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MARIE MADELEINE DE PAZZI – DOUZE MÉDITATIONS

16 décembre, 2015

http://voiemystique.free.fr/madeleine_de_pazzi_12_meditations.htm         

MARIE MADELEINE DE PAZZI

Carmélite et auteur mystique, Sainte (1566-1607)

DOUZE MÉDITATIONS

INTRODUCTION

« Douze méditations » petit texte publié dans le dernier volume de l’édition italienne des Oeuvres complètes.  Ces petites notes trouvent leur origine dans une coutume du monastère de Sainte Marie des Anges, relative à la tradition monastique carmélitaine, qui avait pour fonction de favoriser la pratique communautaire de la pauvreté et d’éviter l’oisiveté. Les Constitutions du monastère déterminaient l’ordre à suivre qui s’inspirait largement de l’Office divin. En 1579, le chapitre du monastère adopta un décret établissant que chaque jour, après le silence en salle, les jeunes novices devaient se charger à tour de rôle d’une méditation. Une compagne de noviciat, Sœur Maria-Grazia Gondi, prit en note les méditations de sainte Marie Madeleine de Pazzi. C’est grâce à elle que nous possédons le premier témoignage de la doctrine spirituelle de la jeune carmélite. Malgré la formulation impersonnelle, nous pouvons déjà reconnaître en ces méditations de la jeune novice — données probablement durant l’année 1583 (elle avait alors 17 ans) —, des thèmes et des images que nous rencontrerons dans les « Quarante jours », on peut même dire que l’essentiel y est déjà annoncé : importance de l’approche trinitaire de Dieu et du lien avec l’âme notamment par les vœux religieux, médiation du Verbe et de Marie dans l’œuvre du salut, appelant les âmes à y prendre leur part par l’imitation de leurs vertus et la participation à leurs souffrances; soif des âmes. La croix du Christ et sa Passion occupent une place centrale : l’âme est invitée à imiter son Maître dans ce chemin d’anéantissement, en insistant sur l’importance de la vertu d’humilité, par laquelle l’âme s’unit à Dieu. Cette seule vertu lui suffit pour acquérir la vie éternelle, et elle peut ainsi gagner le ciel, où, participant de la nature divine, l’âme est enivrée de Dieu. Nous y trouvons déjà plusieurs images comme celles du lait, du sang, de la vigne, du jardin, de l’eau. Les méditations reflètent l’effort ascétique de la novice, consciente déjà que Dieu se « complaît dans une âme nue et dépouillée de tout vouloir propre, non seulement dans les choses extérieures, mais encore dans sa volonté de servir Dieu, non selon son goût, mais comme Dieu le veut ».

COMMENCEMENT DES 12 MÉDITATIONS 1 Nous pourrions considérer que lorsque le Père éternel voulut envoyer le Verbe prendre chair, les trois divines Personnes tinrent d’abord conseil entre elles. L’âme aussi, quand elle veut mettre en œuvre un projet, doit d’abord tenir conseil en elle-même, c’est-à-dire préméditer et bien considérer quelle intention l’y porte et ce qu’elle en attend. Dans l’éternel conseil, la justice et la miséricorde n’étaient pas d’accord entre elles. Ainsi dans l’âme, la crainte de Dieu d’un côté, la crainte du monde et le respect humain de l’autre ne peuvent jamais s’accorder si l’âme dans son activité ne veille, avec une droite justice selon Dieu, à satisfaire à chacune de ces craintes et affections; c’est ainsi qu’a fait le Verbe en satisfaisant en lui-même à la justice et à la miséricorde. Dans son conseil, pour mener à bien l’œuvre de l’Incarnation du Verbe, la très Sainte-Trinité a choisi la plus pure et la plus humble créature qui fut au monde. De même l’âme en tout son agir doit toujours choisir ce qui est le plus pur, Jésus, en ne voulant que Lui et Sa très aimable volonté.

2 Nous pourrions considérer que Jésus, dans sa Nativité, nous a montré les mêmes vertus que sur la croix : pauvreté et humilité. À la Nativité, il s’humilia tellement qu’il voulut être placé entre deux animaux, et fut si démuni qu’il naquit dans une pauvre étable, sans aucune aide humaine. Sur la croix, il n’eut pas d’endroit où reposer sa sainte tête, et s’humilia jusqu’à se faire crucifier entre deux voleurs. Quand Jésus naquit, il se nourrit de lait ; plus tard, sur la croix il nous donna son sang, nous montrant ainsi que lorsque l’âme naît à la vie de Dieu, elle reçoit de lui le lait de la consolation, mais qu’elle doit ensuite abandonner cette douce nourriture et en échange donner du sang, c’est-à-dire l’exemple d’une vertu authentique et d’une véritable souffrance par amour de Dieu.

3 Nous considérerons qu’à sa naissance Jésus était nu et voulut être couché sur du foin dur, entre deux vils animaux, pour montrer qu’il se plaît et se repose dans l’âme qui est humble et mortifiée dans toutes ses puissances et sentiments, et qui maîtrise si bien sa convoitise et son irascibilité que par l’une elle ne désire quoi que ce soit contre la volonté de Dieu et par l’autre ne se meut ni n’éprouve de ressentiment, si ce n’est pour l’honneur de Dieu et le salut du prochain. Il naquit nu pour montrer aussi combien il se complaît dans une âme nue et dépouillée de tout vouloir propre, non seulement dans les choses extérieures, mais encore dans sa volonté de servir Dieu, non selon son goût, mais comme Dieu le veut.

4 Nous allons considérer le grand amour que Jésus nous montra sur la croix, et surtout dans les trois paroles qu’il prononça pour nous témoigner aussi sa profonde miséricorde et son infinie sagesse. Dans cette parole : Père, pardonne-leur (Lc 23,34), il montra sa miséricorde en priant pour ceux qui le crucifiaient. En s’écriant : J’ai soif (Jn 19,28), il montra son amour, parce que la soif qu’il avait de nos âmes était plus ardente que l’autre soif dont il souffrait pourtant beaucoup. Si nous voulons désaltérer Jésus, nous devons avoir une grande soif de son honneur et du salut des âmes, sans être altérés des choses du monde ni les désirer, car alors nous donnerions à boire à Jésus du fiel et du vinaigre. Et puisque le fiel et le vinaigre sont amers au goût mais également nocifs, de même, nous nuisons à notre âme en nous désaltérant avec les choses du monde. Dans ces mots : Tout est achevé (Jn 19,30), il nous montra la sagesse infinie où il puisa le moyen de rétablir ses créatures dans l’état d’innocence où il les avait créées, achevant par sa Passion l’œuvre que le Père éternel lui avait confiée.

5 Nous considérerons ces paroles de Jésus dans l’Évangile : Je suis la vraie vigne et vous êtes les sarments (Jn 15,5). Cette vigne fut plantée dans la terre fertile du sein de la Vierge Marie. Et comme la vigne fleurit et produit le fruit presque en même temps, de même Jésus enseignait par sa parole et présentait des exemples vivants de vertu. Quand les sarments sont séparés de la vigne, ils ne peuvent donner de fruits ; ainsi en est-il de nous; si nous sommes séparés de Jésus, jamais nous ne porterons de fruits, mais si nous demeurons unies à lui par la transformation de la volonté et de l’amour, alors nous donnerons le même fruit que lui, comme les sarments unis à la vigne donnent le fruit de la vigne. Parce que l’âme unie à Dieu devient, par participation, un autre Dieu, elle tire du Verbe incarné, par imitation, la pratique des vertus qu’il exerça sur terre, et surtout une profonde humilité, qui la fait s’humilier et s’abaisser en toutes ses actions, un ardent amour de Dieu et une véritable charité pour le prochain : pour le sauver et lui être utile, elle ne tient compte ni d’elle-même ni des commodités de son corps. Il nous enseigne surtout à demeurer toujours unies à Jésus.

6 Nous considérerons que dans le jardin de la sainte Église se trouvent bien des choses qui recréent l’âme, et en particulier la mémoire de la Passion de Jésus, qui non seulement la recrée, mais lui offre aussi une douce nourriture. Ainsi pourrons-nous considérer Jésus sur le mont Calvaire, pendu sur la croix, et nous donnant, comme une vigne, son sang précieux. Comme la vigne nous donne le vin qui nourrit et enivre, de même le sang de Jésus et la méditation de sa Passion nourrissent et enivrent l’âme d’amour divin. Mais il nous faut approcher de Jésus dans l’oraison et la méditation de sa Passion avec un cœur pur et vide de nous-mêmes et de notre amour propre, si nous voulons en tirer cette douce nourriture et cette divine ivresse, car, si nous voulons que le vin nourrisse et enivre, il faut de même qu’il soit pur et non mêlé avec beaucoup d’eau.

7 Nous allons considérer la grande humilité que nous montra Jésus en voulant être baptisé par saint Jean, qui était tellement inférieur à Lui. Combien son Père éternel se complut dans la profonde humilité de son Unique, il nous le montra par ses paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon plaisir (Mt 3,17). Jésus aussi se complaît tellement dans l’âme qui est humble et se soumet par humilité à ses inférieurs, que cette seule vertu — au cas où elle n’en posséderait aucune autre — lui suffirait pour acquérir la vie éternelle.

8 Mes Sœurs, si nous voulons monter au ciel avec Jésus, nous devons nous alléger et délester de ce qui pèse en nous afin d’être légères et aptes à voler. Rien ne nous rend plus lourdes et inaptes à nous élever et à suivre notre époux, que le péché. Donc, avec grand soin, nous devons garder notre cœur non seulement du péché mais de toute minime imperfection, et nous procurer les ailes de la haine de nous-même et de l’amour pour Dieu.

9 Nous devrons penser à célébrer toutes les solennités avec une grande dévotion, et en particulier celle de la très Sainte Trinité, parce que toutes les autres sont ou de Jésus, ou de l’Esprit Saint, ou de la Vierge, mais celle-ci célèbre également le Père éternel. Et si toutes les créatures doivent honorer cette solennité, nous religieuses, nous le devons tout spécialement ; nous pouvons honorer la très Sainte Trinité notamment par l’observance des saints vœux. Nous honorerons le Père éternel par une observance véritable du vœu d’obéissance : en effet, quand ils obéissent à leur père, ses fils l’honorent infiniment. Nous honorerons le Verbe en l’imitant par la vertu de la sainte pauvreté, qu’il aima tant, car il se fit pauvre pour nous, lui qui n’eut sur la croix, nulle place où reposer sa tête si sainte. Par l’observance du vœu de pureté et de chasteté nous honorerons l’Esprit Saint, parce qu’étant pur Esprit, il agrée les âmes pures et chastes et se réjouit en elles.

