Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS'

PAPE FRANÇOIS (…Rachel, la femme de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin)

16 janvier, 2017

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PAPE FRANÇOIS (…Rachel, la femme de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 4 janvier 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Dans la catéchèse d’aujourd’hui je voudrais contempler avec vous une figure de femme qui nous parle de l’espérance vécue dans les pleurs. L’espérance vécue dans les pleurs. Il s’agit de Rachel, la femme de Jacob et la mère de Joseph et Benjamin, celle qui, comme nous raconte le livre de la Genèse, meurt en donnant le jour à son deuxième enfant, c’est-à-dire Benjamin
Le prophète Jérémie fait référence à Rachel en s’adressant aux Israélites en exil pour les consoler, avec des paroles pleines d’émotion et de poésie ; c’est-à-dire qu’il évoque les pleurs de Rachel mais qu’il donne de l’espérance :

Le Seigneur dit ainsi :
« A Rama,
une voix se fait entendre,
une plainte amère ;
c’est Rachel qui pleure ses fils.
Elle ne veut pas
être consolée pour ses fils,
car ils ne sont plus » (Jr 31, 15).

Dans ces versets, Jérémie présente cette femme de son peuple, la grande matriarche de sa tribu, dans une réalité de douleur et de pleurs, mais en même temps qu’une perspective de vie impensable. Rachel, qui dans le récit de la Génèse était morte en accouchant et avait assumé cette mort pour que son fils puisse vivre, maintenant présentée, en revanche, par le prophète comme vivante à Rama, là où se rassemblaient les déportés, pleure pour ses enfants qui d’une certaine façon sont morts en partant en exil ; des enfants qui, comme elle le dit elle-même, « ne sont plus », ils ont disparu pour toujours.
Et Rachel ne veut pas être consolée pour cela. Son refus exprime la profondeur de sa douleur et l’amertume de ses pleurs. Devant la tragédie de la perte de ses enfants, une mère ne peut pas accepter de paroles ou de gestes de consolation, qui sont toujours inadaptés, jamais en mesure d’adoucir la douleur d’une blessure qui ne peut pas et ne veut pas être cicatrisée. Une douleur proportionnelle à l’amour.
Chaque mère sait tout cela ; et elles sont nombreuses, aujourd’hui aussi, les mères qui pleurent, qui ne se résignent pas à la perte d’un enfant, inconsolables devant une mort impossible à accepter. Rachel porte en elle la douleur de toutes les mères du monde, de chaque époque, et les larmes de chaque être humain qui pleure des pertes irréparables.
Ce refus de Rachel qui ne veut pas être consolée, nous enseigne également la grande délicatesse qui nous est demandée devant la douleur d’autrui. Pour parler d’espérance à celui qui est désespéré, il faut partager son désespoir ; pour essuyer une larme sur le visage de celui qui souffre, il faut unir nos pleurs aux siens. Ce n’est qu’ainsi que nos paroles peuvent être réellement capables de donner un peu d’espérance. Et si je ne peux pas donner une telle parole, avec les pleurs, avec la douleur, mieux vaut le silence ; la caresse, le geste, sans aucune parole.
Et Dieu, avec sa délicatesse et son amour, répond aux pleurs de Rachel par des paroles véritables, pas fausses ; en effet, le texte de Jérémie se poursuit ainsi :

Le Seigneur dit — il répond à ces pleurs :
« Cesse ta plainte,
sèche tes yeux!
Car il est une compensation
pour ta peine
oracle de Yahvé
ils vont revenir du pays ennemi.
Il y a donc espoir pour ton avenir
oracle de Yahvé ils vont revenir, tes fils, sur leur territoire » (Jr 31, 16-17).

Précisément à cause des pleurs de la mère, il y a encore de l’espérance pour ses enfants, qui recommenceront à vivre. Cette femme, qui avait accepté de mourir au moment de son accouchement, pour que son fils puisse vivre, grâce à ses pleurs est à présent début d’une vie nouvelle pour ses enfants exilés, prisonniers, loin de leur patrie. A la douleur et aux pleurs amers de Rachel, le Seigneur répond par une promesse qui, à présent, peut être pour elle un motif de véritable consolation : le peuple pourra revenir d’exil et vivre dans la foi, librement, sa relation avec Dieu. Les larmes ont engendré l’espérance. Et cela n’est pas facile à comprendre, mais c’est vrai. Très souvent, dans notre vie, les larmes sèment l’espérance, ce sont des semences d’espérance.
Comme nous le savons, ce texte de Jérémie est ensuite repris par l’évangéliste Matthieu et appliqué au massacre des innocents (cf. 2, 16-18). Un texte qui nous met face à la tragédie du massacre d’êtres humains sans défense, à l’horreur du pouvoir qui méprise et supprime la vie. Les enfants de Bethléem moururent à cause de Jésus. Et Lui, Agneau innocent, devait ensuite mourir, à son tour, pour nous tous. Le Fils de Dieu est entré dans la douleur de hommes. Il ne faut pas oublier cela. Quand quelqu’un s’adresse à moi et me pose des questions difficiles, par exemple : « Dites-moi, père : pourquoi les enfants souffrent-ils? », vraiment, je ne sais pas quoi répondre. Je dis seulement : « Regarde le Crucifié : Dieu nous a donné son Fils, Il a souffert, et peut-être trouveras-tu là une réponse ». Mais des réponses d’ici [le Pape indique sa tête] il n’y en a pas. Uniquement regarder l’amour de Dieu qui donne son Fils qui offre sa vie pour nous, peut nous indiquer un certain chemin de consolation. Et c’est pour cela que nous disons que le Fils de l’homme est entré dans la douleur des hommes ; il a partagé et a accueilli la mort ; sa Parole est définitivement une parole de consolation, parce qu’elle naît des pleurs.
Et sur la croix ce sera Lui, le Fils mourant, qui donnera une nouvelle fécondité à sa mère, en lui confiant le disciple Jean et en faisant d’elle la mère du peuple des croyants. La mort est vaincue, et c’est ainsi que s’accomplit la prophétie de Jérémie. Les larmes de Marie elles aussi, comme celles de Rachel, ont engendré l’espérance et une vie nouvelle. Merci.
Hier sont parvenues du Brésil les nouvelles dramatiques du massacre qui a eu lieu dans la prison de Manaus, où un affrontement très violent entre bandes rivales a causé des dizaines de morts. J’exprime ma douleur et ma préoccupation pour ce qui est arrivé. J’invite à prier pour les défunts, pour leurs familles, pour tous les détenus de cette prison et pour ceux qui y travaillent. Et je renouvelle l’appel afin que les instituts pénitentiaires soient des lieux de rééducation et de réinsertion sociale, et que les conditions de vie des détenus soient dignes de personnes humaines. Je vous invite à prier pour ces détenus morts et vivants, et également pour tous les détenus du monde, afin que les prisons servent à réinsérer et ne soient pas surpeuplées ; qu’elles soient des lieux de réinsertion. Prions la Vierge, Mère des détenus : Je vous salue Marie…
Frères et sœurs, le prophète Jérémie nous présente Rachel, l’ancêtre du peuple de Dieu, comme un modèle d’espérance dans les larmes. Rachel a perdu pour toujours ses enfants, ils « ne sont plus ». Elle représente la souffrance de toutes les mères du monde et de tous les temps, les larmes de tous ceux qui vivent une perte irréparable. Rachel refuse d’être consolée, refus qui exprime l’amertume de ses larmes et la profondeur de sa souffrance. De fait, pour parler d’espérance à une personne désespérée il faut d’abord partager sa souffrance et s’unir à ses larmes. Le Seigneur répond à celles de Rachel par une promesse qui, maintenant, peut être la cause d’une vraie consolation : le peuple reviendra d’exil et vivra, libre dans la foi. Saint Matthieu applique ce texte de Jérémie à la persécution des innocents, tués à cause de Jésus. Le Fils de Dieu est entré dans la douleur des hommes, il l’a portée jusqu’au bout. Née dans les larmes, sa parole est pour toujours parole de consolation. Les pleurs de Marie également, comme ceux de Rachel, ont suscité l’espérance et la vie nouvelle.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française. La lumière de Noël éclaire désormais toute notre existence. Même si la vie est parfois difficile et les difficultés et les inquiétudes ne manquent pas, je forme le vœu que le Seigneur Jésus vous garde tout au long de cette année dans l’espérance de la foi et qu’il vous accorde la vraie joie des enfants de Dieu. Que Dieu vous bénisse.

 

MESSE DE LA NUIT DE NOËL SOLENNITÉ DE LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST – HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

25 décembre, 2016

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MESSE DE LA NUIT DE NOËL SOLENNITÉ DE LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST –

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique Vaticane

Samedi, 24 décembre 2016

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11). Les paroles de l’apôtre Paul révèlent le mystère de cette nuit sainte : la grâce de Dieu s’est manifestée, son cadeau gratuit ; dans l’Enfant qui nous est donné l’amour de Dieu pour nous se fait concret.
C’est une nuit de gloire, cette gloire proclamée par les anges à Bethléem et aussi par nous dans le monde entier. C’est une nuit de joie, parce que depuis aujourd’hui et pour toujours Dieu, l’Eternel, l’Infini, est Dieu-avec-nous : il n’est pas lointain, nous ne devons pas le chercher dans les orbites célestes ou dans quelque idée mystique ; il est proche, il s’est fait homme et ne se détachera jamais de notre humanité, qu’il a faite sienne. C’est une nuit de lumière : cette lumière, prophétisée par Isaïe (cf. 9, 1), qui illuminerait celui qui marche sur une terre ténébreuse, elle est apparue et elle a enveloppé les bergers de Bethléem (cf. Lc 2, 9).
Les bergers découvrent simplement qu’« un enfant nous est né » (Is 9, 5) et ils comprennent que toute cette gloire, toute cette joie, toute cette lumière se concentrent en un seul point, dans ce signe que l’ange leur a indiqué : « Vous trouverez une nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est le signe de toujours pour trouver Jésus. Non seulement alors, mais aussi aujourd’hui. Si nous voulons fêter le vrai Noël, contemplons ce signe : la simplicité fragile d’un petit nouveau-né, la douceur de son être couché, la tendre affection des langes qui l’enveloppent. Là est Dieu.
Et avec ce signe, l’Evangile nous dévoile un paradoxe : il parle de l’Empereur, du Gouverneur, des grands de ce temps, mais Dieu ne se fait pas présent là ; il n’apparaît pas dans la salle noble d’un palais royal, mais dans la pauvreté d’une étable ; non dans les fastes de l’apparence, mais dans la simplicité de la vie ; non dans le pouvoir, mais dans une petitesse qui surprend. Et pour le rencontrer il faut aller là, où il se tient : il faut s’incliner, s’abaisser, se faire petits. L’Enfant qui naît nous interpelle : il nous appelle à laisser les illusions de l’éphémère pour aller à l’essentiel, à renoncer à nos prétentions insatiables, à abandonner l’insatisfaction pérenne et la tristesse pour quelque chose qui toujours nous manquera. Cela nous fera du bien de laisser ces choses pour retrouver dans la simplicité de Dieu-enfant la paix, la joie, le sens lumineux de la vie.
Laissons-nous interpeller par l’Enfant dans la mangeoire, mais laissons-nous interpeller aussi par des enfants qui, aujourd’hui, ne sont pas couchés dans un berceau et caressés par la tendresse d’une mère et d’un père, mais qui gisent dans les sordides “mangeoires de la dignité” : dans le refuge souterrain pour échapper aux bombardements, sur les trottoirs d’une grande ville, au fond d’une embarcation surchargée de migrants. Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par ceux qui pleurent parce que personne ne rassasie leur faim, par ceux qui ne tiennent pas dans leurs mains des jouets, mais des armes.
Le mystère de Noël, qui est lumière et joie, interpelle et bouleverse, parce qu’il est en même temps un mystère d’espérance et de tristesse. Il porte avec lui une saveur de tristesse, en tant que l’amour n’est pas accueilli, la vie est rejetée. C’est ce qui arrive à Joseph et Marie, qui trouvèrent les portes fermées et déposèrent l’enfant dans une mangeoire, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (v. 7). Jésus naît dans le refus de certains et dans l’indifférence de la plupart. Aujourd’hui aussi il peut y avoir la même indifférence, quand Noël devient une fête où les protagonistes sont nous, au lieu de Lui ; quand les lumières du commerce jettent dans l’ombre la lumière de Dieu ; quand nous nous donnons du mal pour les cadeaux et restons insensibles à celui qui est exclus. Cette mondanité nous a pris Noël en otage, il faut s’en libérer !
Mais Noël a surtout une saveur d’espérance parce que, malgré nos ténèbres, la lumière de Dieu resplendit. Sa lumière gracieuse ne fait pas peur ; Dieu, épris de nous, nous attire par sa tendresse, naissant pauvre et fragile au milieu de nous, comme un de nous. Il naît à Bethléem, qui signifie “maison du pain”. Il semble ainsi vouloir nous dire qu’il naît comme pain pour nous ; il vient à la vie pour nous donner sa vie ; il vient dans notre monde pour nous porter son amour. Il ne vient pas pour dévorer et pour commander, mais pour nourrir et servir. Ainsi, il y a un fil direct qui relie la crèche et la croix, où Jésus sera pain rompu : c’est le fil direct de l’amour qui se donne et nous sauve, qui donne lumière à notre vie, paix à nos cœurs.
Ils l’ont compris, en cette nuit, les bergers, qui étaient parmi les exclus d’alors. Mais personne n’est exclus aux yeux de Dieu et ce furent vraiment eux les invités de Noël. Celui qui était sûr de lui, autosuffisant, était chez lui au milieu de ses affaires ; les bergers au contraire « allèrent, sans hésitation » (cf. Lc 2, 16). Nous aussi, laissons-nous interpeller et convoquer cette nuit par Jésus, allons à Lui avec confiance, à partir de ce en quoi nous nous sentons exclus, à partir de nos limites, à partir de nos péchés. Laissons-nous toucher par la tendresse qui sauve ; approchons-nous de Dieu qui se fait proche, arrêtons-nous pour regarder la crèche, imaginons la naissance de Jésus : la lumière et la paix, la plus grande pauvreté et le refus. Entrons dans le vrai Noël avec les bergers, portons à Jésus ce que nous sommes, nos exclusions, nos blessures non guéries, nos péchés. Ainsi, en Jésus, nous goûterons le véritable esprit de Noël : la beauté d’être aimés de Dieu. Avec Marie et Joseph, restons devant la crèche, devant Jésus qui naît comme pain pour ma vie. Contemplant son amour humble et infini, disons-lui simplement merci : merci, parce que tu as fait tout cela pour moi.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (l’espérance chrétienne)

14 décembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2016/documents/papa-francesco_20161207_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 7 décembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. C’est très important, parce que l’espérance ne déçoit pas. L’optimisme déçoit, l’espérance non! Nous en avons tant besoin, en ces temps qui paraissent obscurs, dans lesquels nous sommes parfois égarés devant le mal et la violence qui nous entourent, devant la douleur de tant de nos frères. Il faut de l’espérance! Nous nous sentons égarés et même un peu découragés, parce que nous sommes impuissants et il nous semble que cette obscurité ne finira jamais.
Mais il ne faut pas laisser l’espérance nous abandonner, parce que Dieu, avec son amour, marche avec nous. « J’espère, parce que Dieu est à mes côtés » : cela, nous pouvons tous le dire. Chacun de nous peut dire : « J’espère, j’ai de l’espérance, parce que Dieu marche à mes côtés ». Il marche et me tient par la main. Dieu ne nous laisse pas seuls. Le Seigneur Jésus a vaincu le mal et nous a ouvert la voix de la vie.
C’est pourquoi, en particulier en ce temps de l’Avent, qui est le temps de l’attente, au cours duquel nous nous préparons à accueillir une fois de plus le mystère réconfortant de l’Incarnation et la lumière de Noël, il est important de réfléchir sur l’espérance. Laissons le Seigneur nous enseigner ce que signifie espérer. Ecoutons donc les paroles de l’Ecriture Sainte, en commençant par le prophète Isaïe, le grand prophète de l’Avent, le grand messager de l’espérance.

Dans la deuxième partie de son livre, Isaïe s’adresse au peuple avec une annonce de consolation :

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
Parlez au cœur de Jérusalem
et criez-lui que son service est accompli,
que sa faute est expiée [...] ».
Une voix crie :
« Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit comblée,
toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée ;
alors la gloire de Yahvé se révélera
et toute chair, d’un coup, la verra,
car la bouche de Yahvé a parlé » (40, 1-2.3-5).

Dieu le Père console en suscitant des consolateurs, auxquels il demande de réconforter le peuple, ses fils, en annonçant que leur épreuve est terminée, que leur douleur est finie et que leur péché a été pardonné. C’est cela qui guérit le cœur affligé et effrayé. C’est pourquoi le prophète demande de préparer la voie au Seigneur, en s’ouvrant à ses dons et à son salut.
La consolation, pour le peuple, commence avec la possibilité de marcher sur la voie de Dieu, une voie nouvelle, rendue droite et pouvant être parcourue, une voie à préparer dans le désert, afin de pouvoir le traverser et de revenir dans sa patrie. Parce que le peuple auquel le prophète s’adresse vivait la tragédie de l’exil à Babylone, et à présent, en revanche, il s’entend dire qu’il pourra retourner sur sa terre, à travers une route rendue commode et large, sans vallée ni montagne qui rendent le chemin fatigant, une route aplanie dans le désert. Préparer cette route veut donc dire préparer un chemin de salut et de libération de tout obstacle et empêchement.
L’exil avait été un moment dramatique dans l’histoire d’Israël, quand le peuple avait tout perdu. Le peuple avait perdu sa patrie, sa liberté, sa dignité, et aussi sa confiance en Dieu. Il se sentait abandonné et sans espérance. Au contraire, voici l’appel du prophète qui rouvre le cœur à la foi. Le désert est un lieu dans lequel il est difficile de vivre, mais c’est précisément là que l’on pourra à présent marcher pour retourner non seulement dans sa patrie, mais revenir à Dieu, et recommencer à espérer et à sourire. Quand nous sommes dans l’obscurité, dans les difficultés, nous n’avons pas envie de sourire, et c’est précisément l’espérance qui nous enseigne à sourire pour trouver cette route qui conduit à Dieu. L’une des premières choses qui arrivent aux personnes qui se détachent de Dieu est que ce sont des personnes sans sourire. Peut-être sont-elles capables d’éclats de rire, elles en font l’un après l’autre, une blague, un éclat de rire… Mais il manque le sourire! Seule l’espérance donne le sourire : c’est le sourire de l’espérance de trouver Dieu.
La vie est souvent un désert, il est difficile de marcher dans la vie, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir belle et large comme une autoroute. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, il suffit de continuer à croire, toujours, malgré tout. Quand nous trouvons devant un enfant, peut-être pouvons-nous avoir beaucoup de problèmes et de difficultés, mais nous avons en nous le sourire, parce que nous sommes face à l’espérance : un enfant est une espérance! Et ainsi, nous devons savoir voir dans la vie le chemin de l’espérance qui nous conduit à trouver Dieu, Dieu qui s’est fait Enfant pour nous. Et cela nous fera sourire, cela nous donnera tout!
Ces paroles d’Isaïe sont ensuite précisément utilisées par Jean-Baptiste dans sa prédication qui invitait à la conversion. Il disait : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3, 3). C’est une voix qui crie là où il semble que personne ne puisse écouter — mais qui peut écouter dans le désert? —, qui crie dans l’égarement dû à la crise de la foi. Nous ne pouvons pas nier que le monde d’aujourd’hui vit une crise de la foi. On dit : « Je crois en Dieu, je suis chrétien » — « Je suis de cette religion… ». Mais ta vie est bien loin d’être chrétienne ; elle est bien loin de Dieu! La religion, la foi, est tombée dans une expression : « Est-ce que je crois? » — « Oui! ». Mais ici, il s’agit de revenir à Dieu, de convertir le cœur à Dieu et d’aller sur cette route pour le trouver. Il nous attend. Telle est la prédication de Jean-Baptiste : préparer. Préparer la rencontre avec cet Enfant qui nous redonnera le sourire. Quand Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus, c’est comme si les Israélites étaient encore en exil, parce qu’ils sont sous la domination romaine, qui les rend étrangers dans leur propre patrie, gouvernés par des occupants puissants qui décident de leurs vies. Mais la véritable histoire n’est pas celle faite par les puissants, mais celle faite par Dieu avec ses petits. La véritable histoire — celle qui restera pour l’éternité — est celle qu’écrit Dieu avec ses petits : Dieu avec Marie, Dieu avec Jésus, Dieu avec Joseph, Dieu avec les petits. Ces petits et simples que nous trouvons autour de Jésus qui naît : Zacharie et Elisabeth, âgés et frappés par la stérilité, Marie, jeune fille vierge promise en mariage à Joseph, les pasteurs, qui étaient méprisés et qui ne comptaient pas. Ce sont les petits, rendus grands par leur foi, les petits qui savent continuer à espérer. Et l’espérance est la vertu des petits. Les grands, les satisfaits, ne connaissent pas l’espérance ; ils ne savent pas ce que c’est.
Ce sont eux, les petits avec Dieu, avec Jésus, qui transforment le désert de l’exil, de la solitude désespérée, de la souffrance, en une route aplanie sur laquelle marcher pour aller à la rencontre de la gloire du Seigneur. Et nous venons au fait : laissons-nous enseigner l’espérance. Attendons avec confiance la venue du Seigneur, et quel que soit le désert de nos vies — chacun sait dans quel désert il marche — il deviendra un jardin fleuri. L’espérance ne déçoit pas!

