Archive pour la catégorie 'Orthodoxie'

La Semaine Sainte (Ortodoxie)

11 avril, 2011

du site:

http://www.assomptionorient.altervista.org/actualites/archivio/francia/la_semaine_sainte.htm

La Semaine Sainte

(ORTODOXIE)
 
Les chrétiens de rite byzantin qui célèbrent Paques cette année le 23 avril ont, durant toute la Semaine Sainte, des offices très riches dans lesquels se révèle dans toute sa profondeur et son ampleur le mystère du Salut apporté par le Christ. Avec joie, nous vous proposons de découvrir la beauté de cette grande tradition liturgique et spirituelle en suivant la trame de ces offices de la Semaine Sainte jusqu’à la nuit lumineuse où éclate le joie pascale.
 
Le Samedi de Lazare
Prélude de la Croix
 
« Ayant achevé la course des quarante jours…, nous demandons de voir la semaine sainte de ta Passion. »
C’est par ces mots des premières Vêpres du samedi avant les Rameaux, que le Carême se termine, et que nous entrons dans la commémoration annuelle des souffrances du Christ, de sa mort et de sa résurrection. Elle commence le samedi de Lazare. La fête de la Résurrection de Lazare, doublée de celle de l’entrée du Seigneur à Jérusalem, est appelée dans les textes liturgiques : « Prélude de la Croix ». Ce samedi de Lazare est célébré comme un dimanche, c’est-à-dire qu’on y fait l’office de la Résurrection. La joie qui résonne dans l’office souligne le thème principal : la victoire prochaine du Christ sur la mort. « La mort commence à trembler » ; c’est le début d’un duel décisif entre la vie et la mort, un duel qui nous donne la clé de tout le mystère de Pâques.
 
Le Dimanche des Rameaux
Hosanna
 
Du point de vue liturgique, le samedi de Lazare se présente comme l’avant-fête du dimanche des Palmes, jour où l’on célèbre l’entrée du Seigneur à Jérusalem. Ces deux fêtes ont un thème commun : le triomphe et la victoire. Le samedi a révélé l’Ennemi, qui est la mort, le dimanche annonce la victoire, le triomphe du Royaume de Dieu et l’acceptation par le monde de son seul Roi, Jésus-Christ.
 
Les lundi, mardi et mercredi
La fin
 
Ces trois jours, que l’Église appelle grands et saints, ont, à l’intérieur du déroulement liturgique de la sainte semaine, un but bien défini. Ils en situent les célébrations dans la perspective de la Fin. C’est pourquoi nous lisons les grands textes eschatologiques de Matthieu aux chapitres 24, 25 et 26. Le rôle des trois premiers jours de la semaine sainte est précisément de nous mettre en face du sens ultime de la Pâque, cet événement toujours efficient, qui révèle que notre monde, notre temps et notre vie sont à leur fin, et qui annonce le commencement de la vie nouvelle.
 
Le Jeudi Saint
La dernière Cène
 
Deux événements marquent la liturgie de ce jour : la dernière Cène du Christ et la trahison de Judas. L’un et l’autre trouvent leur sens dans l’amour. La dernière Cène est l’ultime révélation de l’amour rédempteur de Dieu pour l’homme, de l’amour en tant qu’essence même du salut. La trahison de Judas, elle, montre que le péché, la mort, la destruction de soi-même, proviennent aussi de l’amour, mais d’un amour défiguré, détourné de ce qui mérite vraiment d’être aimé. Tel est le mystère de ce jour unique dont la liturgie, imprégnée à la fois de lumière et de ténèbres, de joie et de douleur, nous met devant un choix décisif dont dépend la destinée éternelle de chacun de nous. À Matines, le tropaire donne le thème du jour : l’opposition entre l’amour du Christ et le désir insatiable de Judas. À Vêpres, les stichères soulignent l’autre pôle, tragique, de ce grand Jeudi, la trahison de Judas et nous place devant notre propre combat : « Il suivait son maître et, en lui-même, méditait sa trahison… »
 
Le Grand Vendredi
La croix
 
De la lumière du grand jeudi, nous passons aux ténèbres du Vendredi, le jour de la Passion du Christ, de sa mort et de sa sépulture. Pourtant ce jour du Mal, dont la manifestation et le triomphe sont à leur paroxysme, est aussi le jour de la Rédemption. La mort du Christ nous est révélé comme une mort salvifique pour nous. À Matines, les douze lectures du récit de la Passion nous font suivre pas à pas le Christ dans ses souffrances. À Vêpres, l’office de la descente de Croix, les lectures et les hymnes sont remplis de solennelles accusations contre ceux qui, volontairement et librement, ont décidé de tuer le Christ. Le deuxième aspect du mystère de ce jour est celui du sacrifice d’amour qui prépare la victoire finale. La lumière se fait de plus en plus vive et, en même temps, grandissent l’espérance et la certitude que la mort va être vaincue par la vie. L’image du Christ au tombeau reste au milieu de l’Église et chacun est invité à faire ce geste très riche symboliquement de passer sous la table sur laquelle repose la représentation du tombeau, c’est-à-dire à vivre ce passage de la mort à la Vie.
 
Le saint sabbat
Le Vendredi vient juste de se terminer, du point de vue liturgique. C’est pourquoi la tristesse du Vendredi est le thème initial, le point de départ des Matines du Samedi. Cet office commence comme un office des funérailles, une lamentation sur un mort. Nous sommes devant le tombeau de notre Seigneur, nous contemplons sa mort, sa défaite. Mais en réalité, cette défaite apparente se révèle être un duel. Les forces du mal semblent triompher ; le Juste est crucifié, abandonné de tous. Cependant le véritable sens de la descente de Jésus aux enfers est révélé dans un verset de la liturgie : « O Vie, comment peux-tu mourir ? Comment séjournes-tu au tombeau ? » Et la vie réponds alors : « Mais c’est pour détruire la puissance de la mort et ressusciter les morts de l’enfer. »
 
Les Vepres du Samedi Saint
Cet office commence par une composition originale : les Lamentations de l’enfer. L’enfer s’avoue vaincu : « Il eut mieux valu pour moi n’avoir pas accueilli le fils de Marie, car, en pénétrant dans mon domaine, il a mis fin à mon pouvoir… » Là s’exprime dans toute sa force la conception orientale du salut comme arrachement à la mort. La représentation iconographique traditionnelle de la Résurrection c’est la descente victorieuse du Christ aux enfers d’où il délivre Adam et Eve. Sur le modèle des fresques de saint Sauveur in Chora à Istanbul, on voit la force inouie du Christ qui tire de toutes ses forces nos premiers parents. La fin de ces Vepres qui comprennent la Divine Liturgie est marquée par ces fleurs que le pretre lance dans l’église pour signifier déjà la joie de cette victoire du Christ.
 
La Nuit Sainte
Après cette image de la descente victorieuse du Christ aux enfers, c’est l’image du tombeau vide que retient la tradition orientale. Cette joie annoncée résonne sur le parvis de l’église pour que tous puissent entendre. Tout éclate : les chants, la lumière, …Nous vivons désormais en Christ, car, comme le dit un verset : « Nous sommes passés du non-etre à l’etre. » Le péché qui nous sépare de la plénitude de la vie en Christ est vaincu. Symboliquement les portes de l’iconostase resteront ouvertes pour signifier cette communion parfaite que la Résurrection inaugure. Mais si cette victoire est acquise, dans son sens eschatologique, la Résurrection nous tourne vers un but que nous n’avons pas encore atteint.
Tous peuvent désormais feter cette victoire en se saluant pendant tout le temps pascal par cette belle formule. Christos voskrécé, na istina voskrécé ; Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité !
 