10 Nous pourrions considérer que la Vierge Marie est comme ce livre, scellé de sept sceaux, que vit saint Jean l’évangéliste dans l’Apocalypse, et qui ne pouvait être ouvert que par l’Agneau (Ap. 5,5). Les sept sceaux sont les sept dons de l’Esprit Saint que la Vierge Marie possédait en plénitude, plus que toute autre créature ; nous pouvons aussi les comprendre comme les sept privilèges dont elle jouit. Par le premier, elle fut depuis l’éternité choisie par Dieu comme première-née de toutes les créatures. Par le second, elle conçut en son sein et en sa chair le Verbe et son humanité, qu’il reçut de son sang très pur. Par le troisième, de sa parole, elle sanctifia saint Jean, en vertu du Verbe incarné dans son sein très pur. Par le quatrième, après avoir enfanté Jésus, elle demeura Vierge. Par le cinquième, le Fils de Dieu lui-même lui fut soumis, humble et obéissant. Par le sixième, son corps après la mort ne se corrompit point. Par le septième, elle fut placée à la droite de son Fils. Si, à notre mort, nous voulons entrer dans le bienheureux Royaume du Paradis, nous devons dès à présent nous exercer à la perfection, pratiquer l’humilité, la patience, la charité et toutes les autres vertus. Efforçons-nous d’agir ainsi.

11 Nous allons considérer les paroles de Saint Paul et essayer de les dire nous aussi : Pour moi le monde a été crucifié et moi pour le monde (Ga 6,14). Nous pourrons les prononcer en vérité quand nous serons contraires au monde. Les gens du monde aiment et poursuivent les honneurs, ils sont pleins d’avarice, d’impureté, de mille hypocrisies et simulations. Si nous voulons être contraires au monde, nous devons agir avec vérité, sincérité et pureté d’intention, nous devons aimer d’une véritable et intime dilection, et surtout aimer et pratiquer en nous-mêmes l’humilité, la simplicité et les autres vertus qui nous rendent agréables et justes aux yeux très purs de notre Époux.

12 Pour l’âme qui veut parvenir à la perfection, une des conditions à remplir est la connaissance des nombreux obstacles qui l’empêchent d’y réussir. Nous en retiendrons surtout trois : Le premier est l’amour des créatures et d’elle-même. Jésus nous le montra dans l’évangile quand il dit : Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède n’est pas digne de moi (Mt 10, 37-38), qui aime ses biens plus que Lui n’est pas digne de Lui. Le second est la simulation, qui consiste à garder une pensée dans son cœur tandis que la bouche en affirme une autre. Il nous montra cela quand il dit dans l’Évangile : « Je suis la Vérité » (Jn 14,6). Le troisième, la désobéissance aux commandements de Dieu, et, pour nous religieuses, aux conseils, à la Règle, aux Constitutions, et encore à nos prélats et supérieurs. Jésus aime tellement la vertu d’obéissance, que par elle il s’unit à l’âme. Et comme un aliment s’unit à la créature et la créature à cet aliment, ainsi l’âme obéissante s’unit à Jésus, et Jésus à elle.

 

MARIE, TU AS TROUVÉ GRÂCE DEVANT DIEU – EXTRAIT DE JOHN HALFORD

2 décembre, 2015

http://www.granby.net/~santschi/noel/nh04.htm

MARIE, TU AS TROUVÉ GRÂCE DEVANT DIEU  – EXTRAIT DE JOHN HALFORD

Voici l’histoire d’une femme remarquable, et pleine de foi. TOUTE VOTRE VIE vous avez entendu parler de Marie, la mère de Jésus. Chaque Noël, vous l’avez vue dans les crèches et sur les cartes de vœux. Ou bien sur les tableaux des anciens maîtres sous les traits de la madone, couvrant d’un regard adorateur l’enfant Jésus qu’elle tient dans ses bras. Ou encore représentée peut-être par une statue au visage serein. Tout cela, en fait représente une Marie de légende idéalisée dans des oeuvres d’artistes.

La seule source historique faisant autorité en la matière est le NOUVEAU TESTAMENT, lequel reste très avare d’informations. Pourtant le peu qu’on y trouve suffit à dépeindre une femme remarquable, QUI A PLACÉ SA VIE ENTRE LES MAINS DE DIEU, et dont la vocation fut l’une des plus terribles qu’un être humain ait jamais reçue. La Marie de la Bible est un exemple merveilleux de courage, de foi et de dévouement pour tous ceux, femmes et hommes, qui ont été appelés par Dieu à accomplir Son dessein. Quand on nous présente Marie pour la première fois, elle n’a probablement pas plus d’une vingtaine d’années. Elle vit en Nazareth, ville de Galilée à flanc de collines. Et elle a au moins une sœur (Jean 19:25). Certains indices montrent qu’elle a reçu une bonne éducation, et qu’elle connaît bien les Écritures (ce que nous appelons l’Ancien Testament). Le message des prophètes lui est familier, et elle espère la venue du Messie qui doit rétablir la prospérité de son peuple. Comme d’autres juifs pieux de l’époque, elle espère que cela se produira de son vivant. Entre-temps, Marie a d’autres priorités. Dans quelques mois, elle sera fiancée à un charpentier du nom de Joseph. Elle se réjouit à l’idée de l’avenir calme, paisible et sans histoire, qui se présente à elle dans les collines de Galilée. Cependant, Dieu a d’autres plans. Le temps était accompli pour le Père(Galates 4:4) d’envoyer Son Fils. Le Fils, Dieu dans la chair, naîtrait d’une femme. Marie ne serait pas une femme ordinaire. Il lui faudrait être une femme de grande foi, de sagesse, de courage; il lui faudrait être une femme de caractère et par-dessus tout une femme de devoir. Vers la fin du règne d’Hérode, l’ange Gabriel apparut à Marie porteur d’un incroyable message: « Tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (Luc 1:31). Marie demanda: « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme? » (verset 34). Question évidente! L’ange lui expliqua que son enfant n’aurait pas un père humain: « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » (verset 35). Tout ce qu’impliquait le message de l’ange commença à se presser dans l’esprit de la jeune femme. Elle allait être enceinte, et de Dieu. Et qui croirait cela? En tout cas pas Joseph! Un homme d’honneur et de principes, qui attendait de sa future femme qu’elle lui soit fidèle. Sa réponse à l’ange, réponse humble et sereine, n’en est que plus remarquable. Elle dit simplement: « Je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole! »(Luc 1:38)

DILEMME POUR JOSEPH Tout d’abord, Joseph a vraisemblablement supposé que sa future femme lui avait été infidèle. Comment pourrait-il, dès lors, la prendre pour femme? Qu’allait-on penser d’elle? De lui aussi? Un autre à sa place, poussé par la colère, aurait pu chercher à se venger. Mais, Joseph, nous dit la Bible, était un homme de bien, et il aimait Marie. Il décida de rompre secrètement ses fiançailles (Mathieu 1:19). Mais Dieu intervint. Un ange apparut à Joseph, et lui expliqua la raison véritable de l’état de Marie. Apaisé, Joseph accepta d’épouser Marie. Marie, aussi bien que Joseph risquèrent leur réputation pour accomplir la volonté de Dieu, et les rumeurs sur Jésus, fils illégitime, persistèrent toute Sa vie. Peu après l’apparition de Gabriel, Marie se mit en route vers les montagnes de Judée pour rendre visite à une parente âgée, Élisabeth.

Élisabeth était elle aussi enceinte, miraculeusement, ayant depuis longtemps passé l’âge d’avoir des enfants. Elle aussi avait été choisie par Dieu, six mois auparavant, pour devenir la mère de Jean-Baptiste. Marie resta trois mois auprès d’Élisabeth. Ces deux femmes étaient enceintes, l’une bien trop âgée pour avoir un enfant, l’autre encore vierge. Elles vivaient ensemble un moment unique de l’Histoire, et elles avaient besoin de la présence l’une de l’autre. L’accueil d’Élisabeth à Marie, « Tu es bénie entre toutes les femmes » (Luc 1:42), reçut une admirable réponse (versets 46-55), montrant la compréhension remarquable que possédait Marie. Il semble que Marie demeurât avec Élisabeth jusqu’à la naissance de Jean, avant de retourner à Nazareth. Tandis que le temps où Marie devait accoucher approchait, un édit de César Auguste ordonna un recensement de la population. Pour Joseph, cela impliquait qu’il se rendît dans la ville de ses origines. Marie et Joseph étaient tous deux descendants du roi David; aussi se mirent-ils en route vers le Sud, vers Bethléhem.

JÉSUS EST NÉ On connaît l’histoire—-plus de place à l’auberge, il est possible que Jésus vint au monde dans un endroit habituellement réservé aux animaux qui accompagnaient les voyageurs. La Bible ne dit pas précisément qu’il s’agissait d’une étable, ni qu’il y eût des animaux. Malgré cela les conditions dans lesquelles Jésus est né étaient loin d’être idéales. Plusieurs semaines plus tard, Marie et Joseph, suivant la tradition, présentèrent Jésus au Temple, à Jérusalem. Siméon, un prêtre âgé qui avait toute sa vie attendu pour voir le Messie, bénit le petit enfant et prophétisa qu’Il serait le Sauveur de l’humanité. « Et à toi-même », annonça le prêtre à Marie, « une épée te transpercera l’âme » (Luc 2:35).

DES RÉFUGIÉS Marie et Joseph restèrent à Bethléem plusieurs mois. Leur intention de retourner à Nazareth fut brutalement remise en question, alors que Jésus n’était âgé que de quelques mois. Des mages étaient venus d’orient pour Lui rendre visite. Mais ils s’étaient, par respect, présentés d’abord devant Hérode et lui avaient demandé où ils pourraient trouver le « roi des Juifs »(Mathieu 2:2). Redoutant un rival à sa propre dynastie, Hérode ordonna de tuer tous les enfants mâles de deux ans et au-dessous, qui étaient à Bethléem. Mais un ange avertit Joseph, et tandis que les brigades meurtrières d’Hérode descendaient sur Bethléem, Joseph réveillait Marie pour s’enfuir en Égypte. Concevoir un enfant avant d’être mariée, accoucher dans des conditions dramatiques – maintenant réfugiée – certainement la foi et l’obéissance de Marie furent mises à l’épreuve. La famille demeura en Égypte jusqu’à la nouvelle de la mort d’Hérode. La première intention de Joseph fut de retourner à Bethléem. Peut-être, pensait-il s’y établir, afin d’échapper aux inévitables ragots qui couraient sur leur compte à Nazareth. Cependant, le successeur d’Hérode se révélant aussi tyrannique que son père, Joseph et sa femme retournèrent en Galilée. C’est là que Jésus grandit. Nous n’avons pas de détails sur ces années, si ce n’est l’épisode où Jésus, âgé de 12 ans, fut « perdu » pendant trois jours (Luc 2:41-52). Ses parents, bouleversés, Le retrouvèrent dans le Temple en grande discussion avec les docteurs. Après le commencement du ministère de Jésus, la Bible ne fait plus guère mention de Marie qu’à de rares occasions.

