Archive pour la catégorie 'PAPE FRANÇOIS AUDIENCE'

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 3 juin 2020 – (…dans la vie d’Abraham.)

10 juin, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200603_udienza-generale.html

fr uccelli-little

(La création des oiseaux)

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 3 juin 2020 – (…dans la vie d’Abraham.)

Bibliothèque du palais apostolique
Mercredi 3 juin 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Il y a une voix qui retentit à l’improviste dans la vie d’Abraham. Une voix qui l’invite à entreprendre un chemin qui semble absurde: une voix qui le pousse à se déraciner de sa patrie, des racines de sa famille, pour aller vers un nouvel avenir, un avenir différent. Et tout cela sur la base d’une promesse, dans laquelle il faut seulement avoir confiance. Et avoir confiance dans une promesse n’est pas facile, il faut du courage. Et Abraham eut confiance.
La Bible est muette sur le passé du premier patriarche. La logique des choses laisse supposer qu’il adorait d’autres divinités; peut-être était-ce un homme savant, habitué à scruter le ciel et les étoiles. En effet, le Seigneur lui promet que sa descendance sera nombreuse comme les étoiles qui constellent le ciel.
Et Abraham part. Il écoute la voix de Dieu et se fie à sa parole. Cela est important: il se fie de la parole de Dieu. Et avec son départ naît une nouvelle manière de concevoir la relation avec Dieu; c’est pour cette raison que le patriarche Abraham est présent dans les grandes traditions spirituelles juive, chrétienne et islamique comme le parfait homme de Dieu, capable de se soumettre à Lui, même quand sa volonté se révèle difficile, voire même incompréhensible.
Abraham est donc l’homme de la Parole. Quand Dieu parle, l’homme devient le récepteur de cette Parole et sa vie le lieu où celle-ci décide de s’incarner. Il s’agit d’une grande nouveauté dans le chemin religieux de l’homme: la vie du croyant commence à se concevoir comme vocation, c’est-à-dire comme appel, comme lieu où se réalise une promesse; et il n’agit pas tant dans le monde sous le poids d’une énigme, mais avec la force de cette promesse, qui un jour se réalisera. Et Abraham crut à la promesse de Dieu. Il crut et il partit, sans savoir où il allait — c’est ce que dit la Lettre aux hébreux (cf. 11, 8). Mais il eut confiance.
En lisant le livre de la Genèse, nous découvrons qu’Abraham vécut la prière dans la fidélité incessante à cette Parole, qui se présentait périodiquement sur son chemin. En synthèse, nous pouvons dire que dans la vie d’Abraham, la foi devient histoire. La foi devient histoire. Plus encore, Abraham, avec sa vie, avec son exemple, nous enseigne d’ailleurs ce chemin, cette route sur laquelle la foi se fait histoire. Dieu n’est plus seulement vu dans les phénomènes cosmiques, comme un Dieu lointain, qui peut susciter la terreur. Le Dieu d’Abraham devient «mon Dieu», le Dieu de mon histoire personnelle, qui guide mes pas, qui ne m’abandonne pas; le Dieu de mes jours, le compagnon de mes aventures; le Dieu Providence. Je me demande et je vous demande: avons-nous cette expérience de Dieu? «Mon Dieu», le Dieu qui m’accompagne, le Dieu de mon histoire personnelle, le Dieu qui guide mes pas, qui ne m’abandonne pas, le Dieu de mes jours? Avons-nous cette expérience? Réfléchissons-y un peu.
Cette expérience d’Abraham est témoignée également par l’un des textes les plus originaux de l’histoire de la spiritualité: le Mémorial de Blaise Pascal. Ce dernier commence ainsi: «Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus Christ». Ce mémorial, écrit sur un petit parchemin, et retrouvé après sa mort cousu à l’intérieur d’un vêtement du philosophe, n’exprime pas une réflexion intellectuelle qu’un homme savant comme lui peut concevoir sur Dieu, mais le sentiment vivant, expérimenté, de sa présence. Pascal note même le moment précis où il sentit cette réalité, l’ayant finalement rencontrée: le soir du 23 novembre 1654. Ce n’est pas le Dieu abstrait ou le Dieu cosmique, non. C’est le Dieu d’une personne, d’un appel, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, le Dieu qui est certitude, qui est sentiment, qui est joie.
«La prière d’Abraham s’exprime d’abord par des actes: homme de silence, il construit, à chaque étape, un autel au Seigneur» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2570). Abraham n’édifie pas un temple, mais il dissémine le chemin de pierres qui rappellent le passage de Dieu. Un Dieu surprenant, comme lorsqu’il lui rend visite dans la figure de trois hôtes, que lui et Sarah accueillent avec attention et qui leur annoncent la naissance de leur fils Isaac (cf. Gn 18, 1-15). Abraham avait cent ans, et sa femme quatre-vingt-dix, plus ou moins. Et ils crurent, ils eurent confiance en Dieu. Et Sarah, sa femme, conçut un enfant. A cet âge! Voilà qui est le Dieu d’Abraham, notre Dieu, qui nous accompagne.
Ainsi, Abraham devient un proche de Dieu, également capable de discuter avec Lui, mais toujours fidèle. Il parle avec Dieu et discute. Jusqu’à l’épreuve suprême, quand Dieu lui demande de sacrifier son propre fils Isaac, le fils de sa vieillesse, l’unique héritier. Abraham vit alors la foi comme un drame, comme marcher à tâtons dans la nuit, sous un ciel cette fois-ci privé d’étoiles. Et cela nous arrive très souvent à nous aussi, de marcher dans l’obscurité, mais avec la foi. Dieu lui-même arrêtera la main d’Abraham déjà prête à frapper, car il a vu sa disponibilité vraiment totale (cf. Gn 22, 1-19).
Frères et sœurs, apprenons d’Abraham, apprenons à prier avec foi: écouter le Seigneur, marcher, dialoguer jusqu’à discuter. N’ayons pas peur de discuter avec Dieu! Je vais même dire quelque chose qui pourra sembler une hérésie. Souvent, j’ai entendu des gens qui me disaient: «Vous savez, il m’est arrivé cela et je me suis mis en colère contre Dieu» — «Tu as eu le courage de te mettre en colère contre Dieu?» — «Oui, je me suis mis en colère» — «Mais il s’agit d’une forme de prière». Car seul un enfant est capable de se fâcher avec son père et ensuite de le rencontrer à nouveau. Apprenons d’Abraham à prier avec foi, à dialoguer, à discuter, mais toujours disposés à accueillir la parole de Dieu et à la mettre en pratique. Avec Dieu, nous apprenons à parler comme un enfant avec son père: à l’écouter, à répondre, à discuter. Mais en étant transparents, comme un enfant avec son père. C’est ainsi qu’Abraham nous enseigne à prier. Merci.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (… méditant sur le mystère de la création) 20 mai 2020

28 mai, 2020

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fr la discesa dello spirito santo

La descente du Saint-Esprit

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (… méditant sur le mystère de la création) 20 mai 2020

