Archive pour la catégorie 'méditation'

MÉDITATION SUR LA FÊTE DE LA LA DORMITION DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU AVEC LE PÈRE LEV GILLET

13 août, 2016

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/La-Dormition-de-la-tres-sainte-Mere-de-Dieu-dans-la-tradition-hagiographique_a354.html?com

( Plusieurs autres écrits très belles et intéressantes sur la Dormition de Marie , sur le même blog et le même lien )

MÉDITATION SUR LA FÊTE DE LA LA DORMITION DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU AVEC LE PÈRE LEV GILLET

La troisième des grandes fêtes d’été est la commémoration de la mort de la Bienheureuse Vierge Marie, appelée en langage liturgique la  » Dormition  » de Notre-Dame [64]. C’est, du point de vue liturgique, la plus importante des fêtes de la Vierge. Elle est précédée par un jeûne de deux semaines, le  » Carême de la Mère de Dieu « , analogue à celui qui précède la fête de Saint Pierre et Saint Paul ; ce carême commence le 1er août et dure jusqu’au 14 août inclus. La fête elle-même a lieu le 15 août(*).

Beaucoup de traits de cette fête sont empruntés à d’autres fêtes de la Vierge. Ainsi l’évangile de matines est celui qui relate la visite de Marie à Élisabeth (Lc 1, 39-56). L’épître (Ph 2, 5-11) et l’évangile (Lc 10, 38-43 – 11, 27-28) de la liturgie sont ceux que nous lisons le 8 septembre, le jour de la Nativité de Marie ; nous prions nos lecteurs de se reporter à ce que nous avons déjà dit de ces textes [65]. On remarquera que les portions de l’Écriture lues le 15 août ne font aucune allusion à la mort de la Sainte Vierge. C’est dans les chants des vêpres et des matines qu’il faut chercher la signification particulière que l’Église attribue à la fête du 15 août.

Cette signification est double. Elle se trouve exactement exprimée dans cette phrase chantée aux vêpres :  » La source de vie est mise au sépulcre et son tombeau devient l’échelle du ciel « . La première partie de la phrase –  » la source de vie est mise au sépulcre  » – indique que nous commémorons la mort de la très sainte Vierge. Si nous célébrons pieusement, chaque année, les anniversaires de la mort du Précurseur, des apôtres et des martyrs, à plus forte raison célébrons-nous la mort de la Mère de Dieu, qui est aussi notre mère, et qui dépasse en sainteté et en gloire tous les élus [66]. Mais la fête du 15 août est plus que la commémoraison de la mort de Marie. La deuxième partie de la phrase dit :  » … et son tombeau devient l’échelle du ciel « . La tombe de quiconque est mort dans le Christ est, d’une certaine manière, une échelle qui conduit au ciel. Cependant le cas de Marie est exceptionnel. Les textes liturgiques que nous chantons impliquent autre chose :  » Ouvrez larges vos portes et… accueillez la Mère de la lumière intarrissable… Car, en ce jour, le ciel ouvre son sein pour la recevoir… Les anges chantent ta très sainte Dormition… que nous fêtons avec foi… Que tout fils de la terre tressaille en esprit… et célébre dans la joie la vénérable Assomption de la Mère de Dieu « . On le voit, il ne s’agit pas seulement de la réception de l’âme de Marie dans le ciel. Quoique la fête du 15 août ne porte pas, dans le calendrier liturgique byzantin, le nom de fête de l’Assomption (comme c’est le cas dans l’Église latine), nos textes expriment la croyance en l’assomption corporelle de Marie. Selon cette croyance, le corps de Marie n’a pas connu la corruption qui suit la mort ; il n’est pas resté dans le tombeau ; Marie ressuscitée a été transportée au ciel par les anges (l’Assomption diffère de l’Ascension en ce que le Christ s’est élevé lui-même au ciel).

L’Assomption de Marie est située en dehors – et au-dessus – de l’histoire. La croyance en l’Assomption ne s’appuie ni sur un récit biblique, ni sur des témoignages historiques scientifiquement recevables [67]. Elle n’a été l’objet d’aucune définition dogmatique. L’Église n’a, jusqu’ici, imposé à aucun fidèle d’affirmer le fait de l’Assomption corporelle de Marie. Mais, si l’affirmation (intérieure ou extérieure) n’est pas exigée par l’Église, on peut dire que la conscience orthodoxe considérerait la négation active de l’Assomption non seulement comme une témérité, mais comme un blasphème. D’ailleurs, comment nier un fait qui n’est susceptible d’aucune vérification historique ? La croyance en l’Assomption ne se fonde pas sur des preuves documentaires. La conscience catholique, éclairée par le Saint-Esprit, s’est peu-à-peu persuadée que, si  » le salaire du péché, c’est la mort (Rm 6,23) « , Marie a dû remporter sur la mort une victoire spéciale [69]. Ainsi que Jésus (et toutes proportions gardées), elle a été glorifiée dans son corps. C’est cette glorification de la toute pure et toute sainte Mère de Dieu dans son âme et dans sa chair – et non point tel ou tel symbolisme matériel et telles ou telles circonstances historiques – qui constitue l’objet de la fête du 15 août.

L’Assomption est la fête, non seulement de Marie, mais de toute la nature humaine. Car, en Marie, la nature humaine a atteint sa fin. Une semaine après le début de l’année liturgique nous célébrons la naissance de la très Sainte Vierge. Deux semaines avant la fin de l’année liturgique, nous célébrons la mort et la glorification de Marie. Ainsi, associé et subordonné au cycle de la vie de Jésus, le cycle de la vie de Marie manifeste le destin et le développement d’une nature humaine entièrement fidèle à Dieu. Avec Marie, c’est le genre humain qui est emporté et reçu au ciel. Marie a des privilèges qui ne peuvent pas être les nôtres. Mais ce parfait épanouissement de la grâce en Marie, que nous admirons le 15 août, nous suggère quelle pourrait être la ligne de développement d’une âme qui s’appliquerait à faire fructifier en elle-même les grands dons reçus au cours de l’année liturgique, – le don de Noël, le don de Pâques, le don de la Pentecôte.

NOTES [64] Les origines de cette fête sot assez obscures. Elle était, en Palestine, célébrée le 15 août dès avant l’an 500. Les Égyptiens la célébraient aussi, mais le 18 janvier. L’observance du 18 janvier passa d’Égypte en Gaule au IV e siècle. Parmi les Grecs, les uns suivaient l’usage palestiniens, les autres l’usage égyptien. Au VII e siècle, l’empereur byzantin Maurice fixa définitivement la fête au 15 août.

AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX ?

6 juillet, 2016

http://www.revue-resurrection.org/Aime-et-fais-ce-que-tu-veux

AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX ?

Jean Lédion

« Aime et fais ce que tu veux ! » Cet adage augustinien [1] si souvent répété hors de son contexte, pourrait laisser croire que, pour Augustin, la vie chrétienne n’est pas une affaire d’observance puisqu’il s’agit en fait de vivre de charité. Or l’œuvre et la vie de l’évêque d’Hippone prouvent que c’est tout le contraire. Lorsque celui-ci se convertit à plus de trente ans, il ne se convertit pas à moitié, mais totalement. Et, lorsqu’à Pâques 387 il embrasse par le baptême la foi chrétienne, son désir est de la vivre de la manière la plus intégrale, c’est-à-dire sous sa forme la plus radicale, celle du monachisme. Déjà, à Cassissiacum, en 386, lorsqu’il se préparait au baptême [2], il commença à mener un début de vie communautaire avec ses amis, ses derniers élèves, son fils et sa mère. Mais nous ne savons que peu de choses des règles de vie qu’il pratiquait alors, ni celles qu’il instaura dans le premier monastère qu’il fonda en Afrique dans la maison paternelle. « Voici ce que nous prescrivons d’observer dans le monastère » C’est par ces quelques mots que commence la Règle de saint Augustin [3] sous sa forme la plus ancienne. Après une brève exhortation de quatre lignes, elle indique ensuite quels sont les préceptes que l’on doit observer dans le monastère : « Soyez assidus à prier aux heures et temps établis » (II, 1) ; « Au début du repas jusqu’à la fin vous devez écouter la lecture habituelle » (III, 2) ; « Quand vous sortez allez ensemble, lorsque vous êtes arrivés restez ensemble » (IV, 2) ; etc. Ainsi la vie d’Augustin va être délimitée par un certain nombre de prescriptions très terre-à-terre, comme celles que l’on vient de citer, qui vont l’accompagner toute sa vie puisque, même dans l’épiscopat, il continuera à vivre en moine, ayant transformé la maison épiscopale, où il était tenu de résider, en monastère de clercs.

La charité ne cherche pas ses propres intérêts Si l’on poursuit la lecture de la Règle (ce qui n’est pas long, dix pages d’un livre d’aujourd’hui), on s’aperçoit qu’au milieu du chapitre V, qui est sans doute le plus « technique » du point de vue monastique, Augustin élève le débat par un envol inattendu pour montrer dans quel esprit on doit mettre en pratique toutes ces observances terre-à-terre : En un mot, que nul d’entre vous ne fasse quoi que ce soit pour un profit personnel, mais que tous vos travaux soient accomplis pour l’utilité commune ; et cela avec un zèle plus grand et un élan plus assidu que si chacun de vous s’occupait de ses propres affaires et dans son intérêt propre. On dit, en effet, de la charité : Elle ne recherche pas ses propres intérêts (1.Co 13,5). Cela veut dire qu’elle fait passer les intérêts communs avant les intérêts personnels, et non pas les intérêts personnels avant les intérêts communs. Et pour cette raison, vous aurez la certitude d’avoir fait d’autant plus de progrès que vous aurez apporté plus de soin au bien commun qu’à vos intérêts personnels. Qu’ainsi l’usage indispensable de tous les biens passagers soit dominé par la charité qui demeure toute l’éternité. (V, 2) L’intérêt de ce passage est que, d’une part il est parfaitement accordé aux préceptes de la vie monastique mais que, d’autre part, il déborde très largement le cadre de cette vie monastique pour s’étendre à toute la vie chrétienne, notamment à celle qui s’écoule dans le monde.

