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CÉLÉBRATION DES PREMIÈRES VÊPRES DE LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL, À L’OCCASION DE L’INAUGURATION DE L’ANNÉE PAULINIENNE (2008)

27 juin, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2008/documents/hf_ben-xvi_hom_20080628_vespri_fr.html 
  
CÉLÉBRATION DES PREMIÈRES VÊPRES DE LA SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL, À L’OCCASION DE L’INAUGURATION DE L’ANNÉE PAULINIENNE

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs
Samedi 28 juin 2008 

 Votre Sainteté et chers délégués fraternels,
Messieurs les cardinaux,
Vénérés frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis auprès de la tombe de saint Paul, qui naquit il y a deux mille ans à Tarse de Cilicie, dans l’actuelle Turquie. Qui était ce Paul? Dans le temple de Jérusalem, devant la foule agitée qui voulait le tuer, il se présente lui-même avec ces mots:  « Je suis juif:  né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville [Jérusalem], j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse… » (Ac 22, 3). A la fin de son chemin, il dira de lui-même:  « J’ai reçu la charge… [d'enseigner] aux nations païennes la foi et la vérité » (1 Tm 2, 7; cf. 2 Tm 1, 11). Maître des nations, apôtre et annonciateur de Jésus Christ, c’est ainsi qu’il se décrit lui-même en regardant rétrospectivement le parcours de sa vie. Mais avec cela, son regard ne va pas seulement vers le passé. « Maître des nations » – cette parole s’ouvre à l’avenir, vers tous les peuples et toutes les générations. Paul n’est pas pour nous une figure du passé, que nous rappelons avec vénération. Il est également notre maître, pour nous aussi apôtre et annonciateur de Jésus Christ.
Nous sommes donc réunis non pour réfléchir sur une histoire passée, irrévocablement révolue. Paul veut parler avec nous – aujourd’hui. C’est pourquoi j’ai voulu promulguer cette « Année paulinienne » spéciale:  pour écouter et pour apprendre à présent de lui, qui est notre maître, « la foi et la vérité », dans lesquelles sont enracinées les raisons de l’unité parmi les disciples du Christ. Dans cette perspective, j’ai voulu allumer, pour ce bimillénaire de la naissance de l’Apôtre, une « Flamme paulinienne » spéciale, qui restera allumée pendant toute l’année dans un brasero spécifique placé dans le quadriportique de la Basilique. Pour conférer de la solennité à cet événement, j’ai également inauguré la « Porte paulinienne », à travers laquelle je suis entré dans la Basilique accompagné par le Patriarche de Constantinople, par le cardinal archiprêtre et par les autres autorités religieuses. C’est pour moi un motif de joie profonde que l’ouverture de l’ »Année paulinienne » assume un caractère œcuménique, en raison de la présence de nombreux délégués et représentants d’autres Eglises et communautés ecclésiales, que j’accueille le cœur ouvert. Je salue tout d’abord Sa Sainteté le Patriarche Bartholomaios I et les membres de la délégation qui l’accompagne, ainsi que le groupe nombreux de laïcs qui, de différentes parties du monde, sont venus à Rome pour vivre avec Lui et avec nous tous, ces moments de prière et de réflexion. Je salue les délégués fraternels des Eglises qui ont un lien particulier avec l’Apôtre Paul – Jérusalem, Antioche, Chypre, Grèce – et qui forment le cadre géographique de la vie de l’Apôtre avant son arrivée à Rome. Je salue cordialement les frères des différentes Eglises et communautés ecclésiales d’Orient et d’Occident, en même temps que vous tous qui avez voulu prendre part à cette ouverture solennelle de l’ »Année » consacrée à l’Apôtre des Nations.
Nous sommes donc ici rassemblés pour nous interroger sur le grand Apôtre des Nations. Nous nous demandons non seulement:  qui était Paul? Nous nous demandons surtout:  Qui est Paul? Que me dit-il? En cette heure, au début de l’ »Année paulinienne » que nous inaugurons, je voudrais choisir dans le riche témoignage du Nouveau Testament trois textes, dans lesquels apparaît sa physionomie intérieure, la spécificité de son caractère. Dans la Lettre aux Galates, il nous a offert une profession de foi très personnelle, dans laquelle il ouvre son cœur aux lecteurs de tous les temps et révèle quelle est l’impulsion la plus profonde de sa vie. « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Tout ce que Paul accomplit part de ce centre. Sa foi est l’expérience d’être aimé par Jésus Christ de manière tout à fait personnelle; elle est la conscience du fait que le Christ a affronté la mort non pour quelque chose d’anonyme, mais par amour pour lui – de Paul – et que, en tant que Ressuscité, il l’aime toujours, c’est-à-dire que le Christ s’est donné pour lui. Sa foi est le fait d’être frappé par l’amour de Jésus Christ, un amour qui le bouleverse jusqu’au plus profond de lui-même et qui le transforme. Sa foi n’est pas une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde. Sa foi est l’impact de l’amour de Dieu sur son cœur. Et ainsi, cette foi est l’amour pour Jésus Christ.
Paul est présenté par de nombreuses personnes comme un homme combatif qui sait manier l’épée de la parole. De fait, sur son parcours d’apôtre les disputes n’ont pas manqué. Il n’a pas recherché une harmonie superficielle. Dans la première de ses Lettres, celle qui s’adresse aux Thessaloniciens, il dit:  « Nous avons cependant trouvé l’assurance qu’il fallait pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l’Evangile de Dieu… Jamais, vous le savez, nous n’avons eu un mot de flatterie » (1 Th 2, 2.5). Il considérait que la vérité était trop grande pour être disposé à la sacrifier en vue d’un succès extérieur. La vérité dont il avait fait l’expérience dans la rencontre avec le Ressuscité méritait pour lui la lutte, la persécution, la souffrance. Mais ce qui le motivait au plus profond, était d’être aimé par Jésus Christ et le désir de transmettre cet amour aux autres. Paul était un homme capable d’aimer, et toute son œuvre et sa souffrance ne s’expliquent qu’à partir de ce centre. Les concepts de base de son annonce se comprennent uniquement à partir de celui-ci. Prenons seulement l’une de ses paroles-clés:  la liberté. L’expérience d’être aimé jusqu’au bout par le Christ lui avait ouvert les yeux sur la vérité et sur la voie de l’existence humaine – cette expérience embrassait tout. Paul était libre comme un homme aimé par Dieu qui, en vertu de Dieu, était en mesure d’aimer avec Lui. Cet amour est à présent la « loi » de sa vie et il en est précisément ainsi de la liberté de sa vie. Il parle et agit, mû par la responsabilité de la liberté de l’amour. Liberté et responsabilité sont liées ici de manière inséparable.  Se  trouvant dans la responsabilité de l’amour, il est libre; étant quelqu’un qui aime, il vit totalement dans la responsabilité de cet amour et ne prend pas la liberté comme prétexte pour l’arbitraire et l’égoïsme. C’est dans le même esprit qu’Augustin a formulé la phrase devenue ensuite célèbre:  Dilige et quod vis fac (Tract. in 1Jo 7, 7-8) – aime et fais ce que tu veux. Celui qui aime le Christ comme Paul l’a aimé peut vraiment faire ce qu’il veut, car son amour est uni à la volonté du Christ et donc à la volonté de Dieu; car sa volonté est ancrée à la vérité et parce que sa volonté n’est plus simplement sa volonté, arbitre du moi autonome, mais qu’elle est intégrée dans la liberté de Dieu et apprend de celle-ci le chemin à parcourir.
Dans  la  recherche  du  caractère intérieur de saint Paul je voudrais, en deuxième lieu, rappeler la parole que le Christ ressuscité lui adressa sur la route de Damas. Le Seigneur lui demande d’abord:  « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? ». A la question:  « Qui es-tu, Seigneur? », est donnée la réponse:  « Je suis Jésus, celui que tu persécutes » (Ac 9, 4). En persécutant l’Eglise, Paul persécute Jésus lui-même:  « Tu me persécutes ». Jésus s’identifie avec l’Eglise en un seul sujet. Dans cette exclamation du Ressuscité, qui transforma la vie de Saul, est au fond désormais contenue toute la doctrine sur l’Eglise comme Corps du Christ. Le Christ ne s’est pas retiré au ciel, en laissant sur la terre une foule de fidèles qui soutiennent « sa cause ». L’Eglise n’est pas une association qui veut promouvoir une certaine cause. Dans celle-ci, il ne s’agit pas d’une cause. Dans celle-ci il s’agit de la personne de Jésus Christ, qui également en tant que Ressuscité est resté « chair ». Il a la « chair et les os » (Lc 24, 39), c’est ce qu’affirme le Ressuscité dans Luc, devant les disciples qui l’avaient pris pour un fantôme. Il a un corps. Il est personnellement présent dans son Eglise, « Tête et Corps » forment un unique sujet dira saint Augustin. « Ne le savez-vous pas? Vos corps sont les membres du Christ », écrit Paul aux Corinthiens (1 Co 6, 15). Et il ajoute:  de même que, selon le Livre de la Genèse, l’homme et la femme deviennent une seule chair, ainsi le Christ devient un seul esprit avec les siens, c’est-à-dire un unique sujet dans le monde nouveau de la résurrection (cf. 1 Co 6, 16sq). Dans tout cela transparaît le mystère eucharistique, dans lequel l’Eglise donne sans cesse son Corps et fait de nous son Corps:  « Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 16sq). En ce moment, ce n’est pas seulement Paul, mais le Seigneur lui-même qui s’adresse à nous:  Comment avez-vous pu laisser déchirer mon Corps? Devant le visage du Christ, cette parole devient dans le même temps une question urgente:  Réunis-nous tous hors de toute division. Fais qu’aujourd’hui cela devienne à nouveau la réalité:  Il y a un unique pain, et donc, bien qu’étant nombreux, nous sommes un unique corps. Pour Paul, la parole sur l’Eglise comme Corps du Christ n’est pas une comparaison quelconque. Elle va bien au-delà d’une comparaison:  « Pourquoi me persécutes-tu? » Le Christ nous attire sans cesse dans son Corps à partir du centre eucharistique, qui pour Paul est le centre de l’existence chrétienne, en vertu duquel tous, ainsi que chaque individu, peuvent faire de manière personnelle l’expérience suivante:  Il m’a aimé et s’est donné lui-même pour moi.
Je voudrais conclure par l’une des dernières  paroles  de  saint  Paul, une exhortation à Timothée de la prison, face à la mort:  « Prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Evangile », dit l’apôtre à son disciple (2 Tm 1, 8). Cette parole, qui se trouve à la fin des chemins parcourus par l’apôtre, comme un testament renvoie en arrière, au début de sa mission. Alors qu’après sa rencontre avec le Ressuscité, Paul, aveugle, se trouvait dans sa maison de Damas, Ananie reçut le mandat d’aller chez le persécuteur craint et de lui imposer les mains, pour qu’il retrouve la vue. A Ananie, qui objectait que ce Saul était un dangereux persécuteur des chrétiens, il fut répondu:  Cet homme doit faire parvenir mon nom auprès des peuples et des rois. « Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom » (Ac 9, 15sq). La charge de l’annonce et l’appel à la souffrance pour le Christ vont de pair inséparablement. L’appel à devenir le maître des nations est dans le même temps et intrinsèquement un appel à la souffrance dans la communion avec le Christ, qui nous a rachetés à travers sa Passion. Dans un monde où le mensonge est puissant, la vérité se paye par la souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance, la garder loin de lui, garde loin de lui la vie elle-même et sa grandeur; il ne peut pas être un serviteur de la vérité et donc un serviteur de la foi. Il n’y a pas d’amour sans souffrance – sans la souffrance du renoncement à soi-même, de la transformation et de la purification du moi pour la véritable liberté. Là où il n’y a rien qui vaille la peine de souffrir, la vie elle-même perd sa valeur. L’Eucharistie – le centre de notre être chrétiens – se fonde sur le sacrifice de Jésus pour nous, elle est née de la souffrance de l’amour, qui a atteint son sommet dans la Croix. Nous vivons de cet amour qui se donne. Il nous donne le courage et la force de souffrir avec le Christ et pour Lui dans ce monde, en sachant que précisément ainsi notre vie devient grande, mûre et véritable. A la lumière de toutes les lettres de saint Paul, nous voyons que sur son chemin de maître des nations s’est accomplie la prophétie faite à Ananie à l’heure de l’appel:  « Et moi je lui ferai découvrir tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom ». Sa souffrance le rend crédible comme maître de vérité, qui ne cherche pas son propre profit, sa propre gloire, la satisfaction personnelle, mais qui s’engage pour Celui qui nous  a  aimés et qui s’est donné lui-même pour nous tous.

