Archive pour la catégorie 'Saint Augustin'

Augustin d’Hippone : La mort de Monique, sa maman

10 mars, 2008

du site:

http://www.patristique.org/article.php3?id_article=204

Augustin dHippone : La mort de Monique, sa maman

Seigneur, tu sais que ce jour-là, alors que j’étais avec ma mère, comme nous parlions ainsi et que ce monde pour nous au fil des paroles perdait tout intérêt avec tous ses plaisirs, ma mère dit alors :
- Mon fils, en ce qui me concerne, plus rien n
a de charme pour moi dans cette vie. Que pourrais-je faire encore ici-bas ? Pourquoi y serais-je ? Je ne sais pas ; je nai plus rien à espérer en ce siècle. Une seule chose me faisait désirer de rester assez longtemps dans cette vie : te voir chrétien catholique avant ma mort. Je suis plus que comblée dans ce que mon Dieu ma accordé : tu es allé jusqu’à mépriser les félicités de la terre et je te vois son serviteur. Qu
est-ce que je fais ici ?Que lui ai-je r

épondu ? Je ne men souviens pas bien, dautant que sur ces entrefaites, dans les cinq jours à peine ou ce ne fut guère plus, la fièvre la mit au lit. Et pendant sa maladie, un jour, elle subit une défaillance et son esprit perdit un instant conscience de ce qui lentourait. Nous accourûmes, mais elle eut vite repris ses sens ; elle nous vit, mon frère et moi, debout près delle, et nous dit avec lair de quelquun qui cherche quelque chose :
- O
ù é
tais-je ?
Puis arr
ê
tant ses regards sur nous que la tristesse consternait :
- Vous enterrerez ici votre m
è
re, dit-elle.

Moi, je me taisais et maîtrisais mes larmes ; mais mon frère lui dit quelque chose pour souhaiter, comme un sort plus heureux, quelle ne finît pas ses jours sur une terre étrangère, mais dans la patrie. Dès quelle entendit cela, son visage devint anxieux, et ses yeux lui lançaient des reproches parce quil avait de tels sentiments. Et puis, le regard fixé sur moi :
- Vois ce qu
il dit ! me fit-elle ;
et presque aussit
ô
t, elle ajouta pour tous les deux :
- Enterrez ce corps n
importe où ! Ne vous troublez pour lui daucun souci ! Tout ce que je vous demande, cest de vous souvenir de moi à lautel du Seigneur, où
que vous soyez.
Elle expliqua sa pens
ée en sexprimant comme elle pouvait, puis se tut ; la maladie qui s
aggravait la faisait souffrir.Mais moi, qui songeais

à tes dons, ô Dieu invisible, à ce que tu sèmes dans le coeur de tes fidèles et doù proviennent les moissons admirables, je me réjouissais et te rendais grâce, me rappelant ce que je savais, linquiétude si grande qui lavait toujours agitée au sujet de la sépulture, quelle avait prévue et préparée pour elle près du corps de son mari. Oui, parce quils avaient vécu en parfaite concorde, elle voulait encore, tant l’âme humaine a de peine à comprendre les choses divines, ajouter à ce bonheur et faire dire à son sujet par la postérité : il lui fut accordé, après un long voyage outre-mer, quune terre conjointe couvrît la terre des deux conjoints.

Mais à quel moment cette vanité, par la plénitude de ta bonté, avait-elle cessé doccuper son coeur ? Je lignorais et j’étais dans la joie, tout surpris que ma mère me fut apparue ainsi. Déjà cependant, lors de notre entretien à la fenêtre, elle avait dit : « Que fais-je encore ici ? » et rien navait laissé voir quelle désirait mourir dans sa patrie. De plus, je lappris plus tard, à peine étions-nous à Ostie que quelques-uns de mes amis, avec qui en toute confiance maternelle elle sentretenait un jour sur le mépris de cette vie et le bienfait de la mort, en mon absence, furent stupéfaits dune telle vertu dans une femme – cest toi qui la lui avais donnée -, et lui demandèrent si elle ne redoutait pas de laisser son corps si loin de son pays.
- Rien n
est loin pour Dieu, répondit-elle, et il ny a pas à craindre quil ne sache point où me retrouver à
la fin du monde pour me ressusciter.Ainsi donc, au neuvi

ème jour de sa maladie, à la cinquante-sixième année de son âge, à trente-troisième de mon âge, cette âme religieuse et pieuse se détacha du corps. Je lui fermais les yeux et dans mon coeur samassaient les flots dune immense tristesse…

Sources :

Saint Augustin, Les confessions, BA 14, X,26- XII,29.

Saint Augustin : Du Mensonge

8 mars, 2008

un entretien sur un forum sur la mensonge m’ai suggère de posté ce texte du Saint Augustin; ceci est seulement la première partie, naturellement  le texte est plus long, mais tout très intéressant, tout le texte à la page: 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/dumensonge/index.htm#_Toc19444437

Saint Augustin 

DU MENSONGE. 

En quoi consiste le mensonge ? Peut-on quelquefois mentir? Telles sont les questions que le saint Docteur se propose de discuter. —Exemples à l’appui ; raisons pour et contre. — Huit espèces de mensonges. — Elles sont examinées tour à tour et rejetées. — Conclusion : Il ne faut jamais mentir. 

CHAPITRE PREMIER. DIFFICULTÉ DU SUJET. 

1. C’est une importante question que celle du mensonge; elle jette souvent le trouble dans notre conduite habituelle, et nous offre ce double danger: ou de traiter inconsidérément de mensonge ce qui n’est pas mensonge, ou de nous persuader qu’on peut quelquefois mentir pour un motif honorable, pour rendre service ou par pitié. Nous la traiterons donc avec tout le soin possible ; nous nous proposerons les difficultés que l’on soulève; nous n’affirmerons rien au hasard ; et le lecteur attentif saisira, dans le traité même, le résultat de nos recherches, s’il y en a un : car le sujet est obscur, plein, pour ainsi dire, d’anfractuosités et d’antres ténébreux- où souvent la pensée de celui qui le traite s’emprisonne ; au point que l’objet saisi échappe des mains, puis reparaît, pour disparaître encore. A la fin cependant, un examen attentif aboutira à un résultat certain. Que s’il s’y rencontre quelque erreur, comme la vérité délivre de toute erreur; tandis que le faux les entraîne toutes, je me consolerai du moins en pensant que de toutes les erreurs la moins dangereuse est celle que l’on commet par un amour excessif de la -vérité et une haine exagérée du faux. En effet, les censeurs austères disent : Il y a, là, excès; et peut-être la vérité dirait-elle : Il n’y a pas encore assez. En tout cas, lecteur, qui que tu sois, né blâme pas avant d’avoir tout lu, et tu trouveras moins à blâmer: Ne fais point attention au style; car nous nous sommes beaucoup attaché au fond des choses, et nous avons cédé au besoin d’achever promptement un ouvrage si nécessaire pour les besoins quotidiens de la vie: ce qui fait que nous nous sommes peu ou presque pas occupé du choix des expressions.  

CHAPITRE II. LES PLAISANTERIES NE SONT PAS DES MENSONGES.  

2. Nous exceptons d’abord les plaisanteries, qui n’ont jamais passé pour des mensonges car le ton même dont on les prononce et l’affection de celui qui se les permet dénotent, de la manière la plus évidente, qu’il n’y a là aucune intention de tromper, bien qu’un ne dise pas la vérité. Mais les âmes parfaites doivent-elles employer les plaisanteries ? C’est une autre question que nous n’avons pas intention de traiter ici. Nous mettons donc les plaisanteries de côté, et nous commençons par ce point: Ne pas traiter de menteur celui qui ne ment pas.   

CHAPITRE III. QU’EST-CE QUE LE MENSONGE ? POUR MENTIR, FAUT-IL AVOIR L’INTENTION DE TROMPER ET CETTE INTENTION SUFFIT-ELLE? 

3. Il faut donc voir ce que c’est que le mensonge. Car dire une chose fausse n’est pas mentir, quand on croit ou qu’on s’imagine dire la vérité. Or, entre croire ou s’imaginer il y a cette différence : que quelquefois celui qui croit, sent qu’il ne comprend pas ce qu’il croit , bien qu’il n’ait aucun doute sur la chose qu’il sait qu’il né comprend pas, si toutefois il la croit avec une pleine conviction ; tandis que celui qui s’imagine, pense savoir ce qu’il ignore complètement. Or, quiconque énonce une chose qu’il croit ou s’imagine être vraie, bien qu’elle soit fausse , ne ment pas. En effet, il a une telle confiance dans son énoncé qu’il ne veut exprimer que ce qu’il a dans l’esprit, et qu’il (196) l’exprime en effet. Mais bien qu’il ne mente pas, il n’est cependant point irréprochable, s’il croit ce qu’il ne faut pas croire, ou s’il pense savoir une chose qu’il ignore, quand même elle serait vraie :car il tient pour connue une chose inconnue. Ainsi donc mentir, c’est avoir une chose dans l’esprit, et en énoncer une autre soit en paroles, soit en signes quelconques. C’est pourquoi on dit du menteur qu’il a le coeur double, c’est-à-dire une double pensée : la pensée de la chose qu’il sait ou croit être vraie et qu’il n’exprime point, et celle de la chose qu’il lui substitue, bien qu’il la sache ou la croie fausse. D’où il résulte qu’on peut, sans mentir, dire une chose fausse, quand on la croit telle qu’on la dit, bien qu’elle ne soit pas telle réellement; et qu’on peut mentir en disant la vérité, quand on croit qu’une chose est fausse, et qu’on l’énonce comme vraie, quoiqu’elle soit réellement telle qu’on l’énonce, car c’est d’après la disposition de l’âme, et non d’après la vérité ou la fausseté des choses mêmes, qu’on doit juger que l’homme ment ou ne ment pas. On peut donc dire que celui qui énonce une chose fausse comme vraie, mais qui la croit vraie, se trompe ou est imprudent; mais on ne peut l’appeler menteur, parce qu’il n’a pas le coeur double quand il parle, qu’il n’a pas intention de tromper, mais que seulement il se trompe. Le péché du menteur est le désir de tromper en énonçant: soit qu’on ajoute foi à sa parole exprimant une chose fausse ; soit qu’en réalité il ne trompe pas, ou parce qu’on ne le croit pas, ou parce que la chose que l’on croit sur sa parole se trouve vraie, bien qu’il la dise dans l’intention de tromper. Lorsque, dans ce cas on ajoute foi à sa parole, il ne trompe pas, malgré son intention de tromper; ou du moins il ne trompe qu’en ce sens qu’on le croit instruit ou persuadé de la chose qu’il exprime. 

4. C’est du reste une question très-subtile que celle-ci : En dehors de l’intention de tromper, n’y a-t-il jamais mensonge?  

SAINT AUGUSTIN : SERMON POUR LA SEMAINE DE PAQUES

3 mars, 2008

du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/sermons/sermons2/solpan/256.htm

SAINT AUGUSTIN 

SERMON CCLVI. POUR LA SEMAINE DE PAQUES. XXVII. LA LOUANGE DIVINE. 

ANALYSE. — Pour bien chanter l’Alleluia, il faut que tout en nous loue Dieu. Donc ce chant ne convient parfaitement qu’au ciel. Ne laissons pas toutefois de le répéter sur la terre : premièrement, parce que Dieu nous y délivre du mal en nous délivrant de nos penchants funestes; secondement, parce qu’il nous rendra un jour notre corps tout purifié et tout transformé; troisièmement enfin, parce qu’en permettant des épreuves il nous aide à en triompher. 

1. C’est au Seigneur notre Dieu que je dois d’être présent de corps parmi vous et de chanter l’Alleluia avec votre charité. Alleluia signifiant Louez Dieu, louons le Seigneur, mes frères, louons-le par notre conduite et par nos paroles, par nos sentiments et par nos discours, par notre langage et par notre vie. Dieu ne veut aucun désaccord dans celui qui répète ce chant. Commençons donc par mettre d’accord en nous la langue avec la vie, la conscience avec les lèvres; oui , mettons d’accord nos moeurs avec nos paroles, dans la crainte que nos bonnes paroles ne rendent témoignage contre nos mauvaises moeurs. Oh ! que l’Alleluia sera heureux dans le ciel, où les anges sont le temple de Dieu. Là, que l’accord parfait en louant Dieu ! quelle allégresse assurée en le chantant ! Là encore, point de loi dans les membres pour résister à la loi de l’esprit; point de lutte dans la convoitise pour menacer la charité d’une défaite. Afin donc de pouvoir chanter alors l’Alleluia avec sécurité , chantons-le maintenant avec quelque sollicitude. 