FIDÈLE JUSQUE À LA FIN Jésus fut admiré, respecté et aimé par beaucoup durant Son ministère, mais personne ne L’aima comme Marie. L’amour d’une mère pour un fils ne diminue pas à mesure que celui-ci grandit pour devenir un homme. Marie considéra Jésus d’un point de vue unique, un petit enfant qu’elle avait allaité, puis éduqué et vu se développer jusqu’à l’âge adulte. Le jour où Jésus fut crucifié à dû être la pire expérience de sa vie. Pourtant elle resta avec Lui jusqu’à la fin, elle seule pouvait ressentir Ses heures d’agonie avec une telle compréhension. Il était sa propre chair, son propre sang, pendu sur la croix. Et lorsque le soldat romain transperça Son côté, la lance transperça aussi l’âme de Marie, comme Siméon l’avait prophétisé. Son fils était mort, mais la vie devait continuer. Marie retourna à Jérusalem avec Jean, aux soins duquel Jésus avait confié Sa mère. La dernière fois qu’on aperçoit Marie, elle est parmi un groupe de croyants (Actes 1:14-15) attendant le jour de la Pentecôte où l’Église commencerait son oeuvre. Ni la date ni l’endroit de sa mort ne nous sont connus. D’une certaine façon, Marie fut la première personne chrétienne. La première à apprendre quand précisément le Messie devait venir. La première à accepter les responsabilités, les bénédictions et les tribulations de Son Évangile. Et la première à connaître la joie, l’amour, mais aussi la souffrance et l’affliction qui accompagnent une relation intime avec Lui. Beaucoup d’exemples de foi sont rapportés dans la Bible. Toutefois peu égalent la confiance et l’obéissance de la jeune vierge juive qui, devant l’une des plus terribles responsabilités jamais imposées à un être humain, répondit: « Qu’il me soit fait selon ta parole! »(Luc 1:38)

 

JÉSUS LUMIÈRE DU MONDE

1 décembre, 2015

http://www.espritjeunesse.ca/archives/jesus-lumiere-du-monde/

JÉSUS LUMIÈRE DU MONDE

par Yvon Samson, O.SS.T.

Nous vivons présentement à une époque extraordinaire…. La technologie est magnifique, les moyens de communication sont très efficaces, et pourtant des milliers de personnes cherchent encore une chose très importante… la lumière du coeur….! Rappelez-vous l’épisode du jeune homme qui aborde Jésus pour lui demander la recette du bonheur… Jésus lui parle des commandements de la Bible. Le jeune homme lui dit qu’il a observé tous ceux-ci depuis son jeune âge… mais il lui manque encore quelque chose pour que son bonheur soit complet….! Détache-toi de tout et suis moi….! Jésus ne donne pas de recette magique ou des prescriptions difficiles à observer, mais Il dit seulement de le suivre…. Car Il est la lumière du monde….! Il nous est tous arrivé un jour, de rêver d’un monde meilleur, de paix, d’amour, de liberté….! Et nous pouvons chercher partout et payer même de notre santé… pour nous rendre compte que finalement, le bonheur n’est pas aussi loin de nous que nous le pensions…! Les petits enfants sont beaucoup plus capables d’accepter Jésus comme la lumière parce que leur coeur est encore pur et dépourvu d’égoïsme. Les yeux de l’enfant vont tout droit vers la lumière véritable, c’est pourquoi Jésus nous dit de redevenir comme des petits enfants. Jésus est la lumière du monde, non pas une lumière artificielle qui peut tomber à cause d’une panne de courant, mais Il est la lumière véritable celle qui dure et qui illumine ton coeur, même dans les temps les plus difficiles. Tu as déjà vu les yeux d’un ami qui viens de découvrir l’Amour….? On dit qu’il a des étincelles dans les yeux….! Et c’est vrai car il est en Amour…. Et l’Amour nous vient de Dieu Lui-même! Dieu est Amour….! Vous me direz que plusieurs personnes se disent être lumière du monde, alors comment faire pour discerner la vrai lumière? Voici quelques critères de discernement qui peuvent servir à plusieurs situations : Une personne dit vrai quand on peut ressentir dans son attitude et ses paroles l’humilité et le détachement : Jésus ne se vante pas, et n’écrase personne pour se donner de la valeur. Une personne dit vrai si son discours et son action tiennent compte d’abord de la personne avant la loi : Jésus dit à la femme que la loi condamnais…. Je ne te condamne pas mais désormais ne pèche plus. Une personne dit vrai si sa parole et ses gestes te font grandir, et t’apporte la vie, même si parfois ils sont durs : « lève-toi et marche », « cesse d’être incrédule mais croyant », « aujourd’hui même tu sera avec moi dans le paradis » Oui Jésus est la lumière du monde et Il nous à promis d’être à nos côtés jusqu’à la fin des temps. Le Pape Jean-Paul II invita les jeunes du monde entier à venir célébrer avec lui cette lumière pendant le mois de juillet 2002 à Toronto. Il nous invita à prendre conscience que Jésus est mon sauveur personnel, mais aussi que des milliers de jeunes ont le même appel à suivre Jésus aujourd’hui partout dans le monde, et de construire une Église nouvelle et magnifique. Nous aurons de belles surprises dans cette Église, car l’Esprit Saint prépare des apôtres aux coeurs de feux, et aux missions étonnantes. L’Église d’aujourd’hui à besoin de nouveaux évangélisateurs, de nouveaux charismes pour la proclamation de la Parole. Pendant les JMJ de Toronto, des milliers de jeunes ont reçu l’Esprit en profusion en vue de cette Église nouvelle. Ouvrons nos coeurs, que nous soyons jeunes ou adultes, l’Esprit répand une nouvelle pentecôte sur nous. Recevons cette lumière, et devenons à notre tour lumière du monde et sel de la terre. Amen!!!

Références Jn 8:12– De nouveau Jésus leur adressa la parole et dit :  » Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.  » Jn 8:13– Les Pharisiens lui dirent alors :  » Tu te rends témoignage à toi-même ; ton témoignage n’est pas valable.  » Jn 8:14– Jésus leur répondit :  » Bien que je me rende témoignage à moi-même, mon témoignage est valable, parce que je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens ni où je vais. Jn 8:15– Vous, vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne ; Jn 8:16– et s’il m’arrive de juger, moi, mon jugement est selon la vérité, parce que je suis pas seul ; mais il y a moi et celui qui m’a envoyé ; Jn 8:17– et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable. Jn 8:18– Je suis à moi-même mon propre témoin, et pour moi témoigne le Père qui m’a envoyé.  »

 

« SOYEZ SAINTS, CAR MOI, LE SEIGNEUR VOTRE DIEU, JE SUIS SAINT. »

11 novembre, 2015

http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/soyez-saints-car-moi-le-seigneur-votre-dieu-je-suis-saint

« SOYEZ SAINTS, CAR MOI, LE SEIGNEUR VOTRE DIEU, JE SUIS SAINT. »

18 février 2014 by P. Thomas Rosica Leave a Comment Septième dimanche du temps ordinaire Lévitique 19,1-2.17-18 1 Corinthiens 3,16-23 Matthieu 5,38-48

Les trois lectures d’aujourd’hui nous lancent trois appels : à être saints comme le Seigneur notre Dieu est saint; à ne pas nous laisser abuser par la sagesse de ce monde; à aimer nos ennemis et à prier pour ceux qui nous persécutent. Commençons notre réflexion, cette semaine, en considérant le passage du Lévitique (19, 1-2.17-18.) Dieu est le Saint et le Créateur de la vie humaine, et l’être humain est à la foi béni et lié par la parfaite sainteté de Dieu. C’est pourquoi toute vie humaine est sainte, sacrée et inviolable. D’après Lévitique 19,2, la sainteté de Dieu constitue un impératif incontournable du comportement moral: « Vous devrez être saints parce que moi, le Seigneur votre Dieu, je le suis! » Cet énoncé lourd de conséquences décrit admirablement la vocation de chaque homme et de chaque femme comme aussi toute la mission de l’Église à travers l’histoire : c’est l’appel à la sainteté. Soyez saints… La sainteté est une vérité qui imprègne toute l’ancienne alliance: Dieu est saint et appelle tout le monde à la sainteté. La loi mosaïque disait: « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » La sainteté réside en Dieu et ce n’est que de Dieu qu’elle peut se communiquer au sommet de la création de Dieu : l’être humain. Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la sainteté de Dieu, son « altérité absolue » a laissé son empreinte en chacune et chacun de nous. Les êtres humains deviennent les véhicules et les instruments de la sainteté de Dieu pour le monde. Cette sainteté est le feu de la Parole de Dieu, qui doit vivre dans nos cœurs et les embraser. C’est ce feu, ce dynamisme, qui va consumer le mal en nous et autour de nous, et faire éclater la sainteté en guérissant et en transformant la société et la culture qui nous entourent. Il n’y a que la sainteté pour éradiquer le mal ; la dureté n’y arrive pas. La sainteté inscrit dans la société une semence de guérison et de transformation. La sainteté est un mode de vie qui comporte engagement et activité. Loin de se cantonner dans la passivité, la sainteté consiste à choisir constamment d’approfondir sa relation à Dieu et à laisser ensuite cette relation privilégiée inspirer notre action dans le monde. La sainteté exige un changement radical de mentalité et d’attitude. En acceptant l’appel à la sainteté, nous faisons de Dieu l’objectif ultime de chaque aspect de notre vie. L’orientation fondamentale vers Dieu enveloppe et sous-tend notre rapport aux autres êtres humains. Soutenus par une vie de vertu et confirmés par les dons de l’Esprit Saint, nous sommes de plus en plus attirés par Dieu et par le moment où nous Le verrons face à face dans l’au-delà et où nous goûterons l’union parfaite avec Lui. Ici et maintenant, nous accédons à la sainteté en travaillant de notre mieux, en élevant patiemment nos enfants et en cultivant des relations constructives à la maison, à l’école et au travail. Si nous intégrons tout cela à notre réponse à l’amour de Dieu, nous sommes engagés sur la route de la sainteté. La révolution de la sainteté Les mots du Lévitique dans la première lecture d’aujourd’hui [19,2] prennent vie chez les saints et les bienheureux de notre tradition catholique. Cette multitude d’hommes et de femmes à travers l’histoire sont les vrais « révolutionnaires de la sainteté », comme l’a si bien dit le pape Benoît à la Journée mondiale de la Jeunesse 2005, à Cologne en Allemagne:

[http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2005/august/documents/hf_ben-xvi_spe_20050820_vigil-wyd_fr.html]

« C’est le grand cortège des saints – connus ou inconnus -, par lesquels le Seigneur, tout au long de l’histoire, a ouvert devant nous l’Évangile et en a fait défiler les pages; c’est la même chose qu’il est en train de faire maintenant. Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l’Evangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l’histoire, a tracé et trace encore… Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l’exprimer de manière plus radicale encore: c’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. » La planification pastorale Dans sa Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte publiée lors de la clôture du Grand Jubilé de l’an 2000, le pape Jean-Paul II invitait l’Église à « placer la programmation pastorale sous le signe de la sainteté », à exprimer « la conviction que, si le Baptême fait vraiment entrer dans la sainteté de Dieu au moyen de l’insertion dans le Christ et de l’inhabitation de son Esprit, ce serait un contresens que de se contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle… Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire: toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétiennes doit mener dans cette direction. » [n° 31] L’Église est « le foyer de la sainteté » et la sainteté est notre image la plus vraie, notre carte de visite la plus authentique et le meilleur cadeau que nous fassions au monde. C’est elle qui décrit le mieux ce que nous sommes et ce que nous nous efforçons de devenir. La vraie sagesse Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui (1 Corinthiens 3,16-23), saint Paul, qui continue de réprimander les Corinthiens pour leurs divisions (v.1-4), rappelle à la communauté que les églises du Christ doivent demeurer pures et humbles (v.16-17).  Se faire une haute opinion de sa propre sagesse, c’est se flatter; et se flatter, c’est se condamner à se leurrer. Ils se font illusion, ceux qui se flattent d’être des temples de l’Esprit Saint sans se soucier de leur sainteté personnelle ou de la paix et de la pureté de l’église. Si les Corinthiens étaient vraiment sages (v.18-20), ils auraient un point de vue tout à fait différent et ils percevraient les véritables relations entre tout ce qui existe dans le monde et toutes les personnes avec qui ils sont en rapport dans l’église. Paul attribue à toutes les personnes incluses dans l’univers théologique une position sur une échelle: Dieu, le Christ, les membres de l’église, les responsables de l’église. Lue de haut en bas, l’échelle exprime la propriété; lue de bas en haut, elle traduit l’obligation de servir. Ce tableau doit être complété par des énoncés analogues en 1 Co 8,6 et 1 Co 15,20-28.  Les chrétiennes et les chrétiens sont saints par profession, et ils se doivent d’être purs et sans tache, dans leur cœur comme dans leur conversation. « Tu aimeras ton prochain… » Si nous réfléchissons au texte de l’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 25,38-48), Jésus ne nous enseigne pas à rester passifs en face d’un danger physique. Jésus enseigne que la violence peut engendrer la violence. Et si la non-résistance peut faire honte à notre adversaire et l’inciter à faire la paix, c’est la solution la meilleure. « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant… » (Mt 5,38-39). En recourant à une métaphore, Jésus nous enseigne d’offrir l’autre joue, de donner non seulement notre tunique mais notre manteau, de ne pas répliquer violemment aux vexations d’autrui, et surtout, dit-il, « donne à qui te demande, ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter » (5,42). C’est le rejet radical de la loi tu talion dans la vie personnelle des disciples de Jésus, nonobstant le droit qu’a la société de protéger ses membres contre les méchants et de punir ceux qui ont porté atteinte aux droits des citoyens et à ceux de l’État. Jésus enseigne la dernière étape dans la quête de la perfection, celle qui représente le foyer dynamique de toutes les autres: « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis: aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes… » (5,43-45). En contraste avec l’interprétation habituelle de l’ancienne loi, qui identifiait le prochain à l’Israélite, et même à l’Israélite pieux, Jésus formule l’interprétation authentique du commandement de Dieu. Il y ajoute une dimension religieuse en faisant référence à la clémence et à la miséricorde du Père céleste qui traite bien tout le monde et qui est donc le modèle et l’exemple suprême de l’amour universel. Jésus conclut : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (5,48). Il demande à ses disciples la perfection de l’amour. L’amour est la synthèse de la loi nouvelle qu’il apporte. Cet amour va nous permettre de surmonter dans nos rapports à autrui l’opposition classique ami-ennemi. Né dans le cœur humain, il aura tendance à se transformer en diverses formes correspondantes de solidarité sociale, politique et même institutionnalisée. Le fruit de la non-violence, c’est l’amour Il y a des tas de gens mesquins qui n’ont jamais enfreint la loi, mais peuvent-ils vraiment servir de modèles aux chrétiens? Vous courrez toujours le risque de vous faire exploiter si vous vous montrez généreux. Si nous nous ouvrons à l’amour, nous pouvons fort bien nous faire blesser. Si nous partageons nos biens matériels, il se peut qu’on nous manipule. En aucun cas, nous n’avons l’obligation de nous laisser blesser ou manipuler; mais ça arrive à l’occasion. La seule façon de s’en prémunir absolument, c’est de se montrer méfiant, radin, cynique et égoïste. Mais rien de tout ça ne va avec l’amour, évidemment. Le fruit de la non-violence, c’est l’amour.  Cet amour s’épanouit partout où des personnes se rencontrent, et, chaque fois, il révèle son origine divine.  Cet amour renverse tous les obstacles. Il rapproche les étrangers et franchit les distances. Il comble les vides, guérit les malades et ressuscite les morts. Brisons, en nous-mêmes et dans notre collectivité, les modèles qui mènent à la violence, à la destruction et au non-amour. Si la violence nous paraît une option raisonnable, inventons-nous une autre logique. Si la violence est une machine qui dispose mécaniquement des gens que nous n’aimons pas, prions pour avoir le courage de saboter cette machine. Et si la violence est une chaîne dont nous sommes un maillon, soyons le premier maillon à céder. Les passages « obscurs » de la Bible En poursuivant notre réflexion sur Verbum Domini à la lumière du riche enseignement de l’Évangile d’aujourd’hui, arrêtons-nous au paragraphe n° 42 de l’Exhortation post-synodale consacrée à « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ». Dans le contexte de la relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament, le Synode a aussi abordé le thème des pages de la Bible qui se révèlent obscures et difficiles en raison de la violence et de l’immoralité qu’elles contiennent parfois. À ce sujet, il faut avant tout tenir compte du fait que la Révélation biblique est profondément enracinée dans l’histoire. Le dessein de Dieu s’y manifeste progressivement et se réalise lentement à travers des étapes successives, malgré la résistance des hommes. Dieu choisit un peuple et l’éduque avec patience. La Révélation s’adapte au niveau culturel et moral d’époques lointaines et rapporte par conséquent des faits et des usages, par exemple des manœuvres frauduleuses, des interventions violentes, l’extermination de populations, sans en dénoncer explicitement l’immoralité. Cela s’explique par le contexte historique, mais peut surprendre le lecteur moderne, surtout lorsqu’on oublie les nombreux comportements «obscurs» que les hommes ont toujours eus au long des siècles, et cela jusqu’à nos jours. Dans l’Ancien Testament, la prédication des prophètes s’élève vigoureusement contre tout type d’injustice et de violence, collective ou individuelle, et elle est de cette façon l’instrument d’éducation donné par Dieu à son Peuple pour le préparer à l’Évangile. Il serait donc erroné de ne pas considérer ces passages de l’Écriture qui nous apparaissent problématiques. Il faut plutôt être conscient que la lecture de ces pages requiert l’acquisition d’une compétence spécifique, à travers une formation qui lit les textes dans leur contexte historico-littéraire et dans la perspective chrétienne qui a pour ultime clé herméneutique «l’Évangile et le Commandement nouveau de Jésus-Christ accompli dans le Mystère pascal». J’exhorte donc les chercheurs et les Pasteurs à aider tous les fidèles à s’approcher aussi de ces pages à travers une lecture qui fasse découvrir leur signification à la lumière du Mystère du Christ.

