Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS'

PAPE FRANÇOIS – 13. LITURGIE EUCHARISTIQUE. III. ‘NOTRE PÈRE’ ET UNE FRACTION DU PAIN

21 mars, 2018

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Antonello da Messina, Ecce Homo

PAPE FRANÇOIS – 13. LITURGIE EUCHARISTIQUE. III. ‘NOTRE PÈRE’ ET UNE FRACTION DU PAIN

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 14 mars 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons la catéchèse sur la Messe. Lors de la Dernière Cène, après que Jésus ait pris le pain et la coupe du vin, et qu’il eut rendu grâce à Dieu, nous savons qu’il «rompit le pain». C’est à cette action que correspond, dans la liturgie eucharistique de la Messe, la fraction du Pain, précédée par la prière que le Seigneur nous a enseignée, c’est-à-dire le «Notre Père».
C’est ainsi que commencent les rites de communion, en prolongeant la louange et la supplique de la Prière eucharistique par la récitation communautaire du «Notre Père». Ce n’est pas l’une des nombreuses prières chrétiennes, mais c’est la prière des enfants de Dieu: c’est la grande prière que Jésus nous a enseignée. En effet, nous étant remis le jour de notre baptême, le «Notre Père» fait retentir en nous les mêmes sentiments qui furent ceux de Jésus Christ. Quand nous prions avec le «Notre Père», nous prions comme Jésus priait. C’est la prière qu’a faite Jésus, et il nous l’a enseignée; quand les disciples lui ont dit: «Maître, enseigne-nous à prier comme tu pries». Et Jésus priait ainsi. Il est si beau de prier comme Jésus! Formés à son enseignement divin, nous osons nous adresser à Dieu en l’appelant «Père», parce que nous sommes renés comme ses enfants à travers l’eau et l’Esprit Saint (cf. Ep 1, 5). Personne, en vérité, ne pourrait l’appeler familièrement «Abbà» — «Père» — sans avoir été engendré par Dieu, sans l’inspiration de l’Esprit, comme l’enseigne saint Paul (cf. Rm 8, 15). Nous devons penser: personne ne peut l’appeler «Père» sans l’inspiration de l’Esprit. Combien de fois des gens récitent le «Notre Père», mais sans savoir ce qu’ils disent. Car en effet, c’est le Père, mais est-ce que tu sens que quand tu dis «Père», Il est le Père, ton Père, le Père de l’humanité, le Père de Jésus Christ? As-tu un rapport avec ce Père? Quand nous récitons le «Notre Père», nous nous mettons en liaison avec le Père qui nous aime, mais c’est l’Esprit qui nous met en liaison, qui nous donne ce sentiment d’être des enfants de Dieu.
Quelle meilleure prière que celle enseignée par Jésus peut nous disposer à la communion sacramentelle avec Lui? Outre que pendant la Messe, le «Notre Père» est récité, le matin et le soir, pendant les laudes et les vêpres; de cette manière, l’attitude filiale envers Dieu et de fraternité avec notre prochain contribue à donner une forme chrétienne à nos journées.
Dans la prière du Seigneur — dans le «Notre Père» — nous demandons notre «pain quotidien», dans lequel nous apercevons une référence particulière au Pain eucharistique, dont nous avons besoin pour vivre comme enfants de Dieu. Nous implorons aussi «le pardon de nos offenses», et pour être dignes de recevoir le pardon de Dieu, nous nous engageons à pardonner ceux qui nous ont offensés. Et cela n’est pas facile. Pardonner les personnes qui nous ont offensés n’est pas facile; c’est une grâce que nous devons demander: «Seigneur enseigne-moi à pardonner comme tu m’as pardonné». C’est une grâce. Nous ne pouvons pas le faire avec nos forces: pardonner est une grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, alors qu’il ouvre notre cœur à Dieu, le «Notre Père» nous dispose aussi à l’amour fraternel. Enfin, nous demandons aussi à Dieu de «nous délivrer du mal» qui nous sépare de Lui et nous divise de nos frères. Comprenons bien que ce sont des requêtes très adaptées à nous préparer à la communion (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 81).
En effet, ce que nous demandons dans le «Notre Père» est prolongé par la prière du prêtre qui, au nom de tous, supplie: «Délivre-nous, Seigneur, de tout mal et donne la paix à notre temps». Et elle reçoit ensuite une sorte de sceau dans le rite de la paix: en premier lieu, on invoque du Christ que le don de sa paix (cf. Jn 14, 27) — si différente de la paix du monde — fasse grandir l’Eglise dans l’unité et dans la paix, selon sa volonté; puis, à travers le geste concret échangé entre nous, nous exprimons «la communion dans l’Eglise ainsi que leur amour mutuel avant de communier au sacrement» (PGMR, n. 82). Dans le rite romain, l’échange du signe de paix, placé dès l’antiquité avant la communion, a pour objectif la communion eucharistique. Selon l’avertissement de saint Paul, il n’est pas possible de communier à l’unique Pain qui fait de nous un seul Corps dans le Christ, sans nous reconnaître pacifiés par l’amour fraternel (cf. 1 Co 10, 16-17; 11, 29). La paix du Christ ne peut pas s’enraciner dans un cœur incapable de vivre la fraternité et de la recomposer après l’avoir blessée. C’est le Seigneur qui donne la paix: Il nous donne la grâce de pardonner ceux qui nous ont offensés.
Le geste de la paix est suivi de la fraction du Pain, qui dès les temps apostoliques a donné nom à toute la célébration de l’Eucharistie (cf. PGMR, n. 83; Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1329). Accompli par Jésus au cours de la Dernière Cène, rompre le Pain est le geste révélateur qui a permis aux disciples de le reconnaître après sa résurrection. Rappelons les disciples d’Emmaüs, qui, en parlant de la rencontre avec le Ressuscité, racontent «qu’ils l’avaient reconnu lors de la fraction du pain» (cf. Lc 24, 30-31.35).
La fraction du Pain eucharistique est accompagnée par l’invocation de l’«Agneau de Dieu», la figure avec laquelle Jean-Baptiste a indiqué en Jésus «celui qui enlève le péché du monde» (Jn 1, 29). L’image biblique de l’Agneau parle de la rédemption (cf. Ex 12, 1-14; Is 53, 7; 1 P 1, 19; Ap 7, 14). Dans le Pain eucharistique, rompu pour la vie du monde, l’assemblée en prière reconnaît le véritable Agneau de Dieu, c’est-à-dire le Christ Rédempteur, et elle le supplie: «Prends pitié de nous… Donne-nous la paix».
«Prends pitié de nous», «Donne-nous la paix» sont des invocations qui, de la prière du «Notre Père» à la fraction du Pain, nous aident à disposer notre âme à participer au banquet eucharistique, source de communion avec Dieu et avec nos frères.
N’oublions pas la grande prière: celle que Jésus a enseignée, et qui est la prière avec laquelle Il priait le Père. Et cette prière nous prépare à la communion.

