Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS'

PAPE FRANÇOIS (En poursuivant ma réflexion sur le baptême, 2 mai 2018)

9 mai, 2018

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Bénitier (pas seulement Roméo et Juliette)

PAPE FRANÇOIS (En poursuivant ma réflexion sur le baptême, 2 mai 2018)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 2 mai 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En poursuivant ma réflexion sur le baptême, je voudrais aujourd’hui m’arrêter sur les rites centraux, qui se déroulent près des fonts baptismaux.

Considérons tout d’abord l’eau, sur laquelle est invoquée la puissance de l’Esprit, afin qu’elle ait la force de régénérer et de renouveler (cf. Jn 3, 5 et Tt 3, 5). L’eau est matrice de vie et de bien-être, alors que son absence provoque la disparition de toute fécondité, comme cela arrive dans le désert; mais l’eau peut également être cause de mort, quand elle engloutit dans ses flots ou qu’en grande quantité elle renverse toute chose; enfin, l’eau a la capacité de laver, de nettoyer et de purifier.
A partir de ce symbolisme naturel, universellement reconnu, la Bible décrit les interventions et les promesses de Dieu à travers le signe de l’eau. Toutefois, le pouvoir de remettre les péchés ne se trouve pas dans l’eau elle-même, comme l’expliquait saint Ambroise aux nouveaux baptisés: «Tu as vu l’eau, mais toute eau ne guérit pas: l’eau qui guérit est celle qui a la grâce du Christ. […] L’action est celle de l’eau, l’efficacité celle de l’Esprit Saint» (De sacramentis 1, 15).
C’est pourquoi l’Eglise invoque l’action de l’Esprit sur l’eau, pour «que ceux qui recevront en elle le Baptême soient ensevelis avec le Christ dans la mort et, avec lui, ressuscitent à la vie éternelle» (Rituel du baptême de enfants, n. 60). La prière de bénédiction dit que Dieu a préparé l’eau «à être le signe du baptême» et elle rappelle les principales préfigurations bibliques: l’Esprit flottait sur les eaux des origines pour en faire des semences de vie (cf. Gn 1, 1-2); l’eau du déluge marqua la fin du péché et le début de la vie nouvelle (cf. Gn 7, 6-8, 22); à travers l’eau de la mer Rouge, les fils d’Abraham furent libérés de l’esclavage d’Egypte (cf. Ex 14, 15-31). En relation avec Jésus, on rappelle le baptême dans le Jourdain (cf. Mt 3, 13-17), le sang et l’eau versés de son côté (cf. Jn 19, 31-37), et le mandat aux disciples de baptiser tous les peuples au nom de la Trinité (cf. Mt 28, 19). Forts de cette mémoire, on demande à Dieu d’insuffler dans l’eau des fonts baptismaux la grâce du Christ mort et ressuscité (cf. Rituel du baptême des enfants, n. 60). Ainsi, cette eau est transformée en eau qui contient la force de l’Esprit Saint en elle. Et avec cette eau possédant la force de l’Esprit Saint, nous baptisons les personnes, nous baptisons les adultes, les enfants, tout le monde.
L’eau des fonts baptismaux étant sanctifiée, il faut préparer le cœur pour accéder au baptême. Cela a lieu lors du renoncement à satan et de la profession de foi, deux actes étroitement liés entre eux. Dans la mesure où je dis «non» aux suggestions du diable — celui qui divise — je suis en mesure de dire «oui» à Dieu qui m’appelle à me configurer à Lui dans les pensées et dans les œuvres. Le diable divise; Dieu unit toujours la communauté, les gens en un seul peuple. Il n’est pas possible d’adhérer au Christ en posant des conditions. Il faut se détacher de certains liens pour pouvoir en embrasser vraiment d’autres; ou tu es bien avec Dieu ou tu es bien avec le diable. C’est pourquoi la renonciation et l’acte de foi vont de pair. Il faut couper des ponts, en les laissant derrière soi, pour entreprendre la Voie nouvelle qu’est le Christ.
La réponse aux questions — «Renoncez-vous à satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions?» — est formulée à la première personne du singulier: «Je renonce». Et de la même manière, la foi de l’Eglise est professée, en disant: «Je crois». Je renonce et je crois: c’est à la base du baptême. C’est un choix responsable, qui exige d’être traduit par des gestes concrets de confiance en Dieu. L’acte de foi suppose un engagement que le baptême lui-même aidera à maintenir avec persévérance dans les diverses situations et épreuves de la vie. Rappelons-nous l’antique sagesse d’Israël: «Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve» (Si 2, 1), c’est-à-dire prépare-toi à la lutte. Et la présence de l’Esprit Saint nous donne la force pour bien lutter.
Chers frères et sœurs, quand nous plongeons la main dans l’eau bénite — en entrant dans une église nous touchons l’eau bénite — et que nous faisons le signe de la Croix, pensons avec joie et gratitude au baptême que nous avons reçu — cette eau bénite nous rappelle le baptême — et renouvelons notre «Amen» — «Je suis heureux» —, pour vivre plongés dans l’amour de la Très Sainte Trinité.

 

PAPE FRANÇOIS – FÊTE DE SAINT MARC ÉVANGÉLISTE (25 avril 2017)

24 avril, 2018

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Saint Marc L’Evangeliste

PAPE FRANÇOIS – FÊTE DE SAINT MARC ÉVANGÉLISTE (25 avril 2017)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Messe pour Tawadros II

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 018 du 04 mai 2017)