DOUCE ÉDUCATION À LA JOIE DE L’ÉVANGILE

17 septembre, 2015

http://www.patristique.org/Douce-education-a-la-joie-de-l.html

DOUCE ÉDUCATION À LA JOIE DE L’ÉVANGILE

par Luc Fritz

Depuis la résurrection du Seigneur, les chrétiens se transmettent la joie pascale, de génération en génération. Ils connaissent cette joie et pourtant peinent parfois à la qualifier et à exprimer leur sentiment. Face à cette difficulté, ils peuvent s’appuyer sur certaines homélies de Grégoire de Nysse pour traduire ce qui les habite.
Nous sommes aux alentours des années 380. À cette époque, la célébration de la fête de Pâques connaît des évolutions significatives. De fait, jusqu’au milieu du quatrième siècle, les chrétiens fêtaient la victoire pascale durant toute une semaine, sans distinguer la célébration de la Résurrection proprement dite, de celles de l’Ascension et de la Pentecôte. S’instaure alors progressivement un cycle liturgique qui différencie la résurrection du Seigneur, sa montée auprès du Père et l’envoi de l’Esprit Saint. Ces distinctions permettent d’aborder le thème de la joie pascale sous des angles différents, en fonction de la grâce propre à chaque fête.
Dans ses homélies, Grégoire de Nysse déploie sa méditation sur la joie pascale le plus souvent à partir d’un verset du psaume qui a été chanté au cours de la liturgie car le psautier tout entier est louange à Dieu, action de grâce, et donc source de joie, même s’il comporte aussi des supplications et des demandes de pardon.
À l’occasion de la fête de Pâque, Grégoire médite le passage suivant : « louez le Seigneur, toutes les nations ; glorifiez-le, tous les peuples » (Ps 116, 1). Il invite ses auditeurs à la fête car le Créateur n’a pas abandonné sa créature pécheresse. Au contraire, il la recrée par la mort et la résurrection de Jésus, manifestant ainsi et sa toute-puissance créatrice et son amour de l’humanité. L’allégresse pascale résulte de la contemplation du Créateur qui ne s’arrête pas sur un échec et de l’extrême sollicitude du Sauveur : « De même que ceux qui voient quelqu’un de faible emporté par le torrent et qui, tout en sachant qu’ils risquent eux aussi d’être roulés dans la boue du torrent et blessés par les pierres charriées par le courant, n’hésitent pas à s’y précipiter par sympathie pour la personne en danger, de même aussi notre Sauveur, dans son amour des hommes, a supporté de son propre gré l’arrogance et le mépris, afin de sauver celui qui a été trompé et s’est ainsi perdu. »
Lors de la fête de l’Ascension, Grégoire propose aux chrétiens un parcours qui conduit à une joie toujours plus intense. Il compose son homélie en deux parties commentant respectivement les Psaumes 22 et 23. Il y définit le rapport entre ces deux psaumes comme un accroissement de joie. Le premier décrit la joie de l’initiation baptismale qui ouvre le croyant à la connaissance de Dieu. Le baptisé est comparé à une brebis conduite par le bon Pasteur vers les pâturages célestes. Le second appelle « l’âme à une joie plus grande et plus accomplie encore. » Dans une lecture chrétienne de ce pasume, cette joie magnifique s’épanouit en découvrant que le salut de Dieu n’est pas réservé au baptisé, mais ouvert à la création tout entière. L’ascension et l’allégresse spirituelles du chrétien consistent ainsi en une ouverture du cœur toujours plus grande, en une largesse de vue qui n’exclut absolument rien du salut.
Son homélie sur la Pentecôte manifeste puissamment la tendresse de Dieu à l’égard de l’humanité. Si le Seigneur de la création a pris soin de se révéler progressivement aux hommes, les détournant d’abord du polythéisme, leur révélant ensuite son Fils, leur donnant enfin l’Esprit Saint, « la nourriture parfaite de notre nature », c’est pour que le genre humain puisse s’accoutumer à la majesté, au grand amour de la divinité. Il précise que la fête de la Pentecôte célèbre la perfection du don de Dieu et c’est pourquoi il convient à l’assemblée chrétienne de ne pas rejeter l’Esprit Saint et de répondre avec empressement à l’invitation du prophète David : « Venez, crions de joie pour le Seigneur ! » (Ps 94).
L’Évangile est douce éducation à la joie. Celle qui y est promise est comme tramée par la croix, mémoire de ce que la joie véritable – celle que personne ne saurait ravir (Jn 16, 22) -, reste marquée par la traversée de l’épreuve. Cette joie résulte de la victoire de la croix. Elle est cette victoire, car elle n’est pas atteinte par la tristesse du péché.
La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la joie de l’homme, c’est de découvrir Dieu. Cette découverte passe nécessairement, mais pas uniquement, par la célébration du mystère de la foi.

Sources :

Article paru dans Points de repère, n° 221, décembre 2007-janvier 2008, p. 21-22.

UNE SOLITUDE À COMBATTRE ET UNE SOLITUDE À CULTIVER

8 septembre, 2015

https://oratoiredulouvre.fr/predications/une-solitude-a-combattre-et-une-solitude-a-cultiver.php

UNE SOLITUDE À COMBATTRE ET UNE SOLITUDE À CULTIVER

(Marc 1:9-13, Luc 5:15-16, Matthieu 12:14-15, Marc 6:30-34,

Jean 16:32-33, Matthieu 26:36-40, Matthieu 6:1-9)

Culte du dimanche 15 avril 2012 à l’Oratoire du Louvre
prédication du pasteur Marc Pernot

Il existe tant de mauvaise, de méchante solitude, tant de personnes seules, isolées, malgré nos 7 milliards de voisins de palier.
Il y a bien trop de mauvaise solitude mais en même temps, nous n’avons pas assez de cette bonne solitude choisie qui nous permettrait d’être plus en forme et d’avoir de meilleures relations avec les autres, avec notre propre existence et avec Dieu.
Jésus nous apporte un éclairage intéressant sur la juste solitude, dans quelques paroles mais surtout dans sa manière d’être.
1) Contre la mauvaise solitude
L’homme est un animal social, ou politique. La solitude ne nous est pas si naturelle que ça, elle nous met plutôt mal à l’aise. Et quand une personne est seule, c’est donc souvent bien malgré elle.
Parfois, c’est un accident de la vie qui est la cause de son isolement.
Parfois c’est une certaine maladresse dans les relations, comme une trop grande timidité, par exemple.
Parfois c’est la méchanceté de quelques personnes qui isole une personne en dehors du groupe, et c’est la faiblesse des autres qui ont peur de se montrer solidaire. C’est ce qui est arrivé à Jésus à la fin de sa vie, mais cela arrive aussi tous les jours un peu partout, dans tous les groupes humains.
C’est parfois en partie notre propre faute si nous sommes rejetés et isolé…
L’Évangile est plein de ces situations de personnes qui se retrouvent en marge, pour diverses raisons.
Jésus fait preuve d’une vraie solidarité, sans s’arrêter pour savoir si la personne a une part de responsabilité dans le pétrin dans lequel elle se trouve. Pour Jésus ce n’est pas un critère. Il combat de toute façon la solitude avec une incroyable liberté, avec une liberté choquante et au péril de sa propre mission. Rien ne l’oblige de fréquenter Zachée ou Matthieu qui sont visiblement des requins mal vus de la population après avoir bien profité de leurs fonctions pour tondre les pauvres gens. Rien ne l’oblige de guérir un aveugle ou un paralytique mendiant sur le bord d’un chemin. Jésus aurait pu, il aurait dû se dire en lui-même : ma mission est d’annoncer le Royaume de Dieu, je vais annoncer à cet homme que même s’il est malade il est aimé par Dieu, que sa vie est digne d’être vécue de toute façon et qu’il est gardé précieusement dans le sein du Père pour l’éternité, Amen.
Mais en agissant ainsi, Jésus serait resté en dehors de la bulle de solitude de l’homme malade ou de l’homme légitimement méprisé par tous. Nous le savons bien, même une rage de dents peut faire que nous sommes dans une souffrance qui nous isole de tout, même d’un sens possible à notre vie ! Combien plus quand nous sommes en soucis sur sa situation, ou pire : quand nous avons le sentiment d’être indigne… ou diverses autres difficultés qui peuvent nous isoler, nous prendre à la gorge, nous enserrer comme ce cercle d’accusateurs qui entourent cette femme pécheresse que Jésus délivre (Jean 8).
Même si nous ne résolvons pas tout, un simple geste peut rejoindre vraiment l’autre et, comme qui dirait, percer la bulle qui l’isole du monde. Parfois cette bulle éclate, parfois c’est comme si un trou était fait permettant à une personne ensevelie dans des décombres de prendre enfin une goulée d’air frais et d’entendre une voix.
Jésus perce cette bulle de solitude qui isole la personne, quelle qu’elle soit.
Cette attitude nous appelle à un peu de compassion et de solidarité. Mais c’est aussi un des grands bénéfices de la foi que de sentir l’aide de Dieu, un peu comme le dit Jésus quand il sent que même ses proches l’abandonnent : « vous me laisserez seul, mais je ne suis jamais seul, car le Père est avec moi. » Bien des personnes sentent la présence de ce « quelque chose » qui nous connaît, qui nous reconnaît et qui nous aime. Cela vient percer notre bulle de solitude. Et alors, en lisant les pages des évangiles, nous pouvons saisir que les témoins disent vrai en disant que Christ est ressuscité, qu’il est « avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28 :20), qu’il est l’Emmanuel « Dieu avec nous », (Matthieu 1 :23) car en lisant ces récits, en lisant ces témoignages nous pouvons sentir que nous aussi sommes cet isolé que Christ rejoint, qu’il guérit et qu’il envoie en Paix poursuivre sa route dans la liberté. C’est un des rôles de l’église que d’être les uns pour les autres des signes visibles et sensibles de ce Dieu qui nous rejoint. Chacun de nous est, ou peut vraiment être, un sacrement pour quelqu’un d’autre, c’est à mon avis le plus véritable des signes visibles de la grâce de Dieu quand une personne se tient près d’une autre.
Et Jésus lui-même se sent seul quand il est rejeté et menacé, il s’appuie sur la prière, mais il cherche aussi l’appui de quelques amis proches, de Pierre, de Jacques et de Jean, pour veiller avec lui. Et quand ils flanchent, Jésus en est affecté et il le dit avec amertume et tristesse. Même s’il n’est, comme il dit, « jamais seul, car le Père est avec lui ». Il a besoin ne serait-ce que de cette présence humaine qui veille sur lui, c’est comme signe visible de la grâce invisible de Dieu, signe que son existence a du prix au moins pour une personne. En général, ce n’est donc pas le 13e des travaux d’Hercule que d’être ce signe qui perce la bulle de mauvaise solitude de quelqu’un.
L’Évangile nous montre que Jésus a besoin d’amitié dans les moments clefs de son cheminement, mais aussi dans le quotidien de son ministère de Christ. Il a besoin de l’amitié de Lazare et de ses sœurs, il est vraiment reconnaissant du geste d’une femme anonyme qui gaspille follement un litre de Chanel N°5 sur ses pieds. Il a besoin de prendre du temps avec ceux qu’il aime…
Même Jésus a besoin de ne pas se sentir tout seul, chacun de nous en a plus besoin encore que d’un toit sur sa tête.Jésus nous invite à avoir des gestes qui percent les bulles de mauvaise solitude, mais qui respectent la bonne solitude. C’est là toute la difficulté.