 Sèbastien Courault
 

L’éveil par l’art; par Olivier Clément

4 avril, 2011

du site:

http://www.pagesorthodoxes.net/theologiens/clement/olivier-clement-intro.htm

L’éveil par l’art

par Olivier Clément

Dans la démarche de l’artiste, dans la démarche de tout homme qui s’arrache au somnambulisme, il y a ébranlement, interrogation sur le sens, creusement. Ou, plus simplement, et d’un mot qui résume tout, éveil. Les vieux ascètes disaient que le plus grand des péchés est l’oubli : devenir opaque, insensible, tantôt fiévreusement affairé, tantôt lourdement sensuel, incapable de faire un instant de silence, de s’étonner, de chanceler devant l’abîme, qu’il soit d’horreur ou de jubilation. Incapable d’admirer et d’aimer. Incapable d’accueillir les êtres et les choses. Insensible aux sollicitations secrètes, constantes pourtant, de Dieu.
L’art, ici, nous éveille. Il nous approfondit dans l’existence. Il fait de nous des hommes et non des machines – ou des  » animaux dénaturés « . Il nous rend nos joies solaires et nos blessures saignantes. Il nous ouvre à l’angoisse et à l’émerveillement. L’art de l’icône est un support de contemplation, la possibilité de connaître Dieu par une certaine beauté, celle, dit Denys l’Aréopagite,  » qui suscite toute communion « . J’inverserai volontiers la formule en disant : la beauté que suscite toute communion. Dans cet art, comme le montrent les images ici reproduites, il est moins question du  » sacré  » que du  » saint  » (Dieu n’est pas trois fois sacré, il est trois fois saint). Le  » saint  » se répand, il veut embraser  » l’uni-totalité « . Le  » profane « , en réalité est profané : il faut le libérer du mensonge, de ce que Berdiaev appelle l’  » objectivation « , pour qu’il s’illumine au grand soleil de la Transfiguration. La sainteté relie, s’exprime dans la flamme des choses et l’icône du visage. Le Christ enfant a un visage grave et profond, l’Ancien des jours un regard adolescent.  » En ce jour, dit le prophète Zacharie (14, 20-1), il y aura sur les clochettes des chevaux : Sainte propriété du Seigneur, les marmites seront comme des coupes d’aspersion devant l’autel. Et toute marmite (…) deviendra une sainte propriété du Seigneur Sabaoth… « L’artiste, ici, assume une diaconie ecclésiale. Il ne peut être qu’un être de foi qui fait sien le Credo par la prière, l’ascèse, l’ouverture au grand fleuve de vie de la vraie Tradition. Laquelle est l’Evangile et l’Eucharistie rendus sans cesse actuels par le Saint Esprit. L’icône n’est-elle pas une écriture de l’Ecriture, une écriture de Lumière ?
L’iconographe essaie de se dégager de sa subjectivité close : des règles, des modèles guident sa contemplation que sa création va traduire. De sorte que l’image qu’il peint rejoint et réveille en lui l’image qu’il est, l’image de Dieu. Et la réveiller en ceux qui la regarderont avec amour ou plutôt se laisseront regarder par elle.
Alors, dira souvent l’homme d’aujourd’hui, le peintre d’icône n’est pas libre. Mais qu’entendons-nous lorsque nous disons : liberté ?
Sans doute répondra-t-on : être libre c’est faire ce qu’on veut.
Mais qui veut ? Est-ce l’homme déchiré, contradictoire –  » je ne fais pas le bien que j’aime mais je fais le mal que je hais « , dit s.Paul – l’homme livré aux pulsions de son inconscient, aux modes, aux grandes forces de la société et du cosmos. La beauté créée par un tel homme ne risque-t-elle pas d’être la projection d’un ego tourmenté, une beauté magique, de  » possession  » ?
N’est-il pas plus libre, vraiment libre peut-être, l’homme libéré par une lumière d’en haut, pacifié, délivré de l’angoisse par la résurrection, du narcissisme par la prière, simultanément ouvert et unifié par cette autre lumière ? L’homme qui ne peut créer qu‘en s’acceptant comme créature…
C’est pourquoi les règles, les  » canons  » de l’art liturgique constituent comme une ascèse de libération. Une ascèse de communion aussi car tous doivent pouvoir reconnaître les scènes représentées, l’individualité des personnages. La perspective inversée, la frontalité, le rôle essentiel du visage, partie de corps la plus transparente à la personne, une certaine retenue dans l’expressivité, autant d’indications qui qualifient une beauté de célébration et de communion.
Cette ascèse, tout en donnant une humble et sûre valeur au travail répétitif de l’artiste, permet au créateur d’être vraiment libre de cette liberté que permet la transcendance enfin atteinte de la personne.

HTTP://WWW.AMB-GRECE.FR/GRECE/M_OLIVIER_CLEMENT.HTML

Olivier Clément, philosophe de la lumière

2 avril, 2011

du site:

http://www.pagesorthodoxes.net/theologiens/clement/olivier-clement-intro.htm#mathieu

Olivier Clément, philosophe de la lumière

par Rafaël Mathieu

Ce portrait d’Olivier Clément est extrait d’un recueil d’une trentaine de textes réunis par Rafaël Mathieu sous le titre Les identités remarquables, qui vient de paraître aux éditions du Moulin de l’Étoile (1). On le sait : l’art du portrait est tout entier dans l’alchimie d’une rencontre, qui suppose, de la part du chroniqueur, autant d’humilité que de psychologie et d’intelligence des situations — outre une parfaite connaissance de l’œuvre de la personnalité qui lui ouvre sa porte. Journaliste aux talents multiples, Rafaël Mathieu se fait ici tour à tour peintre, écrivain, romancier, photographe, architecte, hermétiste ou métaphysicien pour mieux nous donner à découvrir et comprendre l’itinéraire et l’œuvre d’une trentaine d’artistes, au sens premier du terme. Tous sont très éloignés des circuits balisés d’une certaine notoriété frelatée, mais tous, ou presque, sont auteurs d’une œuvre forte et originale, faite « de main d’ouvrier » — et, chacun dans son domaine, une voix libre parmi lesquels plusieurs sont de proches collaborateurs de Symbole, de Frédérick Tristan à Gérard de Sorval et de Jean Biès à Michel Random… (Jean-Marie Beaume)
« J’aime écouter les autres parler d’eux. Je n’aime pas parler de moi », écrivait Olivier Clément il y a trente ans dans l’un de ses maîtres livres, L’Autre soleil. Alors que paraissent ses Mémoires d’espérance, l’homme n’a pas tellement changé. Il a vieilli, bien sûr, les jambes ne le portent plus guère, mais l’esprit a conservé sa fraîcheur. Tellement moins préoccupé par ses propres rides « que de celles qui marquent le visage du christianisme ». Le visage, le christianisme, ces deux mots résument d’ailleurs, pour ses lecteurs, l’oeuvre de ce personnage à part dont la seule autobiographie possible semble être spirituelle. Sa vie est pourtant exemplaire. De tous les penseurs chrétiens de son temps, Olivier Clément est l’un des rares à avoir vécu le christianisme comme une nouveauté. À avoir éprouvé aussi toutes les angoisses et les contradictions du siècle, à être passé par « le grand creuset du doute ». Pour paraphraser Chesterton, l’immense avantage d’Olivier Clément sur les autres théologiens, c’est que lui a un jour été athée…

