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Mercredi 19 mars 2003 – Solennité de la Saint-Joseph, Epoux de Marie (Jean Paul II)

18 mars, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/2003/documents/hf_jp-ii_aud_20030319_fr.html

AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II

Mercredi 19 mars 2003

Solennité de la Saint-Joseph, Epoux de Marie  

Saint Joseph, patron universel de l’Eglise

1. Nous célébrons aujourd’hui la solennité de la Saint-Joseph, Epoux de Marie (Mt 1, 24; Lc 1, 27). La liturgie nous l’indique comme le « père » de Jésus (Lc 2, 27.33.41.43.48), prêt à réaliser les desseins divins, même lorsque ceux-ci échappent à la compréhension humaine. A travers lui, « fils de David » (Mt 1, 20; Lc 1, 27), les Ecritures se sont accomplies et le Verbe Eternel s’est fait homme, par l’oeuvre de l’Esprit Saint, dans le sein de la Vierge Marie. Saint Joseph est défini dans l’Evangile comme un « homme juste » (Mt 1, 19), et il est pour tous les croyants un modèle de vie dans la foi.
2. Le mot « juste » évoque sa rectitude morale, son attachement sincère à la pratique de la loi et l’attitude de totale ouverture à la volonté du Père céleste. Même dans les moments difficiles et parfois dramatiques, l’humble charpentier de Nazareth ne s’arroge jamais le droit de mettre en discussion le projet de Dieu. Il attend l’appel d’En-Haut et, en silence, il respecte le mystère, se laissant guider par le Seigneur. Une fois sa tâche reçue, il l’exécute avec une responsabilité docile:  il écoute l’ange avec attention lorsqu’il s’agit de prendre la Vierge de Nazareth comme épouse (cf. Mt 1, 18-25), lors de la fuite en Egypte (cf. Mt 2, 13-15) et du retour en Israël (cf. Ibid. 2, 19-23). Les évangélistes le décrivent en quelques lignes, mais de façon significative, comme le gardien plein de sollicitude de Jésus, époux attentif et fidèle, qui exerce l’autorité familiale dans une attitude constante de service. Les Ecritures Saintes ne nous racontent rien d’autre à son propos, mais dans ce silence est contenu le style même de sa mission:  une existence vécue dans la grisaille de la vie quotidienne, mais avec une foi assurée dans la Providence.
3. Chaque jour, saint Joseph dut subvenir aux besoins de sa famille par le dur travail manuel. C’est pourquoi l’Eglise l’indique à juste titre comme le patron des travailleurs.
La solennité d’aujourd’hui constitue donc une occasion propice pour réfléchir également sur l’importance du travail dans l’existence de l’homme, dans la famille et dans la communauté.
L’homme est le sujet et le protagoniste du travail et, à la lumière de cette vérité, on peut bien percevoir le lien fondamental existant entre personne, travail et société. L’activité humaine – rappelle le Concile Vatican II – dérive de l’homme et a l’homme pour objectif. Selon le dessein et la volonté de Dieu, elle doit servir au bien véritable de l’humanité et permettre « à l’homme en tant qu’individu ou membre de la société de cultiver et de réaliser sa vocation intégrale » (Gaudium et spes; n. 35).
Pour mener à bien cette tâche, il est nécessaire de cultiver une « spiritualité éprouvée du travail humain » ancrée, par de solides racines, à l’ »Evangile du travail » et les croyants sont appelés à proclamer et à témoigner la signification chrétienne du travail dans leurs diverses activités professionnelles (cf. Laborem exercens, n. 26).
4. Que saint Joseph, un saint si grand et si humble, soit un exemple auquel les travailleurs chrétiens s’inspirent, en l’invoquant en toute circonstance. Je voudrais aujourd’hui confier au sage gardien de la sainte Famille de Nazareth les jeunes qui se préparent à leur future profession, les chômeurs et ceux qui souffrent du fait des difficultés liées à la crise du chômage, les familles et le monde du travail tout entier avec les attentes et les défis, les problèmes et les perspectives qui le caractérisent.
Que saint Joseph, patron universel de l’Eglise, veille sur toute la communauté ecclésiale et, en tant qu’homme de paix qu’il était, obtienne pour toute l’humanité, en particulier pour les peuples menacées en ces heures par la guerre, le précieux don de la concorde et de la paix.

Jean Paul II: Qui aime connaît Dieu, car Dieu est amour ( 1 Jn 4, 7-8) (1999)

8 février, 2011

du site:

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JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 6 octobre 1999

Qui aime connaît Dieu, car Dieu est amour   

Lecture: 1 Jn 4, 7-8

1. La conversion dont nous avons parlé lors des précédentes catéchèses, est orientée vers la pratique des commandements de l’amour. Il est particulièrement opportun, en cette année du Père, de souligner la vertu théologale de la charité, selon l’indication de la Lettre apostolique Tertio millennio adveniente (cf. n. 50).
L’Apôtre Jean recommande: «Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour» (1 Jn 4, 7-8).
Ces paroles sublimes, alors qu’elles nous révèlent l’essence même de Dieu comme mystère de charité infinie, jettent également les bases sur lesquelles repose l’éthique chrétienne, entièrement concentrée dans le commandement de l’amour. L’homme est appelé à aimer Dieu dans un engagement total et à se tourner vers ses frères avec une attitude d’amour inspirée de l’amour même de Dieu. Se convertir signifie se convertir à l’amour.
Déjà, dans l’Ancien Testament, on peut saisir la dynamique profonde de ce commandement, dans la relation d’alliance instaurée par Dieu avec Israël: d’une part, il y a l’initiative d’amour de Dieu, de l’autre, la réponse d’amour qu’il attend. Voilà par exemple comment est présentée l’initiative divine dans le livre du Deutéronome: «Si Yahvé s’est attaché à vous et vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples: car vous êtes le moins nombreux d’entre tous les peuples. Mais c’est par amour pour vous» (Dt 7, 7-8). A cet amour de prédilection, totalement gratuit, correspond le commandement fondamental, qui oriente toute la religiosité d’Israël: «Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur» (ibid., 6, 5).
2. Le Dieu qui aime est un Dieu qui ne reste pas au loin, mais qui in- tervient dans l’histoire. Lorsqu’il révèle son propre nom à Moïse, il le fait pour garantir son assistance aimante lors de l’événement salvifique de l’Exode, une assistance qui durera toujours (cf. Ex 3, 15). A travers les paroles des prophètes, il rappelera sans cesse à son peuple son geste d’amour. Nous lisons par exemple dans Jérémie: «Ainsi parle Yahvé: Il a trouvé grâce au désert, le peuple échappé à l’épée. Israël marche vers son repos. De loin Yahvé m’est apparu: D’un amour éternel je t’ai aimé, ainsi t’ai-je maintenu ma faveur» (Jr 31, 2-3).
Il s’agit d’un amour qui se manifeste par une immense tendresse (cf. Os 11, 8sq.; Jr 31, 20) et qui normalement repose sur l’image paternelle, mais qui s’exprime parfois également par la métaphore nuptiale: «Je te fiancerai à moi pour toujours; je te fiancerai dans la justice et dans le droit; dans la tendresse et la miséricorde» (Os 2, 21, cf. vv. 18-25).
Egalement après avoir enregistré dans son peuple des infidélités répétées à l’alliance, ce Dieu est encore disposé à offrir son amour, créant dans l’homme un cœur nouveau, qui le mette en mesure d’accueillir sans réserve la loi qui lui est donnée, comme nous le lisons dans le prophète Jérémie: «Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur» (Jr 31, 33). De même, on lit dans Ezéchiel: «Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair» (Ez 36, 26).
3. Le Nouveau Testament nous présente cette dynamique de l’amour centrée sur Jésus, Fils aimé du Père (cf. Jn 3, 35; 5, 20; 10, 17), qui se manifeste à travers lui. Les hommes participent à cet amour en connaissant le Fils, c’est-à-dire en accueillant son enseignement et son œuvre rédemptrice.
Il n’est pas possible d’accéder à l’amour du Père si ce n’est en imitant le Fils dans l’observance des commandements du Père: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour» (ibid., 15, 9-10). De cette façon, on participe également à la connaissance que le Fils a du Père: «Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître» (ibid., v. 15).
4. L’amour nous fait entrer pleine- ment dans la vie filiale de Jésus, en nous rendant fils dans le Fils: «Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu» (1 Jn 3, 1). L’amour transforme la vie et illumine également notre connaissance de Dieu, jusqu’à parvenir à cette connais- sance parfaite dont parle saint Paul: «A présent je connais d’une manière par- tielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu» (1 Co 13, 12).
Il faut souligner le rapport entre connaissance et amour. La conversion intime que le christianisme propose est une authentique expérience de Dieu, dans le sens indiqué par Jésus, au cours de la dernière Cène, dans la prière sacerdotale: «Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus-Christ» (Jn 17, 3). Certes, la connaissance de Dieu a également une dimension d’ordre intellectuel (cf. Rm 1, 19-20). Mais l’expérience vivante du Père et du Fils a lieu dans l’amour, c’est-à-dire, en dernière analyse, dans l’Esprit Saint, car «l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné» (Rm 5, 5).
Le Paraclet est Celui grâce auquel nous faisons l’expérience de l’amour paternel de Dieu. Et l’effet le plus réconfortant de sa présence en nous est précisément la certitude que cet amour éternel et démesuré avec lequel Dieu nous a aimés le premier, ne nous abandonnera jamais: «Qui nous séparera de l’amour du Christ? [...] Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur» (ibid., 8, 35.38-39). Le cœur nouveau, qui aime et connaît, bat en harmonie avec Dieu qui aime d’un amour éternel.

Jean Paul II: Le visage de Dieu le Père, aspiration de l’homme

9 janvier, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/1999/documents/hf_jp-ii_aud_13011999_fr.html

JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 13 Janvier 1999   

Le visage de Dieu le Père, aspiration de l’homme

1. «Tu nous a faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu’il ne repose pas en toi» (Conf. 1, 1). Cette célèbre affirmation, qui ouvre les Confessions de saint Augustin, exprime de façon tangible le besoin irrésistible qui pousse l’homme à chercher le visage de Dieu. C’est une expérience attestée par les diverses traditions religieuses. «Depuis les temps les plus reculés — dit le Concile — jusqu’à aujour-d’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore du Père» (Nostra aetate, n. 2).
En réalité, de nombreuses prières de la littérature religieuse universelle expriment la conviction que l’Etre suprême peut être perçu et invoqué comme un père, auquel on parvient à travers l’expérience de l’attention affectueuse reçue du père terrestre. C’est précisément cette relation qui a suscité dans certains courants de l’athéisme contemporain le soupçon que l’idée même de Dieu est la projection de l’image paternelle. Un soupçon qui est, en réalité, infondé.
Toutefois, il est vrai que, en partant de son expérience, l’homme est parfois tenté d’imaginer la divinité sous des traits anthropomorphiques qui reflètent trop le monde humain. La recherche de Dieu procède ainsi «à tâtons», comme le dit Paul dans le discours aux Athéniens (cf. Ac 17, 27). Il faut donc avoir à l’esprit ce clair-obscur de l’expérience religieuse, en ayant conscience que seule la pleine révélation, dans laquelle Dieu se manifeste, peut dissiper les ombres et les équivoques et faire resplendir la lumière.
2. A l’exemple de Paul, qui précisément dans le discours aux Athéniens cite un vers du poète Aratus sur l’origine de l’homme (cf. Ac 17, 28), l’Eglise considère avec respect les tentatives que les diverses religions accomplissent pour saisir le visage de Dieu, en distinguant dans leurs croyances ce qui est acceptable de ce qui est incompatible avec la révélation chrétienne.
Dans cette optique, on doit considérer comme une intuition religieuse positive la perception de Dieu comme Père universel du monde et des hommes. En revanche, on ne peut pas accepter l’idée d’une divinité dominée par l’arbitraire et le caprice. Chez les grecs antiques, par exemple, le Bien, en tant qu’être suprême et divin, était également appelé père, mais le dieu Zeus manifestait sa paternité aussi bien à travers la bienveillance que la colère et la cruauté. Dans l’Odyssée, on peut lire: «Père Zeus, aucun n’est plus funeste que toi parmi les dieux: tu n’as aucune pitié des hommes, après les avoir engendrés et abandonnés au malheur et à des douleurs pénibles» (XX, 201-203).
Toutefois, l’exigence d’un Dieu supérieur à l’arbitraire et au caprice est également présent chez les grecs antiques, comme en témoigne, par exemple, l’«Hymne à Zeus» du poète Cléante. L’idée d’un père divin, prêt au don généreux de la vie et attentif à pourvoir aux biens nécessaires à l’existence, mais également sévère et ayant recours aux châtiments, pas toujours pour une raison évidente, est liée dans les sociétés antiques à l’institution du patriarcat et en transfère la conception traditionnelle sur le plan religieux.
3. En Israël, la reconnaissance de la paternité de Dieu est progresssive et sans cesse menacée par la tentation de l’idôlatrie que les prophètes dénoncent avec force: «Ils disent au bois: “Tu es mon Père!” et à la pierre: “Toi, tu m’as enfanté!”» (Jr 2, 27). En réalité, pour l’expérience religieuse biblique, la perception de Dieu en tant que Père est liée, plus qu’à son action créatrice, à son intervention historico-salvifique, à travers laquelle il établit avec Israël une relation particulière d’alliance. Dieu se plaint souvent que son amour paternel n’a pas trouvé une réponse adaptée: «Yahvé parle. J’ai élevé des enfants, je les ai faits grandir, mais ils se sont révoltés contre moi» (Is 1, 2).
La paternité de Dieu apparaît à Israël plus solide que celle humaine: «Si mon Père et ma mère m’abandonnent, Yahvé m’accueillera» (Ps 27, 10). Le Psalmiste qui a éprouvé cette douloureuse expérience d’abandon, et qui a trouvé en Dieu un père plus attentif que le père terrestre, nous indique la voie qu’il a parcourue pour parvenir à ce but: «De toi mon cœur a dit: Cherche sa face. C’est ta face Yahvé, que je cherche» (Ps 27, 8). Rechercher le visage de Dieu est un chemin nécessaire, qui doit être parcouru avec un cœur sincère et un engagement constant. Seul le cœur du juste peut se réjouir en recherchant la face du Seigneur (cf. Ps 105, 3sq.) et le visage paternel de Dieu peut donc resplendir sur lui (cf. Ps 119, 135; cf. également 31, 17; 67, 2; 80, 4.8.20). En observant la loi divine, l’on jouit également pleinement de la protection du Dieu de l’Alliance. La bénédiction dont Dieu gratifie son peuple, à travers la médiation sacerdotale d’Aaron, insiste précisément sur cette révélation lumineuse du visage de Dieu: «Que Yahvé fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce! Que Yahvé te découvre sa face et t’apporte la paix!» (Nb 6, 25 sq.).
4. Depuis que Jésus est venu au monde, la recherche du visage de Dieu le Père a pris des proportions encore plus significatives. Dans son enseignement, Jésus, se fondant sur sa propre expérience de Fils, a confirmé la conception de Dieu comme père, qui est déjà définie dans l’Ancien Testament. Il l’a même constamment mise en évidence, il l’a vécue de façon intime et ineffable, et l’a proposée comme programme de vie pour celui qui veut obtenir le salut.
Jésus se présente surtout de façon absolument unique par rapport à la paternité divine, se manifestant comme «fils» et s’offrant comme l’unique voie pour parvenir au Père. A Philippe, qui lui demande: «Montre-nous le Père et cela nous suffit» (Jn 14, 8), il répond que le connaître, lui, signifie connaître le Père, car le Père, agit à travers lui (cf. Jn 14, 8-11). Donc, pour celui qui veut rencontrer le Père il est nécessaire de croire dans le Fils: à travers Lui, Dieu ne se limite pas à nous assurer une assistance paternelle attentive, mais il nous communique sa propre vie, en nous rendant «fils dans le Fils». C’est ce que souligne l’Apôtre Jean, avec une reconnaissance émue: «Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu; Et nous le sommes!» (1 Jn 3, 1).  