Bibliothèque du palais apostolique

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons la catéchèse sur la prière, en méditant sur le mystère de la création. La vie, le simple fait que nous existions, ouvre le cœur de l’homme à la prière.
La première page de la Bible ressemble à un grand hymne d’action de grâce. Le récit de la création est rythmé par des refrains, où est sans cesse réaffirmée la bonté et la beauté de chaque chose qui existe. Dieu, avec sa parole, appelle à la vie, et chaque chose accède à l’existence. Avec la parole, il sépare la lumière des ténèbres, il alterne le jour et la nuit, il fait se succéder les saisons, il crée une palette de couleurs avec la variété des plantes et des animaux. Dans cette forêt luxuriante qui domine rapidement le chaos, l’homme apparaît en dernier. Et cette apparition provoque un excès d’exultation qui amplifie la satisfaction et la joie: «Dieu vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon» (Gn 1, 31). Une bonne chose, mais aussi une belle chose: on voit la beauté de toute la création!
La beauté et le mystère de la création engendrent dans le cœur de l’homme le premier élan qui suscite la prière (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2566). C’est ce que récite le huitième Psaume, que nous avons entendu au début: «A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles, que tu fixas, qu’est donc le mortel, que tu en gardes mémoire, le fils d’Adam, que tu en prennes souci?» (vv. 4-5). L’orant contemple le mystère de l’existence autour de lui, il voit le ciel étoilé qui le domine — et que l’astrophysique nous montre aujourd’hui dans toute son immensité — et il se demande quel dessein d’amour doit se trouver derrière une œuvre aussi puissante!… Et dans cette immensité sans limites, qu’est l’homme? «Presque rien», dit un autre psaume (cf. 89, 48): un être qui naît, un être qui meurt, une créature très fragile. Pourtant, dans tout l’univers, l’être humain est la seule créature consciente d’une aussi grande profusion de beauté. Un petit être qui naît, qui meurt, qui est là aujourd’hui, mais plus demain, est le seul conscient de cette beauté. Nous sommes conscients de cette beauté!
La prière de l’homme est étroitement liée au sentiment de l’émerveillement. La grandeur de l’homme est infinitésimale par rapport aux dimensions de l’univers. Ses plus grandes conquêtes semblent bien peu de choses… Cependant l’homme n’est pas rien. Dans la prière s’affirme avec force un sentiment de miséricorde. Rien n’existe par hasard: le secret de l’univers est dans un regard bienveillant que quelqu’un aperçoit dans nos yeux. Le psaume affirme que nous sommes faits à peine moindre qu’un dieu, que nous sommes couronnés de gloire et d’honneur (cf. 8, 6). La relation avec Dieu est la grandeur de l’homme: son intronisation. Par nature nous ne sommes presque rien, petits, mais par vocation, par appel, nous sommes les enfants du grand Roi!
C’est une expérience que beaucoup d’entre nous ont faite. Si l’histoire de notre vie, avec toutes ses amertumes, risque parfois d’étouffer en nous le don de la prière, il suffit de la contemplation d’un ciel étoilé, d’un coucher de soleil, d’une fleur…, pour rallumer l’étincelle de l’action de grâce. Cette expérience est peut-être à la base de la première page de la Bible.
Quand le grand récit biblique de la création est rédigé, le peuple d’Israël ne vit pas des jours heureux. Une puissance ennemie avait occupé sa terre; de nombreuses personnes avaient été déportées et se trouvaient à présent en esclavage en Mésopotamie. Il n’y avait plus de patrie, ni de temple, ni de vie sociale et religieuse, rien.
Pourtant, précisément à partir du grand récit de la création, quelqu’un commence à retrouver des motifs d’action de grâce, à louer Dieu pour l’existence. La prière est la première force de l’espérance. Tu pries et l’espérance grandit, tu vas de l’avant. Je dirais que la prière ouvre la porte à l’espérance. L’espérance est là, mais avec ma prière j’ouvre la porte. Parce que les hommes de prière conservent les valeurs fondamentales; ce sont ceux qui répètent, avant tout à eux-mêmes et ensuite à tous les autres, que cette vie, malgré toutes ses difficultés et ses épreuves, malgré ses moments difficiles, est pleine d’une grâce dont il faut s’émerveiller. Et, en tant que telle, elle doit toujours être défendue et protégée.
Les hommes et les femmes qui prient savent que l’espérance est plus forte que le découragement. Ils croient que l’amour est plus puissant que la mort, et qu’assurément un jour il triomphera, même si c’est selon des temps et des modalités que nous ne connaissons pas. Les hommes et les femmes de prière portent sur leur visage le reflet de l’éclat de lumière: car, même dans les jours les plus sombres, le soleil ne cesse pas de les illuminer. La prière t’illumine: elle illumine ton âme, elle illumine ton cœur et elle illumine ton visage. Même dans les temps les plus sombres, même dans les temps de très grande douleur.
Nous sommes tous porteurs de joie. Avez-vous pensé à cela? Que tu es un porteur de joie? Ou tu préfères apporter des mauvaises nouvelles, des choses qui attristent? Nous sommes tous capables d’apporter la joie. Cette vie est le don que Dieu nous a fait: elle est trop brève pour la passer dans la tristesse, dans l’amertume. Louons Dieu, en étant simplement contents d’exister. Regardons l’univers, regardons ses beautés et regardons également nos croix et disons: «Mais tu existes, tu nous a faits ainsi, pour toi». Il est nécessaire de ressentir cette inquiétude du cœur qui conduit à rendre grâce et à louer Dieu. Nous sommes les enfants du grand Roi, du Créateur, capables de lire sa signature dans toute la création; cette création qu’aujourd’hui nous ne protégeons pas, mais dans cette création, il y a la signature de Dieu qui l’a faite par amour. Que le Seigneur nous fasse comprendre cela toujours plus profondément et nous conduise à dire «merci»: et ce «merci» est une belle prière.
Je suis heureux de saluer les personnes de langue française. A la veille de la fête de l’Ascension du Seigneur, demandons-lui de nous aider à redécouvrir dans la beauté de la création un reflet de la gloire et de la splendeur de Dieu !

Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (…deuxième pas sur le chemin de catéchèse sur la prière) – 13 mai 2020

21 mai, 2020

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santuario la verna di san francesco

Chapelle ‘La Verna’ San Francesco

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – (…deuxième pas sur le chemin de catéchèse sur la prière) – 13 mai 2020

Bibliothèque du palais apostolique
Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous accomplissons aujourd’hui le deuxième pas sur le chemin de catéchèse sur la prière, commencé la semaine dernière.
La prière appartient à tous: aux hommes de chaque religion, et probablement aussi à ceux qui n’en professent aucune. La prière naît dans le secret de nous-mêmes, dans ce lieu intérieur que les autorités spirituelles appellent souvent le «cœur» (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 2562-2563). Ce qui prie en nous n’est donc pas quelque chose de périphérique, ce n’est pas l’une de nos facultés secondaires et marginales, mais c’est le mystère le plus intime de nous-mêmes. C’est ce mystère qui prie. Les émotions prient, mais on ne peut pas dire que la prière soit seulement une émotion. L’intelligence prie, mais prier n’est pas seulement un acte intellectuel. Le corps prie, mais on peut parler avec Dieu également en étant affecté par l’invalidité la plus grave. C’est donc tout l’homme qui prie, si son «cœur» prie.
La prière est un élan, c’est une invocation qui va au-delà de nous-mêmes: quelque chose qui naît au plus profond de notre personne et qui sort de nous-mêmes, parce qu’il ressent la nostalgie d’une rencontre. Cette nostalgie qui est plus qu’un besoin, plus qu’une nécessité: c’est un chemin. La prière est la voix d’un «moi» qui vacille, qui avance à tâtons, à la recherche d’un «Toi». La rencontre entre le «moi» et le «Toi» ne peut pas se faire avec des calculatrices: c’est une rencontre humaine et très souvent on avance à tâtons pour trouver le «Toi» que mon «moi» est en train de chercher.
La prière du chrétien naît en revanche d’une révélation: le «Toi» n’est pas resté enveloppé dans le mystère, mais il est entré en relation avec nous. Le christianisme est la religion qui célèbre sans cesse la «manifestation» de Dieu, c’est-à-dire son épiphanie. Les premières fêtes de l’année liturgique sont la célébration de ce Dieu qui ne reste pas caché, mais qui offre son amitié aux hommes. Dieu révèle sa gloire dans la pauvreté de Bethléem, dans la contemplation des Rois Mages, dans le baptême dans le Jourdain, dans le prodige des noces de Cana. L’Evangile de Jean conclut par une affirmation synthétique le grand hymne du Prologue: «Nul n’a jamais vu Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» (1, 18). C’est Jésus qui nous a révélé Dieu.
La prière du chrétien entre en relation avec le Dieu au visage très tendre, qui ne veut faire ressentir aucune peur aux hommes. C’est la première caractéristique de la prière chrétienne. Si les hommes étaient depuis toujours habitués à s’approcher de Dieu un peu intimidés, un peu effrayés par ce mystère fascinant et terrible, s’ils s’étaient habitués à le vénérer avec une attitude servile, semblable à celle d’un sujet qui ne veut pas manquer de respect à son seigneur, les chrétiens s’adressent en revanche à Lui en osant l’appeler d’une manière confidentielle par le nom de «Père». Jésus utilise même l’autre mot: «papa».
Le christianisme a banni du lien avec Dieu tout rapport «féodal». Dans le patrimoine de notre foi ne sont pas présentes des expressions comme «assujettissement», «esclavage» ou «vassalité»; mais des termes comme «alliance», «amitié», «promesse», «communion», «proximité». Dans son long discours d’adieu aux disciples, Jésus dit cela: «Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que fait son maître; je vous appelle amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai institués pour que vous alliez et portiez de fruit et un fruit qui demeure; alors tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera» (Jn 15, 15-16). Mais il s’agit d’un chèque en blanc: «Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je vous l’accorde»!
Dieu est l’ami, l’allié, l’époux. Dans la prière on peut établir un rapport de confiance avec Lui, au point que dans le «Notre Père» Jésus nous a enseigné à lui adresser une série de demandes. Nous pouvons tout demander à Dieu, tout; tout expliquer, tout raconter. Peu importe si, dans la relation avec Dieu, nous nous sentons en faute: nous ne sommes pas de bons amis, nous ne sommes pas des enfants reconnaissants, nous ne sommes pas des époux fidèles. Il continue à nous aimer. C’est ce que Jésus démontre définitivement lors de la Dernière Cène, quand il dit: «Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous» (Lc 22, 20). Dans ce geste, Jésus anticipe au Cénacle le mystère de la Croix. Dieu est un allié fidèle: si les hommes cessent d’aimer, Lui continue cependant à aimer, même si l’amour le conduit au Calvaire. Dieu est toujours près de la porte de notre cœur et il attend que nous lui ouvrions. Et parfois, il frappe à notre cœur, mais il n’est pas envahissant: il attend. La patience de Dieu avec nous est la patience d’un père, de quelqu’un qui nous aime beaucoup. Je dirais que c’est à la fois la patience d’un père et d’une mère. Toujours proche de notre cœur, et quand il frappe, il le fait avec tendresse et avec beaucoup d’amour.
Essayons tous de prier ainsi, en entrant dans le mystère de l’Alliance. De nous mettre dans la prière entre les bras miséricordieux de Dieu, à nous sentir enveloppés par ce mystère de bonheur qu’est la vie trinitaire, à nous sentir comme des invités qui ne méritaient pas tant d’honneur. Et à répéter à Dieu, dans l’étonnement de la prière: est-il possible que tu ne connaisses que l’amour? Il ne connaît pas la haine. Il est haï, mais il ne connaît pas la haine. Il connaît seulement l’amour. Voilà quel est le Dieu que nous prions. C’est le cœur incandescent de toute prière chrétienne. Le Dieu d’amour, notre Père qui nous attend et nous accompagne.