La vie monastique est un carême permanent « Avant tout, vivez unanimes à la maison, ayant une seule âme et un seul cœur, tendus vers Dieu. N’est-ce pas la raison même de votre rassemblement ? » (I, 2). C’est par cette brève exhortation que débute la Règle, mais c’est aussi ce qu’Augustin demande à ses fidèles dans ses sermons pour le carême. Ainsi dans le sermon 205, 2 : « Vivez tous unanimes, tous, tant que dure ce pèlerinage terrestre… » Cette unanimité chez les chrétiens en Carême doit se traduire, comme dans la vie monastique, par leur assiduité à la prière, par l’écoute plus attentive de la parole de Dieu, par l’unanimité du comportement. Bien sûr, il est évident que le prédicateur ne pouvait pas demander à ses fidèles de se désapproprier de tous leurs biens comme l’avaient fait les « Serviteurs-de-Dieu-dans-le-monastère », mais de profiter du Carême pour faire des prodigalités envers les pauvres même s’ils n’ont pas l’intention de devenir pauvres eux-mêmes. On voit qu’ainsi les préceptes très simples de la Règle ont une portée beaucoup plus universelle. Celui qui veut vivre sérieusement sa vie chrétienne utilise le carême pour la radicaliser, comme le moine, par son choix de vie, a radicalisé la sienne. Dans les deux cas, l’observance des préceptes est là pour garantir l’authenticité de la démarche.

L’observance au service de la charité Tous les préceptes contenus dans la Règle de saint Augustin ont pour but de favoriser la vie chrétienne commune de manière à amener ceux qui observent ces préceptes à vivre de plus en plus en ayant « un seul cœur » comme les fidèles de la primitive Église de Jérusalem (cf. Ac 4,32). C’est ce qu’un augustin du XVIIe siècle, le P. Ange Le Proust (1624-1697) a bien exprimé dans son Traité de la Règle de saint Augustin [4] : Sa vertu est la charité qui est une vertu commune, mais elle l’envisage d’un air singulier qui fait son esprit spécial (…) car saint Augustin fait tourner toutes les vertus à cette intention charitable de rendre la voie de la perfection évangélique facile au prochain, par un enchaînement des cœurs dans les liens d’une charité réciproque et d’une communauté qui ne vise qu’à unir et à lier ensemble sous un même joug les particuliers, pour porter les faix les uns des autres, se rendant ce joug suave, et sa charge légère (…) pour s’entrefaciliter leur salut (…).Ainsi, toute la fin de sa Règle est la facilité de la perfection évangélique. Son esprit c’est de prendre tellement le joug de Jésus-Christ sur nous, que nous nous le rendions mutuellement suave et nous fassions sa charge légère (…). Or ce fut ce dessein qui retira saint Augustin de l’ermitage et de la vie d’anachorète qu’il souhaitait si fort. Mais Dieu, dit-il, l’empêcha pour l’appliquer à ne vivre pas pour soi, mais pour les autres, et pour établir cette voie si utile, à attirer, attacher, et à soutenir les âmes et les cœurs par ce mutuel secours dans l’union à Dieu, en sorte que toute la Règle ne vise qu’à enseigner à chacun ce qu’ils doivent penser, dire et faire les uns aux autres, mutuellement, pour s’entregagner à Dieu. L’observance des préceptes aide donc l’homme à aimer son prochain non en l’enfermant dans un carcan, mais en l’aidant à se libérer du péché et en le rendant libre. C’est ce qu’à la fin de la Règle Augustin souhaite : Que le Seigneur vous accorde la grâce d’observer tous ces préceptes avec amour comme des amants de la beauté spirituelle, répandant par votre vie la bonne odeur du Christ non pas servilement, comme si nous étions encore sous la Loi, mais librement, puisque nous sommes établis dans la grâce. (VIII,1) Jean Lédion, marié, trois enfants. Diplôme d’ingénieur, docteur d’État ès Sciences Physiques. Enseignant dans une école d’ingénieurs à Paris.

[1] Traités sur la 1ère épitre de saint Jean, VII, 8 (par exemple). [2] Cf. Confessions livre IX, III. [3] Sur la question de la Régle on se reportera très utilement aux travaux de L.Verheijen : La Régle de saint Augustin (2 tomes), Paris 1967 ; Nouvelle approche de la Régle de saint Augustin. t. 1 : Vie Monastique, n°8, Bégrolles en Mauge (1980), t. 2 : Institut Historique Augustinien, Louvain (1988). [4] Cité par L. Verheijen in Nouvelle Approche…, op. cit., t. 1, pp. 15-17.

LE PUZZLE: UNE PARABOLE

28 juin, 2016

http://www.centre-biblique.ch/echanges/1998/1998-1-a.htm

LE PUZZLE: UNE PARABOLE

Qui n’a pas fait un puzzle une fois ou l’autre ? Peut-être même un 2000 pièces, avec patience et courage. Ayant choisi le support, on prend les bords et les angles, et le cadre est posé en quelques heures. Si cette première étape n’est pas terminée, il ne sert à rien de mettre beaucoup de pièces à l’intérieur. Il n’est pas facile de trouver le bon emplacement pour chaque pièce, il faut souvent reprendre, permuter. Chaque morceau d’un puzzle a une place précise qu’on ne change pas sans dégâts. Ensuite, on peut assembler des morceaux qui paraissent correspondre, et il en sort l’ébauche d’un visage, d’une maison ou de quelque objet connu. A un certain moment, l’ami qui s’approche n’y voit encore rien. Ses réflexions négatives ne sont pas propres à nous encourager. Et pourtant un jour, le puzzle est terminé ! L’Eglise du Seigneur est comme un puzzle

Son cadre Le cadre a été établi dès le début de la formation de l’Eglise. C’est le domaine de la foi : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus » (Gal. 3. 26). La grâce de Dieu est offerte à tous, mais seuls ceux qui l’acceptent font partie de la vraie Eglise de Christ. La foi en la personne et en l’oeuvre de Jésus mort et ressuscité pour nos péchés donne un salut éternel. Cette foi est accompagnée ou suivie de la confession et de la repentance. Les vraies pièces du puzzle correspondent à ces personnes. Au delà du pourtour, il peut se trouver des personnes religieuses qui diront peut-être : Je ne suis pas un païen, j’ai été baptisé. Ce qui compte pour Dieu, c’est l’état des coeurs : ont-ils été lavés par le sang de Jésus et régénérés par l’Esprit de Dieu ? Si tel n’est pas le cas, ils ne font pas partie de l’Eglise de Christ ; ils sont comme les pièces d’un autre puzzle qui ne trouvent pas leur place.

Sa formation L’assemblage des pièces se fait par petites zones. Un dessin se profile en un endroit, mais il faut lui trouver sa vraie place, et ce n’est pas toujours évident. Lorsqu’un deuxième motif prend forme, on est parfois plus perplexe encore, ne voyant pas comment ces deux groupes peuvent s’ajuster. Il manque les pièces qui feront apparaître clairement ce qui les unit. L’ouvrage continue patiemment, laissant voir toujours mieux quelle en sera la finalité. Il en est ainsi de l’Eglise sur la terre. En cours de formation, son visage ne laisse pas facilement voir une véritable beauté. Tant de groupes épars, de diversité, de morcellement ! Le puzzle n’est pas facile à rassembler. Si l’on essaie, il faut vite abandonner. Mais heureusement, cela ne nous appartient pas ! Le Seigneur poursuit son oeuvre avec patience. Il a aimé cette Eglise en se livrant pour elle jusqu’à la mort. Il la sanctifie pour lui, il la purifie en la lavant par le moyen de sa Parole. Bientôt, il se la présentera glorieuse, sans tache, ni ride, sainte et irréprochable (Eph. 5. 25-27). Dieu a établi son plan, et il l’accomplira. Le tableau final sera visible dans le ciel. Sur la terre on ne voit que les pièces disparates d’un puzzle en travail. De petits groupes peuvent être une faible anticipation de ce que sera le tableau complet, mais il y manque encore bien des éléments pour qu’ils puissent se joindre. Lorsqu’un puzzle est en cours de réalisation, il doit être protégé. Sans mauvaise intention, un étranger risque de tout gâter en y mettant la main. Et si un farceur y introduit de fausses pièces, ce n’est qu’à la fin de l’ouvrage que celles-ci pourront être ôtées. La parabole de l’ivraie semée parmi le blé donne cet enseignement (Matt. 13. 24-30). L’aide de quelqu’un peut parfois être acceptée, à condition que cette personne s’y applique sérieusement. Il en est ainsi au cours de la formation de l’Eglise. Comparée à une construction, elle est à la responsabilité de l’homme. Chacun y apporte les éléments que le Seigneur manifestera un jour. Les matériaux nobles comme l’or, l’argent ou les pierres précieuses, subsisteront ; les autres comme le bois, le foin ou le chaume seront détruits (1 Cor. 3. 12-15). L’ouvrage n’a aucune apparence avant d’être terminé. Ne nous érigeons pas en juges du travail d’autrui. Les récompenses viendront plus tard. Pour l’instant, ayons une vision anticipée du résultat de l’oeuvre parfaite de notre Sauveur.

Ce qu’on en voit aujourd’hui Même quand les pièces d’un puzzle sont encore en vrac avant d’être vendues, chacun sait qu’il s’agit d’un puzzle. Lorsqu’il est en cours de construction, bien que nul ne puisse en discerner le dessin final, on sait aussi que c’est un puzzle. Pourquoi a-t-on tant de peine à parler de l’unité de l’Eglise, corps de Christ sur la terre ? Elle est en formation et Dieu seul peut vraiment la connaître. Ne soulignons pas ce qui semble démentir cette unité, voyons plutôt ce qui en est la preuve. De la vision qu’on en a aujourd’hui résulte la réalité de notre témoignage : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous » (Jean 13. 35). Le Seigneur Jésus a parlé de l’unité des siens quand il a prié pour eux. Il demande d’abord à son Père de les garder afin, dit-il, « qu’ils soient un comme nous » (Jean 17. 11). Cette unité-là est garantie par Dieu le Père. Elle est inaltérable, étant basée sur l’oeuvre de Jésus accomplie à la croix. C’est l’unité de ses propres disciples et de tous ceux qui ont été ajoutés au cours des siècles. Ensuite, le Seigneur précise qui sont ceux pour lesquels il prie : « Je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole » (v. 20). Sachant que la dispersion des disciples dans le monde est inévitable, Jésus dit alors : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé » (v. 21). Cette unité-là n’est pas évidente pour le monde, un peu comme un puzzle en préparation. Cependant, une vérité est soulignée : « qu’eux aussi soient un en nous ». C’est donc en Jésus et en Dieu le Père que l’unité des croyants est établie. Dans la mesure où ils se tiennent près du Seigneur, ils peuvent aussi faire voir autour d’eux la nature identique qui les caractérise. Leurs différences ne sont pas effacées, mais utilisées par Dieu pour être complémentaires. Un peu comme les pièces d’un puzzle qui s’emboîtent les unes dans les autres.