2) Reconnaître la bonne solitude
Car, à côté des accidents qui nous ensevelissent plus ou moins dans une mauvaise solitude, il est normal de ressentir une solitude qui est saine et qui est utile et bonne, elle. En effet. Chaque personne humaine est unique, et c’est donc à juste titre que nous nous sentons plus ou moins incompris, seul de notre espèce. Nous sommes, bien sûr, dans une certaine mesure un extra-terrestre. Même le plus proche des amis, se tenant à nos côtés et regardant le même paysage que nous, ne verra pas les choses tout à fait sous le même angle à cause de la parallaxe. Oui, nous sommes seuls dans nos chaussures et tout l’amour du monde n’y fera rien. Et heureusement parce que l’amour n’existe que s’il y a des individus distincts qui s’aiment dans leurs différences.
Mais cette solitude n’est pas évidente à vivre, il peut y avoir une tentation de repli, et une perplexité : puisque personne n’a jamais tout à fait été ce que je suis, ni visité l’existence que je vis maintenant, qui pourra me comprendre ? Qui pourra m’aider ?
Cette solitude est encore renforcée par le fait que nous sommes un être en évolution, en genèse. Cela fait que nous sommes toujours un peu, ou devrions être, dans un léger déséquilibre, connaissant des difficultés pour savoir qui nous sommes aujourd’hui et ce que nous devenons, avec la difficulté pour l’enfant de grandir, pour l’adolescent de devenir adulte, puis la difficulté d’apprendre à vieillir et à bien vieillir…
Cette solitude est encore un peu plus dramatiquement vécue car nous sentons que nous existons mais que nous glissons. Nous sentons que nous pourrions être heureux maintenant si nous n’avions pas si peur, si peur devant l’inconnu de notre avenir déjà en ce monde et de notre avenir encore plus incertain au-delà de ce monde visible.
Il est utile de se réconcilier avec ce sentiment de solitude, car il est bon. C’est le prix à payer de l’extraordinaire noblesse non seulement de l’existence humaine, mais de notre existence individuelle qui est si riche, si mobile, si vivante, et de cette idée d’une éternité possible qui nous a été donnée. Mais dire que ce sentiment de solitude est « un prix à payer » est sans doute trop négatif, c’est une façon de voir qui est pervertie par la mauvaise solitude. Car effectivement, le ressenti est presque le même entre ces deux solitudes, entre la mauvaise solitude où nous subissons l’exclusion et la menace ; et la bonne solitude qui consiste à sentir la merveille unique, vivante, et spirituelle que nous sommes.
Si nous n’arrivons pas à apprivoiser ce sentiment de bonne solitude, nous risquons de chercher à nous rassurer n’importe comment, en tentant de nous fondre dans la masse ou au contraire de dépasser les autres, ou bien de nous rassurer avec des grigris divers et variés (chaque âge, chaque caractère, chaque milieu a les siens).
Tout l’Évangile nous invite, bien entendu, à nous aider les autres à accepter cette bonne solitude, à la vivre comme des membres tous différents qui sont unis dans un même corps. Servir l’autre c’est d’abord l’aider à se réconcilier avec cette bonne solitude, c’est être un signe visible que l’autre, dans sa singularité, a du prix à nos yeux et donc un sens qui le dépasse. C’est accepter d’avoir besoin de lui, de son génie propre et de son point de vue différent. C’est accepter qu’il puisse évoluer librement. C’est lui demeurer fidèle malgré cela, l’aider un peu à être en forme, dans sa forme à lui.
La tentation, pour parer à cette solitude, c’est parfois de chercher à la réduire en se regroupant en un club de gens qui se serrent les uns les autres pour se tenir chaud, et qui se bâtissent un donjon de valeurs et de dogmes, de pratiques et de solidarités humaines qui donnent un certain sentiment de sécurité, un sentiment d’appartenance bien visible. Ça aide effectivement certaines personnes, au moins un certain temps. Mais le Christ nous mène plus loin, le Christ nous libère en nous donnant le courage de vivre et d’évoluer, car notre sécurité est ailleurs. Pour cela :

3) Se retirer dans sa chambre avec le Père
Jésus pratique lui-même une certaine solitude volontaire, en particulier dans chacune des grandes étapes de son ministère de Christ, et il exerce ses disciples à cet exercice, et il nous dit « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret… ». Il ne nous dit pas : de temps en temps pense à prendre 5 minutes pour réfléchir face à ta glace pour te connaître toi-même. Mais Jésus nous invite à prendre des temps de solitude devant Dieu, même très courts, mais que cela structure notre existence comme le rythme de nos repas.
Pourquoi ? Parce que quand nous sommes avec les autres nous essayons de nous sécuriser faussement et parfois cruellement. Dans la solitude physique, nous sommes moins dans le paraître, surtout devant ce Dieu qui voit même ce que nous tenons secret à nous-mêmes et qui nous aime profondément après nous avoir ainsi vu. Cet instant remet les choses en perspective.
Quelques instants pour s’isoler dans la réflexion, en plaçant son être tout simplement devant Dieu, ou au moins se placer devant cette promesse du Christ que toute personne est digne de vivre et d’être aimée, d’être bénie, secourue et aidée (Matthieu 5 :44-45), digne de s’exprimer à sa façon en portant ses propres fruits à son propre rythme (Psaume 1 :3).
C’est utile de s’isoler et de prier avant d’aider quelqu’un, avant de travailler, avant de sortir dans le monde, avant même de créer une œuvre d’art. Car il n’est pas bon de mettre la charrue avant les bœufs, ni de planter un arbre les branches en terre et les racines vers le ciel… Nos fruits seront nos fruits et de bons fruits s’ils sont l’expression de notre propre personnalité vivante, une expression de notre bonne solitude et de notre fragilité un petit peu assumées.
Si je fais quelque chose pour me sentir vivant et non parce que je suis vivant, ce que je fais alors n’est pas une œuvre d’art mais c’est une projection de mon égoïsme. Ou si je fais l’aumône pour redorer mon ego, c’est comme si j’utilisais le pauvre comme un bout de Sopalin avec lequel je fais briller mes chaussures avant de partir dans le monde. C’est triste.
Mais, comme le dit Jésus, en priant Dieu dans la solitude, non seulement nous sommes au bénéfice de l’aide de Dieu qui nous permet de nous lever un petit peu sur nos jambes et de voir plus clair, mais en plus nous avons des chances de découvrir que ce Dieu qui nous enfante ainsi est non seulement mon Père mais « notre Père » (et notre Mère, d’ailleurs). En fait nous sommes seuls, mais dans un autre sens nous sommes dans le même corps.
Jésus nous dit que c’est plutôt une bonne hygiène de se retirer un peu dans la solitude pour prier notre Père dans le secret. Et Jésus le fait. Il avait pourtant un sacré travail à faire, et un travail sacré. Là encore, il a du courage, celui de mettre en suspens l’impératif de solidarité qui s’impose à lui (guérir les gens) ainsi que l’urgence de son travail pour accomplir sa vocation (prêcher)… Mais Jésus sait se laisser aussi déranger dans cette utile solitude pour reprendre son travail pour les autres et avec les autres un peu plus tôt qu’il ne le pensait.
Jésus est pragmatique, et cela est extraordinairement libérant, je trouve. Il y a des temps où il accomplit sa mission, il a de juste temps de solitude pour laisser Dieu le nourrir et le ressusciter, il a des temps de retraits pour les amis et le repos, des temps de fêtes et de banquets. Mais Jésus ne maîtrise pas tout, lui non plus. Et quand ça va mal, quand l’ennemi est trop fort, les méchants trop méchants, les enthousiastes trop enthousiastes (ils veulent le faire roi), quand ce n’est pas le bon moment… il s’adapte.
4) Il y a parfois le temps du : courage, fuyons !

Nous ne sommes pas à l’usine. Avec Jésus et comme lui, faisons selon nos propres forces, comme nous le sentons, comptant sur l’aide fidèle de Dieu.

Amen

LA PLUS GRANDE VERTU EST LA CHARITÉ – BIENHEUREUX JEAN DOMINICI

2 septembre, 2015

http://www.vatican.va/spirit/documents/spirit_20010130_dominici_fr.html

LA PLUS GRANDE VERTU EST LA CHARITÉ – BIENHEUREUX JEAN DOMINICI

« La foi et l’espérance n’ont leur raison d’être que pour l’homme; la charité existe en Dieu. La foi peut transporter les montagnes; la charité crée les montagnes, le ciel et la terre. La foi exhorte la créature à faire tous ses efforts pour s’acheminer vers le paradis; la charité demande à Dieu de la faire descendre sur la terre pour que l’homme parvienne au ciel par la route de sa propre charité. La foi dit à l’homme: Sers Dieu, comme c’est ton devoir. La charité dit à Dieu: Fais-toi homme et mets-toi au service de l’homme car il te doit plus qu’il ne peut te donner.
La foi dit à l’homme: Frappe à la porte du ciel, pour qu’il s’ouvre à toi. La charité dit à Dieu: Déchire le ciel pour que l’homme le trouve ouvert.La foi enseigne à l’homme à mourir par amour pour Dieu. La charité invite Dieu à mourir pour l’homme, et l’homme à mourir pour son Dieu.La foi montre Dieu à l’homme, mais de loin. La charité rapproche l’homme de Dieu; elle qui a fait de Dieu un homme, elle fait que l’homme soit Dieu.
La foi est une dame parce qu’elle règne seulement ici-bas où nous n’avons pas de cité permanente, mais où nous attendons la cité future. La charité est l’impératrice du ciel et de la terre. La foi est paysanne, la charité est citadine.La foi est l’impératrice de beaucoup d’humbles créatures; la charité est l’impératrice des anges. La foi est située au-dessus des esclaves; la charité au-dessus des enfants bien-aimés et des saints.
Réfléchissez bien à ceci.S’il y avait dans le soleil un monde pareil au nôtre, par quoi ce monde serait-t-il éclairé, chauffé, réjoui et dirigé? Nullement par les rayons du soleil, mais par sa substance seulement, puisque le soleil contiendrait dans sa substance cet univers entier. En fait, il éclaire, chauffe, réjouit et dirige notre monde non par lui-même, car il ne peut venir jusqu’à nous, mais par son rayon. La raison pour laquelle le soleil accom­plit tout cela par son rayon est qu’il ne peut venir à nous. Songe que cela est encore plus vrai de Dieu.
Le Père, comparable au soleil, engendre son rayon, qui est son Verbe éternel et essentiel. Le Père et le Verbe, comme le soleil et le rayon, pro­duisent la chaleur essentielle qui est l’Esprit Saint, si bien que ce soleil divin est puissance, lumiere et feu; Père, Fils et Saint-Esprit; puissance, vérité et charité; un seul Dieu et trois personnes; et ce soleil divin est tout entier puissant, tout entier brillant, tout entier ardent.Non pas trois puissant mais une seule; non pas trois lumières, mais une seule, non pas trois feux, mais un seul.
Néanmoins, ici peut naître un léger doute, On a dit que nous tous sommes en Dieu, et que Dieu est amour; il peut donc sembler que nous sommes tous dans l’amour de charité et qu’ainsi nous sommes tous dans la vérité, et tous dans la vraie puissance. Mais cela est faux, parce que peu d’hommes sont dans la charité; beaucoup, au contraire, vivent dans l’erreur et le mensonge, et le plus grand nombre est faible et paralysé par sa fragilité.
Je réponds d’abord par un exemple. Beaucoup de poissons sont au soleil, mais comme ils sont protégés par l’eau, ils ne succombent pas à la chaleur. Beaucoup d’aveugles sont dans la lumière et ne voient pas; beaucoup de récipients contiennent des aliments et ne mangent pas.Vous voyez donc qu’il ne suffit pas d’être dans un lieu pour participer à sa vertu, si l’on n’y est pas disposé. Un malade mange sans profit, un mort approché du feu ne sent pas la chaleur. Quelqu’un qui se trouve au soleil et qui se fait asperger sans cesse d’eau glacée ne se réchauffe pas et ne cesse de frissonner. Ainsi, bien que nous soyons placés dans le feu divin, qui ne réchauffe pas le corps mais qui embrase l’âme, nous ne retirons aucun bénéfice de ce feu divin si l’on ne cesse de jeter sur notre âme la grêle des désirs charnels, la glace de l’esprit du monde, la bise des tentations. Il est nécessaire que nous tenions notre âme éloignée de tout cela et alors il sera vrai, comme dit le psalmiste, que nul n’échappe à son ardeur. »