Je salue cordialement les personnes de langue française.
Lorsque nous prions, efforçons-nous de nous adresser à Dieu avec confiance, comme un enfant s’adresse à son Père, chassant toute peur et toute distance. Il est toujours proche de nous, nous pouvons tout lui dire et tout lui demander.

Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 6 mai 2020 (…un nouveau cycle de catéchèses sur le thème de la prière)

13 mai, 2020

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La prière de saint François

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 6 mai 2020 (…un nouveau cycle de catéchèses sur le thème de la prière)

Bibliothèque du palais apostolique

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous commençons aujourd’hui un nouveau cycle de catéchèses sur le thème de la prière. La prière est le souffle de la foi, son expression la plus propre. Comme un cri qui sort du cœur de celui qui croit et se confie à Dieu.
Pensons à l’histoire de Bartimée, un personnage de l’Evangile (cf. Mc 10, 46-52 et par.) et je dois vous dire que pour moi, c’est le plus sympathique de tous. Il était aveugle, il était assis en train de mendier au bord de la route à la périphérie de sa ville, Jéricho. Ce n’est pas un personnage anonyme, il a un visage, un nom: Bartimée, c’est-à-dire «fils de Timée». Un jour, il entend dire que Jésus devait passer par là. En effet, Jéricho était un carrefour de peuples, constamment traversée par des pèlerins et des marchands. Alors Bartimée se poste: il aurait fait tout le possible pour rencontrer Jésus. Beaucoup de gens faisaient la même chose: rappelons Zacchée, qui monta sur l’arbre. Beaucoup de gens voulaient voir Jésus, et lui aussi.
Ainsi, cet homme entre dans les Evangiles comme une voix qui crie à tue-tête. Il ne voit pas; il ne sait pas si Jésus est proche ou loin, mais il l’entend, il le comprend à la foule qui, à un certain moment, augmente et se rapproche… Mais lui est complètement seul, et personne ne se préoccupe de lui. Alors que fait Bartimée? Il crie. Et il crie, et il continue de crier. Il utilise l’unique arme en sa possession: la voix. Il commence à crier: «Fils de David, Jésus, aie pitié de moi!» (v. 47). Et il continue ainsi, en criant.
Ses cris répétés dérangent, ils semblent impolis, et de nombreuses personnes le réprimandent, lui disent de se taire: «Mais sois poli, ne fais pas ça!». Mais Bartimée ne se tait pas, au contraire, il crie encore plus fort: «Fils de David, Jésus, aie pitié de moi!» (v. 47). Cette obstination est si belle de ceux qui cherchent une grâce et qui frappent, frappent à la porte du cœur de Dieu. Lui crie, frappe. Cette expression: «Fils de David», est très importante; elle signifie «le Messie» — le Messie confesse — et c’est une profession de foi qui sort de la bouche de cet homme méprisé de tous.
Et Jésus entend son cri. La prière de Bartimée touche son cœur, le cœur de Dieu, et les portes du salut s’ouvrent pour lui. Jésus le fait appeler. Il bondit, et ceux qui lui disaient auparavant de se taire le conduisent à présent au Maître. Jésus lui parle, lui demande d’exprimer son désir — cela est important — et alors, le cri devient une requête: «que je recouvre la vue Seigneur!» (cf. v. 51).
Jésus lui dit: «Va, ta foi t’a sauvé» (v. 52). Il reconnaît à cet homme pauvre, sans défense, méprisé, toute la puissance de sa foi, qui attire la miséricorde et la puissance de Dieu. La foi, c’est avoir deux mains levées, une voix qui crie pour implorer le don du salut. Le Catéchisme affirme que «l’humilité est le fondement de la prière» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2559). La prière naît de la terre, de l’humus — dont dérive «humble», «humilité» —; elle vient de notre état de précarité, de notre soif constante de Dieu (cf. ibid., 2560-2561).
La foi, nous l’avons vu en Bartimée, est un cri; la non-foi c’est étouffer ce cri. Cette attitude qu’avaient les gens, en le faisant taire: ce n’était pas des gens de foi, mais lui en revanche, oui. Etouffer ce cri est une sorte d’«omertà». La foi est une façon de protester contre une condition difficile dont nous ne comprenons pas la raison; la non-foi c’est se limiter à subir une situation à laquelle nous nous sommes adaptés. La foi est l’espérance d’être sauvés; la non-foi est s’habituer au mal qui nous opprime et continuer ainsi.
Chers frères et sœurs, nous commençons cette série de catéchèses avec le cri de Bartimée, parce que sans doute tout est déjà écrit dans une figure comme la sienne. Bartimée est un homme persévérant. Autour de lui, il y a des gens qui expliquaient qu’implorer était inutile, que c’était un brouhaha qui restait sans réponse, un vacarme qui dérangeait uniquement, et qu’il était prié de cesser de crier: mais lui n’est pas resté en silence. Et à la fin, il a obtenu ce qu’il voulait.
Plus forte que tout argument contraire, dans le cœur de l’homme, il y a une voix qui invoque. Nous avons tous cette voix en nous. Une voix qui sort spontanément, sans que personne ne la commande, une voix qui s’interroge sur le sens de notre chemin ici-bas, surtout quand nous sommes dans l’obscurité: «Jésus, aie pitié de moi! Jésus, aie pitié de moi!». C’est une belle prière.
Mais ces paroles ne sont-elles pas gravées dans toute la création? Tout invoque et supplie afin que le mystère de la miséricorde trouve son accomplissement définitif. Les chrétiens ne sont pas les seuls à prier: ils partagent le cri de la prière avec tous les hommes et toutes les femmes. Mais l’horizon peut être encore étendu: Paul affirme que toute la création «gémit en travail d’enfantement» (Rm 8, 22). Les artistes se font souvent l’interprète de ce cri silencieux de la création, qui pèse sur toute créature et qui s’élève surtout dans le cœur de l’homme, parce que l’homme est un «mendiant de Dieu» (CEC, n. 2559). C’est une belle définition de l’homme: «mendiant de Dieu». Merci.
Je salue cordialement les fidèles de langue française. Chers frères et sœurs, les temps difficiles que nous vivons sont favorables pour redécouvrir la nécessité de la prière dans notre vie ! Ouvrons largement les portes de notre cœur à l’amour de Dieu notre Père, qui saura nous écouter ! Que Dieu vous bénisse !

