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TRATTO DA « L’EPIPHANIE – SOISY SUR SEINE »CAHIERS SUR L’ORAISON“ N°59 MARS 1963- LA PRIÈRE DE DEMANDE

29 janvier, 2015

http://ora-et-labora.net/preghieradomanda.html

TRATTO DA « L’EPIPHANIE – SOISY SUR SEINE »CAHIERS SUR L’ORAISON“ N°59 MARS 1963- LA PRIÈRE DE DEMANDE

DI SŒUR JEANNE D’ARC O.P.

LA PRIÈRE DE DEMANDE

Dieu est créateur. Le Tout-Puissant donne l’être; et à chaque être, selon ce qu’il est, il donne une certaine participation à ses insondables richesses: la vie, une part de connaissance et d’attrait proportionnelle à chaque degré d’être; au sommet: l’esprit, la lumière et l’amour… A ces créatures spirituelles il se donne lui même, dans la grâce et ensuite dans la gloire.
Dieu donne. Dieu, parce qu’il est l’amour, diffuse librement tous les biens.
Quand il crée, cela, si l’on ose dire, ne lui est pas difficile: il ne rencontre nul obstacle à ses largesses.
Mais ensuite, tout au long de notre existence, quand il désire nous combler, il lui faut un art et une patience infinie avec nous: nous sommes souvent réfractaires aux dons les meilleurs; ou nous les méconnaissons, ou nous nous en servons comme d’une parure pour notre vanité; comme d’un aliment pour notre orgueil.
Et c’est pourquoi dans sa sagesse il a institué la prière de demande. Et il y revient souvent dans l’Evangile: demandez! Demandez et vous recevrez. Qui cherche trouve… Demandez.
Quand les Apôtres interrogent le Christ : « Seigneur, apprenez-nous à prier » (Lc.1l,l), il ne leur fait pas un traité sur la prière. Il leur apprend à demander : que demander et comment le demander. Il formule pour nous ces demandes qui constituent la prière parfaite de l’enfant du Père.
Il arrive pourtant que la prière de demande soit parfois assez méprisée par les « spirituels », qui pensent que d’autres formes sont plus hautes, comme 1′adoration, la louange, l’action de grâce. Au fait, beaucoup de gens ne connaissent de la demande qu’une forme fruste, proche même de certaines pratiques magiques ou infra-religieuses: on prie pour retrouver son sac à main; on fait dire des messes pour réussir à un examen… Sans doute il faut demander les biens matériels: panem nostrum quotidianum – mais dans la mesure où ils sont nécessaires come le pain, et dans la mesure ou ils sont ordonnés aux biens essentiels.
Dès qu’une âme commence à s’approcher davantage du Seigneur, elle prend un peu plus conscience de la grandeur de Dieu et de la primauté du spirituel; et il est bien qu’elle rejette, dans la mesure où elles sont impures et facilement égoïstes, les demandes intéressées, toujours accrochées à des objets matériels et immédiats.
Mais il serait regrettable qu’elle se mît du même coup à méconnaître la grandeur et la nécessité absolues de la prière de demande, celle qui vise les plus vrais biens: d’abord ce qui intéresse la gloire de Dieu, l’avancement du royaume, le rassemblement de tous les peuples et de toutes les nations dans le bercail de l’unique Pasteur, le retour du Seigneur… Et aussi les biens spirituels dont nous avons besoin actuellement, personnellement: toutes les grâces, les vertus, les lumières…
Mais ces biens, Dieu lui-même ne désire-t-il pas nous les donner? Bien sûr, il veut nous les donner. Et c’est pourquoi il nous les fait demander.
Nous commençons ici à apercevoir la double fonction de la prière de demande: par elle d’abord nous reconnaissons que tous ces biens viennent de Dieu, et il y a là une valeur d’hommage irremplaçable. Et aussi la demande creuse en nous le chemin des biens que nous demandons : elle nous met dans l’attitude d’humilité qui laisse Dieu libre de nous combler à sa mesure divine.
Il faut demander les biens spirituels avec persévérance, avec violence, comme Jacob qui lutte devant l’ange : « Je ne te quitterai pas que tu ne m’aies béni“(Gn.32,27). Il faut fatiguer Dieu avec une insistance têtue, secouer la porte jusqu’à ce qu’elle cède.
C’est la leçon de ces admirables paraboles sur la prière, celle de l’ami importun qui demande trois pains; et celui qui repose dans sa maison, bien décidé à faire le sourd, finit par se lever: il lui donne ces pains, non parce qu’il est ému du besoin de l’autre, non parce qu’il est généreux; non parce que celui qui les demande est son ami, mais pour avoir la paix. Aussi bien le fâcheux a fait un tel vacarme que la maisonnée est maintenant réveillée. Et il y met tant d’insistance, on sent bien qu’il ne s’en ira pas, voilà ses trois pains et qu’il nous laisse tranquilles!
Et la parabole plus audacieuse encore du juge inique – le Père qui nous aime comparé à un juge inique! Il finit par faire droit à la veuve qui réclame son héritage, non parce qu’elle a raison, non parce qu’il est juste, non parce qu’il a pitié d’elle, mais « propter importunitatem », parce qu’elle l’importune tant qu’il en est excédé.
Savons-nous crier assez fort pour demander ce qui nous est plus nécessaire que le pain: la grâce, la foi et l’amour….? Savons-nous importuner assez Dieu pour obtenir les biens qui font réellement partie de notre héritage? Si nous sommes pour de bon des enfants adoptés, nous avons « droit », dans cette logique admirable de la grâce, à la totalité de l’héritage: et il inclut tout ce qui constitue une vie chrétienne, tout ce qui nous rend capables de vivre en enfants de lumière, selon les Béatitudes et le sermon sur la montagne.
De même les biens du Royaume font partie de l’héritage de l’Eg1ise. Et nous devons les demander: que tous les hommes connaissent le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ; le rassemblement du peuple de Dieu; l’unité des chrétiens et la paix du monde…
L’héritage dépend seulement du libre vouloir de Dieu. Mais nous pouvons le réclamer à grands cris puisque lui-même nous a adoptés. Savons-nous insister assez, implorer, supplier, sans jamais nous lasser (Lc.18,l)? Il faut y tenir autant que la veuve qui s’épuise en démarches. Il faut mendier comme les mendiants loqueteux de jadis harcelaient un touriste à l’apparence confortable. C’est une excellente oraison.
Quelquefois nous ne savons pas que dire ou que faire pendant notre oraison? Mendions.
Le Seigneur est en son paradis avec tous ses bienheureux dans le reos du huitième jour, et il nous laisse là, démunis de tous ces biens si nécessaires qui ne lui coûteraient rien! Il faut insister et secouer la porte jusqu’à ce qu’il se décide enfin à faire l’aumône d’un peu de ce pain. Clamons sans trêve:
Donne-moi l’humilité, donne-moi l’humilité, donne-moi l’humilité…

Ou: donne-moi la foi… donne-moi la charité…
Et encore : donne aux chrétiens l’unité…
Puis, si nous sentons que nous sommes en train de faiblir:
Donne-moi la persévérance dans la demande, donne-moi d’insister assez en face de toi…
Ces biens, Dieu désire nous les donner beaucoup plus que nous ne pouvons désirer les avoir, car il sait mieux que nous leur prix, et un peu de sa gloire est suspendue à la sainteté de ses enfants. S’il veut que nous les demandions, c’est qu’i1 n’y a pas de meilleure façon de nous rendre capables de les recevoir: la prière accroît l’intensité du désir; elle ouvre en notre âme la capacité d’accueillir; elle créa déjà en nous l’attitude qui corresponde à ce que nous demandons:
Demander la charité de cette façon est du même coup accroître sa charité.
Demander la foi est déjà un acte de foi : on le sait bien lorsqu’on arrive à y décider un incroyant!
Et quel meilleur acte d’humilité que cette persévérance à mendier humblement l’humilité: c’est reconnaître que nous ne l’avons point et que Dieu seul peut l’opérer en nous.
De même le fait de supplier ensemble le Seigneur de réaliser parmi eux l’unité unit déjà les chrétiens dans et par cette supplication convergente.
A force d’avoir ainsi mendié, peut-être serons-nous enfin ouverts, et Dieu pourra sans trop de risques nous combler; la demande humble et persévérante aura peut-être atténué nos réflexes de vanité ou d’orgueil; l’insistance à mendier aura inscrit au plus profond de notre cœur la confiance que tous ces biens sont des dons gratuits de la libéralité divine.
Et du même coup la prière de demande ainsi conçue est un des meilleurs hommages que nous puissions rendre au Seigneur, à sa toute-puissance, à sa bonté, à sa paternité : elle affirme concrètement son absolu domaine sur tout être et sur tout bien.
Faite dans ces conditions, la prière de demande est nécessairement efficace. Et c’est pourquoi elle s’achève en remerciement, dans la foi. Mais sa première efficacité est de nous apprendre que tout est grâce. 

MARIE DANS LA PLUS ANCIENNE PRIÈRE EUCHARISTIQUE (TRADITION APOSTOLIQUE)

10 décembre, 2014

http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/tradition-apostolique-approfondi-marie-dans-la-plus-ancienne-priere-eucharistique-0

MARIE DANS LA PLUS ANCIENNE PRIÈRE EUCHARISTIQUE (TRADITION APOSTOLIQUE)