Pourquoi avec sollicitude ? Tu ne veux pas que j’en aie lorsque je lis : « La vie humaine n’est-elle pas sur la terre une épreuve (1)? » Tu ne veux pas que j’en aie lorsqu’on me crie « Veillez et priez pour que vous n’entriez point en tentation (2) ? » Tu ne veux pas que j’en aie quand les tentations sont tellement nombreuses, que la prière même nous prescrit de dire : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ? » Hélas! nous demandons chaque jour, et chaque jour nous contractons des dettes. Tu 

1. Job. VII, 1. — 2. Marc, IV, 38. 

ne veux pas que j’en aie, lorsque j’implore chaque jour le pardon de mes péchés et du secours dans mes dangers? Car si je dis, en vue de mes péchés passés: « Pardonnez-nous nos offenses comme nous-mêmes pardonnons à ceux qui nous ont offensés », j’ajoute aussitôt, en vue des périls dont je suis menacé: « Ne nous induisez pas en tentation (1) ». Comment de plus le peuple chrétien est-il au sein du bonheur, puis qu’il crie avec moi: « Délivrez-nous du mal ? » 

Toutefois, mes frères, au milieu même de ce mal, chantons l’Alleluia, en l’honneur de ce Dieu bon qui nous en délivre. Pourquoi regarder autour de toi en cherchant de quoi il te délivre, puisque réellement il te délivre du mal ? Ne va pas si loin, ne porte pas de tous côtés le regard de ton esprit. Rentre en toi. même, regarde-toi ; c’est en toi qu’est le mal, et Dieu te délivre de toi lorsqu’il te délivre du mal. Ecoute l’Apôtre et comprends de quel mal tu as besoin d’être délivré. « Je me complais, dit-il, dans la loi de Dieu selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi qui résiste à la loi de mon esprit, et qui m’assujettit à la loi du péché, laquelle est ». Où est-elle? « M’assujettit à la loi du péché, laquelle est dans mes membres ». Il me semble te voir captif de je ne sais quels peuples barbares ; il me semble te voir captif de je ne sais quelles nations étrangères ou de je ne sais quels autres maîtres parmi les hommes. «Laquelle est dans mes membres ». Crie donc avec lui : « Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera ? » De quoi? dis-le. L’un demande à être délivré du bourreau ; 

1. Matt. VI, 12, 13. 

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un autre , de la prison ; celui-ci, de l’esclavage chez les barbares ; celui-là, de la fièvre et de la maladie. Dites-nous, ô Apôtre, Don pas où nous pouvons être envoyés ou conduits, mais ce que nous portons avec nous, ce que nous sommes; dites donc : « Du corps de cette mort ». Du corps de cette mort ? Oui, « du corps de cette mort ». 

2. Ce corps de mort, dit un autre, ne fait point partie de moi ; il est pour moi une prison provisoire, une chaîne qui me retient pur quelque temps; je suis dans ce corps de mort, je ne le suis pas. — Raisonner ainsi est un obstacle à ta délivrance. — Je suis esprit, dit-on, et non pas chair, seulement là chair me sert d’habitation; une fois donc que j’en serai sorti , n’y serai-je pas étranger ? — Voulez-vous, mes frères, que ce soit l’Apôtre ou moi qui réponde à ce raisonnement ? Mais si c’était moi, peut-être que l’indignité du ministre rejaillirait sur la valeur de la réponse. Je me tais donc. Prête avec moi l’oreille au Docteur des gentils; pour en finir,avec ton objection, écoute avec moi ce Vase d’élection. Ecoute, mais répète d’abord ce que tu viens de dire. Tu disais donc ceci: Je ne suis pas chair, mais esprit. Le corps est une prison où je gémis; une fois rompues ces chaînes et ce Cachot tombé en ruines, je suis libre et je m’échappe. La terre reste à la terre et l’esprit rentre au ciel; je m’en vais donc, je laisse ici ce qui n’est pas moi. N’est-ce pas là ce que tu disais ? — C’est bien cela. — Je ne répondrai pas; répondez, ô Apôtre, répondez, je vous en conjure. Vous avez prêché pour qu’on vous attende; vous avez écrit pour qu’on vous lise, tout nous invite à vous croire. Répétez : « Qui me délivrera du corps de cette mort ? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur ». De quoi vous délivre-t-elle ? « Du corps de cette mort » . Mais vous n’êtes pas le corps de cette mort ? Il répond : « Ainsi par l’esprit j’obéis moi-même à la loi de Dieu , et par le corps à la loi du péché (1) ». — « Moi-même? » Comment vous-même feriez-vous des choses si différentes ? — Si j’obéis par l’esprit, c’est que j’aime; par la chair, c’est que je convoite ; il est vrai, je suis vainqueur si je ne consens pas au mal; mais je lutte, car l’ennemi me presse vigoureusement. — Mais une fois délivré de cette chair, ô Apôtre, est-il 

1. Rom. VII, 22-25. 

vrai que tu ne seras plus qu’un esprit ? — En face de la mort, à laquelle nul n’échappe , l’Apôtre répond : Je ne laisse pas pour toujours mon corps, je le dépose pour quelque temps. — Vous reviendrez donc dans ce corps de mort ? Mais quoi? Ecoutons plutôt ses propres paroles. Comment donc rentrerez-vous dans ce corps de mort d’où vous avez demandé à être tiré , avec un accent si religieux ? — Il est vrai , reprend-il, je rentrerai dans ce corps, mais ce ne sera plus le corps de cette mort. — Ecoute donc, ignorant, écoute,toi qui fermes l’oreille à ce qu’on te lit chaque jour ; écoute comment il rentrera dans ce corps, sans que ce corps soit le corps de cette mort. Sans doute ce ne sera pas un autre corps ; mais « il faut que, corruptible, ce corps se revête d’incorruptibilité, et que mortel, il se revête d’immortalité ». Mes frères, lorsque l’Apôtre prononçait ces mots : Ce corps corruptible, ce corps mortel, ne semblait-il pas toucher sa chair avec sa parole ? Il n’aura donc pas un autre corps. — Non, dit-il, je ne dépose pas ce corps de terre pour reprendre en place un corps aérien ou un corps éthéré. C’est le même corps que je reçois, mais il ne sera plus « de cette mort ». Il faut donc « que corruptible, ce corps » , et non pas un autre, « se revête d’incorruptibilité, et que mortel, ce corps », et non pas un autre, « se revête d’immortalité. Alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture: « La mort a été anéantie dans sa victoire ». Chantez l’Alleluia. « Alors s’accomplira cette parole de l’Ecriture », ce cri de triomphe et non ce chant du combat : « La mort a été anéantie dans sa victoire » . Chantez l’Alleluia. « O mort, où est ton aiguillon ? » Chantez Alleluia. « Or l’aiguillon de la mort est le péché (1) ». Tu chercheras sa place, mais sans même la trouver (2). 

3. Ici encore, au milieu de tant de dangers et de tentations, nous et les autres, chantons l’Alleluia. « Car Dieu est fidèle, et il ne permettra pas, est-il dit, que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ». Ici donc, pour ce motif, répétons Alleluia. L’homme est encore coupable, mais Dieu est fidèle. Il n’est pas dit de lui qu’il ne permettra pas que vous soyez tentés, mais : « Il ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces; il vous fera une issue dans la tentation, afin que 

1. Cor. XV, 53-56. — 2. Ps. XXXVI, 10. 

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vous puissiez persévérer (1) ». Tu es entré dans cette tentation ; Dieu te ménage une issue afin que tu ne succombes pas; afin que si la prédication te façonne, la tribulation te durcisse comme le vase du potier. Donc en y entrant, songe à cette issue, car Dieu est fidèle ; « il a veillera sur ton entrée et sur ta sortie (2)». 

Or, quand ce corps sera devenu immortel et incorruptible, quand il n’y aura plus aucune tentation, attendu que le corps aura passé parla mort; pourquoi? « A cause du péché»; — « l’esprit sera plein de vie » ; pourquoi? « A cause de la justification ». Laisserons-nous donc ce corps mort? Non, écoute : « Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels (3) ». Notre corps maintenant est un corps animal, il sera alors tout spirituel. Car si « le premier homme a été fait pour être une âme vivante, le dernier l’a été pour être un esprit vivifiant (4)». Voilà pourquoi « il vivifiera aussi vos corps mortels, à cause de son Esprit qui habite en vous ». 

1. I Cor. X, 13. — 2. Ps. CXX, 8. — 3. Rom. VIII, 10, 11. — 4. I Cor. XV, 44, 45. 

Oh ! que l’on sera heureux, que l’on sera tranquille alors en chantant l’Alleluia ! Là, point d’adversaire; et quand il n’y a point d’ennemi, on ne perd aucun ami. Là nous chanterons les louanges de Dieu. Ici encore nous les chantons; mais ici c’est au milieu de nos sollicitudes; ce sera là sans inquiétude; ici nous devons mourir, là vivre toujours; id nous n’avons que l’espérance, là la réalité;ici nous sommes en voyage, et là dans notre patrie. Maintenant donc, mes frères, chantons, non pour égayer notre repos, mais pour alléger notre travail. Chante, mais comme chanterai les voyageurs ; avance donc en même temps; charme tes fatigues en chantant, garde-toi d’aimer la paresse; chante et marche. Marche ! qu’est-ce-à-dire? Fais des progrès, mais des progrès dans le bien, car il en est, dit l’Apôtre, qui en font dans le mal (1). Tu marcheras dont en faisant des progrès ; mais que ce soit dam le bien, que ce soit dans la bonne foi, que ce soit dans les bonnes moeurs ;chante et avance, Ne t’égare pas, ne retourne pas, ne reste pas en chemin. 

Tournons-nous avec un coeur pur, etc. 

1. II Tim. II. 13. 

SUR L’ ÈVANGILE DE JEAN (Chap. VIII,12.) JÉSUS, LUMIÈRE DE VIE.

28 février, 2008

 du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/jean/tr31-40/tr34.htm 

SAINT AUGUSTIN 

SUR L’ ÈVANGILE DE JEAN (Chap. VIII,12.) JÉSUS, LUMIÈRE DE VIE.

TRENTE-QUATRIÈME TRAITÉ. 

SUR CE PASSAGE « JE SUIS LA LUMIÈRE DU MONDE CELUI QUI ME SUIT NE MARCHE PAS DANS LES TÈNÈBRES, MAIS IL AURA LA LUMIÈRE DE LA VIE ». (Chap. VIII, 12.) 

JÉSUS, LUMIÈRE DE VIE.

[ce texte est la suite de celui-là postée hier] 

6. Vous voyez, mes frères, si vous avez des yeux intérieurs, vous voyez à quelle lumière le Seigneur fait allusion quand il dit : « Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres ». Suis lastre du jour, et voyons si tu ne marcheras pas dans les ténèbres. Voilà quil se lève et savance vers toi; il dirige sa course vers lOccident: pour toi, tu veux marcher peut-être vers lOrient. Si tu ne suis pas une route toute différente, tout opposée à celle quil suit lui-même, il est indubitable qu’à marcher dans le même sens, tu feras fausse route, et quau lieu [571] daller à lOrient, tu iras à lOccident. Sur terre, tu te tromperas en le prenant pour guide; il en sera de même du navigateur qui réglera sur lui sa course à travers lOcéan. Si, au contraire, tu as formé le dessein de te diriger dans le même sens que le soleil, et daller, comme lui, vers lOccident, il nous sera facile de voir, après son coucher, situ ne marches pas dans les ténèbres. Remarque-le, en effet: il te quittera lors même que tu ne voudrais pas le quitter ; il te laissera en arrière, pour fournir sa course et obéir aux ordres de celui à qui il est forcément soumis. Quoiquil napparût point aux yeux de tous, à cause du nuage de sa chair qui leur voilait ses rayons, Notre-Seigneur Jésus-Christ éclairait toutes choses par la puissance de sa sagesse. Ton Dieu est partout tout entier, et si tu ne te sépares point de lui, jamais ce soleil éternel ne se couchera pour toi. 