Un christianisme « libérateur »
Il est né en 1921 en pays combiste, le Languedoc, « dans une famille qui ne parlait jamais de Dieu ». Son enfance telle qu’il l’a évoquée dans L’autre soleil est celle d’un « païen méditerranéen », bercé par une culture oublieuse de ses racines chrétiennes mais vivace. « Les êtres dit-il, étaient portés, ils vivaient, sans le savoir, sur une ancienne et savoureuse cuisson des choses de la terre au feu de l’Évangile. »
Même le socialisme de son grand-père, « n’était pas une haine de classe, mais une exigence morale. Il ignorait le ressentiment. Mon grand-père était socialiste à l’intérieur d’une civilisation. » Par certains côtés, son parcours fait écho à celui des chrétiens convertis des premiers siècles : la Méditerranée, une culture laïque ou plutôt publique, des hommes enracinés dans leur terre, et puis ici et là, la marque du christianisme, autrefois naissant, désormais disparaissant, malgré les églises romanes de Saint-Guilhem-le-Désert ou de Maguelone. Lui revient un lointain souvenir, une immense croix vert-de-grisée. Sur la croix, un homme mort. Au-dessus de sa tête, une inscription : I.N.R.I. « Je pensais que c’était le nom de l’homme. » Pourtant c’est aussi ce monde qui l’éveille au premier stade de sa vie spirituelle, la découverte de la beauté : « Comme j’ai pu haïr la trop verte Île-de-France, où tout est végétal, mouillé, même la roche, même le ciel – une chair opaque, omnipotente. Tandis qu’en pays méditerranéen, dès qu’on accède aux plateaux solitaires, c’est le feu qui se cristallise. La chair elle-même est céleste. »
Pour passer de cette lumière de l’enfance, à celle, incréée, des Pères de l’Église, il devra pourtant encore se libérer des « maîtres du soupçon » (Marx, Nietzsche, Freud), vaincre son nihilisme, surmonter la tentation du suicide. Si certains doutent encore qu’un livre peut changer une vie, il faut l’entendre parler de sa découverte, pendant la guerre, d’Esprit et Liberté du philosophe russe Nicolas Berdiaev. Le jeune homme s’apprêtait à rejoindre la Résistance. Le germe de sa re-naissance était planté même si toutes les digues de son éducation « laïciste » n’étaient pas encore rompues à commencer par cette « répugnance instinctive et qui s’enracinait dans (s)on enfance ».
« Le catholicisme, on me l’avait présenté comme une énorme et sournoise puissance terrestre, répressive, castratrice. La lecture de Nicolas Berdiaev a été pour moi déterminante car elle m’a permis d’entrevoir un christianisme non pas moralisateur – tel que mes parents et tant d’autres l’imaginaient –, mais profondément libérateur ». Ce n’est donc pas vers le catholicisme qu’il se tournera, ni vers le protestantisme de ses ancêtres cévenols, mais vers cette église orthodoxe et ses grands penseurs (Berdiaev, Lossky, Boulgakov…) exilés par la révolution d’Octobre, dont il est devenu – ironie du destin – l’un des principaux continuateurs.

Une relation charnelle avec le divin
Olivier Clément reçoit le baptême à trente ans (« désormais la lumière était en dedans »); l’agrégé d’histoire – il enseignera longtemps au lycée Louis-le-Grand – se révèle un philosophe religieux de premier plan, affranchi des scléroses et des tabous du christianisme occidental. Le sien passe par le mystère des visages, une relation presque charnelle avec le divin comme dans ses traditions de l’Inde au sein desquelles il dit s’être un temps « dilaté ». Car Olivier Clément n’a rien du penseur en chambre, rien d’éthéré. Chez lui la révélation chrétienne est d’abord une révélation de l’humain, l’avènement de la personne, « un accomplissement de l’humain dans le divin ». Il n’est pas sûr d’ailleurs qu’au sein même du monde orthodoxe, ses audaces aient toujours été jugées très canoniques à commencer par son rejet du confessionnalisme… Peu importe d’ailleurs, c’est à travers lui que toute une tradition théologique négligée a été diffusée en France. De même que la découverte de ses livres et d’un christianisme débarrassé des scories de l’histoire ou des pesanteurs sociologiques a été pour beaucoup une décisive révélation. Mais Olivier Clément est plus qu’un passeur. Son œuvre est une invitation à revenir à la source, souvent ignorée des chrétiens eux-mêmes, du message évangélique. Dans une perspective de sursaut créateur.
Ses contemporains se tournent-ils vers les philosophies orientales, qu’il y puise une nouvelle espérance : « On peut imaginer un christianisme renouvelé par cette connaissance des Orients, comme les Pères de l’Église ont été irrigués par la pensée antique… » Dans les dernières pages des Mémoires d’espérance il évoque Plotin. « Âgé, malade, il parlait de la beauté d’une telle manière que les disciples affluaient. »
Olivier Clément n’est peut-être pas Plotin mais de la beauté, ce vieil homme irradié du dedans en parle comme personne. Témoin ce jour en Grèce, où, dit-il, « baigné par une lumière encore plus intense que celle de mon enfance, je suis entré dans la fraîcheur d’une église : la coupole reprenait la ronde bénédiction du ciel, mais un visage s’y inscrivait. Entrer dans cette église avait résumé mon chemin : de l’azur vide à l’azur plein, de l’azur fermé sur sa propre beauté, mais au-delà tout est ténèbres, à l’azur rayonnant autour du Visage des visages. De la lumière à l’autre Lumière. »

http://signes-et-symboles.org/dossiers-symbole/index.php/

Le coeur de l’homme, centre de l’intelligence spirituelle

31 mars, 2011

du site:

http://eocf.free.fr/text_coeur_clement.htm

Le coeur de l’homme, centre de l’intelligence spirituelle

Si nous parcourons la Bible, surtout dans ses parties les plus archaïques, moins intellectualisées, nous voyons bien que le coeur n’est pas seulement un organe physiologique où retentissent les émotions, mais qu’il symbolise aussi, au sens le plus réaliste, le centre d’intégration personnelle des facultés humaines et le lieu du combat spirituel.
Le coeur est l’  » en-dedans  » de l’homme, de sorte que le péché s’inscrit dans la divergence de la bouche et du coeur.
C’est l’organe des sentiments, de la volonté, de la passion, celle-ci pouvant se retourner en compassion. Dans la joie,  » le coeur est bon « , il  » a mal  » dans la tristesse.
Surtout, le coeur est le lieu de l’intelligence, à la fois dans les racines contemplatives et l’expression réfléchie de celle-ci.
Il désigne ainsi la personne, c’est en lui que la nature s’ouvre sur le ,  » sans fond  » irréductible de l’existence personnelle.

C’est pourquoi il est  » impénétrable « , Dieu seul  » sait les secrets du cœur  » (Ps. 44, 22).  » L’abîme du cœur  » est ainsi le lieu de la rencontre avec Dieu, le lieu où l’homme ouvre ou ferme au Mendiant d’amour qui  » attend à la porte « .
Le refus de Dieu, la crispation sur soi, la Bible les nomme , « endurcissement du cœur « . Le coeur fidèle, au contraire,  » se fixe  » en Dieu.
C’est pourquoi, à travers nos destins, Dieu laboure nos coeurs comme un bon laboureur qui brise la terre durcie par la sécheresse pour qu’elle puisse recevoir l’eau et les graines.
Dieu  » est près de ceux qui ont le coeur brisé  » (Ps. 34, 19).
Et le prophète, annonçant l’accomplissement ultime, pour nous christique, unit le coeur et l’esprit dans l’ouverture au Saint Esprit:  » Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair… Je mettrai mon Esprit en vous  » (Ez. 36, 26-27).

Olivier CLEMENT – Questions sur l’homme

INITIATION AU MONACHISME DES PREMIERS SIÈCLES CHRÉTIENS (Etudes sur l’Orthodoxie Copte en France)

28 mars, 2011

du site:

http://eocf.free.fr/text_cours_monachisme_egypte_8.htm

INITIATION AU MONACHISME DES PREMIERS SIÈCLES CHRÉTIENS

Égypte et Palestine
par Soeur Véronique DUPONT, osb, Venière

CHAPITRE VIII

LA PRIERE DE JESUS DANS LA TRADITION DU DESERT D’EGYPTE
L’ébauche d’une théologie du nom de Jésus, post-scripturaire, peut être discernée dans un écrit aussi ancien que Le Pasteur d’Hermas, ouvrage dans lequel on trouve cette phrase : « Le Nom du Fils est grand et immense, et c’est lui qui soutient le monde entier ». Mais c’est dans le désert d’Egypte, au IVe siècle, que se trouvent les racines de cet arbre merveilleux de la « la prière de Jésus ».