PAPE FRANÇOIS – DIEU S’ARRANGE POUR ENTRER (12 juin 2017)

1 mars, 2018

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Jésus avec nous dans l’Eucharistie

PAPE FRANÇOIS – DIEU S’ARRANGE POUR ENTRER (12 juin 2017)

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE

Lundi 12 juin 2017

(L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 026 du 29 juin 2017)

Il suffit de maintenir la porte du cœur entrouverte et «Dieu s’arrange pour entrer», nous empêchant de rejoindre la foule des «in-miséricordieux»: un néologisme qui signifie ceux qui, privés de miséricorde, mettent en pratique les béatitudes à l’inverse. C’est précisément contre la tentation «narcissique de l’auto-référentialité» — le contraire de l’«altérité» chrétienne qui «est don et service» — que le Pape a voulu mettre en garde. En se référant au passage de la seconde lecture de saint Paul aux Corinthiens (1, 1-7), proposé par la liturgie comme première lecture, il a immédiatement souligné qu’en à peine «dix-neuf lignes, par huit fois, Paul parle de consolation, de nous laisser consoler pour consoler les autres». «L’expérience de la consolation, qui est une expérience spirituelle, a toujours besoin d’altérité pour être totale: personne ne peut se consoler soi-même, personne». Et «qui cherche à le faire, finit par se regarder dans le miroir». Mais «c’est la consolation truquée qui ne fait pas grandir, qui n’est pas une consolation parce qu’elle est fermée, il lui manque une altérité». «Dans l’Evangile, nous trouvons tant de personnes ainsi». «Par exemple les docteurs de la loi qui sont pleins de leur suffisance, fermés, et cela est “leur consolation” entre guillemets». Le Pape a voulu faire une référence explicite au «riche Epulon, qui vivait de fête en fête et avec cela, pensait être consolé». «La consolation, pour être vraie, pour être chrétienne, a besoin d’une altérité», parce que «la véritable consolation se reçoit». Et «c’est précisément le Seigneur, c’est Dieu qui nous console, c’est Dieu qui nous donne ce don: nous, avec le cœur ouvert, lui qui vient et nous donne». D’où le fait que «la consolation est un état de passage du don reçu au service donné», au point que «la véritable consolation a cette double altérité: elle est don et service». «Ainsi, si je laisse entrer la consolation du Seigneur comme don, c’est parce que j’ai besoin d’être consolé: je suis dans le besoin». En effet, «pour être consolé, il est nécessaire de reconnaître d’être dans le besoin: ce n’est qu’ainsi que le Seigneur vient, il nous console, et nous donne la mission de consoler les autres». «Un cœur ouvert, est un cœur heureux et dans l’Evangile, nous avons entendu qui sont les heureux, qui sont les bienheureux: les pauvres». Ainsi, «le cœur s’ouvre dans une attitude de pauvreté, de pauvreté d’esprit: ceux qui savent pleurer, ceux doux, la douceur du cœur; ceux qui sont assoiffés de justice, qui luttent pour la justice; ceux qui sont miséricordieux, qui font preuve de miséricorde à l’égard des autres; les purs de cœur; les artisans de paix et ceux qui sont persécutés à cause de la justice, par amour de la justice». Et «ainsi le cœur s’ouvre et le Seigneur vient avec le don de la consolation et la mission de consoler les autres». Mais il y a toutefois également ceux qui «ont un cœur fermé: ils ne suivent pas les béatitudes, en somme et «se sentent riches d’esprit, c’est-à-dire suffisants». Ce sont «ceux qui n’ont pas besoin de pleurer parce qu’ils se sentent justes; les violents qui ne savent pas ce qu’est la douceur; les injustes qui vivent de l’injustice et font l’injustice; ceux «in-miséricordieux», c’est-à-dire sans miséricorde, qui ne pardonnent jamais, qui n’ont jamais besoin de pardonner parce qu’ils ne sentent pas le besoin d’être pardonnés; ceux qui ont le cœur sale; les artisans de guerre, et non pas de paix; et ceux qui ne sont jamais critiqués ou persécutés parce qu’ils luttent pour la justice parce qu’ils ne se préoccupent pas des injustices des autres personnes: ceux-là sont fermés». Précisément devant cette inversion des béatitudes, «il nous fera du bien aujourd’hui de penser» à «comment est mon cœur? Est-il ouvert?». En rappelant que Dieu «nous demande seulement que la porte de notre cœur soit ouverte, ou tout au moins entrouverte, ainsi il s’arrange pour entrer».

 

PAPE FRANÇOIS – 10. LITURGIE DE LA PAROLE. III. CREDO ET PRIÈRE UNIVERSELLE

21 février, 2018

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La dernière Cène

PAPE FRANÇOIS – 10. LITURGIE DE LA PAROLE. III. CREDO ET PRIÈRE UNIVERSELLE

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 14 février 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

Bonjour, même si ce n’est pas une très belle journée. Mais si l’âme est en joie, c’est toujours un bon jour. Alors, bonjour! Aujourd’hui, l’audience aura lieu dans deux endroits: un petit groupe de malades est dans la salle, à cause du temps, et nous nous sommes ici. Mais nous les voyons et ils nous voient sur écran géant. Saluons-les par un applaudissement.
Poursuivons la catéchèse sur la Messe. L’écoute des lectures bibliques, prolongée dans l’homélie, répond à quoi? Elle répond à un droit: le droit spirituel du peuple de Dieu à recevoir avec abondance le trésor de la Parole de Dieu (cf. Introduction au lectionnaire, n. 45). En allant à la Messe, chacun de nous a le droit de recevoir en abondance la Parole de Dieu bien lue, bien dite, puis bien expliquée dans l’homélie. C’est un droit! Et quand la Parole de Dieu n’est pas bien lue, qu’elle n’est pas prêchée avec ferveur par le diacre, par le prêtre ou par l’évêque, on contrevient au droit des fidèles. Nous avons le droit d’écouter la Parole de Dieu. Le Seigneur parle pour tous, pasteurs et fidèles. Il frappe au cœur de ceux qui participent à la Messe, chacun dans sa condition de vie, âge, situation. Le Seigneur console, appelle, suscite des germes de vie nouvelle et réconciliée. Et cela au moyen de sa Parole. Sa Parole frappe au cœur et change les cœurs!
C’est pourquoi, après l’homélie, un temps de silence permet d’enraciner dans l’âme la semence reçue, afin que naissent des intentions d’adhésion à ce que l’Esprit a suggéré à chacun. Le silence après l’homélie. Un beau silence doit se créer alors et chacun doit penser à ce qu’il a entendu.
Après ce silence, comment se poursuit la Messe? La réponse personnelle de foi s’insère dans la profession de foi de l’Eglise, exprimée dans le «Credo». Nous récitons tous le «Credo» lors de la Messe. Récité par toute l’assemblée, le Symbole manifeste la réponse commune à ce que l’on a écouté ensemble de la Parole de Dieu (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 185-197). Il existe un lien vital entre écoute et foi. Elles sont unies. En effet, celle-ci — la foi — ne naît pas de l’imagination d’esprits humains mais, comme le rappelle saint Paul, elle «naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ» (Rm 10, 17). La foi s’alimente donc par l’écoute et conduit au sacrement. Ainsi, la récitation du «Credo» fait que l’assemblée liturgique «se rappelle et professe les grands mystères de la foi avant que ne commence leur célébration dans l’Eucharistie» (Présentation générale du Missel romain, n. 67).
Le Symbole de foi lie l’Eucharistie au baptême, reçu «au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», et nous rappelle que les sacrements sont compréhensibles à la lumière de la foi de l’Eglise.
La réponse à la Parole de Dieu accueillie avec foi s’exprime ensuite dans la supplication commune, appelée Prière universelle, parce qu’elle englobe les nécessités de l’Eglise et du monde (cf. PGMR, nn. 69-71; Introduction au lectionnaire, nn. 30-31). Elle est également appelée Prière des fidèles.
Les Pères de Vatican ii ont voulu rétablir cette prière après l’Evangile et l’homélie, en particulier le dimanche et les fêtes, afin qu’«avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Eglise, pour ceux qui détiennent l’autorité publique, pour ceux qui sont accablés par diverses détresses, et pour tous les hommes et le salut du monde entier» (Const. Sacrosanctum Concilium, n. 53; cf. 1 Tm 2, 1-2). C’est pourquoi, sous la direction du prêtre qui introduit et conclut, «le peuple [...] exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous» (PGMR, n. 69). Et après chaque intention, proposée par le diacre ou par un lecteur, l’assemblée unit sa voix en invoquant: «Seigneur, écoute-nous».
Rappelons-nous, en effet, de ce que nous a dit le Seigneur Jésus: «Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez» (Jn 15, 7). «Mais nous ne croyons pas cela, car nous avons peu de foi». Mais si nous avions la foi — dit Jésus — comme le gré de sénevé, nous aurions tout reçu. «Demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez». Et en ce moment de la prière universelle après le Credo c’est le moment de demander au Seigneur les choses les plus fortes pendant la Messe, les choses dont nous avons besoin, ce que nous voulons. «Vous l’aurez»; d’une façon ou d’une autre, mais «vous l’aurez». «Tout est possible à celui qui croit», a dit le Seigneur. Qu’a répondu cet homme auquel le Seigneur s’est adressé pour dire cette parole — tout est possible à celui qui croit —? Il a dit: «Je crois Seigneur. Viens en aide à mon peu de foi». Nous aussi nous pouvons dire: «Seigneur, je crois. Viens en aide à mon peu de foi». Et nous devons faire cette prière avec cet esprit de foi: «Je crois Seigneur. Viens en aide à mon peu de foi». Les prétentions de logiques mondaines, en revanche, ne décollent pas vers le Ciel, tout comme les demandes auto-référentielles ne trouvent pas d’écoute (cf. Jc, 4, 2-3). Les intentions pour lesquelles le peuple est invité à prier doivent donner voix aux besoins concrets de la communauté ecclésiale et du monde, en évitant de recourir à des formules conventionnelles et myopes. La prière «universelle», qui conclut la liturgie de la Parole, nous exhorte à faire nôtre le regard de Dieu, qui prend soin de tous ses enfants.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRAL (l’acte pénitentiel)