Introduction
La « Tradition Apostolique » contient la plus ancienne anaphore eucharistique connue jusqu’à présent. Cette prière magnifique fascine les spécialistes de la liturgie, sans doute à cause de l’antiquité du texte, de sa théologie archaïque, de l’influence qu’elle a exercée sur la structure et sur les contenus des autres prières eucharistiques, de l’aura de mystère qui l’entoure, car nous ignorons qui est l’auteur (elle fut attribuée un certain temps à Hyppolite de Rome), l’endroit de composition, l’origine (Alexandrine?, Romaine?) la date précise, certainement très ancienne :
L’écrit date du premier quart du 3° siècle (c’est à dire avant 225), le texte écrit transmet une tradition qui remonte probablement beaucoup plus tôt encore ; l’original grec est perdu, nous en avons des traductions latines, coptes, arabes, éthiopiennes…
A cette époque la création de l’anaphore est encore libre, l’auteur de la tradition apostolique a écrit ce beau texte comme une proposition et non pas déjà comme une norme fixe.
En 1970 cette anaphore est entrée dans le « Missale Romanum » comme Prière eucharistique II.
1) L’anaphore eucharistique de la Tradition Apostolique
Le passage de la liturgie juive à la liturgie chrétienne fut progressif.
Le genre littéraire de l’anaphore eucharistique de la tradition apostolique est la Berakah, et le Birkat hamazon, la prière juive qui fait le mémorial des événements de la libération que Dieu a accomplie ; (sans un événement de salut, il n’y a pas de liturgie) et rend grâce pour les biens de la création.
Mais l’anaphore s’éloigne de ces modèles : elle remercie immédiatement le Seigneur pour avoir envoyé dans le monde son fils bien-aimé Jésus Christ comme sauveur et rédempteur : dans le Christ toute l’histoire du salut est assumée. Il y a seulement une référence la création : « par lui [le Verbe] tu as créé toutes les choses. »
Cette prière est inspirée des homélies pascales de la liturgie de la nuit de Pâques (dans son double sens de passion de l’Agneau pascal mis à mort et dans le sens de passage vers le Père et vers la gloire), à commencer par le célèbre « Perì Pascha » de Méliton de Sardes au 2e siècle.
C’est une prière trinitaire, elle s’adresse au Père, par le Christ, avec le saint Esprit : « Nous te rendons grâces, o Dieu, par ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ (…) afin que nous te louions et glorifiions par ton Enfant Jésus-Christ, par qui à toi gloire et honneur avec le Saint-Esprit dans Amen. »
La prière exprime une réalité sur Jésus (christologie) : Jésus est le fils bien-aimé du Père, comme cela fut manifesté lors de son baptême au Jourdain et lors de sa transfiguration.
La prière exprime sa mission de salut (sotériologie).
La prière exprime le « dessein du Père » et l’union du Père et du Fils : le Père et le Fils sont « inséparables ». L’idée de messager souligne que le Christ est envoyé du Père (Jn 5), et qu’il accomplit le salut qui est le dessein du Père. Le Christ « est ton Verbe inséparable par qui tu as tout créé » la prière s’inspire du Prologue de saint Jean (Jn 1). Le Christ est appelé « enfant », en latin « puer », en grec « pais » qui signifie aussi serviteur, comme dans les poèmes du serviteur du livre d’Isa?e.
Dieu sauve à travers sa solidarité avec nous, parce qu’il s’est fait homme.
Jésus est la manifestation du Père « s’est manifesté comme ton Fils », cette manifestation a été donnée sur la croix et dans la Résurrection.
Voici le texte ancien:
Nous te rendons grâces, ò Dieu, pour ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ, que tu nous as envoyé en ces derniers temps (comme) sauveur, rédempteur et messager de ton dessein , qui lui est ton Verbe inséparable par qui tu as tout créé et que, dans ton bon plaisir, tu as envoyé du ciel dans le sein d’une vierge et qui ayant été conçu, s’est incarné et s’est manifesté comme ton Fils, né de l’Esprit-Saint et de la Vierge.
C’est lui qui, accomplissant ta volonté et t’acquérant un peuple saint, a étendu les mains tandis qu’il souffrait pour délivrer de la souffrance ceux qui ont confiance en toi.
Tandis qu’il se livrait à la souffrance volontaire, pour détruire la mort et rompre les chaînes du diable, fouler aux pieds l’enfer, amener les justes à la lumière, fixer la règle (de foi ?) et manifester la résurrection, prenant du pain, il te rendit grâces et dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps qui est rompu pour vous.
De même le calice, en disant : Ceci est mon sang qui est répandu pour vous. Quand vous faites ceci, faites-le en mémoire de moi.
Nous souvenant donc de sa mort et de sa résurrection, nous t’offrons ce pain et ce calice, en te rendant grâces de ce que tu nous as jugés dignes de nous tenir devant toi et de te servir comme prêtres.
Et nous te demandons d’envoyer ton Esprit-Saint sur l’oblation de la sainte Église. En (les) rassemblant, donne à tous ceux qui participent à tes saints (mystères) (d’y participer) pour être remplis de l’Esprit-Saint, pour l’affermissement de (leur) foi dans la vérité, afin que nous te louions et glorifiions par ton Enfant Jésus-Christ, par qui à toi gloire et honneur avec le Saint-Esprit dans ta sainte Eglise, maintenant et dans les siècles des siècles, Amen. »
(Anaphore eucharistique, Tradition Apostolique,
texte français par B.BOTTE, SC 11 bis, Cerf 1968, pp. 49-53)
2) Marie dans l’anaphore eucharistique de la tradition apostolique
Dans l’ « action de grâce », la Vierge est mentionnée deux fois (mais ne sont pas mentionnés ni les anges ni les patriarches ni les prophètes, les apôtres ou les martyrs) :
Nous te rendons grâces, ò Dieu, par ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ, que tu nous as envoyé en ces derniers temps (comme) sauveur, rédempteur et messager de ton dessein , qui lui est ton Verbe inséparable par qui tu as tout créé et que, dans ton bon plaisir, tu as envoyé du ciel dans le sein d’une vierge et qui ayant été conçu, s’est incarné et s’est manifesté comme ton Fils, né de l’Esprit-Saint et de la Vierge.
- « les derniers temps » sont ceux où Dieu a envoyé sur la terre son  » Enfant bien-aimé « , son « Verbe inséparable » pour qu’il se fasse homme.
L’expression « derniers temps » il est à rapprocher de Gal 4,4 (« Quand advint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme »), et avec la grande tradition de saint Jean, où le Fils est « envoyé par le Père ». Le temps où Jésus est venu est non seulement le dernier temps au sens chronologique, mais aussi au sens qualitatif : c’est la « plénitude du temps », expression qui désigne l’accomplissement définitif de l’époque préparatoire et le début d’une nouvelle époque qui donne le sens et la valeur à toute l’histoire.
-  » que tu nous as envoyé [...], tu as envoyé du ciel dans le sein d’une vierge »: l’Incarnation est un envoi: il y en a un qui envoie, le Père, l’autre est envoyé, le Fils, cette prière est antidote du modalisme (contre lequel Tertullien aussi a lutté).
L’envoi a un parcours de kénose : du ciel, c’est-à-dire Dieu, dans le sein d’une vierge, de la lumière incréée vers l’obscurité. Et le but est le salut du genre humain.
- L’expression « dans le sein d’une vierge » atteste la foi de l’Église en l’humanité réelle du Christ contre la tendance du docétisme à réduire le corps du Seigneur à une simple apparence Dieu ne fait pas semblant de visiter son peuple, mais il s’incarne dans le sein de la vierge ; le fait inouï d’une « vierge » qui conçoit et enfante (cf. Is 7, l4 ; Mt l, 23 ; Lc 1,27. 31) n’est pas l’œuvre de l’homme mais de l’Esprit de Dieu (cf. Lc 1,35) ; l’expression « vierge » fait aussi allusion à la perfection morale de Marie.
- « ayant été conçu dans le sein » («in utero habitus») : nous retrouvons affirmée la réalité de l’Incarnation, mais considérée non pas tant comme la descente du Verbe dans le sein de Marie que comme son séjour dans le ventre de la Vierge.
- « né de l’Esprit Saint et de la Vierge ». Même formule que dans la liturgie du baptême dont la Tradition Apostolique fournit un des textes les plus anciens: « Crois-tu au Christ Jésus, Fils de Dieu, né de l’Esprit Saint de la Vierge Marie [...] mort, et qui le troisième jour est ressuscité ? » (Tradition Apostolique 21). On pose cette question avant d’immerger le candidat dans les eaux des fonts baptismaux parce que la conception-naissance virginale du Christ, le Fils de Dieu, appartient au noyau central de la foi.
Le motif de la mention de Marie dans la prière eucharistique n’est pas de vénérer la Mère du Seigneur mais de glorifier Dieu pour le don de Jésus, son Fils, né par la Vierge.
Cependant, cette mention, dans un contexte fortement liturgique, met en relief la fonction essentielle que Marie a eu dans l’histoire du salut : elle est la mère vierge du Christ, Verbe de Dieu, sauveur de l’homme.
Cette mention archaïque de la Vierge sera désormais un élément présent dans chaque prière eucharistique, en prenant progressivement plus de relief.
Du point de vue liturgique, il n’est pas hors de propos d’affirmer que la vénération à la Mère du Seigneur a commencé près de l’autel du Seigneur et des fonts baptismaux.
Bibliographie :
Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo, Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 270
C. GIRAUDO. La struttura letteraria della preghiera eucaristica. Saggio sulla genesi letteraria di una forma. Roma, Pontificio Istituto Biblico, 1981, (Analecta Biblica 92). Cap. VII / II. L’anafora della Tradizione apostolica, pp. 290-295.
C. GIRAUDO. Eucaristia per la Chiesa. Prospettive teologiche sull’eucaristia a partire dalla «lex orandi» Roma – Brescia I E. P .U .G . Morcelliana, 1989, pp. 410-411.

Breynaert (Françoise Breynaert)

BENOÎT XVI – (…la prière chrétienne,) (2011)

20 novembre, 2014

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110504_fr.html

BENOÎT XVI – (…la prière chrétienne,)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 mai 2011