En cette heure, nous rendons grâce au Seigneur, car il a appelé Paul, le rendant lumière des nations et notre maître à tous, et nous le prions:  Donne-nous aujourd’hui aussi des témoins de la résurrection, touchés par ton amour et capables d’apporter la lumière de l’Evangile dans notre temps. Saint Paul, prie pour nous! Amen.

BARNABÉ ET PAUL

10 juin, 2011

du site:

http://codexbezae.perso.sfr.fr/hebr/bar_saul.html

BARNABÉ   ET   PAUL

On retrouve Barnabé plus tard, présentant Saul aux Apôtres pour leur présentant sa conversion. Il précisait que Saul avait « vu le Seigneur en chemin »(Ac 9,27).
Il est à présumer que le récit tout entier de la conversion de Saul, tel qu’il est raconté au début de ce même chapitre 9 est dû à Barnabé qui en aurait été témoin. Dans les deux autres récits de sa conversion (Ac ch22 et 26), Saul témoignait lui-même avoir simplement entendu une voix au moment où il était ébloui. Pour Barnabé, cet éblouissement était signe d’une manifestation de Jésus, de même valeur que s’il avait vu le Ressuscité.    
Ensuite Barnabé reçut une mission de confiance car il fut envoyé de Jérusalem à Antioche par les Apôtres; ceux-ci avaient entendu dire qu’à Antioche des disciples, originaires de Cyrénaïque et de Chypre, s’adressaient désormais non à des Grecs d’origine juive mais à des païens (Ac 11,20-22D05). C’est Pierre qui avait initié le mouvement en entrant, à Césarée, sous le toît du centurion Corneille, un païen considéré par les Juifs comme un craignant-Dieu. Barnabé fut choisi probablement parce qu’étant, lui aussi originaire de Chypre, il devait savoir parler Latin et Grec. Arrivé à Antioche il se réjouit de ce qu’il y vit et exhorta les disciples à demeurer attachés au Seigneur par la consécration du coeur. Le terme « consécration » appartient au langage liturgique du Temple, avec les pains de consécration qui se trouvaient sur l’autel dans le Sanctuaire. Pour Barnabé, il était possible d’appartenir au Seigneur par la consécration du coeur, lieu de la volonté et des intentions humaines. Et Luc d’ajouter à son propos une rare éloge :
        Et parce qu’il était un homme bon, plein d’Esprit Saint et de foi s’ajoutait aussi une foule considérable au Seigneur.(Ac 11,24).
    Dans la foulée, Barnabé alla chercher Saul à Tarse puis ils demeurèrent au milieu des disciples une année environ. L’évangélisation des Païens inaugurée par Pierre se poursuivit à Antioche où elle fut encouragée par Barnabé puis, avec lui, Saul.  

Jérusalem et Antioche
    La conversion de Saul semble avoir eu lieu dans l’année sabbatique 33-34 et la rencontre de Pierre et Corneille avant le départ de l’armée romaine en 38 date de la nomination d’Agrippa comme roi. Les récits s’enchaînent ensuite avec des repères qui permettent de les dater avec une relative exactitude :    Or les disciples selon leurs ressources décidèrent que chacun d’entre eux enverrait pour la collecte aux frères qui se trouvaient en Judée. Aussi firent-ils ainsi en envoyant à l’intention des anciens par l’intermédiaire de Barnabé et de Saul. Ac 11, 29-30
    Ce récit prècède la mort d’Agrippa I survenue en 44 et racontée au chapitre suivant. D’ Antioche où ils se trouvaient, Barnabé et Saul reçurent mission de porter des secours à l’église de Judée. Des frères en étaient descendus qui avaient dû faire part des difficultés rencontrées à Jérusalem: l’année 41-42 avait été une année sabbatique et celle qui suivait, 42-43 jusqu’à la soudure avec la nouvelle moisson était réputée dure à vivre. Dans ce contexte l’annonce par un frère prophète, Agabos, d’une famine généralisée avait peut-être aidé à motiver la communauté d’Antioche à manifester sa solidarité. Une mention qui paraît nettement apocryphe dans le texte des Actes dit en substance que cette famine advint sous Claude. Il y eut une famine qui, sous cet empereur, s’étendit de l’Orient à l’Occident vers 48-49 et qui fut mentionnée par plusieurs auteurs. Toutefois les évènements des Actes se situaient quatre ans plus tôt et si Barnabé et Saul furent dépêchés à Jérusalem avec des secours, ce n’était certainement pas en prévision d’une famine qui devait survenir mais bien parce que celle-ci sévissait déjà en Judée (et non à Antioche) et avec elle la persécution contre l’église menée par Agrippa.
    (Ac 12/24 ) la parole du Seigneur croissait et se multipliait; alors Barnabas et Saul se détournèrent de Jérusalem après avoir mené à bien leur collecte prenant avec eux Jean surnommé Marc.13:1 Or il y avait à Antioche  dans l’église d’alors, des prophètes et des didaskales; parmi eux Barnabas et Siméon et le surnommé Niger,  Lucius Cyrénéen, et Manahen d’Hérode et frère de lait du tétrarque, et Saul.  2 Comme ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit:  Distinguez enfin pour moi Barnabas et Saulen vue de l’oeuvre à laquelle je les ai appelés.3 Or jeûnant et tous priant ils leur imposèrent les mains. 4 Eux donc, envoyés par l’Esprit Saint, descendant à Séleucie, s’embarquèrent de là pour Chypre.        
    Barnabé était nommé le premier, comme chef de la communauté d’Antioche, Saul comme le benjamin, après tous les autres.  Il y avait une nette différence d’âge entre eux.

Paul et Barnabé ou Barnabé et Paul ?