LES PLUS ANCIENS TEMOIGNAGES
On trouve dans la littérature du désert l’évocation de guérisons et d’exorcismes « au nom de Jésus », par exemple dans la vie d’Antoine ou celle de Synclétique. Mais c’est le murmure du nom de Jésus qui fera naître la prière de Jésus.
Pour les Pères du désert, la prière, c’est la prière au sens biblique, évangélique du terme, c’est-à-dire la prière vocale de demande (même si elle est silencieuse, tacite, implicite). C’est aussi une oeuvre, une activité particulière, une occupation dans la journée du moine. Et vous connaissez bien les apophtegmes, on prie en travaillant. La prière tend à devenir continuelle jusque dans le travail et dans toutes les occupations du moine. Cette prière est courte, c’est pourquoi on l’appelle monologiste : une seule parole. Elle est souvent accompagnée de gestes, mais pas toujours; on se lève, on se prosterne, on lève les mains, les yeux… Cette prière se caractérise par la brièveté de sa formule et aussi par sa répétition afin de tendre à la prière continuelle selon le précepte de l’Evangile « Priez sans cesse », repris par Paul (1Th.5,17). Cette prière courte, dont la formule peut varier, est distincte de la psalmodie ou de l’oraison.
Chez les premiers Pères du monachisme égyptien, cette prière a consisté en la répétition quasi incessante du verset du psaume 69 « Deus in adjutorium… ». Elle visait à protéger le moine de toutes les attaques du démon certes, mais elle visait aussi à le purifier « en le dépouillant des richesses de toutes les pensées et en le réduisant à la pauvreté de ce verset ». C’est une monologie verbale et mentale qui assure la continuité du souvenir de Dieu et la continuité de la prière.
Peu à peu, les Anciens du désert vont prendre non plus seulement ce verset mais l’un ou l’autre verset psalmique. Au fil de notre lecture des apophtegmes, nous en indiquons quelques-uns :
Amoun : « Reste assis dans ta cellule, mange un peu chaque jour, aie continuellement la parole du publicain dans ton cœur et tu pourras être sauvé ».

 » O Dieu, sois-moi propice à moi pécheur ».
Arsène :  » Seigneur, conduis-moi de façon que je sois sauvé ».
Lucius: « Aie pitié de moi , ô mon Dieu ».
Abba Paul : « Aie pitié de moi ».
Abba Sisoès : « Seigneur protège-moi de ma langue ».
Amma Sara: « O Dieu, donne-moi la force ».
Jean Kolobos: « Seigneur, donne-moi l’endurance dans les combats ».
Anonyme: « Seigneur, secours-moi ».
Abba Macaire: « Seigneur, comme tu veux, comme tu sais, aie pitié ».
Un Ancien : « Fils de Dieu, secours-moi ».`
Sérapion: « Seigneur, apprends-moi à faire ta volonté ».
Vous me direz que dans ces invocations il est bien peu question du nom de Jésus. En fait, Dom Régnault démontre très savamment que « Seigneur » désigne généralement le Christ. N’oublions pas, en effet, que nous sommes en pleine hérésie arienne.
Toutes ces expressions de prières ont la même structure générale, à savoir :
. C’est une formule courte et simple,
. qui est une prière, au moins implicitement sinon dans sa forme classique,
. qui est répétée fréquemment, sinon continuellement.

Marc l’Ermite lui donne le nom de monologistos parce qu’elle exclut la multiplicité des paroles et surtout la multiplicité et la variété des pensées. Cette « monologie » de la prière vocale est ordonnée à l’unification et à la purification de l’esprit en vue de la prière du coeur qui est, pour les anciens, une « vraie prière ».
Ainsi, peu à peu, la pratique des Vieillards va s’unifier, et de cela va jaillir une pratique particulière, recommandée par plusieurs Anciens et qui va se répandre de plus en plus; c’est ce que l’on va appeler « la triple formule », à savoir :

« Jésus, aie pitié de moi,
Jésus, secours-moi,
Je te bénis mon Dieu ».

Au Ve siècle, Barsanuphe dira « Kyrie eleison, je te bénis mon Dieu »; Dorothée avait appris à Dosithée, son jeune disciple de Gaza, à garder toujours le souvenir de Dieu en disant sans cesse : « Seigneur Jésus, aie pitié de moi ». Mais déjà pour Diadoque de Photicée (milieu du Ve siècle) et pour Nil (qui est sans doute Evagre, comme vous le savez), cette prière monologiste est l’invocation constante du Nom de Jésus, laquelle est la meilleure arme à employer nuit et jour contre les démons, le moyen excellent pour purifier son coeur, pour y entretenir un fervent souvenir de Dieu et l’élever à la contemplation.
Saint Augustin affirme, dans sa Lettre 20 , que les moines d’Egypte font des prières fréquentes mais brèves, pareilles à des jets « quodammodos iaculas » (d’où l’expression « prière jaculatoire »). Cassien, pour sa part, rapporte qu’il a reçu de l’Abba Isaac cette prière monologiste comme un secret transmis depuis la première génération des moines des Kellia et de Scété.
Comme l’écrit le Père Régnault, ce n’est pas un hasard si cette prière monologiste est apparue dans le monde monastique d’Egypte et si elle s’est ensuite propagée partout où les Paroles des Vieillards étaient à l’honneur (par exemple et très spécialement à Gaza au VIe siècle). Les Vieillards en effet, s’expriment avec la même concision pour s’adresser à Dieu et pour parler aux hommes. Leurs conditions de vie les y portent : dans la solitude et le silence du désert ces pionniers du monachisme sont parvenus à une merveilleuse simplicité de coeur qui se reflète dans le peu de mots de leurs frères et de leurs sentences.
Plus profondément encore, cette prière monologiste se rattache à l’esprit évangélique des pères du désert : « Quand vous priez,….. ne multipliez pas vos paroles… car votre Père sait ce dont vous avez besoin… »(Mt. 6,7-8). Ainsi une formulation brève exprime la confiance filiale du moine qui sait qu’il peut compter sur son Père et n’a pas à se tracasser, à multiplier les demandes, ni à les détailler : « Ne vous faites pas de soucis… Cherchez d’abord le Royaume de Dieu… » Cela devient l’unique nécessaire auquel aspirent ces hommes épris d’absolu. Dans leur prière simple et courte, inlassablement répétée, ils ne demandent que le salut procuré au monde par le Seigneur Jésus.
Vous vous souvenez qu’Evagre a mis par écrit l’enseignement et la pratique des pères du désert d’Egypte, c’est donc à lui que nous devons d’avoir reçu la Prière de Jésus dont il vivait lui-même. L’influence d’Evagre sur le développement ultérieur de la spiritualité monastique – et donc sur la pratique de la prière de Jésus est indéniable. Mais pour bien saisir la floraison hésychaste il conviendrait d’évoquer, avec l’influence d’Evagre, celle du pseudo-Denys, celle du pseudo-Macaire et de toute sa descendance spirituelle jusqu’à Syméon le Nouveau théologien, puis, plus tard, Grégoire Palamas. Mais cela sort du cadre de notre cours.

Etudes sur l’Orthodoxie Copte en France

Eveille Toi, ô toi qui dors (Homelie ancienne pour le grand et saint Samedi)

24 février, 2011

du site:

http://viacrucis.free.fr/prieres/index2.html

Eveille Toi, ô toi qui dors

Homelie ancienne pour le grand et saint Samedi
(attribuée à Epiphane de Salamine)