Message Urbi et Orbi – 25 décembre 2001: 1. « Le Christ est notre paix »,

23 décembre, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/messages/urbi/documents/hf_jp-ii_mes_20011225_urbi_fr.html

MESSAGE URBI ET ORBI

25 DÉCEMBRE 2001

(Jean Paul II) 

1. « Le Christ est notre paix »,
« C’est lui, le Christ, qui est notre paix :
des deux, … il a fait un seul peuple » (Ep 2, 14).
À l’aube du nouveau millénaire
qui avait commencé avec tant d’espérances,
mais qui est aujourd’hui menacé par de sombres nuages
de violence et de guerre,
la parole de l’Apôtre Paul,
que nous entendons en ce Noël,
est un rayon de vive lumière,
un cri de confiance et d’optimisme.
L’enfant divin né à Bethléem
nous apporte en ses petites mains
le secret de la paix pour l’humanité.
C’est lui le Prince de la paix !
Voici la joyeuse nouvelle qui a retenti cette nuit-là à Bethléem
et que je veux redire au monde
en ce jour béni.
Écoutons de nouveau les paroles de l’ange :
« Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle,
une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David.
Il est le Messie, le Seigneur » (Lc 2, 10-11).
Aujourd’hui l’Église se fait l’écho des anges
et proclame leur message extraordinaire,
qui surprit en tout premier lieu les bergers
sur les hauteurs de Bethléem.
2. « Le Christ est notre paix » !
le Christ, « enfant emmailloté
et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12),
c’est vraiment lui qui est notre paix.
Un nouveau-né sans défense dans l’humilité d’une grotte
rend sa dignité à toute vie qui naît,
il donne l’espérance à ceux qui sont écrasés par le doute et le découragement.
Il est venu guérir les blessés de la vie
et redonner un sens même à la mort.
En cet enfant, doux et sans défense,
qui gémit dans une grotte froide et nue,
Dieu a détruit le péché
et il a déposé le germe d’une humanité nouvelle,
appelée à porter à son achèvement
le dessein originel de la création
et à le transcender par la grâce de la Rédemption.
3. « Le Christ est notre paix » !
Hommes et femmes du troisième millénaire,
vous qui avez faim de justice et de paix,
accueillez le message de Noël,
qui se répand aujourd’hui dans le monde !
Jésus est né pour raffermir les liens
entres les personnes et entre les peuples,
pour faire de tous, en lui, des frères.
Il est venu pour faire « tomber ce qui les séparait, le mur de la haine » (Ep 2, 14)
et pour faire de l’humanité une unique famille.
Oui, avec assurance nous pouvons affirmer :
Aujourd’hui avec le Verbe Incarné la paix est née !
Paix qu’il faut implorer,
parce que Dieu seul en est l’auteur et le garant.
Paix qu’il faut construire
dans un monde où peuples et nations,
éprouvés par des difficultés nombreuses et diverses,
espèrent en une humanité
mondialisée non seulement par des intérêts économiques,
mais par l’effort constant
d’une convivialité plus juste et plus solidaire.
4. Hâtons-nous, comme les bergers, à Bethléem,
tenons-nous en adoration dans la grotte,
fixant le regard sur le Rédempteur nouveau-né !
En lui nous pouvons reconnaître les traits
de chaque petit être humain qui vient à la lumière,
quelles que soient la race et la nation auxquelles il appartient:
c’est le petit Palestinien et le petit Israélien ;
c’est l’enfant des États-Unis et l’enfant d’Afghanistan ;
c’est le fils du Hutu et le fils du Tutsi…
C’est donc tout enfant, qui pour le Christ est quelqu’un.
Aujourd’hui, ma pensée se tourne vers tous les enfants du monde :
nombreux, trop nombreux sont les enfants
qui dès leur naissance sont condamnés sans faute de leur part
à souffrir des conséquences de conflits inhumains.
Sauvons les enfants
pour sauver l’espérance de l’humanité !
Celui qui nous le demande aujourd’hui avec force,
c’est cet enfant né à Bethléem,
le Dieu qui s’est fait homme
pour nous redonner le droit d’espérer.
5. Nous implorons du Christ le don de la paix
pour tous ceux qui sont éprouvés par des conflits anciens ou nouveaux.
Tous les jours, je porte en mon cœur
les problèmes dramatiques de la Terre sainte;
tous les jours, je pense avec appréhension
à tous ceux qui meurent de froid et de faim;
tous les jours me parvient
le cri plein de tristesse de ceux qui,
dans de nombreuses parties du monde,
invoquent une plus équitable répartition des ressources
et un travail dignement rétribué pour tous.
Que personne ne cesse d’espérer
dans la puissance de l’amour de Dieu !
Que le Christ soit la lumière et le soutien
de ceux qui croient et qui agissent, parfois à contre-courant,
pour la rencontre, le dialogue et la coopération
entre les cultures et entre les religions !
Que le Christ guide dans la paix les pas
de ceux qui s’engagent inlassablement
pour le progrès des sciences et des techniques !
Que jamais ces grands dons de Dieu ne soient utilisés
contre le respect et la promotion de la dignité humaine !
Que jamais le saint Nom de Dieu ne soit utilisé
pour justifier la haine !
Que jamais on ne se fasse une raison de l’intolérance et de la violence !
Puisse le doux visage de l’enfant de Bethléem
rappeler à tous que nous n’avons qu’un seul Père !
6. « Le Christ est notre paix » !
Frères et sœurs qui m’écoutez,
ouvrez votre cœur à ce message de paix,
ouvrez-le au Christ, Fils de la Vierge Marie,
à Celui qui s’est fait « notre paix » !
Ouvrez-le à Celui qui ne nous enlève rien, sinon le péché,
et qui nous donne en échange la plénitude
de l’humanité et de la joie.
Et toi, adorable Enfant de Bethléem,
porte la paix à toute famille et à toute ville,
à toute nation et à tout continent.
Viens, Dieu fait homme !
Viens et sois le cœur d’un monde renouvelé par l’amour !
Viens là où les destinées de l’humanité
sont le plus menacées !
Viens, ne tarde pas !
Tu es « notre paix » (Ep 2, 14) !

Jean Paul II: Psaume 84 : Notre salut est proche (2002)

12 juin, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/2002/documents/hf_jp-ii_aud_20020925_fr.html

AUDIENCE GÉNÉRALE DE JEAN-PAUL II

Mercredi 25 septembre 2002 

Psaume 84 : Notre salut est proche

1. Le Psaume 84 que nous venons de proclamer est un chant joyeux et rempli d’espérance dans l’avenir du salut. Il reflète le moment exaltant du retour d’Israël sur la terre des pères après l’exil babylonien. La vie nationale recommence dans ce foyer bien-aimé, qui avait été éteint et détruit lors de la conquête de Jérusalem par les armées du roi Nabuchodonosor en 586 av. J.-C.

En effet, dans l’original hébreu du Psaume, on entend résonner de façon répétée le verbe shûb, qui indique le retour des déportés, mais qui signifie également un « retour » spirituel, c’est-à-dire la « conversion ». La renaissance ne concerne donc pas seulement la nation, mais également la communauté des fidèles, qui avaient ressenti l’exil comme une punition pour les péchés commis et voyaient à présent le retour dans leur patrie et la nouvelle liberté comme une bénédiction divine, due à la conversion qui avait eu lieu.

2. Le Psaume peut être suivi dans son déroulement selon deux étapes fondamentales. La première est rythmée par le thème du « retour », qui comprend toutes les interprétations que nous avons mentionnées.

On célèbre tout d’abord le retour physique d’Israël: « Yahvé…, tu fais revenir les captifs de Jacob » (v. 2); « Fais-nous revenir, Dieu de notre salut… Ne reviendras-tu pas nous vivifier? » (vv. 5-7). Il s’agit d’un don précieux de Dieu, qui se soucie de libérer ses fils de l’oppression et qui s’engage pour leur prospérité. « Tu aimes en effet tout ce qui existe… Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie » (cf. Sg 11, 24-26).

Mais, à côté de ce « retour », qui réunit de façon concrète ceux qui sont dispersés, il y a un autre « retour » plus intérieur et spirituel. Le Psalmiste lui laisse une grande place, en lui attribuant une importance particulière, qui vaut non seulement pour l’antique Israël, mais pour les fidèles de tous les temps.

3. Le Seigneur agit de façon active dans ce « retour », révélant son amour en pardonnant l’iniquité de son peuple, en effaçant tous ses péchés, en retirant son emportement, en mettant fin à sa colère (cf. Ps 84, 3-4).

C’est précisément la libération du mal, le pardon des fautes, la purification des péchés qui créent le nouveau Peuple de Dieu. Cela est exprimé à travers une invocation, qui est également entrée dans la liturgie chrétienne: « Fais-nous voir, Yahvé, ton amour, que nous soit donné ton salut » (v. 8).

Mais à ce « retour » de Dieu qui pardonne doit correspondre le « retour », c’est-à-dire la conversion, de l’homme qui se repent. En effet, le Psaume déclare que la paix et le salut sont offerts à « qui revient à lui de tout son coeur » (v. 9). Celui qui se place de façon décidée sur la voie de la sainteté reçoit les dons de la joie, de la liberté et de la paix.

On sait que, souvent, les termes bibliques concernant le péché évoquent le fait de se tromper de route, de manquer l’objectif, de dévier du droit chemin. La conversion est précisément un « retour » sur la voie linéaire qui conduit à la maison du Père, qui nous attend pour nous embrasser, nous pardonner et nous rendre heureux (cf. Lc 15, 11-32).

4. Nous arrivons ainsi à la deuxième partie du Psaume (cf. Ps 84, 10-14), si chère à la tradition chrétienne. On y décrit un monde nouveau, dans lequel l’amour de Dieu et sa fidélité, comme s’il s’agissait de personnes, s’embrassent; de même, la justice et la paix s’embrassent elles aussi lorsqu’elles se rencontrent. La vérité germe comme lors d’un nouveau printemps et la justice, qui pour la Bible est également salut et sainteté, se présente dans le ciel pour entamer son chemin au milieu de l’humanité.

Toutes les vertus, auparavant chassées de la terre en raison du péché, rentrent à présent dans l’histoire et, en s’entrecroisant, dessinent la carte d’un monde de paix. Miséricorde, vérité, justice et paix deviennent comme les quatre points cardinaux de cette géographie de l’esprit. Isaïe chante lui aussi: « Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s’ouvre et produise le salut, qu’elle fasse germer en même temps la justice. C’est moi, Yahvé, qui ait créé cela » (Is 45, 8).

5. Les paroles du Psalmiste, déjà au II siècle avec saint Irénée de Lyon, ont été lues comme une annonce de l’ »engendrement du Christ par la Vierge » (Adversus haereses, III, 5, 1). La venue du Christ est, en effet, la source de la miséricorde, l’éclosion de la vérité, la floraison de la justice, la splendeur de la paix.

C’est pourquoi le Psaume, en particulier dans sa partie finale, est relu en liaison avec la nativité par la tradition chrétienne. Voilà comment l’interprète saint Augustin, dans l’un de ses discours pour Noël. Laissons-le conclure notre réflexion. «  »La vérité a germé de la terre »: le Christ, qui a dit: « Je suis la vérité » (Jn 14, 6) est né d’une Vierge. « Et des cieux se penche la justice »: celui qui croit en celui qui est né ne se justifie pas lui-même, mais est justifié par Dieu. « La vérité a germé de la terre »: car « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14). « Et des cieux se penche la justice »: car « tout don excellent, toute donation parfaite, vient d’en-haut » (Jc 1, 17). « La vérité a germé de la terre », c’est-à-dire qu’elle a pris corps de Marie. « Et des cieux se penche la justice »: car « Un homme ne peut rien recevoir, si cela ne lui a été donné du ciel » (Jn 3, 27) » (Discours, IV/1, Rome 1984, p. 11).

***

J’accueille cordialement les pèlerins francophones, en particulier les membres de la section aquitaine de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale, l’Association «Science-Philosophie-Théologie» de Paris, ainsi que le groupe Saint-Vincent-de-Paul, de Canteleu. Que le Christ Sauveur féconde les efforts de tous les artisans de paix et qu’il les aide à rechercher sans se lasser le Royaume de Dieu et sa justice.
 

Jean Paul II (2000): Is 40, 22-26 (Que toutes ses oeuvres sont aimables…)

20 mai, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/2000/documents/hf_jp-ii_aud_20000126_fr.html

JEAN-PAUL II 

AUDIENCE GÉNÉRALE 

Mercredi 26 Janvier 2000 

Lecture:  Is 40, 22-26

(Que toutes ses oeuvres sont aimables…)

1. « Que toutes ses oeuvres sont aimables, comme une étincelle qu’on pourrait contempler [...] il n’a rien fait de déficient [...] Qui pourrait se lasser de contempler sa gloire? Nous pourrions nous étendre sans épuiser le sujet; en un mot:  Il est toutes choses. Où trouver la force de le glorifier? Car il est le Grand, au-dessus de toutes ses oeuvres » (Si 42, 22.24-25; 43, 27-28). A travers ces paroles pleines d’émerveillement, un sage biblique, le Siracide, se tenait face à la splendeur de la création, en chantant les louanges de Dieu. Il s’agit d’une petite partie de l’itinéraire de contemplation et de méditation qui parcourt toutes les Ecritures Saintes, à partir des premières lignes de la Genèse, lorsque dans le silence du néant naissent les créatures, convoquées par la Parole forte du Créateur.