APPEL
A l’occasion du 1er mai, j’ai reçu plusieurs messages concernant le monde du travail et ses problèmes. J’ai été particulièrement frappé par la condition des ouvriers agricoles, dont de nombreux immigrés, qui travaillent dans la campagne italienne. Malheureusement, si souvent, ils se retrouvent gravement exploités. Il est vrai que la crise touche tout le monde, mais la dignité des personnes doit toujours être respectée. Par conséquent, je fais mien l’appel de ces travailleurs et de tous les travailleurs exploités et j’invite à faire de cette crise une opportunité pour mettre la dignité de la personne et la dignité du travail au centre.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 29 avril 2020 – (…nous concluons le parcours sur les Béatitudes évangéliques)

7 mai, 2020

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Jésus et les enfants

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 29 avril 2020 – (…nous concluons le parcours sur les Béatitudes évangéliques)

Bibliothèque du palais apostolique

Chers frères et sœurs, bonjour!

Avec l’audience d’aujourd’hui, nous concluons le parcours sur les Béatitudes évangéliques. Comme nous l’avons écouté, dans la dernière, on proclame la joie eschatologique des persécutés pour la justice.
Cette béatitude annonce le même bonheur que la première: le royaume des Cieux appartient aux persécutés tout comme il appartient aux pauvres d’esprit; nous comprenons ainsi être arrivés au terme d’un parcours unitaire qui s’est déroulé dans les annonces précédentes.
La pauvreté d’esprit, les larmes, la douceur, la soif de sainteté, la miséricorde, la purification du cœur et les œuvres de paix peuvent conduire à la persécution à cause du Christ, mais cette persécution à la fin est une cause de joie et de grande récompense dans les cieux. Le sentier des Béatitudes est un cheminement pascal qui conduit d’une vie selon le monde à celle selon Dieu, d’une existence guidée par la chair — c’est-à-dire par l’égoïsme — à celle guidée par l’Esprit.
Le monde, avec ses idoles, ses compromis et ses priorités, ne peut approuver ce type d’existence. Les «structures du péché»[1], souvent produites par la mentalité humaine, si éloignées de l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir (cf. Jn 14, 17), ne peuvent que rejeter la pauvreté ou la douceur ou encore la pureté et déclarer la vie selon l’Evangile comme une erreur ou un problème, donc comme quelque chose à marginaliser. C’est ce que pense le monde: «ceux-là sont des idéalistes ou des fanatiques…». C’est ce qu’ils pensent.
Si le monde vit en fonction de l’argent, quiconque démontre que la vie peut se réaliser dans le don et dans le renoncement devient gênant pour le système de l’avidité. Ce terme «gênant» est un mot-clé, car le seul témoignage chrétien, qui fait tant de bien à tant de gens parce qu’ils le suivent, gêne ceux qui ont une mentalité mondaine. Ils le vivent comme un reproche. Quand la sainteté apparaît et que la vie des fils de Dieu émerge, dans cette beauté il y a quelque chose de gênant qui appelle à une prise de position: soit se laisser remettre en question et s’ouvrir au bien, soit refuser cette lumière et durcir le cœur, allant jusqu’à l’opposition et l’acharnement (cf. Sg 2, 14-15). Cela est curieux et cela attire l’attention de voir que, dans les persécutions des martyrs, l’hostilité croît jusqu’à l’acharnement. Il suffit de voir les persécutions du siècle dernier, des dictatures européennes: comment on arrive à l’acharnement contre les chrétiens, contre le témoignage chrétien et contre l’héroïcité des chrétiens.
Mais cela montre que le drame des persécutions est également le lieu de la libération de l’assujettissement au succès, à la vaine gloire et aux compromis du monde. De quoi se réjouit celui qui est rejeté par le monde à cause du Christ? Il se réjouit d’avoir trouvé quelque chose qui vaut plus que le monde entier. En effet, «que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie?» (Mc 8, 36). Quel avantage y a-t-il?
Il est douloureux de rappeler que, en ce moment, il y a de nombreux chrétiens qui souffrent de persécutions dans diverses régions du monde, et nous devons espérer et prier pour que leurs afflictions cessent au plus tôt. Ils sont nombreux: les martyrs d’aujourd’hui sont plus nombreux que les martyrs des premiers siècles. Nous exprimons notre proximité à nos frères et sœurs: nous sommes un unique corps, et ces chrétiens sont les membres sanglants du corps du Christ qui est l’Eglise.
Mais nous devons faire attention aussi à ne pas lire cette béatitude dans une perspective de victimisme, d’auto-commisération. En effet, le mépris des hommes n’est pas toujours synonyme de persécution: précisément peu après, Jésus dit que les chrétiens sont « le sel de la terre », et met en garde contre le danger de «s’affadir», autrement le sel «n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens» (Mt 5, 13). Il existe donc un mépris qui est de notre faute, quand nous perdons le goût du Christ et de son Evangile.
Il faut être fidèles au sentier humble des béatitudes, parce que c’est celui qui conduit à être du Christ, et non du monde. Il vaut la peine de rappeler le parcours de saint Paul: quand il pensait être un juste, il était de fait un persécuteur, mais quand il découvrit être un persécuteur, il devint un homme d’amour, qui affrontait joyeusement les souffrances de la persécution qu’il endurait (cf. Col 1, 24).
L’exclusion et la persécution, si Dieu nous en accorde la grâce, nous configurent au Christ crucifié et, en nous associant à sa passion, elles sont la manifestation de la vie nouvelle. Cette vie est la même que celle du Christ, qui pour nous, hommes, et pour notre salut, fut «méprisé et abandonné par les hommes» (cf. Is 53, 3; Ac 8, 30-35). Accueillir son Esprit peut nous conduire à avoir tant d’amour dans le cœur que l’on offre sa vie pour le monde sans faire de compromis avec ses tromperies et en acceptant son refus. Les compromis avec le monde sont un danger: le chrétien est toujours tenté de faire des compromis avec le monde, avec l’esprit du monde. Cela — refuser les compromis et suivre la route de Jésus Christ — est la vie du Royaume des cieux, la plus grande joie, la véritable réjouissance. De plus, dans les persécutions, il y a toujours la présence de Jésus qui nous accompagne, la présence de Jésus qui nous console et la force de l’Esprit qui nous aide à aller de l’avant. Ne nous décourageons pas quand une vie cohérente avec l’Evangile attire les persécutions des gens: l’Esprit nous soutient sur cette voie.
[1] Cf. Discours au participants au séminaire sur les «Nouvelles formes de fraternité solidaire, d’inclusion, d’intégration et d’innovation», 5 février 2020: «L’idolâtrie de l’argent, l’avidité, la corruption, sont autant de « structures du péché » — comme les définissait Jean-Paul II — produites par la « mondialisation de l’indifférence »».
Je suis heureux de saluer les personnes de langue française. En célébrant saint Joseph travailleur, le 1er mai prochain, je confie à la miséricorde de Dieu toutes les personnes frappées par le chômage dû à la pandémie actuelle. Que le Seigneur soit la Providence de tous ceux qui sont dans le besoin et nous incite à leur venir en aide ! Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – « …aujourd’hui la 50e journée mondiale de la terre » (22.4.20)

