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Jean Paul II, Audience Génerale, 16 mai 1979 – (sur le Thème du Bon Pasteur, 2)

15 mai, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/1979/documents/hf_jp-ii_aud_19790516_fr.html

JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 16 mai 1979

(sur le Thème du Bon Pasteur, 2)

1. Je voudrais aujourd’hui revenir encore une fois sur l’image du Bon Pasteur. Cette image, comme nous l’avons dit la semaine dernière, est profondément gravée dans la liturgie du temps pascal. Il en est ainsi parce qu’elle imprègne profondément la conscience de l’Église, en particulier de l’Église des premières générations chrétiennes. Nous en avons un témoignage, entre autres, dans les représentations du Bon Pasteur qui datent de cette période historique. Cette image constitue évidemment une singulière synthèse du mystère du Christ et, en même temps, de sa mission qui se poursuit toujours. « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. » (Jn 10, 11.)
Pour nous qui participons constamment à l’Eucharistie, qui obtenons la rémission de nos péchés dans le sacrement de la réconciliation ; pour nous qui connaissons l’incessante sollicitude du Christ pour l’homme, pour le salut des âmes, pour la dignité de la personne humaine, pour la rectitude et la limpidité des cheminements terrestres de la vie humaine, la figure du Bon Pasteur est aussi éloquente qu’elle l’était pour les premiers chrétiens qui, dans les peintures des catacombes représentant le Christ sous forme du Bon Pasteur, exprimaient la même foi, le même amour et la même gratitude. Et ils les exprimaient en des temps de persécutions où ils étaient menacés de mort à cause de leur foi au Christ ; où ils étaient obligés de chercher des cimetières souterrains pour y prier ensemble et y participer aux saints mystères. Les catacombes de Rome et des autres villes de l’ancien Empire constituent toujours un éloquent témoignage du droit de l’homme à professer publiquement la foi au Christ. Elles sont aussi toujours le témoignage de la force spirituelle qui émane du Bon Pasteur. Il s’est avéré plus puissant que l’ancien empereur, et le secret de cette force c’est la vérité et l’amour dont l’homme a toujours la même faim et dont il n’est jamais rassasié.
2. « Je suis le Bon Pasteur, dit Jésus ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père. » (Jn 10, 14-15) Combien merveilleuse est cette connaissance ! Elle va jusqu’à l’éternelle vérité et à l’amour, dont le nom est le « Père ». C’est précisément de cette source que vient la connaissance particulière qui fait naître la pure confiance. C’est une connaissance réciproque : « Je connais… et elles connaissent. »
Ce n’est pas une connaissance abstraite, une certitude purement intellectuelle qui s’exprime en disant : « Je sais tout de toi. » Une telle connaissance suscite la peur, elle conduit plutôt à se refermer : « Ne touchez pas à mes secrets, laissez- moi tranquille. » « Malheur à la connaissance… qui ne tourne pas à aimer. » (Bossuet, De la connaissance de Dieu et de soi-même, œuvres complètes, Bar-le-Duc 1870, Guérin, p. 86.) Mais le Christ, lui, dit : « Je connais mes brebis », et il s’agit d’une connaissance libératrice qui suscite la confiance. Parce que si l’homme défend l’accès de ses secrets, s’il veut les conserver pour lui seul, il a encore un besoin plus grand : il a « faim et soif » de quelqu’un devant qui il pourrait s’ouvrir, auquel il pourrait se manifester et se révéler lui-même. L’homme est personne et il est de la nature de la personne d’avoir besoin et de garder son secret et de se dévoiler. Ces deux besoins sont étroitement unis, liés l’un à l’autre. L’un se révèle à travers l’autre, et les deux ensemble manifestent le besoin de quelqu’un devant lequel l’homme pourrait se dévoiler. Et plus encore, ils manifestent le besoin de quelqu’un qui pourrait aider l’homme à entrer dans son propre mystère. Mais ce « quelqu’un » doit se gagner la confiance absolue. En se révélant lui-même, il doit confirmer qu’il est digne de cette confiance. Il doit confirmer et révéler qu’il est à la fois Seigneur et serviteur du mystère intérieur de l’homme.
C’est précisément ainsi que le Christ s’est révélé. Lorsqu’il dit: « Je connais mes brebis et mes brebis méconnaissent », ses paroles sont définitivement confirmées par celles qui suivent: « Je donne ma vie pour mes brebis. » (Cf. Jn 10, 11-15.)
Voilà l’image intérieure du Bon Pasteur.
3. Dans l’histoire de l’Église et du christianisme n’ont jamais manqué les hommes qui ont suivi le Christ Bon Pasteur, et ils ne manquent certainement pas aujourd’hui encore. Plus d’une fois, la liturgie se réfère à cette allégorie pour nous présenter certains saints lorsque le calendrier liturgique propose leur fête. Mercredi dernier, nous avons rappelé saint Stanislas, patron de la Pologne, dont nous célébrons cette année le IXe centenaire. Le jour de la fête de cet évêque martyr, nous relisons l’Évangile du Bon Pasteur.
Je voudrais aujourd’hui évoquer un autre personnage dont on célèbre cette année le 250e anniversaire de la canonisation : saint Jean Népomucène. À cette occasion, à la demande du cardinal Tomasek, archevêque de Prague, je lui ai adressé personnellement une lettre spéciale pour l’Église qui est en Tchécoslovaquie et dont je cite quelques phrases : « La grandiose figure de saint Jean est un exemple et un don pour tous. L’histoire nous le montre d’abord comme consacré à l’étude et à la préparation au sacerdoce. Conscient que, selon l’expression de saint Paul, il doit être un autre Christ, il incarne l’idéal de celui qui connaît les mystères de Dieu et qui tend vers la perfection : la perfection des vertus du curé qui sanctifie ses fidèles par l’exemple de ses vertus et de son zèle pour les âmes, et la perfection des vertus du Vicaire général qui s’acquitte scrupuleusement de ses devoirs en esprit d’obéissance à l’Église.
« C’est dans l’exercice de cette charge qu’il trouva le martyre pour la défense des droits et de la légitime liberté de l’Église face aux volontés du roi Venceslas IV, lequel participa personnellement à sa torture, puis le fit jeter du haut d’un pont dans la Moldau.
« Quelques dizaines d’années après sa mort, on commença à dire que le roi l’avait fait tuer parce qu’il n’avait pas voulu violer le secret de la confession. C’est ainsi que, martyr pour la liberté de l’Église, il fut aussi vénéré comme témoin du sceau sacramentel. « Parce qu’il fut prêtre, il semble naturel que les prêtres doivent être les premiers à s’abreuver à sa source, imiter ses vertus et être d’excellents pasteurs. Le Bon Pasteur connaît ses brebis, leurs exigences, leurs besoins. Il les aide à se dégager du péché, à vaincre les obstacles et les difficultés qu’ils rencontrent. À la différence du mercenaire, il va à leur recherche, il les aide à porter leur fardeau et il sait toujours les encourager. Il panse leurs blessures et il les soigne avec sa grâce, surtout au moyen du sacrement de la réconciliation.
« En effet, le Pape, l’évêque et le prêtre ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour les fidèles, de même que les parents vivent pour leurs enfants et que le Christ se donne au service de ses apôtres: « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 28.)
4. Dans l’allégorie du Bon Pasteur, le Christ dit aussi : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. » (Jn 10, 16.)
On peut facilement deviner que Jésus-Christ, parlant directement aux enfants d’Israël, ait souligné la nécessité de la diffusion de l’Évangile et de l’Église, par laquelle la sollicitude du Bon Pasteur s’étendait au-delà des limites du Peuple de l’Ancienne Alliance.
Nous savons que ce processus a commencé dès les temps apostoliques, qu’il s’est poursuivi ensuite et qu’il continue à se poursuivre. Nous avons conscience de l’extension universelle du mystère de la rédemption et aussi de la mission de l’Église.
C’est pourquoi, en terminant notre méditation d’aujourd’hui sur le Bon Pasteur, nous prierons avec une force particulière pour toutes « les autres brebis » que le Christ doit encore conduire à l’unité du bercail, qu’il s’agisse de celles qui ne connaissent pas encore l’Évangile, de celles qui l’ont abandonné pour un motif ou pour un autre ou même de celles qui sont devenues ses adversaires acharnés : les persécuteurs.
Que le Christ prenne sur ses épaules et serre près de lui celles qui, d’elles-mêmes, ne sont pas capables de revenir.
Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis, pour toutes.