« Dieu dit:  « Que la lumière soit » et la lumière fut » (Gn 1, 3). Déjà dans cette partie du premier récit de la création, on voit à l’action la Parole de Dieu, dont Jean dira:  « Au commencement était le Verbe [...] et le Verbe était Dieu [...] Tout fut fait par lui et sans lui rien ne fut » (Jn 1, 1.3). Paul répétera dans l’hymne de l’Epître aux Colossiens que « c’est en lui [le Christ] qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui » (Col 1, 16-17). Mais à l’instant initial de la création, l’Esprit apparaît lui aussi dissimulé:  « Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux » (Gn 1, 2). Nous pouvons dire avec la tradition chrétienne que la gloire de Dieu resplendit dans la création ».

2. En effet, il est possible, à la lumière de la Révélation, de voir comment l’acte de création est lié avant tout au « Père des lumières, chez qui n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation » (Jc 1, 17). Il resplendit sur tout l’horizon, comme le chante le Psalmiste:  « Yahvé, notre Seigneur, qu’il est puissant ton nom par toute la terre! Lui qui redit ta majesté plus haute que les cieux » (Ps 8, 2). Avec Dieu « le monde est stable, point ne bronchera » (Ps 96 [95] 10) et face au néant, représenté de façon symbolique par les eaux tumultueuses qui déchaînent leur voix, le Créateur s’élève en apportant consistance et sécurité:  « Les fleuves déchaînent, ô Yahvé, les fleuves déchaînent leur voix, les fleuves déchaînent leur tracas; plus que la voix des eaux innombrables, plus superbe que le ressac de la mer, superbe est Yahvé dans les hauteurs » (Ps 93, 3-4).

3. Dans l’Ecriture Sainte, la création est souvent liée également à la Parole divine qui fait irruption et agit:  « Par la parole de Yahvé les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, toute leur armée [...] Il parle et cela est, il commande et cela existe [...] Il envoie son verbe sur la terre, rapide court sa parole » (Ps 33 [32], 6.9.; 147 [146], 15). Dans les livres sapientiaux de l’Ancien Testament, c’est la Sagesse divine personnifiée qui donne origine à l’univers en réalisant le projet de l’esprit de Dieu (cf. Pr 8, 22-31). On a dit que Jean et Paul dans la parole et dans la Sagesse de Dieu verront l’annonce de l’action du Christ « par qui tout existe et par qui nous sommes » (1 Co 8, 6), car c’est « par lui aussi [que Dieu] a fait les siècles » (He 1, 2).

4. Enfin, d’autres fois, l’Ecriture souligne le rôle de l’Esprit de Dieu dans l’acte de création:  « Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre » (Ps 104 [103], 30). Le même Esprit est représenté de façon symbolique par le souffle de la bouche de Dieu.  Il donne vie et conscience à l’homme (cf. Gn 2, 7) et le reporte à la vie dans la résurrection, comme l’annonce le prophète Ezéchiel dans une page suggestive, où l’Esprit est à l’oeuvre en faisant revivre des ossements désormais desséchés (cf. 37, 1-14). Le même esprit domine les eaux de la mer dans l’exode d’Israël de l’Egypte (cf. Ez 15, 8.10). C’est encore l’Esprit qui régénère la créature humaine, comme le dira Jésus dans le dialogue nocturne avec Nicodème:  « En vérité, en vérité, je te le dis:  à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn 3, 5-6).

5. Et bien, face à la gloire de la Trinité dans la création, l’homme doit contempler, chanter, retrouver l’émerveillement. Dans la société contemporaine, l’on devient aride « non pas par manque de merveilles, mais par manque d’émerveillement » (G.K. Chesterton). Pour le croyant, contempler le créé est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse, comme nous le suggère le « Psaume du soleil »:  « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’oeuvre de ses mains, le firmament l’annonce; le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit transmet la connaissance. Non point récit, non point langage, nulle voix qu’on puisse entendre, mais pour toute la terre en ressortent les lignes et les mots jusqu’aux limites du monde » (Ps 19 [18], 2-5).

La nature devient alors un Evangile qui nous parle de Dieu:  « La grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur » (Sg 13, 5). Paul nous enseigne que « ce qu’il a d’invisible [Dieu] depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses oeuvres, son éternelle puissance et sa divinité » (Rm 1, 20). Mais cette capacité de contemplation et de connaissance, cette découverte d’une présence transcendante dans le créé doit nous conduire également à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liées à partir de notre création même (cf. Gn 2, 7). C’est précisément cet objectif que l’Ancien Testament souhaitait pour le Jubilé juif, alors que la terre reposait et que l’homme recueillait ce que la campagne lui offrait spontanément (cf. Lv 25, 11-12). Si la nature n’est pas violée et humiliée, elle redevient une soeur pour l’homme.

                                                                       * * *

De France:  Groupe de pèlerins de Marseille et de Strasbourg; groupe de militaires de Corse.
Du Liban:  Groupe de pèlerins.

Salut en langue française:

Chers Frères et Sœurs,

Nous sommes invités à contempler la gloire de la Trinité qui resplendit dans la création. Ainsi, l’acte créateur est avant tout celui du « Père des lumières, chez qui n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation » (Jc 1, 17). D’autre part, l’Ecriture relie souvent la création à la Parole divine qui fait irruption et qui agit. Par ailleurs, elle souligne aussi le rôle de l’Esprit de Dieu qui est souffle de vie.

Face à la gloire de la Trinité dans la création, l’homme est invité à contempler, à chanter, à s’émerveiller. Pour le croyant, contempler le créé, c’est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse. La nature devient alors un évangile qui nous parle de Dieu. La capacité de contemplation et de connaissance, la découverte d’une présence transcendante dans le créé, doivent nous conduire à redécouvrir notre fraternité avec la terre, à laquelle nous sommes liés depuis notre propre création. Si la nature n’est pas violentée et humiliée, elle redevient une sœur pour l’homme.

Je suis heureux d’accueillir les personnes de langue française présentes ce matin. Que votre pèlerinage jubilaire vous permette de vous émerveiller toujours plus devant les œuvres de Dieu et de lui rendre grâce de tout votre être ! A tous je donne de grand cœur la Bénédiction apostolique. 

Jean Paul II, dimanche des Rameaux 2002: « Pueri Hebraeorum, portantes ramos olivarum… »

27 mars, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/2002/documents/hf_jp-ii_hom_20020324_palm-sunday_fr.html

CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX
ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR

HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II

24 mars 2002
XVIIème Journée Mondiale de la Jeunesse

1. « Pueri Hebraeorum, portantes ramos olivarum…

Les jeunes juifs, portant des rameaux d’olivier, / allèrent à la rencontre du Seigneur ».

Voilà ce que chante l’antienne liturgique, qui accompagne la procession solennelle des rameaux d’olivier et de palmier en ce dimanche, précisément appelé des Rameaux et de la Passion du Seigneur. Nous avons revécu les événements de ce jour-là:  au milieu d’une foule en liesse rassemblée autour de Jésus, qui entrait à Jérusalem sur un ânon, les jeunes étaient très nombreux. Quelques pharisiens auraient voulu que Jésus les fasse taire, mais Il répondit  que, s’ils s’étaient tus, les pierres auraient crié (cf. Lc 19, 39-40).

Aujourd’hui aussi, grâce à Dieu, les jeunes se trouvent en grand nombre ici, sur la Place Saint-Pierre. Les « jeunes juifs » sont devenus des jeunes garçons et des jeunes filles de tout pays, langue et culture. Bienvenus, très chers amis! J’adresse mon salut le plus cordial à chacun de vous. Le rendez-vous d’aujourd’hui nous projette vers la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse, qui se déroulera à Toronto, ville canadienne parmi les plus cosmopolites du monde. C’est là que se trouve la Croix des Jeunes qu’il y a un an, à l’occasion du Dimanche des Rameaux, les jeunes italiens remirent à leurs camarades canadiens.

2. La Croix se trouve au centre de la liturgie d’aujourd’hui. Très chers jeunes, par votre participation attentive et enthousiaste à cette célébration solennelle, vous montrez que vous n’avez pas honte de la Croix. Vous ne craignez pas la Croix du Christ. Au contraire, vous l’aimez et vous la vénérez, car elle est le signe du Rédempteur, mort et ressuscité pour nous. Celui qui croit en Jésus crucifié et ressuscité porte la Croix en triomphe, comme preuve indubitable que Dieu est amour. A travers le don total de soi, précisément à travers la Croix, notre Sauveur a définitivement vaincu le péché et la mort. C’est pourquoi nous acclamons le coeur en fête:  « Gloire et louange à Toi, ô Christ, qui à travers ta Croix as racheté le monde! ».

3. « Pour nous le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, / et à la mort sur la croix. / C’est pourquoi Dieu l’a exalté / et lui a donné le nom qui est au-dessus de tous les noms » (Acclamation lors de la lecture de l’Evangile).

Avec ces paroles de l’Apôtre Paul, qui avaient déjà retenti lors de la deuxième lecture, nous venons d’élever notre acclamation avant le début du récit de la Passion. Elles expriment notre foi:  la foi de l’Eglise.

La foi dans le Christ n’est cependant jamais quelque chose qui va de soi. La lecture de sa Passion nous met face au Christ, vivant dans l’Eglise. Le mystère pascal, que nous revivrons au cours des journées de la Semaine sainte, est toujours actuel. Nous sommes aujourd’hui les contemporains du Seigneur et, comme les habitants de Jérusalem, comme les disciples et les femmes, nous sommes appelés à décider si nous voulons rester avec Lui ou fuir, ou demeurer de simples spectateurs de sa mort.

Chaque année, lors de la Semaine sainte, s’ouvre à nouveau la grande scène où se joue le drame définitif, non seulement pour une génération, mais pour l’humanité tout entière et pour chaque personne.

4. Le récit de la Passion met en lumière la fidélité du Christ, en contraste avec l’infidélité humaine. A l’heure de l’épreuve, alors que tous, y compris les disciples et même Pierre, abandonnent Jésus (cf. Mt 26, 56), Il reste fidèle, prêt à verser son sang pour mener à bien la mission  qui  lui  a été confiée par le Père. A ses côtés, Marie souffre en silence.

Chers jeunes! Tirez une leçon de Jésus et de sa Mère, qui est aussi la nôtre. La véritable force de l’homme se révèle dans la fidélité avec laquelle il est capable de rendre témoignage de la vérité, en résistant aux flatteries et aux menaces, aux incompréhensions et aux chantages, et même à la persécution dure et impitoyable. Voilà la route sur laquelle notre Rédempteur nous appelle à le suivre.

Ce n’est que si vous êtes disposés à faire cela, que vous deviendrez ce que Jésus attend de vous, c’est-à-dire « sel de la terre » et « lumière du monde » (Mt 5, 13-14). Tel est précisément, comme vous le savez, le thème de la prochaine Journée mondiale de la Jeunesse. L’image du sel « nous rappelle que, par le Baptême, tout notre être a été profondément transformé, parce qu’il a été « assaisonné » par la vie nouvelle qui vient du Christ (cf. Rm 6, 4) » (Message pour la XVIIème Journée mondiale de la Jeunesse, n. 2).

Chers jeunes, ne perdez pas votre saveur de chrétiens, la saveur de l’Evangile! Gardez-la  vivante,  en méditant constamment le mystère pascal:  que la Croix soit votre école de sagesse. Ne vous vantez de rien d’autre, si ce n’est de cette sublime chaire de vérité et d’amour.

5. La liturgie nous invite à monter vers Jérusalem avec Jésus acclamé par les jeunes juifs. Dans peu de temps, Il « devra souffrir et ressusciter d’entre les morts le troisième jour » (cf. Lc 24, 46). Saint Paul nous a rappelé que Jésus « s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave » (Ph 2, 7) afin d’obtenir pour nous la grâce de la filiation divine. C’est de là que naît la source véritable de la paix et de la joie pour chacun de nous! C’est là que se trouve le secret de la joie pascale, qui naît du tourment de la Passion.

Chers jeunes amis, je souhaite que chacun de vous prenne part à cette joie. Celui que vous avez choisi comme Maître, n’est pas un marchand d’illusions, il n’est pas un puissant de ce monde, ni un calculateur astucieux et habile. Vous connaissez celui que vous avez choisi de suivre:  c’est le Crucifié ressuscité! Le Christ mort pour vous, le Christ ressuscité pour vous.

Et je vous assure que vous ne serez pas déçus. Personne d’autre, en dehors de Lui, ne peut en effet vous donner cet amour, cette paix et cette vie éternelle à laquelle aspire profondément votre coeur. Bienheureux, êtes-vous, vous les jeunes, si vous devenez de fidèles disciples du Christ! Bienheureux êtes-vous si, en toute circonstance, vous êtes disposés à témoigner que cet homme est véritablement le Fils de Dieu (cf. Mt 27, 39).

Que vous guide et vous accompagne Marie, Mère du Verbe incarné, prête à intercéder pour chaque homme qui vient sur la face de la terre.

19 MAR, SAINT JOSEPH (s) EXHORTATION APOSTOLIQUE « REDEMPTORIS CUSTOS » (JEAN PAUL II)

18 mars, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_exhortations/documents/hf_jp-ii_exh_15081989_redemptoris-custos_fr.html

EXHORTATION APOSTOLIQUE
REDEMPTORIS CUSTOS
DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II
SUR LA FIGURE ET LA MISSION
DE SAINT JOSEPH
DANS LA VIE DU CHRIST
ET DE L’ÉGLISE

Aux évêques
Aux prêtres et aux diacres
Aux religieux et religieuses
A tous les fidèles laïcs

INTRODUCTION

1. Appelé à veiller sur le Rédempteur, «Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui son épouse » (Mt 1, 24).

Dès les premiers siècles, les Pères de l’Eglise, s’inspirant de l’Evangile, ont bien montré que; de même que saint Joseph a pris un soin affectueux de Marie et s’est consacré avec joie à l’éducation de Jésus Christ (1), de même il est le gardien et le protecteur de son Corps mystique, l’Eglise, dont la Vierge sainte est la figure et le modèle.

En ce centenaire de la publication de l’encyclique Quamquam pluries du pape Léon XIII (2) et dans la ligne de la vénération multi-séculaire pour saint Joseph, je désire proposer à votre méditation, chers Frères et Soeurs, quelques réflexions sur celui à qui Dieu « confia la garde de ses trésors les plus précieux » (3). C’est avec joie que j’accomplis ce devoir pastoral afin que grandissent en tous la dévotion envers le Patron de l’Eglise universelle et l’amour pour le Rédempteur qu’il a servi de façon exemplaire.