7. Aussi, dit-il, « celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie ». Ce quil a promis ne se réalisera, comme lindiquent ses paroles, que dans lavenir; car il ne dit pas: Cet homme a la lumière de vie, mais: « il aura la lumière de vie ». Toutefois, il ne dit pas non plus : Celui qui me suivra, mais : «Celui qui me suit ». Ce que nous devons faire, il nous faut, daprès ses expressions, laccomplir dès maintenant; mais il nous donne à entendre que la récompense par lui promise à nos mérites ne nous sera accordée que plus tard. « Celui qui me suit aura la lumière de vie ». Aujourdhui, on le suit : on jouira, plus tard, de la lumière : aujourdhui, on le suit par la foi ; dans le siècle futur, on possédera la lumière en la voyant à découvert. « Pendant que nous habitons dans ce corps, mous marchons hors du Seigneur; car nous nallons vers lui que par la foi, et nous ne le voyons pas encore à découvert (1)». Quand le verrons-nous face à face? Lorsque nous aurons la lumière de vie, lorsque nous serons parvenus à la vision intuitive, et que la nuit du temps présent se sera écoulée. De ce jour qui doit se lever plus tard, il a été dit : « Dès le matin, je paraîtrai en votre présence, et nous contemplerai (2) ». Quest-ce à dire « Dès le matin? » Quand la nuit de cette vie terrestre sera écoulée, lorsque nous naurons plus à redouter aucune tentation, après que 

1. II Cor. V, 6, 7. 3. Ps. V, 5. 

nous aurons triomphé de ce lion qui tourne autour de nous pendant la nuit, en rugissant et en cherchant une victime quil puisse dévorer (1). « Dès le matin je paraîtrai en votre présence, et je vous contemplerai ». Maintenant, mes frères, quavons-nous de mieux à faire pour le moment, si ce nest ce que dit encore le Psalmiste : « Toutes les nuits, ma couche sera baignée de mes pleurs, et mon lit arrosé de mes larmes (2) ». Je pleurerai, dit-il, pendant toutes les nuits ; le désir de voir venir le jour me consumera. Dieu en connaît lardeur; car, ailleurs, le Roi-Prophète lui dit encore : « Seigneur, tous mes désirs sont en votre présence et les désirs de mon coeur ne vous sont point cachés (3) ». Si tu désires de lor, on peut sen apercevoir ; car les recherches que tu en feras seront manifestes pour tous ceux qui te verront. Désires-tu du froment? Tu exprimes certainement à quelquun les pensées de ton âme ; tu lui fais connaître lobjet de tes désirs. Mais si tu souhaites posséder Dieu, en est-il un autre que Dieu pour le savoir? Tu demandes la possession de Dieu, comme tu demandes du pain, de leau, de lor, de largent, du froment; mais à qui demandes-tu de le voir et de le posséder, sinon à lui-même? Cest à celui qui a promis la possession de lui-même, quon demande de le posséder. Que ton âme donne de lampleur à ses aspirations ; quelle s’étende en quelque sorte, pour essayer de contenir ce que loeil na point vu, ce que loreille na point entendu, ce que le coeur de lhomme na jamais compris (4). Il est possible de le désirer, den faire lobjet de ses plus ardentes aspirations et de ses soupirs; y penser dignement, lexpliquer par des paroles, jamais. 

8. Mes frères, le Sauveur a donc dit ces quelques mots : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie » ; et par là il n voulu, dune part, nous donner un précepte, et, de lautre, nous faire une promesse. Aussi devons-nous accomplir ses ordres, afin de ne point désirer impudemnment la réalisation de ses promesses ; afin quil ne nous dise pas, lorsquil viendra nous juger : As-tu fait ce que jai commandé, pour avoir le droit de me demander ce que je tai promis? Seigneur, notre Dieu, que mavez-vous donc ordonné? De me suivre. Nas-tu pas 

1. I Pierre, V, 8. 2. Ps. VI,7. 3. Id. XXXVII, 10. 4. I Cor. II, 9. 

572 

demandé comment tu pourrais agir pour vivre de cette vie dont il a été dit : « En vous est la source de la vie ? » Un jeune homme a reçu cette réponse : « Va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans te ciel ; puis, viens et suis-moi ». Ce jeune homme s’éloigna, la tristesse dans le coeur, mais il ne suivit pas le Sauveur ; il désirait recevoir les leçons dun bon maître: pour cela, il interrogea le souverain Docteur, mais il en méprisa les enseignements ; il sen retourna plein de tristesse, parce quil était enchaîné par ses convoitises: il sen retourna tout triste, parce quil portait sur ses épaules une énorme besace remplie davarice (1). Il marchait péniblement et suait: son conseiller voulut lui faire ôter sa besace, mais il simagina devoir plutôt abandonner un tel maître que le suivre. Le Sauveur, par son Evangile, a dit hautement à tous les hommes : « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et qui souffrez, et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur (2) ». Depuis ce moment, combien dhommes, après avoir entendu ces paroles de lEvangile, ont mis en pratique ce que na pas fait ce riche, même après en avoir entendu le précepte tomber des lèvres du divin Maître ! A nous donc, maintenant, dagir et de suivre Jésus-Christ ; brisons les fers qui nous empêchent de marcher sur ses traces. Mais qui pourra nous débarrasser de telles entraves, sinon celui à qui le Prophète a dit: « Vous avez rom pu mes chaînes (3) ». Et encore, dans un autre psaume : « Le Seigneur délie les captifs, le Seigneur redresse ceux qui sont courbés (4) »

9. Et ces hommes débarrassés de leurs biens, et ces hommes redressés, que suivent-ils, sinon la lumière qui leur adresse ces paroles : « Je suis la lumière du monde : celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres? » Parce que le Seigneur éclaire les aveugles. Mes frères, ils voient donc maintenant la lumière, ceux qui possèdent le collyre de la foi. Le Sauveur mêla dabord sa salive avec de la poussière, puis il se servit de ce mélange pour frotter les yeux de laveugle-né (5). Par la faute dAdam, nous sommes nés aveugles, et il faut que la 

1. Matth. XIX, 16-22. 2. Id. XI, 28, 29. 3. Ps. CXV, 16. 4. Id. CXLV, 8. 5. Jean, IX, 6, 

lumière du Sauveur vienne nous éclairer. Il a mêlé de la salive avec de la terre, car « le Verbe sest fait chair, et il a habité parmi nous (1)». Il a mêlé de la salive avec de la terre; aussi avait-il été dit davance : « La vérité est sortie du sein de ta terre (2) ». Le Sauveur a dit lui-même : « Je suis la voie, la vérité et la vie (3)». Nous jouirons de la vérité, lorsque nous verrons Dieu face à face; parce quil nous le promet. Y aurait-il, en effet, un homme assez audacieux pour espérer ce que Dieu naurait daigné ni promettre ni donner? Nous verrons Dieu face à face: lApôtre la dit: « Aujourdhui, je ne connais le Seigneur quimparfaitement, en énigme, comme dans un miroir : alors, je le verrai face à face (4)». Lapôtre saint Jean sest exprimé de la même manière dans une de ses épîtres : « Mes bien-aimés, nous sommes maintenant les enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous savons que, quand il viendra dans sa gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel quil est (5)». Voilà une bien grande promesse. Si tu aimes Dieu, suis-le donc. Je laime, me dis-tu; mais par quel chemin le suivrai-je? Si le Seigneur ton Dieu tavait dit : Je suis la vérité et la vie, dès lors que la vérité et la vie seraient lobjet de tes plus ardents désirs, tu ferais évidemment tous tes efforts pour trouver le chemin qui pourrait ty conduire; tu te dirais à toi-même : La vérité et la vie, ce sont de bien grandes choses : si seulement mon âme pouvait trouver le moyen dy parvenir! Tu cherches ce moyen ? Ecoute le Sauveur, voici sa première parole : « Je suis la voie ». Avant de tapprendre où tu dois le suivre, il tindique le chemin : « Je suis la voie ». Où te conduira-t-elle? « Et la vérité et la vie ». Il tenseigne dabord par quelle route tu dois marcher, puis à quel but tu parviendras. Je suis la voie, je suis la vérité, je suis la vie. En tant quil demeure dans le Père, il est la vérité et la vie; il est la voie, parce quil sest revêtu de notre humanité. On ne te dit pas : Fatigue-toi à chercher le chemin qui te mènera à la vérité et à la vie: non, ce nest pas là ce quon te dit. Paresseux, lève-toi; la voie elle-même sest approchée de toi, elle ta fait sortir du sommeil où tu 

1. Jean, I, 14. 2. Ps. LXXXLV, 12. 3. Jean, XIV, 6. 4. I Cor. XIII, 12. 5. I Jean, III, 2. 

573 

étais plongé, si toutefois elle ta éveillé. Lève-toi et marche. Peut-être cherches-tu à marcher sans le pouvoir, parce que tu as mal aux pieds? Pourquoi tes pieds sont-ils si sensibles? Lavarice les aurait-elle forcés à courir en des sentiers pierreux? Mais le Verbe de Dieu a guéri même les boiteux. Mes pieds, dis-tu, sont en bon état, mais cest le chemin que je ne vois pas. Le Sauveur a aussi éclairé les aveugles. 

10. Tout cela est leffet de la foi, et elle lopère en nous pendant que nous vivons de telle vie terrestre, et que nous voyageons ici-bas, loin du Seigneur; mais lorsque nous lurons parcouru toute l’étendue du chemin, et que nous serons arrivés dans la patrie, y aura-t-il pour nous un motif plus puissant de joie, une source de bonheur plus féconde? Non, parce quune tranquillité sans pareille y sera notre partage, parce que lhomme ny éprouvera aucune contrariété. Il nous est, maintenant, mes frères, bien difficile de lavoir pas à combattre. Dieu nous appelle à la concorde. Il nous ordonne davoir la paix avec nos semblables : tel doit être le but de nos efforts; cest de ce côté quil nous, faut tendre par tous les moyens possibles : par là nous parviendrons un jour à la paix la plus complète. Quoi quil en soit, nous en sommes aujourdhui à lutter le plus souvent même avec ceux à qui nous voulons faire du bien. Celui-ci est égaré, tu veux le ramener dans le bon chemin : il te résiste, tu entres en discussion avec lui. Sil est païen, tu attaques le culte des idoles et des démons ; sil est hérétique, tu bats en brêche les autres erreurs, qui procèdent du diable; si cest un mauvais catholique, qui ne veut pas mener une bonne conduite, tu fais la guerre aux penchants désordonnés du coeur de ton frère : il habite avec toi la même maison, et il cherche des voies détournées; aussi t’échauffes-tu à le ramener au bien, afin de pouvoir rendre, à son sujet,au souverain Maître de lun et de lautre, un compte satisfaisant. Quelle nécessité se présente de toutes parts de lutter avec nos semblables! Bien souvent, accablé de tristesse, on se dit à soi-même : Pourquoi faut-il que je rencontre autant de contradicteurs, et que je supporte des gens qui me rendent le mal pour le bien? Je veux travailler à les sauver, et ils veulent périr; ma vie se consume à lutter avec eux ; la paix mest étrangère; de plus, ceux que je devrais compter au nombre de mes amis sils voulaient faire attention au bien que je veux leur procurer, jen fais des ennemis acharnés. Pourquoi souffrir ainsi? Je me retournerai vers moi, je serai à moi seul, jinvoquerai mon Dieu. Rentre en toi-même, tu y trouveras encore la guerre; et si tu as commencé à suivre le Sauveur, tu rencontreras encore des combats. Quelle lutte mattend au-dedans de moi? La chair a des désirs contraires à ceux de lesprit, et lesprit en a de contraires à ceux de la chair (1). Te voilà seul avec toi, nayant rien à souffrir de la part de personne, mais tu ressens dans tes membres une loi tout opposée à celle de ton esprit, et qui te retient captif sous la loi du péché à laquelle tes membres obéissent. Elève donc la voix : du milieu de cette lutte intérieure, crie vers le Seigneur demande-lui de te rendre la paix : « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera du corps de cette mort? La grâce de Dieu, par Jésus-Christ Notre-Seigneur (2)». Parce que, dit le Sauveur, «celui qui me suit ne marchera point « dans les ténèbres; mais il aura la lumière de vie ». Quand sera fini le combat, alors succédera limmortalité, car « la mort sera le dernier ennemi détruit ». Et de quelle paix jouira-t-on en ce moment? « Il faut que ce corps corruptible soit revêtu dincorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu dimmortalité (3) ». Pour parvenir à ce séjour où nous jouirons plus tard de la réalité, suivons aujourdhui, par nos espérances, celui qui nous a dit : « Je suis la lumière du monde : celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie»

1. Galat. V, 17. 2. Rom. VII, 23-25. 3. I Cor. XV, 26, 53. 

 

SUR L’ ÈVANGILE DE JEAN (Chap. VIII,12.) JÉSUS, LUMIÈRE DE VIE.

27 février, 2008

un écrit de Saint Augustin sur l’évangile de Jean, première partie (deux partie) 

 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/jean/tr31-40/tr34.htm

 

SUR L’ ÈVANGILE DE JEAN 

TRENTE-QUATRIÈME TRAITÉ. 

SUR CE PASSAGE « JE SUIS LA LUMIÈRE DU MONDE CELUI QUI ME SUIT NE MARCHE PAS DANS LES TÈNÈBRES, MAIS IL AURA LA LUMIÈRE DE LA VIE ». (Chap. VIII, 12.) 

JÉSUS, LUMIÈRE DE VIE. 