Du Traité de l’amour de charité du bienheureux Jean Dominici

Préparé par l’Université Pontificale URBANIANA,
avec la collaboration des Instituts Missionnaires

 

SAINTETÉ? PETITES CHOSES

25 août, 2015

http://www.fr.josemariaescriva.info/article/saintete-petites-choses

SAINTETÉ? PETITES CHOSES

J. López

Mots: Chemin, Petites choses, Sainteté

À l’occasion de certaines canonisations, le Magistère de l’Église a enseigné que la sainteté ne consiste pas à faire des actions extraordinaires, mais qu’elle ne consiste, pour ainsi dire, qu’à se conformer avec la volonté de Dieu, exprimée dans l’accomplissement continuel et exact des devoirs de son propre état ».
C’est aussi ce simple chemin de sainteté que propose saint Josémaria: Veux-tu être saint ? Accomplis le petit devoir de chaque instant. Fais ce que tu dois et sois à ce que tu fais » (Chemin, 815).
Ce texte montre les deux exigences de la sainteté: une est matérielle (“fais ce que tu dois”: le petit devoir de chaque instant, son accomplissement sans retards: hodie, nunc, aujourd’hui, maintenant) et une autre formule (“sois à ce que tu fais” : l’accomplir en s’y investissant, parfaitement et par amour de Dieu).
Ces deux exigences se retrouvent en une seule : le soin aimant des petites choses. En effet, dans la pratique, les devoirs personnels ne sont pas matériellement grands, mais de « petits devoirs » de chaque instant et leur accomplissement parfait consiste aussi en de « petites choses » (des actes de vertu en de petites choses).
L’infini valeur de ce qui est « petit »
À la base de ces deux exigences, il y a l’idée que pour la sainteté, l’amour de la matérialité des œuvres est prioritaire. Qu’il a de la valeur, ce petit acte fait par Amour!
La valeur des œuvres sur le plan de la sanctification et de l’apostolat ne découle pas essentiellement de leur relief humain (de leur importance matérielle), mais de l’amour de Dieu avec lequel elles sont réalisées. Cet amour se manifeste très souvent en de « petites choses » dans nos rapports avec Dieu et avec les autres : du détail dans notre piété lorsque nous faisons de notre mieux pour dire une oraison vocale, ou pour faire une génuflexion devant le tabernacle, au geste de politesse ou de gentillesse. L’amour fait que ce qui est infime aux yeux des hommes devienne grand : « Faites tout par Amour. Ainsi il n’y a pas de petites choses : tout est grand »
« Les oeuvres de l’Amour sont toujours grandes, même s’il s’agit apparemment de petites choses ».
Matérialiser la grandeur intérieure
Cette priorité donnée à l’amour ne veut pas dire que la perfection objective, extérieure, des oeuvres réalisées soit peu importante. Saint Josémaria insiste aussi sur cela. Pour mieux comprendre son message il faut réfléchir un peu plus sur le sens de l’expression « petites choses ».
Avant tout, il ne faut pas croire que les « petites choses » sont essentiellement quelque chose d’extérieur à nous. Par exemple, dans le cas d’une « porte ouverte qui devrait être fermée », la « petite chose » n’est pas la porte ouverte, mais l’acte de la fermer en pratiquant la vertu de l’ordre par amour de Dieu. C’est-à-dire que les « petites choses » sont avant tout des actes vertueux que l’on qualifie de « petits » non point par l’intensité de l’acte (qui peut en réalité être vraiment grand) mais pour d’autres raisons : la courte durée, la petite importance sur le plan humain (c’est le cas pour beaucoup de détails d’ordre, indépendamment de leurs éventuelles conséquences importantes.
Qu’on pense ici à l’acte de fermer une porte lorsqu’il pourrait s’agir de la porte d’un frigidaire). Quand Josémaria parle de l’importance des “petites choses”, il fait allusion parfois à de “petites choses spirituelles”, qui ne sont que des actes intérieurs, même s’ils sont réalisés à l’occasion d’une activité extérieure (par exemple, le fait de dire une jaculatoire en fermant une porte, ou de renouveler dans son cœur l’offrande de son travail à Dieu). D’autres fois, en revanche, il pense à de « petites choses matérielles » : des actes qui ont pour objet un détail extérieur qui contribue à améliorer objectivement l’état des choses dans notre environnement, même si c’est très petit (par exemple, réparer quelque chose d’abîmé pour servir les autres par amour de Dieu).

Calmement, appliquons-nous
Dans le cas de ces dernières “petites choses matérielles”, saint Josémaria accorde de l’importance à leur effet extérieur bien que leur valeur en termes de sainteté réside en priorité dans l’amour avec lequel elles sont faites. Bien sûr, les petites choses sont précieuses par l’amour, grâce auquel elles peuvent devenir “grandes”, mais, dans la logique de l’Incarnation qui oriente toute la doctrine de saint Josémaria, ceci est inséparable de la valeur qu’a le fait de “bien faire les choses”, de s’appliquer à bien les exécuter. Bien entendu, elles ne perdent pas de leur mérite surnaturel si, malgré la bonne volonté d’agir avec perfection en mettant tous les moyens pour que les choses « sortent bien », on n’arrive pas à obtenir l’effet désiré.
Cependant la volonté ne serait pas bonne s’il n’y avait pas l’intérêt réel de faire que les résultats soient bons. Cet intérêt-là est continuellement présent dans les textes de saint Josémaria. Nous avons vu qu’il enseigne à « être à ce que l’on fait ».
D’autres fois il exhorte à réaliser avec perfection les tâches jusqu’à y mettre « la dernière pierre », à « achever les choses avec perfection humaine », de sorte que ce soit « un ouvrage délicat, achevé comme un filigrane, bien fait », et il cite dans ce sens les vers d’un poète castillan : “el hacer las cosas bien /importa más que el hacerlas”que l’on pourrait traduire ainsi: « bien faire les choses importe plus que de les faire ».

EMILE BESSON. JUILLET 64 – LE FONDEMENT DE LA CERTITUDE

21 août, 2015

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Besson/Articles2/fondement.html

EMILE BESSON. JUILLET 64

LE FONDEMENT DE LA CERTITUDE

Je ne sais pas si cet homme est un pécheur, mais je sais une chose: c’est que j’étais aveugle et que maintenant je vois. (Jean IX, 25)
Le fait est bien connu. Le Christ avait guéri un aveugle de naissance qui mendiait au bord du chemin et celui-ci était retourné, tout heureux, dans, sa maison. Ses voisins et ceux qui jusqu’alors le voyaient mendier l’interrogèrent sur sa guérison « Jésus, leur répondit-il, a fait de la boue avec sa salive, l’a étendue sur mes yeux et m’a envoyé me laver au réservoir de Siloé ; quand je suis revenu, je voyais ».
Or c’était un jour de sabbat que Jésus avait guéri l’aveugle-né. Les voisins le conduisirent donc aux pharisiens et ceux-ci déclarèrent : « Cet homme n’est pas de Dieu, car il n’observe pas le sabbat ».
Les Juifs n’ont jamais blâmé le Christ de guérir des malades ; ils Lui en ont fait le reproche lorsque ces guérisons étaient faites le jour du sabbat.
En hébreu le mot sabbat signifie repos ; on le donnait au septième jour de la semaine, au samedi. Selon la Genèse, Dieu, ayant créé le monde en six jours, s’était reposé le septième jour. La Loi de Moïse faisait une interdiction formelle de travailler le jour du sabbat et les Israélites ne faisaient absolument rien ce jour là. Les rabbins distinguaient 39 espèces de travaux interdits au jour du sabbat, parmi lesquels le soin des malades, la consolation des affligés, l’aumône(1). La violation du sabbat pouvait entraîner la peine de mort (Nombres XV, 35).
Le Christ S’est constamment soumis à la Loi ; mais, lorsqu’il s’est agi pour Lui d’aider, de soulager, Il ne S’est jamais demandé si l’on se trouvait ou non un jour de sabbat. Il n’a pensé qu’aux créatures dolentes, Il les a secourues, Il les a guéries. Mais, en agissant de la sorte, Il S’est attiré de la part des Juifs une réprobation puis une haine de plus en plus féroce.
L’aveugle guéri avait reconnu dans le miracle dont il avait été l’objet le signe d’une mission divine et il avait dit aux pharisiens « Cet homme est un prophète ».
Mais eux lui déclarèrent « Nous savons que cet homme est un pécheur ».
Les pharisiens détenaient le savoir théologique, la doctrine sacro-sainte ; ils étaient les représentants de la Tradition, les savants, les directeurs ; ils étaient revêtus de l’autorité. Eux seuls avaient le droit de dire: Nous savons. Le pauvre mendiant ignorant reconnaît son incompétence dans les questions de la théologie ; il sait qu’il n’a pas qualité pour discuter avec les docteurs d’Israël, qu’il ne peut être juge de la sainteté d’autrui. Il reste à sa place. Mais à ceux qui du haut de leur savoir décrètent : « Nous savons que cet homme est un pécheur » il répond par un fait : « Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle et que maintenant je vois ».
Les pharisiens ne trouvèrent rien à répondre à cet ignorant et ils se laissèrent aller à la colère et à l’injure.
Et le Christ tira la conclusion de cet événement
« Je suis venu dans ce monde pour exercer un jugement : que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles ».
En guérissant l’aveugle né, le Christ voulait assurément lui rendre la vue, mais Il voulait surtout lui donner l’illumination spirituelle. C’est pourquoi, l’ayant rencontré, Il’ lui demanda : « Crois-tu au Fils de l’homme ?». L’aveugle né était prêt pour la grande certitude ; il confessa sa foi et se prosterna devant son Sauveur.
Cette histoire peut être la nôtre. A tout être le Christ posera un jour la question dont la réponse fait la séparation entre Ses disciples et ceux qui ne le sont pas : Crois-tu au Fils de l’homme ?
Ni l’intelligence ni le raisonnement ne donneront jamais la certitude. A un raisonnement pourra toujours s’opposer un raisonnement. La certitude n’est pas une doctrine, elle n’est pas un programme, c’est un fait, un fait indiscutable, c’est une vie, et cette vie, c’est celle du Christ en nous.
Le fondement de notre certitude, c’est la Loi que Dieu a mise dans le coeur de l’homme, la loi non écrite qui fait reconnaître ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, ce qui est bien et ce qui est mal. Le fondement de notre certitude, c’est l’Amour de Dieu. ce sont les bienfaits dont Il remplit notre vie, c’est la mansuétude, la miséricorde qu’Il nous témoigne malgré les fautes constamment répétées. Mais tant que le Christ n’aura pas ouvert les yeux de l’esprit, nous pourrons avoir de belles théories, de nobles sentiments, nous n’aurons pas la certitude. Il l’a dit « Nul ne vient au Père que par moi, hors de moi vous ne pouvez rien faire ».
Ce qui importe, ce n’est pas d’avoir une opinion sur le Christ ; ce qui importe, c’est que le Christ soit en nous l’inspiration, la source de la vie, qu’Il soit notre vie. « Ce n’est plus moi qui vis, écrivait saint Paul, c’est le Christ qui vit en moi ».
De notre attitude en face du Christ dépend toute notre vie, la vie de notre esprit, la vie de notre coeur, la vie dans notre présent, notre vie éternelle. A la question : Crois-tu au Fils de l’homme ? heu-reux ceux qui, à l’exemple de l’aveugle guéri, redi-sent la déclaration de l’apôtre Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ! Heureux sont-ils en vérité, car aux questions, aux négations, aux incertitudes des grands parmi les hommes ils peu-vent opposer l’affirmation victorieuse de leur foi, le témoignage irréfutable devant lequel il faut bien que la polémique se taise : Je sais une chose, c’est que j’étais aveugle – et que maintenant je vois.