Ainsi, non seulement le peuple chrétien tout entier recourra avec plus de ferveur à saint Joseph et invoquera avec confiance son patronage, mais il aura toujours sous les yeux sa manière humble et sage de servir et de « participer » à l’économie du salut.(4)

J’estime en effet qu’une réflexion renouvelée sur la participation de l’Epoux de Marie au mystère divin permettra à l’Eglise, en marche vers l’avenir avec toute l’humanité, de retrouver sans cesse son identité dans le cadre du dessein rédempteur, qui a son fondement dans le mystère de l’Incarnation.

Joseph de Nazareth a précisément « participé » à ce mystère plus qu’aucune autre personne en dehors de Marie, la Mère du Verbe incarné. Il y a participé avec elle, entraîne dans la réalité du même événement salvifique, et il a été le dépositaire du même amour, par la puissance duquel le Père éternel « nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ » (Ep 1, 5).

I
LE CONTEXTE ÉVANGÉLIQUE

Le mariage avec Marie

2. « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 20-21).

Ces paroles contiennent le noyau central de la vérité biblique sur saint Joseph, sur le moment de son existence auquel se référent en particulier les Pères de l’Eglise.

L’évangéliste Matthieu explique la signification de ce moment, en précisant comment Joseph l’a vécu. Mais pour comprendre pleinement son contenu et son contexte, il est important d’avoir présent à l’esprit le passage parallèle de l’Evangile de Luc. En effet, en référence au verset qui dit « Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint » (Mt 1, 18), l’origine de la maternité de Marie « par le fait de l’Esprit Saint » est décrite de façon plus détaillée et plus explicite dans ce que nous lisons en Luc à propos de l’annonce de la naissance de Jésus: « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David; cette jeune fille s’appelait Marie» (Lc 1, 26-27). Les paroles de l’ange: « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28) provoquèrent un trouble intérieur en Marie et l’amenèrent aussi à réfléchir. Le messager tranquillise alors la Vierge et en même temps lui révèle le dessein spécial de Dieu sur elle: « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père » (Lc 1, 30-32).

Peu auparavant, l’évangéliste avait affirmé qu’au moment de l’Annonciation, Marie était « accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ». La nature de ce « mariage » est expliquée indirectement lorsque Marie, après avoir entendu ce que le messager avait dit de la naissance d’un fils, demande: « Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge » (Lc 1, 34). Alors lui parvient cette réponse: « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 35). Marie, tout en étant déjà « mariée » avec Joseph, restera vierge, car l’enfant conçu en elle dés l’Annonciation était conçu par le fait de l’Esprit Saint.

Sur ce point, le texte de Luc coïncide avec celui de Matthieu 1, 18 et sert à expliquer ce que nous y lisons. Si, après le mariage avec Joseph, Marie « se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint », ce fait correspond à tout ce que comporte l’Annonciation, en particulier aux. dernières paroles prononcées par Marie: « Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit (Lc 1, 38). Répondant au clair dessein de Dieu, Marie, au fur et à mesure que s’écoulent les jours et les semaines, se présente devant les gens et devant Joseph comme « enceinte », comme celle qui doit enfanter et qui porte en elle le mystère de la maternité.

3. En de telles circonstances, « Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier secrètement » (Mt 1, 19). Il ne savait pas quelle attitude adopter devant cette « étonnante » maternité de Marie. Il cherchait évidemment une réponse à la question qui l’inquiétait, mais surtout il cherchait une issue à cette situation difficile pour lui. Alors qu’il « avait formé ce projet, voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit: «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés» » (Mt 1, 20-21).

Il y a une analogie étroite entre « l’annonciation » du texte de Matthieu et celle du texte de Luc. Le messager divin introduit Joseph dans le mystère de la maternité de Marie. Celle qui est son « épouse » selon la loi, tout en restant vierge, est devenue mère par le fait de l’Esprit Saint. Et quand le Fils que Marie porte en son sein viendra au monde, il devra recevoir le nom de Jésus. C’était là un nom connu parmi les Israélites, et on le donnait parfois aux enfants. Mais ici il s’agit du Fils qui – selon la promesse divine – accomplira pleinement la signification de ce nom: Jésus, Yehošua’, qui veut dire Dieu sauve.

Le messager s’adresse à Joseph en tant qu’ « époux de Marie », celui qui, le moment venu, devra donner ce nom au Fils qui naîtra de la Vierge de Nazareth qui l’a épousé. Il s’adresse donc à Joseph en lui confiant les devoirs d’un Père terrestre à l’égard du Fils de Marie. « A son réveil, Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui son épouse » (Mt 1, 24). Il la prit avec tout le mystère de sa maternité, il la prit avec le Fils qui devait venir au monde par le fait de l’Esprit Saint: il manifesta ainsi une disponibilité de volonté semblable à celle de Marie à l’égard de ce que Dieu lui demandait par son messager.

II
LE DÉPOSITAIRE DU MYSTÈRE DE DIEU

4. Lorsque Marie, peu après l’Annonciation, se rendit dans la maison de Zacharie pour rendre visite à sa parente Elisabeth, elle entendit, au moment où elle la saluait, les paroles prononcées par Elisabeth « remplie de l’Esprit Saint » (Lc 1, 41). Après la parole qui rejoignait la salutation de l’Ange de l’Annonciation, Elisabeth dit: « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1, 45). Ces paroles ont été le fil conducteur de l’encyclique Redemptoris Mater par laquelle j’ai voulu approfondir l’enseignement du Concile Vatican II qui déclare: « La bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la Croix », (5) « précédant » (6) tous ceux qui, par la foi, suivent le Christ.

Or, au début de ce pèlerinage, la foi de Marie rencontre la foi de Joseph. Si Elisabeth a dit de la Mère du Rédempteur: « Bienheureuse celle qui a cru », on peut en un sens attribuer aussi cette béatitude à Joseph, car il a répondu affirmativement à la Parole de Dieu quand elle lui a été transmise en ce moment décisif. Joseph, il est vrai, n’a pas répondu à l’ « annonce » de l’Ange comme Marie, mais il « fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui šon épouse ». Ce qu’il fit est pure « obéissance de la foi » (cf. Rm 1, 5; 16, 26; 2 Co 10, 5-6).

On peut dire que ce que fit Joseph l’unit d’une manière toute spéciale à la foi de Marie: il accepta comme une vérité venant de Dieu ce qu’ elle avait déjà accepté lors de l’Annonciation. Le Concile dit: « A Dieu qui révèle est due «l’obéissance de la foi» par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu dans «un complet hommage d’intelligence et de volonté à Dieu qui révèle» et dans un assentiment volontaire à la révélation qu’il fait ». (7) Cette phrase, qui touche à l’essence même de la foi, s’applique parfaitement à Joseph de Nazareth.

5. Il devint donc d’une façon singulière le dépositaire du mystère « tenu caché depuis les siècles en Dieu » (cf. Ep 3, 9), de même que Marie le devint, en ce moment décisif appelé par l’Apôtre « la plénitude du temps », lorsque « Dieu envoya son Fils, ne d’une femme », afin de « racheter les sujets de la Loi », pour « leur conférer l’adoption filiale » (cf. Ga 4, 4-5). « Il a plu à Dieu – dit le Concile – dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep 1, 9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine (cf. Ep 2, 18; 2 P 1, 4) ». (8)

Joseph est, avec Marie, le premier dépositaire de ce mystère divin. En même temps que Marie – et aussi en rapport avec Marie – il participe à la phase culminante de cette révélation que Dieu fait de lui-même dans le Christ, et il y participe dès le premier commencement. En ayant devant les yeux le texte des deux évangélistes Matthieu et Luc on peut dire également que Joseph est le premier à participer à la foi de la Mère de Dieu, et qu’ainsi il soutient son épouse dans la foi à l’Annonciation divine. Il est aussi celui qui est plan le premier par Dieu sur le chemin du « pèlerinage de foi » sur lequel Marie – surtout à partir du Calvaire et de la Pentecôte – sera la première d’une manière parfaite. (9)

6. Le chemin personnel de Joseph, son pèlerinage de foi se conclura le premier, c’est-à-dire avant que Marie ne se tienne au pied de la Croix sur le Golgotha et avant que, le Christ étant retourné vers son Père, elle ne se retrouve au Cénacle de la Pentecôte le jour où fut manifestée au monde l’Eglise, née de la puissance de l’Esprit de vérité. Cependant, le chemin de foi de Joseph suit la même direction, il reste totalement déterminé par le même mystère dont il était, avec, Marie, devenu le premier dépositaire. L’Incarnation et la Rédemption constituent une unité organique et indissoluble dans laquelle « l’économie de la Révélation comprend des événements et des paroles intimement unis entre eux. » (10) En raison de cette unité précisément, le Pape Jean XXIII, qui avait une grande dévotion envers saint Joseph, décida que dans le canon romain de la messe, mémorial perpétuel de la Rédemption, son nom serait ajouté à cote de celui de Marie, avant les Apôtres, les Souverains Pontifes et les Martyrs. (11)

Le service de la paternité

7. Comme il résulte des textes évangéliques, le mariage de Marie est le fondement juridique de la paternité de Joseph. C’est pour assurer une présence paternelle auprès de Jésus que Dieu choisit Joseph comme époux de Marie. Il s’ensuit que la paternité de Joseph – relation qui le place le plus près possible du Christ, fin de toute élection et de toute prédestination (cf. Rm 8, 28-29) – passe par le mariage avec Marie, c’est-à-dire par la famille.

Tout en affirmant clairement que Jésus a été conçu par le fait de l’Esprit Saint et que dans ce mariage la virginité a été préservée (cf. Mt 1. 18-25; Lc 1, 26-38), les évangélistes appellent Joseph l’époux de Marie et Marie l’épouse de Joseph (cf. Mt 1, 16. 18-20. 24; Lc 1, 27; 2, 5).

Pour l’Eglise aussi, s’il est important de proclamer la conception virginale de Jésus, il est non moins important de défendre le mariage de Marie avec Joseph car, juridiquement, c’est de lui que dépend la paternité de Joseph. On comprend alors pourquoi les générations ont été énumérées selon la généalogie de Joseph: « Pourquoi – se demande saint Augustin – n’auraient-elles pas dû être celles de Joseph? Joseph n’était-il pas l’époux de Marie? [...] L’Ecriture affirme, par la voix autorisée de l’Ange, qu’il était son époux. Ne crains pas, dit-il, de prendre chez toi Marie, ton Épouse.- ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Il reçoit l’ordre de donner à l’enfant son nom, bien qu’il ne soit pas né de lui. Elle enfantera un fils, dit-il, auquel tu donneras le nom de Jésus. L’Ecriture sait bien que Jésus n’est pas né de Joseph, puisque, alors qu’il était préoccupé au sujet de l’origine de la maternité de Marie, il lui est dit: cela vient de l’Esprit Saint. Et pourtant, l’autorité paternelle ne lui est pas enlevée puisqu’il lui est ordonné de donner à l’enfant son nom. Enfin, la Vierge Marie elle-même, qui a bien conscience de ne pas avoir conçu le Christ par l’union conjugale avec lui, l’appelle cependant père du Christ. » (12) Le fils de Marie est aussi fils de Joseph en vertu du lien matrimonial qui les unit: « En raison de ce mariage fidèle, ils méritèrent tous les deux d’être appelés les parents du Christ, non seulement elle, d’être appelée sa mère, mais lui aussi, d’être appelé son père, de même qu’époux de sa mère, car il était l’un et l’autre par l’esprit et non par la chair. » (13) Dans ce mariage, il ne manqua rien de ce qui était nécessaire pour le constituer: « En ces père et mère du Christ se sont réalisés tous les biens du mariage: la progéniture, la fidélité, le sacrement. Nous connaissons la progéniture, qui est le Seigneur Jésus lui-même; la fidélité, car il n’y a aucun adultère; le sacrement, car il n’y a aucun divorce. » (14)

Quand ils analysent la nature du mariage, saint Augustin comme saint Thomas considèrent constamment qu’elle réside dans l’ « union indivisible des esprits », dans l’ « union des coeurs », dans le « consentement » (15), tous éléments qui se sont manifestés d’une manière exemplaire dans ce mariage. Au point culminant de l’histoire du salut, quand Dieu révèle son amour pour l’humanité par le don du Verbe, c’est précisément le mariage de Marie et de Joseph qui réalise en pleine « liberté » le « don sponsal de soi » en accueillant et en exprimant un tel amour. (16) « Dans cette grande entreprise du renouvellement de toutes choses dans le Christ, le mariage, lui aussi purifié et renouvelé, devient une réalité nouvelle, un sacrement de la Nouvelle Alliance. Et voici qu’au seuil du Nouveau Testament comme à l’entrée de l’Ancien se dresse un couple. Mais, tandis que celui d’Adam et Eve fut la source du mal qui a déferlé sur le monde, celui de Joseph et de Marie est le sommet d’où la sainteté se répand sur toute la terre. Le Sauveur a commencé l’oeuvre du salut par cette union virginale et sainte où se manifeste sa toute-puissante volonté de purifier et sanctifier la famille, ce sanctuaire de l’amour et ce berceau de vie. » (17)

Que d’enseignements en découlent aujourd’hui pour la famille! Puisque, « en définitive, l’essence de la famille et ses devoirs sont définis par l’amour » et que « la famille reçoit la mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour, reflet vivant et participation réelle de l’amour de Dieu pour l’humanité et de l’amour du Christ Seigneur pour l’Eglise son Epouse » (18) c’est dans la sainte Famille, cette « Eglise en miniature » (19) par excellence, que toutes les familles chrétiennes doivent trouver leur reflet. En elle, en effet, « par un mystérieux dessein de Dieu, le Fils de Dieu a vécu caché durant de longues années. Elle est donc le prototype et l’exemple de toutes les familles chrétiennes. » (20)

8. Saint Joseph a été appelé par Dieu à servir directement la personne et la mission de Jésus en exerçant sa paternité c’est bien de cette manière qu’il coopère dans la plénitude du temps au grand mystère de la Rédemption et qu’il est véritablement « ministre du salut » (21}. Sa paternité s’est exprimée concrètement dans le fait « d’avoir fait de sa vie un service, un sacrifice au mystère de l’Incarnation et à la mission rédemptrice qui lui est liée; d’avoir usé de l’autorité légale qui lui revenait sur la sainte Famille, pour lui faire le don total de lui-même, de sa vie, de son travail; d’avoir converti sa vocation humaine à l’amour familial en une oblation surnaturelle de lui-même, de son coeur et de toutes ses forces à l’amour mis au service du Messie qui naquit dans sa maison. » (22)

La liturgie rappelle qu’ « à saint Joseph a été confiée la garde des mystères du salut à l’aube des temps nouveaux »(23), et elle précise qu’ « il fut le serviteur fidèle et prudent à qui Dieu confia la sainte Famille pour qu’il veille comme un père sur son Fils unique. »(24) Léon XIII souligne la sublimité de cette mission: « Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité, parce qu’il a été, de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D’où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à Joseph, qu’il lui obéissait et qu’il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents. »(25)

Il serait inconcevable qu’à une tâche aussi élevée ne correspondent pas les qualités voulues pour bien l’accomplir. Il convient donc de reconnaître que Joseph eut à l’égard de Jésus, « par un don spécial du ciel, tout l’amour naturel, toute l’affectueuse sollicitude que peut connaître un coeur de père. »(26)

En même, temps que la puissance paternelle sur Jésus, Dieu a aussi accordé à Joseph l’amour correspondant, cet amour qui a sa source dans le Père, « de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom. » (Ep 3, 15).