LE  MAGE  DE  CHYPRE

Mais ensuite, à Chypre, Paul s’exaspéra contre le mage Etoimas (selonD05, ailleurs Elymas) – que rendait jaloux l’adhésion à la foi au Christ du proconsul Sergius Paulus qui jusque là s’était fié à lui. Saul plongea dans l’éblouissement ce mage qui semblait relever d’un culte solaire; celui de Mithra avait été propagé en Italie et dans l’armée romaine par les corsaires de Cilicie dont la côte était la plus proche du Nord de Chypre. Ce dieu d’origine persane était associé au soleil et au feu et l’aveuglement dans le quel Paul plongea le mage pour l’empêcher, justement, de voir le soleil, était un signe de puissance chargé d’un sens symbolique fort, propre à interpeller le proconsul. Homme avisé celui-ci se laissa convaincre par Paul. Comble de l’ironie, ce mage qui était Juif s’appelait « Bar-Jésus ». Paul n’imaginait pas qu’en le maîtrisant il pouvait déclancher les foudres du dieu.    
        Comble de l’ironie  le nom grec de ce mage rapelle étrangement celui d’un autre mage Juif et également originaire de Chypre, Atomos  dont parle Flavius Josèphe (AJ XX,7). Atomos qui signifie « l’indivisible » a donné le mot d’atome. Mage d’origine Juive, Chypriote , connaissant avec le Grec le Latin et l’Araméen il devait se déplacer entre les différents lieux de culte. Les auteurs l’ont souvent associé  à Simon qui avait suivi les Apôtres en Samarie et qui se rendit à Rome où non seulement il fit école mais se fit prendre pour un dieu (Justin: dialogue avec Tryphon, Irénée, Adv. Haer. I. xxiii. 1.). Cette association était très ancienne car elle s’est répercutée dans les manuscrits des Antiquités dont plusieurs témoins ont Simon à la place d’Atomos. 
Or une association d’Atomos avec le conseiller initial de Sergius Paulus semblerait bien davantage indiquée. Il était connu du procurateur de Judée, Felix, qui le manda auprès de Drusilla l’épouse du roi d’Emèse pour la décider à l’épouser en apaisant ses inquiétudes religieuses ( Ant Juives 20[.7.2].142). Drusilla de la dynastie Hérodienne avait épousé un souverain circoncis (ou qui avait accepté pour elle la circoncision). Emèse, ville de Syrie (aujourd’hui Homs), vouait un culte au dieu solaire sur une aérolithe noire, symbole du soleil invaincu. Une pierre semblable était aussi l’objet de culte dans le temple d’Aphrodite sur l’île de Chypre, à Paphos. Le mage eut raison des craintes de Drusilla car elle épousa Félix. C’est auprès de lui qu’ elle entendit Paul, vers les années 58-60.  Inscription de la famille de Sergius Paulus,Antioche de Pisidie. Yalvac Museum. 

Jean surnommé Marc
    Comme ils laissaient l’île derrière eux, Marc qui les y avait suivis, retourna à Jérusalem. C’était le fils d’une certaine Marie qui avait une maison à Jérusalem (Ac 12,12), où dans l’année post-sabbatique 41/42, Barnabé et Paul montèrent des subsides pour la communauté; en rentrant à Antioche ils emmenèrent Jean-Marc avec eux. Plus jeune que son parent Barnabé (Col 4,10) il n’apparaissait pas sur la scène auparavant et il semble que ce soit à Chypre que, comme Barnabé et Paul il ait reçu un surnom romain, Marcus (= marteau). Il les quita lorsqu’ils laissèrent l’île après l’épisode du mage pour retourner à Jérusalem où ils se retrouvèrent lors du premier « concile » apostolique. Il les suivit à nouveau lorsqu’ils rentrèrent à Antioche mais fut prétexte à la séparation de Paul et Barnabé.  Il n’en devint pas moins, un peu plus tard, collaborateur de Paul au même titre que Luc selon Philémon 24.
    Doit-il être confondu avec celui que Pierre appelait  « mon fils » (1P5:13) ?
    Doit-il être pris pour l’évangéliste Marc? Oui dans la mesure où celui-ci s’est référé à deux ou trois reprises à l’épître aux Hébreux. Non dans la mesure où Jean-Marc devait être familier des lieux tandis que l’évangéliste semblait mal connaître la topographie de Judée et de  Galilée ou l’histoire d’Antipas.
    

Zeus et Hermès
    A Iconium où ils restèrent un temps assez long, ils se firent jeter dehors et de là, à Lystre, Paul accomplit un second signe en remettant sur ses pieds un impotent de naissance. Devant le prodige on allait leur offrir un sacrifice:
    Ils appelaient Barnabas Zeus, et Paul Hermès, parce qu’il était le prince de la parole. Ac 14:12. Barnabé nommé en premier , considéré comme le chef était comparé au dieu de l’Olympe; Etant le plus âgé des deux il était l’Ancien auquel hommage était rendu. Paul , lui qui avait accompli un signe, était comme son messager gratifié du don de la parole; et c’est Barnabé nommé encore en premier qui, alors, reprit les choses en mains; lui serait dû le discours qui suit:
    Ac 14/ 14 ” Or Barnabas et Paul, l’ ayant appris, déchirèrent leurs vêtements, et s’élancèrent vers la foule en vociférant et criant: « hommes qu’allez-vous faire? Nous aussi, nous sommes des hommes de même pathos que vous; vous apportant la bonne nouvelle de Dieu, de sorte que loin de ces vanités vous vous tourniez vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui est en eux. 16 Lui, dans les générations passées, a permis chez les nations de marcher selon des voies propres, 17 et certes il n’est pas resté lui-même sans témoignage, dans sa bienfaisance envers vous, du ciel, il a dispensé des pluies et des saisons fertiles et vous a comblés de nourriture , et de joie vos coeurs. 18 Puis ayant dit cela, avec peine ils empêchèrent la foule de leur offrir un sacrifice.”
    De par son origine lévitique Barnabé, plus sensible que Paul à ce genre d’atteintes aurait-il eu une réaction plus rapide? L’offrande à des faux dieux le faisait spécialement trembler lorsqu’il reprenait le geste de déchirer son vêtement à l’image du grand-prêtre offensé par un acte d’idolâtrie. Dans ses paroles, Barnabé, (si le discours est bien de lui) s’affirmait de « même pathos » que les Lycaoniens, soit comme eux, soumis aux évènements extérieurs et susceptible de souffrir. Aux dieux n’étaient pas reconnu ce pathos des humains. Le discours était ensuite tourné vers le Dieu Vivant, selon une expression qui se retrouve en I Th1,9 et désignant celui qui dispense la vie à toute chair; ce titre était audible en monde païen.    

 Concile Apostolique
    Au chapitre XV, 14 ans après sa conversion (selon Gal 2,1), dans l’année sabbatique 47-48 Paul se retrouva à nouveau avec Barnabé à Jérusalem; s’en suivit un concile avec les Apôtres. Barnabé était nommé en premier au moment de témoigner devant l’assemblée, comme dans la lettre de recommandation adressée aux différentes églises. Envoyé comme représentant de la communauté de Jérusalem à Antioche, sa primauté lui était gardée, indépendamment de l’ascendant pris par Paul, même si celui-ci écrivait:
     » Ensuite 14 ans passant, je suis à nouveau monté à Jérusalem avec Barnabé, emmenant aussi Tite…Et reconnaissant la grâce qui m’avait été donnée, Jacques, Céphas et Jean, considérés comme les colonnes nous donnèrent la main à moi et à Barnabé en signe de communion pour que nous allions vers les païens tandis qu’ils iraient vers la circoncision.“ Gal 2,1 et 9 .   Paul se présentait lui-même avant Barnabé ce qui exprime bien son état d’esprit. D’autant qu’au verset 13 il lui reprochait de suivre l’attitude hypocrite de Pierre qui ne s’associait pas au repas des païens en présence des envoyés de Jacques. Barnabé avait opté pour ce parti, vraisemblablement pour ne pas braquer les envoyés de Jacques. Mais Paul ne supportait pas la compromission. Lorsque Barnabé souhaita qu’à nouveau Jean-Marc, son cousin germain (col 4,10) les accompagne, la tension entre eux atteint son paroxysme; Barnabé décida de partir de son côté en emmenant Jean-Marc.  Se séparant de Paul il se rendit à Chypre, sa patrie, et Luc ne fera plus mention de lui, tournant ses regards vers Paul. Dans sa lettre aux Colossiens Paul rappellera aux frères de Colosses ce temps où, avec Barnabé, il fondait et visitait les églises.

    L’auteur de l’épître aux Hébreux
    L’épître aux Hébreux  s’achevait sur un Amen final. Mais Paul rajouta sa propre salutation, celle qui se retrouve à la fin de chacune de ses lettres « la grâce soit avec vous ». Il avait recueilli de Barnabé cette épître précieuse et dont. Clément d’Alexandrie  disait: “un témoin apostolique, Barnabas, un des 72 et  collègue de Paul qui parlait en ces mots: Avant de croire en Dieu le fondement de notre coeur était instable, un temple fait de mains humaines” (.Stromates 2.20). C’est ainsi que Clément d’Alexandrie qui identifiait  en Barnabé un témoin de la première heure  lui référait un thème central de l’épître aux Hébreux que Tertullien lui attribuait nominativement. Les indices littéraires permettant de la lui reconnaître  ont été regroupés dans la première partie des annotations accompagnant la traduction.