L’ouvrage est bientôt complet Le but final sera atteint quand Jésus introduira son Eglise dans la gloire céleste. Alors tous seront dans une unité parfaite et le monde connaîtra que le Père a envoyé son Fils et qu’il a aimé ses rachetés du même amour que son Fils lui-même (v. 23). Le tableau merveilleux que présentera l’ensemble des rachetés du Seigneur, son Eglise bien-aimée, son Epouse pour l’éternité, sera tout à la gloire de Jésus qui sera, « dans ce jour-là, glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thes. 1. 10). Chaque chrétien est une pièce du puzzle, mais chacun est aussi l’un des constructeurs. Ne nous permettons pas de préparer notre petite zone et de la placer où bon nous semble. Sa position dépend du plan d’ensemble et de sa relation avec les autres pièces. Aucun espace vide ne subsistera quand tout sera terminé. Pour l’instant, alors que l’image se concrétise, laissons le maître d’oeuvre attribuer à chacun sa place en faisant se joindre parfaitement toutes les pièces et tous les groupes de pièces. L’Eglise est comparée à un corps dont tous les membres et tous les organes ont leur place et leur fonction. Il est en formation sur la terre, mais il possède déjà les caractéristiques d’un organisme fonctionnel (1 Cor. 12). Il sera complet lorsque le Seigneur recueillera ses rachetés et que l’Assemblée lui sera unie comme le corps l’est à la Tête (Eph. 1. 22, 23). Pour qu’une église locale puisse déjà maintenant montrer quelque chose de l’image finale, elle se tiendra séparée du mal sous toutes ses formes et sera réunie au seul nom de Jésus (Matt. 18. 20).

F. Gfeller

 

LÉVITIQUE 24-25 – 8. VIVRE PAR LA FOI

20 juin, 2016

http://www.aepeb.be/liege/Croire/mediter/levitique.htm

LÉVITIQUE 24-25 – 8. VIVRE PAR LA FOI

Dieu nous veut différents à cause de lui. Sa sainteté doit se refléter dans nos vies. Nous devons apprendre à compter avec lui, et sur lui. Vivre pour lui = vivre par la foi = accepter des risques. On doit laisser partir le filet de sécurité que nous tissons autour de lui en nous imaginant que nous sommes ainsi sous protection, et dépendre de lui. Lui seul est notre sécurité. Les catastrophes multiples de ces derniers temps nous montrent l’insécurité dans laquelle nous vivons. Mais en vivant par la foi, nous pouvons dormir en paix.

1. Prendre Dieu au sérieux    24.10-23 Un incident est intercalé dans le texte. Quelqu’un jure lors d’une dispute. Il “blasphéma et maudit le Nom par excellence”. Mais pourquoi s’en faire ? Cela arrive tout le temps. Un langage vulgaire est tellement banal de nos jours. Pourquoi en faire toute une tartine ? Après tout, quand on est énervé ou en colère, il ne faut pas prendre à la lettre tout ce qu’on peut dire. Donc, quand on est énervé, on peut briser tous les tabous. Tabous ? Mais y en a-t-il encore ? Dieu semble avoir un autre avis. Jurer, “prendre le Nom de Dieu en vain” prouve que Dieu est en fait absent dans nos vies, que nous ne sommes que des hypocrites. Et c’est bien pire ici que ce que dit Ja 3.9,10. La sentence reflète l’opinion de Dieu, la seule qui compte vraiment ! Et les accusateurs/témoins sont appelés à exécuter la sentence (ce qui en ferait hésiter plus qu’un avant de » passer à l’accusation !). Au fait, Dieu est-il en sécurité dans ma bouche, Mt 6.9 ? L’homme en question était à moitié étranger. Le passage suivant rappelle que la Loi est la même, et ajoute que Dieu exige une vraie justice, sans vengeance ni vendette, pensez à Gen 4.23,24, et les pratiques moyenâgeuses d’autrefois comme d’aujourd’hui encore. Nous devons prendre Dieu au sérieux dans sa sainteté et sa justice, même quand on se dispute.

2. Le risque de la foi Dieu semble aimer provoquer un comportement à risque (dîme : mais qui peut se permettre de perdre 10% de son revenu ?, sabbat : qui a du temps à perdre ainsi, on a toujours trop à faire) ! Mais en Lév 25, le goût du risque est poussé très loin : une année sabbatique, voir deux années de suite en cas de Jubilé, sans semailles ni moissons ! Une attaque frontale contre le “toujours plus” qui fait de tant de gens des esclaves. Mais est-ce seulement une règle d’agriculture ? A quoi occuper cette année différente ? Cf. Dt 31.10-13 et son accent sur les semailles et moissons d’un autre genre. Pas très réaliste ? Il faut quand même vivre ! Cf. Lév 25.18-22 : C’est la promesse de Dieu qui fait vivre. Quand on fait ce qu’il ordonne on peut faire confiance qu’il pourvoira. Voyez cela dans le don de la manne en Ex 16 et la provision double avant le sabbat. Praticable ? Non, mais la foi ne l’est pas par définition ! Cf. Néh 8.17 et 2Chr 36.21 : On ne l’a pas fait, probablement parce qu’on n’a pas voulu prendre le risque. Mais obéir à Dieu comporte toujours des risques. Et comment vous occupez-vous aux semailles et moissons spirituelles ? Quelles risques acceptons-nous pour notre foi ?

3. Libre ! Tous les 50 ans tous les compteurs remis à zéro dans cette année de la libération que fut l’année du Jubilé. Tout le monde retrouva ses terres. Les esclaves, obligés de se vendre par pauvreté, retrouvèrent la liberté. Il n’t avait donc pas de perte définitive. Cf. :23 : Dieu est le vrai Propriétaire de son pays et de son peuple. Les descendants ne seraient donc pas lésés à tout jamais par la malchance ou la mauvaise gestion de quelq’un. Le rachat par un riche parent  pouvait aussi changer la donne, et changer le sort des pauvres, :23-28, cf. Ruth et Boaz. L’accomplissement de tout cela se trouve en Jésus : Luc 4.17-21. Il est ce proche parent qui nous rachète et il introduit en sa Personne et par son oeuvre l’année de grâce dans laquelle nous vivons encore. Cela nous permet de vivre libre, et de choisir un comportement qui honore Dieu.

Le choix     par Max LucadoIl fait calme. Il est encore tôt. Mon café est bien chaud. Le ciel est encore sombre. Le monde dort encore. Un nouveau jour est sur le point de naître. Il nous enveloppera avec la levée du soleil. Le silence de l’aurore sera noyé dans le bruit de la nouvelle journée. Le calme de la solitude sera remplacé par le pas bruyant de la race humaine. Le refuge de l’aube sera envahi par les décisions à prendre et l’horaire à respecter. Les douze heures qui viennent me présenteront les demandes de ce nouveau jour. C’est donc maintenant que je dois faire mon choix. A cause de Golgotha, je peux choisir. Alors, je le fais. Je choisis l’amour … Aucune occasion ne justifie la haine; aucune injustice n’excuse l’amertume. Je choisis l’amour. Aujourd’hui, j’aimerai Dieu et j’aimerai ce qu’il aime. Je choisis la joie … J’inviterai mon Dieu à être le Dieu de toute circonstance. Je refuserai la tentation d’être cynique, l’instrument de celui qui est trop paresseux pour réfléchir. Je refuserai de voir les gens autrement que comme des êtres humains, créés par Dieu. Je refuserai de voir un problème comme autre chose qu’une occasion pour voir Dieu. Je choisis la paix … Je vivrai une vie pardonnée. Je pardonnerai pour que je puisse vivre. Je choisis la patience … Je ne ferai pas attention aux déconvenues du monde. Au lieu de maudire celui qui prend ma place, je l’inviterai à le faire. Plutôt que de me plaindre qu’il faut toujours attendre trop longtemps, je remercierai Dieu d’avoir un petit moment pour prier. Au lieu de m’énerver devant encore des choses à faire, je leur ferai face avec joie et courage. Je choisis la gentillesse … Je serai gentil avec les pauvres, car ils sont seuls. Je serai gentil avec les riches, car ils ont peur. Et je serai gentil avec ceux qui ne le sont pas, parce que c’est ainsi que Dieu a fait avec moi. Je choisis la bonté … Je préférerai avoir moins d’argent plutôt que d’être malhonnête. J’accepterai d’être oublié plutôt que de me vanter. Je confesserai avant d’accuser. Je choisis la bonté. Je choisis la fidélité … Aujourd’hui, je tiendrai mes promesses. Ceux à qui je dois quelque chose ne regretteront pas qu’ils m’aient fait confiance. Ma femme n’aura pas à douter de mon amour. Et mes enfants ne craindront jamais que leur papa ne rentrera pas. Je choisis la douceur … Rien n’est gagné par la force. Je choisis d’être doux. Si j’élève la voix, que ce soit seulement pour louer. Si je serre mes poings, que ce soit seulement pour prier. Si j’exige quelque chose, que ce soit seulement de moi-même. Je choisis le contrôle de soi … Je suis un être spirituel. Quand mon corps mourra, mon esprit s’envolera. Je refuserai de permettre à ce qui doit pourrir de dominer sur ce qui est éternel. Je serai ivre, mais de joie seulement. Je serai passionné, mais seulement pour ma foi. Je serai sous la seule influence de Dieu. Je me laisserai enseigner seulement par le Christ. Je choisis le contrôle de soi. Amour, joie, paix, patience, gentillesse, bonté, douceur et contrôle de soi. Je dédie cette journée à ces choses. Si je réussis, je rendrai grâces. Si je passe à côté, je chercherai sa grâce. Et ensuite, quand cette journée aura pris fin, je mettrai ma tête sur mon oreiller et je me reposerai.