Dans les Evangiles est clairement décrite la tâche de père qui est celle de Joseph à l’égard de Jésus. En effet, le salut, qui passe par l’humanité de Jésus, se réalise dans des gestes qui font partie de la vie familiale quotidienne, en respectant l’ « abaissement » inhérent à l’économie de l’Incarnation. Les évangélistes sont très attentifs à montrer que, dans la vie de Jésus, rien n’a été laissé au hasard et que tout s’est déroulé selon un plan divin préétabli. La formule souvent répétée: « Cela advint pour que s’accomplit… » et la référence de l’événement décrit à un texte de l’Ancien Testament tendent à souligner l’unité et la continuité du projet, qui atteint son accomplissement dans le Christ.

Par l’Incarnation, les « promesses » et les « figures » de l’Ancien Testament deviennent des « réalités »: les lieux, les personnes, les événements et les rites s’entremêlent selon des ordres divins précis, transmis par le ministère des anges et reçus par des créatures particulièrement sensibles à la voix de Dieu. Marie est l’humble servante du Seigneur, préparée de toute éternité à la mission d’être Mère de Dieu; Joseph est celui que Dieu a choisi pour être « l’ordonnateur de la naissance du Seigneur » (27), celui qui a la charge de pourvoir à l’entrée « dans l’ordre » du Fils de Dieu dans le monde, en respectant les dispositions divines et les lois humaines. Toute la vie « privée » ou « cachée » de Jésus est confiée à sa garde.

Le recensement

9. En se rendant à Bethléem pour le recensement, conformément aux ordres de l’autorité légitime, Joseph accomplit à l’égard de l’enfant la tache importante et significative d’inscrire officiellement le nom de « Jésus, fils de Joseph de Nazareth » (cf. Jn 1,45) à l’état civil de l’empire. Cette inscription manifeste clairement l’appartenance de Jésus au genre humain, comme homme parmi les hommes, citoyen de ce monde, sujet de la loi et des institutions civiles, mais aussi « sauveur du mode. » Origène décrit bien la signification théologique inhérente à ce fait historique, qui est loin d’être marginal: « A quoi me sert ce récit qui raconte à la fois «le premier recensement» de l’univers entier au temps de l’empereur César Auguste, le voyage de «Joseph, accompagné de Marie son épouse enceinte», allant, au milieu de tout le monde se faire inscrire lui aussi sur les listes du cens et la venue au monde de Jésus, avant la fin du recensement? Pour qui y regarde de plus prés, ces événements sont le signe d’un mystère: il a fallu que le Christ aussi fut recensé dans ce dénombrement de l’univers, parce qu’il voulait être inscrit avec tous pour sanctifier tous les hommes, et être mentionné sur le registre avec le monde entier pour offrir à l’univers de vivre en communion avec lui; il voulait, après ce recensement, recenser tous les hommes avec lui sur «le livre des vivants», et tous ceux qui auront cru en lui les «inscrire dans les cieux» avec les saints de Celui «a qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen.» (28) »

La naissance à Bethléem

10. Dépositaire du mystère « caché depuis les siècles en Dieu » et qui commence à se réaliser à ses yeux lorsque vient « la plénitude du temps », Joseph est avec Marie, en la nuit de Bethléem, le témoin privilégié de la venue au monde du Fils de Dieu. Ainsi s’exprime saint Luc: « Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle» (Lc 2, 6-7). Joseph fut le témoin oculaire de cette naissance, survenue dans des conditions humainement humiliantes, première annonce du « dépouillement » (cf. Ph 2, 5-8) auquel le Christ consent librement pour la rémission des péchés. En même temps, il fut le témoin de l’adoration des bergers, arrivés sur le lieu de la naissance de Jésus après que l’ange leur eut porté cette grande et heureuse nouvelle (cf. Lc 2, 15-16); plus tard, il fut aussi le témoin de l’hommage rendu par les Mages venus de l’Orient (cf. Mt 2, 11).

La circoncision

11. La circoncision d’un fils était le premier devoir religieux du père: par ce rite (cf. Lc 2, 21), Joseph exerce son droit et son devoir à l’égard de Jésus. Le principe selon lequel tous les rites de l’Ancien Testament ne sont que l’ombre de la réalité (cf. He 9, 9-10; 10, 1) fait comprendre pourquoi Jésus les accepte. Comme pour les autres rites, celui de la circoncision trouve en Jésus son « accomplissement. » L’alliance de Dieu avec Abraham, dont la circoncision était le signe (cf. Gn 17, 13), atteint en Jésus son plein effet et sa réalisation parfaite, car Jésus est le « oui » de toutes les anciennes promesses (cf. 2 Co 1, 20).

L’imposition du nom

12. A l’occasion de la circoncision, Joseph donne à l’enfant le nom de Jésus. Ce nom est le seul nom dans lequel se trouve le salut (cf. Ac 4, 12); et sa signification avait été révélée à Joseph au moment de son « annonciation »: « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera le peuple de ses péchés » (Mt 1, 21). En lui donnant son nom, Joseph manifeste sa paternité légale à l’égard de Jésus et, en prononçant ce nom, il proclame la mission de sauveur qui est celle de l’enfant.

La présentation de Jésus au Temple

13. Ce rite, rapporté par Luc (2, 22 ss.), comprend le rachat du premier-né et éclaire le futur épisode de Jésus resté au Temple à l’âge de douze ans.
Le rachat du premier-né est un autre devoir du père, que Joseph accomplit. Le premier-né représentait le peuple de l’Alliance, racheté de l’esclavage pour appartenir à Dieu. Sur ce plan aussi, non seulement Jésus, qui est le véritable « prix » du rachat (cf. 1 Co 6, 20; 7, 23; 1 P 1, 19), « accomplit » le rite de l’Ancien Testament, mais il le dépasse en même temps; en effet, il n’est pas un sujet de rachat mais l’auteur même du rachat.
L’évangéliste note que « son père et sa mère étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui » (Lc 2, 33), et en particulier de ce que dit Symeon dans son cantique adressé à Dieu, où i1 présente Jésus comme le « salut préparé par Dieu à la face de tous les peuples », « lumière pour éclairer les nations et gloire de son peuple Israël », et aussi, un peu plus loin, « signe en butte à la contradiction » (cf. Lc 2, 30-34).

La fuite en Égypte

14. Après la présentation au Temple, l’évangéliste Luc note: « Quand ils eurent accompli tout ce qui était conforme à la Loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. Cependant l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui. » (Lc 2, 39-40.) Mais, selon le texte de Matthieu, avant ce retour en Galilée il faut placer un événement très important, pour lequel la divine Providence recourt encore à Joseph: « Après leur départ [des Mages], voici que l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit: « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte; et restes- y jusqu’à ce que je te dise. Car Herode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » (Mt 2, 13) Lorsque les Mages étaient venus de l’Orient, Herode avait appris la naissance du « roi des juifs » (Mt 2, 2). Et quand les Mages s’en allèrent, il « envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans » (Mt 2, 16). Ainsi, en les tuant tous, il voulait tuer ce nouveau-né, « roi des juifs », dont il avait entendu parler durant la visite des Mages à sa cour. Alors Joseph, après avoir entendu l’avertissement en songe, « prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte; et il resta la jusqu’à la mort d’Hérode, pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur: « D’Égypte j’ai appelé mon fils. » (Mt 2, 1415; cf. Os 11, 1). La route du retour de Jésus de Bethléem à Nazareth passa donc par l’Égypte. De même qu’Israël avait, « de l’état d’esclavage », pris le chemin de l’exode pour commencer l’Ancienne Alliance, de même Joseph, dépositaire et coopérateur du mystère providentiel de Dieu, veille aussi en exil sur celui qui réalise la Nouvelle Alliance. La présence de jésus au Temple 15. Dés l’Annonciation, Joseph, en un sens, se trouva avec Marie au centre du mystère caché depuis les siècles en Dieu et qui avait pris chair: « Le Verbe s est fait chair et il a habité parmi nous » Un 1, 14). Il a habité parmi les hommes, et le lieu de sa présence a été la sainte Famille de Nazareth, l’une des nombreuses familles de cette petite ville de Galilée, l’une des nombreuses familles de la terre d’Israël. La, Jésus grandissait, il « se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui » (Lc 2, 40). Les Évangiles résument en peu de mots la longue période de la vie « cachée » pendant laquelle Jésus se prépare à sa mission messianique. Un seul moment est soustrait à cette « discrétion » et il est décrit par 1′Evangile de Luc: la Pâque de Jérusalem, lorsque Jésus avait douze ans. Jésus participa à cette fête comme jeune pèlerin, avec Marie et Joseph. Et voici que, « une fois les jours de la fête écoulés, alors qu’ils s’en retournaient, l’enfant Jésus reste à Jérusalem à l’insu de ses parents » (Lc 2, 43). Au bout d’un jour, ils se rendirent compte de son absence et commencèrent à le rechercher « parmi leurs parents et connaissances »: « Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant; et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. » (Lc 2, 46-47.) Marie lui demande: « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. » (Lc 2, 48.) Jésus leur fit une telle réponse qu’ « ils ne comprirent pas sa parole ». Il avait dit: « Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? » (Lc 2, 4950.) Cette réponse fut entendue de Joseph, dont Marie venait de dire « ton père ». Tout le monde, en effet, disait et pensait que Jésus « était, à ce qu’on croyait, fils de Joseph » (Lc 3, 23). La réponse de Jésus au Temple n’en devait pas moins raviver dans la conscience du « père présumé » ce qu’il avait entendu une nuit, douze ans plus tôt: « Joseph…, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint. » Dés lors, il savait qu’il était le dépositaire du mystère de Dieu, et jésus, à douze ans, évoqua précisément ce mystère: « Je dois être dans la maison de mon Père. » La subsistance et l’éducation de jésus à Nazareth 16. La croissance de Jésus « en sagesse, en taille et en grâce » (Lc 2, 52) s’accomplit dans le cadre de la sainte famille, sous les yeux de Joseph qui avait la haute tâche d’ « élever », c’est-à-dire de nourrir Jésus, de le vêtir et de lui apprendre la Loi et un métier, conformément aux devoirs qui reviennent au père. Dans le sacrifice eucharistique, l’Église vénère la mémoire de la bienheureuse Marie toujours Vierge, mais aussi de saint Joseph (29) car «il a nourri Celui que les fidèles devaient manger comme Pain de la vie éternelle (30) ». Pour sa part, Jésus « leur était soumis » (Lc 2, 51), payant respectueusement de retour les attentions de ses « parents ». Ainsi voulait-il sanctifier les devoirs de la famille et du travail qu’il exécutait aux cotes de Joseph.

