise en route et la propagation du christianisme.
Nous nous sentons toujours touchés et concernés
par une conversion, surtout quand elle est aussi spectaculaire,
aussi sincère et radicale que celle de Saul de Tarse.
Car l’Évangile, si nous le prenons au sérieux,
nous invite tous à une incessante conversion
puisque nous sommes appelés à monter, pas à pas, et tout du long,
sur un chemin de perfection.
Vous donc, vous serez parfaits
comme votre Père du ciel est parfait (Mt 5,48).

Mais la conversion de Paul a plus que quelque chose
de stimulant, d’exaltant ou même d’exemplaire.
Elle manifeste dans sa vie, une vie à nulle autre pareille,
la puissance de la grâce, capable de transformer un homme,
quand celui-ci se donne sans réserve à son action.
On comprend alors le poids de cet aveu de l’Apôtre :
C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ;
et sa grâce à mon égard n’a pas été vaine (1 Co 15,10).

On passe dès lors de l’étonnement à l’admiration,
de la surprise à l’enthousiasme,
en voyant d’où est parti Paul, le jour où il a été renversé sur le chemin de Damas,
et à quoi il est parvenu au bout de sa course (Ph 3,14 ; 2 Tm 4,7).
Le labeur incomparable qu’il a pu accomplir
et la richesse sans pareille des écrits qu’il nous a laissés.
Sans même se douter un instant qu’ils allaient,
jetés comme des papyrus au vent de la Providence,
traverser les âges et retentir au long des jours
dans toutes les églises de la chrétienté et au plus profond du cœur des croyants !

Pour radicale et fracassante qu’elle soit,
la conversion de Paul n’a été cependant ni facile ni spontanée.
Il lui a fallu d’abord se plier à l’action patiente de la grâce
(car Dieu ne violente jamais une liberté).
Et cela, en acceptant loyalement, humblement, de s’interroger
sur le sens de cette parole tombée du ciel :
Je suis Jésus que tu persécutes ! Mais relève-toi,
entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire (Ac 9,5-6).

Il y a eu ensuite, ces deux ans au désert d’Arabie (Ga 1,17-18),
et le temps qui a suivi où il a dû, peu à peu, faire sienne
la lumière du mystère du Fils de Dieu fait homme.
Ce n’est pas d’emblée qu’il a pu passer
de son monothéisme juif si rigoureux,
à l’adhésion de son intelligence en un Dieu Trinité d’amour.
À un salut offert au monde par un Christ crucifié.

Ce n’a pas été non plus sans arrachement qu’une fois devenu apôtre,
il a dû choisir de porter, sans partage, l’Évangile aux nations païennes,
en passant de la pratique de la Loi de ses pères
au salut par la foi au Christ (Rm 4-5 ; Ga 3).

Et c’est tout son être, avec sa fougue, sa faiblesse,
son bouillant tempérament et sa fameuse écharde dans la chair (2Co 12,7),
qu’il a dû convertir, au jour le jour et au long des jours,
à l’humilité, la patience, la persévérance, la tendresse.

Mais au bout du compte on est bien amené à constater
que ce que Paul a pu entreprendre et mener à bien
sous la mouvance de la grâce de Dieu, tient du miracle.
Tant du point de vue humain que du point de vue spirituel,
ce que cet apôtre de Jésus-Christ, par la volonté de Dieu,
a fait et écrit, dépasse l’entendement !

Humainement, on est fasciné par son personnage.
On peut ne pas l’aimer
(et d’aucuns ne s’en privent pas, tant il est direct et entier),
mais on ne peut s’empêcher de l’admirer.
Certains traits de sa personnalité peuvent agacer,
certains aspects de sa pensée peuvent heurter
mais on doit reconnaître que l’homme est hors du commun.
Ainsi demeure-t-il un des êtres les plus marquants de l’humanité.
Quelqu’un qui, depuis vingt siècles,
a mis son empreinte sur l’histoire et la pensée
et va continuer de le faire au fil des âges,
tant son message et plein de force et de lumière.

Quand on fait le total de ce que Paul, à l’époque où il était,
dans les circonstances qu’il a connues,
à travers les épreuves qu’il a traversées,
en face de ce monde juif et païen qu’il affrontait
avec le seul glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu (Ep 6,17),
sans aucun moyen matériel, sans ressources financières, sans appareil intellectuel,
quand on songe à ce qu’il a pu vivre, subir, parcourir,
proclamer, enseigner, écrire, entreprendre,
ne sachant quelle suite cela pourrait avoir,
mais en allant toujours droit de l’avant,
tendu de tout son être en poursuivant sa course (1 Co 9,25-26 ; Ph 3,13-14),
on reste sans voix !

Souvent j’ai été à la mort.
Cinq fois j’ai reçu des Juifs les trente-neuf coups de fouet ;
trois fois j’ai été flagellé ; une fois lapidé ;
trois fois j’ai fait naufrage.
Il m’est arrivé de passer un jour et une nuit dans l’abîme.
Et il énumère pour nous : Voyages sans nombre,
dangers des rivières, dangers des brigands,
dangers de mes compatriotes, dangers des païens,
dangers de la ville, dangers du désert
 dangers de la mer, dangers des faux frères !
Labeur et fatigue, veilles fréquentes,
faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité !
Et sans parler du reste, mon obsession quotidienne,
le souci de toutes les Églises ! (2 Co 11,24-29).

Avouons-le, cet itinéraire de vie
a quelque chose d’aussi ahurissant que de profondément touchant.
On pourrait en effet le regarder comme un héros
accumulant épreuves et exploits.
Il ne s’agit en fait que d’un fol en Christ plein de sagesse,
d’un saint passionné par l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut (Ep 1,13),
se redisant sans cesse : Malheur à moi si je ne prêche pas l’Évangile (1 Co 9,16),
et pour qui seule compte la foi s’exerçant dans la charité (Ga 5,6).
Jamais sans doute, dans l’histoire des hommes,
un parcours n’a été aussi contrasté puisque la vie de Paul de Tarse
part du crime le plus froidement organisé,
pour parvenir à la sainteté la plus pure.

Sachant comment il est parvenu
à travers toutes ces épreuves et difficultés,
à semer les germes de l’Évangile de Jérusalem à Rome,
en passant par toutes les viles que l’on sait,
pour venir périr par le glaive au cœur de la capitale de l’Empire,
on peut se dire : qui a jamais fait humainement ce que Paul a fait ?

D’un point de vue spirituel, notre étonnement et notre admiration
sont tout aussi grands.
L’apôtre Paul demeure celui qui a mis en forme,
enraciné, structuré le christianisme.
Celui qui, sans rien renier de la source à laquelle il puise
et qu’il sert dans une fidélité absolue,
a révélé l’abîme de la richesse,
de la sagesse et de la science de Dieu (Rm 11,33).

Il est bien en ce sens
le révélateur et le dispensateur d’un mystère (Rm 16,25 ; Col 1,25-29),
le metteur en lumière de cette sagesse de Dieu,
mystérieuse, demeurée cachée, celle que dès avant les siècles
Dieu a par avance destinée pour notre gloire (1 Co 2,7).
Et Paul n’hésite pas à dire :
Car c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit ! (1 Co 2,10).
Aussi peut-il aller jusqu’à proclamer,
avec autant de fierté que d’humilité :
C’est bien pour cette cause que je me fatigue à lutter,
avec l’énergie du Christ qui agit en moi avec puissance (Col 1,29).
Et il nous avoue, dans le feu de son zèle pour cet Évangile de Dieu (2 Co 11,7)
qui n’est autre que l’Évangile du Christ (2 Co 10,14),
pourquoi il agit ainsi, libre à l’égard de tous,
en se faisant l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre (1 Co 9,19) :
pour que tous parviennent au plein épanouissement de l’intelligence
qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu
dans lequel se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col 2,3).

La grande richesse de Paul, à ce stade,
est de se situer parfaitement, au carrefour du Premier et du Second Testaments.
Tout nourri des Écritures qu’il possède à la perfection,
il est en même temps le ministre de l’Évangile de la paix (Ep 6,15)
dont il n’hésite plus à dire que c’est son Évangile (Rm 16,25),
tellement ce n’est plus lui qui vit mais le Christ qui vit en lui.
Nul ne pouvait être mieux placé que lui,
Pharisien et irréprochable observateur de la Loi (Ph 3,5-6)
pour établir le lien
entre les valeurs de la loi ancienne et les richesses de l’Évangile,
en montrant combien la vétusté de la lettre
débouche sur la nouveauté de l’Esprit.

Mais le plus admirable ici, c’est de voir combien,
sans avoir connu le Christ selon la chair,
ni vécu durablement avec ses apôtres,
tout ce qu’il a pu dire, écrire, enseigner, développer
est en parfaite concordance avec les quatre évangiles.
En parfaite conformité avec l’Évangile de Jean.
C’est là où l’on voit combien l’Esprit de Dieu
peut conduire la marche de l’Évangile du salut,
et construire l’Église du Christ
dans sa quête inlassable de vérité, d’unité et de paix !

À l’évidence, l’instrument inutile
est devenu un instrument de choix !
Il est bien clair qu’en tout cela, ce n’est pas seulement
le zèle, le talent, le savoir-faire de Saul de Tarse
que l’on peut louer et admirer,
mais bien plus encore la puissance de la grâce de Dieu.
Et c’est cela qui permet de parler, à son égard,
de vivant miracle.
Cela n’enlève d’ailleurs rien à la sainteté de Paul
qui fait de lui le plus accompli des saints et le plus grand des apôtres.

Qu’il intercède pour nous en ce jour béni !
 

Au fil du texte : Ga 1-2 : « Par révélation… »

24 janvier, 2010

du site:

http://www.bible-service.net/site/494.html

Au fil du texte : Ga 1-2

« Par révélation… »

Superbe page autobiographique que cet extrait de la Lettre aux Galates ! À ses lecteurs, Paul raconte le tournant de sa vie. Et parce qu’il s’agit d’un récit, nous vous proposons ici de le lire en utilisant quelques notions fort simples de «l’analyse narrative».

Dans tout récit il y des personnages et un enchaînement d’actions disposées sur un axe temporel.

Personnages : le récit est autobiographique, mais Paul n’y joue pas le premier rôle. Le véritable héros c’est Dieu, ou, selon une étrange formule, Celui qui [l'] a mis à part, Celui qui a agi en lui, Paul, comme il avait agi en Pierre. Parmi les autres personnages, retenons Pierre (Céphas), Jacques et, bien sûr, la foule des païens.

Axe temporel : par deux fois, une notice chronologique rythme le texte (1,18 et 2,1). Mais Paul, soucieux de dire l’essentiel, passe plusieurs années sous silence.

Enchaînement d’actions : pour reprendre le vocabulaire du théâtre, disons qu’il y a ici deux actes. Dans le premier (1,13-24) le persécuteur de l’Église devient héraut de l’Évangile. Dans le deuxième (2,1-10) une crise ecclésiale est traversée et résolue. À chaque fois, il est question de révélation et de grâce de Dieu.
 
Acte 1 : le retournement (Ga 1,13-24) 

Au cœur de l’acte 1, le retournement de Paul raconté en cinq étapes. Pour mesurer le chemin parcouru, des mots du début sont repris en finale : ainsi persécuter et détruire ou, plus subtilement, judaïsme et Judée ou encore Église de Dieu et églises du Christ. Parcourons ces cinq étapes.

1) Aux v.13-14, Paul présente sa situation «d’avant». De son activité de persécuteur, il souligne l’excès : frénésie, surpassant, zèle débordant… En même temps, il est acteur d’une histoire qui le dépasse : latradition de [ses] pères face à l’Église de Dieu. Dieu qui déjà – mais il l’ignorait – l’avait mis à part et appelé. Ironie de ce v.15 : c’est dans un langage traditionnel (citation de Jérémie 1,5 et d’Isaïe 49,1) que s’énonce le choix divin qui va bouleverser les traditions.