Tiré de : When God Whispers Your Name, (Thomas Nelson, 1999) Max Lucado

La foi peut prendre des risques parce que la grâce ne fera jamais défaut. Celui qui met en Jésus une pleine confiance, jamais ne chancelle plus, complète est sa délivrance. Par la foi nous marcherons, par la foi nous triomphons par la foi mon Rédempteur nous rendra plus que vainqueurs ! Dans les jours d’adversité, quand tu sens gronder l’orage, regarde en sécurité à Christ et reprends courage ! Quand Satan veut te troubler, enlever ton espérance, ton passé te reprocher, que Christ soit ton assurance ! Par la foi, nous marcherons, en comptant sur ses promesses, par lui nous triompherons en tout temps de nos détresses !                                                                                                                                         

PAROLE DE DIEU ET PRIÈRE CHRÉTIENNE – JÉSUS-CHRIST PLÉNITUDE DE LA RÉVÉLATION

14 juin, 2016

http://j.leveque-ocd.pagesperso-orange.fr/parole.pri.htm

PAROLE DE DIEU ET PRIÈRE CHRÉTIENNE  – JÉSUS-CHRIST PLÉNITUDE DE LA RÉVÉLATION  

Seule la foi en Dieu qui s’intéresse à l’homme nous permet de saisir les Écritures comme sa parole vivante pour aujourd’hui. Seule l’adhésion à Jésus envoyé de Dieu, mis à mort et maintenant dans la gloire, nous ouvre au sens ultime et définitif des paroles que Dieu a prononcées dans l’histoire et qu’il a voulu transmettre au monde entier. Dieu, qui ne cesse d’agir (Jn 5, 17), a longuement commenté son œuvre par ceux qui la racontaient sous forme de récits imagés ou de fresques catéchétiques, par les psalmistes qui la chantaient, par les sages qui la méditaient, ou par les prophètes qui la dévoilaient aux croyants ou qui l’annonçaient pour l’avenir. Puis le Fils unique, de sa voix d’homme, a « raconté » Dieu que personne n’a jamais vu (Jn 1,15). Et désormais ce que le croyant écoute et interroge comme parole de Dieu, c’est à la fois ce récit du Fils et toute la gangue de prophéties, de souvenirs et de témoignages qui fait corps, en amont et en aval, avec l’événement « Jésus-Christ ».   La Parole de Dieu, incarnée dans une culture, déborde toute limite et s’adresse aujourd’hui à toute personne humaine Chaque fois que nous ouvrons les Ecritures, notre foi, même hésitante, même balbutiante, est déjà impliquée et requise. Nous lisons pour mieux croire, et déjà il nous faut croire pour lire. Pour nous, disciples du Christ, toute écoute de la Parole est compromettante, et toute fréquentation de l’Écriture nous replace devant les multiples paradoxes de la Révélation. La parole de Dieu est à la fois d’hier et d’aujourd’hui, non seulement parce qu’aujourd’hui je m’y réfère, mais surtout parce qu’aujourd’hui encore Dieu continue de parler par ces textes qui sont porteurs de l’Esprit et de la vie (Jn 6, 63). Je dois rejoindre cette parole en son lieu et en son temps, en traversant toute une distance culturelle, mais en même temps cette parole, de par une pertinence qui est le secret de Dieu, me rejoint en mon temps et en mes lieux, pour affranchir ma pensée et éclairer mon agir. L’Écriture est parole de Dieu en langage d’hommes, car c’est toujours un homme qui dit ce que Dieu a dit. Dieu, pour se dire à nous, utilise les richesses d’une ou deux langues humaines, mais il en assume aussi les contraintes et les limites. L’Écriture est parole pour tous les peuples dans les mots d’un seul peuple. Le message, de soi universel, s’incarne dans une culture particulière, et pour que chaque peuple de la terre «entende annoncer dans sa langue les merveilles de Dieu (Ac 2,11), un labeur herméneutique sera nécessaire, qui est de nos jours à peine commencé. Autre paradoxe, qui n’est pas moindre: Dieu, qui parle toujours à partir de lui-même, a confié sa parole à une communauté vivante et confessante. Le même Dieu, qui a voulu que sa parole fût écrite, a voulu, dans un même dessein, la communauté missionnaire qui la porte depuis la première heure. Il n’y a jamais eu d’Ecriture sans Église, et en ce qui concerne la nouvelle Alliance, c’est la même communauté qui a commencé à vivre du message de Jésus, en a témoigné, puis a mis par écrit ses témoignages, et ultérieurement a fixé les frontières des Ecritures où elle reconnaissait sa foi. C’est elle encore qui recueille en sa mémoire le trésor des interprétations que les peuples proposent en tout temps et en tout lieu de cette parole advenue une fois pour toutes. Enfin le disciple du Christ, appelé à vivre personnellement de sa parole, l’accueille toujours au sein du peuple des croyants, dont il reçoit à la fois la lumière pour sa compréhension du message et l’impulsion pour sa fidélité. Le lieu privilégié pour cette écoute croyante est la liturgie de la parole, liée par Jésus lui-même à l’Eucharistie de sa dernière cène.   la Parole de Dieu, forme de sa présence, source de lumière, de force et de liberté Accueillie dans la foi en dépit de ces paradoxes parfois déroutants, la Parole accomplit progressivement en nous son œuvre d’engendrement des fils et des filles de Dieu (Jc 1,18; 1 P 1, 23). L’écoute de la Parole nous apporte la certitude, sensible ou non, de la présence de Dieu. Dans sa condition terrestre, nul homme ne peut voir Dieu; mais par le fait même qu’il s’adresse à nous, Dieu atteste sa présence et son désir de réciprocité. En faisant place à sa parole à l’intime de nous-mêmes, nous nous rendons à notre tour présents à lui; et plus sa parole nous devient familière, plus notre relation à lui tend à la permanence. Comme Jésus le dit lui-même en Jn 15, 7 : lorsque ses paroles demeurent en nous, nous demeurons en lui.  La Parole, qui nous rejoint dans notre quotidien, projette sa lumière sur le dessein de Dieu, sur Dieu lui-même, et sur les chemins qu’il aime prendre pour se révéler et se donner à nous. Elle illumine notre propre cheminement vers Dieu (Ps 119,130; Ep 1, 18 ; 2 P 1, 19), sans que nous puissions retenir à volonté cette lumière, pas plus que les Hébreux au désert ne pouvaient garder la manne (Ex 16, 17-21), et souvent seule est éclairée la route d’aujourd’hui. « Ta parole est une lanterne (nër) pour mes pas », dit le Psalmiste (Ps 119, 105), et l’image prend ici tout son sens: la lanterne ne projette qu’une lueur assez pauvre; mais la merveille, avec une lanterne, c’est que la lumière avance avec celui qui la porte. De même, à l’ordinaire, la Parole n’éclaire pas loin devant; mais le croyant verra toujours assez clair pour faire dans la foi les deux pas que Dieu lui demande. Souvent aussi la lumière de la Parole laisse dans l’ombre notre route et se fixe comme obstinément sur Dieu, son Christ, et leur mystère. Nous sommes alors invités à rejoindre notre projet de croyants par le détour de l’adoration.  À la mesure même de la lumière qu’elle diffuse en nous, la Parole est source de force. Elle dit, pour aujourd’hui et pour l’eschaton, le sens de ce que nous vivons, personnellement et communautairement; elle enclôt d’avance notre survie dans la vie de Dieu et du Ressuscité; elle rappelle de mille manières l’alliance que Dieu a passée pour toujours avec les hommes, et confronte chaque jour le disciple du Christ au oui décisif de son baptême. En toute joie et toute épreuve, le croyant se découvre ainsi précédé et attendu, compris et pardonné, et il acquiert progressivement «la sagesse pour le salut» (2 Tm 3,15). Saint Paul parle, en ce sens, de la «constance» et du «réconfort» qu’apportent les Ecritures (Rm 15,4) et qui permettent d’avancer dans l’espérance. Enfin la Parole, en nous faisant entrer dans les vues de Dieu, nous établit peu à peu dans la liberté. « Si vous demeurez dans ma parole, dit Jésus, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jn 8, 31s). Plus profonde encore que toute liberté politique et toute autonomie intérieure, la liberté à laquelle le Maître nous fait accéder est sa propre liberté de Fils, à l’aise pour toujours dans la maison du Père (Jn 8, 35), et le chemin pour y parvenir est l’écoute du disciple qui se laisse remodeler par la parole du Christ. Celui-ci est à lui seul toute la vérité de Dieu, tout ce que Dieu dévoile de lui-même, et le lien est direct entre l’accueil de la parole, l’accueil du Fils qui est vérité, et la nouvelle liberté du chrétien: « Si le Fils vous libère, vous serez vraiment libres » (Jn 8,36).    s’imprégner patiemment et humblement de cette Parole  Dans le concret de notre vie de croyants, l’écoute de la Parole ne connaît pas d’autre loi que la foi de l’Eglise, ni d’autre contrainte que notre respect de Dieu qui parle. Chacun entend avec son cœur et scrute avec son intelligence; chacun se libère pour l’écoute selon son désir de lumière, et le temps que nous accordons chaque jour à l’accueil de la Parole mesure souvent la gratuité de notre amour de Dieu. Le disciple chrétien se fait un devoir et une joie d’aborder la Parole avec toutes ses ressources intellectuelles et d’amener peu à peu sa culture biblique au niveau de sa culture générale. Mais de toute façon, quel que soit le travail consenti pour une meilleure connaissance de la Parole, la prière se situe à un autre niveau. Non pas que recherche et prière soient le moins du monde antagonistes; mais après le travail qui fait parler le texte, la prière, toujours humblement, se propose de laisser Dieu parler par ce texte, ou de ressaisir pour parler à Dieu les mots que lui-même nous a donnés. «Unifie mon cœur pour qu’il révère ton Nom », demandait le Psalmiste (Ps 86, 11). Cette grâce d’intégration, Dieu l’accorde dans l’acte de la prière. L’homme, peu à peu, sans préjudice de l’intellect, laisse vivre en lui-même le cœur et le désir. Un instant son attention adhère encore au texte, pour laisser s’imprimer une image, pour recadrer une scène, suivre des yeux un personnage ou les phases de l’action. Mais souvent il n’y a rien à voir, ou le regard lui-même se recueille, et la Parole, alors, pénètre par lente imprégnation. Dans la paix que Dieu donne, la prière se fait pauvre: seuls rebondissent, de loin en loin au fond du cœur, quelques mots qui nous disent Dieu ou qui nous disent à Dieu.  À vrai dire la pauvreté requise est bien plus radicale encore, car seul l’Esprit de Dieu nous introduit dans sa parole. Jésus le souligne dans son discours d’adieux : «Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Lorsque viendra l’Esprit de la vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière» (Jn 14, 26; 16, 13). Seul l’Esprit du Ressuscité peut rendre vivantes en nous ses paroles. Il enseigne en remémorant, et la vérité qu’il déploie pour nous au long du temps de la mission est toujours déjà dans ce que Jésus nous a dit. La prière de l’Église et notre propre prière sont portées constamment par cette anamnèse actualisante qui est l’œuvre du Paraclet : «Il me glorifiera, disait Jésus, parce qu’il recevra de ce qui est à moi et il vous l’annoncera» (Jn 16,14). Ainsi, partout dans l’Eglise où la Parole est annoncée, commentée, partagée, et dans chaque cœur où elle est accueillie, l’Esprit est à l’œuvre, glorifiant le Fils, révélant son unité indicible avec le Père. Cela passe par nous; cela se passe en nous. C’est, pour tout baptisé, le quotidien de sa vie trinitaire.  