Que se passe-t-il? Aujourd’hui, grand silence sur la terre; grand silence et ensuite solitude parce que le roi sommeille.La terre a tremblé et elle s’est apaisée , parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a évéillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler.
C’est le premier homme qu’il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort . Oui c’est vers Adam captif, en même temps que vers Eve, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs.
Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous! » Et le Christ répondit à Adam « Et avec ton esprit. » Il le prend par la main et le relève en disant : Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.
« C’est moi ton Dieu, qui pour toi, suis devenu ton fils; c’est moi qui, pour toi et pour tes descendants, te parle maintenant et qui, par ma puissance, ordonne à ceux qui sont dans tes chaînes : Sortez. A ceux qui sont endormis : Relevez-vous
« Je te l’ordonne: Eveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas crée pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts: moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, oeuvre de mes mains; lève-toi, mon semblable, qui as été créé à mon image. Eveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi, nous sommes une seule personne indivisible.
« C’est pour toi que moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils; c’est pour toi que moi, le Maitre, j’ai pris ta forme d’esclavage; c’est pour toi que moi, qui domine les cieux, je suis venu sur la terre, et au-dessous de la terre; c’est pour toi, l’homme, que je suis devenu comme un homme abandonné, libre entre les morts ; c’est pour toi, qui es sorti du jardin, que j’ai été livré aux juifs dans un jardin et que j’ai été crucifié dans un jardin.
« Vois les crachats sur mon visage; c’est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues: je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée afin de la restaurer à mon image.
« Vois la flagellation sur mon dos, que j’ai subie pour éloigner le fardeau de tes péchés qui pesait sur ton dos. Vois mes mains solidement clouées au bois, à cause de toi qui as péché en tendant la main vers le bois.
« Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi qui t’es endormi dans le paradis et, de ton côté, tu as donné naissance à Eve. Mon côté a guéri la douleur de ton côté; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers. Ma lance a arrêté la lance qui se tournait vers toi.
« Lève-toi, partons d’ici . L’ennemi t’a fait sortir de la terre du paradis; moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône célèste. Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie; mais voici que moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi. J’ai posté les cherubins pour qu’ils te gardent comme un serviteur; je fais maintenant que les chérubins t’adorent comme un Dieu.
« Le trône des chérubins est préparé, les porteurs sont alertés, le lit nuptial est dressé, les aliments sont apprêtés, les tentes et les demeures éternelles le sont aussi. Les trésors du bonheur sont ouverts et le royaume des cieux est prêt de toute éternité. » 

DIMANCHE APRES LA NATIVITÉ nous célébrons la mémoire du Saint Prophète et Roi DAVID, (29 décembre, mf, pour nous catholique)

28 décembre, 2010

du site:

http://calendrier.egliseorthodoxe.com/sts/fetemobile/dimancheapresnativite.html

DIMANCHE APRES LA NATIVITÉ nous célébrons la mémoire du Saint Prophète et Roi DAVID,

David, le Roi-Prophète, était le dernier des huit fils de Jessé, demeurant à Bethléem vers l’an 1000 avant Notre Seigneur1. Jeune berger à la chevelure rousse, au beau regard et à la tournure svelte et agile, il se distinguait par sa piété, sa sagesse, son humilité et sa grande douceur, que ne contredisait pas sa bravoure dans les combats. Suite à la désobéissance du roi Saül, Dieu se détourna de lui et envoya le Prophète Samuel pour oindre en secret l’humble David, le dernier et le plus faible de la modeste famille de Jessé, comme roi d’Israël, en lui promettant Sa bienveillance sur lui et sur sa descendance pour toujours. Dès lors, l’esprit de Dieu s’écarta de Saül, le livrant périodiquement à de violentes crises de délire, et vint reposer sur le jeune pâtre. Appelé au chevet du roi, il calmait ses terreurs par les douces mélodies qu’il lui chantait au son de sa lyre et gagna ainsi sa faveur. Lorsque les Philistins déclarèrent la guerre à Israël, David s’avança seul, sans équipement de guerre, accompagné par la raillerie des uns et par la stupeur des autres, pour relever le défi lancé par le géant Goliath et se mesurer en combat singulier avec celui qui avait la réputation d’être invincible. Courant vers son adversaire, en ne se confiant en rien d’autre que dans le Nom du Seigneur, il l’abattit de la première pierre qu’il lui jeta au front au moyen de sa fronde. Devenu officier à la suite de ce succès, il remportait victoire sur victoire et acquit une telle renommée dans le peuple que le roi, saisi d’une féroce jalousie, chercha à plusieurs reprises à faire disparaître celui-là même qu’il avait pourtant fait son favori et à qui il avait accordé sa fille en mariage. Il l’envoyait dans les campagnes les plus risquées, pour qu’il mourût au combat, mais chaque fois David revenait vainqueur, couvert d’un surcroît de gloire qui augmentait d’autant la haine de Saül. Grâce à l’assistance de Jonathan, le fils de Saül, qui l’aimait comme son propre frère, David put échapper aux entreprises meurtrières du roi et enfuit de la cour. Ne pouvant trouver refuge chez les Philistins, il commença à mener alors une vie errante à la tête d’une troupe d’environ six cents hommes, membres de sa famille et gens opprimés par le tyran. Partout où ils allaient, ils étaient poursuivis par Saül et ses soldats, qui mettaient à mort quiconque venait en aide aux fugitifs, mais Dieu intervenait à chaque fois pour les secourir. A deux reprises, David se trouva dans la possibilité d’abattre son ennemi, mais il l’épargna par grandeur d’âme et par respect pour celui qu’il considérait humblement comme l’oint du Seigneur et comme le souverain légitime.
Craignant de nouveaux emportements de Saül, David et sa troupe trouvèrent finalement asile à Gad, chez le roi des Philistins Akish, et menèrent la guerre contre les tribus nomades de la contrée. Quand une nouvelle guerre éclata entre les Philistins et Israël, on l’écarta du conflit et il partit lutter contre les Amalécites. A son retour, après la grande défaite d’Israël à Gelboé, David se lamenta à grands cris sur la mort de son cher ami Jonathan et pleura sincèrement la perte de Saül, en composant en leur honneur une émouvante élégie. Sur ordre de Dieu, il monta alors à Hébron et fut reconnu comme roi par la tribu de Juda, alors qu’Ishbaal, fils de Saül, était institué souverain des autres tribus par Abner, le chef de l’armée. Une guerre intestine éclata entre les deux royaumes et, au bout de sept ans, le royaume du Nord s’étant soumis, David put être reconnu comme roi unique sur tout le peuple d’Israël et installa sa capitale à Jérusalem, qu’il avait gagnée sur les Jébuséens.
Après de nouvelles victoires sur les Philistins et autres tribus païennes, l’élu de Dieu étendit les limites de son royaume de l’Euphrate (Est) à la Méditérannée (Ouest) et du Liban (Nord) au désert d’Arabie (Sud). Puis, dans un grand concert de musique, de chants de joie et d’hymnes d’action de grâces, il fit transporter l’Arche d’Alliance à Jérusalem, devenue dès lors non seulement la capitale du royaume terrestre d’Israël, mais aussi le centre spirituel du peuple élu, la Ville Sainte où Dieu fait reposer Sa gloire, l’image et la figure prophétique de la Jérusalem céleste qui descendra des Cieux à la fin des temps (Apoc. 21). David avait fait serment au Seigneur de ne pas s’accorder de repos tant qu’il n’aurait pas trouvé un lieu de séjour et un tabernacle pour le Dieu de Jacob (Ps. 131:5). Aussi, voyant dans cette procession la réalisation de son voeu, il fut saisi d’une telle joie que, comme en extase, il prit la tête du cortège en chantant et en dansant de toutes ses forces, sans en éprouver de honte. Par la suite, fi organisa avec soin le déroulement des Sacrifices et des Cérémonies Liturgiques, pour que tout s’accomplisse avec ordre et dignité, et il répartit les rôles respectifs des Prêtres et des Lévites consacrés au service du Seigneur. Le roi lui-même. inspiré par l’Esprit-Saint, composa un grand nombre de psaumes pour louer Dieu et servir dans le culte. Ces psaumes de David, qui constituent la base de notre Psautier, expriment en des accents inimitables toutes les attitudes de l’homme devant Dieu et constituent de ce fait la matière première de la prière de l’Eglise, tant privée que publique.
Modèle de vertu dans ses actions et de sagesse dans ses paroles, David fut le plus glorieux des rois d’Israël et figura par avance le Messie, Jésus Christ, nommé justement le fils de David -c’est-à-dire issu de sa lignée selon la chair22- qui viendra réaliser par Sa Résurrection les promesses faites par Dieu au Roi-Prophète (voir Actes 13:32). C’est ainsi que le nom même de David est devenu synonyme du Sauveur attendu pour instaurer sur la terre un royaume spirituel «qui n’est pas de ce monde» (Jn 18:36). «Moi, dit le Seigneur, je serai pour eux un Dieu et mon serviteur David sera prince au milieu d’eux» (Ezéch. 34:23).
Malgré cette élection de la part de Dieu et toutes ses vertus, le roi David ne parvint pas pourtant au plein accomplissement de son désir: l’édification du Temple, d’une demeure stable où la gloire de Dieu puisse demeurer pour toujours sur la terre, car une telle oeuvre sainte devait être accomplie par quelqu’un qui n’ait pas souillé ses mains en versant le sang et en combattant à la guerre. Ce sublime honneur fut réservé à son fils Salomon, le sage d’entre les sages, qui hérita du royaume pacifié par son père et put consacrer tous ses efforts à la construction de la maison de Dieu. Quant à David, il ne put que préparer et rassembler tous les matériaux nécessaires.
Comblé de faveurs, David n’avait pas cependant la perfection de son descendant, Jésus: Étant homme, il était soumis aux passions et tomba dans le péché. Quoiqu’il eût déjà vingt épouses, sa convoitise n’en était pas pour autant assouvie. Apercevant un jour la belle Bethsabée, il s’éprit d’elle à tel point qu’il n’hésita pas à envoyer son mari Urie le Hittite à une mort certaine en donnant l’ordre de le placer en première ligne lors du siège de Rabba, afin de ce débarrasser de lui. Une fois le deuil légal accompli, il épousa Bethsabée et obtint d’elle un fils, qui mourut peu de temps après, frappé par la colère divine. Mais Dieu, «qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive» (Ezéch. 33:11), n’abandonna pas ainsi son élu dans le gouffre de la perdition. Il lui envoya le Prophète Nathan qui, par un habile détour, fit réaliser au roi l’horreur de son péché. Aveuglé par son désir coupable, il avait été conduit jusqu’au meurtre; mais dès que sa conscience fut réveillée par la réprimande du Prophète, il reconnut avec humilité son péché devant Dieu et montra un si parfait repentir que le psaume qu’il entonna alors: «Aie pitié de moi ô Dieu dans Ta grande miséricorde, en Ton immense compassion efface mon iniquité … » (Ps 50), devint pour tous les pécheurs le modèle de la prière qu’ils doivent élever vers le Seigneur pour implorer Son pardon. Exaucé par Dieu, il obtint un nouveau fils de Bethsabée, Salomon; mais il eut à souffrir vers la fin de sa vie de la révolte de son autre fils Absalon, qui essaya de s’emparer du pouvoir et contraignit le roi à prendre la fuite, comme au temps de sa jeunesse. Finalement le rebelle mourut au combat, tué par Joab le général de David, mais au lieu de se réjouir de cette victoire le roi, dont le coeur ignorait la rancune, s’effondra en larmes, en se lamentant sur la mort de celui qu’il n’avait jamais cessé de considérer comme son fils.
Après avoir rétabli la paix entre les tribus d’Israël et de Juda qui se disputaient ses faveurs, David fit sacrer Salomon comme successeur, lui recommandant de garder la piété et d’achever la construction du Temple; puis, rendant grâces à Dieu pour toutes les actions d’éclat qu’Il avait réalisées par sa main, il exhorta toute l’assemblée du peuple à louer le Nom du Seigneur et décéda en paix dans sa cité de Jérusalem, âgé de 70 ans. Il avait régné 40 ans: 7 ans à Hébron sur Juda et 33 ans à Jérusalem sur les douze tribus d’Israël.