2) Au v. 16, renversement de situation. Quelques mots pour une expérience forte. Le lecteur n’a pas droit ici aux longues descriptions des Actes des Apôtres. Choc. «Révélation» de l’essentiel : un contenu, qui concerne le Fils, et une aventure, l’annonce parmi les païens. La vie de Paul tient en une phrase. L’action est «nouée». Et cela par Dieu, Dieu seul, qui a jugé bon de…

3) L’action se déploie aux v.17-21. Sans conseil humain (littéralement : «sans recourir à la chair et au sang») c’est-à-dire toujours sous la seule impulsion divine. Déplacements en Arabie, à Damas, à Jérusalem. Contacts confidentiels avec Céphas et Jacques. Le lecteur note par-devers lui que tout semble s’être bien passé. Si bien même que la mission continue de plus belle : Syrie, Cilicie…

4) Le dénouement, aux v. 22-23, est mis dans la bouche des églises du Christ en Judée : le persécuteur de naguère annonce maintenant la foi. Quel changement !

5) Dernière étape, v. 24 : les églises glorifiaient. Qui donc ? Paul ? Non, Dieu ! Lui seul.

Au terme de ce premier acte, trois remarques.

D’abord sur Dieu et le judaïsme. Pour dire Dieu, Paul use des mots traditionnels des prophètes d’Israël (cf. le v.15). À distance, il juge donc moins le judaïsme que ses propres excès.

Ensuite sur le rythme de la narration. Rapide, il recouvre plusieurs années. Aucun fait n’est détaillé, surtout pas la révélation ! On observe cependant un ralenti à un moment, quand Paul rencontre Céphas puis Jacques. Avec un paradoxe : la discrétion voulue de l’événement est fortement soulignée. Pourquoi donc ?

Enfin sur le changement de vocabulaire entre l’Église de Dieu (début) et les églises du Christ (fin). On est passé du singulier au pluriel. Quant à la précision sur les églises en Judée, ne nous ramène-t-elle pas insensiblement, par jeu de sonorités, du côté du judaïsme initial ?

Rideau sur le premier acte. Nous devinons quelques nuages à l’horizon. Que Paul va affronter dans le deuxième acte.
 
Acte 2 : la crise surmontée (Ga 2,1-10)  

L’intrigue se resserre. Risquons un anachronisme et admirons Paul d’avoir appliqué la règle des trois unités chère au théâtre classique ! Unité de lieu : Jérusalem. Unité de temps : un séjour de quelques jours ou semaines. Unité d’action : le conflit à propos de l’Évangile. Conflit dont la résolution passe, là encore, par cinq étapes.

Le récit commence par le moment où l’action se noue : Paul et ses compagnons montent à Jérusalem. Puis, en deux versets, les péripéties se bousculent.

1) La première étape, c’est-à-dire la raison de tout ce mouvement, doit être reconstituée par la lecture. Nous y trouvons la peur de Paul d’avoir couru en vain et la contestation de ses choix, comme la non-circoncision de Tite et des païens. Nous avions remarqué précédemment que les églises de Judée faisaient écho au judaïsme. On comprend mieux maintenant pourquoi.

2) Paul monte donc au créneau. D’où son voyage (v. 1-2a). Décision personnelle ? Non. Comme pour sa vocation, il s’agit d’une révélation. Il n’en dit pas plus. Cela nous suffit. Dieu seul, ici encore, «noue» l’action.

3) L’action est déployée au long des v. 2b-6 : délégation, discussion avec des personnalités, exposé de la prédication évangélique, opposition à ceux qui veulent en brider la puissance libératrice… L’Église de Dieu apparaît comme éclatée en églises plurielles, en fraternités ennemies. Appuyé sur l’œuvre passée comme sur celle à venir (déjà les Galates se profilent, cf. le pour vous du v.5 !), Paul oppose l’unique vérité de l’Évangile.

4) Au v. 9, dénouement. Geste symbolique et public qui succède à la discrétion de la première rencontre (1,18-20). La main tendue par Jacques, Céphas et Jean signe le travail accompli par Paul et ses compagnons, mais plus encore reconnaît le travail de Dieu, sa grâce.

5) Nouvelle situation au v.10. Les nuages se sont-ils tous dissipés ? Pas sûr. Un rebondissement va apparaître dans la suite de la lettre (non présentée ici), rebondissement qui met en cause Pierre. Pour l’instant, Paul repart vers les païens avec le souci des pauvres. Ajoutons que Tite n’est pas contraint à la circoncision mais que les circoncis, chrétiens originaires du judaïsme, gardent toute leur place dans l’histoire de l’Évangile puisqu’ils ont Pierre avec eux.

Au terme de ce deuxième acte, deux remarques.

La première sur le double nom de Pierre. Nous aurions «Céphas» pour l’identité officielle, humaine, et «Pierre» quand il s’agit du choix de Dieu, identité «révélée», mystérieuse et fondatrice… comme celle de Paul.

La seconde porte sur la nouvelle situation de l’Église. Au fond, à suivre les v.7 et 8, s’il y a nouveauté, elle concerne le regard. Les yeux de tous se sont ouverts sur les choix premiers, primordiaux, de Dieu. Ni Pierre, ni Paul ne se sont donnés leur mission. Elle leur a été confiée.
 
Dire Dieu  

À chaque étape de son passé, Paul décèle l’intervention de Dieu. L’Évangile n’est pas d’inspiration humaine osait-il affirmer (1,11). Quel plus bel argument que sa propre vie ? Son zèle inhumain dans le judaïsme n’a pu étouffer l’élection divine ni empêcher la révélation du Fils. Quant aux débats attachés à la circoncision (une marque dans «la chair et le sang») ils ont été pour les églises de Judée l’occasion de se remettre devant l’unique Évangile et l’unique Dieu.

Dire Dieu en se racontant. Merci aux Galates pour avoir suscité chez Paul un tel récit ! 

Le « Codex Pauli », la plus grande œuvre jamais dédiée à saint Paul

13 janvier, 2010

du site:

http://www.zenit.org/article-23179?l=french

Le « Codex Pauli », la plus grande œuvre jamais dédiée à saint Paul

Présentation le 13 janvier au Capitole à Rome

ROME, Mardi 12 janvier 2010 (ZENIT.org) – Demain mercredi sera présenté au Capitole, à Rome, le « Codex Pauli », une œuvre monumentale, unique en son genre, conçue dans le style des anciens codex monastiques et agrémentée d’une minutieuse sélection de frises, enluminures et illustrations provenant de manuscrits de différentes époques conservés à l’Abbaye de Saint-Paul hors-les-Murs.

L’œuvre, un tome unique de 424 pages de haute valeur œcuménique, est dédiée à Benoît XVI, qui a lancé les célébrations pour le bimillénaire de la naissance de saint Paul. Le tirage est limité à 998 copies numérotées. 

En même temps que le Codex  a été créé le font original « Paulus 2008 », reproduisant la graphie du copiste de la Bible carolingienne (IXème siècle).

L’œuvre sera présentée au Capitole, dans la salle de la Protomoteca, à 17h30, en préparation à la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier).

Parmi les personnalités  qui seront présentes à la cérémonie : le cardinal Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, archiprêtre émérite de la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs ; Mgr Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture ; l’archimandrite Mtanios Haddad, apocrisiaire de Sa Béatitude Gregorios III Laham, patriarche melkite d’Antioche et de tout l’Orient ; le père Edmund Power, abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs ; et le sénateur italien Sandro Bondi, ministre pur les Biens et les activités culturelles. Le modérateur sera le journaliste responsable de Rai Vaticano, Giuseppe De Carli.

Le « Codex Pauli » renferme les contributions inédites, préparées spécialement pour l’occasion, du patriarche Œcuménique de Constantinople, Bartholomée I; du patriarche de Moscou et de toute les Russies, Cyrille ; de Gregorios III Laham ; de Rowan Williams, primat de la communion anglicane; d’Eduard Lohse, évêque émérite de l’Eglise évangélique d’Hannovre; et de nombreux autres.

L’œuvre s’ouvre par une partie introductive, articulée en sections.

La première section, Annus Pauli, retrace l’aventure de l’Année consacrée au bimillénaire de la naissance de l’apôtre Paul, dont les témoins privilégiés sont les cardinaux Tarcisio Bertone, Ennio

Antonelli, Raffaele Martino, Jean Louis Tauran, Jozef Tomko, Antonio Rouco Varela, André Vingt-Trois et Walter Kasper.

La section Roma Pauli renvoie à  la riche tradition spirituelle, liturgique et artistique des moines bénédictins qui, depuis treize siècles, veillent sur le sépulcre de saint Paul sur la via Ostiense.

Evangelium Pauli est en revanche le titre de la troisième partie qui présente la figure et le message du grand apôtre en dialogue avec les cultures et avec une sensibilité moderne. Le cardinal Kasper lit saint Paul entre l’Est et l’Ouest ; Antonio Paolucci le resitue dans le cadre des racines chrétiennes de l’Europe ; le professeur M.D. Nanos le relie au judaïsme , le professeur D.A. Madigan à l’Islam. Alors que tant d’autres évoquent ses autres aspects : saint Paul  cosmopolite, voyageur, missionnaire et modèle de dialogue interreligieux.

La dernière partie, Vita Pauli, soulève la question de l’identité de Saul/Paul après deux mille ans d’interprétation, exaltation, aversion, instrumentalisation de l’apôtre et de son message.

En feuilletant les pages du Codex, le Paul d’hier, présent avec le texte original grec, arrive jusqu’à nous grâce à une traduction en langue courante. Au coté du corpus paulinum intégral, comprenant les 13 lettres de l’apôtre, l’œuvre offre aussi le texte italien-grec des Actes des Apôtres et de la Lettre aux Hébreux.

Une dernière section offre une minutieuse sélection des Apocryphes peu connus sur Paul (Actes de Paul ; Lettres de Paul et des Corinthiens ; Martyre du saint apôtre Paul ; Actes de Paul et Thècle ; Lettre aux Laodicéens ; Correspondance entre Paul et Sénèque ; Apocalypse de Paul).

Chaque texte s’ouvre par une présentation des plus illustres exégètes de saint Paul et s’achève par une page de Lectio divina, selon la tradition monastique millénaire.

La présentation et les introductions aux écrits pauliniens sont de Mgr Gianfranco Ravasi, aux côtés d’experts de renom, biblistes et théologiens, comme le cardinal Carlo Maria Martini, Romano Penna, Rinaldo Fabris, Primo Gironi, Antonio Pitta, Stefano Romanello, Giuseppe Pulcinelli, Paolo Garuti et Marco Valerio Fabbri.

« Le Codex Pauli, explique le père Edmund Power dans la présentation, est avant tout un acte de vénération à la Parole de Dieu. C’est la Parole qui donne la vie. Ce livre tire son aspiration de la figure du docteurs des nations, une figure complexe et marquante, incapable de se cacher : ses lettres, ses paroles, montrent de manière éloquente sa personnalité énergique et dynamique ».

« Un homme qui sait être ironique, voire sarcastique, mais jamais  privé d’une partie affectueuse, inspirée, majestueuse, qui nous fait voir en lui un homme ‘obsédé par le Christ’, explique-t-il. Ainsi le Corpus du Codex Pauli est lui aussi un ensemble de créativité humaine, d’où jaillissent beauté et amour ».

« Selon la tradition monastique, l’art est l’effort d’incarner une vision intérieure en recourant à la forme expressive d’une beauté en soi inexprimable, poursuit l’Abbé de Saint-Paul-hors-les-Murs. Tous n’arrivent pas à la percevoir clairement : voici pourquoi cette œuvre artistique cherche à pousser chaque observateur à s’orienter vers l’unique Dieu, comme source de toute beauté ».

« Celui qui cherche et aime la beauté à travers le langage de l’art se tourne vers le Divin, souligne-t-il. Cette œuvre se propose le même objectif ».