29 avril, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200422_udienza-generale.html

fr si

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – « …aujourd’hui la 50e journée mondiale de la terre » (22.4.20)

Bibliothèque du palais apostolique
Mercredi 22 avril 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous célébrons aujourd’hui la 50e journée mondiale de la terre. C’est une opportunité pour renouveler notre engagement à aimer notre maison commune et à prendre soin de celle-ci et des membres les plus vulnérables de notre famille. Comme cette pandémie tragique de coronavirus nous le démontre, ce n’est qu’ensemble et en prenant en charge les personnes les plus fragiles que nous pouvons vaincre les défis mondiaux. La Lettre encyclique Laudato si’ porte précisément ce sous-titre: «Sur la sauvegarde de la maison commune». Aujourd’hui, nous réfléchirons un peu ensemble sur cette responsabilité qui caractérise «notre passage sur cette terre» (LS, n. 160). Nous devons grandir dans la conscience de la sauvegarde de la maison commune.
Nous sommes faits de matière terrestre, et les fruits de la terre soutiennent notre vie. Mais, comme nous le rappelle le livre de la Genèse, nous ne sommes pas simplement «terrestres»: nous portons en nous également le souffle vital qui vient de Dieu (cf. Gn 2, 4-7). Nous vivons donc dans la maison commune comme une unique famille humaine et dans la biodiversité avec les autres créatures de Dieu. Comme imago Dei, image de Dieu, nous sommes appelés à avoir soin de toutes les créatures et à les respecter et à nourrir l’amour et la compassion pour nos frères et sœurs, en particulier les plus faibles, à l’imitation de l’amour de Dieu pour nous, manifesté dans son Fils Jésus, qui s’est fait homme pour partager cette situation avec nous et nous sauver.
A cause de l’égoïsme, nous avons manqué à notre responsabilité de gardiens et d’administrateurs de la terre. «Il suffit de regarder la réalité avec sincérité pour constater qu’il y a une grande détérioration de notre maison commune» (ibid., n. 61). Nous l’avons polluée, nous l’avons pillée, en mettant en danger notre propre vie. C’est pourquoi divers mouvements internationaux et locaux se sont formés pour éveiller les consciences. J’apprécie sincèrement ces initiatives, et il sera encore nécessaire que nos enfants descendent dans la rue pour nous enseigner ce qui est évident, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’avenir pour nous si nous détruisons l’environnement qui nous soutient.
Nous avons failli à prendre soin de la terre, notre maison-jardin, et à prendre soin de nos frères. Nous avons péché contre la terre, contre notre prochain et, en définitive, contre le Créateur, le Père bon qui s’occupe de chacun et qui veut que nous vivions dans la communion et dans la prospérité. Et comment réagit la terre? Il y a un dicton espagnol qui est très clair sur cela, il dit la chose suivante: «Dieu pardonne toujours; nous, les hommes, pardonnons certaines fois et d’autres pas; la terre ne pardonne jamais». La terre ne pardonne pas: si nous avons détérioré la terre, la réponse sera très dure.
Comment pouvons-nous rétablir une relation harmonieuse avec la terre et le reste de l’humanité? Une relation harmonieuse… Très souvent, nous perdons la vision de l’harmonie: l’harmonie est l’œuvre de l’Esprit Saint. Comment pouvons-nous rétablir cette harmonie également dans la maison commune, dans la terre, également dans notre relation avec les gens, avec notre prochain, avec les plus pauvres? Nous avons besoin d’une nouvelle manière de regarder notre maison commune. Entendons-nous: celle-ci n’est pas une réserve de ressources à exploiter. Pour nous croyants, le monde naturel est l’«Evangile de la Création», qui exprime la puissance créatrice de Dieu qui a façonné la vie humaine et fait exister le monde avec ce qu’il contient pour soutenir l’humanité. Le récit biblique de la création se conclut ainsi: «Dieu vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon» (Gn 1, 31). Quand nous voyons ces tragédies naturelles qui sont la réponse de la terre à nos mauvais traitements, je me dit: «Si je demande maintenant au Seigneur ce qu’il en pense, je ne crois pas qu’il me dira que c’est une très bonne chose». C’est nous qui avons abîmé l’œuvre du Seigneur!
En célébrant aujourd’hui la journée mondiale de la terre, nous sommes appelés à retrouver le sens du respect sacré de la terre, car celle-ci n’est pas seulement notre maison, mais aussi la maison de Dieu. Cela fait naître en nous la conscience d’être sur une terre sacrée!
Chers frères et sœurs, «réveillons le sens esthétique et contemplatif que Dieu a mis en nous» (Exhort. ap. post-syn. Querida Amazonia, n. 56). La prophétie de la contemplation est quelque chose que nous apprenons en particulier des peuples originels, qui nous enseignent que nous ne pouvons pas prendre soin de la terre si nous ne l’aimons pas et ne la respectons pas. Ils ont cette sagesse du «bien vivre», pas au sens de prendre du bon temps, non: mais de vivre en harmonie avec la terre. Ils appellent cette harmonie «le bien vivre».
Dans le même temps, nous avons besoin d’une conversion écologique qui s’exprime à travers des actions concrètes. En tant que famille unique et interdépendante, nous avons besoin d’un projet partagé pour conjurer les menaces contre notre maison commune. «L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun» (LS, n. 164). Nous sommes conscients de l’importance de collaborer en tant que communauté internationale pour la protection de notre maison commune. J’exhorte ceux qui détiennent l’autorité à guider le processus qui conduira à deux conférences internationales importantes: la cop15 sur la biodiversité à Kunming (Chine) et la cop26 sur les changements climatiques à Glasgow (Royaume-Uni). Ces deux rencontres sont très importantes.
Je voudrais encourager à organiser des interventions concertées également au niveau national et local. Il est bon de se réunir ensemble de toute condition sociale et de donner vie également à un mouvement populaire venant «de la base». La journée mondiale de la terre, que nous célébrons aujourd’hui, est née précisément ainsi. Chacun de nous peut apporter sa propre petite contribution: «Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible» (LS, n. 212).
En ce temps pascal de renouveau, engageons-nous à aimer et à apprécier le magnifique don de la terre, notre maison commune, et à prendre soin de tous les membre de la famille humaine. Comme les frères et sœurs que nous sommes, supplions ensemble notre Père céleste: «Envoies ton esprit, renouvelle la face de la terre» (cf. Ps 104, 30).

Speaker :
Je salue cordialement les personnes de langue française.
En ce temps pascal de renouvellement, engageons-nous à aimer et apprécier le don magnifique de la terre, notre maison commune, et à prendre soin de tous les membres de la famille humaine. En ce temps d’incertitudes, je demande à Dieu de vous soutenir dans l’espérance, l’amour et la solidarité les uns envers les autres.
Que Dieu vous bénisse !

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (sur la Semaine Sante) (8.4.20)

15 avril, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200408_udienza-generale.html

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(ils l’ont reconnu quand il a rompu du pain, l’évangile d’aujourd’hui)

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE (sur la Semaine Sante) (8.4.20)