Jésus est la lumière du monde, non pas une lumière matérielle, mais la lumière incréée qui est Dieu : il est aussi source de vie; et comme, en Dieu, la lumière et la vie se trouvent réunies, nous en jouirons au ciel pendant l’éternité. Pour y parvenir, il nous faut ici-bas suivre Notre-Sauveur, imiter ses vertus, et quand nous aurons victorieusement lutté coutre les ennemis de notre salut, nous entrerons en possession de la lumière et de la vie éternelles, promises comme récompense à nos généreux efforts. 

1. Nous venons dentendre la lecture du saint Evangile; nous lavons écoutée avec attention, et, jen suis sûr, nous nous sommes tous efforcés den saisir le sens. Les grandes et mystérieuses choses dont on nous y a entretenus, chacun de nous en a pris ce quil a pu, selon l’étendue de ses moyens; le pain de la parole a été placé devant nous : personne, sans doute, ne se plaindra de ny avoir pas goûté. Encore une fois, ce passage de lEvangile offre des difficultés; mais jen suis sûr, il en est parmi nous pour lavoir compris tout entier. Néanmoins, celui qui a suffisamment saisi toutes les paroles précitées du Sauveur, nous permettra de remplir notre ministère; il nous permettra de les expliquer, autant que possible, avec le secours de la grâce divine, et, par là, de faire comprendre à tous ou à beaucoup, ce dont un petit nombre se trouve déjà heureux davoir lintelligence. 

2. Ces paroles du Sauveur: « Je suis la lumière du monde », une semblent assez claires pour ceux qui ont des yeux à laide desquels on peut contempler cette lumière: ceux, au contraire , qui nont dautres yeux que les yeux de leur corps, [569] s’étonnent dentendre ces paroles : «Je suis la lumière du monde », sortir de la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il en est, sans doute, plus dun pour se dire à lui-même Le Seigneur Jésus serait-il ce soleil, dont le lever et le coucher forment la mesure de nos jours? Plusieurs hérétiques lont pensé : en effet, les Manichéens voyaient la personnification du Christ dans cet astre dont les rayons frappent nos regards, et qui, placé au centre du monde, sert à tous, aux hommes et aux animaux, pour se conduire. Mais là vraie foi de lEglise catholique repousse une telle ineptie, elle y voit la doctrine du démon; et elle ne se contente pas de croire la vérité; elle cherche aussi, par des preuves péremptoires, à faire passer ses convictions dans les âmes près desquelles, elle trouve accès. Cest pourquoi nous condamnons nous-mêmes cette erreur que la sainte Eglise a, dès le commencement, anathématisée. Nallons donc point voir Jésus-Christ dans ce soleil qui se lève à nos yeux, en Orient, pour aller se coucher en Occident; à l’éclat duquel succèdent les ombres de la nuit, dont les rayons sont interceptés par les nuages, et qui passe avec une admirable régularité de mouvements, dun lieu dans un autre: non, le Sauveur Jésus nest pas ce soleil; non, il nest pas cet astre sorti du néant : il en est le Créateur; « car, par lui toutes choses ont été faites, et rien ma été fait sans lui »

3. Il est donc la lumière qui a créé les rayons du soleil puissions-nous laimer, désirer la comprendre et en éprouver comme une soif ardente ! Ainsi elle nous conduira un jour jusqu’à elle-même, et nous vivrons en elle de manière à ne jamais mourir complètement. Cest en parlant de cette lumière que le Prophète adit, longtemps auparavant, dans un psaume : « Seigneur Dieu, vous sauverez les hommes et les bêtes; car votre miséricorde est sans bornes ». Telles sont les paroles du saint psalmiste : remarquez bien ce quont dit davance de cette lumière divine les hommes de Dieu qui ont vécu dans les temps anciens et consacré leur vie à la sainteté : « Seigneur Dieu, vous sauverez les hommes et les bêtes ; car votre miséricorde est sans bornes». Parce que vous êtes Dieu et que vous êtes rempli dune immense miséricorde, vous en avez répandu lintarissable abondance, non-seulement sur les hommes, que vous avez créés à votre image, mais encore sur les animaux, que vous avez soumis à lempire de lhomme. Le salut des bêtes vient de la même source que le salut de lhomme: il vient de Dieu. Ne rougis point de nourrir, à l’égard du Seigneur ton Dieu, de pareilles pensées; au contraire, livre-toi, à cet égard, à la confiance et même à la présomption: prends garde davoir dautres sentiments. Celui qui te sauve, sauve aussi ton cheval et ta brebis: ne craignons pas de parler des moindres animaux, il sauve encore ta poule ; car le salut vient de Dieu, et Dieu sauve tous ces êtres (1). Cela te jette dans l’étonnement; tu minterroges : je suis surpris de te voir aussi défiant. Le Seigneur, qui a daigné tout créer, dédaignerait-il de tout sauver? De lui vient le salut des anges, des hommes, des bêtes; car le salut vient de lui. Comme personne nest le principe de sa propre existence, ainsi aucun homme ne peut se sauver lui-même. Voilà pourquoi le Psalmiste dit avec tant de vérité et d’à-propos: « Seigneur Dieu, vous sauverez les hommes et les bêtes », pourquoi? « parce que votre miséricorde est sans bornes ». Car vous êtes Dieu, vous avez tout créé : vous sauvez tout : vous avez donné l’être à toutes choses; vous le conservez dans son intégrité

4. Si, en raison de son infinie miséricorde, le Seigneur sauve les hommes et les animaux, les hommes ne jouissent-ils donc daucun bienfait den haut qui leur soit particulier, et quils ne partagent point avec les êtres sans raison ? Ny a-t-il aucune différence entre lanimal créé à limage de Dieu, et lanimal soumis à cette image? Certes, il yen a une outre le salut qui nous est commun avec les brutes, il en est un autre que le Seigneur nous accorde et quil leur refuse. Quel est ce salut ? Voici la suite du psaume : « Mais les enfants des hommes espéreront à lombre de vos ailes ». Ils partagent aujourdhui avec les animaux le même salut; « in ais les «enfants des hommes espéreront à lombre « de vos ailes ». Maintenant ils jouissent de lun, et ils espèrent lautre. Le salut du temps présent est le même pour les hommes et pour les bêtes ; mais il en est un autre qui fait lobjet des espérances de lhomme: ceux qui espèrent, entrent en sa possession : il nest 

1. Ps. III, 9. 

570 

point le partage de ceux qui sabandonnent au désespoir; car, dit le Psalmiste , « les enfants des hommes espéreront à lombre de vos ailes ».Ceux dont lespérance ne saffaiblit point, vous les protégerez afin que le démon ne les en dépouille pas. « Ils espéreront à lombre de vos ailes ». Si donc ils espèrent, quespéreront-ils, sinon ce que ne posséderont jamais les êtres dépourvus de raison? « Ils seront enivrés de labondance de votre maison, et vous les abreuverez du torrent de vos délices ». Quel est le vin dont il sera beau de senivrer? Quel est le vin qui éclaire l’âme au lieu de la troubler? Quel est le vin qui donne une perpétuelle santé, quand on sen abreuve, sans lequel on tombe nécessairement malade? « Ils seront enivrés » de quoi? « de labondance de votre maison, et vous les abreuverez du torrent de vos délices ». Comment cela? «Car en vous est la source de la vie ». Cette source de la vie se présentait elle-même aux hommes, et leur disait: « Que celui qui a soif, vienne à moi (1)». Jésus-Christ était cette source. Mais en commençant, nous avions parlé de lumière, et nous avions entrepris dexpliquer une difficulté relative à la lumière, et à laquelle avait donné lien la lecture de lEvangile. Nous avons lu, en effet, ce passage où le Sauveur dit : « Je suis la lumière du monde ». De là, une explication à donner pour que personne, sous linfluence didées charnelles, ne croie quil soit, en ce passage, question de lastre du jour: nous avons été ainsi amenés à étudier le psaume précité, et nous y avons vu que le Sauveur est la source de la vie. Bois-y donc et vis. « En vous », dit le Psalmiste, « est la source de la vie ». Cest pourquoi les enfants des hommes qui veulent sy enivrer, espèrent à lombre de vos ailes. Mais il sagissait de lumière, Continue donc; car, après avoir dit : « En vous est la source de la vie », le Prophète ajoute: « Et, dans votre lumière, nous verrons la lumière (2)»; Dieu de Dieu, la lumière de la lumière. Par cette lumière a été créé l’éclat du soleil; et cette lumière, par quia été fait le soleil, cette lumière qui nous a créés nous-mêmes et nous a placés sous le soleil, sest établie aussi au-dessous du soleil pour lamour de nous. Oui, je le répète, elle sest, à cause de nous, placée dans un rang inférieur à celui du soleil quelle avait fait 

1. Jean, VII, 37. 2. Ps. XXIV, 8, 10. 

sortir du néant. Que le nuage charnel derrière lequel elle sest cachée ne tinspire aucune pensée de mépris pour elle : elle sest ainsi cachée, non pour obscurcir ses rayons, mais pour en tempérer l’éclat. 

5. Cette inaltérable lumière, cette lumière de la sagesse, cachée derrière le nuage de la chair, sadresse aux hommes et leur dit : «Je suis la lumière du monde : celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie». Vois comme il détourne tes regards de tout objet matériel, pour te rappeler à la considération dun objet de nature toute différente. Il ne lui suffit pas de dire: « Celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière »; car il ajoute: «de la vie », comme lavait dit auparavant le Psalmiste: « Parce quen vous est la source de la vie ». Voyez donc, mes frères, quel accord se trouve entre les paroles du Sauveur et celles du Roi-Prophète: dans le psaume, il est aussi bien question de la lumière que de la source de vie, et Jésus-Christ nous parle de la lumière de vie. Dans notre manière dapprécier les objets matériels, autre est la lumière, autre est une source : se servir de celle-ci, cest le propre de notre gorge; nos yeux doivent percevoir celle-là: quand nous avons soif, nous nous mettons en quête dune fontaine; nous nous munissons dune lumière, si nous nous trouvons dans les ténèbres; et si nous éprouvons, pendant la nuit, le besoin de boire, nous allumons un flambeau pour nous diriger plus sûrement vers la fontaine. Lorsquil sagit de Dieu, il nen est pas ainsi: en lui, ce qui est lumière, est en même temps source vive ; celui dont les rayons brillent à tes yeux pour t’éclairer, toffre aussi dabondantes eaux pour te rafraîchir.

pour la carême Saint Augustin

7 février, 2008

pour la carême je mets quelques pas du « Discours sur la Montagne » de Saint Augustin, naturellement ces pas suivent pas la liturgie du jour, toutefois je pense qu’ils peuvent servir de toute façon pour une bonne préparation au temps de la carême, du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/comecr2/montagne.htm#_Toc38109192

EXPLICATION DU SERMON SUR LA MONTAGNE

CHAPITRE VII. LA GLOIRE DE DIEU, FIN DE TOUTES NOS OEUVRES.

18. « Qu’ainsi votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » S’il eût seulement dit: « Qu’ainsi votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, » il eût semblé donner pour but les louanges des hommes, que recherchent les hypocrites, et ceux qui ambitionnent les honneurs et poursuivent la plus vaine des gloires. C’est contre ceux-là qu’il est écrit : « Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais point serviteur du Christ (2) ; » et par le prophète : « Ceux qui plaisent aux hommes ont été confondus, parce que Dieu les a réduits à rien; » et encore: « Dieu a brisé les os de ceux qui plaisent aux hommes (3); » et par Paul : « Ne devenons pas avides d’une vaine gloire (4); » et par ce même Paul : « Or que chacun s’éprouve, et alors il trouvera sa gloire en lui-même et non dans un autre (5). » Le Sauveur ne s’est donc pas contenté de dire: « Afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres; » mais il a ajouté: « Et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux; » afin que, tout en obtenant les suffrages

1 I Cor. IX, 26, 27. 2 Gal. I, 10. 3 Ps. LII, 6. 4 Gal. V, 26. 5 Ib . VI, 4.

de ses semblables par ses bonnes oeuvres, l’homme cependant ne place pas là son but final, mais rapporte tout à Dieu et ne cherche dans l’approbation des hommes que la gloire de Dieu. Car c’est l’avantage même des ceux qui décernent des éloges, de les rapporter à Dieu et non à l’homme; comme le Seigneur le fit voir à l’occasion de celui que l’on portait, de ce paralytique qu’il guérit et dans lequel la foule admirait sa puissance, comme il est écrit: « Et la multitude fut saisie de crainte et rendit gloire à Dieu, qui a donné une telle puissance aux hommes (1). . Paul, l’imitateur du Christ, nous dit aussi : « Seulement elles (les églises) avaient ouï dire : Celui qui autrefois nous persécutait annonce maintenant la foi qu’il s’efforçait alors de détruire ; et elles glorifiaient Dieu à mon sujet (2). »