[Pour plus d’informations: www.codexpauli.itpaolo.pegoraro@codexpauli.it]

Un regard de Saint Paul sur la Vierge Marie ; l’homme, la femme, le Christ, l’Eglise.

12 janvier, 2010

du site:

http://notredamedulaus.over-blog.com/article-30536683.html

Un regard de Saint Paul sur la Vierge Marie ; l’homme, la femme, le Christ, l’Eglise.

Enseignement de la Semaine Sainte à Notre Dame du Laus  

Un regard de Saint Paul sur la Vierge Marie,

 l’homme, la femme, le Christ l’Eglise.  

Pour aborder ce sujet délicat, aujourd’hui encore, sans doute depuis toujours, je vais vous proposer de nous enrichir de la manière dont l’apôtre Paul rapproche l’Eglise de la Vierge Marie. Pour réaliser ce parcours nous entrerons dans les textes du pape Jean-Paul II sur la femme dans l’Eglise (Redemptoris Mater : RM et Mulieris Dignitatem : MD), textes dans lesquels sont cités abondamment les lettres de Saint Paul. Puis, nous lirons les tout premiers chapitres de la Genèse évoquant la place de l’homme et de la femme. En final, nous pourrons retrouver l’expérience propre de Benoîte Rencurel au Laus.  

1- Deux lettres du pape Jean-Paul II.

            Le pape Jean-Paul II a écrit de très beaux textes sur le rôle de la femme dans l’Eglise  dans la société et dans l’Eglise. Nous les retrouvons commentés dans la revue de l’Académie d’Education et d’Etudes Sociales portant sur la différence homme / femme (Annales 2006 – 2007). Une théologienne, Marie Hendrickx, cherche à montrer comment l’encyclique Redemptoris Mater de 1987 et la lettre apostolique Mulieris Dignitatem de 1988 donnent une place première à la femme dans la société et montrent sa vocation au sein de la famille.1 Depuis la famille comme cellule de base de toute société humaine, le Pape aborde alors la vocation même de la femme au sein de l’Eglise.

            Pour le Pape Jean-Paul II, à la suite de l’apôtre Paul, la figure de Marie exprime parfaitement la vocation de la femme. Dans l’épitre aux Galates, Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi et de nous conférer l’adoption filiale. »(Gal 4, 4) Le Pape relie la présence de la Vierge Marie au mystère même, bien sûr, de la naissance du Christ et aussi au mystère non moins important du Salut de tous les hommes. De même, il donnera à Marie un rôle de médiation maternelle puisque c’est par elle que prend naissance auprès des hommes, leur rédempteur. En somme, par la Vierge Marie, se réalise pour l’homme, pour tout homme une nouvelle naissance. Marie, nouvelle Eve, devient alors la mère des vivants, ce qui est déjà la signification du nom d’Eve? Mais ces vivants que nous sommes reçoivent par Marie, la promesse de la vie éternelle. Nous en reparlerons.

            Le Pape Jean-Paul II ira plus loin encore dans sa lettre apostolique, Mulieris dignitatem. Dans cette courte lettre qui veut vraiment éclairer les croyants sur la vocation de la femme, le Pape cherche à présenter « celle qui reçoit l’amour pour aimer à son tour ». Il ne s’agit pas de croire que la femme ne ferait que de subir la domination de l’amour du mâle en vue de transmettre cet amour à ses seuls enfants et de n’en rien garder pour elle-même. Au contraire, le pape permet de découvrir comment la femme est « celle en qui l’ordre de l’amour dans le monde créé des personnes trouve le lieu de son premier enracinement ».2 La dimension de l’amour appartient en effet, à la vie intime de Dieu lui-même, à la vie trinitaire, explique Jean-Paul II. C’est donc la perfection de cet amour qui s’ échange sans fin entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint qui est confié à la femme pour qu’à partir d’elle naissent enfin les fils tant désirés par Dieu.

            Cette affirmation prophétique et magnifique provient de la manière dont le pape lit chez l’apôtre Paul, cette remarque très surprenante pour un lecteur du XXIème siècle : « Les chrétiens doivent être soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ » (Eph. 5, 21). Et aussi un peu plus loin : « Les maris doivent aimer leur femme comme le Christ a aimé l’Eglise, pour laquelle il s’est livré. » (v. 25) Dans cette réciprocité des liens entre le Christ et l’Eglise, l’époux est celui qui aime, l’épouse est aimée pour aimer à son tour. Et c’est à partir du modèle que représente le lien invisible qui unit le Christ à l’Eglise que St Paul compare l’homme au Christ et la femme à l’Eglise. Les membres de l’Eglise du Christ sont ainsi appelés à témoigner de l’amour qu’ils reçoivent sans cesse du Christ. L’amour du Christ concerne en fait tous les hommes. Ce sont donc tous les hommes qui sont invités à bénéficier de l’amour que le Christ réserve à l’Eglise.  

            Cela va bien sûr très loin. Poursuivant la comparaison que fait Saint Paul entre la vie du couple et les liens entre le Christ et l’Eglise, le Pape peut avancer que pour lui, la femme peut s’attendre à recevoir de son mari un amour tel que cela doit lui permettre de le redonner à un autre puis à d’autres… De fait, dans le couple, l’amour reçu par la femme ouvre sur la venue des enfants du couple. Aussi, à partir de là, le pape va plus loin et explique alors que la perspective visée par saint Paul est plus universelle que la situation concrète d’un couple humain. En toute personne humaine, les liens avec les autres touchent une part de féminin en elle, une part de masculin en elle. A partir des affirmations de l’apôtre, Jean Paul II perçoit que la femme n’a pas la même position que l’homme dans les rencontres qui la relient aux autres, « du fait même de sa féminité », dit-il. En lisant plus largement toute la Bible, les couples bibliques que nous rencontrons dans les livres de l’Ancien testament mettent moins en scène deux êtres différents que les deux aspects de masculin et de féminin en toute personne humaine. Afin d’illustrer cela dans sa lettre, le Pape étend son étude sur le témoignage de quelques couples bibliques, notamment Adam et Eve puis l’époux et l’épouse, le Christ et l’Eglise et enfin Dieu et l’humanité.

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2- Adam et Eve

            Dans le chapitre 3 de l’encyclique Mulieris dignitatem, Jean Paul II sonde le récit du Livre de la genèse. Mais essayons de lire aussi la proposition d’une femme bibliste, Marie Balmary, pour comprendre la place de l’homme et de la femme dans le processus de la Création. Marie Balmary nous fait entrer dans le mystère de la présence de l’homme et de la femme et de leur lien avec Dieu. Le Pape, lui, nous parle de la place d’Eve auprès d’Adam, disant que la présence de la femme auprès du premier homme lui permet de découvrir non seulement qu’il existe mais qu’il existe pour autrui. L’homme et la femme se donneront l’un à l’autre et se recevront l’un de l’autre. C’est ainsi qu’ils seront à l’image de Dieu, développe Jean Paul II. Parce qu’ils sont communion de l’un à l’autre dans l’amour. Rappelons le propos du Pape  : « Conformément au dessein éternel de Dieu, la femme, avons-nous dit, est celle en qui l’ordre de l’amour dans le monde créé des personnes trouve le lieu de son premier enracinement, l’ordre de l’amour appartient à la vie de Dieu lui-même, à la vie trinitaire. »

            Or, la vie trinitaire, l’amour entre le Père et le fils et avec l’Esprit Saint ne demeure pas enfermé entre les trois personnes de la Trinité. De même pour l’amour qui est échangé entre les deux personnes du couple, l’amour au sein de la vie trinitaire est fécond : « Dieu dit : ‘que la lumière soit et la lumière fut’… » A partir de là, le pape pourra développer comment la femme de Nazareth exprime « la vérité sur la maternité et aussi sur la virginité comme deux vocations de la femme à la  lumière de la révélation divine. » (MD, 7)  

3- Quelques mots sur l’homme et la femme.

            Revenons sur la phrase de Saint Paul : Les maris doivent aimer leur femme comme le Christ a aimé l’Eglise, pour laquelle il s’est livré. » Essayons de comprendre pourquoi l’apôtre s’appuie sur la différence homme/femme pour parler du Christ et de l’Eglise. Pour cela retrouvons le récit de la genèse et notamment les passages suivants : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gen 1, 27). Et plus loin, dans le chapitre 2, nous lisons : « Dieu dit : ‘Ce n’est pas bon que l’homme soit seul, je ferai une aide contre lui. » 4 (Gn 2, 18)  

            Pour cette étude, je m’appuie sur une communication de Marie Balmary sur ce sujet 2
 

A – Dieu et l’homme

« Yahvé ordonne à Adam pour dire : « De tout arbre du jardin, tu mangeras, tu mangeras, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, oui, du jour où tu en mangeras, tu mourras, tu mourras. » (Gen 2, 16-17) 5

           

            L’interdit posé par Dieu dans ce texte n’a rien d’un interdit social. Dieu demande qu’on ait confiance en la portée de l’interdit qu’il énonce. Si l’on pose comme postulat que Dieu est tout autre que tout ce qui est créé, le Grand Autre parce qu’il est à l’origine de tout mais séparé, différent de toute chose créée, nous pouvons comprendre qu’il porte en lui la Vérité sur tout être. Il énonce une loi en vue de protéger l’homme d’une menace pour lui. Mais quelle est cette menace ? Cette menace est exprimée ici à partir de la possibilité de manger de tous les arbres du jardin. Et, en mangeant de tous les arbres du jardin, l’homme pourrait manger aussi l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est bien autour du fait de manger que proviendrait la chute conduisant l’homme vers sa mort. Marie Balmary éclaire ce point à partir de cette image de la nourriture que nous consommons : « Manger, c’est dé- différencier. Ce que je mange devient moi et disparaît en moi » 6 En mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, je le fais advenir moi-même. Il y a là un problème. C’est de là qu’il faut partir pour comprendre l’interdit posé par Dieu. « Car, explique Marie Balmary, ne pas se manger, entre humains, c’est se connaître bien, c’est se garder et cultiver l’écart, la séparation qui permet de s’écouter, de se parler, sans se confondre. » (Idem) Vis-à-vis de Dieu, il s’agit alors de savoir maintenir la séparation qu’il a installé pour qu’il soit Lui et l’homme un autre. En enfreignant cet interdit, l’homme prendrait le risque de s’engager sur une voie de toute puissance car il croirait connaître parfaitement Dieu en l’assimilant à lui. L’homme mourrait puisqu’il serait seul, ayant assimilé tout ce qui lui est différent. Sa vérité d’être ne s’appuierait pas sur une autre vérité, celle de Dieu, celle de tout autre que lui, mais sur sa seule imagination. Par cet interdit, Dieu offre à l’homme le moyen de se connaître lui-même par le regard que Dieu et tout autre que lui, portent sur lui et son avenir.

            La racine du péché est là. Elle est dans la place que nous accordons à l’autre. Or il est nécessaire de donner une place première à l’autre pour faire alliance avec lui et non pas le manger ou le faire disparaître en soi. C’est en reconnaissant la différence contenue en l’autre et donc une complémentarité avec l’autre qui permet de réaliser une œuvre commune. Le serpent est l’instance qui fait refuser d’accepter Dieu pour tout autre que soi. Il fait figure de celui qui empêche l’accomplissement de toute l’œuvre de Dieu et donc de toute la création.  

            Parlons alors du lien entre l’homme et la femme.  

B – L’homme et la femme.

« Dieu dit : ‘Il n’est pas bon pour le glébeux (Adam) d’être seul ! Je ferai pour lui une aide contre lui’. » 6 (Gn 2, 18) Il s’agit là d’un passage important de la Bible. Car de la condition de mâle et de femelle qui se trouvait être celle des humains parmi l’ensemble des espèces de la Création, il apparaît là, soudainement l’homme et la femme. Comment est exprimé le déplacement mâle-femelle vers la présence de l’homme et de la femme ?