LORSQUE LE CARDINAL RATZINGER EXPLIQUAIT QUI ÉTAIT JEAN-PAUL II

8 mai, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-27826?l=french

LORSQUE LE CARDINAL RATZINGER EXPLIQUAIT QUI ÉTAIT JEAN-PAUL II

Document publié par L’Osservatore Romano en français

ROME, Vendredi 6 mai 2011 (ZENIT.org) – « Lorsque le cardinal Ratzinger expliquait qui était Jean-Paul II. S’étant identifié avec l’Eglise, il peut donc en être la voix » : c’est le titre de L’Osservatore Romano en français du jeudi 5 mai qui publie cette traduction intégrale d’un article tiré de l’ouvrage « Jean-Paul II pèlerin de l’Evangile » (Cinisello Balsamo – Turin, Edizioni Paoline – Editrice Saie, 1988).
Le cardinal Joseph Ratzinger « reparcourait et présentait les aspects fondamentaux des dix premières années du pontificat de Karol Wojtyla », explique L’OR.
Qui était Jean-Paul II, par le card. Ratzinger
Jean-Paul II est sans conteste celui qui, à notre époque, a rencontré personnellement le plus grand nombre d’êtres humains. Un nombre incalculable de personnes auxquelles il a serré la main, il a parlé, avec lesquelles il a prié et qu’il a bénies. Si sa charge élevée peut engendrer une certaine distance, son rayonnement personnel crée en revanche la proximité. Même chez les personnes simple, incultes, pauvres, il ne suscite pas une impression de supériorité, d’inaccessibilité ou de crainte, ces sentiments qui frappent si souvent ceux qui se trouvent dans le vestibule des puissants, des autorités. Lorsque l’on a ensuite un contact personnel avec lui, c’est comme si on le connaissait depuis longtemps, comme si on parlait avec un parent proche, avec un ami. Le titre de « Père » (Pape) n’apparaît plus seulement comme un titre, mais comme l’expression de ce rapport réel que l’on éprouve vraiment face à lui.
Tout le monde connaît Jean-Paul II: son visage, sa manière caractéristique de se déplacer et de parler; son immersion dans la prière, sa joie spontanée. Certaines de ses paroles sont inscrites de manière indélébile dans la mémoire, à commencer par le rappel passionné avec lequel il s’est présenté au début de son pontificat: « Ouvrez grandes les portes au Christ, n’ayez pas peur de lui! ». Ou bien encore celles-ci: « On ne peut pas vivre à l’essai, on ne peut pas aimer à l’essai! ». Dans des paroles comme celles-ci, se trouve synthétisé tout un pontificat. C’est comme s’il voulait ouvrir partout des voies d’accès au Christ, comme s’il désirait rendre accessible à tous les hommes le passage vers la vie véritable, vers l’amour véritable. Si, comme Paul, on le trouve toujours inlassablement en chemin, jusqu’aux « confins de la terre », s’il veut être proche de tous et ne perdre aucune occasion d’annoncer la Bonne Nouvelle, ce n’est pas à des fins publicitaires ou par soif de popularité, mais pour que se réalise en lui la parole apostolique: Caritas Christi urget nos (2 Co 5, 14). A ses côtés on le perçoit: l’homme lui tient à cœur parce que Dieu lui tient à cœur.
Très probablement on connaît mieux Jean-Paul II lorsque l’on a concélébré avec lui et que l’on s’est laissé attirer dans l’intense silence de sa prière, plus qu’en analysant ses livres ou ses discours. Car c’est en participant à sa prière que l’on puise ce qui est propre à sa nature, au-delà de toute parole. A partir de ce centre-là s’explique aussi pourquoi, tout en étant un grand intellectuel qui, dans le dialogue culturel du monde contemporain, possède une voix qui lui est propre et d’importance, il a aussi conservé cette simplicité qui lui permet de communiquer avec n’importe quelle personne.
Ici se manifeste aussi un autre élément de cette grande capacité d’intégration, qui distingue le Pape qui vient de Pologne: avoir remplacé le classique « nous » du style pontifical par le « je » personnel et immédiat de l’écrivain et de l’orateur. Une semblable révolution stylistique ne doit pas être sous-évaluée. Au premier abord cela peut nous sembler l’élimination évidente d’un usage désuet, qui n’était plus de notre temps. Mais il ne faut pas oublier que ce « nous » n’était pas seulement une formule de rhétorique courtisane. Lorsque le Pape parle, il ne parle pas en son nom. A ce moment-là, en dernière analyse, n’ont plus aucune importance les théories ou les opinions privées qu’il a élaborées au cours de sa vie, aussi grande que fût leur élévation intellectuelle.
Le Pape ne parle pas comme un homme docte, avec son moi privé ou, pour ainsi dire, comme un soliste sur la scène de l’histoire spirituelle de l’humanité. Il parle en puisant au « nous » de la foi de toute l’Eglise, derrière laquelle le moi a le devoir de disparaître. Il me vient à l’esprit à cet égard le grand Pape humaniste Pie II, Enea Silvio Piccolomini, qui en tant que Pape devait parfois dire, en puisant justement au « nous » de son magistère pontifical, des choses en contradiction avec les théories de ce docte humaniste qu’il avait précédemment été lui-même. Lorsque de telles contradictions apparaissaient, il répondait généralement: Eneam reicite, Pium recipite (« Oubliez Enea, écoutez Pie, le Pape »).
En un certain sens, ce n’est pas un phénomène anodin, si le « je » remplace le « nous ». Mais qui fait l’effort d’étudier avec attention tous les écrits du Pape Jean-Paul II, comprend très vite que ce Pape sait très bien distinguer les opinions personnelles de Karol Wojtyla et son enseignement magistériel en tant que Pape; mais il sait aussi reconnaître que les deux choses ne sont pas réciproquement hétérogènes, mais reflètent une unique personnalité nourrie par la foi de l’Eglise. Le moi, la personnalité, est entièrement entrée au service du « nous ». Il n’a pas rétrogradé le « nous » sur le plan subjectif des opinions privées, mais lui a simplement conféré la densité d’une personnalité tout entière façonnée par ce « nous », tout entière consacrée à son service.
Je crois que cette fusion, mûrie dans la vie et dans la réflexion de foi, entre le « nous » et le « je » fonde de manière essentielle la fascination de cette figure de Pape. La fusion lui permet d’agir dans sa charge sacrée de manière tout à fait libre et naturelle; elle lui permet d’être en tant que Pape entièrement lui-même, sans devoir craindre de trop faire glisser la charge dans le subjectif.
Mais comment cette unité s’est-elle formée? De quelle manière un cheminement personnel de foi, de pensée, de vie conduit à tel point au centre de l’Eglise? C’est une question qui va bien au-delà de la simple curiosité biographique. Car c’est cette « identification » avec l’Eglise sans aucun voile d’hypocrisie et de schizophrénie qui semble impossible aujourd’hui à beaucoup d’hommes qui sont tourmentés dans leur foi.
Dans la théologie, cela est devenu entre temps une sorte de coquetterie à la mode d’afficher une distance critique à l’égard de la foi de l’Eglise et de faire sentir au lecteur que lui, le théologien, n’est pas si ingénu, si acritique et servile au point de placer sa pensée tout entière au service de cette foi. De cette manière, tandis que la foi est dévaluée, les propositions hâtives de ces théologiens ne s’en trouvent en rien réévaluées; elles vieillissent aussi hâtivement qu’elles sont nées. Cela suscite alors à nouveau un grand désir non seulement de repenser intellectuellement la foi de manière loyale, mais aussi de pouvoir la vivre de manière nouvelle.
La vocation de Karol Wojtyla mûrit lorsqu’il travaillait dans une usine de produits chimiques, pendant les horreurs de la guerre et de l’occupation. Il a lui-même défini cette période de quatre ans, vécue dans le monde ouvrier, comme la phase de formation la plus déterminante de sa vie. Dans ce contexte, il a étudié la philosophie, en l’apprenant avec difficulté dans les livres, et le savoir philosophique se présentait à lui au premier abord comme une jungle impénétrable.
Son point de départ a été la philologie, l’amour pour la langue, combinée à l’application artistique de la langue, en tant que représentation de la réalité dans une forme nouvelle de théâtre. Ainsi est née cette espèce particulière de « philosophie » caractéristique du Pape actuel. C’est une pensée en dialectique avec le concret, une pensée fondée sur la grande tradition, mais toujours à la recherche de sa vérification dans la réalité présente. Une pensée qui naît d’un regard artistique et, dans le même temps, est guidée par l’attention du pasteur: tournée vers l’homme pour lui indiquer le chemin.
Il me semble intéressant de suivre dans un premier temps la série chronologique des auteurs déterminants qu’il rencontra au cours de sa formation. Le premier a été, comme il le rapporte lui-même dans son entretien avec André Frossard, un manuel d’introduction à la métaphysique. Si d’autres étudiants tentent uniquement de comprendre d’une manière ou d’une autre la logique d’ensemble de la structure conceptuelle exposée dans le texte et de la fixer dans leur esprit, en lui commença en revanche une lutte pour une compréhension réelle, c’est-à-dire pour saisir le rapport entre concept et expérience, et effectivement, après deux mois de travail difficile, vint comme l’on dit « l’illumination »: « Je découvris quel sens profond avait tout ce que j’avais d’abord uniquement vécu et pressenti ».
Puis vint la rencontre avec Max Scheler et, ensuite, avec la phénoménologie. Cette école philosophique avait la préoccupation, après des controverses infinies sur les frontières et les possibilités de la connaissance humaine, de voir à nouveau simplement les phénomènes comme ils apparaissent, dans leur variété et dans leur richesse. Cette précision du voir, cette intelligence de l’homme non pas à partir d’abstractions et de principes théoriques, mais en cherchant à saisir dans l’amour sa réalité, a été et demeure décisive pour la pensée du Pape.