7 février, 2018

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Paul Gauguin: Le Christ dans le jardin des oliviers

PAPE FRANÇOIS – (l’acte pénitentiel)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 3 janvier 2018

Chers frères et sœurs, bonjour!

En reprenant les catéchèses sur la célébration eucharistique, nous prenons aujourd’hui en considération, dans le contexte des rites d’introduction, l’acte pénitentiel. Dans sa sobriété, celui-ci favorise l’attitude avec laquelle se disposer à célébrer dignement les saints mystères, c’est-à-dire en reconnaissant nos péchés devant Dieu et nos frères, en reconnaissant que nous sommes pécheurs. En effet, l’invitation du prêtre s’adresse à toute la communauté en prière, parce que nous sommes tous pécheurs. Que peut donner le Seigneur à celui qui a le cœur plein de lui-même, de son propre succès? Rien, parce que le présomptueux est incapable de recevoir le pardon, rassasié comme il l’est de sa prétendue justice. Pensons à la parabole du pharisien et du publicain, où seul le second — le publicain — revient chez lui justifié, c’est-à-dire pardonné (cf. Lc 18, 9-14). Celui qui est conscient de ses propres misères et qui baisse les yeux avec humilité, sent se poser sur lui le regard miséricordieux de Dieu. Nous savons par expérience que seul celui qui sait reconnaître ses erreurs et demander pardon reçoit la compréhension et le pardon des autres.
Ecouter en silence la voix de la conscience permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, c’est-à-dire qu’elles ne sont guidées que par des choix contraires à l’Evangile. C’est pourquoi, au début de la Messe, nous accomplissons de manière communautaire l’acte pénitentiel à travers une formule de confession générale, prononcée à la première personne du singulier. Chacun confesse à Dieu et à ses frères d’avoir «péché, en parole, par action et par omission». Oui, aussi par omission, c’est-à-dire d’avoir négligé de faire le bien que j’aurais pu faire. Nous nous sentons souvent de braves personnes parce que — disons-nous — «je n’ai fait de mal à personne». En réalité, il ne suffit pas de ne pas faire de mal à son prochain, il faut choisir de faire le bien en saisissant les occasions pour rendre un bon témoignage du fait que nous sommes des disciples de Jésus. Il est bon de souligner que nous confessons aussi bien à Dieu qu’à nos frères que nous sommes pécheurs: cela nous aide à comprendre la dimension du péché qui, alors qu’il nous sépare de Dieu, nous divise également de nos frères et inversement. Le péché coupe: il coupe la relation avec Dieu et il coupe la relation avec nos frères, la relation dans la famille, dans la société, dans la communauté: le péché coupe toujours, il sépare, il divise.
Les mots que nous prononçons avec la bouche sont accompagnés par le geste de se frapper la poitrine, en reconnaissant que j’ai péché précisément par ma faute, et non par la faute des autres. Il arrive en effet souvent que, par peur ou par honte, nous pointions le doigt pour accuser les autres. Cela coûte d’admettre d’être coupables, mais cela nous fait du bien de le confesser avec sincérité. Confesser ses propres péchés. Je me souviens d’une anecdote, qu’un missionnaire âgé racontait, à propos d’une femme qui est allée se confesser et qui a commencé à raconter les fautes de son mari; ensuite, elle a poursuivi en racontant les fautes de sa belle-mère et ensuite les péchés de ses voisins. A un certain moment, le confesseur lui a dit: «Mais dites-moi, Madame: vous avez fini? – Très bien: vous avez fini avec les péchés des autres. Maintenant, commencez à dire les vôtres». Dire ses propres péchés!
Après la confession du péché, nous supplions la Bienheureuse Vierge Marie, les anges et les saints de prier le Seigneur pour nous. En cela aussi, la communion des saints est précieuse: c’est-à-dire que l’intercession de ces «amis et modèles de vie» (Préface du 1er novembre) nous soutient sur le chemin vers la pleine communion avec Dieu, quand le péché sera définitivement anéanti.
Outre le «Je confesse», on peut accomplir l’acte pénitentiel avec d’autres formules, par exemple: «Seigneur, accorde-nous ton pardon / Nous avons péché contre toi / Montre-nous ta miséricorde» (cf. Ps 123, 3; 85, 8; Jr 14, 20). Le dimanche, en particulier, on peut accomplir la bénédiction et l’aspersion de l’eau en mémoire du baptême (cf. Présentation générale du Missel romain, n. 51), qui efface tous les péchés. Il est aussi possible, comme partie de l’acte pénitentiel, de chanter le Kyrie eléison: avec une antique expression grecque, nous acclamons le Seigneur — Kyrios — et nous implorons sa miséricorde (ibid., n. 52).
L’Ecriture Sainte nous offre de lumineux exemples de figures «pénitentes» qui, en revenant en elle-même après avoir commis le péché, trouvent le courage d’ôter leur masque et de s’ouvrir à la grâce qui renouvelle le cœur. Pensons au roi David et aux paroles qui lui sont attribuées dans le Psaume: «Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché» (51, 3). Pensons au fils prodigue qui revient auprès de son père; ou à l’invocation du publicain: «Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!» (Lc 18, 13). Pensons également à saint Pierre, à Zacchée, à la femme samaritaine. Se mesurer avec la fragilité de l’argile dont nous sommes façonnés est une expérience qui nous fortifie: alors qu’elle nous place en face de notre faiblesse, elle ouvre notre cœur pour invoquer la miséricorde divine qui transforme et convertit. Et c’est cela que nous accomplissons dans l’acte pénitentiel au début de la Messe.