19. Après avoir ainsi exhorté ses auditeurs à se préparer à tout souffrir pour la vérité et la justice et à ne point cacher les biens qu’ils devaient recevoir, mais à s’instruire dans l’intention bienveillante d’enseigner les autres, en rapportant toutes leurs bonnes oeuvres, non à leur propre gloire, mais à celle de Dieu : après cela, dis-je, le Seigneur commence à les éclairer et à leur apprendre ce qu’ils doivent enseigner; c’est comme s’ils lui eussent demandé: Nous sommes prêts à tout souffrir pour votre nom, à ne point cacher votre doctrine: mais quelle est donc cette doctrine que vous nous défendez de cacher, et pour laquelle vous nous ordonnez de tout souffrir? Allez-vous donc contredire ce qui est écrit dans la loi ? Non, leur répond-il : « Ne pensez pas que je dois abolit la Loi et les prophètes; je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir. »

pour la careme: Saint Augustin

5 février, 2008

pour la careme, du site:

 

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/comecr2/montagne.htm#_Toc38109192

 

SAINT AUGUSTIN

5. « Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être honorés des hommes. » C’est-à-dire ne cherche pas, comme les hypocrites, à te faire un noie. Or il est clair que l’ hypocrite n’a

1 Philip. IV, 17.

point dans le coeur les sentiments qu’il affecte aux yeux, des hommes. Car il simule, joue, pour ainsi dire, le rôle d’un autre, comme les acteurs au théâtre. En effet celui qui représente, dans une tragédie, Agamemnon, par exemple, ou tout autre personnage historique ou fabuleux, n’est point ce personnage même ; mais il fait semblant de l’être’ et on l’appelle comédien. Ainsi quiconque, dans l’Eglise ou dans toute condition humaine, veut paraître ce qu’il n’est pas, est un comédien. Il feint d’être juste, et ne l’est pas réellement, parce qu’il place tout, son profit dans la louange humaine, que, les hypocrites peuvent, obtenir en trompant ceux à, qui ils paraissent, bons et en recevant leurs éloges. Mais de tels hommes ne reçoivent, du, Dieu qui lit dans les coeurs, d’autre récompense que la punition due à la fourberie : car, dit le Saveur, « ils, ont reçu » des hommes « leur récompense ;» et c’est avec, grande raison qu’on leur dira : Retirez-vous. de moi, ouvriers de fraude ; vous avez porté mon nom, mais vous n’avez pas fait mes oeuvres. Ceux-là donc ont reçu leur, récompense, quine font l’aumône que pour être honorés des hommes; non pas précisément parce. qu’ils sont honorés, mais parce qu’ils ont agi pour être honorés, ainsi, que nous l’ayons exposé plus haut. En effet la, louange humaine ne doit, pas être recherchée, par celui qui fait le bien, mais l’accompagner; pour le; profit de ceux qui peuvent imiter ce qu’ils louent, et non, pour que celui qu’ils louent croie tirer quelque profit de leurs éloges.

appelée la Belle, a-t-il supporté la haine de ses entremis envers lui et envers les autres disciples du Christ (1) ? Enfin si notre ennemi doit ignorer notre aumône, comment la lui ferons-nous, à lui-même, en accomplissement de ce précepte : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire (2) ? »

7. Il y a là dessus une troisième opinion d’hommes charnels, mais tellement absurde, tellement. ridicule, que je n’en parlerais pas si je ne savais qu’elle est admise par un grand nombre. Ceux-là prétendent que la main gauche désigne ici l’épouse; parce que, disent-ils, la femme tenant davantage à l’argent au sein du ménage, il faut que les hommes fassent l’aumône à leur insu, pour éviter les discussions domestiques. Comme si l’homme seul était chrétien, et que le commandement de l’aumône ne regardât point la femme ! Quelle sera donc la main gauche à qui la femme devra cacher ses oeuvres de miséricorde ?L’homme sera-t-il la main gauche de la femme? Ce serait la plus grande des absurdités. Et si on prétend que les époux sont l’un pour l’autre cette main gauche, si toute aumône faite par l’un du bien domestique contrarie l’autre, cc n’est plus là un mariage chrétien ; il faudra que celui des deux qui voudra accomplir, bon gré malgré, le précepte divin de l’aumône, blesse en même temps la volonté de Dieu, et soit rangé parmi les infidèles: car il est prescrit, en pareil cas, au mari fidèle de gagner sa femme par sa bonne conduite et ses moeurs, et à la femme pareillement à l’égard de son mari; par conséquent ils ne doivent point se cacher naturellement leurs bonnes oeuvres, qui doivent au contraire devenir entre eux une sorte d’invitation réciproque, un moyen de s’attirer à la foi chrétienne. Il ne faut pas non plus voler pour se concilier l’amitié de Dieu. Et s’il est nécessaire de cacher quelque chose, par égard pour l’infirmité du conjoint encore incapable de voir l’aumône de bon oeil, en quoi il n’y a ni injustice ni péché ; cependant cette interprétation du mot main gauche ne s’accommoderait guère à l’ensemble du chapitre qui va, du reste, nous apprendre ce que le Christ a entendu par là.

8. « Prenez garde, nous dit-il, à ne pas faire votre justice devant les hommes, pour être vus d’eux; autrement vous n’aurez point de récompense de votre Père qui est dans les cieux. » Il parle ici de lai justice en général, puis il entre

1 Act. II, 4. — 2 Prov. XXV, 21.

dans les détails. En effet l’aumône est une partie de la justice, et c’est pourquoi il ajoute immédiatement : «Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans la synagogue et dans les rues, afin d’être honorés des hommes, » et ceci se rattache à ce qu’il a dit plus haut : « Prenez garde à ne pas faire votre justice devant les hommes, pour être vus d’eux. » De même ce qui suit: « En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense, » se rapporte à ce texte précédent: « Autrement vous n’aurez point de récompense de votre Père qui est dans les cieux. » Puis il continué : « Pour toi, quand tu fais l’aumône. » Que signifient ces mots: Pour toi, si non : à la différence d’eux? Que me commande-t-il donc ? Pour toi, quand tu fais l’aumône, « que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. » Donc les hypocrites agissent de manière à ce que leur main gauche sache ce que fait leur droite. On vous défend par conséquent de faire ce qu’on blâme en eux. Or ce qu’on blâme en eux, c’est d’agir en vue des louanges des hommes. Le sens le plus naturel de ce mot, main gauche, semble donc être le plaisir d’être loué; tandis que la droite signifie l’intention d’accomplir les préceptes divins. Donc quand la recherche de la louange humaine se glisse dans la conscience de celui qui fait l’aumône, la gauche sait ce que fait la droite. Par conséquent, « que ta main gauche ne sache ce que fait ta droite, » c’est-à-dire que le désir de la louange humaine ne se glisse point dans votre conscience, quand vous cherchez à remplir le précepte divin de l’aumône.

9. « Afin que ton aumône soit dans le secret. » Qu’est-ce dans le secret, sinon dans la bonne conscience elle-même, qui ne peut ni être rendue visible aux yeux des hommes, ni être manifestée par des paroles? En effet beaucoup mentent de bien des façons. Par conséquent si la main droite agit à l’intérieur et en secret, à la gauche appartient l’extérieur, tout ce qui est visible et temporel. Que votre aumône soit donc dans votre propre conscience, où beaucoup la font par leur bonne volonté, quand ils n’ont pas d’argent ni autre chose à donner au pauvre. Mais beaucoup aussi la font au dehors, et non au dedans: ce sont ceux qui, par ambition ou par des vues temporelles, veulent paraître miséricordieux et en qui il faut croire que la gauche seule opère. D’autres tiennent une sorte (290) de milieu entre ces deux extrêmes: ils font l’aumône en dirigeant leur intention vers Dieu, et cependant à ce but excellent se mêle un certain désir de la louange ou de toute autre chose fragile et passagère. Mais le Seigneur, qui ne veut pas même que la gauche se mêle en rien des oeuvres de la droite, défend bien plus énergiquement de la laisser seule agir en nous; afin que non-seulement nous évitions de faire l’aumône uniquement par un motif temporel, mais encore qu’en la faisant, notre intention soit tellement dirigée vers Dieu qu’aucun désir d’avantages extérieurs ne vienne s’y mêler ou s’y joindre. Car il s’agit de purifier le coeur, qui ne peut être pur qu’à moins d’être simple. Or comment sera-t-il simple s’il sert deux maîtres, s’il ne purifie pas ses yeux parla contemplation des biens éternels, et les laisse s’obscurcir par l’amour des choses mortelles et fragiles? Donc que ton aumône soit dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Rien de plus juste ni de plus vrai. En effet si vous attendez votre récompense de Celui qui lit seul dans la conscience, que le témoignage de votre conscience vous suffise pour mériter ce prix. Beaucoup d’exemplaires latins portent: « Et ton, Père, qui voit dans le secret, te le rendra devant les hommes ; » mais comme cette expression devant les hommes, ne se trouve pas dans les exemplaires grecs, qui. sont les plus anciens, nous n’avons pas cru devoir nous y arrêter.

CHAPITRE III. DE LA PRIÈRE, SES CONDITIONS, SON UTILITÉ.

10. « Et lorsque tu pries, ne sois pas comme les hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et au coin des grandes rues, afin d’être vus des hommes. » Ici encore il n’est point défendu d’être vu par les hommes, mais d’agir pour être vu d’eux; et il est, superflu de le répéter, puisque la règle est donnée, une fois pour toutes, non de craindre et d’éviter que les hommes sachent ce que nous faisons, mais de rien faire avec l’intention de rechercher leur approbation pour récompense. Le Seigneur lui-même emploie ici les mêmes expressions, en ajoutant, comme la première fois: « En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense; » faisant voir par là qu’il condamne la récompense que les insensés cherchent dans les louanges humaines.

11. « Pour vous, quand vous priez, entrez dans votre chambre. » Or quelle est cette chambre, sinon le coeur lui-même, ainsi que le Psalmiste l’enseigne quand il dit: « Ce que vous dites dans votre coeur, repassez-le avec amertume sur votre couche (1) . — Et,les portes fermées, priez votre Père en secret. » C’est peu d’entrer dans sa chambre, si on en laisse la porte ouverte aux importuns, si les choses du dehors s’y introduisent et envahissent notre intérieur. Or nous avons dit que le dehors ce sont tous les objets temporels et visibles, qui pénètrent dans nos pensées par la porte, c’est-à-dire par les sens charnels, et troublent nos prières par une multitude de vains fantômes. Il faut donc fermer la porte, c’est-à-dire résister au sens charnel, en sorte que notre prière, toute spirituelle, s’élève vers le Père du fond du cœur où l’on prie le Père en secret. « Et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra. » C’est par là qu’il fallait terminer; car le Seigneur n’a pas en vue ici de nous recommander de prier, mais de nous appendre comment il faut prier; comme plus haut, ce n’était point l’aumône qu’il recommandait, mais l’esprit dans lequel il faut la faire; puisqu’il s’agit de la pureté du coeur, qui ne s’obtient qu’en fixant son intention unique, simple, sur la vie éternelle, par le seul et pur amour de la sagesse.

12. « Or, en priant, ne parlez pas beaucoup, comme les païens; ils s’imaginent qu’à force de paroles il seront exaucés. » Comme le propre des hypocrites est de se donner en spectacle dans la prière et de n’en attendre d’autre fruit que l’approbation des hommes; ainsi le propre des païens, c’est-à-dire des gentils, est de s’imaginer qu’à force de paroles ils seront exaucés. Et en effet toute abondance de paroles vient des gentils qui s’appliquent plus à exercer leur langue qu’à purifier leur coeur. Ils s’efforcent de transporter dans la prière ce ridicule verbiage, dans l’espoir de fléchir Dieu, et dans la conviction que Dieu se laisse, comme l’homme, séduire par des paroles. « Ne leur ressemblez donc pas, » dite le seul et véritable Maître. « Car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. » Si en effet il faut une multitude de paroles pour informer et instruire celui qui ne sait pas, qu’en est-t-il besoin avec Celui qui connaît tout, à qui tout ce qui est parle, par cela seul qu’il est, et se présente comme un fait accompli; à la science et à la sagesse duquel l’avenir n’est point caché; pour qui tout ce qui est passé et

1 Ps. IV, 5.

291

tout ce qui passera est immuablement présent ?

13. Mais comme il doit lui-même nous apprendre à prier par des mots, quoique en petit nombre, on peut demander quel besoin il y a de ce peu de mots avec Celui qui sait toutes choses avant qu’elles arrivent, et connaît, il le dit lui-même, ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions ? Nous répondons d’abord que ce n’est point par des paroles qu’il faut traiter avec Dieu pour obtenir ce que nous désirons, mais par ce qui se passe en notre âme, par la direction de notre pensée accompagnée d’amour pur et de simple affection ; et de plus que le Seigneur nous a appris les choses par les mots, afin que les mots, confiés à notre mémoire, nous rappellent les choses au moment de la prière.