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais entamer une nouvelle série de catéchèses. Après les catéchèses sur les Pères de l’Eglise, sur les grands théologiens du Moyen-âge, sur les grandes figures de femmes, je voudrais à présent choisir un thème qui nous tient tous très à cœur: le thème de la prière, de manière spécifique la prière chrétienne, la prière que nous a enseignée Jésus et que continue à nous enseigner l’Eglise. C’est en Jésus en effet que l’homme devient capable de s’approcher de Dieu avec la profondeur et l’intimité du rapport de paternité et de filiation. Avec les premiers disciples, avec une humble confiance, nous nous adressons alors au Maître et nous Lui demandons: «Seigneur, enseigne-nous à prier» (Lc 11, 1).
Lors des prochaines catéchèses, en nous approchant de la Sainte Ecriture, de la grande tradition des Pères de l’Eglise, des Maîtres de spiritualité, de la Liturgie, nous voulons apprendre à vivre encore plus intensément notre relation avec le Seigneur, dans une sorte d’«école de prière». Nous savons bien, en effet, que la prière ne doit pas être considérée comme allant de soi: il faut apprendre à prier, comme en acquérant toujours à nouveau cet art; même ceux qui sont très avant dans la vie spirituelle sentent toujours le besoin de se mettre à l’école de Jésus pour apprendre à prier avec authenticité. Nous recevons la première leçon du Seigneur à travers Son exemple. Les Evangiles nous décrivent Jésus en dialogue intime et constant avec le Père: c’est une communion profonde de celui qui est venu dans le monde non pour faire sa volonté, mais celle du Père qui l’a envoyé pour le salut de l’homme.
Dans cette première catéchèse, comme introduction, je voudrais proposer quelques exemples de prière présents dans les cultures antiques, pour relever comment, pratiquement toujours et partout celles-ci se sont adressées à Dieu.
Je commence par l’ancienne Egypte, par exemple. Ici, un homme aveugle, demandant à la divinité de lui rendre la vue, atteste quelque chose d’universellement humain, qui est la pure et simple prière de requête de la part de qui se trouve dans la souffrance, cet homme prie: «Mon cœur désire te voir… Toi qui m’as fait voir les ténèbres, crée pour moi la lumière. Fais que je te voie! Penche sur moi ton visage aimé» (A. Barucq – F. Daumas, Hymnes et prières de l’Egypte ancienne, Paris 1980). Fais que je te voie; c’est là le cœur de la prière!
Dans les religions de la Mésopotamie dominait un sentiment de culpabilité mystérieux et paralysant, mais sans qu’il soit privé pour autant de l’espérance de rachat et de libération de la part de Dieu. Ainsi pouvons-nous apprécier cette supplication de la part d’un croyant de ces anciens cultes, qui résonne ainsi: «Ô Dieu qui es indulgent même pour la faute la plus grave, absous mon péché…. Regarde Seigneur, ton esclave épuisé, et souffle sur lui ta brise: sans attendre pardonne-lui. Allège ta sévère punition. Libéré de mes liens, fais que je recommence à respirer; brise mes chaînes, défaits mes liens» (M.-J. Seux, Hymnes et prières aux Dieux de Babylone et d’Assyrie, Paris 1976). Autant d’expressions qui démontrent comment l’homme, dans sa recherche de Dieu, a eu l’intuition, même confusément, d’un côté de sa faute, de l’autre de l’aspect de la miséricorde et de la bonté divine.
Au sein de la religion païenne, dans la Grèce antique, on assiste à une évolution très significative: les prières, tout en continuant d’invoquer l’aide divine pour obtenir la faveur céleste dans toutes les circonstances de la vie quotidienne et pour obtenir des bénéfices matériels, s’orientent progressivement vers les requêtes les plus désintéressées, qui permettent à l’homme croyant d’approfondir sa relation avec Dieu et de devenir meilleur. Par exemple, le grand philosophe Platon cite une prière de son maître, Socrate, considéré à juste titre comme l’un des fondateurs de la pensée occidentale. Socrate priait ainsi: «… donnez-moi la beauté intérieure de l’âme! Quant à l’extérieur, je me contente de celui que j’ai, pourvu qu’il ne soit pas en contradiction avec l’intérieur, que le sage me paraisse riche, et que j’aie seulement autant, d’or qu’un sage peut en supporter, et en employer» (Œuvres i. Phèdre 279c). Il voudrait avant tout avoir une beauté intérieure et être sage, et non pas riche d’argent.
Dans ces superbes chefs-d’œuvre de la littérature de tous les temps que sont les tragédies grecques, aujourd’hui encore, après vingt-cinq siècles, lues, méditées et représentées, sont contenues des prières qui expriment le désir de connaître Dieu et d’adorer sa majesté. L’une de celles-ci dit: «Ô toi qui donnes le mouvement à la terre, et qui en même temps résides en elle, qui que tu sois, Jupiter, impénétrable à la vue des mortels, nécessité de la nature, ou intelligence des hommes, je te rends hommage; car, par des voies secrètes, tu gouvernes toutes les choses humaines selon la justice» (Euripide, Les Troyennes, 884-886). Dieu demeure un peu vague et toutefois, l’homme connaît ce Dieu inconnu et prie celui qui guide les destinées de la terre.
Chez les Romains également, qui constituèrent ce grand Empire dans lequel naquit et se diffusa en grande partie le christianisme des origines, la prière, même si elle est associée à une conception utilitariste et fondamentalement liée à la demande de protection divine sur la vie de la communauté civile, s’ouvre parfois à des invocations admirables en raison de la ferveur de la piété personnelle, qui se transforme en louange et en action de grâces. En est témoin un auteur de l’Afrique romaine du iie siècle après Jésus Christ, Apulée. Dans ses écrits, il manifeste l’insatisfaction de ses contemporains à l’égard de la religion traditionnelle et le désir d’un rapport plus authentique avec Dieu. Dans son chef-d’œuvre intitulé Les métamorphoses, un croyant s’adresse à une divinité féminine à travers ces paroles: «Divinité sainte, source éternelle de salut, protectrice adorable des mortels, qui leur prodigues dans leurs maux l’affection d’une tendre mère; pas un jour, pas une nuit, pas un moment ne s’écoule qui ne soit marqué par un de tes bienfaits» (Apulée de Madaure, Métamorphoses, xi, 25).
Pendant la même période, l’empereur Marc-Aurèle — qui était un philosophe qui réfléchissait sur la condition humaine — affirme la nécessité de prier pour établir une coopération fructueuse entre action divine et action humaine. Il écrit dans ses Souvenirs/Pensées: «Qui te dit que les dieux ne nous aident pas également en ce qui dépend de nous? Commence donc à les prier et tu verras» (Dictionnaire de Spiritualité XII/2, col. 2213). Ce conseil de l’empereur philosophe a été effectivement mis en pratique par d’innombrables générations d’hommes avant le Christ, démontrant ainsi que la vie humaine sans la prière, qui ouvre notre existence au mystère de Dieu, devient privée de sens et de référence. En effet, dans chaque prière s’exprime toujours la vérité de la créature humaine, qui d’une part fait l’expérience de la faiblesse et de l’indigence, et demande donc de l’aide au Ciel, et de l’autre est dotée d’une dignité extraordinaire, car, en se préparant à accueillir la Révélation divine, elle se découvre capable d’entrer en communion avec Dieu.
Chers amis, dans ces exemples de prières des différentes époques et civilisations apparaît la conscience que l’être humain a de sa condition de créature et de sa dépendance d’un Autre qui lui est supérieur et source de tout bien. L’homme de tous les temps prie car il ne peut faire à moins de se demander quel est le sens de son existence, qui reste obscur et décourageant, s’il n’est pas mis en relation avec le mystère de Dieu et de son dessein sur le monde. La vie humaine est un mélange de bien et de mal, de souffrance imméritée et de joie et de beauté, qui nous pousse spontanément et irrésistiblement à demander à Dieu cette lumière et cette force qui puisse nous secourir sur la terre et ouvrir une espérance qui aille au-delà des frontières de la mort. Les religions païennes demeurent une invocation qui, de la terre, attend une parole du Ciel. L’un des derniers grands philosophes païens, qui vécut à une époque déjà pleinement chrétienne Proclus de Constantinople, donne voix à cette attente, en disant: «Inconnaissable, personne ne te contient. Tout ce que nous pensons t’appartient. Nos maux et nos biens sont en toi, chacune de nos aspirations dépend de toi, ô Ineffable, que nos âmes sentent présent, en t’élevant un hymne de silence» (Hymnes).
Dans les exemples de prière des différentes cultures, que nous avons pris en considération, nous pouvons voir un témoignage de la dimension religieuse et du désir de Dieu inscrit dans le cœur de chaque homme, qui trouvent leur accomplissement et leur pleine expression dans l’ancien et dans le Nouveau Testament. La Révélation, en effet, purifie et porte à sa plénitude l’aspiration originelle de l’homme à Dieu, en lui offrant, dans la prière, la possibilité d’une relation plus profonde avec le père céleste.
Au début de notre chemin dans l’«Ecole de la prière» nous voulons alors demander au Seigneur qu’il illumine notre esprit et notre cœur pour que la relation avec Lui dans la prière soit toujours plus intense, affectueuse et constante. Encore une fois, nous lui disons: «Seigneur, apprends-nous à prier» (Lc 11, 1).

« MÉDITANT JOUR ET NUIT LA LOI DU SEIGNEUR ET VEILLANT DANS LA PRIÈRE » – proposés par Jean Lévêque

18 novembre, 2014

http://j.leveque-ocd.pagesperso-orange.fr/index.htm

« MÉDITANT JOUR ET NUIT LA LOI DU SEIGNEUR ET VEILLANT DANS LA PRIÈRE »

proposés par Jean Lévêque, carme, de la Province de Paris

Dieu, dans sa bonté, a voulu se faire connaître par la Parole, d’abord dite puis écrite. Ce n’est pas nous qui avons commencé le dialogue, c’est Dieu ; car il est source de tout, de toute vie, de toute connaissance, de tout amour, de toute réciprocité dans le don.
On dit souvent : Dieu est silence ; et c’est profondément vrai, mais ce n’est qu’un aspect du mystère de Dieu. On pourrait aussi bien dire : Dieu est expression, puisqu’il est écrit en saint Jean: «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». Avant même d’être parole pour nous, le Verbe est Parole de Dieu au sein de la Trinité. Dieu est Source, Parole et Esprit. Dieu-le-Verbe est expression du Père; Dieu le Père s’exprime éternellement dans son Verbe, dans son Fils le Verbe ; et le Père aime, dans l’Esprit-Saint, le Verbe-Fils qui exprime toute sa richesse, qui est « le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance » (Hb 1).
Un jour – ce fut le premier jour du temps, le premier jour du monde – Dieu décida, par un amour sans mesure, de se dire en dehors de lui-même. Et Dieu créa. Et chaque être nouveau que Dieu créait disait, à sa pauvre manière, quelque chose de la beauté, de la grandeur et de la sagesse de Dieu. Parce que tout fut créé sur le modèle du Verbe, toute créature participe un peu de ce Verbe qui, lui, exprime parfaitement le Père. Tout ce qu’a fait le Père, il l’a fait dans le Verbe, par le Verbe et d’après le Verbe ; et c’est pourquoi chaque être créé peut « balbutier un je ne sais quoi » de la richesse du Père. Le Fils est l’expression parfaite et infinie du Père ; chaque créature est une expression timide et lointaine de ce même Père, origine de toute beauté et de toute vie. Comme il est dit dans le Prologue de Jean : « Le Verbe était au commencement avec Dieu. Tout vint à l’existence par lui, et sans lui rien ne vint à l’existence »; ce que saint Paul déclare en termes équi-valents : « Le Christ est l’Image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses … Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui » (Col 1, 15ss).

Avant que l’homme n’apparût sur la terre, Dieu avait donc laissé déjà dans le cosmos des traces de lui-même, de sa tendresse et de sa gloire ; mais si pâles, et surtout si muettes ! Or Dieu voulait, par pur amour, des images vivantes de lui­même, des libertés qui puissent lui répondre, le connaître et l’aimer. Il n’avait pas besoin de ces reflets, puisque en Dieu, de toute éternité, le Verbe était Image totale et achevée ; et pourtant Dieu a créé les hommes, les icônes vivantes que nous sommes. Il nous a créés à son image et à sa ressemblance, c’est-à-dire d’après le Verbe-Image, sur le « patron » du Verbe, à la ressemblance de son Fils. « Il nous a d’avance destinés à reproduire l’image de son Fils bien-aimé ».