Bibliothèque du palais apostolique
Mercredi 8 avril 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Durant ces semaines d’appréhension pour la pandémie qui cause tant de souffrances dans le monde, parmi les nombreuses questions que nous nous posons, il peut y en avoir également certaines sur Dieu: que fait-il face à notre douleur? Où est-il quand tout va mal? Pourquoi ne nous résoud-il pas rapidement les problèmes? Ce sont des interrogations que nous nous posons sur Dieu.
Le récit de la Passion de Jésus, qui nous accompagne au cours de ces jours saints, peut nous aider. Là aussi, en effet, tant d’interrogations s’accumulent. Les gens, après avoir écouté Jésus triomphalement à Jérusalem, se demandent s’il aurait finalement libéré le peuple de ses ennemis (cf. Lc 24, 21). Ils s’attendaient pour leur part à un Messie puissant et triomphant, avec l’épée. Au contraire, arrive un doux et humble de cœur, qui appelle à la conversion et à la miséricorde. Et c’est précisément la foule, qui l’avait d’abord glorifié, qui crie: «Qu’il soit crucifié» (Mt 27, 23). Ceux qui le suivaient, confus et effrayés, l’abandonnent. Ils pensaient: si tel est le sort de Jésus, ce n’est pas lui le Messie, parce que Dieu est fort, et Dieu est invincible.
Mais, si nous continuons à lire le récit de la Passion, nous trouvons un fait surprenant. Quand Jésus meurt, le centurion romain qui n’était pas croyant, qui n’était pas juif, mais qui était païen, qui l’avait vu souffrir sur la croix, et l’avait entendu pardonner chacun, qui avait touché du doigt son amour sans mesure, confesse: «Vraiment cet homme était fils de Dieu!» (Mc 15, 39). Il dit précisément le contraire des autres. Il dit que c’est Dieu qui est là, que c’est véritablement Dieu.
Nous pouvons nous demander aujourd’hui: quel est le véritable visage de Dieu? D’habitude, nous projetons en Lui ce que nous sommes, au plus haut degré: notre succès, notre sens de la justice, et aussi notre indignation. Mais l’Evangile nous dit que Dieu n’est pas ainsi. Il est différent et nous ne pouvions pas le connaître avec nos seules forces. C’est pourquoi il s’est fait proche, il est venu à notre rencontre et précisément à Pâque, il s’est révélé complètement. Et où s’est-il s’est révélé complètement? Sur la croix. C’est là que nous découvrons les traits du visage de Dieu. N’oublions pas, frères et sœurs, que la croix est la chaire de Dieu. Il nous fera du bien de regarder le Crucifix en silence et de voir qui est notre Seigneur: c’est Celui qui ne pointe le doigt contre personne, ni même contre ceux qui le crucifient, mais qui ouvre tout grands ses bras à tous; qui ne nous écrase pas par sa gloire, mais qui se laisse dépouiller pour nous; qui ne nous aime pas en paroles, mais qui nous donne la vie en silence; qui ne nous contraint pas, mais qui nous libère; qui ne nous traite pas en étrangers, mais qui prend sur lui notre mal, qui prend sur lui nos péchés. Ainsi, pour nous libérer des préjugés sur Dieu, regardons le Crucifix. Puis, ouvrons l’Evangile. En ces jours, tous en quarantaine et à la maison, enfermés, prenons ces deux choses en main: le Crucifix, regardons-le; et ouvrons l’Evangile. Ce sera pour nous — disons-le ainsi — comme une grande liturgie domestique, parce que ces jours-ci, nous ne pouvons pas aller à l’église. Crucifix et Evangile!
Dans l’Evangile, nous lisons que, quand les gens vont voir Jésus pour le faire roi, par exemple après la multiplication des pains, Il s’en va (cf. Jn 6, 15). Et quand les diables veulent lui révéler sa majesté divine, Il les réduit au silence (cf. Mc 1, 24-25). Pourquoi? Parce que Jésus ne veut pas être mal compris, il ne veut pas que les gens confondent le vrai Dieu, qui est amour humble, avec un dieu faux, un dieu mondain qui se donne en spectacle et qui s’impose par la force. Ce n’est pas une idole. C’est Dieu qui s’est fait homme, comme chacun de nous, et qui s’exprime comme un homme mais avec la force de sa divinité. En revanche, quand l’identité de Jésus est-elle proclamée de façon solennelle dans l’Evangile? Quand le centurion dit: «Vraiment cet homme était Fils de Dieu!». On le dit là, dès qu’il a donné sa vie sur la croix, parce que l’on ne peut plus se tromper: on voit que Dieu est tout-puissant dans l’amour, et pas d’une autre manière. C’est sa nature, parce qu’il est fait ainsi. Il est l’Amour.
On pourrait objecter: «Qu’ai-je à faire d’un Dieu si faible, qui meurt? Je préférerais un dieu fort, et un Dieu puissant!». Mais, vous savez, le pouvoir passe en ce monde, tandis que l’amour reste. Seul l’amour protège la vie que nous avons, parce qu’il embrasse nos fragilités et les transforme. C’est l’amour de Dieu qui à Pâque a guéri notre péché avec son pardon, qui a fait de la mort un passage de vie, qui a changé notre peur en confiance, notre angoisse en espérance. Pâque nous dit que Dieu peut transformer tout en bien. Qu’avec Lui, nous pouvons véritablement être sûrs que tout ira bien. Et cela n’est pas une illusion, parce que la mort et la résurrection de Jésus ne sont pas une illusion: c’est une vérité! Voilà pourquoi, le matin de Pâque, on nous dit: «N’ayez pas peur!» (cf. Mt 28, 5). Et les interrogations angoissantes sur le mal ne disparaissent pas d’un coup, mais trouvent dans le Ressuscité le fondement solide qui nous permet de ne pas faire naufrage.
Chers frères et sœurs, Jésus a changé l’histoire en se faisant proche de nous et en a fait une histoire de salut, bien qu’encore marquée par le mal. En offrant sa vie sur la croix, Jésus a également vaincu la mort. Du cœur ouvert du Crucifié, l’amour de Dieu atteint chacun de nous. Nous pouvons changer nos histoires en nous approchant de lui, en accueillant le salut qu’il nous offre. Frères et sœurs, ouvrons-lui tout notre cœur dans la prière, cette semaine, en ces jours: avec le Crucifix et avec l’Evangile. N’oubliez pas: Crucifix et Evangile. La liturgie domestique sera celle-ci. Ouvrons-lui tout notre cœur dans la prière, laissons son regard se poser sur nous, et nous comprendrons que nous ne sommes pas seuls, mais aimés, parce que le Seigneur ne nous abandonne pas et ne nous oublie pas, jamais. Et avec ces pensées, je vous souhaite une Sainte Semaine et une Sainte Pâque.

Frères et sœurs, Jésus a changé l’histoire marquée par le mal en une histoire de salut. Avec son cœur ouvert de Crucifié, il rejoint chacun de nous dans ces moments d’angoisses, de difficultés et de souffrance. En cette Semaine Sainte, qu’au milieu des drames et des épreuves que nous vivons, nos cœurs s’établissent fermement dans le Christ mort et ressuscité. Que Dieu vous bénisse!

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Mercredi 25 mars 2020

1 avril, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200325_udienza-generale.html

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – Mercredi 25 mars 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Il y a vingt-cinq ans, en cette même date du 25 mars, qui dans l’Eglise, est la fête solennelle de l’Annonciation du Seigneur, saint Jean-Paul II promulguait l’encyclique Evangelium vitae, sur la valeur et le caractère inviolable de la vie humaine.
Le lien entre l’Annonciation et l’«Evangile de la vie» est étroit et profond, comme l’a souligné saint Jean-Paul II dans son encyclique. Aujourd’hui, nous reproposons cet enseignement dans le contexte d’une pandémie qui menace la vie humaine et l’économie mondiale. Une situation qui fait retentir de façon encore plus exigeante les paroles par lesquelles commence l’encyclique. Les voici: «L’Evangile de la vie se trouve au cœur du message de Jésus. Reçu chaque jour par l’Eglise avec amour, il doit être annoncé avec courage et fidélité comme une bonne nouvelle pour les hommes de toute époque et de toute culture» (n. 1).
Comme toute annonce évangélique, celle-ci aussi doit être avant tout témoignée. Et je pense avec gratitude au témoignage silencieux de nombreuses personnes qui, de diverses façons, se prodiguent au service des malades, des personnes âgées, de ceux qui sont seuls et plus indigents. Elles mettent en pratique l’Evangile de la vie comme Marie qui, ayant accueilli l’annonce de l’ange, est allée aider sa cousine Elisabeth qui en avait besoin.
En effet, la vie que nous sommes appelés à promouvoir et à défendre n’est pas un concept abstrait, mais se manifeste toujours dans une personne en chair et en os: un enfant venant d’être conçu, un pauvre marginalisé, un malade seul et découragé ou en phase terminale, une personne qui a perdu son travail ou qui ne réussit pas à en trouver, un migrant rejeté ou marginalisé… La vie se manifeste concrètement dans les personnes.
Chaque être humain est appelé par Dieu à jouir de la plénitude de la vie; et étant confié au soin maternel de l’Eglise, toute menace à la dignité et à la vie humaine ne peut manquer de se répercuter dans le cœur de celle-ci, dans ses «entrailles» maternelles. Pour l’Eglise, la défense de la vie n’est pas une idéologie, c’est une réalité, une réalité humaine qui touche tous les chrétiens, précisément parce que chrétiens et parce qu’humains.
Les atteintes à la dignité et à la vie des personnes continuent malheureusement à notre époque, qui est l’époque des droits humains universels; nous devons même affronter de nouvelles menaces et de nouveaux esclavages, et les législations ne protègent pas toujours la vie humaine la plus faible et vulnérable.
Le message de l’encyclique Evangelium vitae est donc plus que jamais actuel. Au-delà des urgences, comme celle que nous vivons, il s’agit d’agir sur le plan culturel et éducatif pour transmettre aux générations futures l’aptitude à la solidarité, au soin, à l’accueil, en sachant bien que la culture de la vie n’est pas le patrimoine exclusif des chrétiens, mais qu’elle appartient à tous ceux qui, se prodiguant pour l’édification de relations fraternelles, reconnaissent la valeur propre de chaque personne, même quand elle est fragile et qu’elle souffre.
Chers frères et sœurs, toute vie humaine, unique et irremplaçable, vaut pour elle-même, et représente une valeur inestimable. Cela doit toujours être annoncé à nouveau, avec le courage de la parole et le courage des actions. Cela appelle à la solidarité et à l’amour fraternel pour la grande famille humaine et pour chacun de ses membres.
C’est pourquoi avec saint Jean-Paul II, qui a écrit cette encyclique, je relance avec lui et avec une conviction renouvelée l’appel qu’il a adressé à tous il y a vingt-cinq ans: «Respecte, défends, aime et sers la vie, toute vie humaine! C’est seulement sur cette voie que tu trouveras la justice, le développement, la liberté véritable, la paix et le bonheur!» (Enc. Evangelium vitae, n. 5).