11 June Saint Barnabé – Pape Benoît (31 Janvier 2007)

10 juin, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070131_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Barnabé, Silas,  Apollos

Mercredi 31 janvier 2007

Chers frères et sœurs,

En poursuivant notre voyage parmi les figures de premier plan des origines chrétiennes, nous consacrons aujourd’hui notre attention à plusieurs collaborateurs de saint Paul. Nous devons reconnaître que l’Apôtre constitue l’exemple éloquent d’un homme ouvert à la collaboration:  il ne veut pas tout faire tout seul dans l’Eglise, mais il se sert de nombreux collègues différents. Nous ne pouvons pas nous arrêter sur tous ces précieux auxiliaires, car ils sont nombreux. Il suffit de rappeler, entre autres, Epaphras (cf. Col 1, 7; 4, 12; Phm 23), Epaphrodite (cf. Ph 2, 25; 4, 18); Tychique (cf. Ac 20, 4; Ep 6, 21; Col 4, 7; 2 Tm 4, 12; Tt 3, 12), Urbain (cf. Rm 16, 9), Gaïus et Aristarque (cf. Ac 19, 29; 20, 4; 27, 2; Col 4, 10). Et des femmes comme Phébée (cf. Rm 16, 1), Tryphène et Tryphose (cf. Rm 16, 12), Persis, la mère de Rufus – dont saint Paul dit:  « sa mère, qui est aussi la mienne » (cf. Rm 16, 12-13) – sans oublier des époux comme Priscille et Aquilas (cf. Rm 16, 3; 1 Co 16, 19; 2 Tm 4, 19). Aujourd’hui, parmi ce grand groupe de collaborateurs et de collaboratrices de saint Paul, nous tournons notre attention vers trois de ces personnes, qui ont joué un rôle particulièrement significatif dans l’évangélisation des origines:  Barnabé, Silas et Apollos.
Barnabé signifie « homme de l’exhortation » (Ac 4, 36) ou « homme du réconfort »; il s’agit du surnom d’un juif lévite originaire de Chypre. S’étant établi à Jérusalem, il fut l’un des premiers qui embrassèrent le christianisme, après la résurrection du Seigneur. Il vendit avec une grande générosité l’un des champs qui lui appartenaient, remettant le profit aux Apôtres pour les besoins de l’Eglise (cf. Ac 4, 37). Ce fut lui qui se porta garant de la conversion de saint Paul auprès de la communauté chrétienne de Jérusalem, qui se méfiait encore de son ancien persécuteur (cf. Ac 9, 27). Envoyé à Antioche de Syrie, il alla rechercher Paul à Tarse, où celui-ci s’était retiré, et il passa une année entière avec lui, se consacrant à l’évangélisation de cette ville importante, dans l’Eglise de laquelle Barnabé était connu comme prophète et docteur (cf. Ac 13, 1). Ainsi Barnabé, au moment des premières conversions des païens, a compris qu’il s’agissait de l’heure de Saul, qui s’était retiré à Tarse, sa ville. C’est là qu’il est allé le chercher. Ainsi, en ce moment important, il a comme restitué Paul à l’Eglise; il lui a donné encore une fois, en ce sens, l’Apôtre des nations. Barnabé fut envoyé en mission avec Paul par l’Eglise d’Antioche, accomplissant ce qu’on appelle le premier voyage missionnaire de l’Apôtre. En réalité, il s’agit d’un voyage missionnaire de Barnabé, qui était le véritable responsable, et auquel Paul se joignit comme collaborateur, touchant les régions de Chypre et de l’Anatolie du centre et du sud, dans l’actuelle Turquie, et se rendant dans les villes d’Attalia, Pergé, Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre et Derbe (cf. Ac 13, 14). Il se rendit ensuite avec Paul au Concile de Jérusalem, où, après un examen approfondi de la question, les Apôtres et les Anciens décidèrent de séparer la pratique de la circoncision de l’identité chrétienne (cf. Ac 15, 1-35). Ce n’est qu’ainsi, à la fin, qu’ils ont rendu officiellement possible l’Eglise des païens, une Eglise sans circoncision:  nous sommes les fils d’Abraham simplement par notre foi dans le Christ.
Les deux, Paul et Barnabé, eurent ensuite un litige, au début du deuxième voyage missionnaire, car Barnabé était de l’idée de prendre Jean-Marc comme compagnon, alors que Paul ne voulait pas, ce jeune homme les ayant quittés au cours du précédent voyage (cf. Ac 13, 13; 15, 36-40). Entre les saints, il existe donc aussi des contrastes, des discordes, des controverses. Et cela m’apparaît très réconfortant, car nous voyons que les saints ne sont pas « tombés du ciel ». Ce sont des hommes comme nous, également avec des problèmes compliqués. La sainteté ne consiste pas à ne jamais s’être trompé, à n’avoir jamais péché. La sainteté croît dans la capacité de conversion, de repentir, de disponibilité à recommencer, et surtout dans la capacité de réconciliation et de pardon. Ainsi Paul, qui avait été plutôt sec et amer à l’égard de Marc, se retrouve ensuite avec lui. Dans les dernières Lettres de saint Paul, à Philémon et dans la deuxième à Timothée, c’est précisément Marc qui apparaît comme « mon collaborateur ». Ce n’est donc pas le fait de ne jamais se tromper, mais la capacité de réconciliation et de pardon qui nous rend saint. Et nous pouvons tous apprendre ce chemin de sainteté. Quoi qu’il en soit, Barnabé, avec Jean-Marc, repartit vers Chypre (cf. Ac 15, 39) autour de l’année 49. On perd ses traces à partir de ce moment-là. Tertullien lui attribue la Lettres aux Hébreux, ce qui ne manque pas de vraisemblance car, appartenant à la tribu de Lévi, Barnabé pouvait éprouver de l’intérêt pour le thème du sacerdoce. Et la Lettre aux Hébreux interprète de manière extraordinaire le sacerdoce de Jésus.
Un autre compagnon de Paul fut Silas, forme grecque d’un nom juif (peut-être sheal, « demander, invoquer », qui est la même racine que celle du nom « Saul »), dont existe également la forme latine Silvain. Le nom Silas n’est attesté que dans le Livre des Actes des Apôtres, tandis que le nom Silvain n’apparaît que dans les Epîtres de Paul. Il s’agissait d’un juif de Jérusalem, l’un des premiers à devenir chrétien, et dans cette Eglise, il jouissait d’une grande estime (cf. Ac 15, 22), étant considéré comme un prophète (cf. Ac 15, 32). Il fut chargé de rapporter « aux frères d’Antioche, de Syrie et de Cilicie » (Ac 15, 23) les décisions prises au Concile de Jérusalem et de les expliquer. De toute évidence, on le considérait capable d’opérer une sorte de médiation entre Jérusalem et Antioche, entre juifs-chrétiens et chrétiens d’origine païenne, et ainsi, de servir l’unité de l’Eglise dans la diversité des rites et des origines. Lorsque Paul se sépara de Barnabé, il prit précisément Silas comme compagnon de voyage (cf. Ac 15, 40). Avec Paul, il gagna la Macédoine (en particulier les villes de Philippe, Thessalonique et Berea), où il s’arrêta, tandis que Paul poursuivit vers Athènes, puis Corinthe. Silas le rejoignit à Corinthe, où il contribua à la prédication de l’Evangile; en effet, dans la seconde Epître adressée par Paul à cette Eglise, on parle du « Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Silvain, Timothée et moi » (2 Co 1, 19). C’est la raison pour laquelle il apparaît comme le co-expéditeur, avec Paul et Timothée, des deux Lettres aux Thessaloniciens. Cela aussi me semble important. Paul n’agit pas « en solo », en pur individu, mais avec ces collaborateurs dans le « nous » de l’Eglise. Ce « moi » de Paul n’est pas un « moi » isolé, mais un « moi » dans le « nous » de l’Eglise, dans le « nous » de la foi apostolique. Et Silvain, à la fin, est mentionné également dans la Première Epître de Pierre, dans laquelle on lit:  « Je vous écris ces quelques mots par Silvain, que je tiens pour un frère fidèle » (5, 12). Ainsi, nous voyons également la communion des Apôtres. Silvain sert à Paul, il sert à Pierre, car l’Eglise est une et l’annonce missionnaire est unique.
Le troisième compagnon de Paul, dont nous voulons faire mémoire, est appelé Apollos, probable abréviation d’Apollonios ou d’Apollodore. Bien que s’agissant d’un nom païen, il était un fervent juif d’Alexandrie d’Egypte. Dans le Livre des Actes, Luc le définit comme « un homme éloquent, versé dans les Ecritures… dans la ferveur de son âme » (18, 24-25). L’entrée en scène d’Apollos dans la première évangélisation a lieu dans la ville d’Ephèse:  c’est là qu’il s’était rendu pour prêcher et c’est là qu’il eut la chance de rencontrer les époux chrétiens Priscille et Aquilas (cf. Ac 18, 26), qui l’introduisirent à une connaissance plus complète de la « Voie de Dieu » (cf Ac 18, 26). D’Ephèse, il passa par l’Achaïe et arriva dans la ville de Corinthe:  là il arriva portant une lettre des chrétiens d’Ephèse, qui recommandaient aux Corinthiens de lui réserver un bon accueil (cf. Ac 18, 27). A Corinthe, comme l’écrit Luc, « il fut, par l’effet de la grâce d’un grand secours aux croyants:  car il réfutait vigoureusement les Juifs en public, démontrant par les Ecritures que Jésus est le Christ » (Ac 18, 27-28), le Messie. Son succès dans cette ville connut pourtant un tournant problématique, car il y eut certains membres de l’Eglise, qui en son nom, fascinés par sa façon de parler, s’opposaient aux autres (cf. 1 Co 1, 12; 3, 4-6; 4, 6). Paul, dans la Première Epître aux Corinthiens exprime son appréciation pour l’œuvre d’Apollos, mais reproche aux Corinthiens de lacérer le Corps du Christ en se divisant en factions opposées. Il tire une leçon importante de tout l’épisode:  Autant moi qu’Apollos – dit-il – ne sommes autre que diakonoi, c’est-à-dire simples ministres, à travers lesquels vous êtes venus à la foi (cf. 1 Co 3, 5). Chacun a un devoir différent dans le champ du Seigneur:  « Moi j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donnait la croissance… car nous sommes les coopérateurs de Dieu; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu » (1 Co 3, 6-9). De retour à Ephèse, Apollos résista à l’invitation de Paul de retourner immédiatement à Corinthe, en renvoyant le voyage à une date ultérieure que nous ignorons (cf. 1 Co 16, 12). Nous n’avons pas davantage de nouvelles de lui, même si certains chercheurs pensent à lui comme l’auteur possible de l’Epître aux Hébreux, dont, selon Tertullien, l’auteur serait Barnabé.
Ces trois hommes brillent dans le firmament des témoins de l’Evangile en vertu d’un trait commun, et non seulement en vertu de caractéristiques propres à chacun. Ils ont en commun, outre l’origine juive, le dévouement à Jésus Christ et à l’Evangile, et le fait d’avoir été tous trois collaborateurs de l’Apôtre Paul. Dans cette mission évangélisatrice originale, ils ont trouvé le sens de leur vie, et en tant que tels, ils se tiennent devant nous comme des modèles lumineux de désintérêt et de générosité. Et nous repensons, à la fin, une fois de plus à cette phrase de saint Paul:  aussi bien Apollos que moi sommes tous deux ministres de Jésus, chacun à sa façon, car c’est Dieu qui fait croître. Cette parole vaut aujourd’hui encore pour tous, que ce soit pour le Pape, pour les Cardinaux, les Evêques, les prêtres, les laïcs. Nous sommes tous d’humbles ministres de Jésus. Nous servons l’Evangile pour autant que possible, selon nos dons, et nous prions Dieu afin qu’Il faisse croître aujourd’hui son Evangile, son Eglise.