14. On peut insister et dire : Qu’il faille prier par des choses ou par des mots, à quoi bon la prière, si Dieu sait ce qui nous est nécessaire ? Non répondons que l’attention même de la prière calme et purifie notre coeur et le rend plus apte à recevoir les dons célestes qui nous viennent spirituellement; car ce n’est pas parce qu’il ambitionne des prières que Dieu nous exauce, lui qui est toujours prêt à nous donner sa lumière, non celle qui est visible, mais la lumière intelligible et spirituelle. Seulement nous ne sommes pas toujours disposés à la recevoir, quand nous nous portons d’un autre côté et que la convoitise des choses temporelles nous remplit de ténèbres. La prière tourne donc notre coeur vers Celui qui est toujours prêt à nous donner, si nous sommes capables de recevoir ses dons; et dans ce mouvement, le regard intérieur se purifie par l’exclusion des désirs temporels, en sorte que 1′œil du coeur simple puisse supporter la lumière simple qui brille d’en haut, sans déclin, sans changement; et puisse la supporter non-seulement sans incommodité, mais avec cette joie ineffable qui constitue véritablement et réellement le bonheur.

SAINT AUGUSTIN: EXPLICATION DU SERMON SUR LA MONTAGNE

4 février, 2008

du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/comecr2/montagne.htm#_Toc38109188

 

SAINT AUGUSTIN

EXPLICATION DU SERMON SUR LA MONTAGNE 

Traduction de M. l’abbé DEVOILLE. 

LIVRE PREMIER. PREMIÈRE PARTIE DU SERMON (1). 

 

CHAPITRE PREMIER. RÈGLE PARFAITE DE LA VIE CHRÉTIENNE. —  MONTAGNE. —  OUVRIR SA BOUCHE. —  LES PAUVRES D’ESPRIT. 

 

 

1. En étudiant avec piété et avec prudence le sermon que Notre-Seigneur Jésus-Christ a prononcé sur la montagne, tel que nous le lisons dans l’évangile selon saint Matthieu, on y trouvera, je pense, tout ce qui regarde les bonnes mœurs, un parfait modèle de la vie chrétienne. Je ne m’aventure point en disant cela, mais je me fonde sur les paroles mêmes du Seigneur. En effet, en concluant ce discours, le Sauveur laisse entendre qu’il y a renfermé tous les préceptes propres à former notre vie, puisqu’il dit : «Donc, quiconque entend ces paroles que je publie et les accomplit, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre; la pluie est descendue, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison ; et elle n’a pas été renversée, parce qu’elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces paroles que je dis et ne les accomplit pas, je le comparerai à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable; et la pluie est descendue, les fleuves se sont débordés, les vents ont soufflé, et sont venus fondre sur cette maison ; et elle s’est écroulée, et sa ruine a été grande. » En disant, non pas simplement : « Celui qui entend mes paroles, » mais: «celui qui entende ces paroles que je dis, » le Seigneur a assez indiqué, ce me semble, que les paroles qu’il a prononcées sur la montagne peuvent imprimer à la conduite de ceux qui veulent les mettre en pratique une perfection telle qu’on pourra justement les comparer à un homme qui bâtit sur la pierre. Je dis ceci pour montrer que ce discours renferme 

1 Matt. V. 

toutes les règles de la perfection chrétienne; car nous reviendrons plus en détails sur ce chapitre.

2. Voici donc le préliminaire de ce sermon : « Or Jésus, voyant une grande foule, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui, et ouvrant sa bouche, il les instruisait, disant. » Si on demande ce que signifie la montagne, ils est raisonnable de penser qu’elle désigne l’importance plus grande des préceptes de la justice, comparativement à ceux de la loi judaïque qui leur sont inférieurs. Cependant c’est le même Dieu qui, par ses saints prophètes et ses serviteurs, selon l’exacte convenance du temps, adonné des commandements de moindre valeur à un peuple qu’il fallait encore enchaîner par la crainte ; et d’autres, plus précieux, par son Fils, à un peuple qu’il convenait d’affranchir par la charité. Mais les uns et les autres, selon leurs proportions, ont été donnés par celui qui seul sait appliquer à propos le remède convenable aux maux du genre humain. Et il n’y a rien d’étonnant à ce que le même Dieu qui a fait le ciel et la terre, ait donné des préceptes plus grands en vue du royaume du ciel, et d’autres moins grands en vue du royaume de la terre. Or c’est de cette justice plus grande qu’il est dit dans le roi-prophète : « Votre justice est élevée comme les montagnes de Dieu (1). » Et voilà précisément ce que signifie la montagne sur laquelle enseigne le maître unique, le seul propre à enseigner de si grandes choses. Et il s’asseoit pour enseigner, comme il convient à la dignité d’un maître; et ses disciples s’approchent de lui, afin d’être plus près, de corps, pour entendre ses paroles, comme ils se rapprochaient déjà par l’esprit pour les accomplir. « Et, ouvrant sa bouche, il les instruisait, disant. » Cette circonlocution: « Et ouvrant

 

1 Ps. XXXV, 7. 

 

258 

 

sa bouche, » a peut-être pour but, en retardant un peu le commencement du discours, d’indiquer qu’il sera plus long; à moins qu’on n’y voie une allusion à ce qui se lit souvent dans l’ancienne loi, que Dieu ouvrait la bouche des prophètes, tandis que lui-même ici ouvre la sienne.

3. Que dit donc le Sauveur? Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » Nous lisons, à propos de l’ambition des choses temporelles : « Tout est vanité et présomption d’esprit (1). » Or présomption d’esprit veut dire audace et orgueil; on dit en effet vulgairement des orgueilleux qu’ils ont l’esprit haut, magnus spiritus, et avec raison, puisque le mot spiritus veut dire aussi vent; comme nous lisons dans un psaume : « le feu, la grêle, la neige, la glace, l’esprit de la tempête (2). » Et qui ignore qu’on donne aussi aux orgueilleux le nom d’enflés, comme qui dirait bouffis par le vent? A quoi revient encore le mot de l’Apôtre : « La science enfle, mais la charité édifie (3). » C’est pourquoi on a raison d’entendre ici par pauvres d’esprit les hommes humbles et craignant Dieu, c’est-à-dire qui n’ont point l’esprit qui enfle. Or la béatitude ne pouvait absolument avoir un autre principe, puisqu’elle doit arriver à la souveraine sagesse, et que « la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse (4); » tandis qu’au contraire, « l’orgueil est donné comme le commencement de tout péché (5). » Que les orgueilleux ambitionnent donc et aiment les royaumes de la terre; mais « heureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » 

 

CHAPITRE II. EXPLICATION DES AUTRES BÉATITUDES. 

 

 

4. « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre en héritage. » Cette terre, je pense, est celle dont parle le Psalmiste Vous êtes mon espérance, mon partage sur la terre des vivants (6). » Le Seigneur entend ici un héritage solide, ferme, perpétuel, où l’âme trouve par ses lieuses affections le lieu de son repos, comme le corps le trouve dans la terre; y puise son aliment, comme le corps l’emprunte à la terre; et c’est le repos et la vie des saints. Or, les hommes doux sont ceux qui cèdent aux injustices, n’opposent point de résistance au mal, mais en triomphent par le bien (7). Donc que ceux qui sont 

 

1 Eccl. I, 44 selon les Septante. — 2 Ps. CXLVIII, 3. —  3 I Cor. VIII, 1. —  4 Eccli I, 16. —  5 Ib. X, 15. —  6 Ps. CXLI, 6. — 7 Rom. XII, 21. 

 

privés de cette vertu se querellent, qu’ils se disputent lesbiens terrestres et passagers ; mais « bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre en héritage, » et cet héritage, personne ne les en dépouillera.

5. « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés. » Le deuil est la tristesse causée par la perte des choses que l’on aime. Or ceux qui se convertissent à Dieu, perdent par là même tout ce qu’ils aimaient dans le monde; car leur jouissance n’est plus où elle était autrefois, et jusqu’à ce que les biens éternels soient l’objet de leur affection, ils éprouvent une certaine tristesse. Ils seront donc consolés parle Saint-Esprit; appelé pour cela Paraclet, c’est-à-dire Consolateur ; en sorte qu’en perdant les joies du temps ils goûtent celles de l’éternité.

6. « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu’ils seront rassasiés. » Le Sauveur désigne ici ceux qui sont épris du bien vrai et immuable. Ils seront donc rassasiés de cette nourriture dont le Seigneur a dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père, » en quoi consiste proprement la justice, et de cette eau dont le même Sauveur a dit: « Pour quiconque en boira, elle deviendra en lui une fontaine d’eau jaillissante jusque dans la vie éternelle (1). »

7. « Bienheureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde. » Il appelle bienheureux ceux qui viennent au secours des malheureux, parce qu’en retour ils seront eux-mêmes délivrés du malheur.

8. « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. » Qu’ils sont donc insensés ceux qui cherchent Dieu des yeux du corps, quand on le voit des yeux du coeur, ainsi qu’il est écrit : « Cherchez-le dans la simplicité de votre coeur (2) ! » Car un coeur pur n’est autre chose qu’un cœur simple; et de même que la lumière ne peut être perçue que par des yeux purs, ainsi Dieu ne peut être vu si ce qui peut le voir n’est pur lui-même.

9. « Bienheureux les pacifiques; parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu. » La perfection est dans la paix, qui exclut tout combat; c’est pourquoi les pacifiques sont appelés enfants de Dieu, parce qu’en eux rien ne résiste à Dieu, et que les enfants doivent ressembler à leur Père. Or ceux-là sont pacifiques en eux-mêmes qui maîtrisent tous les mouvements de leur âme et 

1 Jean, IV, 34-14. —  2 Sag. I, 1. 

 

259 

 

les soumettent à la raison, c’est-à-dire à l’intelligence et à l’esprit, qui domptent tous les appétits de la chair, et deviennent le royaume de Dieu là où tout est réglé de telle sorte que la partie principale et la plus excellente de l’homme commande, sans éprouver de résistance, aux autres parties qui nous sont communes avec les animaux, tandis qu’elle-même, c’est-à-dire l’intelligence et la raison, reste soumise à une autorité plus grande, qui est le Fils unique de Dieu, la Vérité même. Car, on ne peut commander à des puissances inférieures, si l’on ne se soumet à une puissance supérieure. Et voilà la paix réservée sur la terre aux hommes de bonne volonté (1); voilà la vie d’un homme parfait et consommé en sagesse. De ce royaume, où la paix et l’ordre sont dans leur plénitude, est exclu le. prince de ce siècle qui domine les coeurs pervers et rebelles à l’ordre. Cette paix intérieure une fois établie et consolidée, quelles que soient les tempêtes excitées par celui qui a été jeté dehors, elles ne font qu’augmenter la gloire qui est selon Dieu; rien ne s’ébranle dans l’édifice; et l’impuissance des machines dressées contre lui fait voir avec quelle solidité il est construit à l’intérieur. Voilà pourquoi on lit ensuite : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. » 

 

 

Audience générale du mercredi 16 janvier : saint Augustin (II)

17 janvier, 2008

du site: 

http://www.zenit.org/article-17053?l=french

Audience générale du mercredi 16 janvier : saint Augustin (II)

Texte intégral

ROME, Mercredi 16 janvier 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse donnée par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, ce mercredi, dans la salle Paul VI du Vatican.

Chers frères et sœurs !Aujourd’hui, comme mercredi dernier, je voudrais parler du grand

évêque d’Hippone, saint Augustin. Quatre ans avant de mourir, il voulut nommer son successeur. C’est pourquoi, le 26 septembre 426, il rassembla le peuple dans la Basilique de la Paix, à Hippone, pour présenter aux fidèles celui qu’il avait désigné pour cette tâche. Il dit : « En cette vie nous sommes tous mortels, mais le dernier jour de cette vie est toujours incertain pour tout homme. Toutefois, dans l’enfance on espère parvenir à l’adolescence ; dans l’adolescence à la jeunesse ; dans la jeunesse à l’âge adulte ; dans l’âge adulte à l’âge mûr, dans l’âge mûr à la vieillesse. On n’est pas sûr d’y parvenir, mais on l’espère. La vieillesse, au contraire, n’a devant elle aucun temps dans lequel espérer ; sa durée même est incertaine… Par la volonté de Dieu, je parvins dans cette ville dans la force de l’âge ; mais à présent ma jeunesse est passée et désormais je suis vieux » (Ep 213, 1). Augustin cita alors le nom du successeur désigné, le prêtre Eraclius. L’assemblée applaudit en signe d’approbation en répétant vingt-trois fois : « Dieu soit remercié ! loué soit le Christ ! ». En outre, les fidèles approuvèrent par d’autres acclamations ce qu’Augustin dit ensuite à propos de ses intentions pour l’avenir : il voulait consacrer les années qui lui restaient à une étude plus intense des Ecritures Saintes (cf. Ep 213, 6).