            Cela a commencé juste après l’interdit dont nous venons de parler. Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide ». (Gn 2,7) Littéralement, il faut lire : Dieu fait une aide contre Adam. A cet homme mâle, issu de la glaise du sol, Dieu va se mettre à chercher qui pourrait se placer « contre lui », c’est-à-dire en vis-à-vis différencié et immangeable, suivant ce qui est interdit plus haut. Dans ce sens, les animaux ne conviennent pas. Alors il plonge le glébeux, Adam, dans un sommeil. Suivant les psychanalystes, c’est précisément dans le sommeil que, « tout homme  qui dort va chercher son désir dans le rêve. » 7 Aussi, explique Marie Balmary, justement, l’Adam s’est endormi à la recherche de l’autre, à la recherche d’un autre pour qu’il puisse parler avec lui – et non pas seulement « parler à », ce qu’il a fait pour les animaux juste auparavant, en les nommant.’- Ainsi, Adam se met à parler vraiment avec une autre, c’est-à-dire celle, qui restera pour toujours différente de lui, non-mangeable. Il va recevoir de Dieu un être qui ne vient pas de la terre mais qui vient de lui, de son désir le plus profond (la côte, la chair de sa chair), d’avoir auprès de lui quelqu’un avec qui il puisse parler en vérité. « L’homme et la femme adviennent donc ensemble et l’un par l’autre », dit encore Marie Balmary. Dieu ne fait que les présenter l’un à l’autre comme lors du mariage où un témoin de Dieu prend les deux mains du couple et les unit leur proposant de se déclarer leur choix l’un de l’autre.  

4 – Dieu et l’homme.

            La manière dont Dieu cherche à maintenir une séparation toute nécessaire entre lui et Adam est aussi la manière dont l’homme et la femme auront à maintenir une différenciation, une distinction nécessaire entre eux en vue de vivre ensemble une alliance. L’homme mâle et l’homme femelle deviennent mari et épouse en se parlant, en échangeant une parole. Cette alliance fragile, toujours remise en question entre l’homme et la femme n’est pas non plus une coalition en vue de dominer sur l’œuvre de Dieu, suivant ce qu’illustre le récit de la Tour de Babel. Entre l’homme et la femme le projet rejoint le désir même de Dieu de permettre à l’homme de participer pleinement à sa vie trinitaire, à son œuvre d’amour. C’est ainsi que Saint Paul comprendra le lien entre le Christ et l’Eglise.

            « Quand vint la plénitude des temps, ‘Dieu envoya son Fils, né d’une femme’ » (Gal 4, 4). Le Pape Jean-Paul II fait de cette phrase de Saint Paul le sommet de sa lettre sur « La dignité de la femme ». En effet, lorsque Saint Paul parle de la « plénitude des temps », il insiste sur ce moment où Dieu décide de réaliser son projet. Et cette réalisation ultime passe par une femme d’une part, par le Fils de Dieu d’autre part. Jean-Paul II écrit : « L’événement de Nazareth met en relief une forme d’union à Dieu qui ne peut pas appartenir qu’à la femme » (MD 4). L’union à Dieu est une initiative de Dieu et une réponse entière de la vierge de Nazareth. De cette union entre Dieu et la femme il naît le fils même de Dieu, rendant ainsi la vierge de Nazareth mère de Dieu, puisque le fils de Dieu ne peut être autre que Dieu, même s’il est aussi pleinement homme par Marie. C’est donc le Christ qui sera le lien entre Dieu et la femme, qui unira finalement tous les hommes avec Dieu. Or, le Christ est Parole de Dieu. De même qu’entre Adam et Eve, la parole échangée leur permit d’unir leur vie sans manger l’autre. De même, c’est par le Christ que les hommes et Dieu sont réunis sans que l’homme puisse aller jusqu’au projet de se substituer à Dieu. C’est ainsi, par le don de la parole, le don du Christ entre les hommes que ceux-ci peuvent s’accomplir pleinement non plus mâle et femelle mais comme homme et femme à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dieu parle à l’homme par son fils. L’homme parle à Dieu par Jésus-Christ, fils de Dieu. C’est-à-dire que par le verbe qui devient chair, l’homme est uni à Dieu, définitivement. L’homme est Dieu mais Dieu reste Lui-même et l’homme reste lui-même. « Ceux à qui la Parole de Dieu s’adressait, la Loi les appelle des dieux ; et l’Ecriture ne peut être abolie » dit Jésus (Jn 10, 34-35)  

5- Le Christ et l’Eglise.

      Il y a donc « mariage », dit le Pape entre Dieu et Marie et, à travers Marie en tant que femme, il y a mariage entre Dieu et l’homme, c’est-à-dire avec tous les hommes. De cette union entre Dieu et Marie, il naît le Christ-Jésus. La tâche de Jésus a été, nous le savons, de réaliser l’œuvre de son Père qui est de racheter tous les hommes. (Jn 10, 37) Or, c’est aujourd’hui l’Eglise par les successeurs des apôtres et la vie des sacrements qui continue l’œuvre de Dieu en rassemblant tous les hommes en vue de les unir à Dieu. Nous sommes donc, hommes et femmes, appelés à nous rassembler, à faire Eglise, en vue de témoigner de l’union de tous en Christ. S’inspirant du livre de l’apocalypse qui montre une femme située entre le ciel et la terre dont l’enfant qui vient de lui naître est menacé par un dragon, Pierre Claverie, qui deviendra évêque d’Alger puis assassiné en 199?, écrivait ceci en 1988, à partir de l’encyclique de Jean-Paul II : « L’enfant – ainsi menacé d’être englouti par le dragon – est en même temps Jésus et l’Eglise. Nous sommes toujours à la limite entre Marie et l’Eglise : cette vision évoque en même temps Marie qui accouche de cet homme nouveau, et cet homme nouveau, l’Eglise, toujours en danger d’être à nouveau avalé par la mort, par le mal. » 8 De quel homme nouveau parle Pierre Claverie ? Il s’agit de l’homme nouveau dont nous parle Saint Paul et qui est la distinction entre l’Eglise et le monde :  » Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire comme le font les païens, avec leur vain jugement et leurs pensées enténébrées : ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qu’a entraînée chez eux l’endurcissement du cœur, et, leur sens moral une fois émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie toute sorte d’impureté.

Mais vous, ce n’est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si du moins vous l’avez reçu dans une prédication et un enseignement conformes à la vérité qui est en Jésus, à savoir qu’il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil des convoitises décevantes, pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement et revêtir l’Homme nouveau, qui a été créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité. » (Ephésiens 4, 17-24) Cet homme nouveau est sans cesse menacé d’être mangé par le dragon, menacé d’être assimilé par le mal et disparaître dans le mal. Parlons-en encore.            

6- L’homme ancien et l’homme nouveau.

            La vierge Marie, en répondant parfaitement à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole  » (Lc 2, 38) manifeste parfaitement ce que tout homme peut vivre en lui : l’union parfaite avec Dieu. Mais, de même que l’Eglise n’est pas le monde et que le monde n’est pas l’Eglise, il y a en l’homme une vie en Christ, totalement unie à Dieu et une part qui demeure attachée au monde. Cette séparation est un combat intérieur en tout homme. Et ce combat au cœur de la vie de chacun est la raison de la venue du Christ. Le Christ est venue pour permettre non pas le rejet du monde par l’Eglise, non pas le rejet de la part humaine par la dimension divine en chacun mais il est venue pour que le monde tout entier, l’homme tout entier bénéficie du salut. Pierre Claverie cite là un mystique musulman, Rûmi, qui parle ainsi de ce mystère : « De même que l’Esprit saint insufflé en Marie, lui a fait concevoir l’enfant divin, lorsque la parole de Dieu pénètre dans le cœur de quelqu’un et que l’inspiration divine emplit son cœur et son âme, sa nature est telle qu’alors est produit en lui un enfant spirituel ayant le souffle de Jésus qui ressuscite les morts. L’appel de Dieu, qu’il soit voilé ou non, octroie à l’homme ce qu’il a octroyé à Marie. Ô vous qui êtes corrompus par la mort à l’intérieur de votre corps, revenez de la non-existence à la voix de l’Ami. En vérité, cette voix vient de Dieu. » (o.c. p. 207). Là aussi, l’homme peut demeurer lui-même par la voix qui lui vient du Père.            

7- l’homme et la femme, l’époux et l’épouse.

            Nous savons maintenant par l’apôtre Paul que le Christ est l’époux et l’Eglise est l’épouse. Mais nous naissons tous homme ou femme. Nous pourrions demeurer ainsi, dans ce statut de mâle et de femelle à la recherche de notre nourriture en vue d’engendrer la génération suivante. Il n’y a en cela ni mal, ni bien. Toute la nature est organisée ainsi, suivant un ordre naturel. Mais, l’Ecriture biblique dévoile le mystère de ce qui distingue l’homme et la femme du reste de la création, une alliance avec le divin, une invitation à accéder à l’éternité : « C’est pour que nous devenions libres que le Christ nous a libérés », rappelle encore Saint Paul (Gal 5,1) qui écrivait juste avant : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Christ Jésus » (4, 26). N’est-ce pas lorsque l’homme et la femme comprirent les conséquences de leur compromission avec le serpent qu’ils éprouvèrent le besoin de se vêtir : « alors qu’ils étaient nus »(Cf. Gn 3, 6-7). Ils n’avaient pas jusque là le moyen de découvrir qui ils étaient l’un en vis-à-vis de l’autre. Pour ne pas mourir, c’est-à-dire pour ne pas être mangé ou assimilé, il est indispensable de mettre entre soi et tout autre la parole de Dieu, le Christ. Le Christ est le verbe de Dieu (Jn 1, 1-8). Il est cette parole issue de Dieu qui apporte vers l’homme  la source jaillissante en vie éternelle : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn 4, 10) Là femme à qui Jésus s’adresse est la samaritaine. Dans ce dialogue autour d’un puits n’avons-nous pas l’illustration de tout notre mystère du lien entre l’homme et la femme mais aussi celui du lien entre le Christ et l’Eglise ?

            Toute femme est appelée à vivre l’expérience de Marie de Nazareth. Elle représente l’humanité en temps qu’espèce humaine au milieu de toutes les autres espèces de la création. Mais c’est par une femme que naît Jésus, le fils de Dieu; c’est au sein de l’humanité que le fils de Dieu vient prendre chair. Ainsi, le récit de la Genèse place la femme en face de l’homme comme une aide pour que l’homme s’accomplisse parfaitement dans le projet que Dieu porte sur lui, celui d’être élevé comme fils de Dieu. C’est ce qui doit naître du dialogue et de la relation entre l’homme et la femme : l’enfant qui naît de ce lien, n’est donc pas destiné à prolonger l’espèce humaine mais, suivant ce que Saint Paul nous enseigne, l’enfant qui vient est appelé à advenir fils de Dieu.  

8- L’enfant qui naît de l’homme et de la femme.

Comme l’homme se donne à la femme, le Christ se donne à l’humanité. De ce qui est échangé entre l’homme et la femme, naît l’enfant. De ce qui est échangé entre le Christ et l’humanité, il naît l’Eglise. Mais ce parallèle ne suffit pas pour comprendre comment l’homme devient fils de Dieu. Saint Paul dit ceci :  » Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons. Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait « péché » pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu. » (2 Cor 5, 16-21). Mais le Livre de l’Apocalypse décrit la menace qui survient contre ce fils de Dieu par le dragon et la bête. L’invitation est là, la menace pèse encore.  

9- Benoîte Rencurel : une aide donnée aux hommes et aux femmes de son temps.

Jean-Paul II conclut ainsi son encyclique : « La femme est celle qui est aimée pour aimer à son tour ». On comprend par là que le Pape  a le souci de montrer à la suite de Saint Paul les liens entre le rapport homme-femme et ceux du Christ en tant qu’il est Dieu, avec l’Eglise.