Alors commença le dialogue de Dieu avec les hommes, de Dieu-Trinité avec les hommes créés à son image. Dieu le Père parlait aux hommes par son Fils le Verbe, de deux manières : d’abord intérieurement, car « le Verbe de Dieu nous est plus intime que l’intime de nous-mêmes » (saint Augustin) ; et puis « de l’exté-rieur », par les mille traces de lui-même qu’il avait laissées dans le monde. C’est pourquoi saint Paul peut écrire « Ce que Dieu a d’invisible, depuis la création du monde, se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres » (Rm 1, 20).
À partir des leçons intimes du Verbe de Dieu et à partir des merveilles de la création et de la Providence, les hommes pouvaient et devaient se retourner vers le Père, contempler son œuvre, la lui rendre, la lui offrir, et s’offrir eux-mêmes à Dieu pour accomplir sa volonté. Mais pour aider les humains dans leur cheminement, pour éclairer leur histoire et y tracer son dessein, pour faire échec à toutes les forces d’illusion et d’inertie, pour dévoiler à la fois le péché et le pardon, Dieu voulut non seulement être perçu, mais se faire entendre. C’est pourquoi il parla aux hommes dans le langage des hommes ; Dieu se dit, se révéla à nous de manière que cette révélation soutînt l’homme tout au long de l’histoire et qu’elle restât comme un pain inépuisable, au service de l’humanité. Ce premier dévoilement de Dieu par Dieu en contrepoint de l’ancienne Alliance fut encore l’œuvre indivise de la Trinité. C’est encore le Verbe qui révélait le Père, non plus seulement par son action intime et insaisissable au cœur de chaque homme, non plus seulement par « les mille grâces qu’il avait répandues en hâte » dans la création matérielle, mais par le moyen d’une parole humaine, prononcée au nom du Verbe de Dieu par des hommes remplis de l’Esprit.
Le Verbe de Dieu utilisant le verbe des hommes : il semblerait que Dieu-Trinité soit allé pour nous jusqu’aux limites du possible ! Mais Dieu n’a jamais mis de bornes à son amour,et Il nous réservait une autre merveille : en s’incarnant, en prenant notre chair et notre condition de servitude, le Verbe de Dieu, grâce à Marie, vint exprimer lui-même le Père parmi les hommes. C’est désormais le Verbe incarné qui parle aux hommes du Père des lumières.
Ainsi le Verbe Incarné, Fils de Dieu devenu fils de Marie, prolonge dans le temps des hommes et au milieu des hommes ce qui constitue son œuvre éternelle : exprimer la puissance et l’amour de Dieu le Père. Verbe éternel, Verbe incarné, c’est toujours la même personne du Fils de Dieu, accomplissant le même acte : exprimer Dieu, quoique de deux manières différentes, hors du temps et dans l’histoire : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, dira Jésus (Jn 18, 37). Quiconque est de la vérité écoute ma voix ». « Celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, et il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3, 34). « Tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (15,15); « les paroles que tu m’as données, Père, je les leur ai données, et ils ont vraiment admis que je suis sorti de toi » (17,8). « Ma parole n’est pas mienne; c’est la parole de celui qui m’a envoyé » (14, 26).
On voit quelle densité et quelle urgence nouvelles a prises la révélation avec la venue du Fils de Dieu sur la terre et l’envoi de l’Esprit de vérité. Avant Jésus les hommes n’entendaient que la révélation ; avec Jésus, ils ont entendu le Révélateur. Avant l’Incarnation, le Verbe révélait le Père par l’intermédiaire de nombreuses personnes humaines, tous les inspirés de l’ancienne Alliance ; une fois incarné, le Verbe de Dieu fait entendre une voix humaine qui était la sienne : « Nous avons entendu, nous avons vu de nos yeux, nous avons contemplé, nos mains ont touché le Verbe de vie ; car la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous est apparue » (Jn 1,1).
Mystère de l’amour de Dieu, de sa condescendance pour les hommes ; mystère d’un Dieu qui est tellement venu au-devant des hommes qu’il s’est fait homme pour marcher devant eux. Mystère de l’Homme-Dieu, Parole éternelle du Père, qui nous parle du Père avec nos mots humains. Mystère de la révélation qui utilisa la voix des hommes avant de faire retentir la voix de l’Homme-Dieu. Mystère de ce Fils unique, de ce Fils éternel qui vient nous « raconter » dans le temps le Père que personne n’a jamais vu. Mystérieuse continuité du dessein d’amour de Dieu : « après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis à nos pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers (qui inaugurent l’âge définitif) nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles » (Hb 1,1-2).
C’est cette révélation que nous avons à accueillir par la foi, comme le rappelle le Concile en insistant sur le rôle du Saint-Esprit dans la prière des croyants :
« À Dieu qui révèle est due l’obéissance de la foi (Rm 16, 26), par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu dans un complet hommage d’intelligence et de volonté à Dieu qui révèle et dans un assentiment volontaire à la Révélation qu’il fait. Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit qui touche le cœur de l’homme et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité ». (Dei Verbum, 5).
Les prolongements théologiques et spirituels de cette doctrine de la révélation sont d’une importance toute particulière dans la vie de prière, spécialement pour ceux et celles dont l’oraison, chaque jour, se nourrit de la parole de Dieu.
1° Par le Verbe révélateur du Père, nous entrons dans le mystère de la Trinité ou, en d’autres termes, l’accueil de la parole de Dieu, sous la mouvance de l’Esprit de Vérité, nous introduit dans l’intimité du Verbe incarné révélateur, et donc dans l’intimité de Dieu -Trinité. Se mettre à l’écoute de la révélation, humblement, filialement, c’est répondre au désir et à la volonté de Dieu qui, depuis le commencement de l’histoire humaine, se révèle à nous par son Verbe. Se pencher avec respect et amour sur le message de Dieu, ce n’est pas chose facultative, et à plusieurs reprises durant la vie terrestre de Jésus , Dieu le Père a souligné le devoir que nous avons de nous mettre à l’école du Verbe incarné : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances : écoutez-le ! »
2° On voit également qu’il est impossible de pénétrer dans la révélation si ce n’est à la suite du Révélateur. « La profonde vérité que la Révélation manifeste sur Dieu et sur le salut de l’homme resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (Dei Verbum, 1). C’est le Christ, notre Seigneur qui, par son Esprit, nous ouvre les Écritures. C’est même l’une des toutes premières grâces que Jésus ait faites à ses disciples après sa résurrection. Cheminant avec les disciples d’Emmaüs, il leur disait : « Esprits sans intelligence, lents à croire ce qu’ont annoncé les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans la gloire ? Et, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait ». À la fraction du pain, ils le reconnurent, mais il avait disparu de devant eux … C’est notre lot à tous, maintenant que le Christ Jésus est glorieux auprès du Père, maintenant que « notre vie est cachée en Dieu avec le Christ ». Mais qui n’a pas fait tant soit peu l’expérience des disciples d’Emmaüs ? Qui n’a jamais dit, après une période de ferveur : « mon cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de moi, quand il me parlait en chemin et qu’il m’expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32). Où irions-nous chercher cette conversation, ce dialogue d’amitié avec le Seigneur, dont parle sainte Thérèse d’Avila, sinon justement dans l’Écriture qui nous conserve les paroles du Seigneur ? Quelles paroles attendons-nous encore, puisque Dieu nous a tout dit par son Fils ? Comment pourrions-nous vouloir que le Sauveur nous « parle en chemin », si nous ne prenons pas le chemin qu’il a pris, lui, pour nous parler ? « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, disait Jésus, il vous conduira vers la vérité tout entière ». Comment cela se réalisera-t-il ? – par un retour constant à l’enseignement de Jésus : « ..:il ne parlera pas de lui-même… c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part. Le Paraclet, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ait dit » (Jn 16, 13).
3° L’Écriture Sainte, lue dans la lumière du Verbe incarné illuminateur et sous la conduite de l’Esprit d’amour, amorce notre dialogue avec la Trinité. Elle est même une route privilégiée qui mène à ce dialogue. Préparant et prolongeant l’action des sacrements, elle assure la disponibilité du cœur chrétien aux appels de l’Esprit et le rend sans cesse plus consonant au message des Béatitudes. Les sacrements étendent jusqu’à nous les gestes sauveurs du Christ; l’Écriture nous redit chaque jour sa pensée et nous présente, à toute heure et à tout âge de la vie, des exemples de dialogue entre l’homme et son Dieu. Nous en trouvons non seulement dans les Psaumes, mais dans les livres sapientiaux et chez certains prophètes, dans les livres historiques depuis Abraham jusqu’aux Maccabées. Il nous est donné ainsi de rejoindre, dans l’Ancien Testament et plus encore dans le Nouveau, l’expérience spirituelle, explicite ou implicite, de beaucoup d’hommes de foi, qui ont connu devant Dieu tous nos enthousiasmes et toutes nos craintes, tous nos espoirs et parfois nos angoisses. Dieu, en nous gardant dans la révélation un écho de toutes ces grandes voix, nous souffle aujourd’hui les mots de notre prière et climatise l’espace de notre adoration.
Chaque orant a ses préférences en ce qui concerne l’Écriture ; et c’est normal. Saint Paul ne parlait-il pas de la « sagesse multiforme » de Dieu ? et Jésus des « nombreuses demeures » de la maison du Père ? Tel chrétien priera des mois sur les Psaumes, tel autre reviendra presque toujours aux Évangiles ; sœur Elisabeth de la Trinité ne quittait guère saint Paul. L’important est que notre méditation des textes fructifie en charité fraternelle, en joie communautaire, en allégresse dans le service de l’Évangile.
4° L’amour de l’Écriture est une grâce à demander. Une grâce globale qui en contient beaucoup d’autres : grâce d’honnêteté et de courage face à cette parole parfois difficile à rejoindre, souvent ingrate à étudier; grâce d’ouverture, car Dieu souvent nous dépayse ; grâce de patience et de calme devant les difficultés de détail dont fourmillent les livres saints ; grâce de simplicité, d’humilité du cœur, pour découvrir les grandes leçons de Dieu sous les pauvres habits du langage des hommes; grâce de fraîcheur d’âme, qui nous fera aimer les symboles de l’Écriture et nous réjouir de sa profusion d’images. C’est une véritable enfance spirituelle que Dieu le Père attend de nous. À certains jours, en ouvrant notre Bible, nous sommes parfois tentés de demander des comptes à Dieu, lui reprochant presque de s’être mal expliqué. Pour un peu nous refermerions le livre de la Parole, déçus et agacés, sans nous douter peut-être que Dieu nous y attendait et que, si nous n’avions pas « endurci notre cœur comme au désert », nous aurions « entendu sa voix » . Il ne faut pas que des siècles et des siècles de pédagogie divine deviennent tout à coup caducs, comme si Dieu-Trinité avait perdu son temps en parlant pour nous notre langage !
5° Pour comprendre l’usage que l’Église fait de la Parole de Dieu dans sa liturgie et que nous sommes amenés à en faire nous aussi, dans notre prière personnelle, il faut nous souvenir qu’au sein de l’Église la Parole remplit deux fonctions. Elle est d’abord source de la foi. C’est dans l’Écriture en effet que nous allons chercher ce que nous devons croire et affirmer de Dieu, de l’homme, et des relations de Dieu avec les hommes ; et là une certaine rigueur est nécessaire dans la lecture. Mais, parce qu’elle est source et norme de la foi, l’Écriture tend à devenir de plus en plus le langage spontané du croyant. Le chrétien alors, à l’intérieur de la foi de l’Église, ne cherche plus tant à se dire ce qu’il doit croire qu’à redire à Dieu qu’il croit, qu’il espère et qu’il aime, ou à redire aux hommes ce qu’il croit, ce qu’il espère et ce qu’il aime. Ou, si l’on veut, dans l’acte même de sa foi, le chrétien se sert, pour parler à Dieu, des mots que Dieu lui-même lui a donnés. La Parole est alors le langage d’amour, le langage privilégié, convenu entre Dieu et l’homme, le langage dont l’homme habille sa foi et son espérance. C’est le langage du Christ époux à l’Église son épouse, et de l’Église épouse au Christ son Seigneur, un langage où très peu de mots, parfois, sont nécessaires, parce qu’ils sont chargés d’amour et de confiance, un langage dont les deux époux disposent, et donc un langage que l’Épouse aura le droit de transposer, au gré de son amour d’aujourd’hui, pour dire au Christ ses joies et ses souffrances avec les mots d’autrefois, lourds d’une longue fidélité.
6° On ne soulignera jamais assez le rôle primordial que Marie peut jouer dans notre découverte et notre approfondissement de l’Écriture. C’est par elle que le Verbe s’est incarné dans notre humanité et que le Révélateur s’est manifesté à nous sous les traits du Fils de l’Homme, de l’Agneau de Dieu, du Serviteur souffrant. Ne pourrait-elle nous aider puissamment à accueillir au cœur de notre vie non seulement la grâce et le pardon de son Fils, mais aussi la richesse et la force de cette Parole écrite que le Christ a remplie de son Esprit-Saint ? Dès qu’il s’agit, dans la vie spirituelle, d’accueil et de transformation évangélique, Marie est là, virginale et maternelle, pour nous ouvrir au dessein de Dieu et hâter en nous le travail de l’Esprit. Celui qui se tient constamment près de Marie se trouve constamment sous l’ombre de l’Esprit-Saint. Partout où Marie est présente, l’Esprit est à l’œuvre, le Christ grandit, et la volonté du Père s’accomplit sur la terre comme au ciel.

QU’EST CE QUE LA LOUANGE ?

10 novembre, 2014

http://qe.catholique.org/priere/35195-qu-est-ce-que-la-louange

QU’EST CE QUE LA LOUANGE ?