14 MAI – SAINT MATTHIAS

14 mai, 2011

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http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=saintfeast&localdate=20110514&id=4056&fd=0

14 MAI – SAINT MATTHIAS

Apôtre

On ne peut guère douter que saint Matthias n’ait été un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ; du moins est-il certain qu’il s’attacha de bonne heure à la personne du Sauveur, et qu’il ne S’en sépara point depuis Son Baptême jusqu’à Son Ascension.
Les fidèles étant assemblés pour attendre la descente du Saint-Esprit, saint Pierre leur dit que, pour accomplir l’Écriture, il fallait choisir un douzième Apôtre à la place de Judas. Matthias et Joseph, appelé Barsabas, que sa piété extraordinaire avait fait aussi surnommer le Juste, furent jugés dignes de cette éminente dignité.
On se mit aussitôt en prières, afin de connaître la Volonté du Ciel, après quoi on procéda à l’élection par la voie du sort. Matthias ayant été désigné, on ne douta plus que Dieu ne l’eût choisi pour remplir la place vacante par la mort du traître Judas.
Nous n’avons rien de certain sur les actions de saint Matthias; on sait seulement qu’après avoir reçu le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, il alla prêcher l’Évangile de Jésus-Christ, et qu’il consacra le reste de sa vie aux travaux de l’apostolat.
Clément d’Alexandrie rapporte que, dans ses instructions, il insistait principalement sur la nécessité de mortifier la chair en réprimant les désirs de la sensualité; leçon importante qu’il tenait de Jésus-Christ, et qu’il mettait lui-même en pratique.
Les Grecs prétendent, d’après une ancienne tradition exprimée dans leurs ménologes, que saint Matthias prêcha la foi vers la Cappadoce et les côtes de la mer Caspienne; ils ajoutent qu’il fut martyrisé dans la Colchide, à laquelle ils donnent le nom d’Éthiopie. Les Latins célèbrent sa fête le 24 février.
On garde une partie de ses reliques à l’abbaye de Saint-Matthias de Trèves, et à Sainte-Marie-Majeure de Rome. Mais les Bollandistes disent que les reliques de Sainte-Marie-Majeure qui portent le nom de saint Matthias, pourraient ne point être de l’Apôtre, mais d’un autre saint Matthias, évêque de Jérusalem vers l’an 120.

L’Année Chrétienne, Tome I, p. 253, 254

3 mai – Saint Philippe et saint Jacques le Mineur, apôtres

2 mai, 2011

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http://missel.free.fr/Sanctoral/05/03.php

3 mai – Saint Philippe et saint Jacques le Mineur, apôtres

St Philippe

Saint Philippe naquit à Bethsaïde, sur les bords du lac de Tibériade, comme les saints Pierre et André. Saint Clément d’Alexandrie, suivant une tradition ancienne, l’identifie au jeune homme qui demande la permission d’aller enterrer son père avant de suivre Jésus qui répond de laisser les morts ensevelir les morts[1].
Selon l’évangile de saint Jean, on peut supposer qu’il fut d’abord un disciple du Baptiste avant d’être appelé par Jésus à qui il conduit Nathanaël[2] (Barthélemy) ; c’est à lui que Jésus s’adresse avant la première multiplication des pains[3] et c’est à lui que se présentent les païens approcher le Seigneur[4] ; enfin, pendant la Cène, il demande à Jésus de montrer le Père[5].
La tradition nous apprend qu’il prêcha aux Scythes et qu’il mourut très vieux à Hiérapolis (Phrygie) où, selon Eusèbe de Césarée qui cite Polycrate, il fut enterré. Clément d’Alexandrie prétend qu’il mourut de mort naturelle alors que d’autres disent qu’il fut martyrisé sous Domitien ou sous Trajan (lapidé puis crucifié).
L’apôtre Philippe est généralement représenté jeune ; il porte souvent la croix de son supplice et, parfois, des pains qui rappellent son rôle de la multiplication des pains. Parce qu’il porte un nom grec et qu’il est natif de Bethsaïde, on l’associe à André.

[1] Evangile selon saint Matthieu, VII 22 ; évangile selon saint Luc, IX 60.
[2] Evangile selon saint Jean, I 43-51.
[3] Evangile selon saint Jean, VI 5-7.
[4] Evangile selon saint Jean, XII 21-22.
[5] Evangile selon saint Jean, XIV 7-12.

St Jacques

Saint Jacques, dit le Mineur, fils d’Alphée et frère de Jude, originaire de Nazareth, était un parent du Seigneur et fut le premier évêque de Jérusalem, à la demande expresse de Jésus si l’on en croit saint Jérôme et saint Epiphane.
Il fut favorisé d’une apparition spéciale du Sauveur ressuscité dont saint Paul se fait l’écho[6], et dans laquelle, selon saint Clément d’Alexandrie, lui fut communiqué de manière particulière le don de science.
Evêque de Jérusalem, il jouit d’un prestige particulier et d’une autorité considérable : c’est à lui que saint Pierre veut que l’on annonce d’abord sa délivrance[7] ; c’est lui qui contrôle la doctrine et la mission de Paul[8] ; c’est lui qui au concile de Jérusalem, résume le discours de Pierre et règle ce qui doit être observé lors de la conversion des païens[9] ; c’est encore chez lui que Paul, lors de son dernier voyage à Jérusalem, rend compte de sa mission[10]. Il est enfin l’auteur de l’épître de saint Jacques.
L’historien juif Flavius Josèphe et Eusèbe de Césarée mentionnent son martyre par lapidation[11]. Recopiant Hégésippe, Eusèbe de Césarée et saint Jérôme écrivent : « Il a toujours conservé sa virginité et sa pureté entière. Nazaréen, c’est-à-dire consacré à Dieu dès sa naissance, il ne coupa jamais ses cheveux ni sa barbe, n’usa ni de vin, ni bains, ni d’huile pour oindre ses membres, ne porta point de sandales, n’usa pour ses vêtements que du lin. Ses prostrations à terre dans la prière étaient si fréquentes que la peau de ses genoux s’était endurcie comme celle du chameau. Son éminente sainteté lui valut le surnom de Juste par excellence. » Hégésippe dit que Jacques fut enterré près du Temple, sur le lieu même de son martyre (précipité du Temple, puis lapidé et achevé par un foulon qui lui fracasse le crâne). Il est souvent figuré en évêque de Jérusalem ; son attribut est le bâton de foulon, instrument de son supplice.
Si l’on ne sait pas grand chose du culte que l’on rendit primitivement à saint Philippe, en revanche, on sait que l’on montrait à Jérusalem, au IV° siècle, la chaire épiscopale de saint Jacques que l’on vénéra plus tard à l’église de la Sainte-Sion. Au VI° siècle, une église de Jérusalem passait pour avoir été construite sur l’emplacement de la maison de saint Jacques. Les plus importantes reliques des corps de saint Philippe et de saint Jacques dont on célèbre aujourd’hui la translation, sont à Rome, dans la crypte de la basilique des Saints-Apôtres.
De nombreuses églises disent posséder des reliques de saint Jacques le Mineur, telle la cathédrale Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Zoïle de Compostelle, l’église des Jésuites d’Anvers, Saint-Etienne de Forli, la cathédrale de Langres, Saint-Corneille de Compiègne … Avec des reliques de saint Jacques, Saint-Sernin de Toulouse afffirme posséder des reliques de saint Philippe dont la cathédrale d’Autun dit avoir hérité de Cluny une partie du chef dont le reste fut distribué entre Notre-Dame de Paris et la cathédrale de Troyes. Florence assure avoir un bras de saint Philippe.
Les traces parisiennes du culte de saint Philippe et de saint Jacques, dont on célèbre aujourd’hui la translation des reliques à Rome, dans la basilique des Saints-Apôtres, semblent assez tardives. L’abbaye Saint-Maur-des-Fossés possédait dans son trésor une partie du chef de saint Philippe rapportée de Constantinople vers 1245, comme l’attestait un acte conservé dans les archives.
D’autre part, le duc Jean de Berry, oncle du roi Charles VI, avait donné aux chanoines de Notre-Dame de Paris une relique du chef de saint Philippe. Etant malade dans son hôtel de Nesle, il demanda que cette relique lui fût apportée en procession, le premier mai, par les chanoines revêtus de chapes de soie, tenant chacun un rameau de bois vert et l’église semée d’herbe verte. Il y avait à Notre-Dame une chapelle Saint-Philippe et Saint-Jacques.
Sans que l’on s’explique comment, la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas, devenue église succursale pour les habitants du faubourg (1566), d’abord mise sous le patronage de saint Jacques le Majeur, passa, lors de sa reconstruction, sous celui des saints apôtres Jacques, fils d’Alphée, et Philippe ; la première pierre fut posée le 2 septembre 1630 par Gaston d’Orléans, en présence de Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris. C’est là que seront inhumés l’abbé de Saint-Cyran et la duchesse de Longueville.
Dans le quartier alors misérable du Roule, il y avait un hospice qui appartenait aux employés de la Monnaie[12],  dont la chapelle, dédiée à saint Philippe et à saint Jacques le Mineur, restaurée en 1636 et 1642, fut érigée en église paroissiale le 1° mai 1699. Erigé en faubourg en 1722, le Roule qui était alors « de tous les faubourgs de Paris (…) le plus négligé et le plus malpropre » fut peu à peu nettoyé puis, à partir de 1750, transformé par la construction de beaux hôtels dont celui de la marquise de Pompadour.
qui deviendra le palais de l’Elysée. L’église paroissiale qui menaçait ruine fut détruite en 1739 pour faire place à une nouvelle église ; en attendant, le culte se faisait dans une grange. Le 14 août 1741, Louis XV donna un terrain de l’ancienne pépinière du Roule, en face de l’ancienne église, pour y construire une église, un presbytère et un cimetière. Ce premier projet fut abandonné au profit d’un nouvelle construction sur l’emplacement de l’ancienne église. Si les plans furent dressés par Jean-François Chalgrin en 1765, la construction de Saint-Philippe-du-Roule ne commença qu’en 1774 et dura une dizaine d’années. Le maître-autel fut consacré le 30 avril 1784. Maintenue comme paroisse après la Constitution civile du Clergé (1791), Saint-Philippe-du-Roule fut fermée en 1793, puis mise à la disposition des Théophilanthropes, et enfin rendue au culte catholique le 8 juin 1795. Cette église qui avait été agrandie en 1845 et consacrée le 13 novembre 1852, fut vidée de la plupart de ses tableaux entre 1960 et 1970.
—————————————-