A quelques jours du voyage en Egypte, le Pape a offert la Messe «pour mon frère Tawadros II, patriarche d’Alexandrie des Coptes». «Aujourd’hui est la fête de saint Marc évangéliste, fondateur de l’Eglise d’Alexandrie», a dit le Pape, en demandant «la grâce que le Seigneur bénisse nos deux Eglises par l’abondance de l’Esprit Saint». Les paroles de Marc «à la fin de l’Evangile» (16, 15-20), proposées par la liturgie du jour, ont été le fil conducteur de la méditation du Pape: «Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création». Dans ce mandat, «il y a la mission que Jésus donne aux disciples: la mission d’annoncer l’Evangile, de proclamer l’Evangile». C’est une invitation à «sortir, aller». Les chrétiens sont appelés à «sortir pour annoncer, et c’est dans cette sortie que se déroule, se joue la vie du prédicateur: il n’est pas en lieu sûr, il n’y a pas d’assurance-vie pour les prédicateurs». «Tout d’abord: allez, sortez», parce que «l’Evangile, l’annonce de Jésus Christ, se fait toujours en sortie, toujours en chemin». Et «tant en chemin physique qu’en chemin spirituel ou en chemin de la souffrance: pensons à l’annonce de l’Evangile de tant de malades qui offrent leurs douleurs pour l’Eglise, pour les chrétiens». Ce sont des personnes qui «sortent d’elles-mêmes». Mais «comment est le style de cette annonce?». «Saint Pierre, qui a été le maître de Marc, est très clair dans la description de ce style: «Revêtez-vous tous d’humilité dans vos rapports mutuels». L’Evangile doit être annoncé avec humilité, parce que le Fils de Dieu s’est humilié, il s’est anéanti: le style de Dieu est celui-ci, ce n’est pas un autre». Il faut de «l’humilité: l’Evangile ne peut être annoncé par le pouvoir humain, il ne peut être annoncé avec l’esprit de grimper et d’aller plus haut, non! Cela n’est pas l’Evangile!». L’humilité est nécessaire «parce que nous apportons une annonce d’humiliation, de gloire, mais à travers l’humiliation». Et «l’annonce de l’Evangile subit la tentation; la tentation du pouvoir, de l’orgueil, des nombreuses mondanités qui existent et qui nous conduisent à prêcher ou à réciter». Oui, «parce qu’un Evangile édulcoré, sans force, un Evangile sans le Christ crucifié et ressuscité n’est pas une prédication». « L’annonce de l’Evangile, si elle est vraie, subit la tentation». «Si un chrétien qui dit annoncer l’Evangile par la parole ou par le témoignage, n’est jamais tenté», le diable ne s’en préoccupe pas «et si le diable ne se préoccupe pas, c’est parce que nous ne lui posons pas de problèmes, parce que nous prêchons une chose qui ne sert pas». Voilà pourquoi «dans la véritable prédication, il y a toujours un peu de tentation et aussi de persécution». En somme, «style d’humilité, chemin — parce que l’on sort — chemin de tentation, mais l’espérance» ne doivent jamais manquer. En effet, Pierre écrit: «Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle, dans le Christ, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera». Et «ce sera précisément le Seigneur qui nous reprendra, qui nous donnera la force, parce que c’est ce que Jésus a promis quand il a envoyé les apôtres». « Que le Seigneur nous donne cette grâce, à nous tous baptisés, de prendre la voie de l’évangélisation avec humilité, avec confiance en Lui-même, en annonçant le véritable Evangile: “Le Verbe s’est fait chair”».

 

PAPE FRANÇOIS – I – CATÉCHÈSE SUR LE BAPTÊME

18 avril, 2018

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Baptême de Jésus

PAPE FRANÇOIS – I CATÉCHÈSE SUR LE BAPTÊME

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 11 avril 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Les cinquante jours du temps liturgique pascal sont propices pour réfléchir sur la vie chrétienne qui, de par sa nature, est la vie qui provient du Christ même. Nous sommes, en effet, chrétiens dans la mesure où nous laissons vivre Jésus en nous. D’où partir alors pour raviver cette conscience, sinon du début, du Sacrement qui a allumé en nous la vie chrétienne? C’est le baptême. La Pâque du Christ, avec sa charge de nouveauté, nous touche à travers le baptême pour nous transformer à son image: les baptisés sont de Jésus Christ, c’est Lui le Seigneur de leur existence. Le baptême est le «fondement de toute la vie chrétienne» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1213). C’est le premier des sacrements, dans la mesure où il est la porte qui permet au Christ Seigneur de demeurer dans notre personne et à nous de nous plonger dans son Mystère.
Le verbe grec «baptiser» signifie «plonger» (cf. CEC, n. 1214). Le bain avec l’eau est un rite commun à diverses croyances pour exprimer le passage d’une condition à une autre, signe de purification pour un nouveau début. Mais pour nous, chrétiens, il ne doit pas nous échapper que si c’est le corps qui est plongé dans l’eau, c’est l’âme qui est plongée dans le Christ pour recevoir le pardon du péché et resplendir de lumière divine (cfr. Tertullien, La résurrection des morts, VIII, 3: CCL 2, 931; PL 2, 806). En vertu de l’Esprit Saint, le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Seigneur, en noyant dans la source baptismale l’homme ancien, dominé par le péché qui sépare de Dieu, et en faisant naître l’homme nouveau, recréé en Jésus. En Lui, tous les fils d’Adam sont appelés à une vie nouvelle. Cela signifie que le baptême est une renaissance. Je suis sûr, tout à fait sûr, que nous nous souvenons tous de notre date de naissance: sûr. Mais je me demande, j’ai quelques doutes, et je vous demande à vous: est-ce que chacun de vous se rappelle quelle était la date de son baptême? Certains disent oui — c’est bien. Mais c’est un oui un peu faible, parce que peut-être beaucoup ne s’en rappellent-ils pas. Mais si nous fêtons le jour de la naissance, comment ne pas fêter — au moins se rappeler — le jour de la renaissance? Je vous donnerai un devoir à la maison, un devoir à faire aujourd’hui à la maison. Que ceux de vous qui ne se rappellent pas la date de leur baptême la demandent à leur mère, leur oncle et tante, à leurs petits-enfants: «Connais-tu la date de ton baptême?», et ne jamais l’oublier. Et ce jour-là, rendre grâce au Seigneur, parce que c’est précisément le jour où Jésus est entré en moi, l’Esprit Saint est entré en moi. Avez-vous bien compris le devoir à faire à la maison? Nous devons tous connaître la date de notre baptême. C’est un autre anniversaire: l’anniversaire de la renaissance. N’oubliez pas de faire cela, s’il vous plaît.
Rappelons les dernières paroles du Ressuscité aux apôtres; elles représentent un mandat précis: «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19). A travers le bain baptismal, celui qui croit dans le Christ est plongé dans la vie même de la Trinité.
En effet, l’eau du baptême n’est pas une eau quelconque, mais l’eau sur laquelle est invoqué l’Esprit qui «donne la vie» (Credo). Pensons à ce que Jésus dit à Nicodème pour lui expliquer la naissance à la vie divine: «A moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit» (Jn 3, 5-6). C’est pourquoi le baptême est appelé également «régénération»: nous croyons que Dieu, «par sa seule miséricorde… nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint» (Tt 3, 5).
Le baptême est donc un signe concret de renaissance, pour marcher dans une nouveauté de vie. C’est ce que rappelle saint Paul aux chrétiens de Rome: «Ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle» (Rm 6, 3-4).
En nous plongeant dans le Christ, le baptême fait également de nous des membres de son Corps, qui est l’Eglise, et nous fait participer à sa mission dans le monde (cf. CEC, n. 1213). Nous baptisés ne sommes pas isolés: nous sommes membres du Corps du Christ. La vitalité qui jaillit de la source baptismale est illustrée par ces paroles de Jésus: «Je suis la vigne; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit» (cf. Jn 15, 5). Une même vie, celle de l’Esprit Saint, coule du Christ aux baptisés, en les unissant en un seul Corps (cf. 1 Co 12, 13), chrismé par la sainte onction et nourri à la table eucharistique.
Le baptême permet au Christ de vivre en nous et à nous de vivre unis à Lui, pour collaborer dans l’Eglise, chacun selon sa condition, à la transformation du monde. Reçu une seule fois, le bain baptismal illumine toute notre vie, en guidant nos pas vers la Jérusalem du Ciel. Il y a un avant et un après le baptême. Le Sacrement suppose un chemin de foi, que nous appelons catéchuménat, évident lorsque c’est un adulte qui demande le baptême. Mais les enfants aussi, depuis l’antiquité, sont baptisés dans la foi de leurs parents (cf. Rite du baptême des enfants, introduction, n. 2). Et sur ce point, je voudrais vous dire quelque chose: certains pensent: mais pourquoi baptiser un enfant qui ne comprend pas? Attendons qu’il grandisse, qu’il comprenne et que ce soit lui-même qui demande le baptême. Mais cela signifie ne pas avoir confiance dans l’Esprit Saint, parce que quand nous baptisons un enfant, l’Esprit Saint entre dans cet enfant, et l’Esprit Saint fait croître chez cet enfant, depuis l’enfance, des vertus chrétiennes qui ensuite s’épanouiront. Il faut toujours donner cette opportunité à tous, à tous les enfants, d’avoir en eux l’Esprit Saint qui les guide pendant leur vie. N’oubliez pas de baptiser les enfants! Personne ne doit mériter le baptême, qui est toujours un don gratuit pour tous, adultes et nouveau-nés. Mais comme cela a lieu pour une semence pleine de vie, ce don s’enracine et porte du fruit dans un terrain alimenté par la foi. Les promesses baptismales que nous renouvelons chaque année lors de la Veillée pascale doivent être ravivées chaque jour afin que le baptême «christifie»: nous ne devons pas avoir peur de ce mot; le baptême nous «christifie», celui qui a reçu le baptême est «christifié», ressemble au Christ, se transforme dans le Christ et il en fait véritablement un autre Christ.