OUVRIR LA PORTE DE LA CHAMBRE…

13 juin, 2016

http://www.garriguesetsentiers.org/2015/03/ouvrir-la-porte-de-la-chambre.html

OUVRIR LA PORTE DE LA CHAMBRE…

Publié le 25 mars 2015 par Garrigues et Sentiers

Une réponse à ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre Nous n’en sommes plus aujourd’hui à savoir demeurer en repos dans une chambre. Il est nécessaire d’ouvrir la porte de sa chambre sur le monde qui s’offre à nous non pas sur ce qu’il a de violent mais sur ce qu’il peut nous apporter de plus pour compléter notre paix intérieure. Jésus n’est pas un spécialiste de l’au-delà et c’est encore moins la spécialité de l’Institution ecclésiale. Nous répétons le Credo comme le bon écolier ses tables de multiplication mais à part « a été crucifié, est mort et a été enseveli… le troisième jour est ressuscité » et « je crois à la Vie Éternelle », le reste laisse fort à désirer ! Quand Jésus parle du Royaume de Dieu dans Marc 4,30 il se demande à quoi le comparer : « Comment allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? ». Le chapitre 13 de Matthieu ne contient pas moins de 7 paraboles sur les possibilités de comparaison. On pense tout de suite aux 7 jours de la Création du monde, bien sûr, ce qui signifie que ce Royaume de Dieu naît dès cette terre en nous, grandit en nous et arrive à sa maturité en nous. Il n’est pas tenu compte du passage d’état de vie terrestre à celui de vie éternelle. Chacun de nous est invité à le rechercher en soi et à en vivre dès cette vie. Pour l’atteindre, c’est grâce aux Béatitudes et plusieurs autres textes d’Évangile incitant à plus d’humanité envers les plus pauvres que nous savons vers quoi il faut se diriger. Mais cet idéal de vie semble quasi inatteignable car nous pouvons arriver à vivre une des Béatitudes mais jamais toutes et encore la vivons-nous mal, d’où le petit nombre d’élus ; mais il y a beaucoup d’appelés et Dieu est patient. Sa patience va bien au-delà de nos quelques décennies d’existence humaine. Ces appelés continueront à être certainement appelés dans leur après-vie puisqu’il n’est pas tenu compte de la mort biologique et là ils entendront peut-être mieux l’appel que sur la terre avec toutes ses sollicitations matérielles. Il y a une autre parole de Jésus : « Vous aurez toujours des pauvres » qui veut dire qu’aucun gouvernement non plus, même le plus démocratique qui soit, ne pourra jamais atteindre l’idéal Évangélique même en traînant le socle des Droits de l’Homme derrière lui. Tout au plus pouvons-nous, nous tous, approcher au plus près de ces valeurs. Ainsi le disciple du Christ aura toujours à mener une action contre la pauvreté. Jésus termine son discours parabolique par Matthieu 13,49 « À la fin du monde les Anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justes pour les jeter dans la fournaise ardente ». Jésus déjà se trompe sur la fin du monde qu’il croit devoir arriver dès sa génération. Il est clair aussi qu’il ignore tout de ce qui se passera à la fin de la vie de chacun. S’il y a plusieurs demeures dans le Royaume de Dieu, il y a une vie éternelle différente pour chaque « juste ». Mais qu’est-ce que la fournaise ardente ? De nombreuses fois, après Jean-Baptiste dans un premier temps, Jésus évoque le feu, la fournaise pour les méchants ! Bien sûr il pressent qu’un être humain qui a refusé sciemment l’Amour chaque jour de sa vie et a fait de celle-ci un chemin de haine et de violence ne pourra pas accéder à ce Royaume de Dieu. Mais alors que devient-il ? Jésus n’en sait rien sauf que le traitement sera le même pour tous les méchants Matthieu 13,49 : « là où il y a des pleurs et des grincements de dents ». Il ira dans un endroit qui ressemble fort à la terre où il y sera « jeté » donc il perdra tout ce qui faisait l’essence de son être, toute sa personnalité. Mais si cette personnalité n’était faite que de violence et de haine il vaut mieux pour lui qu’il la perde pour repartir à zéro. Dans la parabole de Lazare et du riche Luc 16,19-30 nous retrouvons cette explication de la séparation du bien et du mal plus détaillée et surtout celle-ci ne se fait plus à la fin des temps mais à la fin de la vie de chacun. Luc a dû vivre après la génération de Jésus pour s’apercevoir qu’il n’y avait pas eu de fin du monde de son temps et il n’en parle pas. Il n’est plus question de fournaise mais de l’Hadès qui est le séjour des morts. Dans Luc 16,26 il est question de cet abîme entre nous (Abraham et Lazare : le Paradis) et vous (le riche et l’Hadès). Cet abîme me semble fort être celui qui existe entre cette vie sur terre et la Vie Éternelle. N’est-ce pas la terre le séjour des morts ? Toutes nos morts, comme la mort, nous ne les connaissons que sur terre. C’est aussi sur terre que commence l’éveil là où le riche commence à évoluer et à penser aux autres, ses frères. N’avons-nous jamais réfléchi à cette parole bizarre de Jésus (toujours Luc 9,60) : « Suis moi, laisse les morts enterrer leurs morts mais toi va annoncer le Royaume de Dieu ». Nous sommes parmi ces morts complices même de ces morts et la seule façon de nous sortir de toutes nos morts et de la mort elle-même c’est de suivre Jésus, c’est-à-dire de tenter de vivre selon son message d’Amour. Jésus est le chemin, le meilleur sans doute pour atteindre le Royaume de Dieu mais un chemin parmi d’autres. Seul l’Esprit-Saint, l’Esprit d’Amour peut dire « Je suis la Vérité » car il n’est pas une personne, contrairement à son statut dans la Trinité. On ne sait trop comment le qualifier. Il est semblable à la fois à une atmosphère et à un horizon chargés d’amour, la Parole Evangélique n’étant qu’une composante de cette « Vérité » que personne ne peut détenir et surtout pas l’Institution ecclésiale. Celle-ci, quand elle bute sur un fait « religieux », emploie le mot mystère alors que de sa part ce n’est qu’une ignorance. Cet Esprit-Saint, cet Esprit d’Amour, nous fait généreusement la grâce de nous offrir plusieurs religions dans le monde y compris le Bouddhisme et l’Hindouisme et chacune de ces religions comporte une ou plusieurs vérités. Ces deux dernières religions sont très différentes des religions monothéistes. Pourtant toutes ces religions sont complémentaires. La première complémentarité qui nous saute aux yeux c’est celle existant entre le Judaïsme et le Christianisme car le second testament ne va pas sans le premier et les juifs commencent depuis un certain temps à se pencher sur l’existence de ce Jésus qui était juif comme eux, cependant sans le reconnaître comme Messie. Pour les Musulmans Jésus était un prophète et non le Fils de Dieu mais ils ne nient pas l’existence de Jésus, ils refusent simplement sa mort sur une croix. Et pour nous chrétiens Jésus était Fils de Dieu mais il était aussi prophète et n’a-t-il fait aucune erreur dans ses visions ? Donc il y a pour nous un apport des autres religions. J’en viens à une complémentarité plus délicate Jean 5,29 « Et sortiront ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de Vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement ». Qu’est ce qu’une résurrection de jugement ou résurrection de mort pour l’opposer à celle « de Vie » ? Je ne vais pas m’étendre là-dessus car ce n’est pas notre culture. Mais quand le Dalaï-lama dit : « Cette vie est comme une école où les écoliers passent d’une classe à une autre, la deuxième classe étant supérieure à la première. Si l’un de ces écoliers a mal travaillé il devra redoubler. Il en va de même pour les existences sur terre ». Les redoublements étant minoritaires, je ne suis pas loin d’être de son avis. Jésus est bien venu s’incarner sur terre alors qu’il était « auprès du Père ». Pourtant Lui n’avait nul besoin d’un redoublement mais l’Esprit d’Amour fait sans doute à certains élus la grâce de l’offre du choix de revenir sur terre pour accomplir une mission. C’est là que se trouve la complémentarité et non l’opposition avec le Bouddhisme et l’Hindouisme. À nous chrétiens il nous manquera toujours une vérité : la vérité des autres religions car nous ne voulons pas envisager une vérité supplémentaire à la nôtre un peu par orgueil et surtout en pensant détenir la « Vérité » dans sa totalité. Pourtant si Jésus ne savait pas tout, s’il s’est trompé sur la fin du monde et si de plus les récits sur la Résurrection ne sont que symboliques comme il est à prévoir, l’Esprit-Saint veut peut-être nous inviter à regarder plus loin dans l’esprit de notre temps. L’existence de plusieurs religions n’est pas un hasard. Jésus dit à ses apôtres qu’il leur enverra un autre défenseur mais il se trouve que le Christianisme n’a pas le monopole de l’Esprit-Saint. Il a celui de Jésus-Christ. Quant à l’Esprit-Saint celui-ci se répand aussi dans les autres religions et leurs voies de salut. Il faut ouvrir la porte de notre chambre intérieure et regarder un peu dans celle du voisin. L’Esprit-Saint c’est aussi l’infini de l’Amour qui peut venir habiter un seul être humain sur cette terre. Quand aux élus pas forcément chrétiens ou croyants c’est peut-être aussi une mission qui les attend après leur mort au sein même du Royaume de Dieu.

Christiane Guès

QUELLE EST LA PLACE DE L’ÊTRE HUMAIN DANS L’UNIVERS ?

23 mai, 2016

http://www.taize.fr/fr_article3646.html

QUELLE EST LA PLACE DE L’ÊTRE HUMAIN DANS L’UNIVERS ?