Entretien de St Séraphim de Sarov avec Motovilov sur la lumière du St Esprit

27 décembre, 2010

du site:

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Textes/index.html

Entretien de St Séraphim de Sarov avec Motovilov
 
sur la lumière  du St Esprit

VII – La manifestation de la présence de l’Esprit Saint.

- La lumière, le bien-être, le silence, la douceur, la chaleur, l’aromate, la joie.
- « Le Royaume des Cieux est la paix et la joie en l’Esprit Saint ». 

     – Quand même, répondis-je, je ne comprends pas encore comment je puis être vraiment sûr d’être dans l’Esprit Saint ! Comment puis-je en moi-même reconnaître Sa véritable présence ?
Petit Père Séraphim répondit : « J’ai déjà dit, votre Théophilie, que c’était fort simple et vous ai raconté d’une façon détaillée comment les hommes peuvent être en la plénitude de l’Esprit Saint et comment il faut reconnaître Son apparition en nous. Alors, petit père, que voulez-vous de plus ? ».
     – Il me faut, dis-je, pouvoir le comprendre mieux encore !.
Alors Père Séraphim me serra fortement les épaules et dit
     – Nous sommes tous les deux en la plénitude de l’Esprit Saint ! Pourquoi ne me regardes-tu pas ?
     – Je ne le puis, dis-je, petit Père car des foudres jaillissent de vos yeux. Votre face est devenue plus lumineuse que le soleil et mes yeux sont broyés de douleur !
     – N’ayez pas peur, dit saint Séraphim. Vous êtes devenu aussi lumineux que moi; vous êtes aussi, à présent, en la plénitude de l’Esprit Saint Autrement, vous n’auriez pu me voir ainsi ». Et inclinant la tête vers moi, il me dit doucement à l’oreille: « Remerciez le Seigneur de nous avoir donné Sa Grâce ineffable. Vous avez vu que je n’ai même pas fait un signe de croix; seulement, dans mon coeur, en pensée, j’ai prié le Seigneur Dieu et j’ai dit: « Seigneur, rends-le digne de voir clairement avec ses yeux de chair la descente de l’Esprit Saint, comme Tu l’as fait voir à Tes serviteurs élus quand Tu daignas apparaître dans la magnificence de Ta Gloire ! ». Et voilà, petit père, Dieu exauça immédiatement l’humble prière de l’humble Séraphim ! Comment pourrions-nous ne pas Le remercier pour ce don inexprimable accordé à nous deux ?
     Réalisez, petit père, que ce n’est pas toujours aux grands ermites que Dieu manifeste ainsi Sa Grâce. Telle une mère compatissante, cette Grâce de Dieu a daigné panser votre coeur douloureux par l’intercession de la Mère de Dieu elle-même
     Alors, pourquoi ne me regardez-vous pas dans les yeux ? Osez me regarder simplement et sans crainte ! DIEU EST AVEC NOUS !
     Après ces mots, je regardai sa face et une peur surnaturelle encore plus grande m’envahit. Représentez-vous la face d’un homme qui vous parle au milieu d’un soleil de midi. Vous voyez les mouvements de ses lèvres, l’expression changeante de ses yeux, vous entendez sa voix, Vous sentez que quelqu’un vous serre les épaules de ses mains, mais vous n’apercevez ni ses mains, ni son corps, ni le vôtre, mais seulement cette éclatante lumière qui se propage à plusieurs mètres de distance tout autour, éclairant la surface de neige recouvrant la prairie, et la neige qui continue à nous saupoudrer, le grand Staretz et moi-même. Qui pourrait imaginer mon état d’alors !
     – Que sentez-vous à présent ? demanda saint Séraphim.
     – Je me sens extraordinairement bien !
     – Mais… Comment cela, « bien » ? En quoi consiste ce « bien » ?
     – Je ressens en mon âme un silence, une paix, tels que je ne puis l’exprimer par des paroles…
     – C’est là, votre Théophilie, dit le petit Père Séraphim, cette paix même que le Seigneur désignait à Ses disciples lorsqu’Il leur disait: « Je vous donne Ma paix, non comme le monde la donne. C’est Moi Qui vous la donne. Si vous étiez de ce monde, le monde aurait aimé les siens. Je vous ai élus et le monde vous hait. Soyez donc téméraires, car J’ai vaincu le monde ! ».
     C’est à ces hommes, que le monde hait, élus de Dieu, que le Seigneur donne la paix que vous ressentez à présent – « cette paix », dit l’Apôtre, « qui dépasse tout entendement ».
L’Apôtre désigne ainsi cette paix parce qu’on ne peut exprimer par aucune parole le bien-être que ressent l’âme des hommes dans le coeur desquels le Seigneur Dieu l’enracine. Le Christ Sauveur l’appelle « Sa paix », venant de Sa propre générosité et non de ce monde, parce qu’aucun bonheur terrestre provisoire ne peut donner cette paix.
Elle est donnée d’En Haut par le Seigneur Dieu Lui-même, c’est pourquoi elle se nomme: « LA PAIX DU SEIGNEUR ».
     Mais que ressentez-vous en plus de la paix ? demanda saint Séraphim.
     – ….une douceur extraordinaire…
     – C’est cette douceur dont parlent les Saintes Écritures: « Ils boiront le breuvage de Ta maison et Tu les désaltéreras par le torrent de Ta douceur ». C’est cette douceur qui déborde dans nos coeurs et s’écoule dans toutes nos veines en un inexprimable délice. On dirait qu’elle fait fondre nos coeurs, les emplissant d’une telle béatitude qu’aucune parole ne saurait la décrire. Et que sentez-vous encore ?
     – Tout mon coeur déborde d’une joie indicible.
     – Quand le Saint Esprit, continua saint Séraphim, descend vers l’homme et le couvre de la plénitude de Ses dons, l’âme de l’homme se remplit d’une inexprimable joie, parce que le Saint Esprit recrée en joie tout ce qu’Il a effleuré 1 C’est de cette même joie dont parle le Seigneur dans l’Évangile: « Quand la femme enfante, elle est dans la douleur, car son heure est arrivée. Mais, ayant mis au monde un enfant, elle ne se souvient plus de la douleur. tant la joie d’avoir enfanté est grande.. Vous aurez de la douleur dans le monde, mais quand Je vous visiterai, vos coeurs se réjouiront et votre joie ne vous sera point ravie ».
     Pour autant qu’elle soit consolation, cette joie que vous ressentez à présent dans votre coeur, votre Théophilie, n’est rien en comparaison,de celle dont le Seigneur Lui-même a dit par le voix de Son Apôtre:
« La joie que Dieu réserve à ceux qui l’aiment ne peut être vue, ni entendue, ni ressentie par le coeur de l’homme dans ce monde ».
     Ce ne sont que des « acomptes » de cette joie qui nous sont à présent accordés, et si déjà nous ressentons en nos coeurs douceur, jubilation et bien-être, que dire alors de cette autre joie qui nous est réservée dans le ciel à nous qui pleurons ici-bas.
     Ainsi, votre Théophilie, vous aussi avez assez pleuré dans votre vie sur cette terre, et voyez par quelle joie vous console dès ici-bas le Seigneur. Maintenant, petit père, c’est à nous d’oeuvrer en accumulant les efforts, croissant de force en force pour atteindre la mesure de l’âge (maturité) dans l’accomplissement de l’oeuvre du Christ et pour que les paroles du Seigneur s’accomplissent en nous: « Ceux qui patienteront au nom du Seigneur changeront de force, obtiendront des ailes, tels des aigles, s’épancheront sans fatigue, partiront sans connaître jamais la faim, croissant de force en force, et le Dieu des dieux leur apparaîtra dans la Sion de sagesse et de visions célestes ».
     C’est alors que notre joie actuelle, trop petite et éphémère, nous sera donnée en sa plénitude sans que personne puisse nous la ravir et nous remplira de jouissances célestes inexprimables.
     – Que sentez-vous en plus de cela, votre Théophilie ?
     – Une chaleur extraordinaire, répondis-je.
     – Comment cela, chaleur ? Ne sommes-nous pas en pleine forêt, l’hiver, la neige sous nos pieds, qui nous recouvre d’une couche épaisse et continue à nous saupoudrer ? Quelle chaleur pouvez-vous ressentir ici ?
     – Mais une chaleur comparable à celle d’un bain de vapeur à l’instant où son tourbillon vous enveloppe.
     – Et l’odeur que vous sentez, est-elle aussi comme aux bains ?
     – Oh ! que non, dis-je. Rien sur la terre ne peut se comparer à cet aromate. Quand autrefois j’aimais danser, aux réunions et aux bals, feu ma petite mère me parfumait parfois avec des parfums qu’elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan. Mais ces parfums ne sont rien en comparaison de ces « aromates ».
     Petit Père Séraphim, alors, sourit agréablement en disant:
     – Je sais, en vérité, que c’est bien ainsi et c’est exprès que je vous questionne sur ce que vous ressentez ! C’est bien vrai, votre Théophilie, rien ne peut se comparer avec le parfum que nous humons actuellement, car c’est l’aromate de l’Esprit Saint qui nous enveloppe. Quelle chose terrestre peut lui être comparée ?
     Notez bien, votre Théophilie, que vous m’avez dit tout à l’heure, qu’il faisait chaud comme aux bains. Pourtant regardez, la neige qui nous recouvre ne fond point, non plus que celle qui est sous nos pieds: cette chaleur n’est donc pas dans l’air, mais à l’intérieur de nous-mêmes. C’est cette chaleur que l’Esprit Saint nous fait demander dans la prière, quand nous clamons vers Dieu: « Que Ton Saint Esprit me réchauffe ! ».
     Réchauffés par cette chaleur, les ermites ne craignaient plus le froid de l’hiver, habillés comme par des pelisses chaudes dans un vêtement tissé par la Grâce de l’Esprit Saint.
     Et c’est ainsi que les choses doivent être en réalité, puisque la Grâce divine doit habiter au plus profond de nous, dans notre coeur, comme l’a dit le Seigneur: « LE ROYAUME DES CIEUX EST EN VOUS ».
     Et, par le « Royaume des Cieux », le Seigneur entendait la Grâce de l’Esprit Saint. C’est ce « Royaume des Cieux » qui se trouve à présent en nous, et la Grâce de l’Esprit Saint nous éclaire et nous réchauffe aussi de l’extérieur, et embaume l’air environnant de divers parfums et réjouit nos sens de célestes délices, désaltérant nos coeurs d’une inexprimable joie. Notre état actuel est celui-là même dont l’Apôtre Paul disait : « LE ROYAUME DES CIEUX N’EST POINT NOURRITURE OU BREUVAGE, MAIS LA VÉRITÉ ET LA JOIE EN L’ESPRIT SAINT ». Notre foi consiste non pas en « des paroles de la sagesse terrestre mais dans la manifestation de la Force et de l’Esprit ». Nous sommes actuellement avec vous dans cet état.
     C’est de cet état précis que le Seigneur Dieu dit : « Certains ici présents ne goûteront point la mort avant d’avoir vu le Royaume des Cieux venir en « Force ».
     Voilà, votre Théophilie, quelle joie incomparable le Seigneur Dieu nous accorde ! Voilà ce que signifie « être en la plénitude de l’Esprit Saint », et c’est cela qu’entend saint Macaire d’Égypte quand il écrit :
« Je fus moi-même en la plénitude de l’Esprit Saint ».
     Maintenant le Seigneur nous a, nous aussi, humbles que nous sommes, remplis de cette plénitude de Son Saint Esprit.
     Eh bien, votre Théophilie, il me semble à présent que vous n’allez plus m’interroger sur la façon dont se manifeste dans les hommes la présence de la Grâce de l’Esprit Saint…

LA PATIENCE ET L’HUMILITÉ

19 octobre, 2010

du site:

http://orthodoxologie.blogspot.com/2010/09/la-patience-et-lhumilite.html

LA PATIENCE ET L’HUMILITÉ

La patience et l’humilité sont des vertus spirituelles qui ne viennent pas naturellement. Elles doivent être apprises. Si nous voulons réellement être comme le Christ, nous devons apprendre à imiter Sa patience et Son humilité. Par le processus de l’imitation la transformation s’effectue.
Apprendre la patience et l’humilité est difficile pour nous, mais ce n’est pas impossible. Si nous voulons nous soumettre à une vie disciplinée, nous devons être prêts à apprendre la patience et l’humilité de ces moments que Dieu nous accorde comme des occasions de croissance. Nous les rencontrons tous les jours, mais nous sommes tellement égocentriques nous les considérons rarement pour ce qu’elles sont. Voici quelques façons de répondre à ces moments d’une manière différente de celle que nous employons habituellement. La clé de l’apprentissage de la patience et de l’humilité est de ne pas réagir naturellement. Nous devons apprendre à réagir de manière non naturelle. Essayez ces pratiques pendant un certain temps, ou d’autres auxquelles vous pourrez penser. En elles, vous pouvez trouver les graines à la fois de la patience et de l’humilité.