Enfin, il découvrit assez tôt, avant même sa vocation au sacerdoce, l’œuvre de saint Jean de la Croix, à travers laquelle il s’ouvrit au monde de l’intériorité, « de l’âme ayant mûri dans la grâce ». Les éléments métaphysique, mystique, phénoménologique et esthétique, en se reliant, ouvrent le regard vers les multiples dimensions de la réalité et deviennent à la fin une unique perception synthétique, capable de se mesurer avec tous les phénomènes et d’apprendre à les comprendre, en les transcendant justement.
La crise de la théologie post-conciliaire est dans une large mesure la crise des fondements philosophiques. La philosophie présentée dans les écoles de théologie manquait de richesse perceptive; il lui manquait la phénoménologie et il lui manquait la dimension mystique. Mais lorsque les fondements philosophiques ne sont pas précisés, le sol se dérobe ensuite sous les pieds de la théologie. Parce qu’alors il n’est plus clair jusqu’à quel point l’homme connaît véritablement la réalité, et quelles sont les bases à partir desquelles il peut penser et parler. Ainsi, il me semble que c’est une intervention de la Providence qu’à notre époque soit monté sur la chaire de Pierre un « philosophe », qui fait de la philosophie non pas comme une science de manuel, mais en partant du travail nécessaire pour supporter le choc de la réalité et en partant de la rencontre avec l’homme qui cherche et qui demande.
Karol Wojtyla a été et il est encore l’homme. Son intérêt scientifique fut toujours plus marqué par sa vocation de pasteur. On comprend là que sa collaboration à la Constitution conciliaire sur l’Eglise dans le monde contemporain, dont le texte est marqué de manière centrale par la préoccupation pour l’homme, est devenue une expérience décisive pour le futur Pape.
« Le chemin de l’Eglise, c’est l’homme ». Cette thématique très concrète et très radicale dans sa profondeur, s’est toujours trouvée et se trouve encore au centre de sa pensée qui est aussi action. Il en est résulté que la question de la théologie morale est devenue le centre de son intérêt théologique. Cela aussi était une importante prédisposition humaine par rapport à la tâche de pasteur suprême de l’Eglise. Car la crise de l’orientation philosophique se manifeste du point de vue théologique surtout comme crise de la norme théologico-morale. Ici se trouve le lien entre philosophie et théologie, le pont entre la recherche rationnelle sur l’homme et la tâche théologique, et il est si évident, qu’il est impossible de s’y soustraire. Là où s’écroule l’ancienne métaphysique, les commandements aussi perdent leur lien intérieur: alors la tentation devient grande de les réduire au plan uniquement historique et culturel. Karol Wojtyla avait appris de Max Scheler à explorer, avec une sensibilité humaine jusqu’alors inconnue, l’essence de la virginité, du mariage, de la maternité et de la paternité, le langage du corps et, par conséquent, l’essence de l’amour. Il a synthétisé dans sa pensée les nouvelles découvertes du personnalisme, mais ainsi il a aussi appris à nouveau à comprendre que le corps lui-même parle, que la création parle et nous indique les voies à parcourir: la pensée de l’époque moderne a ouvert pour la théologie morale une dimension nouvelle, et Wojtyla l’a perçue dans une implication continuelle de réflexions et d’expérience, de vocation pastorale et spéculative et il l’a comprise dans son unité avec les grands thèmes de la tradition. Un autre élément encore a été important pour ce chemin de vie et de pensée, pour l’unité d’expérience, de pensée et de foi. Toute la bataille de cet homme ne s’est pas déroulée dans un cercle plus ou moins privé, uniquement dans l’espace interne de l’usine ou dans un séminaire. Elle était entourée des flammes de la grande histoire
La présence de Karol Wojtyla à l’usine fut la conséquence de l’arrestation de ses professeurs universitaires. La tranquillité du cursus académique fut interrompue et remplacée par une période très dure au contact du peuple opprimé. L’appartenance au grand séminaire du cardinal Sapieha était déjà, en tant que telle, un acte de résistance. Ainsi, la question de la liberté, de la dignité et des droits de l’homme, de la responsabilité politique de la foi, ne pénétra pas la pensée du jeune théologien comme un simple problème théorique. C’était la nécessité, très réelle et concrète, de ce moment historique.
Encore une fois, la situation particulière de la Pologne, située au point d’intersection entre l’Est et l’Ouest, était devenue le destin de ce pays. Les critiques du Pape observent fréquemment que, en tant que Polonais, il ne connaît vraiment que la piété traditionnelle, sentimentale, de son pays et ne peut donc pas pleinement comprendre les questions complexes du monde occidental.
Rien de plus insensé qu’une semblable remarque, qui trahit une ignorance complète de l’histoire. Il suffit de lire l’encyclique Slavorum apostoli pour se faire l’idée que c’est précisément de cet héritage polonais dont avait besoin le Pape pour pouvoir penser à l’intérieur d’une multiplicité de culture. La Pologne étant un point d’intersection des civilisations, en particulier des traditions germaniques, romanes, slaves et grecques-byzantines, la question du dialogue des diverses cultures est en Pologne, sous de nombreux aspects, plus ardente qu’ailleurs. Et c’est précisément pourquoi ce Pape est un Pape vraiment œcuménique et vraiment missionnaire, préparé de manière providentielle, dans ce sens aussi, à affronter les questions de la période ayant suivi le Concile Vatican II.
Revenons encore une fois à l’intérêt pastoral et anthropologique du Pape. « Le chemin de l’Eglise c’est l’homme ». Le sens authentique de cette affirmation, souvent mal interprétée, de l’encyclique Redemptor hominis ne peut être vraiment comprise que si l’on rappelle que pour le Pape « l’homme » au sens plein est Jésus Christ. Sa passion pour l’homme n’a rien à voir avec un anthropocentrisme autosuffisant. Ici l’anthropocentrisme est ouvert vers le haut.
Tout anthropocentrisme visant à effacer Dieu comme concurrent de l’homme s’est déjà depuis longtemps renversé en ennui de l’homme et pour l’homme. L’homme ne peut plus se considérer comme le centre du monde. Et il a peur de soi-même en raison de sa propre puissance destructrice. Lorsque l’homme est placé au centre en en excluant Dieu, l’équilibre d’ensemble est bouleversé: résonne alors la parole de la lettre aux Romains (8, 19. 21-22), où il est dit que le monde est entraîné dans la douleur et dans les gémissements de l’homme; corrompu par Adam, il est depuis lors en attente de l’apparition des fils de Dieu, de leur libération. Précisément parce que le Pape a l’homme à cœur, il voudrait ouvrir les portes au Christ. Car c’est uniquement avec la venue du Christ que les fils d’Adam peuvent devenir fils de Dieu, et l’homme et la création entrer dans leur liberté. L’anthropocentrisme du Pape est donc, dans son noyau le plus profond, un théocentrisme. Si sa première encyclique est apparue comme tout entière concentrée sur l’homme, ses trois grandes encycliques se coordonnent naturellement entre elles en un grand triptyque trinitaire: l’anthropocentrisme est chez le Pape un théocentrisme, parce qu’il vit sa vocation pastorale à partir de la prière, il fait son expérience de l’homme dans la communion avec Dieu et c’est à partir de là qu’il a appris à la comprendre.
Une dernière remarque. Le profond amour du Pape pour Marie est assurément, avant tout, un héritage qui lui vient de sa patrie polonaise. Mais l’encyclique mariale démontre combien cette piété mariale a été en lui bibliquement approfondie dans la prière et dans la vie. De la même manière que sa philosophie a été rendue plus concrète et vivifiée à travers la phénoménologie, c’est-à-dire à travers le regard sur la réalité qui apparaît, ainsi le rapport avec le Christ ne reste pas pour le Pape dans l’abstrait des grandes vérités dogmatiques, mais devient une rencontre concrète et humaine avec le Seigneur dans toute sa réalité et de cette manière logiquement aussi une rencontre avec la Mère, dans laquelle l’Israël croyant et l’Eglise en prière se sont faits personne.
Encore une fois, c’est toujours et seulement à partir de cette proximité concrète, où l’on voit le mystère du Christ dans toute la richesse de sa plénitude divine et humaine, que le rapport avec le Seigneur reçoit sa chaleur et sa vitalité. Et naturellement c’est quelque chose qui se répercute sur toute l’image de l’homme que cette réponse de la foi ait pris figure pour toujours dans une femme, en Marie. Qu’ai-je voulu dire avec tout cela? Mon but était de démontrer l’unité entre le mystère et la personne dans la figure du Pape Jean-Paul II. Il s’est réellement « identifié » avec l’Eglise, et il peut donc en être aussi la voix. Tout cela n’est pas dit pour glorifier une créature humaine, mais pour démontrer que croire n’éteint pas la pensée et n’a pas besoin de mettre entre parenthèses l’expérience de notre temps. Au contraire: seule la foi donne à la pensée son ouverture et à l’expérience tout son sens. L’homme ne devient pas libre lorsque qu’il devient un soliste, mais lorsqu’il parvient à trouver le grand contexte auquel il appartient. Dix ans de pontificat de Jean- Paul II. La grandeur de son message apparaît déjà à présent presque incalculable, immense. J’ai voulu tenter d’évoquer en quelques traits les énergies fondamentales qui en constituent la force profonde et, en même temps, de rendre ainsi plus compréhensible la direction qu’il nous indique. Le Seigneur veuille nous conserver longtemps ce Pape, pour qu’il soit pour nous un guide sur la route vers le troisième millénaire de l’histoire chrétienne.