Frères et sœurs, nous commençons une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. En ce temps de l’Avent, temps de l’attente, il est particulièrement important de réfléchir sur l’espérance. Dans son Livre, le prophète Isaïe adresse au peuple une annonce de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Dieu le Père console en suscitant des consolateurs à qui il demande d’encourager le peuple. Pour cela le prophète invite à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de salut. La consolation commence par la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu, un chemin à préparer dans le désert pour pouvoir retourner chez soi, un chemin de salut et de libération. Le désert est un lieu où il est difficile de vivre, mais on peut y marcher non seulement pour revenir chez soi, mais pour revenir à Dieu, espérer et sourire. La vie est souvent un désert, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir une autoroute belle et large. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, de continuer à croire, toujours, malgré tout. Et, comme nous le montrent ceux qui entourent Jésus à sa naissance, ce sont les petits, rendus grands par leur foi, qui savent continuer à espérer. Laissons-nous donc enseigner l’espérance, attendons avec confiance la venue du Seigneur et quel que soit le désert de nos vies, il deviendra un jardin florissant.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le collège Saint-Régis Saint-Michel, du Puy-en-Velay, et les membres du « service d’optimisation des homélies ». A la veille de la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, demandons-lui de nous aider à marcher dans l’espérance à la rencontre de son Fils et à accueillir avec joie sa venue. Que Dieu vous bénisse!

Au cours des prochains jours seront célébrées deux importantes journées promues par les Nations unies : celle contre la corruption — le 9 décembre — et celle pour les droits humains — le 10 décembre —. Ce sont deux réalités étroitement liées : la corruption est l’aspect négatif à combattre, en commençant par la conscience personnelle et en veillant sur les domaines de la vie civile, en particulier sur ceux qui sont le plus menacés ; les droits humains sont l’aspect positif à promouvoir de façon toujours plus résolue, afin que personne ne soit exclu de la reconnaissance effective des droits fondamentaux de la personne humaine. Que le Seigneur nous soutienne dans ce double engagement.

PAPE FRANÇOIS (…prier pour les vivants et pour les morts)

8 décembre, 2016

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PAPE FRANÇOIS (…prier pour les vivants et pour les morts)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 30 novembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Avec la catéchèse d’aujourd’hui, nous concluons le cycle consacré à la miséricorde. Les catéchèses finissent, mais la miséricorde doit continuer! Rendons grâce au Seigneur pour tout cela et conservons-le dans notre cœur comme consolation et réconfort.
La dernière œuvre de miséricorde spirituelle demande de prier pour les vivants et pour les morts. Nous pouvons y ajouter également la dernière œuvre de miséricorde corporelle qui invite à ensevelir les morts. Cette dernière peut sembler une demande étrange ; mais dans certaines parties du monde qui vivent sous le joug de la guerre, avec des bombardements qui, jour et nuit, sèment la peur et des victimes innocentes, cette œuvre est tristement actuelle. La Bible donne un bel exemple à ce propos : celui du vieux Tobie qui, au risque de sa vie, enterrait les morts malgré l’interdiction du roi (cf. Tb 1, 17-19 ; 2, 2-4). Aujourd’hui aussi, certaines personnes risquent leur vie pour donner une sépulture aux pauvres victimes des guerres. Cette œuvre de miséricorde corporelle n’est donc pas éloignée de notre existence quotidienne. Et cela nous fait penser à ce qui a lieu le Vendredi Saint, quand la Vierge Marie, avec Jean et d’autres femmes, se tenaient auprès de la croix de Jésus. Après sa mort, vint Joseph d’Arimathie, un homme riche, membre du Sanhédrin mais devenu disciple de Jésus, et il offrit pour lui son nouveau tombeau, creusé dans la roche. Il alla personnellement voir Pilate et demanda le corps de Jésus ; une véritable œuvre de miséricorde faite avec un grand courage (cf. Mr 27, 57-60)! Pour les chrétiens, la sépulture est un acte de piété, mais également un acte de grande foi. Nous déposons dans la tombe le corps de nos proches, dans l’espoir de leur résurrection (cf. 1 Co 15, 1-34). C’est un rite qui demeure très fort et présent dans notre peuple, et qui trouve des échos particuliers en ce mois de novembre consacré notamment au souvenir et à la prière pour les défunts.
Prier pour les morts est, avant tout, un signe de reconnaissance pour le témoignage qu’ils nous ont laissé et le bien qu’il ont fait. C’est une action de grâce au Seigneur pour nous les avoir donnés et pour leur amour et leur amitié. L’Église prie pour les défunts de façon particulière au cours de la Messe. Le prêtre dit : « Souviens-toi de tes serviteurs qui nous ont précédés, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix. Pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté : qu’ils entrent dans la joie, la paix et la lumière » (canon romain). Un souvenir simple, concret, chargé de signification, parce qu’il confie nos proches à la miséricorde de Dieu. Prions avec espérance chrétienne pour qu’ils soient avec Lui au paradis, dans l’attente de nous retrouver ensemble dans ce mystère d’amour que nous ne comprenons pas, mais que nous savons être vrai parce qu’il est une promesse que Jésus a faite. Nous ressusciterons tous et nous demeurerons tous pour toujours avec Jésus, avec Lui.
Le souvenir des fidèles défunts ne doit pas nous faire oublier également de prier pour les vivants qui affrontent avec nous chaque jour les épreuves de la vie. La nécessité de cette prière est encore plus évidente si nous la plaçons à la lumière de la profession de foi qui dit : « Je crois à la communion des saints ». C’est le mystère qui exprime la beauté de la miséricorde que Jésus nous a révélée. La communion des saints, en effet, indique que nous sommes tous plongés dans la vie de Dieu et que nous vivons dans son amour. Tous, vivants et morts, nous sommes dans la communion, c’est-à-dire comme une union ; unis dans la communauté de ceux qui ont reçu le baptême, et de ceux qui se sont nourris du Corps du Christ et qui font partie de la grande famille de Dieu. Nous sommes tous la même famille, unis. Et pour cela nous prions les uns pour les autres.
Combien de façons différentes y a-t-il de prier pour notre prochain! Elles sont toutes valables et agrées par Dieu si elles sont faites avec le cœur. Je pense en particulier aux mères et aux pères qui bénissent leurs enfants le matin et le soir. Il y a encore cette habitude dans certaines familles : bénir l’enfant est une prière ; je pense à la prière pour les personnes malades, quand nous allons leur rendre visite et que nous prions pour elles ; à l’intercession silencieuse, parfois avec les larmes, dans de nombreuses situations difficiles pour lesquelles il faut prier. Hier, un brave homme est venu à la Messe à Sainte-Marthe, un entrepreneur. Ce jeune homme doit fermer son usine parce qu’il ne s’en sort pas et il pleurait en disant : « Je n’ai pas le courage de laisser plus de 50 familles sans travail. Je pourrais déclarer banqueroute : je rentre chez moi avec mon argent, mais mon cœur pleurera toute la vie pour ces 50 familles ». Voilà un bon chrétien qui prie avec les œuvres : il est venu à la Messe prier pour que le Seigneur lui indique une issue, pas seulement pour lui, mais pour les 50 familles. C’est un homme qui sait prier, avec le cœur et concrètement, il sait prier pour son prochain. Il est dans une situation difficile. Et il ne cherche pas l’issue la plus facile : « Qu’ils se débrouillent ». Voilà un chrétien. Cela m’a fait tant de bien de l’écouter! Et peut-être y en a-t-il beaucoup, aujourd’hui, en ce moment où tant de gens souffrent du manque de travail ; je pense également à l’action de grâce pour une bonne nouvelle qui concerne un ami, un parent, un collègue… : « Merci, Seigneur, pour cette belle chose! », cela aussi est prier pour les autres! Rendre grâce au Seigneur quand les choses vont bien. Parfois, comme dit saint Paul, « nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables » (Rm 8, 26). C’est l’Esprit qui prie en nous. Ouvrons donc notre cœur, de façon à ce que l’Esprit Saint, en scrutant les désirs qui sont au plus profond de nous, puisse les purifier et les porter à leur accomplissement. Quoi qu’il en soit, pour nous et pour les autres, demandons toujours que soit faite la volonté de Dieu, comme dans le Notre Père, parce que sa volonté est assurément le bien le plus grand, le bien d’un Père qui ne nous abandonne jamais : prier et laisser l’Esprit Saint prier en nous. Et cela est beau dans la vie : prie en rendant grâce, en louant Dieu, en demandant quelque chose, en pleurant quand il y a des difficultés, comme cet homme. Mais que le cœur soit toujours ouvert à l’Esprit afin qu’il prie en nous, avec nous et pour nous.
En concluant ces catéchèses sur la miséricorde, engageons-nous à prier les uns pour les autres afin que les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle deviennent toujours plus le style de notre vie. Les catéchèses, comme je l’ai dit au début, finissent ici. Nous avons parcouru les 14 œuvres de miséricorde mais la miséricorde continue et nous devons l’exercer de ces 14 façons. Merci.