(1). Après le retour de la captivité de Babylone les juifs s’appliquèrent à l’observation de ce précepte avec la plus extrême rigueur. Ainsi 2.000 d’entre eux, au temps de Matthias ayant été attaqués un jour de sabbat par les soldats du roi Antiochus, aimèrent mieux se laisser massacrer que de violer le repos sacré en se défendant.

NOTRE JOIE ET NOTRE ESPÉRANCE – per Saint Silouane l’Athonite

11 juillet, 2015

http://www.pagesorthodoxes.net/mere-de-dieu/md-silouane.htm

NOTRE JOIE ET NOTRE ESPÉRANCE

per Saint Silouane l’Athonite

Lorsque l’âme est toute pénétrée par l’amour de Dieu, oh ! comme tout est bon alors, comme tout est rempli de douceur et de joie ! Mais, même alors, on n’échappe pas aux afflictions, et plus grand est l’amour, plus grandes sont les afflictions. La Mère de Dieu n’a jamais péché, même par une seule pensée, et elle n’a jamais perdu la grâce, mais, elle aussi, eut à endurer de grandes afflictions. Quand elle se tenait au pied de la Croix, sa peine était vaste comme l’océan. Les douleurs de son âme étaient incomparablement plus grandes que celles d’Adam lorsqu’il fut chassé du Paradis, parce que son amour était, lui aussi, incomparablement plus grand que celui d’Adam. Et si elle resta en vie, c’est uniquement parce que la force du Seigneur la soutenait, car le Seigneur voulait qu’elle voie sa Résurrection, et qu’après son Ascension elle reste sur terre pour consoler et réjouir les Apôtres et le nouveau peuple chrétien.
Nous ne parvenons pas à la plénitude de l’amour de la Mère de Dieu, et c’est pourquoi nous ne pouvons pas non plus pleinement comprendre sa douleur. Son amour était parfait. Elle aimait immensément son Dieu et son Fils, mais elle aimait aussi d’un grand amour les hommes. Et que n’a-t-elle pas enduré lorsque ces hommes, qu’elle aimait tant et pour lesquels jusqu’à la fin elle voulait le salut, crucifièrent son Fils bien-aimé ?
Nous ne pouvons pas le comprendre, car notre amour pour Dieu et pour les hommes est trop faible.
Comme l’amour de la Mère de Dieu n’a pas de mesure et dépasse notre compréhension, de même sa douleur est immense et impénétrable pour nous.
Ô Vierge Toute-Pure, Mère de Dieu, dis-nous, à nous tes enfants, comment, lorsque tu vivais sur la terre, tu aimais ton Fils et ton Dieu. Comment ton esprit se réjouissait-il en Dieu, ton Sauveur ?
Comment regardais-tu son merveilleux Visage, à la pensée qu’il est celui que servent avec crainte et amour toutes les Puissances célestes ?
Dis-nous, que ressentait ton âme lorsque tu tenais dans tes bras l’Enfant divin ? Comment L’as-tu élevé ? Quelles furent les douleurs de ton âme lorsque avec Joseph tu le cherchas pendant trois jours à Jérusalem ? Quels tourments as-tu endurés lorsque le Seigneur fut livré à la crucifixion et mourut sur la Croix ?
Dis-nous quelle fut ta joie à la Résurrection, ou quelle langueur remplit ton âme après l’Ascension du Seigneur ?
Nos âmes désirent connaître ta vie avec le Seigneur sur la terre ; mais toi, tu n’as pas voulu mettre tout cela par écrit, et c’est dans le silence que tu as enveloppé ton secret.
J’ai vu de nombreux miracles et bien des gestes de tendresse de la part du Seigneur et de la Mère de Dieu, mais je ne puis rien donner en retour pour toute cette bonté.
Que pourrai-je donner à la Toute-Sainte Souveraine pour la remercier de n’avoir pas éprouvé d’aversion pour moi qui étais enfoncé dans le péché, mais de m’avoir visité et de m’avoir exhorté avec clémence ? Je ne l’ai pas vue, mais le Saint Esprit m’a donné de la reconnaître d’après ses paroles remplies de grâce. Mon esprit se réjouit et mon âme se tourne vers elle avec tant d’amour que la simple invocation de son nom est douce à mon coeur.
Un jour que j’écoutais à l’église la lecture des prophéties d’Isaïe, aux mots : Lavez-vous et vous serez purs (Is 1,16), il me vint la pensée :  » Peut-être la Mère de Dieu a-t-elle péché une fois, serait-ce en pensée.  » Et, chose étonnante, dans mon cœur, en même temps que la prière, une voix me dit clairement :  » La Mère de Dieu n’a jamais péché, même en pensée.  » Ainsi, dans mon cœur, l’Esprit Saint témoignait de sa pureté. Mais, durant sa vie terrestre, elle gardai, elle aussi, une certaine implénitude et était sujette à des erreurs, mais non à des péchés. On peut le voir dans l’Évangile, lorsque, revenant de Jérusalem, elle ne savait pas où était son Fils et le chercha avec Joseph pendant trois jours (Lc 2, 44-46).
Mon âme est dans la crainte et dans le tremblement lorsque je songe à la Gloire de la Mère de Dieu. Mon intelligence est insuffisante, mon coeur est pauvre et faible, mais mon âme est dans la joie et désire écrire à son sujet au moins quelques mots. Mon âme craint une telle entreprise, mais l’amour me presse à ne pas cacher ma reconnaissance pour sa miséricorde.
La Mère de Dieu n’a pas mis par écrit ses pensées, ni son amour pour son Dieu et son Fils, ni les douleurs de son âme au moment de la Crucifixion, car nous n’aurions de toute façon pas pu les comprendre. Son amour pour Dieu est en effet plus fort et plus ardent que l’amour des Séraphins et des Chérubins ; et toutes les Puissances célestes des Anges et des Archanges sont frappées d’étonnement à son sujet.
Bien que la vie de la Mère de Dieu soit comme voilée par un silence sacré, le Seigneur de notre Église orthodoxe nous a cependant donné de savoir que son amour embrasse le monde entier, que, dans l’Esprit Saint, elle voit tous les peuples de la terre et que, tout comme son Fils, elle a de la compassion pour tous les hommes.
Oh ! si nous pouvions savoir comme la Toute-Sainte aime ceux qui gardent les commandements du Christ, et comme elle a compassion et souffre pour ceux qui ne se corrigent pas ! J’en ai fait l’expérience moi-même. Je ne mens pas, je parle devant la Face du Dieu que mon âme connaît : en esprit, je connais la Vierge Toute-Pure. Je ne l’ai pas vue, mais le Saint Esprit m’a donné de la connaître ainsi que son amour pour nous. Sans sa miséricorde, il y a longtemps que j’aurais péri ; mais elle voulut me visiter et m’exhorter à ne plus pécher. Elle me dit :  » Je n’aime pas voir ce que tu fais.  » Ses paroles étaient calmes et douces, mais elles agirent avec force sur mon âme. Plus de quarante ans ont passé depuis, mais mon âme ne peut oublier ces paroles remplies de douceur. Je ne sais pas ce que je donnerai en retour pour son amour envers moi et comment je pourrai remercier la Mère du Seigneur.
Elle est, en vérité, notre protectrice auprès de Dieu, et son nom suffit pour réjouir l’âme. Mais tout le Ciel et toute la terre se réjouissent de son amour.
Merveille incompréhensible ! Elle vit aux Cieux et contemple constamment la Gloire de Dieu, nais elle n’oublie cependant pas les pauvres que nous sommes et couvre de sa protection tous les peuples de la terre.
C’est sa Mère Très-Pure que le Seigneur nous a donnée. Elle est notre joie et notre espérance. Elle est notre mère selon l’esprit, et elle est proche de nous selon la nature, comme être humain ; et toute âme chrétienne s’élance vers elle avec amour.

Extrait du livre de l’Archimandrite Sophrony,
Starets Silouane, Moine du Mont Athos,
Éditions Présence, 1973.

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