 L’Osservatore Romano – 5 mai 2011

AUSCHWITZ A FAÇONNÉ LA SAINTETÉ DE JEAN-PAUL II

3 mai, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-27768?l=french

AUSCHWITZ A FAÇONNÉ LA SAINTETÉ DE JEAN-PAUL II

ROME, Lundi 2 mai 2011 (ZENIT.org) – « Auschwitz a été l’école de sainteté de Jean-Paul II : je suis convaincu que Karol Wojtyla a compris en ce lieu la vérité sur l’homme, car les questions que chacun se pose ici sont les questions fondamentales sur le sens global de la vie », souligne le père Manfred Deselaers, responsable du programme du Centre de dialogue et de prière d’Oswiecim.
Fondé en 1992 à proximité du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau selon la volonté du cardinal Franciszek Macharski, en accord avec les évêques de toute l’Europe et les représentants des institutions juives, le centre a accueilli jusqu’ici plus de 34.000 personnes, dont une majorité d’allemands, de norvégiens, et d’américains, venus participer aux séminaires et aux exercices spirituels qui y sont proposés.
« Centre de dialogue et de prière », comme l’indique son nom, même si, avertit la brochure d’information, « on a l’impression qu’en ce lieu ont ne peut partir ni de la prière ni du dialogue » mais, rapporte le père Deselaers, « de l’écoute, de la visite au camp de concentration, de la rencontre avec les anciens prisonniers, de l’étude des documents ».
Mais là aussi, ajoute le responsable, il ne s’agit pas seulement de visiter un musée et de regarder les vitrines conservant une quantité impressionnante de montures de lunettes, chaussures, valises, voire même des cheveux ayant appartenu à des prisonniers. En Pologne, explique-t-il, il y a la profonde conviction que le sang des morts parle : il faut se mettre à l’écoute de la voix de la terre d’Auschwitz et prendre le temps de se poser la question : « Que signifie tout cela pour moi ? ».
Et la réponse à cette question est différente « si l’on est polonais ou italien, juif ou catholique, ou prêtre et allemand comme moi », affirme-t-il ajoutant que « le respect réciproque pour les diverses sensibilités, est la première réponse au camp de concentration où prévalait la négation absolue de l’autre ».
Auschwitz. Des classes entières franchissent les grilles d’entrée, passent sous l’écriteau gauche fixé de manière indélébile dans la mémoire collective par des films et monuments « Arbeit macht frei (le travail rend libres) » et défilent dans les ruelles entre les édifices de briques rouges, en silence, beaucoup avec les yeux rouges, en souvenir de ce million et demi au moins d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont perdu la vie de manière terriblement cruelle.
Birkenau met en évidence le caractère systématique de la volonté d’extermination, que traduisent les rangées ordonnées de baraques, les doubles extensions de fil barbelé séparant les fossés creusés par les prisonniers eux-mêmes. Seuls les blocs de ciment des fours crématoires, que les nazis ont fait exploser avant de quitter le camp pour tenter d’occulter leurs crimes, manquent d’ordre, écroulés sur eux-mêmes comme un château de cartes.
Tout suggère une horreur que l’esprit a du mal à accepter que l’on ait pu seulement la concevoir : Comment des personnes ont-elles pu faire cela à leurs semblables ? ». « Beaucoup demandent, raconte le père Deselaers : Où était Dieu? », cette même question que « se posait le prix Nobel de la paix Elie Wiesel : ‘Avant que Dieu me demande où étais-tu ? je lui demande, mais toi, où étais-tu quand mon frère, ma sœur, ma nation, se faisaient tués ?’ ».
« Il n’y a pas de réponses faciles, affirme le père Deselaers, seulement la prière et le silence : dans la théologie successive à Auschwitz on affirme qu’il ne peut y avoir de prière authentique en faisant abstraction de ce lieu ».
Jean-Paul II, selon le responsable du Centre de dialogue et de prière, qui a étudié tous les documents du pape traitant de cette question, « a dans tout ce discours un rôle essentiel ». Non seulement il était évêque d’Auschwitz, car évêque de Cracovie, mais « on peut dire qu’il concevait son sacerdoce comme une réponse à tout ce qui s’était passé durant la seconde guerre mondiale, aux souffrances effroyables que d’autres avaient vécues aussi à sa place ».
En effet, « c’est justement durant la guerre que Wojtyla a décidé de se faire prêtre et d’entrer au séminaire clandestin organisé par le cardinal Adam Sapieha ».
« Pour lui, ajoute le père Deselaers, qui dès son enfance avait des amis juifs, la tragédie d’Auschwitz n’était pas une tragédie abstraite mais faisait partie de sa vie ». Selon le père Deselaers « son fort engagement en faveur de la dignité et des droits de l’homme, la recherche de dialogue entre chrétiens et juifs, la rencontre d’Assise entre les responsables des religions pour que tous coopèrent pour la civilisation de l’amour, les racines de sa tension pour l’unité du genre humain : tout nait de l’expérience d’Auschwitz ».
« En 1965, alors tout jeune évêque, raconte le père Deselaers, Karol Wojtyla est venu à Oswiecim pour la fête de la Toussaint. Il expliqua dans son homélie, comment il était possible de regarder ce lieu avec les yeux de la foi ». Si Auschwitz, a-t-il dit, « nous fait voir jusqu’à quel point l’homme peut être ou peut devenir méchant », on ne saurait néanmoins « se sentir écrasés par cette terrible impression ». Il nous faut « regarder les signes de foi, comme ceux de Maximilien Kolbe ».
Son exemple « nous montre comment Auschwitz met aussi en évidence toute la grandeur de l’homme, tout ce que l’homme ‘peut’ être, en triomphant de la mort au nom de l’amour comme le Christ a fait ».
Et quand il est venu ici comme pape pour la première fois, poursuit le père Deselaers, il affirma que « les victoires sur la haine au nom de l’amour n’appartiennent pas seulement aux croyants et chaque victoire de l’humanité sur un système anti-humain doit être un signal pour nous ».
C’est probablement pour ça aussi qu’Edith Stein, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, qui unit la confession de la foi chrétienne et la tragédie de la shoah, est devenue patronne d’Europe : « Jean-Paul II a voulu dire que si l’Europe cherche son identité dans l’ère moderne elle ne peut oublier Auschwitz ».
Auschwitz a été l’école qui a façonné la sainteté de Jean-Paul II, celle perçue immédiatement par les gens : « Car ici, conclut le père Deselaers, il a compris jusqu’au fond ce que signifie la ‘foi’ pour l’homme d’aujourd’hui. Les peuples du monde entier le comprenaient car il les comprenait ».
Chiara Santomiero

BÉATIFICATION DE JEAN-PAUL II : HOMÉLIE DE BENOÎT XVI

1 mai, 2011

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BÉATIFICATION DE JEAN-PAUL II : HOMÉLIE DE BENOÎT XVI

Texte intégral

 ROME, Dimanche 1er mai 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée durant la célébration de béatification de Jean-Paul II, place Saint-Pierre, ce dimanche matin.
* * *
Chers frères et sœurs !
Il y a six ans désormais, nous nous trouvions sur cette place pour célébrer les funérailles du Pape Jean-Paul II. La douleur causée par sa mort était profonde, mais supérieur était le sentiment qu’une immense grâce enveloppait Rome et le monde entier : la grâce qui était en quelque sorte le fruit de toute la vie de mon aimé Prédécesseur et, en particulier, de son témoignage dans la souffrance. Ce jour-là, nous sentions déjà flotter le parfum de sa sainteté, et le Peuple de Dieu a manifesté de nombreuses manières sa vénération pour lui. C’est pourquoi j’ai voulu, tout en respectant la réglementation en vigueur de l’Église, que sa cause de béatification puisse avancer avec une certaine célérité. Et voici que le jour tant attendu est arrivé ! Il est vite arrivé, car il en a plu ainsi au Seigneur : Jean-Paul II est bienheureux !
Je désire adresser mes cordiales salutations à vous tous qui, pour cette heureuse circonstance, êtes venus si nombreux à Rome de toutes les régions du monde, Messieurs les Cardinaux, Patriarches des Églises Orientales Catholiques, Confrères dans l’Épiscopat et dans le sacerdoce, Délégations officielles, Ambassadeurs et Autorités, personnes consacrées et fidèles laïcs, ainsi qu’à tous ceux qui nous sont unis à travers la radio et la télévision.
Ce dimanche est le deuxième dimanche de Pâques, que le bienheureux Jean-Paul II a dédié à la Divine Miséricorde. C’est pourquoi ce joura été choisi pour la célébration d’aujourd’hui, car, par un dessein providentiel, mon prédécesseur a rendu l’esprit justement la veille au soir de cette fête. Aujourd’hui, de plus, c’est le premier jour du mois de mai, le mois de Marie, et c’est aussi la mémoire de saint Joseph travailleur. Ces éléments contribuent à enrichir notre prière et ils nous aident, nous qui sommes encore pèlerins dans le temps et dans l’espace, tandis qu’au Ciel, la fête parmi les Anges et les Saints est bien différente ! Toutefois unique est Dieu, et unique est le Christ Seigneur qui, comme un pont, relie la terre et le Ciel, et nous, en ce moment, nous nous sentons plus que jamais proches, presque participants de la Liturgie céleste.
« Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » (Jn 20,29). Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus prononce cette béatitude : la béatitude de la foi. Elle nous frappe de façon particulière parce que nous sommes justement réunis pour célébrer une béatification, et plus encore parce qu’aujourd’hui a été proclamé bienheureux un Pape, un Successeur de Pierre, appelé à confirmer ses frères dans la foi. Jean-Paul II est bienheureux pour sa foi, forte et généreuse, apostolique. Et, tout de suite, nous vient à l’esprit cette autre béatitude : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16, 17). Qu’a donc révélé le Père céleste à Simon ? Que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Grâce à cette foi, Simon devient « Pierre », le rocher sur lequel Jésus peut bâtir son Église. La béatitude éternelle de Jean-Paul II, qu’aujourd’hui l’Église a la joie de proclamer, réside entièrement dans ces paroles du Christ : « Tu es heureux, Simon » et « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. ». La béatitude de la foi, que Jean-Paul II aussi a reçue en don de Dieu le Père, pour l’édification de l’Église du Christ.
Cependant notre pensée va à une autre béatitude qui, dans l’Évangile, précède toutes les autres. C’est celle de la Vierge Marie, la Mère du Rédempteur. C’est à elle, qui vient à peine de concevoir Jésus dans son sein, que Sainte Élisabeth dit : « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » (Lc 1, 45). La béatitude de la foi a son modèle en Marie et nous sommes tous heureux que la béatification de Jean-Paul II advienne le premier jour du mois marial, sous le regard maternel de Celle qui, par sa foi, soutient la foi des Apôtres et soutient sans cesse la foi de leurs successeurs, spécialement de ceux qui sont appelés à siéger sur la chaire de Pierre. Marie n’apparaît pas dans les récits de la résurrection du Christ, mais sa présence est comme cachée partout : elle est la Mère, à qui Jésus a confié chacun des disciples et la communauté tout entière. En particulier, nous notons que la présence effective et maternelle de Marie est signalée par saint Jean et par saint Luc dans des contextes qui précèdent ceux de l’Évangile d’aujourd’hui et de la première Lecture : dans le récit de la mort de Jésus, où Marie apparaît au pied de la croix (Jn 19, 25) ; et au début des Actes des Apôtres, qui la montrent au milieu des disciples réunis en prière au Cénacle (Ac 1, 14).
La deuxième Lecture d’aujourd’hui nous parle aussi de la foi, et c’est justement saint Pierre qui écrit, plein d’enthousiasme spirituel, indiquant aux nouveaux baptisés les raisons de leur espérance et de leur joie. J’aime observer que dans ce passage, au début de saPremière Lettre, Pierre n’emploie pas le mode exhortatif, mais indicatif pour s’exprimer ; il écrit en effet : « Vous en tressaillez de joie », et il ajoute : « Sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, sûrsd’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes. » (1 P 1, 6. 8-9). Tout est à l’indicatif, parce qu’existe une nouvelle réalité, engendrée par la résurrection du Christ, une réalité accessible à la foi. « C’est là l’œuvre du Seigneur – dit le Psaume (118, 23) – ce fut une merveille à nos yeux », les yeux de la foi.
Chers frères et sœurs, aujourd’hui, resplendit à nos yeux, dans la pleine lumière spirituelle du Christ Ressuscité, la figure aimée et vénérée de Jean-Paul II. Aujourd’hui, son nom s’ajoute à la foule des saints et bienheureux qu’il a proclamés durant les presque 27 ans de son pontificat, rappelant avec force la vocation universelle à la dimension élevée de la vie chrétienne, à la sainteté, comme l’affirme la Constitution conciliaire Lumen gentium sur l’Église. Tous les membres du Peuple de Dieu – évêques, prêtres, diacres, fidèles laïcs, religieux, religieuses -, nous sommes en marche vers la patrie céleste, où nous a précédé la Vierge Marie, associée de manière particulière et parfaite au mystère du Christ et de l’Église. Karol Wojtyla, d’abord comme Évêque Auxiliaire puis comme Archevêque de Cracovie, a participé au Concile Vatican II et il savait bien que consacrer à Marie le dernier chapitre du Document sur l’Église signifiait placer la Mère du Rédempteur comme image et modèle de sainteté pour chaque chrétien et pour l’Église entière. Cette vision théologique est celle que le bienheureux Jean-Paul II a découverte quand il était jeune et qu’il a ensuite conservée et approfondie toute sa vie. C’est une vision qui est synthétisée dans l’icône biblique du Christ sur la croix ayant auprès de lui Marie, sa mère. Icône qui se trouve dans l’Évangile de Jean (19, 25-27) et qui est résumée dans les armoiries épiscopales puis papales de Karol Wojtyla : une croix d’or, un « M » en bas à droite, et la devise « Totus tuus », qui correspond à la célèbre expression de saint Louis Marie Grignion de Montfort, en laquelle Karol Wojtyla a trouvé un principe fondamental pour sa vie : « Totus tuus ego sum et omnia mea tua sunt. Accipio Te in mea omnia. Praebe mihi cor tuum, Maria – Je suis tout à toi et tout ce que j’ai est à toi. Sois mon guide en tout. Donnes-moi ton cœur, O Marie » (Traité de la vraie dévotion à Marie, nn. 233 et 266).
Dans son Testament, le nouveau bienheureux écrivait : « Lorsque, le jour du 16 octobre 1978, le conclave des Cardinaux choisit Jean-Paul II, le Primat de la Pologne, le Card. Stefan Wyszynski, me dit : « Le devoir du nouveau Pape sera d’introduire l’Église dans le Troisième Millénaire ». Et il ajoutait : « Je désire encore une fois exprimer ma gratitude à l’Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, envers lequel je me sens débiteur avec l’Église tout entière – et surtout avec l’épiscopat tout entier -. Je suis convaincu qu’il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXème siècle nous a offertes. En tant qu’évêque qui a participé à l’événement conciliaire du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et qui seront appelés à le réaliser à l’avenir. Pour ma part, je rends grâce au Pasteur éternel qui m’a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat ». Et quelle est cette « cause » ? Celle-là même que Jean-Paul II a formulée au cours de sa première Messe solennelle sur la place Saint-Pierre, par ces paroles mémorables : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! ». Ce que le Pape nouvellement élu demandait à tous, il l’a fait lui-même le premier : il a ouvert au Christ la société, la culture, les systèmes politiques et économiques, en inversant avec une force de géant – force qui lui venait de Dieu – une tendance qui pouvait sembler irréversible. Par son témoignage de foi, d’amour et de courage apostolique, accompagné d’une grande charge humaine, ce fils exemplaire de la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d’appartenir à l’Église, de parler de l’Évangile. En un mot : il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la vérité est garantie de liberté. De façon plus synthétique encore : il nous a redonné la force de croire au Christ, car le Christ est Redemptor hominis, le Rédempteur de l’homme : thème de sa première Encyclique et fil conducteur de toutes les autres.
Karol Wojtyla est monté sur le siège de Pierre, apportant avec lui sa profonde réflexion sur la confrontation, centrée sur l’homme, entre le marxisme et le christianisme. Son message a été celui-ci : l’homme est le chemin de l’Église, et Christ est le chemin de l’homme. Par ce message, qui est le grand héritage du Concile Vatican II et de son « timonier », le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI, Jean-Paul II a conduit le Peuple de Dieu pour qu’il franchisse le seuil du Troisième Millénaire, qu’il a pu appeler, précisément grâce au Christ, le « seuil de l’espérance ». Oui, à travers le long chemin de préparation au Grand Jubilé, il a donné au Christianisme une orientation renouvelée vers l’avenir, l’avenir de Dieu, transcendant quant à l’histoire, mais qui, quoi qu’il en soit, a une influence sur l’histoire. Cette charge d’espérance qui avait été cédée en quelque sorte au marxisme et à l’idéologie du progrès, il l’a légitimement revendiquée pour le Christianisme, en lui restituant la physionomie authentique de l’espérance, à vivre dans l’histoire avec un esprit d’« avent », dans une existence personnelle et communautaire orientée vers le Christ, plénitude de l’homme et accomplissement de ses attentes de justice et de paix.
Je voudrais enfin rendre grâce à Dieu pour l’expérience personnelle qu’il m’a accordée, en collaborant pendant une longue période avec le bienheureux Pape Jean-Paul II. Auparavant, j’avais déjà eu la possibilité de le connaître et de l’estimer, mais à partir de 1982, quand il m’a appelé à Rome comme Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j’ai pu lui être proche et vénérer toujours plus sa personne pendant 23 ans. Mon service a été soutenu par sa profondeur spirituelle, par la richesse de ses intuitions. L’exemple de sa prière m’a toujours frappé et édifié : il s’immergeait dans la rencontre avec Dieu, même au milieu des multiples obligations de son ministère. Et puis son témoignage dans la souffrance : le Seigneur l’a dépouillé petit à petit de tout, mais il est resté toujours un « rocher », comme le Christ l’a voulu. Sa profonde humilité, enracinée dans son union intime au Christ, lui a permis de continuer à guider l’Église et à donner au monde un message encore plus éloquent précisément au moment où les forces physiques lui venaient à manquer. Il a réalisé ainsi, de manière extraordinaire, la vocation de tout prêtre et évêque : ne plus faire qu’un avec ce Jésus, qu’il reçoit et offre chaque jour dans l’Eucharistie.
Bienheureux es-tu, bien aimé Pape Jean-Paul II, parce que tu as cru ! Continue – nous t’en prions – de soutenir du Ciel la foi du Peuple de Dieu. [Puis, improvisant, Benoît XVI a ajouté :] Tu nous as béni si souvent depuis cette place. Saint-Père, aujourd’hui nous t’en prions, bénis-nous. Amen.