PAPE FRANÇOIS – 37. CONSEILLER ET ENSEIGNER

1 décembre, 2016

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PAPE FRANÇOIS – 37. CONSEILLER ET ENSEIGNER

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 23 novembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Le jubilé étant fini, nous revenons aujourd’hui à la normalité, mais il reste encore quelques réflexions sur les œuvres de miséricorde, c’est pourquoi nous continuons sur ce thème.
La réflexion sur les œuvres de miséricorde spirituelle concerne aujourd’hui deux actions profondément liées entre elles : conseiller ceux qui sont dans le doute et enseigner les ignorants, c’est-à-dire ceux qui ne savent pas. La parole ignorant est trop forte, mais elle signifie ceux qui ne savent pas quelque chose et à qui il faut enseigner. Ce sont des œuvres que l’on peut vivre aussi bien dans une dimension simple, familiale, à la portée de tous, que — en particulier la deuxième, celle d’enseigner — sur un plan plus institutionnel, organisé. Pensons par exemple au nombre d’enfants qui souffrent encore d’analphabétisme. Cela n’est pas compréhensible : dans un monde où le progrès technique et scientifique est arrivé aussi loin, il y a des enfants analphabètes! C’est une injustice. Combien d’enfants souffrent du manque d’instruction. C’est une situation de grande injustice qui entache la dignité même de la personne. De plus, sans instruction, on devient facilement la proie de l’exploitation et de diverses formes de difficultés sociales.
Au cours des siècles, l’Église a ressenti l’exigence de s’engager dans le domaine de l’instruction, car sa mission d’évangéliser comporte l’engagement de rendre leur dignité aux plus pauvres. Du premier exemple d’une « école » fondée précisément ici, à Rome, par saint Justin, au IIe siècle, pour que les chrétiens connaissent mieux l’Ecriture Sainte, jusqu’à saint Joseph Calasanzio, qui ouvrit les premières écoles gratuites d’Europe, nous avons une longue liste de saints et de saintes qui, à diverses époques, ont apporté l’instruction aux plus défavorisés, sachant qu’à travers cette route, ils auraient pu dépasser la pauvreté et les discriminations. Que de chrétiens, laïcs, frères et sœurs consacrées, prêtres, ont donné leur vie pour l’instruction, pour l’éducation des enfants et des jeunes. Cela est grand : je vous invite à leur rendre hommage par un bel applaudissement [applaudissement des fidèles]. Ces pionniers de l’instruction avaient compris jusqu’au bout l’œuvre de miséricorde et en avaient fait un style de vie capable de transformer la société elle-même. A travers un travail simple et quelques structures, ils ont su rendre leur dignité à de nombreuses personnes! Et l’instruction qu’ils donnaient était souvent orientée également vers le travail. Pensons à saint Jean Bosco, qui préparait au travail de jeunes garçons des rues, à l’oratoire et ensuite dans les écoles, les bureaux. C’est ainsi que sont nées de nombreuses différents écoles professionnelles, qui formaient au travail tout en éduquant aux valeurs humaines et chrétiennes. L’instruction est donc vraiment une forme particulière d’évangélisation.
Plus l’instruction se développe et plus les personnes acquièrent des certitudes et une conscience, dont nous avons tous besoin dans la vie. Une bonne instruction nous enseigne la méthode critique, qui comprend également un certain type de doute, utile pour poser des questions et vérifier les résultats atteints, en vue d’une plus grande connaissance. Mais l’œuvre de miséricorde de conseiller ceux qui sont dans le doute ne concerne pas ce type de doute. Exprimer la miséricorde envers les personnes dans le doute revient, en revanche, à adoucir cette douleur et cette souffrance qui proviennent de la peur et de l’angoisse et qui sont les conséquences du doute. Il s’agit donc d’un véritable acte d’amour, par lequel on entend soutenir une personne dans une situation de faiblesse provoquée par l’incertitude.
Je pense que quelqu’un pourrait me demander : « Père, j’ai tellement de doutes sur la foi, que dois-je faire? » Vous n’avez jamais de doutes? ». J’en ai beaucoup… Bien sûr, à certains moments, les doutes viennent à tout le monde! Les doutes qui touchent la foi, au sens positif, sont le signe que nous voulons connaître mieux et plus à fond Dieu, Jésus et le mystère de son amour pour nous. « Mais, j’ai ce doute : je cherche, j’étudie, je réfléchis ou je demande conseil sur la façon de faire ». Ce sont les doutes qui font grandir! Il est donc bon que nous nous posions des questions sur notre foi, car de cette manière, nous sommes poussés à l’approfondir. Les doutes, quoi qu’il en soit, doivent être également dépassés. Il est nécessaire pour cela d’écouter la Parole de Dieu et de comprendre ce qu’elle nous enseigne. Un chemin important qui aide beaucoup en cela est celui de la catéchèse, à travers laquelle l’annonce de la foi vient à notre rencontre dans les aspects concrets de la vie personnelle et communautaire. Et il y a, dans le même temps, une autre voie également importante, celle de vivre le plus possible la foi. Ne faisons pas de la foi une théorie abstraite où les doutes se multiplient. Faisons plutôt de la foi notre vie. Cherchons à la pratiquer au service de nos frères, en particulier des plus indigents. Alors tant de doutes s’évanouissent, car nous sentons la présence de Dieu et la vérité de l’Évangile dans l’amour qui, sans notre mérite, demeure en nous et que nous partageons avec les autres.
Chers frères et sœurs, comme on peut le voir, ces deux œuvres de miséricorde ne sont pas éloignées elles aussi de notre vie. Chacun de nous peut s’engager à les vivre pour mettre en pratique la parole du Seigneur, quand il dit que le mystère de l’amour de Dieu n’a pas été révélé aux sages et aux intelligents, mais aux petits (cf. Lc 10, 21 ; Mt 11, 25-26). C’est pourquoi l’enseignement le plus profond que nous sommes appelés à transmettre et la certitude la plus sûre pour sortir du doute est l’amour de Dieu avec lequel nous avons été aimés (cf. 1 Jn 4, 10). Un amour grand, gratuit et donné pour toujours. Dieu ne fait jamais marche arrière avec son amour! Il va toujours de l’avant et attend ; il donne pour toujours son amour, dont nous devons ressentir avec force la responsabilité, pour en être les témoins en offrant la miséricorde à nos frères. Merci.

Frères et sœurs, la réflexion sur les œuvres de miséricorde spirituelle concerne aujourd’hui deux actions fortement liées entre elles : conseiller ceux qui sont dans le doute et enseigner les ignorants. Ainsi, au cours des siècles, l’Église s’est engagée dans le domaine de l’instruction parce que sa mission d’évangélisation comporte l’engagement de rendre leur dignité aux plus pauvres. En effet, plus l’instruction se répand, plus les personnes acquièrent des connaissances et plus il devient possible de vaincre la misère et les discriminations. Exprimer la miséricorde envers ceux qui doutent équivaut à soulager la souffrance provenant de la peur et de l’angoisse qui sont des conséquences du doute. Cette œuvre de miséricorde est donc un acte de véritable amour qui entend soutenir une personne dans la faiblesse provoquée par l’incertitude. Car, nous poser des questions même sur notre foi, doit nous pousser à l’approfondir, grâce notamment à l’écoute de la Parole de Dieu et à la catéchèse. Ne faisons pas de la foi une théorie abstraite où les doutes se multiplient. Faisons de notre foi notre vie. Cherchons à la pratiquer dans le service des frères, des plus nécessiteux. Alors beaucoup de doutes disparaîtront, parce que nous éprouverons la présence de Dieu et la vérité de l’Évangile dans l’amour qui habite en nous et que nous partageons avec les autres.
Je suis heureux de saluer les pèlerins de langue française, en particulier les malades et les porteurs de handicap de Lyon ainsi que l’institut Notre-Dame de Vie, des Philippines. Pour sortir de nos doutes, ouvrons largement nos esprits et nos cœurs à cette certitude que nous sommes aimés de Dieu et devenons-en les témoins auprès de tous, en particulier des petits et des pauvres. Que Dieu vous bénisse!

PAPE FRANÇOIS – 36. SUPPORTER PATIEMMENT LES PERSONNES ENNUYEUSES

23 novembre, 2016

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PAPE FRANÇOIS – 36. TORTS OURS PATIEMMENT