[6] Première épître de saint Paul aux  Corinthiens, XV 7.
[7] Actes des Apôtres, XII 12-17.
[8] Epître de saint Paul aux Galates, I 19 & II 9.
[9] Actes des Apôtres, XV.
[10] Actes des Apôtres, XXI 18-19.
[11] C’était à la Pâque, le 10 avril 62.
[12] Au début du XIII° siècle, les officiers et les employés de la Monnaie avaient fondé au hameau du Roule une léproserie. Autorisée en 1216 par l’évêque de Paris (Pierre de Nemours) la léproserie était dirigée par huit frères dont la nomination était partagée entre l’évêque et les ouvriers de la Monnaie (arrêt du Parlement de 1392, confimé par une ordonnance de Charles IX datée du 19 novembre 1562).

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix: « Nous savons que son témoignage est vrai » (Fête de Saint Jean, apôtre et évangéliste )

26 décembre, 2010

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Fête de Saint Jean, apôtre et évangéliste : Jn 20,2-8

Commentaire du jour
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l’Europe
Méditation pour le 6 janvier 1941 (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 272-3)

« Nous savons que son témoignage est vrai »

      Près de sa crèche, le Sauveur désire également la présence de celui qui lui était particulièrement cher pendant sa vie : Jean, le disciple que Jésus aimait (Jn 13,23). Nous le connaissons bien comme figure de la pureté virginale. Parce qu’il était pur, il a plu au Seigneur. Il a pu reposer sur le Cœur de Jésus et y être initié aux mystères du Cœur divin (Jn 13,25). Comme le Père céleste a rendu témoignage à son Fils en proclamant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (Mc 9,7), de même l’Enfant divin semble aussi nous désigner son disciple bien-aimé et nous dire : « Nul encens ne m’est plus agréable qu’un cœur pur qui se donne avec amour. Écoutez celui qui a pu voir Dieu parce qu’il avait un cœur pur » (Mt 5,8).

      Nul n’a pu plonger plus profondément que lui dans la contemplation des abîmes cachés de la vie divine. C’est pourquoi il nous annonce le mystère de l’engendrement éternel du Verbe divin… Il a partagé les combats de son Seigneur comme seule peut le faire une âme qui aime d’un amour sponsal… Il nous a fidèlement conservé et transmis les témoignages que le Sauveur rendait lui-même à sa propre divinité devant ses amis et ses ennemis… Par lui nous savons à quelle participation à la vie du Christ et à la vie du Dieu-Trinité nous sommes destinés…

      La présence de Jean à la crèche du Seigneur nous dit : voyez ce qui est préparé pour ceux qui s’offrent à Dieu d’un cœur pur. Toute la plénitude inépuisable de la vie à la fois humaine et divine de Jésus leur est royalement accordée en échange. Venez et buvez aux sources de l’eau de la vie, que le Seigneur fait couler pour les assoiffés et qui jaillissent en vie éternelle (Jn 7,37; 4,14). Le Verbe est devenu chair et il est couché devant nous sous l’aspect d’un enfant nouveau-né.

27 décembre, St Jean, apôtre et évangéliste (+ c. 103)

26 décembre, 2010

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lundi 27 décembre 2010
St Jean, apôtre et évangéliste (+ c. 103)

 Les autres Saints du jour…

SAINT JEAN
Apôtre et Évangéliste

(† c. 103)        

        Dans l’Évangile et au sein du collège apostolique, saint Jean occupe une place de choix. Représentant l’amour, il marche à côté de Pierre, qui symbolise la doctrine. Jésus semble avoir réservé à cet Apôtre les plus tendres effusions de son Cœur. Plus que tout autre, en effet, Jean pouvait rendre amour pour amour au divin Maître. Le Sauveur prit plaisir à multiplier les occasions de témoigner envers son cher disciple une prédilection singulière : il le fit témoin de la résurrection de la fille de Jaïre ; il lui montra sa gloire sur le Thabor, au jour de sa transfiguration merveilleuse ; mais surtout la veille de sa Passion, à la dernière cène, il lui permit de reposer doucement la tête sur son Cœur divin, où il puisa cette charité et cette science des choses de Dieu, qu’il répandit dans ses écrits et au sein des peuples auxquels il porta le flambeau de l’Évangile.
        Une des gloires de saint Jean fut d’être le seul, parmi les Apôtres, fidèle à Jésus dans ses souffrances ; il Le suivit dans l’agonie du calvaire ; il accompagna dans ces douloureux instants la Mère du Sauveur. Jésus, ayant vu sa Mère au pied de la croix, abîmée dans sa tristesse, et près d’elle saint Jean, il dit à Marie : « Femme, voilà ton fils !  » Ensuite il dit au disciple : « Voilà ta mère ! « . L’Apôtre, en cette circonstance, nous disent les saints docteurs représentait l’humanité tout entière ; en ce moment solennel Marie devenait la Mère de tous les hommes, et les hommes recevaient le droit de s’appeler les enfants de Marie.
        Il était juste que saint Jean, ayant participé aux souffrances de la Passion, goûtât l’un des premiers les joies pures de la résurrection. Le jour où le Sauveur apparut sur le rivage du lac de Génésareth, pendant que les disciples étaient à la pêche, saint Jean fut le seul à Le reconnaître.  « C’est le Seigneur,  » dit-il à saint Pierre. Jean était donc bien, tout l’Évangile le prouve, le disciple que Jésus aimait.

Pape Benoît : Simon le Cananéen et Jude Thaddée (28 octobre) (2006)

27 octobre, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2006/documents/hf_ben-xvi_aud_20061011_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 11 octobre 2006

Simon le Cananéen et Jude Thaddée

Chers frères et soeurs,

Nous prenons aujourd’hui en considération deux des douze Apôtres:  Simon le Cananéen et Jude Thaddée (qu’il ne faut pas confondre avec Judas Iscariote). Nous les considérons ensemble, non seulement parce que dans les listes des Douze, ils sont toujours rappelés l’un à côté de l’autre (cf. Mt 10, 4; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13), mais également parce que les informations qui les concernent ne sont pas nombreuses, en dehors du fait que le Canon néo-testamentaire conserve une lettre attribuée à Jude Thaddée.