De fait, les quatre années qui suivirent furent des années d’une extraordinaire activité intellectuelle : il mena à bien des œuvres importantes, il en commença d’autres tout aussi prenantes, il mena des débats publics avec les hérétiques – il cherchait toujours le dialogue -, il intervint pour promouvoir la paix dans les provinces africaines assiégées par les tribus barbares du sud. C’est à ce propos qu’il écrivit au comte Darius, venu en Afrique pour résoudre le différend entre le comte Boniface et la cour impériale, dont profitaient les tribus des Maures pour effectuer leurs incursions. « Le plus grand titre de gloire – affirmait-il dans sa lettre – est précisément de tuer la guerre grâce à la parole, au lieu de tuer les hommes par l’épée, et de rétablir ou de conserver la paix avec la paix et non avec la guerre. Bien sûr, ceux qui combattent, s’ils sont bons, cherchent eux aussi sans aucun doute la paix, mais au prix du sang versé. Toi, au contraire, tu as été envoyé précisément pour empêcher que l’on cherche à verser le sang de quiconque » (Ep 229, 2). Malheureusement, les espérances d’une pacification des territoires africains furent déçues : en mai 429, les Vandales, invités en Afrique par Boniface lui-même qui voulait se venger, franchirent le détroit de Gibraltar et envahirent la Mauritanie. L’invasion atteint rapidement les autres riches provinces africaines. En mai ou en juin 430, les « destructeurs de l’empire romain », comme Possidius qualifie ces barbares (Vie, 30, 1), encerclaient Hippone, qu’ils assiégèrent.Boniface avait lui aussi cherch

é refuge en ville et, s’étant réconcilié trop tard avec la cour, il tentait à présent en vain de barrer la route aux envahisseurs. Le biographe Possidius décrit la douleur d’Augustin : « Les larmes étaient, plus que d’habitude, son pain quotidien nuit et jour et, désormais parvenu à la fin de sa vie, il traînait plus que les autres sa vieillesse dans l’amertume et dans le deuil » (Vie, 28, 6). Et il explique : « Cet homme de Dieu voyait en effet les massacres et les destructions des villes ; les maisons dans les campagnes détruites et leurs habitants tués par les ennemis ou mis en fuite et dispersés ; les églises privés de prêtres et de ministres, les vierges sacrées et les religieuses dispersées de toute part ; parmi eux, des personnes mortes sous les tortures, d’autres tuées par l’épée, d’autres encore faites prisonnières, ayant perdu l’intégrité de l’âme et du corps et également la foi, réduites en un esclavage long et douloureux par leurs ennemis » (ibid., 28, 8).

Bien que vieux et fatigué, Augustin resta cependant sur la brèche, se réconfortant et réconfortant les autres par la prière et par la méditation sur les mystérieux desseins de la Providence. Il parlait, à cet égard, de la « vieillesse du monde », – et véritablement ce monde romain était vieux -, il parlait de cette vieillesse comme il l’avait déjà fait des années auparavant, pour réconforter les réfugiés provenant de l’Italie, lorsqu’en 410 les Goths d’Alaric avaient envahi la ville de Rome. Pendant la vieillesse, disait-il, les maux abondent : toux, rhumes, yeux chassieux, anxiété, épuisement. Mais si le monde vieillit, le Christ est éternellement jeune. D’où l’invitation : « Ne refuse pas de rajeunir uni au Christ, qui te dit : Ne crains rien, ta jeunesse se renouvellera comme celle de l’aigle » (Serm. 81, 8). Le chrétien ne doit donc pas se laisser abattre, mais se prodiguer pour aider celui qui est dans le besoin. C’est ce que le grand Docteur suggère en répondant à l’évêque de Thiave, Honoré, qui lui avait demandé si, sous la pression des invasions barbares, un évêque, un prêtre ou tout autre homme d’Eglise pouvait fuir pour sauver sa vie : « Lorsque le danger est commun pour tous, c’est-à-dire pour les évêques, les clercs et les laïcs, que ceux qui ont besoin des autres ne soient pas abandonnés par ceux dont ils ont besoin. Dans ce cas, qu’ils se réfugient même tous ensemble dans des lieux sûrs ; mais si certains ont besoin de rester, qu’ils ne soient pas abandonnés par ceux qui ont le devoir de les assister par le saint ministère, de manière à ce qu’ils se sauvent ensemble ou qu’ils supportent ensemble les catastrophes que le Père de famille voudra qu’ils pâtissent » (Ep 228, 2). Et il concluait : « Telle est la preuve suprême de la charité » (ibid., 3). Comment ne pas reconnaître dans ces mots, le message héroïque que tant de prêtres, au cours des siècles, ont accueilli et adopté ?En attendant la ville d’Hippone r

ésistait. La maison-monastère d’Augustin avait ouvert ses portes pour accueillir ses collègues dans l’épiscopat qui demandaient l’hospitalité. Parmi eux se trouvait également Possidius, autrefois son disciple, qui put ainsi nous laisser le témoignage direct de ces derniers jours dramatiques. « Au troisième mois de ce siège – raconte-t-il – il se mit au lit avec la fièvre : c’était sa dernière maladie » (Vie, 29, 3). Le saint Vieillard profita de ce temps désormais libre pour se consacrer avec plus d’intensité à la prière. Il avait l’habitude d’affirmer que personne, évêque, religieux ou laïcs, aussi irrépréhensible que puisse sembler sa conduite, ne peut affronter la mort sans une pénitence adaptée. C’est pourquoi il continuait sans cesse à répéter, en pleurant, les psaumes pénitentiels qu’il avait si souvent récités avec le peuple (cf. ibid., 31, 2).

Plus le mal s’aggravait, plus l’évêque mourant ressentait le besoin de solitude et de prière : « Pour n’être dérangé par personne dans son recueillement, environ dix jours avant de sortir de son corps, il nous pria, nous tous présents, de ne laisser entrer personne dans sa chambre, en dehors des heures où les médecins venaient l’examiner ou lorsqu’on lui apportait les repas. Sa volonté fut exactement accomplie et, pendant tout ce temps, il se consacra à la prière » (ibid., 31, 3). Il cessa de vivre le 28 août 430 : son grand cœur s’était finalement apaisé en Dieu.

« Pour la déposition de son corps – nous informe Possidius – le sacrifice, auquel nous assistâmes, fut offert à Dieu, puis il fut enseveli » (Vie, 31, 5). Son corps, à une date incertaine, fut transféré en Sardaigne, puis, vers 725, à Pavie, dans la Basilique « San Pietro in Ciel d’oro », où il repose encore aujourd’hui. Son premier biographe a exprimé ce jugement conclusif sur lui : « Il laissa à l’Eglise un clergé très nombreux, ainsi que des monastères d’hommes et de femmes pleins de personnes consacrées à la chasteté sous l’obéissance de leurs supérieurs, ainsi que des bibliothèques contenant ses livres et ses discours et ceux d’autres saints, grâce auxquels on sait quel a été, par la grâce de Dieu, son mérite et sa grandeur dans l’Eglise, où les fidèles le retrouvent toujours vivant » (Possidius, Vie, 31, 8). C’est un jugement auquel nous pouvons nous associer : dans ses écrits nous aussi nous le « retrouvons vivant ». Lorsque je lis les écrits de saint Augustin, je n’ai pas l’impression qu’il s’agisse d’un homme mort il y a plus ou moins 1600 ans, mais je le perçois comme un homme d’aujourd’hui : un ami, un contemporain qui me parle, qui nous parle avec sa foi fraîche et actuelle. Chez saint Augustin qui nous parle, qui me parle dans ses écrits, nous voyons l’actualité permanente de sa foi ; de la foi qui vient du Christ, Verbe éternel incarné, Fils de Dieu et Fils de l’homme. Et nous pouvons voir que cette foi n’est pas d’hier, même si elle a été prêchée hier ; elle est toujours d’aujourd’hui, car le Christ est réellement hier, aujourd’hui et à jamais. Il est le chemin, la Vérité et la Vie. Ainsi, saint Augustin nous encourage à nous confier à ce Christ toujours vivant et à trouver de cette manière le chemin de la vie.

Voici le résumé de la catéchèse, en français, lu par le pape :

Chers Frères et Sœurs,

Nous poursuivons aujourd’hui notre catéchèse sur le grand évêque d’Hippone saint Augustin. Quatre ans avant sa mort, il voulut nommer son successeur. Le 26 septembre 426, il rassembla le peuple dans la Basilique de la Paix, à Hippone, pour présenter aux fidèles celui qu’il avait choisi pour remplir cette tâche : le prêtre Éraclius. L’assemblée applaudit et approuve en répétant vingt-trois fois « Dieu soit remercié ! loué soit le Christ ! » Augustin déclare alors vouloir consacrer le reste de sa vie à l’étude de l’Écriture Sainte.De fait, il eut ensuite une activit

é intellectuelle extraordinaire ; il termina d’importants travaux, entretint un débat public contre les hérétiques et intervint pour promouvoir la paix dans les provinces africaines contre les tribus barbares du sud. Malheureusement, l’espérance d’une pacification de ce territoire d’Afrique s’évanouit : en mai 429, les Vandales envahissent l’Afrique et assiégèrent Hippone. Vieux et fatigué, Augustin reste sur la brèche pour réconforter le peuple, méditant les desseins mystérieux de la Providence. Il parle de « la vieillesse du monde », soulignant cependant que le Christ est perpétuellement jeune. Le chrétien ne doit donc pas être abattu, mais se dépenser pour aider ses frères dans le besoin.

Possidius, son disciple, livre son témoignage sur les derniers jours du saint Vieillard. Ce dernier profite du temps enfin libre pour se consacrer plus intensément à la prière, dans la solitude, comme le moine qu’il aspirait être. Il meurt le 28 août 430, remettant sa vie entre les mains de Dieu. Aujourd’hui encore, la vie et l’œuvre de saint Augustin sont un réconfort et une lumière pour notre route.

Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, particulièrement le groupe de la paroisse du Pradet. Que l’exemple de saint Augustin vous aide à tenir bon dans les épreuves et à rester fermes dans la foi tout au long de votre vie. Avec ma Bénédiction apostolique.

A l’issue de l’Audience générale le pape a lancé un appel pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens :

Après-demain, vendredi 18 janvier, commence la traditionnelle Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui cette année revêt une valeur singulière car cent ans se sont écoulés depuis sa naissance. Le thème est l’invitation de saint Paul aux Thessaloniciens : « Priez sans relâche » (1 Th 5, 17) ; une invitation que je fais mienne et que j’adresse bien volontiers à toute l’Eglise. Oui, il est nécessaire de prier sans relâche en demandant avec insistance à Dieu le grand don de l’unité entre tous les disciples du Seigneur. Que la force inépuisable de l’Esprit Saint nous pousse à un engagement sincère de recherche de l’unité, afin que nous puissions professer tous ensemble que Jésus est l’unique Sauveur du monde.

la première catéchèse de le Pape sur Saint Augustin

10 janvier, 2008

celle-ci est la première catéchèse de le Pape sur Saint Augustin, elle est remarquable, je voudrais vous exhorter à la lire, un grand enseignement pour ce temps et pour tous les temps, moi lorsque je lis quelque chose de Saint Augustin, ou sur Saint Augustin, vient toujours de pleurer pour l’émotion et de la commotion ainsi maintenant lorsque j’ai lu la catéchèse de le Pape;

j’ai posé sous la catégorie Saint’ Augustin ce que j’ai écrit le 28 août de 2007, jour de la fête du Saint, de lorsque j’ai ouvert le Blog ai mis beaucoup de témoins de Saint Augustin, malheureusement sera irréalisable leur chercher tous et les mettre sous une unique catégorie, me déplaise, erreurs ils s’en font malheureusement; 

 je place la catéchèse  normalement sur le Blog et mettrai dans le « Pages » – aussitôt que je trouve le teste intégral sur le site Vatican - la liaison, le lien, avec le site Vatican;

du site: 

http://www.zenit.org/article-16995?l=french

 

Audience générale du mercredi 9 janvier

Texte intégral

ROME, Mercredi 9 janvier 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse donnée par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, ce mercredi, dans la salle Paul VI du Vatican.