SOEUR MARIE SIMON-PIERRE, GUÉRIE PAR L’INTERCESSION DE JEAN-PAUL II

30 avril, 2011

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SOEUR MARIE SIMON-PIERRE, GUÉRIE PAR L’INTERCESSION DE JEAN-PAUL II

ROME, Vendredi 29 avril 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le témoignage de Soeur Marie Simon-Pierre, religieuse française de la Congrégation des petites soeurs des maternités catholiques, guérie de la maladie de Parkinson de façon soudaine et scientifiquement inexplicable. C’est le miracle qui a été attribué à l’intercession de Jean-Paul II pour sa béatification, dimanche 1er mai.

Témoignage de Sœur  Marie  Simon-Pierre
J’étais atteinte d’une maladie de PARKINSON diagnostiquée en juin 2001, celle-ci était latéralisée à gauche ce qui m’handicapait beaucoup, étant gauchère. La maladie évoluait doucement au début mais, au bout de 3 ans les symptômes s’amplifiaient, accentuant les tremblements, les raideurs, les douleurs, les insomnies… A partir du 2 avril 2005 la maladie me ravageait de semaine en semaine, je me voyais diminuer de jour en jour, je ne pouvais plus écrire, étant gauchère ou si je le faisais, j’étais difficilement lisible. Conduire ne m’était quasiment plus possible hormis sur des trajets très courts
car ma jambe gauche connaissait des périodes de « blocage » et la raideur ne facilitait pas la conduite. Il me fallait de plus en plus de temps pour accomplir mon travail. Celui-ci était devenu très difficile, travaillant en milieu hospitalier. J’étais fatiguée et épuisée.
Après l’annonce du diagnostic, j’avais beaucoup de difficulté à regarder Jean-Paul II à la télévision. Cependant, j’étais très proche de lui par la prière et je savais que lui pouvait comprendre ce que je vivais. De même, j’admirais sa force et son courage qui me stimulaient pour me battre et aimer cette souffrance, car sans amour cela n’avait pas de sens. Je peux dire que c’était un combat au quotidien mais mon seul désir était de le vivre dans la foi et d’adhérer avec amour à la volonté du Père.
A Pâques 2005, je voulais regarder notre Saint Père Jean-Paul II à la télévision car je savais intérieurement que ce serait la dernière fois que je pourrais le voir. Toute la matinée, je me suis préparée à cette rencontre sachant que cela serait très difficile pour moi (il me renvoyait à ce que je serais dans quelques années). Cela était dur pour moi étant relativement jeune. Mais un imprévu dans le service ne me permit pas de le revoir.
Puis, le 2 avril 2005 au soir, nous étions réunies en communauté pour vivre en direct avec ROME la veillée de prière sur la Place Saint Pierre grâce à la chaîne de télévision française du diocèse de Paris (KTO). Avec mes Sœurs, nous avons appris en direct le décès de Jean-Paul II. Pour moi, tout a basculé, c’était l’effondrement, je venais de perdre un ami, celui qui me comprenait et me donnait la force d’avancer.
Dans les jours qui suivirent, je ressentis comme un grand vide mais en même temps j’avais la certitude qu’il était toujours présent.
Le 13 mai, en la fête de Notre Dame de Fatima, le Pape Benoît XVI rend officielle la dispense pour l’ouverture du Procès de Béatification de Jean-Paul II. A partir du 14 mai, mes Sœurs de toutes les communautés de France et d’Afrique ont prié par l’intercession de Jean-Paul II pour demander ma guérison. Elles prieront sans relâche jusqu’à l’annonce de ma guérison.
J’étais à ce moment-là en vacances. Mon temps de repos terminé, je rentre ce 26 mai, complètement épuisée par la maladie. Or, depuis ce 14 mai, un verset de l’Evangile de Saint Jean m’habite : « Si tu crois, tu verras la Gloire de Dieu ».
Le 1er juin, je n’en peux plus, je lutte pour avancer et tenir debout.
Le 2 juin après-midi, je vais trouver ma supérieure pour lui demander d’arrêter mon activité professionnelle. Celle-ci, me demande de tenir encore un peu jusqu’à mon retour de Lourdes au mois d’août et elle ajoute : « Jean-Paul II n’a pas dit son dernier mot. » Au cours de cette rencontre avec ma supérieure, Jean-Paul II était présent à notre échange, échange qui s’est déroulé dans la paix et la sérénité. Elle me tend un stylo et me demande d’écrire « Jean-Paul II », il est 17 heures. Avec beaucoup de difficultés, j’écris « Jean-Paul II ». Devant l’écriture illisible nous restons un long moment en silence. La fin de la journée se déroule comme les autres.
Après la prière du soir de 21 heures, je repassai par mon bureau puis regagnai ma chambre. Il était entre 21h30 et 21h45. J’ai ressenti alors le désir de prendre un stylo pour écrire. Un peu comme si quelqu’un me disait : « prends ton stylo et écris. » A ma grande surprise, l’écriture était très lisible. Je ne compris pas très bien et je me couchai. Cela faisait exactement 2 mois que Jean-Paul II nous avait quitté pour la Maison du Père. A 4h30, je me réveillais, stupéfaite d’avoir dormi. D’un bond, je sortais de mon lit, mon corps n’était plus endolori, plus aucune raideur et intérieurement je n’étais plus la même.
Puis, un appel intérieur, une force me poussait à aller prier devant le Saint-Sacrement. Je descendis à l’oratoire. Je priais devant le Saint Sacrement. Une grande paix m’enveloppait, une sensation de bien-être. Quelque chose de trop grand, un mystère difficile à expliquer avec des mots. Ensuite, toujours devant le Saint-Sacrement, je méditais les mystères lumineux de Jean-Paul II.
Puis, à 6 heures, je suis sortie pour rejoindre mes sœurs à la Chapelle pour un temps d’oraison suivi de l’Eucharistie. J’avais environ 50 mètres à parcourir et là je me suis aperçue que mon bras gauche balançait à la marche contrairement à d’habitude où celui-ci restait immobile le long de mon corps. Je remarquais aussi une légèreté dans tout mon corps, une souplesse que je ne connaissais plus depuis longtemps. Au cours de cette Eucharistie, j’étais habitée par une grande joie et une grande paix. C’était le 3 juin, fête du Cœur Sacré de Jésus. A la sortie de la messe, j’étais convaincue que
j’étais guérie… ma main ne tremblait plus du tout. Je partis écrire de nouveau et à midi j’arrêtai brutalement tous mes médicaments.
Le 7 juin, je me suis rendue comme prévu chez le neurologue qui me suivait depuis 4 ans. Celui-ci a constaté avec surprise la disparition de tous les signes alors que je ne prenais plus de traitement depuis 5 jours. Dès le lendemain, ma supérieure générale a confié notre action de grâce à toutes les communautés. Toute la congrégation a alors commencé une neuvaine d’action de grâce à Jean-Paul II.
Cela fait maintenant 10 mois que j’ai cessé tout traitement. J’ai repris une activité normale, j’écris sans aucune difficulté, je conduis de nouveau et sur de très longues distances. Je peux dire que cela est comme une seconde naissance, une nouvelle vie car rien n’est plus comme avant.
Aujourd’hui, je peux dire qu’un ami est parti loin de notre terre et est cependant si proche maintenant de mon cœur. Il a fait grandir en moi le désir de l’adoration du Saint Sacrement. Et l’amour de l’Eucharistie qui ont une place primordiale dans ma vie de chaque jour.
Ce que le Seigneur m’a donné de vivre par l’intercession de Jean-Paul II est un grand mystère difficile à expliquer avec des mots, tellement c’est grand, tellement c’est fort …mais rien est impossible à Dieu.

Oui, « si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ».

Sœur Marie Simon-Pierre
(Témoignage partagé avec la cause de béatification de Jean-Paul II)

Jean-Paul II et le judaïsme : un pape dévoué à construire un monde meilleur

29 avril, 2011

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Jean-Paul II et le judaïsme : un pape dévoué à construire un monde meilleur

ROME, Jeudi 28 avril 2011 (ZENIT.org) – Le rabbin Jack Bemporad, président du Center for Inter-Religious Understanding, a rappelé dans une interview à L’Osservatore Romano l’importance de l’engagement de Jean-Paul II dans le dialogue judéo-chrétien, qui s’est acquis au long de son pontificat « la plus haute opinion et le plus grand respect » de la communauté juive.
Jean-Paul II était « totalement dévoué à construire un monde meilleur », a-t-il expliqué.
Ancien rabbin des communautés juives du Texas, de Californie et du New Jersey et professeur à l’université pontificale Saint-Thomas d’Aquin, le rabbin Bemporad a été, rappelle le quotidien du Saint-Siège, un interlocuteur privilégié pour les rapports avec l’Eglise.
Il a notamment travaillé avec le cardinal Willebrands (1909-2006) et le cardinal Cassidy – tous deux présidents émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens – pour permettre d’instaurer de pleines relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège.
De ses nombreuses rencontres avec Jean-Paul II, le rabbin Bemporad se souvient de son « humanité » et de son « amour ». « On sentait qu’il s’intéressait à vous et à ce que vous faisiez, aux questions que l’on avait alors sur le cœur ».
Jean-Paul II donnait l’impression d’être « totalement dévoué à construire un monde meilleur pour tous les êtres humains », affirme-t-il en évoquant « son engagement pour un dialogue dans lequel on pouvait être conforme à sa propre foi sans offenser la foi des autres ».
Dans cette interview, le rabbin évoque le voyage mémorable de Jean-Paul II à Jérusalem, en l’an 2000. « Je pense que l’image d’un pape fragile, qui avançait lentement, sans aide, vers le Mur pour y insérer la très belle prière de pardon et de réconciliation, a touché de manière indélébile le cœur des juifs, non seulement de ceux d’Israël mais des juifs du monde entier », estime-t-il.
Il est par ailleurs convaincu « que sa rencontre avec les survivants polonais de la Shoah, qui ont reconnu combien ce pape, dans sa jeunesse, a été témoin de cette horreur, a démontré sa solidarité avec la souffrance du peuple juif ».
A ses yeux, l’acte le plus important du pape polonais vis-à-vis de la communauté juive a été sa visite à la synagogue de Rome. « Quel meilleur moyen pouvait-il y avoir que d’entrer dans la synagogue de Rome et d’embrasser le rabbin Toaff devant le monde entier ? », se demande-t-il.
Pour le rabbin Bemporad, « le peuple juif avait la plus haute opinion et le plus grand respect pour Jean-Paul II. Il a été le premier pape à entrer dans une synagogue et à demander pardon pour les actes antisémites passés, utilisant le mot juif teshuvah, qui signifie non seulement une demande de pardon mais aussi la détermination de prendre une nouvelle direction ».
En plus de cela, Jean-Paul II a été l’artisan de l’établissement de pleines relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège. « Où qu’il aille dans le monde, il a toujours rencontré la communauté juive locale pour établir des liens d’amitié et de compréhension mutuelle. Aucun pape avant lui n’avait fait autant », explique-t-il enfin.
Interrogé sur l’héritage le plus grand laissé par Jean-Paul II, le rabbin Bemporad conclut : « Ne pas abandonner l’espérance, ne pas avoir peur, le pessimisme est un grand péché. Par ailleurs, et cela malheureusement a été oublié, c’était un grand philosophe éthique et moral. Je crois que ses écrits sur la personne et dans le domaine de l’éthique devront être attentivement étudiés par les générations futures ».

Marine Soreau

Jean Paul II: Dieu Sauveur – Lecture: Ep 1, 3

25 avril, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/2004/documents/hf_jp-ii_aud_20040218_fr.html

JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 18 février 2004

Dieu Sauveur – Lecture:  Ep 1, 3-6

1. Le splendide hymne de « bénédiction », qui ouvre la Lettre aux Ephésiens, et qui est proclamée chaque lundi dans la liturgie des Vêpres, fera l’objet d’une série de méditations au cours de notre itinéraire. Pour l’instant, nous nous contentons d’un regard d’ensemble sur ce texte solennel et bien structuré, une sorte de construction majestueuse, destinée à exalter l’oeuvre merveilleuse de Dieu, réalisée pour nous dans le Christ.
On part d’un « début » qui anticipe le temps et la création:  c’est l’éternité divine dans laquelle prend déjà vie un projet qui nous dépasse, une « prédestination », c’est-à-dire le dessein aimant et gratuit d’un destin de salut et de gloire.
2. Dans ce projet transcendant, qui englobe la création et la rédemption, le cosmos et l’histoire humaine, Dieu avait établi « dans sa bienveillance », de « ramener dans le Christ », c’est-à-dire de reporter à un ordre et à un sens profond toutes les réalités, qu’elles soient célestes ou terrestres (cf. 1, 10). Certes, Il est « tête pour l’Eglise, laquelle est son Corps » (1, 22-23), mais il est également le principe vital de référence de l’univers.
La suprématie du Christ s’étend donc aussi bien au cosmos qu’à l’horizon plus spécifique qu’est l’Eglise. Le Christ accomplit une fonction de « plénitude », de sorte que se révèle en Lui le « mystère » (1, 9) caché dans les siècles et que toute la réalité réalise – dans son ordre spécifique et dans sa mesure – le dessein conçu par le Père de toute éternité.
3. Comme nous aurons l’occasion de le voir par la suite, cette sorte de Psaume néotestamentaire fixe l’attention en particulier sur l’histoire du salut qui est l’expression et le signe vivant de la « bienveillance » (1, 9), du « bon plaisir » (1, 6) et de l’amour divin.
Voici alors l’exaltation de la « rédemption à travers le sang » de la croix, la « rémission des péchés », l’effusion abondante « de la richesse de la grâce » (1, 7). Voici la filiation divine du chrétien (cf. 1, 5) et la « connaissance du mystère de la volonté » de Dieu (1, 9), à travers laquelle on entre dans la profondeur de la vie trinitaire elle-même.
4. Après ce regard d’ensemble sur l’hymne qui ouvre la Lettre aux Ephésiens, nous écoutons à présent saint Jean Chrysostome, extraordinaire maître et orateur, interprète attentif de l’Ecriture Sainte, qui vécut au IV siècle et qui devint également Evêque de Constantinople, parmi des difficultés de tout genre et soumis même à l’expérience d’un double exil.
Dans sa Première homélie sur la Lettre aux Ephésiens, en commentant ce Cantique, il réfléchit avec reconnaissance sur la « bénédiction » avec laquelle nous avons été bénis « dans le Christ »:  « Que vous manque-t-il encore? Vous êtes désormais immortel, libre, fils, juste, frère, cohéritier; vous avez pris part à la royauté et aux hommages; tout vous a été octroyé. « Comment, avec lui », est-il écrit, « ne nous donnerait-il pas toute chose? » (Rm 8, 32). Vos prémices (cf. 1 Co 15, 20.23) sont adorées des anges, des chérubins, des séraphins:  que vous manque-t-il encore? » (PG 62, 11).
Dieu a fait tout cela pour nous, poursuit saint Jean Chrysostome « selon le dessein de sa volonté ». Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie que Dieu désire passionnément et aspire ardemment à notre salut. « Pourquoi donc nous aime-t-il à ce point? Quelle est la raison de cette tendresse? C’est sa bonté seule, car la « grâce » procède de la bonté » (ibid., 13).
Précisément pour cela, conclut l’antique Père de l’Eglise, saint Paul affirme que tout fut réalisé « pour la louange de la gloire de sa grâce dont il nous a gratifiés par son bien-aimé ». En effet, Dieu « non seulement nous a déchargés de nos péchés, mais nous a rendus aimables… Dieu a embelli notre âme et l’a rendue charmante, séduisante, aimable ». Et lorsque Paul déclare que Dieu l’a fait à travers le sang de son Fils, saint Jean Chrysostome s’exclame:  « Il n’est rien d’aussi grand que l’effusion du sang de Dieu pour nous; l’adoption et les autres bienfaits n’égalent pas ce sacrifice de son propre fils (cf. Rm 8, 32); c’est une grande chose que d’être déchargés de ses péchés; mais que cela s’opère par le sang du Seigneur, voilà ce qui est grand surtout » (ibid. n. 14).