L’Antiquité voyait le monde comme une maison à trois étages : en haut le ciel, demeure de Dieu et de ses anges, sous la terre le royaume des morts, et au milieu la terre, peuplée par les plantes, les animaux et les hommes. Dans un tel univers, l’importance de l’être humain semblait aller de soi. Situé entre le monde divin et le monde créé, il était appelé à être le médiateur entre les deux. La science moderne a radicalement transformé cette façon de voir. Perdus sur une petite planète tournant autour d’une étoile parmi des milliards, dans une galaxie moyenne en un univers en continuelle expansion, la prétention à nous attribuer une place centrale dans l’ordre des choses semble avoir quelque chose de démesuré, voire d’aberrant. Mais voici que l’homme biblique pouvait faire la même expérience. Dans le psaume 8, quelqu’un regarde le vaste ciel nocturne, peuplé d’étoiles, et un cri vient spontanément à ses lèvres : « Qu’est donc le mortel pour que tu penses à lui, le fils d’Adam pour que tu t’en soucies ? » (v. 5). L’immensité de l’univers avait donc quelque chose d’écrasant pour lui aussi. Dans le verset suivant, cependant, le psalmiste retrouve son aplomb dans une conviction qui lui vient de la foi : « À peine le fis-tu moindre qu’un dieu. » La place de l’être humain dans l’univers provient en dernier lieu d’une relation avec la Source de toute vie. Dieu ne l’a pas choisi parce qu’il était le plus impressionnant des êtres ; en soi, fragile et petit, l’homme est effectivement peu de chose. Sa grandeur vient non de ses qualités mais de l’appel divin : Dieu l’a élu « pour qu’il domine sur l’œuvre de [s]es mains » (v. 7). Ici nous rencontrons un autre problème. Le mot « dominer » peut avoir des connotations négatives. Les humains ont-ils le droit, voire le devoir, d’imposer leur volonté sur l’ensemble de la création ? N’est-ce pas cette exploitation débridée de la terre par l’humanité qui a créé tant de dégâts, dont les conséquences sont évidentes aujourd’hui ? Le verbe traduit par « dominer » se réfère en premier lieu à l’activité d’un roi. Et en Israël, le roi n’avait pas comme tâche d’opprimer le peuple, mais d’assurer la justice et la paix dans la société. Il devait utiliser son pouvoir pour faire en sorte que les puissants n’écrasent pas les faibles, que l’harmonie règne entre les différents groupes. De même, le rôle des humains est présenté dans la Bible comme celui d’employer leurs dons d’intelligence et de créativité pour rendre l’univers plus habitable pour tous les êtres. Et dans cette recherche de la paix cosmique, ils doivent commencer par la paix intérieure qui vient de leur communion avec Dieu, Source de paix. Sinon, ils ne font que projeter leurs propres divisions sur le monde autour d’eux.

Comment lire aujourd’hui les récits bibliques de la création ? Il est évident que les récits de la création au commencement de nos bibles ne sont pas écrits selon l’optique de la science moderne. Dès lors, certains voudraient les rejeter sans appel. D’autres, par réaction, s’efforcent de prouver qu’ils décrivent mieux la réalité que les théories modernes. Peut-on dépasser ce qui semble souvent être un dialogue de sourds ? Tout d’abord, le prétendu conflit entre la foi et la science trouve peu d’appuis dans les textes eux-mêmes. Le premier chapitre du livre de la Genèse est « scientifique » à sa façon, parce qu’il témoigne de pouvoirs d’observation minutieux et d’une aptitude pour la classification. Par exemple, au verset 12, les différents genres de plantes sont soigneusement distingués les uns des autres, en toute vraisemblance selon le mode de reproduction : les herbes sans semence visible, les grains portant semence, les arbres avec la semence cachée dans le fruit. Seulement, ce n’est pas la science de nos jours, car les auteurs bibliques n’avaient ni la méthodologie ni les instruments dont nous disposons. Mais la véritable différence entre les récits bibliques et une étude scientifique des origines de l’univers ne consiste pas tant dans la méthode employée que dans les questions posées. Les physiciens et les biologistes de notre temps s’intéressent avant tout aux mécanismes par lesquels le monde et la vie ont été formés, et qui leur permettent de continuer à fonctionner. Les auteurs bibliques avaient une tout autre préoccupation : ils voulaient exprimer la continuité entre l’histoire d’Israël avec son Dieu, d’une part, et l’humanité et l’univers dans son ensemble, de l’autre. Ils voulaient faire comprendre que leur Dieu était vraiment universel, impliqué à fond dans l’existence et le sort de tout ce qui existe. De plus, ils voulaient montrer comment le monde tel que nous le connaissons découle de l’identité de ce Dieu. Qu’est-ce qui fait partie de ses traits essentiels en tant que créé par Dieu, et qu’est-ce qui, par contre, n’est pas en conformité avec son statut de création divine ? Comprendre nos origines de cette manière, c’est trouver les bases qui nous permettent de vivre comme il faut. Le souci des auteurs bibliques est tout sauf théorique. Leur recherche fait partie de ce que la Bible appelle la sagesse, la tentative de mener une existence en harmonie avec le réel. Voir dans les récits bibliques de la création une alternative aux théories scientifiques ou un film de « comment c’était réellement », c’est se vouer à la déception. Si nous cherchons par contre à comprendre la signification de notre existence, nous pourrons y trouver des intuitions qui vont loin. Si tout remonte en définitive à Dieu, la relation avec lui donne la clé pour nous situer dans une vie qui a vraiment un sens.

Dernière mise à jour : 23 juin 2006

RETENIR CE QUI EST BON

2 mai, 2016

http://www.centre-biblique.ch/echanges/1996/1996-3-a.htm

RETENIR CE QUI EST BON

Dieu suscite continuellement de nouveaux serviteurs pour évangéliser le monde, pour enseigner et exhorter les croyants dans l’église. Beaucoup de livres sont écrits par des chrétiens. Des voix discordantes se font aussi entendre, mais comme croyants, que devons-nous retenir de ce que nous lisons et entendons ? Comment séparer l’utile du futile, le vrai du faux dans le domaine spirituel ? Faut-il tout accepter sans exercer de sens critique sous prétexte de la liberté d’expression ? Faut-il se réserver un jugement exclusivement personnel, ou bien tout rejeter en bloc, comme le font certains ? Ces diverses attitudes ont un point commun : l’homme se pose en seul juge. La parole de Dieu enseigne une approche très différente, mais précise, qui évite les écueils et apporte la richesse spirituelle au corps de Christ. L’apôtre Paul résume les diverses étapes de cette démarche en ces termes (1 Thes. 5. 16-22) :

« Réjouissez-vous toujours ». « Priez sans cesse ». « En toutes choses rendez grâces, car telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard ». « N’éteignez pas l’Esprit » ; « Ne méprisez pas les prophéties », « mais éprouvez toutes choses » ; « retenez ce qui est bon ». « Abstenez-vous de toute forme de mal ». 1. Réjouissez-vous toujours.

Pour être capables de retenir ce qui est bon dans les choses qui concernent la foi, les croyants doivent être dans un bon état spirituel. L’apôtre Paul nous invite à nous réjouir. Plus qu’une exhortation, c’est un véritable commandement, car la joie dépend de l’obéissance. Mais pour être véritablement joyeux, non seulement nous devons obéir au Seigneur, mais encore l’aimer et le croire (1 Pi. 1. 8). La joie chrétienne sans amour et sans foi n’existe pas. La joie est une émotion profonde de l’âme. Elle n’est pas l’apanage de quelques chrétiens spirituellement avancés. Non, elle est une nécessité pour chaque croyant, car elle s’oppose aux murmures et à la propre volonté. De plus, nous avons tous besoin de joie pour accomplir nos tâches, sinon la force nous manque : « La joie de l’Eternel sera votre force » (Néh. 8. 10). Il est évident que nous ne pouvons nous réjouir dans toutes les circonstances de la vie. Les épreuves existent. Mais même au milieu des difficultés, on peut toujours trouver des sujets de joie, si on les cherche dans le Seigneur (Phil. 4. 4) et dans sa Parole (Jér. 15. 16).

2. Priez sans cesse Rien ne produit la joie comme la communion avec Dieu dans la prière. Quelqu’un a dit : « On se réjouit davantage quand on prie plus ». Comme la joie, la prière est une nécessité : elle permet de connaître la volonté de Dieu et nous prévient des tentations (Mat. 26. 41). L’apôtre demande de prier sans cesse. Cela ne veut pas dire que nous devons être sur nos genoux toute la journée. Prier sans cesse signifie que nous devons être continuellement dans un esprit de prière. Pas seulement en temps de nécessité, mais en toute circonstance. Cela est possible, puisque le ciel reste toujours ouvert. 3. En toutes choses rendez grâces, car telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard La joie conduit à la prière et la prière mène à la reconnaissance, une denrée rare aujourd’hui. Les hommes appellent à la contestation pour revendiquer ce qu’ils estiment leurs droits, en oubliant leurs devoirs envers Dieu. L’apôtre demande de rendre grâce « en toutes choses ». En effet, il est possible de trouver un sujet de reconnaissance en toute circonstance, ne serait-ce que de pouvoir jouir de notre relation avec Dieu, notre Père. Remarquez que la joie, la prière et la reconnaissance sont trois caractères chrétiens inséparables. Ils sont accompagnés d’une autre triade : « toujours », « sans cesse », « en toutes choses », une plénitude vers laquelle nous devons tendre, car, comme le dit l’apôtre, telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à notre égard.

4. N’éteignez pas l’Esprit L’apôtre en vient maintenant à mettre en garde les croyants contre un comportement négatif dans l’assemblée. Paul leur enjoint de ne pas éteindre l’Esprit, c’est-à-dire de ne pas empêcher l’Esprit d’agir. On peut entraver l’action de l’Esprit de mille manières. Comme un souffle éteint une bougie, une critique ou une remarque mal placées, peuvent entraver l’action de l’Esprit. On peut aussi éteindre l’Esprit en confiant à un croyant des responsabilités qui sont au-delà de ses capacités spirituelles. Trop de bois sur un foyer naissant l’éteint, car l’air nécessaire à la combustion ne pénètre pas. On ne peut exiger d’un jeune enfant le même comportement et les mêmes tâches que d’un croyant plus mature. Enfin, la plus grande entrave à l’action de l’Esprit est l’indifférence envers un service accompli pour le Seigneur. Comme croyants, nous devons tous encourager la pleine expression des dons spirituels pour le profit du corps de Christ.

5. Ne méprisez pas les prophéties « Mépriser les prophéties » signifie qu’on les compte pour rien, qu’elles sont négligeables. Aujourd’hui, le ministère des prophètes consiste à appliquer la parole de Dieu aux besoins que l’Esprit de Dieu leur fait discerner dans l’Eglise. Le prophète peut prédire l’avenir (comme par exemple en Act. 11. 27-28), mais il est avant tout et surtout un homme qui « parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation » (1 Cor. 14. 3). L’enseignement de l’apôtre avait fortement marqué les Thessaloniciens auxquels il s’adresse par sa première épître. On peut penser que certains croyants de Thessalonique ne s’attachaient qu’aux paroles de Paul et méprisaient celles des prophètes que Dieu avaient suscité au milieu d’eux. Quand une voix prophétique et authentique se fait entendre dans l’assemblée, prenons garde, surtout quand elle nous dérange. A cela, trois réactions : la critique ou l’indifférence pour faire taire la conscience, ou, au contraire, l’obéissance à Dieu qui parle. La critique, comme l’indifférence, entrave l’action de l’Esprit au travers d’un serviteur. Découragé, il peut en venir à agir avec ses propres forces et sa propre intelligence, ce qui n’est jamais à la gloire de Dieu.