III
L’HOMME JUSTE – L’ÉPOUX

17. Au cours de sa vie, qui fut un pèlerinage dans la foi, Joseph, comme Marie, resta jusqu’au bout fidèle à l’appel de Dieu. La vie de Marie consista à accomplir à fond le premier fiat prononcé au moment de l’Annonciation, tandis que Joseph, comme on 1′a dit, ne proféra aucune parole lors de son « annonciation »: il « fit » simplement « ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Et ce premier « il fit » devint le commencement du « chemin de Joseph ». Le long de ce chemin, les Évangiles ne mentionnent aucune parole dite par lui. Mais le silence de Joseph a une portée particulière: grâce à lui, on peut saisir pleinement la vérité contenue dans le jugement que l’Évangile émet sur Joseph: le « juste » (Mt 1, 19). Il faut savoir lire cette vérité car en elle est contenu l’un des témoignages les plus importants sur l’homme et sur sa vocation. Au cours des générations, l’Église lit ce témoignage d’une manière toujours plus attentive et plus consciente, comme si elle tirait du trésor de cette figure insigne « du neuf et du vieux » (Mt 13, 52). 18. L’homme « juste » de Nazareth possède avant tout les caractéristiques très claires de l’époux. L’évangéliste parle de Marie comme d’ « une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph » (Lc 1, 27). Avant que commence à s’accomplir « le mystère caché depuis des siècles en Dieu » (Ep 3, 9), les Évangiles présentent à nos yeux l’image de l’époux et de l’épouse. Selon la coutume du peuple hébreu, le mariage se concluait en deux étapes: on célébrait d’abord le mariage légal (vrai mariage), et c’est seulement après un certain temps que l’époux faisait venir l’épouse chez lui. Avant de vivre avec Marie, Joseph était donc déjà son « époux »; toutefois, Marie gardait au fond d’elle-même le désir de réserver exclusivement à Dieu le don total de soi. On pourrait se demander de quelle manière ce désir se conciliait avec le « mariage ». La réponse ne vient que du déroulement des événements du salut, c’est-à-dire de l’action spéciale de Dieu même. Depuis l’Annonciation, Marie sait qu elle doit réaliser son désir virginal de se donner à Dieu de façon exclusive et totale précisément en devenant mère du Fils de Dieu. La maternité par le fait de l’Esprit-Saint est la forme de don que Dieu lui-même attend de la Vierge « accordée en mariage» à Joseph. Marie prononce son fiat. Le fait qu’elle est « accordée en mariage » à Joseph est compris dans le dessein même de Dieu. C’est ce qu’indiquent les deux évangélistes cités, mais plus particulièrement Matthieu. Les paroles adressées à Joseph sont très significatives: « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint. » (Mt 1, 20.) Elles expliquent le mystère de l’épouse de Joseph: Marie est vierge dans sa maternité. En elle, « le Fils du Très-Haut » prend un corps humain et devient « le Fils de l’homme ». En s adressant à Joseph par les paroles de l’Ange, Dieu s’adresse à lui comme a l’époux de la Vierge de Nazareth. Ce qui s’est accompli en elle par le fait de l’Esprit- Saint exprime en même temps une particulière confirmation du lien sponsal qui préexistait déjà entre Joseph et Marie. Le messager dit clairement à Joseph: « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Ainsi, ce qui était advenu auparavant – son mariage avec Marie – s’était fait par la volonté de Dieu et devait donc être conservé. Dans sa maternité divine, Marie doit continuer à vivre comme « une vierge, épouse d’un mari » (cf. Lc 1, 27). 19. Dans les paroles de 1′ « annonciation » nocturne, non seulement Joseph entend la vérité divine sur la vocation ineffable de son épouse, mais il y reentend aussi la vérité sur sa propre vocation. Cet homme « juste », qui, dans l’esprit des plus nobles traditions du peuple élu, aimait la Vierge de Nazareth et s’était lié à elle d’un amour sponsal, est à nouveau appelé par Dieu à cet amour. « Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui son épouse »; ce qui est engendré en elle « vient de l’Esprit-Saint »: ne faut-il pas conclure, devant ces expressions, que son amour d’homme est, lui aussi, régénéré par l’Esprit-Saint? Ne faut-i1 pas penser que l’amour de Dieu, qui a été répandu dans le coeur de l’homme par le Saint-Esprit (cf. Rm 5, 5), façonne de la manière la plus parfaite tout amour humain? Il façonne aussi – et d’une façon tout à fait singulière – l’amour sponsal des époux, et il approfondit en lui tout ce qui est humainement digne et beau, ce qui porte les signes de l’abandon exclusif de soi, de l’alliance des personnes et de la communion authentique du Mystère trinitaire. « Joseph… prit chez lui son épouse mais il ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eut enfanté un fils. » (Mt 1, 24-25.) Ces paroles indiquent une autre proximité sponsale. La profondeur de cette intimité, l’intensité spirituelle de l’union et du contact entre personnes – de l’homme et de la femme proviennent en définitive de l’Esprit, qui vivifie (cf. Jn 6, 63). Joseph, obéissant à l’Esprit, retrouva précisément en lui la source de l’amour, de son amour sponsal d’homme, et cet amour fut plus grand que ce que « l’homme juste » pouvait attendre selon la mesure de son coeur humain. 20. Dans la liturgie, Marie est célébrée comme « unie à Joseph, homme juste, par les liens d’un amour sponsal et virginal (31) ». Il s’agit en effet de deux amours qui représentent ensemble le mystère de l’Église, vierge et épouse, dont le mariage de Marie et de Joseph est le symbole. « La virginité et le célibat pour le Royaume de Dieu ne diminuent en rien la dignité du mariage, au contraire ils la présupposent et la confirment. Le mariage et la virginité sont les deux manières d’exprimer et de vivre l’unique mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple (32) », qui est la communion d’amour entre Dieu et les hommes. Par le sacrifice total de soi, Joseph exprime son amour généreux pour la Mère de Dieu, lui faisant le « don sponsal de lui-même ». Bien que décidé à se retirer pour ne pas faire obstacle au plan de Dieu qui était en train de se réaliser en elle, sur l’ordre exprès de l’Ange, il la garde chez lui et respecte son appartenance exclusive à Dieu. D’autre part, c’est de son mariage avec Marie que sont venus à Joseph sa dignité unique et ses droits sur Jésus. « Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les créatures. Le mariage est en effet la société et l’union la plus intime de toutes, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l’un et l’autre conjoints. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité (33) ». 21. Ce lien de charité a constitué la vie de la sainte Famille d’abord dans la pauvreté de Bethléem, puis dans l’exil en Égypte et enfin dans l’existence à Nazareth. L’Église entoure cette famille d’une profonde vénération, la proposant comme modèle à toutes les familles. La Famille de Nazareth, directement insérée dans le mystère de l’Incarnation, constitue elle-même un mystère particulier. Et en même temps – comme dans l’Incarnation -, dans ce mystère, la vraie paternité a sa place: la forme humaine de la famille du Fils de Dieu, véritable famille humaine, constituée par le mystère divin. En elle, Joseph est le père: sa paternité ne découle pas de la génération; et pourtant, elle n’est pas « apparente » ou seulement « substitutive », mais elle possède pleinement l’authenticité de la paternité humaine, du rôle du père dans la famille. Il y a 1à une conséquence de l’union hypostatique: l’humanité assumée dans l’unité de la Personne divine du Verbe-Fils, Jésus-Christ. Avec l’humanité est aussi « assumé » dans le Christ tout ce qui est humain et, en particulier, la famille, première dimension de son existence sur terre. Dans ce contexte est aussi « assumée » la paternité humaine de Joseph. En fonction de ce principe, ce que dit Marie au jeune Jésus dans le Temple trouve son sens profond: « Ton père et moi, nous te cherchons. » Ce n’est pas 1à une phrase de convenance: ce que dit la Mère de Jésus montre toute la réalité de l’Incarnation, qui appartient au mystère de la Famille de Nazareth. Certainement, Joseph, qui dés le début accepta en « obéissance de foi » sa paternité humaine vis-à-vis de Jésus, suivant en cela la lumière de l’Esprit-Saint qui se donne à l’homme par la foi, découvrait toujours plus largement le don ineffable de sa paternité.

IV
LE TRAVAIL EXPRESSION DE L’AMOUR

22. Une des expressions quotidiennes de cet amour dans la vie de la Famille de Nazareth est le travail. Le texte évangélique précise par quel type de travail Joseph essayait d’assurer la subsistance de sa Famille: celui de charpentier. Ce simple mot recouvre toute l’étendue de la vie de Joseph. Pour Jésus, ce sont 1à les années de la vie cachée dont parle l’évangéliste après l’épisode du Temple: « Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth; et i1 leur était soumis. » (Lc 2, 51.) Cette « soumission », c’est-à-dire l’obéissance de jésus dans la maison de Nazareth, est aussi comprise comme une participation au travail de Joseph. Celui qui était appelé le « fils du charpentier » avait appris le travail de son « père » putatif. Si, dans l’ordre du salut et de la sainteté, la Famille de Nazareth est un exemple et un modèle pour les familles humaines, on peut en dire autant, par analogie, du travail de jésus aux côtés de Joseph le charpentier. A notre époque 1′Eglise a mis cela en relief, entre autres, par la mémoire liturgique de saint Joseph Artisan, fixée au ter mai. Le travail humain, en particulier le travail manuel, prend un accent spécial dans 1′Evangile. Il est entré dans le mystère de l’Incarnation en même temps que l’humanité du Fils de Dieu, de même aussi qu’il a été racheté dune manière particulière. Grâce à son atelier ou il exerçait son métier et même temps que Jésus, Joseph rendit le travail humain proche du mystère de la Rédemption. 23. Dans la croissance humaine de Jésus « en sagesse, en taille et en grâce », une vertu eut une part importante: la conscience professionnelle, le travail étant « un bien de l’homme » qui « transforme la nature » et rend l’homme « en un certain sens plus homme (34) ». L’importance du travail dans la vie de l’homme demande qu’on en connaisse et qu’on en assimile les éléments afin « d’aider tous les hommes à s’avancer grâce à lui vers Dieu, Créateur et Rédempteur, à participer à son plan de salut sur l’homme et le monde, et à approfondir dans leur vie l’amitié avec le Christ, en participant par la foi de manière vivante à sa triple mission de prêtre, de prophète et de roi (35) ». 24. Il s’agit en définitive de la sanctification de la vie quotidienne, à laquelle chacun doit s’efforcer en fonction de son état et qui peut être proposée selon un modèle accessible à tous: « Saint Joseph est le modèle des humbles, que le christianisme élève vers de grands destins; il est la preuve que, pour être de bons et authentiques disciples du Christ, i1 n’y a pas besoin de «grandes choses»: il faut seulement des vertus communes, humaines, simples, mais vraies et authentiques (36) ».

V
LA PRIMAUTÉ DE LA VIE INTÉRIEURE

25. Le climat de silence qui accompagne tout ce qui se réfère à la figure de Joseph s’étend aussi à son travail de charpentier dans la maison de Nazareth. Toutefois, c est un silence qui révèle d’une manière spéciale le profil intérieur de cette figure. Les Evangiles parlent exclusivement de ce que « fit » Joseph; mais ils permettent de découvrir dans ses « actions », enveloppées de silence, un climat de profonde contemplation. Joseph était quotidiennement en contact avec le mystère « caché depuis les siècles », qui « établit sa demeure » sous son toit. Cela explique par exemple pourquoi sainte Thérèse de Jésus, la grande réformatrice du Carmel contemplatif, se fit la promotrice du renouveau du culte rendu à saint Joseph dans la chrétienté occidentale. 26. Le sacrifice absolu que Joseph fit de toute son existence aux exigences de la venue du Messie dans sa maison trouve son juste motif « dans son insondable vie intérieure, d’où lui viennent des ordres et des réconforts tout à fait particuliers et d’où découlent pour lui la logique et la force, propres aux âmes simples et transparentes, des grandes décisions, comme celle de mettre aussitôt à la disposition des desseins divins sa liberté, sa vocation humaine légitime, son bonheur conjugal, acceptant la condition, la responsabilité et le poids de la famille et renonçant, au profit d’un amour virginal incomparable, à l’amour conjugal naturel qui la constitue et l’alimente (37) ». Cette soumission à Dieu, qui est promptitude de la volonté à se consacrer à tout ce qui concerne son service, n’est autre que l’exercice de la dévotion qui constitue une des expressions de la vertu de religion (38). 27. La communion de vie entre Joseph et Jésus nous amène à considérer encore le mystère de l’Incarnation précisément sous l’aspect de l’humanité du Christ, instrument efficace de la divinité pour la sanctification des hommes: « En vertu de la divinité, les actions humaines du Christ ont été salutaires pour nous, produisant en nous la grâce tant en raison du mérite que par une certaine efficacité (39) ». Parmi ces actions, les évangélistes privilégient celles qui concernent le mystère pascal, mais ils n’omettent pas de souligner l’importance du contact physique avec Jésus à propos des guérisons (cf. par exemple Mc 1,41) et l’influence qu’il exerce sur Jean-Baptiste lorsqu’ils étaient l’un et l’autre dans le sein de leur mère (cf. Lc 1, 41-44). Le témoignage apostolique, on l’a vu, n’a pas omis de décrire la naissance de Jésus, la circoncision, la présentation au Temple, la fuite en Égypte et la vie cachée à Nazareth, et cela en raison du « mystère » de grâce contenu dans de tels « gestes », tous salvifiques, parce que participant de la même source d’amour: la divinité du Christ. Si cet amour, par son humanité, rayonnait sur tous les hommes, les premiers bénéficiaires en étaient bien évidemment ceux que la volonté divine avait placés dans son intimité la plus étroite: Marie, sa mère, et Joseph, son père putatif (40). Puisque l’amour « paternel » de Joseph ne pouvait pas ne pas influer sur l’amour « filial » de Jésus et que, réciproquement, l’amour« filial» de Jésus ne pouvait pas ne pas influer sur l’amour « paternel » de Joseph, comment arriver à reconnaître en profondeur cette relation tout à fait singulière? Les âmes les plus sensibles aux impulsions de l’amour divin voient à juste titre en Joseph un exemple lumineux de vie intérieure. En outre, l’apparente tension entre la vie active et la vie contemplative est dépassée en lui de manière idéale, comme cela peut se faire en celui qui possède la perfection de la charité. Selon la distinction bien connue entre l’amour de la vérité (charitas veritatis) et l’exigence de l’amour (necessitas charitatis) (41), nous pouvons dire que Joseph a expérimenté aussi bien 1 amour de la vérité, c’est-à-dire le pur amour de contemplation de la Vérité divine qui rayonnait de l’humanité du Christ, que l’exigence de l’amour, c’est-à-dire l’amour, pur lui aussi, du service, requis par la protection et le développement de cette même humanité.