Le jeudi saint : Messe du soir du Jeudi-saint en mémoire de la Cène du Seigneur – Jean-Paul II – Homélie

20 avril, 2011

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20110421

Le jeudi saint : Messe du soir du Jeudi-saint en mémoire de la Cène du Seigneur

Commentaire du jour
Jean-Paul II  -Homélie (trad. L’Osservatore romano rev.)


« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne »

      « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens…, les aima jusqu’à la fin. » Et voilà que, pendant le repas pascal, la dernière avant son départ vers le Père, se révèle un signe nouveau : le signe de la Nouvelle Alliance. « Jusqu’à la fin » veut dire : jusqu’à se donner lui-même pour eux. Pour nous. Pour tous. « Jusqu’à la fin » veut dire : jusqu’à la fin des temps. Jusqu’à ce que lui-même revienne une autre fois.

      Depuis cette soirée de la dernière Cène, nous tous, fils et filles de la Nouvelle Alliance dans le sang du Christ, nous rappelons sa Pâque, son départ grâce à la mort sur la croix. Mais nous ne nous la rappelons pas seulement. Le sacrement du Corps et du Sang rend présent son sacrifice. Il nous y fait participer toujours de nouveau. Dans ce sacrement, le Christ crucifié et ressuscité est constamment avec nous, constamment il revient à nous sous la forme du pain et du vin, jusqu’à ce qu’il vienne de nouveau, afin que le signe fasse place à la réalité ultime et définitive. Que rendrai-je pour l’amour « jusqu’à la fin » ?

Jean Paul II – Dimanche de Pâques 2005

11 avril, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/messages/urbi/documents/hf_jp-ii_mes_20050327_easter-urbi_fr.html

MESSAGE URBI ET ORBI

DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II

Dimanche de Pâques

27 mars 2005

1. Mane nobiscum, Domine!
Reste avec nous, Seigneur! (cf. Lc 24, 29)
par ces paroles les disciples d’Emmaüs
invitèrent le mystérieux Voyageur
B rester avec eux, alors que parvenait à son terme
le premier jour après le sabbat
au cours duquel l’incroyable était arrivé.
Selon la promesse, le Christ était ressuscité;
mais eux ne le savaient pas encore.
Toutefois, au long de la route, les paroles du Voyageur
avaient progressivement réchauffé leur coeur.
C’est pourquoi ils l’avaient invité: «Reste avec nous».
Puis, assis autour de la table du repas,
ils l’avaient reconnu à la «fraction du pain».
Et aussitôt il avait disparu.
Devant eux restait le pain rompu,
et dans leur coeur, la douceur de ses paroles.

2. Chers Frères et Soeurs,
la Parole et le Pain de l’Eucharistie,
mystère et don de la Pâque,
demeurent au cours des siècles comme la mémoire éternelle
de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ!
Aujourd’hui, Pâque de Résurrection, nous aussi,
avec tous les chrétiens du monde nous répétons:
Jésus, crucifié et ressuscité, reste avec nous!
Reste avec nous, ami fidèle et soutien assuré
de l’humanité en marche sur les routes du temps!
Toi, Parole vivante du Père,
mets confiance et espérance dans le coeur de ceux qui cherchent
le vrai sens de leur existence.
Toi, Pain de vie éternelle, nourris l’homme
affamé de vérité, de liberté, de justice et de paix.

3. Reste avec nous, Parole vivante du Père,
et enseigne-nous des paroles et des gestes de paix:
paix pour la terre consacrée par ton sang
et baignée du sang de tant de victimes innocentes;
paix pour les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique,
là oj tant de sang continue aussi à être versé;
paix pour toute l’humanité, toujours menacée
par le danger de guerres fratricides.
Reste avec nous, Pain de vie éternelle,
rompu et distribué aux convives:
donne-nous, à nous aussi, la force d’une solidarité généreuse
envers les multitudes qui, aujourd’hui encore,
souffrent et meurent de misère et de faim,
qui sont décimées par des épidémies mortelles
ou touchées par de terribles catastrophes naturelles.
Par la force de ta Résurrection
que tous soient aussi rendus participants d’une vie nouvelle.
4. Nous aussi, hommes et femmes du troisième millénaire,
nous avons besoin de Toi, Seigneur ressuscité!
Reste avec nous maintenant et jusqu’à la fin des temps.
Fais que le progrès matériel des peuples
n’estompe jamais les valeurs spirituelles
qui sont l’âme de leur civilisation.
Soutiens-nous, nous t’en prions, sur notre chemin.
En Toi nous croyons, en Toi nous espérons,
parce que Toi seul tu as les paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6, 68).
Mane nobiscum, Domine! Alléluia !

  

LE SALUT VIENT DES JUIFS (Jn 4,22) (Frédéric Manns)

31 mars, 2011

du site:

http://www.christusrex.org/www1/ofm/sbf/dialogue/deux_alliances.html

LE SALUT VIENT DES JUIFS (Jn 4,22)