PAPE FRANÇOIS – 13. LITURGIE EUCHARISTIQUE. III. ‘NOTRE PÈRE’ ET UNE FRACTION DU PAIN

21 mars, 2018

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Antonello da Messina, Ecce Homo

PAPE FRANÇOIS – 13. LITURGIE EUCHARISTIQUE. III. ‘NOTRE PÈRE’ ET UNE FRACTION DU PAIN

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 14 mars 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons la catéchèse sur la Messe. Lors de la Dernière Cène, après que Jésus ait pris le pain et la coupe du vin, et qu’il eut rendu grâce à Dieu, nous savons qu’il «rompit le pain». C’est à cette action que correspond, dans la liturgie eucharistique de la Messe, la fraction du Pain, précédée par la prière que le Seigneur nous a enseignée, c’est-à-dire le «Notre Père».
C’est ainsi que commencent les rites de communion, en prolongeant la louange et la supplique de la Prière eucharistique par la récitation communautaire du «Notre Père». Ce n’est pas l’une des nombreuses prières chrétiennes, mais c’est la prière des enfants de Dieu: c’est la grande prière que Jésus nous a enseignée. En effet, nous étant remis le jour de notre baptême, le «Notre Père» fait retentir en nous les mêmes sentiments qui furent ceux de Jésus Christ. Quand nous prions avec le «Notre Père», nous prions comme Jésus priait. C’est la prière qu’a faite Jésus, et il nous l’a enseignée; quand les disciples lui ont dit: «Maître, enseigne-nous à prier comme tu pries». Et Jésus priait ainsi. Il est si beau de prier comme Jésus! Formés à son enseignement divin, nous osons nous adresser à Dieu en l’appelant «Père», parce que nous sommes renés comme ses enfants à travers l’eau et l’Esprit Saint (cf. Ep 1, 5). Personne, en vérité, ne pourrait l’appeler familièrement «Abbà» — «Père» — sans avoir été engendré par Dieu, sans l’inspiration de l’Esprit, comme l’enseigne saint Paul (cf. Rm 8, 15). Nous devons penser: personne ne peut l’appeler «Père» sans l’inspiration de l’Esprit. Combien de fois des gens récitent le «Notre Père», mais sans savoir ce qu’ils disent. Car en effet, c’est le Père, mais est-ce que tu sens que quand tu dis «Père», Il est le Père, ton Père, le Père de l’humanité, le Père de Jésus Christ? As-tu un rapport avec ce Père? Quand nous récitons le «Notre Père», nous nous mettons en liaison avec le Père qui nous aime, mais c’est l’Esprit qui nous met en liaison, qui nous donne ce sentiment d’être des enfants de Dieu.
Quelle meilleure prière que celle enseignée par Jésus peut nous disposer à la communion sacramentelle avec Lui? Outre que pendant la Messe, le «Notre Père» est récité, le matin et le soir, pendant les laudes et les vêpres; de cette manière, l’attitude filiale envers Dieu et de fraternité avec notre prochain contribue à donner une forme chrétienne à nos journées.
Dans la prière du Seigneur — dans le «Notre Père» — nous demandons notre «pain quotidien», dans lequel nous apercevons une référence particulière au Pain eucharistique, dont nous avons besoin pour vivre comme enfants de Dieu. Nous implorons aussi «le pardon de nos offenses», et pour être dignes de recevoir le pardon de Dieu, nous nous engageons à pardonner ceux qui nous ont offensés. Et cela n’est pas facile. Pardonner les personnes qui nous ont offensés n’est pas facile; c’est une grâce que nous devons demander: «Seigneur enseigne-moi à pardonner comme tu m’as pardonné». C’est une grâce. Nous ne pouvons pas le faire avec nos forces: pardonner est une grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, alors qu’il ouvre notre cœur à Dieu, le «Notre Père» nous dispose aussi à l’amour fraternel. Enfin, nous demandons aussi à Dieu de «nous délivrer du mal» qui nous sépare de Lui et nous divise de nos frères. Comprenons bien que ce sont des requêtes très adaptées à nous préparer à la communion (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 81).
En effet, ce que nous demandons dans le «Notre Père» est prolongé par la prière du prêtre qui, au nom de tous, supplie: «Délivre-nous, Seigneur, de tout mal et donne la paix à notre temps». Et elle reçoit ensuite une sorte de sceau dans le rite de la paix: en premier lieu, on invoque du Christ que le don de sa paix (cf. Jn 14, 27) — si différente de la paix du monde — fasse grandir l’Eglise dans l’unité et dans la paix, selon sa volonté; puis, à travers le geste concret échangé entre nous, nous exprimons «la communion dans l’Eglise ainsi que leur amour mutuel avant de communier au sacrement» (PGMR, n. 82). Dans le rite romain, l’échange du signe de paix, placé dès l’antiquité avant la communion, a pour objectif la communion eucharistique. Selon l’avertissement de saint Paul, il n’est pas possible de communier à l’unique Pain qui fait de nous un seul Corps dans le Christ, sans nous reconnaître pacifiés par l’amour fraternel (cf. 1 Co 10, 16-17; 11, 29). La paix du Christ ne peut pas s’enraciner dans un cœur incapable de vivre la fraternité et de la recomposer après l’avoir blessée. C’est le Seigneur qui donne la paix: Il nous donne la grâce de pardonner ceux qui nous ont offensés.
Le geste de la paix est suivi de la fraction du Pain, qui dès les temps apostoliques a donné nom à toute la célébration de l’Eucharistie (cf. PGMR, n. 83; Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1329). Accompli par Jésus au cours de la Dernière Cène, rompre le Pain est le geste révélateur qui a permis aux disciples de le reconnaître après sa résurrection. Rappelons les disciples d’Emmaüs, qui, en parlant de la rencontre avec le Ressuscité, racontent «qu’ils l’avaient reconnu lors de la fraction du pain» (cf. Lc 24, 30-31.35).
La fraction du Pain eucharistique est accompagnée par l’invocation de l’«Agneau de Dieu», la figure avec laquelle Jean-Baptiste a indiqué en Jésus «celui qui enlève le péché du monde» (Jn 1, 29). L’image biblique de l’Agneau parle de la rédemption (cf. Ex 12, 1-14; Is 53, 7; 1 P 1, 19; Ap 7, 14). Dans le Pain eucharistique, rompu pour la vie du monde, l’assemblée en prière reconnaît le véritable Agneau de Dieu, c’est-à-dire le Christ Rédempteur, et elle le supplie: «Prends pitié de nous… Donne-nous la paix».
«Prends pitié de nous», «Donne-nous la paix» sont des invocations qui, de la prière du «Notre Père» à la fraction du Pain, nous aident à disposer notre âme à participer au banquet eucharistique, source de communion avec Dieu et avec nos frères.
N’oublions pas la grande prière: celle que Jésus a enseignée, et qui est la prière avec laquelle Il priait le Père. Et cette prière nous prépare à la communion.