1. Choisissez la ligne la plus longue et plus lente à la banque, dans un magasin ou un bureau officiel.
2. Quand une voiture ralentit en face de vous pour tourner, ne la doublez pas. Ralentissez seulement et attendez.
3. N’accélérez pas quand le feu passe à l’orange.
4. Envoyez votre correspondance par courrier, et non par courriel ou télécopieur.
5. N’utilisez pas le drive in. Sortez de la voiture et allez à l’intérieur.
6. Conduisez en dessous de la limite de vitesse.
7. Ne prenez pas de raccourcis, que ce soit à pied ou en voiture. Prenez le chemin le plus long.
8. Préparez vos repas de bout en bout.
9. Ne rappelez pas la personne dont vous avez besoin, si elle ne vous rappelle pas tout de suite. Attendez au moins un jour ou deux.
10. Laissez passer les voitures en face de vous.
Et, n’oubliez pas que la pratique rend parfait.

PAIX A TOUS!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
http://aspokensilence.wordpress.com

AUPRÈS DU CERCUEIL DE MON ENFANT (Extraits d’une « lettre intime » du père Serge Boulgakov)

13 octobre, 2010

du site:

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/LE-PERE-SERGE-BULGAKOV-PENSEUR-CHRETIEN-ET-HOMME-D-EGLISE_a1050.html

LE PÈRE SERGE BULGAKOV PENSEUR CHRÉTIEN ET HOMME D’ÉGLISE
 LUMIÈRE DU THABOR

Bulletin des Pages Orthodoxes La Transfiguration

BULLETIN NUMERO 38 – JUIN 2010
……………………………………………
Le père Serge Boulgakov est le théologien orthodoxe le plus important de la première moitie du XXe siècle. Fils de prêtre devenu philosophe marxiste, il est revenu à l’Église après s’être rendu compte de la faiblesse du marxisme à fournir une réponse adéquate à la nature et la quête spirituelles de l’homme et aux problèmes de la société. Sa pensée, à la fois profonde et étendue, continue à attirer et à fasciner les chrétiens des toutes dénominations, cela même si certains aspects de sa théologie, notamment ses enseignements sur la Sophia, la Sagesse de Dieu, demeurent controversés. En consacrant ce numéro du Bulletin Lumière du Thabor au père Serge Boulgakov, nous avons voulu souligner moins sa pensée théologique que son cheminement personnel et spirituel, ainsi que son ministère pastoral….

AUPRÈS DU CERCUEIL DE MON ENFANT
 
Extraits d’une « lettre intime » du père Serge Boulgakov
Ivan, le fils de Serge Boulgakov né en 1906, est décédé en 1909.

« … Je ne veux pas pardonner au ciel ses souffrances, sa crucifixion ! Comment pardonner ce que je ne puis com-prendre ? Et je ne dois pas pardonner : Dieu n’a-t-il pas condamné ses « avocats » qui entouraient Job, qui avaient tout expliqué et tranché ? Il me semblait (et il me semble encore, bien des  années plus tard) que Dieu ne voulait pas de moi une résignation facile, car j’avais à recevoir un coup d’épée dans le cœur. Combien difficile, le sacrifice d’Abraham ! C’est d’une âme non pas réconfortée, mais déchirée que, devant la victime innocente, je criais Tu es juste, Seigneur, et justes sont tes voies ! Et j’y mettais tout mon cœur. Oh, je ne me révoltais pas ni ne récriminais, car la révolte aurait été dérisoire et pusillanime. Mais je ne voulais pas me résigner, car honteuse aurait été la résignation.
Le Père m’a répondu en silence : à son chevet s’est dressé le crucifix du Fils unique.
J’ai entendu cette réponse et je me suis incliné. Mais entre le crucifix et son corps, des souffrances innocentes et le sarcasme de quelqu’un formaient comme un brouillard épais, impénétrable. Et là, je le sais pour sûr, il y avait le mystère de ma propre existence. Dès lors, je savais qu’il est d’une grande facilité, d’une facilité tentatrice, d’essayer d’oublier ce nuage, de passer à côté. Il est après tout désagréable de porter en soi quelque chose d’entièrement incompréhensible et il est plus convenable de vivre dans le monde en compagnie de personnages importants… Autrement, ce n’est que par un exploit spirituel, par la croix de toute une vie que je pour-rais dissiper le nuage ; car il peut se dissoudre, je le savais aussi sans doute aucun : c’est l’ombre de mon propre péché, puisque je l’ai crucifié moi-même avec mes péchés. Il m’avait, lui, parlé de cela durant cette nuit golgothéenne : « Papa, porte-moi en haut ! Allons en haut tous les deux ! » Oui, allons, allons, mon enfant, mon guide, mon ange gardien !
Mais ici commence l’indicible…
Mon petit, mon clair, mon saint, auprès de ton corps pur, tes reliques, j’ai appris comment Dieu parle, j’ai compris ce que signifie : Dieu a dit ! Par une vision jamais encore connue du cœur, avec la douleur cruciale, une joie céleste descendait en lui et, dans la nuit de l’abandon par Dieu, Dieu s’instaurait dans l’âme. Mon cœur livra passage à la douleur, à la souffrance des hommes, il s’ouvrit devant des cœurs qui lui étaient jusqu’ici restés étrangers, donc clos, avec leur angoisse et leurs malheurs. Pour la première fois de ma vie, je comprenais ce que veut dire aimer, non d’un amour humain, égoïste et cupide, mais divin, ce-lui du Christ pour nous. Le rideau qui me séparait des autres s’écarta et je perçus dans leur cœur la nuit, l’amertume, l’offense, le ressentiment, la souffrance. Et c’est dans une sorte d’ineffable exaltation, d’extase, d’oubli de moi-même, que je disais alors, tu t’en sou-viens, mon tout blanc ! que je disais : Dieu m’a dit. Et tout aussi simplement, j’ajoutais : toi aussi tu m’as dit. Dieu me parlait alors, et tu me parlais !
Aujourd’hui, je vis de nouveau dans les ténèbres et dans le froid, je ne puis recourir qu’à ma mémoire.
Mais j’avais compris ce que signifie « Dieu a dit ». J’avais appris une fois pour toutes que Dieu parle en effet et que l’homme entend, et n’est pas réduit en cendres. Je sais maintenant comment Dieu parle aux prophètes. Ô, mon ange clair ! Cela peut sembler folie, aveuglement, blasphème et sacrilège, mais tu sais bien que non ; à toi je ne pourrais, mentir. Je sus alors en pleine certitude que Dieu m’avait parlé et qu’il avait ainsi parlé aux prophètes. Bien sûr, il leur avait dit autre chose et autrement, et eux-mêmes étaient tout autres. Je connaissais alors et je sen-tais l’abîmé entre eux et moi, et je le sais tout autant aujourd’hui. Mais il n’y a qu’un Dieu et sa condescendance sans mesure est la même. Qu’il y ait un grand abîme entre mon âme enténébrée, pécheresse et l’âme sainte d’un prophète, certes ! mais encore plus immense est l’abîme qui sépare Dieu de toute créature ; et en tant que créatures, les prophètes et moi-même, nous sommes la même chose ; et Il parle à la créature… Oublier cela et douter après cela, ce serait pour moi mourir spirituellement. L’on peut perdre son trésor, avoir peur de le défendre ; quand même il serait indûment abandonné et dilapidé, il reste un trésor…
« Je connais un homme en Christ, qui a été enlevé au troisième ciel »… Avez-vous lu ces paroles ? Avez-vous songé à ce qu’elles signifient ? Si ce n’est pas du délire ni de l’autosuggestion, si ce qui est écrit là est vrai et si cela s’est passé comme c’est écrit, qu’est-ce que cela veut dire pour celui qui a vu ? De quel regard allait-il contempler le monde après la vision, quand le ciel s’était ouvert ?…etc

Extrait de Serge Boulgakov, Lumière
sans déclin (1917), trad. Constantin Andronikof,
Lausanne, L’Âge d’homme, pp. 28-33.
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Paul Ladouceur Le Bulletin Lumière du Thabor Courrie
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Rédigé par l’équipe rédaction le 2 Juillet 2010 à 14:17

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