Frédéric Manns

L’histoire du salut affirme la continuité entre Israël et l’Eglise en même temps que la nouveauté apportée par Jésus de Nazareth. Nostra Aetate est respectueux de la façon différente dont le judaïsme se définit lui-même. Dès le début de son pontificat, à Mayence, le pape Jean-Paul II a osé déclarer: « Nos deux communautés religieuses sont liées au niveau même de leur propre identité »(12 mars 1979). A la grande synagogue de Rome, le pape déclara: « La religion juive ne nous est pas « extrinsèque » mais, en un certain sens elle est « intrinsèque à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et, dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés »(13 avril 1986).
Ces paroles s’inspirent de l’image paulinienne de l’olivier franc qu’est Israël sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les païens (Rm 11,16-24).
Penser cette relation de continuité et de rupture à l’intérieur de l’unique dessein de Dieu est urgent pour qui vit en Israël. Peut-on affirmer qu’il n’existe qu’une seule alliance qui engendre l’unique peuple de Dieu? La continuité entre Israël et l’Eglise serait bien mise en évidence de la sorte. L’argument décisif souvent cité est la phrase de Paul: « les dons de Dieu sont sans repentance ». Israël et l’Eglise unies dans un même dessein de grâce et de miséricorde marcheraient ainsi vers le même but eschatologique. Le Christ n’apporterait aucune rupture alors, mais seulement une nouvelle interprétation de la Loi et une ouverture aux païens. La bénédiction d’Abraham rejoindrait ainsi toutes les nations. Le Christ serait l’anneau de jonction entre les deux communautés.
Cette affirmation contient cependant un risque: elle reprend subtilement la théologie de la substitution qui veut que l’Eglise réalise ce qui est implicite en Israël et le substitue dans le mystère de la rédemption. Elle réduit ensuite la nouveauté chrétienne à la seule ouverture aux païens. Comment expliquer alors la rupture et la discontinuité du message chrétien qu’on ne peut pas attribuer à Paul tout seul. La nouveauté chrétienne d’un Dieu incarné est totalement oubliée. Elle heurte de front le judaïsme. La venue du Messie que le judaïsme attend pour la fin des temps est au centre de la foi chrétienne. Jésus et le Messie de l’espérance hébraïque qui accomplit les promesses faites aux Pères. L’Eglise est consciente de porter l’espérance d’Israël, tout en se distinguant de lui. Les temps eschatologiques sont déjà inaugurés pour les croyants. C’est Jésus qui unit et qui divise à la fois les deux peuples. Il est vrai que les fêtes majeures de l’Eglise sont les fêtes juives célébrées par le Christ. Mais la fête de l’annonciation, de la nativité du Christ et de la Trinité n’ont pas d’antécédents dans le judaïsme.
La théologie des deux alliances a opposé longtemps le judaïsme et le christianisme jusqu’au point de présenter l’Eglise comme substitution d’Israël. Il est donc urgent de souligner que les deux alliances doivent être situées dans l’unique dessein de Dieu. Judaïsme et christianisme doivent demeurer deux réalités ouvertes, dépendantes de l’initiative divine dans l’histoire et orientées vers l’accomplissement des promesses divines. Les chrétiens doivent considérer à la fois le judaïsme dans son autonomie et dans son affinité avec le christianisme. Oublier la particularité historico-salvifique d’Israël signifie s’exposer à un appauvrissement pour le christianisme.
Les modèles herméneutiques proposés dans le passé pour comprendre la relation entre l’Eglise et la Synagogue ont varié: du dualisme d’opposition à la complémentarité en passant par l’allégorisme de la substitution. Plusieurs de ces modèles étaient déjà connus par le judaïsme.
Le modèle dualiste qui oppose le Dieu violent de l’Ancien Testament au Père aimant du Nouveau Testament remonte à Marcion. L’inspiration gnostique qui l’habite n’a pas de bases bibliques: elle oppose le monde, la matière et la chair à l’esprit. Le vin nouveau apporté par Jésus ne peut pas être versé dans les outres de l’Ancien Testament, répétaient les tenants de cette position.
Le modèle allégorique aboutit à la spiritualisation de l’Ancien Testament étudié malgré tout avec amour et zèle. La typologie et la lecture symbolique de l’école d’Alexandrie qui insistent sur le sens spirituel qui dépasse le sens littéral préparent une mentalité inspirée par le dualisme hellénistique où l’Ancien Testament risque de perdre sa consistance et sa valeur historique. Philon avait déjà ouvert cette voie.
Dans le désert de Juda un groupe d’esséniens a manifesté un autre modèle de séparation par rapport à la société juive contemporaine : celui du vrai Israël. Ce modèle de séparation est en fait un modèle de réduction de la communauté aux proportions d’un groupe de parfaits, se proclamant le seul et unique groupe des fils de lumière. Ces gens se partageaient Israël et le monde et plus encore la vérité avec les fils des ténèbres et du mensonge. Leur doctrine dualiste se durcit, il n’y eut plus vraiment d’Israël, mais une communauté retirée de saints assimilée à l’assemblée céleste des anges. Ce groupe vivait en situation permanente de sanctification et se voulait séparé de la masse des hommes. Ce modèle élitiste disparut dans la résistance contre Rome, mais continue à revivre de nos jours dans l’Eglise.
Si le modèle dualiste exploite une logique de contrastes, le modèle anthologique tend à intégrer les différences. Le meilleur de l’Ancien Testament est alors incorporé à l’identité spirituelle de l’Eglise. Un choix s’opère entre ce qui est retenu valable universellement et ce qui apparaît dépassé. Le modèle anthologique finit souvent par devenir un modèle apologétique. L’adage de St Augustin « Novum Testamentum in Vetere latet; Vetus in Novo patet » ouvre la voie à ce type de lecture.
Le modèle des deux voies parallèles de salut qui définit Jésus le sauveur des chrétiens tandis que la Loi aurait le même rôle pour les Juifs, oublie l’affirmation de Paul qui voit en Jésus l’unique médiateur. Cette médiation de salut se fait cependant dans la kénose totale.
Au modèle de la substitution ou du transfert d’alliance le concile Vatican II a voulu apporter d’heureux correctifs. Jésus n’est pas un substitut à Israël, mais l’accomplissement d’Israël. C’est la position officielle que les chrétiens répètent actuellement. Ce qui ne veut pas dire que le christianisme soit l’accomplissement d’Israël.
Un problème sérieux se pose cependant, car tout accomplissement véritable est exhaustif. Derrière et devant lui il n’y a plus rien. On est à nouveau dans une impasse. Les juifs définissent d’ailleurs le christianisme comme le déplacement d’Israël, non pas comme son accomplissement.
Le modèle qu’il faut instaurer lorsqu’on aborde les rapports entre Israël et l’Eglise est un idéal qui respecte la signification religieuse d’Israël et la valeur de l’Ancien Testament en soi. L’appartenance chrétienne à Israël appartient à un modèle original qui remonte à l’Eglise de la circoncision. L’Ancien Testament conserve sa valeur structurale pour le chrétien parce que Jésus l’a observé. L’alliance de Dieu avec son peuple demeure au coeur de l’existence juive. Jésus est le « oui » donné à l’alliance (2 Co 1,20). La réponse du juif proclamée dans le Shema : « tu aimeras » garde sa valeur, parce que Jésus l’a définie comme le premier commandement. Avec Jésus Dieu entre dans l’histoire des hommes pour la transfigurer.
Mais si des chrétiens de la gentilité et des Juifs religieux veulent dialoguer, il sera de moindre utilité de lire ensemble les Ecritures hébraïques qui sont communes. Les chrétiens auront tout à gagner à apprendre à lire les textes rabbiniques avec les Juifs et les Juifs auront tout bénéfice à apprendre à lire le Nouveau Testament avec des chrétiens. Il faut avoir le courage de se poser d’emblée comme différents et de s’instruire en priorité sur ce qui distingue plutôt que de souligner, comme on le fait en général, ce qui unit. Dans un deuxième temps, le problème de l’origine de l’un et de l’autre, celui des liens mutuels pourra être envisagé et approfondi pacifiquement, jusqu’à l’évocation des conflits et des drames du passé qu’on ne peut pas ignorer. Quitter la problématique du vrai ou du faux permet d’entrer dans celle du différent. Chacun se comprendra alors avec sa différence en fonction de ce qu’il doit à l’autre. C’est une démarche d’authenticité plus que de repentance qu’il faut accomplir. Parler de suite de succession ou d’héritage, même de façon corrigée, c’est s’avancer sur un terrain miné et mène à la division.
Dans cette ligne l’accomplissement d’Israël apparaît comme un faux problème. Jésus accomplit seulement les Ecritures. On se libère ainsi du poids bimillénaire d’une démarche polémique aux effets collatéraux nocifs. A l’origine il y eut l’argumentation de Jésus avec les scribes, les Pharisiens et les Sadducéens. Paul de Tarse et Ignace d’Antioche repensèrent ce problème dans un contexte polémique. Le fondateur du christianisme et les penseurs qui l’ont suivi firent un usage pédagogique de l’accomplissement des Ecritures. Avant eux les Esséniens utilisèrent largement ce procédé en vue de montrer que leur communauté donnait aux oracles des prophètes leur sens exact. La question posée est celle de l’interprétation juste des Ecritures et celle de leur signification ultime. S’il y a débat, l’enjeu ne peut être que celui de la vraie Loi, et non celui du véritable Israël. Jésus proclama l’avènement du royaume de Dieu et non pas d’un Israël vrai ou nouveau. Paul nommera la même réalité l’Israël de Dieu par opposition à l’Israël selon la chair. Royaume de Dieu et Israël de Dieu sont synonymes. Mais il s’agit de tout autre chose qu’Israël en tant que groupe national. Cette distinction est fondamentale et conditionne deux identités différentes.
Historiquement le débat devint crucial dans le Dialogue de Justin avec Tryphon. Les deux groupes, chrétien et juif, cherchaient alors à préciser leur identité, plus encore leur légitimité face à un héritage de culture commune. La polémique déjà présente dans le Nouveau Testament prit à chaque étape une charge nouvelle. Le problème herméneutique mal compris aboutira à des dérives, voire même des violences, en répétant le thème de l’accomplissement dont on ne saisissait plus l’objet. La théologie du transfert d’alliance est à évaluer dans ce contexte. Elle sera toujours récusée par les Juifs.
C’est une théologie de la différence et du partenariat qu’il faut avoir le courage d’instaurer pacifiquement, plutôt que de parler d’accomplissement qui répète avec quelques variantes le thème de la substitution. L’image de l’olivier greffé de Paul peut intervenir ici pour justifier ce choix. Du sujet porteur qui reçoit le greffon il ne reste rien qui se distingue et que la vue puisse identifier. Il n’y a plus que l’arbre né de la variété greffée. Une autre image, celle des deux explorateurs qui reviennent du pays de Canaan portant sur leurs épaules une grappe immense, permet de mieux saisir le partenariat. Les deux portent la grappe qui symbolise le Christ. Mais le premier ouvre la voie sans voir celui qui suit, tandis que celui qui ferme la marche voit celui qui ouvre la route à travers la lumière du Christ. C’est ainsi que les Pères de l’Eglise ont expliqué cette scène biblique.
Le Nouveau Testament incarne l’Ancien au sens où l’alliance réalisée en Jésus rend possible la compréhension du pacte dans sa plénitude. Il n’est pas question d’une ou de deux alliances: l’économie du dessein de Dieu est une. Elle affirme l’unique dessein d’amour de Dieu pour son peuple. Il s’agit du mystère de Dieu qui veut englober tous les hommes dans le salut. Les formes de réalisation de ce dessein changent depuis l’alliance avec Noé, celle d’Abraham et celle du Sinaï. L’alliance scellée dans le sang du Christ ne nie pas les autres, mais les intègre toutes. Israël et l’Eglise doivent se définir en termes de différences et de complémentarité. Le Nouveau Testament illumine l’Ancien et l’Ancien donne au Nouveau ses racines solides tout en conservant sa valeur constitutionnelle. La permanence d’Israël en est le signe. L’Eglise n’annule pas Israël, qui continue sa recherche de Dieu à travers les Ecritures. La réconciliation entre les deux peuples a une dimension eschatologique et rappelle que le pèlerinage vers la Jérusalem céleste n’est pas encore achevé, car l’Eglise n’est pas le royaume. Peut-être arrivera-t-on un jour à la sagesse rabbinique qui affirme des écoles de Shammai et de Hillel: Celles-ci et celles-là sont les paroles du Dieu vivant. Ou bien reprendra-t-on la parabole de Jésus: Un père avait deux fils.
Parler du « mystère » d’Israël (Rm 11,25), c’est reconnaître que la signification dernière de l’histoire du salut nous échappe. Tout n’est pas dévoilé parce que tout n’est pas accompli. L’Eglise proclame que Jésus Christ est l’unique Sauveur du monde, et qu’elle vit de sa mort et de sa résurrection. Mais la permanence d’Israël est le signe de ce qui lui manque pour la complète réalisation de sa mission. Face au « déjà là » de l’Eglise, Israël est le témoin du « pas encore ». Le peuple juif et le peuple chrétien sont ainsi dans une situation d’émulation réciproque. Les chrétiens se réjouissent du « déjà là », tandis que les juifs rappellent le « pas encore ». Cette tension est au centre de toute la vie de l’Eglise, puisque dans la liturgie eucharistique elle appelle le retour de son Maître: « Viens. Seigneur Jésus

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