6. Eprouvez toutes choses Le terme « éprouver » signifie discerner, mettre à l’épreuve, scruter, examiner, dans le but d’approuver. Certes, il faut vérifier si tout ce qui est dit ou écrit est exact, mais on ne peut jamais le faire d’une manière objective si on adopte une attitude négative. Dans la recherche scientifique, un fait n’est établi que si différents expérimentateurs reproduisent le même effet et aboutissent aux mêmes conclusions. Il en va de même dans le domaine spirituel, à la différence que seule la foi donne des certitudes (Héb. 11. 1). Il ne suffit pas de se forger une conviction personnelle sur telle ou telle déclaration. Il faut que d’autres croyants fidèles arrivent aux mêmes conclusions sur la base de la parole de Dieu. « Que les prophètes parlent, deux ou trois, et que les autres jugent » (1 Cor. 14. 29). Pour examiner ce qui est dit (ou écrit) par des chrétiens, il est nécessaire de trouver un point de référence. Il n’en existe qu’un : la Bible, seule norme de vérité (Prov. 22. 21). On ne peut donc y faire appel qu’en la comparant avec elle-même (2 Pi. 1.20). Tout vérifier à la lumière des Ecritures est le devoir de chaque croyant. Les Béréens l’avaient bien compris. Ils examinaient chaque jour les Ecritures pour voir si ce que Paul et ses compagnons enseignaient était conforme à ce qui est écrit (Act. 17. 11). Cet examen n’est pas réservé aux docteurs. Il est à la portée de chacun, même des petits enfants dans la foi (1 Jean 2. 18, 20). Aujourd’hui, trop de croyants sont enclins à accepter ce qu’on leur enseigne, sans prendre le temps d’en rechercher la confirmation dans les Ecritures. Prenons garde ! Certains faux docteurs sont subtils et peuvent être très persuasifs (Actes 20. 30). Il n’est alors pas question de scruter les enseignements des faux docteurs ou les paroles des faux prophètes qui détruisent la foi. Il est donc important de tester toutes choses à la lumière de la parole de Dieu, non pour chercher le mal comme une fin en soi, mais pour en dégager le bien. C’est la démarche constructive enseignée dans le Nouveau Testament : « Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde » (1 Jean 4. 1) ; « éprouvant ce qui est agréable au Seigneur » (Eph. 5. 27). L’apôtre Paul utilise d’une manière remarquable cette approche dans sa seconde lettre aux Thessaloniciens pour corriger certains enseignements de faux docteurs concernant du jour du Seigneur et pour redresser le comportement néfaste de paresseux. Paul commence sa lettre en relevant tout le bien qui se trouve chez les croyants de Thessalonique avant d’aborder les problèmes dans les chapitres 2 et 3.

7. Retenez ce qui est bon Quand on parle dans l’assemblée, il n’est pas possible, même aux serviteurs les plus doués par l’Esprit, d’exposer la parole de Dieu dans toute sa beauté, sa grandeur, sa précision. Des expressions maladroites, des pensées qu’on regrette ensuite, peuvent échapper, surtout si l’on parle trop. Comme auditeurs, mais aussi comme lecteurs, notre devoir est de retenir ce qui bon. Cela ne signifie pas que toutes les choses que nous devons laisser de côté sont nécessairement mauvaises ; elles sont souvent futiles ou inutiles. Il est donc important d’examiner avec un esprit constructif ce qui est dit ou écrit, sous peine de tout critiquer et finalement d’être incapables de retenir ce qui est bon. Les oreilles naturelles n’entendent que les mauvaises choses et les yeux naturels ne voient que les défauts.

8. Abstenez-vous de toute forme de mal L’apôtre ne peut pas terminer ce sujet sans faire mention du mal dont nous devons nous abstenir. S’il faut tenir ferme au bien, nous devons avoir le mal en horreur (Rom. 12. 9). Sous toutes ses formes, le mal doit être rejeté. Il peut se présenter sous les aspects les plus grossiers, comme les plus attractifs. Pour être gardés du mal, nous devons éviter tout ce qui en a même l’apparence. Celui qui accepte un compromis dans l’enseignement de fausses doctrines n’est pas loin de tomber dans les mêmes erreurs.

Conclusion Nous avons considéré la voie à suivre pour l’examen de ce qui est dit dans l’assemblée chrétienne. Rien n’est laissé au jugement personnel. Le point de référence est en dehors de l’homme. C’est la parole de Dieu. Et n’oublions jamais qu’un état spirituel caractérisé par la joie, la prière et la reconnaissance, est une condition essentielle pour ne pas errer dans notre appréciation, mais pour aboutir à des certitudes. « Au reste, frères, toutes les choses qui sont vraies, toutes les choses qui sont vénérables, toutes les choses qui sont justes, toutes les choses qui sont pures, toutes les choses qui sont aimables, toutes les choses qui sont de bonne renommée, – s’il y a quelque vertu et quelque louange, – que ces choses occupent vos pensées » (Phil 4. 8).

M. Horisberger

 

PRIÈRE DU PÈRE JOSEPH WRESINSKI POUR L’EGLISE CATHOLIQUE

26 avril, 2016

http://site-catholique.fr/index.php?post/Priere-du-Pere-Joseph-Wresinski-sur-le-monde-des-plus-pauvres

PRIÈRE DU PÈRE JOSEPH WRESINSKI POUR L’EGLISE CATHOLIQUE

Voici une Prière-méditation sur le monde des plus pauvres et sur l’Église Catholique « Avons-nous le même Dieu ? » du Père Joseph Wresinski (1917-1988), Prêtre diocésain français fondateur du Mouvement des droits de l’homme ATD Quart Monde.

La Prière du Père Joseph Wresinski « Avons-nous le même Dieu ? » : « La vie des hommes frappés de misère est tellement déconcertante, tellement étrangère à ce qu’on nous a affirmé dans les écrits spirituels, et souvent dans les prônes, qu’il nous est apparu absolument impossible que les pauvres puissent partager notre foi. Il nous a semblé impossible que le Dieu que le pauvre rencontrait, priait et adorait dans cet univers si éloigné, si insoupçonné dans lequel il survit soit le Dieu que nous aimons, que nous adorons. Est-il possible d’avoir un prochain quand on est réduit à être un objet, à être abandonné, à vivre dans la peur en permanence, à vivre sans valeur reconnue, sans rôle, sans statut, vivant constamment dans l’instabilité et l’insécurité, sans avenir, comment, dans cette condition que nous lui avons faite, serait-il un homme comme les autres ? Or « notre Dieu à nous », le Dieu que nous adorons dans nos Eglises, ne peut pas être celui des gens pauvres, puisque justement, notre Dieu est le Dieu de demain, le Dieu de l’avenir, le Dieu de l’espoir. « Notre Dieu à nous » est aussi un Dieu qui sait. Comment un Dieu qui sait, pourrait-il être le Dieu d’hommes que nous avons systématiquement condamnés à ne pas savoir ? Comment ces hommes connaîtraient-ils notre Dieu qui n’est pas le Dieu des ignorants, qui est le Dieu du savoir qui affranchit, le Dieu qui rend libre ? Notre Dieu est liberté. Or, il n’y a pas de liberté, là où il n’y a pas de savoir, pas de connaissances. Vivre au milieu de ce vertige de la misère inadmissible et monstrueuse, amène à comprendre que nous ne connaissons pas ces hommes et qu’ils sont non seulement des inconnus mais qu’il sont, pour nous chrétiens, des inconnaissables. D’ailleurs, nous ne voulons pas être de ceux-là, comme si cette condition-là n’était pas une condition d’Eglise, comme si elle n’était pas possible pour des baptisés. C’est ce refus de partage rencontré un peu partout autour de nous qui nous a fait comprendre la difficulté de l’évangélisation du monde des plus pauvres. Dans cette misère-là que nous réprouvons, « notre Dieu à nous » peut-il exister ? Aujourd’hui, les pauvres ne sont plus évangélisés, ils ne rencontrent plus l’Eglise. Ils sont déçus d’elle autant qu’ils le sont de la société. C’est pourquoi ils ne lui demandent plus rien. Elle n’est pas plus de leur monde que cette société dont ils sont exclus et dont, désespérément, ils souhaitent être reconnus. Pour que l’Eglise soit l’Eglise des pauvres à nouveau, il faudrait revenir en arrière et retrouver la seule et unique voie : « Quitte ce que tu as et va dans un pays que je te montrerai »… va au milieu de ceux qui n’ont rien, de ceux qui pleurent, de ceux qui souffrent, de ceux qui sont épuisés, anéantis, là où ils sont, là où l’Eglise ne pénètre plus. Dans la Parole que nous enseignons, le milieu des exclus ne retrouve pas son expérience et il ne peut donc pas y retrouver Dieu. Dans la vie que lui-même mène, le précaire ne trouve plus de chrétiens ; il ne peut donc plus partager Dieu dans un face à face humain. Comment partager avec l’Eglise si elle est absente de ce monde-là ? L’Eglise a la tâche de les aider à prendre conscience de ce droit à être membres et artisans du Royaume, à reconnaître Dieu tel qu’ils peuvent Le comprendre et non pas tel que nous L’avons compris. Ne sont-ils pas mieux placés que quiconque d’entre nous pour aider l’Eglise à accomplir sa mission d’être l’Eglise en milieu de pauvreté, pour que le plus misérable participe avant tous les autres à ce grand rassemblement de tous qui est le Royaume ? Non, le Royaume ne se fera pas sans eux. Ils en sont les premiers missionnaires, ils en sont les premiers témoins. Plus que d’autres, ils ont partagé l’expérience de la disponibilité du Christ au Golgotha, et plus que d’autres, ils ont espéré la Résurrection. Mais s’il est vrai que les pauvres sont les premiers artisans du Royaume en terre de pauvreté, il est vrai aussi que le chemin pour aller vers eux, pour bâtir avec eux se fera de plus en plus dur et de plus en plus ardu. En quoi Dieu les concerne-t-il encore dans l’état où ils se trouvent ? Comment pourraient-ils trouver Dieu dans un monde dont ceux qui pourraient Le proclamer sont absents ? Comme nous ne partageons plus leur expérience de vie, comme nous ne vivons plus Dieu parmi eux, l’Eglise ne peut plus se faire comprendre par eux. Les exclus ne savent plus de quel Dieu nous leur parlons, ils ne savent pas de quelle Eglise il s’agit. Si nous restons à l’écart de leur vie et de leur milieu nous demeurerons incapables de rencontrer leur Dieu, le Dieu des Evangiles, incapables de leur apporter Jésus-Christ. Nous ne pourrons rien pour leur évangélisation, si nous ne partageons pas leur expérience de vie de misère, qui remet en cause notre propre vie avec Dieu. Il faudra bien que des hommes de l’Eglise viennent partager à nouveau le destin terrestre du misérable si nous voulons que le Dieu des pauvres, que nous avons écartés de notre chemin, soit réellement le Dieu de l’Eglise. Sinon comment aurons-nous jamais un seul Dieu avec les pauvres, un seul Dieu, le nôtre et le leur ? L’Eglise ne pourrait en aucun cas évangéliser les plus pauvres, tant que leur misère demeurerait inconnue et même rejetée, tant que tout ce qu’il y a de Dieu en ce monde de la misère ne concerne pas notre Dieu à nous. Pour aller au Dieu des pauvres, au Seigneur des pauvres, il faut apprendre ce chemin qui nous fera tout quitter. Il nécessite un engagement non pas (seulement) à titre individuel mais en communauté d’Eglise car il s’agit de s’engager non pour un temps mais pour la vie. Il est vrai que nous ne pouvons pas réellement partager la vie des plus pauvres. C’est là le drame pour nous : l’évangile n’est pas proclamé par des hommes dont la vie est liée à celle des pauvres comme la vie du Christ était liée à l’histoire des hommes au milieu desquels il vivait. Mais nous devons leur permettre (au moins) d’avoir confiance en nous, de savoir que nous nous sentons solidaires d’eux. Misérable, tel a voulu être le Christ, tel il a voulu se donner à son Eglise. Mais ce Jésus-Christ misérable et ressuscité, l’Eglise a du mal à le reconnaître, et elle risque de le rencontrer de moins en moins, si elle ne s’engage pas à ce que les plus pauvres eux-mêmes puissent le rencontrer et le révéler. Alors humblement, nous apprendrons des pauvres ce qui est l’essentiel. Nous l’introduirons en nous, nous nous laisserons transfigurer par lui. Alors l’Eglise, connaîtra objectivement, réellement, concrètement, dans la réalité quotidienne, quel est le Dieu des hommes de misère. A ce moment-là, nous pourrions, me semble-t-il, commencer à comprendre l’incompréhensible mystère de la relation de Dieu avec les pauvres. Amen »