Simon reçoit un épithète qui varie dans les quatre listes:  alors que Matthieu et Marc le qualifient de « cananéen », Luc le définit en revanche comme un « zélote ». En réalité, les deux dénominations s’équivalent, car elles signifient la même chose:  dans la langue juive, en effet, le verbe qana’ signifie:  « être jaloux, passionné » et peut être utilisé aussi bien à propos de Dieu, en tant que jaloux du peuple qu’il a choisi (cf. Ex 20, 5), qu’à propos des hommes qui brûlent de zèle en servant le Dieu unique avec un dévouement total, comme Elie (cf. 1 R 19, 10). Il est donc possible que ce Simon, s’il n’appartenait pas précisément au mouvement nationaliste des Zélotes, fût au moins caractérisé par un zèle ardent pour l’identité juive, donc pour Dieu, pour son peuple et pour la Loi divine. S’il en est ainsi, Simon se situe aux antipodes de Matthieu qui, au contraire, en tant que publicain, provenait d’une activité considérée comme totalement impure. C’est le signe évident que Jésus appelle ses disciples et ses collaborateurs des horizons sociaux et religieux les plus divers, sans aucun préjugé. Ce sont les personnes qui l’intéressent, pas les catégories sociales ou les étiquettes! Et il est beau de voir que dans le groupe de ses fidèles, tous, bien que différents, coexistaient ensemble, surmontant les difficultés imaginables:  en effet, Jésus lui-même était le motif de cohésion, dans lequel tous se retrouvaient unis. Cela constitue clairement une leçon pour nous, souvent enclins à souligner les différences, voire les oppositions, oubliant qu’en Jésus Christ, nous a été donnée la force pour concilier nos différences. Rappelons-nous également que le groupe des Douze est la préfiguration de l’Eglise, dans laquelle doivent trouver place tous les charismes, les peuples, les races, toutes les qualités humaines, qui trouvent leur composition et leur unité dans la communion avec Jésus.

En  ce  qui  concerne ensuite Jude Thaddée, il est ainsi appelé par la tradition qui réunit deux noms différents:  en effet, alors que Matthieu et Marc l’appellent simplement « Thaddée » (Mt 10, 3; Mc 3, 18), Luc l’appelle « Jude fils de Jacques » (Lc 6, 16; Ac 1, 13). Le surnom de Thaddée est d’une origine incertaine et il est expliqué soit comme provenant de l’araméen taddà, qui veut dire « poitrine » et qui signifierait donc « magnanime », soit comme l’abréviation d’un nom grec comme « Théodore, Théodote ». On ne connaît que peu de choses de lui. Seul Jean signale une question qu’il posa à Jésus au cours de la Dernière Cène. Thaddée dit au Seigneur:  « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde? ». C’est une question de grande actualité, que nous posons nous aussi au Seigneur:  pourquoi le Ressuscité ne s’est-il pas manifesté dans toute sa gloire à ses adversaires pour montrer que le vainqueur est Dieu? Pourquoi s’est-il manifesté seulement à ses Disciples? La réponse de Jésus est mystérieuse et profonde. Le Seigneur dit:  « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn 14, 22-23). Cela signifie que le Ressuscité doit être vu et perçu également avec le coeur, de manière à ce que Dieu puisse demeurer en nous. Le Seigneur n’apparaît pas comme une chose. Il veut entrer dans notre vie et sa manifestation est donc une manifestation qui implique et présuppose un coeur ouvert. Ce n’est qu’ainsi que nous voyons le Ressuscité.

A Jude Thaddée a été attribuée la paternité de l’une des Lettres du Nouveau Testament, qui sont appelées « catholiques » car adressées non pas à une Eglise locale déterminée, mais à un cercle très vaste de destinataires. Celle-ci est en  effet  adressée  « aux appelés, bien-aimés de Dieu le Père et réservés pour Jésus Christ » (v. 1). La préoccupation centrale de cet écrit est de mettre en garde les chrétiens contre tous ceux qui prennent le prétexte de la grâce de Dieu pour excuser leur débauche et pour égarer leurs autres frères avec des enseignements inacceptables, en introduisant des divisions au sein de l’Eglise « dans leurs chimères » (v. 8), c’est ainsi que Jude définit leurs doctrines et leurs idées particulières. Il les compare même aux anges déchus et, utilisant des termes forts, dit qu’ »ils sont partis sur le chemin de Caïn » (v. 11). En outre, il les taxe sans hésitation de « nuages sans eau emportés par le vent; arbres de fin d’automne sans fruits, deux fois morts, déracinés; flots sauvages de la mer, crachant l’écume de leur propre honte; astres errants, pour lesquels est réservée à jamais l’obscurité des ténèbres » (vv. 12-13).

Aujourd’hui, nous ne sommes peut-être plus habitués à utiliser un langage aussi polémique qui, toutefois, nous dit quelque chose d’important. Au milieu de toutes les tentations qui existent, avec tous les courants de la vie moderne, nous devons conserver l’identité de notre foi. Certes, la voie de l’indulgence et du dialogue, que le Concile Vatican II a entreprise avec succès, doit assurément être poursuivie avec une ferme constance. Mais cette voie du dialogue, si nécessaire, ne doit pas faire oublier le devoir de repenser et de souligner toujours avec tout autant de force les lignes maîtresses et incontournables de notre identité chrétienne. D’autre part, il faut bien garder à l’esprit que notre identité demande la force, la clarté et le courage face aux contradictions du monde dans lequel nous vivons. C’est pourquoi le texte de la lettre se poursuit ainsi:  « Mais vous, mes bien-aimés, – il s’adresse à nous tous – que votre foi très sainte soit le fondement de la construction que vous êtes vous-mêmes. Priez dans l’Esprit Saint, maintenez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ en vue de la vie éternelle. Ceux qui sont hésitants, prenez-les en pitié… » (vv. 20-22). La Lettre se conclut sur ces très belles paroles:  « Gloire à Dieu, qui a le pouvoir de vous préserver de la chute et de vous rendre irréprochables et pleins d’allégresse, pour comparaître devant sa gloire:  au Dieu unique, notre Sauveur, par notre Seigneur Jésus Christ, gloire, majesté, force et puissance, avant tous les siècles, maintenant et pour tous les siècles. Amen » (vv. 24-25).

On voit bien que l’auteur de ces lignes vit en plénitude sa propre foi, à laquelle appartiennent de grandes réalités telles que l’intégrité morale et la joie, la confiance et, enfin, la louange; le tout n’étant motivé que par la bonté de notre unique Dieu et par la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ. C’est pourquoi Simon le Cananéen, ainsi que Jude Thaddée, doivent nous aider à redécouvrir toujours à nouveau et à vivre inlassablement la beauté de la foi chrétienne, en sachant en donner un témoignage à la fois fort et serein.

* * *

Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue particulièrement les Sœurs de Jésus-Marie et les servants de messe de la Haute-Ajoie, en Suisse. En vous mettant à la suite des Apôtres, soyez attentifs à redécouvrir et à vivre toujours plus intensément la beauté de la foi chrétienne et à en donner un témoignage fort et serein. Que Dieu vous bénisse !

LE XXI SEPTEMBRE. SAINT MATTHIEU, APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE. (Dom Guéranger)

20 septembre, 2010

du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/pentecote/pentecote05/028.htm

Dom Guéranger

LE XXI SEPTEMBRE. SAINT MATTHIEU, APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE.
 
GÉNÉALOGIE de Jésus-Christ fils de David, fils d’Abraham  (1). A la suite de l’Aigle et du Lion levés les premiers au ciel de la sainte Liturgie, l’Homme paraît, en attendant que se complète, au mois prochain, le glorieux quadrige promenant le char de Dieu par le monde (2), entourant son trône dans les deux (3). Etres mystérieux, aux six ailes de séraphins, dont les yeux sans nombre fixent l’Agneau debout sur le trône et comme immolé (4), dont la voix répète jour et nuit : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, et qui est, et qui doit venir (5) . Jean les voit donnant le signal de l’acclamation des élus au Créateur (6) et Rédempteur (7); et quand toute créature, au ciel, sur la terre, sous la terre, a reconnu prosternée les titres de l’Agneau vainqueur à la divinité, à la gloire, à l’empire dans les siècles sans fin (8), c’est encore eux qui scellent de leur témoignage pour l’éternité l’hommage du monde, disant : Amen ! il est ainsi (9) !
Il est donc grand et tout insigne l’honneur des Evangélistes. Matthieu, le donné, mérita son beau nom du jour où, à la parole de Jésus : Suis-moi,
 
1. Matth. I, 1. — 2. Ezech. I. — 3. JOHAN. Apoc. IV. — 4. Ibid. V, 6. — 5. Ibid. V, 8. — 6. Ibid. 9-11. — 7. Ibid. V, 8-12.  — 8. Ibid. 13. — 9. Ibid. 14.
 
il se leva et le suivit (1) ; mais le don de Dieu au publicain des bords du lac de Tibériade dépassa celui qu’il faisait lui-même. Le Très-Haut, dont les regards atteignent d’au delà des cieux Ce qu’il y a de plus bas sur la terre, aime à choisir parmi les humbles les princes de son peuple (2). Au plus bas rang social, Lévi l’était par sa profession, décriée du juif, méprisée du gentil ; mais plus humble encore apparut-il en son cœur, lorsque, n’imitant pas la délicate réserve à son endroit des autres narrateurs sacrés, il inscrivit devant l’Eglise son titre honni d’autrefois à côté de celui d’apôtre (3).
C’était relever la miséricordieuse magnificence de Celui qui est venu pour guérir les malades et non les forts, pour appeler, non les justes, mais les pécheurs (4) ; c’était, en exaltant l’abondance de ses grâces, en provoquer la surabondance: Matthieu fut appelé à écrire le premier Evangile. Sous le souffle de l’Esprit, il écrivit, dans cette inimitable simplicité qui parle au cœur, l’Evangile du Messie attendu d’Israël et que les Prophètes avaient annoncé; du Messie docteur et sauveur de son peuple, descendant de ses rois, roi lui-même de la fille de Sion ; du Messie enfin venu, non pour détruire la Loi (5), mais pour la conduire au plein épanouissement de l’alliance universelle et éternelle.
Ce fut à l’occasion du banquet offert par la simplicité de sa reconnaissance au bienfaiteur divin, qu’on entendit Jésus, prenant la défense de Lévi autant que la sienne, répondre au scandale qu’y cherchaient plusieurs : Est-ce que les fils de l’Epoux peuvent gémir, tant que l’Epoux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’Epoux leur
 
1. Matth. IX, 9 — 2. Psalm. CXII, 4-8. —3. Matth. X, 3, — 4. Ibid. IX, 12-13. — 5. Ibid. V, 17.
 
sera enlevé, et alors ils jeûneront (1). Clément d’Alexandrie atteste par la suite, en effet, l’austérité de l’Apôtre qui ne vivait que de légumes et de fruits sauvages (2). Mais la Légende nous dira aussi son zèle pour Celui qui s’était si suavement révélé à son cœur, sa fidélité à lui garder les âmes enivrées du vin qui fait germer les vierges (3). Ce fut son martyre ; le témoignage du sang fut pour lui d’affirmer les devoirs et les droits de la virginité sainte. Aussi, jusqu’à la fin des temps, l’Eglise, consacrant ses vierges, reprendra pour chacune la bénédiction qu’il prononça sur l’Ethiopienne, et que le sang de l’Apôtre-Evangéliste a pénétrée de sa vertu pour jamais (4).
 