PAPE FRANÇOIS – DIEU S’ARRANGE POUR ENTRER (12 juin 2017)

1 mars, 2018

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Jésus avec nous dans l’Eucharistie

PAPE FRANÇOIS – DIEU S’ARRANGE POUR ENTRER (12 juin 2017)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Lundi 12 juin 2017

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 026 du 29 juin 2017)

Il suffit de maintenir la porte du cœur entrouverte et «Dieu s’arrange pour entrer», nous empêchant de rejoindre la foule des «in-miséricordieux»: un néologisme qui signifie ceux qui, privés de miséricorde, mettent en pratique les béatitudes à l’inverse. C’est précisément contre la tentation «narcissique de l’auto-référentialité» — le contraire de l’«altérité» chrétienne qui «est don et service» — que le Pape a voulu mettre en garde. En se référant au passage de la seconde lecture de saint Paul aux Corinthiens (1, 1-7), proposé par la liturgie comme première lecture, il a immédiatement souligné qu’en à peine «dix-neuf lignes, par huit fois, Paul parle de consolation, de nous laisser consoler pour consoler les autres». «L’expérience de la consolation, qui est une expérience spirituelle, a toujours besoin d’altérité pour être totale: personne ne peut se consoler soi-même, personne». Et «qui cherche à le faire, finit par se regarder dans le miroir». Mais «c’est la consolation truquée qui ne fait pas grandir, qui n’est pas une consolation parce qu’elle est fermée, il lui manque une altérité». «Dans l’Evangile, nous trouvons tant de personnes ainsi». «Par exemple les docteurs de la loi qui sont pleins de leur suffisance, fermés, et cela est “leur consolation” entre guillemets». Le Pape a voulu faire une référence explicite au «riche Epulon, qui vivait de fête en fête et avec cela, pensait être consolé». «La consolation, pour être vraie, pour être chrétienne, a besoin d’une altérité», parce que «la véritable consolation se reçoit». Et «c’est précisément le Seigneur, c’est Dieu qui nous console, c’est Dieu qui nous donne ce don: nous, avec le cœur ouvert, lui qui vient et nous donne». D’où le fait que «la consolation est un état de passage du don reçu au service donné», au point que «la véritable consolation a cette double altérité: elle est don et service». «Ainsi, si je laisse entrer la consolation du Seigneur comme don, c’est parce que j’ai besoin d’être consolé: je suis dans le besoin». En effet, «pour être consolé, il est nécessaire de reconnaître d’être dans le besoin: ce n’est qu’ainsi que le Seigneur vient, il nous console, et nous donne la mission de consoler les autres». «Un cœur ouvert, est un cœur heureux et dans l’Evangile, nous avons entendu qui sont les heureux, qui sont les bienheureux: les pauvres». Ainsi, «le cœur s’ouvre dans une attitude de pauvreté, de pauvreté d’esprit: ceux qui savent pleurer, ceux doux, la douceur du cœur; ceux qui sont assoiffés de justice, qui luttent pour la justice; ceux qui sont miséricordieux, qui font preuve de miséricorde à l’égard des autres; les purs de cœur; les artisans de paix et ceux qui sont persécutés à cause de la justice, par amour de la justice». Et «ainsi le cœur s’ouvre et le Seigneur vient avec le don de la consolation et la mission de consoler les autres». Mais il y a toutefois également ceux qui «ont un cœur fermé: ils ne suivent pas les béatitudes, en somme et «se sentent riches d’esprit, c’est-à-dire suffisants». Ce sont «ceux qui n’ont pas besoin de pleurer parce qu’ils se sentent justes; les violents qui ne savent pas ce qu’est la douceur; les injustes qui vivent de l’injustice et font l’injustice; ceux «in-miséricordieux», c’est-à-dire sans miséricorde, qui ne pardonnent jamais, qui n’ont jamais besoin de pardonner parce qu’ils ne sentent pas le besoin d’être pardonnés; ceux qui ont le cœur sale; les artisans de guerre, et non pas de paix; et ceux qui ne sont jamais critiqués ou persécutés parce qu’ils luttent pour la justice parce qu’ils ne se préoccupent pas des injustices des autres personnes: ceux-là sont fermés». Précisément devant cette inversion des béatitudes, «il nous fera du bien aujourd’hui de penser» à «comment est mon cœur? Est-il ouvert?». En rappelant que Dieu «nous demande seulement que la porte de notre cœur soit ouverte, ou tout au moins entrouverte, ainsi il s’arrange pour entrer».

 