C’est là toute l’expérience vécue par Benoîte Rencurel dans cette vallée alpine au 17ème siècle. En deux mots, Benoîte a reçue la visite d’une belle dame qui a commencé par lui sourire. Accompagnée d’un enfant de cinq ou six ans, cette belle dame resta silencieuse pendant deux mois durant lesquels la jeune paysanne âgée de 17 ans au début de ces apparitions mariales vint chaque jour recevoir la douceur du regard qu’elle rencontrait chaque jour. C’est ensuite que débuta pour cette jeune femme rustre une véritable éducation qui lui permit de découvrir en elle sa vie de fille totalement éprise de Dieu. C’est alors qu’elle s’est mise à servir les hommes et les femmes qui venaient à elle. Mais elle ne les servit pas simplement pour leur apporter la guérison physique qu’ils lui réclamaient le plus souvent. Elle vient à eux comme la femme du livre de la Genèse fut donnée à l’homme comme une aide pour que chacun et chacune advienne un enfant de Dieu. Pour réaliser cela, elle leur dévoilait les obscurités de leur cœur, leurs péchés, en somme, et elle leur recommandait d’aller voir un prêtre pour recevoir le sacrement du pardon.  Les contemporains de Benoîte en étaient reconnaissants. Car en recevant le Christ, ils quittaient quelque chose dans leur vie d’homme ou de femme pour devenir des enfants de Dieu. De fait, Benoîte remplissait dans ce ministère, sa vocation de chrétienne. Elle donnait sa part à la construction de l’Eglise du Christ. Benoîte, sa sainteté, la rigueur extraordinaire de son ascèse nous introduit dans les trois jours saints qui précèdent la grande fête de Pâques. La sainteté se vérifie sûrement dans la dépossession des choses du monde pour découvrir ce qui demeure caché aux yeux et aux oreilles.

Père Bertrand Gournay 

Conclusion:

En effet, les événements de ces trois jours saints dévoilent tout le mystère de l’homme et de son union avec Dieu. Par le jeudi Saint, nous allons entrer dans le mystère de l’Eucharistie. En donnant sa chair à manger, le Christ consent librement à se laisser assimiler par nous afin que nous allions jusqu’à Dieu et soyons divinisé. Par la souffrance de la Croix, le Christ prend sur lui, toute la charge de l’homme ancien et de l’humanité pas encore accomplie en fils de Dieu. Par le silence du samedi Saint, le Père du Ciel offre sa patience afin que l’homme ait le temps de se laisser réconcilier avec lui-même et retrouve sa vocation première. A l’approche de la victoire de la vie sur la mort, l’homme peut entendre résonner en lui ces mots d’une homélie des premiers siècles de l’Eglise : « C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils; c’est pour toi que moi, le Maître, j’ai pris ta forme d’esclave; c’est pour toi que moi qui domine les cieux, je suis venu sur la terre et au-dessous de la terre; c’est pour toi, l’homme que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin » 9  

Notes :

1 : Cf. p. 99-111
2 : o.c. p. 103.
3 : In Homme et femme Il les créa p 12-23
4;  5; 6 : Trad. Chouraqui
7 : Marie Balmary, idem, p. 19
8 : P. Claverie, Marie, la vivante, sept jours de retraite avec Marie, cerf, 2008, p. 205-206
9 : homélie ancienne pour le samedi saint, Livre des jours, DDB, p. 326

L’Hymne aux Philippiens,

4 janvier, 2010

du site:

http://www.jeannedarc-versailles.com/L-Hymne-aux-Philippiens.html

L’Hymne aux Philippiens

Textes pour l’adoration du mercredi 29 Avril 2009

Jean-Marie Calmel  5 avril 2009     Imprimer
           
 Saint Paul écrit aux Philippiens alors qu’il est en prison à Ephèse (Philippiens II, 5-11). La communauté des Philippiens lui est particulièrement chère. Il leur écrit une lettre d’amitié empreinte d’une grande joie. Saint Paul les exhorte au bien et en même temps les réconforte. Cette hymne est une conversation pleine d’émotion et de délicatesse.

Ce passage reprend une hymne des tout premiers temps de l’Eglise. Saint Paul l’a peut-être repris d’un chant utilisé par les premières communautés chrétiennes.

Approfondissons le temps pascal où nous vivons en contemplant ce mystère avec Saint Paul : l’abaissement de Jésus et son exaltation par Son Père. Cette contemplation nous amène à « avoir entre nous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus ».

I. Abaissement de Jésus

« Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu ». La condition(en latin, forme) est la substance, la morphologie. Jésus est Dieu mais Il est une personne distincte. Il a les mêmes prérogatives que Son Père et aurait pu réclamer une égalité de traitement, de dignité manifestée et reconnue, même dans Son existence terrestre. Il a préféré « s’anéantir Lui-même » Il a préféré se priver de la Gloire qui Lui revenait de fait pour ne la recevoir que du Père.

Jésus attendait tout de Son Père. Jésus se retirait souvent pour prier Son Père. Avant la résurrection de Lazare, Il « lève les yeux en haut et dit : « Père, je Te rends grâces de m’avoir écouté » Jean, XI, 41 .

Jésus, par acte d’obéissance libre, se soumet à Son Père en toutes choses : « C’est de Dieu que Je suis sorti et que Je viens : Je ne viens pas de moi-même, mais Lui m’a envoyé » (Jean, VIII, 42) dira Jésus à Ses apôtres. Entre le Père et le Fils règne l’union vivante la plus intime qu’on puisse imaginer.

« Prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes » :Jésus est né d’une Vierge, n’a commis aucun péché mais Il a pris un corps et une âme pour être l’un de nous. Jésus est devenu homme, Il est accueilli par les hommes comme l’un d’entre eux. Jésus n’a pas cherché à s’imposer par les attributs de Sa Gloire. « Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner Sa Vie » Mat. XX, 28. Un esclave ne commande pas, Il obéit. Jésus montrera jusqu’à quel point Il se fait serviteur en lavant les pieds de Ses apôtres le Jeudi Saint.

Il y a une progression dans l’abaissement : « S’étant comporté comme un homme, Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une Croix ! »

Jésus a accepté de mourir d’une manière infamante, réservée aux esclaves et aux séditieux ! Pour Benoît XVI, Jésus nous montre ainsi Sa participation pleine et authentique à notre réalité humaine de douleur et de mort. Au cœur du scandale de la Croix, seule la chair de Jésus est meurtrie et a subi des humiliations. Le Christ achève par cette offrande le suprême don qu’Il fit de Lui-même par Son Incarnation : « du bois de la crèche au bois de la Croix » : Jésus couronne Sa mission : être le sacrement de la Tendresse du Père ! Cette mort est le pivot : maintenant Dieu va exalter Son Fils !

II. Exaltation de Jésus

Le Christ reçoit toute Sa Gloire de Son Père ! La Gloire découle de la Croix, elle en donne le sens.

« Aussi Dieu L’a-t-Il exalté et Lui a-t-Il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom ». Aussi : c’est parce que Jésus s’est anéanti qu’Il a pu recevoir cette exaltation de Son Père : Il a été « surexalté » par la Résurrection et l’Ascension. Dans Sa Gloire Pascale, le Christ se manifeste à nouveau dans la splendeur de Sa Majesté Divine. Le Père, qui avait accueilli l’acte d’obéissance du Fils dans Son Incarnation et dans Sa Passion, l’exalte de façon suréminente.

Chaque homme reçoit un nom après sa naissance. Jésus est à nouveau dans la Gloire et reçoit le nom de Jésus, nom qu’Il a déjà reçu à la circoncision mais qui est réalisé : Jésus a sauvé tous les hommes !

« Pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ qu’Il est Seigneur, à la Gloire de Dieu le Père ».

Dieu donne à Jésus une seigneurie universelle qui lui permet de recevoir l’hommage de toute la création. Jésus reçoit une reconnaissance publique et de toute la création. Même dans la Gloire, Jésus reste décentré de Lui-même : Il reçoit l’hommage de toute la création « à la Gloire de Dieu le Père ». Jésus reçoit Sa Gloire de Son adoration vers le Père. Ce que désirait Dieu en créant le monde est réalisé : la soumission du monde au Fils est la glorification du Père ; tout l’hymne est compris dans les attributs que Saint Paul donne à Jésus : Seigneur, titre adressé à Dieu, Jésus nom de Son humanité et Christ : le Messie qui vient nous sauver.

III. Les vertus familiales

« La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » nous dit Saint Irénée. Contemplons Dieu dans Sa Gloire ! Comme Il s’est abaissé en devenant homme et en mourant sur une croix, Il s’abaisse devant nous en se rendant présent dans l’hostie ! Il accepte d’être dans une hostie pour être vraiment présent avec nous. Dans l’adoration, je prends conscience que cette vie nouvelle qu’Il a reçue de Son Père, Il me la donne par amour gratuit !

Je suis invité à proclamer avec toute l’Eglise du Ciel et de la terre que Jésus-Christ est le Seigneur et à en vivre les fruits. Jésus a dit : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, Mon Père vous le donnera ». Mais, pour cela, Jésus nous dit : « Ce que je vous demande, c’est de vous aimer les uns les autres ». La prière familiale, l’adoration familiale nous permettent de confesser la Majesté de Dieu et de nous reconnaître unis les uns aux autres par cette Vie Divine reçue sur la Croix.

Je suis poussé à me convertir, à conformer ma façon de penser, d’agir, de décider aux sentiments de Jésus. Saint Grégoire de Naziance nous dit : « Lui, Jésus, t’aime ». Quelle parole de tendresse ! C’est un grand réconfort mais aussi une grande responsabilité jour après jour.

Et comment imiter le Christ si ce n’est en priorité en devenant humble comme Lui ? « Que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi » nous dit Saint Paul : l’humilité et la douceur sont à la base des autres vertus. Vaine est la prière sans l’humilité : après la prière, l’humilité est le premier besoin de l’homme » nous dit Sainte Angèle de Foligno. Oublions-nous pour chercher le bien de nos parents, de nos frères et sœurs. Acceptons de nous dévouer au bien de notre famille, de tous ceux qui nous entourent ; par notre exemple, nos paroles, nos gestes de service. Sachons accepter les petites remarques, les reproches même injustes par amour pour Jésus et en union avec Ses souffrances. « Qui s’élève s’abaisse, qui s’abaisse s’élève ». Jésus nous a montré le chemin.

Si je suis humble, je peux obéir. Je peux aussi pardonner et recevoir le pardon. Et voici les biens procurés par l’humilité : la douceur, la patience, l’humanité, la tempérance, la docilité. Et une grande joie, une paix profonde rayonnera dans nos familles.

Le Saint Père nous dit : « Plus la famille sera imprégnée de l’esprit et des valeurs de l’Evangile, plus l’Eglise en sera elle-même enrichie ». Appliquons à nos communautés familiales l’enseignement de Saint Paul aux communautés chrétiennes : réconfortons-nous les uns les autres, exhortons-nous à faire le bien, encourageons-nous, ayons de la tendresse et de la compassion pour chaque membre de nos familles, en particulier pour les plus faibles.

Prenons comme modèle et prions la Sainte Vierge de nous aider : « Marie, vaisseau d’humilité, tu as charmé le Père Eternel », nous dit Sainte Catherine de Sienne que nous fêtons aujourd’hui. La seule gloire de Marie, c’est que « le Père a regardé l’humilité de Sa Servante ».

Dom Jeaques Alberione – Prière à saint Paul

25 novembre, 2009

du site:

http://www.alberione.org/beatificazione/DonAlberione/preghiera_fra.htm#Sainte

Prière à saint Paul

Ô saint Apôtre, toi qui as instruit tous les hommes par ta doctrine et par ta charité; regarde-nous avec bienveillance. Nous attendons tout de ton intercession auprès du Maître divin et de Marie, Reine des apôtres.
  
Toi qui fus l’apôtre des nations, fais que nous vivions de foi, que l’espérance soit notre salut, que la charité règne en nous. Toi que Dieu a choisi, obtiens-nous la docilité à la grâce afin qu’elle agisse en nous. Fais que nous te connaissions, t’aimions et t’imitions de plus en plus; que nous soyons des membres vivants de l’Église, Corps mystique de Jésus Christ. Suscite des apôtres en grand nombre ! Qu’ils soient saints. Que le feu d’une charité authentique embrase le monde. Que tous te connaissent et glorifient Dieu et le Maître divin, Voie, Vérité et Vie.
  