PAPE FRANÇOIS – ISAÏE 40, 1-2.3-5

22 janvier, 2018

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Chagall l’Arbre de Jesse

PAPE FRANÇOIS – ISAÏE 40, 1-2.3-5

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi, 7 décembre 2016

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. C’est très important, parce que l’espérance ne déçoit pas. L’optimisme déçoit, l’espérance non! Nous en avons tant besoin, en ces temps qui paraissent obscurs, dans lesquels nous sommes parfois égarés devant le mal et la violence qui nous entourent, devant la douleur de tant de nos frères. Il faut de l’espérance! Nous nous sentons égarés et même un peu découragés, parce que nous sommes impuissants et il nous semble que cette obscurité ne finira jamais.
Mais il ne faut pas laisser l’espérance nous abandonner, parce que Dieu, avec son amour, marche avec nous. « J’espère, parce que Dieu est à mes côtés » : cela, nous pouvons tous le dire. Chacun de nous peut dire : « J’espère, j’ai de l’espérance, parce que Dieu marche à mes côtés ». Il marche et me tient par la main. Dieu ne nous laisse pas seuls. Le Seigneur Jésus a vaincu le mal et nous a ouvert la voix de la vie.
C’est pourquoi, en particulier en ce temps de l’Avent, qui est le temps de l’attente, au cours duquel nous nous préparons à accueillir une fois de plus le mystère réconfortant de l’Incarnation et la lumière de Noël, il est important de réfléchir sur l’espérance. Laissons le Seigneur nous enseigner ce que signifie espérer. Ecoutons donc les paroles de l’Ecriture Sainte, en commençant par le prophète Isaïe, le grand prophète de l’Avent, le grand messager de l’espérance.
Dans la deuxième partie de son livre, Isaïe s’adresse au peuple avec une annonce de consolation :

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,
Parlez au cœur de Jérusalem
et criez-lui que son service est accompli,
que sa faute est expiée [...] ».
Une voix crie :
« Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé ;
dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.
Que toute vallée soit comblée,
toute montagne et toute colline abaissées,
que les lieux accidentés se changent en plaine
et les escarpements en large vallée ;
alors la gloire de Yahvé se révélera
et toute chair, d’un coup, la verra,
car la bouche de Yahvé a parlé » (40, 1-2.3-5).

Dieu le Père console en suscitant des consolateurs, auxquels il demande de réconforter le peuple, ses fils, en annonçant que leur épreuve est terminée, que leur douleur est finie et que leur péché a été pardonné. C’est cela qui guérit le cœur affligé et effrayé. C’est pourquoi le prophète demande de préparer la voie au Seigneur, en s’ouvrant à ses dons et à son salut.
La consolation, pour le peuple, commence avec la possibilité de marcher sur la voie de Dieu, une voie nouvelle, rendue droite et pouvant être parcourue, une voie à préparer dans le désert, afin de pouvoir le traverser et de revenir dans sa patrie. Parce que le peuple auquel le prophète s’adresse vivait la tragédie de l’exil à Babylone, et à présent, en revanche, il s’entend dire qu’il pourra retourner sur sa terre, à travers une route rendue commode et large, sans vallée ni montagne qui rendent le chemin fatigant, une route aplanie dans le désert. Préparer cette route veut donc dire préparer un chemin de salut et de libération de tout obstacle et empêchement.
L’exil avait été un moment dramatique dans l’histoire d’Israël, quand le peuple avait tout perdu. Le peuple avait perdu sa patrie, sa liberté, sa dignité, et aussi sa confiance en Dieu. Il se sentait abandonné et sans espérance. Au contraire, voici l’appel du prophète qui rouvre le cœur à la foi. Le désert est un lieu dans lequel il est difficile de vivre, mais c’est précisément là que l’on pourra à présent marcher pour retourner non seulement dans sa patrie, mais revenir à Dieu, et recommencer à espérer et à sourire. Quand nous sommes dans l’obscurité, dans les difficultés, nous n’avons pas envie de sourire, et c’est précisément l’espérance qui nous enseigne à sourire pour trouver cette route qui conduit à Dieu. L’une des premières choses qui arrivent aux personnes qui se détachent de Dieu est que ce sont des personnes sans sourire. Peut-être sont-elles capables d’éclats de rire, elles en font l’un après l’autre, une blague, un éclat de rire… Mais il manque le sourire! Seule l’espérance donne le sourire : c’est le sourire de l’espérance de trouver Dieu.
La vie est souvent un désert, il est difficile de marcher dans la vie, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir belle et large comme une autoroute. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, il suffit de continuer à croire, toujours, malgré tout. Quand nous trouvons devant un enfant, peut-être pouvons-nous avoir beaucoup de problèmes et de difficultés, mais nous avons en nous le sourire, parce que nous sommes face à l’espérance : un enfant est une espérance! Et ainsi, nous devons savoir voir dans la vie le chemin de l’espérance qui nous conduit à trouver Dieu, Dieu qui s’est fait Enfant pour nous. Et cela nous fera sourire, cela nous donnera tout!
Ces paroles d’Isaïe sont ensuite précisément utilisées par Jean-Baptiste dans sa prédication qui invitait à la conversion. Il disait : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3, 3). C’est une voix qui crie là où il semble que personne ne puisse écouter — mais qui peut écouter dans le désert? —, qui crie dans l’égarement dû à la crise de la foi. Nous ne pouvons pas nier que le monde d’aujourd’hui vit une crise de la foi. On dit : « Je crois en Dieu, je suis chrétien » — « Je suis de cette religion… ». Mais ta vie est bien loin d’être chrétienne ; elle est bien loin de Dieu! La religion, la foi, est tombée dans une expression : « Est-ce que je crois? » — « Oui! ». Mais ici, il s’agit de revenir à Dieu, de convertir le cœur à Dieu et d’aller sur cette route pour le trouver. Il nous attend. Telle est la prédication de Jean-Baptiste : préparer. Préparer la rencontre avec cet Enfant qui nous redonnera le sourire. Quand Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus, c’est comme si les Israélites étaient encore en exil, parce qu’ils sont sous la domination romaine, qui les rend étrangers dans leur propre patrie, gouvernés par des occupants puissants qui décident de leurs vies. Mais la véritable histoire n’est pas celle faite par les puissants, mais celle faite par Dieu avec ses petits. La véritable histoire — celle qui restera pour l’éternité — est celle qu’écrit Dieu avec ses petits : Dieu avec Marie, Dieu avec Jésus, Dieu avec Joseph, Dieu avec les petits. Ces petits et simples que nous trouvons autour de Jésus qui naît : Zacharie et Elisabeth, âgés et frappés par la stérilité, Marie, jeune fille vierge promise en mariage à Joseph, les pasteurs, qui étaient méprisés et qui ne comptaient pas. Ce sont les petits, rendus grands par leur foi, les petits qui savent continuer à espérer. Et l’espérance est la vertu des petits. Les grands, les satisfaits, ne connaissent pas l’espérance ; ils ne savent pas ce que c’est.
Ce sont eux, les petits avec Dieu, avec Jésus, qui transforment le désert de l’exil, de la solitude désespérée, de la souffrance, en une route aplanie sur laquelle marcher pour aller à la rencontre de la gloire du Seigneur. Et nous venons au fait : laissons-nous enseigner l’espérance. Attendons avec confiance la venue du Seigneur, et quel que soit le désert de nos vies — chacun sait dans quel désert il marche — il deviendra un jardin fleuri. L’espérance ne déçoit pas!
Frères et sœurs, nous commençons une nouvelle série de catéchèses sur le thème de l’espérance chrétienne. En ce temps de l’Avent, temps de l’attente, il est particulièrement important de réfléchir sur l’espérance. Dans son Livre, le prophète Isaïe adresse au peuple une annonce de consolation : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». Dieu le Père console en suscitant des consolateurs à qui il demande d’encourager le peuple. Pour cela le prophète invite à préparer le chemin du Seigneur, en s’ouvrant à ses dons de salut. La consolation commence par la possibilité de marcher sur le chemin de Dieu, un chemin à préparer dans le désert pour pouvoir retourner chez soi, un chemin de salut et de libération. Le désert est un lieu où il est difficile de vivre, mais on peut y marcher non seulement pour revenir chez soi, mais pour revenir à Dieu, espérer et sourire. La vie est souvent un désert, mais si nous nous confions à Dieu, elle peut devenir une autoroute belle et large. Il suffit de ne jamais perdre l’espérance, de continuer à croire, toujours, malgré tout. Et, comme nous le montrent ceux qui entourent Jésus à sa naissance, ce sont les petits, rendus grands par leur foi, qui savent continuer à espérer. Laissons-nous donc enseigner l’espérance, attendons avec confiance la venue du Seigneur et quel que soit le désert de nos vies, il deviendra un jardin florissant.
Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le collège Saint-Régis Saint-Michel, du Puy-en-Velay, et les membres du « service d’optimisation des homélies ». A la veille de la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, demandons-lui de nous aider à marcher dans l’espérance à la rencontre de son Fils et à accueillir avec joie sa venue. Que Dieu vous bénisse!