PAPE FRANÇOIS – 10. LITURGIE DE LA PAROLE. III. CREDO ET PRIÈRE UNIVERSELLE

21 février, 2018

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La dernière Cène

PAPE FRANÇOIS – 10. LITURGIE DE LA PAROLE. III. CREDO ET PRIÈRE UNIVERSELLE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 14 février 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Bonjour, même si ce n’est pas une très belle journée. Mais si l’âme est en joie, c’est toujours un bon jour. Alors, bonjour! Aujourd’hui, l’audience aura lieu dans deux endroits: un petit groupe de malades est dans la salle, à cause du temps, et nous nous sommes ici. Mais nous les voyons et ils nous voient sur écran géant. Saluons-les par un applaudissement.
Poursuivons la catéchèse sur la Messe. L’écoute des lectures bibliques, prolongée dans l’homélie, répond à quoi? Elle répond à un droit: le droit spirituel du peuple de Dieu à recevoir avec abondance le trésor de la Parole de Dieu (cf. Introduction au lectionnaire, n. 45). En allant à la Messe, chacun de nous a le droit de recevoir en abondance la Parole de Dieu bien lue, bien dite, puis bien expliquée dans l’homélie. C’est un droit! Et quand la Parole de Dieu n’est pas bien lue, qu’elle n’est pas prêchée avec ferveur par le diacre, par le prêtre ou par l’évêque, on contrevient au droit des fidèles. Nous avons le droit d’écouter la Parole de Dieu. Le Seigneur parle pour tous, pasteurs et fidèles. Il frappe au cœur de ceux qui participent à la Messe, chacun dans sa condition de vie, âge, situation. Le Seigneur console, appelle, suscite des germes de vie nouvelle et réconciliée. Et cela au moyen de sa Parole. Sa Parole frappe au cœur et change les cœurs!
C’est pourquoi, après l’homélie, un temps de silence permet d’enraciner dans l’âme la semence reçue, afin que naissent des intentions d’adhésion à ce que l’Esprit a suggéré à chacun. Le silence après l’homélie. Un beau silence doit se créer alors et chacun doit penser à ce qu’il a entendu.
Après ce silence, comment se poursuit la Messe? La réponse personnelle de foi s’insère dans la profession de foi de l’Eglise, exprimée dans le «Credo». Nous récitons tous le «Credo» lors de la Messe. Récité par toute l’assemblée, le Symbole manifeste la réponse commune à ce que l’on a écouté ensemble de la Parole de Dieu (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 185-197). Il existe un lien vital entre écoute et foi. Elles sont unies. En effet, celle-ci — la foi — ne naît pas de l’imagination d’esprits humains mais, comme le rappelle saint Paul, elle «naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ» (Rm 10, 17). La foi s’alimente donc par l’écoute et conduit au sacrement. Ainsi, la récitation du «Credo» fait que l’assemblée liturgique «se rappelle et professe les grands mystères de la foi avant que ne commence leur célébration dans l’Eucharistie» (Présentation générale du Missel romain, n. 67).
Le Symbole de foi lie l’Eucharistie au baptême, reçu «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», et nous rappelle que les sacrements sont compréhensibles à la lumière de la foi de l’Eglise.
La réponse à la Parole de Dieu accueillie avec foi s’exprime ensuite dans la supplication commune, appelée Prière universelle, parce qu’elle englobe les nécessités de l’Eglise et du monde (cf. PGMR, nn. 69-71; Introduction au lectionnaire, nn. 30-31). Elle est également appelée Prière des fidèles.
Les Pères de Vatican ii ont voulu rétablir cette prière après l’Evangile et l’homélie, en particulier le dimanche et les fêtes, afin qu’«avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Eglise, pour ceux qui détiennent l’autorité publique, pour ceux qui sont accablés par diverses détresses, et pour tous les hommes et le salut du monde entier» (Const. Sacrosanctum Concilium, n. 53; cf. 1 Tm 2, 1-2). C’est pourquoi, sous la direction du prêtre qui introduit et conclut, «le peuple [...] exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous» (PGMR, n. 69). Et après chaque intention, proposée par le diacre ou par un lecteur, l’assemblée unit sa voix en invoquant: «Seigneur, écoute-nous».
Rappelons-nous, en effet, de ce que nous a dit le Seigneur Jésus: «Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez» (Jn 15, 7). «Mais nous ne croyons pas cela, car nous avons peu de foi». Mais si nous avions la foi — dit Jésus — comme le gré de sénevé, nous aurions tout reçu. «Demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez». Et en ce moment de la prière universelle après le Credo c’est le moment de demander au Seigneur les choses les plus fortes pendant la Messe, les choses dont nous avons besoin, ce que nous voulons. «Vous l’aurez»; d’une façon ou d’une autre, mais «vous l’aurez». «Tout est possible à celui qui croit», a dit le Seigneur. Qu’a répondu cet homme auquel le Seigneur s’est adressé pour dire cette parole — tout est possible à celui qui croit —? Il a dit: «Je crois Seigneur. Viens en aide à mon peu de foi». Nous aussi nous pouvons dire: «Seigneur, je crois. Viens en aide à mon peu de foi». Et nous devons faire cette prière avec cet esprit de foi: «Je crois Seigneur. Viens en aide à mon peu de foi». Les prétentions de logiques mondaines, en revanche, ne décollent pas vers le Ciel, tout comme les demandes auto-référentielles ne trouvent pas d’écoute (cf. Jc, 4, 2-3). Les intentions pour lesquelles le peuple est invité à prier doivent donner voix aux besoins concrets de la communauté ecclésiale et du monde, en évitant de recourir à des formules conventionnelles et myopes. La prière «universelle», qui conclut la liturgie de la Parole, nous exhorte à faire nôtre le regard de Dieu, qui prend soin de tous ses enfants.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRAL (l’acte pénitentiel)

7 février, 2018

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ciottolo e fr paul Gauguin Gesù nell'orto degli ulivi - Copia - Copia