VI
PATRON DE L’ÉGLISE DE NOTRE TEMPS

28. En des temps difficiles pour l’Église, Pie IX, voulant la confier à la protection spéciale du saint patriarche Joseph, le déclara « Patron de l’Église catholique (42) ». Le Pape savait que son geste n’était pas hors de propos car, en raison de la très haute dignité accordée par Dieu à ce fidèle serviteur, « l’Église, après la Vierge Sainte son épouse, a toujours tenu en grand honneur le bienheureux Joseph, elle l’a comblé de louanges et a recouru de préférence à lui dans les difficultés (43) ». Quels sont les motifs d’une telle confiance? Léon XIII les énumère ainsi: « Les raisons et les motifs speciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l’Église et qui font que 1′Eglise espère beaucoup, en retour, de sa protection et de son patronage sont que Joseph fut l’époux de Marie et qu’il fut réputé le père de Jésus-Christ. [...] Joseph était le gardien, l’administrateur et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef. [...] Il est donc naturel et très digne du bienheureux Joseph que, de même qu’il subvenait autrefois à tous les besoins de la famille de Nazareth et l’entourait saintement de sa protection, il couvre maintenant de son céleste patronage et défende 1′Eglise de Jésus Christ (44) ». 29. Ce patronage doit être invoqué, et il est toujours nécessaire à l’Église, non seulement pour la défendre contre les dangers sans cesse renaissants mais aussi et surtout pour la soutenir dans ses efforts redoublés d’évangélisation du monde et de nouvelle évangélisation des pays et des nations « où – comme je l’ai écrit dans l’exhortation apostolique Christifideles laici – la religion et la vie chrétienne étaient autrefois on ne peut plus florissantes » et qui « sont maintenant mis à dure épreuve (45) ». Pour apporter la première annonce du Christ ou pour la présenter à nouveau la où elle a été délaissée ou oubliée, l’Église a besoin d’une particulière « force d’en haut » (cf. Lc 24, 49; Ac 1, 8), don de l’Esprit du Seigneur, assurément, mais non sans lien avec l’intercession et l’exemple de ses saints. 30. En plus de la protection efficace de Joseph, l’Église a confiance en son exemple insigne, exemple qui ne concerne pas tel état de vie particulier mais est proposé à toute la communauté chrétienne, quelles que soient en elle la condition et les tâches de chaque fidèle. Comme le dit la Constitution du Concile Vatican II sur la Révélation divine, l’attitude fondamentale de toute l’Église doit être celle de « l’écoute religieuse de la Parole de Dieu (46) », c’est-à-dire de la disponibilité absolue à servir fidèlement la volonté salvifique de Dieu révélée en Jésus. Dés le début de la Rédemption humaine, nous trouvons le modèle de l’obéissance incarné, après Marie, précisément en Joseph, celui qui se distingue par l’exécution fidèle des commandements de Dieu. Paul VI invitait à invoquer son patronage « comme l’Église, ces derniers temps, a l’habitude de le faire, pour elle-même d’abord, pour une réflexion théologique spontanée sur l’alliance de l’action divine avec l’action humaine dans la grande économie de la Rédemption, dans laquelle la première, l’action divine, se suffit totalement à elle-même tandis que la seconde, l’action humaine, la notre, tout en étant dans l’incapacité (cf. Jn 15, 5), n’est jamais dispensée d’une collaboration humble mais conditionnelle et anoblissante. En outre, l’Église l’invoque comme protecteur en raison d’un désir profond et très actuel de ravi ver son existence séculaire avec des vertus évangéliques véritables, telles qu’elles ont resplendi en saint Joseph (47) ». 31. L’Église transforme ces exigences en prière. Rappelant que Dieu, à l’aube des temps nouveaux, a confié à saint Joseph la garde des mystères du salut, elle lui demande de lui accorder de collaborer fidèlement à l’oeuvre du salut, de lui donner un coeur sans partage, à l’exemple de saint Joseph qui s’est consacré tout entier à servir le Verbe incarné, de nous faire vivre dans la justice et la sainteté, soutenus par l’exemple et la prière de saint Joseph (48). Déjà, il y a cent ans, le pape Léon XIII exhortait le monde catholique à prier pour obtenir la protection de saint Joseph, patron de toute 1′Eglise. L’encyclique Quamquam pluries se référait à 1′ « amour paternel » dont saint Joseph « entourait l’enfant Jésus », et à ce « très sage gardien de la divine Famille », elle recommandait « l’héritage que Jésus a acquis de son sang ». Depuis lors, l’Église, comme je l’ai rappelé au début, implore la protection de Joseph « par l’affection qui 1′a uni à la Vierge immaculée, Mère de Dieu » et elle lui confie tous ses soucis, en raison notamment des menaces qui pèsent sur la famille humaine. Aujourd’hui encore, nous avons de nombreux motifs pour prier de la même manière: « Préserve-nous, o Père très aimant, de toute souillure d’erreur et de corruption…; sois-nous propice et assiste-nous du haut du ciel, dans le combat que nous livrons à la puissance des ténèbres…; et de même que tu as arraché autrefois l’Enfant Jésus au péril de la mort, défends aujourd’hui la sainte Église de Dieu des embûches de l’ennemi et de toute adversité (49) ». Aujourd’hui encore, nous avons des motifs permanents de recommander chaque personne à saint Joseph. 32. Je souhaite vivement que la présente évocation de la figure de Joseph renouvelle en nous aussi les accents de prière que mon prédécesseur, il y a un siècle, recommanda d’élever vers lui. Il est certain, en effet, que cette prière et la figure même de Joseph ont acquis un renouveau d’actualité pour 1′Eglise de notre temps, en rapport avec le nouveau millénaire chrétien. Le Concile Vatican II nous a encore une fois tous sensibilisés aux « merveilles de Dieu », à « l’économie du salut » dont Joseph fut particulièrement le ministre. En nous recommandant donc à la protection de celui à qui Dieu même « confia la garde de ses trésors les plus précieux et les plus grands (50) », nous apprenons de lui, en même temps, à servir « l’économie du salut ». Que saint Joseph devienne pour tous un maître singulier dans le service de la mission salvifique du Christ qui nous incombe à tous et à chacun dans l’Église: aux époux, aux parents, à ceux qui vivent du travail de leurs mains ou de tout autre travail, aux personnes appelées à vie contemplative comme à celles qui sont appelées à l’apostolat. L’homme juste, qui portait en lui tout le patrimoine de l’Ancienne Alliance, a été aussi introduit dans le « commencement » de l’Alliance nouvelle et éternelle en Jésus Christ. Qu’il nous indique les chemins de cette Alliance salvifique au seuil du prochain millénaire ou doit se poursuivre et se développer la « plénitude du temps » propre au mystère ineffable l’Incarnation du Verbe! Que saint Joseph obtienne à l’Église et au monde, comme à chacun de nous, la bénédiction du Père et du Fils et du Saint- Esprit!

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 15 août 1989, solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, en la onzième année de mon pontificat.

IOANNES PAULUS PP. II

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NOTES

(*) IOANNES PAULUS PP. II, Adhortatio apostolica ad sacros Antistites, Presbyteros et Diaconos, Religiosos ac Religiosas, Christifideles omnes: de persona sancti Ioseph et opera in Christi Iesu Ecclesiaeque vita: AAS 82 (1990), p. 5-34; texte officiel français reproduit dans DocCath 86 (1989), p. 984-993. (1) Cf. S. IRÉNÉE, Adversus haereses, IV, 23, 1: S. Ch. 100/2, pp. 692-694. (2) LÉON XIII, Encycl. Quamquam pluries (15 août 1889): Leonis XIII P. M. Acta, IX (1890), Yp. 175-182. (3) SACRÉE CONGRÉGATION DES RITES, Décret Quemadmodum Deus (8 décembre 1870): Pit IX P. M. Acta, le » partie, vol. V, p. 282; PIE IX, Lettre apost. Inclytum Patriarcham (7 juillet 1871),1.c., pp. 331-335. (4) Cf. S. JEAN. CHRYSOSTOME, Homélie sur S. Matth. V, 3: PG 57, 57-58; se fondant entre autres sur la similitude de nom, des Docteurs de l’Eglise et des Souverains Pontifes ont vu en Joseph d’Egypte le prototype de Joseph de Nazareth car i1 a en quelque sorte esquissé le ministère et la grandeur de gardien des trésors les plus précieux de Dieu le Père que sont le Verbe incarné et sa très sainte Mère; cf. par ex.. S. BERNARD, Super « Missus est », Hom. II, 16: S. Bernardi Opera, Ed. Cist., IV, 33-34; LÉON XIII, Encycl. Quamquam pluries (15 aout 1889): 1. c., p. 179. (5) Const. dogm. sur 1′Eglise Lumen gentium, n. 58. (6) Cf. ibid., n. 63. (7) Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 5. (8) Ibid., n. 2. (9) Cf. CONCILE VATICAN II, Const. dogm. sur 1′Eglise Lumen gentium, n. 63. (10) CONCILE VATICAN II, Const, dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 2. (11} S. CONGRÉG. DES RITES, Décret Novis hisce temporibus (13 novembre 1962): AAS 54 (1962), p. 873. (12) S. AUGUSTIN, Sermo 51, 10, 16: PL 38, 342. (13) S. AUGUSTIN, De nuptiis et concupiscentia, I, 11, 12: PL 44, 421; cf. De consensu evangelistarum, II, 1, 2: PL 34, 1071; Contra Faustum, III, 2: PL 42, 214. (14) S. AUGUSTIN, De nuptiis et concupiscentia, 1,11,13: PL 44, 421; cf. Contra Iulianum, V, 12,46: PL 44, 810. (15) Cf. S. AUGUSTIN, Contra Faustum, XXIII, 8: PL 42, 470-471; De consensu evangelistarum, II, 1, 3: PL 34, 1072; Sermo 51, 13, 21: PL 38, 344-345; S. THOMAS, Somme théol. III, q. 29, a. 2 in conclus. (16) Cf. Allocutions des 9 et 16 janvier, et 20 février 1980: Insegnamenti, III/1 (1980), pp. 8892; 148-152; 428-431. (17) PAUL VI, Allocution aux « Equipes Notre-Dame » (4 mai 1970), n. 7: AAS 62 (1970), p. 431. Une présentation analogue de la Famille de Nazareth comme modèle parfait de la communauté familiale se trouve, par ex., dans LÉON XIII, Lettre apost. Neminem fugit (14 juin 1892): Leonis XIII P. M. Acta, XII (1892), pp. 149-150; BENOÎT XV, Motu proprio Bonum sane (25 juillet 1920): AAS 12 (1920), pp. 313-317. (18) Exhort. apost. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 17: AAS 74 (1982), p. 100. (19) Ibid., n. 49: 1.c., p. 140; cf. CONCILE VATICAN II, Const. dogm. sur 1′Eglise Lumen gentilim, n. 11; Décret sur l’Apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem, n. 11. (20) Exhort. apost. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 85: 1.c., pp. 189-190 (texte français: n. 86). (21) Cf. S. JEAN CHRYSOSTOME, Homélie sur S. Matth. V, 3: PG 57, 57-58. (22) PAUL VI, Allocution du 19 mars 1966: Insegnamenti, IV (1966), p. 110. (23) Cf. Missel romain, Collecte de la solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie. (24) Cf. ibid., Préface de la solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie. (25) Encycl. Quamquam pluries (15 aout 1889): 1.c., p. 178. (26) PIE XII, Radiomessage aux étudiants des écoles catholiques des Etats-Unis d’Amérique (19 février 1958): AAS 50 (1958), p. 174. (27)} ORIGÈNE, Homélie XIII sur S. Luc, 7: S. Ch. 87, pp. 214-215. (28) ORIGÈNE, Homélie XI sur S. Luc, 6: S. Ch. 87, pp. 195. 197. (29) Cf. Missel romain, Prière eucharistique n. 1. (30) S. CONGRÉGATION DES RITES, Décret Quemadmodum Deus (8 décembre 1870): 1. c., p. 282. (31) Collectio Missarum de Beata Maria Virgine, I, « Sancta Maria de Nazareth », Préface. (32) Exhort. apost. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n. 16: 1. c., p. 98. (33). LÉON XIII, Encycl. Quamquam pluries (15 août 1889): 1. c., p. 177-178. (34) Cf. Encycl. Laborem exercens (14 septembre 1981), n. 9: AAS 73 (1981), p. 599-600. (35) Ibid., n. 24: 1. c., p. 638. En la période récente, les Souverains Pontifes ont constamment présenté saint Joseph comme le « modèle » des ouvriers et des travailleurs; cf. par ex. LÉON XIII, Encycl. Quamquam pluries (15 aout 1889): 1. c., p. 180; BENOÎT XV, Motu proprio Bonum sane (25 juillet 1920): 1. c., p. 314-316; PIE XII, Allocution du 11 mars 1945, n. 4: AAS 37 (1945), p. 72; Allocution du ler mai 1955: AAS 47 (1955), p. 406; Jean XXIII, Radiomessage du ler mai 1960: AAS 52 (1960), p. 398. (36)’ PAUL VI, Allocution du 19 mars 1969: Insegnamenti, VII (1969), p. 1268. (37) Ibid.: 1. c., p. 1267. (38) Cf. S. THOMAS, Somme theol., 11-T’ , q. 82, a. 3, ad 2. (39) Ibid., III, q. 8, a. 1, ad 1. (40) PIE XII, Encycl. Haurietis aquas (15 mai 1956), III: AAS 48 (1956), p. 329-330. (41) Cf. S. THOMAS, Somme théol., II-II » , q. 182, a. 1, ad 3. (42) Cf. S. CONGRÉGATION DES RITES, Décret Quemadmodum Deus (8 décembre ,1870):1. c., p. 283. (43) Ibid., 1. c., p. 282-283. (44) LÉON XIII, Encycl. Quamquam pluries (15 août 1889): 1. c., p. 177-179. (45) Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre 1988), n. 34: AAS 81 (1989), p. 456. (46) Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 1. (47) PAUL VI, Allocution du 19 mars 1969: Insegnamenti, VII (1969), p. 1269. (48) Cf. Missel romain, Collecte et Prière sur les offrandes de la solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie; Prière après la communion de la messe votive de saint Joseph. (49) Cf. LÉON XIII, « Prière à saint Joseph » qui suit le texte de l’encyclique Quamquam pluries (15 août 1889): Leo?is XIII P. M. Acta, IX (1890), p. 183. (50) S. CONGRÉGATION DES RITES, Décret Quemadmodum Deus (8 décembre 1870): 1. c., p. 282.

IOANNES PAULUS II

jean PAUL II, Audience 24 octobre 2001: « Seigneur, prends pitié de moi » (Ps 50, 3-5.11-12.19)

19 février, 2010

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20011024_fr.html

JEAN PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 24 octobre 2001    

« Seigneur, prends pitié de moi »

Lecture:  Ps 50, 3-5.11-12.19

1. Nous avons écouté le Miserere, l’une des prières les plus célèbres du Psautier, le Psaume pénitentiel le plus intense et le plus répété, le chant du pécheur et du pardon, la méditation la plus profonde sur la faute et sur la grâce. La Liturgie des Heures nous le fait répéter lors des Laudes de chaque vendredi. Depuis de nombreux siècles, il s’élève vers le ciel du coeur de nombreux fidèles juifs et chrétiens, comme un soupir de repentir et d’espérance adressé à Dieu miséricordieux.

La tradition hébraïque a placé le Psaume sur les lèvres de David, invité à la pénitence par les paroles sévères du prophète Nathan (cf. vv. 1-2; 2 S 11-12), qui lui reprochait l’adultère accompli avec Bethsabée et d’avoir tué son mari, Urie. Toutefois, le Psaume s’enrichit au cours des siècles suivants par la prière de nombreux autres pécheurs, qui reprennent les thèmes du « coeur nouveau » et de l’ »Esprit » de Dieu communiqué à l’homme racheté, selon l’enseignement des prophètes Jérémie et Ezéchiel (cf. v. 12; Jr 31, 31-34; Ez 11, 19; 36, 24-28).

2. Les scènes que le Psaume 50 décrit sont au nombre de deux. Il y a tout d’abord la région ténébreuse du péché (cf. vv. 3-11), dans laquelle l’homme se trouve depuis le début de son existence:  « Vois, mauvais je suis né, pécheur ma mère m’a conçu » (v. 7). Même si cette déclaration ne peut pas être prise comme une formulation explicite de la doctrine du péché originel, telle qu’elle a été définie par la théologie chrétienne, il ne fait aucun doute qu’elle y correspond:  elle exprime en effet la dimension profonde de la faiblesse morale innée de l’homme. Le Psaume apparaît dans cette première partie comme une analyse du péché, effectuée devant Dieu. Trois termes hébreux sont utilisés pour définir cette triste réalité, qui provient de la liberté humaine mal utilisée.

3. Le premier terme, hattá, signifie littéralement « manquer la cible »:  le péché est une aberration qui nous mène loin de Dieu, objectif fondamental de nos relations, et par conséquent également loin de notre prochain.

Le deuxième terme hébreu est ‘awôn, qui renvoit à l’image de « tordre », de « courber ». Le péché est donc une déviation tortueuse de la voie droite; il est l’inversion, la distorsion, la déformation du bien et du mal, dans le sens déclaré par Isaïe:  « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et bien le mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres » (Is 5, 20). C’est précisément pour cette raison que, dans la Bible, la conversion est indiquée comme un « retour » (en hébreu shûb) sur la voie droite, après avoir effectué une correction de la route.