PAPE FRANÇOIS – (la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne)

8 novembre, 2017

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Le prophète Elie

PAPE FRANÇOIS – (la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 25 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

C’est la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne, qui nous a accompagnés depuis le début de cette année liturgique. Et je conclurai en parlant du paradis, comme objectif de notre espérance.
«Paradis» est l’un des derniers mots prononcés par Jésus sur la croix, adressé au bon larron. Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Sur la croix, Jésus n’est pas seul. A côté de lui, à droite et à gauche, il y a deux malfaiteurs. Sans doute, en passant devant ces trois croix élevées sur le Golgotha, certains poussèrent un soupir de soulagement en pensant qu’enfin, justice était faite en mettant à mort de telles personnes.
A côté de Jésus, il y a également quelqu’un qui s’avoue coupable: quelqu’un qui reconnaît avoir mérité ce terrible supplice. Nous l’appelons le «bon larron» qui, s’opposant aux autres, dit: nous recevons ce que nous avons mérité pour nos actions (cf. Lc 23, 41).
Sur le Calvaire, ce vendredi tragique et saint, Jésus arrive au sommet de son incarnation, de sa solidarité avec nous pécheurs. Là se réalise ce que le prophète Isaïe avait dit du serviteur souffrant: «Il a été compté parmi les criminels» (53, 12; cf. Lc 22, 37).
C’est là, sur le Calvaire, que Jésus a le dernier rendez-vous avec un pécheur, pour lui ouvrir à lui aussi toutes grandes les portes de son Royaume. Cela est intéressant: c’est la seule fois que le mot «paradis» apparaît dans les Evangiles. Jésus le promet à un «pauvre diable» qui sur le bois de la croix, a eu le courage de lui adresser la plus humble des requêtes: «Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume» (Lc 23, 42). Il n’avait pas d’œuvres de bien à faire valoir, il n’avait rien, mais il se confiait à Jésus, qu’il reconnaît comme innocent, bon, si différent de lui (v. 41). Ce mot d’humble repentir a suffi pour toucher le cœur de Jésus.
Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu: que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons la nostalgie de son amour. Dans les chambres de nombreux hôpitaux ou dans les cellules des prisons, ce miracle se répète d’innombrables fois: il n’y a aucune personne, pour autant qu’elle ait mal vécu, à laquelle ne reste que le désespoir et la grâce soit interdite. Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui s’était arrêté en prière au fond du temple (cf. Lc 18, 13). Et chaque fois qu’un homme, faisant le dernier examen de conscience de sa vie, découvre que les fautes dépassent de loin les œuvres de bien, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu. Et cela nous donne de l’espoir, cela nous ouvre le cœur!
Dieu est le Père, et jusqu’au dernier moment, il attend notre retour. Et au fils prodigue revenu, qui commence à confesser ses fautes, le père le fait taire en le prenant dans ses bras (cf. Lc 15, 20). Voilà Dieu: c’est ainsi qu’il nous aime!
Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, ni un jardin enchanté. Le paradis est le baiser de Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort en croix pour nous. Là où il y a Jésus, il y a la miséricorde et le bonheur; sans Lui, il y a le froid et les ténèbres. A l’heure de la mort, le chrétien répète à Jésus: «Souviens-toi de moi». Et même si plus personne ne se souvenait de nous, Jésus est là, à nos côtés. Il veut nous emmener dans le lieu le plus beau qui existe. Il veut nous y emmener avec ce peu ou ce grand bien qu’il y a eu dans notre vie, afin que rien ne soit perdu de ce qu’il avait déjà racheté. Et dans la maison du Père, il apportera également tout ce qui en nous a besoin de rachat: les fautes et les erreurs de toute une vie. Tel est l’objectif de notre existence: que tout s’accomplisse, et soit transformé en amour.
Si nous croyons cela, la mort cesse de nous faire peur, et nous pouvons également espérer quitter ce monde sereinement, avec une grande confiance. Qui a connu Jésus ne craint plus rien. Et nous pourrons répéter nous aussi les paroles du vieux Syméon, lui aussi béni par la rencontre avec le Christ, après toute une vie passée dans l’attente: «Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut» (Lc 2, 29-30).
Et à cet instant, enfin, nous n’aurons plus besoin de rien, nous ne verrons plus de façon confuse. Nous ne pleurerons plus inutilement, parce que tout est passé; même les prophéties, même la connaissance. Mais l’amour non, lui demeure. Parce que «la charité ne passe jamais» (cf. 1 Co 13, 8).

 

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort)

25 octobre, 2017

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(La pietà, Van Gogh)