Bien souvent la louange n’est pas bien comprise, et certains croient ne pas l’aimer, pourtant elle est au cœur de la vie chrétienne :
« La louange est la forme de prière qui reconnaît le plus immédiatement que Dieu est Dieu ! Elle le chante pour Lui-même, elle lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait, parce qu’IL EST. Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans la foi avant de le voir dans la Gloire. Par elle, l’Esprit se joint à notre esprit pour témoigner que nous sommes enfants de Dieu (cf. Rm 8,16), il rend témoignage au Fils unique en qui nous sommes adoptés et par qui nous glorifions le Père. La louange intègre les autres formes de prière et les porte vers Celui qui en est la source et le terme : « le seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes faits » (1Co 8,6). »

Catéchisme de L’Eglise catholique n°2639
La louange c’est reconnaitre que Dieu est Dieu, c’est adorer Dieu en vérité. Afin de découvrir plus profondément ce qu’est la louange, découvrons ses trois principales formes, qui se nourrissent les unes aux autres et se complètent : la louange comme exaltation vécue collectivement, la louange comme sacrifice où le Christ se fait louange, et enfin la louange comme Gloire, vocation de tout chrétien.

I. La louange comme exaltation
La louange est très ancienne, et l’on peut voir très tôt dans l’histoire d’Israël ce mouvement d’élévation de l’esprit vers Dieu. Elle existe, d’après la Bible, avant même la création de l’homme : « Où étais-tu quand je posais les fondements de la terre ?… Quand les astres du matin chantaient en chœur, et que tous les fils de Dieu poussaient des cris d’allégresse ? » (Livre de Job 38, 4 – 7).
L’histoire d’Israël montre la place centrale de la louange, l’adoration de Dieu, à travers les chants et les hymnes dans des exaltations de joies. Il suffit de constater la place des Psaumes dans la Bible ou encore les danses du roi David autour de l’arche :
« David dit alors aux officiers des lévites de placer leurs frères les chantres, avec tous les instruments d’accompagnement, cithares, lyres et cymbales ; on les entendait retentir d’une musique qui remplissait de liesse. » (1 Ch 15, 16) et « David, revêtu d’un manteau de byssus, dansait en tournoyant ainsi que tous les lévites porteurs de l’arche, les chantres et Kenanya l’officier chargé du transport. » (1 Ch 15, 27).
La louange est une prière à Dieu par la musique et la danse, dans une prière d’adoration au père. La louange est donc une forme de prière très ancienne qui conduit à louer Dieu par la joie, cette joie n’étant pas une excitation mais une joie profonde du cœur de l’homme envers son Dieu d’Amour.

II. La louange comme sacrifice.
L’autre forme de louange, est celle du Sacrifice. L’histoire du peuple hébraïque nous permet de découvrir de manière plus profonde en quoi consiste le sacrifice de louange : Quand le peuple d’Israël est prisonnier d’Egypte, Dieu se souvient de son alliance et intervient pour sauver son peuple (Exode 2, 24-25). Louange SacrificeIl se manifeste et libère son peuple de l’esclavage d’Egypte par Moïse. Il conduit alors le peuple de Dieu dans le mont Sinaï. Dieu convoque le peuple autour de Moïse et donne une nouvelle alliance, une nouvelle loi. Il choisit alors Israël comme son peuple. Le peuple d’Israël répond à cette nouvelle alliance en affirmant « Tout ce qu’Adonaï a dit, nous le ferons et nous y obéirons » (Exode 24, 7). Moïse signe cette nouvelle alliance par un « sacrifice de communion » : Le sang d’un animal est versé sur le peuple.
Ce sacrifice de louange, cette adoration de Dieu par le sacrifice, est entièrement renouvelé dans le sacrifice du Christ sur la croix. Le Christ devient l’agneau sacrifié pour nos péchés. La célébration de la Cène est le signe de ce sacrifice du Christ, signe de cette nouvelle alliance, où le Christ devient ce sacrifice de louange au Père.
« L’Eucharistie, sacrement de notre salut accompli par le Christ sur la croix, est aussi un sacrifice de louange en action de grâce pour l’œuvre de la création. Dans le sacrifice eucharistique, toute la création aimée par Dieu est présentée au Père à travers la mort et la résurrection du Christ. Par le Christ, l’Église peut offrir le sacrifice de louange en action de grâce pour tout ce que Dieu a fait de bon, de beau et de juste dans la création et dans l’humanité. »

Catéchisme de L’Eglise catholique n°1359
La lettre aux Hébreux (He 13,15) nous parle de « sacrifice de louange » pour parler de ce sacrifice du Christ.. La plus parfaite louange auquelle nous participons est la louange de la Messe.

III. La louange : une gloire.
« C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désigné d’avance, selon son plan préétabli de Celui qui mène toutes les choses au gré de sa volonté, pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ ».

Saint Paul dans l’Épître aux Éphésiens, 1 – 11
La louange est la finalité même de la vie chrétienne. La Bienheureuse Elisabeth de la Trinité a vécu avec profondeur ce mystère et cette vocation de louange de gloire, une vocation qui commence sur la Terre mais ne finie jamais. La louange de gloire est notre vocation éternelle, celle à laquelle nous sommes tous appelés. Non seulement à participer à la louange, mais à devenir une louange :
Une louange de gloire, c’est une âme qui demeure en Dieu, qui l’aime d’un amour pur et désintéressé, sans se rechercher dans la douceur de cet amour ; qui l’aime par-dessus tous ses dons et quand même elle n’aurait rien reçu de Lui, et qui désire du bien à l’Objet ainsi aimé. Or comment désirer et vouloir effectivement du bien à Dieu si ce n’est en accomplissant sa volonté, puisque cette volonté ordonne toutes choses pour sa plus grande gloire ? Donc cette âme doit s’y livrer pleinement, éperdument, jusqu’à ne plus vouloir autre chose que ce que Dieu veut.
Une louange de gloire, c’est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l’Esprit Saint afin qu’Il en fasse sortir des harmonies divines ; elle sait que la souffrance est une corde qui produit des sons plus beaux encore, aussi elle aime la voir à son instrument afin de remuer plus délicieusement le Cœur de son Dieu.
Une louange de gloire, c’est une âme qui fixe Dieu dans la foi et la simplicité ; c’est un réflecteur de tout ce qu’Il est ; c’est comme un abîme sans fond dans lequel Il peut s’écouler, s’épancher ; c’est aussi comme un cristal au travers duquel Il peut rayonner et contempler toutes ses perfections et sa propre splendeur. Une âme qui permet ainsi à l’être divin de rassasier en elle son besoin de communiquer » tout ce qu’Il est et tout ce qu’Il a », est en réalité la louange de gloire de tous ses dons.
Enfin une louange de gloire est un être toujours dans l’action de grâces. Chacun de ses actes, de ses mouvements, chacune de ses pensées, de ses aspirations, en même temps qu’ils l’enracinent plus profondément en l’amour, sont comme un écho du Sanctus éternel. »

Élisabeth de la Trinité dans le Ciel dans la Foi

BENOÎT XVI – (DIEU NOTRE PÈRE)

10 novembre, 2014

http://www.vatican.va/latest/sub_index/hf_ben-xvi_aud_20120620_fr.html

BENOÎT XVI – (DIEU NOTRE PÈRE)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 20 juin 2012