Chers frères et sœurs,

Après les grandes festivités de Noël, je voudrais revenir aux méditations sur les Pères de l’Eglise et parler aujourd’hui du plus grand Père de l’Eglise latine, saint Augustin : homme de passion et de foi, d’une très grande intelligence et d’une sollicitude pastorale inlassable, ce grand saint et docteur de l’Eglise est souvent connu, tout au moins de réputation, par ceux qui ne connaissent pas le christianisme ou ne le connaissent pas bien, car il a laissé une empreinte très profonde dans la vie culturelle de l’Occident et du monde entier. En raison de son importance particulière, saint Augustin a eu une influence considérable et l’on pourrait affirmer, d’une part, que toutes les routes de la littérature chrétienne latine mènent à Hippone (aujourd’hui Annaba, sur les côtes de l’Algérie), où il était évêque et, de l’autre, que de cette ville de l’Afrique romaine, dont Augustin fut l’évêque de 395 jusqu’à sa mort en 430, partent de nombreuses autres routes du christianisme successif et de la culture occidentale elle-même.

Rarement une civilisation n’a rencontré un aussi grand esprit, qui sache en accueillir les valeurs et en exalter la richesse intrinsèque, en inventant des idées et des formes dont la postérité se serait nourrie, comme le souligna également Paul VI : « On peut dire que toute la pensée de l’antiquité conflue dans son œuvre et que de celle-ci dérivent des courants de pensée qui parcourent toute la tradition doctrinale des siècles suivants » (AAS, 62, 1970, p. 426). Augustin est également le Père de l’Eglise qui a laissé le plus grand nombre d’œuvres. Son biographe Possidius dit qu’il semblait impossible qu’un homme puisse écrire autant de choses dans sa vie. Nous parlerons de ces diverses œuvres lors d’une prochaine rencontre. Aujourd’hui, nous réserverons notre attention à sa vie, que l’on reconstruit bien à partir de ses écrits, et en particulier des Confessiones

, son extraordinaire autobiographie spirituelle, écrite en louange à Dieu, qui est son œuvre la plus célèbre. Et à juste titre, car ce sont précisément les Confessiones d’Augustin, avec leur attention à la vie intérieure et à la psychologie, qui constituent un modèle unique dans la littérature occidentale, et pas seulement occidentale, même non religieuse, jusqu’à la modernité. Cette attention à la vie spirituelle, au mystère du « moi », au mystère de Dieu qui se cache derrière le « moi », est une chose extraordinaire sans précédent et restera pour toujours, comme un « sommet » spirituel.Mais pour en venir

à sa vie, Augustin naquit à Taghaste – dans la province de Numidie de l’Afrique romaine – le 13 novembre 354, de Patrice, un païen qui devint ensuite catéchumène, et de Monique, fervente chrétienne. Cette femme passionnée, vénérée comme une sainte, exerça sur son fils une très grande influence et l’éduqua dans la foi chrétienne. Augustin avait également reçu le sel, comme signe de l’accueil dans le catéchuménat. Et il est resté fasciné pour toujours par la figure de Jésus Christ ; il dit même avoir toujours aimé Jésus, mais s’être éloigné toujours plus de la foi ecclésiale, de la pratique ecclésiale, comme cela arrive pour de nombreux jeunes aujourd’hui aussi.

Augustin avait aussi un frère, Navigio, et une sœur, dont nous ignorons le nom et qui, restée veuve, fut ensuite à la tête d’un monastère féminin. Le jeune garçon, d’une très vive intelligence, reçut une bonne éducation, même s’il ne fut pas un étudiant exemplaire. Il étudia cependant bien la grammaire, tout d’abord dans sa ville natale, puis à Madaura et, à partir de 370, la rhétorique à Carthage, capitale de l’Afrique romaine : maîtrisant parfaitement la langue latine, il n’arriva cependant pas à la même maîtrise du grec et n’apprit pas le punique, parlé par ses compatriotes. Ce fut précisément à Carthage qu’Augustin lut pour la première fois l’Hortensius

, une œuvre de Cicéron qui fut ensuite perdue et qui marqua le début de son chemin vers la conversion. En effet, le texte cicéronien éveilla en lui l’amour pour la sagesse, comme il l’écrira, une fois devenu évêque, dans les Confessiones : « Sa lecture changea mes sentiments », si bien que « je ne vis soudain que bassesse dans l’espérance du siècle, et je convoitai l’immortelle sagesse avec un incroyable élan de cœur » (III, 4, 7). Mais comme il

était convaincu que sans Jésus on ne peut pas dire avoir effectivement trouvé la vérité, et comme dans ce livre passionné ce nom lui manquait, immédiatement après l’avoir lu il commença à lire l’Ecriture, la Bible. Mais il en fut déçu. Non seulement parce que le style latin de la traduction de l’Ecriture Sainte était insuffisant, mais également parce que le contenu lui-même ne lui apparut pas satisfaisant. Dans les récits de l’Ecriture sur les guerres et les autres événements humains, il ne trouva pas l’élévation de la philosophie, la splendeur de la recherche de la vérité qui lui est propre. Toutefois, il ne voulait pas vivre sans Dieu et il cherchait ainsi une religion correspondant à son désir de vérité et également à son désir de se rapprocher de Jésus. Il tomba ainsi dans les filets des manichéens, qui se présentaient comme des chrétiens et promettaient une religion totalement rationnelle. Ils affirmaient que le monde est divisé en deux principes : le bien et le mal. Et ainsi s’expliquerait toute la complexité de l’histoire humaine. La morale dualiste plaisait aussi à saint Augustin, car elle comportait une morale très élevée pour les élus : et pour celui qui y adhérait, comme lui, il était possible de vivre une vie beaucoup plus adaptée à la situation de l’époque, en particulier pour un homme jeune. Il devint donc manichéen, convaincu à ce moment d’avoir trouvé la synthèse entre rationalité, recherche de la vérité et amour de Jésus Christ. Il en tira également un avantage concret pour sa vie : l’adhésion aux manichéens ouvrait en effet des perspectives faciles de carrière. Adhérer à cette religion qui comptait tant de personnalités influentes, lui permettait également de poursuivre une relation tissée avec une femme et d’aller de l’avant dans sa carrière. Il eut un fils de cette femme, Adéodat, qui lui était très cher, très intelligent, et qui sera ensuite très présent lors de sa préparation au baptême près du lac de Côme, participant à ces « Dialogues » que saint Augustin nous a légués. Malheureusement, l’enfant mourut prématurément. Professeur de grammaire vers l’âge de vingt ans dans sa ville natale, il revint bien vite à Carthage, où il devint un maître de rhétorique brillant et célèbre. Avec le temps, toutefois, Augustin commença à s’éloigner de la foi des manichéens, qui le déçurent précisément du point de vue intellectuel car ils ne furent pas capables de répondre à ses doutes, et il se transféra à Rome, puis à Milan, où résidait alors la cour impériale et où il avait obtenu un poste de prestige grâce à l’intervention et aux recommandations du préfet de Rome, le païen Simmaque, hostile à l’évêque de Milan saint Ambroise.

A Milan, Augustin prit l’habitude d’écouter – tout d’abord dans le but d’enrichir son bagage rhétorique – les très belles prédications de l’évêque Ambroise, qui avait été le représentant de l’empereur pour l’Italie du Nord, et le rhéteur africain fut fasciné par la parole du grand prélat milanais et pas seulement par sa rhétorique ; c’est surtout son contenu qui toucha toujours plus son cœur. Le grand problème de l’Ancien Testament, du manque de beauté rhétorique, d’élévation philosophique se résolvait, dans les prédications de saint Ambroise, grâce à l’interprétation typologique de l’Ancien Testament : Augustin comprit que tout l’Ancien Testament est un chemin vers Jésus Christ. Il trouva ainsi la clef pour comprendre la beauté, la profondeur également philosophique de l’Ancien Testament et il comprit toute l’unité du mystère du Christ dans l’histoire et également la synthèse entre philosophie, rationalité et foi dans le Logos

, dans le Christ Verbe éternel qui s’est fait chair.Augustin se rendit rapidement compte que la lecture all

égorique des Ecritures et la philosophie néoplatonicienne pratiquées par l’évêque de Milan lui permettaient de résoudre les difficultés intellectuelles qui, lorsqu’il était plus jeune, lors de sa première approche des textes bibliques, lui avaient paru insurmontables.

A la lecture des écrits des philosophes, Augustin fit ainsi suivre à nouveau celle de l’Ecriture et surtout des lettres pauliennes. Sa conversion au christianisme, le 15 août 386, se situa donc au sommet d’un itinéraire intérieur long et tourmenté dont nous parlerons dans une autre catéchèse, et l’Africain s’installa à la campagne au nord de Milan, près du lac de Côme – avec sa mère Monique, son fils Adéodat et un petit groupe d’amis – pour se préparer au baptême. Ainsi, à trente-deux ans, Augustin fut baptisé par Ambroise le 24 avril 387, au cours de la veillée pascale, dans la cathé

drale de Milan.Apr

ès son baptême, Augustin décida de revenir en Afrique avec ses amis, avec l’idée de pratiquer une vie commune, de type monastique, au service de Dieu. Mais à Ostie, dans l’attente du départ, sa mère tomba brusquement malade et mourut un peu plus tard, déchirant le cœur de son fils. Finalement de retour dans sa patrie, le converti s’établit à Hippone pour y fonder précisément un monastère. Dans cette ville de la côte africaine, malgré la présence d’hérésies, il fut ordonné prêtre en 391 et commença avec plusieurs compagnons la vie monastique à laquelle il pensait depuis longtemps, partageant son temps entre la prière, l’étude et la prédication. Il voulait uniquement être au service de la vérité, il ne se sentait pas appelé à la vie pastorale, mais il comprit ensuite que l’appel de Dieu était celui d’être un pasteur parmi les autres, en offrant ainsi le don de la vérité aux autres. C’est à Hippone, quatre ans plus tard, en 395, qu’il fut consacré évêque. Continuant à approfondir l’étude des Ecritures et des textes de la tradition chrétienne, Augustin fut un évêque exemplaire dans son engagement pastoral inlassable : il prêchait plusieurs fois par semaine à ses fidèles, il assistait les pauvres et les orphelins, il soignait la formation du clergé et l’organisation de monastères féminins et masculins. L’antique rhéteur s’affirma rapidement comme l’un des représentants les plus importants du christianisme de cette époque : très actif dans le gouvernement de son diocèse – avec également d’importantes conséquences au niveau civil – pendant ses plus de trente-cinq années d’épiscopat, l’évêque d’Hippone exerça en effet une grande influence sur la conduite de l’Eglise catholique de l’Afrique romaine et de manière plus générale sur le christianisme de son temps, faisant face à des tendances religieuses et des hérésies tenaces et sources de division telles que le manichéisme, le donatisme et le pélagianisme, qui mettaient en danger la foi chrétienne dans le Dieu unique et riche de miséricorde.

Et c’est à Dieu qu’Augustin se confia chaque jour, jusqu’à la fin de sa vie : frappé par la fièvre, alors que depuis presque trois mois sa ville d’Hippone était assiégée par les envahisseurs vandales, l’évêque – raconte son ami Possidius dans la Vita Augustini

- demanda que l’on transcrive en gros caractères les psaumes pénitentiels « et il fit afficher les feuilles sur le mur, de sorte que se trouvant au lit pendant sa maladie il pouvait les voir et les lire, et il pleurait sans cesse à chaudes larmes » (31, 2). C’est ainsi que s’écoulèrent les derniers jours de la vie d’Augustin, qui mourut le 28 août 430, alors qu’il n’avait pas encore 76 ans. Nous consacrerons les prochaines rencontres à ses œuvres, à son message et à son parcours intérieur.

Voici le résumé de la catéchèse, en français, lu par le pape :

Chers Frères et Sœurs,

Nous parlerons aujourd’hui de saint Augustin, homme de passion et de foi, pasteur infatigable, qui a eu une influence considérable et dont le nom est souvent connu mê

me de ceux qui ignorent le christianisme.Augustin est n

é à Taghaste, en Numidie, dans l’Afrique romaine, en 354. D’une vive intelligence, il étudie à Madaure et à Carthage où il lit l’Hortensius, de Cicéron, qui éveille en lui l’amour de la sagesse, alors que la lecture de la Bible le laisse insatisfait. Le jeune intellectuel est alors proche du manichéisme, qui lui apparaît plus rigoureux et plus rationnel que le christianisme. Il reviendra à Carthage comme brillant maître de rhétorique, mais déçu de la foi des manichéens incapable de résoudre ses doutes, il part pour Rome, puis pour Milan où il suit les prédications de l’Évêque Ambroise. Sa conversion au christianisme, le 15 août 386, sera l’aboutissement d’un long cheminement intérieur.

Après son baptême, Augustin décide de rentrer en Afrique pour pratiquer une vie de type monastique au service de Dieu. Il s’établit à Hippone pour y fonder un monastère. En 391, il y est ordonné prêtre, puis Évêque en 395. Il fut un pasteur exemplaire, prêchant souvent, soutenant les pauvres, prenant soin de la formation du clergé. Pendant ses 35 années d’épiscopat, il exerça une influence très grande sur le christianisme de son temps. Il meurt en 430, âgé de 76 ans.

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