Je salue cordialement les fidèles de langue française.
Chers frères et sœurs, que le “oui” de la Vierge Marie vous fortifie dans votre lutte pour la promotion et la défense de la vie et vous rende solidaires de toute personne souffrante, âgée ou seule, surtout en cette période de grande épreuve.
Que Dieu vous bénisse !

* * *
APPEL
Dans peu de temps, à midi, nous, pasteurs des diverses communautés chrétiennes, avec les fidèles des différentes confessions, nous réunirons spirituellement pour invoquer Dieu à travers la prière du Notre-Père. Unissons nos voix de supplication au Seigneur en ces jours de souffrance, au cours desquels le monde est durement éprouvé par la pandémie. Que le Père bon et miséricordieux exauce la prière commune de ses fils qui, avec une espérance confiante, s’adressent à sa toute-puissance.
Je renouvelle à tous également l’invitation à participer spirituellement, à travers les moyens de communication, au temps de prière que je présiderai après-demain, vendredi, à 18h00, sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. A l’écoute de la Parole de Dieu et à l’adoration du Très-Saint Sacrement suivra la bénédiction Urbi et Orbi, avec l’indulgence plénière relative.

 

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 18 mars 2020

25 mars, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200318_udienza-generale.html

DELLA ROBBIA Luca le Jeune (Attribué) - Le Christ au Mont des Oliviers (Louvre) - Detail

« DELLA ROBBIA Luca le Jeune (Attribué) – Le Christ au Mont des Oliviers (Louvre) – Detail »

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 18 mars 2020

Bibliothèque du palais apostolique

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous nous arrêtons aujourd’hui sur la cinquième béatitude, qui dit: «Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde» (Mt 5, 7). Dans cette béatitude, il y a une particularité: c’est la seule où la cause et le fruit du bonheur coïncident, la miséricorde. Ceux qui exercent la miséricorde obtiendront miséricorde, ils seront «objets de miséricorde».
Ce thème de la réciprocité du pardon n’est pas seulement présent dans cette béatitude, mais il est récurrent dans l’Evangile. Et comment pourrait-il en être autrement? La miséricorde est le cœur même de Dieu! Jésus dit: «Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez-pas et vous ne serez pas condamnés; remettez et il vous sera remis» (Lc 6, 37). Toujours la même réciprocité. Et la Lettre de Jacques affirme que «la miséricorde se rit du jugement» (2, 13).
Mais c’est surtout dans le Notre-Père que nous récitons: «Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs» (Mt 6, 12); et cette requête est la seule qui soit reprise à la fin: «Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos manquements» (Mt 6, 14-15; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2838).
Il y a deux choses que l’on ne peut pas séparer: le pardon donné et le pardon reçu. Mais beaucoup de personnes sont en difficulté, elles ne réussissent pas à pardonner. Très souvent, le mal reçu est si grand que réussir à pardonner semble comme escalader une très haute montagne: un effort immense ; et la personne pense: c’est impossible, cela est impossible. Ce fait de la réciprocité de la miséricorde indique que nous avons besoin de renverser la perspective. Tout seuls, nous ne pouvons pas, la grâce de Dieu est nécessaire, nous devons la demander. En effet, si la cinquième béatitude promet de trouver miséricorde et que dans le Notre-Père nous demandons la rémissions de nos dettes, cela veut dire que nous sommes essentiellement des débiteurs et que nous avons besoin de trouver miséricorde!
Nous sommes tous débiteurs. Tous. Envers Dieu, qui est si généreux, et envers nos frères. Chaque personne sait qu’elle n’est pas le père ou la mère qu’elle devrait être, l’époux ou l’épouse, le frère ou la sœur qu’elle devrait être. Nous sommes tous «en déficit» dans la vie. Et nous avons besoin de miséricorde. Nous savons que, nous aussi, nous avons fait du mal, il manque toujours quelque chose au bien que nous aurions dû faire.
Mais c’est précisément notre pauvreté qui devient la force pour pardonner! Nous sommes débiteurs et si, comme nous l’avons entendu au début, nous serons mesurés selon la mesure avec laquelle nous mesurons les autres (cf. Lc 6, 38), alors nous devons élargir cette mesure et remettre les dettes, pardonner. Chacun doit se rappeler qu’il a besoin de pardonner, qu’il a besoin du pardon, qu’il a besoin de la patience; tel est le secret de la miséricorde: en pardonnant, on est pardonné. C’est pourquoi Dieu nous précède et qu’Il nous pardonne le premier (cf. Rm 5, 8). En recevant son pardon, nous devenons capables à notre tour de pardonner. Ainsi, notre misère et notre manque de justice deviennent l’occasion de s’ouvrir au royaume des cieux, à une mesure plus grande, la mesure de Dieu, qui est miséricorde.
D’où naît notre miséricorde? Jésus nous a dit: «Montrez-vous miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux» (Lc 6, 36). Plus on accueille l’amour du Père, plus on aime (cf. CEC, n. 2842). La miséricorde n’est pas une dimension parmi les autres, mais elle est le centre de la vie chrétienne: il n’y a pas de christianisme sans miséricorde (cf. Saint Jean-Paul II, Enc. Dives in misericordia du 30 novembre 1980; Bulle Misericordae Vultus du 11 avril 2015; Lett. ap. Misericordia et misera du 20 novembre 2016). Si tout notre christianisme ne nous conduit pas à la miséricorde, nous nous sommes trompés de route, car la miséricorde est le seul objectif véritable de tout chemin spirituel. Elle est l’un des plus beaux fruits de la charité (cf. CEC, n. 1829).
Je me rappelle que ce thème a été choisi dès le premier Angelus que j’ai dû réciter comme Pape: la miséricorde. Et cela est resté profondément imprimé en moi, comme un message qu’en tant que Pape j’aurais toujours dû communiquer, un message qui doit être quotidien: la miséricorde. Je me rappelle que ce jour-là, j’ai également eu l’attitude un peu «effrontée» de faire de la publicité à un livre sur la miséricorde, qui venait d’être publié par le cardinal Kasper. Et ce jour-là, j’ai ressenti avec une grande force que c’est le message que je dois communiquer, en tant qu’Evêque de Rome: miséricorde, miséricorde, s’il vous plaît, pardon.
La miséricorde de Dieu est notre libération et notre bonheur. Nous vivons de miséricorde et nous ne pouvons pas nous permettre d’être sans miséricorde : c’est l’air que nous devons respirer. Nous sommes trop pauvres pour poser des conditions, nous avons besoin de pardonner, parce que nous avons besoin d’être pardonnés. Merci !
Je salue cordialement les fidèles de langue française. Chers frères et sœurs, en ce temps du Carême, je vous invite particulièrement à recevoir le pardon de Dieu dans le sacrement de la Réconciliation. Vous y trouverez aussi la force de pardonner à votre tour. Que Dieu vous bénisse !