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 16 novembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous consacrons la catéchèse d’aujourd’hui à une œuvre de miséricorde que nous connaissons tous très bien, mais que nous ne mettons peut-être pas en pratique comme nous le devrions : supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Nous sommes tous très forts pour identifier une présence qui peut être ennuyeuse : cela arrive quand nous rencontrons quelqu’un dans la rue, ou quand nous recevons un coup de téléphone… Nous pensons immédiatement : « Pendant combien de temps devrais-je entendre les plaintes, les bavardages, les requêtes ou les vantardises de cette personne? ». Il arrive aussi que, parfois, les personnes ennuyeuses soient celles qui sont le plus proches de nous : parmi nos parents il y en a toujours une ; sur le lieu de travail, elles ne manquent pas, et même pendant nos loisirs, nous ne sommes par épargnés. Que devons-nous faire avec les personnes ennuyeuses? Mais nous aussi, nous sommes parfois ennuyeux pour les autres. Pourquoi, parmi les œuvres de miséricorde, a-t-on également insérée celle-ci? Supporter patiemment les personnes ennuyeuses?
Dans la Bible, nous voyons que Dieu lui-même doit faire preuve de miséricorde pour supporter les plaintes de son peuple. Par exemple, dans le livre de l’Exode le peuple se révèle vraiment insupportable : tout d’abord, il pleure parce qu’il est esclave en Egypte, et Dieu le libère ; ensuite, dans le désert, il se plaint parce qu’il n’y a pas à manger (cf. 16, 3), et Dieu lui envoie les cailles et la manne (cf. 16, 13-16), mais malgré cela, les plaintes ne cessent pas. Moïse servait de médiateur entre Dieu et son peuple, et lui aussi aura été quelquefois ennuyeux pour le Seigneur. Mais Dieu a eu de la patience, et c’est pourquoi il a également enseigné à Moïse et au peuple cette dimension essentielle de la foi.
Une première question apparaît donc spontanément : ne faisons-nous jamais un examen de conscience pour voir si nous aussi, parfois, nous pouvons apparaître ennuyeux aux autres? Il est facile de montrer du doigt les défauts et les manquements des autres, mais nous devrions apprendre à nous mettre à leur place.
Regardons en particulier Jésus : quelle patience il a dû avoir au cours des trois années de sa vie publique! Une fois, alors qu’il était en chemin avec ses disciples, il fut arrêté par la mère de Jacques et de Jean, qui lui dit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton royaume » (Mt 20, 21). Cette mère cherchait à recommander ses enfants, mais c’était une mère… Jésus s’inspire également de cette situation pour donner un enseignement fondamental : son royaume n’est pas un royaume de pouvoir, ce n’est pas un royaume de gloire comme les royaumes terrestres, mais de service et de donation aux autres. Jésus enseigne à aller toujours à l’essentiel et à regarder plus loin, pour assumer sa propre mission de manière responsable. Nous pourrions voir ici le rappel de deux autres œuvres de miséricorde spirituelle : celle d’avertir les pécheurs et celle d’enseigner les ignorants. Pensons au profond engagement dont on peut faire preuve, quand on aide les personnes à grandir dans la foi et dans la vie. Je pense, par exemple, aux catéchistes — parmi lesquels se trouvent tant de mères et tant de religieuses — qui consacrent de leur temps pour enseigner aux enfants les éléments fondamentaux de la foi. Que de travail, en particulier quand les enfants préféreraient jouer plutôt qu’écouter le catéchisme!
Accompagner dans la recherche de l’essentiel est beau et important, car cela nous fait partager la joie de goûter le sens de la vie. Il nous arrive souvent de rencontrer des personnes qui s’arrêtent sur des choses superficielles, éphémères et banales ; parfois parce qu’elles n’ont pas rencontré quelqu’un qui les a encouragées à rechercher autre chose, à apprécier les véritables trésors. Enseigner à regarder l’essentiel est une aide déterminante, en particulier à une époque comme la nôtre qui semble avoir perdu l’orientation et rechercher des satisfactions de petite envergure. Enseigner à découvrir ce que le Seigneur veut de nous et comment nous pouvons y répondre signifie nous mettre sur le chemin pour grandir dans notre propre vocation, le chemin de la vraie joie. Ainsi, les paroles de Jésus à la mère de Jacques et de Jean, et ensuite à tout le groupe des disciples, indiquent le chemin pour éviter de tomber dans l’envie, dans l’ambition, dans l’adulation, des tentations qui sont toujours aux aguets également parmi nous, les chrétiens. L’exigence de conseiller, d’avertir et d’enseigner ne doit pas nous faire sentir supérieurs aux autres, mais nous oblige tout d’abord à revenir en nous-mêmes pour nous assurer que nous sommes cohérents avec ce que nous demandons aux autres. N’oublions pas les paroles de Jésus : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas? » (Lc 6, 41). Que l’Esprit Saint nous aide à être patients pour supporter et humbles et simples pour conseiller.
Frères et sœurs, supporter patiemment les personnes ennuyeuses! C’est une œuvre de miséricorde que nous ne mettons peut-être pas en pratique comme nous le devrions! Nous pourrions faire notre examen de conscience pour savoir si nous aussi, parfois, nous ne sommes pas ennuyeux pour autrui. Il est facile de montrer du doigt les défauts et les manques des autres. Mais nous devrions apprendre à nous mettre à leur place. Regardons Jésus : quelle patience il a dû avoir au cours des trois années de sa vie publique! Deux autres œuvres de miséricorde peuvent s’y joindre : avertir les pécheurs et enseigner les ignorants. Aider les personnes à grandir dans la foi et dans la vie est un bel engagement. Accompagner dans la recherche de l’essentiel est beau et important parce que cela nous fait partager la joie de goûter le sens de la vie. Enseigner à découvrir ce que le Seigneur veut de nous et comment nous pouvons y correspondre signifie mettre sur le chemin pour grandir dans sa vocation propre, le chemin de la vraie joie. Cela ne nous rend pas supérieurs aux autres, mais nous oblige plutôt à vérifier si nous sommes cohérents avec ce que nous demandons aux autres.

Je suis heureux d’accueillir les pèlerins de langue française, en particulier les membres de l’Œuvre d’orient, les prêtres de l’Union apostolique du clergé et du diocèse d’Agen, avec l’évêque Mgr Herbreteau, ainsi que les pèlerins venus de France, de Belgique et de République démocratique du Congo. En cette année jubilaire qui s’achève, je vous invite à ne pas fermer les portes de la miséricorde de votre cœur, mais à être toujours plus patients, humbles et simples dans l’accueil de vos frères et de vos sœurs. Que Dieu vous bénisse!

PAPE FRANÇOIS – 35. VISITER LES MALADES ET CEUX EN PRISON

17 novembre, 2016

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PAPE FRANÇOIS – 35. VISITER LES MALADES ET CEUX EN PRISON

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 9 novembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

La vie de Jésus, en particulier au cours des trois années de son ministère public, a été une rencontre incessante avec les personnes. Parmi celles-ci, les malades ont occupé une place particulière. Combien de pages de l’ Évangile ont rapporté ces rencontres! Le paralytique, l’aveugle, le lépreux, le possédé par le démon, l’épileptique, et d’innombrables malades de tout type… Jésus s’est fait proche de chacun d’eux et les a guéris par sa présence et la puissance de sa force réparatrice. C’est pourquoi ne peut manquer, parmi les œuvres de miséricorde, celle de visiter et d’assister les personnes malades.
Nous pouvons également y associer celle d’être proche des personnes qui sont en prison. En effet, tant les malades que les détenus vivent une condition qui limite leur liberté. Et c’est précisément quand nous ne l’avons pas que nous nous rendons compte de combien elle est précieuse! Jésus nous a donné la possibilité d’être libres en dépit des limites de la maladie et des restrictions. Il nous offre la liberté qui provient de la rencontre avec Lui et du sens nouveau que cette rencontre apporte à notre condition personnelle.
Avec ces œuvres de miséricorde, le Seigneur nous invite à un geste de grande humanité : le partage. Rappelons-nous de ce terme : le partage. Souvent, celui qui est malade se sent seul. Nous ne pouvons nier que, surtout de nos jours, c’est précisément dans la maladie que l’on fait l’expérience la plus profonde de la solitude qui traverse une grande partie de la vie. Une visite peut faire sentir la personne malade moins seule, et un peu de compagnie est un excellent remède! Un sourire, une caresse, une poignée de main sont des gestes simples, mais tellement importants pour ceux qui sentent qu’ils sont abandonnés à eux- mêmes. Combien de personnes se consacrent à visiter les malades dans les hôpitaux ou dans leurs maisons! C’est une œuvre de bénévolat inestimable. Lorsqu’elle est accomplie au nom du Seigneur, elle devient alors également une expression éloquente et efficace de miséricorde. Ne laissons pas seules les personnes malades! N’empêchons pas qu’elles trouvent un soulagement, et que nous soyons enrichis par la proximité de celui qui souffre. Les hôpitaux sont de véritables « cathédrales de la douleur », où se rend toutefois évidente également la force de la charité qui soutient et éprouve de la compassion.
De la même façon, je pense à ceux qui sont enfermés en prison. Jésus ne les a pas non plus oubliés. En plaçant la visite aux détenus parmi les œuvres de miséricorde, il a voulu nous inviter, avant tout, à ne nous faire juges de personne. Certes, si quelqu’un est en prison, c’est parce qu’il a commis une faute, il n’a pas respecté la loi et la coexistence civile. En prison, il purge donc sa peine. Mais quoi qu’un détenu puisse avoir fait, il reste toujours aimé par Dieu. Qui peut entrer au plus profond de sa conscience pour comprendre ce qu’il éprouve? Qui peut en comprendre la douleur et le remord? Il est trop facile de se laver les mains en affirmant qu’il a commis une faute. Au contraire, un chrétien est appelé à le prendre en charge, afin que celui qui commet une faute comprenne le mal commis et se reprenne. Le manque de liberté est sans aucun doute l’une des plus grandes privations pour l’être humain. Si l’on y ajoute la dégradation en raison des conditions souvent inhumaines dans lesquelles ces personnes vivent, alors c’est véritablement dans ce cas qu’un chrétien se sent interpellé à faire tout le possible pour lui restituer la dignité.
Visiter les personnes en prison est une œuvre de miséricorde qui assume aujourd’hui avant tout une valeur particulière en raison des diverses formes de justicialisme auxquelles nous sommes soumis. Que personne ne pointe donc du doigt contre quelqu’un. Au contraire, devenons tous des instruments de miséricorde, ayant des attitudes de partage et de respect. Je pense souvent aux détenus… j’y pense souvent, je les porte dans mon cœur. Je me demande ce qui les a conduits à commettre un crime et comment ils ont pu céder aux diverses formes de mal. Pourtant, à côté de ces pensées, je sens qu’ils ont tous besoin de proximité et de tendresse, parce que la miséricorde de Dieu accomplit des prodiges. Combien de larmes ai-je vu couler sur les joues de détenus qui n’avaient sans doute jamais pleuré de leur vie ; et cela uniquement parce qu’ils se sont sentis accueillis et aimés.
Et n’oublions pas que Jésus et les apôtres ont eux aussi fait l’expérience de la prison. Dans les récits de la Passion, nous connaissons les souffrances auxquelles le Seigneur a été soumis : capturé, traîné comme un malfaiteur, tourné en dérision, fouetté, couronné d’épines… Lui, le seul Innocent! Et saint Pierre et saint André ont également été en prison (cf. Ac 12, 5 ; Ph 1, 12-17). Dimanche dernier — qui a été le dimanche du jubilé des détenus — un groupe de détenus de Padoue est venu me rendre visite dans l’après-midi. Je leur ai demandé ce qu’ils allaient faire le lendemain, avant de rentrer à Padoue. Ils m’ont dit : « Nous irons à la prison de Mamertino pour partager l’expérience de saint Paul ». C’est beau ; entendre cela m’a fait du bien. Ces détenus voulaient aller visiter Paul prisonnier. C’est une belle chose, cela m’a fait du bien. Et là aussi, en prison, ils ont prié et évangélisé. La page des Actes des apôtres qui rapporte la détention de Paul est émouvante : il se sentait seul et voulait qu’un de ses amis aille lui rendre visite (cf. 2 Tm 4, 9-15). Il se sentait seul parce que la grande majorité l’avait laissé seul… le grand Paul.
Ces œuvres de miséricorde, comme on le voit, sont anciennes, et pourtant toujours actuelles. Jésus a laissé ce qu’il faisait pour aller rendre visite à la belle-mère de Pierre ; une œuvre ancienne de charité. Jésus l’a faite. Ne tombons pas dans l’indifférence, mais devenons des instruments de la miséricorde de Dieu. Nous pouvons tous être des instruments de la miséricorde de Dieu et cela nous fera plus de bien à nous qu’aux autres parce que la miséricorde passe à travers un geste, un mot, une visite et cette miséricorde est un acte pour restituer la joie et la dignité à ceux qui les ont perdues.