PAPE FRANÇOIS (l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 18 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais aujourd’hui comparer l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort, une réalité que notre civilisation moderne tend toujours davantage à effacer. Ainsi, quand la mort arrive, pour ceux qui sont proches de nous ou pour nous-mêmes, nous nous trouvons impréparés, également privés d’un «alphabet» adapté pour trouver des paroles ayant du sens autour de son mystère, qui demeure cependant. Pourtant, les premiers signes de civilisation humaine sont passés précisément à travers cette énigme. Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts.
D’autres civilisations, avant la nôtre, ont eu le courage de la regarder en face. C’était un événement raconté par les personnes âgées aux nouvelles générations, comme une réalité inéluctable qui obligeait l’homme à vivre pour quelque chose d’absolu. Il est dit dans le psaume 90: «Fais-nous savoir comment compter nos jours, que nous venions de cœur à la sagesse!» (v. 12). Compter ses propres jours a pour effet que le cœur devienne sage! Des mots qui nous ramènent à un sain réalisme, en chassant le délire de toute-puissance. Que sommes-nous? Nous ne sommes «presque rien», dit un autre psaume (cf. 88, 48); nos jours s’écoulent rapidement: même si nous devions vivre cent ans, à la fin il nous semblerait que tout n’ait duré que le temps d’un souffle. Très souvent, j’ai entendu des personnes âgées dire: «Ma vie a passé comme un souffle…».
Ainsi, la mort met notre vie à nue. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient de la vanité: pure vanité. Nous nous apercevons avec regret de ne pas avoir assez aimé et de ne pas avoir cherché ce qui était essentiel. Et, au contraire, nous voyons ce que nous avons semé de vraiment bon: les liens d’affection pour lesquels nous nous sommes sacrifiés, et qui à présent nous tiennent la main.
Jésus a éclairé le mystère de notre mort. Par son comportement, il nous autorise à nous sentir tristes quand une personne chère s’en va. Lui-même fut «profondément» troublé devant la tombe de son ami Lazare, et «il pleura» (Jn 11, 35). Dans cette attitude, nous sentons Jésus très proche, notre frère. Il pleura pour son ami Lazare.
Et alors Jésus prie le Père, source de vie, et il ordonne à Lazare de sortir du sépulcre. Et il advient ainsi. L’espérance chrétienne puise à cette attitude que Jésus prend contre la mort humaine: mais si celle-ci est présente dans la création, elle est cependant une balafre qui défigure le dessein d’amour de Dieu, et le Sauveur veut nous en guérir.
Ailleurs, les Evangiles racontent l’histoire d’un père dont la fille est très malade et qui s’adresse à Jésus avec foi pour qu’il la sauve (cf. Mc 5, 21-24.35-43). Et il n’y a pas de figure plus émouvante que celle d’un père ou d’une mère avec un enfant malade. Et Jésus se met immédiatement en marche avec cet homme, qui s’appelait Jaïre. A un certain moment, quelqu’un arrive de la maison de Jaïre pour dire que la petite fille est morte et qu’il n’y a plus besoin de déranger le Maître. Mais Jésus dit à Jaïre: «Sois sans crainte, aie seulement la foi» (Mc 5, 36). Jésus sait que cet homme est tenté de réagir par la colère et le désespoir, parce que sa petite fille est morte, et il lui recommande de conserver la petite flamme qui est allumée dans son cœur: la foi. «Sois sans crainte, aie seulement la foi». «Sois sans crainte, continue seulement à garder cette flamme allumée!». Et ensuite, arrivés à la maison, il réveillera la petite fille de la mort et la rendra vivante à sa famille.
Jésus nous place sur cette «crête» de la foi. A Marthe, qui pleure pour la disparition de son frère Lazare, il oppose la lumière d’un dogme: «Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?» (Jn 11, 25-26). C’est ce que Jésus répète à chacun de nous, à chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la vie et des liens d’affection. Toute notre existence se joue là, entre le versant de la foi et le précipice de la peur. Jésus dit: «Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, le crois-tu? Crois-tu cela?”. Nous, qui sommes aujourd’hui ici sur la place, le croyons-nous?
Nous sommes tous petits et sans défense devant le mystère de la mort. Mais quelle grâce si, à ce moment-là, nous conservons dans notre cœur la flamme de la foi! Jésus nous prendra par la main, comme il prit par la main la fille de Jaïre, et il répétera encore une fois: «Talitha koum», «Fillette, je te le dis, lève-toi!» (Mc 5, 41). Il nous le dira, à chacun de nous: «Lève-toi, ressuscite!». Je vous invite à présent à fermer les yeux et à penser à ce moment-là: celui de notre mort. Que chacun de nous pense à sa propre mort, et s’imagine ce moment qui viendra, quand Jésus nous prendra par la main et nous dira: «Viens, viens avec moi, lève-toi». L’espérance finira là et ce sera la réalité, la réalité de la vie. Pensez-y bien: Jésus lui-même viendra auprès de chacun de nous et nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour. Et que chacun répète dans son cœur la parole de Jésus: «Lève-toi, viens. Lève-toi, viens. Lève-toi, ressuscite!».
Telle est notre espérance devant la mort. Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre en grand; pour celui qui doute, c’est une raie de lumière qui filtre d’une porte qui ne s’est pas entièrement fermée. Mais pour nous tous ce sera une grâce, quand cette lumière, de la rencontre avec Jésus, nous illuminera.

PAPE FRANÇOIS (l’espérance qui est l’attente vigilante) (11 octobre 2017)

18 octobre, 2017

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Jésus notre espoir

PAPE FRANÇOIS (l’espérance qui est l’attente vigilante) (11 octobre 2017)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 11 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui je voudrais m’arrêter sur cette dimension de l’espérance qui est l’attente vigilante. Le thème de la vigilance est l’un des fils conducteurs du Nouveau Testament. Jésus prêche à ses disciples: «Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera» (Lc 12, 35-36). Pendant la période qui suit la résurrection de Jésus, au cours de laquelle s’alternent sans cesse des moments de sérénité et d’autres d’angoisse, les chrétiens ne se reposent jamais. L’Evangile recommande d’être comme des serviteurs qui ne vont jamais dormir, tant que leur maître n’est pas rentré. Ce monde exige notre responsabilité, et nous l’assumons entièrement avec amour. Jésus veut que notre existence soit laborieuse, que nous ne baissions jamais la garde, pour accueillir avec gratitude et étonnement chaque nouveau jour que Dieu nous a donné. Chaque matin est une page blanche que le chrétien commence à écrire avec les œuvres de bien. Nous avons déjà été sauvés par la rédemption de Jésus, mais à présent, nous attendons la pleine manifestation de sa souveraineté: quand finalement Dieu sera tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). Rien n’est plus certain, dans la foi des chrétiens, que ce «rendez-vous», ce rendez-vous avec le Seigneur, quand Il viendra. Et quand ce jour arrivera, nous chrétiens, voulons être comme ces serviteurs qui ont passé la nuit avec les flancs ceints et les lampes allumées: il faut être prêts pour le salut qui vient, prêts à la rencontre. Vous-mêmes, avez-vous pensé à comment sera la rencontre avec Jésus quand Il viendra? Mais ce sera une étreinte, une joie immense, une grande joie! Nous devons vivre dans l’attente de cette rencontre!

Le chrétien n’est pas fait pour l’ennui; plutôt pour la patience. Il sait que, même dans la monotonie de certains jours toujours pareils, se cache un mystère de grâce. Il y a des personnes qui, par la persévérance de leur amour, deviennent comme des puits qui irriguent le désert. Rien n’arrive en vain, aucune situation dans laquelle un chrétien se trouve plongé n’est complètement réfractaire à l’amour. Aucune nuit n’est longue au point de faire oublier la joie de l’aurore. Et plus la nuit est obscure, plus l’aurore est proche. Si nous restons unis à Jésus, le froid des moments difficiles ne nous paralyse pas; et même si le monde entier prêchait contre l’espérance, s’il disait que l’avenir n’apportera que de sombres nuées, le chrétien sait que, dans ce même avenir, se trouve le retour du Christ. Quand cela arrivera-t-il? Personne ne le sait, mais la pensée qu’au terme de notre histoire il y a Jésus miséricordieux, suffit pour avoir confiance et ne pas maudire la vie. Tout sera sauvé. Tout. Nous souffrirons, il y aura des moments qui susciteront la colère et l’indignation, mais la douce et puissante mémoire du Christ chassera la tentation de penser que cette vie est une erreur.

Après avoir connu Jésus, nous ne pouvons faire autre chose que scruter l’histoire avec confiance et espérance. Jésus est comme une maison et nous sommes à l’intérieur, et des fenêtres de cette maison, nous regardons le monde. C’est pourquoi nous ne nous refermons pas sur nous-mêmes, nous ne regrettons pas avec mélancolie un passé que l’on présume doré, mais nous regardons toujours de l’avant, vers un avenir qui n’est pas seulement l’œuvre de nos mains, mais qui est tout d’abord une préoccupation constante de la providence de Dieu. Un jour, tout ce qui est opaque deviendra lumière.