Chers frères et sœurs,

Notre prière est très souvent une demande d’aide dans les moments de nécessité. Et cela est aussi normal pour l’homme, car nous avons besoin d’aide, nous avons besoin des autres, nous avons besoin de Dieu. Ainsi, pour nous, il est normal de demander quelque chose de Dieu, de rechercher son aide; et nous devons garder à l’esprit que la prière que le Seigneur nous a enseignée, le « Notre Père », est une prière de requête, et avec cette prière, le Seigneur nous enseigne les priorités de notre prière, il assainit et purifie nos désirs et ainsi, il assainit et purifie notre cœur. S’il est donc normal en soi que dans la prière, nous demandions quelque chose, il ne devrait pas en être exclusivement ainsi. Il y a également un motif d’action de grâce, et si nous sommes quelque peu attentifs, nous voyons que nous recevons de Dieu beaucoup de bonnes choses : il est si bon avec nous qu’il convient, qu’il est nécessaire de rendre grâces. Et cela doit également toujours être une prière de louange : si notre cœur est ouvert, nous voyons en dépit de tous les problèmes également la beauté de sa création, la bonté qui se manifeste dans sa création. Nous devons donc non seulement demander, mais également louer et rendre grâces: ce n’est qu’ainsi que notre prière est complète.
Dans ses Lettres, saint Paul non seulement parle de la prière, mais rapporte des prières qui sont certainement également de requête, mais aussi des prières de louange et de bénédiction pour ce que Dieu a fait et continue de réaliser dans l’histoire de l’humanité.
Je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur le premier chapitre de la Lettre aux Ephésiens, qui commence précisément par une prière, qui est un hymne de bénédiction, une expression d’action de grâce, de joie. Saint Paul bénit Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ car en Lui, il nous a fait « connaître le mystère de sa volonté » (Ep 1, 9). Il existe réellement un motif de rendre grâce si Dieu nous fait connaître ce qui est caché: sa volonté avec nous et pour nous ; « le mystère de sa volonté ». « Mysterion », « Mystère » : un terme qui revient souvent dans l’Écriture Sainte et dans la liturgie. Je ne voudrais pas à présent entrer dans le domaine de la philologie, mais dans le langage commun, il indique ce qui ne peut se connaître, une réalité que nous ne pouvons pas comprendre avec notre propre intelligence. L’hymne qui ouvre la Lettre aux Éphésiens nous conduit par la main vers une signification plus profonde de ce terme et de la réalité qu’il nous indique. Pour les croyants, le « mystère » n’est pas tant l’inconnu, que la volonté miséricordieuse de Dieu, son dessein d’amour qui en Jésus Christ s’est révélé pleinement et nous offre la possibilité de « comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, [de connaître] l’amour du Christ » (Ep 3, 18-19). Le « mystère inconnu » de Dieu est révélé et il s’agit de Dieu qui nous aime, et il nous aime depuis le début, depuis l’éternité.
Arrêtons-nous ensuite un peu sur cette prière solennelle et profonde. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » (Ep 1, 3). Saint Paul utilise le terme « euloghein », qui est généralement la traduction du terme hébreu « barak » : il s’agit de louer, glorifier, rendre grâce à Dieu le Père comme la source des biens du salut, comme Celui qui « nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ ».
L’Apôtre rend grâce et loue, mais il réfléchit aussi sur les raisons qui poussent l’homme à cette louange, à cette action de grâce, en présentant les éléments fondamentaux du plan divin et ses étapes. Avant tout, nous devons bénir Dieu le Père parce que — ainsi écrit saint Paul — Il « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard » (v. 4). Ce qui nous rend saints et immaculés, c’est la charité. Dieu nous a appelés à la vie, à la sainteté. Et ce choix précède même la création du monde. Depuis toujours, nous sommes dans son dessein, dans sa pensée. Avec le prophète Jérémie nous pouvons affirmer nous aussi qu’avant de nous former dans le ventre de notre mère Il nous connaissait déjà (cf. Jer 1, 5) ; en nous connaissant, il nous a aimés. La vocation à la sainteté, c’est-à-dire à la communion avec Dieu appartient au dessein éternel de ce Dieu, un dessein qui s’étend dans l’histoire et comprend tous les hommes et les femmes du monde, parce c’est un appel universel. Dieu n’exclut personne, son projet est uniquement d’amour. Saint Chrysostome affirme : « Dieu lui-même nous a faits saints, mais nous sommes appelés à rester saints. Est saint celui qui vit dans la foi » (Homélies sur la Lettre aux Ephésiens, 1, 1, 4).
Saint Paul poursuit : Dieu nous a prédestinés, nous a élus à être « pour lui des fils par Jésus Christ », à être incorporés dans son Fils unique. L’apôtre souligne la gratuité de ce merveilleux dessein de Dieu sur l’humanité. Dieu nous choisit non pas parce que nous sommes bons, mais parce que Lui est bon. Et l’Antiquité avait à propos de la bonté une expression: bonum est diffusivum sui ; le bien se communique, cela appartient à l’essence même du bien de se communiquer, de s’étendre. Et ainsi, puisque Dieu est bonté, il est communication de bonté, il veut communiquer; il crée parce qu’il veut nous communiquer sa bonté et nous rendre bons et saints.
Au centre de la prière de bénédiction, l’Apôtre illustre la manière dont se réalise le plan de salut du Père dans le Christ, dans son Fils bien-aimé. Il écrit : « [il] nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes. Elle est inépuisable, la grâce » (Ep 1, 7). Le sacrifice de la croix du Christ est l’événement unique et impossible à répéter par lequel le Père a montré de manière lumineuse son amour pour nous, non seulement par des mots, mais de façon concrète. Dieu est si concret, et son amour est si concret qu’il entre dans l’histoire, il se fait homme pour sentir ce qu’est vivre dans ce monde créé, et il accepte le chemin de souffrance de la passion, subissant aussi la mort. L’amour de Dieu est si concret, qu’il participe non seulement à notre être, mais à notre souffrance et notre mort. Le Sacrifice de la croix fait que nous devenons «propriété de Dieu», parce que le sang du Christ nous a rachetés de la faute, il nous lave du mal, il nous soustrait à l’esclavage du péché et de la mort. Saint Paul invite à considérer combien est profond l’amour de Dieu qui transforme l’histoire, qui a transformé sa propre vie de persécuteur des chrétiens en apôtre inlassable de l’Evangile. A nouveau résonnent les paroles rassurantes de la Lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ?… J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. » (Rm 8,31-32.38-39) Cette certitude — Dieu est pour nous, et aucune créature ne peut nous séparer de Lui, parce son amour est plus fort — nous devons l’inscrire dans notre être, dans notre conscience de chrétiens.
Enfin, la bénédiction divine se termine par la mention de l’Esprit Saint qui a été répandu dans nos cœurs; le Paraclet que nous avons reçu comme avance promise : « C’est la première avance — dit Paul — qu’il nous a faite sur l’héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale, à la louange de sa gloire. » (Ep 1, 14) La rédemption n’est pas encore conclue — nous le sentons —, mais elle connaîtra son plein accomplissement quand ceux que Dieu s’est acquis seront totalement sauvés. Nous sommes encore sur le chemin de la rédemption, dont la réalité essentielle est donnée avec la mort et la résurrection de Jésus. Nous sommes en chemin vers la rédemption définitive, vers la pleine libération des fils de Dieu. Et l’Esprit Saint est la certitude que Dieu mènera à bien son dessein de salut, quand il saisira « ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ » (Ep 1, 10). Saint Jean Chrysostome commente ce point : « Dieu nous a élus pour la foi et il a imprimé en nous le sceau pour l’héritage de la gloire future. » (Homélie sur la Lettre aux Éphésiens 2, 11-14). Nous devons accepter que le chemin de la rédemption soit également notre chemin, car Dieu veut des créatures libres, qui disent librement oui ; mais c’est surtout et tout d’abord un chemin à Lui. Nous sommes entre ses mains et à présent nous sommes libres d’aller sur la route qu’Il a ouverte. Nous allons sur cette route de la rédemption, avec le Christ et nous sentons que la rédemption se réalise.
La vision que nous présente saint Paul dans cette grande prière de bénédiction nous a conduits à contempler l’action des trois Personnes de la Très Sainte Trinité : le Père, qui nous a choisis avant la création du monde, qui nous a imaginés et créés ; le Fils qui nous a rachetés à travers son sang et l’Esprit Saint, avance de notre rédemption et de la gloire future. Dans la prière constante, dans la relation quotidienne avec Dieu, nous apprenons nous aussi, comme saint Paul, à voir de manière toujours plus claire les signes de ce dessein et de cette action : dans la beauté du Créateur qui apparaît dans ses créatures (cf. Ep 3, 9), comme le chante saint François d’Assise : « Loué sois-tu mon Seigneur, avec toutes tes créatures. » (ff 263) Il est important d’être attentifs précisément maintenant, également pendant la période des vacances, à la beauté de la création et de voire transparaître dans cette beauté le visage de Dieu. Dans leur vie, les saints montrent de manière lumineuse ce que peut faire la puissance de Dieu dans la faiblesse de l’homme. Et il peut le faire également avec nous. Dans toute l’histoire du salut, dans laquelle Dieu s’est fait proche de nous et attend avec patience notre moment, comprend nos infidélités, encourage notre engagement et nous guide.
Dans la prière nous apprenons à voir les signes de ce dessein miséricordieux sur le chemin de l’Église. Ainsi, nous grandissons dans l’amour de Dieu, en ouvrant la porte afin que la Très Sainte Trinité vienne habiter en nous, illumine, réchauffe et guide notre existence. « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui » (Jn 14, 23), dit Jésus en promettant aux disciples le don de l’Esprit Saint, qui enseignera toute chose. Saint Irénée a dit une fois que dans l’Incarnation, l’Esprit Saint s’est habitué à être dans l’homme. Dans la prière nous devons nous habituer à être avec Dieu. Cela est très important, que nous apprenions à être avec Dieu, et ainsi nous voyons comme il est beau d’être avec Lui, qui est la rédemption.
Chers amis, quand la prière nourrit notre vie spirituelle nous devenons capables de conserver ce que saint Paul appelle « le mystère de la foi » dans une conscience pure (cf. 1 Tm 3, 9). La prière comme manière de « s’habituer » à être avec Dieu, engendre des hommes et des femmes animés non par l’égoïsme, par le désir de posséder, par la soif de pouvoir, mais par la gratuité, par le désir d’aimer, par la soif de servir, c’est-à-dire animés par Dieu; et ce n’est qu’ainsi qu’on peut apporter la lumière dans l’obscurité du monde.
Je voudrais conclure cette Catéchèse par l’épilogue de la Lettre aux Romains. Avec saint Paul, nous aussi nous rendons gloire à Dieu parce qu’il nous a tout dit de lui en Jésus Christ et il nous a donné le Consolateur, l’Esprit de vérité. Saint Paul écrit à la fin de la Lettre aux Romains : « Gloire à Dieu, qui a le pouvoir de vous rendre forts conformément à l’Évangile que je proclame en annonçant Jésus Christ. Oui, voilà le mystère qui est maintenant révélé : il était resté dans le silence depuis toujours, mais aujourd’hui il est manifesté. Par ordre du Dieu éternel, et grâce aux écrits des prophètes, ce mystère est porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi. Gloire à Dieu, le seul sage, par Jésus Christ et pour les siècles des siècles. Amen. » Merci.

SUR LA PRIÈRE (7) PAR ST JEAN CHRYSOSTOME : Une chose est commune aux anges et aux hommes

1 août, 2014

http://priere-orthodoxe.blogspot.it/

SUR LA PRIÈRE (7) PAR ST JEAN CHRYSOSTOME :

Une chose est commune aux anges et aux hommes : la prière

Que la prière soit la source de tout bien, le principe du salut et de la vie éternelle, il n’est personne qui l’ignore. Cependant il ne sera pas inutile de traiter ce sujet dans la mesure de nos forces, a?n que les personnes accoutumées à une vie de prière et à s’appliquer avec zèle au culte de Dieu, deviennent par ces paroles plus ferventes ; et pour celles qui vivent dans la négligence et qui laissent leur âme privée de prière, afin que comprenant le temps qu’elles ont perdu, elles n’achèvent pas de compromettre leur salut durant le reste de leur vie.
Une grande chose que nous pouvons dire de suite sur la prière est que quiconque prie s’entretient avec Dieu. Or, quel honneur, il y a pour l’homme à s’entretenir avec Dieu, tout le monde le comprend ; mais expliquer cet honneur par des paroles, personne ne le pourrait. Cet honneur s’élève même au-dessus de la dignité des anges; et, comme ils le savent bien, nous les voyons tous dans les prophètes offrir au Seigneur avec un profond saisissement leurs cantiques et leurs hommages, se couvrir le visage et les pieds dans le respect dont ils sont pénétrés, exprimer la frayeur qui les anime par leur vol et par leur incessante mobilité ; nous instruisant, ce me semble, à oublier nous-mêmes notre humanité au temps de la prière, et dans la terreur et la crainte dont nous serons remplis, à ne voir aucune des choses présentes, à nous croire transportés au milieu de ces purs esprits pour rendre à Dieu le culte qu’ils lui rendent eux-mêmes. Si des différences profondes séparent en tout le reste la condition des anges et la nôtre ; s’ils se distinguent de nous par la nature, par la manière de vivre, par la sagesse, par l’intelligence et par une foule d’autres points, une chose est cependant commune aux anges et aux hommes, la prière, et sous ce rapport il n’y a point de différence entre ces deux natures. La prière vous sépare des bêtes, la prière vous réunit aux anges: il ne tardera pas à partager leur société, leurs moeurs, leur genre de vie, leur dignité, leur noblesse, leur sagesse, leur intelligence, celui qui s’appliquera à consacrer toute sa vie à la prière et au culte de Dieu.

LA PRIÈRE ET LE SILENCE – ENSEIGNEMENT DU PÈRE BOSCO

17 juillet, 2014

http://www.ndarche.org/oraison/bosco.doc.

LA PRIÈRE ET LE SILENCE

ENSEIGNEMENT DU PÈRE BOSCO

Jeudi 04 décembre 2008

Introduction
Deux moines discutaient de la possibilité de fumer pendant la prière. L’un des deux s’est donc approché de l’abbé et a posé cette question :  » Est-ce qu’il est permis de fumer lorsqu’on prie ?  » L’abbé a vivement répondu en disant que ce n’est pas possible, c’est strictement interdit. L’autre est ensuite allé voir l’abbé poser cette question :  » Est-ce qu’on peut prier lorsqu’on fume ?  » L’abbé a dit  » oui, bien sûr « .
Nous allons réfléchir ensemble sur le thème ‘la prière et le silence’. Est-ce qu’on peut séparer la prière du silence ? Pour cela réalisons un petit exercice: Vous fermez les yeux et vous vous concentrez sur le point le plus important de notre corps (le point situé au centre entre nos 2 yeux). Vous devez tout oublier pour vous concentrer uniquement sur ce point pendant au plus une minute. Ensuite, vous écoutez ce que vous avez ressenti et perçu durant ce temps de concentration.
Et bien, par cet exercice vous avez fait l’expérience de la prière. A mon avis, le silence même est la prière. C’est possible aussi que la prière puisse exister sans avoir aucun rapport avec le silence.
Alors, qu’est-ce que la prière ? le silence ?
La prière est un dialogue avec Dieu. Ici, nos prières sont très souvent verbalisées. La liturgie et le chant nous aident à prier – à penser à Dieu.
Le silence n’est pas seulement rester sans parler mais de rester détaché du monde (le bruit, le sentiment etc.) et d’être attaché à nous-même. Et donc, il y a deux dimensions : détachement et attachement.