Paul Gauguin: Le Christ dans le jardin des oliviers

PAPE FRANÇOIS – (l’acte pénitentiel)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 3 janvier 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En reprenant les catéchèses sur la célébration eucharistique, nous prenons aujourd’hui en considération, dans le contexte des rites d’introduction, l’acte pénitentiel. Dans sa sobriété, celui-ci favorise l’attitude avec laquelle se disposer à célébrer dignement les saints mystères, c’est-à-dire en reconnaissant nos péchés devant Dieu et nos frères, en reconnaissant que nous sommes pécheurs. En effet, l’invitation du prêtre s’adresse à toute la communauté en prière, parce que nous sommes tous pécheurs. Que peut donner le Seigneur à celui qui a le cœur plein de lui-même, de son propre succès? Rien, parce que le présomptueux est incapable de recevoir le pardon, rassasié comme il l’est de sa prétendue justice. Pensons à la parabole du pharisien et du publicain, où seul le second — le publicain — revient chez lui justifié, c’est-à-dire pardonné (cf. Lc 18, 9-14). Celui qui est conscient de ses propres misères et qui baisse les yeux avec humilité, sent se poser sur lui le regard miséricordieux de Dieu. Nous savons par expérience que seul celui qui sait reconnaître ses erreurs et demander pardon reçoit la compréhension et le pardon des autres.
Ecouter en silence la voix de la conscience permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, c’est-à-dire qu’elles ne sont guidées que par des choix contraires à l’Evangile. C’est pourquoi, au début de la Messe, nous accomplissons de manière communautaire l’acte pénitentiel à travers une formule de confession générale, prononcée à la première personne du singulier. Chacun confesse à Dieu et à ses frères d’avoir «péché, en parole, par action et par omission». Oui, aussi par omission, c’est-à-dire d’avoir négligé de faire le bien que j’aurais pu faire. Nous nous sentons souvent de braves personnes parce que — disons-nous — «je n’ai fait de mal à personne». En réalité, il ne suffit pas de ne pas faire de mal à son prochain, il faut choisir de faire le bien en saisissant les occasions pour rendre un bon témoignage du fait que nous sommes des disciples de Jésus. Il est bon de souligner que nous confessons aussi bien à Dieu qu’à nos frères que nous sommes pécheurs: cela nous aide à comprendre la dimension du péché qui, alors qu’il nous sépare de Dieu, nous divise également de nos frères et inversement. Le péché coupe: il coupe la relation avec Dieu et il coupe la relation avec nos frères, la relation dans la famille, dans la société, dans la communauté: le péché coupe toujours, il sépare, il divise.
Les mots que nous prononçons avec la bouche sont accompagnés par le geste de se frapper la poitrine, en reconnaissant que j’ai péché précisément par ma faute, et non par la faute des autres. Il arrive en effet souvent que, par peur ou par honte, nous pointions le doigt pour accuser les autres. Cela coûte d’admettre d’être coupables, mais cela nous fait du bien de le confesser avec sincérité. Confesser ses propres péchés. Je me souviens d’une anecdote, qu’un missionnaire âgé racontait, à propos d’une femme qui est allée se confesser et qui a commencé à raconter les fautes de son mari; ensuite, elle a poursuivi en racontant les fautes de sa belle-mère et ensuite les péchés de ses voisins. A un certain moment, le confesseur lui a dit: «Mais dites-moi, Madame: vous avez fini? – Très bien: vous avez fini avec les péchés des autres. Maintenant, commencez à dire les vôtres». Dire ses propres péchés!
Après la confession du péché, nous supplions la Bienheureuse Vierge Marie, les anges et les saints de prier le Seigneur pour nous. En cela aussi, la communion des saints est précieuse: c’est-à-dire que l’intercession de ces «amis et modèles de vie» (Préface du 1er novembre) nous soutient sur le chemin vers la pleine communion avec Dieu, quand le péché sera définitivement anéanti.
Outre le «Je confesse», on peut accomplir l’acte pénitentiel avec d’autres formules, par exemple: «Seigneur, accorde-nous ton pardon / Nous avons péché contre toi / Montre-nous ta miséricorde» (cf. Ps 123, 3; 85, 8; Jr 14, 20). Le dimanche, en particulier, on peut accomplir la bénédiction et l’aspersion de l’eau en mémoire du baptême (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 51), qui efface tous les péchés. Il est aussi possible, comme partie de l’acte pénitentiel, de chanter le Kyrie eléison: avec une antique expression grecque, nous acclamons le Seigneur — Kyrios — et nous implorons sa miséricorde (ibid., n. 52).
L’Ecriture Sainte nous offre de lumineux exemples de figures «pénitentes» qui, en revenant en elle-même après avoir commis le péché, trouvent le courage d’ôter leur masque et de s’ouvrir à la grâce qui renouvelle le cœur. Pensons au roi David et aux paroles qui lui sont attribuées dans le Psaume: «Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché» (51, 3). Pensons au fils prodigue qui revient auprès de son père; ou à l’invocation du publicain: «Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!» (Lc 18, 13). Pensons également à saint Pierre, à Zacchée, à la femme samaritaine. Se mesurer avec la fragilité de l’argile dont nous sommes façonnés est une expérience qui nous fortifie: alors qu’elle nous place en face de notre faiblesse, elle ouvre notre cœur pour invoquer la miséricorde divine qui transforme et convertit. Et c’est cela que nous accomplissons dans l’acte pénitentiel au début de la Messe.

PAPE FRANÇOIS – ISAÏE 40, 1-2.3-5

22 janvier, 2018

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Marc-Chagall-Tree-of-Jesse

Chagall l’Arbre de Jesse

PAPE FRANÇOIS – ISAÏE 40, 1-2.3-5

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 7 décembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. C’est très important, parce que l’espérance ne déçoit pas. L’optimisme déçoit, l’espérance non! Nous en avons tant besoin, en ces temps qui paraissent obscurs, dans lesquels nous sommes parfois égarés devant le mal et la violence qui nous entourent, devant la douleur de tant de nos frères. Il faut de l’espérance! Nous nous sentons égarés et même un peu découragés, parce que nous sommes impuissants et il nous semble que cette obscurité ne finira jamais.
Mais il ne faut pas laisser l’espérance nous abandonner, parce que Dieu, avec son amour, marche avec nous. « J’espère, parce que Dieu est à mes côtés » : cela, nous pouvons tous le dire. Chacun de nous peut dire : « J’espère, j’ai de l’espérance, parce que Dieu marche à mes côtés ». Il marche et me tient par la main. Dieu ne nous laisse pas seuls. Le Seigneur Jésus a vaincu le mal et nous a ouvert la voix de la vie.
C’est pourquoi, en particulier en ce temps de l’Avent, qui est le temps de l’attente, au cours duquel nous nous préparons à accueillir une fois de plus le mystère réconfortant de l’Incarnation et la lumière de Noël, il est important de réfléchir sur l’espérance. Laissons le Seigneur nous enseigner ce que signifie espérer. Ecoutons donc les paroles de l’Ecriture Sainte, en commençant par le prophète Isaïe, le grand prophète de l’Avent, le grand messager de l’espérance.
Dans la deuxième partie de son livre, Isaïe s’adresse au peuple avec une annonce de consolation :

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
Parlez au cœur de Jérusalem
et criez-lui que son service est accompli,
que sa faute est expiée [...] ».
Une voix crie :
« Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit comblée,
toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée ;
alors la gloire de Yahvé se révélera
et toute chair, d’un coup, la verra,
car la bouche de Yahvé a parlé » (40, 1-2.3-5).