Et pensons que Dieu ne se dément pas lui-même. Jamais. Dieu ne déçoit jamais. Sa volonté à notre égard n’est pas nébuleuse, mais elle est un projet de salut bien tracé: «Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et accèdent à la connaissance de la vérité» (1 Tm 2, 4). C’est pourquoi nous ne nous abandonnons pas au cours des événements avec pessimisme, comme si l’histoire était un train dont on a perdu le contrôle. La résignation n’est pas une vertu chrétienne. Comme il n’est pas chrétien de hausser les épaules ou de baisser la tête devant un destin qui nous semble inéluctable.

Celui qui apporte l’espérance au monde n’est jamais une personne soumise. Jésus nous recommande de l’attendre en ne restant pas les bras croisés: «Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller!» (Lc 12, 37). Il n’y a pas de constructeur de paix qui, en fin de compte, n’ait compromis sa paix personnelle, en assumant les problèmes des autres. La personne soumise n’est pas un constructeur de paix, mais elle est paresseuse, quelqu’un qui veut être tranquille. Alors que le chrétien est un constructeur de paix quand il prend des risques, quand il a le courage de prendre des risques pour apporter le bien, le bien que Jésus nous a donné, qu’il nous a donné comme un trésor.
Chaque jour de notre vie, répétons cette invocation que les premiers disciples, dans leur langue araméenne, exprimaient par les paroles Marana tha, et que nous retrouvons dans le dernier verset de la Bible: «Viens Seigneur Jésus!» (Ap 22, 20). C’est le refrain de chaque existence chrétienne: dans notre monde, nous n’avons besoin de rien, si ce n’est d’une caresse du Christ. Quelle grâce si, dans la prière, dans les jours difficiles de notre vie, nous entendons sa voix qui répond et qui nous rassure: «Voici, je viens sans tarder» (Ap 22, 7)!
Je suis heureux de saluer les pèlerins venus de France, de Suisse, du Canada et de République Centrafricaine. Que le doux et puissant souvenir du Christ nous aide à rester vigilants dans l’espérance, attentifs à sa parole. Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – «MISSIONNAIRES D’ESPÉRANCE AUJOURD’HUI»

11 octobre, 2017

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2017/documents/papa-francesco_20171004_udienza-generale.html

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Jesus Pantocrator

PAPE FRANÇOIS – «MISSIONNAIRES D’ESPÉRANCE AUJOURD’HUI»

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 4 octobre 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Au cours de cette catéchèse, je voudrais parler sur le thème «Missionnaires d’espérance aujourd’hui». Je suis heureux de le faire au début du mois d’octobre, qui dans l’Eglise, est consacré de façon particulière à la mission, et également en la fête de saint François d’Assise, qui a été un grand missionnaire d’espérance!
En effet, le chrétien n’est pas un prophète de malheur. Nous ne sommes pas des prophètes de malheur. L’essence de son annonce est le contraire, le contraire du malheur: c’est Jésus, mort et ressuscité par amour et que Dieu a ressuscité le matin de Pâques. Et c’est le noyau de la foi chrétienne. Si les Evangiles s’arrêtaient à la sépulture de Jésus, l’histoire de ce prophète s’ajouterait aux nombreuses biographies de personnages héroïques qui ont consacré leur vie à un idéal. L’Evangile serait alors un livre édifiant, et également consolateur, mais ce ne serait pas une annonce d’espérance.
Mais les Evangiles ne se terminent pas avec le vendredi saint, ils vont au-delà; et c’est précisément ce fragment supplémentaire qui transforme nos vies. Les disciples de Jésus étaient abattus ce samedi après la crucifixion; cette pierre roulée sur la porte du sépulcre avait également clos les trois années enthousiasmantes qu’ils avaient vécues avec le Maître de Nazareth. Il semblait que tout soit fini et certains d’entre eux, déçus et effrayés, quittaient déjà Jérusalem.
Mais Jésus ressuscite! Ce fait inattendu renverse et bouleverse l’esprit et le cœur des disciples. Parce que Jésus ne ressuscite pas uniquement pour lui-même, comme si sa renaissance était une prérogative dont être jaloux: s’il monte vers le Père, c’est parce qu’il veut que chaque homme participe à sa résurrection, et qu’elle entraîne chaque créature vers le haut. Et le jour de la Pentecôte, les disciples sont transformés par le souffle de l’Esprit Saint. Ils n’auront pas seulement une bonne nouvelle à apporter à tous, mais ils seront eux-mêmes différents d’avant, comme s’ils renaissaient à une vie nouvelle. La résurrection de Jésus nous transforme avec la force de l’Esprit Saint. Jésus est vivant, il est vivant parmi nous, il est vivant et il a cette force de transformer.
Comme il est beau de penser que l’on est annonciateurs de la résurrection de Jésus non seulement par les paroles, mais par les faits et par le témoignage de la vie! Jésus ne veut pas de disciples capables uniquement de répéter des formules apprises par cœur. Il veut des témoins: des personnes qui diffusent l’espérance avec leur façon d’accueillir, de sourire, d’aimer. Surtout d’aimer: parce que la force de la résurrection rend les chrétiens capables d’aimer même quand l’amour semble avoir égaré ses raisons. Il y a un «plus» qui habite l’existence chrétienne, et qui ne s’explique pas simplement par la force d’âme ou par un plus grand optimisme. La foi, notre espérance, n’est pas seulement un optimisme; c’est quelque chose de plus! C’est comme si les croyants étaient des personnes avec un «bout de ciel» en plus sur leur tête. Cela est beau: nous sommes des personnes avec un bout de ciel en plus sur la tête, accompagnés par une présence dont certains n’ont pas même l’intuition.
Ainsi, le devoir des chrétiens dans ce monde est celui d’ouvrir des espaces de salut, comme des cellules de régénération capables de restituer la sève à ce qui semblait perdu pour toujours. Quand le ciel est tout nuageux, celui qui sait parler du soleil est une bénédiction. Voilà, le vrai chrétien est ainsi: il ne se plaint pas et n’est pas en colère, mais il est convaincu, en vertu de la force de la résurrection, qu’aucun mal n’est infini, aucune nuit n’est sans fin, aucun homme n’est définitivement mauvais, aucune haine ne peut l’importer sur l’amour.
Certes, parfois, les disciples paieront cher cette espérance qui leur a été donnée par Jésus. Pensons aux nombreux chrétiens qui n’ont pas abandonné leur peuple, quand est venu le temps de la persécution. Ils sont restés là, où même le lendemain était incertain, où l’on ne pouvait faire aucun projet d’aucune sorte, ils sont restés en espérant en Dieu. Et pensons à nos frères, à nos sœurs du Moyen-Orient, qui apportent un témoignage d’espérance et qui offrent également leur vie pour ce témoignage. Ceux-là sont de vrais chrétiens! Ils portent le ciel dans leur cœur, ils regardent au-delà, toujours au-delà. Qui a eu la grâce d’embrasser la résurrection de Jésus peut encore espérer dans l’inespéré. Les martyrs de tout temps, avec leur fidélité au Christ, racontent que l’injustice n’est pas le dernier mot de la vie. Dans le Christ ressuscité, nous pouvons continuer d’espérer. Les hommes et les femmes qui savent «pourquoi» vivre résistent plus que les autres dans les moments de difficultés. Mais celui qui a le Christ à ses côtés ne craint véritablement plus rien. Et pour cela, les chrétiens, les vrais chrétiens, ne sont jamais des hommes faciles et accommodants. Leur douceur ne doit pas être confondue avec un sentiment d’insécurité et de soumission. Saint Paul pousse Timothée à souffrir pour l’Evangile et dit: «Car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi» (2 Tm 1, 7). Tombés, ils se relèvent toujours.
Voilà, chers frères et sœurs, pourquoi le chrétien est un missionnaire d’espérance. Pas en vertu de son propre mérite, mais grâce à Jésus, le grain de blé qui, tombé en terre, est mort et a porté beaucoup de fruit (cf. Jn 12, 24).
Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française, en particulier au groupe du diocèse d’Avignon avec l’archevêque, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, ainsi qu’aux pèlerins venus de France et de Suisse. En cette fête de saint François d’Assise, que le Seigneur vous donne d’être d’authentiques « missionnaires d’espérance » au milieu de vos frères et de vos sœurs ! Que Dieu vous bénisse !