1. Le détachement
Introduction : Deux jeunes moines se promenaient. Ils étaient au point de traverser une rivière. Il pleuvait. Pas mal d’eau dans la rivière. Une jeune fille qui était là, trouvait difficile de traverser cette rivière. Alors, l’un des moines a aidé cette jeune fille à traverser cette rivière en la portant sur son épaule. En arrivant au monastère, l’autre l’a interpellé en disant :  » Tu ne sais pas qu’on n’a pas le droit de toucher une femme « .  » Oui  » lui a-t-il répondu et il ajouta :  » Je l’ai laissé au bord de la rivière, mais toi, tu la portes encore dans ton cœur « .
Pour prier il est nécessaire de demander le détachement de tous nos soucis, de tous nos problèmes, c’est déposer nos fardeaux.

2. Attachement à notre soi. Etre conscient de nous même
Voici des extraits de La Bible sur la prière et silence
La Bible dit qu’en silence on écoute, on attend et on s’émerveille du mystère divin.
 » Ecouter : Lamentation 2 : 10. Ecouter la parole de Dieu nous amène à la repentance. On supplie le pardon de Dieu. On commence à vivre une nouvelle vie. Etre conscient de notre existence. On a du mal à trouver des paroles pour exprimer nos difficultés, et là on est en silence. Ce silence devient la prière. Ici, Dieu parle à notre conscience. On entre dans le fond de son cœur.
 » Attendre : Psaumes 37,7:  » Reste calme auprès du Seigneur, espère en lui.  » Le silence nous donne de la lumière. La distance entre nous et Dieu diminuera. Mais, il faut attendre.
 » S’émerveiller de : Job 40.4 :  » je mets la main sur ma bouche  » Il voit le mystère divin, comment Dieu agit dans sa vie. En voyant tout cela, Job change. Il commence à sentir la présence de Dieu dans sa vie.
Dieu parle quand on est en silence. Notre réponse serait de l’écouter, d’attendre et de s’émerveiller de son amour.

LETTRE SUR LA PRIÈRE – Monseigneur Bruno Forte

11 juin, 2014

http://www.clerus.org/pls/clerus/cn_clerus.h_centro?dicastero=2&tema=7&argomento=19&sottoargomento=0&lingua=1&Classe=1&operazione=ges_formaz&vers=3&rif=174&rif1=174sabato

LETTRE SUR LA PRIÈRE

 Monseigneur  Bruno Forte

Tu me demandes : pourquoi prier ? Je te réponds : pour vivre.

Oui : pour vivre vraiment, il faut prier. Pourquoi ? Parce que vivre, c’est aimer : une vie sans amour n’est pas une vie. C’est solitude vide, c’est prison et tristesse. Seul vit vraiment qui aime : et seul aime qui se sent aimé, rejoint et transformé par l’amour. Comme la plante ne peut épanouir son fruit si elle n’est rejointe des rayons du soleil, ainsi le cœur humain ne peut s’ouvrir à la vie vraie et pleine que s’il est touché par l’amour. Et l’amour naît de la rencontre et vit de la rencontre avec l’amour de Dieu, le plus grand et vrai de tous les amours possibles, davantage, l’amour au-delà de toutes nos définitions, toutes nos possibilités. Pour cela, qui prie vit, dans le temps et pour l’éternité. Mais celui qui ne prie pas ? Qui ne prie pas risque de mourir à l’intérieur, parce qu’il lui manquera un jour ou l’autre l’air pour respirer, la chaleur pour vivre, la lumière pour voir, la nourriture pour croître et la joie pour donner sens à la vie.
Tu me dis : mais moi, je ne sais pas prier ! Et tu me demandes : comment prier ? Je te réponds : commence par donner un peu de ton temps à Dieu. Au début, l’important ne sera pas que ce temps soit long, mais que tu le lui donnes fidèlement. Fixe toi-même un temps à donner chaque jour au Seigneur, et donne-le lui fidèlement chaque jour, quand tu as envie de le faire et quand tu n’en as pas envie. Cherche un lieu tranquille, où si possible il y ait quelque signe rappelant la présence du Seigneur (une croix, une icône, la Bible, le tabernacle avec la Présence eucharistique…). Recueille-toi en silence : invoque l’Esprit Saint, pour que ce soit Lui qui vienne crier en toi « Abba, Père ! ». Offre ton cœur à Dieu, même s’il est en tempête : n’aie pas peur de tout Lui dire, non seulement tes difficultés et ta douleur, ton péché et ton incrédulité, mais même ta rébellion et tes protestations, si tu les sens en toi.
Tout cela, mets-le entre les mains de Dieu : souviens-toi que Dieu est Père – Mère dans l’amour, qui tout accueille, tout pardonne, tout illumine, tout sauve. Écoute Son Silence : ne prétends pas avoir de suite la réponse. Persévère. Comme le prophète Élie, marche dans le désert vers la montagne de Dieu : et quand tu te seras approché de Lui, ne le cherche ni dans le vent, le tremblement de terre ou le feu, dans les signes de force ou de grandeur, mais dans la voix du silence subtil (cf. 1 R 19,12). Ne prétends pas t’emparer de Dieu, mais laisse Le passer dans ta vie et ton cœur, te toucher l’âme, se faire contempler par toi, même seulement de dos.
Écoute la voix de Son Silence. Écoute Sa Parole de vie : ouvre la Bible, médite-la avec amour, laisse la parole de Jésus te parler cœur à cœur ; lis les Psaumes, où tu trouveras l’expression de tout ce que tu voudrais dire à Dieu ; écoute les apôtres et les prophètes ; tombe amoureux de l’histoire des Patriarches, du peuple élu et de l’Église naissante, où tu rencontreras l’expérience de la vie vécue dans l’horizon de l’Alliance avec Dieu. Et quand tu auras écouté la Parole de Dieu, marche encore longtemps dans les sentiers du silence, laissant l’Esprit t’unir au Christ, Parole éternelle du Père. Laisse Dieu Père te modeler de Ses deux mains : le Verbe et l’Esprit Saint.
Au début, le temps passé à tout cela pourra te sembler trop long, ne jamais finir : persévère avec humilité, donnant à Dieu tout le temps que tu réussis à Lui donner, mais jamais moins que celui que tu as établi de pouvoir Lui donner chaque jour. Tu verras que de rendez-vous en rendez-vous ta fidélité sera récompensée, et tu te rendras compte que petit à petit le goût de la prière croîtra en toi, et ce qui au début te semblait inatteignable, deviendra toujours plus facile et beau. Tu comprendras alors que ce qui compte, ce n’est pas avoir des réponses, mais se mettre à la disposition de Dieu : et tu verras que ce que tu porteras dans la prière sera peu à peu transfiguré.
Ainsi, quand tu viendras prier avec le cœur en tempête, si tu persévères, tu t’apercevras qu’après avoir longtemps prié tu n’auras pas trouvé de réponses à tes demandes, mais ces mêmes demandes se seront dissoutes comme neige au soleil et dans ton cœur se fera une grande paix : la paix d’être dans les mains de Dieu et de te laisser docilement conduire par Lui, aux lieux que Lui a préparé pour toi. Alors, ton cœur refait à neuf pourra chanter le cantique nouveau, et le ‘Magnificat’ de Marie sortira spontanément de tes lèvres et sera chanté par l’éloquence de tes œuvres.
Sache, toutefois, que ne te manqueront pas en tout cela les difficultés : parfois, tu ne réussiras pas à faire taire le bruit qui est autour de toi et en toi ; parfois tu sentiras la fatigue ou même le dégoût de te mettre à prier ; ta sensibilité éclatera, et n’importe quel acte te semblera préférable à rester en prière devant Dieu, « perdant » ton temps. Tu sentiras, enfin, les tentations du Malin, qui cherchera par tous les moyens à te séparer du Seigneur, t’éloignant de la prière. Ne crains pas : les mêmes épreuves que tu vis, les saints les ont vécus avant toi, et souvent beaucoup plus pesantes que les tiennes. Toi, continue seulement à avoir foi. Persévère, résiste et souviens-toi que l’unique chose que nous pouvons vraiment donner à Dieu est la preuve de notre fidélité. Avec la persévérance tu sauveras ta prière, et ta vie.
Viendra l’heure de la « nuit obscure », où tout te sembleras aride et même absurde dans les choses de Dieu : ne crains pas. C’est l’heure où qui lutte avec toi est Dieu même : enlève de toi tout péché, par la confession humble et sincère de tes fautes et le pardon sacramentel ; donne à Dieu encore plus de temps, et laisse que l’heure de la nuit des sens et de l’esprit devienne pour toi l’heure de la participation à la Passion du Seigneur. À ce point, ce sera Jésus lui-même qui portera ta croix et te conduira avec lui vers la joie de Pâque. Tu ne t’étonneras pas, alors, d’aller jusqu’à considérer aimable cette nuit, parce que tu la verras transformée pour toi en nuit d’amour, inondée de la présence de l’Aimé, pleine du parfum du Christ, lumineuse de la lumière de Pâque.
N’aie donc pas peur, des épreuves et des difficultés dans la prière : souviens-toi seulement que Dieu est fidèle et qu’Il ne t’enverras jamais une épreuve sans te donner le moyen d’en sortir, et ne t’exposeras jamais à une tentation sans te donner la force de la supporter et la vaincre. Laisse-toi aimer par Dieu : telle une goutte d’eau qui s’évapore sous les rayons du soleil, et monte en haut, et retourne à la terre comme pluie féconde ou rosée consolatrice, ainsi laisse que tout ton être soit travaillé par Dieu, modelé par l’amour des Trois, absorbé en Eux et restitué à l’histoire comme un don fécond. Laisse que la prière fasse croître entre toi la liberté de toute peur, le courage et l’audace de l’amour, la fidélité aux personnes que Dieu t’a confié et aux situations dans lesquelles Il t’a mis, sans chercher des évasions ou des consolations bon marché. Apprend, en priant, à vivre la patience d’attendre les temps de Dieu, qui ne sont pas nos temps, et à suivre les voies de Dieu, qui si souvent ne sont pas nos voies.
Un don particulier que la fidélité à la prière t’offrira est l’amour des autres et le sens de l’Église : plus tu prieras, plus tu sentiras de miséricorde pour tous, plus tu voudras aider qui souffres, plus tu auras faim et soif de justice pour tous, spécialement les plus pauvres et faibles, plus tu accepteras de te charger des péchés des autres pour compléter en toi ce qui manque à la Passion du Christ pour tout Son Corps qui est l’Église. En priant, tu sentiras comme il est beau d’être dans la barque dans Pierre, solidaire avec tous, docile à la conduite des pasteurs, soutenu par la prière de tous, prêt à servir les autres avec gratuité, sans rien demander en échange. En priant, tu sentiras croître en toi la passion pour l’unité du Corps du Christ et de toute la famille humaine. La prière est l’école de l’amour, parce que c’est en elle que tu peux te reconnaître infiniment aimé et naître toujours de nouveau à la générosité qui prend l’initiative du pardon et du don sans calcul, au-delà de toute mesure de fatigue.
En priant, on apprend à prier, et on goûte les fruits de l’Esprit qui font vraie et belle la vie : « amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5,22). En priant, on devient amour, et la vie acquiert le sens et la beauté pour laquelle elle a été voulue par Dieu. En priant, on reconnaît toujours plus l’urgence de porter l’Évangile à tous, jusqu’aux extrêmes confins de la terre. En priant, on découvre les infinis dons de l’Aimé et on apprend toujours plus à Lui rendre grâce en toutes choses. En priant, on vit. En priant, on aime. En priant, on loue. Et la louange est la joie et la paix plus grande que notre cœur inquiet, dans le temps et l’éternité.
Si je devais, alors, te souhaiter le don le plus beau, si je voulais le demander pour toi à Dieu, je n’hésiterai pas à Lui demander le don de la prière. Je le Lui demande : et toi, n’hésite pas à le demander à Dieu pour moi. Et pour toi. La paix de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec toi. Et toi en eux : parce que en priant tu entreras dans le cœur de Dieu, caché avec le Christ en Lui, entouré de Leur amour éternel, fidèle et toujours nouveau. Désormais tu le sais : qui prie avec Jésus et en Lui, qui prie Jésus ou le Père de Jésus ou invoque Son Esprit, ne prie pas un Dieu générique et lointain, mais prie en Dieu, dans l’Esprit, par le Fils, le Père. Et du Père, par Jésus, dans le souffle divin de l’Esprit, tu recevras tout don parfait, adapté à lui, et depuis toujours par lui préparé et désiré. Le don qui nous attend. Qui t’attend.