Dieu le Père console en suscitant des consolateurs, auxquels il demande de réconforter le peuple, ses fils, en annonçant que leur épreuve est terminée, que leur douleur est finie et que leur péché a été pardonné. C’est cela qui guérit le cœur affligé et effrayé. C’est pourquoi le prophète demande de préparer la voie au Seigneur, en s’ouvrant à ses dons et à son salut.
La consolation, pour le peuple, commence avec la possibilité de marcher sur la voie de Dieu, une voie nouvelle, rendue droite et pouvant être parcourue, une voie à préparer dans le désert, afin de pouvoir le traverser et de revenir dans sa patrie. Parce que le peuple auquel le prophète s’adresse vivait la tragédie de l’exil à Babylone, et à présent, en revanche, il s’entend dire qu’il pourra retourner sur sa terre, à travers une route rendue commode et large, sans vallée ni montagne qui rendent le chemin fatigant, une route aplanie dans le désert. Préparer cette route veut donc dire préparer un chemin de salut et de libération de tout obstacle et empêchement.
L’exil avait été un moment dramatique dans l’histoire d’Israël, quand le peuple avait tout perdu. Le peuple avait perdu sa patrie, sa liberté, sa dignité, et aussi sa confiance en Dieu. Il se sentait abandonné et sans espérance. Au contraire, voici l’appel du prophète qui rouvre le cœur à la foi. Le désert est un lieu dans lequel il est difficile de vivre, mais c’est précisément là que l’on pourra à présent marcher pour retourner non seulement dans sa patrie, mais revenir à Dieu, et recommencer à espérer et à sourire. Quand nous sommes dans l’obscurité, dans les difficultés, nous n’avons pas envie de sourire, et c’est précisément l’espérance qui nous enseigne à sourire pour trouver cette route qui conduit à Dieu. L’une des premières choses qui arrivent aux personnes qui se détachent de Dieu est que ce sont des personnes sans sourire. Peut-être sont-elles capables d’éclats de rire, elles en font l’un après l’autre, une blague, un éclat de rire… Mais il manque le sourire! Seule l’espérance donne le sourire : c’est le sourire de l’espérance de trouver Dieu.
La vie est souvent un désert, il est difficile de marcher dans la vie, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir belle et large comme une autoroute. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, il suffit de continuer à croire, toujours, malgré tout. Quand nous trouvons devant un enfant, peut-être pouvons-nous avoir beaucoup de problèmes et de difficultés, mais nous avons en nous le sourire, parce que nous sommes face à l’espérance : un enfant est une espérance! Et ainsi, nous devons savoir voir dans la vie le chemin de l’espérance qui nous conduit à trouver Dieu, Dieu qui s’est fait Enfant pour nous. Et cela nous fera sourire, cela nous donnera tout!
Ces paroles d’Isaïe sont ensuite précisément utilisées par Jean-Baptiste dans sa prédication qui invitait à la conversion. Il disait : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3, 3). C’est une voix qui crie là où il semble que personne ne puisse écouter — mais qui peut écouter dans le désert? —, qui crie dans l’égarement dû à la crise de la foi. Nous ne pouvons pas nier que le monde d’aujourd’hui vit une crise de la foi. On dit : « Je crois en Dieu, je suis chrétien » — « Je suis de cette religion… ». Mais ta vie est bien loin d’être chrétienne ; elle est bien loin de Dieu! La religion, la foi, est tombée dans une expression : « Est-ce que je crois? » — « Oui! ». Mais ici, il s’agit de revenir à Dieu, de convertir le cœur à Dieu et d’aller sur cette route pour le trouver. Il nous attend. Telle est la prédication de Jean-Baptiste : préparer. Préparer la rencontre avec cet Enfant qui nous redonnera le sourire. Quand Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus, c’est comme si les Israélites étaient encore en exil, parce qu’ils sont sous la domination romaine, qui les rend étrangers dans leur propre patrie, gouvernés par des occupants puissants qui décident de leurs vies. Mais la véritable histoire n’est pas celle faite par les puissants, mais celle faite par Dieu avec ses petits. La véritable histoire — celle qui restera pour l’éternité — est celle qu’écrit Dieu avec ses petits : Dieu avec Marie, Dieu avec Jésus, Dieu avec Joseph, Dieu avec les petits. Ces petits et simples que nous trouvons autour de Jésus qui naît : Zacharie et Elisabeth, âgés et frappés par la stérilité, Marie, jeune fille vierge promise en mariage à Joseph, les pasteurs, qui étaient méprisés et qui ne comptaient pas. Ce sont les petits, rendus grands par leur foi, les petits qui savent continuer à espérer. Et l’espérance est la vertu des petits. Les grands, les satisfaits, ne connaissent pas l’espérance ; ils ne savent pas ce que c’est.
Ce sont eux, les petits avec Dieu, avec Jésus, qui transforment le désert de l’exil, de la solitude désespérée, de la souffrance, en une route aplanie sur laquelle marcher pour aller à la rencontre de la gloire du Seigneur. Et nous venons au fait : laissons-nous enseigner l’espérance. Attendons avec confiance la venue du Seigneur, et quel que soit le désert de nos vies — chacun sait dans quel désert il marche — il deviendra un jardin fleuri. L’espérance ne déçoit pas!
Frères et sœurs, nous commençons une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. En ce temps de l’Avent, temps de l’attente, il est particulièrement important de réfléchir sur l’espérance. Dans son Livre, le prophète Isaïe adresse au peuple une annonce de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Dieu le Père console en suscitant des consolateurs à qui il demande d’encourager le peuple. Pour cela le prophète invite à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de salut. La consolation commence par la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu, un chemin à préparer dans le désert pour pouvoir retourner chez soi, un chemin de salut et de libération. Le désert est un lieu où il est difficile de vivre, mais on peut y marcher non seulement pour revenir chez soi, mais pour revenir à Dieu, espérer et sourire. La vie est souvent un désert, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir une autoroute belle et large. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, de continuer à croire, toujours, malgré tout. Et, comme nous le montrent ceux qui entourent Jésus à sa naissance, ce sont les petits, rendus grands par leur foi, qui savent continuer à espérer. Laissons-nous donc enseigner l’espérance, attendons avec confiance la venue du Seigneur et quel que soit le désert de nos vies, il deviendra un jardin florissant.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le collège Saint-Régis Saint-Michel, du Puy-en-Velay, et les membres du « service d’optimisation des homélies ». A la veille de la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, demandons-lui de nous aider à marcher dans l’espérance à la rencontre de son Fils et à accueillir avec joie sa venue. Que Dieu vous bénisse!

PAPE FRANÇOIS – (la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne)

8 novembre, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20171025_udienza-generale.html

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Le prophète Elie

PAPE FRANÇOIS – (la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 25 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

C’est la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne, qui nous a accompagnés depuis le début de cette année liturgique. Et je conclurai en parlant du paradis, comme objectif de notre espérance.
«Paradis» est l’un des derniers mots prononcés par Jésus sur la croix, adressé au bon larron. Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Sur la croix, Jésus n’est pas seul. A côté de lui, à droite et à gauche, il y a deux malfaiteurs. Sans doute, en passant devant ces trois croix élevées sur le Golgotha, certains poussèrent un soupir de soulagement en pensant qu’enfin, justice était faite en mettant à mort de telles personnes.
A côté de Jésus, il y a également quelqu’un qui s’avoue coupable: quelqu’un qui reconnaît avoir mérité ce terrible supplice. Nous l’appelons le «bon larron» qui, s’opposant aux autres, dit: nous recevons ce que nous avons mérité pour nos actions (cf. Lc 23, 41).
Sur le Calvaire, ce vendredi tragique et saint, Jésus arrive au sommet de son incarnation, de sa solidarité avec nous pécheurs. Là se réalise ce que le prophète Isaïe avait dit du serviteur souffrant: «Il a été compté parmi les criminels» (53, 12; cf. Lc 22, 37).
C’est là, sur le Calvaire, que Jésus a le dernier rendez-vous avec un pécheur, pour lui ouvrir à lui aussi toutes grandes les portes de son Royaume. Cela est intéressant: c’est la seule fois que le mot «paradis» apparaît dans les Evangiles. Jésus le promet à un «pauvre diable» qui sur le bois de la croix, a eu le courage de lui adresser la plus humble des requêtes: «Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume» (Lc 23, 42). Il n’avait pas d’œuvres de bien à faire valoir, il n’avait rien, mais il se confiait à Jésus, qu’il reconnaît comme innocent, bon, si différent de lui (v. 41). Ce mot d’humble repentir a suffi pour toucher le cœur de Jésus.
Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu: que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons la nostalgie de son amour. Dans les chambres de nombreux hôpitaux ou dans les cellules des prisons, ce miracle se répète d’innombrables fois: il n’y a aucune personne, pour autant qu’elle ait mal vécu, à laquelle ne reste que le désespoir et la grâce soit interdite. Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui s’était arrêté en prière au fond du temple (cf. Lc 18, 13). Et chaque fois qu’un homme, faisant le dernier examen de conscience de sa vie, découvre que les fautes dépassent de loin les œuvres de bien, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu. Et cela nous donne de l’espoir, cela nous ouvre le cœur!
Dieu est le Père, et jusqu’au dernier moment, il attend notre retour. Et au fils prodigue revenu, qui commence à confesser ses fautes, le père le fait taire en le prenant dans ses bras (cf. Lc 15, 20). Voilà Dieu: c’est ainsi qu’il nous aime!
Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, ni un jardin enchanté. Le paradis est le baiser de Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort en croix pour nous. Là où il y a Jésus, il y a la miséricorde et le bonheur; sans Lui, il y a le froid et les ténèbres. A l’heure de la mort, le chrétien répète à Jésus: «Souviens-toi de moi». Et même si plus personne ne se souvenait de nous, Jésus est là, à nos côtés. Il veut nous emmener dans le lieu le plus beau qui existe. Il veut nous y emmener avec ce peu ou ce grand bien qu’il y a eu dans notre vie, afin que rien ne soit perdu de ce qu’il avait déjà racheté. Et dans la maison du Père, il apportera également tout ce qui en nous a besoin de rachat: les fautes et les erreurs de toute une vie. Tel est l’objectif de notre existence: que tout s’accomplisse, et soit transformé en amour.
Si nous croyons cela, la mort cesse de nous faire peur, et nous pouvons également espérer quitter ce monde sereinement, avec une grande confiance. Qui a connu Jésus ne craint plus rien. Et nous pourrons répéter nous aussi les paroles du vieux Syméon, lui aussi béni par la rencontre avec le Christ, après toute une vie passée dans l’attente: «Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut» (Lc 2, 29-30).
Et à cet instant, enfin, nous n’aurons plus besoin de rien, nous ne verrons plus de façon confuse. Nous ne pleurerons plus inutilement, parce que tout est passé; même les prophéties, même la connaissance. Mais l’amour non, lui demeure. Parce que «la charité ne passe jamais» (cf. 1 Co 13, 8).