 

PAPE FRANÇOIS (le rapport entre l’espérance et la mémoire)

13 septembre, 2017

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PAPE FRANÇOIS (le rapport entre l’espérance et la mémoire)

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 30 août 2017

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur un thème important: le rapport entre l’espérance et la mémoire, avec une référence particulière à la mémoire de la vocation. Et je prends comme icône l’appel des premiers disciples de Jésus. Dans leur mémoire, cette expérience demeura tellement gravée qu’un d’entre eux en indiqua même l’heure: «C’était environ la dixième heure» (Jn 1, 39). L’évangéliste Jean raconte l’épisode comme un souvenir précis de jeunesse, demeuré intact dans sa mémoire de personne âgée: parce que Jean écrivit ces choses quand il était désormais âgé.
La rencontre a eu lieu près du fleuve Jourdain, où Jean-Baptiste baptisait; et ces jeunes de Galilée avaient choisi Jean-Baptiste comme guide spirituel. Un jour, Jésus vint et se fit baptiser dans le fleuve. Le lendemain, il passa de nouveau et alors le Baptiseur — c’est-à-dire Jean-Baptiste —, dit à deux de ses disciples: «Voici l’agneau de Dieu!» (v. 36).
Et pour ces deux personnes, c’est l’«étincelle». Elles quittent leur premier maître et se placent à la suite de Jésus. Sur le chemin, Il se tourne vers elles et pose la question décisive: «Que cherchez-vous?» (v. 38). Jésus apparaît dans les Evangiles comme un expert du cœur humain. A ce moment-là, il avait rencontré deux jeunes en recherche, sainement inquiets. En effet, quelle jeunesse serait une jeunesse satisfaite, sans se poser de question sur le sens? Les jeunes qui ne cherchent rien ne sont pas jeunes, ils sont à la retraite, ils sont vieux avant l’heure. Il est triste de voir des jeunes à la retraite… Et Jésus, à travers tout l’Evangile, dans toutes les rencontres qu’il fait le long du chemin, apparaît comme un «incendiaire» des cœurs. D’où sa question qui cherche à faire émerger le désir de vie et de bonheur que chaque jeune porte en lui: «Que cherches-tu?». Moi aussi, je voudrais demander aux jeunes qui sont ici sur la place et à ceux qui écoutent à travers les médias: «Toi qui es jeune, que cherches-tu? Que cherches-tu dans ton cœur?».
La vocation de Jean et d’André commence ainsi: c’est le début d’une amitié avec Jésus si forte qu’elle impose une communion de vie et de passion avec Lui. Les deux disciples commencent à demeurer avec Jésus et immédiatement, ils se transforment en missionnaires, parce que quand la rencontre prend fin, ils ne rentrent pas chez eux tranquilles: au point que leurs frères respectifs — Simon et Jacques — sont bientôt entraînés à leur suite. Ils sont allés les voir et ont dit: «Nous avons trouvé le Messie, nous avons trouvé un grand prophète»: ils donnent la nouvelle. Ils sont missionnaires de cette rencontre. Ce fut une rencontre si touchante, si heureuse que les disciples se rappelleront à jamais de ce jour qui illumina et orienta leur jeunesse.
Comment découvre-t-on sa vocation dans ce monde? On peut la découvrir de nombreuses façons, mais cette page de l’Evangile dit que le premier indice est la joie de la rencontre avec Jésus. Mariage, vie consacrée, sacerdoce: toute vocation véritable commence par une rencontre avec Jésus qui nous donne une joie et une espérance nouvelle; et elle nous conduit, également à travers les épreuves et les difficultés, à une rencontre toujours plus pleine, cette rencontre croît, toujours plus grande, la rencontre avec Lui et avec la plénitude de la joie.
Le Seigneur ne veut pas d’hommes et de femmes qui marchent derrière lui à contre-cœur, sans avoir dans le cœur le vent de la joie. Vous, qui êtes sur la place, je vous demande — que chacun réponde en lui — avez-vous dans le cœur le vent de la joie?». Que chacun se demande: «Ai-je en moi, dans mon cœur, le vent de la joie?». Jésus veut des personnes qui ont fait l’expérience qu’être à ses côtés procure une joie immense, qui peut être renouvelée chaque jour de notre vie. Un disciple du Royaume de Dieu qui n’est pas joyeux n’évangélise pas ce monde, c’est quelqu’un de triste. On ne devient pas prédicateurs de Jésus en affinant les armes de la rhétorique: tu peux parler, parler, parler, mais s’il n’y a pas autre chose… Comment devient-on prédicateurs de Jésus? En conservant dans les yeux l’étincelle du véritable bonheur. Nous voyons tant de chrétiens, même parmi nous, qui avec les yeux, te transmettent la joie de la foi: avec les yeux!
Pour cette raison le chrétien — comme la Vierge Marie — conserve la flamme de son amour: amoureux de Jésus. Certes, il y a des épreuves dans la vie, il y a des moments où il faut aller de l’avant malgré le froid et les vents contraires, malgré tant d’amertumes. Mais les chrétiens connaissent la route qui conduit à ce feu sacré qui les a enflammés une fois pour toutes.
Mais, s’il vous plaît, je compte sur vous: n’écoutons pas les personnes déçues et malheureuses; n’écoutons pas ceux qui recommandent de façon cynique de ne pas cultiver d’espérances dans la vie; ne nous fions pas de ceux qui étouffent dès le départ tout enthousiasme en disant qu’aucune entreprise ne mérite le sacrifice de toute une vie; n’écoutons pas les «vieux» de cœur qui étouffent l’euphorie des jeunes. Allons voir les personnes âgées dont le regard brille d’espérance! Cultivons au contraire de saines utopies: Dieu veut que nous soyons capables de rêver comme Lui et avec Lui tandis que nous marchons en étant bien attentifs à la réalité. Rêver d’un monde différent. Et si le rêve s’éteint, en rêver à nouveau, en puisant avec espérance à la mémoire des origines, à ces braises qui, sans doute après une vie pas si bonne, sont cachées sous les cendres de la première rencontre avec Jésus.
Voilà donc une dynamique fondamentale de la vie chrétienne: se souvenir de Jésus. Paul disait à son disciple: «Souviens-toi de Jésus Christ» (2 Tm 2, 8); tel est le conseil du grand saint Paul: «Souviens-toi de Jésus Christ». Se rappeler de Jésus, du feu d’amour avec lequel nous avons conçu un jour notre vie comme un projet de bien, et raviver avec cette flamme notre espérance.
Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française, en particulier aux séminaristes et aux jeunes de Meaux, ainsi qu’aux pèlerins de Guinée avec leurs évêques respectifs. Que votre pèlerinage à Rome vous aide à puiser avec espérance à la mémoire de l’Eglise et à la mémoire de votre rencontre avec Jésus! Que Dieu vous bénisse.

 

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