Bruno Forte

L’ORIGINE ÉGYPTIENNE DE LA PRIÈRE DU COEUR

19 mai, 2014

http://eocf.free.fr/text_priere_coeur_egypte.htm

L’ORIGINE ÉGYPTIENNE DE LA PRIÈRE DU COEUR

par Christian CANNUYER

article paru dans le numéro 11 de la revue Le Monde Copte

Né à Ath (Belgique) en 1957; licencié en histoire médiévale de l’Université Catholique de Louvain, licencié en philologie et histoire orientales, candidat en philologie biblique, prépare une thèse de doctorat en égyptologie SOus la conduite du professeur Cl. VANDERSLEYEN.
Ses études l’ont amené à s’intéresser à la coptologie – il a étudié le copte avec le professeur G. GARITTE puis avec M l’abbé G. LAFONTAINE. En collaboration avec ce dernier, il prépare la publication d’une épître inédite attribuée à Saint Athanase. Il a enseigné la religion et l’histoire au Collège St Julien à Ath de 1980 à 1982.
Son mémoire de licence l’a conduit à étudier la situation des communautés chrétiennes du Proche-Orient au Xlll » siècle à travers le témoignage de Jacques de Vitry, évêque de Saint-Jean d’Acre (1160/70-1240).
A mon ami Benoît De Keyser

 » Je vous guiderai vers la voie de vie
 » La bonne voie de celui qui obéit à Dieu
 » Heureux celui que son coeur conduit vers elle
 » Celui dont le coeur est ferme Sur la voie de Dieu
 » Affermie est son existence sur la terre. « 
PETOSIRIS, prêtre d’Hermopolis (IVe siècle avant J.C.)

L’affirmation d’Hérodote (II,37) qui prétendait que les habitants de l’Egypte ancienne étaient les plus dévots de tous les hommes a été diversement commentée.
Certains l’ont entendue dans un sens très restrictif et plutôt péjoratif: selon eux, elle signifierait que les égyptiens étaient un peuple superstitieux et extrêmement crédule, au regard des Grecs plus attachés à la raison et à la sagesse humaines. (1)
Plusieurs études menées par des égyptologues ont heureusement nuancé cette interprétation; elles ont prouvé que l’âme égyptienne, toute l’histoire de la civilisation pharaonique durant, avait été travaillée par de réels sentiments de piété, d’amour du Divin, voire de mysticisme. (2)
On a souligné, voici quelques années déjà (3) et tout récemment dans les pages de cette revue (4), combien cette tradition de religiosité profonde de l’Egypte antique avait préparé le terrain au Christianisme et permis à la vallée du Nil d’être une des premières contrées chrétiennes du monde, celle où allait éclore le monachisme, auquel l’Eglise de Jésus doit tant.
Les conceptions anthropologiques de la vieille Egypte considéraient le coeur comme l’élément essentiel de la vie physique, source du sang, du souffle et du sperme générateur, mais aussi le siège sacré des sentiments, de la pensée, de l’intelligence et de la volonté. (5)
Pointe suprême de la conscience, le coeur assumait la responsabilité des actes de l’individu et, à ce titre, subissait l’épreuve de la psychostasie après la mort de son possesseur.
Comme le dit un texte inscrit sur un cercueil conservé au Musée de Vienne, le coeur d’un homme était  » son dieu lui-même  » (ntr ds.f)
(6) (voir aussi un texte d’Olivier Clément sur le coeur centre spirituel de l’homme-note du webmestre)
Aucun texte n’exprime peut-être mieux l’importance du muscle cardiaque que le célèbre traité de théologie memphite où toute la cosmogonie développée à pour moteur la parole réalisatrice des volutions du coeur
(ib) (7)
Le coeur de l’Égyptien était aussi le lieu privilégié de son corps par lequel passait l’inspiration divine. En lui, cheminait la voie par laquelle le conseil divin arrivait jusqu’à l’être.
Le dieu fait naître la pensée dans les coeurs des hommes ( rdj.n ntr hpr m ib.w.sn) (8)
En retour, selon que l’Égyptien avait le coeur ouvert ou non (wbi-ib), il lui était loisible d’être plus ou moins en communication avec le Divin et de Lui être obéissant. (9)
Dans l’état de prière, qui, d’après l’antique sagesse pharaonique, était avant tout un état de SILENCE (10), il allait de soi que le coeur était le pivot indispensable autour duquel gravitait l’oraison. L’intériorisation était la condition sine qua non de celle-ci.
Or, c’est dans les milieux monastiques coptes qu’est attestée le plus anciennement la pratique de la » prière du coeur  » ou » prière de Jésus  » dont la fortune fut ensuite extraordinaire en milieux byzantin et slave. (11)
L’auteur égyptien des Homélies Spirituelles (Ve siècle) attribuées au grand Saint Macaire de Scété, explique bien que dans ce mode de prière, le lieu par excellence de la grâce contemplative est le coeur:  » Dans le Christianisme, il est possible de goûter la grâce de Dieu: Goûtez et voyez que le Seigneur est bon (Ps. XXIV;9). Cette gustation, c’est la puissance pleinement active de l’Esprit qui se manifeste dans le coeur. Les fils de la lumière, ministres de la Nouvelle Alliance dans l’Esprit Saint, n’ont rien à apprendre auprès des hommes; ils apprennent auprès de Dieu. La grâce elle-même inscrit sur leurs coeurs les lois de l’Esprit… Le coeur, en effet, est le maÎtre et le roi de tout J’organisme corporel, et lorsque la grâce s’empare des pâturages du coeur, elle règne sur tous les membres et toutes les pensées; car là est l’intelligence, là se trouvent toutes les pensées de l’âme et c’est là qu’elle attend le bien. Voilà pourquoi la grâce pénètre dans tous les membres du corps. « (12)
On comparera sans peine cette formulation avec celle du traité de Théologie memphite signalé plus haut: l’action des bras, la marche des iambes, le mouvement de tout autre membre est fait suivant l’ordre que le coeur a conçu… la vision des yeux, l’ouïe des oreilles, la respiration de l’air par le nez, ils rendent compte au coeur; c’est lui qui en tire tout jugement et la langue annonce ce que le coeur a conçu. (13)
Les conceptions égyptiennes en la matière allaient avoir une influence prépondérante sur le développement de la pensée d’Evagre le Pontique ( + 399), disciple de Saint Macaire, qui tenta d’intégrer cette démarche de prière dans un système métaphysique dont elle ne se départirait plus. (14)
Au cinquième siècle, Diadoque de Photicé contribua grandement à faire connaître et apprécier la prière du coeur dans tout l’Orient byzantin (15). Il reviendrait cependant au monastère Sainte Catherine du Mont-Sinaï de devenir le centre de propagation de l’hésychasme, notamment grâce à Saint Jean Climaque, higoumène de ce couvent vers 580-650.
Chez ce dernier, l’importance du coeur apparaît tout aussi nettement que chez le pseudoMacaire: l’hésychaste est celui qui dit:  » Mon coeur est affermi  » (Ps. LVII;8). « L’hésychaste est celui qui dit: « Je dors, mais mon coeur veille  » (Cant. V;2).  » Fermez la porte de votre cellule à votre corps, la porte de vos lèvres aux paroles, la porte intérieure aux esprits « . (16)
Le rôle central du coeur dans l’hésychasme allait être particulièrement mis en lumière par Nicéphore l’Hésychaste, moine du Mont Athos dans la seconde moitié du Xllle siècle. Il nous a laissé un traité intitulé  » Sur la garde du coeur « , dans lequel il conseille, afin de rétablir l’unité essentielle physico-psychique de l’être humain corrompue par le péché et promise à la restauration par la mort du Christ, de  » faire revenir l’esprit dans le coeur » :  » Entre dans ta chambre, enferme-toi, et t’étant assis dans un coin, fais comme je vais te dire: Tu sais que notre souffle, l’air de notre inspiration, nous ne l’inspirons qu’à cause du coeur… Ainsi que je t’ai dit, assieds-toi, recueille ton esprit, introduis-le -je dis ton esprit – dans les narines; c’est le chemin qu’emprunte le souffle pour aller au coeur. Pousse-le, force-le de descendre en ton coeur en même temps que l’air inspiré. Quand il y sera, tu verras la joie qui va suivre… n’aie d’autre occupation ni méditation que le cri de  » Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi « … Mais si, mon frère, malgré tous tes efforts, tu n’arrives pas à pénétrer dans les parties du coeur suivant mes indications, fais comme je te dis et, avec le concours de Dieu, tu arriveras à tes fins. Tu sais que la raison de J’homme a son siège dans la poitrine. C’est dans notre poitrine en effet que, nos lèvres demeurant muettes, nous parlons, nous décidons, nous composons nos prières et nos psaumes… Après avoir banni de cette raison toute pensée, … donne-lui le  » Seigneur Jésus-Christ aie pitié de moi  » et contrains-le de crier intérieurement, à l’exclusion de toute autre pensée, ces paroles. Quand, avec le temps, tu te seras rendu maître de cette pratique, elle t’ouvrira l’entrée du coeur, ainsi que je te l’ai dit, indubitablement.  » (17)
La raison est dans la poitrine – le coeur est le siège de la pensée et l’endroit le plus favorable à la communion mystique. A des siècles et des siècles, voire des millénaires, de distance, ce sont là les mêmes conceptions que celles de Ptahhotep ou du Traité de théologie memphite.
Elles demeureront telles dans l’Église d’Orient jusqu’à nos jours, non seulement dans l’orbe byzantin mais aussi dans le monde slave. Qu’on en prenne à témoin ce texte du grand starets Nil Maïkov (1433-1508), fondateur d’un ermitage sur la rivière Sora :  » L ‘hésychie… c’est de rechercher le Seigneur dans son coeur, c’est-à-dire de garder son coeur dans la prière et se retrouver constamment à l’intérieur de ce dernier.  » (18)
Certains auteurs ont voulu rattacher la prière du coeur chrétienne à la technique du dhikr musulman (19) ou même celle du yoga hindou. C’était oublier que dans l’optique hésychaste l’attention du c(Eur n’est qu’un moyen d’accéder au divin, tandis que pour les adeptes du dhikr ou du yoga, l’extase devient souvent une fin en soi. En ce sens, la prière du coeur chrétienne est bien plus proche des méthodes d’oraison de l’Egypte antique.
Pour nous, la filiation entre la pensée pharaonique et l’ascèse chrétienne orientale ne fait pas de doute (20). L’étude est à poursuivre et à compléter. Elle prouvera à tout le moins que le legs de l’Égypte païenne à la Chrétienté est encore plus riche qu’on ne le soupçonne, et plus essentiel.

C. CANNUYER

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