 

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort)

25 octobre, 2017

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(La pietà, Van Gogh)

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 18 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais aujourd’hui comparer l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort, une réalité que notre civilisation moderne tend toujours davantage à effacer. Ainsi, quand la mort arrive, pour ceux qui sont proches de nous ou pour nous-mêmes, nous nous trouvons impréparés, également privés d’un «alphabet» adapté pour trouver des paroles ayant du sens autour de son mystère, qui demeure cependant. Pourtant, les premiers signes de civilisation humaine sont passés précisément à travers cette énigme. Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts.
D’autres civilisations, avant la nôtre, ont eu le courage de la regarder en face. C’était un événement raconté par les personnes âgées aux nouvelles générations, comme une réalité inéluctable qui obligeait l’homme à vivre pour quelque chose d’absolu. Il est dit dans le psaume 90: «Fais-nous savoir comment compter nos jours, que nous venions de cœur à la sagesse!» (v. 12). Compter ses propres jours a pour effet que le cœur devienne sage! Des mots qui nous ramènent à un sain réalisme, en chassant le délire de toute-puissance. Que sommes-nous? Nous ne sommes «presque rien», dit un autre psaume (cf. 88, 48); nos jours s’écoulent rapidement: même si nous devions vivre cent ans, à la fin il nous semblerait que tout n’ait duré que le temps d’un souffle. Très souvent, j’ai entendu des personnes âgées dire: «Ma vie a passé comme un souffle…».
Ainsi, la mort met notre vie à nue. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient de la vanité: pure vanité. Nous nous apercevons avec regret de ne pas avoir assez aimé et de ne pas avoir cherché ce qui était essentiel. Et, au contraire, nous voyons ce que nous avons semé de vraiment bon: les liens d’affection pour lesquels nous nous sommes sacrifiés, et qui à présent nous tiennent la main.
Jésus a éclairé le mystère de notre mort. Par son comportement, il nous autorise à nous sentir tristes quand une personne chère s’en va. Lui-même fut «profondément» troublé devant la tombe de son ami Lazare, et «il pleura» (Jn 11, 35). Dans cette attitude, nous sentons Jésus très proche, notre frère. Il pleura pour son ami Lazare.
Et alors Jésus prie le Père, source de vie, et il ordonne à Lazare de sortir du sépulcre. Et il advient ainsi. L’espérance chrétienne puise à cette attitude que Jésus prend contre la mort humaine: mais si celle-ci est présente dans la création, elle est cependant une balafre qui défigure le dessein d’amour de Dieu, et le Sauveur veut nous en guérir.
Ailleurs, les Evangiles racontent l’histoire d’un père dont la fille est très malade et qui s’adresse à Jésus avec foi pour qu’il la sauve (cf. Mc 5, 21-24.35-43). Et il n’y a pas de figure plus émouvante que celle d’un père ou d’une mère avec un enfant malade. Et Jésus se met immédiatement en marche avec cet homme, qui s’appelait Jaïre. A un certain moment, quelqu’un arrive de la maison de Jaïre pour dire que la petite fille est morte et qu’il n’y a plus besoin de déranger le Maître. Mais Jésus dit à Jaïre: «Sois sans crainte, aie seulement la foi» (Mc 5, 36). Jésus sait que cet homme est tenté de réagir par la colère et le désespoir, parce que sa petite fille est morte, et il lui recommande de conserver la petite flamme qui est allumée dans son cœur: la foi. «Sois sans crainte, aie seulement la foi». «Sois sans crainte, continue seulement à garder cette flamme allumée!». Et ensuite, arrivés à la maison, il réveillera la petite fille de la mort et la rendra vivante à sa famille.
Jésus nous place sur cette «crête» de la foi. A Marthe, qui pleure pour la disparition de son frère Lazare, il oppose la lumière d’un dogme: «Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?» (Jn 11, 25-26). C’est ce que Jésus répète à chacun de nous, à chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la vie et des liens d’affection. Toute notre existence se joue là, entre le versant de la foi et le précipice de la peur. Jésus dit: «Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, le crois-tu? Crois-tu cela?”. Nous, qui sommes aujourd’hui ici sur la place, le croyons-nous?
Nous sommes tous petits et sans défense devant le mystère de la mort. Mais quelle grâce si, à ce moment-là, nous conservons dans notre cœur la flamme de la foi! Jésus nous prendra par la main, comme il prit par la main la fille de Jaïre, et il répétera encore une fois: «Talitha koum», «Fillette, je te le dis, lève-toi!» (Mc 5, 41). Il nous le dira, à chacun de nous: «Lève-toi, ressuscite!». Je vous invite à présent à fermer les yeux et à penser à ce moment-là: celui de notre mort. Que chacun de nous pense à sa propre mort, et s’imagine ce moment qui viendra, quand Jésus nous prendra par la main et nous dira: «Viens, viens avec moi, lève-toi». L’espérance finira là et ce sera la réalité, la réalité de la vie. Pensez-y bien: Jésus lui-même viendra auprès de chacun de nous et nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour. Et que chacun répète dans son cœur la parole de Jésus: «Lève-toi, viens. Lève-toi, viens. Lève-toi, ressuscite!».
Telle est notre espérance devant la mort. Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre en grand; pour celui qui doute, c’est une raie de lumière qui filtre d’une porte qui ne s’est pas entièrement fermée. Mais pour nous tous ce sera une grâce, quand cette lumière, de la rencontre avec Jésus, nous illuminera.

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