PAPE FRANÇOIS – 34. Pour accueillir l’étranger et Habiller le nu

9 novembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2016/documents/papa-francesco_20161026_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS – 34. Pour accueillir l’étranger et Habiller le nu

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 26 octobre 201

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Abbazia delle Tre Fontane, Rome, Eglise du martyre de St Paul (très probablement)

PAPE FRANÇOIS - 34. Pour accueillir l'étranger et Habiller le nu dans CATÉCHÈSE DU MERCREDI 149_4993-1024

Chers frères et sœurs, bonour!

Nous poursuivons la réflexion sur les œuvres de miséricorde corporelle, que le Seigneur Jésus nous a indiquées pour conserver notre foi toujours vivante et dynamique. En effet, ces œuvres font apparaître de manière évidente que les chrétiens ne sont pas las et paresseux dans l’attente de la rencontre finale avec le Seigneur, mais que chaque jour, ils vont à sa rencontre, en reconnaissant son visage dans celui des nombreuses personnes qui demandent de l’aide. Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur cette parole de Jésus : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu » (Mt 25, 35-36). A notre époque, l’œuvre qui concerne les étrangers est plus que jamais actuelle. La crise économique, les conflits armés et les changements climatiques poussent de nombreuses personnes à émigrer. Toutefois, les migrations ne sont pas un phénomène nouveau, mais elles appartiennent à l’histoire de l’humanité. C’est un manque de mémoire historique de penser que celles-ci n’appartiennent qu’à notre époque.
La Bible nous offre de nombreux exemples concrets de migration. Il suffit de penser à Abraham. L’appel de Dieu le pousse à quitter son pays pour aller dans un autre : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12, 1). Et il en a été de même pour le peuple d’Israël, qui de l’Egypte, où il était esclave, s’en alla en marchant pendant quarante ans dans le désert jusqu’à son arrivée à la terre promise par Dieu. La Sainte-Famille elle-même — Marie, Joseph et le petit Jésus — fut obligée d’émigrer pour échapper à la menace d’Hérode : « Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte; et il resta là jusqu’à la mort d’Hérode » (Mt 2, 14-15). L’histoire de l’humanité est une histoire de migrations : sous chaque latitude, il n’existe pas de peuple qui n’ait connu le phénomène migratoire.
Au cours des siècles, nous avons assisté à cet égard à de grandes expressions de solidarité, même si les tensions sociales n’ont pas manqué. Aujourd’hui, le contexte de crise économique favorise malheureusement l’apparition d’attitudes de fermeture et de refus d’accueillir. Dans certaines parties du monde s’élèvent des murs et des barrières. Il semble parfois que l’œuvre silencieuse de nombreux hommes et femmes qui, de diverses manières, se prodiguent pour aider et assister les réfugiés et les migrants soit obscurcie par la rumeur d’autres personnes qui donnent voix à un égoïsme instinctif. Mais la fermeture n’est pas une solution, elle finit même par favoriser les trafics criminels. L’unique voie pour trouver une solution est celle de la solidarité. Solidarité avec le migrant, solidarité avec l’étranger…
L’engagement des chrétiens dans ce domaine est urgent aujourd’hui comme par le passé. En regardant ne serait-ce que le siècle dernier, nous retrouvons la merveilleuse figure de sainte Francesca Cabrini, qui consacra sa vie, avec ses compagnes, aux migrants qui allaient aux Etats-Unis d’Amérique. Aujourd’hui aussi, nous avons besoin de ces témoignages pour que la miséricorde puisse rejoindre les nombreuses personnes qui sont dans le besoin. C’est un engagement qui concerne tout le monde, sans exclusion. Les diocèses, les paroisses, les instituts de vie consacrée, les associations et les mouvements, ainsi que les chrétiens individuellement; nous sommes tous appelés à accueillir nos frères et nos sœurs qui fuient la guerre, la faim, la violence et des conditions de vie inhumaines. Tous ensemble, nous sommes une grande force de soutien pour ceux qui ont perdu leur patrie, leur famille, leur travail et leur dignité. Il y a quelques jours, a eu lieu une petite histoire, métropolitaine. Il y avait un réfugié qui cherchait une rue et une dame s’est approchée et lui a dit : « Mais vous cherchez quelque chose? ». Ce réfugié n’avait pas de chaussures. Il lui a dit : « Je voudrais aller à Saint-Pierre pour passer la porte sainte ». Et cette dame a pensé : « Mais il n’a pas de chaussures, comment fera-t-il pour marcher? ». Et elle appelle un taxi. Mais ce migrant, ce réfugié sentait mauvais et le chauffeur de taxi n’avait pas envie qu’il monte, mais à la fin il l’a laissé monter sur le taxi. Et la dame, à côté de lui, lui a demandé de raconter un peu son histoire de réfugié et de migrant, pendant la durée du trajet : dix minutes pour arriver jusqu’ici. Cet homme raconta son histoire de douleur, de guerre, de faim et pourquoi il avait fui son pays pour immigrer ici. Quand ils sont arrivés, la dame a pris son sac pour payer le taxi et le chauffeur, qui au début ne voulait pas que ce migrant monte parce qu’il sentait mauvais, a dit à la dame : « Non Madame, c’est moi qui devrais vous payer parce que vous m’avez fait entendre une histoire qui a changé mon cœur ». Cette dame savait ce qu’était la douleur d’un migrant, parce qu’elle avait du sang arménien et elle connaissait la souffrance de son peuple. Quand nous faisons une chose de ce genre, au début nous refusons, parce que cela nous crée quelques désagréments, « mais… il sent mauvais… ». Mais à la fin, l’histoire parfume notre âme et nous transforme. Pensez à cette histoire et pensons à ce que nous pouvons faire pour les réfugiés.
Et l’autre chose est de vêtir ceux qui sont nus : qu’est-ce que cela veut dire, sinon restituer sa dignité à celui l’a perdue? Certainement en donnant des vêtements à qui en est privé; mais pensons également aux femmes victimes de la traite jetées dans les rues, ou aux autres façons trop nombreuses d’utiliser le corps humain comme marchandise, également des mineurs. Et ne pas avoir un travail, une maison, un salaire juste est également une forme de nudité, ou être discriminés à cause de la race, de la foi; ce sont toutes des formes de « nudités », face auxquelles, en tant que chrétiens nous sommes appelés à être attentifs, vigilants et prêts à agir.
Chers frères et sœurs, ne tombons pas dans le piège de nous refermer sur nous-mêmes, indifférents aux nécessités des nos frères et uniquement préoccupés de nos intérêts. C’est précisément dans la mesure où nous nous ouvrons aux autres que la vie devient féconde, que les sociétés retrouvent la paix et les personnes leur pleine dignité. Et n’oubliez pas cette dame, n’oubliez pas ce migrant qui sentait mauvais et n’oubliez pas le chauffeur à qui le migrant a transformé l’âme.
Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones venus de France et de Suisse, en particulier le diocèse de Paris accompagné du cardinal Vingt-Trois et de ses auxiliaires, ainsi que les nombreux diocèses de France accompagnés de leurs évêques. Je salue aussi les pèlerins de la Suisse romande. Je vous invite à ne pas tomber dans le piège de nous refermer sur nous-mêmes. C’est dans la mesure où nous nous ouvrons aux autres que notre vie devient féconde, que les sociétés retrouvent la paix et les personnes leur pleine dignité. Que Dieu vous bénisse!

 

FRANÇOIS À ASSISE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LA PAIX – 2016

8 novembre, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2016/september/documents/papa-francesco_20160920_assisi-preghiera-pace.html

VISITE DU PAPE FRANÇOIS À ASSISE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LA PAIX
« SOIF DE PAIX. RELIGIONS ET CULTURES EN DIALOGUE »