Seigneur Jésus, toi qui sais que nous ne nous fions pas à nos forces, par ta miséricorde, par l’intercession puissante de saint Paul, notre maître et notre père, accorde-nous d’être délivrés de tout mal.

par Sandro Magister : Les histoires jamais racontées des martyrs d’Israël

11 novembre, 2009

du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1340894?fr=y

Les histoires jamais racontées des martyrs d’Israël

Pour la première fois, dans un livre, les portraits des victimes de la haine islamiste. Jeunes et vieux, hommes et femmes. Abattus dans l’autobus, au bar, au marché. Tués à cause d’une seule « faute »: ils sont juifs

par Sandro Magister

ROME, le 9 novembre 2009 – Aujourd’hui les juifs du monde entier commémorent leurs martyrs de la « nuit de cristal », c’est-à-dire les victimes du pogrom nazi de la nuit du 9 au 10 novembre 1938, en Allemagne.

Aujourd’hui on fait mémoire universelle et pénitentielle de ce massacre et de la terrible extermination ultérieure des juifs par le Reich.

Il n’en est pas de même, en Europe et en Occident, pour les nombreuses autres victimes juives qui, en Israël, tombent depuis des années sous les coups du terrorisme musulman.

A chaque fois que l’une d’elles est tuée, elle apparaît aux informations puis en disparaît rapidement, submergée dans la confusion de la « question palestinienne », que beaucoup considèrent comme un résultat de la « faute » d’Israël.

Pourtant, une famille israélienne sur 300 a déjà été frappée par un attentat. Les actes terroristes se comptent par milliers. Plus de 150 attentats-suicides ont atteint leur cible et, pour chaque attentat exécuté, la police israélienne estime en avoir empêché neuf. Actuellement, le total des morts est de 1 723, dont 378 femmes. Le nombre de blessés dépasse les 10 000.

Un livre réagit à la distraction du regard occidental et chrétien face à cette succession de victimes, systématiquement frappées dans leur quotidien, en autobus, à la cafétéria, au marché, à la maison. Il raconte pour la première fois leurs histoires et nous dit enfin qui elles sont.

Ce livre a été publié il y a un mois en Italie et sera bientôt traduit à New-York et Londres. Son titre est « Nous n’arrêterons pas de danser » et il est sous-titré : « Les histoires jamais racontées des martyrs d’Israël ».

L’auteur, Giulio Meotti, est déjà connu des lecteurs de www.chiesa par deux de ses reportages qui ont fait beaucoup de bruit : l’un sur la cité plus islamisée d’Europe, Rotterdam, l’autre sur les « jeunes des collines », les colons israéliens de la dernière génération.

Son dernier livre s’ouvre sur une préface du philosophe anglais Roger Scruton et une lettre de Robert Redeker, l’écrivain français qui vit dans un lieu secret depuis qu’il a été menacé de mort par des islamistes fanatiques.

Voici un extrait du premier chapitre.

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Les submergés d’Israël

par Giulio Meotti

Extrait de « Non smetteremo di danzare », pp. 26-36

Pourquoi ce livre ? Parce qu’il n’y avait aucune histoire des morts d’Israël. Ecrit sans aucun préjugé contre les Palestiniens, c’est un récit inspiré par l’amour d’un grand peuple et par sa merveilleuse et tragique aventure au cœur du Moyen-Orient et pendant tout le XXe siècle. Chaque projet d’extermination d’un groupe entier d’êtres humains, de Srebrenica au Rwanda, a eu sa meilleure histoire. Mais cela ne semble pas avoir été accordé à Israël : il a toujours fallu effacer rapidement de l’histoire le sang des juifs. Des juifs tués parce qu’ils étaient juifs, dont les histoires ont été noyées dans la choquante et amorale équivalence entre Israéliens et Palestiniens qui n’explique rien de ce conflit et l’émousse même jusqu’à l’annuler. Ce livre veut sauver de l’oubli cette immense masse de douleur, en suscitant du respect pour les morts et de l’amour pour les vivants. [...]

Pendant mes quatre ans de recherches, le plus beau cadeau que j’aie reçu m’a été fait par les Israéliens qui ont ouvert à ma demande d’aide leur monde martyrisé et qui sont restés nus avec leur douleur. J’ai frappé à leur porte, je venais d’ailleurs, j’étais un non-juif, un étranger. Mais ils m’ont tous tendu la main et ils ont parlé de leurs êtres chers pour la première fois. [...]

J’ai décidé de raconter quelques grandes histoires israéliennes animées par l’idéalisme, la douleur, le sacrifice, le hasard, l’amour, la peur, la foi, la liberté. Et par l’espoir que, malgré tout ce silence, Israël finisse par triompher. [...] Il y a des gens incroyables comme Tzofia la sage-femme, qui a perdu son père rabbin, sa mère et un petit frère, mais aide aujourd’hui les femmes arabes à accoucher. [...] Il y a Yitro, copiste de la Torah, qui s’est converti au judaïsme et dont le fils a été enlevé et exécuté par le Hamas. Il y a Elisheva, d’une famille de pionniers agriculteurs, qui a perdu tous les siens à Auschwitz ainsi qu’une fille enceinte de neuf mois, tuée par des terroristes sans pitié parce qu’elle « voulait vivre l’idéal juif ». [...] Le père de Tzipi, rabbin, a été poignardé à mort et là où elle avait naguère sa chambre à coucher se dresse maintenant une importante école religieuse. Ruti et David ont perdu un grand médecin humaniste, mari de l’une et frère de l’autre, qui soignait tout le monde, arabes et juifs. Il y a le rabbin Elyashiv, dont le fils séminariste a été enlevé mais qui continue à croire que « dans la vie, tout renforce le fort et affaiblit le faible ». Puis il y a Sheila, qui parle toujours de la venue du Messie et de la manière dont son mari s’occupait des enfants trisomiques. Menashe a perdu en une nuit de terreur son père, sa mère, son frère et son grand-père, mais il continue à croire qu’il a le droit de vivre là où Abraham planta sa tente. [...] Elaine a perdu un fils pendant le dîner du shabbat et, depuis plus d’un an, elle n’a ni fait la cuisine ni émis un son. Il y a les amis de Ro’i Klein, bouclier humain qui a sauté sur une mine en récitant le Shema’ Israël, sauvant ainsi la vie de ses camarades de combat. La fille de Yehudit est morte trop tôt, en revenant d’un mariage avec son mari. A Uri, qui avait fait l’alyah venant de France, on a aussi enlevé sa fille, volontaire chez les pauvres.

Orly a vécu heureuse dans une caravane, mais son fils n’a pas eu le temps de remettre sa kippa avant d’être tué. Il y a Tehila, une de ces femmes timides mais modernes qui peuplent les colonies, mariée à un idéaliste qui « vivait la terre », aimait les touffes roses et bleu ciel des fleurs de Samarie. [...]. Il y a aussi le merveilleux Yossi, dont le fils a sacrifié sa vie pour sauver celle de ses amis et allait tous les vendredis distribuer des dons religieux aux passants. Rina avait créé une perle dans le désert égyptien et croyait être une pionnière : on lui a pris son fils et sa belle-fille enceinte. [...] Il y a Chaya, qui avec son mari a embrassé la religion juive ; pour eux, se convertir « c’était comme épouser Dieu ». [...] Autant d’histoires qui nous parlent de cet état unique au monde, né du sionisme, idéologie laïque du XIXe siècle qui, à partir des cendres de l’Holocauste, a réuni sur sa terre d’origine un peuple exilé 2 000 ans plus tôt et exterminé plus qu’à moitié. Des histoires qui nous parlent de courage, de désespoir, de foi, de défense de la maison, en cherchant, même s’il y a parfois des erreurs, à conserver la « pureté des armes » dans la seule armée qui permette de désobéir à un ordre inhumain. [...]

L’histoire de ces victimes juives n’est pas qu’une histoire de héros. Il s’agit presque toujours de gens sans défense. [...] Le Centre d’Etudes Antiterroriste d’Herzliya, le plus important institut d’analyse en Israël, a calculé que 25 % seulement des victimes israéliennes étaient des militaires. C’étaient et ce sont majoritairement des juifs en vêtements civils. Parmi les Israéliens, les femmes représentent 40 % du total des victimes. En Europe, on croit qu’Israël est l’élément fort, la patrie et la garnison en armes qui possède le contrôle du territoire, la technologie, l’argent, le savoir consolidé, la capacité d’utiliser la force, l’amitié et l’alliance des Etats-Unis. Et que contre cela se dresse la faiblesse poignante d’un peuple qui revendique ses droits et est prêt au martyre pour les obtenir. Mais ce n’est pas vrai. Les histoires de ces nouveaux « submergés » le démontrent.

Les Israéliens ont prouvé qu’ils aiment la vie plus qu’ils ne craignent la mort. Les terroristes ont tué des enseignants et des élèves par centaines, mais les écoles n’ont jamais fermé. Ils ont tué des médecins et des malades, mais les hôpitaux ont toujours fonctionné. Ils ont massacré des soldats et des policiers, mais le nombre de volontaires pour l’armée et la police n’a jamais baissé. Ils ont tiré sur les autocars pleins de fidèles, mais les pèlerins continuent à venir en Judée et en Samarie. Ils ont fait des carnages lors de mariages et forcé les jeunes couples à se marier dans des bunkers souterrains. Mais la vie a toujours triomphé de la mort. Comme à la soirée au Sea Market Restaurant de Tel Aviv où Irit Rahamim enterrait sa vie de jeune fille. Quand le terroriste a commencé à tirer et à lancer des grenades sur la foule, Irit s’est jetée par terre et, allongée sous la table, elle a appelé son futur mari et lui a dit qu’elle l’aimait. Au milieu des hurlements. Et de la mort.

L’Hymne aux Philippiens

11 novembre, 2009

du site:

http://www.jeannedarc-versailles.com/L-Hymne-aux-Philippiens.html

L’Hymne aux Philippiens

Saint Paul écrit aux Philippiens alors qu’il est en prison à Ephèse (Philippiens II, 5-11). La communauté des Philippiens lui est particulièrement chère. Il leur écrit une lettre d’amitié empreinte d’une grande joie. Saint Paul les exhorte au bien et en même temps les réconforte. Cette hymne est une conversation pleine d’émotion et de délicatesse.

Ce passage reprend une hymne des tout premiers temps de l’Eglise. Saint Paul l’a peut-être repris d’un chant utilisé par les premières communautés chrétiennes.

Approfondissons le temps pascal où nous vivons en contemplant ce mystère avec Saint Paul : l’abaissement de Jésus et son exaltation par Son Père. Cette contemplation nous amène à « avoir entre nous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus ».

I. Abaissement de Jésus

« Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu ». La condition(en latin, forme) est la substance, la morphologie. Jésus est Dieu mais Il est une personne distincte. Il a les mêmes prérogatives que Son Père et aurait pu réclamer une égalité de traitement, de dignité manifestée et reconnue, même dans Son existence terrestre. Il a préféré « s’anéantir Lui-même » Il a préféré se priver de la Gloire qui Lui revenait de fait pour ne la recevoir que du Père.

Jésus attendait tout de Son Père. Jésus se retirait souvent pour prier Son Père. Avant la résurrection de Lazare, Il « lève les yeux en haut et dit : « Père, je Te rends grâces de m’avoir écouté » Jean, XI, 41 .

Jésus, par acte d’obéissance libre, se soumet à Son Père en toutes choses : « C’est de Dieu que Je suis sorti et que Je viens : Je ne viens pas de moi-même, mais Lui m’a envoyé » (Jean, VIII, 42) dira Jésus à Ses apôtres. Entre le Père et le Fils règne l’union vivante la plus intime qu’on puisse imaginer.

« Prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes » :Jésus est né d’une Vierge, n’a commis aucun péché mais Il a pris un corps et une âme pour être l’un de nous. Jésus est devenu homme, Il est accueilli par les hommes comme l’un d’entre eux. Jésus n’a pas cherché à s’imposer par les attributs de Sa Gloire. « Le Fils de l’homme est venu pour servir et donner Sa Vie » Mat. XX, 28. Un esclave ne commande pas, Il obéit. Jésus montrera jusqu’à quel point Il se fait serviteur en lavant les pieds de Ses apôtres le Jeudi Saint.

Il y a une progression dans l’abaissement : « S’étant comporté comme un homme, Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une Croix ! »

Jésus a accepté de mourir d’une manière infamante, réservée aux esclaves et aux séditieux ! Pour Benoît XVI, Jésus nous montre ainsi Sa participation pleine et authentique à notre réalité humaine de douleur et de mort. Au cœur du scandale de la Croix, seule la chair de Jésus est meurtrie et a subi des humiliations. Le Christ achève par cette offrande le suprême don qu’Il fit de Lui-même par Son Incarnation : « du bois de la crèche au bois de la Croix » : Jésus couronne Sa mission : être le sacrement de la Tendresse du Père ! Cette mort est le pivot : maintenant Dieu va exalter Son Fils !

II. Exaltation de Jésus

Le Christ reçoit toute Sa Gloire de Son Père ! La Gloire découle de la Croix, elle en donne le sens.

« Aussi Dieu L’a-t-Il exalté et Lui a-t-Il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom ». Aussi : c’est parce que Jésus s’est anéanti qu’Il a pu recevoir cette exaltation de Son Père : Il a été « surexalté » par la Résurrection et l’Ascension. Dans Sa Gloire Pascale, le Christ se manifeste à nouveau dans la splendeur de Sa Majesté Divine. Le Père, qui avait accueilli l’acte d’obéissance du Fils dans Son Incarnation et dans Sa Passion, l’exalte de façon suréminente.

Chaque homme reçoit un nom après sa naissance. Jésus est à nouveau dans la Gloire et reçoit le nom de Jésus, nom qu’Il a déjà reçu à la circoncision mais qui est réalisé : Jésus a sauvé tous les hommes !

« Pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ qu’Il est Seigneur, à la Gloire de Dieu le Père ».

Dieu donne à Jésus une seigneurie universelle qui lui permet de recevoir l’hommage de toute la création. Jésus reçoit une reconnaissance publique et de toute la création. Même dans la Gloire, Jésus reste décentré de Lui-même : Il reçoit l’hommage de toute la création « à la Gloire de Dieu le Père ». Jésus reçoit Sa Gloire de Son adoration vers le Père. Ce que désirait Dieu en créant le monde est réalisé : la soumission du monde au Fils est la glorification du Père ; tout l’hymne est compris dans les attributs que Saint Paul donne à Jésus : Seigneur, titre adressé à Dieu, Jésus nom de Son humanité et Christ : le Messie qui vient nous sauver.

III. Les vertus familiales

« La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » nous dit Saint Irénée. Contemplons Dieu dans Sa Gloire ! Comme Il s’est abaissé en devenant homme et en mourant sur une croix, Il s’abaisse devant nous en se rendant présent dans l’hostie ! Il accepte d’être dans une hostie pour être vraiment présent avec nous. Dans l’adoration, je prends conscience que cette vie nouvelle qu’Il a reçue de Son Père, Il me la donne par amour gratuit !

Je suis invité à proclamer avec toute l’Eglise du Ciel et de la terre que Jésus-Christ est le Seigneur et à en vivre les fruits. Jésus a dit : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, Mon Père vous le donnera ». Mais, pour cela, Jésus nous dit : « Ce que je vous demande, c’est de vous aimer les uns les autres ». La prière familiale, l’adoration familiale nous permettent de confesser la Majesté de Dieu et de nous reconnaître unis les uns aux autres par cette Vie Divine reçue sur la Croix.

Je suis poussé à me convertir, à conformer ma façon de penser, d’agir, de décider aux sentiments de Jésus. Saint Grégoire de Naziance nous dit : « Lui, Jésus, t’aime ». Quelle parole de tendresse ! C’est un grand réconfort mais aussi une grande responsabilité jour après jour.

Et comment imiter le Christ si ce n’est en priorité en devenant humble comme Lui ? « Que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi » nous dit Saint Paul : l’humilité et la douceur sont à la base des autres vertus. Vaine est la prière sans l’humilité : après la prière, l’humilité est le premier besoin de l’homme » nous dit Sainte Angèle de Foligno. Oublions-nous pour chercher le bien de nos parents, de nos frères et sœurs. Acceptons de nous dévouer au bien de notre famille, de tous ceux qui nous entourent ; par notre exemple, nos paroles, nos gestes de service. Sachons accepter les petites remarques, les reproches même injustes par amour pour Jésus et en union avec Ses souffrances. « Qui s’élève s’abaisse, qui s’abaisse s’élève ». Jésus nous a montré le chemin.

Si je suis humble, je peux obéir. Je peux aussi pardonner et recevoir le pardon. Et voici les biens procurés par l’humilité : la douceur, la patience, l’humanité, la tempérance, la docilité. Et une grande joie, une paix profonde rayonnera dans nos familles.

Le Saint Père nous dit : « Plus la famille sera imprégnée de l’esprit et des valeurs de l’Evangile, plus l’Eglise en sera elle-même enrichie ». Appliquons à nos communautés familiales l’enseignement de Saint Paul aux communautés chrétiennes : réconfortons-nous les uns les autres, exhortons-nous à faire le bien, encourageons-nous, ayons de la tendresse et de la compassion pour chaque membre de nos familles, en particulier pour les plus faibles.

Prenons comme modèle et prions la Sainte Vierge de nous aider : « Marie, vaisseau d’humilité, tu as charmé le Père Eternel », nous dit Sainte Catherine de Sienne que nous fêtons aujourd’hui. La seule gloire de Marie, c’est que « le Père a regardé l’humilité de Sa Servante ».

Pape Jean Paul II, Homélie 5 mai 2001: “Ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer” (Ac 17, 23).

27 octobre, 2009

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/2001/documents/hf_jp-ii_hom_20010505_athens_fr.html

PALAIS DES SPORTS DU CENTRE OLYMPIQUE D’ATHÈNES

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Samedi 5 mai 2001 

Chers Frères et Sœurs,

1. “Ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer” (Ac 17, 23).

Rapportés par les Actes des Apôtres, ces mots de Paul prononcés à l’Aréopage d’Athènes constituent une des premières annonces de la foi chrétienne en Europe. “Si l’on considère le rôle de la Grèce dans la formation de la culture antique, on comprend que ce discours de Paul puisse être considéré comme le symbole même de la rencontre de l’Évangile avec la culture humaine” (Lettre Sur le pèlerinage aux Lieux qui sont liés à l’histoire du salut, 29 juin 1999, n. 9).

“À ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de Jésus Christ notre Seigneur [...]; à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus Christ !” (1 Co 1, 2-3). Par ces mots de l’Apôtre à la communauté de Corinthe, je vous salue avec affection, vous tous, évêques, prêtres et laïcs catholiques vivant en Grèce. Je remercie avant tout Monseigneur Foscolos, archevêque des catholiques d’Athènes et Président de la Conférence épiscopale de Grèce, pour son accueil et ses paroles cordiales. Rassemblés ce matin pour la célébration eucharistique, nous demanderons à l’Apôtre Paul de nous donner son ardeur dans la foi et dans l’annonce de l’Évangile à toutes les nations, ainsi que son souci de l’unité de l’Église. Je me réjouis de la présence à la Divine Liturgie de fidèles d’autres confessions chrétiennes, qui témoignent ainsi de leur attention à la vie de la communauté catholique et de leur commune fraternité dans le Christ.

2. Paul rappelle clairement que nous ne pouvons enfermer Dieu dans nos façons de voir et de faire tout humaines. Si nous voulons accueillir le Seigneur, nous sommes appelés à la conversion. Tel est le chemin qui nous est proposé, chemin qui nous fait suivre le Christ pour vivre comme lui, fils dans le Fils. Nous pouvons alors relire notre marche personnelle et celle de l’Église comme une expérience pascale; il nous faut nous purifier pour entrer pleinement dans la volonté divine, en acceptant que Dieu, par sa grâce, transforme notre être et notre existence, comme ce fut le cas pour Paul qui, de persécuteur s’est fait missionnaire (cf. Ga 1, 11-24). Nous passons ainsi par l’épreuve du Vendredi saint, avec ses souffrances, avec les nuits de la foi, avec les incompréhensions mutuelles. Mais nous vivons aussi des moments de lumière, semblables à l’aube de Pâques, où le Ressuscité nous communique sa joie et nous fait parvenir à la vérité tout entière. Envisageant de cette manière notre histoire personnelle et l’histoire de l’Église, nous ne pouvons que demeurer dans l’espérance, sûrs que le Maître de l’histoire nous conduit par des chemins que lui seul connaît. Demandons à l’Esprit Saint de nous pousser à être par nos paroles et par nos actes des témoins de la Bonne Nouvelle et de la charité de Dieu ! Car l’Esprit suscite l’ardeur missionnaire dans son Église, c’est lui qui appelle et qui envoie, et le véritable apôtre est d’abord un homme “à l’écoute”, un serviteur disponible à l’action de Dieu.

3. Évoquer à Athènes la vie et l’action de Paul, c’est être invité à annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre, en proposant à nos contemporains le salut apporté par le Christ et en leur montrant les chemins de sainteté et de vie morale droite qui constituent les réponses à l’appel du Seigneur. L’Évangile est une bonne nouvelle universelle, que tous les peuples peuvent entendre.

En s’adressant aux Athéniens, Saint Paul ne veut rien cacher de la foi qu’il a reçue; il doit, comme tout apôtre, en garder fidèlement le dépôt (cf. 2 Tm 1, 14). S’il part des références habituelles de ses auditeurs et de leurs façons de penser, c’est pour mieux leur faire comprendre l’Évangile qu’il vient leur apporter. Paul s’appuie sur la connaissance naturelle de Dieu et sur le désir spirituel profond que peuvent avoir ses interlocuteurs pour les préparer à accueillir la révélation du Dieu unique et véritable.

S’il a pu citer devant les Athéniens des auteurs de l’Antiquité classique, c’est parce que, d’une certaine manière, sa culture personnelle avait été forgée par l’hellénisme.  Il s’est donc servi de cela pour annoncer l’Évangile avec des mots qui puissent frapper ses auditeurs (cf. Ac 17, 17). Quelle leçon ! Pour annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes de ce temps, l’Église doit être attentive aux divers aspects de leurs cultures et à leurs moyens de communication, sans que cela conduise à en altérer son message ou à en réduire le sens et la portée. “Le christianisme du nouveau millénaire devra répondre toujours mieux à cette exigence d’inculturation” (Novo millennio ineunte, n. 40). Le discours magistral de Paul invite les disciples du Christ à entrer dans un dialogue véritablement missionnaire avec leurs contemporains, dans le respect de ce qu’ils sont, mais aussi avec une proposition claire et forte de l’Évangile, ainsi que de ses implications et de ses exigences dans la vie des personnes.

4.         Frères et sœurs, votre pays jouit d’une longue tradition de sagesse et d’humanisme. Dès les origines du christianisme, les philosophes se sont attachés à “mettre en évidence le lien qui existe entre la raison et la religion. [...] On s’engagea ainsi sur une voie qui, abandonnant les traditions antiques particulières, débouchait sur un développement qui correspondait aux exigences de la raison universelle” (Fides et ratio, n. 36). Ce travail des philosophes et des premiers apologistes chrétiens permit ensuite d’ouvrir, à la suite de saint Paul et de son discours d’Athènes, un dialogue fécond entre la foi chrétienne et la philosophie.