Père Joseph Wresinski (1917-1988)

OLIVIER CLÉMENT, PHILOSOPHE DE LA LUMIÈRE

31 mars, 2016

http://www.pagesorthodoxes.net/theologiens/clement/olivier-clement-intro.htm

OLIVIER CLÉMENT, PHILOSOPHE DE LA LUMIÈRE

par Rafaël Mathieu

Ce portrait d’Olivier Clément est extrait d’un recueil d’une trentaine de textes réunis par Rafaël Mathieu sous le titre Les identités remarquables, qui vient de paraître aux éditions du Moulin de l’Étoile (1). On le sait : l’art du portrait est tout entier dans l’alchimie d’une rencontre, qui suppose, de la part du chroniqueur, autant d’humilité que de psychologie et d’intelligence des situations — outre une parfaite connaissance de l’œuvre de la personnalité qui lui ouvre sa porte. Journaliste aux talents multiples, Rafaël Mathieu se fait ici tour à tour peintre, écrivain, romancier, photographe, architecte, hermétiste ou métaphysicien pour mieux nous donner à découvrir et comprendre l’itinéraire et l’œuvre d’une trentaine d’artistes, au sens premier du terme. Tous sont très éloignés des circuits balisés d’une certaine notoriété frelatée, mais tous, ou presque, sont auteurs d’une œuvre forte et originale, faite « de main d’ouvrier » — et, chacun dans son domaine, une voix libre parmi lesquels plusieurs sont de proches collaborateurs de Symbole, de Frédérick Tristan à Gérard de Sorval et de Jean Biès à Michel Random… (Jean-Marie Beaume)
« J’aime écouter les autres parler d’eux. Je n’aime pas parler de moi », écrivait Olivier Clément il y a trente ans dans l’un de ses maîtres livres, L’Autre soleil. Alors que paraissent ses Mémoires d’espérance, l’homme n’a pas tellement changé. Il a vieilli, bien sûr, les jambes ne le portent plus guère, mais l’esprit a conservé sa fraîcheur. Tellement moins préoccupé par ses propres rides « que de celles qui marquent le visage du christianisme ». Le visage, le christianisme, ces deux mots résument d’ailleurs, pour ses lecteurs, l’oeuvre de ce personnage à part dont la seule autobiographie possible semble être spirituelle. Sa vie est pourtant exemplaire. De tous les penseurs chrétiens de son temps, Olivier Clément est l’un des rares à avoir vécu le christianisme comme une nouveauté. À avoir éprouvé aussi toutes les angoisses et les contradictions du siècle, à être passé par « le grand creuset du doute ». Pour paraphraser Chesterton, l’immense avantage d’Olivier Clément sur les autres théologiens, c’est que lui a un jour été athée…

Un christianisme « libérateur »
Il est né en 1921 en pays combiste, le Languedoc, « dans une famille qui ne parlait jamais de Dieu ». Son enfance telle qu’il l’a évoquée dans L’autre soleil est celle d’un « païen méditerranéen », bercé par une culture oublieuse de ses racines chrétiennes mais vivace. « Les êtres dit-il, étaient portés, ils vivaient, sans le savoir, sur une ancienne et savoureuse cuisson des choses de la terre au feu de l’Évangile. »
Même le socialisme de son grand-père, « n’était pas une haine de classe, mais une exigence morale. Il ignorait le ressentiment. Mon grand-père était socialiste à l’intérieur d’une civilisation. » Par certains côtés, son parcours fait écho à celui des chrétiens convertis des premiers siècles : la Méditerranée, une culture laïque ou plutôt publique, des hommes enracinés dans leur terre, et puis ici et là, la marque du christianisme, autrefois naissant, désormais disparaissant, malgré les églises romanes de Saint-Guilhem-le-Désert ou de Maguelone. Lui revient un lointain souvenir, une immense croix vert-de-grisée. Sur la croix, un homme mort. Au-dessus de sa tête, une inscription : I.N.R.I. « Je pensais que c’était le nom de l’homme. » Pourtant c’est aussi ce monde qui l’éveille au premier stade de sa vie spirituelle, la découverte de la beauté : « Comme j’ai pu haïr la trop verte Île-de-France, où tout est végétal, mouillé, même la roche, même le ciel – une chair opaque, omnipotente. Tandis qu’en pays méditerranéen, dès qu’on accède aux plateaux solitaires, c’est le feu qui se cristallise. La chair elle-même est céleste. »
Pour passer de cette lumière de l’enfance, à celle, incréée, des Pères de l’Église, il devra pourtant encore se libérer des « maîtres du soupçon » (Marx, Nietzsche, Freud), vaincre son nihilisme, surmonter la tentation du suicide. Si certains doutent encore qu’un livre peut changer une vie, il faut l’entendre parler de sa découverte, pendant la guerre, d’Esprit et Liberté du philosophe russe Nicolas Berdiaev. Le jeune homme s’apprêtait à rejoindre la Résistance. Le germe de sa re-naissance était planté même si toutes les digues de son éducation « laïciste » n’étaient pas encore rompues à commencer par cette « répugnance instinctive et qui s’enracinait dans (s)on enfance ».
« Le catholicisme, on me l’avait présenté comme une énorme et sournoise puissance terrestre, répressive, castratrice. La lecture de Nicolas Berdiaev a été pour moi déterminante car elle m’a permis d’entrevoir un christianisme non pas moralisateur – tel que mes parents et tant d’autres l’imaginaient –, mais profondément libérateur ». Ce n’est donc pas vers le catholicisme qu’il se tournera, ni vers le protestantisme de ses ancêtres cévenols, mais vers cette église orthodoxe et ses grands penseurs (Berdiaev, Lossky, Boulgakov…) exilés par la révolution d’Octobre, dont il est devenu – ironie du destin – l’un des principaux continuateurs.

Une relation charnelle avec le divin
Olivier Clément reçoit le baptême à trente ans (« désormais la lumière était en dedans »); l’agrégé d’histoire – il enseignera longtemps au lycée Louis-le-Grand – se révèle un philosophe religieux de premier plan, affranchi des scléroses et des tabous du christianisme occidental. Le sien passe par le mystère des visages, une relation presque charnelle avec le divin comme dans ses traditions de l’Inde au sein desquelles il dit s’être un temps « dilaté ». Car Olivier Clément n’a rien du penseur en chambre, rien d’éthéré. Chez lui la révélation chrétienne est d’abord une révélation de l’humain, l’avènement de la personne, « un accomplissement de l’humain dans le divin ». Il n’est pas sûr d’ailleurs qu’au sein même du monde orthodoxe, ses audaces aient toujours été jugées très canoniques à commencer par son rejet du confessionnalisme… Peu importe d’ailleurs, c’est à travers lui que toute une tradition théologique négligée a été diffusée en France. De même que la découverte de ses livres et d’un christianisme débarrassé des scories de l’histoire ou des pesanteurs sociologiques a été pour beaucoup une décisive révélation. Mais Olivier Clément est plus qu’un passeur. Son œuvre est une invitation à revenir à la source, souvent ignorée des chrétiens eux-mêmes, du message évangélique. Dans une perspective de sursaut créateur.
Ses contemporains se tournent-ils vers les philosophies orientales, qu’il y puise une nouvelle espérance : « On peut imaginer un christianisme renouvelé par cette connaissance des Orients, comme les Pères de l’Église ont été irrigués par la pensée antique… » Dans les dernières pages des Mémoires d’espérance il évoque Plotin. « Âgé, malade, il parlait de la beauté d’une telle manière que les disciples affluaient. »
Olivier Clément n’est peut-être pas Plotin mais de la beauté, ce vieil homme irradié du dedans en parle comme personne. Témoin ce jour en Grèce, où, dit-il, « baigné par une lumière encore plus intense que celle de mon enfance, je suis entré dans la fraîcheur d’une église : la coupole reprenait la ronde bénédiction du ciel, mais un visage s’y inscrivait. Entrer dans cette église avait résumé mon chemin : de l’azur vide à l’azur plein, de l’azur fermé sur sa propre beauté, mais au-delà tout est ténèbres, à l’azur rayonnant autour du Visage des visages. De la lumière à l’autre Lumière. »

12345...49