Le troisième mot avec lequel le Psalmiste parle du péché est peshá. Il exprime la rébellion d’un sujet à l’égard de son souverain, et donc un défi ouvert lancé à Dieu et à son projet pour l’histoire humaine.

4. Cependant, si l’homme confesse son péché, la justice salvifique de Dieu est prête à le purifier radicalement. C’est ainsi que l’on passe dans la seconde région spirituelle du Psaume, la région lumineuse de la grâce (cf. vv. 12-19). En effet, à travers la confession des fautes s’ouvre pour l’orant un horizon de lumière, dans lequel Dieu est à l’oeuvre. Le Seigneur n’agit pas seulement négativement, en éliminant le péché, mais il recrée l’humanité pécheresse à travers son Esprit vivifiant:  il donne à l’homme un « coeur » nouveau et pur, c’est-à-dire une conscience renouvelée, et il lui ouvre la possibilité d’une foi limpide et d’un culte agréable à Dieu.

Origène parle à ce propos d’une thérapie divine, que le Seigneur accomplit à travers sa parole et à travers l’oeuvre de guérison du Christ:  « De la même façon que, pour le corps, Dieu prédispose les remèdes des herbes thérapeutiques savamment mélangées, il prépare également des médicaments pour l’âme, grâce aux paroles qu’il communique, en les transmettant dans les divines Ecritures… Dieu se livra également à une autre activité médicale, dont l’archiâtre est le Sauveur, qui dit de lui-même:  « Ce ne sont pas les personnes saines qui ont besoin de médecins, mais les malades ». Il était le médecin par excellence capable de soigner toute faiblesse, toute infirmité » (Homélie sur les Psaumes, Florence 1991, p. 247-249).

5. La richesse du Psaume 50 mériterait une exégèse soigneuse de chacune de ses parties. C’est ce que nous ferons, lorsqu’il recommencera à retentir dans les divers vendredi des Laudes. Le regard d’ensemble, que nous avons à présent donné à cette grande supplication biblique, nous révèle déjà plusieurs composantes fondamentales d’une spiritualité qui devrait se refléter dans l’existence quotidienne des fidèles. Il y a tout d’abord un sens très vif du péché, perçu comme un choix libre, possédant une connotation négative au niveau moral et théologal:  « Contre toi, toi seul, j’ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l’ai fait » (v. 6).

Le Psaume contient ensuite un sens tout aussi vif de la possibilité de la conversion:  le pécheur, sincèrement repenti, (cf. v. 5), se présente dans toute sa misère et sa nudité à Dieu, en le suppliant de ne pas le repousser loin de sa présence (cf. v. 13).

Il y a enfin, dans le Miserere, la conviction bien enracinée du pardon divin qui « efface, lave et purifie » le pécheur (cf. vv. 3-4) et qui parvient même à le transformer en une nouvelle créature, qui possède un esprit, une langue, des lèvres, un coeur transfigurés (cf. vv. 14-19). « Même si nos péchés – affirmait sainte Faustyna Kowalska – étaient noirs comme la nuit, la miséricorde divine est plus forte que notre misère. Il n’y a besoin que d’une chose:  que le pécheur entrouvre un peu la porte de son propre coeur [...] le reste c’est Dieu qui l’accomplira [...] Chaque chose commence dans ta miséricorde et finit dans ta miséricorde » (M. Winowska, L’icône de l’Amour miséricordieux. Le message de soeur Faustyna, Rome 1981, p. 271).

Pape Jean Paul II, Homélie 5 mai 2001: “Ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer” (Ac 17, 23).

27 octobre, 2009

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/2001/documents/hf_jp-ii_hom_20010505_athens_fr.html

PALAIS DES SPORTS DU CENTRE OLYMPIQUE D’ATHÈNES

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Samedi 5 mai 2001 

Chers Frères et Sœurs,

1. “Ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer” (Ac 17, 23).

Rapportés par les Actes des Apôtres, ces mots de Paul prononcés à l’Aréopage d’Athènes constituent une des premières annonces de la foi chrétienne en Europe. “Si l’on considère le rôle de la Grèce dans la formation de la culture antique, on comprend que ce discours de Paul puisse être considéré comme le symbole même de la rencontre de l’Évangile avec la culture humaine” (Lettre Sur le pèlerinage aux Lieux qui sont liés à l’histoire du salut, 29 juin 1999, n. 9).

“À ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de Jésus Christ notre Seigneur [...]; à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus Christ !” (1 Co 1, 2-3). Par ces mots de l’Apôtre à la communauté de Corinthe, je vous salue avec affection, vous tous, évêques, prêtres et laïcs catholiques vivant en Grèce. Je remercie avant tout Monseigneur Foscolos, archevêque des catholiques d’Athènes et Président de la Conférence épiscopale de Grèce, pour son accueil et ses paroles cordiales. Rassemblés ce matin pour la célébration eucharistique, nous demanderons à l’Apôtre Paul de nous donner son ardeur dans la foi et dans l’annonce de l’Évangile à toutes les nations, ainsi que son souci de l’unité de l’Église. Je me réjouis de la présence à la Divine Liturgie de fidèles d’autres confessions chrétiennes, qui témoignent ainsi de leur attention à la vie de la communauté catholique et de leur commune fraternité dans le Christ.

2. Paul rappelle clairement que nous ne pouvons enfermer Dieu dans nos façons de voir et de faire tout humaines. Si nous voulons accueillir le Seigneur, nous sommes appelés à la conversion. Tel est le chemin qui nous est proposé, chemin qui nous fait suivre le Christ pour vivre comme lui, fils dans le Fils. Nous pouvons alors relire notre marche personnelle et celle de l’Église comme une expérience pascale; il nous faut nous purifier pour entrer pleinement dans la volonté divine, en acceptant que Dieu, par sa grâce, transforme notre être et notre existence, comme ce fut le cas pour Paul qui, de persécuteur s’est fait missionnaire (cf. Ga 1, 11-24). Nous passons ainsi par l’épreuve du Vendredi saint, avec ses souffrances, avec les nuits de la foi, avec les incompréhensions mutuelles. Mais nous vivons aussi des moments de lumière, semblables à l’aube de Pâques, où le Ressuscité nous communique sa joie et nous fait parvenir à la vérité tout entière. Envisageant de cette manière notre histoire personnelle et l’histoire de l’Église, nous ne pouvons que demeurer dans l’espérance, sûrs que le Maître de l’histoire nous conduit par des chemins que lui seul connaît. Demandons à l’Esprit Saint de nous pousser à être par nos paroles et par nos actes des témoins de la Bonne Nouvelle et de la charité de Dieu ! Car l’Esprit suscite l’ardeur missionnaire dans son Église, c’est lui qui appelle et qui envoie, et le véritable apôtre est d’abord un homme “à l’écoute”, un serviteur disponible à l’action de Dieu.

3. Évoquer à Athènes la vie et l’action de Paul, c’est être invité à annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre, en proposant à nos contemporains le salut apporté par le Christ et en leur montrant les chemins de sainteté et de vie morale droite qui constituent les réponses à l’appel du Seigneur. L’Évangile est une bonne nouvelle universelle, que tous les peuples peuvent entendre.

En s’adressant aux Athéniens, Saint Paul ne veut rien cacher de la foi qu’il a reçue; il doit, comme tout apôtre, en garder fidèlement le dépôt (cf. 2 Tm 1, 14). S’il part des références habituelles de ses auditeurs et de leurs façons de penser, c’est pour mieux leur faire comprendre l’Évangile qu’il vient leur apporter. Paul s’appuie sur la connaissance naturelle de Dieu et sur le désir spirituel profond que peuvent avoir ses interlocuteurs pour les préparer à accueillir la révélation du Dieu unique et véritable.

S’il a pu citer devant les Athéniens des auteurs de l’Antiquité classique, c’est parce que, d’une certaine manière, sa culture personnelle avait été forgée par l’hellénisme.  Il s’est donc servi de cela pour annoncer l’Évangile avec des mots qui puissent frapper ses auditeurs (cf. Ac 17, 17). Quelle leçon ! Pour annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes de ce temps, l’Église doit être attentive aux divers aspects de leurs cultures et à leurs moyens de communication, sans que cela conduise à en altérer son message ou à en réduire le sens et la portée. “Le christianisme du nouveau millénaire devra répondre toujours mieux à cette exigence d’inculturation” (Novo millennio ineunte, n. 40). Le discours magistral de Paul invite les disciples du Christ à entrer dans un dialogue véritablement missionnaire avec leurs contemporains, dans le respect de ce qu’ils sont, mais aussi avec une proposition claire et forte de l’Évangile, ainsi que de ses implications et de ses exigences dans la vie des personnes.

4.         Frères et sœurs, votre pays jouit d’une longue tradition de sagesse et d’humanisme. Dès les origines du christianisme, les philosophes se sont attachés à “mettre en évidence le lien qui existe entre la raison et la religion. [...] On s’engagea ainsi sur une voie qui, abandonnant les traditions antiques particulières, débouchait sur un développement qui correspondait aux exigences de la raison universelle” (Fides et ratio, n. 36). Ce travail des philosophes et des premiers apologistes chrétiens permit ensuite d’ouvrir, à la suite de saint Paul et de son discours d’Athènes, un dialogue fécond entre la foi chrétienne et la philosophie.

            À l’exemple de saint Paul et des premières communautés, il est urgent de développer les occasions de dialogue avec nos contemporains, notamment dans les lieux où se joue l’avenir de l’homme et de l’humanité, pour que les décisions prises ne soient pas guidées uniquement par des intérêts politiques et économiques qui méconnaissent la dignité des personnes et les exigences qui en découlent, mais qu’il y ait le supplément d’âme qui rappelle la place insigne et la dignité de l’homme. Les aréopages qui sollicitent aujourd’hui le témoignage des chrétiens sont nombreux (cf. Redemptoris missio, n. 37); et je vous encourage à être présents au monde; tel le prophète Isaïe, les chrétiens sont établis comme des veilleurs au sommet de la muraille (cf. Is 21, 11-12),  pour discerner les enjeux humains des situations présentes, pour percevoir dans la société les germes d’espérance et pour montrer au monde la lumière de Pâques, qui éclaire d’un jour nouveau toutes les réalités humaines.

 Cyrille et Méthode, les deux frères de Salonique, ont entendu l’appel du Ressuscité: “Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création” (Mc 16, 15). Partis à la rencontre des peuples slaves, ils ont su leur apporter l’Évangile dans leur propre langue. Non seulement ils “ont rempli leur mission en respectant pleinement la culture qui existait déjà chez les peuples slaves, mais ils la soutinrent et la développèrent inlassablement et de manière éminente en même temps que la religion” (Slavorum Apostoli, n. 26). Que leur exemple et leur prière nous aident à répondre toujours mieux à l’exigence d’inculturation et à nous réjouir de la beauté de ce visage multiforme de l’Église du Christ !

5. Dans son expérience personnelle de croyant et dans son ministère d’apôtre, Paul a compris que seul le Christ était chemin de salut, lui qui, par grâce, réconcilie les hommes entre eux et avec Dieu. “Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait” (Ep 2, 14). L’Apôtre s’est fait ensuite le défenseur de l’unité, à l’intérieur des communautés et aussi entre elles, car il brûlait du “souci de toutes les Églises” (cf. 2 Co 11, 28) !

La passion de l’unité de l’Église doit être celle de tous les disciples du Christ. “Malheureusement, le triste héritage du passé nous suit encore au-delà du seuil du troisième millénaire [...], un long chemin reste encore à parcourir” (Novo millennio ineunte, n. 48). Mais il ne faut pas que cela nous décourage; notre amour du Seigneur nous pousse à nous engager toujours davantage en faveur de l’unité. Pour faire de nouveaux pas en ce sens, il est important de “repartir du Christ” (ibid., n. 29).

“C’est sur la prière de Jésus, et non sur nos capacités, que s’appuie notre confiance de pouvoir atteindre dans l’histoire la communion pleine et visible de tous les chrétiens. [...] Puisse le souvenir du temps où l’Église respirait avec ‘deux poumons’ pousser les chrétiens d’Orient et d’Occident à marcher ensemble, dans l’unité de la foi et le respect des légitimes diversités, en s’accueillant et en se soutenant mutuellement comme membres de l’unique Corps du Christ” (Ibid., n. 48) !

La Vierge Marie a accompagné de sa prière et de sa présence maternelle la vie et la mission de la toute première communauté chrétienne, autour des Apôtres (cf. Ac 1, 14). Elle a reçu avec eux l’Esprit de Pentecôte ! Qu’elle veille sur le chemin que nous devons maintenant parcourir, pour marcher vers la pleine unité avec nos frères d’Orient et pour accomplir les uns avec les autres, avec disponibilité et enthousiasme, la mission que le Christ Jésus a confiée à son Église. Que la Vierge Marie, si vénérée dans votre pays et tout particulièrement dans les sanctuaires des îles, comme  Vierge de l’Annonciation dans l’île de Tinos, et sous le vocable de Notre-Dame de la Merci, à Faneromeni, dans l’île de Syros, nous conduise toujours à son Fils Jésus (cf. Jn 2, 5). C’est lui le Christ, c’est lui le Fils de Dieu, “la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde” (Jn 1, 9)!

Forts de l’espérance qui nous vient du Christ et soutenus par la prière fraternelle de tous ceux qui nous ont précédés dans la foi, continuons notre pèlerinage terrestre en vrais messagers de la Bonne Nouvelle, joyeux de la louange pascale qui habite nos cœurs et désireux de la faire partager à tous :

“Louez le Seigneur, tous les peuples,
Fêtez-le tous les pays!
Son amour envers nous s’est montré le plus fort;
éternelle est la fidélité du Seigneur!” (Ps 116). Amen.
[in greco]

Irini  passi!  O  Theos  na  evloghi  tin  Ellada!
[La pace sia con voi! Dio benedica la Grecia!]

Je rends grâce au Seigneur de pouvoir accomplir ces journées de pèlerinage sur les pas de l’Apôtre des Nations. Je prie saint Paul de vous accompagner chaque jour. Comme Paul soyez les témoins du Christ!

Je remercie tout d’abord Monsieur le Président de la République pour son invitation et pour son accueil. Je remercie Sa Béatitude Christodoulos et ses collaborateurs pour leur sollicitude envers ce pèlerinage sur les pas de saint Paul. Mes remerciements vont en même temps à Mgr Fóscolos et à tous les évêques catholiques. Merci à vous tous ici présents. Le Christ et l’Église comptent sur vous. Je vous bénis de tout cœur.            

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