PAROLES DU SAINT-PÈRE

Assise, Mardi, 20 septembre 2016

Méditation
Discours
Appel

Chiesa della Porziuncola Assisi, 

retablo-integrale - Copia

MÉDITATION

Devant Jésus crucifié résonnent pour nous aussi ses paroles : « J’ai soif » (Jn 19, 28). La soif, encore plus que la faim, est le besoin extrême de l’être humain, mais en représente aussi l’extrême misère. Nous contemplons ainsi le mystère du Dieu Très-Haut, devenu, par miséricorde, miséreux parmi les hommes.
De quoi a soif le Seigneur ? Certainement d’eau, élément essentiel pour la vie. Mais surtout d’amour, élément non moins essentiel pour vivre. Il a soif de nous donner l’eau vive de son amour, mais aussi de recevoir notre amour. Le prophète Jérémie a exprimé la satisfaction de Dieu pour notre amour : « Je me souviens de la tendresse de tes jeunes années, ton amour de jeune mariée » (2, 2). Mais il a donné aussi une voix à la souffrance divine, quand l’homme, ingrat, a abandonné l’amour, quand –aujourd’hui aussi, semble dire le Seigneur – « ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive et ils se sont creusé des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (v. 13). C’est le drame du “cœur desséché”, de l’amour non rendu, un drame qui se renouvelle dans l’Évangile, quand, à la soif de Jésus l’homme répond par le vinaigre, qui est du vin tourné. Comme, prophétiquement, se lamentait le psalmiste : « Quand j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre » (Ps 69, 22).
“L’Amour n’est pas aimé” : selon certains récits, c’était la réalité qui troublait saint François d’Assise. Lui, par amour du Seigneur souffrant, n’avait pas honte de pleurer et de se lamenter à haute voix (cf. Sources franciscaines, n. 1413). Cette réalité même doit nous tenir à cœur en contemplant le Dieu crucifié, assoiffé d’amour. Mère Teresa de Calcutta a voulu que, dans les chapelles de chacune de ses communautés, près du Crucifié soit écrit “J’ai soif”. Étancher la soif d’amour de Jésus sur la croix par le service des plus pauvres parmi les pauvres a été sa réponse. Le Seigneur est en effet assoiffé de notre amour de compassion, il est consolé lorsque, en son nom, nous nous penchons sur les misères d’autrui. Au jugement, il appellera “bénis” tous ceux qui ont donné à boire à qui avait soif, qui ont offert un amour concret à qui en avait besoin : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
Les paroles de Jésus nous interpellent, elles demandent accueil dans notre cœur et réponse par notre vie. Dans son “J’ai soif”, nous pouvons entendre la voix de ceux qui souffrent, le cri caché des petits innocents exclus de la lumière de ce monde, la supplication qui vient du fond du cœur des pauvres et de ceux qui ont le plus besoin de paix. Elles implorent la paix, les victimes des guerres qui polluent les peuples de haine et la terre d’armes ; ils implorent la paix, nos frères et sœurs qui vivent sous la menace des bombardements ou sont contraints de laisser leurs maisons et d’émigrer vers l’inconnu, dépouillés de tout. Tous ceux-là sont des frères et des sœurs du Crucifié, petits dans son Royaume, membres blessés et desséchés de sa chair. Ils ont soif. Mais à eux il leur est souvent donné, comme à Jésus, le vinaigre amer du refus. Qui les écoute ? Qui se préoccupe de leur répondre ? Ils rencontrent trop souvent le silence assourdissant de l’indifférence, de l’égoïsme de celui qui est agacé, la froideur de celui qui éteint leur cri à l’aide avec la facilité avec laquelle on change un canal de télévision.
Devant le Christ crucifié, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), nous chrétiens, nous sommes appelés à contempler le mystère de l’Amour non aimé et à répandre de la miséricorde sur le monde. Sur la croix, arbre de vie, le mal a été transformé en bien ; nous aussi, disciples du Crucifié, nous sommes appelés à être des “arbres de vie” qui absorbent la pollution de l’indifférence et restituent au monde l’oxygène de l’amour. Du côté du Christ en croix sort de l’eau, symbole de l’Esprit qui donne la vie (cf. Jn 19 34) ; ainsi, que de nous, ses fidèles, sorte de la compassion pour tous les assoiffés d’aujourd’hui.
Comme Marie près de la Croix, que le Seigneur nous accorde d’être unis à Lui et proches de celui qui souffre. En nous approchant de tous ceux qui aujourd’hui vivent comme des crucifiés et en puisant la force d’aimer auprès du Crucifié ressuscité, croîtront encore plus l’harmonie et la communion entre nous. « C’est Lui, le Christ, qui est notre paix » (Ep 2, 14), lui qui est venu pour annoncer la paix à ceux qui sont proches et à ceux qui sont loin (cf. v. 17). Qu’il nous garde tous dans l’amour et nous rassemble dans l’unité, dans laquelle nous sommes en chemin, pour que nous devenions ce que lui désire : « un » (Jn 17, 21).

APPEL
Hommes et femmes de religions différentes, nous sommes réunis, comme pèlerins, dans la cité de Saint François. Ici, en 1986, il y a 30 ans, à l’invitation du Pape Jean-Paul II, se réunirent des Représentants religieux du monde entier, pour la première fois en si grand nombre et avec une telle solennité, pour affirmer le lien indissoluble entre le grand bien de la paix et un authentique engagement religieux. De cet événement historique, s’est amorcé un long pèlerinage qui, touchant de nombreuses villes du monde, a rassemblé beaucoup de croyants dans le dialogue et dans la prière pour la paix ; il a uni sans confondre, donnant vie à de solides amitiés interreligieuses et contribuant à éteindre de nombreux conflits. Voilà l’esprit qui nous anime : réaliser la rencontre dans le dialogue, s’opposer à toute forme de violence et d’abus de la religion pour justifier la guerre et le terrorisme. Pourtant, au cours des années passées, de nombreux peuples ont encore été douloureusement blessés par la guerre. On n’a toujours pas compris que la guerre détériore le monde, laissant un héritage de douleurs et de haines. Tous, avec la guerre, sont des perdants, même les vainqueurs.
Nous avons adressé notre prière à Dieu, afin qu’il donne la paix au monde. Nous reconnaissons la nécessité de prier constamment pour la paix, parce que la prière protège le monde et l’illumine. La paix est le nom de Dieu. Celui qui invoque le nom de Dieu pour justifier le terrorisme, la violence et la guerre, ne marche pas sur Sa route : la guerre au nom de la religion devient une guerre à la religion elle-même. Avec une ferme conviction, nous réaffirmons donc que la violence et le terrorisme s’opposent au véritable esprit religieux.
Nous nous sommes mis à l’écoute de la voix des pauvres, des enfants, des jeunes générations, des femmes et de nombreux frères et sœurs qui souffrent de la guerre ; avec eux nous disons avec force : Non à la guerre ! Que le cri de douleur de tant d’innocents ne reste pas inécouté. Nous implorons les Responsables des Nations afin que soient désamorcés les mobiles des guerres : l’avidité du pouvoir et de l’argent, la cupidité de qui fait du commerce d’armes, les intérêts des parties, les vengeances à cause du passé. Qu’augmente l’engagement concret pour éliminer les causes sous-jacentes aux conflits : les situations de pauvreté, d’injustice et d’inégalité, l’exploitation et le mépris de la vie humaine.
Qu’enfin s’ouvre un temps nouveau, où le monde globalisé devienne une famille de peuples. Que soit mise en œuvre la responsabilité de construire une véritable paix, que l’on soit attentif aux besoins authentiques des personnes et des peuples, que l’on prévienne les conflits par la collaboration, que l’on vainc les haines et surmonte les barrières, par la rencontre et le dialogue. Rien n’est perdu en pratiquant effectivement le dialogue. Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Tous nous pouvons être des artisans de paix ; d’Assise nous renouvelons avec conviction notre engagement à l’être, avec l’aide de Dieu, avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté.

DISCOURS
Saintetés,
illustres Représentants des Églises, des Communautés chrétiennes et des Religions,
chers frères et sœurs !
Je vous salue avec grand respect et affection et je vous remercie de votre présence. Je remercie la Communauté de Sant’Egidio, le diocèse d’Assise et les Familles franciscaines qui ont préparé cette journée de prière. Nous sommes venus à Assise comme des pèlerins en recherche de paix. Nous portons en nous, et nous mettons devant Dieu les attentes et les angoisses de nombreux peuples et personnes. Nous avons soif de paix, nous avons le désir de témoigner de la paix, nous avons surtout besoin de prier pour la paix, car la paix est un don de Dieu et il nous revient de l’invoquer, de l’accueillir et de la construire, chaque jour avec son aide.
« Bienheureux les artisans de paix » (Mt 5,9). Beaucoup d’entre vous ont fait une longue route pour rejoindre ce lieu béni. Sortir, se mettre en route, se retrouver ensemble, se prodiguer pour la paix : ce ne sont pas seulement des mouvements physiques, mais surtout des mouvements de l’âme, ce sont des réponses spirituelles concrètes pour vaincre les fermetures en s’ouvrant à Dieu et aux frères. Dieu nous le demande, en nous exhortant à faire face à la grande maladie de notre époque : l’indifférence. C’est un virus qui paralyse, qui rend inertes et insensibles, un mal qui attaque le centre même de la religiosité, provoquant un nouveau paganisme extrêmement triste : le paganisme de l’indifférence.
Nous ne pouvons pas rester indifférents. Aujourd’hui, le monde a une ardente soif de paix. Dans de nombreux pays on souffre de guerres souvent oubliées, mais qui sont toujours causes de souffrance et de pauvreté. A Lesbos, avec le cher Patriarche œcuménique Bartholomée, nous avons vu dans les yeux des réfugiés la douleur de la guerre, l’angoisse de peuples assoiffés de paix. Je pense aux familles dont la vie a été bouleversée ; aux enfants qui n’ont rien connu d’autre dans la vie que la violence ; aux personnes âgées contraintes de laisser leurs terres : tous ont une grande soif de paix. Nous ne voulons pas que ces tragédies tombent dans l’oubli. Nous désirons prêter notre voix à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui sont sans voix et sans personne qui les écoute. Eux savent bien, souvent mieux que les puissants, qu’il n’y a aucun avenir dans la guerre, et que la violence des armes détruit la joie de la vie.
Nous, nous n’avons pas d’armes. Mais nous croyons dans la douce et humble force de la prière. En ce jour, la soif de paix s’est faite invocation à Dieu, pour que cessent les guerres, le terrorisme et les violences. La paix que nous invoquons d’Assise n’est pas seulement une protestation contre la guerre, elle n’est pas non plus le résultat « de négociations, de compromis politiques ou de marchandages économiques. Elle résulte de la prière » (Jean Paul II, Discours, Basilique Sainte Marie des Anges, 27 octobre 1986 : Enseignements IX, 2 [1986], 1252). Cherchons en Dieu, source de la communion, l’eau limpide de la paix dont l’humanité est assoiffée : elle ne peut jaillir des déserts de l’orgueil ni des intérêts de parti, des terres arides du gain à tout prix et du commerce des armes.
Nos traditions religieuses sont diverses. Mais la différence n’est pas pour nous un motif de conflit, de polémique ou de froide distance. Nous n’avons pas prié aujourd’hui les uns contre les autres, comme c’est malheureusement arrivé parfois dans l’histoire. Sans syncrétisme et sans relativisme, nous avons en revanche prié les uns à côté des autres, les uns pour les autres. Saint Jean-Paul II, en ce même lieu, a dit : « Peut-être que jamais comme maintenant dans l’histoire de l’humanité, le lien intrinsèque qui unit une attitude religieuse authentique et le grand bien de la paix est devenu évident pour tous» (Id., Discours, Place de la Basilique inférieure de Saint François, 27 octobre 1986 : l.c., 1268). En poursuivant le chemin commencé il y a trente ans à Assise – où la mémoire de cet homme de Dieu et de paix que fut saint François est vivante – « une fois encore, nous qui sommes réunis ici, nous affirmons ensemble que celui qui utilise la religion pour fomenter la violence en contredit l’inspiration la plus authentique et la plus profonde » (Id., Discours aux Représentants des Religions, Assise, 24 janvier 2002 : Enseignements XXV, 1 [2002], 104), qu’aucune forme de violence ne représente « la vraie nature de la religion. Elle en est au contraire son travestissement et contribue à sa destruction » (Benoît XVI, Intervention à la journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde, Assise, 27 octobre 2011 : Enseignements VII, 2 [2011], 512). Ne nous lassons pas de répéter que jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence. Seule la paix est sainte. Seule la paix est sainte, pas la guerre !
Aujourd’hui, nous avons imploré le saint don de la paix. Nous avons prié pour que les consciences se mobilisent pour défendre la sacralité de la vie humaine, pour promouvoir la paix entre les peuples et pour sauvegarder la création, notre maison commune. La prière et la collaboration concrète aident à ne pas rester prisonniers des logiques de conflit et à refuser les attitudes rebelles de celui qui sait seulement protester et se fâcher. La prière et la volonté de collaborer engagent une vraie paix qui n’est pas illusoire : non pas la tranquillité de celui qui évite les difficultés et se tourne de l’autre côté, si ses intérêts ne sont pas touchés ; non pas le cynisme de celui qui se lave les mains des problèmes qui ne sont pas les siens ; non pas l’approche virtuelle de celui qui juge tout et chacun sur le clavier d’un ordinateur, sans ouvrir les yeux aux nécessités des frères ni se salir les mains pour qui en a besoin. Notre route consiste à nous immerger dans les situations et à donner la première place à celui qui souffre ; d’assumer les conflits et de les guérir de l’intérieur ; de parcourir avec cohérence les voies du bien, en repoussant les faux-fuyants du mal ; d’entreprendre patiemment, avec l’aide de Dieu et de la bonne volonté, des processus de paix.
La paix, un fil d’espérance qui relie la terre et le ciel, un mot si simple, et en même temps difficile. Paix veut dire Pardon qui, fruit de la conversion et de la prière, naît de l’intérieur et, au nom de Dieu, rend possible de guérir les blessures du passé. Paix signifie Accueil, disponibilité au dialogue, dépassement des fermetures, qui ne sont pas des stratégies de sécurité, mais des ponts sur le vide. Paix veut dire Collaboration, échange vivant et concret avec l’autre, qui est un don et non un problème, un frère avec qui chercher à construire un monde meilleur. Paix signifie Education : un appel à apprendre chaque jour l’art difficile de la communion, à acquérir la culture de la rencontre, en purifiant la conscience de toute tentation de violence et de raidissement, contraires au nom de Dieu et à la dignité de l’homme.
Nous ici, ensemble et dans la paix, nous croyons et nous espérons en un monde fraternel. Nous désirons que les hommes et les femmes de religions différentes, partout se réunissent et créent de la concorde, spécialement là où il y a des conflits. Notre avenir est de vivre ensemble. C’est pourquoi nous sommes appelés à nous libérer des lourds fardeaux de la méfiance, des fondamentalismes et de la haine. Que les croyants soient des artisans de paix dans l’invocation à Dieu et dans l’action pour l’homme ! Et nous, comme Chefs religieux, nous sommes tenus à être de solides ponts de dialogue, des médiateurs créatifs de paix. Nous nous tournons aussi vers ceux qui ont une responsabilité plus haute dans le service des peuples, les Leaders des Nations, pour qu’ils ne se lassent pas de chercher et de promouvoir des chemins de paix en regardant au-delà des intérêts de parti et du moment : que ne demeurent pas inécoutés l’appel de Dieu aux consciences, le cri de paix des pauvres et les bonnes attentes des jeunes générations. Ici, il y a trente ans, saint Jean-Paul II a dit : « La paix est un chantier ouvert à tous et pas seulement aux spécialistes, aux savants et aux stratèges. La paix est une responsabilité universelle » (Discours, Place inférieure de la Basilique de saint François, 27 octobre 1986 : l.c., 1269). Sœurs et frères, assumons cette responsabilité, réaffirmons aujourd’hui notre oui à être, ensemble, constructeurs de la paix que Dieu veut et dont l’humanité est assoiffée.