1. Matth. IX, 15. — 2. Clem. Al. Pœdag. II, 1. — 3. Zach. IX, 17. — 4. Pontificale rom. De benedict. et consecrat. Virginum : Deus plasmator corporum, afflator animarum.
 
L’Eglise nous donne ce court récit d’une vie moins connue des hommes que de Dieu.
Matthieu, nomme encore Lévi, fut Apôtre et Evangéliste. Le Christ l’appela comme il était assis à son bureau de collecteur d’impôts, et aussitôt il le suivit ; c’était à Capharnaüm. Il fit à cette occasion un festin au Maître et à ses autres disciples. Après la résurrection du Seigneur, Matthieu fut le premier qui écrivit l’Evangile de Jésus-Christ ; il le fit en hébreu, pour les fidèles venus de la circoncision, étant encore en Judée et avant de se rendre dans la province échue à son apostolat. Gagnant bientôt après cette province, qui était l’Ethiopie, il y prêcha l’Evangile et confirma sa prédication par beaucoup de miracles.
Le  moindre ne fut pas celui par lequel  il ressuscita la fille du roi d’entre les morts, prodige qui fît embrasser la foi du Christ au roi son père, à l’épouse de celui-ci, à tout le pays. Mais le roi mort, Hirtacus, son  successeur, prétendant à la main d’Iphigénie  la princesse royale, et celle-ci, qui avait consacré à Dieu sa virginité entre les mains de  l’Apôtre,  persévérant I grâce à lui dans sa résolution sainte, le prince  le fit tuer à l’autel où il célébrait les Mystères. Ce fut le onze des calendes d’octobre qu’il couronna son apostolat de la gloire du martyre. Son corps, transporté a Salerne, y fut plus tard, au temps du Souverain   Pontife   Grégoire VII, placé dans une église dédiée sous son nom ; il y est  honoré pieusement par un grand  concours de peuple.
Combien votre humilité plut au Seigneur ! C’est elle qui vous mérite d’être aujourd’hui si grand dans le royaume des cieux (1) ; c’est elle qui fit de vous le confident de l’éternelle Sagesse incarnée. Cette Sagesse du Père qui se détourne
 
1. Matth. XVIII, 1-4.
 
des prudents et se révèle aux petits  (1), renouvela votre âme dans sa divine intimité et la remplit du vin nouveau de sa céleste doctrine (2). Si pleinement vous aviez compris son amour, qu’elle vous choisit pour premier historien de sa vie terrestre et mortelle. Par vous l’Homme-Dieu se révélait à l’Eglise. Magnifiques enseignements que les vôtres (3), ne se tient pas de dire l’Epouse dans l’auguste secret des Mystères, où elle recueille l’héritage de celle qui ne sut comprendre ni le Maître adoré, ni les Prophètes qui l’annoncèrent!
Mais il est une parole entre toutes que ceux-là seuls comprennent, des élus mêmes, à qui est donné de la comprendre (4) ; de même qu’au ciel tous ne suivent point l’Agneau partout où il va (5), que tous non plus ne chantent pas le cantique réservé à ceux-là seuls dont les affections ici-bas ne furent point divisées (6). Evangéliste de la virginité (7) comme vous en fûtes l’hostie, veillez sur la portion choisie du  troupeau du Seigneur.
N’oubliez cependant, ô Lévi, nul de ceux pour qui vous nous apprenez que l’Emmanuel a reçu son beau nom de Sauveur (8). Le peuple entier des rachetés vous vénère et vous prie. Par la voie qui nous reste tracée grâce à vous dans l’admirable Sermon sur la montagne (9), conduisez-nous tous à ce royaume des cieux dont la mention revient sans fin sous votre plume inspirée .
 
1. Matth. XI, 25. — 2. Ibid. IX, 17. — 3. Secrète de la fête. — 4. Matth. XIX, 10-12. — 5. Apoc. XIV, 3-4. — 6. I Cor. VII, 33. — 7. Matth. XXV, 1-13. — 8. Ibid. 1, 21, 23. — 9. Ibid. V-VII.
 

mardi 24 août 2010 – Saint Barthélemy, apôtre (Homélie)

24 août, 2010

dal sito:

http://www.homelies.fr/

mardi 24 août 2010 – Saint Barthélemy, apôtre

Famille de saint Joseph

Homélie-Messe  

Saint Jean est le seul évangéliste à nous parler de Nathanaël, encore nommé par la tradition Barthélémy. On sait qu’il est originaire de Cana, mais surtout qu’il a manifesté un franc scepticisme en apprenant l’origine de Jésus. Si certains d’entre nous connaissent un peu cet apôtre, nous connaissons tous sa réaction à l’annonce de Philippe : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? ». Cette expression ironique continue d’être employée, pour montrer que les apparences sont trompeuses.

Mais il ne faut pas être injuste avec Nathanaël. Devant une situation nouvelle (et aussi importante !), il a cherché à discerner selon les critères de la Bible. Il était connu en effet que le Messie ne viendrait pas de Nazareth. Or, malgré la certitude objective que pouvait lui apporter cette connaissance, Nathanaël a accepté d’aller se rendre compte par lui-même. Il a suivi Philippe. Ou plus exactement, pour reprendre les mots de saint Jean qui disent un itinéraire spirituel plus qu’un déplacement géographique : il vient à Jésus. Il va à la rencontre de son Seigneur.

Et Jésus s’en réjouit : « Voici un véritable fils d’Israël », c’est-à-dire : voici quelqu’un qui a grandi sous le regard de Dieu. Jésus ne fait pas la moindre allusion à la réaction première de Nathanaël, ce qui peut nous conduire à penser que sa célèbre réplique ne manifestait pas la résistance que nous croyons. Elle était le premier pas d’un itinéraire de conversion, un regard tourné vers le Ciel, une oreille ouverte à la Parole de Dieu. Nathanaël n’a pas peur de la vérité, il la cherche, il ose affronter en face les difficultés de la vie de foi.

Jésus, donc, se réjouit. « Voici un homme qui ne sait pas mentir ». Son amour de la vérité est de tous les instants et de toutes les situations ; il n’y fait aucune concession, son occupation et sa préoccupation ont toujours été de rester sous le regard de Dieu.

Cette recherche sans faille du Seigneur, cet amour indéfectible de la vérité, ne sont pourtant pas les qualités premières que l’évangéliste met en avant. Il nous donne d’abord en exemple la relation profonde et originale qui unit le disciple et le maître. Elle se manifeste à nous avec beaucoup de pudeur, par une simple allusion. Elle se manifeste à nous par une reconnaissance réciproque, celle de deux êtres qui se sont connus, qui se sont aimés, qui se sont cherchés. Jésus reconnaît le premier son disciple : « Voici un véritable fils d’Israël ». Le disciple, lui, est décontenancé. Il s’est tout de suite reconnu : « comment me connais-tu », lui a-t-il répliqué. Jésus lui donne alors discrètement un indice, il faut une allusion, il évoque un moment partagé : « quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu ». La réaction de Nathanaël est immédiate : « Rabbi, c’est toi le fils de Dieu », à son tour, il reconnaît le Seigneur. L’apôtre reconnaît celui qu’il a rencontré sous le figuier, c’est-à-dire celui qui s’est dévoilé à lui pendant sa méditation de l’Écriture.

Nous n’avons pas à en savoir plus, c’est leur histoire, leur secret. Mais nous n’avons pas besoin d’en savoir plus. Car notre cœur lui-même, qui a cherché le visage du Seigneur dans la méditation de l’évangile, vibre à ce témoignage. Il reconnaît lui aussi celui qui l’a touché, celui qui lui a parlé, celui qui le connaissait mieux que lui-même et lui a révélé son visage d’amour et de paix.

Si le temps estival est celui où nous disposons de davantage de temps pour la prière et l’écoute, il deviendra aussi celui où notre relation au Seigneur Jésus pourra être revivifiée, fortifiée. Seigneur, donne-nous la consolation de toujours trouver notre refuge en toi, de savoir plonger en toi notre âme, nos pensées, et notre corps aussi. Permet-nous de réapprendre à vivre chaque instant sous ton regard, à prendre toute décision dans ton amour, et à nous mettre en marche à ta suite, pour ta plus grande gloire.
Frère Dominique

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