* * *

Demain, nous fêterons la solennité de saint Joseph. Dans la vie, dans le travail, dans la famille, dans la joie et dans la douleur, il a toujours cherché et aimé le Seigneur, méritant l’éloge des Ecritures comme homme juste et sage. Invoquez-le toujours avec confiance, en particulier dans les moments difficiles et confiez votre existence à ce grand saint.
Je fais mien l’appel des évêques italiens qui, en cette urgence sanitaire, ont organisé un temps de prière pour tout le pays. Chaque famille, chaque fidèle, chaque communauté religieuse: tous unis spirituellement demain à 21h00 pour la récitation du chapelet, avec les Mystères lumineux. Je vous accompagnerai d’ici. Nous sommes conduits au visage lumineux et transfiguré de Jésus Christ et à son Cœur par Marie, Mère de Dieu, santé des malades, à laquelle nous nous adressons à travers la prière du Rosaire, sous le regard aimant de saint Joseph, Gardien de la Sainte Famille et de nos familles. Et nous lui demandons de protéger de manière spéciale notre famille, nos familles, en particulier les malades et les personnes qui prennent soin des malades: les médecins, les infirmiers, les infirmières, les bénévoles, qui risquent leur vie dans ce service.

PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 26 février 2020 – mercredi des Cendres

11 mars, 2020

http://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200226_udienza-generale.html

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PAPE FRANÇOIS – AUDIENCE GÉNÉRALE – 26 février 2020 – mercredi des Cendres

Place Saint Pierre

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui, mercredi des Cendres, nous commençons le chemin quadragésimal, un chemin de quarante jours vers Pâques, vers le cœur de l’année liturgique et de la foi. C’est un chemin qui suit celui de Jésus qui, au début de son ministère, se retira pendant quarante jours pour prier et jeûner, tenté par le diable, dans le désert. C’est précisément de la signification spirituelle du désert que je voudrais vous parler aujourd’hui. Que signifie spirituellement le désert pour nous tous, également pour nous qui vivons en ville, que signifie le désert?
Imaginons être dans un désert. La première sensation serait celle de nous trouver enveloppés par un grand silence: pas de bruits, à part le vent et notre souffle. Voilà, le désert est le lieu du détachement du vacarme qui nous entoure. C’est l’absence de paroles pour laisser place à une autre Parole, la Parole de Dieu, qui, comme une brise légère, nous caresse le cœur (cf. 1 R 19, 12). Le désert est le lieu de la Parole, avec une majuscule. Dans la Bible, en effet, le Seigneur aime nous parler dans le désert. Dans le désert, il remet à Moïse les «dix paroles», les dix commandements. Et quand le peuple s’éloigne de Lui, devenant comme une épouse infidèle, Dieu dit: «Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. Là, elle répondra comme aux jours de sa jeunesse» (Os 2, 16-17). Dans le désert, on écoute la Parole de Dieu, qui est comme un son léger. Le Livre des Rois dit que la Parole de Dieu est comme un fil de silence sonore. Dans le désert, on retrouve l’intimité avec Dieu, l’amour du Seigneur. Jésus aimait se retirer chaque jour dans des lieux déserts pour prier (cf. Lc 5, 16). Il nous a enseigné comment chercher le Père, qui nous parle dans le silence. Et il n’est pas facile de faire silence dans son cœur, car nous cherchons toujours à parler un peu, à être avec les autres.
Le Carême est un temps propice pour faire place à la Parole de Dieu. C’est le temps pour éteindre la télévision et ouvrir la Bible. C’est le temps pour se détacher du téléphone portable et se connecter à l’Evangile. Quand j’étais enfant, il n’y avait pas la télévision, mais on avait l’habitude de ne pas écouter la radio. Le Carême est le désert, c’est le temps pour renoncer, pour nous détacher du téléphone portable et nous connecter à l’Evangile. C’est le temps pour renoncer aux paroles inutiles, aux bavardages, aux rumeurs, aux médisances, et pour parler et «tutoyer» le Seigneur. C’est le temps pour se consacrer à une saine écologie du cœur, y faire du nettoyage. Nous vivons dans un environnement pollué par trop de violence verbale, par tant de mots blessants et nocifs, que le réseau amplifie. Aujourd’hui, on insulte comme si on disait «bonne journée». Nous sommes submergés de paroles vides, de publicités, de messages insidieux. Nous nous sommes habitués à entendre de tout sur tous et nous risquons de sombrer dans une mondanité qui atrophie notre cœur et il n’y a pas de pontage pour guérir cela, mais seulement le silence. Nous avons du mal à distinguer la voix du Seigneur qui nous parle, la voix de la conscience, la voix du bien. Jésus, en nous appelant dans le désert, nous invite à prêter attention à ce qui compte, à l’important, à l’essentiel. Au diable qui le tentait, il répondit: «Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Mt 4, 4). Comme le pain, plus que le pain, nous avons besoin de la Parole de Dieu, nous devons parler avec Dieu: nous devons prier. Car ce n’est que devant Dieu que viennent au jour les inclinations du cœur et que disparaissent les duplicités de l’âme. Voilà le désert, lieu de vie, non de mort, car dialoguer dans le silence avec le Seigneur nous redonne la vie.
Essayons à nouveau de penser à un désert. Le désert est le lieu de l’essentiel. Regardons nos vies: combien de choses inutiles nous entourent! Nous poursuivons mille choses qui semblent nécessaires et qui en réalité ne le sont pas. Comme cela nous ferait du bien de nous libérer de tant de réalités superflues, pour redécouvrir ce qui compte, pour retrouver les visages de ceux qui sont à nos côtés! Sur cela aussi, Jésus nous donne l’exemple, en jeûnant. Jeûner, c’est savoir renoncer aux choses vaines, au superflu, pour aller à l’essentiel. Jeûner ne sert pas seulement à maigrir, jeûner, c’est aller précisément à l’essentiel, c’est chercher la beauté d’une vie plus simple.
Le désert, enfin, est le lieu de la solitude. Aujourd’hui aussi, près de nous, il y a de nombreux déserts. Ce sont les personnes seules et abandonnées. Combien de pauvres et de personnes âgées sont près de nous et vivent dans le silence, sans faire de bruit, marginalisés et exclus! Parler d’eux n’augmente pas l’audimat. Mais le désert nous conduit à eux, à ceux qui, réduits au silence, demandent silencieusement notre aide. Tant de regards silencieux qui demandent notre aide. Le chemin dans le désert quadragésimal est un chemin de charité vers celui qui est plus faible.
Prière, jeûne, œuvres de miséricorde: voilà la route dans le désert quadragésimal.
Chers frères et sœurs, à travers la voix du prophète Isaïe, Dieu a fait cette promesse: «Voici que je vais faire une chose nouvelle, [...] je vais mettre dans le désert un chemin» (Is 43, 19). Dans le désert s’ouvre le chemin qui nous conduit de la mort à la vie. Entrons dans le désert avec Jésus, nous en sortirons en savourant la Pâque, la puissance de l’amour de Dieu qui renouvelle la vie. Il nous arrivera comme à ces déserts qui fleurissent au printemps, en faisant germer à l’improviste, «du néant», des bourgeons et des plantes. Courage, entrons dans ce désert du Carême, suivons Jésus dans le désert: avec Lui nos déserts fleuriront.
Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les paroisses et les jeunes venus de France. Frères et sœurs, profitons de ce Carême pour entrer au désert avec Jésus afin qu’il y ouvre une route qui nous conduise à la vie. Suivons-le avec courage; avec lui, nos déserts fleuriront. Que Dieu vous bénisse !

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