 

PAPE FRANÇOIS -33. DAR À MANGER AUX AFFAMÉS. DONNER À BOIRE À LA SOIF (TESTE ITALIEN)

26 octobre, 2016

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2016/documents/papa-francesco_20161019_udienza-generale.html

PAPE FRANÇOIS -33. DAR À MANGER AUX AFFAMÉS. DONNER À BOIRE À LA SOIF (TESTE ITALIEN)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 19 octobre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

L’une des conséquences du soit- disant « bien-être » est celle de pousser les personnes à se refermer sur elles-mêmes, les rendant insensibles aux exigences des autres. On fait tout pour les tromper, leur présentant des modèles de vie éphémères, qui disparaissent après quelques années, comme si notre vie était une mode à suivre et à changer à chaque saison. Il n’en est rien. La réalité doit être accueillie et affrontée pour ce qu’elle est et souvent, elle nous présente des situations de besoin urgent. C’est pour cela que, parmi les œuvres de miséricorde, se trouve le rappel à la faim et à la soif : donner à manger à ceux qui ont faim — ils sont si nombreux aujourd’hui — et à boire à ceux qui ont soif. Combien de fois les médias nous parlent de populations qui souffrent du manque de nourriture et d’eau, avec de graves conséquences en particulier pour les enfants.
Face à certaines nouvelles et en particulier à certaines images, l’opinion publique se sent touchée et à chaque fois, des campagnes d’aide sont lancées pour encourager la solidarité. Les dons sont généreux et de cette façon, on peut contribuer à soulager les souffrances de nombreuses personnes. Cette forme de charité est importante, mais sans doute ne nous touche-t-elle pas directement. En revanche, quand, en marchant dans la rue, nous rencontrons une personne dans le besoin, ou qu’un pauvre vient frapper à notre porte, c’est très différent, parce que je ne me trouve plus devant une image, mais nous sommes touchés en personne. Il n’y a plus aucune distance entre lui ou elle et moi, et je me sens interpellé. La pauvreté abstraite ne nous interpelle pas, mais elle nous fait réfléchir, elle nous fait nous plaindre : mais quand nous voyons la pauvreté dans la chair d’un homme, d’une femme, d’un enfant, cela nous interpelle! D’où cette habitude que nous avons de fuir devant ceux qui sont dans le besoin, de ne pas nous approcher d’eux, en masquant un peu la réalité des personnes dans le besoin avec les habitudes à la mode pour nous éloigner d’elles. Il n’y a plus aucune distance entre le pauvre et moi quand je le rencontre. Dans ces cas, quelle est ma réaction? Est-ce que je détourne le regard et je passe mon chemin? Ou bien est-ce que je m’arrête pour parler et je m’intéresse à sa situation? Et si tu fais cela, il y aura certainement quelqu’un qui dira : « Il est fou celui-là de parler à un pauvre! ». Est-ce que je vois si je peux accueillir d’une façon ou d’une autre cette personne ou est-ce que je cherche à m’en libérer le plus vite possible? Mais peut-être ne demande-t-elle que le nécessaire : quelque chose à manger et à boire. Pensons un instant : combien de fois récitons-nous le « Notre-Père » et pourtant, nous ne faisons pas véritablement attention à ces mots : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».
Dans la Bible, un Psaume dit que Dieu est celui qui « à toute chair [...] donne le pain » (136, 25). L’expérience de la faim est difficile. Ceux qui ont vécu des périodes de guerre et de famine en savent quelque chose. Pourtant, cette expérience se répète chaque jour et coexiste avec l’abondance et le gaspillage. Les paroles de l’apôtre Jacques sont toujours actuelles : « A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise : “J’ai la foi”, s’il n’a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : “Allez en paix, réchauffez-vous, rassasiez-vous”, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il? Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte » (2, 14-17), parce qu’elle est incapable d’accomplir des œuvres, de faire la charité, d’aimer. Il y a toujours quelqu’un qui a faim et soif et qui a besoin de moi. Je ne peux déléguer personne d’autre. Ce pauvre a besoin de moi, de mon aide, de mon engagement. Nous sommes tous concernés par cela.
C’est également l’enseignement de la page de l’ Évangile dans laquelle Jésus, voyant tant de gens qui le suivaient depuis des heures, demande à ses disciples : « Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens? » (Jn 6, 5). Et les disciples répondent : « C’est impossible, il vaut mieux que tu les renvoies… ». En revanche, Jésus leur dit : « Non. Donnez-leur vous-mêmes à manger » (cf. Mc 14, 16). Il se fait donner les quelques pains et poissons qu’ils avaient avec eux, les bénit, les rompt et les fait distribuer à tous. C’est une leçon très importante pour nous. Il nous dit que le peu que nous avons, si nous le confions aux mains de Jésus et que nous le partageons avec foi, devient une richesse surabondante.
Le Pape Benoît XVI, dans l’encyclique Caritas in veritate, affirme : « Donner à manger aux affamés est un impératif éthique pour l’ Église universelle. [...] Le droit à l’alimentation, de même que le droit à l’eau, revêtent un rôle important pour l’acquisition d’autres droits. [...] Il est donc nécessaire que se forme une conscience solidaire qui considère l’alimentation et l’accès à l’eau comme des droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination » (n. 27). N’oublions pas les paroles de Jésus : « Je suis le pain de vie » (Jn 6, 35) et « si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi » (Jn 7, 37). Ces paroles sont pour nous tous croyants une provocation, une provocation à reconnaître que notre relation avec Dieu, un Dieu qui a révélé en Jésus son visage de miséricorde, passe par l’acte de donner à manger à ceux qui ont faim et de donner à boire à ceux qui ont soif.
Frères et sœurs, une des conséquences de ce qu’on appelle le « bien-être » est de conduire les personnes à se replier sur soi, les rendant insensibles aux besoins d’autrui. Parmi les œuvres de miséricorde se trouve le devoir de donner à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif. Il est certes important de participer aux campagnes de solidarité qui nous sont proposées. Cependant, cette forme de charité ne nous implique pas directement, comme lorsque nous rencontrons dans la rue une personne dans le besoin ou qu’un pauvre frappe à notre porte. Quelle est alors ma réaction? Est-ce que je détourne le regard ou bien est-ce que je m’intéresse à son état et prend le temps de lui parler? Si elle n’est pas suivie par les œuvres notre foi est morte. Alors que, chaque jour, à côté de l’abondance et du gaspillage se répète l’expérience de ceux qui ont faim, nous ne pouvons pas déléguer à d’autres : ce pauvre que je rencontre a besoin de moi, de mon aide, de ma parole et de mon engagement. Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les prêtres du diocèse d’Orléans accompagnés par Mgr Jacques Blaquart, et les autres personnes venus de France, de Suisse et de Belgique.
Chers frères, le peu que nous avons, si nous le remettons dans les mains de Jésus en le partageant avec les autres avec foi, devient une richesse surabondante. Par notre générosité n’ayons pas peur d’être, pour nos frères, la révélation de la miséricorde du Père. Que Dieu vous bénisse !

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