            À l’exemple de saint Paul et des premières communautés, il est urgent de développer les occasions de dialogue avec nos contemporains, notamment dans les lieux où se joue l’avenir de l’homme et de l’humanité, pour que les décisions prises ne soient pas guidées uniquement par des intérêts politiques et économiques qui méconnaissent la dignité des personnes et les exigences qui en découlent, mais qu’il y ait le supplément d’âme qui rappelle la place insigne et la dignité de l’homme. Les aréopages qui sollicitent aujourd’hui le témoignage des chrétiens sont nombreux (cf. Redemptoris missio, n. 37); et je vous encourage à être présents au monde; tel le prophète Isaïe, les chrétiens sont établis comme des veilleurs au sommet de la muraille (cf. Is 21, 11-12),  pour discerner les enjeux humains des situations présentes, pour percevoir dans la société les germes d’espérance et pour montrer au monde la lumière de Pâques, qui éclaire d’un jour nouveau toutes les réalités humaines.

 Cyrille et Méthode, les deux frères de Salonique, ont entendu l’appel du Ressuscité: “Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création” (Mc 16, 15). Partis à la rencontre des peuples slaves, ils ont su leur apporter l’Évangile dans leur propre langue. Non seulement ils “ont rempli leur mission en respectant pleinement la culture qui existait déjà chez les peuples slaves, mais ils la soutinrent et la développèrent inlassablement et de manière éminente en même temps que la religion” (Slavorum Apostoli, n. 26). Que leur exemple et leur prière nous aident à répondre toujours mieux à l’exigence d’inculturation et à nous réjouir de la beauté de ce visage multiforme de l’Église du Christ !

5. Dans son expérience personnelle de croyant et dans son ministère d’apôtre, Paul a compris que seul le Christ était chemin de salut, lui qui, par grâce, réconcilie les hommes entre eux et avec Dieu. “Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait” (Ep 2, 14). L’Apôtre s’est fait ensuite le défenseur de l’unité, à l’intérieur des communautés et aussi entre elles, car il brûlait du “souci de toutes les Églises” (cf. 2 Co 11, 28) !

La passion de l’unité de l’Église doit être celle de tous les disciples du Christ. “Malheureusement, le triste héritage du passé nous suit encore au-delà du seuil du troisième millénaire [...], un long chemin reste encore à parcourir” (Novo millennio ineunte, n. 48). Mais il ne faut pas que cela nous décourage; notre amour du Seigneur nous pousse à nous engager toujours davantage en faveur de l’unité. Pour faire de nouveaux pas en ce sens, il est important de “repartir du Christ” (ibid., n. 29).

“C’est sur la prière de Jésus, et non sur nos capacités, que s’appuie notre confiance de pouvoir atteindre dans l’histoire la communion pleine et visible de tous les chrétiens. [...] Puisse le souvenir du temps où l’Église respirait avec ‘deux poumons’ pousser les chrétiens d’Orient et d’Occident à marcher ensemble, dans l’unité de la foi et le respect des légitimes diversités, en s’accueillant et en se soutenant mutuellement comme membres de l’unique Corps du Christ” (Ibid., n. 48) !

La Vierge Marie a accompagné de sa prière et de sa présence maternelle la vie et la mission de la toute première communauté chrétienne, autour des Apôtres (cf. Ac 1, 14). Elle a reçu avec eux l’Esprit de Pentecôte ! Qu’elle veille sur le chemin que nous devons maintenant parcourir, pour marcher vers la pleine unité avec nos frères d’Orient et pour accomplir les uns avec les autres, avec disponibilité et enthousiasme, la mission que le Christ Jésus a confiée à son Église. Que la Vierge Marie, si vénérée dans votre pays et tout particulièrement dans les sanctuaires des îles, comme  Vierge de l’Annonciation dans l’île de Tinos, et sous le vocable de Notre-Dame de la Merci, à Faneromeni, dans l’île de Syros, nous conduise toujours à son Fils Jésus (cf. Jn 2, 5). C’est lui le Christ, c’est lui le Fils de Dieu, “la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde” (Jn 1, 9)!

Forts de l’espérance qui nous vient du Christ et soutenus par la prière fraternelle de tous ceux qui nous ont précédés dans la foi, continuons notre pèlerinage terrestre en vrais messagers de la Bonne Nouvelle, joyeux de la louange pascale qui habite nos cœurs et désireux de la faire partager à tous :

“Louez le Seigneur, tous les peuples,
Fêtez-le tous les pays!
Son amour envers nous s’est montré le plus fort;
éternelle est la fidélité du Seigneur!” (Ps 116). Amen.
[in greco]

Irini  passi!  O  Theos  na  evloghi  tin  Ellada!
[La pace sia con voi! Dio benedica la Grecia!]

Je rends grâce au Seigneur de pouvoir accomplir ces journées de pèlerinage sur les pas de l’Apôtre des Nations. Je prie saint Paul de vous accompagner chaque jour. Comme Paul soyez les témoins du Christ!

Je remercie tout d’abord Monsieur le Président de la République pour son invitation et pour son accueil. Je remercie Sa Béatitude Christodoulos et ses collaborateurs pour leur sollicitude envers ce pèlerinage sur les pas de saint Paul. Mes remerciements vont en même temps à Mgr Fóscolos et à tous les évêques catholiques. Merci à vous tous ici présents. Le Christ et l’Église comptent sur vous. Je vous bénis de tout cœur.            

La lettre aux Hébreux. Jésus-Christ, médiateur d’une nouvelle alliance

14 octobre, 2009

du site:

http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=296

La lettre aux Hébreux. Jésus-Christ, médiateur d’une nouvelle alliance

P. Édouard Cothenet

Paris, Éd. Desclée, coll. « Jésus et Jésus-Christ », n° 84, 2002. – 236 p., 18 €.

Esprit & Vie n°76 / février 2003 – 2e quinzaine, p. 21-22.

Dans une brève préface, Mgr Joseph DORÉ, archevêque de Strasbourg, situe le livre dans l’ensemble de la collection Jésus et Jésus-Christ qu’il a fondée et qu’il dirige toujours. Seule des écrits du Nouveau Testament à décerner le titre de prêtre à Jésus, l’épître aux Hébreux développe une christologie originale, mettant en valeur la médiation unique opérée par le Christ entre Dieu et les hommes.

Nul ne pouvait mieux écrire ce livre que le P. A. VANHOYE, professeur à l’Institut biblique de Rome, qui, depuis sa thèse sur La structure littéraire de l’épître aux Hébreux (1963), a multiplié les études sur ce texte trop méconnu, les unes fort savantes, d’autres destinées à un large public. Citons notamment le Cahier Évangile, n°19 « Le message de l’épître aux Hébreux », puis le commentaire pastoral dans le volume collectif « Les dernières Épîtres. Hébreux-Jacques-Pierre-Jean-Jude [1] ». Pour des lecteurs peu familiers avec l’épître ou plutôt le sermon aux Hébreux, la lecture préliminaire de l’un ou l’autre de ces textes facilitera la compréhension du nouvel ouvrage où l’auteur se situe strictement dans l’axe d’une « christologie sacerdotale », fondant le salut chrétien sur la méditation de l’offrande unique que le Christ a faite de sa personne pour chacun de ses frères les hommes. S’appuyant sur une analyse précise de l’enchaînement des textes et de la valeur propre des mots, la démonstration est rigoureuse, et pourtant accessible à un assez large public, grâce à la grande clarté du style. L’auteur maîtrise si bien son sujet que tout semble couler de source. De-ci, de-là quelques notes situent la thèse par rapport à d’autres explications.

Relevons quelques points saillants.

Le titre de médiateur (mesitès), rare dans le Nouveau Testament [2], est appliqué trois fois au Christ dans l’épître aux Hébreux, dans des passages clefs (He 8, 6 ; 9, 15 ; 12, 24). L’idée de la médiation, elle, est au centre de tout le sermon, comme le montre A. VANHOYE en suivant pas à pas la construction savante du texte, à partir du préambule qui situe le Christ comme Fils, par rapport à Dieu et qui laisse entrevoir sa situation par rapport aux hommes. Quel est donc le nom que le Christ reçoit en héritage (He 1, 4) ? La suite nous montrera qu’il s’agit du titre de « grand-prêtre » (He 2, 17), dont le sermon, par touches successives, développe toute l’ampleur de signification.

La première fonction du grand-prêtre est celle de l’enseignement : c’est à ce titre que le Christ est « l’apôtre de notre confession de foi » (He 3, 1), « digne de foi » (pistos, He 3, 2). Soulignons l’importance de cet acquis : par opposition aux théologiens qui voyaient dans He 5, 1 (offrir des sacrifices pour le péché) la définition du sacerdoce en soi – ce qui permettait de légitimer les ordinations ad missam – l’épître aux Hébreux conduit à une définition beaucoup plus large du sacerdoce.

Pour être médiateur, le Christ a dû participer à la condition humaine, dans toute sa faiblesse (chair et sang en He 2, 14). De ce fait, loin d’être séparé comme les prêtres de l’ancienne alliance, il s’est fait en tout semblable à ses frères, hormis le péché, et sa disposition fondamentale est celle de la compassion. À la conception rituelle du sacrifice, s’oppose la dimension existentielle. C’est sa propre personne que le Christ offre à son Père, dans la soumission douloureuse de l’agonie (He 5, 7-10).

Les chapitres 8 à 10 établissent un parallèle entre les sacrifices du Jour des expiations (Yôm kippur, Lv 16) et le sacrifice pascal du Christ. On aurait attendu quelques précisions sur la liturgie juive, non pas telle qu’elle était pratiquée (Hébreux parle de la Tente et non du Temple), mais telle que la conçoit l’épître aux Hébreux, d’une manière analogue à celle de Philon. Pour sa part, A. VANHOYE consacre toute son attention à la doctrine théologique de l’auteur qui n’isole pas la Passion de la glorification du Christ et voit l’achèvement du sacrifice dans l’intercession que le Christ glorifié exerce pour ses frères les hommes (He 7, 25-28).

Deux questions reçoivent un large développement : « la tente plus grande et plus parfaite » (He 9, 11) ne désigne pas le ciel, mais « le corps du Christ ressuscité, nouveau lieu saint qui mène à Dieu » (la relation entre la nouvelle Alliance et la première). Contre toute édulcoration des textes, A. VANHOYE maintient la spécificité de la nouvelle Alliance qui, à la différence de Jr 31 cité in extenso, allie la nouveauté de l’alliance avec la nouveauté du culte. On ne peut donc « concevoir la nouvelle alliance fondée sur l’oblation du Christ comme une simple restauration de l’alliance du Sinaï » (p. 188).

L’ouvrage est consacré au sacerdoce du Christ et laisse de côté les passages d’exhortation. Puis-je relever une discordance dans un sermon par ailleurs si construit ? Comment se fait-il qu’un auteur qui souligne si fort la compassion du Christ se montre à ce point sévère contre les fidèles tombés dans le péché grave (He 10, 26 s.), passage qui inspirera la théorie des péchés irrémissibles ? Certes, il faut faire la part du genre oratoire. La difficulté n’en subsiste pas moins et se retrouve aujourd’hui encore dans la discipline pénitentielle de l’Église.

Merci au P. VANHOYE pour ce profond exposé qui montre si bien qu’on ne peut éclairer la nature du salut chrétien sans référence à la première Alliance, mais en même temps sans une vision claire du mystère du Christ dans sa double relation à Dieu et à ses frères les hommes. L’unité entre les deux grands commandements n’est-elle pas fondée en définitive sur la personne même du Christ ? Telle est la conclusion ultime qui vient à l’esprit en refermant ce beau livre.

[1] Paru chez Bayard Éditions/Centurion, Paris, 1997 (en collaboration avec É. Cothenet et M. Morgen pour les autres épîtres).

[2] Citons ce texte d’une hymne ancienne, contenue en 1 Tm 2, 5 : « Il n’y a qu’un seul Dieu, un seul médiateur aussi entre Dieu et les hommes, un homme : Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous. » Seule autre occurrence : Ga 3, 19 s.

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